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Le WEB Résistant

Samedi 17 octobre 2009

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FAUT-IL INTERDIRE LES DROGUES ?

 

Pour commencer cette conférence,(1)  je voudrais vous raconter une anecdote historique. Dès janvier 1919, les prêtres catholiques américains devaient obtenir une autorisation de l'administration fédérale pour se procurer du vin de messe. L'ère de la Prohibition avait commencé. Pendant douze longues années, la production, le commerce et la consommation de boissons alcoolisées demeurèrent totalement interdits aux États-Unis. Très vite, on vit apparaître des sectes se réclamant du christianisme pour pratiquer avec dérogation administrative la communion sous les deux espèces. Tous les observateurs notaient le zèle particulier des fidèles pour l'absorption de vin consacré.

Il n'y eut pas que des petits malins pour tourner la loi sur la prohibition de l'alcool. Des mafias, habituées à fonctionner dans l'illégalité, saisirent une si belle occasion de diversifier leurs revenus traditionnellement liés au jeu et à la prostitution. Des distilleries clandestines proliférèrent dans tout le pays. Fabriqués à la hâte, sans hygiène, leurs produits rendaient souvent fou ou aveugle, mais quel recours avait l’imprudent consommateur ? D'autres gangs, qui ciblaient plutôt une clientèle fortunée, passaient en contrebande des spiritueux de qualité venus d'Europe. L’argent du bootleg pervertissait l’État jusqu’au plus haut niveau; un des exemples remarquables reste celui de Joseph Kennedy, fondateur de la dynastie qui donna un président et plusieurs sénateurs au pays, et qui lui-même, après avoir édifié sa fortune dans l’importation d’alcool en fraude, se fit nommer à la tête de la puissante et prestigieuse Commission des Opérations de Bourse par les politiciens qu’il avait si longtemps stipendiés.

La conséquence la plus tragique de la Prohibition fut évidemment l’augmentation spectaculaire des crimes de sang. Parce qu'ils ne pouvaient pas recourir aux tribunaux, les gangs réglaient leurs différends dans des batailles de rue et par des assassinats, qui marquent encore la mémoire de villes comme Chicago. On a pu écrire que la violence causée par la Prohibition a provoqué plus de morts pendant les douze années qu'elle a durées que n'en auraient causé la cirrhose et les accidents dus à l'alcool. (2)

Si tout ce que je viens de vous dire ne vous rappelle pas ce qui se passe aujourd'hui avec la prohibition de la cocaïne et des autres drogues, c'est que vous avez vécu sur une île déserte, sans journaux et sans radio depuis 20 ans.

Or, que s'est-il passé lorsque la Prohibition de l'alcool a cessé aux États Unis ? Des multinationales comme des petits producteurs ont mis en vente des vins et des spiritueux non frelatés. Les seules batailles qu’ils ont continué de se livrer étaient sous forme de publicité et de prix cassés. La mafia a déserté ce secteur, et on n’y a plus recensé aucun cas de corruption ni de " blanchiment ". Et, curieusement, la consommation d’alcool comme celle de cigarettes diminue dans beaucoup de pays où la vente y est autorisée.

Est-ce que l'expérience que je viens de décrire de la prohibition de l'alcool aux États Unis n'aurait rien à nous apprendre, ou bien est-elle pertinente pour analyser cette nouvelle prohibition qui vise cette fois les amphétamines, la cocaïne, l'héroïne, le cannabis.., ce qu'on appelle communément " la drogue " ? Il y a quelque chose que je trouve effrayant dans l’ampleur et la violence de la répression qui s’abat sur les drogués. Le discours utilisé, les moyens mis en œuvre, sont vraiment ceux de la guerre. (3) Dans notre propre pays, qui se veut un modèle d’État de droit, les policiers et les magistrats réclament des lois d’exception et des exceptions à la loi sous prétexte de trouver et punir les trafiquants. La délation devient obligatoire, comme aux beaux jours du nazisme et du stalinisme. (4) Lorsque les gouvernements, partout, montrent une telle unanimité répressive, est-ce que notre devoir minimum de citoyen n’est pas de se poser des questions ? Se pourrait-il, par exemple, que nous soyons en train de répéter l’erreur des prohibitionnistes de l’alcool, dont les remèdes ont causé plus de morts que le mal qu’ils voulaient combattre ? Se pourrait-il que la répression arrange autant les affaires des mafieux que celles des politiciens ? Tout ce qui concerne la drogue a des rapports avec notre inconscient, et c’est précisément parce que l’émotion qu’elle suscite permet toutes les manipulations que nous devons nous poser de telles questions.

La persécution des drogués

La première des manipulations est évidemment celle du vocabulaire. Lorsque les magistrats et les policiers prétendent qu'ils mènent la " guerre à la drogue ", ils abusent des mots. " Persécution " est le terme qui convient. Appeler leur croisade " persécution " rendrait la cause des policiers moins populaire, mais décrirait mieux la réalité. Car notez que dans une guerre, il y a deux adversaires qui luttent pour s'imposer l'un à l'autre. Or, le drogué ne menace personne, il se trompe certainement dans la voie qu’il a choisie, mais il n’oblige personne à le suivre; le drogué ne contraint personne à se droguer, c’est nous qui voulons, par la force des armes, lui imposer notre propre façon de vivre. Alors, je m'interroge sur la raison même de cette persécution. Pourquoi interdire la drogue ? Car il ne peut pas, absolument pas, y avoir de justification rationnelle à l'interdiction de produire, de commercialiser et de consommer des drogues. Il n'existe pas de raison morale. Il n'existe pas de raison économique. Il n'existe pas de raison sociale. La persécution que pratiquent nos gouvernants n'est pas de l'ordre de la raison. Son absurdité est telle qu’il faut en chercher les causes dans nos peurs, dans la peur que notre société éprouve devant tous les essais de modifier les états de conscience. Nous n'aimons pas les mystiques, les chamans, nous ridiculisons les voyants, nous enfermons les fous et les délirants, même s'ils ne sont pas dangereux, nous persécutons les drogués, comme nous avons brûlé les sorcières. Dans notre société qui se veut sécularisée, la persécution des drogués est une persécution religieuse. C'est ce que je vais essayer d'expliquer.


Les vrais dangers de la drogue 

Laissez-moi d’abord vous dire que je suis confronté au problème de la drogue comme l’est tout père de famille en Occident. La drogue n’évoque pas pour moi le stimulant intellectuel que prenaient Einstein, Freud (ou Sherlock Holmes), ni l’inducteur de rêveries et de visions qu’affectaient Baudelaire, Malraux, Cocteau, Michaux et tant d'autres. Je suis atterré que la drogue soit aujourd’hui celle que les lycéens refilent à leurs petits camarades, celle que contenaient les seringues abandonnées qu’on trouve dans les jardins publics, celle des junkies aux dents déchaussées et aux orteils horriblement piqués et tuméfiés, parce que les orteils sont moins repérables par les policiers que les bras.

Mais j’ai eu aussi une autre expérience de la drogue. J’ai été président pendant dix ans d’une société française qui produisait de la cocaïne - en toute légalité, car cet alcaloïde a encore un usage médical. Celle que nous produisions sous le contrôle du Ministère de la Santé et sous surveillance policière était " de la pure ", vendue à des laboratoires pharmaceutiques et des hôpitaux. De temps en temps, les douaniers nous envoyaient leurs prises en espérant que nous pourrions les traiter et leur acheter la cocaïne récupérée. Ces produits confisqués aux trafiquants déconcertaient notre meilleur chimiste et furent pour moi la révélation d’une immense aberration dans notre politique répressive. La cocaïne de contrebande était tellement dénaturée, mélangée avec n’importe quelle poudre blanche, de la lessive, du plâtre même, les impuretés si nombreuses que, huit fois sur dix, elle était irrécupérable. Mais je réalisais que c’est cette mixture que les jeunes prisaient ou s’injectaient. La dangereuse différence entre la cocaïne que nous produisions dans notre laboratoire et celle vendue dans la rue tenait aux impuretés. La pâte que fourgue un dealer est potentiellement mortelle, non pas tant à cause de la cocaïne qu’elle contient que des produits qu’on y a mêlés.

Ce qui s’explique aisément. La cocaïne, comme vous l'avez vu dix fois à la télévision, est extraite des feuilles d’une plante, la coca. Son extraction demande un traitement chimique qui nécessite un appareillage simple mais encombrant. L’interdiction de la production de cocaïne fait que les laboratoires où l’extraction s’effectue doivent rester cachés dans des fermes, des usines désaffectées, des bidonvilles, et qu’ils doivent déménager fréquemment ; les conditions d’hygiène ne peuvent en aucun cas y être satisfaisantes. La vente des solvants organiques nécessaires à l’extraction est elle-même contrôlée par la police. Les chimistes clandestins utilisent donc des ersatz qu’ils préparent dans leur garage, dans leur cave, dont vous imaginez la qualité. Puis cette pâte frelatée doit passer les frontières, indécelée des douaniers. Récemment, j'ai entendu dire qu'un antiquaire a été arrêté à Genève. Il importait des tableaux, beaucoup trop de tableaux au sentiment des douaniers. La cocaïne était diluée dans le vernis qui recouvrait les toiles. Quelqu'un allait s'injecter du vernis de tableaux avec un peu de poudre dedans.

Les effets de la clandestinité

 La nécessité de transporter clandestinement la marchandise incite les trafiquants à proposer les drogues les plus dures, celles qui pour le plus faible volume provoquent l’effet le plus fort. On avait constaté le même phénomène et pour les mêmes raisons à l’époque de la Prohibition : la bière et le cidre avaient quasiment disparu au profit du gin et du whisky. La règle est qu’une substance interdite est vite remplacée par une autre plus nocive encore. Puis, la drogue en arrivant à destination est coupée par les revendeurs pour augmenter leur marge. C’est une nouvelle cause de pollution du produit, bien sûr, et un risque supplémentaire pour le drogué, car il ne sait pas dans quelle proportion la drogue est coupée, il ne peut pas calculer la dose de principe actif qu’il va consommer. Imaginez que vous preniez des pilules pour dormir, toutes de la même apparence, les unes contenant un gramme de somnifère, les autres dix grammes ou plus. Une fois, vous ne vous réveillerez pas. Les drogués meurent ainsi d’une overdose.

Le commerce de la drogue, comme toute activité humaine, obéit à une cohérence économique. La répression sévère, qui va jusqu'à la peine de mort dans certains pays, est cause que l’offre est réduite alors que la demande reste forte. La prohibition garantit donc des prix élevés aux trafiquants. Comme tout entrepreneur, ceux-ci veulent diminuer leur risque, dans leur cas, celui d’être appréhendé; or leur marge commerciale est largement suffisante pour acheter la complicité des autorités, et, par conséquent, pour les plus gros trafiquants, le risque lié à l’illégalité est plus théorique que réel.

Les prix élevés de la drogue dus à son interdiction sont la raison de manifestations de délinquance et de violence menaçant toute la population, même celle qui se tient à l’écart de ce trafic. D’une part, des bandes armées se disputent cette activité si lucrative, tuant indifféremment leurs rivaux ou des passants. D’autre part, de nombreux consommateurs ne peuvent se procurer l’argent de leurs doses sans recourir au vol. Même si vous n’avez jamais été directement victimes de la délinquance des drogués, vous en supportez le coût. Les compagnies d’assurances vous le font payer dans leurs primes.

Ce recours au vol explique pourquoi la cherté du produit n’est pas un frein à la consommation, comme ce serait le cas sur un marché légal. Puisqu’ils sont de toutes façons refoulés dans la clandestinité, les consommateurs de stupéfiants n’ont plus à se priver de voler l’argent qu’ils ne gagnent pas, ce qui leur confère un pouvoir d’achat en théorie illimité. Certes, voler sans se faire prendre demande des capacités, mais les drogués pratiquent volontiers la vente " boule de neige ". Un héroïnomane a intérêt à acheter plus de produit qu'il n'en consomme lui-même et à se faire une clientèle à qui revendre le surplus. Ce sont donc sur ses clients qu’il reporte le sale boulot de voler des autoradios ou d'arracher des sacs à mains. 

La prohibition de la drogue est l’exemple type d’intervention administrative fourvoyée. On prétend lutter contre les trafiquants, et quelques uns effectivement sont arrêtés, mais on assure à tous les autres des bénéfices exorbitants. On prétend protéger les drogués contre eux-mêmes, mais la prohibition incite les trafiquants à ne commercialiser que les drogues les plus dangereuses. On prétend moraliser la société en éliminant un vice, mais on induit un supplément de violence et de délinquance dont toute la société subit le coût moral et matériel. (5) 

Les fruits de la légalisation

 Je pars de l’hypothèse que le but réel des pouvoirs publics est de protéger les drogués et de mettre un terme à la criminalité liée au trafic de stupéfiants. Je ne suis pas certain que cette hypothèse soit la bonne, mais admettons-la provisoirement. Est-ce que, dans ce cas, la solution ne serait pas de légaliser la drogue ? Non pas dépénaliser sa consommation : cette demi-mesure adoptée aux Pays-Bas, si elle représente un progrès, n’élimine pas le danger de la fabrication clandestine. Légaliser signifie tout bonnement que la drogue sera en vente dans les circuits commerciaux habituels, comme le sont le vin et les cigarettes.

Préconiser la vente de haschich et de cocaïne en épicerie apparaîtra peut-être à certains d'entre vous comme une monstruosité. Pourtant les avantages sont décisifs de transformer ce qui est un trafic glauque et sanglant en un marché transparent. Sur tous les marchés libres, les fournisseurs sont des entreprises ou des particuliers identifiables et civilement responsables. Lorsque les fournisseurs commercialiseront en leur nom, sous leur marque, le haschisch, la marijuana, la cocaïne, l’ecstasy, le LSD.., chaque consommateur aura l’assurance d’acheter un produit qui n’est pas frelaté (et si jamais il l’était, ce consommateur pourrait se retourner contre le fournisseur et lui réclamer des dommages, ce qui est évidemment impossible dans la clandestinité d'aujourd'hui). (6)

La concurrence entre les fournisseurs apporte aussi la perspective d’une diminution de la toxicité des produits. Nous oublions en l’appelant toxicomane que ce n’est pas la toxicité que cherche le drogué, mais une certaine forme de bien-être physique. Or, éliminer la toxicité est autant l’objectif de l’entreprise que le souhait du drogué. Même si vous n'accordez aucune once d’humanisme aux hommes d’affaires, vous devez au moins reconnaître qu’en saine logique commerciale tuer ses clients n’est pas une stratégie viable. Dès qu'ils seront libres de commercialiser ce qu’on ne pourra plus appeler de la drogue, mais des euphorisants, des stimulants intellectuels ou des inducteurs de rêveries, les industriels voudront satisfaire le consommateur en créant des produits correctement dosés, sans effets secondaires.

Aujourd'hui, avec ou sans l’encouragement des pouvoirs publics, les entreprises ont bien mis sur le marché des cigarettes légères, des colas et des pâtes à mâcher sans sucre, du café sans caféine, des huiles alimentaires sans cholestérol... On verra dans la même logique les fabriquants de drogues rivaliser pour proposer les produits les moins nocifs possibles. En outre, la disponibilité de produits aux effets presque similaires fait naturellement disparaître le besoin des produits plus toxiques. Pourquoi prendre le risque de l’absinthe alors qu’on trouve du pastis ? De même, pourquoi prendra-t-on le risque du crack lorsqu'on trouvera sur le marché de la cocaïne pure et pas chère ?

On peut ainsi espérer que les laboratoires, lorsqu'ils auront le droit de faire de la recherche sur ces produits, ce qui vous savez leur est totalement interdit aujourd'hui, découvriront rapidement un moyen de diminuer le phénomène d’accoutumance que créent certaines drogues. Contrairement à ce qu’une analyse superficielle peut faire croire, l’accoutumance ne joue pas en faveur du producteur. (7) C’est la crainte de l'accoutumance, au contraire, et des effrayantes crises de manque qu’elle occasionne qui agissent comme un frein à l’extension de la consommation. Or, quel est le producteur qui ne souhaite pas lever les freins à la diffusion de son produit  ?

Une autre conséquence bienvenue de la légalisation totale sera l’effondrement des prix, libérant le drogué de la nécessité de la délinquance pour acheter ses doses. Des produits moins toxiques et moins chers signifient qu’un consommateur pourra le plus souvent conserver son travail et que son salaire lui permettra de satisfaire son besoin. Une marge commerciale qui n’intègre plus une prime pour l’illégalité de la transaction découragera les mafias, qui chercheront vite ailleurs d’autres activités plus lucratives. (8)

Apprendre à boire, à fumer, à sniffer

 La légalisation sans restriction de la drogue ne veut pas dire un monde de junkies, pas plus que depuis la fin de la Prohibition, les États Unis ne sont devenus un pays d’ivrognes. Ce n’est pas la répression policière, mais l’exemple et l’éducation qui permettent de limiter la consommation de drogues. Il existe des comportements pathologiques liés à tout ce que nous consommons (des fumeurs à la chaîne, des boulimiques et des alcooliques..), mais la civilité, les rites, les usages, ont pour effet d’exercer une pression modératrice sur chacun. En Occident, on ne fume pas partout ni n’importe quand; on ne boit pas d’alcool le matin, ni en dehors des repas avant le soir... Chez les Indiens du Mexique, il existe des rites à respecter avant de mâcher le peyotl.

Les parents apprennent ces règles à leurs enfants. La socialisation de la consommation permet la transmission à chaque génération d’un enseignement sur le bon et mauvais usage de la drogue. Or, ce n’est pas seulement le produit que la répression frappe, mais son mode d’emploi. Dans le monde fermé et clandestin des drogués, les illusions et les mythes les plus fous circulent sur des substances qui pourtant réclament plus que d’autres d’être traitées avec sagesse et compétence. La légalisation et la banalisation de la drogue, la diminution en même temps de sa dangerosité, auront pour conséquence que nous pourrons l’intégrer dans notre culture pour en réguler l’usage. (9)


Les mauvais prétextes d’une politique répressive 

Nous avons dressé un constat d'échec total de la répression. Je crois que vous pourrez en convenir, il suffit de regarder autour de soi, la répression, ça ne marche pas. La moitié des poursuites pénales dans un pays comme la France, la moitié des incarcérations aux États Unis, sont liées à la drogue. C’est un chiffre effarant, et pourtant le nombre des drogués ne fléchit pas. Jusqu’où voulons-nous aller ? Mettre un policier dans chaque salle de classe, dans chaque boîte de nuit ? En regard de cet échec, j’ai essayé de décrire les avantages qu’offrirait la légalisation complète des drogues. Alors pourquoi persévérer dans la voie de la répression et de l’échec, alors qu’il existe une alternative ?

 Cet entêtement dans l’échec ne peut pas être pour des raisons économiques. Quand on se place du point de vue même des États persécuteurs, toujours en situation de semi-banqueroute, la légalisation représente un gisement fiscal : d’un trait de plume abolitionniste, tout le commerce de la drogue deviendrait imposable. En revanche, la clandestinité entraîne des dépenses budgétaires considérables sans recettes correspondantes. Voyez l'encombrement de la justice, le maintien des contrôles douaniers aux frontières, le quadrillage policier du pays, l'emprisonnement de dizaines de milliers de trafiquants, auquel il faut ajouter les coûts hospitaliers du traitement des drogués, la propagation du SIDA, etc. Économiquement, la légalisation ne peut pas coûter plus cher à la société que la répression.

 Ce n’est pas non plus pour des raisons sociales et de santé publique que la répression se justifie. L’argument ici serait celui des partisans de l’avortement. Puisqu’on ne peut pas interdire efficacement l’avortement, faisons au moins qu’il ne mette pas en danger la vie de la mère. Il ne s’agit pas d’approuver le choix de la drogue ou de l’interruption de grossesse, mais lorsque ce choix est fait, de permettre qu’il n’ajoute pas le risque physique à la faute morale. Il est étonnant que les mêmes politiciens qui ont approuvé l’IVG en raison de cet argument refuse de le considérer lorsqu’il s’agit de la drogue. Et puisque nous parlons de santé publique, je voudrais rappeler des faits : le premier est que l’alcool en France tue 100 fois plus que la drogue, et la drogue tuerait moins si elle n’était pas interdite; le deuxième est que le passage des drogues douces aux drogues dures n’est pas automatique, pas plus que celui qui se met à boire un verre de vin par repas ne deviendra nécessairement un alcoolique. Il y a aux États Unis 40 millions de personnes qui ont fumé un joint, et seulement 700,000 héroïnomanes, soit 1,75% d’utilisateurs de " drogues douces " qui ont fait le pas vers une plus grande toxicité. Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas le produit qui force la dépendance, mais plutôt la psychologie de l’individu qui recherche cette dépendance. Très peu des dizaines de milliers de militaires américains qui consommaient de l’héroïne au Vietnam n’ont connu des problèmes de dépendance à leur retour au pays.

Enfin, ce ne saurait être non plus pour des raisons morales que nous continuons la répression. La distinction à établir ici est celle entre la morale et le droit : ce n’est pas parce qu’un produit ou un comportement sont bénéfiques que les pouvoirs publics doivent les rendre obligatoires (tout au plus, ils peuvent se contenter de les conseiller); et ce n’est pas parce que d’autres produits ou comportements sont nuisibles pour ceux qui les adoptent que les pouvoirs publics doivent les interdire (ils doivent seulement émettre des mises en garde). Le rôle des pouvoirs publics dans un État de droit est de protéger les citoyens contre l’agression d’autrui, pas contre eux-mêmes. " La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui " affirme la Déclaration des Droits de l’Homme. Le port du voile ou de plumes sur la tête, la consommation de porc, d’alcool ou d’alcaloïdes, un traitement médical, sont des choix qui ne sauraient nuire (éventuellement) qu'à ceux qui les ont faits, pas à autrui. Chacun de nous devrait pouvoir dire, en paraphrasant Voltaire : " Je n’approuve pas ce que vous sniffez, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le faire ".

Confondre le vice et le crime, la loi morale et le droit, est l’essence du fondamentalisme. (10) Or, moralement, le fondamentalisme est indéfendable, il n’y a de morale que dans la liberté. Le paradoxe est que ce sont les dirigeants des démocraties occidentales qui se proclament les champions de la liberté et qui pratiquent en même temps le fondamentalisme le plus rétrograde en se voulant à la pointe du combat contre la drogue. Position idéologique difficile à tenir : Comment expliquer que chaque adulte ait le droit d’élire les dirigeants de la Cité, de se prononcer sur le niveau des impôts, la peine de mort, les lois scolaires..., c’est-à-dire comment expliquer que le citoyen possède assez de jugement pour voter comment les autres doivent vivre, mais n'en aurait pas assez pour décider comment vivre lui-même ?

 

De quelle contrebande parlons-nous ?

 Alors si la répression ne répond pas à des raisons économiques, sociales et morales, si elle n’a aucune chance de triompher du mal qu’elle prétend combattre, pourquoi la continuer ? Je vous propose deux réponses. La première est celle-ci : Et si c’était la répression elle-même qui était le but recherché ? Si la lutte contre la drogue n'était qu'un prétexte ? Si le véritable enjeu était non pas d’éradiquer la drogue, mais de trouver un moyen de faire accepter aux populations les plus jalouses de leurs libertés les lois les plus liberticides ? La grande opération de contrebande à laquelle la drogue donnerait lieu serait de faire passer sans les déclarer les mesures policières du temps de guerre.

On ne fiche plus les gauchistes, mais comme on ne peut pas s’empêcher d’espionner les citoyens, on fiche ceux que l’on suspecte d’intelligence avec les trafiquants. Les citoyens n’aiment pas qu’on puisse écouter leurs conversations téléphoniques, et il n’y a plus de guerre froide pour le justifier, alors on prétexte la " guerre à la drogue ". (11) C’est en raison de cette prétendue " guerre " que les gouvernements cherchent à interdire le cryptage de la correspondance sur Internet. Lorsqu’il s’est agi de supprimer les contrôles frontaliers au sein de l’Union Européenne, c’est bien en invoquant le danger de contrebande de drogue que les douaniers ont écarté cette menace à leur emploi. C’est toujours en raison de cette " guerre " si opportune contre les narco-trafiquants qu’on autorise les policiers à procéder à des gardes à vue arbitraires et des confiscations de biens sans jugement. (12)

Certes, il ne s'agit pas d'un vaste complot contre la liberté ourdi par les gouvernements du monde. Ce n'est pas ainsi que les démocraties fonctionnent. Il faut dans nos pays que convergent de multiples intérêts corporatistes pour faire accepter une politique fondamentaliste de cette ampleur, véritable choix de société. Or, il se trouve que beaucoup de professionnels de la répression, tout en déplorant peut-être sincèrement le sort des drogués, seraient bien en peine de trouver un autre métier que celui de les persécuter. La justice a besoin de délinquants (que les policiers appellent avec raison leurs " clients "). C’est pourquoi la répression de la drogue arrange bien des intérêts. Il ne faut pas croire que les commis de l’État, parce qu’ils apparaissent moins motivés que d’autres par l’argent, n’ont pas d’intérêt personnel. Bien sûr qu’ils ont le souci de leur carrière, de l’importance de leur personne aux yeux d’autrui, et c’est normal. Bien sûr qu’ils cherchent une gratification dans leur métier, mais ils la trouvent malheureusement dans la plus pernicieuse de toutes les passions, l’exercice du pouvoir sur autrui.

Un paysan se bat pour vendre son lait plus cher, un libraire pour vendre plus de livres; vous trouvez cela normal. Dans la même logique de leur intérêt personnel, les policiers réclament une répression toujours plus sévère, qui gonfle leur importance sociale et leur budget. Les procureurs trouvent dans cette répression l’occasion de promotions et de célébrité. (13) Les politiciens se flattent à la télévision de défendre la jeunesse et la santé morale du pays. Profitant de l’aubaine, les fonctionnaires du fisc obtiennent la levée du secret bancaire, les douaniers procèdent à des perquisitions sans mandat. Pour ces petits et grands serviteurs de l’État, protéger leur sinécure, affirmer leur pouvoir, mener une grande croisade médiatisée mondialement, sont des motivations fortes. Entre-temps, les drogués meurent et les trafiquants prospèrent.

Alors on comprend que la plus grande vertu de la répression est son inutilité. Parce qu’elle ne parviendra jamais à son but, la répression garantit la pérennité des bureaucraties qui l’exercent.

La nouvelle Inquisition

Mais il existe une autre explication. Un tel acharnement, la mise en œuvre de tant de moyens, ne peuvent pas être la seule expression d’intérêts corporatistes. Très peu d’êtres humains sont capables d’agressions répétées et systématiques contre des innocents dans le seul but de servir un plan de carrière. Il faut au persécuteur une croyance, il faut à ses procureurs, ses gendarmes, ses délateurs, la certitude de servir une cause supérieure qui les déresponsabilise de la violence qu’ils exercent et en justifie même par avance les excès. 

Je dis que dans le cas de la drogue, cette justification est d’ordre religieux. Je crois qu’on ne peut pas expliquer la persécution des drogués si on ne fait pas appel à la notion de persécution religieuse.

Je m’explique. Toutes les sociétés connaissent des interdits alimentaires, par exemple, l’alcool et la viande de porc pour les musulmans, la viande de boeuf pour les hindouistes, d’innombrables produits pour les juifs... Ce n’est pas parce que ces produits sont dangereux pour la santé qu’ils sont interdits. Les grecs et les romains, sous le même climat qu’Israël, mangeaient tout ce dont les juifs se privaient. Le but de ces interdits est d’ordre symbolique. Il manifeste, entre autres, l’appartenance à un peuple. Le tabou alimentaire oblige chaque musulman devant ses hôtes à se déclarer membre de ce peuple du Coran, à qui il n’est pas permis de manger du porc. Notre peuple est celui de la technique, de la rationalité triomphante, et il ne nous est pas permis de consommer les produits qui pourraient altérer cette capacité de raisonner. Toute drogue qui modifie les états de conscience représente un sacrilège à l’encontre du culte de la Rationalité. (14)

Mais il y a ici un paradoxe. La rationalité et le progrès technique sont les seules valeurs que nos sociétés modernes peuvent opposer à la culture de la drogue. La technique nous a permis de faire fructifier les disponibilités de la nature, de transformer la matière (pour le meilleur et pour le pire), elle nous a permis de modifier les processus infectieux, physiologiques, cellulaires, du corps humain, et elle nous permet aussi de modifier les états de conscience.

Puisque cette innovation est possible, elle aura lieu, il n’y a rien que les gardiens de l’ordre moral puissent faire contre le besoin de notre société d’expérimenter. Ils ne pourront pas interdire aux gens d’aller plus loin dans l’exploration du potentiel humain : exploration du potentiel physique à travers le sport et la médecine ; du potentiel créatif à travers les affaires, l’art, la science ; et exploration du potentiel de notre conscience par l’ascèse, la transe, et l’usage des drogues.

La persécution des drogués est le fait de ceux qui s’opposent au progrès, tout simplement. L’obscurantisme a changé de camp. Le dogme officiel, l’idéologie au pouvoir, n’est plus celle de la Curie romaine, (15) elle est celle des scientistes. Les blouses blanches ont remplacé les soutanes. Les scientistes ont cru qu’ils pouvaient modéliser les choix, les aspirations, les sentiments des êtres humains, et qu’ils pouvaient planifier la vie en planifiant l’économie. Le drogué vient soudain nous rappeler qu’il existe d’autres valeurs qui échappent à toute comptabilité, d’autres valeurs que celles de la rationalité, même si ce ne sont pas ces valeurs-là que vous et moi voulons pour nous-mêmes.

L’autre paradoxe est qu’avec ces prétendus défenseurs de la rationalité, tout débat rationnel sur la drogue est impossible. Pour paraphraser Timothy Leary, on peut dire que " les drogues sont des substances qui provoquent des comportements irrationnels et délirants chez ceux qui n’en prennent jamais ". Nous sommes bien ici dans le domaine de la croyance. Nous avons ici l’évidence que cette persécution est d’ordre religieux. Expliquer à un procureur genevois ou new-yorkais qu’il peut y avoir du plaisir à fumer un joint est tout aussi inutile (et dangereux) (16) que de vanter à un ayatollah les mérites d’un vieux bordeaux. (17) Cela dit, pourquoi pas ? Je n’ai pas de problème avec cette absence de dialogue. Nous n’avons pas besoin de débattre de nos convictions religieuses, il suffit que nous ayons le droit de les pratiquer. Nous n’avons pas besoin de convaincre autrui des bienfaits de la cocaïne ou du vin, il suffit qu’autrui nous les laisse consommer. Ce qui est à ouvrir dans notre société n’est pas un débat sur la drogue, mais sur le Droit. La seule question à se poser à propos de la drogue est de savoir si un être humain, adulte, citoyen, électeur, a le droit d’ingérer une substance qui lui plaît, en pleine connaissance de cause, sans menacer autrui. (18)

 

En manque de liberté

Ce que révèle cette question de la drogue est combien notre société est en manque - en manque de liberté. Pourtant je suis sûr que la légalisation complète de la drogue est aussi inéluctable à terme qu’elle est difficile à imaginer aujourd’hui. Je dis que dans 20 ans nos enfants seront effarés d’apprendre que nous avons persécuté les drogués, exactement comme nous avons du mal, nous, à imaginer que nos parents ont emprisonné des homosexuels et des brasseurs de bière, et que nos ancêtres ont brûlé des hérétiques et des sorcières.

Alors laissez-moi formuler un vœu pour terminer. J’espère qu’un jour notre société cessera de persécuter ceux qui souhaitent vivre différemment sans forcer les autres à les suivre. J’espère qu’elle cessera de persécuter ceux qui explorent d’autres modes de vie où nous n’osons pas nous engager - en d’autres termes, je souhaite que les guerres de religion ne soient pas une fatalité.

 

D’après une conférence donnée à Toulouse en septembre 1996

 

www.liberalia.com                                                                                                 cmichel@cmichel.com    

 Notes

(1) A la réflexion, j’aurais dû commencer cette conférence en rappelant qu’il n’existe pas de définition objective de " la drogue ". Mon livre de référence, l’Encyclopedia Universalis, définit la drogue comme " une substance naturelle ou synthétique, inscrite sur une liste annexée à une convention internationale et soumise à réglementation ". En d’autres termes, une drogue est ce qu’un gouvernement déclare être une drogue. Ainsi le président des États-Unis vient de décréter que le tabac est une drogue; mais le tabac n’est pas une drogue pour le reste du monde. Depuis des siècles, les indiens des Andes mâchent de la feuille de coca; la plupart des gouvernements ont déclaré que mâcher des feuilles de coca est un crime. La législation des pays musulmans range le vin parmi les drogues et en punit la consommation ; celle des pays européens encourage la consommation de vin, subventionne sa production et protège les marques. La metanone et le DHEA sont vantées comme des molécules " miracle " et proposées en vente libre dans tous les drugstores aux États-Unis, mais figurent sur la liste des substances interdites en France.

(2) Mark Thornton, The Economics of Drug Prohibition, University of Utah Press, 1991.

(3) " War on drugs " est le slogan relancé par chaque président américain depuis Nixon. Le Monde Diplomatique d’avril 1994 estime qu’une armée internationale d’un demi-million d’agents se consacre exclusivement à la lutte contre la drogue, en disposant d’un budget annuel de quelques 50 milliards de francs.

(4) Un projet de loi sur les services financiers en Suisse prévoit que si un banquier reçoit de l’argent d’un client, et qu’il peut supposer que cet argent est d’origine criminelle, il doit accepter ces fonds avec empressement, puis les bloquer et dénoncer son client à la police.

(5) Un proverbe dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Nous avons déjà vécu un tel échec des bonnes intentions administratives avec la prohibition de l’alcool. Exemple plus récent : le gouvernement français en 1989, proclamant son émotion devant le sort des drogués, bannissait la vente de seringues. Comme conséquence directe de cette sollicitude administrative, la France comptait quelques années après le nombre le plus élevé en Europe de contaminés du SIDA, et la vente des seringues dut être à nouveau autorisée.

(6) Ce n’est pas parce qu’il vend de la drogue qu’un trafiquant est condamnable, mais parce qu’il trompe le plus souvent l’acheteur sur la qualité de son produit.

(7) Comme l’écrit Olivier Méresse dans un excellent article de la revue Autre Chose, dont je me suis beaucoup servi ici : " Reconnaissez-le, s’il était démontré que l’héroïne ne crée aucune accoutumance (et n’est pas toxique), s’il était démontré que le fait d’en prendre ne donne aucune envie artificielle d’en reprendre, vous auriez déjà essayé. Vous êtes donc comme tout le monde, vous en mourez d’envie. Cela vaut toujours mieux que d’en mourir ". Il est vrai que les fabricants de tabac n’ont pas cherché à éliminer les facteurs d’accoutumance de leurs produits, au contraire. Mais la toxicité du tabac n’est démontrée que depuis une vingtaine d’années, alors que personne ne peut douter aujourd’hui de celle de l’héroïne. Le problème des producteurs de drogues sera donc de convaincre les nouveaux consommateurs de l’absence de nocivité de leurs produits, et en particulier de la possibilité d’y renoncer sans ces effrayantes " crises de manque ".

(8) Il est grandement à souhaiter que lorsque la légalisation des drogues aura lieu, le corps médical, les éducateurs, les journalistes, et des myriades d’associations, entameront des campagnes vigoureuses d’information sur les dangers de tous ces produits. Un produit ne devient pas inoffensif parce qu’il est légalisé et la mise en garde des utilisateurs est un devoir. De même, on peut penser qu’à titre privé, des détaillants s’abstiendront d’offrir des stupéfiants aux mineurs, des employeurs ne recruteront pas des drogués si leur travail peut être affecté, des compagnies de transport n’embarqueront pas des personnes sous l’emprise évidente d’une substance quelconque (elles refusent déjà les passagers en état d’ébriété), les organisateurs de compétitions sportives maintiendront des listes de produits dont les athlètes devront s'abstenir s'ils souhaitent participer aux épreuves... Bien sûr, d’autres détaillants, employeurs et organisateurs, adopteront une attitude différente à l’égard des drogués. Cette pluralité des réactions manifeste la différence entre une société de liberté et un régime de persécution.

(9) On ne sait pas assez que jusqu’aux années 1920, l’opium, la morphine, la cocaïne, étaient en vente libre dans les pharmacies. Le Coca-Cola doit son nom au fait qu’il contenait réellement de la cocaïne. Comme le rapporte Roch Côté, dans son livre Drogue, La Guerre chimérique, Les Belles Lettres, 1996, le Coca Mariani, un vin de bordeaux additionné de feuilles de coca, dont chaque verre contenait l’équivalent d’une ligne de cocaïne pure, était apprécié partout en Europe pour ses vertus revigorantes. Le pape Léon XIII, les souverains d’Angleterre, de Russie, de Suède, de Norvège, tout comme Dumas fils, Jules Verne, Edmond Rostand, Émile Zola, Anatole France, figurent parmi les célébrités qui exprimèrent leur témoignage de reconnaissance envers le pharmacien corse Angelo Mariani et son merveilleux élixir (fait historique rapporté aussi dans l’Atlas Mondial des Drogues, publication de l’Observatoire géopolitique des drogues, Paris, PUF, 1996).

(10) " Les vices sont des actes par lesquels un homme nuit à sa propre personne ou à ses biens. Les crimes sont des actes par lesquels un homme nuit à la personne ou aux biens d’autrui. .. Tant qu’une distinction entre les vices et les crimes ne sera pas clairement établie et reconnue par les lois, il ne pourra exister sur terre aucun droit, liberté ou propriété individuels.. ", Nos vices ne sont pas des crimes, stimulant essai, publié en 1875, de l’anarchiste américain Lysander Spooner, trad. française, Bibliothèques 10/18, 1996.

(11) " La guerre est la bonne santé de l’État. Elle met en branle dans la société ces forces irrésistibles qui conduisent à l’uniformité, à la collaboration passionnée avec les autorités, à la mise au pas des minorités et des individus qui n’ont pas le sens du troupeau " écrivait le poète Randolph Bourne en 1917.

(12) Lorsque le Droit est violé, c'est-à-dire lorsqu'une personne est victime d'une agression sur elle-même ou ses biens, elle a toutes les raisons de dénoncer son agresseur et de réclamer une réparation. Mais lorsqu'une loi arbitraire est violée, c'est-à-dire une loi qui invente un coupable alors qu'il n'existe pas de victime, ou lorsque la victime ne peut pas se manifester parce qu'elle serait aussitôt déclarée coupable elle-même, ce qui est le cas des acheteurs de drogues frelatées, personne ne porte plainte ; alors le policier ne peut apprendre l’existence du prétendu délit que par ses " indics ", par la délation, la violation du secret de correspondance, les écoutes téléphoniques, le chantage. Abandonnant sa vocation de nous protéger pour courir après des malfaiteurs imaginaires dont personne ne se plaint, chaque policier se transforme en espion méprisable de nos vies.

(13) Ce n’est pas moi qui le dis. Un ministre français a déploré publiquement ce " couple médiatico-judiciaire ".

(14) Les médecins distribuent certaines substances qui altèrent les états de conscience (tranquillisants, somnifères), mais le tabou contre " les drogues " est si puissant qu’il s’impose même à ces figures emblématiques de la science, qui, par exemple, n’ont pas le droit de prescrire de la marijuana alors que son usage apaise les spasmes de certains cancéreux.

(15) Elle a condamné Galilée, c’est l’exemple obligé, représentatif d’un phénomène récurrent dans l’histoire. Qu’on songe plus récemment aux biologistes qui s’opposaient à Lyssenko. Comme l’écrit Ayn Rand, l’homme qui inventa le feu fut probablement condamné à être brûlé vif par les chefs de sa tribu.

(16) Le Code pénal condamne ceux qui font l’apologie de la drogue. Je m’empresse d’affirmer que ce texte n’est pas une apologie de la drogue.

(17) Le Commissaire aux Affaires Sociales de la Ville de New York déclarait il y a peu qu’on pourrait lui apporter toutes les preuves que la vente libre des seringues réduirait la propagation du SIDA qu’il ne reviendrait pas sur sa décision de les interdire. Lire à ce sujet l’excellent article de James Ostrovsky, War On Drugs, War On Progress, dans Liberty, Septembre 1992. 

(18) Comme je l’ai écrit ailleurs, il y a deux dangers contre lesquels l’État ne peut pas nous protéger : nous-mêmes et lui-même. Et ce dernier danger n’est jamais plus grand que lorsque l’État veut nous épargner le premier.

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Drogue : un débat interdit

  • Source du document : Le Québécois Libre
    Auteur : Marc Grunert
    Descriptif : 

    Marc Grunert enseigne les sciences physiques dans un lycée de Strasbourg et anime le Cercle Hayek, consacré à la réflexion et à la diffusion du libéralisme. Il est également éditeur adjoint du Québécois Libre pour la section européenne.

    Le QL défend la philosophie libertarienne et libérale classique, c’est-à-dire la liberté individuelle, l’économie de marché et la coopération volontaire comme fondement des relations sociales. Il s’oppose à l’interventionnisme étatique et aux mouvements collectivistes, de gauche comme de droite, qui visent à enrégimenter les individus. Il existe plusieurs écoles de pensée libertarienne (autrichienne, randienne, néoclassique, anarcho-capitaliste, etc.) qui ne professent pas des positions similaires sur tous les sujets ; celle qui est privilégiée au QL est l’École autrichienne (dont les principaux représentants sont Murray Rothbard, Ludwig von Mises et Friedrich von Hayek). Tous les articles publiés dans le QL expriment un point de vue libertarien, libéral classique, ou qui n’est pas en contradiction avec la philosophie libertarienne. Chaque auteur est responsable de ses propres opinions. Lorsqu’il y a conflit d’interprétation, la ligne éditoriale est déterminée par le directeur. Le but du QL n’est toutefois pas de débattre entre libertariens, mais d’offrir un éventail d’opinions et de commentaires de façon à éduquer et informer les lecteurs ayant des convictions libertariennes et les autres qui le lisent parce qu’ils s’intéressent aux débats d’idées. Bref, élargir l’aire de débat pour les libertariens et faire connaître la philosophie libertarienne.

Samedi le 9 mars 2002 a eu lieu à Paris une manifestation contre la prohibition des drogues et particulièrement du cannabis. Elle a été organisée par le CIRC (le sympathique Collectif d’information et de recherche cannabique de Paris). Cette action commune du CIRC et de la Souris verte (forum des « jeunes verts » qui soutiennent la candidature écologiste de Noël Mamère) avait pour prétexte la dénonciation de l’incarcération de Jean-Pierre Galland, président de ce CIRC, mais c’était aussi l’occasion de militer pour la légalisation de la drogue.

« Il faut lire les faits et procès de l’affaire Galland pour voir comment l’État peut se débarrasser de ceux qui nuisent à ses intérêts en s’appuyant sur une pseudo loi qui est une véritable insulte à la liberté d’expression. Les libertariens, qui sont contre toute forme de « fascisme sanitaire », doivent sans aucun doute apporter leur soutien à la cause de Jean-Pierre Galland. »
Ce document a initialement été publié dans le Québécois Libre (16/03/2002, n°100)

Une loi d’essence totalitaire

« Les inspecteurs de la brigade anti-drogue de Lyon, raconte Jean-Pierre Galland, après être passé par Montpellier, me trouvèrent à Paris et me reprochèrent d’être, en tant que président de la Fédération du CIRC, le responsable du logo sur nos t-shirts, et des textes de la compil... Bref, d’être à la tête du CIRC, une association qui « présente le cannabis sous un jour favorable ». » Et le voilà condamné en 1999 à une amende de 10 000 francs.

Un procès en appel aggrava la peine en 2001 à 90 000 francs à payer en 300 jours. Bien décidé à résister, Galland se justifie avec raison : « Quoi qu’il arrive, je ne paierai pas parce que cette condamnation est un chantage, une peine de prison déguisée. Finalement, ils n’ont fait qu’appliquer lourdement, mais logiquement, une loi absurde et d’essence totalitaire qui punit l’expression d’une opinion hérétique sur la question des drogues. » Aujourd’hui, il est aux portes de la prison.

Cette affaire est l’occasion de rappeler que la légalisation des drogues est tout à fait naturelle dans une société libre fondée sur la responsabilité individuelle. Un individu étant propriétaire de son corps, il a le Droit de consommer des drogues du moment qu’il n’agresse pas les droits d’autrui (voir À QUI APPARTIENT NOTRE CORPS ?, le QL, no 84).

« Dans nos sociétés, sous le couvert d’un mythique « intérêt général », l’État interdit la consommation et le commerce des drogues sans se soucier des coûts de cette interdiction. »

Bien entendu, la consommation de drogues est un vice moralement critiquable s’il conduit à une déchéance de ses facultés. Mais l’individu doit avoir la liberté de disposer de sa vie, et les autres celle de l’aider, de le convaincre de se passer des paradis artificiels, voire de l’ostraciser. La régulation des comportements humains dans une société libre se fait naturellement. Un individu n’aura pas intérêt à adopter un comportement qui l’exclut de la communauté des échanges. Ou, s’il le fait, il doit en mesurer les conséquences.

La guerre contre la drogue est la santé de l’État

Mais dans nos sociétés, sous le couvert d’un mythique « intérêt général », l’État interdit la consommation et le commerce des drogues sans se soucier des coûts de cette interdiction. Or les coûts sont énormes. Le plus visible est d’ordre financier. Le budget de l’État consacré à la lutte contre la drogue est considérable. Ensuite la criminalisation des activités liées à la drogue est la cause directe de l’emprise des mafias sur le marché des drogues, en raison de la prime de risque très élevée que la prohibition engendre. La clandestinité du marché des drogues produit la violence et le crime. Les consommateurs de drogues, criminalisés par la loi, restent enfermés dans un monde obscur dont ils ne peuvent plus sortir sans risquer une peine de prison. L’interdiction crée donc le crime et la délinquance (voir LA GUERRE À LA GUERRE À LA DROGUE, le QL, no 47).

Au coût supporté par les citoyens correspond un bénéfice pour les hommes de l’État. La lutte contre la drogue donne une apparente légitimité à leur intervention. Les mafias, qui disparaîtraient avec la cause qui leur donne naissance (la prohibition), sont aussi la bonne occasion de voter des lois visant à contrôler les individus, d’accroître les moyens et les budgets des bureaucraties policières, et enfin de convaincre les électeurs que l’État les protège contre le crime.

La légalisation de la drogue est une mauvaise affaire pour les hommes de l’État. Il ne faut pas voir ailleurs la raison de ces discours vertueux de politiciens et d’experts en service commandé qui confondent le Droit et leur morale privée.

Par Cyber-résistant
Lundi 6 octobre 2008

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Cette citation résume l'esprit de ce blog.

Ceux qui défendent l'islam ne sont pas les vrais amis des "musulmans", car l'islam avilit et détruit tout le monde, y compris ceux qui s'en servent.

Ecoutez le Père Samuel.


Le Père Samuel acquitté répond aux journalistes.

 

Acquitté ce 26 septembre 2008 par le Tribunal correctionnel de Charleroi dans le procès qui l'oppose au Centre pour l'égalité des chances, le Père Samuel a répondu en toute franchise aux journalistes qui, une fois de plus, ont caché une partie de ses propos reproduits en intégralité dans la vidéo ci-dessous.

Ils étaient venus, ils étaient (pratiquement) tous là, les journalistes de la presse subventionnée, accourus ce vendredi 26 septembre au Palais de Justice de Charleroi afin d’assister, pensaient-ils, à l’exécution publique du Père Samuel.

Traîné devant le tribunal correctionnel par le Centre pour l’égalité des chances pour « incitation à la haine raciale » à l’égard des « Arabo-musulmans », le Père Samuel qui, rappelons-le, est prêtre catholique d’origine araméenne né en Turquie orientale et ayant vécu au Proche-Orient pendant 35 ans, est finalement sorti victorieux de ce procès aussi injuste que ridicule.

La juge Michèle Lecomte a estimé, d’une part, qu’il y avait prescription pour ce qui concerne le livre Les Versets angéliques, écrit par le Père Samuel en 1996, et d’autre part, que les propos tenus par le prêtre dans la presse écrite et télévisuelle en 2002 ne tombaient pas sous le coup de la loi Moureaux de 1981. Cette loi ne prenant pas en compte le critère religieux, le Tribunal s’est déclaré incompétent pour juger des propos du Père et l’a acquitté.

Dans ses attendus, la juge a effectivement bien compris que « les propos virulents » tenus alors par le Père Samuel avaient été dits, comme l’observait un journaliste qu’elle cite, « en réaction contre les extraits les plus belliqueux du Coran ainsi que des paroles de Mahomet et les offensives historiques du monde musulman contre la chrétienté au fil des siècles » et que par conséquent ces propos ne visaient pas, comme le soutenait le Centre, les Arabes et les immigrés « mais bien les musulmans nommément cités », c’est-à-dire « ceux qui pratiquent la religion islamique ».

Néanmoins, la juge a également estimé que « quoi qu’il s’en défende, [le Père Samuel] nourrit une véritable haine à l’égard de ces musulmans, non pas en tant qu’Hommes, mais en tant qu’ils pratiquent une religion qui, selon lui, […], exhorte “à la violence, à l’intolérance, à la haine et au fanatisme”. »

Nuançons l’appréciation très critique de la juge en rappelant que, contrairement au monde musulman qui donne chaque jour l’exemple d’une haine meurtrière, les propos du Père Samuel au sujet de l’islam n’ont jamais conduit à un quelconque crime ou délit et n’ont en fait jamais incité qu’à une seule chose : la vigilance.

Après avoir assisté à l’acquittement du prêtre, les journalistes, abasourdis et on ne peut plus déçus, lui ont de nouveau tendu leurs micros, cherchant une fois de plus à le pousser à la faute. Fidèle à lui-même, le Père Samuel n’a cessé, comme on pourra s'en rendre compte dans la vidéo qui suit, de dénoncer les appels à la haine et au meurtre contenus dans les textes fondateurs de l’islam rappelant par exemple les guerres livrées par Mahomet contre tous ceux qui ne voulaient pas se soumettre à lui ou encore les versets du Coran tels que : « Ne prenez pas les juifs et les chrétiens pour alliés » (5, 51) ; « Faites la guerre à ceux qui ne croient pas en Allah » (9, 29) ; « Vous les combattrez ou bien ils se convertiront à l’islam » (48, 16).

Autant de références qui inspirent aujourd’hui encore la législation des pays musulmans et la pratique religieuse de plus d’un milliard de musulmans dans le monde. Mais tout cela, nos journaux subventionnés préfèrent le taire soigneusement...
 
On pourra voir et entendre, sur la vidéo qui suit, le Père Samuel et les propos qu’il a réellement tenus à la presse (RTL-TVI ; RTBF ; Télé-Sambre) au sortir de l’audience. On pourra également voir intervenir à deux reprises Anne-Marie Delcambre, docteur en droit et en civilisation islamique et professeur d’arabe au lycée Louis-le-Grand (Paris), qui a eu l’amabilité et le courage de venir de Paris pour soutenir le Père Samuel dans ce procès, répétons-le, injuste et ridicule.


Johan Bourlard

Par Cyber-résistant
Jeudi 24 avril 2008

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par Daniel Pipes
Jerusalem Post, 29 novembre
2007
VO: http://www.danielpipes.org/article/5149

Étonnamment, la combinaison entre les bases faussées de la rencontre d’Annapolis et la mollesse du premier ministre israélien Ehud Olmert («la paix est affaire de concession») a généré quelque chose d’utile. En effet, rompant avec ses prédécesseurs, Olmert a exigé avec vigueur que ses partenaires de négociation palestiniens acceptent l’existence permanente d’Israël en tant qu’État juif, suscitant ainsi une réaction révélatrice.

Olmert annonça le 11 novembre que si les Palestiniens ne reconnaissaient pas Israël comme «un État juif», les discussions d’Annapolis seraient stoppées. «Je n’ai pas l’intention de transiger d’une quelconque manière sur la question de l’État juif. Cela constituera une condition à notre reconnaissance d’un État palestinien.»

Il confirma cette position le lendemain, qualifiant la «reconnaissance d’Israël comme un État pour le peuple juif» de «point de départ à toutes les négociations. Nous n’entamerons aucun débat avec qui que ce soit sur le fait qu’Israël est un État pour le peuple juif.» Il releva aussi que les dirigeants palestiniens doivent «avoir la volonté de faire la paix avec Israël en tant qu’État Juif».

La mise en exergue de ce point a l’avantage d’attirer l’attention sur la question centrale du conflit israélo-arabe – le sionisme, le mouvement nationaliste juif, un aspect généralement ignoré dans le brouhaha des négociations. De fait, quasiment depuis la naissance de l’État, les pourparlers se sont concentrés sur la complexité de questions secondaires telles que les frontières, la disposition des troupes, le contrôle de l’armement et des armes, les lieux sacrés, les ressources naturelles, les droits d’établissement, la représentation diplomatique et les relations étrangères.

Les dirigeants palestiniens ont répliqué rapidement et sans équivoque à l’exigence d’Olmert:

  • Le Higher Arab Monitoring Committee de Nazareth décida à l’unanimité d’appeler l’Autorité palestinienne à ne pas reconnaître Israël comme un État juif.

  • Salam Fayad, le «premier ministre» de l’Autorité palestinienne: «Israël peut se définir comme il lui plaît, mais les Palestiniens ne le reconnaîtront pas comme État juif.»

  • Yasser Abed Rabbo, secrétaire général du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine: «Cette question n’est pas sur la table de négociation; elle est destinée à la consommation interne [israélienne].»
  • Ahmad Qurei, chef des négociateurs palestiniens: «Cette [exigence] est rejetée catégoriquement.»
  • Saeb Erekat, responsable des négociations de l’OLP: «Les Palestiniens ne reconnaîtront jamais l’identité juive d’Israël. (…) Il n’existe aucun pays dans le monde où les identités religieuse et nationale sont liées de cette manière.»

La généralisation d’Erekat est à la fois curieuse et révélatrice. Non seulement 56 États et l’OLP appartiennent à l’Organisation de la conférence islamique, mais la plupart d’entre eux, y compris l’OLP, font de la charia (la loi islamique) leur principale ou unique source de législation. L’Arabie Saoudite exige même que tous ses sujets soient musulmans.

En outre, le lien entre la religion et la nation n’est de loin pas l’apanage des pays musulmans. Comme le relève Jeff Jacoby, du Boston Globe, la loi argentine «charge le gouvernement de soutenir la foi catholique romaine. La reine Elizabeth II est le Gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre. Dans le royaume himalayen du Bhoutan, la constitution proclame que le Bouddhisme est l’‹héritage spirituel› de la nation. La deuxième partie de la constitution grecque déclare que ‹la religion dominante en Grèce est celle de l’Église orthodoxe orientale du Christ›.»

Pourquoi, donc, ce faux refus de principe de reconnaître Israël comme un État juif? Peut-être parce que l’OLP nourrit toujours l’intention d’éliminer Israël en tant qu’État juif, justement.

Je dis bien «éliminer» et non détruire. Oui, jusqu’à présent, l’antisionisme a essentiellement revêtu une forme militaire, du «jetez les Juifs à la mer» de Gamal Abdel Nasser à l’«Israël doit être rayé de la carte» de Mahmoud Ahmadinejad. Mais la puissance des Forces de défense israéliennes a poussé l’antisionisme vers une démarche plus subtile, qui consiste à accepter un État israélien puis à en démanteler le caractère juif. Les antisionistes envisagent plusieurs moyens d’y parvenir:

Démographie. Les Palestiniens pourraient submerger la population juive d’Israël, un objectif signalé par leur exigence d’un «droit au retour» et par leur «guerre des ventres».

Politique. Les citoyens arabes d’Israël rejettent toujours davantage la nature juive du pays et exigent qu’il devienne un État binational.

Terreur. Les quelque 100 attentats palestiniens hebdomadaires perpétrés entre septembre 2000 et septembre 2005 visaient à susciter le déclin économique, l’émigration et une politique d’apaisement en Israël.

Isolement. Toutes ces résolutions des Nations Unies, ces condamnations dans la presse et ces attaques sur les campus sont destinées à miner l’esprit sioniste.

La reconnaissance par les Arabes de la nature juive d’Israël doit revêtir une priorité diplomatique maximale. Les négociations devraient être stoppées et gelées jusqu’à que les Palestiniens acceptent formellement le sionisme puis mettent un terme à toutes leurs stratégies visant à éliminer Israël. D’ici-là, il n’y a rien à discuter.


Pourquoi j’ai déposé une plainte à la Commission canadienne des droits contre un imam salafiste de Montréal pour "propagande haineuse"

mardi 15 avril 2008, par Marc Lebuis


Vendredi dernier, j’annonçais mon intention de déposer une plainte à la Commission canadienne des droits de la personne (CCDP) contre un imam salafiste de Montréal, en vertu des dispositions de la Loi canadienne sur les droits de la personne interdisant la « propagande haineuse » diffusée via Internet. Ma plainte a été déposée. Je vous informe de mes objectifs.

À première vue, ça peut paraître paradoxal, moi qui suis un fervent défenseur de la liberté d’expression, que je dépose une plainte en vue d’empêcher un imam salafiste de s’exprimer. J’en conviens. En fait, mon objectif est de provoquer un débat sur la liberté d’expression et d’amener le public et les médias à dénoncer le nouveau rôle de « censeurs de blasphème » que se donnent les commissions des droits de la personne.

Cette tendance inquiétante, tant au niveau international que national, doit être renversée dès maintenant avant qu’il ne soit trop tard. C’est la survie de la démocratie et de la liberté qui est en jeu. Rien de moins !

Je vise aussi à attirer l’attention sur l’idéologie salafiste. Ce n’est pas un discours religieux inoffensif. Loin de là. En fait, c’est une idéologie dangereuse qui devrait être interdite.

Le nouveau délit de blasphème

Pour l’islam, il n’y a pas de distinction entre le discours religieux et le discours politique. Les deux sont imbriqués depuis 14 siècles. Le concept occidental d’une société civile et d’une presse libre qui peuvent critiquer les politiques du gouvernement, les religions ou toute idée, n’existe pas. Toute critique est vue comme une attaque contre l’islam, un blasphème, un discours haineux visant plus d’un milliard de personnes.

Au niveau international

Cette notion que la critique de l’islam comme religion, idéologie et programme politique est une attaque, un blasphème, une provocation, de la diffamation, bref un délit quand ce n’est pas un crime, chemine en droit international et en droit canadien. On l’a vu récemment avec les résolutions adoptées par le Conseil des droits de l’Homme à l’initiative des pays membres de l’Organisation de la conférence islamique. Reporters sans frontières a qualifié ce développement de « dramatique ».

Au Canada

Récemment, nous avons eu la stupéfiante déclaration de la Commission ontarienne des droits de la personne accusant publiquement Mark Steyn et le magazine Maclean d’être des « racistes islamophobes », le tout sans même les avoir entendus. Et pourtant, les écrits de Mark Steyn publiés par Macleans portent sur l’impact culturel et politique à long terme de l’islamisation grandissante de l’Europe liée à la dénatalité des Européens de souche et à l’immigration massive de musulmans qui ont davantage d’enfants. La CCDP est actuellement saisie d’une plainte pour « propagande haineuse » contre Maclean et Steyn, et a ouvert une enquête.

On peut être en désaccord avec les théories de Steyn. Mais censurer, ou même tenter de censurer tout débat sous prétexte que certains musulmans sont « offensés » est une véritable trahison des principes d’une saine démocratie. Cette vision des droits et libertés représente, en fait, une menace pour la démocratie et la liberté.

Suivant la logique de la commission ontarienne, il faudrait dénoncer le Pape Benoît XVI comme un « raciste islamophobe » puisque des leaders musulmans sont profondément offensés qu’il ait baptisé l’ex-musulman Cristiano Magdi Allam. Des dignitaires religieux musulmans influents y ont vu rien de moins qu’une déclaration de guerre contre l’islam, une attaque contre un milliard de musulmans.

Toujours selon cette logique, il faudrait aussi interdire la diffusion au Canada des écrits de Salman Rushdie et de Taslima Nasreen, qui sont vus comme profondément offensants par de nombreux musulmans.

Où va s’arrêter cette nouvelle forme d’Inquisition, cette chasse aux sorcières ? Le quotidien La Presse n’a même pas osé publier une caricature de l’ombre de Mahomet. Imaginez ! La Presse a peur de l’ombre de Mahomet... Le caricaturiste Chapleau en a parlé sur la télévision de Radio-Canada, avec fierté et sans aucun regard critique. Il se plie au Code d’éthique de La Presse qui est revêtu du sceau « soumis à la charia ». C’est dire à quel point la presse trahit lâchement nos valeurs et, sans s’en rendre compte, compromet mes droits comme citoyen, vos droits, la démocratie et la Liberté.

Censure à sens unique

L’islam comme religion, idéologie, code juridique, programme politique et économique devrait pouvoir être discuté librement. Il faut libérer la parole et ouvrir le débat. Il faut informer les citoyens sans crainte d’être poursuivis devant une commission des droits de la personne ou traînés dans la boue comme « raciste d’extrême droite ».

Imaginez si, à l’époque de la guerre froide, toute critique du stalinisme et du communisme avait été censurée comme « raciste » ou « russophobe » par les commissions des droits de la personne. Et qu’on aurait permis aux promoteurs du totalitarisme de cracher leur haine de la démocratie en toute liberté et de chercher à gagner des adeptes à leur vision du monde au Canada. Stupide et suicidaire, n’est-ce pas ?

Le délit de « propagande haineuse »

L’article 13 de la Loi canadienne sur les droits de la personne réprime la « propagande haineuse » diffusée par un moyen de communication électronique, comme le téléphone, la radio, la télévision, ou Internet.

Lorsque cette propagande vise l’un ou l’autre des groupes vulnérables énumérés dans la Loi, elle est considérée comme constituant de la « discrimination ». Les écrits de l’imam salafiste contre lequel j’ai porté plainte sont diffusés sur Internet. Pour maximiser mes chances auprès de la CCDP, j’ai formulé ma plainte en identifiant trois groupes énumérés, soit les Canadiens français du Québec comme minorité ethnique et linguistique vulnérable, les femmes et les non musulmans.

J’ai joué la carte de la « minorité ethnique » à cause de l’avantage stratégique que je peux en tirer, rien de plus. Les lois sur les droits de la personne protègent les individus appartenant à des groupes vulnérables. Les Canadiens français sont une minorité ethnique, linguistique et nationale. Nous sommes probablement les seuls blancs en Amérique du Nord à pouvoir invoquer le droit d’être « protégés » contre la propagande haineuse visant un groupe ethnique identifiable. La CCDP sera confrontée à une plainte par un membre d’une minorité contre un membre d’une autre minorité. N’est-ce pas intéressant ?

Le livre qui fait l’objet de ma plainte

Ma plainte concerne le livre L’islam ou l’intégrisme - À la lumière du Qor’an et de la Sounnah par l’imam salafiste Abou Hammaad Sulaiman Dameus Al-Hayiti qui officie dans une mosquée de Montréal.

L’imam enseigne une version des plus rigoriste de l’islam et son livre, que vous pouvez télécharger en cliquant sur l’icône plus bas, est remarquablement suprématiste, machiste et misogyne. Pour l’imam, ses compatriotes non musulmans sont des « kouffars » (mécréants, impies, infidèles), les femmes du Québec sont de vraies perverses, et le peuple est « bête et ignorant ». Il prône la destruction des « idoles » de l’Occident, soit la démocratie, la modernité, la laïcité et la liberté (surtout celle des québécoises). Il pourfend aussi les « innovations » (bidah), la mixité, le théâtre, la musique et à peu près toutes les autres écoles de pensée musulmanes.

PDF - 1.4 Mo
L’islam ou l’intégrisme 3e édition

Impact de ma plainte

La CCDP peut refuser de recevoir ma plainte, ou accepter d’ouvrir une enquête.

1. Si elle refuse de recevoir ma plainte, on pourra conclure que la commission, qui enquête actuellement sur Maclean et Mark Steyn, se considère mandatée pour traquer ce qu’un musulman considère subjectivement comme une attaque ou un blasphème, tout en protégeant le discours salafiste qui menace les libertés de tous. La CCDP pourra légitimement être dénoncée comme étant une institution qui trahit son mandat et représente, en fait, une menace pour la liberté et la démocratie.

2. Si elle accepte d’ouvrir une enquête (et quelle qu’en soit l’issue), j’aurai braqué les spots sur le discours de l’imam et l’idéologie salafiste. Les médias et le public pourront librement évaluer la dangerosité de cette idéologie et la discréditer.

Si les musulmans dits « modérés » refusent de dénoncer ce discours subversif, suprématiste et haineux, on pourra là aussi tirer des conclusions. Les groupes de pression musulmans se plaindront-ils que la CCDP persécute l’imam salafiste ?

Conclusion

Quelle que soit l’issue de ma plainte, j’aurai démontré quelque chose. Mon seul objectif est de susciter un débat public et de renforcer la liberté d’expression. Ce n’est pas raciste ni islamophobe que de critiquer l’idéologie salafiste. En fait, c’est salutaire de le faire. C’est de l’« islamolucidité ».

Si la presse du Québec défendait la liberté d’expression au lieu de se soumettre à la charia et de s’auto-censurer, je n’aurais pas eu besoin de déposer une plainte à la CCDP.

Les islamistes utilisent le langage des droits humains pour faire taire toute critique. C’est une arme à double tranchant. Eux aussi devraient subir l’examen critique de leur propagande qui, elle, est réellement haineuse.

Il est temps que les musulmans se responsabilisent et qu’ils fassent le ménage dans leurs communautés. Faute de le faire, c’est l’ensemble des musulmans qu’on pourra soupçonner de cautionner, par leur silence, la propagation d’une idéologie extrémiste qui devrait être interdite... contribuant à perpétuer le phénomène d’islamophobie dont ils se disent victimes.

 

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Par Cyber-résistant
Mardi 22 avril 2008

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Le ramadan, une calamité pour la santé …et pour la Sécu.

Quand les prescriptions d’Allah, mettent votre santé en danger, c’est qu’il est temps de vous demander si Allah vous veut réellement du bien : Crises cardiaques, accidents cérébro-vasculaires, comas diabetiques, indigestions, déshydratation font aussi partie de la fête. Dans les pays musulmans les hopitaux sont débordés durant le

Le Roi de Jordanie exhorte ses sujets musulmans à ne pas commettre d’excès.

Le gouvernement jordanien vient de lancer une campagne pour lutter contre les problèmes de santé les plus serieux, qui vont des attaques cardiaques aux comas diabétiques, qui menacent les musulmans pendant leur mois saint.

En principe, une periode d’abstinence pour se concentrer sur la prière, le est aussi une periode d’excès et d’habitudes malsaines. Un sujet d’inquiétude pour les responsables de la santé.

Peu de statistiques sur les effets du sur la santé sont publiées. Mais en Jordanie, des responsables de la santé  déclarent que les crises cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux, de diabète, les cas de déshydratation ou de simples indigestions grimpent en flèche  dans les hôpitaux et les cliniques dés la première semaine de .

La question est un sujet de préoccupation dans tout le Proche-Orient, où les problèmes de santé liés à l’obésité et au tabagisme, prennent un pourcentage de plus en plus grand du budget de santé des pays musulmans.

En Jordanie, par exemple, le gouvernement consacre maintenant environ un cinquième du budget de l’État à la santé.

A Dubaï et en Arabie Saoudite, les journaux exhortent régulièrement le public à suivre une alimentation saine et à faire plus d’exercices physiques pendant le mois de jeûne. Cette année, l’une des stations de télévision, Al-Arabiya,  qui est la plus regardée en Arabie saoudite, diffuse une séquence pour une alimentation saine au cours des bulletins d’informations.  “Le petit conseil pour mardi : Cuire dans le four les patisseries traditionnelles de au lieu de les faire frire.”

Le gouvernement Jordanien est cependant le premier pays à financer les spots diffusés en faveur de la santé pendant le . La campagne est dirigée par le roi de Jordanie Abdullah II en personne, et par son épouse, la reine Rania. Ils y parlent publiquement de leur mode de vie sportif  et de leur alimentation saine.

Source : Associated Press


Ramadan, le souk des civilisations

Image_15_2 Il y a un siècle le Ramadan ne faisait qu'un fichu “ramdam”. Pour les pieds-noirs d'Algérie, qui ont ainsi écorné le mot “ramadan”, ces ripailles suivant la rupture du jeûne, les veillées houleuses et débonnaires qui s’ensuivaient jusqu’aux aurores, n'étaient que vacarme, tapage nocturne, charivari à l’état brut.

En 2008, les Maghrébins francisés ont baptisé leur Ramadan “Carême” et... il fait encore du bruit ! Mais un bruit lucratif, celui dont aucune campagne de marketing ne peut se passer. Aucun doute : le Ramadan se vend bien, il fait désormais recette, y compris en milieu non musulman. L’Europe et l’Amérique soumettent désormais au  même « plan com » et autres « marchandesing » ayant déjà amplement fait leurs preuves avec Pâques, Noël et Halloween, le rite islamique le plus voyant et le plus populaire.

Et le plus consumériste, ce qui en soit n’a rien de rédhibitoire, tout auImage_49_2 contraire, aux yeux d’une foi islamique qui place la fonction de marchand au pinacle des métiers profanes. Même au Paradis, où abondent à profusion biens de la chair et de la bonne chère, un souk hebdomadaire serait ouvert pour les élus afin d’y assouvir leur passion de vendre, d’acheter, de marchander, ne serait-ce que des tapis de prière…

Image_62 Ainsi, en cet an de grâce 2008, le croyant “branché” peut, s’il lui en prend fantaisie, rompre le jeûne en « sabrant” du champagne certifié halal -“licite” en arabe- tout en dégustant du foie gras « ad hoc ». Pour faire ses emplettes, le même croyant-consommateur n’aura que l’embarras du choix. De fait, les hypermarchés, les souks géants, ces emporiums et temples universels, rivalisent de “promotions” sous l’étiquette passe-partout “Saveurs d’Orient” pour proposer une ample palette de produits à la fois français et exotiques mais à la “sauce” islamique, en clair certifiés halal.

Image_30 Cela va du cassoulet au couscous en passant par les petits salés aux lentilles, les saucissons, les choucroutes, les fricadelles néerlandaises, les boulettes belges,Image_23_5 les raviolis, les merguez, les loukoums, les dattes « déglet-nour », non sans une pincée de “world food” incluant pizza, nuggets, hamburger et autres Chili con Carne.

Carrefour, Leclerc, Auchan, Casino et jusqu’au réseau « discount » Ed, tous se mettent à l’heure du Ramadan, servis par les plus grandes marques : Mc Donald’s, Candia, Maggi, Coca Cola, Burger King, Nokia, Apple, Volkswagen, Toyota… Des “griffes” internationales qui pour mieux “mordre” sur le créneau “halal” ne reculent devant aucun poncif publicitaire ni image d’Epinal pour fouetter, flatter, caresser dans le sens du poil l’appétit du chaland.

Image_64_5 Par exemple, cette affiche publicitaire lancée au début du Ramadan par Candia -qui produit déjà du lait caillé halal fort apprécié- répond à la question-slogan “Un petit producteur de lait peut-il vous emmener au sommet du goût ?” par un “oui” massifImage_65_2 inscrit à flanc de montagne; un “oui” en lettres latines mais qui transcrit de façon tout aussi lisible le nom d’”Allah” en caractères arabes ! Plus franc le clin d’oeil ou plutôt le clignotant de Volkswagen et Toyota qui mettent en scène des voitures tous phares allumés dehors en forme… de croissants.

Image_33_3

  Image_35_6Image_24_4 Quoi qu’il en soit et l’argent n’ayant point d’odeur de sainteté, le business du halal -entre 5 et 15 milliards d’euros en Europe selon les évaluations- aura été le fruit du génie mercantile anglo-saxon qui, le premier, a su en pressentir l’immense potentiel. Outre le premier champagne halal, dénommé “Cham’Alal”, le Royaume-Uni, suivi de l’Allemagne et des Pays-bas fabriquent l’essentiel de la nourriture à la fois “licite” tout un ayant un aspect “occidental” : simili bacon à base de viande de poulet, bière sans alcool, saucisses de Strasbourg au goût de merguez.

Ce qui ne va pas sans poser la question, cruciale, de savoir à qui revient la fonction incontestable de conférer la certification “halal” sur des produits mis sur un marché déjà très mondialisé et promet donc d'être juteux. Selon une étude du ministère canadien de l’Agriculture, le “halal business” pèse, déjà, plus d’un dixième du total des échanges mondiaux de produits agro-alimentaires, soit une valeur de 70 milliards d’euros.

Image_63_6 Face à cet Eldorado, les Etats-Unis, l’Allemagne, la France, mais aussi le Brésil, l’Australie, l’Argentine, l’Inde et Chine investissent sur le créneau du halal. En ligne de mire, l’Europe où vivent des millions de citoyens musulmans ayant un pouvoirImage_59_5 d’achat conséquent. Déjà, le port de Rotterdam s’emploie à devenir le principal point d’entrée halal sur marché européen et entend réserver un entrepôt exclusif.

Image_53_2 Quant à cette Amérique que les barbus tiennent pour l’ennemi absolu de l’islam, elle a depuis longtemps acclimaté à l’ « American way of life »  la foi du Prophète. Ainsi, une semaine avant l’attentat du 11 septembre 2001, la Poste émettait un timbre pour souhaiter un “Aïd béni », soit la fête qui clôt le mois du jeûne canonique. Depuis lors, George Bush organise chaque année un “iftar” à la Maison Blanche, « halal » bien entendu. Un rite auquel se prête également l’ambassade des Etats-Unis à Paris, en y conviant des musulmans français. (Le Quai d’Orsay fit de même en 2005 et 2006, du temps de Philippe Douste-Blazy). Mieux, et geste encore plus symbolique, au moment de l’Aïd, le haut de l’Empire State Building, un des joyaux de New York, s’illumine en vert, en hommage aux musulmans de la Grosse Pomme qui y représentent un habitant sur dix.

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Par Cyber-résistant
Dimanche 20 avril 2008

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Plus qu'un Etat au sens classique du terme, l'Arabie saoudite est dans une théocratie totalitaire née d'une alliance entre une dynastie bédouine assoiffée de conquête, les Saoud) et une secte ultra-fondamentaliste (les Wahhabites), mouvement d'inspiration hanbalite, la plus rigoriste des quatre écoles de l'islam sunnite.

Créé au XVIIIème siècle par Muhammad Ibn'Abd El-Wahhab (1703-1787), le Wahhabisme proclame que l'islam est avant tout un rejet du polythéisme (ou « associationnisme », Chirk) et doit retrouver islam des « pieux précurseurs » (El-Salaf El-Salih, ou salafites), El-Wahhab proposait de remplacer les coutumes barbares et « impies » par l'application intégrale de la charià. Les Wahhabites prescrivent la stricte application de la charià dans sa version la plus rigoriste, y compris en matière pénale (lapidation pour l'adultère, ablation du poignet pour les voleurs, coups de bâtons pour les femmes relevant trop leur foulard, etc). Ils rejettent violemment toute forme de nationalisme (kawmiyya), invention des « Occidentaux athées », qui risque de réveiller le tribalisme (asabiyya) stigmatisé par le Coran et diviser la Oumma, toute comme la démocratie, autre « innovation occidentale ». S'il n'y a pas, en Islam, d'Eglise universelle hiérarchisée et pyramidale comme le Vatican, il existe bien, en Arabie Saoudite, un véritable pôle doté de moyens financiers sans commune mesure avec ceux, somme toute limités, du Saint-Siège. Tout d'abord, les Saoudo-wahhabites contrôlent les lieux saint de l'islam, la Mecque et Médine, lieu du pélérinage (hajj), l'un des cinq piliers de l'islam. Ils gèrent une véritable Eglise universelle de l'islam. Ce « Vatican wahhabite » s'est progressivement étoffé et organisé entre 1932, date de création de l'Etat saoudien, et les années 60-70, période d'envol économique de la Péninsule grâce à l'or noir. Il est constitué en majorité d'oulémas issus du Najd, le fief historique du Wahhabisme, et dirige plus de 25 institutions disposant d'un budget annuel estimé à plus de 12 milliards de dollars. On estime qu'entre le premier choc pétrolier et 1999, l'Arabie Saoudite au sens large - Etat, organisations officielles ou officieuses, donateurs privés - aurait dépensé plus de 35 milliards pour la construction de mosquées, centres culturels, associations islamiques ou autres « ONG d'Allah » dans le monde. Plusieurs organisations placées sous le contrôle direct du “ Vatican wahhabite ” saoudien, dispensent cette considérable manne financière et ont pour mission de remplacer en quelques sortes le Califat aboli par Mustapha Kémal en 1924 et de diffuser partout la conception la plus anti-réformiste et obscurantiste de l'islam: le Congrès du Monde Musulman, créé en 1926 à l'initiative du Pakistan mais financé par Riyad; la Ligue Islamique Mondiale, (Al Rabita al-alam el-islami), fondée en 1962 à la Mecque par Fayçal Ibn Abdel Aziz Saoud; l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI), sorte de ONU du monde islamique, fondée à Rabat en 1969 et siégeant actuellement à Jeddah ; l'Organisation Internationale d'Aide islamique ; l'Assemblée mondiale de la jeunesse islamique, l'Institut du Roi Fahd ; et une multitude d'autres associations caritatives et religieuses. Grâce au contrôle de ces principaux instruments de propagation de l'islam dans le monde, Riyad est parvenue ces trente dernières années, à favoriser une véritable “ wahhabisation ” du monde musulman, depuis l'Afrique jusqu'au Nord de la Chine, en passant par les Mosquées de France, d'Italie ou des Etats-Unis, jusqu'à la prestigieuse université d'Al Azhar au Caire ou même la Turquie (ex)-kémaliste. En Europe, la plupart de ces structures concentrent leurs efforts sur la réalisation des projets de Mosquées et Centres islamiques imposants (Londres, Rome, etc). A leur tour, ces organisations alimentent les différentes associations nationales, régionales, culturelles, humanitaires, etc, financent des brochures, organisent des colloques, séminaires et conférences, où se côtoient régulièrement professeurs d'universités, responsables d'associations, imams, diplomates et émissaires wahhabites saoudiens ou koweïtiens.
Fort présente en Occident avec pour mission d'encadrer les communautés musulmanes immigrées et empêcher leur intégration aux sociétés d'accueil « impies », la Ligue Islamique Mondiale (Rabita) finance les activités des centres islamiques à travers le monde et désigne les membres du Conseil Mondial des Mosquées, chargé de coordonner et financer la construction des lieux de culte. Au niveau transnational européen, la Ligue dispose d'une filiale, le Conseil Islamique d'Europe, dont le siège est à Bruxelles. Dans cette même capitale belge, le “ Vatican wahhabite ” finance depuis 1983 un centre de formation d'imams belges et européens rattaché à la Grande mosquée de Bruxelles. Dans chaque pays, il désigne un Bureau de l'Organisation de la ligue Islamique mondiale (BOLIM), présidé souvent par des convertis : jusqu'à il y a peu, en France, Youssouf Leclerc ou actuellement, en Italie, l'ancien ambassadeur en Arabie saoudite, Mario Scialoja. La Rabita déploie une double stratégie : tout d'abord, instrumentaliser les populations musulmanes immigrées en Europe, la plupart du temps étrangères au wahhabisme, en finançant des projets de construction de mosquées ; ensuite, s'imposer auprès des Etats européens en finançant de luxueux centres islamiques reconnus par les pouvoirs occidentaux ce qui permet au wahhabisme d'acquérir l'aura de l'islam officiel. C'est dans ce contexte géopolitique qu'ont été édifiés les divers Centres islamiques saoudiens de Rome, Vienne, Madrid, Bruxelles, Londres, Sarajévo, Lyon et Genève.
La stratégie d'expansion et de pénétration des Wahhabites consiste à transformer à terme les minorités islamiques en noyaux prosélytes ayant vocation à s'élargir et à rester imperméable aux mœurs occidentales grâce au repli communautaire et aux conversions. Citons par exemple quelques passages de la revue L'Islam aujourd'hui, émanation de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI), contrôlée par l'Arabie Saoudite : “ La Oumma islamique, entière, a commencé comme une minorité réduite à une seule personne, le Prophète. Elle s'est ensuite élargie à quelques centaines de personnes (...). Le succès d'une minorité musulmane est de devenir un jour (..) une majorité. Ce phénomène se fait par un effet d'assimilation réciproque entre la majorité non-islamique et la minorité islamique, la majorité acceptant petit à petit la morale et la religion islamiques et finissant par s'identifier à l'islam (...). Plus ces communautés seront fortes et acceptées dans leur pays, plus elles défendront les intérêts du monde musulman puisque la Oumma est une et indivisible, chaque fraction de cette Oumma est d'une importance primordiale” . Peut-on appeler ce type de discours autrement qu'un plan de conqûete politico-spirituelle du monde ? Mais le nerf de la guerre de conquête islamique étant l'argent, l'activité des milliardaires et banques islamiques saoudiens sont le véritable secret du prosélytisme saoudo-wahhabite dans le monde. En 1981, tout d'abord, lors du sommet islamique de Taëf (Arabie Saoudite), des financiers musulmans avaient créé une banque islamique privée, Dar al Mal al islami - DMI- (“ la Maison de l'argent islamique ”) dont le siège se trouve à Genève et qui est une filiale de la Fayçal Islamic Bank Group. Le fondateur de cette banque, Muhammad Ibn Fayçal, n'était autre que le propre frère du prince Turki Ibn Fayçal, ex-chef des services secrets saoudiens. Dans l'esprit de son dirigeant d'alors, le prince Mohamed, la DMI avait vocation à s'étendre dans tous les pays occidentaux et d'utiliser le système bancaire pour financer des actions internationales de prosélytisme islamique. C'est grâce aux bénéfices accumulés par ces filiales que la DMI finance les différents projets de centres aérés et colonies de vacances islamiques à Roubaix, Hambourg, Cologne, ou en Grande Bretagne, à Dewsbury, non loin de Bradford, première ville islamique européenne. Dans la même période, le prince Mohamed finance à Londres un Institut de réflexion, l'Islamic Council of Europe qui sert de bailleur de fonds à une nébuleuse d'organisations de propagande islamique dont : le Secrétariat pour la “ libération des territoires musulmans ”, le Fonds de Solidarité Islamique et la Commission Internationale pour les Minorités musulmanes.
D'autres satellites de la DMI développent une intense activité religieuse et politique, parfois subversive : l'Association des travailleurs musulmans en Europe ou l'Organisation islamique des droits de l'Homme, dont le président est l'ex-chef d'Etat algérien Ahmed Ben Bella, converti depuis aux idées islamistes, et qui reçoit plusieurs millions de dollars pour financer ses activités politiques. Un an après la création de Dar al-Mal al-Islami, le roi Fahd créa une autre banque islamique : Dalla al Baraka (“ la Bénédiction ”). Relayée de Bahreïn à Hongkong, en passant par Luxembourg ou Nassau par pléthores de filiales et d'ONG, cette autre banque islamique sera également l'un des axes du financement saoudien de l'islamisme international. Dalla al Baraka travaillera étroitement avec la famille d'Oussama Ben Laden, et parviendra à s'implanter dans une douzaine de pays : Bahreïn, Tunisie, Mauritanie, Thaïlande, Algérie, Chine (Shangaï), Djibouti, Afrique du Sud et même Etats-Unis (Texas). Plus discrète que la DMI, Dalla al Baraka s'implante par le biais de holdings comme la Islamic Banking System International Holding. Grâce à cette stratégie, elle parviendra à contrôler à Copenhague la première banque islamique internationale, la IBI. Ouverte officiellement en 1984, l'IBI est rapidement devenue, grâce à sa grande discrétion, la banque la plus courtisée des communautés islamiques implantées en Europe, rachetant des espaces publicitaires dans de nombreuses revues musulmanes d'Europe. En France, c'est l'association Islam et Occident qui la représente, organisant de prestigieux séminaires destinés à faire connaître l'islam et les mérites du système bancaire islamique, fondé non pas sur l'intérêt (riba), interdit par le Coran, mais sur la solidarité. C'est par exemple la BID qui a financé le coûteux et luxueux centre culturel islamique d'Evry, dans la banlieue sud de Paris. Moins connue que les précédentes, Al Taqwa Bank est également l'un des centres de financement de l'islamisme international, comme l'ont révélé les différentes enquêtes lancées contre la nébuleuse Al Qaïda en Italie et en Suisse après le drame du 11 septembre. Opérant dans plus de trente pays, dont le Lichtenstein, officiellement basée aux Bahamas, Al Taqwa, qui signifie « crainte de Dieu ou piété », gère essentiellement des fonds en provenance du Koweït, d'Arabie saoudite et des Emirats Arabes Unis destinés à financer les mouvements islamistes en Europe ou même les candidats islamistes aux élections politiques dans différents pays musulmans, notamment en Egypte. Son fondateur et président, le milliardaire égyptien naturalisé italien, Youssef Nada, haut-dignitaire des Frères musulmans au niveau international, dirige les affaires du groupe depuis Lugano, en Suisse, non loin de sa résidence de Campione d'Italia, en Italie septentrionnale. D'autres membres du conseil d'Administration sont également naturalisés italiens, Ahmed Idris Nasreddin, co-fondateur du groupe et ancien consul du Koweït à Milan, qui sera d'ailleurs interpellé après le 11 septembre en raison de ses liens avec la nébuleuse islamo-terroriste. Parmi les actionnaires et créditeurs du Groupe Al Taqwa, rebaptisé récemment Nada Management, on découvre un assemblage particulièrement détonnant : Huda Mohamed Ben Laden et Iman Ben Laden, deux des frères de l'auteur des attentats de Manhattan ; le Centre culturel islamique milanais de Viale Jenner, directement approvisionné par Al Taqwa via Ahmed Idris Nasreddin et identifiée par le Ministre du Trésor américain comme une « base européenne du réseau d'Oussama Ben Laden » ; le néo-nazi suisse converti à l'islam, Ahmad Huber, membre du Conseil d'Administration mais aussi de la société nazie de Thulé, depuis toujours en lien avec l'islamisme international (khomeinystes et Frères musulmans); ou encore la branche grenobloise de l'Union Islamique des étudiants de France (UISEF), rebaptisée depuis 1996 Etudiants Musulmans de France (EMF)…

Le lobby wahhabite mondial

Depuis le 11 septembre, l'ambiguïté de la monarchie wahhabite en matière de financement de l'islamisme via les différentes donations « caritatives » ou au titre de la « coopération », semble avoir été désoccultée. On mentionne moins souvent le « lobbiyng islamiste » de l'Arabie Saoudite exercé en Occident à travers des participations au sein des grands groupes industriels et financiers mondiaux. On estime les investissements de l'Arabie à l'étranger à environ 750 milliards de dollars placés à 60 % aux Etats-Unis et à 30 % en Europe, dans les marchés financiers, les participations dans les grands groupes, l'immobilier, etc. A lui seul, le prince Al-Walid ibn-Talal d'Arabie, le plus médiatique des investisseurs saoudiens, dont la fortune est évaluée à 23 milliards de dollars, est depuis 1991 le principal actionnaire du groupe bancaire américain Citicorp (devenu Citibank), et détient 350 millions de dollars en certificats américains de dépôts d'actions. Depuis, Al-Walid a investi dans Saatchi & Saatchi, Apple, NewsCorp, Planet Hollywood, Georges V, etc. Les investissements extérieurs saoudiens vont des groupes comme Disneyland International à des trusts occidentaux comme le groupe américain Carlyle, dirigé par d'anciens membres de l'Administration Bush père. Carlyle attendra d'ailleurs le 26 octobre 2001 pour rompre ses liens avec la famille Ben Laden, le groupe Ben Laden ayant placé en 1995 plus de deux millions de dollars auprès de Carlyle Partners 11 Fund, l'un des fonds d'investissements londonien de la holding. Rappelons que Carlyle est actionnaire de plusieurs groupes américains hautement stratégiques, aéronautiques ou de défense, comme Lockheed Martin et General Dynamic, ce qui donne une idée du niveau de pénétration financière et lobbiyiste du « Vatican wahhabite » en Occident. Quant au groupe familial des Ben Laden, le Saudi Ben Laden Group (SBG), dirigé aujhourd'hui par Bakr M. Ben Laden, il est présent sur tous les continents à travers de multiples filiales. On peut citer également Khalil Ben Mahfouz, l'une des autres grandes fortunes du monde (2,4 milliards de dollars), et dont la famillle possède des participations considérables dans plusieurs sociétés aux Etats-Unis, dont Métrowest, Isolyser, ou encore la firme pharmaceutique Hybridon Inc. Enfin, conscients du poids stratégique de l'information et des médias en matière de prosélytisme religieux, les princes saoudiens ont investi les médias: les frères Abdel et Walid Al Ibrahim, qui ont réalisé de considérables investissements immobiliers au Maghreb en Afrique et aux Etats-Unis, ont acheté en 1993 le premier service de télévision arabe par satellite, Middle East Broadcasting Corp (MBC), propriétaire entre autres de l'agence de presse américaine United Press International (UPI), tandis que le prince Al-Walid est à l'origine d'une joint-venture qui devrait aboutir à la constitution du premier réseau de télévision paneuropéen. Les princes saoudiens détiennent par ailleurs d'importantes parts au sein de la société Mediaset, holding dont dépendent plusieurs chaînes de télévision italiennes. Aussi existe-t-il un véritable « lobby audiovisuel islamique » international, qui, d'United Press International à Radio Monte Carlo ou MBC et la BBC, en passant par Radio Orient (Idaàt al Sharq)- radio arabe francophone internationale siégeant à Paris et reliée à La Mecque - oeuvre discrètement mais sûrement à la diffusion de la pensée islamo-wahhabite et/ou des intérêts saoudiens partout dans le monde.
On peut aussi mentionner les fameuses « ONG d'Allah », dont plusieurs basées à Londres et aux Etats-Unis, fort actives en Bosnie, en Macédoine et au Kosovo auprès des séparatistes et guérillas islamo-terroristes. Les deux plus importantes ONG islamistes, par ailleurs proches d'Al Qaïda, sont l'Organisation du Secours Islamique International (International Islamic Relief Organisation, IIRO) et l'Islamic Relief Agency (ISRA). Fondée à Jedda en 1978, l'IIRO, élevée en 1995 au rang de membre invité de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI), reconnaît être financée par de généreux donateurs saoudiens via la zakat, l'aumône légale. La branche européenne de l'IIRO, siègeant à Londres depuis 1985 et dirigée par le saoudien Abdullah Saleh al-Obaïd, contrôle plusieurs bureaux en Europe. On peut mentionner également Golbal Relief, qui a son siège aux Etats-Unis à Bridgeview, près de Chicago, et qui prétend “ venir en aide aux souffrants, aux orphelins, puis oeuvrer à l'assistance médicale et à la construction d'écoles ”

Salafisme et wahhabisme

Jusqu'à aujourd'hui, le royaume saoudien est le tout premier mécène des mouvements islamistes, consacrant annuellement dix milliards de dollars pour le financement d'écoles ; mosquées, associations culturelles islamistes, etc. La plus ancienne institution saoudienne en Europe est l'Association culturelle islamique de Genève, crée pour diffuser le Coran et promouvoir la culture musulmane et inaugurée par le roi Fahd en 1978. Elle a des ramifications dans toute l'Europe et au delà.
L'Arabie Saoudite, ne parvenant pas, en France, à la différence de la Belgique, de l'Espagne ou même de l'Italie, à remplir un rôle conforme à ses ambitions, se livre depuis quelques années à une véritable lutte d'influence avec les autres structures de représentation des communautés musulmanes. Riyad est d'abord présent dans l'hexagone à travers le Bureau (français) de l'Organisation de la Ligue islamique Mondiale (Rabitat) ou BOLIM, principale organisation de l'islam saoudien, dirigée un temps par le converti français Youssouf (Didier) Leclerc, aujourd'hui par le cheikh saoudien Saham. L'Arabie est ainsi revenue en force depuis quelques années, principalement en région parisienne, notamment à travers les Mosquées d'Evry et surtout de Mantes-la-Jolie, gérée par l'imam Ali Berka soutenues par le Bureau de la Ligue Islamique Mondiale. En dehors de la Région parisienne, Riyad est à l'origine de la grande mosquée-centre islamique de Lyon, la plus grande de France, avec une capacité de 2600 places. Riyad a récemment présenté aux autorités françaises de très gros projets de mosquées dans la Région parisienne et dans le sud de la France, où les responsables saoudiens étudient un projet de grande mosquée-capitale comparable à celle de Lyon. La monarchie wahhabite est également présente à travers les mosquées d'Hérouville-Saint-Clair, dans le Calvados, Lille-Sud, Al-Huda à Bordeaux, etc, et est à l'origine de “ l'Institut Européen des Sciences Humaines ” (IESH) de Saint-Léger-du-Fourgeret, inauguré en octobre 1992, l'un des principaux centres de formation d'imams fondamentalistes en Europe. La plupart des professeurs de l'IESH est issue de la mouvance des Frères, exemple typique de la collaboration entre le pôle saoudien et celui des Frères-musulmans.
L'Arabie saoudite finance également, conjointement, avec le Maroc, la Mosquée d'Evry, la mosquée de Mantes-la-Jolie, et appuie une autre institution gérée par des Marocains, et fondée en décembre 1985, sous les auspices de la Ligue islamique mondiale, la Fédération Nationale des Musulmans de France (FNMF), principale composante, avec l'UOIF des Frères musulmans, de l'actuel Conseil Français du Culte musulman. Mais l'action de l'Arabie saoudite en matière de prosélytisme islamiste, à travers le salafisme, s'exerce également de façon plus souterraine en dehors des grandes mosquées précitées - souvent laissées relativement libres de diffuser des conceptions de l'islam plus consensuelles - dans les banlieues musulmanes et les quartiers difficiles. Le salafisme en général est en plein essor depuis quelques années, essentiellement dans les départements de Seine Maritime, du Nord, de Moselle, du Rhône et de la région Ile-de-France, sous ses deux grandes tendances opposées: la tendance officielle, « modérée », dite « cheikhiste », en référence aux grands cheikhs saoudo-wahhabites, puis la tendance révolutionnaire et terroriste dite « jihadiste » (cellules algériennes du GSPC et du Takfir en Seine Saint Denis, Sartouville, etc).: mosquée As-Salam d'Argenteuil dans le Val d'Oise, mosquées de La Duchère, Tariq Ibn Zyad aux Mureaux (Yvelines), groupes plus informels de Sartrouville, Mantes la Jolie et Nanterre, etc. C'est dans ces « banlieues de l'islam » que viennent prêcher les imams wahhabites-salafistes de Médine, en particulier cheikh Aboubaker al-Djazaïri, qui séjourne régulièrement en région parisienne. Présenté par certains « spécialistes de l'islam » et grands quotidiens comme Le Monde, comme pôle « salafiste modéré » par contraste avec les « Jihadistes » rendus célèbres par Al Qaïda, autre monstre enfanté par le wahhabisme saoudien, cette figure mondiale du salafisme et par ailleurs référence suprême des Frères musulmans avec Youssef Qaradhaoui, écrit à l'attention des jeunes des banlieues de France, dans son ouvrage La Voie du musulman (Ennour, 1999) : " Il est du devoir des musulmans, […] de se doter de toutes sortes d'armements et de se perfectionner dans l'art militaire, non seulement défensif, mais aussi offensif, pour que le Verbe de Dieu soit le plus haut […], d'édifier toutes sortes d'usines pour fabriquer tout genre d'armes, même au détriment de la nourriture, de l'habillement et du logement dont on peut se passer. Alors le jihad sera accompli dans les conditions les plus satisfaisantes" (pp. 371-372). Mais il est vrai que grâce à Ben Laden, il suffit de condamner formellement le carnage du 11 septembre pour passer pour un « islamiste modéré »…
Actuellement, plus de 300 jeunes Européens étudieraient dans les Universités de Médine. Plusieurs congrès salafistes d'envergure ont déjà été organisés en Europe, notamment celui de Leicester (Grande Bretagne), qui s'est tenu du 25 au 28 août 2000, ou encore le 4ème séminaire « d'Etudes Islamiques » qui se déroula à Roubaix du 4 au 19 juillet 2000. Les prêches des cheikhs salafistes saoudiens comme Al Djazaïri sont à l'origine de la vocation de nombreux salafistes français partis parfaire leur formation wahhabite-salafiste à Médine, fief de cette mouvance, où Mahomet fut victorieux. C'est ainsi que du 17 au 22 mai 2000, s'est tenu à Argenteuil le troisième congrès salafiste auquel ont répondu 2000 fidèles. Le précédent avait été organisé sur la commune des Mureaux du 13 au 19 juillet 1999 dans la commune des Mureaux. Plus récemment, au cours des années 2001 et 2002, d'autres rassemblements plus discrets ont eu lieu en région parisienne à Orly, Argenteuil, en Seine Saint Denis, mais également à Château Chinon, Lille, Strasbourg et Nice. D'après le rapport des renseignements généraux précité, «l'implantation durable en France du salafisme risque fort de constituer une menace potentielle dans les années à venir sur le plan sécuritaire qu'en matière d'intégration ». Plusieurs rapports récents de la DST signalant l'embrigadement de centaines de jeunes dans la mouvance salafiste, à Aulnay, Bondy, Montreuil, Stains, Roubaix ou Marseille, confirment ces inquiétudes, l'imam du Val-Fourré déclarant au début de l'année 2002 que les Salafistes étaient « un cancer » à stopper d'urgence afin d'éviter les dérives et les dérapages violents.


C'est la capitale de la catholicité et de l'Italie qui a été choisie par l'Arabie Saoudite et le Centre islamique culturel d'Italie, pour inaugurer la plus grande mosquée d'Europe, événement fondateur autant que hautement symbolique

Mais l'enjeu est de taille pour les Islamistes du monde entier : instaurer une visibilité de la « Vraie religion » en plein cœur de la Chrétienté et de la civilisation européenne, aussi toutes les concessions verbales sont-elles fortement recommandées pour atteindre ce but de la plus haute importance symbolique. C'est que, dans un Hadith (recueils de dits et faits du Prophète Mahomet constituant le second texte sacré de l'islam), Mahomet aurait répondu à la question de savoir quelle ville, entre Constantinople ou Rome, serait la première conquise par l'islam : “ La cité d'Héraclès, c'est-à-dire Constantinople, sera conquise la première ”.

Ainsi, le responsable de la section italienne de la Ligue Islamique Mondiale (Arabie Saoudite), siégeant avec le Centre islamique et la Grande Mosquée de Rome, n'est autre que l'ancien ambassadeur d'Italie en Arabie Saoudite, Mario Scialoja, qui embrassa l'islam en 1988, alors qu'il était encore en poste à New York, 10 ans avant de prendre ses fonctions d'ambassadeur en Arabie Saoudite. Il faut dire qu'en Italie, les ambassadeurs italiens en Arabie Saoudite convertis à l'islam sont de mode ces derniers temps ! Après Scialoja, c'est l'ambassadeur d'Italie à Riyad, Torquato Cardilli, qui s'est converti officiellement à l'islam le 16 novembre 2001, lors d'une visite en théorie interdite aux non-musulmans, à La Mecque. Diplômé de langues orientales à l'Université de Naples, Cardilli avait fait presque toute sa carrière dans le monde musulman : Khartoum, Damas, Tripoli, Tirana, Dar as Salam, et Riyad. Le vice-président de la section italienne de la Ligue Islamique Mondiale, Omar Camiletti est également un néo-musulman.

En 1968, le Gouvernement belge avait fait don du Pavillon Oriental du Parc des Centenaires (Bruxelles) au roi Fayçal d'Arabie Saoudite, lequel allait rapidement transformer l'édifice en un Centre Culturel islamique, directement contrôlé par la Ligue Islamique Mondiale. Marquant là une réelle volonté de contrôler l'islam de Belgique, par deux fois, en 1969, avec Fayçal, puis en mai 1978, avec Khaled, le roi d'Arabie saoudite viendra personnellement appuyer l'action du Centre auprès des autorités belges. A partir de 1970, le Centre connut une expansion d'autant plus rapide qu'il demeura pendant près de dix ans la seule organisation islamique structurée à la disposition des Musulmans de Belgique. En 1989, les dirigeants saoudiens, décidés à demeurer les leaders incontestés de l'islam belge, inaugurèrent un Institut de formation continue où l'on enseignait les matières religieuses classiques : exégèse coranique, langue arabe, fiqh et hadith. Forts de sa puissance économique et déployant d'intenses efforts diplomatiques pour faire pencher la balance en sa faveur. Riyad obtint de Bruxelles que l'imam-directeur du Centre fût habilité par le ministère belge de l'Education nationale à désigner les enseignants destinés à dispenser les cours de religion islamique et d'arabe dans les écoles publiques de Belgique. Précisons que dans le cadre du “ Pacte scolaire ”, le Centre saoudien bénéficie, depuis 1978, des subventions qui lui permettent de rémunérer six cents enseignants religieux dans le primaire et le secondaire. Les organisations wahhabites saoudiennes obtinrent en fin de compte un véritable monopole sur le plan représentatif, éclipsant de facto le rôle de dizaines d'associations islamiques existantes. Malgré ses moyens et les atouts énormes dont il dispose, le pôle saoudien semble avoir échoué dans sa prétention hégémonique à représenter les différentes communautés musulmanes de Belgique, de plus en plus réfractaires à son monopole, pour des raisons à la fois idéologiques et structurelles liées à la concurrence entre différentes organisations pour le leadership islamique. Les principaux rivaux de Riyad sont le Tabligh, à la tête d'une douzaine de mosquée à travers le pays et de plusieurs écoles islamistes, et le pôle turc, lui même divisé en deux tendances : l'ambassade de Turquie, qui dispose à travers la Diyanet, de ses propres professeurs de religion et imams - certes nommés par le pôle saoudien - et contrôle une soixantaine de mosquées en Belgique, et surtout la mouvance islamiste du Milli Görüs, représentée à travers la Türkiye Diyanet Vakfi (TDV), fondation religieuse turque qui revendique 8000 membres.

Le wahhabisme saoudien et les « ONG d'Allah » au service du jihad


Depuis le début des guerres yougoslaves, l'Arabie saoudite, qui est le premier donateur à la Bosnie (560 millions de dollars par an), a décidé de faire des Balkans en général (Kosovo, Albanie, Sandjak, Macédoine, etc) et de la Bosnie en particulier, le cœur stratégique de son programme d'islamisation pour l'Europe. La diplomatie fondamentaliste du Royaume saoudien passe par d'innombrables ONG « caritatives » ou autres organisations de " bienfaisance " comme l'Agence Islamique d'Aide ou encore la Haute Commission saoudienne d'aide et de Coopération - officiellement vouée à la " reconstruction, l'aide éducative, religieuse et scolaire " - présidé par le Prince Sultan, gouverneur de Riyad. Depuis les accords de Dayton, près de 150 mosquées ont été reconstruites ou édifiées avec le soutien de la Haute Commission, donc de facto prises en main par le wahhabisme. En septembre 2000, la Haute Commission a notamment inauguré à Sarajevo, la plus grande mosquée des Balkans, dédiée au roi Fahd Ibn Abdul Aziz. Située dans le quartier populaire d'Ali Pasino Polje, l'immense mosquée de béton, qui comprend deux minarets, une immense bibliothèque, des restaurants et structures d'accueil ainsi qu'un centre culturel ultra-moderne, est devenue l'un des principaux centres de propagation de l'islamisme slafiste dans les Balkans, comme le montrent les programmes des sites web fiancés par la Mosquée, qui appellent les femmes à porter partout le voile islamique, proposent aux enfants la distraction de bandes dessinées antisémites, ou encore appellent au recrutement de Moujahidines pour combattre les « pouvoirs infidèles » dans le monde.
Meilleure preuve du jeu ambigu de l'Arabie saoudite, d'un côté « ami de l'Occident » et de l'autre épicentre de l'islamisme dans le monde, de nombreux militants islamistes radicaux proches de la nébuleuse Ben Laden ont été interpellés par Interpol et la police bosniaque ces derniers mois au sein de la mosquée saoudienne et de la haute Commission saoudienne, laquelle a dépensé pour eux des sommes colossales. Après les attentats du 11 septembre 2001, en effet, la Haute Commission fit l'objet d'une enquête du nouveau gouvernement bosniaque, nettement moins favorable aux Islamistes que le parti d'Alijà Izétbégovic, aux termes de laquelle on a arrêté des membres d'Al Qaïda et d'anciens "Afghans arabes" naturalisés bosniaques employés du bureau de la Haute Commission à Illidja (opération de police du 25 septembre 2001). La Sfor est quant à elle parvenue à arrêter plusieurs d'entre eux, comme par exemple l'un des lieutenants de Ben Laden dans les Balkans, le Yéménite Bensayah Belkacem, interpellé en octobre 2001. Mais la Haute Commission saoudienne bénéficie d'un statut quasi diplomatique en vertu d'une convention antérieure signée par l'ex-Président Izétbégovic. De ce fait, le prosélytisme islamiste saoudo-wahhabite peut difficilement être réprimé ou interdit par la cellule anti-terroriste du Ministère bosniaque des Affaires étrangères crée aux lendemains des attentats du 11 septembre sur pression américaine, dans la mesure où il est couvert par des accords diplomatiques et passe essentiellement par des structures officielles ou « caritatives » (ONG islamistes). Ainsi qu'on a pu s'en apercevoir lors de l'opération anti-terroriste du 14 décembre 2001, la plupart des membres d'Al Qaïda arrêtés dans les Balkans ont été soutenus par des structures saoudiennes ou autres « ONG d'Allah » soutenues par les pétromonarchies, qu'il s'agisse du Croissant rouge des Emirats arabes Unis, ou de Taïba International, qui a abrité l'un des responsables d'Al Qaïda en Bosnie, Mustapha al Qadir, arrêté en décembre dernier.

* géopolitologue, auteur du « Totalitarisme à l'assaut des démocraties », Syrtes, 2002.

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