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Samedi 22 mars 2008

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Le Beauf n’est pas le Français type. C’est le Français au superlatif, qui rassemble en lui toutes les vertus françaises, ce qui fait l’essence de la France et définit la francité ou l’être français. De fait, le Beauf est devenu par synecdoque de la partie pour le tout le peuple de France : plus franchouillard que français et raciste, parce qu’il est français. Le Beauf aime l’ordre, les CRS, les SS évidemment, et aussi la police, quand elle fait son travail, c’est-à-dire quand elle cogne sur les manifestants chevelus ou frisés. Il approuve la répression et il déteste les syndicats. Il défend les petits commerçants et il réprouve les défilés dans les rues. Il soutient les nazis et il condamne les gauchistes autant que les Anglais et les arabes. Travail, famille, patrie est sa devise : le travail, bien qu’il ne fasse rien, la famille, bien qu’il reluque la femme des autres, la patrie, qu’il aurait trahie s’il avait vécu entre 1940 et 1944. Il hait les immigrés, mais il regrette le temps béni des colonies, où il aurait fait suer le burnous, manié la chicote, pressuré le chapeau conique, trafiqué le bois d’ébène. Quand il chasse, il tire les oisillons tombés du nid et même les badauds qu’il croise dans la forêt. Ses autres loisirs sont le camping en août dans un terrain surpeuplé des bords de la Méditerranée. Tantôt, il est patron de bistrot, tantôt garagiste (il arnaque les clients), tantôt contremaître dans une usine automobile (où il fait claquer sa schlague sur l’échine des travailleurs immigrés) ou chef d’équipe dans un atelier textile (où il passe la main au cul des ouvrières).

Le Beauf boit du pastis, Pernod ou Ricard, ou du gros rouge qui tache. Bien entendu, comme il est le peuple de France, il rote, il éructe, il pète, il crache, il est sale, il profère des insultes, il raconte des blagues grasses, il fait des jeux de mots stupides, qui ne font rire personne. Et surtout, il est raciste. Non pas dans ses actes, sauf quand il expulse de son bar les immigrés, ces nouveaux saints qui se chargent des sales boulots qu’il était appelé à effectuer, vu son niveau primaire, si l’on n’était pas allé chercher au Maghreb et en Afrique une main d’œuvre corvéable à merci. Il est raciste en paroles. Son inventeur lui prête les propos racistes les plus échevelés, les plus bêtes, les plus orduriers, les plus dégoûtants, que les socialistes nationaux allemands n’auraient même pas osé tenir en public. Il hait les arabes, les noirs, les juifs, les jeunes aux cheveux longs, les filles qu’il ne baisera pas et qu’il agonit de "toutes des salopes". Il est nourri de cette haine virulente et visqueuse de vampire vautré dans la veule violence verbale.

Le trotskisme est un récit, le Beauf est une image. L’un existe par le verbe, l’autre doit son existence à des traits de crayon. Le premier s’énonce sur le mode de l’emphase glorieuse, le second se dessine en traits informes. Le trotskisme est une hagiographie, le Beauf est une image du Diable, de Satan, d’Iblis, de l’Ange déchu et de tout ce qu’on voudra d’autre. Il est l’icône du Mal, le Mal incarné, le Mal par excellence, le Mal sui generis, le Mal en personne. Au fil des siècles, l’iconographie maligne a évolué. On a eu les monstres, mi hommes mi bêtes, sculptés dans les chapiteaux des églises romanes. On a eu le diable velu, cornu et fourchu. On a eu le parpaillot. On a eu le croquant révolté, le plouc, le péquenot, le cul terreux, le paysan sale et ignare. On a eu la Gueuse et Marianne. On a eu le juif aux doigts crochus. Désormais on a le Beauf. Vous êtes une belle âme, vous croyez donc dans la société sans beaufs, vous rêvez de faire de la France une entité multiculturelle et pluriethnique qui serait le village mondial en miniature. Vouez aux gémonies ceux qui ressemblent au Beauf ou ont un petit quelque chose de commun avec lui, montrez-les du doigt, stigmatisez-les, marquez-les au fer rouge de la haine, exterminez-les.

Il n’existe pas de beauf dans la vie réelle. Par vie réelle, il faut entendre la vie extérieure à la fiction des bandes dessinées, des discours ordinaires, de la littérature des sociologues. Un individu singulier nommé Napoléon Bonaparte a existé. Il n’existe nulle part d’individu singulier qui rassemble en lui les traits, physiques et moraux, du Beauf. Or, s’il n’existe nulle part un beauf (je témoigne que je n’en ai jamais rencontré un seul), "le" Beauf existe bel et bien dans la fiction, où il est facile de donner une existence imaginaire à des ombres. Le Beauf est, comme Tartufe, Don Juan, Harpagon, Monsieur Jourdain, un type plus qu’un individu singulier, qui incarne le Français par excellence, id est celui qui est naturellement raciste.

 

Longtemps, il a été entendu qu’un individu était raciste, quand il était convaincu d’être d’une race, d’une religion, d’une ethnie, d’une nation supérieures, s’autorisant de cette supériorité fantasmée pour maltraiter ou tuer ceux qui étaient censés ne pas être de la même race supérieure que lui. Le Beauf inverse le racisme. Avec le Beauf, le raciste n’est plus celui qui est convaincu de sa supériorité, mais celui qui est assigné à une race inférieure. Ce n’est pas le surhomme hautain, arrogant et haineux : c’est le stigmatisé. L’invention du racisme est une inversion. L’invention consiste d’abord à retourner une notion, comme un politicien retourne sa veste, ou à la renverser, comme si on forçait les hommes à marcher sur la tête. Elle n’est en rien étrangère à notre époque de subversion généralisée, qui s’évertue depuis un demi siècle à affecter le signe - à ce qui était +. Le négatif de jadis est le positif d’aujourd’hui. Après l’anti-art et l’anti-littérature, l’anti-racisme : le racisme est renversé, mis sens dessus dessous, culbuté, chamboulé, cul par-dessus tête.

Tout fait du Beauf un individu d’une sale race. Il n’est pas raciste, c’est-à-dire d’une race supérieure, comme l’était le soldat allemand de la propagande nazie, grand, blond, élancé, souple, fort. Il est petit et presque aussi épais que haut. S’il ne l’était pas, il n’aurait pas survécu à l’évolution pour instruire les hommes : il faut que chacun le voie comme le spécimen d’une espèce tératologique appelée à s’éteindre. Il est gras, il a les tissus adipeux et le ventre proéminent. Ses yeux globuleux saillent sous des sourcils épais. Il a un gros nez épaté, le front bas et étroit, pas de cou, un double menton, la nuque large. Il est moustachu et ses cheveux bruns et rêches sont coupés court. Le Beauf est très laid. Il n’est pas laid par hasard. Sa laideur fait signe. Elle souligne de gros traits majuscules la bassesse d’une âme. Si les inventeurs du Beauf avaient été des poètes, ils auraient fait de la laideur l’antithèse de la grandeur d’âme. Chez Quasimodo, la générosité efface la laideur. Dans le conte de Mme de Beaumont et dans le film que Cocteau Jean en a tiré, la Bête cache sous une apparence effrayante une âme pure. Cocteau nous invite à regarder la réalité avec notre cœur, c’est un poète. Les inventeurs du Beauf n’ont pas ces talents. Ils ne laissent rien à deviner et assènent tout ce qu’il ont à dire sur le mode de la redondance. Radicaux, ils ne se contentent pas d’un trait de crayon pour dire ce qu’il croient devoir enseigner, il leur en faut six, sept, dix, vingt. Au cas où les lecteurs n’auraient pas compris, ils en remettent une couche. Si le Beauf est laid, c’est parce qu’il a l’âme vile et basse. Plus cette vérité est répétée, plus elle convainc. Quand un trotskiste exprime une idée, il la martèle vingt ou trente fois. Hitler faisait ainsi. Le front étroit, le double menton, la nuque large et grasse signalent que le Beauf, même s’il joue, ou parce qu’il joue, à la pétanque, ne pense pas. Penser fait horreur à ce primaire, dans tous les sens de cet adjectif. Il est impulsif et instinctif comme le sont ou sont censés l’être les animaux. Sous-homme, il fait honte aux véritables hommes dans lesquels s’inclut l’inventeur du Beauf. Bien entendu, comme il ne pense pas, la raison le fuit. On ne peut pas le raisonner, et encore moins débattre avec lui. On lui cogne dessus. Il communique par cris et borborygmes. Mal dégrossi, il parle le langage des singes : il n’est pas allé à l’école au-delà de treize ans. Il n’a même pas obtenu le certificat de fin d’études primaires.

 

L’invention raciste n’est pas seulement un discours de haine qui rabaisse les petits, les pauvres, les ploucs, les illettrés : bref les inférieurs de " sale race ", qui ne méritent plus d’être invités au grand banquet convivial et sans frontière de l’universel humain. Elle est une inversion. En accablant les gens de peu, les antiracistes acclimatent, en les naturalisant, les stigmatisations haineuses qu’ils prétendent contenir et combattre. Ils renversent donc les fondements de la morale commune et publique en accusant sans preuve des innocents. Pis encore, ils discréditent l’ordre anthropologique le moins inhumain qui soit. Beau-frère est un terme de parenté. Un beau-frère est le frère de ma femme ou le mari de ma sœur. Lévi-Strauss, dans Les Structures élémentaires de la parenté, Emmanuel Todd, dans La Diversité du monde, montrent que la famille forme un embryon de société. En France et en Europe, la règle est l’exogamie, ce qui veut dire ceci : un homme va chercher une épouse hors de sa famille. Les mariages consanguins sont évités, la prohibition de l’inceste est étendue aux mariages entre cousins. Le beau-frère est un étranger, au sens où il n’est pas de la famille ou du clan, que l’on accueille dans sa famille comme un frère. Avec l’exogamie, la civilisation prime sur la nature, sur le sang ou sur ce que d’autres nomment la race.

Le racisme dont le Beauf est accusé exprime un vrai racisme, un racisme primaire, qui nourrit l’inventeur du Beauf, les journaux qui publient ses "méfaits", les lecteurs qui s’en délectent. Le Beauf a pour antithèse le grand Duduche, qui est grand, fin, élancé, filiforme, blond. Il a des cheveux longs, comme il se doit. Il porte de fines lunettes d’intello. Le Beauf est un primaire. Son antithèse se prépare à entrer à l’université, où il sera Bac + 4, cadre dans la culture, la com, la pub, l’enseignement ou le socioculturel. Le Beauf a une apparence méditerranéenne (brun, il a les poils rêches), mais il est trop gros pour être arabe (l’arabe, comme chacun sait, est svelte) et il n’a pas les cheveux frisés, mais courts et raides, le front bas et étroit, la panse pleine.

Duduche vs Beauf, c’est l’opposition convenue entre le nordique, le germain, le scandinave d’une part (Duduche) et d’autre part le méditerranéen (le Beauf), entre l’aristocratie de la race et la décadence populaire. Les collabos jubilaient en juillet 1940 en comparant les soldats de la Wehrmacht - grands, sveltes, blonds, élancés, disciplinés, en pleine santé - aux trouffions français - petits, mal faits, gras du bide, râleurs - des armées françaises en déroute. Duduche défilait avec les vainqueurs, le Beauf courbait l’échine avec les humiliés. Le Beauf n’est pas différent du juif aux mains crochus, au nez busqué, au regard cupide, que montrait une partie de la presse du début du XXe siècle. Il conforte les racistes (les vrais) dans leurs certitudes. Il est une image pieuse qui incite à la piété raciste, la pire, l’impensée, la viscérale, la tripale - celui qui fait de la France et des Français la cible de la haine commune.

Que ce soit le peuple actuel (Dupont La Joie, M. Rodriguez, Glandu, Gérard ou Papy Mougeot) ou ses ancêtres, proches ou lointains, les Français sont réduits à un tas informe de franchouillards avinés et bestiaux. La France a toujours été raciste, comme si le racisme était un gène et qu’il se transmettait de père en fils ou de mère en fille. Les vices les plus haïssables, fascisme, xénophobie, délation, veulerie, en sont les effets. Fascistes et racistes en même temps, ça fait beaucoup, mais notre époque consomme sans frein. Le caddie de la haine est plein à ras bord. Les Français ne sont plus hommes comme le sont les Turcs ou les Chinois, ce sont des bêtes assignées à résidence raciste, tous, sans en excepter un seul, depuis la nuit des temps. Si, par hasard, quelques ancêtres n’ont pas failli, Jeanne d’Arc, Louis IX, Gambetta, on les oublie, on les efface de la mémoire, on les jette dans les mêmes poubelles que ceux qui ont failli ou sont accusés d’avoir failli. Clémenceau est un tueur, Ferry un affameur, De Gaulle un monarchiste raciste. L’histoire est révisée, la chronologie abolie, ce qui rend possible la transformation de nos ancêtres en beaufs puants. Le péché originel, auquel même les théologiens ne croient plus, est sauvé ou ressuscité pour être plaqué sur la seule France. Le racisme est son péché originel. Il fait son essence - ce qu’elle est.

Pourquoi le présent et le passé, les hommes et les choses, tout est-il noir ? Grâce à la légende noire, les Lang, Nouvel Obs, Monde, Libération, Jospin, les sociologues, Wieviorka, Sollers, BHL, les Beria de gauche, Catherine M, Mme Angot, Bourdieu, les petits Pol Pot de la Sorbonne, etc. peuvent afficher leur supériorité sur les générations laborieuses, modestes, humbles qui ont fait la France. Leur supériorité est absolue, elle ne saurait être relative. Le progressisme a changé de nature. Du social, il a basculé dans la métaphysique. Aux Beaufs, ces antiracistes par Vertu assignent la place inférieure des primitifs, non pas pour les punir, mais pour se pavaner et avoir la latitude de se dire, sans remords et en toute bonne conscience, supérieurs. Le racisme fictif ouvre la voie à la supériorité imaginaire des accusateurs. Entre eux et le peuple se creuse un abîme. Plus le peuple est veule, bas, stupide, ignoble, immonde, laid et tout ce qu’on voudra d’autre, plus, en comparaison, ils paraissent hauts, beaux, courageux, intelligents, lucides, vertueux, vigilants. Ils ne rabaissent que pour mieux se guinder. Ils n’avilissent que pour rehausser le piédestal où ils ont grimpé. Ils sont d’un sang autre. Peu importe que leurs parents aient préféré en 1940 la servitude à la guerre et, par pacifisme, abandonné la France à Hitler. Ils n’accusent que pour se grimer de résistance a posteriori. A la France, beaucoup d’entre eux ne doivent rien. Leurs ancêtres, qui ne sont pas, ô privilège, des Beaufs, sont enterrés ailleurs.

Puisque nous vivons dans une ère que la romancière Nathalie Sarraute nomme ère du soupçon (vivement qu’elle finisse), que, dans cette ère, tout est suspect, surtout la morale, les grands sentiments, les beaux principes, les discours brillants, le savoir, les institutions, de quelque nature qu’elles soient, que tout ce que nous faisons ou accomplissons est au mieux une pose, au pis une posture, c’est-à-dire une imposture, que la vertu ne serait que le masque du vice, soupçonnons Wieviorka, auteur de l’ouvrage La France raciste, paru au début des années 1990. Au nom qu’il porte, il est raisonnable d’inférer que ses ancêtres viennent d’Europe de l’Est et qu’ils ont émigré pour échapper à la misère ou à la mort. Depuis des siècles, les persécutés trouve un refuge en France. Bien entendu, personne, et surtout pas l’auteur de ces lignes, ne conteste à Wieviorka le droit d’être français, personne ne lui reproche ni son nom, ni ses ancêtres, ni ses origines. Si le racisme lui avait fait horreur, ce qui est légitime, il aurait accusé d’abord de racisme ses ancêtres et écrit un livre sur la Pologne raciste ou sur le racisme viscéral des Ruthènes ou de tout autre peuple oriental. Il est plus facile, quand on est sans scrupule, d’invectiver contre un pays dans la terre duquel ne reposent pas ses propres ancêtres, de cracher sur les ancêtres d’autrui, d’attribuer le vice infamant de raciste à des étrangers à soi ou aux siens, à ces millions d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards enterrés dans la terre de France que d’accuser le pays de ses ancêtres ou ses propres ancêtres : ça ne provoque pas de cas de conscience, on reste pur, blanc, innocent, ça donne bella figura.

Ce qui est insupportable dans l’invention du racisme, ce pour quoi l’accusation est plus criminelle que le crime dénoncé, ce n’est pas que la France et les Français soient accusés de racisme (après tout, pourquoi pas ?), c’est que la France soit le seul pays à être ainsi accusé et les Français les seuls hommes à qui est fait porter le crime originel de racisme, c’est que soient stigmatisés la nation et le peuple qui accueillent sans contrepartie et depuis des siècles des persécutés et, plus que tout, qu’ils le soient par des gens venus d’ailleurs et qui y ont trouvé refuge, liberté, confort, et que ces mêmes accusateurs s’interdisent très pieusement, par tartuferie, veulerie et sans doute par racisme primaire et viscéral, d’accuser – fût-ce dans un timide murmure - leurs propres ancêtres. Les Européens qui se sont égaillés à partir de 1492 dans la plupart des pays du monde, où certains ont commis des crimes épouvantables, n’ont pas stigmatisé les pays qu’ils ont colonisés ou les peuples qu’ils ont soumis, comme le font les petits marquis de l’antiracisme patenté et de subvention. Eux au moins, ils n’étaient pas tartufes. Il faut leur reconnaître cette vertu, fût-elle la seule dont ils aient fait montre.

Nouvelle Langue Française

par Cyber-résistant publié dans : Le WEB Résistant communauté : PARLONS FRANCHEMENT
Samedi 15 mars 2008

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Francis Fukuyama, qui avait lâchement sauté du train en marche, déclarant que la période "néoconservatrice" était terminée, s'en mordra les doigts jusqu'à la fin de ses jours. 

Le New York Times, le grand journal de gauche, vient d'annoncer la présence d'une nouvelle plume pour un éditorial hebdomadaire. Il s'agit de... William Kristol (ici en photo avec Guy Millière), le rédacteur en chef du Weekly Standard et l'un des emblèmes du mouvement néoconservateur aux Etats-Unis. Son père, Irving Kristol, fut le créateur du néoconservatisme. 

Parallèlement, le New York Times a confié deux de ses plus importantes rubriques à Sam Tanenhaus, un conservateur. Le Times tenterait-il de se reconnecter à un monde qu'il ne comprend plus ?
 
Quoiqu'il en soit, voilà LA grande nouvelle de 2008 : le pouvoir des idées n'a pas de limites.


INTERVIEW EXCLUSIVE "LE BLOG DRZZ"

Nom :

Ryan MAURO

Etats de service

Analyste de renseignement au Tactical Defense Concepts, une société privée avec accréditation auprès du Département de la Sûreté du Territoire (Homeland Security), du Département de la Défense américains et de l'ONU. 

Analyste auprès du Northern Intelligence Network, une société privée d'analyse des risques liés au terrorisme. 

Auteur de
"Death to America, the Unreported War in Iraq"

Créateur du site WorldThreats.com 

Les articles et interviews de Ryan Mauro apparaissent régulièrement sur Frontpage Magazine.



DRZZ : Pourriez-vous résumer votre parcours pour les lecteurs du log ?

 
MAURO : J’ai été recruté à l’âge de 16 ans comme analyste de géopolitique par le Tactical Defense Concepts. Depuis, j’ai travaillé comme analyste volontaire pour la Northern Intelligence Network et auprès des groupes d’oppositions syriens (Reform Party of Syria). J’ai publié mon premier livre en 2005, « Mort à l’Amérique, la guerre secrète menée en Irak ». Je suis souvent invité sur des radios aussi bien de gauche que de droite. J’ai créé le website WorldThreats.com, lequel sera complètement relooké dans les mois qui viennent. Plus récemment, j’ai présenté les sujets dont nous allons parler dans cette interview à un colloque du prestigieux Intelligence Summit [dirigé par John Loftus].
 
DRZZ : Pourriez-vous expliquer ce que vous avez découvert au sujet des Armes de Destruction Massive irakiennes ?
 
MAURO : En m’appuyant sur des sources déclassifiées, je pense depuis très longtemps que les ADM irakiennes ont été transférées en Syrie et peut-être au Liban, avec l’assistance des Russes. Cependant, bien sûr, cela n’a pas été prouvé à 100%, alors il est utile de rappeler qu’il a été admis officiellement qu’en 2003, l’Irak disposait du matériel et avait la volonté de produire et utiliser des ADM.
 
Le gouvernement américain entretient près de six kilomètres de documents dont les 90% n’ont pas encore été traduits. En 2006, ces documents ont été déclassifiés et placés sur internet, de manière à ce que des citoyens arabophones puissent les traduire. Quelques milliers de pages ont été ainsi publiées sur le web, mais le site web [de la base de Leavenworth] a été fermé lorsqu’on a découvert que des fichiers irakiens expliquaient la marche à suivre pour fabriquer une bombe nucléaire. Je n’ai pas personnellement traduit ces documents, mais mes collègues Ray Robinson [un officier de l’armée américaine, spécialisé en armes non conventionnelles et membre de l’Iraq Survey Group, la commission formée par le Congrès pour retrouver les ADM irakiennes] et Joseph Shadha [un Américano-libanais recruté par le gouvernement américain pour traduire lesdits documents, visibles ici] ont été les plus perspicaces dans leurs recherches. Mon rôle consistait simplement à organiser leurs travaux, les recouper avec d’autres sources et les présenter à l’Intelligence Summit et d’autres conférences de professionnels du renseignement.
 
Ces documents prouvent qu’en décembre 2002, les Irakiens cachaient aux inspecteurs de l’ONU la présence sur leur sol de scientifiques russes et turcs, travaillant sur le site nucléaire de Badr. Ils font également de nombreuses références à des programmes interdits, notamment de l’acquisition d’agents chimiques destinés à être utilisés à des fins militaires. Une cassette audio, déclassifiée par l’Intelligence Summit en 2005, détaillait une discussion de Saddam Hussein au sujet d’un programme secret d’enrichissement d’uranium durant l’année 2000.
 
D’après les documents mis en ligne par le gouvernement, nous disposons de renseignements au sujet d’un transfert d’ADM vers la Syrie. Une note du Département de la Défense explique qu’un indic irakien, avec des connexions à l’ambassade irakienne de Damas, a confirmé à l’armée américaine que deux envois d’ADM étaient arrivés en mars 2003 à Deir al-Zour, en Syrie. Le second transfert avait eu lieu par un convoi de 50 camions [confirmé par le général irakien Sada et des photos satellites de la NGA]. Un autre rapport montre que  le renseignement chinois a repéré ces mouvements et a demandé des explications à son homologue allemand, qui a démenti puis a averti les Irakiens.    
 
Bien d’autres sources convergent sur un transfert d’ADM vers la Syrie. Les Israéliens l’ont toujours affirmé, depuis l’automne 2002 [par le biais du premier ministre Ariel Sharon]. L’ancien chef des services secrets roumains, Ion Pacepa, a écrit que lorsqu’il servait les communistes, il existait un programme appelé « Opération Sarindar », qui consistait à livrer des armes interdites à des pays mais effacer toute trace d’un tel marché si une puissance occidentale intervenait militairement contre un client. Ce plan, a expliqué Pacepa, avait été originellement mis en place pour la Libye mais s’est étendu par la suite pour inclure l’Irak. En 2002, Primakov [ancien chef du KGB et premier ministre sous Eltsine], que Pacepa identifie comme l’un des cerveaux de l’ « Opération Sarindar », se trouvait en Irak avec deux anciens généraux de haut rang de l’armée soviétique. Ils se trouvaient sur place comme « conseillers » du régime irakien.
 
De plus, un agent fédéral, David Gaubatz, a rapporté que des transferts d’ADM irakiennes avaient eu lieu entre l’Irak et la Syrie, et a noté sur le terrain la présence massive des services secrets russes [présence confirmée par Yossef Bodansky, membre de la commission sur le terrorisme auprès du Congrès, dans son livre The Secret History of the Iraq War].
 
L’adjoint du sous-secrétaire à la Défense [soit le n-3 du Pentagone], John Shaw, travaillait dans un service ayant accès à toutes les informations concernant la guerre en Irak. Il a affirmé que le renseignement ukrainien l’avait informé de la présence en Irak des unités spéciales Spetsnaz russes, appliquant l’ « Opération Sarindar » en déplaçant les ADM vers la Syrie. Il a même donné les noms des unités et des officiers. Nous possédons un grand nombre de preuves à ce sujet.
 
DRZZ : Dans un message, le Dr Laurie Mylroie, une ancienne conseillère du Président Clinton sur l’Irak, m'a écrit : « vous pouvez être certain que l’Irak était derrière le 11 septembre – et les lettres d’anthrax qui ont suivi. Le FBI refuse toujours de dire, six ans après, qui est à l’origine des lettres d’anthrax !» ? Quelle est votre opinion à ce sujet ?  
 
MAURO : Je n’ai pas de certitudes sur l’implication de l’Irak dans les attentats du 11 septembre. Il existe des preuves qui lient le régime et les attaques, mais le vrai débat est : « ces preuves sont-elles crédibles ? », « pourquoi la communauté du renseignement les rejettent-elles ? » et « est-il possible que l’Irak soit impliquée dans le 11 septembre ? ». Nous possédons des documents qui montrent que l’Irak et l’Iran supportaient le terrorisme, et le 11 septembre peut être le résultat de ce soutien, bien que la communauté du renseignement refuse cette conclusion. Il est possible qu’Al-Qaeda ait été financée par plusieurs Etats qui ignoraient l’implication de l’autre ( et les missions orchestrées par la nébuleuse islamiste).  

Cela dit, puisque nous en parlons, il n’est pas inutile de rappeler  les indices dont nous disposons.

Nous savons qu’à l’été 2001 [le 21 juillet], un journal tenu par le fils aîné Houdaï Hussein a prédit que Ben Laden attaquerait prochainement le Pentagone, la Maison Blanche et la ville de New York. L’éditorial du journal ajoutait : « les ailes d’une colombe valent une balle dans le cœur d’un croyant ». Les documents discutés précédemment montrent que le gouvernement irakien avait publié un appel à attaquer les Etats-Unis en 2001 et entraînait des pilotes pour des missions-suicides.
 
Ajoutons qu’il a été noté [par le Washington Times] que les services de renseignement israéliens ont averti leurs homologues américains à la mi-août 2001 d’une attaque imminente sur le sol des Etats-Unis. Les Israéliens ont affirmé avoir des renseignements « très crédibles » pointant sur une implication irakienne [dans son rapport de novembre 2001, le AMAN, le renseignement militaire israélien, attribuait les attentats à l’Irak].
 
Début août 2001, l’Irak accueillait la « Neuvième Conférence islamique », qui réunissait à Bagdad les chefs terroristes du monde entier [dont des représentants du Hamas, du Djihad islamique et d’Ansar al-Islam]. Puis, deux semaines avant le 11 septembre, l’armée irakienne a passé en alerte rouge, la plus haute depuis la Guerre du Golfe et Saddam a passé trois semaines dans un bunker. Notez aussi que les méthodes des pirates du 11 septembre ressemblaient à l’entraînement des pilotes-suicides irakiens pendant la Guerre du Golfe telles qu’elles ont été décrites par un informateur en 1996, à savoir l’attaque d’un Boeing par un petit commando armé de couteaux.
 
Plusieurs rapports ont dépeint des contacts entre le Mukhabarat [le renseignement irakien] et les kamikazes du 11 septembre. Ils n’ont pas été repris par la commission du 11 septembre qui ne les a pas jugés crédibles. On débat beaucoup au sujet du Mohammed Atta à Prague – et ce dossier, je peux vous le garantir, est loin d’être clos. L’origine des attentats du 11 septembre remonte à Ramzi Youssef et son oncle Khalid Cheikh Mohammed, les hommes responsables de l’attentat de 1993 contre le World Trade Center. Le Dr Laurie Mylroie a présenté un argumentaire convaincant [dixit le directeur du FBI de New York] que Youssef avait été recruté par les services secrets irakiens et travaillait pour eux.
 
Neuf des pirates de l’air du 11 septembre ont passé par l’aéroport Logan de Boston, où travaillait un agent des Fedayeens de Saddam, Ahmed Hikmat Shakir [un ami notoire de Timothy Mc Veigh, le poseur de bombes d’Oklahoma City]. En janvier 2000, Shakir travaillait alors à l’aéroport de Kuala Lumpur et il a escorté deux des pirates de l’air à la fameuse réunion finale où ont été décidés les attaques du 11 septembre. Certaines critiques disent que l’homme du Logan Airport et celui de Malaysie ne sont pas les mêmes, mais je pense qu’ils ont tort : après le 11 septembre, Shakir a été arrêté en Jordanie et les Irakiens ont exercé de fortes pressions diplomatiques pour qu’on le relâche.
 
 Les médias irakiens ont salué les attentats du 11 septembre et le gouvernement de Saddam Hussein reste le seul du monde à n’avoir jamais condamné cette tragédie. Nous disposons d’autres preuves plus ténues, mais je conclurais par cette anecdote. Le 3 décembre 2001, un chef tribal a récité un poème devant le dictateur irakien. L’une des strophes disait : « six mille infidèles sont morts. Ben Laden n’y est pour rien. C’est la chance de notre Président qui commis cet exploit. » Le président, bien sûr, c’était Saddam Hussein.
 

 DRZZ : Un rapport publié par la communauté du renseignement américain a conclu que le regime iranien avait stoppé son programme d’ADM en 2003. Qu’en pensez-vous ?
 
MAURO : Il y a plusieurs manières de critiquer ce document. Premièrement, il semble que le seul gouvernement qui le considère sérieusement soit le gouvernement américain. Mais c’est même en train de changer, puisque les médias le rejettent, de même que des anciens hauts fonctionnaires de la CIA comme John Mc Laughlin [ex n-2 de l’Agence]. Les services secrets britanniques chuchotent aux médias que le rapport est une blague, les Israéliens l’ont complètement rejeté et les Français l’ont décrit comme une « hallucination ». La semaine passée, un groupe d’opposants iraniens l’ont discrédité en affirmant qu’ils avaient contacté leurs informateurs et appris que le programme nucléaire iranien marchait toujours à plein régime, mais sur d’autres sites. La NIE a peut-être raison lorsqu’elle affirme que les activités interdites ont stoppé en 2003, mais cela ne veut pas dire qu’elles n’ont pas été reprises depuis. Le « programme d’énergie » de l’Iran, qui a toujours été considéré comme le premier pas vers la bombe atomique, est toujours en place. Ce qu’a fait la NIE c’est redéfinir le problème et demander des preuves de tribunal sur la volonté réelle du régime des mollahs.

J’ajoute que les personnes qui ont signé ce document sont sujettes à caution. Ils viennent du Département d’Etat, un organisme qui a toujours pensé qu’il existait un moyen de s’entendre avec l’Iran, que les mollahs étaient des gens rationnels et qu’ils étaient seulement provoqués par l’attitude agressive des Etats-Unis.  Enfin, la NIE franchit la ligne rouge lorsqu’elle livre des recommandations politiques, ce qui n’est pas son rôle. Par exemple, lorsqu’elle note que les Iraniens ont stoppé leur programme en 2003 mais refuse d’attribuer ce relâchement à l’invasion militaire de l’Irak par les Etats-Unis.
 
Des fuites montrent que la NIE ne fait pas l’unanimité que certains veulent nous faire croire. Les services secrets étrangers la rejettent et ouvrent publiquement la question de savoir si les Américains ont cédé à une opération d’intoxication montée par l’Iran. D’autres fuites montrent de profondes divergences à l’intérieur même du renseignement américain, des personnes haut placées dans la DIA, la CIA et le Département de l’Energie estimant que les conclusions de la NIE sont sans valeur.
 
DRZZ : Est-ce que le renseignement américain a une bonne image de l’Iran ou est-elle aussi floue que celle qui prévalait sur l’Irak ?
 
MAURO : Nos sources principales sont les déserteurs et les groupes d’opposition, qui ont prouvé leurs compétences par le passé. Cependant, nous manquons cruellement de sources humaines.  
 
DRZZ : Pourriez-vous nous donner un exemple de la guerre secrète que se livrent actuellement les Etats-Unis et l’Iran ?
 
MAURO : L’Iran est un Etat qui soutient le terrorisme. Il n’y a qu’à regarder ses activités en Irak pour se convaincre que l’Iran travaille activement à affaiblir les Etats-Unis, tuant des soldats américains et des civils irakiens par centaines. L’Iran est derrière les guérillas d’Irak et d’Afghanistan et sa poupée gigogne, la Syrie, contribue aux objectifs des terroristes dans la région. Nous avons des preuves conséquentes liant l’Iran à Al-Qaeda. Plusieurs membres de la nébuleuse islamiste se trouvent aujourd’hui en Iran. 



INFILTRATION IRANIENNE EN IRAK
 
    
    Le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad (1956-) entame, aujourd'hui, un voyage historique en Irak. Ce voyage, qui devrait s'achever le mardi 4 mars, marque une ouverture entre les deux pays au terme de plusieurs décennies de conflit et de rejet mutuel. Il met également en exergue le rôle de plus en plus important que joue Téhéran dans la crise irakienne, au moment où Al Qaida recule militairement.

    En effet, de nombreuses cellules terroristes impliquant les services secrets, voire les forces spéciales, du régime iranien ont été révélées, notamment dans Bagdad où l’Imam Moqtada Al-Sadr a reconduit pour six mois un cessez-le-feu unilatéral. C’est par l’Iran que passe l’armement des insurgés ainsi que l’équipement des milices islamistes chiites (lance-roquettes, mines, EFP), mais où sont aussi entraînés les cadres de l’insurrection. Les Etats-Unis accusent les Gardiens de la Révolution (Sepahé Pasdaran) d’être au cœur de ce soutien.

Sepah-1.jpgEmblème des Gardiens de la Révolution
   
    Considérés comme une organisation terroriste par Washington, les Gardiens de la Révolution, contrôlent des parties entières de l’économie iranienne, et jouent un rôle majeur dans l’actuelle crise nucléaire qui oppose l’Iran à la communauté internationale. Mahmoud Ahmadinejad est, lui-même, un ancien Pasdaran. Son triomphe à l’élection présidentielle du 24 juin 2005, marque incontestablement la victoire des Gardiens de la Révolution au plus haut niveau de l’État iranien. Les Pasdarans constituent le noyau le plus radical de la Révolution islamiste iranienne. Ils en ont élaboré la stratégie révolutionnaire et expansionniste, ainsi qu’une doctrine de guerre asymétrique qu’ils appliquent dans la bande de Gaza en soutenant le Hamas, au Liban en soutenant le Hezbollah, en Irak en soutenant les éléments les plus extrémistes de l’Armée du Mahdi. L’organisation est née en mai 1979 avec le renversement de Mohammad Reza Pahlavi ((1919-1980) dit le Chah d’Iran, et le triomphe de l’Ayatollah Ruhollah Musavi Khomeini (1902-1989). Destinée à protéger le régime islamiste de ses ennemis de l’intérieur comme de l’extérieur, les Pasdarans forment une armée de 350 000 hommes, et disposent de forces spéciales : la Force Qods.

Pasdarans.jpgDéfilé de Pasdarans dans Téhéran
   
    Mohammed Abdullah Shahwani, le Directeur des services de renseignement irakien, accuse l’Iran d’entretenir l’instabilité en Irak. Des éléments de la Force Qods seraient ainsi à l’origine de nombreux sabotages et d’attaques visant directement le mouvement du « Réveil des tribus » ainsi que les « Fils de l’Irak ». Cette dernière organisation est issue de regroupements locaux de citoyens désirant endiguer la violence et le terrorisme. L’alliance des tribus sunnites et les « Fils de l’Irak » ont permis au Général Petraeus de reprendre le contrôle de la plus grande partie du pays. L’Iran est, donc, en train de constituer des réseaux de cellules terroristes en Irak, et la guerre avec les Etats-Unis aurait commencé d'une certaine manière par Irakiens interposés. Les raids de la coalition dans Bagdad, et ailleurs, ont permis ce mois-ci de saisir de nombreux documents, des armes, mais également de capturer des agents iraniens chargés de financer le terrorisme. En Irak, l’objectif de Téhéran est d'entretenir l’instabilité afin de fixer et d’épuiser l’armée américaine, tout en disposant d’un moyen de pression dans la crise nucléaire face aux sanctions de la communauté internationale.


Dimanche-2-mars-2008.jpgBagdad, le dimanche 2 mars 2008. Le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad est accueilli par le Président irakien Jalal Talabani
   
    Au moment où le Président Ahmadinejad débute son périple irakien, l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique (AIEA), en la personne de son Directeur-adjoint le Finlandais Olli Heinonen, a rendu public le 25 février dernier des documents prouvant que l'Iran a continué son programme militaire nucléaire au-delà de 2003, contrairement à ce qu'affirmait un récent rapport émanant de la communauté du renseignement américain en décembre 2007, et qui avait produit une polémique. Que ce soit à l'échelle de la crise irakienne, à l'échelle d'un axe régional qui va du Liban à l’Ouest à l’Afghanistan à l’Est, en passant par la Syrie et l’Irak, ou que ce soit à l'échelle internationale avec la crise nucléaire, l'Iran se révèle plus que jamais comme une puissance perturbatrice et dangereuse pour la paix.

Sources : HUGEUX (Vincent), « Ahmadinejad en Irak: l'enjeu nucléaire », in L’Express du vendredi 29 février 2008. « NOUGAYREDE (Nathalie), « Les Pasdarans iraniens au cœur de la crise avec l’Occident », in Le Monde du samedi 7 avril 2007. NOUGAYREDE (Nathalie), "L'AIEA détient des preuves que l'Iran a mené un programme nucléaire militaire après 2003", in Le Monde
du samedi 1er mars 2008. OIF.

T-h-ran---Lundi-8-mai-2006.jpgUne rue de Téhéran le lundi 8 mai 2006

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par Cyber-résistant publié dans : Le WEB Résistant communauté : Vu de droite
Vendredi 14 mars 2008

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CRSS = SS“C’était la guérilla ! On a scié les poteaux téléphoniques. C’était un peu ce que faisaient les fellaghas en Algérie aussi. En Algérie, toutes les nuits, les poteaux étaient coupés… Il fallait faire quelque chose. Ce n’était pas très populaire bien sûr, mais c’était un moyen de semer le désordre (..) Cela marquait, parce que cela créait une ambiance de désordre, de tension” Jean-Marie Saillour (militant paysan et ex-parachutiste en Algérie, 1961)
A Morlaix, c’est moi qu’ai été désigné donc, pour dire “Faites tout ce que vous voulez. Coupez les poteaux téléphoniques”. J’avais voulu faire référence à l’Algérie (..) en disant “là-bas, ça réussit”, parce qu’on sentait que ça réussissait déjà (..) Pierre Abéguilé (syndicaliste paysan, 1961)
Les voitures et les bâtiments brûlés dont sont pleines les rues françaises sont le résidu intérieur du culte du jihad dont ces musulmans français ont été “drogués” par Al-Jazeera et qui a été légitimé par une classe intellectuelle française qui a toujours “romantisé” la résistance sous toutes ses formes. Nidra Poller (nov. 2005)
Avec l’appui de la télévision, les événements ont été instrumentalisés par les ennemis politiques du ministre de l’Intérieur, qui ont ressassé les termes de “racaille” et de “karcher”, sans jamais les replacer dans leur contexte (le décès d’un enfant victime d’un règlement de comptes entre bandes à La Courneuve), ni préciser qu’ils ne désignaient qu’une infime minorité de délinquants et non toute une population respectable. Ainsi caricaturés, ces mots sont devenus un cri de ralliement pour des casseurs potentiels déjà fascinés par des images de violences. Le discours de l’excuse s’est alors trouvé survalorisé, les prises de position normatives ont été rejetées comme politiquement incorrectes et les policiers ont fait office de boucs émissaires. Lucienne Bui Trong (mars 2006)
Dans le système traditionnel africain, tous les adultes interviennent. En France, ces enfants vivent une rupture entre le discours parental et les règles externes. Or la parole adulte fonctionne lorsque tous la renforcent.Hughes Lagrange (oct. 2007)

Immigration massive et récente d’Afrique noire, forte concentration et surchômage de jeunes de moins de 20 ans …

Mauvaise répartition des effectifs policiers, manque de moyens et imposition d’injonctions contradictoires à la police de base …

Suite aux toutes récentes émeutes raciales de Viliers-le-Bel …

Et à l’heure où nos étudiants et nos lycéens tentent tant bien que mal de reprendre, à une poignée d’irréductibles aux méthodes de casseurs et de racaille, leur droit à une éducation publique en voie avancée de paupérisation

Confirmation, dans un entretien du sociologue Hughes Lagrange sur le site Contre-information et au-delà des clichés habituels sur le prétendu héritage post-colonial ou le supposé sur-racisme des policiers, du cocktail explosif qui est le plus souvent à l’origine de ces flambées régulières de violence …

Sans oublier bien sûr, des “jacqueries” paysannes au vandalisme étudiant ou antimondialiste, une longue tradition de violence “politique” et de stigmatisation de la police.

Mais surtout la culture de l’excuse et de l’impunité comme de l’aveuglement volontaire qu’ils contribuent indirectement à créer avec la collaboration plus ou moins consciente de nos sociologues de service pour qui, ultime signe d’intégration, il ne s’agit jamais que d’un … “mode d’entrée en politique”!

Extraits:

les villes qui ont connu des émeutes ont une forte population de jeunes – mais ce sont surtout les zones urbaines sensibles dans lesquelles la part des moins de 20 ans est supérieure à 30%. Ce sont des villes où l’on a une forte proportion de familles supérieure à six membres. On a retrouvé cette proportion dans les personnes déférées en comparution immédiate au tribunal de Bobigny. La taille des fratries est très élevée. Ce qui est un indicateur, approximatif, de l’immigration subsaharienne. Le trait saillant des émeutes de 2005, c’était qu’elles touchaient des villes qui accueillait une immigration récente.

la spécificité de la France, ce ne sont pas ses indicateurs sociaux, bien que le chômage des jeunes distingue particulièrement la France. C’est surtout le fait que la police soit systématiquement prise à partie dans les conflits qui concernent la jeunesse dans les villes les plus pauvres. Des villes pauvres, vous en avez partout – en Allemagne, en Angleterre… Vous avez eu des émeutes, des violences collectives en Angleterre et en Allemagne, mais jamais elles ne prennent à ce point la forme ritualisée de l’affrontement avec la police.

Cela me paraît très compliqué d’y voir un héritage post-colonial. Qui parmi la police a connu ne serait-ce que des policiers qui auraient connu la période post-guerre d’Algérie ? Les policiers partent à la retraite très tôt.

la police reste dans certains quartiers le service social sur lequel les autres institutions publiques se reposent. Et donc les policiers sont face à des populations qu’ils ne connaissent pas, et qu’on leur demande de maîtriser par tous les moyens possibles et surtout sans bavure. Ils sont pris dans un ensemble d’injonctions contradictoires, qui font que cela devient impossible pour eux

A Paris, on a la densité policière la plus élevée d’Europe. Le gros paradoxe, c’est que là où elle serait la plus nécessaire, c’est là où les moyens sont les moins abondants.

A long traditon of street violence

“Les émeutes sont un mode d’entrée en politique”

Contre-information
Décembre 2007

En 2005, la déclaration de Nicolas Sarkozy sur les “racailles” a été un facteur d’unité entre des villes et des cités » souligne Fabien Jobard, sociologue, chercheur au CNRS, qui revient sur les événements de Villiers-le-Bel et les relations entre les jeunes et la police. «Le fait que la police soit systématiquement prise à partie dans les conflits qui concernent la jeunesse dans les villes les plus pauvres est une spécificité française», souligne-t-il. «En France, il est toujours extrêmement difficile de faire la preuve d’une violence policière.» Fabien Jobard est rattaché au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (www.cesdip.com). Il a écrit sur le site de Vacarme plusieurs articles sur les relations entre jeunes et policiers à Dammarie-lès-Lys.

Comment avez-vous analysé les émeutes de 2005?
Sur 2005, des analyses statistiques ont été conduites, notamment par Hugues Lagrange, qui permettent de dégager des corrélations entre les caractéristiques des villes qui ont été touchées par les émeutes et celles qui n’ont pas été touchées. Trois cents communes ayant été concernées par des violences collectives, l’étude statistique était possible. Parmi le cocktail des facteurs déterminants, bien évidemment les émeutes se déroulent dans les villes qui ont des zones urbaines sensibles, mais surtout dans les villes où l’écart de richesse entre les zones urbaines sensibles et le centre-ville est le plus fort, c’est-à-dire des villes qui ont un fort indice de ségrégation sociale. Ensuite, les villes qui ont connu des émeutes ont une forte population de jeunes – mais ce sont surtout les zones urbaines sensibles dans lesquelles la part des moins de 20 ans est supérieure à 30%. Ce sont des villes où l’on a une forte proportion de familles supérieure à six membres. On a retrouvé cette proportion dans les personnes déférées en comparution immédiate au tribunal de Bobigny. La taille des fratries est très élevée. Ce qui est un indicateur, approximatif, de l’immigration subsaharienne. Le trait saillant des émeutes de 2005, c’était qu’elles touchaient des villes qui accueillait une immigration récente. Les villes qui n’ont pas connu d’émeutes en 2005, ont généralement connu des émeutes dans les années 80 ou 90. Ce qui est une bonne nouvelle: les enfants de ceux qui ont pris part à des émeutes dans les années 80 ou 90 n’ont eux-mêmes pas pris part aux émeutes. Ce qui voudrait peut-être dire que les émeutes sont un mode d’entrée en politique, ou un mode d’expression politique qui correspond à des classes d’âge particulières, dans des quartiers particuliers, et qui vivent une histoire migratoire particulière. C’est un petit moment dans une vie. Et après, on ne recourt plus à ce mode d’expression.

Et en même temps, en 2005, le conflit s’est généralisé.
C’est la différence essentielle avec ce que l’on a connu, la semaine dernière. Il n’y a pas eu dissémination du conflit sur tout le territoire comme en 2005. Ce qui s’est produit à Villiers-le-Bel, c’est ce qui se produit de manière quasi systématique, lorsque des policiers sont impliqués dans un incident mortel, qu’ils en soient à l’origine ou pas.

Si l’on regarde la chronologie des événements en 2005, on se rend compte que passé deux ou trois jours, les événements allaient décroissants. C’est une combinaison entre le tir de la grenade lacrymogène dans la mosquée, et les déclarations du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur – qui disaient, sans changer de position, que les jeunes avaient pris la fuite parce qu’ils s’étaient rendus coupables d’un cambriolage –, et les premières condamnations qui avaient été très dures. Ces facteurs ont incité à un déplacement des foyers d’émeutes, ce qui ne s’est pas produit en 2005. Cette fois, il y a eu une certaine prudence des déclarations politiques après la mort des deux enfants à Villiers-le-Bel, assortie d’un déploiement de force assez dissuasif sur les lieux.

Est-ce qu’en 2005, la jeunesse ne réagissait pas aussi parce qu’elle avait été un peu plus stigmatisée? Vous avez aussi étudié les propos du ministre de l’Intérieur…

J’avais juste fait remarquer que «racaille», c’était la traduction qu’on donnait au 19ème siècle au terme de « Lumpen » – terme qu’employait Marx pour décrire la fraction subalterne, anarchique, du prolétariat en juin 1848. Je trouvais l’analogie intéressante. Mais c’est vrai que la déclaration de Nicolas Sarkozy sur les racailles date du 25 octobre. Le 27 octobre, les deux jeunes décèdent dans le transformateur électrique. Du coup, il y a eu une perception de la part de tout un ensemble de jeunes, rassemblés sous le vocable de racailles, d’une unité symbolique. Cette seule parole du ministre de l’intérieur a agi comme un puissant facteur d’unité entre des villes et des cités qui ne se connaissent pas et ne vivent pas les mêmes problèmes.

Quand on regarde le fossé entre les jeunes des quartiers et la police, c’est souvent un sentiment d’injustice qui domine, et le fait que le policiers sont souvent disculpés…

Effectivement, la police est l’administration la plus sanctionnée, et notamment les Compagnies Républicaines de Sécurité. Mais en même temps, il est toujours extrêmement difficile de faire la preuve d’une violence policière. Les policiers sont souvent sanctionnés pour des fautes administratives – négligence dans le port d’armes…– mais dès que l’on aborde des problèmes de conflit avec la population clientèle de la police, il est très difficile de faire la preuve de quoi que ce soit, parce que bien souvent l’autorité administrative (IGPN ou IGS) ou l’autorité judiciaire dévalorisent les témoignages qui peuvent être apportés. A partir du moment où un témoin, ou une victime, est je cite «connu des services de police», la charge de la preuve devient absolument démesurée pour elle. Et cela ne passe pas seulement par le fait de s’immuniser contre une accusation de violence illégitime de la part du policier, en balançant un outrage ou une rebellion qui est la technique par laquelle on peut faire barrage à ce type d’accusation. La simple personnalité pénale de la victime ou du témoin y contribue. Dans un rapport commandé par Pierre Joxe, à la fin des années 80, le directeur de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) lui-même explique que les chances de succès d’une plainte sont bien moindres lorsque la personne a fait l’objet d’une procédure d’outrage. Il ajoute qu’il est toujours facile pour un fonctionnaire de police de «s’abriter derrière un rapport d’outrage». Sachant que «l’outrage et rebellion» est un contentieux qui a doublé depuis 1995 – bien évidemment on n’a pas une violence illégitime derrière chaque outrage – on a l’indicateur d’une croissance de la tension et d’une pérénité de cette impuissance de faire face par des voies judiciaires à la police. Néanmoins, les choses ont évolué. Il y a de plus en plus de plaintes pour violences illégitimes mais aussi de plus en plus de faits dits avérés, c’est-à-dire de faits que les services d’inspection (IGS, IGPN) considèrent comme tels. Le volume croît, même si l’on reste sur quelques centaines. L’équité face à la preuve en matière de violence ou d’abus policiers est loin d’être évidente.

A votre avis, ce sont des réactions de corps, ou quelque chose de plus profond qui renvoie, comme le soutiennent certaines associations, à l’histoire coloniale et à des habitudes du corps policier très anciennes ?
Quand on regarde le fait émeutier en France, il y a dix quinze émeutes locales qui se déroulent chaque année. Elles peuvent être spectaculaires comme à Villiers, ou bien ne jamais faire les titres de la presse nationale. Si l’on prend les émeutes d’un côté, et les grands indicateurs sociaux (indices de ségrégation, de pauvreté, indices d’exclusion, chômage des jeunes) on n’arrive pas bien à rendre compte du lien entre les deux. Ce que je veux dire c’est qu’au fond, la spécificité de la France, ce ne sont pas ses indicateurs sociaux, bien que le chômage des jeunes distingue particulièrement la France. C’est surtout le fait que la police soit systématiquement prise à partie dans les conflits qui concernent la jeunesse dans les villes les plus pauvres. Des villes pauvres, vous en avez partout – en Allemagne, en Angleterre… Vous avez eu des émeutes, des violences collectives en Angleterre et en Allemagne, mais jamais elles ne prennent à ce point la forme ritualisée de l’affrontement avec la police. Cela me paraît très compliqué d’y voir un héritage post-colonial. Qui parmi la police a connu ne serait-ce qu