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Qui est John Galt ?

Mardi 12 juin 2012 2 12 /06 /Juin /2012 00:00

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Ayn Rand, une aventure littéraire et intellectuelle américaine hors du commun

Félicitations aux Belles Lettres pour leur initiative de publier enfin une traduction complète de "Atlas Shrugged" (sous le titre "La Grève"), ainsi qu'une biographie originale d'Ayn Rand par Alain Laurent  - dont nous reproduisons, ci-dessous, avec leur aimable autorisation le chapitre introductif.

 

Comment, aux États-Unis, pays du « In God we trust », du charity-business ostentatoire et du dévouement public à la « community » que sont les États-Unis, a-t-il été possible à une femme, Ayn Rand, de devenir l’une des plus célèbres figures des années 1940-80 tout en professant fièrement un athéisme rigoureux et en élevant l’égoïsme à la dignité de plus haute vertu morale ? 

Comment, alors qu’à l’époque rien ne paraissait pouvoir y contrarier l’irrésistible ascension de l’intervention gouvernementale et du Welfare State, comment donc a-t-elle pu amorcer le reflux idéologique de ce qui paraissait s’inscrire définitivement dans le sens de l’Histoire en redorant le blason du capitalisme et du « moins d’État » ?

Deux faits conjoints et inattendus expliquent ces prouesses paradoxales. Tout d’abord, Ayn Rand a été l’auteure de deux romans, The Fountainhead (1943) et Atlas Shrugged (1957), que leurs qualités littéraires ont peu à peu rangés parmi les plus grands best-sellers jamais parus — autour de sept millions d’exemplaires vendus chacun actuellement, dont l’immense retentissement fit d’Ayn Rand une icône de la vie publique américaine, et pour longtemps.

Cependant, si une telle success-story résulte en premier lieu de l’exceptionnel talent de la romancière à créer des intrigues fertiles à souhait en rebondissements épiques et servies par des personnages sortant résolument des sentiers battus, un autre facteur a au moins autant joué. L’un et l’autre de ces récits de fiction sont imprégnés d’une vision morale héroïque et individualiste, anti-collectiviste, sans équivalent ailleurs. Et cette apologie du « seul contre tous » et du « vivre par soi et pour soi » a emporté l’adhésion enthousiaste de la mouvance conservatrice et plus largement de la partie de l’opinion publique nostalgique des rudes vertus de l’époque de la « frontière » et du « rêve américain » bâti sur la réussite individuelle et le « self-made man ».

C’est ainsi que forte de ses deux romans-culte, auto-promue en « philosophe » et convertie en intellectuelle engagée de choc et dotée d’une aura charismatique hors du commun, Ayn Rand a pu être reconnue en éveilleuse nationale de conscience, capable de s’imposer malgré les réticences provoquées par ses transgressions de l’ordre moral établi.

Comme si cela ne suffisait pas, il faut dire que sa trajectoire singulière digne d’un roman d’aventure n’a pas peu contribué à en faire un personnage quasi-mythique. Arrivée avec quelques dollars en poche et dans le plus total anonymat d’Union soviétique en 1926 sous le nom d’Alisa Rosenbaum, la jeune femme est presque aussitôt devenue scénariste à Hollywood grâce à un mentor de renom, Cecil B. de Mille.

Sous le nouveau patronyme à consonance plus américaine d’Ayn Rand, elle vivote ensuite de petits jobs, s’essaie au théâtre non sans quelque succès (Night of January 16th), puis se tourne vers l’écriture en publiant trois romans dont le deuxième, The Fountainhead, lui vaut de fréquenter le célèbre architecte Frank Lloyd Wright avant de revenir au cinéma à l’occasion de l’adaptation du titre à l’écran par King Vidor avec Gary Cooper dans le rôle principal — tandis que le troisième, Atlas Shrugged, la fait comme on la vu accéder à une franche popularité.

Dans le même temps, elle s’aventure à plusieurs reprises aux marges de la politique. Elle fait campagne pour les candidats républicains aux élections présidentielles de 1940 et de 1964 ou est sollicitée lors de la traque des activités communistes en 1946-47. Après le formidable succès d’Atlas, l’écrivaine abandonne la fiction pour se métamorphoser dans les années 1960 en « philosophe » et passionaria de l’égoïsme et du capitalisme qu’elle justifie moralement en élaborant une doctrine rationaliste d’un genre inédit baptisée l’ « objectivisme » et exposée dans plusieurs essais.

Elle fascine alors la grande presse (son entretien à Playboy en 1964 fera date), met sur pieds un mouvement idéologique défendant et diffusant la pensée objectiviste, enflamme toute une génération d’étudiants avec d’innombrables conférences sur les campus (Hilary Clinton dira : « Et naturellement, j’ai eu ma période où je lisais Ayn Rand… », propos rapporté par William Powers dans le Washington Post du 25 août 1996), avant de devenir l’égérie d’une escouade de disciples dévoués dont le plus connu n’est autre qu’Alan Greenspan.

Elle contribue amplement à l’émergence et au développement du courant de pensée libertarien ainsi qu’au retour en grâce du « free market » sur lequel surfera Reagan en 1980, pour enfin défrayer quelque peu la chronique par ses frasques extraconjugales qui se retournent contre elle et l’empêchent de finir en beauté une vie bien remplie.

Rien d’étonnant, dès lors, à ce que l’audience d’Ayn Rand se soit étendue bien au-delà des frontières américaines. L’essentiel de son œuvre, et d’abord Atlas Shrugged, est traduit dans plus d’une douzaine de langues, en espagnol, en italien et en allemand bien sûr, mais également en bulgare, danois, néerlandais, suédois, polonais, chinois, japonais, vietnamien ou turc.

Et lorsqu’il a commencé à être question en 2007 d’adapter Atlas à l’écran, la nouvelle a figuré en première page de grands quotidiens indiens. L’acteur anglais Michael Caine, par exemple, est un tel fan d’Ayn Rand qu’il a prénommé sa fille « Dominique » en hommage à l’héroïne de The Fountainhead, tandis que le récent Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa la cite avec admiration dans son roman Les cahiers de Don Rigoberto. Quant à Andréi Illarianov, conseiller économique de Vladimir Poutine, n’a-t-il pas lancé en octobre 2004 à Alan Greenspan qui le rapporte dans Le temps des turbulences : « La prochaine fois que vous viendrez à Moscou, accepteriez-vous que nous nous réunissions…pour discuter d’Ayn Rand ? »

Mais dans ce tableau international, un pays brille superbement par son dédain : la France, où le nom de l’écrivaine et philosophe américaine est quasiment inconnu (cf. en annexe de mon livre, Ayn Rand ou La passion de l'égoïsme rationnel, le maigre et significatif corpus de la littérature qui la mentionne) et où son œuvre n’était jusqu’à présent que fragmentairement traduite et la plupart du temps passée sous silence quand elle l’était.

Il serait illusoire d’incriminer une hypothétique barrière culturelle séparant les univers latins et anglo-saxons : l’heureuse réception d’Ayn Rand en Italie, en Espagne et plus largement dans le monde sud-américain le dément. Le traditionnel « provincialisme » intellectuel français n’en est pas non plus la cause puisque, pour s’en tenir au plan des idées, Galbraith, Rorty et surtout John Rawls sont plus que les bienvenus dans notre pays.

L’explication la plus évidente est que la pensée d’Ayn Rand contredit frontalement l’exception culturelle française et sa matrice idéologique ultra-dominante pour laquelle hors de l’État et du « social » il n’est point de salut. Et il n’y a en conséquence pas de droit reconnu à l’existence pour un suppôt de l’individualisme et du capitalisme.

Pourtant, à l’heure où, grâce au spectaculaire rebond des ventes de ses deux grands romans et d’abord d’Atlas Shrugged (500 000 exemplaires en 2009), la sortie de l’adaptation si longtemps attendue de ce dernier au cinéma en avril 2011 et la parution des deux premières véritables biographies la concernant, Ayn Rand fait plus que jamais l’actualité aux États-Unis trente ans après sa mort (1982), le moment semble venu de combler cette béance en proposant cette biographie intellectuelle francophone de cette femme à la personnalité fascinante mais controversée, dont les magnétiques yeux noirs transperçaient littéralement ses interlocuteurs.

L’aspect spécifiquement biochronologique de cette enquête ne livrera aucune révélation bouleversante mais bénéficiera beaucoup des investigations fouillées de ses deux récentes et excellentes biographes américaines de 2009, Anne C. Heller (Ayn Rand and the World She Made) et Jennifer Burns (The Godess of the Market — Ayn Rand and the American Right), dénuées de toute tentation hagiographique ou de tendances au règlement de comptes comme ce fut trop souvent le cas antérieurement.

Le propos du présent ouvrage est effet fondamentalement d’ordre intellectuel, les matériaux biographiques exposés visant principalement à établir une généalogie de la pensée randienne et à souligner la remarquable continuité qu’Ayn Rand a manifestée dans ses romans puis ses essais et conférences, en cherchant sans relâche à reformuler, à théoriser, à expliciter et à développer sa précoce et séminale intuition individualiste.

Comment, alors qu’à l’époque rien ne paraissait pouvoir y contrarier l’irrésistible ascension de l’intervention gouvernementale et du Welfare State, comment donc a-t-elle pu amorcer le reflux idéologique de ce qui paraissait s’inscrire définitivement dans le sens de l’Histoire en redorant le blason du capitalisme et du « moins d’État » ?

En fin de parcours, sa doctrine  « objectiviste » et son rapport à la philosophie comme aux philosophes (Aristote, Kant, Nietzsche en particulier) seront soumis à un questionnement critique sans concession — une tâche dont les biographes précitées se sont délibérément désintéressées.

Avec en toile de fond cette interrogation : Rand a-t-elle été une philosophe qui a d’abord choisi de s’exprimer dans des romans à thèse au risque de les rendre parfois pesants, ou une romancière qui aurait dû s’en tenir au domaine de la fiction, tant sa pratique de la philosophie peut paraître problématique?

Au-delà d’un indispensable « Connaissez-vous Ayn Rand ? »  ou plutôt d’un « Who was Ayn Rand ? » faisant écho au si connu outre-Atlantique « Who is John Galt ? » qui scande Atlas Shrugged en renvoyant au nom du personnage central du récit, la préoccupation majeure est donc ici de répondre à la question: que pensait donc vraiment Ayn Rand ? Ce qui mènera entre autres choses à dissiper le malentendu faisant d’elle avant tout « la déesse du libre marché » sinon « la Jeanne d’Arc du capitalisme », alors qu’elle se voulait d’abord la philosophe de l’esprit, de la raison, du bonheur et de l’égoïsme, bien plus focalisée sur ce qu’elle appelait la « métaphysique », l’épistémologie et l’éthique — la politique et l’économique n’en étant que des conséquences induites.


La longue gestation d’une œuvre polymorphe

 

Entretien avec Sophie Bastide-Foltz, traductrice de La Grève, et Alain Laurent, éditeur, essayiste et philosophe, directeur de la collection Bibliothèque classique de la liberté, aux Belles Lettres.

Quelle a été la genèse de l’édition française d’Atlas Shrugged ? Pourquoi les lecteurs francophones ont-ils dû attendre si longtemps ?

Sophie Bastide-Foltz, traductrice : À l’origine, Andrew Lessman, membre actif de la fondation Ayn Rand et passionné par le livre, a acquis les droits de traduire en français et de distribuer Atlas Shrugged. Son but, au départ, était de pouvoir le faire lire à ses amis français. Il m’a donc contactée, ainsi qu’une bonne cinquantaine d’autres traducteurs professionnels. Il envisageait de le faire traduire par une équipe de plusieurs traducteurs pour gagner du temps et être synchrone avec la sortie du film. Quelques échanges plus tard, des affinités philosophiques et politiques ainsi qu’un essai concluant ont débouché sur un accord avec moi. Je l’avais convaincu qu’il valait mieux qu’une seule personne traduise… pour l’homogénéité du texte.

J’ai mis plus de deux ans à traduire le livre. Andrew, au départ, voulait le publier lui-même. Mais je l’ai convaincu de le faire en co-édition avec une maison d’édition française. J’ai d’abord tenté de faire publier le livre chez Gallimard. C’était en bonne voie, jusqu’à ce qu’au dernier moment Antoine Gallimard finisse par reculer. Je n’ai jamais su quelle en était la véritable raison.

Une œuvre polymorphe, à la fois roman, essai philosophique et politique (Sophie Bastide-Foltz, traductrice)

Mon mari, Philippe Bastide, connaissait bien Bill Bonner qui avait racheté les Belles Lettres. Nous lui en avons donc parlé, d’autant plus que nous avions découvert qu’Alain Laurent avait publié La Vertu d’Égoïsme chez eux. Et, de fil en aiguille, la présidente des Belles Lettres, Caroline Noirot, a pris la décision de le publier.

Je pense que si les lecteurs francophones ont dû attendre si longtemps, c’est que la première tentative (suisse) avait avorté après refus de la traduction par Ayn Rand elle-même et qu’ensuite, plusieurs facteurs se sont conjugués : le poids combiné de l’anti-américanisme, anti-libéralisme marxisant dans les milieux intellectuels français, l’importance de la pagination (une traduction coûte cher à l’éditeur, surtout pour un livre aussi gros), le caractère polymorphe de l’oeuvre, à la fois roman, essai philosophique et politique.

les convictions politico-philosophiques de Rand contredisent radicalement l’exception idéologique française du tout-État et du tout-social (Alain Laurent)

Alain Laurent, éditeur : Nous avons été contactés il y a deux ans par un businessman francophone et francophile américain, Andrew Lessman, grand admirateur d’Ayn Rand qui avait décidé de faire de la traduction d’Atlas Shrugged en français puis de sa diffusion en France une affaire personnelle. Ayant déjà traduit The Virtue of Selfishness, les éditions des Belles lettres lui ont semblé les mieux en mesure de coopérer avec lui dans cette opération. Quand je l’ai rencontré début mai 2010, on s’est d’autant mieux mis d’accord que j’étais déjà très engagé alors dans la préparation de la biographie intellectuelle d’Ayn Rand que je viens de publier. Si les les lecteurs francophones ont dû tellement attendre, c’est principalement parce que les convictions politico-philosophiques de Rand contredisent radicalement l’exception idéologique française du tout-État et du tout-social…

Quelle a été la nature des négociations avec les ayant-droits ?

Alain Laurent : Andrew Lessman porte en lui une telle force de conviction qu’il a immédiatement obtenu l’accord de Ayn Rand Institute (ARI) quand il s’est présenté pour obtenir la cession des droits de traduction en français. C’est lui qui s’est ensuite chargé de faire procéder à cette traduction.

La traduction (inachevée) de Jeheber – datant de 1958 – vous a-t-elle été utile ou a-t-elle plutôt été un frein ?

Sophie Bastide-Flotz : J’ai préféré, après lecture de quelques pages, ne plus du tout consulter la première traduction de 1958. C’est un choix de ma part. Je voulais être libre d’en donner ma propre interprétation.

Alain Laurent : Ni utile, ni frein: on n’en a pas tenu compte, tant elle était défaillante (Rand, qui lisait parfaitement le français, l’avait sur le champ répudiée dès qu’ elle en avait lu les premières pages).

Que pensez-vous de la traduction collective engagée par des internautes il y a une dizaine d’années ? Pourquoi a-t-il été stoppé en 2006 ?

Sophie Bastide-Foltz : La traduction collective engagée il y a dix ans était respectable pour son exactitude littérale, mais peu satisfaisante sur le plan esthétique et stylistique. Mais c’est normal puisque la traduction est un métier à part entière. La traduction pirate parue l’an dernier sur le net est tout aussi peu satisfaisante du même point de vue à mes yeux.

Alain Laurent : Je n’ai pas été mêlé à cette affaire. Mais je crois savoir que cette initiative, heureuse en soi, n’avait pas pris en compte le problème de la cession des droits : lorsqu’enfin Andrew Lessman a été contacté, il a refusé de les céder, bien décidé à s’en occuper lui-même. De plus, une bonne traduction ne peut pour d’évidentes raisons de cohérence être l’œuvre que d’un seul individu. Et vu l’ampleur de la tâche, mieux vaut aussi un professionnel.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par à la traduction de cet OVNI littéraire ?

Sophie Bastide-Foltz : La principale difficulté pour moi a été la nature hétérogène de l’œuvre, passer successivement du style du roman avec les rebondissements et les descriptions d’une scénariste de talent à celui des envolées philosophiques. Sinon, les difficultés rencontrées ont été les mêmes que tout traducteur qui se respecte se doit de surmonter pour n’importe quel ouvrage (contextualisation dans l’époque sur le plan de l’environnement technologique et politique).

Alain Laurent : l’anglais pratiqué par Rand est très particulier : quand on la la fait lire « en aveugle » à un angliciste, il s’aperçoit aussitôt qu’elle n’est pas américaine d’origine. Et il a d’autre part fallu prendre soin de bien restituer l’inspiration aristotélicienne du lexique théorique employé dans La Grève, en particulier dans le discours de Galt.

Au-delà du volume imposant du roman, une difficulté ne réside-t-elle pas dans la « traductibilité » de l’ouvrage ? Non pas du point de vue de la langue, mais de la culture : par exemple, le train a à la fois une symbolique pionnière et celle d’un système nerveux pour Rand ; les francophones peuvent-ils percevoir la même chose ?

Rand n’a fait que prolonger la logique d’une réalité qui la scandalisait (Alain Laurent)

Sophie Bastide-Foltz : Passer d’une culture à une autre fait partie de mon métier. Mais il est vrai que cette œuvre comporte une spécificité: le fait que l’héroïne Dagny Taggart soit héritière et à la tête d’un réseau de chemins de fer n’est pas innocent. Au-delà de la symbolique du système sanguin et de l’irrigation physiologique, les chemins de fer constituent historiquement un élément fondateur et fédérateur de l’histoire et du développement des États-Unis. Certains spécialistes des réseaux ferroviaires sont d’ailleurs capables de comprendre la nature politique et organisationnelle d’un pays en regardant simplement la structure de son réseau ferré.

Alain Laurent : Je ne crois pas que ce soit là la vraie difficulté, tant par exemple les westerns ont habitué le public français à saisir l’importance du train en effet pionnière du train aux États-Unis. La difficulté se tient plutôt dans la méconnaissance des côtés sombres de l’histoire politique américaine des années 1940-50, imprégnée de pro-soviétisme et de « welfarisme » : Rand n’a fait que prolonger la logique d’une réalité qui la scandalisait.

Sophie Bastide-Foltz a notamment traduit aux éditions Florent Massot The Gentleman, Martin Booth, (Angleterre) 2010 ; chez Actes Sud Thé au Trèfle, Ciaran Carson, (Irlande) 2004, Il faut marier Anita, Anita Jain, (Inde) 2010 ainsi que, aux éditions Joëlle Losfeld/ Gallimard L’Ange de Pierre (réédition), Margaret Laurence (Canada) 2007 et Les Devins, Margaret Laurence, 2010.

Philosophe et essayiste, déjà auteur aux Belles Lettres de La Philosophie libérale (2002 – ouvrage couronné par l’Académie française) et du Libéralisme américain. Histoire d’un détournement (2006 – prix du livre libéral), Alain Laurent dirige les collections « Bibliothèque classique de la liberté » et « Penseurs de la liberté » aux Belles Lettres. Il coordonne en outre l’Anthologie des textes libéraux (Robert Laffont, « Bouquins », à paraître).

À voir également : 

Nous profitons de la présence d’Alain Laurent pour l’interroger également sur l’essai qu’il publie, cette semaine aussi, aux Belles Lettres et consacré à la pensée de Rand : Ayn Rand, la passion de l’égoïsme rationnel (coll. Les Penseurs de la liberté, 240 p., 25 €).

De quelle manière La Grève s’inscrit-elle dans le parcours intellectuel de Rand ? Quel est l’apport spécifique de ce roman à sa pensée ?

Alain Laurent : La Grève est véritablement l’œuvre de maturité, celle où s’accomplit tout le cheminement intellectuel de Rand. C’est là qu’elle intègre (comme elle aimait tant à dire !) toutes ses conceptions en une perspective cohérente globale. Ensuite, elle n’a guère fait que gloser sur la thématique du discours de Galt.

Rand a été la seule a vraiment vouloir faire reposer l’économie politique classiquement libérale sur une « métaphysique » et surtout une éthique (Alain Laurent)

Est-ce l’œuvre qui a véritablement façonné la pensée objectiviste ? Qui a soudé ses innombrables admirateurs ?

 Sans aucun doute, pour les raisons que je viens d’indiquer. Mais ce serait trop dire que l’objectivisme « soude » tous les admirateurs de Rand : on peut l’admirer sans souscrire à tous les articles de foi du discours de Galt, comme c’est mon cas…

Quel regard peut-on porter sur la philosophie de Rand ? Est-ce une romancière qui s’essaie à la philosophie, ou une philosophie qui écrit des romans ?

Elle a plutôt été une romancière puissamment portée par une « philosophie » au sens d’une vision fondamentale du monde – mais pas vraiment une philosophe avec toute la rigueur critique, la culture et la patience qu’impliquent cette qualité. Sa très grande trouvaille a été de d’abord privilégier la fiction pour illustrer sa conception des choses : d’où l’immense succès de de ses romans.

Dans l’histoire intellectuelle du libéralisme, quelle place tiennent La Grève et Ayn Rand ? En quoi sont-ils si particuliers ?

C’est une place paradoxale, à la fois marginale (elle n’apporte rien de vraiment nouveau au paradigme du libéralisme classique) et…centrale, dans la mesure où elle a été la seule a vraiment vouloir faire reposer l’économie politique classiquement libérale sur une « métaphysique » et surtout une éthique, une vision forte de la nature de l’homme – la plupart du temps ignorées par les penseurs libéraux.

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Qui est John Galt ? - Par Cyber-résistant
Lundi 11 juin 2012 1 11 /06 /Juin /2012 03:00

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Objectivisme ou réalisme métaphysique 

Métaphysique et épistémologie chez Ayn Rand

 

par Edward W. Younkins

 

 

Traduit par Vincent Jappi

 

 

Les trois axiomes fondamentaux de la métaphysique sont l’existence, la conscience, et l’identité.

 

La métaphysique est la première branche philosophique de la connaissance. Au niveau métaphysique, l’objectivisme de Ayn Rand commence par des axiomes — vérités fondamentales ou primaires irréductibles, qui vont de soi du fait de la perception directe — point de départ de toute connaissance ultérieure, et qu’il est impossible de contester sans se contredire soi-même.  

Les axiomes ne peuvent pas se réduire à d’autres faits ni se décomposer en éléments constitutifs. Ils n’ont nul besoin d’aucune démonstration ni explication. Les trois axiomes philosophiques fondamentaux de l’objectivisme sont l’existence, la conscience et l’identité – qui sont présupposés par tout concept, et par toute affirmation.

L’existence existe, et elle englobe tout, y compris l’ensemble des états de la conscience. Le monde existe indépendamment de l’esprit, et il est là pour que celui-ci le découvre. Pour être conscients, il faut que nous soyons conscients de quelque chose : de conscience, il ne peut pas y en avoir s’il n’y a rien qui existe. La conscience, faculté de percevoir ce qui existe, c’est la capacité de découvrir les objets, non celle de les créer. La conscience, concept relationnel, présuppose l’existence de quelque chose qui lui est extérieur, quelque chose dont on puisse être conscient. C’est d’emblée que nous percevons quelque chose qui se trouve hors de notre conscience et c’est seulement ensuite que nous prenons conscience d’être conscients, en examinant le processus qui nous a permis de le percevoir.

Ayn Rand explique que ce qui est métaphysiquement donné (c.-à-d. toute réalité inhérente à l’existence qui n’est pas due à l’action de l’homme) est absolu et se contente d’être, tout simplement.

Ce qui est métaphysiquement donné comprend les lois de la science et les événements qui échappent à l’influence des êtres humains. Le métaphysiquement donné doit être accepté, on ne peut pas le changer.

Elle explique, cependant, que l’homme a la capacité d’adapter la nature pour qu’elle réponde à ses demandes. L’homme a la faculté de réorganiser de façon créative la combinaison des éléments naturels en mettant en œuvre la causalité exigée, celle que nécessitent les lois immuables de l’existence.

Ce qui est fait par l’homme inclut tout objet, toute institution, toute procédure ou règle de conduite créés par l’homme. Pour leur part, les réalités causées par l’homme sont le produit de choix et on peut les évaluer et les juger, puis les accepter ou les rejeter et les modifier en cas de besoin.

L’épistémologie se réfère à la nature et au point de départ de la connaissance, à la nature de la raison et à son exercice approprié, à ses rapports avec les sens et avec la perception, à la possibilité d’autres sources de connaissance, ainsi qu’à la nature de la certitude et à la possibilité d’y accéder.

Ayn Rand explique que la raison est la faculté cognitive dont l’homme dispose pour, en se servant des principes de la logique, organiser en termes de concepts les données de la perception. Et la connaissance naît lorsqu’une personne aborde la réalité des faits soit par l’observation des réalités perçues, soit par la conceptualisation.

Si l’épistémologie existe, c’est parce que l’homme est un être limité et faillible, dont l’apprentissage progresse par des étapes élémentaires disjointes, et qui a de ce fait besoin d’une procédure adaptée à l’acquisition de connaissances nécessaires afin d’agir, de survivre et de prospérer.
Aucun homme ne possède de connaissance innée, ni des instincts qui iraient automatiquement et infailliblement dans le sens de son bien-être. Ce n’est pas nécessairement qu’il sait ce qui va promouvoir ou entraver son existence. C’est pour cela qu’il a besoin de savoir comment acquérir des connaissances fiables et objectives sur la réalité. Et c’est pour vivre qu’un individu se doit d’acquérir des connaissances de ce type. Une personne ne peut acquérir de connaissances qu’à partir de la manière humaine de connaître. Enfin, étant donné que les êtres humains ne sont ni omniscients ni infaillibles, tout savoir est de nature contextuelle.

Or, alors que les concepts (c.-à d., les universaux) sont des abstractions, tout ce que l’homme appréhende est au contraire spécifique et concret. La formation des concepts se fonde sur une reconnaissance des ressemblances entre les existants que l’on classe dans ces concepts. Rand explique que l’individu, par sa perception, détache et distingue les entités spécifiques de leur milieu ainsi que les unes des autres. Il regroupe ensuite ces objets à raison de leurs ressemblances, considérant alors chacun d’entre eux comme une unité. Puis il intègre ce regroupement d’unités en une entité mentale unique que l’on appelle « concept ».

La capacité de percevoir des entités ou unités est la méthode spécifique de la cognition de l’homme, et le point d’entrée vers le niveau conceptuel de la conscience humaine.

D’après Ayn Rand, un concept est une intégration mentale de deux ou plusieurs unités qu’on a isolées en raison d’une ou de plusieurs de leurs caractéristiques [communes], et rassemblées sous une définition spécifique.
Une définition représente [de ce fait] la condensation d’une grande masse d’observations ; et on le conserve à l’esprit en s’y référant par un concret perceptible (en l’espèce, par un mot). Un mot transforme un concept en entité mentale dès lors qu’une définition lui aura donné une identité.

Les caractéristiques essentielles d’un concept sont ne sont pas métaphysiques, mais épistémologiques. Ayn Rand explique que les concepts ne reflètent ni des entités abstraites intrinsèques qui existeraient indépendamment de l’esprit d’un individu, ni l’invention nominale de sa conscience sans rapport aucun avec la réalité. Non : les concepts sont épistémologiquement objectifs, en ce sens qu’ils ont été choisis par la conscience de l’homme conformément aux lois de la réalité.

C’est une donnée de fait que les concepts représentent une intégration mentale ; ils sont le produit d’une méthode cognitive de classification dont il faut bien que la mise en œuvre soit faite par un être humain, mais dont c’est la réalité qui détermine le contenu : pour Ayn Rand, donc, les essences sont épistémologiques et non métaphysiques.

Par conséquent Ayn Rand affirme que, bien que les concepts et les définitions se trouvent dans notre l’esprit, ils ne sont pas arbitraires dans la mesure où ils reflètent la réalité, laquelle est objective.

Tant la conscience en métaphysique que les concepts en épistémologie sont réels, et font partie de la vie quotidienne — l’esprit fait partie de la réalité.
Elle envisage les constructions conceptuelles comme des classifications ouvertes, qui incluent toute l’information concernant leurs référents, y compris celles qu’on n’a pas encore identifiées. Des faits nouveaux, de nouvelles découvertes développent et étendent les concepts que l’on a, mais ils ne les révolutionnent pas ni ne les réfutent. Les concepts doivent être conformes aux faits de la réalité.

Afin de demeurer objectif dans ses entreprises conceptuelles, l’être humain doit totalement coller à la réalité en se conformant à certaines règles méthodologiques déduites des faits et appropriées à la manière de connaître des êtres humains.

Pour l’homme, être de conscience rationnelle, la méthode appropriée pour se conformer à la réalité objective s’appelle logique et raison. Pour survivre l’homme a besoin de connaître, et la raison est l’outil qui le lui permet.

Pour Ayn Rand, la qualification d’ »objectif » se rapporte aussi bien au processus de formation des concepts qu’au résultat de ce processus lorsqu’il a été correctement mené à bien.

La conscience humaine peut acquérir une connaissance objective de la réalité en se servant des outils propres à la raison dans le respect des règles de la logique ; et quand un processus cognitif correct a été respecté, on peut dire que le produit de ce processus est objectif.

En retour, lorsque l’esprit se conforme à la réalité qui en est indépendante, on peut dire de la théorie du fonctionnement conceptuel que l’on a suivie qu’elle est objective. Le terme « objectif » s’applique donc aussi bien à la méthode qu’à son objet.

Pour Ayn Rand, toute connaissance authentique est liée aux autres, cette interrelation étant la seule à pouvoir rendre compte de cet ensemble unique qu’est l’univers.

La clé en est sa conviction que le rapport de la conscience humaine avec l’existence est un rapport d’objectivité : au moyen de la raison, et de ses méthodes, ce sont des concepts objectifs que l’on peut former, et regrouper en fonction des relations objectives entre la multiplicité des existants.

Acquérir la connaissance objective est un processus métaphysiquement fondé parce que tous les êtres concrets sont différents et reliés à tous les autres, ainsi qu’à cette totalité qu’est l’univers.

 

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Lundi 11 juin 2012 1 11 /06 /Juin /2012 01:05

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Ayn Rand, une grande dame du Libéralisme
Comment doit-on comprendre la pensée politique d'Ayn Rand ? Pour Jennifer Burns, Rand fait avant tout partie de la grande tradition libérale classique. Ses romans, dont La Grève (Atlas Shrugged) et La Source Vive (The Fountainhead), mettent en avant l'individualisme, un thème fondamental pour la pensée libérale et libertarienne. Rand a également contribué à cette grande tradition libérale en modernisant et en popularisant les idées à la base de toutes les luttes pour la liberté.

Jennifer Burns est professeur d'histoire à l'Université de Virginie et auteur de Goddess of the Market : Ayn Rand and the American Right
Ayn Rand, sur les chemins de traverse du libéralisme
   
Elle est l’auteur de deux best-sellers monumentaux aux États-Unis et dans le monde Anglo-Saxon, fondatrice d’un des plus actifs mouvements de la pensée libérale et dont l’œuvre connaît un regain tout à fait singulier outre-Atlantique. Reconnue comme l’une des plus grandes romancières du XXe siècle, elle est en revanche parfaitement inconnue en France : je parle bien entendu d’Ayn Rand, intellectuelle américaine disparue en 1982 dont la pensée a profondément marqué les philosophes aux États-Unis.
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Selon une étude réalisée en 1997 par la Bibliothèque du Congrès américain, son ouvrage, Atlas Shrugged, serait le livre qui a le plus influencé les Américains après la Bible. Tout un symbole. Depuis le début de la crise, ses différents livres se vendent plusieurs centaines de milliers d’exemplaires chaque mois aux États-Unis et l’on peu résumer sa pensée autour de deux grands principes : « vive le capitalisme », « mort au collectivisme ». égoïsme versus altruisme. C’est la pensée d’Ayn Rand qu’Alain Laurent a choisi d’exposer jeudi soir dans le cadre de la série de conférence sur le thème : « chemins de traverse du libéralisme ». Cet exposé était d’autant bienvenu que deux biographies extrêmement rigoureuses et détaillées de l’intellectuelle américaine viennent de paraître en anglais récemment. Fondatrice du mouvement de l’Objectivisme aux États-Unis dans les années 70, elle a toujours fait le choix de la fiction. C’est la raison pour laquelle, avant d’être philosophe, elle est avant tout romancière. D’origine russe, elle est née à St Petersburg le 2 février 1905 sous le nom d’Alissa Rosenbaum dans une famille juive. Grâce à sa mère, elle bénéficie très tôt d’une ouverture sur le monde et apprend le français. Elle lira les auteurs français et entretiendra une admiration sans borne pour Victor Hugo. Le romantisme aura une forte influence sur son œuvre et elle érigera sa philosophie sur la base d’un Homme individualiste et héroïque, seul contre tous et refusant toute compromission.

A 13 ans, elle assiste à la prise de pouvoir par les communistes à St Petersburg et elle est très marquée par les massacres de masse que perpètrent les bolcheviques dès le coup d’Etat. Dépossédée de tous ses biens, sa famille, doit fuir pour ne pas être inquiétée. La jeune Alissa entame malgré tout des études d’Histoire et de Philosophie. De cette période, elle conservera une haine tenace de Platon ainsi qu’une intérêt fort pour la philosophie aristotélicienne. Très influencée par la figure de son père, pharmacien et entrepreneur, elle développera assez tôt un intérêt pour les États-Unis. Elle abandonnera peu à peu la philosophie pour se consacrer au Cinéma, fenêtre sans limites sur le modèle de vie américain. En 1924, elle part en voyage et réalise son rêve : elle débarque à Chicago chez une amie de la famille et travaille dans un cinéma. C’est à cette période qu’elle abandonne le nom d’Alissa Rosenbaum pour s’appeler Ayn Rand. Elle a à cœur de se forger une identité américaine et décide de ne pas rentrer en URSS. Elle passe donc sa vie dans les salles obscures à voir des films et quitte les grands lacs pour Hollywood où elle se fait engager comme lectrice de scénario auprès du réalisateur et producteur Cecil B. DeMille. Naturalisée américaine le 13 mars 1931, elle épouse l’acteur Frank O’Connor.

En 1936, elle publie son premier grand roman : We the living, largement inspiré de son expérience en Union Soviétique. Farouchement anticommuniste et apologiste de la liberté individuelle, le roman ne rencontre pas le succès auprès d’un establishment américain étonnamment sovietophile à l’époque. A cette époque, quiconque critiquait l’URSS était qualifié de fasciste et de nazi par les élites intellectuelles américaines. En effet, Ayn Rand raconte l’histoire d’un individu vivant dans un système totalitaire prenant peu à peu conscience de son individualité et de son unicité. Une grande partie de sa philosophie est déjà présent dans ce récit : Vivre pour soi, par soi, au nom d’un égoïsme rationnel.

Vivre pour soi et par soi, les deux principes de l’égoïsme rationnel

L’individualisme est sa source d’inspiration. Fin 1935, elle entame l’écriture de ce qui deviendra son premier best seller : The Fountainhead. C’est pendant cette période qu’elle va découvrir son adhésion complète aux fondements de l’Amérique. Elle est notamment très marquée par la pensée de Nietzsche et la figure de l’Homme héroïque, seul contre tous. A partir de 1939, une nouvelle phase s’ouvre dans sa vie : une phase politique. Elle analyse que l’échec de ses romans est directement lié à la présidence de Roosevelt et sa politique du New Deal qui renforce l’intervention de l’Etat dans l’économie et perturbe le jeu des acteurs dans la société. Ayn Rand entretiendra une forte rancœur à l’encontre de Roosevelt et des démocrates qu’elle associe directement aux alliés des soviétiques. Elle s’engage donc aux côtés du conservateur Wandel Willkie et milite activement. Elle tracte dans la rue, apostrophe les passants de son anglais encore malhabile. A un homme lui conseillant de retourner dans sa Russie, elle lui répondit « je suis plus américaine que vous, car moi, ce pays, je l’ai choisi ».

C’est pendant cette période qu’elle rencontre la plupart des intellectuels libertariens qui influenceront son œuvre, parmi les plus illustres : Ludwig von Mises ou Isabel Paterson. Farouchement opposée au communisme, elle prend le parti du McCarthysme et édite quelques recueils à l’intention des acteurs et des producteurs d’Hollywood pour déjouer les malveillances de la « 5e colonne socialiste » à la solde de Moscou. En outre, elle détaille toutes ses conceptions économiques, politiques, et philosophiques à cette époque. En 1938, elle publie le roman Anthem qui décrit une société dans laquelle le collectivisme a triomphé. Ce roman ne rencontre pas le succès non plus. Elle persévère et achève d’écrire The Fountainhead. Tous les éditeurs refusent le roman. Ayn Rand affirme être sur la liste noire des auteurs anticommunistes. Tous, sauf un. La maison d’édition Bobbs-Merill accepte et publie le livre. Très rapidement, le bouche-a-oreille fait son œuvre. Les ventes explosent et le roman devient son premier best seller. Le succès est considérable, à tel point que l’intrigue est adaptée au théâtre puis au cinéma. Le roman raconte les péripéties d’un architecte pauvre qui refuse d’amender ses œuvres et ne trouve aucun acheteur. Mieux vaut être pauvre que de se compromettre.

Le nom d’Ayn Rand commence à être connu. Elle entame dès 1945 ce qui deviendra son plus grand roman, un pavé de plus de 1800 pages : Atlas Shrugged racontant l’histoire de deux entrepreneurs aux prises avec un état policier, bureaucratiques et collectiviste. Le héros, John Galt deviendra l’incarnation de sa philosophie : refus de la compromission, valorisation de la liberté, du libre échange et du laisser-faire. Lors de sa sortie, le roman rencontre un tel succès qu’il reste plusieurs semaines au premier rang des ventes. Le tirage initial de 100 000 exemplaires doit vite être revu à la hausse. C’est avec ce livre qu’elle va entrer dans la dernière phase de sa vie : la philosophie. Dans Atlas Shrugged, le discours fleuve que prononce John Galt à la radio est un véritable manifeste des principes de l’Objectivisme. Cette pensée veut donner une base éthique et philosophique au capitalisme qui permette de justifier le Laisser-faire. La rationalité apparaît comme la première vertu de l’être humain. La seule manière de vivre pour et par soi même passe par l’individualisme, le laisser-faire et l’échange librement consenti. Elle acquiert une vraie renommée dans le pays et va de conférences en conférences dans les plus grandes universités : Yale, Berkeley, Princeton, Columbia, etc. Elle rédige son ouvrage de synthèse The Virtue of Selfishness dans lequel elle définit ce qui pour elle doit être l’égoïsme : ne dépendre que de soi, n’être ni maître, ni esclave. A l’inverse, l’altruisme qu’elle exècre est le fait de s’oublier soi même, se sacrifier pour le bien des autres. L’altruisme ne peut mener selon Ayn Rand qu’à une issue mortifère. C’est la trahison de l’individu par lui-même. Elle emprunte à Aristote un certain nombre de lois éthiques telles que la causalité : il n’existe rien sans cause. Étendu à la vie humaine, il n’existe rien qui ne soit gagné par l’Homme autrement que par sa créativité ou son mérite. L’individu est l’unique propriétaire de tout ce qu’il crée et nul ne peut nous en démunir. De fait, il y a un droit de propriété car les personnes sont la force qui a produit la chose détenue.

Femme colérique et impulsive, Ayn Rand a marqué durablement ses contemporains. Tristesse de sa vie, elle ne sera jamais vraiment acceptée par l’establishment américain. Trop anticonformiste, trop maximaliste, trop véhémente sans doute. Elle s’éteint le 6 mars 1982 après avoir passé l’année 1981 à animer ses dernières conférences au Ford Hall Forum. De nombreux compagnons de route de l’Objectivisme l’accompagnent lors de son enterrement. Le Ayn Rand Institut est créé pour propager ses idées. Celle qui se décrivait comme une « romantique réaliste » aura écrit sur de nombreux thèmes de société, tels que l’éthique de l’égoïsme ou l’engagement américain lors des deux Guerres Mondiales, elle s’est opposée publiquement à l’intervention américaine au Vietnam, elle prit des positions sur le statut de la femme qui la fâchèrent définitivement avec les courants féministes, sur la Culture et l’environnement, l’étatisme, etc. Elle laisse derrière elle une littérature foisonnante et une pensée qui ne se démode pas.

Le regain de succès que rencontrent les écrits d’Ayn Rand nous montre que la crise que rencontre Barack Obama n’est pas simplement conjoncturelle. Elle est profondément structurelle et morale. La réforme de la santé que l’intelligentsia européenne admire tant n’est pas simplement en contradiction avec quelques intérêts bien sentis dans les cercles financiers. Elle est en contradiction avec les fondements même de la démocratie américaine qui met l’individu au premier plan de sa propre vie. Nul ne le niera : il y a beaucoup de pauvres aux États-Unis. Mais reste cette certitude que toute intervention étatique n’amoindrira en rien le nombre des pauvres. En revanche, elle transformera des individus actifs et responsables en assistés dépossédés du contrôle de leur vie et loin d’améliorer le niveau de vie des Américains, tout accroissement du rôle de l’Etat se traduira par moins de liberté, plus d’impôts et moins de dynamisme. On ne peut donc réduire la contestation que rencontre le président Obama au fait de quelques fanatiques ultra-conservateurs d’extrême droite comme le fait régulièrement la presse française. Les réformes d’Obama s’opposent directement à l’American way of life et à l’idée que l’Etat est un mal. Un mal nécessaire certes, mais qu’il convient de circonvenir à ses attributions les plus fondamentales.

Le bonheur est un état d’esprit qui procède de l’accomplissement de vos valeurs.

On maudit l’argent mal acquis ; on respecte l’argent bien gagné.

L’argent est le baromètre des vertus d’une société.

Ayn Rand

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Lien vers le Ayn Rand Institute

Lien vers the Objectivist Center
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Lundi 11 juin 2012 1 11 /06 /Juin /2012 00:00

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Conférence d'Alain Laurent sur Ayn Rand

Le philosophe et directeur de collection aux Belles Lettres Alain Laurent viendra nous parler du thème : “Ayn Rand: entre “égoïsme rationnel” et best-sellers littéraires”. En effet il a une double actualité autour d’Ayn Rand : il publie sa biographie, et son principal roman, “La grève”, best-seller de 10 millions d’exemplaires, enfin traduit en français 53 ans après sa sortie.



Furent notamment abordées pendant cette conférence :

- l’histoire personnelle d’Ayn Rand, de la petite Alissa Rosenbaum née en Russie en 1905 à la philosophe émigrée aux Etats-Unis et prônant l’individualisme contre le collectivisme
- la différence entre égoïsme rationnel et égoïsme irrationnel, et pourquoi le premier est souhaitable et pas le second
- l’influence des livres d’Ayn Rand dans le monde et principalement aux Etats-Unis 


Brève introduction à la pensée d’Ayn Rand

Ayn Rand a Sense of Life

The Companion Book By Michael Paxton Gibbs-Smith Publisher
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La Métaphysique

« La réalité, le monde en dehors de notre corps, existe indépendamment de notre conscience, indépendamment de la connaissance ou des croyances, sentiments, désirs ou peur de celui qui l’observe. Cela signifie que A est A, les faits sont les faits, Les choses sont ce qu’elles sont et que la tâche de la conscience de l’individu est percevoir la réalité, non de la créer ou de l’inventer.

L’objectivisme rejette toute croyance dans le super naturel et toute idée que les individus ou les groupes créent leur propre réalité.

La nature humaine

« L’homme est un être rationnel. La raison, comme moyen unique de connaissance, constitue son seul moyen de survie. Mais l’exercice de la raison dépend du choix de l’individu. « L’homme est un être de volonté et de conscience ». Ce que l’on appelle l’âme ou l’esprit est la conscience et ce que l’on appelle la volonté libre n’est pas autre chose que la liberté de penser ou de ne pas penser, la seule volonté que vous avez, la seule liberté que vous ayez. C’est le choix qui contrôle tous les autres choix que vous faites et qui déterminent votre vie et votre personnalité. »

L’objectivisme rejette toute forme de déterminisme, la croyance que l’homme est la victime de forces en dehors de son contrôle (Dieu le destin, les gènes, les conditions économiques ou sociales).

L’Éthique

« La raison est l’instrument par lequel on émet des jugements de valeurs et avec lequel on guide l’action. La norme éthique est :la survie de l’homme en tant qu’homme – c’est-à-dire ce qui est pré requit par la nature de l’homme pour survivre comme un être rationnel ( non pas comme la survie physiologique mais transitoire d’une brute sans cervelle).

La rationalité est la vertu principale de l’homme avec les trois valeurs fondamentales : la raison, les objectifs, l’estime de soi. L’homme – chaque homme- est une fin en soi, et non un moyen pour les fins des autres. Il doit vivre pour lui même, sans se sacrifier pour autrui, ni sacrifier autrui à ses propres fins. Il doit travailler pour son intérêt personnel avec la poursuite de son propre bonheur comme principe moral le plus élevé de sa vie. »

L’objectivisme rejette toute forme d’altruisme – l’idée que la moralité consiste dans le fait de vivre pour les autres ou la société.

La politique

« Le principe de base de l’éthique objectiviste est que personne n’a le droit de tirer de la valeur d’un autre être humain par l’usage de la violence physique – personne ni groupe humain n’a le droit d’initier la violence contre les autres. Les hommes ont le droit d’user de la violence que dans le cas de légitime défense et seulement contra ceux qui l’ont initiée. Les hommes doivent vivre ensemble par l’échange volontaire, donnant de la valeur contre de la valeur, ils doivent le faire par un consentement mutuel libre pour obtenir un bénéfice mutuel. Le seul système social qui interdit l’usage de la violence dans les relations entre individus est le capitalisme de laissez faire. Le capitalisme repose sur la reconnaissance des droits individuels, compris le droit de propriété, dans lequel le rôle du gouvernement est de protéger les hommes de ceux qui initient la violence physique. »

L’objectivisme rejette toute forme de collectivisme tel que le fascisme ou le socialisme. Il rejette aussi l’économie mixte, notion qui signifie que le gouvernement devrait réglementer l’économie et redistribuer la richesse.

Épistémologie

« La raison de l’homme est pleinement capable de connaître les faits de la réalité. La raison est une faculté conceptuelle qui permet d’identifier et d’intégrer les matériaux produits par nos sens. La raison est les seul moyen pour l’individu d’acquérir une connaissance.  »

L’objectivisme rejette le mysticisme (c’est-à-dire la foi ou l’émotion comme mode d’acquisition des connaissances) et il rejette le scepticisme (la proclamation que la vérité ou la connaissance est impossible).

L’esthétique

« L’art est un re-création sélective de la réalité selon les jugements de valeurs métaphysique de l’artiste » L’objet de l’art est de concrétiser les vues fondamentales de l’existence de l’artiste.

Ayn Rand se décrivait elle même comme une « romantique réaliste »

 « Je suis une romantique dans le sens que je présente les hommes comme ils devraient être. Je suis une réaliste dans le sens que je les place sur terre. » 

Les ouvrages littéraires de Ayn Rand projette une vision idéale et non idéale de l’homme.

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Dimanche 10 juin 2012 7 10 /06 /Juin /2012 00:01

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« La plus petite minorité sur la terre est l'individu. Ceux qui nient les droits individuels ne peuvent pas prétendre être les défenseurs des minorités. »

Ayn Rand - Capitalism : The Unknown Ideal

 

 

 

 



Capitalism : The Unknown Ideal

Capitalism: The Unknown Ideal (en français "Capitalisme : l'idéal inconnu") est un ouvrage d'Ayn Rand  publié en 1966, regroupant plusieurs de ses essais, ainsi que quelques autres par ses associés Nathaniel Branden, Alan Greenspan et Robert Hessen. Le livre traite des aspects moraux du capital de laissez-faire et de la propriété privée. Il offre une définition bien particulière du capitalisme, plus large que le simple respect du droit de propriété et de la libre entreprise. À ce jour, aucune traduction française de l'ouvrage n'a encore été publiée.

Histoire

La plupart des essais contenus dans cet ouvrage sont tirés de The Objectivist Newsletter et de The Objectivist. La première édition fut publiée par la New American Library en 1966. Dans l'édition de poche publiée en 1967, deux essais supplémentaires furent ajoutés. En 1970 enfin, Rand modifia l'introduction du livre pour refléter sa rupture intellectuelle avec Nathaniel Branden.

Contenu

Selon les mots de Rand elle-même, Capitalism : the Unknown Ideal est une défense d'ensemble du seul mode d'organisation de la société compatible avec les besoins de l'homme en tant qu'être rationnel, à savoir le capitalisme de laissez-faire.

À la suite d'une introduction par Rand, les essais sont regroupés dans deux grandes sections. La première, intitulée "Théorie et Histoire", rassemble des essais portant sur les bases théoriques du capitalisme et les différents arguments apportés en sa faveur au cours de l'histoire. Cette section comporte également un essai démontant les objections populaires au capitalisme. La seconde section, "Situation Actuelle", se concentre sur les principaux sujets politiques des années 1960, dont la guerre du Vietnam, les révoltes étudiantes, et l'encyclique Populorum progressio. En annexe, deux essais publiés précédemment dans  La Vertu d'égoïsme complètent l'ouvrage.

Principaux thèmes

Rand applique ici sa philosophie aux questions politiques. Lorsqu'elle discute du capitalisme, elle entend le capitalisme de laissez-faire, dans lequel il existe une séparation entre l’État et l'économie, « de la même façon et pour les mêmes raisons que la séparation de l’Église et de l’État. » Et Rand précise : « Les Objectivistes ne sont pas des "conservateurs". Nous sommes des défenseurs radicaux du capitalisme ; nous nous battons pour cette base philosophique que le capitalisme n'avait pas et sans lequel il est condamné à périr. »

Rand explique que la plupart des gens ne savent pas ce qu'est véritablement le capitalisme, ignorent sa justification morale, et même ses succès historiques. Voilà pourquoi il représente un « idéal inconnu ».


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L’origine française du Laissez-faire. Par Ayn Rand

 

LAISSEZ-NOUS FAIRE ! (Extrait de Capitalism, The unknown ideal, 1966)

Par Ayn RAND

 

 

Traduction Chris Drapier, Institut Coppet

 

 

Puisque la « croissance économique » est le grand problème de notre époque, et que notre gouvernement actuel promet de la « stimuler »- d’instaurer la prospérité pour tous par toujours plus d’interventions de l’Etat, tout en dépensant une richesse non encore produite- je m’interroge sur le nombre de personnes connaissant la réelle origine du mot laissez-faire ?

 

La France au XVIIème siècle, était une monarchie absolue. Son système a été décrit comme un « absolutisme limité par le seul chaos ». Le roi détenait un pouvoir illimité sur la vie, le travail et la propriété de chacun- et seule la corruption des représentants de l’Etat offrait au peuple une marge de liberté non-officielle. 

 

Louis XIV était un archétype de despote : une médiocrité prétentieuse conjuguée à une ambition grandiose. Son règne est considéré comme une des plus brillantes périodes de l’Histoire de France : il a fourni au pays un « objectif national,» sous la forme de longues guerres victorieuses ; il a fait de la France la puissance majeure et le phare culturel de l’Europe. Mais les « objectifs nationaux » coûtent cher. Les politiques fiscales de son gouvernement ont mené à une situation chronique de crise, résolue par une pression fiscale accrue, véritable saignée à travers une taxation en perpétuelle augmentation.

 

Colbert, principal conseiller de Louis XIV, était un des premiers étatistes modernes. Il était convaincu que la régulation gouvernementale pouvait engendrer la prospérité nationale et que seule la « croissance économique » pouvait permettre des taux d’imposition plus élevés ; alors il se consacra à rechercher « une augmentation de la richesse en encourageant l’industrie ». Cet encouragement consistait à imposer d’innombrables contrôles gouvernementaux, des circulaires régulatrices qui étouffaient l’activité ; le résultat fut un funeste désastre.

 

Colbert n’était pas un ennemi des affaires ; pas plus que ne l’est notre gouvernement actuel. Colbert souhaitait vivement aider les victimes sacrificielles à s’enrichir- et lors d’une occasion historique, il interrogea un groupe d’industriels sur ce qu’il pouvait faire de mieux pour l’industrie. Un industriel nommé Legendre lui répondit : « laissez-nous faire ! »

 

Apparemment, les industriels français du XVIIème siècle avaient plus de courage que leurs homologues américains du XXème et une compréhension plus fine de l’économie. Ils étaient conscients du fait que l’ « aide » gouvernementale au monde du travail est aussi désastreuse que la persécution gouvernementale et que la seule manière pour un gouvernement d’être utile à la prospérité de tous est de ne pas s’en mêler.

 

Prétendre que ce qui était vrai au XVIIème siècle ne peut plus l’être aujourd’hui, parce que nous nous déplaçons en avion quand ils n’avaient que des carrosses tirés par des chevaux- équivaut à dire que nous n’avons plus besoin de nourriture, comme c’était le cas dans le passé, parce que nous portons des imperméables et des pantalons en lieu et place de perruques poudrées et de jupes à volants. C’est cette sorte de superficialité de pacotille- autrement dit cette incapacité à saisir des principes, à distinguer l’essentiel du superflu- qui rend les gens aveugles au fait que la crise économique que nous traversons est la plus ancienne et la plus récurrente de l’Histoire.

 

Considérez l’essentiel. Si les interventions gouvernementales n’ont pu aboutir qu’à la paralysie, la disette et l’effondrement dans l’ère pré- industrielle, que peut-il se passer quand on reproduit ce schéma sur une économie hautement industrialisée ? Qu’est-il plus facile à réguler pour les bureaucrates : les opérations manuelles de tissage ou  des forges- ou les opérations dans les aciéries, les usines de productions d’avions et les complexités liées à l’avènement de l’électronique ? Qui est le plus susceptible de travailler sous la contrainte : une horde d’individus brutalisés effectuant des opérations manuelles ne nécessitant pas de qualifications- ou un nombre incalculable d’individus doués de la créativité nécessaire pour construire ou maintenir une civilisation industrialisée ? Et si le Tout- Etat a déjà échoué dans le premier cas, de quel abîme d’auto- suffisance les étatistes modernes tirent-ils l’espoir de réussir dans le second ?

 

La méthode épistémologique des étatistes consiste à débattre éternellement de toutes sortes de sujets sans jamais les intégrer dans leurs interactivités, sans jamais se référer à des principes fondamentaux ou tenir compte d’effets pervers- induisant ainsi un état de désintégration intellectuelle de leurs sujets. Le but de ce verbiage fumeux est de masquer la disparition de deux fondamentaux : (a) que la production et la prospérité ne sont que les produits de l’intelligence humaine et (b) que le pouvoir d’un gouvernement est un pouvoir de contrainte par la force physique.

 

Une fois ces deux faits reconnus, la conclusion devient inévitable : l’intelligence ne fonctionne pas sous la contrainte, l’esprit humain ne peut fonctionner une arme braquée sur la tempe.

 

Voilà la question essentielle à considérer ; toute autre considération devient détail trivial par comparaison.

 

Les détails économiques d’un pays sont aussi variés que le nombre de cultures et de sociétés. Mais toute l’histoire de l’humanité fait la démonstration pratique du même principe fondamental, quelles que soient les variances dans leurs formes : le degré de prospérité, de réussite et de progrès humain est en directe corrélation avec le degré de liberté politique. En témoignent : la Grèce antique, la Renaissance, le XIXème siècle.

 

Dans notre ère, la différence entre l’Allemagne de l’Ouest et de l’Est est une démonstration on ne peut plus éloquente de l’efficacité d’une économie (comparativement) libre face à une économie centralisée au point que toute discussion sur le sujet perd toute utilité. Aucun crédit ne saurait être accordé à un théoricien éludant ce constat, laissant ses implications sans réponse, ses causes non identifiées, ses leçons non retenues.

 

Maintenant, considérez le sort de l’Angleterre, « l’expérimentation pacifique du socialisme », l’exemple d’un pays qui s’est suicidé par le vote : il n’y pas eu de violence, pas de bains de sang, pas de terreur, simplement le processus d’étranglement des libertés par un Etat omniprésent imposé « démocratiquement »- mais, observez l’Angleterre se lamenter de la « fuite des cerveaux », du fait que les meilleurs hommes, les plus compétents, particulièrement les scientifiques et les ingénieurs, désertent l’Angleterre pour retrouver ne serait-ce qu’un reste de liberté sur n’importe quel point de la planète.

 

Souvenez-vous que le mur de Berlin a été érigé pour assécher une même « fuite de cerveaux » de l’Est vers l’Ouest ; souvenez-vous qu’après 45 ans d’économie totalement centralisée, la Russie soviétique, qui possède parmi les meilleurs terres agricoles au monde, est incapable de nourrir sa population et doit importer du blé de la semi-capitaliste Amérique ; lisez east minus West= zero de Werner Keller, pour une vision graphique (et irréfutable) de l’impotence de l’économie soviétique- et ensuite jugez à cette lumière la question de la liberté opposée à l’étatisme.

 

Quelque soit l’objectif de celui qui compte s’en servir, la richesse doit d’abord être produite. En ce qui concerne l’économie, il n’y a aucune différence entre les mobiles de Colbert et ceux du président Johnson. Tout deux souhaitaient atteindre la prospérité pour tous. Que la richesse ainsi confisquée par l’impôt soit au bénéfice immérité de Louis XIV ou de celui des « personnes en grande difficulté » ne fait aucune différence en termes de productivité économique d’une nation. Qu’un individu soit enchaîné pour une « noble cause » ou une ignoble, au bénéfice du pauvre ou du riche, pour le bien d’un « dans le besoin » ou de l’avidité d’un autre- quand il est enchaîné, il ne peut être productif.

Il n’y a pas de différence dans le destin final de toutes économies liberticides, quelles que soient les justifications du liberticide.

 

Considérez quelques unes de ces justifications :

 

La création d’une « demande des consommateurs » ? Il serait intéressant de comptabiliser le nombre de maîtresses de maison munies de tickets de rationnement nécessaire pour atteindre le niveau de « demande consommateur » de madame de Maintenon et de son large entourage.

 

Une distribution « juste » des richesses ? Les favoris et privilégiés de Louis XIV ne jouissaient pas d’un avantage plus injuste sur les autres que nos « bourgeois-bohème », variantes modernes de Billie Sol Estes ou Bobby Baker.

 

L’avancement de notre progrès « culturel » ou « spirituel » ? Il est assez improbable qu’un projet théâtral subventionné par l’Etat puisse jamais produire un œuvre de génie comparable à celle soutenue par la cour de Louis XIV dans son rôle de « patron des Arts » (Corneille, Racine, Molière, etc…). Mais nul ne pourra jamais comptabiliser les génies potentiels que ce type de système aura détruit parce qu’ils auront refusé d’apprendre l’art du léchage de bottes qu’exige tout patron politique des Arts. (Lisez Cyrano de Bergerac).

 

C’est un fait est que les mobiles n‘altèrent pas les faits. L’exigence incontournable de la productivité & de la prospérité d’une nation est la Liberté ; l’homme ne peut- et ne produira pas moralement- sous la contrainte et les contrôles.

 

Il n’y a rien de neuf ni de mystérieux dans les problèmes économiques d’aujourd’hui. Tout comme Colbert, le président Johnson fait appel à divers groupements économiques, cherchant conseil quant à ce qu’il peut faire pour eux. Et s’il ne souhaite pas laisser une trace identique à celle de Colbert dans l’Histoire, il serait bien avisé de prendre en compte le point de vue d’un Legendre des temps modernes, s’il en est un, qui pourrait lui donner le même conseil immortel en un seul mot : « dérégulez ! »

 

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Dimanche 10 juin 2012 7 10 /06 /Juin /2012 00:00

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Le nouveau fascisme : le règne du “consensus”

Ayn Rand



Je vais commencer par faire quelque chose de très impopulaire et qui ne cadre pas avec les modes intellectuelles du jour et qui va, par ce fait même, “à l’encontre du consensus” : je vais commencer par définir mes termes, de façon à ce que vous sachiez de quoi je suis en train de parler.

Permettez-moi de vous donner les définitions du dictionnaire pour trois termes de la politique : le socialisme, le fascisme et l’étatisme.

Socialisme : théorie ou système d’organisation sociale qui prône l’attribution de la propriété et de la maîtrise des moyens de production, le capital la terre, etc. à la communauté dans son ensemble*

Fascisme : système étatique où le pouvoir est fortement centralisé, ne permettant aucune opposition ni critique, qui contrôle toutes les affaires d’un pays (industrielles, commerciales, etc.)…

Etatisme : principe et politique pour une vaste concentration du pouvoir sur l’économie, la politique et autres entre les mains de l’Etat aux dépens de la liberté personnelle .

Il est évident que l’étatisme est le terme le plus large, le terme générique dont les deux autres sont des variantes spécifiques. Il est aussi évident que l’étatisme est la tendance politique dominante de notre époque. Mais laquelle de ces deux variantes représente la direction spécifique de cette tendance-là ?

Observez que le fascisme et le socialisme mettent en cause l’un et l’autre la question des droits de propriété. Le droit de propriété est le droit d’utiliser et d’aliéner . Observez la différence entre ces deux théories : le socialisme nie entièrement les droits de propriété, et prône l’attribution “de la propriété et de la maîtrise” à “la communauté dans son ensemble”* c’est-à-dire à l’Etat ; le fascisme laisse la propriété aux mains des particuliers, mais en transfère le contrôle aux hommes de l’Etat. La possession sans la maîtrise est une contradiction dans les termes : cela veut dire “propriété” sans le droit de s’en servir ni de s’en défaire. Cela veut dire que les citoyens conservent la responsabilité de détenir cette propriété, sans aucun de ses avantages, alors que les hommes de l’Etat acquièrent tous les avantages sans rien de la responsabilité.

A cet égard, le socialisme est la plus honnête des deux théories. Je dis “plus honnête” et non “meilleure” parce que, dans la pratique, il n’y a aucune différence entre eux : les deux sont issues du même principe collectiviste-étatiste, les deux nient les Droits personnels et subordonnent l’individuel au collectif, les deux livrent les moyens d’existence et la vie même du citoyen à un Etat omnipotent — et les différences entre eux ne sont qu’une question de temps, de degré, et de détail superficiel, comme le choix des slogans au moyen desquels les maîtres font illusions à leurs sujets réduits en esclavage.

Vers laquelle de ces deux variantes nous dirigeons-nous maintenant : le socialisme ou le fascisme ?

Pour répondre cette question il nous faut d’abord demander : quel est la tendance idéologique dominante de la culture actuelle ?

La réponse, terrible et détestable est qu’il n’y a pas de tendance idéologique aujourd’hui. Il n’y a pas d’idéologie. Il n’y a pas de principes politiques, pas de théories, pas d’idéaux ni de philosophe. Il n’existe aucune direction, aucun but, aucune boussole, aucune vision de l’avenir, aucun élément de direction intellectuelle. Y a-t-il des facteurs émotifs qui dominent la culture contemporaine ? Oui, un. La peur.

Un pays sans philosophie politique est comme un navire qui dérive au hasard au milieu de l’océan, à la merci de n’importe quel vent, vague ou courant de rencontre, un navire dont les passagers se blottissent dans leurs cabines et crient : “ne faites pas tanguer le bateau” — de peur de découvrir que la passerelle du capitaine est vide.

Il est évident qu’un bateau qui ne supporte pas de tanguer est déjà condamné et qu’il vaudrait mieux le faire bouger sérieusement si on doit le remettre en course — mais comprendre cela présuppose une appréhension des faits, de la réalité, des principes, ainsi qu’une vision à long terme, toutes choses précisément que les “anti-tangage” s’efforcent frénétiquement de ne pas considérer.

Exactement comme un névrosé s’imagine que les faits de la réalité vont s’évanouir s’il refuse de les reconnaître, la névrose d’une culture entière conduit les gens à croire que le besoin désespéré de principes et de concepts politiques qui est le leur va s’évanouir s’ils parviennent à oblitérer tout principe et tout concept. Mais comme, en réalité, aucun individu et aucune nation ne peuvent exister sans une forme ou une autre d’idéologie, cette sorte d’anti-idéologie est désormais l’idéologie formelle, explicite et dominante de notre culture faillie.

Cette anti-idéologie a un nouveau nom et il est fort laid : on l’appelle gouverner par le consensus.

Si quelque démagogue venait à nous présenter, en guise de credo directeur, les postulats suivants : que les statistiques doivent remplacer la vérité, le décompte des voix remplacer les principes, les chiffres remplacer les Droits, et les sondages d’opinion la morale — que l’opportunité pragmatique à court terme doit être le critère de l’intérêt d’un pays, et que le nombre de ceux qui y croient sera le critère de la véracité ou de la fausseté d’une idée, que tout désir, quelle que soit sa nature doit être reconnu comme une créance acceptable, pourvu qu’il soit exprimé par un nombre suffisant de gens — qu’une majorité a le droit de faire ce qui lui plaît à la minorité — si un démagogue venait proposer cela, il n’irait pas très loin. Or, tout cela est contenu dans la notion de gouvernement par le consensus — qui en même temps le camoufle.

Cette idée-là, on cherche aujourd’hui à nous la vendre, non pas comme idéologie, mais comme anti-idéologie ; non pas comme principe, mais comme moyen d’oblitérer les principes ; non pas comme de la raison, mais comme de la rationalisation, comme un rituel verbal ou une formule magique pour calmer la névrose d’angoisse nationale — sorte de remontant ou de barbiturique pour les “anti-tangage”, et une occasion pour les autres de jouer à tous les coups sont permis*.

C’est uniquement le mépris léthargique de notre peuple pour les déclarations de nos dirigeants politiques et intellectuels qui rend les gens aveugles à la signification, aux implications, et aux conséquences de la notion de gouvernement par le consensus. Vous l’avez tous entendus et, je le soupçonne, vous l’avez écarté comme autant de paroles verbales politiciennes, sans accorder une pensée à sa signification véritable. mais c’est justement cela que je vous conjure d’examiner.

Un indice révélateur de sa signification est fournie par un article de Tom WICKER dans le New York Times (du 11 octobre 1964). Se référant à “ce que Nelson ROCKEFELLER appelait le courant dominant de notre pensée politique”, M. WICKER écrit :

“Ce courant dominant est ce que les théoriciens de la politique projettent depuis des années comme ‘le consensus national’ — ce que Walter LIPPMANN a justement appelé ‘le centre vital.’

“… la modération en politique, presque par définition, est le cœur du consensus. C’est-à-dire que le consensus s’étend généralement sur l’ensemble des opinions politiques acceptables — toutes les idées qui ne répugnent pas totalement à un segment important de la population ou ne la menacent pas directement. Par conséquent, les idées acceptables doivent prendre en compte les opinions des autres et c’est cela que l’on entend par modération”

Maintenant nous allons identifier ce que cela veut dire. “Le consensus s’étend généralement sur l’ensemble des opinions politiques acceptables…” acceptables — pour qui ? Pour le consensus. Et comme l’Etat doit être gouverné par le consensus, cela veut dire que les opinions politiques doivent être divisées entre celles qui sont “acceptables” et celles qui sont “inacceptables” pour le gouvernement. Quel serait le critère de l’“acceptabilité” ? M. WICKER le fournit. Observez que le critère n’est pas intellectuel, pas une question de savoir si certaines opinions sont vraies ou fausses : le critère n’est pas moral, il ne s’agit pas de savoir si elles sont bonnes ou mauvaises ; le critère est émotif : si ces opinions répugnent ou non. A qui ? A quelque “segment important de la population”. Il y a aussi la clause supplémentaire que ces opinions-là ne doivent pas “directement menacer” ce segment important.

Et les segments plus petits alors ? Les opinions qui les menacent sont-elles acceptables ? Quid du plus petit segment de tous, l’individu ? A l’évidence, ni les personnes ni les groupes minoritaires ne sont à considérer ; peu importe à quel point une idée répugne à un individu et la gravité de la menace qu’elle représente pour sa vie, son travail, son avenir ; il faut faire comme s’il n’existait pas et le sacrifier à l’omnipotent consensus et à son gouvernement — à moins qu’il n’ait une bande à lui, une bande assez grosse, pour le soutenir.

Qu’est-ce exactement qu’une “menace directe” pour une partie de la population ? Dans une économie mixte, tout acte des hommes de l’Etat est une menace directe pour certains et une menace indirecte pour tous. Toute ingérence des hommes de l’Etat dans l’économie consiste à distribuer un avantage non gagné, extorqué par la force, à certaines personnes aux dépens des autres. Par quel critère de justice doit se déterminer un gouvernement de consensus ? Par la taille de la bande dont la victime fait partie.

Maintenant, notez la dernière phrase de M. WICKER : “Par conséquent, les idées acceptables doivent prendre en compte l’opinion des autres et c’est cela que l’on entend par modération”. Et qu’est-ce donc au juste qu’on entend là par “l’opinion des autres” ? De quels autres ? Comme ce ne sont pas celles des individus ni des groupes minoritaires, la seule signification discernable est que tout “segment important” doit prendre en compte l’opinion de tous les autres “segments importants”. Mais supposons qu’un groupe de socialistes veuille nationaliser l’ensemble des usines, et qu’un groupe d’industriels souhaite conserver sa propriété ? Qu’est-ce que cela voudrait dire, pour l’un quelconque de ces groupes, de “prendre en compte” les opinions d’autrui ? Qu’est-ce qui constituerait de la “modération” dans un conflit entre des hommes qui veulent être entretenus aux dépens du public et un groupe de contribuables qui a mieux à faire de son argent ?

Qu’est-ce qui constituerait de la “modération” dans un conflit entre le membre d’un groupe plus petit, comme un Nègre du Sud, qui pense qu’il a le droit inaliénable d’être jugé impartialement, et le groupe plus important de racistes du Sud qui pensent que l’“intérêt général” de leur communauté leur permet de le lyncher ?* Et en quoi consisterait la “modération” dans un conflit entre moi-même et un communiste (ou entre nos partisans respectifs), alors que je pense que j’ai un droit inaliénable sur ma vie, ma liberté et mon bonheur — tandis que ses conceptions à lui sont que l’intérêt général” de l’Etat l’autorise à me voler, à me réduire en esclavage et à m’assassiner ?

Il ne peut pas exister de point de rencontre de moyen terme, de compromis entre des principes opposés. Il ne peut pas exister de “modération” dans le domaine de la raison et de la morale. Mais la raison et la morale sont précisément les deux concepts abrogés par la notion de gouvernement par le consensus.

Les partisans de cette notion déclareraient à cet endroit que toute idée qui ne permet pas de compromis constitue de l’“extrémisme” — et que toute forme d’“extrémisme”, toute position sans compromis, est mauvaise — que le consensus ne s’“étend” que sur les idées qui se prêtent à la “modération” — et que la “modération” est la vertu suprême, qui l’emporte sur la raison et sur la morale.

Voilà l’indice qui mène au coeur, à l’essence, au mobile, et au véritable sens de la doctrine du gouvernement par le consensus : le culte du compromis. Le compromis est la condition préalable, la nécessité, l’impératif d’une économie mixte. La doctrine du “consensus” est une tentative pour traduire en idéologie — ou en anti-idéologie — les réalités brutales de l’interventionnisme d’Etat, afin de leur fournir une apparence de justification.

Une économie mixte est une mixture de liberté et de coercition — dépourvu de principe, de règles ou de théories pour délimiter l’une ou l’autre . Comme l’imposition des contraintes en entraîne d’autres qu’elle rend nécessaires, c’est une mixture instable, explosive qui doit nécessairement finir par l’abolition des ingérences ou par la dictature totalitaire. Une économie mixte n’a aucun principe pour définir ses politiques, ses objectifs, ses lois — aucun principe pour limiter le pouvoir de son gouvernement. Le seul principe d’une économie mixte — principe qui, par nécessité doit demeurer innomé et occulté — est qu’aucun intérêt personnel n’est à l’abri, que les intérêts de tous sont à l’encan de la surenchère publique, et que tous le coups sont permis pour ceux qui peuvent le faire impunément. Un tel système — ou, plus précisément, un tel anti-système — éparpille une nation en une multitude toujours croissante de camps ennemis, de groupes économiques luttant les uns contre les autres pour leur survie dans un mélange indéterminé de défense et d’agression, tel que l’exige la nature d’une jungle pareille. Alors que, politiquement, une économie mixte conserve l’apparence d’une société organisée avec un semblant de droit et d’ordre, économiquement elle est l’équivalent de la confusion qui a dominé la Chine pendant des siècles : un chaos de bande de pillards qui pille — et qui saigne— les éléments productifs de la nation.

Une économie mixte est le règne des groupes de pression. C’est une guerre civile institutionnelle et amorale entre lobbies et intérêts sectoriels, qui tous se battent pour s’emparer quelque temps de la machine législative, pour extorquer quelque privilège particulier aux dépens de quelqu’un d’autre au moyen d’une intervention de l’Etat — c’est-à-dire par la force. En l’absence de droits personnels, en l’absence de tout principe moral ou juridique, le seul espoir qu’a une économie mixte de préserver sa ressemblance précaire avec un ordre social, de tenir en laisse les groupes de sauvages désespérément rapaces que lui-même a créés et d’empêcher la spoliation légalisée de dégénérer en un pur et simple pillage de tous par tous en-dehors de la loi — est le compromis : compromis sur tout et dans tous les domaines, matériel, intellectuel et spirituel pour que personne ne franchisse la ligne en exigeant trop, faisant s’effondrer toute la structure pourrie. Si le jeu doit continuer, rien ne peut être autorisé à demeurer ferme, solide, absolu, incorruptible ; absolument tout (et tout le monde) doit être fluide, approximatif, flexible, indéterminé, approximatif.

Quel est le critère qui doit guider les actes de tout le monde ? L’opportunité de l’instant immédiat.

Le seul danger pour une économie mixte est toute valeur, vertu ou idée avec laquelle on ne fait pas de compromis. La seule menace est toute personne, tout groupe, tout mouvement qui ne cède pas sur ses principes. Le seul ennemi est l’intégrité.
Il n’est pas nécessaire de faire remarquer qui sera toujours gagnant et toujours perdant dans un jeu de ce type.

Il n’est pas plus difficile de voir de quelle espèce d’unité (ou de consensus) ce jeu-là a besoin : l’union dans l’accord tacite comme quoi tout est permis, tout est à vendre (ou “négociable”) et le reste est livré à la foire d’empoigne des pressions, du lobbying, des manipulations, des renvois d’ascenseur, de la “communication”, du donnant-donnant, de la fourberie, de la mendicité, de la corruption, de la trahison — et du hasard, le hasard aveugle d’une guerre où le trophée consiste à pouvoir employer la force armée de la loi contre des victimes légalement désarmées.

Observez que ce type-là de trophée établit un intérêt unique que tous les participants ont en commun : le désir d’avoir un Etat fort — un Etat dont le pouvoir ne soit pas limité, assez fort pour permettre aux gagnants de permettre aux gagnants et à ceux qui voudraient l’être d’emporter ce qu’ils voulaient prendre ; un Etat qui ne soit lié par aucune politique, contraint par aucune idéologie, un Etat qui accapare toujours plus de pouvoir, un pouvoir pour le pouvoir, ce qui veut dire : un pouvoir pour le compte, au service de toute bande “importante” qui pourrait s’en emparer momentanément pour forcer sa législation particulière dans le gosier du pays. Observez, par conséquent, que la doctrine du “compromis” et de la “modération” s’applique absolument à tout sauf à un sujet particulier : toute idée de réduire le pouvoir des hommes de l’Etat.

Observez les torrents de boue, d’insultes, et de haine hystérique déchaînés par les “modérés” contre tout partisan de la liberté, c’est-à-dire du capitalisme*. Notez que des gens se servent sérieusement, quand ce n’est pas avec arrogance, d’appellations comme “centrisme radical” ou “militantisme centriste”. Observez l’intensité étrange de la haine dans cette campagne de diffamation contre le Sénateur GOLDWATER. Elle avait des accents de panique : la panique des “modérés”, du “centre de gouvernement”, des partisans de la “voie moyenne” face à l’idée qu’un mouvement vraiment favorable au capitalisme puisse mettre un terme à leur petit jeu. Mouvement qui, soit dit en passant, n’existe pas encore, le sénateur GOLDWATER n’étant pas un partisan de la liberté naturelle et sa campagne dépourvue de sens, de philosophie, de structure intellectuelle n’ayant contribué qu’à consolider la position des avocats du consensus. Mais ce qui est significatif est la nature de leur panique : elle nous a donné un aperçu de leur “modération” tant vantée, de leur respect “démocratique” pour les choix de la population et de leur tolérance face au désaccord et à l’opposition.

Dans une lettre au New York Times du 23 juin 1964, un maître-assistant en science politique, craignant la nomination de GOLDWATER, écrivait ce qui suit :

“Le vrai danger réside dans la campagne de division que sa nomination provoquerait… le résultat d’une candidature GOLDWATER serait un électorat divisé et aigri. Pour être efficace, le gouvernement des Etats-Unis exige un haut degré de consensus et d’esprit bipartisan sur les questions fondamentales.”

Quand et par qui l’Etatisme a-t-il été accepté comme le principe fondamental des Etats-Unis — et comme un principe qui devrait désormais être tenu au-dessus de tout débat et de toute dissension, de sorte que les questions fondamentales ne soient plus jamais posées ? N’est-ce pas là la formule d’un gouvernement de parti unique ? Le digne professeur ne précise pas .

Un autre épistolier du New York Times (24 juin 1964), identifié par le journal comme “démocrate-social”, est allé un peu plus loin.

“Qu’en novembre le peuple américain choisisse. S’il fait un large choix en faveur de Lyndon JOHNSON et des Démocrates, alors une fois pour toutes l’Etat fédéral pourra aller de l’avant, sans avoir à trouver des prétextes, dans le travail que des millions de Nègres, de chômeurs, de malades et autres handicapés s’attendent à le voir faire — pour ne rien dire de nos engagements à l’étranger.

“Si le peuple choisit GOLDWATER, alors il semblera que le pays ne valait pas la peine qu’on le sauve après tout.

“Woodrow WILSON a dit un jour qu’on peut avoir trop d’orgueil pour se battre ; puis il nous a fallu entrer en guerre. Une fois pour toutes réglons cette question, tant qu’on peut encore se battre à coups de bulletins de vote et non avec des balles”.

Ce Monsieur veut-il dire que si nous ne votons pas comme il veut, il va se servir de balles ? Je n’en sais pas plus que vous.

Le New York Times, qui était un promoteur voyant du gouvernement par le consensus, a dit des choses curieuses dans son commentaire sur la victoire du Président JOHNSON. Son éditorial du 8 novembre 1964 affirmait :

“Peu importe l’ampleur massive — bien connue— de sa victoire électorale, le gouvernement ne peut pas se contenter de surfer sur la vague populaire qui roule sur un océan de platitudes, de généralités et de promesses euphoriques…

“maintenant qu’il dispose d’un vaste mandat populaire, il a l’obligation morale aussi bien que politique de ne pas faire plaisir à tout le monde mais de se résoudre à un programme d’action qui soit fort , concret et déterminé.”

Quel type d’action déterminée ? Si on n’a présenté à l’électeur que des “platitudes, des généralités et des promesses euphoriques”, comment peut-on interpréter ce vote comme un

“vaste mandat populaire ?” Un mandat pour faire ce que personne n’a nommé ? Un chèque en blanc politique ? Et si M. JOHNSON a bel et bien remporté une victoire massive en cherchant “à faire plaisir à tout le monde”, alors qu’est-ce donc qu’on espère de lui, quel sont les électeurs qu’il devra décevoir ou trahir, — et que devient le vaste consensus populaire ?

Moralement et philosophiquement, cet éditorial est éminemment suspect et contradictoire. mais il devient clair et cohérent dans le contexte de l’anti-idéologie de l’interventionnisme d’Etat. Dans une économie mixte, on n’attend pas du Président qu’il ait un programme ou une politique particulière. Un chèque en blanc sur le pouvoir est tout ce qu’il demande aux électeurs. Par la suite, la parole est au jeu des groupes de pression, jeu que tout le monde est censé comprendre et approuver, mais sans jamais le mentionner. A qui il fera plaisir et sur quels points, cela dépend des hasards du jeu — ainsi que des “segments importants de la population”. Son travail est seulement de s’accrocher au pouvoir — et de dispenser les faveurs.

Dans les années 1930, les liberals [les démocrates-sociaux] avaient un vaste programme de réformes sociales et un esprit de croisade. Ils prônaient une société planifiée*. Ils proposaient des théories essentiellement socialistes… et la plupart d’entre eux se récriaient face à l’accusation de prétendre accroître le pouvoir des hommes de l’Etat ; la plupart d’entre eux assuraient à leurs adversaires que le pouvoir d’Etat n’était qu’un moyen temporaire pour réaliser un but — un noble but”, libérer l’homme de sa sujétion aux besoins matériels.

Aujourd’hui, dans le camp démocrate-social, plus personne ne parle de société planifiée ; les programmes à long terme, les théories, les principes, les abstractions, et les “nobles objectifs” ne sont plus à la mode. Les démocrates-sociaux modernes se moquent de quiconque se soucie de questions aussi vastes qu’une société ou une économie. Ils se préoccupent de projets et d’exigences singulières, à court terme, au ras des pâquerettes, sans s’occuper du coût, du contexte ni des conséquences. Le “pragmatisme”, pas l’“idéalisme” est leur adjectif favori quand on leur demande de justifier leur “position”, comme on dit, et non plus leur “opinion”. Ils affichent une hostilité militante à la philosophie politique ; ils rejettent ses concepts comme autant d’“étiquettes”, de “marques”, de “mythes”, d’“illusions” et s’interdisent toute vélléité d’“étiqueter” — c’est-à-dire d’identifier — leurs propres conceptions. Ils font la guerre à tout système et — avec leur manteau passé d’intellectuels toujours accroché sur leurs épaules — ils sont contre la pensée. Le seul vestige de leur ancien “idéalisme” est la manière cynique, rituelle, dont ils citent des slogans “humanitaires” d’un air fatigué, lorsque l’occasion l’exige.

Le cynisme, l’incertitude et la peur sont les marques distinctives d’une culture qu’ils continuent de dominer par défaut. Et la seule chose qui n’ait pas rouillé dans leur équipement idéologique, mais s’est développé sauvagement et avec toujours plus d’éclat au cours des années, est leur désir du pouvoir — pour un pouvoir d’Etat autocratique, étatiste et totalitaire. Ce n’est pas la clarté d’une croisade, ce n’est pas la fièvre d’un fanatique qui a une mission à remplir — c’est davantage comme la lueur vitreuse dans les yeux d’un somnambule, avec un désespoir stupide qui a depuis longtemps avalé le souvenir de son projet, mais qui s’accroche encore à son arme cabalistique, dans la conviction obstinée qu’“il faut faire une loi”, que tout va s’arranger si seulement quelqu’un veut bien faire passer une loi, que tous les problèmes peuvent être résolus par le pouvoir magique de la force brutale.

Tels sont l’Etat présent de la pensée et la tendance visible de notre culture.
Maintenant, je vous demande d’examiner la question que j’avais posée au début de cette discussion : vers laquelle de ces deux variantes de l’Etatisme nous dirigeons-nous : le socialisme ou le fascisme ?

Permettez-moi de vous soumettre, à titre de réponse partielle, cet élément de preuve qu’est la citation d’un éditorial qui est paru dans le Washington Star d’octobre 1964. C’est un mélange éloquent de vérité et de fausse information, et un exemple typique de l’Etat actuel de la connaissance politique :

“Le socialisme est tout simplement la propriété étatique des moyens de production. Cela, aucun candidat à la Présidence d’un grand parti ne l’a jamais proposé, et ce n’est pas ce que Lyndon JOHNSON propose aujourd’hui. (Exact.)

“Il existe cependant aux Etats-Unis tout un ensemble de lois qui soit accroissent la réglementation étatique des affaires privées soit la responsabilité de l’Etat pour le bien-être individuel. (Exact.) C’est à cette législation que les cris d’alarme contre le “socialisme” font allusion.

“A côté des clauses constitutionnelles prévoyant la réglementation fédérale du commerce inter-états*, ce type d’“intrusion” sur le marché commence avec les lois antitrust. (Très vrai.) C’est à elles que nous devons l’existence maintenue du capitalisme concurrentiel et le fait que le capitalisme de cartels n’est pas advenu. (Faux.) Dans la mesure où le socialisme est d’une manière ou d’une autre le produit du capitalisme de cartels (faux), on peut dire raisonnablement que cette ingérence-là de l’Etat dans les affaires a en fait empêché le socialisme. (Pire que faux.)

“Quant à la législation sociale, elle est encore à des années-lumière de la sécurité ‘de la naissance à la mort’ prônée par le socialisme contemporain. (Pas tout à fait exact.) Cela ressemble beaucoup plus à un souci humain ordinaire pour la détresse des hommes qu’à un programme idéologique quel qu’il soit.” (La deuxième partie de cette phrase est exacte : il ne s’agit pas d’un programme idéologique. En ce qui concerne la première, un souci humain ordinaire pour la détresse des hommes ne se manifeste pas ordinairement sous la forme d’un fusil dirigé contre le portefeuille et le revenu de votre voisin.)

L’éditorial ne mentionnait pas, bien sûr, qu’un système dans lequel les hommes de l’Etat ne nationalisent pas les moyens de production mais acquièrent une maîtrise totale de l’économie s’appelle le fascisme.

C’est vrai que les démocrates-sociaux ne sont pas des socialistes*, qu’ils n’ont jamais prôné ni entrepris la socialisation de la propriété privée, qu’ils voudraient “préserver” la propriété privée — les hommes de l’Etat étant maîtres de son usage et de sa transmission. Mais cela, c’est justement la caractéristique fondamentale du fascisme.

Voici encore une pièce au dossier. celle-ci est moins grossièrement naïve que la première et beaucoup plus insidieusement erronée. Ceci est extrait d’une lettre au New York Times (1er novembre 1964), écrite par un maître assistant en économie :

“A presque tous les points de vue, les Etats-Unis sont probablement plus adeptes de la libre entreprise que n’importe quel autre pays industriel, et ils ne ressemblent même pas de loin à un système socialiste. A la manière dont on entend le terme chez ceux qui étudient les systèmes économique comparés et chez d’autres qui ne l’emploient pas à la légère, le socialisme s’identifie avec des nationalisations étendues, un secteur public dominant, un fort mouvement coopératif, une redistribution égalitariste des revenus, un Etat-providence absolu et la planification centrale.

“Aux Etats-Unis, non seulement il n’y a pas eu de nationalisation, mais des projets d’Etat ont été remis à l’entreprise privée…

“La distribution des revenus dans ce pays est l’une des plus inégales des pays développés, les baisses d’impôts et les refuges fiscaux ont émoussé la progressivité modérée de notre structure fiscale. Trente ans après le New Deal, les Etats-Unis ont un Etat-providence très limité, si on le compare à la Sécurité sociale universelle et aux logements sociaux de nombreux pays européens.

“Cela défie l’imagination de présenter l’enjeu véritable de cette campagne comme un choix entre le capitalisme et le socialisme. Ou entre une économie libre ou une économie planifiée. La question concerne deux concepts différents du rôle de l’Etat dans le cadre d’un système d’entreprise essentiellement privée*.”

Dans un système de libre entreprise, le rôle des hommes de l’Etat est celui d’un policier qui protège les droits personnels de l’homme (y compris ses Droits de propriété) en protégeant les gens contre l’emploi de la force physique ; dans une économie libre, les hommes de l’Etat ne contrôlent rien, ne réglementent rien, ne contraignent rien, ne se mêlent en rien des activités productives des gens.

Je ne connais pas les options politiques de l’auteur de cette lettre ; il se peut qu’il soit un liberal [un démocrate-social], ou un soi-disant défenseur du capitalisme. Mais s’il l’est, alors il me faut faire remarquer que des opinions telles que les siennes — et que partagent nombre d’“hommes de droite” — font plus de mal au capitalisme et le discréditent davantage que celles de ses ennemis déclarés.

Ces “conservateurs” considèrent le capitalisme comme un système compatible avec des interventions de l’Etat, ce qui les conduit à faciliter la propagation des plus dangereuses erreurs conceptuelles. Alors que le capitalisme pur, le capitalisme de laissez-faire n’a jamais existé nulle part, alors qu’on avait laissé certaines interventions (inutiles) des hommes de l’Etat diluer et saper le système américain originel — bien plus par erreur que par intention théoriquement motivée, ces interventions-là étaient des entraves mineures, et les “économies mixtes” du dix-neuvième siècle étaient essentiellement libres, et c’est cette liberté jamais vue qui a amené un progrès sans précédent pour l’humanité.

Les principes, la théorie, et la pratique effective du capitalisme reposent sur un marché libre c’est-à-dire non réglementé, comme l’histoire des deux derniers siècles l’a amplement démontré. Aucun défenseur du capitalisme ne peut se permettre de méconnaître le sens exact des termes de “laissez-faire” et d’“économie mixte”, qui indiquent clairement les deux éléments opposés qui sont en cause dans cette mixture : l’élément de liberté économique, qui est le capitalisme, et celui de l’intervention des hommes de l’Etat, qui est l’étatisme.

Une campagne insistante se poursuit depuis des années pour nous faire accepter l’idée suivant laquelle tous les Etats seraient les instruments des intérêts économiques de classe, le capitalisme n’étant pas une économie libre, mais un système d’ingérences étatiques au service de quelque classe privilégiée*. Le but de cette campagne est de falsifier l’économie politique et de réécrire l’histoire pour oblitérer l’existence et la possibilité d’un pays libre et d’une économie sans intervention de l’Etat. Comme un système de propriété privée nominale gouverné par les interventions de l’Etat n’est pas du capitalisme mais du fascisme, le seul choix que cette oblitération nous laisserait est le choix entre le fascisme et le socialisme (ou le communisme) — ce que tous les étatistes du monde, de toutes les variétés, degrés et dénominations se battent frénétiquement pour nous faire avaler. (Détruire la liberté est leur objectif commun, après quoi ils comptent se battre entre eux pour le pouvoir.)

C’est ainsi que les conceptions de ce professeur et de bien des “hommes de droite” accréditent et renforcent la propagande vicieuse des gauchistes qui identifient le capitalisme avec le fascisme. Mais il y a une forme amère de justice dans la logique des événements. Cette propagande a un effet qui peut bien être avantageux aux communistes, mais qui est à l’opposé de celui recherché par les soi-disant liberals, les démocrates-sociaux, les socialistes qui partagent la culpabilité de l’avoir propagé : loin de diffamer le capitalisme, c’est le fascisme qu’elle a réussi à dédouaner en le camouflant.

Dans ce pays, il y a peu de gens qui se soucient de prôner, de défendre voire de comprendre le capitalisme ; mais il y en a moins encore qui souhaitent se priver de ses avantages. Alors, si on leur dit que le capitalisme est compatible avec l’intervention de l’Etat, avec les interventions particulières qui vont faire le jeu de leurs intérêts particuliers à eux — qu’il s’agisse de cadeaux de l’Etat, de salaires minimum, de soutiens des prix, de subventions, de lois antitrust ou de la censure des films cochons — ils accepteront ces mesures-là, avec la conviction rassurante qu’il n’en résultera rien d’autre qu’un capitalisme “modifié”. Et c’est ainsi que par ignorance, refus de penser, lâcheté morale, et déficience intellectuelle, un pays qui abhorre réellement le fascisme est en train, par d’imperceptibles degrés, se glisser non pas vers le socialisme réel ni vers quelque idéal de sensiblerie altruiste, mais vers une forme ouverte, brutale, prédatrice, avide de pouvoir, de fascisme pratique.

Non, nous n’avons pas atteint ce stade-là. Mais nous ne sommes certainement plus “pour l’essentiel un système de libre entreprise”. Aujourd’hui, nous avons un système en désintégration, malsain, en équilibre précaire d’économie mixte — une mixture aléatoire, bâtarde de combines socialistes, d’influences communistes, d’interventionnisme fascisant, dont un capitalisme croupion et sur la défensive continue d’entretenir plein pot — tout l’ensemble, qui roule en direction de l’Etat fasciste.

Regardez notre gouvernement actuel : je pense qu’on ne m’accusera pas d’injustice si je dis que le Président JOHNSON n’est pas un penseur porté à la philosophie. Et non, ce n’est pas un fasciste, ni un socialiste et encore moins un partisan du capitalisme. Idéologiquement, il n’est rien du tout en particulier. A en juger par ses exploits passés et par le consensus de ses propres partisans, le concept d’‘idéologie’ n’est pas applicable en ce qui le concerne. C’est un politicien — phénomène très dangereux, mais parfaitement adapté à notre situation présente. C’est presque un personnage de fiction, l’archétype du parfait dirigeant pour économie mixte : un bonhomme qui aime le pouvoir pour le pouvoir, expert à manipuler les groupes de pression, à les jouer tous les uns contre les autres, qui adore ce processus où l’on dispense les sourires, les froncements de sourcils, et les faveurs, surtout les faveurs inattendues, et dont la vision du monde ne s’étend pas au-delà de la prochaine élection.

Ni le Président JOHNSON ni aucun des groupes aujourd’hui dominants n’irait recommander la socialisation de l’économie. Comme ses prédécesseurs modernes à son poste, M. JOHNSON sait que les industriels sont les vaches à lait de l’interventionnisme, et il ne veut pas du tout les détruire ; il les veut au contraire prospères pour qu’ils nourrissent ses projets redistributifs (dont il a besoin pour son élection prochaine) tandis qu’eux-mêmes, les hommes d’affaires, lui mangent dans la main comme ils semblent si désireux de le faire. Le lobby des affaires est certain d’obtenir sa juste part d’influence et de reconnaissance — exactement comme le lobby des syndicalistes ou le lobby des agriculteurs ou le lobby de tout “segment important” — aux termes que lui-même choisira. Il sera particulièrement doué pour créer et pour promouvoir le type de capitaliste que j’ai décrit comme “l’aristocratie du piston”. Ce n’est pas un modèle socialiste ; c’est celui, typique, du fascisme.

Le sens politique, intellectuel et moral de la politique de M. JOHNSON vis-à-vis des capitalistes a été résumée de manière éloquente dans un article du New York Times du 4 janvier 1965 :

M. JOHNSON est un keynésien à 100 % dans ses avances constantes à la communauté des affaires. A la différence du Président ROOSEVELT, qui se complaisait à attaquer les capitalistes jusqu’à ce que la Seconde Guerre mondiale le contraigne à faire une trêve à contrecœur, et du Président KENNEDY, qui avait aussi encouru l’hostilité des hommes d’affaires, le Président JOHNSON a longtemps et durement œuvré pour amener les entrepreneurs à rejoindre ses rangs dans un consensus national pour ses programmes.

“Cette campagne pourra perturber beaucoup de keynésiens, mais c’est du pur KEYNES. En fait, Lord KEYNES, qui fut longtemps considéré come un personnage dangereux, machiavélien, par les dirigeants d’entreprise américains, avait fait des propositions précises pour améliorer les relations entre le Président et la communauté des affaires.

“Il avait exposé ses conceptions en 1938, dans une lettre au Président ROOSEVELT, qui se trouvait exposé à de nouvelles critiques de la part des hommes d’affaires à la suite de la récession qui s’était produite l’année précédente. Lord KEYNES, qui cherchait toujours à transformer le capitalisme dans le but de le sauver, reconnaissait l’importance de la confiance des hommes d’affaires et tenta de convaincre M. ROOSEVELT de réparer les dégâts causés.

“ Il avertissait le Président que les dirigeants d’entreprise n’étaient pas des hommes politiques et ne répondaient pas au même traitement. Il sont, écrivait-il, ‘beaucoup plus affables que les politiciens, à la fois attirés et terrifiés par l’éclat de la notoriété, faciles à persuader d’être ‘patriotes’, perplexes, obnubilés, en fait terrifiés mais par trop désireux de voir les choses du bon côté, vaniteux peut-être mais très peu sûrs d’eux-mêmes, pathétiquement sensibles à un mot gentil…’

“Il ne doutait pas que M. ROOSEVELT pût les apprivoiser et leur faire faire ce qu’il voulait, à condition de suivre quelques règles simples à la KEYNES.

“‘Vous pourriez en faire ce que vous voulez’, continuait la lettre, ‘si vous vouliez les traiter (même les plus gros) non comme des loups ou des tigres, mais comme des animaux domestiques par nature, même s’ils ont été mal élevés et si on ne les a pas dressés comme vous voudriez’

“Le Président ROOSEVELT n’avait pas tenu compte de cet avis. Ni, apparemment, le Président KENNEDY. Mais le Président JOHNSON semble avoir compris le message… avec des mots gentils et des caresses fréquentes sur la tête, il a amené la communauté des hommes d’affaires à lui manger dans la main.

“M. JOHNSON semble être tombé d’accord avec Lord KEYNES pour qui il n’y avait pas grand-chose à gagner à s’engager dans une querelle avec les capitalistes. Suivant ses propres termes, ‘si vous les poussez à cet état d’amertume, d’obstination et de terreur dont les animaux domestiques, mal dirigés, sont capables, le fardeau de la nation ne sera pas amené à bon port ; et l’opinion publique finira par se tourner de leur côté.”

Concevoir les dirigeants d’entreprises comme des “animaux domestiques” qui portent le “fardeau de la nation” et qu’il faut “dresser” pour qu’ils “obéissent” au Président n’est certainement pas une vision des choses compatible avec le capitalisme. Elle n’est pas applicable au socialisme réel, puisqu’il n’y a pas de capitalistes dans une république socialiste. C’est une conception qui exprime l’essence du fascisme économique, de la relation entre les entreprises et les hommes de l’Etat quant cet Etat est fasciste.

Peu importe le camouflage verbal, c’est cela que veulent dire aujourd’hui toutes les variantes du capitalisme “transformé” (ou “modifié”, ou “modernisé” ou encore “humanisé”). Dans chacune de ces doctrines, “humaniser” consiste à transformer en bêtes de somme certains membres de la société — ceux qui sont les plus productifs.

La formule grâce à laquelle on entend circonvenir, puis mater les animaux du sacrifice, on l’entend répéter aujourd’hui avec une insistance et une fréquence croissantes : les capitalistes, dit-on, doivent considérer les hommes de l’Etat non comme des ennemis, mais comme des “associés”. L’idée d’une “association” entre un groupe privé et des personnages publics, entre l’entreprise et l’administration, entre l’activité productive et l’emploi de la force, est une corruption sémantique (un “anti-concept” typique d’une idéologie fasciste — d’une idéologie qui considère la violence comme l’élément fondamental et l’arbitre de dernier ressort de toutes les relations humaines.

“Cette prétendue ‘association’ est un indécent euphémisme pour ‘ordres donnés par les hommes de l’Etat’. Il ne peut exister aucune ‘association’ entre des bureaucrates qui ont les armes et des citoyens privés sans défense qui n’ont d’autre choix que d’obéir. Quelles seraient vos chances face à un ‘associé’ dont les énoncés arbitraires auront force de loi, qui pourra vous accorder une audience (si votre groupe de pression est suffisamment grand), mais qui fera le jeu de ses favoris et trahira vos intérêts, qui aura toujours le dernier mot, ayant légalement le ‘droit’ de vous l’imposer au bout du fusil, parce que votre propriété, votre avenir, votre vie, il les tient en son pouvoir ? Est-ce cela que l’on entend par ‘association’ ? ”

Mais il y a des gens qui trouvent cette perspective-là séduisante ; il s’en trouve parmi les hommes d’affaires comme dans n’importe quel groupe ou profession : les hommes qui craignent la concurrence du marché libre et qui accueilleraient volontiers un ’associé’ qui aurat des armes pour extorquer en leur faveur des avantages particuliers contre leurs concurrents plus capables ; des hommes qui désirent s’élever, non par mérite mais par protection, et qui sont prêts à vivre non par le droit mais par la faveur arbitraire. Parmi les entrepreneurs, c’est ce type de mentalité qui fut responsable du vote des lois antitrust, et qui les soutient encore aujourd’hui.

Un nombre substantiel de chefs d’entreprise Républicains sont passés du côté de M. JOHNSON à l’occasion de cette élection. Voici quelques intéressantes observations sur le sujet, à partir d’une enquête du New York Times (16 septembre 1964) :

“Des entretiens menés dans cinq villes du nord-est industriel révèlent des différences frappantes dans les opinions politiques entre les dirigeants des grandes sociétés et ceux qui s’occupent d’entreprises plus petites… les dirigeants d’entreprise qui s’apprêtent à voter pour un candidat Démocrate pour la première fois de leur vie sont presque tous affiliés à de grandes entreprises. Il y a plus de soutien pour le Président JOHNSON parmi les cadres d’entreprise qui ont entre 40 et 50 ans que parmi ceux qui sont plus âgés ou plus jeunes.

Nombre de chefs d’entreprise affirme qu’ils trouvent relativement peu de gens qui passent du côté de JOHNSON chez les cadres plus jeunes.… Les entretiens avec les trentenaires le confirment… les jeunes cadres parlent eux-mêmes fièrement de leur génération comme celle qui a interrompu et inversé la tendance à ce qu’il y ait plus de socialisme chez les plus jeunes… c’est sur la question des déficits publics que le clivage apparaît le plus spectaculaire entre les chefs de petites et de grandes entreprises. Les dirigeants des grandes sociétés ont une bien plus grande tendance à accepter l’idée que les déficits budgétaires sont quelquefois nécessaires voire désirables. Le chef de PME typique, en revanche, réserve un mépris tout particulier à cette manière de dépenser…”

Voilà qui nous donne une idée de qui sont ceux qui ont intérêt à une économie interventionniste — et de ce qu’une telle économie fait à ceux qui débutent ou qui sont jeunes*.

Un aspect essentiel de la mentalité socialisante est le désir d’oblitérer la différence entre ce qu’on a gagné et ce qu’on n’a pas gagné et, par conséquent, d’empêcher toute différenciation entre les Hank REARDEN et les Orren BOYLE**. Pour la mentalité d’un primitif, d’un socialiste, incapable d’abstraction, ne voyant pas plus loin que le bout de son nez, une mentalité qui hurle pour qu’on “redistribue la richesse” sans se soucier en rien de l’origine de celle-ci — l’ennemi est quiconque se trouve être riche, quelle que soit l’origine de ses possessions. Ces cervelles-là, ces soi-disant liberals grisonnants, vieillissants, qui avaient été les “idéalistes” des années 30, s’accrochent désespérément à l’illusion que nous nous dirigerions vers une espèce d’état socialiste hostile aux riches et favorable aux pauvres — tout en refusant frénétiquement de voir quel est le genre de riches qui se font détruire et lesquels sont ceux qui prospèrent dans le système qu’eux-mêmes, les soi-disant liberals, ont institué. De cette farce atroce, ce sont eux les dindons : ce dont leurs prétendus “idéaux” ont fait le lit, ce n’est pas le socialisme mais le fascisme. Le profiteur de tous leurs efforts n’est pas le “petit” personnage désespérément, stupidement vertueux de leur imagination aux pieds plats, de leurs fictions défraîchies : c’est le pire spécimen de ploutocrate prédateur, l’enrichi-par-la-force, le riche-par-privilège-politique, le type qui n’a aucune chance dans le véritable capitalisme, mais qui est toujours là pour ramasser la mise à chaque “expérience” socialiste “désintéressée”.

Ce sont les créateurs de la richesse, les Hank REARDEN, qui sont détruits par toute forme d’étatisme : socialiste, communiste, ou fasciste. Ce sont les parasites, les Orren BOYLE, qui sont l’“élite” privilégiée et les profiteurs de l’interventionnisme, particulièrement du fascisme. (Les profiteurs particuliers du socialisme sont les James TAGGART*, ceux du communisme les Floyd FERRIS**) La même chose est vraie de leurs équivalents moraux parmi les pauvres et à tous les échelons intermédiaires de la société.

La forme particulière d’organisation économique qui devient de plus en plus apparente dans ce pays, comme une excroissance du pouvoir des groupes de pression, est l’une des pires variantes de l’étatisme : le socialisme corporatiste. Le corporatisme forcé vole leur avenir aux talents les plus jeunes, emprisonnant les hommes dans des castes professionnelles soumises à des règles rigides. Il incarne impudemment les raisons d’agir fondamentales de la plupart des étatistes, quoi qu’ils préfèrent généralement ne pas les avouer : l’établissement et la protection des médiocres contre des concurrents plus capables, la mise aux fers des hommes supérieurs pour les forcer à rejoindre la moyenne médiocre de leur profession. Cette théorie n’est pas trop populaire parmi les socialistes (quoiqu’elle y ait ses partisans) mais l’exemple le plus fameux de sa pratique sur une grande échelle était l’Italie fasciste.

Dans les années 1930, un petit nombre de gens perspicaces avaient dit que le New Deal de ROOSEVELT était une forme de socialisme corporatiste, et qu’il était plus proche du système de MUSSOLINI que de n’importe quel autre. On n’en a pas tenu compte. Aujourd’hui, l’évidence ne peut tromper.

On a dit aussi que si le fascisme arrivait jamais aux Etats-Unis, il viendrait déguisé en socialisme. dans ce contexte, je vous recommande de lire ou de relire It Can’t Happen Here de Sinclair LEWIS avec un rappel particulier du personnage de Berzelius Windrip, le leader fasciste.

Maintenant permettez-moi de mentionner, pour y répondre, quelques-unes des objections standard par lesquelles les démocrates-sociaux d’aujourd’hui tentent de camoufler (pour le différencier du fascisme) la nature du système qu’ils défendent.

Le fascisme exige le parti unique. A quoi revient en pratique la notion de “gouvernement par le consensus” ?

Le but du fascisme est la conquête du monde. Quel est le but de ces champions des Nations-Unies avec leur pensée globaliste “au-dessus des partis” ?

Le fascisme prône le racisme. Pas nécessairement. L’Allemagne de HITLER le faisait ; pas l’Italie de MUSSOLINI*.

Le fascisme est contre la politique sociale. Apprenez de quoi vous parlez et retournez à vos livres d’histoire. Le père et le concepteur de l’Etat-providence, l’homme qui a mis en pratique l’idée d’acheter la loyauté de certains groupes avec de l’argent extorqué à d’autres, c’était BISMARCK — l’ancêtre politique de HITLER. Permettez-moi de vous rappeler que le titre complet du parti “Nazi” était : le Parti Ouvrier Allemand Socialiste National.

Permettez-moi aussi de vous rappeler quelques extraits du programme politique de ce parti, adopté à Munich le 24 février 1920 :

“Nous demandons que l’Etat assume avant tut l’obligation de fournir à tous les citoyens une possibilité suffisante de trouver un emploi et de gagner sa vie.

“Les activités de l’individu ne doivent pas pouvoir s’opposer aux intérêts de la communauté, mais s’accomplir dans leur cadre et en vue du bien de tous. Par conséquent, nous exigeons : … qu’il soit mis fin au pouvoir des intérêts financiers.

“Nous exigeons le partage des bénéfices de la grande entreprise.

“Nous exigeons un vaste développement des soins pour les personnes âgées.

“Nous exigeons… la plus large prise en compte de la petite entreprise dans les achats des administrations nationales, régionales et municipales.

“Pour permettre à tout [citoyen] capable et travailleur d’accéder à l’enseignement supérieur et d’atteindre de la sorte un poste de direction, l’Etat doit assurer une extension générale de tout notre système d’enseignement public… nous exigeons la formation aux frais de l’Etat des enfants doués dont les parents sont pauvres…

“L’Etat doit se charger d’améliorer la santé publique — en protégeant la mère et l’enfant, en interdisant le travail des enfants… par le plus grand soutien possible aux clubs attachés à l’éducation physique de la jeunesse.

“[Nous] combattons l’esprit matérialiste en nous-mêmes et en-dehors de nous, et sommes convaincus qu’une guérison permanente de notre peuple ne peut venir que de l’intérieur à partir du principe du Bien commun avant le bien individuel*

Il y a cependant une différence unique entre le type de fascisme vers lequel nous dérivons, et celui qui a ravagé les sociétés européennes : notre fascisme à nous n’est pas de type militant. Ce n’est pas un mouvement organisé de démagogues à la voix de fausset, de gangsters dégoulinants de sang, d’intellectuels de troisième ordre en proie à l’hystérie, et de délinquants juvéniles. Notre fascisme à nous est un fascisme fatigué, usé, cynique, un fascisme par défaut, non comme un désastre flamboyant mais comme l’effondrement silencieux d’un organisme léthargique lentement rongé par la corruption interne.

Etait-il fatal que cela arrive ? Non. Peut-on encore l’empêcher ? Oui.

Si vous doutiez du pouvoir qu’a la philosophie de fixer le cours et de façonner la destinée des sociétés humaines, observez que notre économie mixte est au sens littéral du terme le produit, fidèlement réalisé, du pragmatisme — et de la génération élevée sous son influence.

Le pragmatisme est la philosophie qui prétend qu’il n’y aurait pas de vérités permanentes, pas d’abstractions valides, pas de concepts solides, et qu’on pourrait tout essayer à vue de nez, que l’objectivité consisterait en un subjectivisme collectif, que tout ce que les gens souhaitent déclarer vrai le serait effectivement — à condition qu’un consensus l’ait approuvé.

Si vous voulez empêcher un désastre ultime, c’est cette manière-là de “penser” — Toutes ces propositions et chacune d’entre elles — que vous devez examiner, comprendre et rejeter. Alors vous aurez compris ce qui lie la philosophie à la politique et aux événements de votre vie quotidienne. Alors vous aurez compris qu’il n’y a pas de société qui soit meilleure que ses fondations philosophiques. Et alors — pour paraphraser John GALT* : vous serez prêt non pas à revenir au capitalisme, mais à le découvrir.

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Lundi 4 juin 2012 1 04 /06 /Juin /2012 11:55

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Le bien par la force


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Je ne considère pas les collectivistes comme des « idéalistes sincères mais abusés ». La suggestion de réduire en esclavage certains hommes pour le bien d’autres n’est pas un idéal ; la brutalité n’est pas « idéaliste », peu importe son but. Ne dites jamais que le désir de « faire le bien » par la force est un bon motif. Ni la soif de pouvoir ni la stupidité ne sont de bons motifs.

Ayn Rand (1905-1982) – philosophe et romancière américaine d’origine russe, propagandiste de l’objectivisme.



LA COLLECTIVISATION DES DROITS
 

Extrait de La vertu d’égoïsme d’Ayn Rand (traduction de Bertrand Lemennicier).

Le Droit est un principe moral qui définit le Bien et le Mal dans les rapports de la société politique. De la même manière que l'homme a besoin d'un code moral pour vivre (pour agir, pour choisir les bons objectifs et pour les réaliser), de même une société, soit un groupe de personnes, a besoin de principes pour organiser un système social en conformité avec la nature de l'homme et avec les nécessités du maintien de son existence.
De même qu'homme peut refuser de voir la réalité et agir sur le caprice aveugle d'un moment, mais n'aboutit à rien d'autre que sa propre destruction progressive, une société peut refuser de voir la réalité et instituer un système gouverné par les caprices aveugles de son chef, par la bande majoritaire qui se trouve être au pouvoir, par le démagogue du moment ou par un dictateur permanent ; mais une telle société ne peut rien obtenir d'autre que l'empire de la force brute et un état d'autodestruction progressive.

Le collectivisme est à la politique ce que le subjectivisme est à l'éthique. Comme l'idée que "tout ce que je fais est juste parce que c'est moi qui ai décidé de le faire" n'est pas un principe moral mais la négation de toute morale, la notion que "tout ce que décide la société est bien parce que c'est elle qui l'a voulu" n'est pas un principe moral, mais la négation des principes moraux et leur bannissement des problèmes de société.

Quand on oppose la force au Droit, le concept de "force" ne peut signifier qu'une chose : le pouvoir de la force brutale, la violence physique, lequel qui n'est pas en fait un "pouvoir", mais le plus désespéré des états d'impuissance. Il ne s'agit que du pouvoir de détruire, c'est le "pouvoir" d'animaux qui foncent devant eux parce que quelque chose les a rendus fous.

Et pourtant c'est cela qui est le but de la plupart des intellectuels aujourd'hui. A la base de toutes leurs inversions conceptuelles on en trouve une qui est plus fondamentale : le passage du concept des Droits individuels à celui de "droits collectifs", ce qui veut dire remplacer les "Droits de l'Homme" par "les droits de la bande".

Comme il n'y a qu'une personne singulière qui puisse avoir des Droits, l'expression "Droits individuels" est une redondance (dont il faut bien se servir pour être clair dans le chaos conceptuel d'aujourd'hui). Mais l'expression "droits collectifs" est une contradiction dans les termes.

Tout groupe, ou "collectif", n'est qu'un rassemblement de personnes. Un groupe ne peut avoir d'autres Droits que résultant des Droits des individus qui le composent. Dans une société libre, les "droits" d'un groupe, quel qu'il soit, dérivent des Droits de ses membres, par un accord volontaire, individuel et contractuel , et ne sont que l'application de ces Droits particuliers à une entreprise spécifique. Toute entreprise légitime assumée par un groupe est fondée sur le Droit de libre association et de libre échange de ses membres. Par "légitime", j'entends non-criminel et librement formé, c'est-à-dire un groupe dont personne n'est forcé de faire partie.

Par exemple, le Droit qu'a une société industrielle de faire des affaires est déduit du Droit qu'ont ses membres de se lancer dans une entreprise productive, de leur Droit d'engager des employés, du Droit qu'ont ces employés de vendre leurs services, du Droit qu'ont tous ceux qui sont impliqués de produire et de vendre leurs produits, et du Droit qu'ont les clients d'acheter ou de ne pas les acheter. Tous les maillons de cette chaîne complexe de relations contractuelles reposent sur des Droits individuels, sur des choix personnels, sur des engagements singuliers. Chacun de ces accords est délimité, spécifié et soumis à certaines conditions, en fait il dépend de la mutualité des échanges pour la mutualité des avantages.

Cela est vrai de tous les groupes et associations légitimes dans une société libre : les sociétés de personnes, les sociétés de capitaux, les associations professionnelles, les syndicats (volontaires), les partis politiques, etc. Cela s'applique aussi à tous les accords de délégation : le Droit d'un homme d'agir pour un autre ou de le représenter est déduit des Droits de ceux qu'il représente et lui est délégué par choix volontaire, pour une mission spécifique et délimitée. C'est le cas d'un avocat, d'un négociateur, d'un délégué syndical, etc.
Un groupe, en lui-même, n'a pas de Droits. Un homme ne peut ni acquérir des Droits nouveaux en rejoignant un groupe ni perdre ceux qu'il a en s'en détachant. Le principe des Droits individuels est la seule base morale de tous les groupes et associations.

Un groupe qui ne reconnaît pas ce principe n'est pas une association mais une bande ou une populace.
Toute théorisation des activités d'un groupe qui ne reconnaît pas les Droits individuels est une doctrine du pouvoir à la populace ou la loi de Lynch.

La notion de "droits collectifs" (l'idée que les Droits sont attachés aux groupes et non aux personnes) signifie que les "droits" appartiennent à certains mais non à d'autres, que certaines personnes auraient le "droit" de disposer des autres à leur convenance, et que le critère d'accès à cette position privilégiée est le pouvoir du nombre.
Rien ne peut jamais valider ni justifier une telle doctrine, et jamais personne n'y est parvenu.

Comme la morale altruiste dont elle est déduite, cette doctrine repose sur le mysticisme: soit sur le mysticisme à l'ancienne de la croyance dans des édits surnaturels, comme le "droit divin" de la monarchie, soit sur la mystique sociale des collectivistes modernes qui considèrent la société comme une sorte de super-organisme, une super-entité distincte de la somme de ses membres individuels et supérieure à elle.
L'amoralité de la mystique collectiviste est particulièrement patente aujourd'hui dans le débat sur les droits des nationalités.

Une nation, comme n'importe quel autre groupe, ne représente qu'un certain nombre de personnes et ne peut avoir aucun Droit de plus que ses citoyens individuels. Un pays libre, un pays qui reconnaît, respecte et protège les Droits individuels de ses citoyens a le Droit de conserver son intégrité territoriale, son système social et sa forme de gouvernement. L'Etat d'une telle nation n'est pas le maître mais le serviteur ou le délégué de ses citoyens et n'a aucun autre Droit que ceux qui lui ont été confiés par eux pour une tâche spécifique et délimitée: celle de les protéger contre la force physique, issue de leur Droit de se défendre contre l'agression.

Les citoyens d'une nation libre peuvent différer sur les procédures juridiques particulières, ou sur les méthodes de mise en oeuvre de leurs Droits (ce qui est un problème complexe, le domaine de la science politique et de la théorie juridique) mais ils sont d'accord sur le principe de base à mettre en oeuvre : celui des Droits individuels. Quand la constitution d'un pays place les Droits de la personne hors de l'atteinte des autorités publiques, la sphère du pouvoir politique est sévèrement circonscrite ; ainsi les citoyens peuvent-ils accepter, sans risque ni immoralité, de se soumettre aux décisions d'un vote majoritaire dans cette sphère limitée. La vie ou la propriété des minorités ou des dissidents n'est pas en cause, n'est pas soumise au vote et n'est pas mise en danger par la décision majoritaire; aucun homme ni groupe ne détient un chèque en blanc sur l'existence d'autrui.

Une telle nation a le Droit d'être souveraine (dérivé du Droit de ses citoyens) et le Droit d'exiger que cette souveraineté soit respectée par tous les autres Etats.
En revanche ce Droit ne peut pas être invoqué par les dictatures, par les tribus de sauvages ni aucune forme de tyrannie absolutiste. Une société politique qui viole les Droits de ses propres citoyens ne peut se réclamer d'aucun Droit quel qu'il soit. En matière de Droit, comme dans toutes les questions morales, il ne peut pas y avoir deux poids et deux mesures. Un groupement politique soumis à la force physique brutale n'est pas une nation mais une horde, qu'elle soit conduite par Attila, Gengis Khan, Hitler, Khrouchtchev, ou Castro. De quels Droits Attila pouvait-il se réclamer et sous quels prétextes?
Ceci est applicable à toutes les formes de la sauvagerie tribale, ancienne ou moderne, primitive ou "industrialisée". Ni la géographie, ni la race, ni la tradition, ni le stade antérieur du développement ne peuvent conférer à certains êtres humains le "droit" de violer le Droit des autres.

Le "droit à l'autodétermination des peuples" ne s'applique qu'aux sociétés libres ou à celles qui cherchent à instituer la liberté ; il ne s'applique pas aux dictatures. De la même manière que le Droit qu'a une personne d'agir librement n'implique pas la liberté de commettre des délits (ce qui serait violer les Droits des autres), de même le Droit que possède une nation de choisir son propre système politique n'inclut pas le droit d'imposer une société d'esclaves (c'est-à-dire de légaliser la mise en esclavage de certaines personnes par d'autres). Il ne peut pas y avoir de "droit d'avoir des esclaves" Un Etat peut le faire, comme un homme peut devenir criminel, mais ni l'un ni l'autre ne peuvent le faire à bon droit .
Il n'est pas important, dans ce contexte, qu'un pays ait été esclavagisé par la violence, comme la Russie soviétique, ou par une élection, comme l'Allemagne nazie.

Les Droits individuels ne peuvent pas être soumis à un vote public : une majorité n'a pas le Droit de voter pour supprimer les Droits d'une minorité. La fonction politique des Droits est précisément de protéger les minorités contre l'oppression des majorités (et la plus petite minorité sur terre est l'individu).

 

par Ayn Rand
Extrait de The Virtue of Selfishness
New American Library, New York, 1964


  Consultez le sous-dossier sur l'Objectivisme

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Qui est John Galt ? - Par Cyber-résistant
Dimanche 3 juin 2012 7 03 /06 /Juin /2012 18:03

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AYN RAND (1905-1982)

 

Face à l’altruisme sacrificiel et au tribalisme,

Ayn Rand défend la vertu d’égoïsme, fondée sur

La raison et la conscience. Pour elle, la vie de l’homme

Est le fondement de toute valeur, et sa propre vie

Est le but éthique de tout individu.

 

Ayn Rand née en Russie et exilée aux Etats-Unis en 1926, a d’abord été scénariste à Holliwood, puis romancière, (La Source vive, Atlas Shrugged, vendu à 10 millions d’exemplaires) et essayiste. Sa philosophie, l’objectivisme, d’inspiration aristotélicienne, a totalement renouvelé la pensée libérale contemporaine.

 

EXTRAIT

 

   L’homme doit choisir ses actions, ses valeurs et ses buts en fonction de la norme de ce qui convient à l’homme, de façon à accomplir, conserver, réaliser cette valeur ultime, et cette fin en soi qu’est sa propre vie, et en jouir.

   Une valeur est ce pourquoi l’on entreprend une action pour acquérir et (ou) conserver quelque chose. Une vertu est l’action par laquelle on l’acquiert et (ou) la conserve. Les trois valeurs cardinales de l’éthique objectiviste sont la raison, l’intentionnalité et l’estime de soi. Ces trois valeurs sont, ensemble, à la fois le moyen de réaliser et la réalisation de cette valeur ultime qu’est notre propre vie. Leurs vertus correspondantes sont la rationalité, la productivité et la fierté.

   Le travail productif est le but central de la vie d’un homme rationnel, la valeur centrale qui intègre et détermine la hiérarchie de toutes ses autres valeurs. La raison est la source, la condition préalable de son travail productif, et la fierté, le résultat.

   La rationalité est la vertu fondatrice de l’homme, la source de toutes ses autres vertus. Le vice fondamental de l’homme, la source de tous ses maux, est l’acte de ne pas concentrer son esprit, de « suspendre » sa conscience, c’est-à-dire non d’être aveugle, mais de refuser de voir ; non d’être ignorant, mais de refuser de savoir. L’irrationnalité est le rejet du moyen de survie de l’homme, et, par conséquent, un engagement dans la voie de l’autodestruction. Ce qui est contre l’esprit est contre la vie.

 

   La vertu de rationalité signifie la reconnaissance et l’acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d’action. Elle signifie notre total engagement en un état d’éveil complètement conscient, le maintien d’une parfaite concentration mentale dans toutes les situations et les choix auxquels nous faisons face, et pour chacune de nos heures d’éveil. Elle signifie un engagement à la plus complète et lucide perception de la réalité qu’il nous soit possible, et au développement actif et constant de cette perception, c’est-à-dire le principe que tous nos buts, nos valeurs et nos actions s’inscrivent dans la réalité et, qu’en conséquence, aucune valeur ni aucune considération quelle qu’elle soit ne puisse l’emporter sur notre perception de la réalité. Elle signifie une adhésion au principe que toutes nos convictions, nos buts, nos valeurs, nos désirs et nos actions doivent être fondés sur, dérivés de, choisis et validés par un processus rationnel aussi précis et scrupuleux qu’il nous soit possible, en stricte application des lois de la logique. Elle signifie notre acceptation de la responsabilité de former nos propres jugements et de vivre du travail de notre propre esprit (ce qui constitue la vertu d’indépendance). Elle signifie que nous ne devons jamais sacrifier nos opinions aux convictions ou aux désirs irrationnels des autres (ce qui constitue la vertu d’intégrité) ; que nous ne devons jamais tenter de falsifier la réalité de quelque façon que ce soit (ce qui constitue la vertu de l’honnêteté) ; et que nous ne devons jamais chercher à nous approprier ou à nous octroyer ce que nous ne méritons pas ou ce qui ne nous revient pas de droit, que ce soit dans le domaine matériel ou spirituel (ce qui constitue la vertu de la justice). Elle signifie que nous ne devons jamais désirer d’effets sans causes, et que l’on ne doit jamais donner naissance à une cause sans assumer pleinement la responsabilité de ses effets ; que nous ne devons jamais agir comme un zombie, c’est-à-dire sans connaître nos propres buts et motifs ; que nous ne devons jamais prendre de décisions, nous forger  des convictions ou nous approprier des valeurs hors contexte, c’est-à-dire sans tenir compte de la somme totale et intégrée de nos propres connaissances ; et, par dessus tout, que nous ne devons jamais tenter de laisser passer une contradiction. Elle signifie le rejet de toute forme de mysticisme, c’est-à-dire de toute prétention à une source de connaissance surnaturelle, non sensorielle, non rationnelle et non définissable. Elle signifie un engagement à user de la raison, non de manière sporadique ou en l’appliquant seulement dans certaines circonstances ou dans des cas d’urgence, mais comme une façon de vivre permanente.

 

   La vertu de la productivité est la reconnaissance du fait que le travail productif est le processus par lequel l’esprit de l’homme entretient sa vie, le processus qui libère l’homme de la nécessité de s’adapter à son environnement, comme le font les animaux, et lui donne le pouvoir d’adapter son environnement à lui-même. Le travail productif est le chemin qui permet à l’homme de réaliser tout ce qu’il désire, et fait appel aux plus hauts attributs de son caractère : son habileté créatrice, son ambition, sa confiance en soi, son refus de se laisser abattre par les catastrophes et son dévouement à l’objectif de refaçonner la terre à l’image de ses valeurs. « Travail productif » ne signifie pas la répétition machinale des mouvements d’un travail quelconque. Il signifie le fait de choisir consciencieusement une carrière productive et de s’y adonner au meilleur de ses capacités, quel que soit le domaine d’activité rationnel, qu’il soit grand ou modeste. Ce n’est pas le degré d’habileté d’un homme ni la portée de son travail qui est éthiquement pertinent ici, mais le fait qu’il utilise ou non son esprit de la manière la plus complète et la plus réfléchie possible.

 

   La vertu de la fierté est la reconnaissance du fait que « de la même manière que l’homme doit produire les biens matériels dont il a besoin pour se maintenir en vie, il doit acquérir les qualités de caractère qui rendent  sa vie digne d’être maintenue ; c’est-à-dire que de la même façon que l’homme est un self-made-man dans le domaine matériel, il est un self-made-man dans le domaine spirituel » (Atlas Shrugged). L’expression « ambition morale » est la meilleure façon de désigner la vertu de fierté. Cela signifie que l’on doit mériter le droit de se considérer soi-même comme notre plus grande valeur en réalisant notre propre perfection morale, c’est-à-dire en refusant d’accepter tout code fondé sur des vertus irrationnelles qui seraient impossible à pratiquer, et en s’assurant de pratiquer celles qui le sont, en refusant toute culpabilité immérité, en ne s’y exposant pas et en corrigeant promptement celle que l’on aurait pu mériter, en ne se résignant jamais passivement aux défauts de notre caractère, et en ne laissant jamais quelque inquiétude, caprice, crainte ou humeur momentanée que ce soit l’emporter sur notre estime de soi. Et enfin, par dessus tout, la perfection morale s’accomplit en refusant de jouer le rôle d’un animal sacrificiel et en refusant toute doctrine qui prêche l’auto-immolation comme une vertu ou un devoir moral.

   Le principe social fondamental de l’éthique objectiviste est que tout comme la vie est une fin en soi, chaque être humain vivant est une fin en lui-même, non le moyen pour les fins ou le bien-être des autres. Ainsi, l’homme doit vivre pour son propre intérêt, ne sacrifiant ni lui-même aux autres, ni les autres à lui-même.

 

Ayn RAND, extrait de l’éthique objectiviste

Dans la vertu d’égoïsme, éd. Les Belles Lettres, coll. Iconoclastes N°19, 1993


La vertu d'égoïsme
d'Ayn Rand

 

Analyse de Patrice Vezine

 

Paris, Editions Les Belles Lettres, 1993, 227 p.

L’éthique objectiviste

L'homme agit suivant un code de valeurs qui guide ses choix, ses actions et fixent le but et le cours de sa vie. Contrairement à un robot, seule une entité vivante peut avoir des objectifs ou en créer. Et la principale norme d'un organisme vivant est déterminée par ce qui est requis pour sa survie, son adaptation à l'environnement. On comprendra alors pourquoi, épistémologiquement le concept de "valeur" tire son origine du concept de "vie".

Si une simple plante s'adapte de manière innée suivant la détermination fixée par la nature, la survie des organismes supérieurs tels que les hommes dépend d'une sphère d'action proportionnelle à l'étendue de leur conscience: c'est la propre conscience de l'homme qui découvre les objectifs, les moyens et les valeurs dont dépend sa vie. Pour cela, sa conscience opère une conceptualisation qui, par la pensée, donne naissance à la Raison.

Penser n'est pas automatique, chacun reste libre d'éviter cet effort. Mais pour sa survie, l'Homme doit prendre l'initiative d'entreprendre des actions raisonnées pour savoir, par exemple, comment cultiver sa nourriture ou fabriquer ses outils de chasse. Tout ce dont il a besoin doit être le fruit de son propre travail, de son propre effort, de son propre esprit: ces actions dites "raisonnées", il doit en assumer la responsabilité pour en supporter les conséquences. Etant libre de choisir, il peut agir comme son propre fossoyeur.

C'est pourquoi la première norme par laquelle on juge ce qui est bon ou mauvais pour l'Homme est la vie de l'homme, c'est à dire ce qui est requis pour sa survie.

L'être rationnel utilisera la réflexion et le travail productif comme méthode de survie.

L’égoïsme rationnel

L'éthique objectiviste considère ainsi la vie de l'homme comme le fondement de toute valeur et sa propre vie comme le but éthique de chaque individu. Ses trois valeurs et vertus cardinales sont: la raison/la rationnalité, l'intentionnalité/la productivité, l'estime de soi/la fierté.

Aucune autre valeur ne doit l'emporter sur notre perception de la réalité. Cela signifie assumer la responsabilité de la formation de notre propre jugement et de vivre du travail de notre propre esprit: c'est la vertu d'indépendance. Mais aussi de ne jamais tenter de falsifier la réalité: c'est la vertu d'honnêteté. Cela signifie aussi que nous ne devons jamais chercher à nous approprier ce que nous ne méritons pas ou ce qui ne nous revient pas de droit: c'est la vertu de justice. Nous ne devons jamais désirer d'effets sans causes et nous ne devons jamais donner naissance à une cause sans en assumer pleinement la responsabilité.

Par conséquent, le mysticisme et toute source de connaissance supranaturelle sont rejetés.

Le travail productif met ainsi en valeur chez l'homme son habileté créatrice, son ambition, sa confiance en soi et son refus du découragement. La fierté signifie que l'on doit mériter le droit de se considérer soi-même comme notre plus grande valeur en réalisant sa propre perfection morale. La perfection morale s'accomplit en refusant de jouer le rôle d'un animal sacrificiel et en refusant toute doctrine qui prêche l'auto-immolation comme une vertu ou un devoir moral (l'altruisme).

Le principe SOCIAL fondamental de l'éthique objectiviste est que tout comme la vie est une fin en soi, chaque être humain vivant est une fin en lui-même, non le moyen pour les fins et le bien-être des autres.

L'accomplissement de son propre bonheur est le plus haut but moral de l'homme.

L'éthique hédoniste détourne ce principe en déclarant "tout ce qui vous fait plaisir est une valeur adéquate". Or, confondre Bonheur et Plaisir revient à confondre également Raison et désir. Et si le désir est la norme éthique, le désir d'un homme de produire et le désir d'un autre homme de le voler ont une validité éthique égale. Ainsi, le cannibalisme moral de toutes les doctrines hédonistes et altruistes tient dans le prémisse que le bonheur d'un homme nécessite le sacrifice d'un autre.

C'est pourquoi l'éthique objectiviste prône fièrement l'EGOISME RATIONNEL : ce qui est bon pour l'homme ne peut être servi que par des relations non-sacrificielles et ne peut être accompli par le sacrifice des uns en faveur des autres.

Le principe de l'échange librement consenti, donnant valeur pour valeur, non forcé, non coercitif et qui bénéficie à chaque partie, est le seul principe éthique rationnel.

Dans le domaine spirituel ou affectif, le principe est le même: l'amour, l'amitié, le respect ou l'admiration sont la réponse émotive d'un homme aux vertus d'un autre, ils ne sont pas des actes désintéressés.

Aimer, c'est valoriser. Seul un homme rationnellement égoïste, un homme qui a l'estime de soi, est capable d'amour. L'homme qui ne se valorise pas lui-même ne peut valoriser personne ni qui que se soit.

De même l'égoïste rationnel ne vit pas seul, en autarcie. La division du travail permettant à l'homme de se spécialiser tout en partageant et en bénéficiant des connaissances acquises par autrui donne naissance à des coopérations volontaires et enrichissantes. L'égoïsme rationnel fonde une société humaine qui voit les hommes se réunir avantageusement pour vivre ensemble. Au contraire, l'altruisme favorise une société qui pénalise les vertus des uns pour récompenser les vices des autres, entraînant nivellement par le bas, assistanat et jalousies, conflits d'intérêt.

Aussi, le principe POLITIQUE fondamental de l'éthique objectiviste fixe un seul but moral à tout gouvernement: la protection des Droits de l'Homme. Cela signifie protection contre la violence physique, protection du droit à la vie, à la liberté, à la propriété, à la poursuite de son propre bonheur. Sans droits de propriété, aucun autre droit n'est possible.

L'altruisme a détruit le concept de fraternité en impliquant que valoriser autrui signifie se sacrifier soi-même. Un amour désintéressé est une contradiction: cela signifie que l'on est indifférent à ce que l'on valorise. Mettre en pratique l'amitié et l'amour consiste à incorporer le bien-être rationnel de la personne aimée dans notre propre hierarchie des valeurs et agir en conséquence. Il s'agit toutefois d'une récompense que la personne aimée doit mériter en fonction des vertus qu'elle pratique. Les autres hommes ont une valeur parce qu'ils sont de la même espèce que nous: en vénérant les entités vivantes, nous vénérons notre propre vie. Voilà le fondement psychologique de toute sympathie, empathie et de tout sentiment envers l'espèce. Et c'est en vertu de la valeur humaine que l'on aide les autres en cas d'urgences (inondation, incendie...) ou occasionnellement lorsque l'on est sensible à la souffrance d'autrui. Cela ne veut pas dire qu'il faut subordonner sa vie au bien-être d'autrui: toute aide apportée est une exception et non une règle imposée, un acte de générosité et non un devoir moral impératif.

Qu'arrivera t'il aux pauvres dans une société objectiviste? Et bien, si VOUS voulez les aider, VOUS n'en serez pas empêchés.

On comprendra maintenant aisément que la CAPITALISME DE LAISSEZ-FAIRE est le seul système conforme à l'éthique objectiviste.

Une société morale est une société d'individus libres fondée sur des échanges librement consentis et le droit de propriété, une société du droit et du contrat respectant le principe des droits individuels. La morale ne pouvant qu'être individuelle et fondée sur la Raison, une société fondée sur l'égoïsme rationnel est en cela une société véritablement humaine. Tout système qui fait de l'Homme une fin en soi et de la société un moyen pour la coexistence pacifique, ordonnée et volontaire des individus engendre une société dite morale.

Dès lors qu'on opère un transfert du concept de "droit" du domaine politique au domaine économique, on glisse vers le collectivisme: droit à un emploi rémunérateur, droit à un logement décent, droit à des soins médicaux, à l'éducation. Aux frais de qui? Les pères fondateurs des Etats-Unis parlaient du droit à la poursuite du bonheur et non du droit au bonheur. Les droits doivent se limiter à n'être que des principes moraux qui définissent et protègent la liberté d'action d'un homme, en n'imposant aucune obligation aux autres.

C'est pourquoi il n'existe pas de "droits collectivisés" détenus par un groupe. De même une nation a droit à sa souveraineté dès lors que celle-ci découle des droits de ses citoyens: les dictatures sont des nations hors-la-loi. Quant au financement du gouvernement d'une société libre, il doit reposer sur une contribution volontaire des citoyens, proportionnelle à leur revenu.

Enfin une société objectiviste condamne le racisme. Le racisme est la forme la plus abjecte et la plus brutalement primitive du collectivisme. Le racisme reconnaît un groupe et attribue ses vertus ou ses défauts, sa supériorité ou son infériorité à son origine raciale. Or il n'y a que des esprits individuels et des réalisations individuelles.

Ainsi l'Allemagne Nazie obligeait les individus à faire la démonstration de leur ascendance aryenne. L'idéologie soviétique reposait sur l'idée que les hommes peuvent être génétiquement conditionnés au communisme.

Le racisme est porté par le collectivisme et son corollaire l'étatisme. Son seul antidote est la philosophie individualiste et son corollaire le capitalisme de laissez-faire.


Consultez le sous-dossier sur l'Objectivisme

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Qui est John Galt ? - Par Cyber-résistant
Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 01:07

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Durant toute votre vie, vous avez entendu votre propre dénonciation, pas pour vos fautes, mais pour vos plus grandes vertus. Vous avez été haïes, non pas pour vos fautes, mais pour vos exploits. Vous avez été méprisé pour toutes ces qualités de caractère qui font votre plus grande fierté.

Vous avez été traité d’“égoïste” pour avoir eu le courage d’agir sur la base de votre jugement propre et pour ne pas avoir accepté que votre vie soit placée sous la responsabilité de qui que ce soit d’autre que vous. On vous a traité d’“arrogant” au motif de votre indépendance d’esprit. On a prétendu que vous étiez “cruel” en raison de votre inamovible intégrité. Vous avez été traité d’“antisocial” au motif de votre vision qui vous a fait vous aventurer sur des chemins qui n’avaient encore jamais été découverts. On a dit que vous étiez “impitoyable” pour la résistance et la discipline de vos pulsions au service de vos visées.

Vous êtes le moteur du monde !


INTJ: Introverted, iNtuitive, Thinking, Judgement

 

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Prométhée volant le feu
pour les hommes (Rubens)

 

C'est quoi un INTJ au juste?

Pour une personne de type INTJ, la force dominante de sa vie est le monde des possibilités, des symboles, des abstractions, des images et des pensées. Ce sont des gens d’idées. Cette attention aux idées, conjugée à leur analyse logique est l'essence même de leur approche du monde. Ils pensent de façon systémique. Pour eux, tout est possible ; tout est négociable. Une de leurs phrases fétiches est d’ailleurs « Et pourquoi pas? ». Ils tentent de ne jamais négliger le côté éthique de ces solutions, mais peuvent perdre beaucoup de temps à vouloir toujours les perfectionner.

Ils ont un besoin constant de comprendre, de savoir et démontrer leur compétence dans leurs secteurs d'intérêt. Au niveau de leurs champs de compétences, ils seront capables de vous dire presque immédiatement s’ils peuvent vous aider et comment. Les INTJs connaissent ce qu'ils savent, et peut-être plus important encore, ils connaissent ce qu'ils ne savent pas. Ils ont confiance que leurs idées alliées à des orientations de tâche précises seront un jour réalités.

Deux des caractéristiques les plus intéressantes de ce type dans le secteur des relations interpersonnels sont leurs capacités intuitives et leur empressement de se mettre en contact avec d’autres. Bien qu’ ils n'aient pas toujours une empathie naturelle, leur côté intuitif peut souvent agir comme un bon remplaçant en dévoilant les significations probables cachées derrière des choses comme le ton de voix, les expressions du corps ou le discours.

Cette capacité peut être aiguisée par des efforts répétés pour comprendre et pour soutenir ceux dont ils se soucient. Les relations établis avec les INTJ ont tendance à être caractérisées par leur robustesse, une bonne stabilité et des communications franches. Certains les trouveront froids, distants et plutôt sévères.

 

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 Le supplice de Prométhée
(Gustave Moreau)

 

Un petit mot sur les types psychologiques

Le MBTI fut créé par Isabel Myers-Briggs. Il est basé sur les théories de la personnalité de Carl Jung.

Elle a conclu que les hommes différent entre eux psychologiquement selon quatre axes principaux. Le premier est la façon dont ils obtiennent de l’information de leur environnement (en utilisant leur sens ou de façon intuitive). Le second est lié à la façon dont ils prennent leurs décisions (selon une réflexion intellectuelle ou selon ce qu’ils ressentent au niveau de leurs émotions). La troisième, l’introversion ou l’extraversion, démontre leur approche face au monde qui les entoure. Et la quatrième plus contesté, sur comment le tout est organisé.

Il en résulte 16 types différents qui ne sont ni bons ni mauvais en soi mais qui présentent certaines caractéristiques importantes. Les INTJ se situe à l’extrême droite de ces combinaisons. À peine 1% de la population appartient à ce groupe. Des oiseaux rares en quelque sorte !

Ce test existe depuis plus de 50 ans et constitue un des outils les plus employés dans le monde entier pour expliquer les différences de personnalités entre les hommes. Des millions de personnes on été testés. Il peut être utilisé en gestion des ressources humaines (création et gestion d’équipe de travail, développement organisationnel) et en psychologie à des fins thérapeutiques ou de counseling.

 

Mot-clés:

Stratège   
Organisateur
Perfectionniste
Scientifique
Analyste


INTJ célèbres :

Ayn Rand, auteur et philosophe
Arnold Schwarzenegger, acteur et gouverneur de Californie
Auguste, empereur romain
Hannibal, général de Carthage
Isaac Newton, physicien
et mathématicien
Stanley Kubrick, réalisateur et scénariste
Stephen Hawking, astrophysicien
Thomas Jefferson, président américain

Personnages de fiction :

John Galt (La révolte d'Atlas)
Dr. Gregory House (House M.D)
Cassius (Jules César)
Gandalf le Gris (Le seigneur des anneaux, Tolkien)
Hannibal Lecter (Le silence des agneaux)
Professeur Moriarty, (Sherlock Holmes)
Rosencrantz et Guildenstern (Hamlet)
Clarice Starling (Le silence des agneaux)


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Portrait des INTJ

INTJ : introverti (I), intuitif (N), penseur (T) et juge (J). Que cela signifie-t-il ?

Les INTJ sont particulièrement indépendants ; ils sont essentiellement guidés par leurs convictions personnelles et cherchent à les réaliser sans se laisser détourner de leurs buts. Ils ont une grande confiance en eux-mêmes ; la contradiction doit être solidement argumentée pour qu'elle ait sur eux la moindre influence. Ce sont des innovateurs qui ne se laissent pas impressionner par les idées reçues.

Ils ont en eux un objectif d'amélioration permanente qu'ils appliquent à toutes les situations, personnelles, familiales, professionnelles. Ce qui va bien peut aller encore mieux. Et ce qui va mieux prouve qu'on est sur la bonne voie pour améliorer encore. Ils sont perfectionnistes non par obsession mais par goût de la qualité et souci de la rentabilité. Lorsqu'ils estiment avoir atteint le point où l'amélioration n'est plus possible, ils perdent intérêt à la tâche et cherchent un nouveau domaine, si possible plus grand ou plus complexe, où ils pourront exercer leurs talents d'organisateurs.

Les INTJ veulent adapter la réalité à la vision qu'ils portent en eux ; les modèles sont là pour être appliqués de façon systématique et se traduire en pratique. Plus les problèmes sont complexes, plus les INTJ éprouvent de plaisir à élaborer les théories et les modèles qui permettront de les résoudre.

Pour apprendre, les INTJ aiment bien développer une approche personnelle des problèmes, en partant des principes universels et en les transformant en théories et modèles. Ils utilisent pour cela tous les moyens à leur disposition, bibliothèques, conférences, cours, discussions. Leur principale exigence concerne la qualité de ceux qui les enseignent ; ils s'en détournent rapidement s'ils ne trouvent pas en eux la compétence qu'ils en attendent.

L'aspect rationnel des INTJ est ce qui apparaît en premier, parfois de façon froide et impersonnelle. Les INTJ pourront alors paraître distants. Les INTJ risquent d'être excessivement critiques, même dans leurs relations personnelles. Il leur arrive fréquemment d'émettre ce qu'ils pensent être des suggestions mais qui sont reçues par certains de leurs interlocuteurs comme des critiques. Ils ont également tendance à négliger le point de vue des autres, convaincus qu'ils sont de la force de leur pensée et de la validité de leur vision et de leur raisonnement.

La fonction inférieure des INTJ est la sensation en extraversion ; cela peut se traduire par des lacunes ou des erreurs dans les aspects matériels de l'existence. C'est ainsi que les INTJ peuvent développer avec leur vigueur habituelle des intuitions non basées sur l'expérience ou des faits.

Ou alors la fonction inférieure se manifestera de façon éruptive, et les INTJ se mettront tout d'un coup à recueillir des faits et des chiffres avec obsession, sans nécessairement les relier à la théorie qu'ils entendent développer.

Leur fonction inférieure peut également se manifester soit par excès soit par défaut ; ils risquent ainsi d'accorder trop ou trop peu d'importance à leur corps et à leurs sens.

Pour évoluer les INTJ auront d'abord intérêt à prendre davantage en compte les réactions des autres. Leur logique leur fera voir le double avantage qu'ils peuvent en retirer: d'une part profiter d'idées nouvelles, d'autre part impliquer les personnes dans le processus de conception pour qu'elles soient ensuite plus à l'aise au niveau de l'exécution.

Cette écoute des autres leur permettra ensuite d'entrer mieux en contact avec leurs propres valeurs subjectives et leurs propres sentiments, de façon à donner un sens personnel à leur action, à la rendre moins théorique et plus individualisée. Ils gagneront ensuite à extérioriser leurs sentiments.

Les INTJ pourront alors aborder leur fonction inférieure. Une bonne démarche sera pour eux l'apprentissage régulier d'un savoir-faire précis, impliquant des modalités concrètes de mise en œuvre. Ce peut être une activité manuelle régulière, poterie, tissage, bricolage, l'apprentissage d'un instrument de musique ou tout ce qui peut mettre en œuvre la sensation dans le monde extérieur. Les INTJ devront cependant faire attention à ne pas cesser cette activité quand ils en auront compris le principe.


Les INTJ dans la vie professionnelle

a) Contribution à l'entreprise :

Sont très doués pour la conception et la modélisation.
Traduisent les idées en plans d'actions.
Suppriment tout ce qui entrave la réalisation de leurs objectifs.
Ont une vision précise de ce que doit être l'organisation.
Poussent l'organisation à s'analyser comme un ensemble avec des interactions complexes entre ses parties.

b) Style de leadership :

S'efforcent d'atteindre leurs objectifs et y entraînent les autres.
Agissent avec force et énergie dans le domaine des idées.
Peuvent être durs avec les autres.
Conçoivent, dessinent et réalisent de nouveaux modèles.
Sont toujours prêts à réorganiser le système chaque fois qu'il le faut.

c) Environnement préféré :

Qui permet de s'isoler pour réfléchir.
Où la compétence est valorisée.
Là où se trouvent des gens décidés, aimant les défis intellectuels, orientés vers la réalisation d'objectifs à long terme.
Avec des collaborateurs efficaces et productifs.
Qui encourage l'autonomie.
Qui donne l'occasion d'être créatif.
Orienté sur la tâche.

d) Les INTJ risquent de :

Avoir l'aire si inflexibles que les autres n'osent pas les approcher ou les contredire.
Critiquer les autres dans leur recherche de l'idéal.
Renoncer difficilement aux idées non réalisables.
Ignorer l'impact de leurs idées ou de leur style sur les autres.

e) Pour s'améliorer, les INTJ gagneraient à :

Solliciter réactions et suggestions.
Apprendre à connaître la valeur des autres.
Apprendre à savoir quand renoncer à une idée non réalisable.
Se soucier davantage de l'impact de leurs idées sur les autres.


Les INTJ en brefs

a) Valeurs :

Indépendance.
Innovation.
Vérité.
Rationalité.
Efficacité.

b) Organisation et méthode :

Grande capacité stratégique.
Prise de décision rapide et efficace.
Souvent pionnière.
Remet en cause les idées reçues.
Trouvent des occasions de développement là où les autres n'en voient pas.

c) Style de management :

Dirige par logique.
N'admet que l'autorité de compétence.
Flexibilité interne.
Multiplicité des relations internes (opérationnel, fonctionnel, matriciel).
Soucis personnels subordonnés aux impératifs de l'organisation.

d) Relations avec l'extérieur :

Imperméable à la critique.
Difficile à percevoir de l'extérieur.
Capable de toutes les adaptations pour relever un défi.
Capacités à développer de nouveaux produits ou de nouveaux marchés.

e) Faiblesses potentielles :

N'accorde pas assez d'importance au facteur humain.
Risque d'intellectualiser les problèmes et de négliger les aspects concrets.
Ne sait pas gérer les aspects affectifs.
Confiance en soi peut tourner à l'obstination.
Difficulté à motiver le personnel.

f) Types d'entreprises :

Recherche.
Haute technologie.


Des métiers dans lesquels l'INTJ peut s'épanouir :

Scientifique ou ingénieur, enseignant, critique littéraire, graphiste, médecin généraliste ou dentiste, contrôleur de gestion ou conseiller en stratégie d'entreprise, analyste financier, dirigeant dans l'Armée, avocat ou juge, informaticien,...


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« Les INTJ sont indépendants, individualistes ; ils sont déterminés et font confiance à leur vision du possible en dépit du scepticisme général.

Les INTJ sont des innovateurs acharnés, dans le domaine de la pensée comme dans celui de l'action. Ils se fient à leurs intuitions sur les vraies relations entre les choses et leur signification, sans tenir compte de l'autorité établie ni des croyances communément admises. Leur foi dans leur vision intérieure peut soulever des montagnes. Les problèmes les stimulent, l'impossible prend un peu plus longtemps mais guère plus. Ce sont les plus indépendants , au point d'en être parfois obstinés.

Étant surs de la valeur de leur inspiration, les INTJ veulent les voir mises en pratique, acceptées et appliquées par le reste du monde ; ils sont prêts à y passer beaucoup de temps et d'énergie. Déterminés et persévérants, ils mènent les autres presque aussi durement qu'eux-mêmes. Bien qu ils préfèrent l'intuition, ils peuvent , quand cela est nécessaire, se concentrer sur les détails d'un objet pour concrétiser leur inspirations.

Les INTJ attachent de l'importance à leurs perspicacités et s'y fient dans des domaines tels que la science, la recherche, la politique ou la philosophie. La hardiesse de leur intuition peut avoir une immense valeur dans beaucoup d activités et ne doit pas être étouffée par un travail de routine.

La concentration polarisée des INTJ sur leurs buts peut créer des problèmes. Ils risquent d'être si focalisés sur le but qu'ils en négligent de faire attention à ce qui peut entrer en conflit avec lui. C'est pourquoi ils ont besoin de rechercher activement le point de vue d'autres personnes.

Les INTJ peuvent négliger leurs sentiments et leurs propres valeurs et ignorer ceux des autres. Ils risquent alors d’être surpris de rencontrer une forte opposition. Les INTJ doivent de ce fait les prendre en compte ; sinon, ceux-ci créeront de la tension et finiront par s’exprimer de manière inappropriée. Leur Sentiment a besoin d’être utilisé de façon constructive, en évaluant les autres par exemple. Compte tenu de leur capacité d’analyse, il peut être difficile pour les INTJ d’exprimer leur appréciation ; mais il sera utile de le faire, tant dans leur vie professionnelle que dans leurs relations personnelles.

Pour être efficaces, les INTJ doivent développer leur fonction de jugement, la pensée. Si ce n'était pas le cas, ils seraient incapables d être critiques envers leurs propres visions internes et n'écouteraient pas les opinions des autres. Ils seraient alors incapables de transformer leurs intuitions en actions efficaces. »

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Qui est John Galt ? - Par Cyber-résistant
Samedi 16 avril 2011 6 16 /04 /Avr /2011 17:55

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« Ma philosophie conçoit essentiellement l'Homme comme un être héroïque dont l'éthique de vie est la poursuite de son propre bonheur, la réalisation de soi son activité la plus noble, et la Raison son seul absolu. » Ayn Rand

 

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Guide de l’objectivisme randien

Ayn Rand, la créatrice du mouvement de l’objectivisme aux Etats-Unis, a présenté son éthique à l’Université du Wisconsin au cours d’un colloque sur « l’éthique de notre temps », en 1963. Cet article a été repris dans un recueil paru en 1993 intitulé La Vertu d’égoïsme aux éditions des Belles Lettres.

 

 
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Alpha est Alpha


 Les droits de l'Homme - Ayn Rand

 Objectivisme ou réalisme métaphysique

 Ayn Rand ou la passion de l’égoïsme rationnel

 Ayn Rand, sur les chemins de traverse du libéralisme 

Ayn Rand, romancière et guerrière du « Vivre pour soi »
Capitalism : The Unknown Ideal - Ayn Rand

La collectivisation des droits - Ayn Rand

Le consensus de Ayn Rand

La Vertu d'égoïsme : Ayn Rand ou le devoir d'égoïsme

Objectivisme pour les nuls

Objectivisme 101

 La philosophie : qui en a besoin - Ayn Rand

LA REVOLTE d'ATLAS

La Révolte d'Atlas - Page titre et introduction de l'auteur.

La Révolte d'Atlas : Chapitre I - LE THEME
Ayn Rand

 

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« Les Arabes sont une des cultures les moins développées. Ils sont typiquement nomades. Leur culture est primitive et ils éprouvent du ressentiment contre Israël car c'est la seule tête de pont de la science moderne et de la civilisation sur leur continent. Quand vous avez des hommes civilisés qui combattent des sauvages, vous soutenez les hommes civilisés, peu importe qui ils sont. » Ayn Rand

 


Ayn Rand

De Wikiberal.

Ayn Rand
Philosophe, Romancière

Dates 1905-1982
Ayn Rand1.jpg
Tendance Objectiviste
Origine URSS URSS puis États-Unis États-Unis
Articles internes Liste de tous les articles

Citation « Je n'ai besoin ni de justification ni de sanction pour être ce que je suis. Je suis ma propre justification et ma propre sanction. »
inter lib.org sur Ayn Rand
Catallaxia    

Ayn Rand (2 février 1905 - 6 mars 1982), née Alissa Zinovievna Rosenbaum[1], est une philosophe et romancière américaine (juive russe émigrée), connue pour sa philosophie : l'objectivisme. Sa principale œuvre est Atlas Shrugged (1957), un roman qui met en scène des entrepreneurs en butte à l'étatisme d'une société socialiste pré-totalitaire.

 

Biographie

Ayn Rand naît à Saint-Pétersbourg en 1905 dans une famille juive agnostique de trois enfants dont elle est l'aînée. Elle s'intéresse très jeune à la littérature et au cinéma, écrivant dès l'âge de 7 ans des romans ou des scénarios. Elle nourrit son imagination des romans de Sir Walter Scott ou d'Alexandre Dumas et s'enthousiasme pour le courant romantique. En particulier, elle découvre à 13 ans celui qui deviendra son auteur favori et qu'elle considérait comme le plus grand romancier : Victor Hugo. L'arrivée au pouvoir des Bolchéviks, en 1917, contraint sa famille à la fuite en Crimée, jusqu'à ce que celle-ci soit envahie par les révolutionnaires en 1921. Elle brûle alors son journal intime qui contenait des passages anticommunistes au vitriol.

Elle entame des études d'histoire et de philosophie à l'université de Petrograd (Saint-Pétersbourg) et y découvre les œuvres de Rostand, Schiller et Dostoïevski. Elle en sort diplômée le 13 octobre 1924. Elle continue à écrire et entre à l'Institut d'État des arts cinématographiques en 1924. À la fin de 1925, on lui accorde un visa pour rendre visite à des proches, habitant aux États-Unis.

Elle arrive à New York en février 1926. Ses premières impressions devant les gratte-ciels la marquent profondément et inspireront les descriptions de La Source vive, un de ses romans. Elle choisit de ne pas retourner en Union soviétique et part pourHollywood où elle devient scénariste. C'est alors qu'elle change son nom en Ayn Rand, en référence selon elle à la transcription en cyrillique du nom de sa famille.

Elle fait des petits boulots puis, grâce à une rencontre fortuite avec Cecil B. DeMille, obtient un poste dans un de ses films. Elle y rencontre Frank O'Connor, jeune acteur qu'elle épouse le 15 avril 1929. Elle est naturalisée américaine en 1931.

Son premier succès littéraire est la vente de son scénario Red Pawn en 1932 à Universal Studios. Elle écrit en 1934 la pièce de théâtre Night of January 16th qui est produite à Broadway. La pièce était un procès dont le jury, choisi parmi les spectateurs, pouvait choisir la fin.

En 1936 elle publie Nous, les vivants (We the living) sur la cruauté de la vie sous le régime communiste russe puis, en 1938, Anthem, qui décrit une société dans laquelle le collectivisme a triomphé. Anthem ne fut accepté par aucun éditeur aux États-Unis et We the Living ne rencontra pas un grand succès. Stephen Cox, de l'Objectivist Center, considère que cela est dû à l’époque : We the Living « fut publié quand la popularité du socialisme russe était au plus haut parmi les faiseurs d'opinions américains »[2].

Son premier grand succès arrive avec la publication de La Source vive, en 1943, après qu'elle eut passé sept ans à l'écrire. Refusé par douze éditeurs, il est finalement accepté par la maison d'édition Bobbs-Merrill. Le livre devient un succès planétaire, adapté en 1949 au cinéma sous le titre Le Rebelle en France. Le livre s'est vendu depuis à plus de 6 millions d'exemplaires et il s'en vend encore 100.000 par an[3].

En 1957 est publiée sa principale œuvre, Atlas Shrugged, un roman qui met en scène des entrepreneurs en butte à l'étatisme d'une société socialiste pré-totalitaire. Le tirage initial est de 100.000 exemplaires et le livre devient rapidement un best-seller mondial. Selon une étude de 1991 de la Bibliothèque du Congrès américain, le livre est cité par les Américains comme le livre qui les a le plus influencés après la Bible[4]. Sa description de la crise et des actions des gouvernants qui l'empirent trouve une résonance toute particulière aujourd'hui, comme le reflète les ventes de l'ouvrage[5].

En 1950, elle crée un groupe qui prend par provocation le nom Le collectif avec Alan Greenspan, futur président de la Fed et Nathanael Blumenthal (qui deviendra Nathaniel Branden). Le cercle d'amis prend un rôle plus important, aidant Ayn Rand à diffuser ses idées (l'objectivisme) à travers le Nathaniel Branden Institute. Il éditera bientôt un périodique, The Objectivist.

La relation amicale entre Branden et Ayn Rand devient amoureuse au fil des années, au vu et su de leurs conjoints respectifs. Leur histoire prend fin en 1968, après des séparations temporaires. Elle rompt définitivement avec Branden et sa femme, ne se réconciliant jamais avec cette dernière. Barbara Branden dans biographie célèbre, The Passion of Ayn Rand, sera d'ailleurs très critique sur la relation de la philosophe avec son époux.

Ayn Rand enseigna dans de nombreuses universités à partir de 1960, année où elle débute à l'université de Yale, à université de Princeton et à la Columbia University. Elle enseigna également à Harvard et au Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Sa santé se détériore au début des années 1970, elle est opérée en 1974 pour un cancer du poumon. La fin de la relation avec Branden signe la fin de facto du NBI et certains amis objectivistes s'éloignent d'elles. Ses activités au sein du mouvement objectiviste se raréfient à la fin des années 1970, situation amplifiée par la mort de son époux, l'acteur Frank O'Connor, le 9 novembre 1979. L'un de ses derniers projets était une adaptation télévisée d'Atlas Shrugged ainsi qu'un roman, To Lorne Dieterling, dont elle n'a laissé que des brouillons préparatoires.

Elle meurt d'une insuffisance cardiaque le 6 mars 1982 chez elle à New York. De nombreux compagnons objectivistes se rendent à son enterrement dont Alan Greenspan et David Kelley qui y lira If de Rudyard Kipling.

Les personnages de ses romans sont devenus des références clés dans la culture américaine comme John Galt, Dagny Taggart ou Kira Argonouva, interprétées au cinéma par Gary Cooper pour le premier, la superbe Angelina Jolie pour la seconde et la belle italienne Alida Valli pour la troisième.

Idées

Ayn Rand rejette l'étiquette libertarienne[6]. Sa philosophie repose sur une commande ou un ordre que l'être humain doit s'imposer à lui-même : se surpasser durant toute sa vie. L'idéal n'est pas de se comparer aux autres mais de vivre le potentiel qui réside en chacun de nous. Il s'agit de se stimuler par l'émulation et non par la concurrence compétitive.

Elle a influencé un certain nombre de disciplines et d'auteurs :

L'objectivisme : un réalisme épistémologique

Ayn Rand a dénommé sa philosophie «objectivisme», parce que celle-ci est basée sur la prémisse que la réalité est un objectif absolu. Chacun d'entre nous a l'obligation de percevoir et de comprendre la réalité afin de survivre. Et, la qualité ultime que chacun doit disposer est sa capacité à raisonner.

La psycho-épistémologie

Ayn Rand a défini la psycho-épistémologie comme «l'étude des processus cognitifs humains vus à partir de l'interaction entre l'esprit conscient et les fonctions automatiques de l'inconscient". Harry Binswanger a repris ces observations sur le rôle du subconscient dans la réflexion et sur les opérations spécifiques par lesquelles chaque individu peut «programmer» son subconscient. L'esprit conscient est le gestionnaire du subconscient; "remplissant" et "récupérant" les données d'information, ce qui est et ce qui n'est pas directement volontaire. Cette approche permet d'appréhender une nouvelle théorie de la créativité.

La théorie du libre arbitre

Selon la théorie du libre-arbitre, l'individu contrôle fondamentalement sa propre vie, il se forge son propre caractère, et il est moralement responsable de ses propres actions. Ayn Rand avance une théorie originale du libre arbitre où la volonté est contrainte par un seul choix fondamental : penser ou de ne pas penser. Car, l'individu peut faire de véritables choix, des choix qui sont entièrement de son fait et qu'il peut générer sans qu'on les lui impose. Le libre arbitre refuse une conception de l'être fondamentalement passif, qui réagirait aux facteurs en dehors de son contrôle.

Le théorie du libre-arbitre explique l'importance vitale de la compréhension de soi-même et de la nature humaine en général. Ayn Rand fait valoir que la volition du contrôle de son propre esprit est un axiome qui doit être considéré comme implicitement vrai, même si des auteurs comme Karl Marx, Sigmund Freud ou Burrhus Frederic Skinner ont tenté de le nier.

Citations

  • « Ma philosophie conçoit essentiellement l'Homme comme un être héroïque dont l'éthique de vie est la poursuite de son propre bonheur, la réalisation de soi son activité la plus noble, et la Raison son seul absolu. »

  • « Le bien, disent les mystiques de l’esprit, c’est Dieu, un être qui se définit uniquement par l’incapacité de l’homme à le concevoir ; une définition qui stérilise la conscience de l’homme et démolit ses concepts d’existence. Le bien, disent les mystiques du muscle, c’est la Société ; quelque chose qu’ils définissent comme un organisme sans forme physique, un super être qui ne s’incarne dans personne en particulier et dans tout le monde en général excepté vous. » - Atlas Shrugged

  • « La foi des mystiques n’a jamais abouti à rien d’autre qu’à la destruction, comme vous pouvez le constater autour de vous une fois de plus. Et si les ravages occasionnés par leurs actes ne les ont pas incités à s’interroger sur leurs doctrines, s’ils prétendent être animés par l’amour alors qu’ils empilent des montagnes de cadavres, c’est parce que la vérité de leurs intentions est encore pire que l’excuse obscène que vous leur trouvez, selon laquelle ces horreurs sont au service de nobles fins. La vérité est que ces horreurs sont leurs fins. » - Atlas Shrugged

  • « Vous proposez d’établir un ordre social fondé sur le principe suivant : que vous êtes incapables de diriger votre vie personnelle, mais capables de diriger celle des autres ; que vous êtes inaptes à vivre librement, mais aptes à devenir des législateurs tout puissants ; que vous êtes incapables de gagner votre vie en utilisant votre intelligence, mais capables de juger des hommes politiques et de les désigner à des postes où ils auront tout pouvoir sur des techniques dont vous ignorez tout, des sciences que vous n’avez jamais étudiées, des réalisations dont vous n’avez aucune idée, des industries gigantesques dans lesquelles, selon votre propre aveu, vous seriez incapables d’exercer les fonctions les plus modestes. » - Atlas Shrugged

  • « Je n'ai besoin ni de justification ni de sanction pour être ce que je suis. Je suis ma propre justification et ma propre sanction. » (I need no warrant for being, and no word of sanction upon my being. I am the warrant and the sanction.)

Notes et références

  1. Elle adopta son surnom, inspirée par la marque de sa machine à écrire, une Remington-Rand
  2. Anthem, an appreciation, Stephen Cox
  3. (en)The Fountainhead sur le site du Cato Institute
  4. (en)Le classement sur le site du New-York Times
  5. "Atlas felt a sense of déjà vu", The Economist, 26 février 2009, [lire en ligne]
  6. I’ve read nothing by a Libertarian...that wasn’t my ideas badly mishandled—i.e., had the teeth pulled out of them—with no credit given. ("Ayn Rand's Q&A on Libertarians.". Retrieved on 2006-03-22 at the Ayn Rand Institute. stated in 1980)

Œuvres

  • 1936, We the Living [Nous les vivants], New York, Macmillan
    • édition révisée en 1959, New York, Random House
    • Traduction en italien en 1937, Noi vivi, Milano, Baldini & Castoldi
      • Nouvelle édition en 1990, Milano, Longanesi
      • Nouvelle édition en 1992, Milano, tea
  • 1938, Anthem, London, Cassel
    • Edition révisée en 1945, Los Angeles, Pamphleteers
    • Traduction en italien en 1938, La vita è nostra, Milano, Baldini & Castoldi
    • Traduction en italien de la seconde édition en 1997, Messina, Alfa
      • Nouvelle édition en 2003, Antifona, Macerata, Liberilibri
  • 1943, The Fountainhead, New York, Bobbs-Merril. L'auteur l'adapta en scénario pour le cinéma : Le Rebelle, réalisé par King Vidor
    • Traduction en italien en 1947, La fonte meravigliosa, Milano, Baldini & Castoldi
      • Nouvelle édition en 1996, Milano, Corbaccio
    • Traduction en français en 1997, La Source vive, Plon
  • 1961, For the New Intellectual. New York: New American Library
    • Nouvelle édition en 1962, For the New Intellectual, Signet, New York, NY
  • 1964, The Virtue of Selfishness: A New Concept of Egoism, New York: New American Library
  • 1965, What is Capitalism?, The Objectivist Newsletter, Novembre et décembre
    • Repris en 1966, In: Ayn Rand, dir., Capitalism: The Unknown Ideal, New York: New American Library

 

  • 1967, Capitalism: The Unknown Ideal. New York: New American Library
  • 1971,
    • a. The Romantic Manifesto: A Philosophy of Literature, New York: New American Library
      • Nouvelle édition en 1975, A Signet Book
    • b. The Age of Envy, The Objectivist, Juillet-Août
      • Repris en 1971 In: The New Left: The Anti-Industrial Revolution, 2nd ed., New American Library, New York
  • 1982, Philosophy: Who Needs It. New York: New American Library
  • 1989, The Voice of Reason: Essays in Objectivist Thought. New York: New American Library
  • 1995, Anthem, A Signet Book
  • 1998, Return of the Primitive - The Anti-Industrial Revolution, A Meridian Book

Littérature secondaire

  • 1971,
    • Paul Lepanto, Return to Reason: An Introduction to Objectivism, Exposition Press, ISBN 0-682-47204-2
    • William F. O'Neill, With Charity Toward None: An Analysis of Ayn Rand's Philosophy, Philosophical Library (ISBN 0-80222-034-7 hardcover); Littlefield, Adams & Co (ISBN 0-8226-0179-6 paperback)
  • 1972, Jerome Tuccille, It Usually Begins with Ayn Rand, Stein and Day
    • Nouvelle édition en 1997 (25ème anniversaire), Fox & Wilkes
    • Nouvelle édition révisée en 2007, iUniverse

 

  • 1997, A. Laganà, L’opera narrativa di Ayn Rand, Reggio Calabria, Falzea
  • 1999,
    • Nicola Iannello, Radicali per il capitalismo. L’Oggettivismo di Ayn Rand, Introduction à la traduction du livre de Ayn Rand, La virtù dell’egoismo, Macerata, Liberilibri, ppIX-XXXIII
    • Karen Michalson, Who is Dagny Taggart?: The epic hero/ine in disguise, In: Chris Matthew Sciabarra et Mimi Reisel Gladstein, dir., Feminist Interpretations of Ayn Rand, Series: Re-reading the Canon, University Park: The Pennsylvania State University Press, pp199-219
    • Camille Paglia, Reflections on Ayn Rand, In: Chris Matthew Sciabarra et Mimi Reisel Gladstein, dir., Feminist Interpretations of Ayn Rand, Series: Re-reading the Canon, University Park: The Pennsylvania State University Press, pp77-79
    • Chris Matthew Sciabarra et Mimi Reisel Gladstein, dir., Feminist Interpretations of Ayn Rand, Series: Re-reading the Canon, University Park: The Pennsylvania State University Press
    • Barry Vacker, Skyscrapers, supermodels, and strange attractors: Ayn Rand, Naomi Wolf, and the third wave aesthos, In: Chris Matthew Sciabarra et Mimi Reisel Gladstein, dir., Feminist Interpretations of Ayn Rand, Series: Re-reading the Canon, University Park: The Pennsylvania State University Press, pp115-156
    • Jeff Walker, The Ayn Rand Cult, Chicago: Open Court
  • 2000,
    • Allan Gotthelf, On Ayn Rand, Wadsworth/Thomson Learning
    • Michelle Marder Kamhi et Louis Torres, What Art Is: The Esthetic Theory of Ayn Rand. Chicago: Open Court
    • Aeon J. Skoble, Commentaire du livre de Allan Gotthelf, On Ayn Rand, Journal of Ayn Rand Studies, vol 2, n°1, Fall
    • Alexandra York, From the Fountainhead to the future : and other essays on art and excellence, Silver Rose Press, ISBN 0-9676444-0-2
  • 2001,
    • Karen Michalson, Reclaiming Rand, Review of Gladstein's Atlas Shrugged: Manifesto of the Mind, The Journal of Ayn Rand Studies, Vol 3, n°1, Fall, pp159-164
    • Chris Matthew Sciabarra et Gregory R. Johnson, Ayn Rand in the scholarly literature, The Journal of Ayn Rand Studies, Vol 3, n°1, Fall, pp165-169
    • Mark Skousen, Evaluation: Ayn Rand's screwball economics, Liberty, Vol 15, n°1, January, pp39-40
  • 2007,
    • Rodrigo Constantino, Egoismo Racional O Individualismo De Ayn Rand; Documenta Historica [[pt}}
    • Stephen R C. Hicks, Ayn Rand and Contemporary Business Ethics, Center for Ethics and Entrepreneurship
    • Stephen Hicks, commentaire du livre de Tara Smith, Ayn Rand’s Normative Ethics: The Virtuous Egoist, Philosophy in Review, Vol 27, n°5, October, pp377-379
    • Diana Hsieh, Egoism Explained: A Review of Tara Smith’s Ayn Rand’s Normative Ethics: The Virtuous Egoist, The Objective Standard, Vol 2, n°1, Spring, pp109-19
    • Shawn Klein, Falling Short of Perfection: Review of Tara Smith’s Ayn Rand’s Normative Ethics: The Virtuous Egoist, The Atlas Society, October 18
  • 2008,
    • Carrie-Ann Biondi, commentaire du livre de Tara Smith, Ayn Rand’s Normative Ethics: The Virtuous Egoist, Reason Papers, n°30, Fall
    • Robert Mayhew, commentaire du livre de Tara Smith, Ayn Rand’s Normative Ethics: The Virtuous Egoist, Philosophical Books, Vol 49, n°1, January, pp56-57

 

  • What Art is : The Esthetic Theory of Ayn Rand, par Louis Torres et Michelle Marder Kamhi

Voir aussi

Liens externes

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Vendredi 8 avril 2011 5 08 /04 /Avr /2011 18:35

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La philosophie: qui en a besoin

 

Ayn Rand


l'Académie Militaire des États-Unis à West Point

Discours donné à la classe diplômée de

New York — 6 mars 1974


Puisque que je suis un auteur de fiction, commençons par une toute petite nouvelle. Supposons que vous êtes un astronaute qui avez perdu le contrôle de votre vaisseau spatial, et vous écrasez sur une planète inconnue. Quand vous reprendrez vos esprits, et après avoir vérifié que vous n'avez pas de blessure grave, les trois premières questions à vous venir à l'esprit seront sans doute: Où suis-je? Comment le découvrir? Que dois-je faire?

Dehors, vous voyez une végétation peu familière, et il y a de l'air respirable; la lumière du soleil vous semble plus pâle que dans vos souvenirs, et plus froide. Vous levez la tête pour observer le ciel, mais vous arrêtez. Vous êtes frappé par un sentiment soudain: si vous ne regardez pas, vous n'aurez pas à savoir que vous êtes, peut-être, trop loin de la terre et que tout retour est impossible; tant que vous ne le saurez pas, vous serez libre de croire ce que bon vous semble — et vous ressentez un certain espoir, vague, agréable mais quelque peu coupable.

Vous vous tournez vers vos instruments: ils sont peut-être endommagés, vous ne savez pas à quel point. Mais vous vous arrêtez, frappé par une peur soudaine: Comment pouvez-vous faire confiance à vos instruments? Comment pouvez-vous être sûr qu'ils ne vont pas vous tromper? Comment pouvez-vous savoir s'ils fonctionnent dans un monde différent? Vous vous détournez de vos instruments.

Maintenant vous commencez à vous demander pourquoi vous n'avez aucune envie de faire quoique ce soit. Il est tellement plus rassurant d'attendre que quelque chose survienne d'une manière ou d'une autre; il vaut mieux, vous dîtes-vous, ne pas trop bouger pour éviter de faire tanguer le vaisseau. Au loin, vous voyez des espèces d'êtres vivants qui s'approchent; vous ne savez pas s'ils sont humains, mais ils se déplacent sur deux jambes. Vous décidez de vous en remettre à eux pour savoir quoi faire.

On n'entend plus jamais parler de vous.

Voici une histoire purement imaginaire, vous direz-vous. Vous ne vous conduiriez pas ainsi, et aucun astronaute ne le ferait jamais non plus. Peut-être pas. Mais c'est de cette façon que la plupart des hommes vivent leur vie, ici, sur terre.

La plupart des hommes passent leurs jours à tout faire pour éviter trois questions, dont les réponses servent de fondation à toute pensée, tout sentiment, toute action de tout homme, qu'il en soit conscient ou qu'il n'en soit pas conscient: Où suis-je? Comment le sais-je? Que dois-je faire?

Quand ils atteignent l'âge où ils sont capables de répondre à ces questions, les hommes croient qu'ils connaissent les réponses. Où suis-je? Disons, à New York. Comment le sais-je? C'est une évidence. Que dois-je faire? Là, ils ne sont pas trop sûrs, mais la réponse habituelle est: faire comme tout le monde. Le seul problème semble être qu'ils ne sont pas très actifs, pas très confiants, pas très heureux, et qu'ils ressentent parfois une peur qui n'a pas de cause précise et une culpabilité qui n'a pas d'objet défini, qu'ils ne peuvent pas expliquer, et dont ils ne peuvent pas se débarrasser.

Ils n'ont jamais découvert le fait que le problème vient des trois questions laissées sans réponse — et qu'il n'y a qu'une seule science qui puisse apporter ces réponses: la philosophie.

La philosophie étudie la nature fondamentale de l'existence, de l'homme, et de la relation de l'homme à l'existence. À l'opposé des sciences particulières, qui ne se préoccupent que d'aspects particuliers, la philosophie se préoccupe de ces aspects de l'univers qui touchent tout ce qui existe. Dans le domaine de la cognition, les sciences particulières sont les arbres, mais la philosophie est le terreau sur lequel pousse la forêt.

La philosophie ne vous dira pas, par exemple, si vous êtes à New York ou à Zanzibar (par contre, elle vous donnera le moyen de le découvrir). Mais voici ce qu'elle peut vous dire: êtes-vous dans un univers qui est régi par des lois naturelles et, par conséquent, est stable, fixe, absolu — et connaissable? Ou êtes-vous dans un chaos incompréhensible, le domaine de miracles inexplicables, un flot imprévisible, inconnaissable, que votre esprit est incapable de saisir? Les choses autour de vous sont-elles réelles — ou ne sont-elles qu'une illusion? Existent-elles indépendamment de tout observateur — où sont-elles créées par l'observateur? Sont-elles l'objet ou le sujet de la conscience humaine? Sont-elles ce qu'elles sont — ou peuvent-elles être changées par un simple acte de votre conscience, tel qu'un souhait?

La nature de vos actions — et de votre ambition — sera différente, selon l'ensemble de réponses que vous aurez fait vôtre. Ces réponses constituent la province de la métaphysique — l'étude de l'existence en tant que telle ou, pour reprendre les mots d'Aristote, de « l'être en tant que tel » — la première branche de la philosophie.

Quelle que soit la conclusion à laquelle vous parveniez, vous serez confrontés à la nécessité de répondre à une autre question, corollaire: Comment le sais-je? L'homme n'étant pas omniscient ni infaillible, vous devez découvrir ce que vous pouvez prétendre savoir et la façon d'établir la validité de vos conclusions. L'homme acquiert-il la connaissance par un processus rationnel — ou par révélation soudaine de par une puissance surnaturelle? Est-ce que la raison est la faculté qui identifie et intègre la matière fournie par les sens de l'homme — ou se nourrit-elle d'idées innées, implantées dans l'esprit de l'homme avant sa naissance? La raison est-elle compétente pour percevoir la réalité — ou l'homme possède-t-il quelqu'autre faculté cognitive qui est supérieure à la raison? L'homme peut-il atteindre la certitude — ou est-il condamné au doute perpétuel?

La mesure de votre confiance en vous-même — et de votre succès — variera, selon l'ensemble de réponses que vous aurez fait vôtre. Ces réponses constituent la province de l'épistémologie, la théorie de la connaissance, qui étudie les moyens de cognition de l'homme.

Ces deux branches sont la fondation théorique de la philosophie. La troisième branche — l'éthique — peut être considérée comme sa technologie. L'éthique ne s'applique pas à tout ce qui existe, seulement à l'homme, mais s'applique à tous les aspects de la vie de l'homme: son caractère, ses actions, ses valeurs, sa relation à l'ensemble de l'existence. L'éthique, ou la morale, définit un code de valeurs pour guider les choix et les actions de l'homme — les choix et les actions qui déterminent le cours de sa vie.

De même que l'astronaute de mon histoire ne savait pas ce qu'il devait faire, parce qu'il refusait de savoir où il était et comment le découvrir, de même vous ne pouvez pas savoir ce que vous devez faire tant que que vous ne connaissez pas la nature de l'univers auquel vous avez à faire, la nature de vos moyens de cognition — et votre propre nature. Avant d'en venir à l'éthique, vous devez répondre aux questions posées par la métaphysique et l'épistémologie: l'homme est-il un être rationnel, capable d'affronter la réalité — ou est-il un handicapé incurablement aveugle, une brindille emportée par le flux universel? Est-ce que l'accomplissement et l'assouvissement sont possibles pour l'homme sur terre — ou est-il condamné à l'échec et l'insatisfaction? Selon vos réponses, vous pouvez procéder à la considération des questions posées par l'éthique: qu'est-ce qui est bon ou mauvais pour l'homme — et pourquoi? Le premier souci de l'homme doit-il être une quête de la joie — ou un échappatoire à la souffrance? Un homme doit-il tenir l'accomplissement de soi — ou l'auto-destruction — comme but de sa vie? Un homme doit-il poursuivre ses valeurs — ou doit-il placer l'intérêt d'autrui par-dessus le sien propre? Un homme doit-il poursuivre le bonheur — ou rechercher son propre sacrifice?

Je n'ai pas besoin de préciser les différences de conséquences en ces deux ensembles de réponses. Vous pouvez les voir partout — en vous-même et autour de vous.

Les réponses fournies par l'éthique déterminent la façon dont un homme doit traiter les autres hommes, et constituent ainsi la quatrième branche de la philosophie: la politique, qui définit les principes d'un système social correct. Pour illustrer la fonction de la philosophie, la philosophie politique ne vous dira pas combien d'essence rationnée doit être distribuée et en quel jour de la semaine — elle vous dira si le gouvernement a le droit d'imposer quelque rationnement sur quoi que ce soit.

La cinquième et dernière branche de la philosophie est l'esthétique, l'étude de l'art, qui se fonde sur la métaphysique, l'épistémologie et l'éthique. L'art s'occupe des besoins — le réapprovisionnement — de la conscience de l'homme.

Maintenant, d'aucuns parmi vous diront, comme disent de nombreuses personnes: « Oh, je ne pense jamais en de tels termes abstraits — je veux m'occuper de problèmes réels, particuliers, concrets — à quoi bon me soucier de philosophie? » Ma réponse est: pour être capable de s'occuper de problèmes réels, particuliers, concrets — c'est-à-dire, pour être capable de vivre sur terre.

Vous pourrez affirmer — comme le font la plupart des gens — que vous n'avez jamais été influencé par la philosophie. Je voudrais mettre en doute cette affirmation. Avez-vous jamais pensé ou dit l'une des choses suivantes? « Ne soyez pas si sûr — on ne peut jamais être certain de rien. » Vous avez reçu cette idée de David Hume (et de bien, bien d'autres), même si vous n'avez jamais entendu parler de lui. Ou: « C'était une action méprisable, mais c'est humain, personne n'est parfait en ce bas-monde. » Vous l'avez reçu de Saint Augustin. Ou: « C'est peut-être vrai pour vous, mais ce n'est pas vrai pour moi. » Vous l'avez reçu de William James. Ou: « Je n'ai pas pu m'en empêcher! Personne ne peut s'empêcher de faire ce qu'il fait. » Vous l'avez reçu de Hegel. Ou: « Je ne peux pas le prouver, mais je sens que c'est vrai. » Vous l'avez reçu de Kant. Ou: « C'est logique, mais la logique n'a rien à faire avec la réalité. » Vous l'avez reçu de Kant. Ou: « C'est mal, parce que c'est égoïste. » Vous l'avez reçu de Kant. Avez-vous jamais entendu des activistes modernes dire: « Agir d'abord, penser ensuite »? Ils ont reçu cette idée de John Dewey.

D'aucuns pourront répondre: « Bien sûr, j'ai dit ces choses à un moment ou un autre, mais je n'ai pas besoin de croire ces choses tout le temps. Ça peut avoir été vrai hier, mais ce n'est pas vrai aujourd'hui. » Ils ont reçu cette idée de Hegel. Ils pourront dire: « La cohérence est le démon des esprits mesquins. » [1] Ils l'ont reçu d'un esprit particulièrement mesquin, Emerson. Ils pourront dire: « Mais ne peut-on pas faire des compromis et emprunter différentes idées à diverses philosophies selon les convenances du moment? » Ils l'ont reçu de Richard Nixon [2] — qui l'a reçu de William James.

Maintenant demandez-vous: si vous n'êtes pas intéressés aux idées abstraites, pourquoi vous sentez-vous (comme tous les hommes) forcés d'y faire appel? Le fait est que les idées abstraites sont des intégrations conceptuelles qui reprennent un nombre incalculables de choses concrètes — et que sans ces idées abstraites vous ne seriez pas capables de traiter de problèmes réels, particuliers, concrets. Vous seriez dans la situation d'un nouveau né, pour qui chaque objet est un phénomène unique, sans précédent. La différence entre son état mental et le vôtre réside dans le nombre d'intégrations conceptuelles que votre esprit a effectuées.

Vous n'avez pas le choix quant à la nécessité d'intégrer vos observations, vos expériences, votre savoir en idées abstraites, c'est-à-dire, en principes. Votre seul choix est entre des principes vrais ou faux, qui représentent vos convictions rationnelles, conscientes — ou un tas informe de notions prises au hasard, dont les sources, la validité, le contexte et les conséquences vous sont inconnus, des idées que, le plus souvent, vous abandonneriez bien vite si vous saviez.

Mais les principes que vous acceptez (consciemment ou inconsciemment) peuvent entrer en conflit ou se contredire l'un l'autre; eux aussi doivent être intégrés. Qu'est-ce qui les intègre? La philosophie. Un système philosophique est une vue intégrée sur l'existence. En tant qu'être humain, vous n'avez pas le choix quant au fait que vous avez besoin d'une philosophie. Votre seul choix est entre définir votre philosophie par un processus de pensée conscient, rationnel, discipliné et par une délibération scrupuleusement logique — ou de laisser votre subconscient accumuler un tas d'ordure de conclusions infondées, de fausses généralisations, de contradictions indéfinies, de slogans non digérés, de vœux non identifiés, de doutes et de peurs, rassemblés au hasard, mais intégrés par votre subconscient en une sorte de philosophie bâtarde et fusionnés en un seul poids écrasant: le doute de soi, comme une chaîne et un boulet là où les ailes de votre esprit auraient dû pousser.

Vous pourrez dire, comme de nombreuses personnes, que ce n'est pas toujours facile d'agir selon des principes abstraits. Non, ce n'est pas facile. Mais n'est-il pas beaucoup plus difficile d'agir selon ces principes sans savoir desquels il s'agit?

Votre subconscient est comme un ordinateur — plus complexe que tout ordinateur que les hommes peuvent construire — et sa fonction principale est l'intégration de vos idées. Qui le programme? Votre esprit conscient. Si vous laissez faire, si vous n'atteignez aucune conviction ferme, votre subconscient est programmé au hasard — et vous vous livrez au pouvoir d'idées que vous avez acceptées sans le savoir. Mais d'une façon ou d'une autre, votre ordinateur vous donne des sorties, tous les jours et toutes les heures, sous la forme d'émotions — qui sont les estimations instantanées du monde qui vous entoure, calculées selon vos valeurs. Si vous avez programmé votre ordinateur par une pensée consciente, vous connaissez la nature de vos valeurs et de vos émotions. Sinon, vous ne la connaissez pas.

Nombreux sont ceux, surtout de nos jours, qui prétendent que l'homme ne peut pas vivre de la seule logique, qu'il faut considérer l'élément émotionnel de sa nature, et qu'ils font confiance à leurs émotions pour les guider. Eh bien, ainsi le faisait l'astronaute de mon histoire. D'où sa perte — et d'où la leur: les valeurs et les émotions d'un homme sont déterminées par sa vue fondamentale de l'existence. Le programmeur ultime de son subconscient est la philosophie — la science qui, selon les émotionnalistes, est incapable d'affecter ou de pénétrer les mystères ténébreux de leurs sentiments.

La qualité des sorties d'un ordinateur est déterminées par la qualité de ses entrées. Si votre subconscient est programmé au hasard, ses sorties auront un caractère en conséquence. Vous avez probablement entendu parler de ce terme éloquent des informaticiens, « GIGO », — qui veut dire « garbage in, garbage out », n'importe quoi en entrée, n'importe quoi en sortie. La même formule s'applique à la relation entre les pensées et les émotions d'un homme.

Un homme qui se laisse diriger par ses émotions est comme un homme dirigé par un ordinateur dont il ne sait pas lire les résultats en sortie. Il ne sait pas si sa programmation est vraie ou fausse, bonne ou mauvaise, si elle le mène au succès ou à la destruction, si elle sert ses propres buts ou ceux d'une puissance maligne inconnue. Il est aveugle de deux façons: aveugle au monde autour de lui et à son propre monde intérieur, incapable de saisir la réalité et ses propres motivations, et il éprouve une terreur chronique pour l'une comme pour les autres. Les émotions ne sont pas des moyens de cognition. Les hommes qui ne se soucient pas de philosophie sont ceux qui en ont le plus besoin: ils sont le plus sûrement en son pouvoir.

Les hommes qui ne se soucient pas de philosophie absorbent ses principes dans l'atmosphère culturelle ambiante — les écoles, les universités, les livres, les magazines, les journaux, le cinéma, la télévision, etc. Qui donne le ton de la culture? Une petite poignée d'hommes: les philosophes. Les autres suivent, soit par conviction, soit par absence de conviction. Depuis à peu près deux siècles, sous l'influence d'Emmanuel Kant, la tendance dominante de la philosophie a été dirigée dans un seul but: la destruction de l'esprit humain, de la confiance de l'homme en le pouvoir de la raison. Aujourd'hui, nous pouvons voir cette tendance à son zénith.

Quand les hommes abandonnent la raison, il s'aperçoivent non seulement que leurs émotions ne peuvent pas les guider, mais qu'ils ne savent plus éprouver qu'une seule émotion: la terreur. La diffusion de l'addiction à la drogue parmi les jeunes gens élevés dans les modes intellectuelles du jour, démontre l'insupportable état intérieur d'hommes qui sont privés de leurs moyens de cognition et qui cherchent à s'évader de la réalité — de la terreur de leur propre incapacité à affronter l'existence. Observez l'effroi chez ces jeunes gens à l'idée d'indépendance et leur désir frénétique de « faire partie », de s'attacher à quelque groupe, clique ou gang. La plupart d'entre eux n'a jamais entendu parler de philosophie, mais ils sentent qu'ils ont besoin de certaines réponses fondamentales aux questions qu'ils n'osent pas poser — et ils espèrent que la tribu leur dira comment vivre. Ils sont prêts à se laisser diriger par le premier guérisseur, gourou ou dictateur venu. Une des choses les plus dangereuses qu'un homme puisse faire est d'abandonner son autonomie morale au soin d'autrui: comme l'astronaute de mon histoire, il se sait pas si ces autres sont humains, même s'ils marchent sur deux jambes.

Maintenant, vous demanderez peut-être: Si la philosophie peut être si vicieuse, pourquoi l'étudier? En particulier, pourquoi devrions-nous étudier ces théories philosophiques qui sont évidemment fausses, qui n'ont aucun sens, et qui n'ont aucun rapport avec la vie réelle?

Ma réponse est: pour votre propre défense, — et pour la défense de la vérité, de la justice, de la liberté, et de toute valeur que vous avez jamais tenue en estime ou tiendrez jamais en estime.

Toutes les philosophies ne sont pas mauvaises, bien que de trop nombreuses le sont, surtout dans l'histoire moderne. D'un autre côté, à l'origine de tout accomplissement de la civilisation, comme la science, la technologie, le progrès, la liberté, — à l'origine de toutes les valeurs dont nous jouissons aujourd'hui, y compris la naissance de ce pays — vous trouverez l'accomplissement d'un seul homme, qui a vécu plus de deux mille ans auparavant: Aristote.

Si vous ne ressentez que de l'ennui en lisant les théories pratiquement inintelligibles de certains philosophes, vous avez toute ma sympathie. Mais si vous les rejetez négligemment, en disant: « pourquoi devrais-je étudier ces choses quand je sais que ce sont des absurdités? » — vous vous trompez. Ce sont des absurdités, mais vous ne le savez pas — pas tant que vous continuez d'accepter leurs conclusions, et tous les slogans vicieux produits par ces philosophes. Et pas tant que vous n'êtes pas en mesure de les réfuter.

Ces absurdités concernent les questions les plus cruciales de l'existence de l'homme, des questions de vie ou de mort. À la base de toute théorie philosophique importante, il y a une question légitime — au sens qu'il y a un besoin authentique de la conscience de l'homme, que certaines théories s'efforcent de clarifier, cependant que d'autres s'efforcent de les obscurcir, de les corrompre, d'empêcher l'homme de jamais les découvrir. La bataille des philosophes est une bataille pour l'esprit de l'homme. Si vous ne comprenez pas leurs théories, vous êtes vulnérables aux pires d'entre elles.

La meilleure façon d'étudier la philosophie est de l'approcher comme une enquête policière: suivre chaque piste, indice et implication, de façon à découvrir qui est un meurtrier et qui est un héros. Le critère de l'enquête est dans ces deux questions: Pourquoi? et Comment? Si une thèse donnée semble juste — pourquoi? Si une autre thèse semble fausse — pourquoi? et comment y a-t-on fait croire? Vous ne trouverez pas toutes les réponses tout de suite, mais vous acquerrez un talent appréciable: la capacité à penser en termes de l'essentiel.

Rien n'est donné automatiquement à l'homme, ni la connaissance, ni la confiance en soi, ni la sérénité intérieure, ni la bonne façon d'utiliser son esprit. Chaque valeur dont il a besoin ou qu'il désire doit être découverte, apprise et acquise — même la bonne posture de son corps. Dans ce contexte, je dois dire que j'ai toujours admiré la posture des diplômés de West Point, une posture qui projette l'homme en avant par un contrôle fier et discipliné de son corps. Eh bien, la pratique philosophique donne à l'homme la bonne posture intellectuelle — un contrôle fier et discipliné de son esprit.

Dans votre propre profession, dans la science militaire, vous connaissez l'importance de suivre l'évolution des armes, stratégies et tactiques de l'ennemi — et d'être prêt à les contrer. La même chose est vraie en philosophie: vous devez comprendre les idées de l'ennemi, et être prêts à les réfuter, vous devez connaître ses arguments fondamentaux et être capable de les anéantir.

Dans une guerre physique, vous n'enverriez pas vos hommes sur une mine: vous feriez tous les efforts pour découvrir son emplacement. Eh bien, le système de Kant est la mine la plus grande et la plus élaborée dans l'histoire de la philosophie — mais il est tellement plein de trous que quand vous avez compris son truc , vous pouvez le désamorcer sans problème et avancer par dessus en toute sécurité. Et une fois que vous l'avez désamorcé, les Kantiens de second ordre — les sous-officiers de son armée, les sergents, deuxièmes classes et mercenaires philosophiques d'aujourd'hui — s'écrouleront sous leur propre vacuité, par réaction en chaîne.

Il y a une raison particulière pour laquelle vous, les futurs dirigeants de l'Armée des États-Unis, avez besoin d'être armés philosophiquement aujourd'hui. Vous êtes la cible d'une attaque particulière par l'establishment Kantien-Hegelien-collectiviste qui domine nos institutions culturelles à notre époque. Vous êtes l'armée du dernier pays semi-libre qui reste sur terre, et pourtant vous êtes accusés d'être un outil de l'impérialisme — et « impérialisme » est le nom donné à la politique étrangère de ce pays, qui ne s'est jamais engagé dans la conquête militaire et n'a jamais profité de deux guerres mondiales, qu'il n'a jamais initiées, mais dans lesquelles il s'est engagé et a vaincu. (C'était, soit dit en passant, une politique stupide par sa générosité exagérée, qui a fait que ce pays a gâché ses richesses à aider ses anciens ennemis autant que ses anciens alliés.) Une chose appelée « le complexe militaro-industriel » — qui est un mythe ou pire — est accusée d'être responsable de tous les problèmes de ce pays. La racaille brutale des universités vocifère ses exigences que les unités de formation d'officiers de réserve soient expulsées des campus universitaires. Le budget de notre défense est attaqué, dénoncé et coupé par des gens qui prétendent que la priorité financière devrait être donnée à des jardins de roses écologiques et à des classes d'expression esthétique pour les résidents des bas quartiers.

Certains parmi vous sont sans doute interloqués par cette campagne et se demandent, en toute bonne foi, quelles erreurs vous avez commises pour la susciter. Si c'est le cas, alors il est d'une importance urgente que vous compreniez la nature de l'ennemi. Vous êtes attaqués, non pour vos erreurs ou vos défauts, mais pour vos vertus. Vous êtes dénoncés, non pour vos faiblesses, mais pour votre force et votre compétence. Vous êtes pénalisés parce que vous êtes les protecteurs des États-Unis. À un niveau moindre du même problème, une campagne similaire est menée contre les forces de police. Ceux qui veulent détruire ce pays, cherchent à le désarmer — intellectuellement et physiquement. Mais ce n'est pas une simple affaire de politique: la politique n'est pas la cause, mais la conséquence dernière des idées philosophiques. Il ne s'agit pas d'une conjuration communiste, même si des communistes sont impliqués — comme les asticots qui profitent d'un désastre qu'ils n'ont pas le pouvoir de provoquer. Le motif des destructeurs n'est pas l'amour du communisme, mais la haine de l'Amérique. Pourquoi une telle haine? Parce que l'Amérique est la réfutation vivante de l'univers Kantien.

De nos jours, le souci mièvre et la compassion pour les faibles, les handicapés, les souffrants, les coupables, est un masque pour la haine Kantienne profonde de l'innocent, du fort, du capable, du couronné de succès, du vertueux, du confiant, de l'heureux. Une philosophie qui cherche à détruire l'esprit de l'homme est nécessairement une philosophie de haine envers l'homme, envers la vie de l'homme, et envers toute valeur humaine. La haine envers le bien parce qu'il est bien, est la marque distinctive du vingtième siècle. Voilà l'ennemi que vous affrontez.

Une bataille de ce genre demande des armes particulières. Elle doit être menée avec une pleine compréhension de votre cause, une pleine confiance en vous-même, et la plus grande certitude de la justesse morale de l'une et de l'autre. Seule la philosophie peut vous fournir ces armes.

La mission que je me suis donnée pour ce soir n'est pas de vous faire vous intéresser à ma philosophie, mais à la philosophie en tant que telle. J'ai, cependant, parlé implicitement de ma philosophie à chaque phrase — car aucun d'entre nous et aucune de nos affirmation ne peut échapper à nos prémisses philosophiques. Quel est mon intérêt égoïste en cette affaire? Je suis assez confiante pour penser que si vous acceptez l'importance de la philosophie et de la tâche de l'examiner avec un esprit critique, c'est ma philosophie que vous viendrez à accepter. Formellement, je l'appelle l'Objectivisme, mais informellement, je l'appelle une philosophie pour vivre sur terre. Vous en trouverez une présentation explicite dans mes livres, et tout particulièrement dans Atlas Shrugged [3].

En conclusion, permettez-moi de parler en termes personnels. Cette soirée a une grande signification pour moi. Je suis profondément honorée par cette opportunité de parler devant vous. Je peux dire — non pas comme un poncif patriotique, mais avec une pleine connaissance des fondements métaphysiques, épistémologiques, éthiques, politiques et esthétiques — que les États-Unis d'Amérique sont le plus grand, le plus noble et, dans ses principes fondateurs originels, le seul pays moral dans l'histoire du monde. Il y a une sorte de rayonnement serein associé dans mon esprit au nom de West Point — parce vous avez préservé l'esprit de ces principes fondateurs originaux et vous en êtes le symbole. Il y avait des contradictions et des omissions dans ces principes, et il y en a peut-être en vous — mais je parle de l'essentiel. Il y a sans doute eu dans votre histoire des individus qui ne se sont pas montré à la hauteur de vos standards élevés — comme il y en a dans toutes les institutions — puisque qu'aucune institution et aucun système social ne peut garantir la perfection automatique de tous ses membres; elle dépend du libre arbitre de chaque individu. Je parle de vos standards. Vous avez préservé trois qualités de caractère qui étaient typiques au temps de la naissance de l'Amérique, mais qui font cruellement défaut de nos jours: l'ardeur — la persévérance — et le sens de l'honneur. [4] L'honneur est le respect de soi-même rendu visible dans l'action.

Vous avez choisi de risquer vos vies pour la défense de ce pays. Je ne vous insulterai pas en disant que vous vous êtes consacrés à un service désintéressé — ce n'est pas une vertu selon ma moralité. Selon ma moralité, la défense de son pays signifie qu'un homme refuse personnellement de vivre comme l'esclave conquis d'aucun ennemi, étranger ou domestique. Voilà une vertu énorme. Certains parmi vous n'en êtes peut-être pas pleinement conscient. Je veux vous aider à vous en rendre compte.

L'armée d'un pays libre a une grande responsabilité: le droit d'utiliser la force, mais non pas comme un instrument de compulsion et de conquête brutale — comme les armées des autres pays l'on fait dans leur histoire — seulement comme un instrument de l'auto-défense d'une nation libre, ce qui signifie: la défense des droits individuels de l'homme. Le principe de l'emploi de la force seulement en réponse à ceux qui initient son utilisation, est le principe de subordination de la force au droit. La plus haute intégrité et le plus grand sens de l'honneur sont requis pour une telle tâche. Aucune autre armée au monde n'y est arrivé. Vous, si.

West Point a donné à l'Amérique une longue lignée de héros, connus et inconnus. Vous, les diplômés de cette année, avez une tradition glorieuse à porter — ce que j'admire profondément, non pas parce qu'il s'agit d'une tradition, mais parce qu'elle est glorieuse.

Comme je viens d'un pays coupable de la pire tyrannie sur terre, je suis tout spécialement capable d'apprécier le sens, la grandeur et la valeur suprême de ce que vous défendez. Aussi, en mon propre nom et au nom de nombreuses personnes qui pensent comme moi, je voudrais dire, à tous les hommes de West Point, passés, présents et futurs: Merci.


Notes

[1]: Traduction tentative d'une formule répandue aux États-Unis: « Consistency is the hobgoblin of little minds. » (Note du traducteur)

[2]: Nixon était alors président des États-Unis, et englué dans l'affaire du « Watergate ». (Note du traducteur)

[3]: Atlas Shrugged, publié en 1957, est l'œuvre ultime d'Ayn Rand en tant que romancière, après quoi elle n'a écrit que des essais. Il n'est toujours pas traduit en français, Ayn Rand ayant à l'époque répudié un projet de traduction. Il existe actuellement un projet pour compléter une traduction de cette œuvre monumentale, mais même s'il aboutit, rien ne sera disponible en librairie avant de nombreux mois voire des années. Le roman, dont le titre pourrait être traduit en « Atlas laisse tomber », possède des éléments de roman policier, de roman de science-fiction, mais est bel et bien un roman philosophique. (Note du traducteur)

[4]: J'ai rendu plutôt mal que bien ces vertus qui dans la version originale sont earnestness, dedication, a sens of honor et qui n'ont pas d'équivalent en français moderne — la traduction de la dernière vertu étant d'ailleurs d'autant plus trompeuse qu'elle semble évidente. (Note du traducteur)


Ci-dessus est une traduction par mes soins de Philosophy: Who Needs It d'Ayn Rand, effectuée en septembre-octobre 2004. J'ai essayé de rendre le sens de l'original, mais j'avoue n'avoir pas su en conserver toute la valeur littéraire. Je vous invite donc à lire cet original si l'anglais vous est intelligible.


Consultez le sous-dossier sur l'Objectivisme

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Qui est John Galt ? - Par Cyber-résistant
Vendredi 8 avril 2011 5 08 /04 /Avr /2011 18:24

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Les droits de l'Homme

Ayn Rand



Si l'on veut prôner une société libre - c'est-à-dire le capitalisme - l'on doit se rendre compte que son fondement indispensable est le principe des Droits individuels.

Si l'on veut défendre les Droits individuels, l'on doit comprendre que le capitalisme est le seul système qui peut les promouvoir et les protéger. Et si l'on veut évaluer le rapport entre la liberté et les objectifs que se donnent aujourd'hui les intellectuels, l'on peut en trouver une image significative dans le fait que le concept des Droits individuels est brouillé, perverti, déformé, presque jamais discuté, et que la plus grande réticence à en parler se trouve justement du côté de la soi-disant "droite".

Les "Droits" sont un concept moral : le concept qui fournit une transition logique entre les principes qui guident l'action d'une personne et ceux qui gouvernent ses relations avec les autres. Le concept qui maintient et protège la morale individuelle dans un contexte social. Le lien entre le code moral d'une personne et le code juridique d'une société, entre l'éthique et la politique. Les Droits individuels sont le moyen de soumettre l'ordre politique à la règle éthique.

Tout système politique est fondé sur un code moral ou sur un autre. Les déontologies dominantes au cours de l'histoire humaine ont été des variantes de la doctrine altruiste-collectiviste qui subordonnait l'individu à quelque entité supérieure, soit mystique, soit sociale.

En conséquence, la plupart des systèmes politiques ont été des variantes de la même tyrannie étatiste, ne différant que par le degré et non par le principe fondateur, limités seulement par les accidents de la tradition, les désordres, les conflits sanglants et l'effondrement périodique. Dans tous les systèmes de ce genre, la morale était un code applicable â la personne, mais pas à la société. La société était placée en dehors de la loi morale, comme son incarnation, sa source ou son interprète exclusive. L'on considérait qu'inculquer la dévotion sacrificielle au devoir social était la fonction principale de l'éthique dans la vie terrestre de l'homme.

Comme la "société" n'est pas une entité, comme il ne s'agit que d'un groupe de personnes singulières, cela signifiait, en pratique, que les règles sociales étaient exemptes d'un jugement par la loi morale. Elles n'étaient soumises qu'aux rituels traditionnels; elles exerçaient un pouvoir total et exigeaient une obéissance aveugle. Le principe implicite était alors: " Le Bien est ce qui est bon pour la société (ou pour la tribu, la race, la nation) et les édits des dirigeants de celle-ci sont sa retranscription sur la terre. "

Ce fonctionnement s'est retrouvé dans tous les systèmes étatistes, sous toutes les variantes de l'éthique altruiste-collectiviste, mystiques ou sociales. " Le Droit divin de la monarchie " résume la conception politique des premières, ""Vox populi, vox Dei " celle des secondes. En témoignent la théocratie de l'Egypte, avec le pharaon comme dieu incarné, le règne illimité de la majorité ou démocratie d'Athènes, l'Etat-providence de l'Empire romain, l'inquisition de la fin du Moyen-Age, la monarchie absolue de la France d'Ancien régime, l'interventionnisme socialisant de Bismarck, les chambres à gaz de l'Allemagne nazie, la boucherie de l'Union soviétique.

Tous ces systèmes politiques étaient des expressions de l'éthique altruiste-collectiviste, et leur caractéristique commune est le fait que la société s'y trouvait placée au-dessus de la loi morale, dans une position d'omnipotence souveraine et d'acceptation aveugle de l'arbitraire. Ainsi, politiquement, tous ces systèmes étaient des variantes d'une société amorale.
La réussite la plus profondément révolutionnaire des Etats-Unis d'Amérique fut de subordonner la société politique à la règle morale.

Le principe des Droits individuels de l'homme représentait l'extension de la morale au système politique, comme une limitation au pouvoir de l'Etat, comme une protection de la personne contre la force brutale du collectif, comme la subordination de la force au Droit. Les Etats-Unis furent la première société morale de l'histoire des hommes.

Tous les systèmes précédents avaient considéré l'homme comme un objet sacrificiel soumis aux intérêts des autres, et la société comme une fin en soi. Les Etats-Unis ont considéré la personne comme une fin en elle-même, et la société comme le moyen d'une coexistence paisible, ordonnée et volontaire entre les individus. Tous les systèmes précédents avaient soutenu que la vie de l'homme appartenait à la société, que la société pouvait en disposer de la manière qui lui plaisait, et que toute la liberté dont celui-ci pouvait jouir lui était accordée par faveur, par la permission de la société, permission qui pouvait être révoquée à tout instant. Les Etats-Unis ont pensé que la vie de l'homme lui appartient de Droit, (ce qui signifie : par principe moral et de par la nature des choses), qu'un Droit est le propre d'une personne, que la société en tant que telle n'a donc aucun Droit, et que la seule fonction morale de l'Etat est de protéger les Droits individuels.

Un " Droit " est un principe moral qui définit et sanctionne la liberté qu'une personne a d'agir dans un contexte social. Il n'existe en ce sens qu'un Droit fondamental (tous les autres ne sont que ses conséquences ou ses corollaires) : le Droit d'un homme de posséder sa propre vie. La vie est un processus d'action auto-engendré et auto-entretenu; le Droit de posséder sa propre vie signifie qu'on a le Droit d'exécuter les actions qui permettent son engendrement et son entretien. Ce qui signifie : le Droit de faire tout ce qui est nécessité par la nature d'un être rationnel pour le maintien, la promotion, l'accomplissement et la réussite de sa propre vie. (Tel est le sens de la formule parlant du Droit de vivre, d'être libre et de rechercher le bonheur que l'on retrouve dans la Déclaration d'Indépendance. )

Le concept de " Droit " ne peut faire référence qu'à l'action, spécifiquement à la liberté d'action. Il désigne la liberté par rapport à une contrainte, une coercition ou une ingérence physique de la part d'autres hommes.
Pour tout individu, un Droit est ainsi la sanction morale d'une capacité positive: sa liberté d'agir conformément à son propre jugement, de poursuivre ses buts personnels par un choix autonome, volontaire et sans coercition. Ses Droits n'imposent à ses voisins aucune obligation autre que négative : l'impératif qu'ils s'abstiennent de les violer.

Le Droit de contrôler sa propre vie est la source de tous les Droits, et le Droit de Propriété est leur seule concrétisation possible. Sans Droit de Propriété, aucun autre Droit n'est concevable. Comme il faut à l'homme subvenir à son existence par ses propres efforts, l'homme qui n'a pas de Droit sur les produits de son effort n'a pas les moyens d'entretenir sa vie. Celui qui produit alors que les autres disposent de ce qu'il a produit est un esclave.

Gardez bien en tête que le Droit de Propriété est un Droit d'agir, comme tous les autres. Ce n'est pas un " droit à " un objet, mais un Droit à l'action et à ce qu'il résulte de celle-ci sur le plan de la production et de la valeur de ce qui est produit. Ce n'est pas la garantie qu'un homme unira par disposer d'une quelconque richesse ; c'est la garantie qu'il pourra posséder ce qu'il a gagné s'il l'a obtenu par son action productive. C'est donc le Droit d'acquérir, de conserver, d'utiliser et de disposer des valeurs incarnées dans les objets matériels.

Le concept de Droits individuels est tellement nouveau dans l'histoire de l'humanité que la plupart des hommes ne l'ont pas encore complètement compris à ce jour. Se référant aux deux conceptions de l'éthique, la mystique et la sociale, certains affirment que les Droits sont un don de Dieu, les autres qu'ils sont un privilège social. En fait, la source des Droits est la nature de l'homme.

La Déclaration d'Indépendance affirmait que les hommes " ont été dotés par leur Créateur de certains Droits inaliénables ". Que l'on croie que l'homme est le produit d'un Créateur ou celui de la nature, la question de l'origine de l'homme ne change rien au fait qu'il est une entité d'un certain type, un être rationnel, qu'il ne peut pas fonctionner efficacement sous la menace de la violence, et que les Droits sont une condition nécessaire de son mode d'existence spécifique.

" La source des Droits de l'Homme n'est pas la loi de Dieu ni la loi du Congrès, mais la Loi de l'Identité. Toute chose est ce qu'elle est, et l'Homme est un homme. Les Droits sont les conditions d'existence nécessitées par la nature de l'homme afin que celui-ci vive décemment. Dès lors que l'homme doit vivre sur terre, il a le droit de se servir de sa conscience rationnelle, il a le droit d'agir librement d'après son propre jugement. Il a le Droit de travailler conformément à ses propres valeurs et de disposer du produit de son travail. Si ce qu'il veut c'est vivre sur terre, il a le Droit de vivre comme un être rationnel: la nature même lui interdit l'irrationalité " (Atlas Shrugged, discours de John Galt).

Violer les Droits d'un homme signifie l'obliger à agir contre son propre jugement, ou s'emparer par la force de ce qu'il a produit. Fondamentalement, il n'y a qu'une façon de parvenir à cela: recourir à la violence physique. Deux groupes de personnes peuvent violer les Droits de l'Homme: les malfaiteurs et les hommes de l'Etat. La grande réussite des Etats-Unis fut d'établir une différence entre les deux, en interdisant aux seconds d'exercer une version légalisée des activités des premiers.

La Déclaration d'Indépendance posa le principe que " C'est pour assurer ces Droits que les Etats ont été institués parmi les hommes ". Ce principe a fourni la seule justification valable de l'existence d'un Etat et a défini sa seule fonction légitime : assurer les Droits des hommes en protégeant ceux-ci de la violence physique.
Ainsi le rôle des hommes de l'Etat fut-il transformé: de maîtres, ils devinrent serviteurs. L'Etat était institué pour protéger les personnes contre les malfaiteurs, et la Constitution était écrite pour les protéger des hommes de l'Etat. La Déclaration des Droits n'était pas dirigée contre les citoyens privés, mais contre les décideurs publics, comme une déclaration explicite soulignant que les Droits individuels l'emportent sur tout pouvoir politique.

Le résultat fut un modèle de société civilisée que, pour la brève période de quelque cent cinquante ans, les Etats-Unis furent bien près de réaliser effectivement. Une société civilisée est une société où la violence physique est bannie dans les relations humaines, et dans laquelle les hommes de l'Etat, agissant comme des gendarmes, ne peuvent faire usage de la force qu'au titre de riposte et seulement contre ceux qui ont enclenché cet usage.
Tels étaient la signification et le but essentiels de la philosophie politique américaine, implicites dans le principe des Droits individuels. Mais cette signification et ce but ne furent pas formulés explicitement, et dès lors ne furent ni complètement acceptés, ni mis en pratique de façon cohérente.

L'élément contradictoire interne à les Etats-Unis était l'existence en elle de l'éthique altruiste - collectiviste.
L'altruisme est incompatible avec la liberté, avec le capitalisme et avec les Droits individuels. On ne peut pas combiner la recherche du bonheur avec le statut moral d'animal sacrificiel.

C'est le concept de Droits individuels qui avait donné naissance à la possibilité d'une société libre. C'est par la destruction des Droits individuels que la destruction de la liberté devait commencer.

Une tyrannie collectiviste ne peut se permettre de réduire tout un pays à l'esclavage par la confiscation ouverte de ses productions, matérielles ou morales. Elle ne peut parvenir à cette fin que par un processus de corruption interne. De même que dans le domaine matériel le pillage de la richesse d'un pays se fait par une politique d'inflation sur la monnaie, l'on peut aujourd'hui observer la mise en place d'un processus d'inflation dans le domaine des Droits. Ce processus repose sur une telle prolifération de "nouveaux droits" récemment proclamés que les gens ne se rendent pas compte que le sens du concept est inversé. De même que la mauvaise monnaie est imposée à la place des bonnes, ces droits en monnaie de singe détruisent les Droits authentiques.
Considérez ce fait curieux : jamais l'on n'a observé à un tel point, tout autour du monde, la prolifération de deux phénomènes apparemment contradictoires : les prétendus "nouveaux droits" et les camps de travail forcé.
L'astuce a consisté à faire glisser le concept de Droit du domaine politique à celui de l'économie.

Le programme du Parti Démocrate en 1960 résume ce tour de passe-passe avec hardiesse et franchise. Il proclame que les Démocrates s'ils parviennent au pouvoir " réaffirmeront la Déclaration des droits économiques que Franklin Roosevelt inscrivit dans notre conscience nationale il y a seize ans. "

Gardez bien présent à l'esprit ce que signifie le concept des " Droits ", en lisant la liste de ce que propose ledit programme :

" 1. Le 'droit à' un travail utile et rémunérateur dans l'industrie, le commerce, le secteur agricole ou le secteur minier.

" 2. Le 'droit à' gagner assez d'argent pour obtenir une quantité suffisante de nourriture, de vêtements et de moyens de distraction.

" 3. Le 'droit de tout agriculteur à cultiver et à vendre ses produits' en étant sûr d'en tirer suffisamment pour obtenir, pour lui et sa famille, les moyens d'une vie acceptable.

" 4. Le 'droit de tout entrepreneur, grand ou petit, à échanger dans une atmosphère libérée de la concurrence déloyale et du poids dominateur des monopoles' chez lui et à l'étranger.

" 5. Le 'droit de toute famille à' une maison confortable.

" 6. Le 'droit à' des soins médicaux suffisants et à la possibilité de vivre en bonne santé.

" 7.Le 'droit à' une protection adéquate contre les risques économiques liés à l'âge, à la maladie, aux accidents et au chômage.

" 8. Le 'droit à' une bonne éducation. "


Une simple question ajoutée à chacune des clauses ci-dessus suffirait à faire comprendre de quoi il s'agit : "aux dépens de qui?"

Les emplois, la nourriture, les vêtements, les moyens de distraction, les maisons, les soins médicaux, l'éducation, etc, ne poussent pas sur les arbres. Ce sont des produits de l'action humaine; des biens et des services qui ont été créés par quelqu'un. Qui sera là pour les fournir ?
Si certains ont le " droit " de vivre aux dépens du travail des autres, cela veut dire que ces autres sont privés de leurs Droits et condamnés à travailler comme des esclaves.

Tout prétendu " droit " d'un homme, qui nécessite de violer les Droits d'un autre homme, n'est pas, et ne peut pas être un Droit. Personne ne peut avoir le Droit d'imposer une obligation que l'on n'a pas choisie, un devoir sans récompense ou une servitude involontaire. II ne peut pas y avoir de " droit de réduire des hommes à l'esclavage ".

Un Droit n'implique pas sa concrétisation matérielle par l'action d'autres hommes; il implique uniquement la liberté pour chacun de parvenir à cette concrétisation grâce à son propre effort.

Remarquez, dans ce contexte, la précision intellectuelle des Pères Fondateurs des Etats-Unis : ils parlaient du Droit de rechercher le bonheur, et pas du " droit au " bonheur. Cela veut dire qu'un homme a le Droit d'entreprendre les actions qu'il juge nécessaires pour atteindre le bonheur; cela ne veut pas dire que les autres ont le devoir de le rendre heureux.

Le Droit de vivre implique que tout homme a le Droit de subvenir aux nécessités matérielles impliquées par le fait qu'il vit grâce à son travail (quel que soit le niveau où celui-ci se situe dans l'économie); il n'implique pas que les autres doivent lui fournir ses moyens d'existence.
Le Droit de Propriété implique qu'un homme a le Droit d'entreprendre les actions économiques nécessaires pour acquérir une propriété, il n'implique pas que les autres doivent lui fournir une propriété.

Le Droit de libre expression implique qu'une personne a le Droit d'exprimer ses idées sans courir le risque d'être réprimée, entravée ou punie par les hommes de l'Etat. Il n'implique pas que les autres doivent lui fournir une salle de conférences, une station de radio ou une imprimerie pour exprimer ses idées.

Toute entreprise qui implique plus d'une personne nécessite le consentement volontaire de chacun des participants. Chacun d'entre eux a le Droit de prendre ses propres décisions, et personne n'a celui d'imposer ses décisions aux autres.

Il n'existe pas ainsi de " droit à l'emploi ". Il n'existe que le Droit d'échanger librement, c'est-à-dire : le Droit que chacun possède d'être embauché si une autre personne décide de payer ses services. Il n'y a pas de " droit au logement ", il n'y a que le Droit là encore d'échanger librement : le Droit de louer un logement ou de l'acheter. Il n'y a pas de " droit à un salaire décent " ou à un prix " acceptable " si personne n'accepte de payer ce prix ou ce salaire. Il n'y a pas de " droit à consommer " du lait, des chaussures, des places de cinéma ou des bouteilles de champagne si aucun producteur n'a décidé de fabriquer ces articles; il n'y a que le Droit de les fabriquer soi-même. Il n'y a pas de " droits catégoriels ": pas de " droits des agriculteurs, des travailleurs, des employés, des employeurs, des vieux, des jeunes, des enfants à naître ". Il n'y a que les Droits de l'Homme, des Droits possédés par toute personne singulière et par tous les hommes en tant qu'individus.

Le Droit de Propriété et le Droit d'échanger librement qui en découle sont les seuls " Droits économiques " de l'Homme. Il s'agit en fait de Droits politiques, et il ne peut y avoir de " Déclaration des droits économiques de l'homme ". Remarquez seulement que les partisans des seconds ont quasiment détruit les premiers.

Rappelez-vous que les Droits sont des principes moraux qui définissent et protègent la liberté d'action d'une personne, mais n'imposent aucune obligation aux autres hommes. Les citoyens privés ne sont pas une menace pour les Droits ou pour les libertés les uns des autres. Un citoyen privé qui a recours à la violence physique en violation des Droits des autres est un malfaiteur, et les hommes ont contre lui la protection de la loi.

Dans tous les pays et à toutes les époques, ces malfaiteurs-là ont toujours été une petite minorité, et le mal qu'ils ont fait à l'humanité est infinitésimal quand on le compare aux horreurs : bains de sang, guerres, persécutions, confiscations, famines, réduction à l'esclavage, ou destructions massives, perpétrées par les castes politiques de l'humanité. Potentiellement, un Etat est la plus grande menace qui pèse sur les Droits de l'Homme : il possède en général le monopole légal de l'usage de la force physique contre des victimes légalement désarmées. Quand son pouvoir n'est ni limité ni restreint par les Droits individuels, l' Etat est le plus mortel ennemi des hommes. Ce n'est pas en raison de la nécessité de se protéger contre les actions privées, mais en raison de celle de se protéger contre les décisions publiques que la Déclaration des Droits a été écrite.

Considérez maintenant quel procédé se trouve utilisé pour détruire cette protection.
Le procédé consiste à attribuer aux citoyens privés d'être les auteurs de violations spécifiques du Droit que la constitution interdit aux hommes de l'Etat (et que les citoyens privés n'ont pas dans les faits le pouvoir de commettre) - ce qui permet de libérer les hommes de l'Etat de toute contrainte. Les résultats sont au présent particulièrement visibles dans le domaine de la liberté d'expression. Pendant des années, les collectivistes ont propagé l'idée que lorsqu'une personne privée refuse de financer un opposant, elle commet une " violation de la liberté d'expression " de cet opposant et un acte de " censure ".

C'est de la " censure ", prétendent-ils, lorsqu'un journal refuse d'employer ou de publier des auteurs dont les idées sont diamétralement opposées à sa politique.
C'est de la " censure ", prétendent-ils encore lorsqu'un homme d'affaire refuse de faire publier des publicités dans un magazine qui le dénonce, l'insulte et le traîne dans la boue.

C'est de la " censure ", prétendent-ils enfin, lorsque quelqu'un qui finance une émission de télévision proteste contre une ignominie - telle l'invitation faite à Alger Hiss de venir calomnier en direct Richard Nixon - perpétrée au cours d'une émission pour laquelle il donne son argent.
A ce propos un certain Newton N. Minow a déclaré: " il y a la censure des indices d'écoute, celle des annonceurs, celle des chaînes, des stations associées qui refusent les programmes qu'on offre à leurs zones d'émission ". C'est le même M. Minow qui menace à présent de révoquer l'autorisation de toute station qui ne se soumettrait pas à ses conceptions des programmes, et qui prétend que cela, ce ne serait pas de la censure. Examinez les implications de tout ceci.

La " censure " est un terme uniquement applicable aux actions de l'Etat. Aucune action privée ne peut être énoncée comme un acte de censure. Aucun individu et aucune agence non publique ne peut réduire un homme au silence, ni réprimer une publication. Seul un Etat peut y parvenir. La liberté d'expression d'une personne privée inclut le Droit de ne pas être d'accord avec ses adversaires, de ne pas les écouter et de ne pas les financer.

Pourtant, selon la doctrine dite des " droits économiques de l'homme ", un individu n'aurait pas le Droit de disposer de ses propres moyens matériels et de les utiliser selon ses propres convictions, mais devrait donner son argent sans discrimination à n'importe quel discoureur ou propagandiste, qui aurait ainsi un " droit à " ... ce qui ne lui appartient pas. Cela signifie que la capacité de produire les moyens matériels nécessaires à l'expression des idées serait ce qui prive un homme du Droit de penser ce qu'il pense. Cela signifie aussi qu'un éditeur devrait publier des livres qu'il trouve mauvais, falsificateurs ou pervers, que le financier d'une émission de télévision devrait rétribuer des commentateurs qui ont choisi de s'en prendre à ses convictions. Que le propriétaire d'un journal devrait livrer ses pages éditoriales à tout jeune voyou qui fait de l'agitation pour réduire la presse à la servitude. Cela signifie donc qu'un groupe d'hommes aurait le droit illimité de faire n'importe quoi, alors qu'un autre groupe se trouverait réduit à la dépossession et à l'impuissance.

Mais comme il serait évidemment impossible de fournir à quiconque les réclame, un emploi, un micro ou les colonnes d'un journal, qui décidera de la " distribution " des " droits économiques " et choisira leurs bénéficiaires, lorsque le Droit de choisir qui appartenait aux propriétaires aura été aboli? Eh bien, cela au moins, M. Minow l'a indiqué avec beaucoup de clarté.

Et si vous faites l'erreur de croire que tout ce qui précède ne s'applique qu'aux grands possédants, il serait temps pour vous de vous rendre compte que la théorie des " droits économiques " implique pour n'importe quel théâtreux en mal de spectacle, pour n'importe quel poète baba, pour n'importe quel compositeur de bruits ou pour tout " artiste " non objectif (pourvu d'appuis politiques), le " droit au " soutien financier que vous aviez choisi de ne pas leur donner en n'assistant pas à leurs exhibitions. Quelle autre signification peut avoir la décision de dépenser l'argent de vos impôts pour subventionner la " culture "?

Ainsi, pendant que des gens se promènent la bouche pleine de ces " droits économiques " le concept des Droits politiques est en train de disparaître. On oublie que le Droit de libre expression désigne la liberté de prôner ses propres opinions et d'en subir les conséquences, y compris le désaccord avec les autres, leur opposition, leur hostilité et leur refus de vous soutenir. La fonction politique du Droit de libre expression est de protéger les dissidents et les minorités impopulaires contre la répression violente, non de leur garantir le soutien matériel, les avantages et les récompenses d'une popularité qu'ils n'ont rien fait pour mériter.

La Déclaration des Droits stipule : " Le Congrès ne fera aucune loi... limitant la liberté de parole, ni celle de ta presse... ", il n'y est pas exigé des citoyens privés qu'ils fournissent un micro à l'homme qui prône leur destruction, ou un passe au voleur qui cherche à les cambrioler, ou un couteau à l'assassin qui veut leur couper la gorge.

Tel est l'état de l'un des débats les plus cruciaux du temps présent: celui où s'opposent les Droits politiques et les " droits économiques ". Il faut choisir. Car ils sont incompatibles entre eux, et les seconds détruisent les premiers. En fait, il n'y a pas de " droits économiques ", pas de " droits collectifs ", pas de " droits de l'intérêt général ". Le terme " Droits de l'individu " est une redondance: il n'y a pas d'autre forme de Droit et personne d'autre n'en possède.

Les partisans du capitalisme de laissez-faire sont les seuls défenseurs des Droits de l'Homme.

Publié dans The Objectivist Newsletter en avril 1963.


Consultez le sous-dossier sur l'Objectivisme


Droits de l’Homme

De Wikiberal

Les droits de l'homme sont les droits naturels supérieurs aux lois et autres normes étatiques, sensés concerner tout être humain sans distinction de nationalité, de race ou de classe sociale, et dont chaque individu dispose nécessairement et irrévocablement.

La déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 « reconnait et déclare » (et non proclame) ainsi les droits de liberté, propriété, sûreté et résistance à l'oppression.

D'abord constituée de droits contre la puissance publique (droit-résistances), l'acception moderne du terme -erronée- englobe aussi des droits sur l'État (droit-créances, ou faux droits) comme l'éducation ou la culture. Cette évolution a pour pendant celle du sentiment général selon lequel c'est à l'État de garantir les droits de l'homme.

Ainsi dans le droit positif, les droits de l'homme seraient défendus par la loi, les conventions et institutions internationales et le juge.

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Vendredi 8 avril 2011 5 08 /04 /Avr /2011 13:37

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Ayn Rand à l'âge de 19 ans.

Ayn Rand (prononcé [ˈaɪn ˈrænd]), née Alissa Zinovievna Rosenbaum (en cyrillique russe : Алиса Зиновьевна Розенбаум), est une philosophe[1], scénariste et romancière[note 1] américaine d'origine russe, juive athée, née le 2 février 1905 à Saint-Pétersbourg et morte le 6 mars 1982 à New York.

Ayn Rand est connue pour sa philosophie rationaliste, proche de celle du mouvement politique libertarien, à laquelle elle a donné le nom d'« objectivisme ». Elle a écrit de nombreux essais philosophiques sur des concepts tenant de la pensée libérale, comme la liberté, la justice sociale, la propriété ou l'État et dont le principal, et le seul traduit en français, est La Vertu d'égoïsme (The Virtue of Selfishness en langue originale). Ses contributions principales s'inscrivent néanmoins dans les domaines de l'éthique, de la philosophie politique et de l'épistémologie.

Ayn Rand a également publié des œuvres de fiction telles que La Révolte d'Atlas (Atlas Shrugged), La Source vive (The Fountainhead ) et Nous, les vivants (We the Living), qui figurent parmi les plus vendues aux États-Unis. Elle a par ailleurs écrit de nombreux scénarios pour le cinéma, dont des adaptations de ses propres œuvres de fiction.

Ayn Rand est considérée comme la théoricienne d'un capitalisme individualiste ainsi que d'un libertarianisme refusant toute forme de coercition et prônant les valeurs de la raison, du travail et de l'« égoïsme rationnel », son concept central. Figure de l'anti-communisme radical, Ayn Rand prône également l'indépendance et le « laissez-faire » face à toute forme de collectivisme ou de religion établis.

De nombreux penseurs, comme le psychothérapeute Nathaniel Branden, les économistes Alan Greenspan et M. Northrup Buechner[note 2], le romancier Terry Goodkind, le président Ronald Reagan ou le fondateur de Wikipédia, Jimmy Wales, se réclament de ses conceptions. Ayn Rand a aussi profondément nourri la vision libertarienne dite minarchiste, replaçant l'individu au centre de la société et de l'éthique.

Elle avait trouvé dans Ludwig von Mises, lui aussi émigré aux États-Unis, le grand théoricien contemporain du laissez-faire qui complétait sa compréhension de l'économie.

Selon Alain Laurent, un des spécialistes francophones de son œuvre, Ayn Rand représenterait l'incarnation de la « self-made woman immigrée », « car elle réussit cet exploit tout en professant un athéisme radical (...) et critiquant violemment l'altruisme au nom de l'"égoïsme rationnel" »[2]. Ayn Rand fut par ailleurs la cible de nombreuses critiques dont la principale s'attache à expliquer qu'en dépit d'un argumentaire se voulant rationnel, elle n'en maîtrisait pas toujours les raisonnements[3].

Biographie

Jeunesse russe et études

L'université de Saint Pétersbourg où Ayn Rand étudia.

Ayn Rand naît à Saint-Pétersbourg le 2 février 1905 (le 20 janvier du calendrier julien) dans une famille juive agnostique de la classe moyenne, composée de trois enfants dont elle est l'aînée[4]. Son père, Zinovy Zacharovich Rosenbaum, pharmacien, est né à Brestlitovsk le 18 novembre 1869 alors que sa mère, Anna Borisovna Kaplan, est née à Saint-Pétersbourg le 15 octobre 1880[5].

Elle s'intéresse très jeune à la littérature et au cinéma, écrivant dès l'âge de 7 ans des romans ou des scénarios. À l'âge de 9 ans, elle décide de devenir écrivain. Elle lit notamment Walter Scott et Alexandre Dumas et s'enthousiasme pour le courant romantique. Elle lit avec passion le roman d'aventure La Vallée mystérieuse (1915) du romancier français Maurice Champagne. Son personnage principal, figure de l'homme héroïque et vertueux, marque l'imagination d'Ayn Rand. Ce type de personnage se retrouve dans toute son œuvre et, en particulier, à travers le personnage principal d'Atlas Shrugged, John Galt[6]. Elle découvre à 13 ans celui qui devient son auteur favori et qu'elle considère comme le plus grand écrivain : Victor Hugo. Au collège, elle se montre brillante en mathématiques ; sa carrière universitaire semble alors toute tracée. En 1912, sa famille s'installe dans la Perspective Nevski, dans le quartier Znamenskaya. La jeune Ayn Rand y assiste à sa première exposition, consacrée aux images de films, en 1913. Le cinéma la passionnera en effet toute sa vie.

La ville de Saint-Pétersbourg est depuis longtemps l'un des foyers des troubles révolutionnaires qui agitent la Russie tsariste. Rand soutient au début la révolution menée par Kerensky mais, l'arrivée au pouvoir des Bolchéviques, à la suite de la révolution d'octobre 1917, puis la confiscation de la pharmacie de son père par le gouvernement révolutionnaire, contraint sa famille à fuir la Russie pour l'Ukraine puis pour la Crimée. Les Rosenbaum s'installent donc à Yevpatoria, jusqu'à ce que celle-ci soit envahie par les révolutionnaires en 1921[7]. Rand nourrit dès ce jour une haine vigilante pour les communistes, sentiment qui traverse tous ses écrits. Elle brûle alors son journal intime car elle a pris l'habitude d'y consigner des réflexions et des critiques sur les révolutionnaires.

Le 30 juin  1921, Ayn Rand est diplômée du lycée de Yevpatoria. L'année suivante, la famille Rosenbaum retourne à Petrograd[8]. Ayn Rand, qui a alors 16 ans, entame des études d'histoire et de philosophie à l'université de Petrograd et y découvre les œuvres d'Edmond Rostand, de Friedrich Schiller, d'Aristote et de Fiodor Dostoïevski. Ses études lui donnent accès, selon ses propres termes, à une « culture millénaire » à travers laquelle elle juge comme néfaste l'influence des idées communistes sur la Russie d'alors. Ces dernières années en Union des républiques socialistes soviétiques, où elle est obligée d'intégrer la propagande communiste, formeront la base de sa critique des systèmes collectivistes.

Dispersion de la foule sur la perspective Nevski, pendant les journées de juillet 1917.

  Le 13 octobre 1924, Rand sort diplômée de l'université. Elle continue à écrire et entre à l'Institut d'État des Arts cinématographiques en 1924[9]. La jeune Rand y étudie l'histoire et la politique américaine et découvre aussi le cinéma nord-américain, dont les westerns, mais aussi toute la culture des États-Unis. Elle devient alors une admiratrice de la société américaine et de ses valeurs d'individualisme et d'optimisme. Comprenant qu'elle ne peut réaliser son rêve d'écrire des romans en Union des républiques socialistes soviétiques en raison de la censure communiste, elle se résigne à quitter le pays pour les États-Unis[7]. En 1925 elle publie une brochure sur l'actrice de cinéma Pola Negri, à Moscou et à Léningrad, puis en 1926 elle publie un petit essai intitulé « Hollywood: American Movie City » à Moscou[10]. À la fin de l'année 1926, elle se voit accorder un visa pour rendre visite à des proches habitant aux États-Unis et ce pour une courte période, ce qui lui permet d'immigrer dans ce pays où elle s'installe pour le reste de sa vie.

Débuts aux États-Unis

Après s'être arrêtée dans plusieurs villes d'Europe de l'ouest, dont le port du Havre en France, d'où elle prend un bateau, le « De Grasse », Ayn Rand arrive à New York le 19 février 1926. Ses premières impressions devant les gratte-ciels la marquent profondément et inspirent les descriptions de son roman La Source vive. Elle rejoint ensuite Chicago, dans l'Illinois, où elle vit pendant 6 mois et apprend la langue anglaise. Elle commence également à mettre en forme ses idées de romans et de films et décide de devenir scénariste. Elle se voit accorder une extension de son visa par les autorités soviétiques. Rand choisit alors de ne pas retourner en URSS et part pour Hollywood où elle devient scénariste sous la direction du réalisateur et producteur Cecil B. DeMille, qui s'intéresse à elle par hasard, alors que Rand fait le pied de grue devant son studio[11]. Rand lui explique qu'elle est passionnée de cinéma américain et qu'elle arrive de Russie. DeMille travaille alors sur le film The King of Kings et l'emploie comme figurante. La jeune femme y rencontre également l'acteur Frank O'Connor dont elle dira qu'il était son « visage idéal »[6]. Ils se marient le 15 avril 1929, et le resteront jusqu'à la mort d'O'Connor, en 1979.

Cecil B. DeMille.

Rand est naturalisée américaine le 13 mars 1931. Elle s'en montre fière et déclare ainsi en 1974, dans un discours aux élèves de l'académie militaire de West Point : « Je peux dire - et il ne s'agit pas d'une banalité patriotique, mais avec une connaissance complète des racines métaphysiques, épistémologiques, morales, politiques et esthétiques nécessaires - que les États-Unis d'Amérique sont le pays plus grand, le plus noble et, dans ses principes, le seul moral de l'histoire du monde »[12]. C'est alors qu'elle change son nom en « Ayn Rand », en référence selon elle à la transcription en cyrillique du nom de sa famille. Une autre explication veut que ce serait en référence à la machine à écrire Remington Rand, mais celle-ci n'a été vendue qu'ultérieurement[13].

Rand travaille très dur comme lectrice de Scénario, pour DeMille, ayant à cœur de se faire une place dans le monde d'Hollywood[6]. Parallèlement, elle écrit afin de réaliser son rêve. Avant de vivre de sa plume, elle occupe divers emplois, notamment à la garde-robe de la RKO Radio Pictures[14] jusqu'en 1932, année où elle réussit à vendre le scénario de Red Pawn à Universal Studios. Son niveau de vie s'améliore alors considérablement, et Rand peut s'acheter une automobile, ce qui est pour elle à cette époque le signe d'une réussite sociale certaine qui contraste avec ses années en Union des républiques socialistes soviétiques[6]. Le producteur Josef Von Sternberg pense à donner le premier rôle à l'actrice Marlène Dietrich mais le thème anti-soviétique étant encore mal considéré à cette époque, le projet échoue[15].

Elle écrit ensuite en 1934 les pièces de théâtre Ideal et Woman on Trial, cette dernière étant jouée à Hollywood le 22 octobre. La pièce Woman on Trial, qui retrace le parcours peu commun de l'industriel et autodidacte suédois Ivar Kreuger, est recomposée en 1935 puis produite sous le titre Night of January 16th qui est représentée d'abord à Hollywood puis à Broadway le 16 septembre. La pièce est originale : l'action consiste en un procès dont le jury, choisi parmi les spectateurs, pouvait déterminer la fin. Deux épilogues sont donc possibles, suivant la décision du jury populaire.

Le manuscrit de son roman Nous, les vivants (We the Living, partiellement inspiré par sa propre expérience) lui demande beaucoup de travail. L'ayant achevé en 1933, elle ne parvient cependant à le faire publier que le 18 avril 1936, après l'avoir fait parvenir à de nombreux éditeurs. Ce sont les éditions Macmillan pour les États-Unis et Cassell pour l'Angleterre qui l'ont accepté. Elle le considère comme la plus autobiographique de ses œuvres de fictions : en effet, le roman décrit la vie de son héroïne sous la domination communiste, sa confrontation avec la violence absurde du régime et sa fuite pour l'étranger. Cependant, Nous, les vivants ne reçoit pas un accueil enthousiaste de la critique américaine, en partie à cause du fait que, dans les années 1930, période nommée la « décennie rouge » (Red Decade), le communisme étant encore relativement bien considéré dans les milieux intellectuels et artistiques américains[7]. Néanmoins Rand considérait elle-même Nous, les vivants comme davantage qu'une simple autobiographie  : « Ce n'est pas une autobiographie proprement dite, l'ouvrage a davantage un sens intellectuel. L'intrigue est inventée mais l'arrière-plan non »[16].

Le succès littéraire

Ayn Rand travaille dès 1935 sur son projet principal, la rédaction du roman La Source vive (The Fountainhead), à dimension plus philosophique.

En 1938, elle publie en Angleterre le roman dystopique Hymne (Anthem), qui décrit une société dans laquelle le collectivisme a triomphé. Hymne n'avait été accepté par aucun éditeur aux États-Unis alors que We the Living n'avait pas non plus rencontré un grand succès. Stephen Cox, de l’Objectivist Center, considère que cela est dû à l’époque : « We the Living fut publié quand la popularité du socialisme russe était au plus haut parmi les faiseurs d'opinions américains » explique-t-il[17]. En 1939 Ayn Rand reçoit les dernières nouvelles de ses parents demeurés en URSS, elle a ainsi définitivement coupé toute relation avec son passé russe.

En 1940, Rand participe, avec son mari, à la campagne présidentielle américaine pour le candidat libéral Wendell Willkie dans sa section de la ville de New York. Cet activisme lui permet de rencontrer des intellectuels favorables au capitalisme de laissez-faire. Le journaliste du New York Times Henry Hazlitt et sa femme permettent à Rand et à son mari de rencontrer l'économiste autrichien Ludwig von Mises qui admire les travaux de Rand, en dépit de différences philosophiques[18].

La même année, l'adaptation théâtrale de We the Living, The Unconquered, par George Abbott, est représentée à Broadway le 13 février. Abbott a néanmoins adouci la dimension critique du roman, le rendant davantage au goût du public, notamment en ajoutant des dialogues sentimentaux[6]. Son premier grand succès arrive avec la publication de La Source vive, le 8 mai 1943, qu'elle a mis sept années à écrire. Refusé par douze éditeurs, le manuscrit est finalement accepté par la maison d'édition Bobbs-Merrill grâce à l'insistance d'Archibald Ogden, membre du comité éditorial, qui avait menacé de démissionner s'il ne publiait pas l'ouvrage[19]. Le livre devient un succès planétaire, vendu à six millions d'exemplaires (il s'en vend encore 100 000 par an) et adapté au cinéma en 1949 par les productions Warner Brothers, avec les acteurs Gary Cooper et Patricia Neal. Le film est distribué en France sous le titre Le Rebelle la même année.

Rand commence à pouvoir vivre de ses écrits. Elle travaille dès lors comme scénariste à mi-temps, toujours pour le producteur Hal B. Wallis. Sous sa direction, elle adapte en 1945 le roman Pity My Simplicity de Christopher Massie, nommé aux Oscars sous le titre Love Letters ainsi que You Came Along[20]. Rand travaille ensuite, en août 1943 à un article « The Moral Basis of Individualism » puis emménage en Californie pour rédiger le scénario de The Fountainhead.

Elle s'installe donc à la Von Sternberg House construite par l'architecte Richard Neutra. Elle rencontre par ailleurs le célèbre architecte Frank Lloyd Wright à Taliesin East, qu'elle admire beaucoup : « Wright fut un innovateur, défendant l’architecture moderne contre la tradition » dit-elle[21]. Rand y rencontre aussi d'autres figures intellectuelles du moment comme Morrie Ryskind, Janet Gaynor, Gilbert Adrian et Leonard Read. L'architecte devient un fervent admirateur de son roman The Fountainhead ; il dessine pour elle une maison, qui ne sera toutefois jamais bâtie. Rand rédige le scénario de Love Letters en septembre 1944. The Fountainhead est classé 6e best-seller de l'année par le New York Times le 26 août 1945[22].

Ayn Rand se lie d'amitié avec l'écrivain libertarienne Isabel Paterson (1886 - 1961). Rand apprend grâce à elle l'histoire des États-Unis. Leur amitié cesse par la suite, Rand n'ayant pas apprécié le comportement de Paterson lors d'une cérémonie à Hollywood. Les deux femmes entretiennent alors une abondante correspondance. Le biographe de Paterson, Stephen Cox, explique que les pensées des deux femmes se sont mutuellement influencées[23]. Ayn Rand considère l'essai d'Isabel Paterson, The God of the Machine (1943), comme l'équivalent pour les défenseurs du capitalisme de ce qu'est Le Capital pour les communistes et la Bible pour les chrétiens[24].

Dès 1946, Ayn Rand travaille au manuscrit de son roman Atlas Shrugged, tout en assurant un emploi de scénariste pour le producteur Hal B. Wallis. En 1947, en pleine période du maccarthysme, elle témoigne à charge dans les procès des Dix de Hollywood, qui débouchent sur la constitution des « listes noires »[25], devant le United States House Un-American Activities Committee qui identifie les personnalités pro-communistes américaines[26]. Ayn Rand est l'une des premières intellectuelles américaines à dénoncer la propagande communiste dans le milieu du cinéma. En effet, elle écrit Screen Guide for Americans qui recommande 13 principes face au communisme et rejoint la « MPA » (la Motion Picture Alliance for the Preservation of the American Ideals) la même année[6]. Anthem est par ailleurs publié aux États-Unis, en juillet 1946.

En 1949 The Fountainhead est adapté à l'écran, le 23 juin. Ayn Rand décide en 1951, en compagnie de son mari, de quitter Hollywood pour emménager à New York (au 120 East de la 34e rue), sa ville préférée en raison de ses gratte-ciel qui la fascinent, et où elle travaille à plein temps sur son nouveau roman, Atlas Shrugged, qu'elle n'achève que 6 ans plus tard. La rédaction de ce long roman provoque une dépression néanmoins vite surmontée[27].

Diffusion de l'objectivisme

En 1950, Ayn Rand et quelques proches créent un groupe qui prend par provocation le nom de « Le Collectif », formé par Alan Greenspan, futur président de la Fed et le psychologue Nathanael Blumenthal (qui deviendra Nathaniel Branden, l'auteur de The Psychology of Self-Esteem), futur amant de Rand, sa femme, Barbara Branden, et Leonard Peikoff, profondément influencé par The Fountainhead. Avec ce groupe, qui multiplie les conférences publiques, Rand compte diffuser sa philosophie et ses écrits. Le cercle d'amis prend ainsi un rôle de plus en plus important, aidant Ayn Rand à diffuser son système philosophique, auquel elle donne le nom d'«objectivisme». Sous l'impulsion de Branden, le groupe fonde le Nathaniel Branden Institute (« N.B.I »), qui édite un périodique, The Objectivist, actif de 1962 à 1965. Le périodique devient ensuite The Objectivist Newsletter, de 1966 à 1971. Puis le groupe édite, de 1971 à 1976, une lettre d'information, The Ayn Rand Letter[note 3]. Ayn Rand y publie des articles, qui forment la base pour ces essais philosophiques, et en premier lieu l'ouvrage The Virtue of Selfishness qui développe sa théorie du point de vue éthique. La compilation Capitalism: The Unknown Ideal (1966) regroupe ses études économiques et politiques alors que Introduction to Objectivist Epistemology (1971) présente sa théorie des concepts, sa contribution la plus importante à la philosophie. Rand écrit également une étude esthétique, The Romantic Manifesto (1969).

Alan Greenspan.

En 1957 est publiée sa principale œuvre, Atlas Shrugged (La Révolte d'Atlas), aux éditions Random House, roman de près de 1 500 pages qui met en scène des entrepreneurs en butte à l'étatisme d'une société socialiste pré-totalitaire. Le tirage initial est de 100 000 exemplaires et le livre devient rapidement un best-seller mondial puisque son tirage annuel est de 200 000 unités. Selon une étude de 1991 de la Bibliothèque du Congrès américain, le livre est cité par les Américains comme celui qui les a le plus influencés, après la Bible[28]. Le roman mêle divers thèmes et sujets de réflexion, passant de l'épistémologie à la métaphysique, suivant une action classique, centrée autour du combat d'un mystérieux personnage, John Galt, qui n'apparaît qu'à la fin. Il marque aussi la fin de l'activité romanesque de Rand, et le début de ses écrits philosophiques[29].

En 1958, Rand anime des séminaires d'écriture et, le 6 mars, elle fait sa première conférence au Queens College de New York. Elle prend la parole pour la première fois à la télévision américaine, sur le plateau de Mike Wallace en 1959[30]. Elle présente son essai Faith and Force: Destroyers of the Modern World à l'université Yale le 17 février 1960. Le rythme de ses lectures publiques mais également universitaires s'accélère. En 1961, Rand publie For the New Intellectual le 24 mars et fait une conférence au Ford Hall Forum, « The Intellectual Bankruptcy of Our Age » le 26 mars. Le Ford Hall Forum devient le lieu privilégié de ses conférences qui ont lieu de 1962 à 1976. Elle réalise également des allocutions et des ateliers (workshops) au Nathaniel Branden Institute qui ouvre en janvier 1962. Le même mois le premier numéro de The Objectivist Newsletter est publié.

La popularité de Rand s'accroît également. De plus en plus sollicitée par les journaux, elle signe, le 17 juin 1961, sa première intervention dans la « Weekly column » du Los Angeles Times qu'elle animera quelques années durant. Ses conférences sont toutes enregistrées et diffusées aux États-Unis et dans d'autres pays. Ayn Rand enseigne par ailleurs dans de nombreuses universités à partir de 1960, à Yale, à Princeton et à Columbia. Elle enseigne également à Harvard, à l'université du Wisconsin, à l'université Johns Hopkins et au MIT. Durant ses dernières années, Ayn Rand prend également position sur de grandes questions de société, s'opposant à l'engagement américain dans la Seconde Guerre mondiale, et soutenant Israël pendant la guerre du Kippour. Elle s'exprime sur tous les thèmes de société où sa morale objectiviste peut trancher : l'égalité des sexes et l'homosexualité, le racisme et le travail.

Le 2 octobre 1963 Rand reçoit un honorary doctorate de l'université Lewis et Clark et publie en décembre 1964 The Virtue of Selfishness (La Vertu d'égoïsme), l'essai qui présente le mieux sa pensée éthique et philosophique. En juillet 1966, elle écrit une autre étude, en plusieurs parties, publiée dans le périodique The Objectivist intitulé « Introduction to Objectivist Epistemology » destinée à exposer les fondements de sa philosophie de la connaissance.

Dernières années

La relation sentimentale de Rand avec le psychothérapeute Nathaniel Branden s'intensifie dans les années 1960. Branden publie également divers textes psychologiques dans la revue d'Ayn Rand. En 1968, le couple illégitime rompt, en partie à cause du fait que chacun était marié[31].

Dès mars 1969, Ayn Rand donne des cours d'écriture, pour les essais cette fois, à des membres du Nathaniel Branden Institute. Le 11 octobre, elle anime des ateliers autour de l'épistémologie objectiviste. Le 16 juillet, elle assiste comme V.I.P. au lancement de la fusée Apollo 11. Cet événement lui inspire deux essais[note 4] vantant le progrès technique permis par le capitalisme : « La signification fondamentale du triomphe d'Apollo 11 n'est pas politique ni même philosophique, elle est davantage épistémologique et morale »[32] dit-elle à cette occasion qui la marque beaucoup. Rand se lie par ailleurs d'amitié avec l'astronaute Michael Collins[33] ainsi qu'avec l'écrivain Mickey Spillane et le critique musical Deems Taylor avec qui elle entretient une longue correspondance[34].

La santé d'Ayn Rand se détériore au début des années 1970. Elle est opérée en 1974 pour un cancer du poumon car c'est une grande fumeuse. La fin de la relation avec Branden signe la fin de facto du Nathaniel Branden Institute et certains amis objectivistes s'éloignent d'elle. Rand publie dans The Objectivist une critique de Nathaniel Branden, qu'elle juge avoir été malhonnête envers elle et d'avoir eu un « comportement irrationnel dans sa vie personnelle »[35]. Le 6 mars 1974 Rand fait une conférence à West Point intitulée « Philosophy: Who Needs It », ouvrage parachevant sa philosophie de la réalité et de l'homme[36]. Le 14 avril, elle reçoit sa sœur, Nora Drobysheva, qui a pu obtenir une autorisation de quitter l'URSS. Rand tente de lui proposer son aide pour qu'elle immigre aux États-Unis, mais sa sœur refuse et rentre en URSS après quelques jours.

En janvier 1976, Rand publie son dernier article dans le recueil The Ayn Rand Letter, « The Energy Crisis » qui traite des enjeux géopolitiques. Le 27 juillet, elle est invitée à la Maison blanche pour diner avec l'homme politique libéral australien Malcolm Fraser, futur premier ministre d'Australie : c'est le signe d'une reconnaissance nationale. Le 10 avril 1977, elle est invitée au Ford Hall Forum pour un dîner en son honneur, avec tous les membres du Nathaniel Branden Institute.

En septembre 1979, Atlas Shrugged est scénarisé pour un projet de série télévisée puis, en avril, son dernier essai, Introduction to Objectivist Epistemology, est publié par la New American Library. Le 9 novembre, son mari Frank O’Connor décède et, dès lors les activités d'Ayn Rand au sein du mouvement objectiviste se raréfient. Sa santé décline par ailleurs. L'un de ses derniers projets est une adaptation télévisée d'Atlas Shrugged ainsi qu'un roman, To Lorne Dieterling, dont elle ne laisse que des brouillons préparatoires.

La tombe d'Ayn Rand et de Frank O'Connor au cimetière de Kensico, à Valhalla, New York.

 En 1981 Rand anime ses dernière conférences : au Ford Hall Forum avec « The Age of Mediocrity », le 26 avril et « The Sanction of the Victims » à la Nouvelle Orléans le 21 novembre. Elle travaille aux dernières pages du scénario télévisé d'Atlas Shrugged, qu'elle achève en janvier. Elle meurt d'une insuffisance cardiaque le 6 mars 1982 chez elle, à New York.

De nombreux compagnons objectivistes se rendent à son enterrement, dont Alan Greenspan et David Kelley, qui lit lors des obsèques le poème If, de Rudyard Kipling[note 5]. Rand est enterrée au cimetière de Kensico, à Valhalla, New York. Dans ses dernières volontés, elle désigne Leonard Peikoff comme héritier de sa propriété intellectuelle et le reconnaît également comme le meilleur spécialiste de sa philosophie[37]. Peikoff fonde le Ayn Rand Institute pour propager ses idées.

Son œuvre

Ayn Rand a, au fur et à mesure de ses écrits, constitué un mouvement philosophique intitulé l'« objectivisme »[note 6] reposant sur le postulat selon lequel « ma philosophie conçoit essentiellement l'Homme comme un être héroïque dont l'éthique de vie est la poursuite de son propre bonheur, la réalisation de soi son activité la plus noble, et la Raison son seul absolu. »[38].

Influences philosophiques

Citation tirée du roman The Fountainhead et gravée sur le mur de la rotonde à l'entrée de l'attraction The American Adventure du parc EPCOT de Walt Disney World Resort.

Ayn Rand a été influencée par de nombreux philosophes comme Aristote en premier lieu[39], mais aussi John Locke, Thomas d'Aquin, Friedrich Nietzsche, Max Stirner, Henryk Sienkiewicz, Ludwig von Mises ou Isabel Paterson. Néanmoins, Douglas B. Rasmussen décrit son approche de l'enseignement d'Aristote comme étant « extrêmement imprécis », alors que sa connaissance de son système éthique est, elle, « très mince »[40].

L'influence de Nietzsche est, selon Ronald E. Merrill, auteur de The Ideas of Ayn Rand, réelle[41], notamment à travers la notion de « surhomme » qui se retrouve dans tous ses écrits.

Pour elle, au sein de l'histoire de la philosophie, seuls trois auteurs, dont elle-même, ont marqué l'éthique, qu'elle nomme les « trois A », pour Aristote, Thomas d'Aquin et Ayn Rand[42]. Parmi les philosophes, Rand éprouve un dédain particulier pour Emmanuel Kant, qu'elle dit être un « monstre » et « le plus mauvais homme de l'histoire » car il prône un système éthique fondé sur la responsabilité envers la collectivité. Elle critique la position de Kant, qui veut expliquer que la raison ne peut connaître la réalité en soi : pour Rand, sa philosophie est l'exacte opposé des positions kantiennes[43]. Pour les philosophes objectivistes George Walsh[44] et Fred Seddon[45], Rand n'a pas su interpréter l'apport de Kant ; pour le premier elle exagère l'ambition du philosophe allemand. D'autres critiques condamnent sa vision du kantisme comme étant simplement « ignorante et indigne »[46]. L'influence du courant libertarien fut également décisive sur la pensée d'Ayn Rand.

L'objectivisme

Article détaillé : objectivisme (Ayn Rand).

Rejetant la foi considérée comme opposée à la raison, Rand condamne toute forme de mysticisme, y compris les religions, et prône le réalisme philosophique[47]. Rand met en avant ce qu'elle nomme l'« égoïsme rationnel », ou « égoïsme de l'intérêt personnel », seul principe moral digne d'être suivi par opposition à l'altruisme, de mentalité collectiviste. L'individu est selon elle la base de toute morale, « il se doit d'exister pour lui-même » écrit-elle en 1962 et de « ne jamais se sacrifier pour les autres, ni sacrifier les autres pour lui-même »[48]. En 1976, Rand explique que sa contribution principale à la philosophie est sa « théorie et [s]es concepts, [s]on éthique, et [s]a découverte que, en politique, le mal - la violation des droits - consiste en un commencement de pouvoir et de force »[49].

Sculpture d'Atlas à New York, symbole du mouvement objectiviste.

Rand pose que le seul système moral pertinent est celui du « laissez-faire », le capitalisme. Elle est donc profondément individualiste et s'oppose à tout système collectiviste, en premier lieu au communisme. Elle critique de manière véhémente autant certains libéraux et conservateurs américains, comme les partisans du régime soviétique[note 7].

D'inspiration aristotélicienne, la philosophie d'Ayn Rand se veut profondément rationaliste et objectiviste, les émotions de l'homme se devant d'être soumises à sa raison, faute de quoi, l'homme baserait son existence sur des chimères issues de ses représentations du monde et non sur les faits. Elle ne renie pas pour autant la sphère émotionnelle mais considère que l'homme qui se perd dans ses émotions essaie de fuir la réalité au lieu de s'y adapter. Ayn Rand a ainsi défini la « psycho-épistémologie », socle de son système objectiviste, comme « l'étude des processus cognitifs humains vus à partir de l'interaction entre l'esprit conscient et les fonctions automatiques de l'inconscient »[50]. Harry Binswanger a continué ses travaux sur ce point. La vie de l’homme est considérée comme le fondement de toute valeur, et sa propre vie est le but éthique de tout individu. Le passage dit de l'allocution de John Galt (John Galt speaking), personnage principal du livre Atlas Shrugged, représente la quintessence de sa pensée à propos de l'individu[51].

Ayn Rand insiste de façon récurrente sur l'estime de soi et sur le fait que l'être humain n'a pas besoin de se justifier pour exister : il est une fin en soi. Ce faisant, elle rejette les courants de pensée en vogue à son époque, bâtis, selon elle, sur la culpabilité et le rejet des aspirations profondes de l'individu au profit d'un collectif aliénant et irrespectueux de la réalisation de chacun. Alain Laurent parle bien plutôt, à propos de sa philosophie, de conservative libertarian, Rand « défendant un individualisme classiquement libéral mais radical »[52].

Ayn Rand distingue quatre niveaux constituant l'objectivisme, explicités dans son article « Introducing Objectivism »[53] :

  1. un niveau métaphysique qui pose que la réalité est un fait objectif ;
  2. un niveau épistémologique fondé sur le primat de la raison ;
  3. un niveau éthique représenté par l'« égoïsme rationnel » ;
  4. un niveau politique qui est le capitalisme.

Selon Stephen R. C. Hicks, l'éthique de Rand est en droite continuité avec celle du libéralisme, dans la mesure où selon ce courant de pensée l'individu poursuit ses propres intérêts[7].

Principales œuvres

Signature d'Ayn Rand.

Fichier:Sign Ayn Rand.pngAyn Rand est surtout connue pour ses fictions, principalement Atlas Shrugged, véritable best-seller, et The Fountainhead. Les personnages de ses romans sont ainsi devenus des références clés dans la culture américaine comme John Galt, Dagny Taggart ou Kira Argonouva[54]. Rand se dépeint elle-même comme une « romantique réaliste », et toute son œuvre reflète cette double tendance[55].

 

Atlas Shrugged

Article détaillé : La Révolte d'Atlas.

La Révolte d'Atlas est un roman de plus de 1 000 pages qui fit d'Ayn Rand une romancière populaire, dès sa publication en 1957. En 2007, soit cinquante années après la première publication du roman, près de 185 000 exemplaires furent vendus d'après le Ayn Rand Institute[56]. Selon un sondage réalisé par Freestar Media/Zogby conduit en 2007, 8 % des Américains ont lu Atlas Shrugged[57]. Le livre ne fut pourtant jamais traduit en français[note 8].

D'après l'auteur elle-même, Atlas Shrugged a pour thème « le rôle de l'esprit humain dans la société »[58]. L'intrigue met donc en scène des « hommes de l'esprit » (men of the mind : scientifiques indépendants, entrepreneurs honnêtes, artistes individualistes, en somme les individus productifs) qui disparaissent mystérieusement, provoquant crises et catastrophes, dans un futur (pour les années 1950) proche. Il s'agit d'un « roman à idées », par lequel Rand développe sa conception de la vérité, de la liberté et de l'égoïsme rationnel, tout en présentant les méfaits de l'étatisme qui, selon elle, est un produit du refus de la vérité objective. La titre Atlas Shrugged fait référence à l'importance des « hommes de l'esprit », les entrepreneurs et créateurs de valeurs, assimilés au titan grec Atlas. Ce roman décrit également la manière dont l'intervention de l'état détruit la production et la régulation sociale ; à cet égard, sa description du rôle de l'information dans la société rappelle les travaux de Friedrich Hayek et Israel Kirzner[59]. Le récit présente certains aspects de science-fiction mais fait en même temps des références directes à la catastrophe du New Deal et aux politiques contemporaines de Rand.

Le personnage principal du roman, John Galt, est l'archétype du héros vertueux et entreprenant. La première phrase du récit, « Who is John Galt? » a marqué la culture populaire américaine, de même que son allocution, long passage de 62 pages[note 9], qui est un « morceau majeur de la philosophie, car il expose les racines profondes de l'idéologie étatiste, qui sont à chercher en premier lieu, et dans l'ordre, dans les domaines de la métaphysique, de l'épistémologie et enfin de l'éthique. » explique le traducteur suisse, Pierre-Louis Boitel[60]. Aujourd'hui, les entrepreneurs qui réduisent leurs activités aux États-Unis pour ne pas subir les lois sociales de l'administration Obama appellent leur démarche le « going Galt » (c'est-à-dire « faire comme John Galt »)[61].

The Fountainhead

Article détaillé : La Source vive.

Publié en 1943 le roman La Source vive connut un grand succès et fut ensuite adapté au cinéma par King Vidor en 1949 sous le titre Le Rebelle. Le titre du livre fait référence à une déclaration d'Ayn Rand : « l'ego de l'Homme est la source vive du progrès humain  »[62]. Refusé par de nombreux éditeurs car non « commercial », le livre est pourtant parmi les plus vendus au monde au sein de l'œuvre de Rand[63].

Le récit décrit la vie d'un architecte individualiste, Howard Roark, dans le New-York des années 1920 qui ne parvient pas à faire accepter ses créations. Par lui, Rand développe les thèmes contenus dans sa doctrine objectiviste, à savoir l'intégrité, l'égoïsme rationnel, la vertu d'indépendance et la créativité. Chaque chapitre est dévolu à un personnage, emblème d'une valeur randienne. Ayn Rand y esquisse deux philosophies antagonistes, à travers les deux personnages en opposition. Le premier, incarné par Roark, est l’homme volontariste et libre, qui représente « l’égoïste absolu », et doté de liberté de jugement alors que Keating est l'archétype du parasite social.

The Fountainhead peut, selon Mimi Reisel Gladstein, être lu comme « une version moderne d'une pièce médiévale de moralité »[64].

Réceptions de ses écrits

Les romans de Rand furent l'objet de vives critiques lors de leur publication[65]. Selon Jeff Britting, la popularité des écrits de Rand doit beaucoup au « bouche à oreille »[66]. En effet, les milieux universitaires et littéraires ont longtemps ignoré les romans de Rand. Le philosophe John Lewis déclare cependant, dans sa Literary Encyclopedia de 2001, que « Rand a écrit les œuvres de fiction les plus intellectuellement brillantes de sa génération »[67].

Les premiers comptes-rendus de la critique apparaissent avec sa pièce de théâtre Night of January 16th. Ses autres premiers écrits, We the Living et Anthem ont reçu une faible attention des critiques, seul son best-seller The Fountainhead mobilisa véritablement la presse et en particulier le New York Times[68], journal que Rand appréciait grandement[33]. C'est surtout son roman Atlas Shrugged qui reçut la plus grande critique, principalement négative. L'écrivain conservateur Whittaker Chambers de la National Review qualifia l'ouvrage d'« immature » et de « remarquablement stupide ». Il ajouta qu'« il peut être appelé roman seulement en dévaluant le mot »[69]. En plus de critiquer le style du roman, il accusa Rand de soutenir le même système politique athée que celui qu'elle récusait, à savoir le communisme.

Les travaux de Rand éveillèrent peu d'intérêt dans les milieux académiques et universitaires[70]. La première étude sur son travail fut publiée en 1971 ; ce fut celle de William F. O'Neill, With Charity Toward None: An Analysis of Ayn Rand's Philosophy[71]. L'auteur fut vivement critiqué par ses pairs, qui lui reprochèrent d'être de parti-pris et de prendre Rand et ses écrits au sérieux. La revue The Personalist publia après sa mort de nombreux articles et le philosophe Robert Nozick y rédigea l'article « On the Randian Argument »[72] .

Comme le souligne Alain Laurent, la popularité d'Ayn Rand a été telle qu'aux États-Unis, presque tout le monde l'a lue et a eu son « moment Ayn Rand » comme l'a confié Hillary Clinton[52]. Après sa mort, elle est « demeurée bien vivante dans le paysage intellectuel et politique américain », influençant le classical liberalism comme le Cato Institute.

Une éthique de l'égoïsme

Article détaillé : La Vertu d'égoïsme.

L'essai The Virtue of Selfishness, traduit en français sous le titre La Vertu d'égoïsme synthétise la pensée éthique d'Ayn Rand[note 10]. Publié en 1964, il s'agit de ses principaux textes issus des conférences. Annoncé par ses précédents écrits, la doctrine du « vivre pour soi » est le sujet de ce livre qui expose la plupart des axiomes objectivistes et en premier lieu le principe selon lequel l'« ego » est la seule référence éthique : « Aucune loi, aucun parti ne pourra jamais tuer cette chose en l'homme qui sait dire « je » »[73]. Ainsi résume Pierre Lemieux, « La nature de l'homme lui impose un code d'éthique rationnel (...) Les droits de l'homme se résument dans le droit pour un individu d'utiliser sa raison, à l'exclusion de toute coercition, pour mener sa propre vie. Raison et liberté vont de pair » pour Ayn Rand[74].

Le capitalisme est ainsi le seul système où les hommes productifs sont libres d'agir et de coopérer en vertu de leurs libertés. Contrairement à une critique répandue, Rand n'est pas anarchiste, ni anarcho-capitaliste, car elle considère que « l'anarchie en tant que concept politique, est une abstraction vague et naïve »[75]. Néanmoins Rand est souvent considérée comme une théoricienne anarchiste, notamment par Ulrike Heider qui la surnomme « the queen of reason »[76]. Par ailleurs elle ne prône pas une société sans État. Elle propose un système alternatif où l'État est limité à une activité judiciaire, via le monopole du contrôle des contrats entre citoyens. Selon Alain Laurent, Rand est minarchiste, c'est une adepte du limited government. L'État doit ainsi seulement « protéger l'individu de la violence physique, protéger son droit à la vie, à la liberté, à la propriété et à la poursuite de son propre bonheur ». Ces objectifs coïncident exactement avec les principes des Founding Fathers, les pères fondateurs des États-Unis[77]. L'éthique de Rand renoue avec le concept aristotélicien de « valeur » qui est ainsi pour elle « ce pourquoi l'on entreprend une action pour acquérir et (ou) conserver quelque chose »[78].

Ayn Rand voit dans la déclaration d'indépendance américaine une réussite de l'éthique rationnelle[note 11].

La méthode de Rand se fonde sur l'objectivité définie comme « Une méthode pour évaluer la connaissance basée sur sa conformité ou non à la réalité »[79]. La première partie de ce livre est consacré à démontrer en quoi la vie, et l'individu, est essentiellement rationnel, et que son existence doit être objective, c'est-à-dire conforme à la réalité. Le rationnel est donc le moyen de survie, et, par extension, l'éthique régulant son comportement et ses choix[80]. Rand s'oppose aux doctrines philosophiques et politiques qui posent que l'éthique est irrationnelle et donc que la raison n'est pas inhérente à l'homme, justifiant par là un altruisme au service de la collectivité. Ces doctrines justifient le recours à la force, caractéristique de l'État. La conduite éthique est donc celle de « la réflexion et du travail productif »[81]. Selon Alain Laurent, dans Le Libéralisme américain, « De ces prémisses [Rand] déduit une éthique anti-sacrificielle et anti-collectiviste affirmant la légitimité exclusive de la poursuite du « self-interest » calé sur le droit individuel de propriété, l'« échange librement consenti » et le principe de « non-initiation de la force »[82].

Prises de position et enjeux éthiques

Politique internationale

Ayn Rand s'est opposée à l'engagement américain dans la Première Guerre mondiale et dans la Seconde Guerre mondiale[83] puis lors de la guerre de Corée, considérant que la seule justification de la guerre doit être le principe d'autodéfense. Elle s'est ainsi publiquement opposée à la guerre du Vietnam en déclarant : « Si vous voulez voir l'ultime, suicidaire extrême de l'altruisme, à une échelle internationale, observez la guerre du Vietnam, une guerre où chaque soldat américain meurt sans raison d'aucune sorte »[84].

Rand s'oppose, au nom de la souveraineté, à toute politique d'intervention et d'ingérence. Elle interpréta la guerre du Kippour de 1973 comme une attaque contre un gouvernement défenseur des droits individuels et soutint en conséquence Israël. Elle déclara ainsi : « Les Arabes sont une des cultures les moins développées. Ils sont typiquement nomades. Leur culture est primitive et ils éprouvent du ressentiment contre Israël car c'est la seule tête de pont de la science moderne et de la civilisation sur leur continent. Quand vous avez des hommes civilisés qui combattent des sauvages, vous soutenez les hommes civilisés, peu importe qui ils sont. »[85].

Ayn Rand s'est opposée à la guerre du Vietnam, la considérant comme le résultat suprême de l'altruisme. Manifestation de protestation contre la guerre aux États-Unis le 21 octobre 1967.

Ses fondamentaux objectivistes proposent une vision tranchée de la politique internationale. Dans « The Foreign Policy of a Mixed Economy », Rand condamne le concept d'aide internationale, qui nourrit les guerres économiques et diminue les libertés humaines, contribuant à balkaniser, selon le titre de son article « Global Balkanization », les pays, notamment par la notion d'« ethnicité ». Selon Rand, l'irrationnel (dont l'aboutissement historique et meurtrier est le communisme, thèse qu'elle développe dans son article « Capitalism vs. Communism ») se propage, conduisant à un nouveau fascisme, celui du culte du consensus (« The New Fascism: Rule by Consensus ») et de l'administration publique, toujours plus dépensière. Rand y voit par ailleurs la cause de la volonté de certains États, comme les États-Unis, de conduire des guerres d'ingérence injustes (« The Wreckage of the Consensus ») car altruistes, c'est-à-dire non respectueuses des libertés individuelles.

Essentialisme, sexe et race

Plusieurs des ouvrages de Rand présentent les femmes et les hommes comme égaux sur le plan intellectuel. Toutefois, elle a, à plusieurs reprises, affirmé que les différences physiologiques entre les deux sexes conduisaient à des différences psychologiques fondamentales, sources d'une différenciation naturellement sexuée des rôles sociaux. Il s'agit là d'un des postulats de ce qu'elle nomme la « psycho-épistémologie », la science qui examine le rapport du psychisme humain à la réalité. Rand affirma par exemple que, si les femmes sont compétentes pour occuper la fonction de Présidente, aucune femme rationnelle ne devrait chercher à atteindre cette position ; elle expliqua plus tard qu'une telle fonction serait psychologiquement perturbante pour une femme[86]. Rand pense ainsi que l'« essence de la féminité est la vénération - le désir d'admiration de l'homme », qu'une « femme idéale doit vénérer les hommes, et qu'un homme idéal est le plus haut symbole de l'humanité »[87]. Le sexe est pour elle « l'expression de l'estime de soi »[88].

Ayn Rand s'est exprimée publiquement à une unique occasion sur le thème de l'homosexualité, lors d'une conférence au Ford Hall Forum de 1968. En 1971, elle publia un recueil d'essais, The New Left, dans lequel elle attaque les mouvements féministes et gay estimant que la discrimination positive menée par l'État n'est pas éthique et explique que l'homosexualité est immorale en soi. En dépit de cette critique, elle estime que « la loi ne doit pas intervenir dans une relation entre deux adultes consentants ». Dans des conversations tenues en 1980 avec le philosophe Harry Binswanger, elle nuança sa position, revenant sur le terme d'immoral sans retirer sa critique[89]. Rand défendit par ailleurs le droit des entreprises de discriminer sur la base de l'orientation sexuelle, de la race ou de n'importe quel autre critère. Elle estimait qu'aucun droit n'est violé par le refus d'une personne ou d'une organisation de traiter avec un autre parti, même si la raison avancée est irrationnelle, raciste ou homophobe[90].

Dans ses articles « Racism » et « Balkanisation globale », Rand estime que le « racisme est la forme la plus basse, la plus crûment primitive de collectivisme »[91]. Que cette notion implique qu'un homme soit jugé non sur ses propres actions mais sur celles d'un collectif d'ancêtres apparaissait intolérable dans son système de pensée[92] car le racisme, permis par l'État absolu, nie les deux aspects de la vie de l'homme : sa raison et sa moralité pour y substituer un déterminisme génétique. Elle était opposée à toute intervention gouvernementale à ce sujet, estimant que « le racisme n'est pas un problème légal mais un problème moral et ne peut être combattu que par des moyens privés, tels que le boycott économique ou l'ostracisme social. »[93].

Culture et environnement

« Le Capitalisme est un système social basé sur la reconnaissance des droits individuels, y compris sur celle des droits de propriété »[94].

« La culture n'est pas le produit anonyme de masses indifférenciées, mais la somme des réalisations intellectuelles d'hommes individuels »[95] selon Ayn Rand qui fait de la culture et du progrès scientifique des domaines éthiques. Cependant, dans son article « Our Cultural Value-Deprivation » (1966), elle note la perte de valeur dans la culture et notamment la valeur individualiste. Son essai « The Intellectual Bankruptcy of Our Age » (1961)[96] a pour but de condamner une culture de masse mondialisée, celle du XXe siècle qui refuse l'héritage libéral du siècle précédent.

En matière d'écologie et d'environnement, Rand y voit une manipulation des gouvernements, destinée à réduire les libertés et à faire primer l'émotion sur la raison. Critiquant l'environnementalisme, dans « Against Environnementalist », elle considère que l'écologie est un retour du religieux et de l'irrationnel, alors que seul le progrès technique peut améliorer la condition humaine[97].

L'étatisme

Fondatrice du minarchisme et d'un libertarisme anti-État, Rand oppose l'étatisme à l'intérêt privé de l'individu. Selon elle l'État qu'elle qualifie d'« absolu » lorsqu'il ambitionne de régenter toute la sphère sociale et économique fait en sorte de changer les règles du jeu éthique. « L'étatisme a toujours été le corollaire politique du collectivisme »[98] explique-t-elle, sa démesure culminant dans le communisme.

Ses jugements sur les formes de gouvernements sont très véhéments et ont suscité des admirations dans tous les mouvements anti-étatiques. La phrase « L'État absolu n'est simplement qu'une forme institutionnalisée du banditisme, quel que soit le gang particulier qui prend le pouvoir »[98] résume au mieux sa pensée. Cependant, Rand n'est pas pour l'anarchisme, qui prône la disparition de l'État. Elle considère qu'il doit veiller à ce que les citoyens jouissent de toute leur liberté de choix et de raison : « Le gouvernement agit seulement comme un agent de police qui protège l'homme des droits, il utilise la force physique uniquement et seulement à titre de représailles contre ceux qui prennent l'initiative de son utilisation, tels que des criminels ou des envahisseurs étrangers. »[99]. En d'autres termes, l'État doit veiller à la conservation des droits individuels (la liberté et la propriété), dont « la source est la nature de l'homme » car : « la seule justification valable de l'existence d'un État [est d'] assurer les Droits des hommes en protégeant ceux-ci de la violence physique »[100].

Seul le système du « laissez-faire » capitaliste peut garantir les libertés individuelles, en d'autres mots, Rand préconise un État minimal. La société doit veiller à ce qu'une complète séparation de l'État et l'économie existe, de la même manière et pour les mêmes raisons que la séparation de l'État et l'Église existe[101].

Influence

Les écrits d'Ayn Rand continuent d'être largement vendus et lus, à travers le monde, avec plus de 25 millions d'ouvrages vendus en 2007, et près de 800 000 de plus chaque année selon le Ayn Rand Institute[102], y compris dans le milieu scolaire[103]. Selon une étude conduite par la Library of Congress américaine et par Book of the Month Club (« le club du livre du mois ») dans les années 1990, Atlas Shruggled est le livre le plus influent après la Bible aux États-Unis[7].

Influence sur la société et sur des personnalités

Dans Capitalism: A Treatise on Economics (1996), George Reisman, l'un des quatre économistes qui ont fait leur doctorat avec Ludwig von Mises, associe l'objectivisme à la méthodologie autrichienne.

Une certaine branche du mouvement féministe américain se revendique des travaux de Rand. Dans Feminist interpretations of Ayn Rand[104] Mimi Reisel Gladstein et Chais Matthew Sciabarra analysent la nature de cette influence et expliquent même en quoi la philosophe peut être qualifiée de « féministe avant l'heure »[105].

Ayn Rand a eu également une profonde influence sur des penseurs et des personnalités contemporains tels John Hospers (le premier candidat du parti libertarien aux élections présidentielles américaines de 1972), George Hamilton Smith (pédagogue et auteur libertarien), le philosophe et épistémologue Allan Gotthelf, les philosophes et universitaires Robert Mayhew (auteur de Essays on Ayn Rand's Atlas Shrugged) et Tara Smith, l'économiste George Reisman, le psychologue comme Edwin A. Locke, créateur de la goal-setting theory, l'historien Robert Hessen, et les politologues Charles Murray (créateur de l'American Enterprise Institute) et Peter Schwartz[note 12]. Selon Pierre Lemieux Rand, en dépit de son aversion pour l'anarchie, est également un modèle des mouvements anarcho-capitalistes[74]. Les théoriciens anarchistes et minarchistes Murray Rothbard et Robert Nozick reconnaissent l'apport de Rand dans le champ éthique surtout. L'écrivain Mario Vargas Llosa est un de ses admirateurs[note 13]. Alain Laurent, citant une confidence Alan Greenspan explique même que le président russe Vladimir Poutine non seulement connaît ses écrits mais de plus aime à en discuter[52].

L'ancien président de la « Fed », Alan Greenspan, a beaucoup été influencé[note 14] par Rand et déclara à son propos : « Elle m'a montré que le capitalisme n'est pas seulement efficace, mais aussi moral »[106]. Ayn Rand a aussi eu une influence sur James Clavell, George Reisman, Alan Greenspan, Terry Goodkind et le professeur de marketing Jerry Kirkpatrick. L'ancien président des États-Unis, Ronald Reagan se dit lui-même un admirateur de Rand, dans sa correspondance privée[107]. Le dessinateur de comics Steve Ditko est un lecteur de Rand[note 15]. Parmi d'autres personnalités publiques, l'actrice Angelina Jolie et son mari et acteur Brad Pitt, Frank Miller, Vince Vaughn ou Ron Paul, ancien candidat à la Présidence américaine, se disent influencés par l'objectivisme d'Ayn Rand.

Ayn Rand est admirée par le fondateur de l'encyclopédie libre Wikipédia. Ayant lu The Fountainhead, Jimmy Wales se qualifie lui-même de libertarien : « La catégorie de personnes dans laquelle je peux le mieux me considérer serait celle des libertariens »[108] dit-il. La pensée de Rand « colore tout ce que je fais et tout ce que je pense »[109]. Wales a ainsi animé, de 1992 à 1996 une mailing list électronique nommée Moderated Discussion of Objectivist Philosophy. Il donna une interview qui fit la première page du numéro de juin 2007 du magazine libertarien Reason[110].

Jimmy Wales : « Me concernant, l'un des principes qui forme le cœur de ma vie est la vertu d'indépendance »[111].

Un groupe d'entrepreneurs décidés à fonder une cryptarchie en 1998, baptisée « Laissez Faire City » d'abord en Indonésie, sur l'île de Bintan, puis au Costa Rica voulaient mettre en application les directives objectivistes. Le projet échoua faute de trouver un territoire libre et en dehors de tout contrôle étatique[112].

Les héritiers d'Ayn Rand

Dès ses débuts Ayn Rand a su réunir autour d'elle une génération de penseurs considérés comme « objectivistes »[113]. Plusieurs d'entre eux continuent, après sa mort, à promouvoir sa philosophie, aux États-Unis et dans le monde.

En 1985, Leonard Peikoff, en qui Rand avait totale confiance pour représenter sa philosophie, fonde le Ayn Rand Institute (ARI), qui a pour but de « faire connaître la pensée de Rand aux jeunes générations, de soutenir et développer ses idées, et de promouvoir les principes de la raison, de l'intérêt privé rationnel, des droits individuels et du capitalisme du laissez-faire le plus largement possible ». En 1989, David Kelley crée quant à lui l’Institute for Objectivist Studies, devenu The Atlas Society, et qui s'intéresse davantage à la dimension philosophique et universitaire des travaux d'Ayn Rand. En 2000, l'historien John McCaskey organise l’Anthem Foundation for Objectivist Scholarship, qui offre des bourses et des récompenses pour des écrits universitaires liés à l'objectivisme, pour les universités de Pittsburgh et du Texas à Austin. L'association américaine Rebirth of Reason fondée en 2005 par Joseph Rowlands et qui siège à Santa Clara, en Californie regroupe la plupart des continuateurs de l'objectivisme[114].

En France, Alain Laurent, philosophe et essayiste, fonda la Ayn Rand French Society, avec José Luis Goyena. Laurent a écrit La Philosophe Libérale et Le Libéralisme américain : Histoire d'un détournement et fut directeur de la collection « Bibliothèque des Classiques de la Liberté » aux éditions Belles Lettres ; il est considéré comme le spécialiste français des écrits de Rand. La Ayn Rand French Society organise des conférences pour présenter la pensée libérale et réalise des articles, tous publiés dans le périodique numérique Le Nouvel 1dividualiste[note 16].

Influence sur d'autres mouvements de pensée

Jim Powell, du Cato Institute, considère Ayn Rand comme l'une des trois plus importantes femmes du mouvement libertarien moderne américain, aux côtés de Rose Wilder Lane et d'Isabel Paterson[115]. Alain Laurent parle lui des Founding Mothers (« les mères fondatrices ») du néo-libéralisme[116]. Pourtant, Rand a toujours refusé d'être considérée comme une théoricienne du mouvement libertarien.

Le mouvement philosophique pro-technologique dit de l'« extropianisme », ainsi que celui du transhumanisme, reconnaît dans les concepts d'égoïsme et de productivité de Rand des valeurs ontologiques fondatrices. Dans ses Principles of Extropy, le fondateur de ce courant de pensée, Max More définit l'« optimisme pratique » (« practical optimism »), l'« auto-transformation » (« self-transformation »), ainsi que l'« auto-direction » (« self-direction ») en référence aux considérations de l'Objectivisme ; les parallèles étant en effet nombreux[117]. L'Objectivisme étant une philosophie qui vante le progrès scientifique et technique, à la manière du scientisme, des courants technophiles comme celui dit du Neo-Tech et qui a pour but l’élimination du mysticisme de la pensée humaine, se revendiquent « néo-Objectiviste »

La doctrine de l'égoïsme radical et de l'individualisme d'Ayn Rand a été récupérée par nombres de personnalités sectaires ; Rand est ainsi l'un des principaux auteurs cités dans la Bible de Satan d'Anton LaVey, qui explique que sa religion est « uniquement la philosophie d'Ayn Rand à laquelle a été ajoutée des cérémonials et des rituels »[118],[119].

Critiques

Les écrits et la philosophie d'Ayn Rand ont été la cible de diverses critiques, tenant soit à sa personnalité, à son système d'idées ou à son style littéraire.

La contestation de l'altruisme de la part d'Ayn Rand a d'abord attiré des critiques d'ordre éthique. Par exemple, l'écrivain Gore Vidal formule ainsi en 1961 : « Dès lors que nous devons vivre ensemble, dépendants les uns des autres, l'altruisme est nécessaire à la survie". Il explique la popularité d'Ayn Rand en ces termes : "Elle a un grand attrait pour les gens simples, perdus dans une société organisée, réticents à payer des impôts, n'aimant pas l'État providence, qui se sentent coupables face à la souffrance des autres mais voudraient durcir leur coeur. Elle leur propose une prescription alléchante : l'altruisme est source de tous les maux, l'intérêt individuel est le seul bien, et si vous êtes stupide ou incompétent, c'est votre problème » [120].

La présentation de la vie d'Ayn Rand est elle-même sujet à controverse. Dans The Passion of Ayn Rand's Critics[121], James Valliant axe son étude sur les manipulations biographiques possibles faites par Nathaniel Branden et sa femme de la vie de la philosophe après sa mort. Pour Valliant, les héritiers de Rand ont embelli son parcours et dissimulé certaines notes de son journal[122].

L'économiste et philosophe libertarien Murray Rothbard.

L'anarcho-capitaliste Murray Rothbard, dans The Sociology of the Ayn Rand Cult (1972), après avoir soutenu Rand[123], décrit les rouages de la société objectiviste, la comparant à une secte : « non seulement la secte d’Ayn Rand était explicitement athée, anti-religieuse, non seulement elle glorifiait la Raison, mais elle professait une dépendance de type maître-esclave envers le gourou au nom de l’indépendance, une adoration et une obéissance au chef au nom de l’individualité de chacun et une croyance aveugle dans le gourou au nom de la Raison »[124]. Les critiques universitaires et politiques anti-libertariennes sont nombreuses[125]. Le célèbre psychologue américain Albert Ellis présente le mouvement randien comme une religion dans son article « Is Objectivism A Religion? »[126](1968).

D'autres considèrent que le raisonnement philosophique de Rand est sophistique, détournant le concept de rationalité, tel Scott Ryan dans Objectivism and the Corruption of Rationality : A Critique of Ayn Rand's Epistemology qui s'attaque, lui, aux fondements épistémologiques de la pensée randienne, considérée comme une pseudo-philosophie[127].

La pensée de Rand continue à gagner des défenseurs, en dépit de la critique continuelle la qualifiant de « mal construite et peu méthodique »[128]. Son style est ainsi décrit, même au sein de ses partisans, comme étant « littéraire, hyperbolique et émotionnel »[129]. Le philosophe Jack Wheeler note « la grandiloquence incessante et la décharge continue de haine des écrits de Rand », en dépit de cela, il voit son système éthique comme « le plus achevé et le plus fécond des études contemporaines »[130]. Enfin, le populaire et satirique The Philosophical Lexicon réalisé par les philosophes Daniel Dennett et Asbjørn Steglich-Petersen, définit le « rand » comme « une tirade énervée due à une erreur philosophique occasionnelle et/ou une preuve d'une corruption morale ineffable. Quand je questionne cette seconde prémisse, je tombe dans un rand »[131].

Ayn Rand dans la culture populaire

De nombreux dessins animés américains font référence à Rand. Un épisode de Futurama imagine Rand dans le futur alors qu'elle vit dans les égouts. Un épisode de South Park parle d'Atlas Shrugged comme d'un « morceau de déchet » alors que de multiples références sont faites dans Les Simpsons, particulièrement dans l'épisode « Four Great Women and a Manicure » où une allusion critique est faite au livre The Fountainhead.

Des jeux télévisés font également référence à Rand, Jeopardy! mais aussi des séries dramatiques, Gilmore Girls (2000) et Mad Men (2007), ou des émissions comiques (The Colbert Report...)[132].

Le groupe de rock canadien Rush, dans l'album 2112 fait référence au monde décrit dans Anthem. En littérature, l'écrivain objectiviste Kay Nolte Smith présente un roman à clef, Elegy for a Soprano inspiré par le groupe du Collectif avec Rand et Branden. Le roman de William F. Buckley, Getting it Right fait également allusion à Rand. Le jeu vidéo BioShock utilise des éléments de l'action du livre Atlas Shrugged.

Le visage de Rand apparaît sur un timbre crée le 22 avril 1999 à New York par le United States Postal Service[133].

Whoisjohngalt est un code dans l'extension Frozen throne de Warcraft 3 pour obtenir de façon rapide l'ensemble des améliorations disponibles.

 

[Source]

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Qui est John Galt ? - Par Cyber-résistant
Mardi 15 mars 2011 2 15 /03 /Mars /2011 23:37

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  • Mister Peikoff,
    As I know that you will be informed of this translation soon after its free
    release, it would not behoove to me to apologize for translating ATLAS
    SHRUGGED in French language without ever asking for your agreement, and
    without prior submission, be it as a matter of mere courtesy, of its text to you
    before release. Such an initiative is unlikely to be pardoned, of course.
    To the attention of French readers, I managed to explain above, in their
    language, the reasons that justified my will to do this translation’s works; and
    I have made clear to them that it was a personal initiative done unbeknown to
    you and to Penguin Publishing Group. My motive for doing it is that too many
    French-speaking admirers of Ayn Rand have waited for more than half a
    century for reading ATLAS SHRUGGED, an American best seller of worldwide
    renown; and nothing suggested that they might enjoy the pleasure to read a
    print version of it anytime soon. In the eye of many of those people, it was
    tantamount to no less than a form of unbearable and unacceptable censorship.
    However, if ever it happened that this translation’s works could express the
    thought of Ayn Rand as you would like it, then on behalf of the Editions du
    Travailleur publishing company and on mine, please consider this French
    translation as your exclusive property coming to compensate for the possible
    loss its public release without your agreement might entail to your interests
    and reputation.
    Sincerely yours,

  • Monique di Pieirro – 11 Septembre 2009

 

P R E M I E R E   P A R T I E


NON-CONTRADICTION

 

 

C H A P I T R E
I


LE THEME



— Qui est John Galt ?
La lumière déclinait, et Eddie Willers ne pouvait distinguer
le visage du pique-assiette. Le pique-assiette avait posé la
question le plus simplement du monde, sans aucune expression
dans la voix. Mais le soleil qui se couchait au loin, au bout de la
rue, envoyait des éclats de lumière jaune qui faisaient ressortir
ses yeux qui fixait Eddie Willers ; des yeux fixes et moqueurs,
comme si la question avait été adressée pour piquer cette gène
irraisonnée qui était en lui.
— Pourquoi dites-vous cela ? demanda t-il.
Le pique-assiette s’appuyait contre le chambranle de la
porte ; l’arête d’un morceau de verre brisé derrière lui reflétait
le jaune métallique du ciel.
— Ça vous ennuie ?
— Pas du tout. répliqua sèchement Eddie Willers.
Il plongea prestement sa main dans sa poche. Le piqueassiette
l’avait apostrophé pour lui demander une pièce de 10
cents, puis avait enchaîné sur autre chose, comme pour faire
diversion et remettre la demande purement matérielle à plus
tard. Faire la manche pour des petites pièces était devenu une
chose si fréquente, dans la rue, qu’il était inutile de prêter
attention aux justifications, et il n’avait d’ailleurs nul désir d’en
savoir plus sur les raisons du désespoir de cet homme.
— Tiens, vas te chercher ta tasse de café. dit-il, tendant la
pièce à cette ombre qui n’avait pas de visage.
— Merci Monsieur. dit la voix d’un ton détaché ; et la tête
de l’homme resta inclinée en avant pendant un instant. La face

hâlée semblait avoir été érodée par les vents, coupée de lignes
exprimant de la lassitude et une résignation cynique ; les yeux
étaient intelligents. Eddie Willers poursuivit son chemin, se
demandant pourquoi il le ressentait toujours à ce moment de la
journée ; ce sentiment d’effroi irraisonné. « Non », se dit-il,
« pas d’effroi, il n’y a pas à avoir peur de quoi que ce soit : juste
une immense appréhension confuse, sans origine ou objet. » Il
s’était fait à ce sentiment, mais il ne pouvait se l’expliquer ;
pourtant le pique-assiette avait parlé comme s’il savait qu’Eddie
le ressentait, comme s’il pensait qu’on devait le ressentir ; et en
plus, comme si lui, il en connaissait la raison.
Eddie Willers remonta ses épaules droites en un acte
conscient d’autodiscipline. Il devait mettre un terme à ce
problème, se dit-il ; il était en train de commencer à s’imaginer
des choses. L’avait-il toujours ressenti ? Il avait trente-deux ans.
Il essayait de se souvenir. Non. Mais il était incapable de se
souvenir quand cela avait commencé. Ce sentiment le saisissait
soudainement, de temps à autres, mais maintenant cela arrivait
plus souvent que jamais. « C’est le crépuscule, » se dit-il ; « j’ai
horreur du crépuscule. »
Les nuages et les lignes des gratte-ciels qui s’opposaient à
eux étaient en train de devenir brun, comme sur une vieille
peinture à l’huile ; la couleur d’une belle toile ternie par les
âges.
De longues traînées de poussière de charbon couraient depuis
sous leurs faîtes le long des étroits murs avalés par la suie. Sur
le côté d’une tour, une crevasse longue de dix étages perçait la
forme figée d’un éclair lumineux. Les contours irréguliers d’une
forme coupaient le ciel au-dessus des toits ; c’était une demispirale
qui retenait encore la lueur du soleil couchant ; la dorure
à la feuille avait disparue de l’autre moitié depuis longtemps
déjà. La lueur était rouge et figée, comme le reflet d’un feu ; pas
un feu rageur, mais plutôt un feu mourant qu’il n’était plus
nécessaire d’éteindre.
Non, pensa Eddie Willers, il n’y avait rien de perturbant dans
les monuments de la cité. Ils semblaient êtres comme ils
l’avaient toujours été. Il continuait à marcher, se rappelant qu’il
allait revenir au bureau en retard. Il ne se réjouissait pas de la
tâche qui l’attendait à son retour, mais elle devait être faite.
C’est pourquoi il ne songea pas à la remettre à plus tard, et
accéléra même son pas.

Il bifurqua à un angle de la rue. Dans l’étroit espace qui
séparait les silhouettes sombres de deux buildings comme dans
la fente d’une porte, il vit la page du gigantesque calendrier
suspendu dans le ciel. C’était le calendrier que le maire de New
York avait fait ériger au sommet d’un building, de manière à ce
que les habitants puissent immédiatement dire la date du mois,
comme on pouvait dire les heures d’un simple regard à une tour
publique. C’était un rectangle blanc qui pendait au-dessus de la
cité, annonçant la date aux hommes qui se trouvaient en bas,
dans les rues. Dans cette luminosité vespérale aux couleurs de
rouille, le rectangle disait : 2 SEPTEMBRE. Eddie Willers
détourna le regard. Il n’avait jamais aimé la vue de ce
calendrier. Cela le dérangeait d’une manière qu’il aurait été
incapable d’expliquer ou de définir. Ce sentiment semblait être
une partie de son mal-être ; il en avait la même teneur. Il lui vint
soudainement à l’esprit qu’il y avait une phrase, une citation
peut-être, qui exprimait bien ce que le calendrier semblait
suggérer. Mais il ne parvenait pas à s’en souvenir. Il marchait,
triturant cette phrase qui demeurait en suspend dans son esprit,
comme une enveloppe vide. Il ne parvenait ni a remplir les
vides de cette enveloppe, ni à la faire disparaître. Il jeta un coup
d’oeil en arrière. Le rectangle blanc demeurait au-dessus des
toits, répétant son inamovible finalité : 2 SEPTEMBRE.
Le regard d’Eddie Willers revint vers le bout de la rue pour
s’attarder un instant sur une carriole de légumes arrêtée devant
le porche d’un immeuble de pierres brunes. Il vit une pile de
carottes dorées, et le vert frais des oignons. Il vit la blancheur
impeccable d’un rideau gonflé par le vent dans une fenêtre
ouverte. Il vit un autobus dont les mains expertes qui tenaient
son volant lui firent accomplir un virage précis. Il se demandait
pourquoi il se sentait rassuré, puis, ensuite, pourquoi il ressentit
soudainement l’inexplicable souhait que toutes ces choses ne
puissent être laissées à elles-mêmes sans protection contre le
ciel ouvert. Quand il gagna la Cinquième Avenue, son regard
s’attarda sur les vitrines des magasins qu’il dépassait. Il n’y
avait rien dont il avait besoin ou qu’il aurait souhaité acheter ;
mais il prenait plaisir à regarder les étalages d’articles, tous les
articles, objets faits par la main de l’homme pour être utilisés
par les hommes. La vue des rues prospères lui procurait du
plaisir ; quoique pratiquement un magasin sur quatre était
fermé, ses vitrines sombres et vides. Il ne sut pas pourquoi il

pensa au chêne. Rien ici n’aurait pu lui faire s’en souvenir. Mais
il y pensait, comme aux étés de son enfance passés sur la
propriété des Taggart. Il avait vécu la plupart de son enfance
avec les enfants des Taggart, et maintenant il travaillait pour
eux, comme son père et son grand-père avaient travaillé pour
leur père et leur grand-père avant cela.
Le grand chêne se dressait sur une colline surplombant le
fleuve Hudson, en un endroit isolé de la propriété des Taggart.
Eddie Willers, alors âgé de sept ans, aimait aller à cet arbre pour
le regarder. Il avait été là durant des centaines d’années, et il se
disait qu’il y demeurerait toujours. Ses racines attrapaient la
colline comme un poing dont les doigts seraient enfoncés dans
le sol, et il pensa que si un géant pouvait le saisir par son faîte il
serait incapable de le déraciner et déplacerait plutôt la colline et
la Terre entière avec lui, comme d’aucun l’eut fait avec une
boule accrochée à un fil. Il se sentait en sécurité auprès de cet
arbre ; c’était quelque chose que rien ne pouvait affecter ou
mettre en péril ; c’était pour lui un symbole qui représentait le
mieux la force.
Une nuit, la foudre saisit le chêne. Eddie l’avait vu le
lendemain matin. Il était à moitié couché, et il regarda dans son
tronc comme on aurait pu le faire s’il s’était agi d’un tunnel
noir. Le tronc n’était qu’une coquille vide ; son coeur avait
pourri et disparu il y avait déjà bien longtemps ; il n’y avait rien
à l’intérieur, juste une fine couche de poussière grise qui était en
train de se disperser au gré des caprices des vents les plus
légers. La puissance faite chose vivante était partie, et son
enveloppe charnelle n’avait pu y résister. Des années plus tard,
il avait entendu dire que les enfants devaient être protégés
contre les chocs, contre leurs premières confrontations avec la
mort, la douleur et la peur. Mais tout cela ne l’avait jamais
effrayé ; son choc à lui survint lorsqu’il demeura silencieux, très
silencieux, regardant le trou noir du tronc. C’était une immense
trahison : plus terrible encore car il ne parvint même pas à
définir précisément ce qui avait été trahi. Ce n’était pas lui, ça il
le savait, ni sa confiance ; c’était quelque chose d’autre. Il
demeura là pour un moment, sans émettre aucun son, avant de
s’en retourner à la maison. Il n’en parla jamais à personne.
Eddie Willers secoua la tête alors que le grincement d’un
mécanisme rouillé changeant l’indication d’un feu de
signalisation le stoppa sur le bord d’une courbe. Il ressentait de

la colère contre lui-même.Il n’avait aucune raison justifiant
qu’il se remémore le chêne ce soir. Cela ne signifiait plus rien
pour lui, aujourd’hui ; seulement une légère pointe de tristesse,
et, quelque part en lui, un soupçon de douleur qui venait et
disparaissait comme une goutte de pluie sur la vitre d’une
fenêtre, dont la course était la marque d’une question.
Il voulait qu’aucune tristesse ne vienne entacher son
enfance ; il en aimait les souvenirs ; chaque jour de ceux-ci dont
il aurait pu se rappeler était invariablement envahi par la
persistante brillance de la lumière du soleil. Il lui semblait que
quelques rayons qui en parvenait atteignaient son présent :
enfin, pas des rayons, mais plutôt de petites taches de lumière
qui rehaussaient occasionnellement de quelques petits éclats son
travail, son appartement d’homme seul, et la silencieuse et
scrupuleuse progression de son existence.
Il pensa à un certain jour d’été, lorsqu’il avait dix ans. Ce
jour là, l’unique précieuse compagne de son enfance lui dit ce
qu’ils feraient plus tard, lorsqu’ils auraient grandi. Les mots
étaient durs et lumineux comme la lumière du soleil ; il écoutait
avec admiration et émerveillement. Quand il lui fût demandé ce
qu’il voulait faire, il répondit immédiatement :
— N’importe quoi de bien.
Avant d’ajouter :
— Tu devrais faire quelque chose de grand… Je veux dire,
nous deux, ensemble.
— Quoi ? demanda t-elle.
Il dit :
— Je ne sais pas. C’est ce que nous devrions justement
trouver. Pas seulement ce que tu disais. Pas seulement les
affaires et gagner sa vie. Des choses telles que gagner des
batailles ou sauver des gens des flammes, ou escalader des
montagnes.
— Pourquoi faire ?
Il dit :
— Dimanche dernier, le Ministre a dit que nous devons
toujours atteindre le meilleur de ce qui se trouve en chacun de
nous. Qu’est-ce qui est le meilleur en nous, d’après toi ?
— Je ne sais pas.
— Ce sera à nous de le trouver.
Elle ne répondit rien ; elle regardait ailleurs, au-dessus de la
voie ferrée.Eddie Willers souriait. Il avait dit “n’importe quoi de bien”,
il y avait vingt deux ans. Il avait gardé cette phrase à l’esprit, et
nulle autre qui aurait pu la contredire depuis. Les autres
questions s’étaient évanouies dans les méandres de son esprit ;
il avait été bien trop occupé pour se les poser depuis. Mais il
pensait qu’il était évident que l’on devait faire ce qui était bien ;
il n’avait jamais appris comment les gens pouvaient vouloir
faire autrement ; il avait seulement appris qu’ils le faisaient.
Cela lui semblait simple et incompréhensible : simple que les
choses devaient êtres bien faites, et incompréhensible qu’elles
ne le soient pas. Il savait qu’elles ne l’étaient pas. Il y pensa
alors qu’il tournait à un angle et arrivait au pied du grand
building de la Taggart Transcontinental.
L’édifice se dressait au-dessus de la rue, comme sa plus
haute et plus fière structure. Eddie Willers souriait toujours
quand il l’apercevait. Ses longues bandes de surface vitrée
étaient intactes, ce qui contrastait avec celles des immeubles
voisins. Ses lignes ascendantes coupaient le ciel, sans angles qui
s’effondraient ni arêtes ébréchées. Il semblait résister aux
années, intact. Il sera toujours ici, pensa Eddie Willers.
Chaque fois qu’il entrait dans le bâtiment de la Taggart, il se
sentait soulagé et en sécurité. C’était un lieu de compétence et
de pouvoir. Le sol de ses allées était un miroir fait de marbre.
Les rectangles dépolis de ses éclairages électriques étaient des
morceaux de lumière solide. Derrière les baies vitrées, des
rangées de filles étaient assises devant des machines à écrire, les
cliquetis de leurs touches, ainsi joué à l’unisson, ressemblant au
bruit des roues d’un train lancé à grande vitesse ; et, comme un
écho lui donnant la réplique, une légère vibration venant des
tunnels du grand Terminus parcourait les murs de temps à autre,
montant depuis les fondations de l’immense structure ; là d’où
les trains partaient pour traverser tout un continent, puis
s’arrêtaient alors qu’ils venaient de le traverser, ainsi qu’ils
avaient toujours démarré puis stoppé, génération après
génération.
« Taggart Transcontinental », pensa tout haut Eddie Willers,
« De l’océan à l’océan » : le fier slogan de son enfance, bien
plus brillant et sacré que n’importe quel commandement de la
Bible. « De l’océan à l’océan, pour toujours, » rectifia Eddie
Willers, à la manière d’une dédicace personnalisée alors qu’il
marchait dans les halls immaculés vers le coeur du bâtiment où

se trouvait le bureau de James Taggart, président de Taggart
Transcontinental.
James Taggart était assis à son bureau. Il avait l’allure d’un
homme approchant la cinquantaine qui avait traversé les âges de
sa vie depuis l’adolescence, sans connaître les stages
intermédiaires de la jeunesse. Il avait une petite bouche
pétulante et des cheveux fins s’accrochant à la calvitie de son
front. Sa posture était affaissée, d’une négligence excentrée,
comme dans une attitude de défiance infligée à son grand corps
mince ; un corps doté d’une ligne élégante qui voulait suggérer
la prestance d’un aristocrate, mais qui s’était transformé en
l’attitude gauche d’un lourdaud. La peau de son visage était pâle
et molle. Ses yeux étaient également pâles et voilés, et son
regard se déplaçait lentement sans jamais vraiment s’arrêter,
planant au-dessus et au-delà des choses avec une expression de
ressentiment à leur égard. Il avait l’air entêté et vide. Il avait
trente-neuf ans.
Il releva la tête en affectant une humeur irritée, lorsqu’il
entendit le son de la porte qui s’ouvrait.
— Ne m’ennuie pas, ne m’ennuie pas, ne m’ennuie pas ! dit
James Taggart.
Eddie Willers s’avançait vers le bureau.
— C’est important Jim. dit-il sans élever la voix.
— D’accord, d’accord ; qu’est-ce que c’est ?
Eddie Willers regardait une carte accrochée à un mur. Sous
le verre les couleurs de la carte étaient passées ; il se demandait
combien de présidents avaient siégé ici avant l’homme qui était
en face de lui, et durant combien d’années. Les chemins de fer
Taggart Transcontinental, le réseau de lignes rouges qui
labouraient la surface terne du pays, de New York à San
Francisco, ressemblait aux veines d’un système sanguin. On
aurait dit que le sang avait circulé à travers l’artère principale et
que, sous la pression de sa propre surabondance, des
ramifications s’y étaient connectées au hasard pour ensuite
courir à travers tout le pays. Une trace rouge ondulait depuis
Cheyenne, dans le Wyoming, pour descendre jusqu’à El Paso,
au Texas ; c’était la Ligne Rio Norte de la Taggart
Transcontinental. Un nouveau tracé avait prolongé cette ligne
qui allait maintenant au-delà d’El Paso, mais Eddie Willers
détourna rapidement son regard quand ses yeux atteignirent ce
point.Il regarda James Taggart et dit :
— C’est la Ligne Rio Norte.
Il remarqua le regard de Taggart qui se posa sur un angle du
bureau.
— Nous avons eu un autre accident.
— Des accidents de train se produisent tous les jours.
Devais-tu m’ennuyer juste pour ça ?
— Tu sais ce que je suis en train de dire, Jim. La Rio Norte
est faite pour... la voie en a “pris un coup”… tout le long. Il faut
en poser une autre.
Eddie Willers poursuivit comme s’il ne devait pas y avoir de
réponse :
— Cette voie est foutue. Ça ne sert à rien d’essayer de faire
rouler des trains là-bas. Les gens ne se risquent même plus à les
prendre.
— Il n’y a pas une voie de chemin de fer dans le pays, il me
semble, qui n’ait pas quelques embranchements générant des
pertes financières. On n’est pas les seuls. C’est une situation
nationale ; une situation nationale temporaire.
Eddie continuait à l’observer silencieusement. Ce que
Taggart n’aimait pas chez Eddie Willers, c’était cette habitude
de regarder les gens droit dans les yeux. Les yeux d’Eddie
étaient bleus, larges et interrogateurs ; il avait les cheveux
blonds et un visage carré, sans remarquable particularité sinon
ce regard exprimant l’attention scrupuleuse, et un étonnement
émerveillé qu’il n’essayait pas de cacher.
— Qu’est-ce que tu veux ? fit sèchement Taggart.
— Je venais seulement te dire quelque chose que tu devais
savoir, parce que quelqu’un devait te le dire.
— Que nous avons eu un autre accident ?
— Que nous ne pouvons pas laisser tomber la Ligne Rio
Norte.
Il arrivait rarement que James Taggart relève la tête ; quand
il regardait les gens, il le faisait en relevant ses lourdes
paupières ainsi que ses yeux abrités par son large front dégarni.
— Qui songe à laisser tomber la Ligne Rio Norte ? Il n’a
jamais été question de l’abandonner. Je n’aime pas te l’entendre
dire. Je n’aime pas ça du tout.
— Mais nous n’avons pas respecté les horaires durant les six
derniers mois. Nous n’avons pas fait un seul trajet sans qu’il n’y
ait eu une panne, majeure ou mineure. On est en train de perdre

tous nos transporteurs et messageries les uns après les autres.
Combien de temps encore allons-nous tenir le coup ?
— Tu es un pessimiste, Eddie. Tu manques de foi. C’est cela
qui mine le moral d’une organisation.
— Tu veux dire que rien ne va être fait à propos de la Ligne
Rio Norte ? »
— Je n’ai pas dit cela du tout. Aussitôt que nous aurons la
nouvelle voie…
— Jim, il n’y aura pas de nouvelle voie.
Il regardait les paupières de Taggart se soulever lentement, et
poursuivit :
— Je reviens tout juste du bureau de l’Associated Steel. J’ai
parlé avec Orren Boyle.
— Qu’est-ce qu’il a dit ?
— Il a parlé une heure et demi durant, et il ne m’a pas donné
une seule réponse claire.
— Pourquoi l’as-tu dérangé ? Il me semble que la livraison
de la première commande de rails ne devait pas être effectuée
avant le mois prochain.
— …et avant ça, elle était prévue pour trois mois plus tôt.
— Circonstances imprévues ! Absolument au-delà du
contrôle d’Orren.
— Mais avant cela la livraison était planifiée pour six mois
plus tôt. Jim, nous avons attendu treize mois que l’Associated
Steel nous livre ces rails, et nous n’en avons même pas eu un
seul à ce jour.
— Qu’est que tu veux que je fasse ? Je ne peux pas diriger
les affaires d’Orren Boyle à sa place.
— Je veux que tu comprennes que nous ne pouvons
attendre.
Taggart formula lentement sa demande, sa voix se faisant
mi-moqueuse, mi-prudente :
— Qu’est-ce qu’a dit ma soeur ?
— Elle ne sera pas de retour avant demain.
— Bien ; qu’est-ce que tu veux que je fasse ?
— C’est à toi de décider.
— Bien ; quoique que tu puisses dire d’autre, il y a une
chose que tu ne mentionneras pas après ça ; et c’est Rearden
Steel.
Eddie ne répondit pas immédiatement, puis il dit enfin d’une
voix plus grave :— D’accord Jim. Je n’en ferai pas mention.
— Orren est un ami.
Il n’entendit aucune réponse, et ajouta :
— Je n’aime pas ton attitude. Orren Boyle nous livrera ces
rails aussitôt que cela sera humainement possible. Aussi
longtemps qu’il ne sera pas en mesure de nous les livrer,
personne ne nous en voudra.
— Jim ! Qu’est-ce que tu racontes ? Ne comprends-tu pas
que la Ligne Rio Norte est en train de disparaître, que quiconque
nous en veuille ou non pour cela ?
— Les gens s’en accommoderaient, et ils n’auraient pas le
choix, s’il n’y avait pas la Phoenix-Durango.
Il vit les traits du visage d’Eddie se durcir.
— Personne ne s’est jamais plaint de la Ligne Rio Norte,
jusqu’à ce que Phoenix-Durango fasse son entrée.
— La Phoenix-Durango fait un brillant travail, l’interrompit
Eddie avant que Taggart ne poursuive :
— Imagine une chose appelée la Phoenix-Durango entrant
en compétition avec Taggart Transcontinental ! Ce n’était rien
d’autre qu’une ligne locale de transport de lait, il y a dix ans.
— Ils ont pris la plupart du transport de fret de l’Arizona, du
Nouveau Mexique et du Colorado, maintenant.
Taggart ne répondit pas.
— Jim, on ne peut pas perdre le Colorado. C’est notre
dernier espoir. Si nous ne nous remuons pas, nous laisserons
aller tous les gros transporteurs de cet Etat à Phoenix-Durango.
Nous avons perdu les champs de pétrole Wyatt.
— Je ne vois pas pourquoi tout le monde continue de parler
des champs de pétrole Wyatt.
— Parce qu’Ellis Wyatt est un prodige qui…
— Qu’Ellis Wyatt aille en enfer !
Ces puits de pétrole, se demanda tout-à-coup Eddie,
n’avaient ils pas quelque chose en commun avec les vaisseaux
sanguins sur la carte ? N’était-ce pas comme cela que les tracés
rouges avaient progressé à travers le pays, il y a des années ; un
exploit qui semblait incroyable maintenant ? Il se représenta le
pétrole jaillissant des puits, alimentant un courant noir qui
courait presque plus vite à travers le continent que les trains de
la Phoenix-Durango n’auraient pu le porter.
Ce champ de pétrole n’avait été qu’une parcelle de terrain
rocheux dans les montagnes du Colorado, déclaré épuisé depuis

longtemps. Le père d’Ellis Wyatt s’était débrouillé pour
s’octroyer d’obscurs revenus pour jusqu’à la fin de ses jours ;
produit de ces puits de pétrole mourants. Mais maintenant
c’était comme si quelqu’un avait administré une piqure
d’adrénaline au coeur de la montagne ; un coeur s’était mis à
battre et le sang noir s’était mis à jaillir des rochers. Bien sûr
que c’est du sang, pensa Eddie Willers, parce que le rôle du
sang est de nourrir, de donner la vie, et c’est justement ce que
Wyatt Oil avait fait. On avait réveillé d’inertes pentes de terrain
pour leur donner une raison d’être. Cela avait amené de
nouveaux bourgs, de nouveaux équipements de production
d’électricité, de nouvelles usines, dans une région que personne
n’avait remarquée, même sur une carte. De nouvelles usines,
pensa Eddie Willers, à une époque où le transport de fret de
toutes les grandes industries était en train de décliner, année
après année. Un nouveau champ de pétrole fertile au moment où
les pompes étaient en train de s’arrêter, d’un important gisement
à un autre. Une nouvelle région industrielle, là ou personne
n’aurait pu raisonnablement espérer plus que des activités
d’élevage et de culture de betteraves. Un seul homme l’avait
fait, et il l’avait fait en seulement huit années, pensa encore
Eddie Willers. C’était une de ces histoires qu’il avait lu
autrefois dans les livres scolaires, et qu’il n’avait jamais
vraiment crue. Des histoires d’hommes qui avaient vécu au
temps où le pays connaissait ses jeunes années. Il aurait voulu
avoir la chance de rencontrer un homme tel qu’Ellis Wyatt. On
parlait énormément de lui, mais bien peu avaient eu la chance
de le rencontrer ; il venait rarement à New York. On disait qu’il
avait trente-trois ans et qu’il piquait des colères plutôt violentes.
Il avait découvert un truc pour réanimer les puits de pétrole
épuisés, et c’est ce qu’il était en train de faire.
— Ellis Wyatt est un enfoiré de gripsou qui ne s’intéresse à
rien d’autre qu’à l’argent. s’écria James Taggart. « Il me semble
qu’il y a dans la vie des choses plus importantes que de “faire
de l’argent”. »
— Qu’est-ce que tu es en train de dire, Jim ? Qu’est-ce que
cela a à voir avec…
— De plus, il nous a trahis. Nous avons désservi
l’exploitation pétrolière de Wyatt pendant des années, du mieux
que nous le pouvions. Du temps du père Wyatt, on lui allouait
un train de wagon-citernes tout entier par semaine.

— On n’en est plus au temps du père Wyatt, Jim. La
Phoenix-Durango lui fournit deux trains par jour, là-bas ; et ils
sont à l’heure.
— S’il nous avait donné le temps de nous adapter à sa
croissance…
— Il n’a pas de temps à perdre.
— Qu’est-ce qu’il s’imagine ? Qu’on va se débarrasser de
nos autres clients ; qu’on va lui sacrifier les intérêts du pays tout
entier et qu’on va lui donner tous nos trains ?
— Pourquoi ? Non ! Il n’attend rien de nous. Il est juste en
affaire avec Phoenix-Durango.
— Je pense que c’est un ruffian destructeur sans scrupules.
Je pense qu’il est un parvenu irresponsable dont les
compétences ont été exagérées.
C’était quelque chose d’étonnant d’entendre cette soudaine
émotion dans la voix sans vie de James Taggart.
— Je ne suis pas sûr que ses champs de pétrole soient si
rentables que cela. Je pense surtout qu’il a disloqué l’économie
du pays tout entier. Personne n’attendait que le Colorado
devienne un Etat industrialisé. Comment pouvons-nous assurer
notre sécurité et planifier quoique ce soit, si tout est en train de
changer en permanence ?
— Bonté divine, Jim ! Il est…
— Oui, je sais ; il fait du fric. Mais ce n’est pas sur une telle
base, il me semble, qu’on définit ce qu’un homme peut apporter
à la société. Et pour ce qui concerne son pétrole, il viendrait
nous voir en rampant et il attendrait son tour avec les autres
transporteurs, et il ne demanderait pas plus que ce que
commandent les limites du raisonnable, s’il n’y avait pas la
Phoenix-Durango. Nous ne pouvons rien faire, si nous tentons
de nous élever contre ce genre de compétition destructrice. Et
d’ailleurs, personne ne nous en voudrait.
La pression dans sa poitrine et dans ses tempes, pensa Eddie
Willers, exprimait l’intensité des efforts qu’il était en train de
faire. Il avait décidé de clarifier les choses une bonne fois pour
toutes, et elles étaient si claires, se dit-il, que rien ne pouvait
empêcher Taggart de les voir ainsi ; à moins qu’il devienne
incapable de développer et de justifier sa propre argumentation.
Il avait bien essayé du mieux qu’il l’avait pu, mais il était “à
côté de la plaque”, comme il avait toujours été “à côté de la
plaque” dans toutes les conversations qu’ils avaient euensemble ; quoi

qu’il dise, il ne semblait jamais parler du même
sujet.
— Jim, de quoi es-tu en train de parler ? Qu’est-ce que cela
peut bien faire que personne ne nous en veuille, quand la voie
est en train de partir en petits morceaux ?
James Taggart souriait. C’était un sourire presque
imperceptible ; un sourire amusé, mais froid.
— C’est touchant, Eddie. C’est touchant…ton dévouement
pour Taggart Transcontinental. Si tu ne fais pas plus attention,
tu vas devenir un de ces vrais serfs des temps féodaux.
— C’est ce que je suis, Jim.
— Mais puis-je te demander si c’est ton travail de débattre
de tels sujets avec moi ?
— Non, ça ne l’est pas.
— Alors, pourquoi refuses-tu de comprendre que nous
avons, dans cette compagnie, des départements en charge de ces
questions ? Pourquoi n’irais-tu pas rapporter tout cela à qui en
est en charge ? Pourquoi ne pleures-tu pas plutôt sur les épaules
de ma chère soeur ?
— Ecoutes, Jim ; je sais que ce n’est pas mon rôle de te
conseiller, mais je ne comprends pas ce qui se passe. Je ne sais
pas ce que tes conseillers personnels te disent, ou pourquoi ils
ne parviennent pas à te le faire comprendre. C’est pourquoi je
m’étais dit que je devais essayer de te le dire moi-même.
— Je t’apprécie sincèrement comme ami d’enfance, Eddie,
mais penses-tu que cela te permets d’entrer ici sans te faire
annoncer quand tu le veux ? Considérant ta position dans
l’entreprise, ne devrais-tu pas faire l’effort de te rappeler que je
suis le President Directeur Général de Taggart
Transcontinental ?
Ça avait été vain. Eddie Willers le regardait comme il avait
l’habitude de le faire. Pas blessé ni touché ; seulement
interloqué. Il demanda tout de même :
— Alors tu n’as pas l’intention de faire quoi que ce soit pour
la Ligne Rio Norte ?
— Je n’ai pas dit ça. Je n’ai pas dit ça du tout.
Taggart était en train de regarder la ligne rouge du sud d’El
Paso sur la carte.
— Aussitôt que les Mines de San Sebastian vont
fonctionner, et que notre branche Mexicaine commencera à
rapporter…— Ne t’attarde pas là-dessus, Jim.
Taggart se tourna, éberlué par le phénomène sans précédent
de cette colère implacable dans la voix d’Eddie.
— Qu’est-ce qu’il se passe ?
— Tu ne le sais justement pas, ce qu’il se passe. Ta soeur
dit…
— Qu’elle aille au diable, ma soeur ! dit James Taggart.
Eddie Willers ne bronchait pas. Il ne répondait pas. Il
continuait à regarder en face de lui, mais il ne voyait pas James
Taggart ou quoi que ce soit d’autre dans le bureau. Au bout
d’un moment, il adressa une courbette de pure forme, et sortit
de la pièce.
Dans l’antichambre, les secrétaires de l’équipe personnelle
de James Taggart étaient en train d’éteindre les lumières et se
préparaient à rentrer chez elles. Mais Pop Harper, le chef du
service, était encore assis à son bureau, en train de détordre les
tiges des touches d’une machine-à-écrire à moitié démontée.
Tout le monde dans la société partageait cette impression que
Pop Harper était venu au monde ici, dans cet angle de la pièce
en particulier, assis derrière ce bureau en particulier, et qu’il
n’avait pas l’intention d’en partir. Il était chef de ce service
depuis la présidence du père de James Taggart.
Pop Harper leva les yeux vers Eddie Willers alors qu’il sortit
du bureau présidentiel. C’était un regard lent et sage, qui
semblait vouloir dire qu’il savait que la visite d’Eddie dans cette
partie de l’édifice signifiait des problèmes sur la Ligne ; il
savait que rien de constructif n’était sorti de cette visite, et il
n’en avait cure de le savoir. C’était cette même indifférence
cynique qu’Eddie Willers avait vu dans les yeux du piqueassiette
au coin de la rue.
— Dites-donc, Eddie ; ’savez ou-est-ce que j’pourrai trouver
des maillots de corps en laine ? ’Essayé dans toute la ville.
Personne en n’a.
— Je n’en sais rien. dit Eddie en s’arrêtant, « Pourquoi me le
demander ? »
— J’demande à tout le monde. ’Y-a bien quelqu’un qui doit
le savoir, dites moi.
Eddie avait du mal à maintenir son regard sur ce visage
émacié à l’expression neutre, surmonté d’une chevelure
blanche.— ’Fait froid dans cette “boîte”. ’Va faire encore plus froid
cet hiver.
— Qu’est-ce que vous faites ? Eddie demanda en désignant
les pièces de la machine à écrire.
— Cette saloperie est encore “en rade”, et j’serais pas plus
avancé si je l’envoyai en réparation. Ça leur à pris trois mois
pour m’la réparer, la dernière fois que j’leur ai donné. ’Pensé
que j’pouvais bricoler ça tout seul, mais j’crois que ça tiendra
pas bien longtemps.
Il laissa tomber une larme sur les touches.
— T’es bonne pour la casse, ma vieille. Tes jours sont
comptés.
Eddie reprit son chemin. C’était cette expression dont il avait
essayé de se souvenir : tes jours sont comptés. Mais il avait
oublié dans quel contexte il avait déjà essayé de s’en souvenir.
— Ça ne sert à rien Eddie. dit Pop Harper.
— Qu’est-ce qui ne sert à rien ?
— Rien. N’importe quoi.
— Qu’est-ce que vous voulez dire, Pop ?
— J’vais pas réquisitionner une nouvelle machine à écrire.
Les nouvelles sont en fer blanc. Quand y en aura p’us de
vieilles, c’sera la fin de la machine-à-écrire. Y a eu un accident
dans le métro, ce matin. Les freins marchaient plus. Vous
devriez rentrer chez vous, Eddie ; allumer la radio et écouter un
bon tube. Oh, oubliez, mon gars. L’problème avec vous c’est
que vous n’avez jamais eu de hobby. Quelqu’un a encore piqué
les ampoules en bas de la cage d’escalier, où j’habite. J’ai
attrapé une douleur dans la poitrine. ’Pas pu trouver de gouttes
pour la toux, c’matin ; l’drugstore au coin d’la rue à mis la clé
sous la porte la s’maine dernière. Y’s’ont fermé l’pont
Queensborough pour réparations provisoires, hier. Oh, pourquoi
faire, d’tout’ façons. Qui est John Galt ?
***
Elle était assise dans le train, côté fenêtre ; sa tête renversée
en arrière, une jambe allongée sur le siège qui lui faisait face.
La vitesse faisait trembler le cadre de la fenêtre. La vitre la
séparait de l’obscurité, et des points lumineux en déchiraient de
temps à autres la surface comme des traînées lumineuses. Les
reflets moulants de ses bas qui achevaient de sculpter la longue

ligne de ses jambes, depuis la courbe de son coup-de-pied
cambré jusqu’à la pointe de ses escarpins à hauts talons, avaient
une élégance toute féminine qui n’avait pas sa place dans le
wagon de train poussiéreux, lui-même étrangement incongru
avec le reste de sa personne. Elle portait un manteau de poils de
chameau lissés qui devait avoir coûté cher, et qui enveloppait
sans un pli les formes fines de son corps nerveux. Le col du
manteau remontait jusqu’aux bords inclinés de son chapeau.
Une mèche de cheveux bruns ondulés tombait en touchant
presque la ligne de ses épaules. Son visage était un assemblage
anguleux de surfaces planes ; les contours de sa bouche
parfaitement découpés, une bouche sensuelle maintenue fermée
avec une inflexible précision. Elle gardait les mains dans les
poches de son manteau dans une attitude contractée, comme si
elle ne supportait pas l’immobilité, et pas tant féminine, comme
si elle était inconsciente de ses formes et du fait même d’être
une femme. Elle était assise, écoutant la musique : c’était une
symphonie de triomphe. Les notes qui se succédaient en un flot
ininterrompu parlaient d’ascension, et elles étaient cette
ascension. Elles étaient l’essence et la forme même de ce
mouvement ascendant. Elles semblaient incarner tout acte et
toute pensée d’origine humaine qui pouvait exprimer
l’élévation. C’était une éclaircie sonore rayonnante, sortant de
sa clandestinité et se répandant sans retenue dans les airs. Cela
avait la liberté d’une libération, et la tension du propos. Ça
nettoyait littéralement l’espace, en ne laissant rien d’autre que la
joie d’un effort sans retenue. Seul un écho à peine discernable
de l’endroit d’où cette musique s’échappait trahissait ce
sentiment ; mais la musique parlait en riant d’étonnement, à la
découverte qu’il n’existait point de choses telles que la laideur
ou la douleur, et qu’il n’y avait jamais eu de telles choses.
C’était l’air d’une immense délivrance.
Elle se dit : « Pour seulement quelques instants, tant qu’ils
peuvent durer, est-il bon de complètement se rendre ; de tout
oublier et de ne rien s’autoriser d’autre que de ressentir des
émotions. Laisse-toi aller ; abandonne tout contrôle. C’est ça. »
Quelque part vers les limites de la partie consciente de son
esprit, sous la musique, elle entendait le bruit des roues du train.
Elles semblaient marteler un rythme régulier, chaque quatrième
choc plus accentué que les autres, comme pour affirmer un
propos conscient doué d’intelligence. Elle pouvait se détendre,

précisément parce qu’elle entendait ces roues. Elle écoutait la
symphonie en se disant : « Voila pourquoi les roues ne doivent
pas s’arrêter de tourner, et voila où elles vont. »
Elle n’avait jamais entendu cette symphonie, auparavant,
mais elle savait qu’elle avait été composée par Richard Halley.
Elle en reconnaissait la violence et la magnifique intensité. Elle
reconnaissait le style du thème. C’était une mélodie tout à la
fois claire et complexe, à une époque lors de laquelle plus
personne n’écrivait de mélodies. Elle était assise, le regard
renversé en arrière, fixant vaguement le plafond du wagon mais
ne le voyant pas, et avait oublié où elle se trouvait. Elle ne
savait pas si elle était en train d’écouter un orchestre
symphonique au grand complet, ou seulement le thème ; peutêtre
reconstruisait-elle l’orchestration dans sa tête. Il lui effleura
à peine l’esprit que l’on trouvait des échos prémonitoires de ce
thème dans l’intégralité de l’oeuvre de Richard Halley, à travers
toutes les années de sa longue lutte jusqu’au jour, vers le milieu
de sa vie, où la célébrité le saisit soudainement et l’assomma.
C’était, continua-t-elle d’y songer tout en écoutant la
symphonie, ce qui avait été l’objet de son combat. Elle se
remémorait les tentatives avortées dans sa musique, phrases
annonciatrices, bouts épars de mélodie interrompue sitôt après
avoir commencé… « Quand Richard Halley composa cela,
il… » Elle se redressa sur la banquette. « Quand Richard Halley
composa t-il cela ? »
A cet instant précis, elle réalisa où elle se trouvait et se
demanda pour la première fois d’où provenait cette musique. A
quelques pas, au bout du wagon, un employé garde-frein était
en train d’ajuster la température du système d’air conditionné.
C’était un jeune homme blond. Il était en train de siffler le
thème de la symphonie. Elle réalisa alors qu’il l’avait sifflé
depuis quelques temps déjà, et que c’était tout ce qu’elle avait
entendu.
Elle le regarda pendant un moment avec incrédulité, avant
d’élever la voix pour demander :
— Excusez-moi. Pourriez-vous me dire ce que vous êtes en
train de siffler ?
Le garçon se tourna vers elle ; elle rencontra un regard franc
et vit un large sourire empressé, comme s’il était en train de
partager une confidence avec un ami. Son visage aux traits
tendus et fermes lui plu. Il n’avait pas cette apparence de

muscles flasques tentant d’échapper à la responsabilité d’une
forme qu’elle avait appris à rencontrer dans le visage des gens.
— C’est le Concerto de Halley. répondit-il, toujours
souriant.
— Lequel ?
— Le Cinquième.
Elle laissa s’écouler un bref instant, avant de dire lentement
et avec grande réserve :
— Richard Halley n’a écrit que quatre concerti.
Le sourire du jeune homme disparut. C’était comme si la
réalité venait de le rappeler à l’ordre, exactement comme cela
venait de lui arriver quelques instants auparavant. C’était
comme si un volet coulissant venait de se refermer brutalement,
et que tout ce qui lui restait était un visage dénué d’expression ;
impersonnel, indifférent et vide.
— Oui, bien sûr ; je me suis trompé. dit-il.
— Alors qu’est-ce que c’était ?
— Quelque chose que j’ai entendu quelque part.
— Quoi ?
— Je ne sais pas.
— Où l’avez-vous entendu ?
— Je ne m’en souviens pas.
Elle s’interrompit, las. Il était en train de retourner à ses
occupations, sans manifester plus d’intérêt.
— Ça ressemblait à un thème de Halley ; mais je connais
chaque note qu’il a écrite, et il n’a jamais écrit ça. insista-t-elle.
Il n’y avait toujours pas d’expression ; seulement l’indication
d’une légère attention dans le visage du garçon, lorsqu’il se
tourna à nouveau vers elle et lui demanda :
— Vous aimez la musique de Richard Halley ?
— Oui, je l’apprécie vraiment. dit-elle.
Il la considéra pendant un moment avec une attitude
d’hésitation, avant de se tourner encore pour revenir à sa tâche.
Elle observa l’experte efficacité de ses mouvements, alors qu’il
continuait son travail. Il travaillait en silence.
Elle n’avait pas dormi depuis deux jours, mais elle ne
pouvait pas se le permettre. Elle devait concentrer son esprit sur
beaucoup trop de problèmes, et n’avait pas beaucoup de temps.
Le train devait arriver à New York tôt le matin. Elle avait
besoin de temps, quoiqu’elle eût bien voulu que le train aille
plus vite ; mais c’était la Comète Taggart, le train le plus rapide

du pays. Elle essaya de concentrer son attention, mais la
musique, obsédante, continuait à jouer quelque part dans un
recoin de son esprit, et elle ne pouvait s’empêcher de l’écouter,
comme s’il s’était agit de la marche implacable de quelque
chose que l’on ne pouvait stopper… Elle secoua la tête en une
réaction de courroux, se débarrassa nerveusement de son
chapeau, et alluma une cigarette.
Elle ne dormirait pas, se dit-elle ; elle pouvait tenir le coup
jusqu’à demain soir… Les roues du train cliquetaient
maintenant en un rythme accentué. Elle s’était si bien faite à ce
bruit qu’elle ne parvenait pas à l’écouter consciemment, mais le
son en était devenu un sentiment de plénitude en elle. Quand
elle éteignait une cigarette elle savait qu’elle en avait besoin
d’une autre, mais pensait qu’elle se donnerait une minute de
pause… ou juste quelques minutes… avant d’allumer la
prochaine…
Elle s’était endormie et se réveilla brusquement avec un
mouvement de convulsion, devinant que quelque chose n’allait
pas ; juste avant de comprendre ce que c’était : les roues
s’étaient arrêté de tourner. Le wagon était immobile, silencieux
et sombre dans la luminosité bleue que prodiguaient les
quelques rares éclairages extérieurs. Elle jeta un bref coup d’oeil
à sa montre : il n’y avait aucune raison pour que le train stoppe
maintenant. Elle regarda à travers la vitre : le train était
immobile au milieu d’une plaine déserte.
Elle entendit quelqu’un bouger dans un siège, de l’autre côté
de l’allée centrale du wagon, et elle demanda :
— Depuis combien de temps sommes-nous à l’arrêt ?
Une voix d’homme répondit avec indifférence :
— Environ une heure.
L’homme la contempla d’un regard à la foi étonné et
endormi, car elle se dressa sur ses jambes avec une énergie
inattendue pour se diriger prestement vers la porte du wagon.
Dehors, un vent glacial soufflait sur une étendue vide sous un
ciel vide. Elle entendit de grandes herbes folles frémir dans
l’obscurité. Au loin, vers l’avant du train, elle vit des silhouettes
humaines, immobiles, près de la locomotive et, comme en
suspension dans les airs, la lumière rouge d’un signal.
Elle s’avança rapidement vers les ombres humaines,
dépassant les rangées de roues des wagons. Personne ne la
remarqua, quand elle se fut rapprochée. L’équipe des cheminots

et quelques passagers formaient un groupe sous la lumière
rouge. Ils avaient cessé de parler et semblaient attendre avec
une attitude de placide indifférence.
— Que se passe t-il ? demanda-t-elle.
Le mécanicien se tourna vers elle, étonné. Sa question avait
l’accent d’un ordre ; pas celui de la curiosité profane du
passager ordinaire. Elle demeurait immobile, les mains dans les
poches, le col de son manteau remonté, quelques mèches de ses
cheveux battues par le vent en travers de son visage.
— “C’est rouge”, chère Madame, dit-il en pointant un pouce
en l’air.
— Depuis combien de temps ?
— Une heure.
— Nous ne sommes plus sur la voie principale, n’est-ce
pas ?
— C’est exact.
— Pourquoi ?
— Je ne sais pas.
Le conducteur s’adressa au groupe :
— J’pense pas qu’on nous a envoyé sur une voie de garage
pour quelque chose. Le switcher ne devait pas bien marcher, et
ce machin ne marche pas du tout.
Il désigna le point lumineux rouge d’un brusque mouvement
de tête vertical.
— J’pense pas que ce signal va s’arrêter d’être au rouge.
J’pense qu’il est “en rade”.
— Alors, qu’allez-vous faire ?
— Attendre qu’il réagisse.
Remarquant l’attitude de mécontentement outré qu’affichait
la femme, le pompier de service s’esclaffa :
— La semaine dernière, le Spécial Crack de la Southern
Atlantic est resté “en carafe” sur une voie de garage pendant
deux heures ; juste parce que quelqu’un “s’est gouré”.
— Celui-ci, c’est la Comète Taggart. La Comète n’a jamais
été en retard. dit-elle.
— C’est le seul dans le pays qui ne l’a jamais été. dit le
mécanicien.
— Il y a toujours une première fois. dit le pompier.
— Vous ne connaissez pas bien les trains, Madame. Il n’y a
pas un seul système de signalisation ou un aiguillage dans le
pays qui vaut quelque chose. dit un passager.

Elle ne daigna pas se tourner vers celui qui venait de parler,
ni même ne le remarqua, et s’adressa à nouveau au mécanicien :
— Si vous savez que le signal est en panne, qu’avez-vous
l’intention de faire ?
Il n’appréciait pas son ton autoritaire, et il ne comprenait pas
pourquoi elle en présumait avec autant de naturel. Elle avait
l’air d’une gamine ; seuls sa bouche et ses yeux indiquaient
qu’elle devait avoir la trentaine. Les deux yeux sombres étaient
directs et provocateurs, comme s’ils transperçaient les choses,
n’ayant aucune considération pour tout ce qui semblait sans
importance. Le visage lui semblait familier, mais il ne parvenait
pas à se rappeler où il l’avait déjà vu. Il lui dit :
— Madame, je n’ai pas l’intention de prendre de risques.
— Il veut dire que notre travail consiste à attendre les
ordres. enchérit le pompier.
— Votre travail est de faire fonctionner ce train.
— Pas de les faire passer au rouge. Si le feu dit “stop”, nous
stoppons.
— Une lumière rouge signifie “danger”, Madame. dit encore
le passager.
— Nous ne prendrons aucun risque. fit le mécanicien avant
d’ajouter :
— Qui que puisse être celui qui est responsable de ce qui
arrive, il se déchargera sur nous, si nous bougeons. Et donc,
nous ne bougerons pas d’ici jusqu’à ce que quelqu’un nous dise
de le faire.
— Et si personne ne le fait ?
— Quelqu’un se manifestera tôt ou tard.
— Combien de temps proposez-vous d’attendre ?
Le mécanicien s’esclaffa une nouvelle fois :
— Qui est John Galt ?
— Il veut dire, ne posez pas de questions auxquelles
personne ne peux répondre. aida encore le pompier.
Elle jeta un regard à la lumière rouge, puis aux rails qui
s’enfuyaient vers l’obscurité, vers un point inconnu.
Elle dit alors :
— Continuez prudemment jusqu’au prochain signal. Si tout
semble être en ordre, revenez sur la voie principale. Après quoi
vous ferez un arrêt au premier bureau qui est ouvert.
— Ah ouais ? Qui a dit ça ?
— Moi.

— Qui êtes-vous ?
Ça devait être la plus courte des pauses à venir, un moment
d’étonnement en réponse à une question qu’elle n’aurait jamais
pu prévoir, mais le mécanicien regarda de plus près son visage,
et, à l’instant même où elle répondit, il sursauta :
— Oh-là-là !
Elle répondit sans agressivité, seulement comme quelqu’un
qui n’avait pas l’habitude d’entendre une telle question :
— Dagny Taggart.
— Et ben, j’serai… fit le pompier.
Après quoi tout le monde demeura silencieux. Elle poursuivit
avec le même ton naturel d’autorité :
— Continuez et revenez sur la voie principale, puis arrêtezmoi
ce train au prochain bureau qui sera ouvert.
— Bien, Mademoiselle Taggart.
— Vous aurez du temps à rattraper. Vous avez le restant de
la nuit pour le faire. Faites arriver la Comète à l’heure.
— Bien, Mademoiselle Taggart.
Elle était en train de faire demi-tour pour s’en retourner dans
son wagon, lorsque le mécanicien lui demanda :
— Si jamais nous avons un problème, en prenez-vous la
responsabilité, Mademoiselle Taggart ?
— Bien sûr.
Le conducteur lui emboîta le pas. Encore tout étonné, il lui
dit :
— Mais… juste une place dans une voiture de jour,
Mademoiselle Taggart ? Comment ça se fait ? Pourquoi ne nous
avez-vous pas prévenu ?
Elle souriait facilement.
— Pas le temps de faire des chichis. Mon wagon personnel
était dans le Train 22, au départ de Chicago, mais il partait à
Cleveland et il était en retard ; alors je l’ai laissé partir. La
Comète était le prochain, et je l’ai pris. Il n’y avait plus de
compartiments couchettes de libres.
Le conducteur secoua la tête.
— Votre frère ; il ne serait pas monté dans une voiture
ordinaire.
Elle rit.
— Non, sûrement pas.

Les hommes restés près de la locomotive la regardaient
s’éloigner. Le jeune garde-frein était parmi eux. Il demanda, en
la désignant du regard :
— Qui c’est ?
— C’est ce qui dirige la Taggart Transcontinental, répondit
le mécanicien.
Le respect dans le ton de sa voix était authentique.
— Ça, c’est le vice-président exécutif.
Quand le train s’ébranla, le son puissant du sifflet mourait
encore au loin dans la plaine. Elle s’assit près de la vitre et
alluma une nouvelle cigarette. Elle méditait : c’est en train de
craquer… comme ça… partout dans le pays ; ça pouvait arriver
n’importe où, n’importe quand. Mais elle ne ressentait ni colère
ni anxiété ; elle n’avait pas le temps d’avoir des émotions.
Ce ne serait rien qu’un problème de plus à régler avec tous
les autres. Elle savait que le directeur de la division Ohio n’était
pas bon, et qu’il était un ami de James Taggart. Elle n’avait pas
trop insisté pour que l’on s’en débarrasse, il y avait longtemps
déjà ; seulement parce qu’elle n’avait trouvé personne de mieux
que lui pour le remplacer. Les bons hommes étaient si
étrangement difficiles à trouver. Mais elle devait s’en
débarrasser, se dit-elle, et elle donnerait son poste à Owen
Kellogg, ce jeune ingénieur qui était en train de faire un brillant
travail en temps que l’un des assistants du directeur du
Terminus Taggart de New York ; c’était Owen Kellogg qui
faisait tourner le Terminus. Elle avait parfois observé sa façon
de travailler. Elle était toujours à l’affut des signes de
compétence, tel un prospecteur de diamants dans une terre aride
et passablement prometteuse. Kellogg était encore un peu jeune
pour être nommé directeur de division. Elle avait voulu le
laisser mûrir une année de plus, mais on ne pouvait plus s’offrir
le luxe d’attendre. Il fallait qu’elle aille le voir aussitôt qu’elle
reviendrait.
La bande de terre à peine visible à travers la vitre était en
train de défiler plus rapidement, formant un ruban
uniformément gris. Au milieu des phrases de calcul arides de
son esprit, elle remarqua qu’elle avait le temps de ressentir
quelque chose : c’était le dur, mais ô combien grisant, plaisir de
l’action.
Avec la première bouffée d’air sifflant, lorsque la Comète
plongea dans les tunnels du Terminus Taggart, sous la cité de

New York, Dagny Taggart prit une posture plus droite sur son
siège. Elle ressentait toujours cela lorsque le train s’engouffrait
sous terre : ce sentiment d’empressement, d’espoir et de secrète
excitation. C’était comme si une existence normale n’était
qu’une photographie en couleurs de mauvaise qualité,
représentant des choses sans formes ; mais la sienne était un
dessin fait de quelques traits vifs qui donnait aux choses une
allure claire et nette, importante, et elle valait la peine d’être
faite. Elle s’attarda sur les tunnels qui coulaient à flots derrière
elle ; murs de béton nus ; un faisceau de tubes et de câbles ; un
réseau de rails qui partaient en arrière pour disparaître dans des
trous noirs d’où ne semblaient pouvoir réchapper que des
lumières vertes et rouges en suspension, telles des gouttes de
couleur. Il n’y avait rien d’autre, rien d’autre pour diluer tout
cela, si bien que l’on pouvait admirer le propos brut et le génie
qui l’avaient accompli. Elle eut une pensée pour le Building
Taggart se dressant au-dessus de sa tête en ce moment, poussant
droit vers les cieux, et elle dit en songe : « Ceci sont les racines
du Building, racines creuses zigzagant sous la terre, nourrissant
la cité. »
Quand le train stoppa, quand elle sortit et entendit le béton
du quai sous les talons de ses chaussures, elle sentit la lumière
et se sentit décoller, projetée dans l’action. Elle marchait d’un
pas rapide, comme si la vitesse de ses pas avait le pouvoir de
donner une forme aux choses qu’elle ressentait. Quelques
instants s’étaient déjà écoulés quand elle se surprit à siffler une
pièce de musique, et qu’elle réalisa que c’était le thème du
Cinquième Concerto de Halley. Elle se sentit observée et se
retourna. Le jeune garde-frein, immobile, la regardait avec
intensité.
***
Elle s’assit sur l’accoudoir d’un large fauteuil faisant face au
bureau de James Taggart, son manteau largement ouvert sur un
costume de voyage plissé. Eddie Willers était assis à l’autre
bout de la pièce, prenant des notes de temps à autre. Son titre
était celui d’assistant spécial du vice-président exécutif, et son
devoir principal était d’être son garde du corps la défendant
contre toute perte de temps. Elle lui demandait d’être présent
lors d’entretiens de cette nature, car dès lors elle n’aurait plus à

lui expliquer quoi que ce soit par la suite. James Taggart était
assis derrière son bureau, sa tête rentrée dans ses épaules.
— La Ligne Rio Norte est un tas de vieilleries d’un bout à
l’autre. dit-elle, « C’est bien pire que je le pensais. Mais nous
allons la sauver. »
— Bien sûr. dit James Taggart.
— Une partie des rails peut être sauvée. Pas une grande
quantité et pas pour longtemps. Nous commencerons à poser
des rails dans les sections situées dans les montagnes, le
Colorado en premier. Nous aurons les nouveaux rails dans deux
mois.
— Oh, Orren Boyle a-t-il dit…
— J’ai commandé les rails chez Rearden Steel.
Le léger et bref son étranglé venant en direction d’Eddie
Willers était une ovation mal contenue.
James Taggart prit un temps pour s’exprimer.
— Dagny, pourquoi ne t’assieds-tu pas normalement dans le
fauteuil, comme n’importe qui est censé le faire ? dit-il
enfin d’un ton irrité, « Personne ne tient des réunions d’affaire
de cette façon. »
— Moi, si.
Elle fit suivre sa réponse d’un silence appuyé pour faire
place à la réplique de son interlocuteur. Il ne tarda pas à
demander enfin, ses yeux fuyant les siens :
— As-tu dit que tu as commandé les rails chez Rearden ?
— Hier soir. Je lui ai téléphoné de Cleveland.
— Mais le Conseil d’administration n’a pas avalisé une telle
décision. Je ne l’ai pas avalisée. Tu ne m’as pas consulté.
Elle tendit la main pour saisir le combiné du téléphone sur le
bureau de son frère et le lui tendit, en ajoutant :
— Appelle Rearden et annule la commande, dans ce cas.
James Taggart se renversa en arrière dans son fauteuil.
— Je n’ai pas dit ça. répliqua t-il. « Je n’ai pas dis ça du
tout. »
— Alors on la maintien.
— Je n’ai pas dit ça non plus.
Elle se tourna.
— Eddie ? fais le nécessaire pour qu’on prépare le contrat
avec Rearden Steel. Jim le signera. elle plongea la main dans sa
poche pour en extraire une feuille de bloc-notes froissée et la

tendit en direction d’Eddie, en ajoutant, « Les chiffres et les
termes du contrat sont là-dessus. »
Taggart s’étouffa :
— Mais le Conseil d’administration n’a…
— Le Conseil n’a rien à voir avec ça. Il t’a autorisé à acheter
les rails, il y a treize mois. Où tu les achètes ; c’est ton affaire.
— Je ne pense pas que ce soit correct de prendre une telle
décision, sans offrir aux actionnaires une chance d’exprimer
leur opinion. Et je ne vois pas pourquoi je devrais prendre cette
responsabilité.
— Je suis en train de la prendre.
— Et qu’est-ce qu’on fait avec le surcoût qui…
— Rearden est moins cher qu’Orren Boyle Associated Steel.
— Oui ; et qu’est-ce qu’on fait avec Orren Boyle ?
— J’ai annulé le contrat. Nous avions le droit de le rendre
caduque depuis six mois.
— Quand l’as-tu fait ?
— Hier.
— Mais il ne m’a pas demandé de le lui confirmer.
— Il ne le fera pas.
Taggart, le regard baissé, semblait contempler le dessus de
son bureau. Elle se demandait pourquoi il redoutait la nécessité
de faire affaire avec Rearden, et pourquoi cette crainte avait une
expression si bizarrement évasive. Rearden Steel avait été le
principal fournisseur de Taggart Transcontinental durant dix
années, sous la présidence de leur père ; et ce depuis que le
premier haut-fourneau de Rearden avait été allumé. Durant dix
ans, la plupart de leurs rails étaient venus de chez Rearden
Steel. Il n’y avait pas beaucoup de firmes dans le pays qui
livraient en temps et en heure ce qui était commandé, et dans le
respect des quantités. Rearden Steel était l’une d’entre-elles.
Sachant que Rearden faisait son travail avec une remarquable
efficacité, Dagny songea que si elle devait être folle, alors elle
ne pouvait que conclure qu’il avait horreur de faire des affaires
avec Rearden ; mais ce n’était pas ce quelle conclurait, parce
qu’elle songea qu’une telle explication n’était pas pensable.
— C’est déloyal. dit James Taggart.
— Qu’est-ce qui l’est ?
— Que nous donnions toujours tout notre travail à Rearden.
Il me semble que nous devrions offrir une chance à d’autres,
aussi. Rearden n’a pas besoin de nous ; il a plein de travail.

Nous devrions aider à se développer de plus petits partenaires.
Sinon, nous ne faisons que favoriser une situation de monopole.
— Ne dis pas de bétises, Jim.
— Pourquoi devons-nous toujours faire faire les choses par
Rearden ?
— Parce qu’il nous les livre toujours.
— Je n’aime pas Henry Rearden.
— Moi si. Mais qu’est-ce qui importe, d’une façon ou d’une
autre ? Nous avons besoin de rails, et il est le seul qui puisse
nous les fournir.
— Le facteur humain est vraiment important. Tu ne tiens
absolument pas compte de l’aspect humain des choses.
— Nous sommes en train de parler de sauver une voie
ferrée, Jim.
— Oui, bien sûr, bien sûr ; mais, cependant, tu n’as aucun
sens de l’élément humain.
— Non, je ne l’ai pas.
— Si nous donnons à Rearden une aussi grosse commande
de rails d’acier…
— Ils ne vont pas être en acier. Ils seront en Rearden Metal.
Elle avait toujours évité les réactions personnelles, mais elle
se sentit obligée d’enfreindre sa propre règle lorsqu’elle vit
l’expression sur le visage de Taggart.
Elle éclata de rire.
Le Rearden Metal était un nouvel alliage produit par Rearden
après dix années de recherche et d’expérimentations. Il l’avait
récemment lancé sur le marché, mais n’avait toujours pas eu de
commandes et n’avait pas pu trouver de clients pour ce produit.
Taggart était incapable de comprendre la transition du rire de
Dagny vers le ton nouveau et abrupt qu’elle adoptait
maintenant ; un ton froid et cassant :
— Laisse tomber, Jim. Je sais d’avance tout ce que tu vas
me dire. Personne ne l’a jamais utilisé avant... Personne
n’approuve ce métal… Personne ne s’y intéresse… Personne ne
le veut… Cependant, nos rails vont bel et bien être en Rearden
Metal.
— Mais… tempêta Taggart, mais… mais personne ne l’a
jamais utilisé avant !
Il observa avec satisfaction que hausser la voix la faisait
taire. Il aimait observer les émotions. Elles étaient des lumières
rouges accrochées le long des profondeurs sombres et

inconnues de la personnalité, indiquant les points faibles. Mais
comment pouvait-on ressentir une émotion pour un alliage de
métal, et qu’est-ce que pouvait indiquer une telle émotion ;
c’était quelque chose qu’il ne parvenait pas à comprendre ; c’est
pourquoi il ne pouvait rien faire de cette découverte
psychologique.
— Le consensus auquel est arrivé les plus éminentes
autorités de la métallurgie, dit il, « semble être très sceptique à
propos du Rearden Metal ; s’y opp… »
— Laisse tomber, Jim.
— Bon ; sur l’opinion de qui te bases-tu ?
— Je n’ai besoin de l’opinion de personne.
— Tu te bases sur quoi, dans ce cas ?
— Le jugement.
— Bien ; sur le jugement de qui t’appuies-tu ?
— Le mien.
— Mais qui as-tu consulté à ce propos ?
— Personne.
— Alors, qu’est-ce que tu connais du Rearden Metal ?
— Que c’est la plus grande chose jamais lancée sur le
marché.
— Pourquoi ?
— Parce que c’est plus dur que l’acier, moins cher que
l’acier et résistera plus longtemps que n’importe quel autre type
de métal existant.
— Mais qui dit ça ?
— Jim, j’ai fait des études d’ingénieur, à l’université. Quand
je regarde les choses, je sais voir leurs qualités.
— Et qu’est-ce que tu as vu ?
— La formule de Rearden ; et les tests qu’il m’a montré.
— D’accord, si c’était si bien que cela, quelqu’un l’aurait
déjà utilisé, mais personne ne l’a fait. il vit la réaction de colère,
et poursuivit nerveusement, « Comment peux-tu savoir que
c’est bien ? Comment peux-tu en être sûre ? Comment peux-tu
en décider ? »
— Quelqu’un décide de telles choses, Jim ? Qui ?
— Bon ; je ne vois pas pourquoi nous devons être les
premiers. Je ne vois pas du tout.
— Veux-tu sauver la Ligne Rio Norte, ou pas ?
Il ne répondit pas.

— Si la voie pouvait le supporter, je me débarrasserai de
tous les morceaux de rail de tout le système pour les remplacer
par du Rearden Metal. Tout a besoin d’être remplacé. Rien ne
résistera bien longtemps. Mais on ne peut pas se le permettre.
On doit se débarasser d’un sale problème, en premier lieu.
Veux-tu qu’on arrive à avancer ou pas ?
— Nous sommes toujours la meilleure société ferroviaire
dans le pays. Les autres font bien pire.
— Alors veux-tu qu’on reste dans notre merdier ?
— Je n’ai pas dit ça ! Pourquoi réduis-tu toujours les choses
comme ça ? Et si les questions d’argent te tracassent tant, je ne
vois pas pourquoi tu veux en gaspiller sur la Ligne Rio Norte,
au moment ou Phoenix-Durango nous a pris tous nos clients làbas.
Pourquoi dépenser de l’argent alors que nous n’avons
aucune protection contre un concurrent qui va détruire notre
investissement ?
— Parce que Phoenix-Durango est une excellente société de
chemin de fer, mais j’ai bien l’intention de faire mieux avec la
Ligne Rio Norte. Parce que je vais battre la Phoenix-Durango, si
nécessaire. Seulement, ça ne sera pas nécessaire, parce qu’il y a
assez de place dans le Colorado pour faire la fortune de deux ou
trois compagnies de chemin de fer. Parce que je vais mettre le
système en vente par prêt hypothécaire pour étendre une
ramification dans tous les districts situés autour d’Ellis Wyatt.
— J’en ai plus qu’assez d’entendre parler d’Ellis Wyatt !
Il n’aimait pas cette façon qu’elle avait de bouger les yeux
vers lui pour le regarder fixement et longuement.
— Je ne vois aucun besoin de nous engager dans une action
immédiate. dit-il. Il avait l’air offensé, « Qu’est ce que tu
considères de si alarmant dans la situation présente de Taggart
Transcontinental ? »
— Les conséquences de ta politique, Jim.
— Quelles conséquences ? De quelle politique parles-tu ?
— Ces treize mois d’expérience avec Associated Steel,
d’une part. Ta catastrophe mexicaine, d’autre part.
— Le Conseil d’administration a approuvé le contrat avec
Associated Steel. s’empressa t-il de répliquer, « Le Conseil a
voté pour la construction de la Ligne San Sebastian. Par
ailleurs, je ne vois pas pourquoi tu appelles ça une
catastrophe ? »

— Parce que le gouvernement mexicain va nationaliser ta
Ligne dans les prochains jours.
— C’est un mensonge ! sa voix s’était transformée en un cri.
— Ce ne sont rien d’autre que de vicieuses rumeurs ! Je le
tiens d’une influence haut placée, et…
— Ne montre pas que tu as peur, Jim. lui dit-elle avec
mépris.
Il ne répondit pas.
— Ça ne sert à rien de paniquer à propos de ça, maintenant.
ajouta-t-elle, « Tout ce que nous pouvons faire, c’est d’essayer
d’encaisser le coup. Et ça va être un sale coup. 40 millions de
dollars ; c’est une perte dont on ne va pas se remettre
facilement. Mais Taggart Transcontinental a encaissé pas mal
de coups durs, dans le passé. Je veillerai au grain pour qu’elle
encaisse celui-là. »
— Je refuse de considérer… je refuse absolument de
considérer l’éventualité que la Ligne San Sebastian soit
nationalisée.
— D’accord, ne le considère pas.
Elle demeura silencieuse. Il défendit :
— Je ne vois pas pourquoi tu manifestes tant
d’empressement pour offrir une chance à Ellis Wyatt, alors que
tu penses qu’il est mal avisé de prendre part au développement
d’un pays sous-développé qui n’a jamais eu une chance.
— Ellis Wyatt ne demande de chance à personne. Et je ne
suis pas dans les affaires pour offrir des chances. Je dirige une
compagnie de chemin de fer.
— C’est là une vision extrêmement étroite, il me semble. Je
ne vois pas pourquoi nous devrions vouloir aider un homme à la
place d’un pays tout entier.
— Ça ne m’intéresse pas d’aider qui que ce soit. Je veux
gagner ma vie, et sauver cette compagnie.
— C’est une attitude impensable. L’égoïste avidité pour le
profit est une chose du passé. Il a été généralement admis que
les intérêts de la société, dans sa globalité, doivent toujours
passer en premier dans n’importe quelle entreprise qui…
— Combien de temps encore as-tu l’intention d’éviter le
sujet, Jim ?
— Quel sujet ?
— Le bon de commande pour le Rearden Metal.

Il ne répondait pas. Il demeurait assis, l’étudiant
silencieusement du regard. Son corps mince, sur le point de
s’effondrer d’épuisement, était maintenu par la ligne droite que
formaient ses épaules, et les épaules étaient maintenues par un
effort conscient de volonté. Peu de gens appréciaient son
visage ; il était trop froid ; ses yeux trop intenses ; rien ne
pourrait jamais lui prêter le charme d’une douce attention.
Les belles jambes, inclinées depuis l’accoudoir du fauteuil où
elles reposaient jusqu’au centre de son champ de vision,
l’ennuyaient ; elles gâtaient ce qui lui restait d’estime.
Comme elle demeurait silencieuse, elle aussi ; il se sentit
obligé de demander :
— As-tu passé cette commande juste comme ça, sous
l’impulsion du moment, par téléphone ?
— J’ai décidé de le faire il y a six mois. J’étais en train
d’attendre que Hank Rearden soit prêt à lancer la production.
— Ne l’appelle pas “Hank” Rearden. C’est d’un vulgaire.
— C’est comme cela que tout le monde l’appelle. Ne change
pas de sujet.
— Pourquoi devais-tu l’appeler, hier soir ?
— Pas pu le joindre plus tôt.
— Pourquoi n’as-tu pas attendu d’être revenue à New York,
et…
— Parce que j’avais vu la Ligne Rio Norte.
— Bon ; j’ai besoin de temps pour considérer tout cela ;
pour le présenter devant le Conseil d’administration ; pour
consulter les meilleurs…
— Il n’y a pas le temps.
— Tu ne m’as pas laissé une chance de me faire une
opinion.
— J’en ai rien à faire, de ton opinion. Je n’ai pas l’intention
d’ergoter avec toi, avec ton Conseil d’administration ou avec tes
professeurs. Tu as un choix à faire, et tu vas le faire maintenant.
Dis moi juste “oui”, ou “non”.
— C’est une absurde, tyrannique et arbitraire façon de…
— Oui ou non ?
— C’est ça le problème, avec toi. Tu réduis toujours tout à
“oui” ou “non”. Les choses ne sont jamais aussi tranchées que
ça. Rien n’est absolu.
— Les rails en métal le sont ; que nous les ayons où pas,
c’est le cas.

Elle attendait. Il ne répondait pas.
— Alors ? fit-elle.
— Est-ce que tu prends la responsabilité de cette décision ?
— Je la prends.
— Vas-y, dit-il avant d’ajouter, « mais à tes propres risques
et périls. Je n’annulerai pas cette décision, mais je n’engagerai
pas ma responsabilité lorsque je présenterai la chose au Conseil
d’administration. »
— Dis tout ce que tu veux.
Elle se leva pour partir. Il était appuyé en avant sur son
bureau, hésitant à marquer la fin de l’entretien, et de la marquer
d’une manière si décisive.
— Tu réalises, bien entendu, qu’une longue procédure sera
nécessaire pour mettre tout cela en route, dit-il ; ses paroles
semblaient presque teintées d’espérance, « Ce n’est pas aussi
simple que ça. »
— Oh, je n’en doute pas. dit-elle, « Je t’enverrai un rapport
détaillé qu’Eddie va préparer, et que tu ne liras pas. Eddie
t’aideras à faire avancer le travail. Je vais à Philadelphie, ce
soir, pour voir Rearden. Lui et moi avons pas mal de travail à
faire. » elle ajouta, « C’est aussi simple que ça, Jim. »
Elle venait de tourner les talons pour s’en retourner à son
bureau, lorsqu’il l’interpella ; et ce qu’il dit sembla aussi
ahurissant qu’en dehors du sujet.
— Tout va bien pour toi parce que tu as de la chance. Les
autres ne peuvent pas le faire.
— Faire quoi ?
— Les autres sont humains. Ils sont sensibles. Ils ne peuvent
pas dévouer toute leur vie à du métal et à des moteurs. Tu as de
la chance. Tu n’as jamais eu aucun sentiment. Tu n’as jamais
rien ressenti du tout.
Alors qu’elle le regardait, ses yeux gris sombre passèrent
lentement de l’étonnement à l’immobilité, puis à une étrange
expression qui ressemblait à de la lassitude, sauf qu’ils
semblaient exprimer bien plus que l’endurance dont elle venait
de faire montre.
— Non, Jim, dit-elle calmement, « je crois que je n’ai jamais
rien “ressenti” du tout. »
Eddie Willers la suivit jusqu’à son bureau. Chaque fois
qu’elle se retournait, il avait la sensation que le monde lui
devenait soudainement clair, limpide, facile à affronter ; et il

oubliait ses moments d’appréhension indistincts. Il était la seule
personne qui trouvait cela si complètement naturel, qu’elle
doive être le vice-président exécutif d’une grande compagnie de
chemin de fer, bien qu’elle soit une femme. Elle lui avait dit,
quand il avait dix ans, qu’un jour elle dirigerait la compagnie.
Ça ne l’étonnait pas, maintenant ; exactement comme cela ne
l’avais pas étonné, cet autre jour, dans la clairière.
Quand ils entrèrent dans son bureau, quand il la vit s’asseoir
derrière le bureau et jeter un regard vers les mémorandums qu’il
avait posé là pour elle, il se sentit comme si il était dans sa
voiture, quand le moteur démarrait et que les roues pouvaient
tourner pour faire bondir l’engin.
Il était sur le point de quitter son bureau, lorsqu’il se souvint
d’un sujet dont il ne lui avait pas parlé.
— Owen Kellogg, du département du Terminus, m’a
demandé s’il pourrait obtenir un rendez-vous avec toi. lui dit-il.
Elle leva les yeux, étonnée.
— C’est drôle. J’étais sur le point de le faire aller chercher.
Fais-le venir. Je veux le voir….
— Eddie, ajouta-t-elle soudainement, « avant que je
commence, dis leur de me mettre en relation téléphonique avec
Ayers, de l’Ayers Music Publishing Company. »
— La Music Publishing Company ? répéta-t-il, incrédule.
— Oui. Il y a quelque chose que je voudrais lui demander.
Quand la voix de Monsieur Ayer, courtoisement empressée,
s’enquit de savoir quel service il pouvait bien lui rendre, elle
demanda :
— Pouvez-vous me dire si Richard Halley a écrit un
nouveau concerto pour piano ; le Cinquième ?
— Un cinquième concerto, Mademoiselle Taggart ?
Pourquoi ? Non ; bien sûr qu’il n’a rien fait de tel.
— Vous en êtes certain ?
— Tout à fait certain, Mademoiselle Taggart. Il n’a rien écrit
depuis huit ans.
— Est-il encore en vie ?
— Pourquoi ? Oui… quoique je ne peux le dire avec
certitude. Il a complètement rompu avec la vie publique, mais je
suis sûr que nous en aurions entendu parler, s’il était mort.
— S’il écrivait quoi que ce soit, le sauriez-vous ?
— Bien entendu. Nous serions les premiers à le savoir. Nous
publions l’ensemble de son oeuvre. Mais il a arrêté d’écrire.

— Je vois. Merci.
Quand Owen Kellogg entra dans son bureau, elle le regarda
avec satisfaction. Elle fût heureuse de voir que le vague
souvenir de son apparence physique était fidèle à la réalité. Son
visage avait la même qualité que celui du jeune garde-frein ; le
visage d’un genre d’homme avec qui elle pouvait faire quelque
chose.
— Asseyez-vous, Monsieur Kellogg. dit-elle ; mais il
demeura debout devant son bureau, et, contre toute attente, ce
fût lui qui prit la parole le premier :
— Une fois, vous m’avez demandé de vous faire savoir si
jamais je décidais de changer d’emploi, Mademoiselle Taggart.
fit-il, « C’est pourquoi, je suis venu vous dire que je présente
ma démission. »
Elle se serait attendue à entendre n’importe quoi, sauf ça.
Elle dut reprendre ses esprits pendant un instant, avant de lui
demander calmement :
— Pourquoi ?
— Pour une raison personnelle.
— Vous n’êtes vous pas satisfait, ici ?
— Si.
— Avez-vous reçu une meilleure offre ? Dans quelle
compagnie de trains comptez-vous aller ?
— Je ne vais aller dans aucune compagnie de trains,
Mademoiselle Taggart.
— Alors quel travail allez-vous faire ?
— Je n’en ai pas encore décidé.
Elle l’étudia, se sentant légèrement embarrassée. On ne
pouvait déceler aucune hostilité sur son visage ; il la regardait
bien en face ; il répondait simplement, directement ; il parlait
comme quelqu’un qui n’a rien à cacher, ni à démontrer ; le
visage était poli et impassible.
— Alors pourquoi devriez-vous avoir envi de partir ?
— C’est une affaire personnelle.
— Etes-vous souffrant ? Est-ce une question en rapport avec
votre santé ?
— Non.
— Quittez-vous la ville ?
— Non.
— Avez-vous hérité de quelque argent qui vous permet de
vous retirer ?

— Non.
— Avez-vous l’intention de continuer à travailler pour
vivre ?
— Oui.
— Mais vous ne souhaitez pas travailler pour Taggart
Transcontinental ?
— Non.
— Dans ce cas, quelque chose doit-être arrivé ici, pour
causer votre démission. Quoi ?
— Rien, Mademoiselle Taggart.
— J’aimerais que vous m’expliquiez. J’ai une raison de
vouloir en savoir plus.
— Croiriez-vous en ce que je pourrais vous en dire,
Mademoiselle Taggart ?
— Oui.
— Aucune personne, aucun sujet ou évènement en relation
avec mon travail ici n’est la cause de ma décision.
— Vous n’avez aucun reproche particulier à formuler contre
Taggart Transcontinental ?
— Aucun.
— Alors je pense que vous pourriez reconsidérer votre
décision, en entendant la proposition que j’ai à vous faire.
— Je suis désolé, Mademoiselle Taggart. Je ne le peux.
— Pourrai-je vous dire ce que j’ai en tête ?
— Oui, si vous le souhaitez.
— Me croiriez-vous si je vous dis que j’ai décidé de vous
proposer le poste que je vais vous offrir, avant que vous
demandiez à me voir. Je veux que vous sachiez ça.
— Je vous croirai toujours, Mademoiselle Taggart.
— Il s’agit du poste de directeur du département de l’Ohio.
Je vous l’offre, si vous le voulez.
Son visage ne trahit aucune réaction, comme si les mots
n’avaient pas plus de signification pour lui que pour un sauvage
qui n’aurait jamais entendu parler de chemin de fer.
— Je n’en veux pas, Mademoiselle Taggart. se contenta t-il
de répondre.
Après un instant, elle dit, d’une voix tendue, cette fois :
— Ecrivez votre propre salaire, Kellogg. Dites votre prix. Je
veux que vous restiez. Je peux vous offrir autant que ce que
n’importe quelle autre compagnie de chemin de fer vous offre.

— Je ne vais travailler pour aucune autre compagnie de
chemin de fer.
— Je pensais que vous adoriez votre travail.
Ce fut le premier signe d’émotion en lui : juste un léger
écarquillement de ses yeux, et un étrange surcroît de calme dans
sa voix, lorsqu’il répondit :
— J’adore mon travail, en effet.
— Alors dites-moi ce que je dois vous dire pour vous
garder ! Ce fut involontaire et si naturellement sincère qu’il la
regarda comme si elle l’avait atteint.
— Peut-être que c’est un peu rude de ma part, de venir
jusqu’ici pour vous dire que je m’en vais, Mademoiselle
Taggart. Je sais que vous m’avez demandé de me justifier parce
que vous vouliez avoir une chance de me faire une contreproposition.
Donc si je viens, ça a l’air de vouloir dire que je
suis prêt à négocier. Mais je ne le suis pas. Je suis venu
seulement parce que je voulais respecter la promesse que je
vous avais faite.
Cette cassure dans sa voix lui fit l’effet d’un éclair lumineux
qui lui dit combien l’intérêt qu’elle avait pour lui, et l’offre
qu’elle venait de lui faire, avaient comptés, et que sa décision
n’avait pas été facile à prendre.
— Kellogg, n’y a t-il rien que je puisse vous proposer ? elle
demanda.
— Rien, Mademoiselle Taggart. Rien sur Terre.
Il tourna les talons, et partit. Pour la première fois de sa vie,
elle se sentit désespérée, et battue.
— Pourquoi ? elle demanda dans le vide, sans s’adresser à
lui.
Mais il entendit, et s’arrêta pour hausser les épaules en
souriant. Il sembla être vivant, pendant un bref instant, et ce fût
le plus étrange de tous les sourires qu’elle n’eût jamais vu. Il
était porteur d’un secret amusement intérieur, et aussi d’un
immense chagrin d’une amertume infinie. Il répondit :
— Qui est John Galt ?

 

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Mardi 15 mars 2011 2 15 /03 /Mars /2011 02:11

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Ayn Rand pour les nuls

Publié le 30/10/2010

Si vous n’avez pas le temps de vous plonger dans les 1800 pages d’Atlas Shrugged en anglais, si « La vertu d’égoïsme » vous donne mal au crâne (rien que le titre vous donne des boutons) et si vous n’arrivez même pas à prononcer son nom (Hène Rand, Aïne Rand, Hène Rénde ou Ah-ïne Rènd ?) RIEN N’EST PERDU !

Un peu de pédagogie :
Voici 3 mn de présentation de l’objectivisme, la philosophie d’Ayn Rand, dans une langue parfaitement claire et limpide, avec un bel accent américain ! (Il s’agit d’un extrait d’une émission dont j’ai perdu la trace. L’animateur lit un texte d’Ayn Rand datant de 1962.)

(retranscription en anglais et en français)


Objectivism in a brief (1962, Ayn Rand Institute – www.aynrand.org)

At a sales conference at Random House, preceding the publication of Atlas Shrugged, one of the book salesmen asked me whether I could present the essence of my philosophy while standing on one foot. I did as follows :


1. Metaphysics : Objective Reality

2. Epistemology : Reason

3. Ethics : Self-interest

4. Politics : Capitalism


If you held these concepts with total consistency, as the base of your convictions, you would have a full philosophical system to guide the course of your life. But to hold them with total consistency—to understand, to define, to prove and to apply them—requires volumes of thought.

My philosophy, Objectivism, holds that :

1. Reality exists as an objective absolute—facts are facts, independent of man’s feelings, wishes, hopes or fears.

2. Reason (the faculty which identifies and integrates the material provided by man’s senses) is man’s only means of perceiving reality, his only source of knowledge, his only guide to action, and his basic means of survival.

3. Man—every man—is an end in himself, not the means to the ends of others. He must exist for his own sake, neither sacrificing himself to others nor sacrificing others to himself. The pursuit of his own rational self-interest and of his own happiness is the highest moral purpose of his life.

4. The ideal political-economic system is laissez-faire capitalism. It is a system where men deal with one another, not as victims and executioners, nor as masters and slaves, but as traders, by free, voluntary exchange to mutual benefit. It is a system where no man may obtain any values from others by resorting to physical force, and no man may initiate the use of physical force against others. The government acts only as a policeman that protects man’s rights; it uses physical force only in retaliation and only against those who initiate its use, such as criminals or foreign invaders. In a system of full capitalism, there should be (but, historically, has not yet been) a complete separation of state and economics, in the same way and for the same reasons as the separation of state and church.


Traduction


Lors d’une conférence de presse chez Random House, précédant la publication d’Atlas Shrugged, un lecteur m’a demandé si je pouvais présenter l’essence de ma philosophie en quelques mots. Je l’ai fait comme suit :


1. Métaphysique : la réalité objective

2. Epistémologie : la raison

3. Ethique : l’accomplissement de soi

4. Politique : le capitalisme


Si vous déteniez ces concepts dans une totale cohérence, comme la base de vos convictions, vous disposeriez d’un système philosophique complet pour orienter le cours de votre vie. Mais les maintenir avec une cohérence totale, les comprendre, les définir, les prouver et les appliquer, exige des heures de réflexion.

Ma philosophie, l’objectivisme, soutient que :

1. La réalité existe comme un absolu. Les faits sont les faits, indépendamment des sentiments humains, des souhaits, des espoirs ou des craintes.

2. La raison (la faculté qui identifie et intègre les éléments fournis par les sens de l’homme) est le seul moyen de percevoir la réalité, sa seule source de connaissance, son seul guide d’action et son seul moyen de survie.

3. Tout homme est une fin en lui-même, et non un moyen pour les autres. Il doit exister pour lui-même, et non se sacrifier pour autrui, ni sacrifier autrui à lui-même. La poursuite de son intérêt rationnel ou de son propre bonheur est le plus haut but moral de sa vie.

4. Le système politico-économique idéal est le capitalisme de laissez-faire. C’est un système dans lequel les hommes se considèrent entre eux, non comme des victimes et des bourreaux, ni comme des maîtres et des esclaves, mais comme des commerçants, par des échanges libres et volontaires, dans leur intérêt mutuel. C’est un système dans lequel aucun homme ne peut obtenir quelque chose des autres par le recours à la force physique, et dans lequel aucun homme ne peut user de la force physique contre les autres. Le gouvernement agit seulement comme une agence de protection des droits, il n’utilise la force physique que pour des représailles et seulement contre ceux qui prennent l’initiative de son usage, tels que des criminels ou des envahisseurs étrangers. Dans un système de capitalisme intégral, il devrait y avoir (mais, historiquement, cela n’a jamais existé) une séparation complète de l’Etat et de l’économie, de la même manière et pour les mêmes raisons que la séparation de l’État et l’Eglise.


Atlas Shrugged (part I)

Publié le 12/02/2011

 

Atlas Shrugged est le plus célèbre roman d’Ayn Rand, publié en 1957 aux États-Unis. La première partie de l’adaptation cinématographique de ce roman culte pour des millions d’Américains sortira sur les écrans le 15 avril prochain.

 

 

Le thème de Atlas Shrugged (la Révolte d’Atlas, littéralement : « Atlas haussa les épaules » – pour faire tomber le monde qu’il portait sur ses épaules) met en avant la pensée rationnelle et indépendante comme moteur du monde (d’après l’auteur elle-même : « le rôle de l’esprit humain dans la société »).

Dans ce livre, les « hommes de l’esprit » (scientifiques indépendants, entrepreneurs honnêtes, artistes individualistes, travailleurs consciencieux) disparaissent mystérieusement, provoquant crises et catastrophes. Celui qui les entraîne dans cette « grève », dans ce retrait à l’écart d’une société de plus en plus collectivisée et règlementée, est John Galt, héros randien type, à la fois entrepreneur, philosophe et grand savant, qui a inventé un nouveau moteur extraordinaire, mais a refusé de le développer (on raconte que sa référence implicite était Nikola Tesla, grand savant serbe de Croatie et grand entrepreneur aux États-Unis, promoteur du courant alternatif). En l’absence de ceux qui supportent le monde (tel le légendaire titan grec Atlas), la société s’écroule.

Le morceau de bravoure du roman est le long discours de John Galt (plusieurs dizaines de pages) dans lequel il explique le sens de son combat.

Pour certains, la lecture d’Atlas Shrugged a été une révélation intellectuelle, qui leur a permis de comprendre les ravages de la démocratie sociale interventionniste, de même que l’Archipel du Goulag de Soljénitsyne à l’égard du communisme.

 

http://www.contrepoints.org/wp-content/themes/WpAdvNewspaper133/headPics/ccontrepoints.png

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