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Samedi 15 septembre 2012 6 15 /09 /Sep /2012 15:55

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Socialisme national ou national-socialisme ?

http://3.bp.blogspot.com/_dlpJ9dM6yfE/S7PHTTPA92I/AAAAAAAAAnw/KUw-D7aMfrc/s1600/brownshirts.jpg

« Et bien oui, nous sommes des barbares. C’est un titre d’honneur. Nous sommes ceux qui rajeuniront le monde. Le monde actuel est près de sa fin. Notre tâche est de le saccager. »

Extrait de H. Rauschning, Hitler m’a dit, Somogy, 1979

 

Le NSDAP ou Parti socialiste national des travailleurs allemands a été fondé par Hitler en 1923. Il résulte la fusion du Parti ouvrier allemand (distinct du Parti social démocrate de Marx, de Lénine et de l’Internationale ouvrière) et du Parti nationaliste. La doctrine officielle du NSDAP est exprimée dans le nom Nationalsozialismus.

C’est un mot composé formé de l’adjectif national suivi du nom Sozialismus. L’adjectif est épithète du nom : il le qualifie en prédiquant (id est attribuant) la qualité de national au socialisme que le nom désigne. En français, l’ordre dans lequel les adjectifs et les noms se suivent est différent de celui qui prévaut en allemand. En allemand, l’adjectif se place avant le nom ; en français, il se place après. Le mot Nationalsozialismus aurait dû être traduit en français par socialisme national. Il n’a été que transposé en national-socialisme. De fait, le sens a été déformé. En effet, dans la doctrine du NSDAP, ce n’est pas le nationalisme qui est social, mais c’est le socialisme qui est national. Il y a un abîme entre les deux formulations. Dans les mots français national-socialisme, la réalité du socialisme national est en partie occultée. En allemand, le Nationalsozialismus est un socialisme, alors qu’en français, c’est un nationalisme.

La manipulation consiste à gommer la réalité de cette idéologie sous une dénomination hybride ou chimérique.


HITLER M'A DIT


http://libertariens.chez.com/rauschning.jpgLa lecture du livre d'Hermann Rauschning " Hitler m'a dit " permet de mieux comprendre la véritable nature du nazisme.

Je cite donc dans ce qui suit des parties de son livre, les guillemets correspondants à des commentaires de Rauschning lui-même ou à des propos tenus par Hitler, et enfin à une définition de Wikipedia.

 

Une doctrine d'extrême gauche

La première impression à cette lecture doit conduire le néophyte à remettre en cause la classification politique de la doctrine hitlérienne. En effet, le nazisme est habituellement présenté comme une doctrine d'extrême droite. On peut cependant se demander ce qu'extrême droite signifie véritablement puisque le nazisme est un communisme achevé dont l'objectif est la création d'une fourmilière humaine. Si la droite justifie les libertés individuelles et la loi du marché, alors le nazisme ne peut se classer à l'extrême droite mais à l'extrême gauche, dans la mesure où cette nauséabonde idéologie prétend selon les termes d'Hitler " libérer des exigences d'une liberté individuelle que très peu d'hommes sont capables de supporter ".

 

Le capitalisme, création des Juifs 

Il en découle logiquement que le libéralisme est la doctrine la plus haït du Führer ainsi que le déclare Eduard Heimann, socialiste chrétien. Hitler considère que ce sont les Juifs qui l'ont répandu pour ébranler des empires et s'enrichir : " Rappelez-vous que c'est le Juif qui a inventé cette économie du mouvement perpétuel des capitaux et de leur entassement qu'on appelle le Capitalisme, cette création géniale d'un mécanisme à la fois si raffiné et si parfaitement simple et automatique. Ne nous y trompons pas, c'est une trouvaille géniale, diaboliquement géniale. L'économie moderne est une création des Juifs. Elle est entièrement et exclusivement dominée par eux. C'est leur empire universel, qu'ils ont étendu sur tous les royaumes et tous les rois du monde. Mais à présent, ils nous trouvent en face d'eux avec notre conception de la révolution éternelle ; nous sommes les rivaux intolérables qu'ils doivent détruire sous peine d'être détruits. "

Sa " révolution éternelle " est substantiellement antilibérale car les Juifs avec leur libéralisme ont contaminé l'esprit des Allemands, il s'agit donc là de la pensée dominante à extirper : " Nous devons secouer définitivement la coquille d'un libéralisme dans lequel nous sommes nés, et que nous portons encore inconsciemment collé à nos épaules. C'est chose difficile pour beaucoup d'entre nous. Car nous avons ramassé nos idées, au long de notre expérience, à toutes les broussailles du chemin et la plupart du temps nous n'en discernons plus l'origine. "

Il est étonnant que l'on trouve aujourd'hui tant d'auteurs pour dire cela que ce soit dans les manuels de nos écoles ou dans nos media. Ce qui choque Hitler dans le libéralisme c'est aussi bien le capitalisme en tant que conséquences, que la liberté individuelle et l'égalité en droit dans ses principes : " Il ne peut y avoir un droit égal pour tous. Nous aurons le courage de faire de ceci non seulement la maxime de notre conduite, mais encore de nous y conformer. " Et donc la liberté d'entreprise appartenant à chacun, le droit égal à s'enrichir s'oppose à une hiérarchie naturelle basée sur le sang : " la conception démocratique d'une hiérarchie basée sur l'argent n'est pas une moindre folie. Une véritable domination ne peut naître des bénéfices hasardeux réalisés par la spéculation des gens d'affaires. "

 

Hitler, réalisateur du marxisme  

L'autre folie évoquée par Hitler est la société sans classes des marxistes, car au contraire il entend intensifier ces inégalités pour " et d'en faire une loi protégée par des barrières infranchissables comme dans les grandes civilisations des temps antiques. " Il a cependant compris que le programme communiste tient aussi d'une publicité mensongère, et admire le tour de passe-passe de l'aristocratie communiste qui a su, elle, bâtir de telles barrières entre elle et la masse. Effectivement Hitler admire la transformation à l'œuvre en URSS, la sauvagerie de la Nomenklatura et les méthodes des bolchéviques le fascinent. Plus encore il s'annonce comme le réalisateur du marxisme : " Je ne suis pas seulement le vainqueur du marxisme. Si l'on dépouille cette doctrine de son dogmatisme judéo-talmudique, pour n'en garder que le but final, ce qu'elle contient de vues correctes et justes, on peut dire aussi que j'en suis le réalisateur… Le national-socialisme est ce que le marxisme aurait pu être s'il s'était libéré des entraves stupides et artificielles d'un soi-disant ordre démocratique."

 

Une bolchévisation de l'Allemagne  

Avant même la signature du pacte Germano-Soviétique des contacts existaient entre Nazis et Soviets. Les chefs du parti national-socialiste dont Goebbels lui-même "avaient reconnu dès les premières années de la lutte pour le pouvoir, une étroite parenté entre le national-socialisme et le bolchevisme; ils en avaient fait état, en s'en félicitant, dans des déclarations publiques ; ils avaient plus tard maintenu leur opinion et l'avaient propagée plus ou moins discrètement. "

Certains milieux conservateurs qui avaient soutenus et financés Hitler eurent peur d'avoir misé sur le mauvais cheval. En 1934 ils pensaient à se débarrasser de lui mais craignaient la guerre civile qui risquait d'en être le résultat d'autant que " les ouvriers à peine sortis des organisations marxistes, la masse de la petite classe moyenne, des employés et gagne-petit de toutes sortes étaient, au contraire, totalement acquis au national-socialisme. " Et lorsqu'un interlocuteur d'Hitler s'inquiétait de la bolchévisation de l'Allemagne, Hitler répondait : " Ce n'est pas l'Allemagne qui sera bolchevisée, c'est le bolchevisme qui deviendra une sorte de national socialisme. D'ailleurs, il existe entre nous et les bolchevistes plus de points communs que de divergences, et tout d'abord le véritable esprit révolutionnaire, que l'on trouve en Russie comme chez nous, partout du moins où les marxistes juifs ne mènent pas le jeu. J'ai toujours tenu compte de cette vérité et c'est pourquoi j'ai donné l'ordre d'accepter immédiatement dans le parti tous les ex-communistes. Les petits bourgeois social-démocrates et les bonzes des syndicats ne pourront jamais devenir de véritables nationaux-socialistes ; les communistes toujours. " Il rajoutait : " Peut-être aurait-il mieux valu pour l'Allemagne qu'on pu éviter une rupture entre les marxistes et nous. Croyez-le bien, il fallait peu de chose pour débarrasser les ouvriers allemands de leurs idées fausses, pour les décider à jeter au ruisseau la défroque démocratique. Mais c'est à nous que la Providence avait réservé de faire ce pas décisif, qui change l'histoire du monde. "

 

Deuxième révolution ou révolution permanente, deux stratégies pour un même objectif  

Si les SA de Roehm furent liquidés en 1934 lors de la nuit des Long Couteaux, il ne s'agissait pas là d'un simple règlement de compte entre l'aile gauche et l'aile droite (si ces termes ont un sens) du parti national-socialiste, mais de rivalités pour le contrôle du parti, ainsi que de stratégies divergentes.

Du côté de l'aile gauche certains s'exprimaient ainsi : "Hitler mort servirait mieux le mouvement qu'Hitler vivant", "À la porte le pantin", ils réclamaient une deuxième révolution pour installer pour de bon le socialisme. Mais telle n'était pas la stratégie d'Hitler, Rauschning l'explique d'ailleurs clairement : " Hitler ne songeait pas un instant à faire comme en Russie, à détruire homme par homme la classe des possédants. Ce qu'il voulait c'était les contraindre à collaborer de tous leurs moyens à la construction de la nouvelle économie. Il ne pouvait pas se permettre de laisser l'Allemagne végéter pendant des années, comme la Russie soviétique, dans le besoin et dans la famine. Les capitalistes d'après-guerre devaient s'estimer heureux d'avoir la vie sauve. On les tiendrait en haleine, on les mâterait, par la crainte d'un pire danger. "

Hitler comme son rival du parti Gregor Strasser partageait donc bien " la passion anti-capitaliste du peuple allemand ".

Mais le marxisme à la sauce nazie ne s'embarrasse pas de fatras idéologiques, Hitler ne recherche pas l'amélioration de situations individuelles, même s'il prétend le contraire pour ne pas perdre l'adhésion des masses. Il ne révèle ses desseins qu'à ses proches : " Je vous demande d'emporter avec vous la conviction que le socialisme, tel que nous le comprenons, vise non pas au bonheur des individus, mais à la grandeur et à l'avenir de la nation toute entière. C'est un socialisme héroïque. C'est le lien d'une fraternité d'armes qui n'enrichit personne et met tout en commun. "

Ainsi en décevant tous les espoirs individuels , le nazisme ressemble terriblement dans sa vocation même aux pires cauchemars totalitaire réalisés par Pol Pot, Staline, Mao, Castro, … Pour autant le nazisme ne renonce pas aux artifices et doit cacher ses plans à un peuple encore trop contaminé par le libéralisme : " La révolution n'est pas un spectacle pour le divertissement des masses. La révolution, c'est un dur labeur. La masse ne voit que les étapes parcourues. Mais elle ne connaît pas, et elle n'a pas non plus à connaître quelle somme de travail secret il faut fournir, avant de pouvoir faire un nouveau bond en avant. La révolution n'est pas achevée, elle ne peut jamais être achevée. …Aux yeux du public, j'ai mis fin à la révolution. Mais nous la transportons à l'intérieur de nous-mêmes. Nous gardons notre haine bien au frais dans la glacière et nous pensons au jour où nous jetterons bas le masque pour apparaître enfin tels que nous sommes et que nous resterons toujours. Je ne puis encore vous dévoiler tous mes plans. "

 

Le volontarisme économique nazi : une synthèse keynésiano-marxiste avant la lettre  

Pas plus que les marxistes il ne cherche à comprendre les mécanismes de l'économie. Il a horreur de ce sur quoi le volontarisme humain n'a pas de prise, pour lui tout est simple et découle d'un logique keynésienne d'avant Keynes.

Ainsi face au chômage Hitler veut l'autarcie : " ce qu'il faut, c'est établir un circuit économique fermé, de façon que notre force économique n'aille pas se saigner à l'étranger " couplée à une politique de relance par les dépenses publiques : " je pourrai obtenir le succès aussi bien par le réarmement que par la construction de maisons ou de cités ouvrières ", mais aussi à une politique de redistribution destinée à doper la demande : " je pourrai peut-être aussi distribuer aux chômeurs suffisamment d'argent pour satisfaire leurs besoins urgents. De cette façon, je créerai un pouvoir d'achat et j'augmenterai le mouvement d'affaires. ".

Les discours des pseudo économistes anti-libéraux ne disent aujourd'hui rien d'autre que cela, les manuels d'économie théorisent cette vision simpliste en parlant de l'efficacité des multiplicateurs keynésiens et des vertus des politiques contracycliques. La présentation des politiques keynésiennes sur Wikipedia démontre d'ailleurs qu'on aurait pu aussi bien parler de politiques hitlériennes : " Ainsi, durant une période de conjoncture économique mauvaise, notamment de récession économique, l'État peut mener une politique de relance, politique keynésienne, qui passe par une politique budgétaire expansionniste, c'est-à-dire l'augmentation de ses dépenses. C'est ce que l'on appelle, au sens de Keynes, le "multiplicateur d'investissement", qui consiste donc pour l'État, à augmenter ses dépenses dites "investissements autonomes" afin d'injecter des revenus dans l'économie, pour augmenter la demande. Par exemple, lors de la construction de logement sociaux, l'État injecte des revenus dans l'économie lorsqu'il payent les ouvriers, et ces revenus distribués vont permettre d'augmenter la demande de consommation, qui doit se traduire par une augmentation de la production des entreprises, et donc par l'augmentation de l'emploi. "

Le détail et les mérites de telles politiques sera largement expliqué par des théoriciens modernes de la régulation, lesquels font la promotion de la relance keynésienne sans partager le souci de Keynes qui était de sauver le capitalisme. Hitler n'avait pas plus ce souci. Si les économistes nazis étaient alors, comme le rappelle Hermann Rauschning, la risée des économistes professionnels ; ils sont aujourd'hui considérés avec sérieux, peuplant nos plateaux télévisions et les tribunes du Monde Diplomatique pour dénoncer l'odieuse déréglementation néolibérale et la mondialisation qui ouvre nos frontières aux marchandises et aux capitaux apatrides.

Le (néo)libéral critiquera toujours les effets pervers d'une relance par l'inflation qu'elle génère et donc la perte de pouvoir d'achat qui neutralise la relance tout en laminant la compétitivité. Hitler lui répondrait que ces effets pervers sont l'œuvre de la déréglementation et que l'inflation peut être réglée si l'on élimine les spéculateurs, tout en ajoutant : " Il se produit de l'inflation si on le veut. L'inflation n'est qu'un manque de discipline : indiscipline des acheteurs et indiscipline des vendeurs. Je veillerai à ce que les prix restent stables. Pour cela, j'ai mes S. A. Malheur à celui qui oserait augmenter ses prix. Il n'y aura pas besoin de textes législatifs. Le parti s'en chargera. Vous verrez, quand nos S. A. iront faire respecter les prix dans les magasins. Ils n'auront pas besoin d'y aller deux fois. "

 

Pire que la communisation des choses, la communisation des âmes  

Nul besoin de nationaliser outre mesure donc, et plus subtil pas de réglementations à outrance quand l'État de droit n'existe plus. Il suffit d'instaurer un nouvel ordre économique et un nouvel ordre social, ce qu'Hitler explique avec un sens aigu du cynisme : "Le parti joue le rôle de la société d'autrefois, voilà ce que j'ai voulu vous expliquer. Le parti embrasse tout. Il règle l'existence dans tous les sens et dans tous les domaines. Nous devons donc prévoir des cadres dans lesquels s'insérera la vie entière de chaque individu. Tous ses gestes et tous ses besoins doivent être réglés et satisfaits par la communauté, dont le parti est l'expression. Il n'y a plus de libre arbitre, plus de lacunes, plus d'isolement; l'individu ne s'appartient plus. C'est cela qui est le socialisme et non pas l'organisation de choses secondaires comme la question de la propriété privée ou celle des moyens de production. A quoi ces questions riment-elles quand j'ai soumis les individus à une discipline rigide dont ils ne peuvent s'échapper ? Qu'ils possèdent donc tout le sol et toutes les maisons et toutes les fabriques qu'ils voudront. Le point important est que, propriétaires ou ouvriers, ils soient eux-mêmes la propriété de l'État. "

Plus fort que le communisme des choses, le communisme intégral des âmes, un rêve altermondialiste quoi !


Pour lire en ligne : Hitler m'a dit

Xavier COLLET


Social-nationalisme

De Wikiberal.

Affiche du Front national

Définition

Le social-nationalisme est une évolution du socialisme par laquelle ce dernier se focalise davantage sur la nation vue comme une protection contre la menace étrangère que sur la recherche d'un hypothétique égalitarisme. Ce repli égoïste, allant à l'encontre de l'internationalisme socialiste (cf. Internationale socialiste), est considéré comme la seule façon de protéger les prétendus "acquis sociaux" contre la concurrence internationale.

A proprement parler, le social-nationalisme n'est qu'une sorte de préférence nationale économique : les entorses au libre-échange sont ses armes, les délocalisations ses ennemis, l'ouverture bilatérale des frontières son cauchemar. Cependant, le chauvinisme rend la ligne de partage entre repli économique et défense de la culture/civilisation totalement poreuse, parfois couplée avec des idées de communautarisme religieux ou ethnique : consommer des produits de son pays (quand il ne s'agit d'une défense du terroir pour des arguments écologiques) a un goût de xénophobie difficilement dissimulable.

Ceci se retrouve à l'échelon politique supérieur, l'Europe, projet à l'origine libéral (briser les frontières nationales en intriquant les économies et favorisant l'échange culturel de manière à éviter des guerres devenues "intestines") sert très souvent de substitut plus efficace que le patriotisme nationaliste dans la défense économique et culturelle des "européens" contre les menaces des États-Unis, de la Chine, de l'Inde ou de l'Islam. Les plans d'une grande alliance occidentale, venant relayer l'OTAN, participent, en redépartageant différemment le "nous" du "eux", cette idée de repli identitaire qui est le frère jumeau de l'égoïsme économique, .

MadeinFrance.jpg

Convergences et divergences idéologiques

Bien qu'il ne soit qu'un nationalisme de circonstance, démagogie électoraliste ou leurre médiatique déplaçant sur l'étranger une faiblesse qui n'est due qu'aux conséquences du collectivisme, on peut néanmoins se permettre de le comparer à d'autres systèmes de pensée:

  • Nationalisme : il en est une forme vide - Hegel l'eût qualifié de « farce » - ne participant d'aucun élan patriotique, ne proposant aucun romantisme du peuple, ni aucune ferveur dans laquelle auraient pu se retrouver un De Maistre ou un Maurras.
  • Souverainisme : il en est à la traine, celui-ci étant plus crédible dans sa quête d'autonomie communautaire-collectiviste.
  • Colonialisme : si la participation de capitaux étrangers dans les entreprises considérées comme nationales est perçue comme un péril pour l'économie nationale (il faut considérer que l'entrepreneur national se sent une responsabilité civique à considérer que son entreprise a pour seule finalité d'embaucher pour lutter contre le chômage crée par ses chers politiciens compatriotes), le contraire est très souvent apprécié. De même si les de très bon ton ouverture au monde et glorification du métissage sont contrebalancées par une sauvegarde de l'identité culturelle nationale menacée par l'américanisation, le rayonnement de son pays n'est jamais considéré comme un empiètement sur la culture des autres. Tout ceci participe d'un esprit colonialiste reprenant la même pratique inégalitaire et asymétrique (il n'est pas grave d'appliquer aux autres ce qui est mauvais pour soi) suivant parfois le même sillon de justification hypocrite, s'en dégageant d'autres fois pour arborer ouvertement son égoïsme et son arrogance.
  • Marxisme : il se situe dans le droit fil de la « social-traîtrise » des « petits-bourgeois » sociaux-démocrates abandonnant lors de la 1ère Guerre Mondiale l'internationalisme de Marx au profit de luttes « bourgeoises » et "impérialistes », ainsi que du traitement purement instrumental de la « question nationale » par les théoriciens soviétiques (défense du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes lorsqu'il fallait aider une colonie ou un peuple à se rebeller, et mainmise de Moscou sur toute l'Europe de l'Est). Cruelle ironie des temps, il ne s'agit plus de libérer des peuples de leur État oppresseur, mais de défendre ce dernier pour assurer sa clientèle contre des concurrents défavorisés.
  • Fascisme : comme le fascisme, il vise l'autarcie contre le libre-échange.
  • National-socialisme : participant jusqu'à un certain point (c'est-à-dire en cultivant les contradictions) à la mentalité de la société close, c'en est une forme soft, épurée de toute la pseudo-science et de la mythologie racistes, forme dégradée retrouvée dans le colonialisme.

Problèmes que le social-nationalisme pose à la théorie socialiste

Si Marx affirmait un internationalisme (« prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ») que les différentes Internationales devaient mettre en pratique, la question nationale fut très tôt une épine dans le pied des marxistes.
Ce fut d'abord la Deuxième Guerre Mondiale qui créa une division entre les communistes internationalistes et la social-démocratie: alors que les premiers étaient contre la participation des communistes à une guerre causée par l'impérialisme bourgeois capitaliste et dont les prolétaires devaient se servir de levier pour contester un système nécessairement mortifère, accélérant l'inéluctable révolution, les social chauvins, selon l'épithète injurieux que leur consacrera Lénine, se sont coulèrent dans les sillons d'États qu'il s'agissait de dépasser, et ont toujours défendus un internationalisme de façade pour se livrer dans les faits à de véritables défense d'intérêts très "communautaires".
Les pays du bloc de l'Est, quant à eux, tenus par le joug de l'URSS n'ont pas non plus été sans contradictions flagrantes, écrasant les revendications nationalistes au sein de l'Empire russe (nationalistes avec qui les bolcheviks avaient pourtant fait alliance pour conquérir le pouvoir) mais affirmant le droit des peuples à l'auto-affirmation quand il était permis d'armer des factions séparatistes et de nuire, tout en instrumentalisant les groupes locaux, aux États-Unis.

Ainsi, dans les faits, marxisants socialistes et communistes n'ont réussi qu'à bafouer leur belle théorie humaniste si bruyamment affichée, et toujours la main sur le coeur.
Seuls les libéraux ne font pas de discrimination entre êtres humains et s'avèrent, d'après les critères même de l'humanisme, les seuls à le respecter, quand bien même ne feraient-ils que suivre des principes économiques amoraux (cf. La Route de la servitude de Hayek).

Dans un second temps, l'idée qu'un intérêt général n'existe pas au niveau international remet en cause sa réalité au niveau de la nation. Si le lobbying est honni par une pensée encore nostalgique d'une fusion des intérêts romantique et mythique héritée du rousseauisme, la pratique en révèle tous les traits, la gêne et l'hypocrisie en plus. On confrontera ainsi l'égoïsme de fait des socialistes à l'altruisme égocentré des individualistes, c'est-à-dire des libéraux.

Exemples de social-nationalisme appliqué

  • Combat contre les délocalisations. Pourtant, un travailleur français, belge ou anglais a-t-il plus de droit à travailler qu'un de ses complanétaires moins favorisés (donc moins exigeant s'il veut être concurrentiel) ?
  • Toute les aides étatiques ou communautaires à des entreprises ou secteurs d'activités. En indemnisant les agriculteurs européens, la PAC produit une surproduction écoulée à bas prix dans les marchés de pays sous-développés.
  • Le « patriotisme économique » cher au français Dominique de Villepin, qui conduit à trouver normal le rachat d'entreprises étrangères par des champions nationaux tout en se scandalisant à grand bruit quand l'inverse se produit :
« En France, règne la logique du deux poids, deux mesures : les ministres multiplient les déclarations de guerre vis-à-vis de ceux qui osent convoiter nos belles entreprises tout en se félicitant dans le même temps, que ces dernières puissent poursuivre leurs emplettes à l'étranger. L'Oréal se refait ainsi une virginité éthique en mettant la main sur le britannique BodyShop, France Télécom s'empare des mobiles espagnols d'Amena; et Alcatel, (...) réussit enfin à fusionner avec son rival américain Lucent. [...] Prié de donner son avis, Thierry Breton rappellera opportunément, en juillet 2006, que « les actionnaires sont in fine les seuls à décider. » » Les Échos, 4 janvier 2007, p.10.
  • « Qu'ils aillent se faire foutre ! Lituaniens ? T'en connais, toi, des Lituaniens ? J'en ai jamais vu un ! » de Jean-Luc Mélenchon, à la gauche du PS français. (Dans cette logique pourquoi ne peut-on pas remplacer "lituaniens" par "pauvres" et l'appliquer à la communauté nationale ?)
  • « En Amérique latine, c'est au nom des menaces [sur les acquis sociaux] que tombent les présidents, les uns après les autres. En Europe de l'Est, c'est au nom de la grandeur du passé que manifestent les retraités et les chômeurs. En Chine, ce sont des foules plus ou moins manipulées par le pouvoir qui manifestent contre les Japonais, sous prétexte d'exiger d'eux des excuses pour leurs exactions d'il y a soixante ans, en réalité pour refuser l'interdépendance économique croissante des deux pays et protester contre le chômage créé par le rapatriement des usines japonaises. » Jacques Attali, L'Express du 25/04/2005.

Ressources

Voir aussi

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Le WEB Résistant - Par Cyber-résistant
Vendredi 14 septembre 2012 5 14 /09 /Sep /2012 20:03

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Le socialisme Hitlérien 

On a déjà presque tout dit sur la politique internationale d’Hitler (conquête de l’espace vital) et sur l’aspect profondément raciste de sa politique interne. Mais on n’évoque que trop rarement le reste de sa politique nationale, qui est pourtant un aspect important de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale. Dans son livre « Comment Hitler a acheté les Allemands: Le IIIe Reich, une dictature au service du peuple » (Hitler’s Beneficiaries: Plunder, Racial War, and the Nazi Welfare State) l’historien Götz Aly propose une thèse particulièrement dérangeante: il entend démontrer que le peuple allemand a vendu son soutien au dictateur en échange des politiques socialistes et protectionnistes qu’ils désiraient.

Traduction de l’article de Reason Magazine au sujet de ce livre:

 

http://1l-tpe.e-monsite.com/medias/album/images/hitler8on4-9crad.jpg

A l'intérieur de l'État-providence nazis

 
Peu de sujets excitent l’instinct de réductionnisme des historiens autant que le Nazisme. Il est difficile de résister à ce désir d’expliquer, en un seul point précis, comment « la nation de Goethe et de Schiller » s’est rendue à la folie impérialiste et génocide. Les tout premiers réductionnistes de l’Holocauste ont vu dans le caractère allemand une prédisposition à se soumettre au pouvoir: les Prussiens bourrus désireux de faire passer la moralité derrière une vague notion de devoir, ceux ne faisant pas partie de la classe Junker étant simplement assujettis par la terreur, trop effrayés pour résister.

Parmi les historiens, cette idée a depuis longtemps été abandonnée. Pour les non-spécialistes, celle-ci a été complètement démolie en 1996 par l’expert en sciences politiques de Harvard Daniel Goldhagen, qui a démontré que les punitions prévues n’étaient à peu près jamais appliquées aux soldats qui refusaient de participer aux meurtres de masse. (D’après Goldhagen, le chef SS Heinrich Himmler autorisait les vertueux – et les objecteurs – à être redéployés hors des zones d’exécution.) Mais Goldhagen avait seulement remplacé une théorie monocausale par une autre, avançant que l’Holocauste était une suite naturelle de l’antisémitisme populaire. Le fascisme s’est épanoui, pour lui, parce que l’Allemagne était un pays infusé par « une vue raciste et exterminatrice des Juifs ». Le livre de Goldhagen, Hitler’s Willing Executioners, a été taillé en pièces par ses pairs, dont beaucoup se demandaient pourquoi, si l’antisémitisme génocide était typiquement allemand, tant de non-allemands avaient pu trahir, déporter et exécuter leurs voisins juifs.

Mais si l’antisémitisme seul n’explique pas le destin qui a frappé les Juifs d’Europe, qu’est-ce qui peut l’expliquer ? D’après Comment Hitler a acheté les Allemands : Le IIIe Reich, une dictature au service du peuple de Götz Aly, la plupart des analyses faites de la complicité allemande dans le génocide sont passés à côté d’un élément significatif du règne nazi. Aly, un historien de l’Institut Fritz Bauer de Francfort et l’auteur de plus d’une douzaine de livres sur le fascisme, nous pousse à suivre la piste de l’argent, proposant l’idée que les Nazis ont entretenu leur soutien populaire – une condition nécessaire à la « solution finale » – non pas par la terreur ou l’affinité idéologique mais par un simple système de « pillage », de « corruption », et un état-providence généreux. À sa première publication en 2005, le livre d’Aly a fait quelque sensation en Allemagne, où les critiques l’ont accusé d’à peu près tout, de l’arithmétique défaillante (qu’il nie vigoureusement dans un post-scriptum inclus dans la traduction anglaise) à la trahison de ses racines soixante-huitardes en associant implicitement la sociale-démocracie de l’Allemagne de l’Ouest au fascisme. Après le succès massif de livres comme « Crabwalk » de Günter Grass ou « The Fire » de Jörg Friedrich, deux bestsellers soulignant la victimisation des Allemands eux-même par le fascisme, « Comment Hitler a acheté les Allemands » retourne le gros de la culpabilité vers les Allemands ordinaires.

Loin d’avoir été des victimes du nazisme, affirme Aly, la majorité des Allemands étaient des bénéficiaires indirects de la guerre. La saisie de la propriété des Juifs, les ressources volées aux pays conquis, et la fiscalité agressive sur les entreprises ont isolé les citoyens des pénuries et permis au régime de créer un « état-providence raciste-totalitaire ». Le front domestique allemand a moins souffert, d’après Aly, des privations que ses équivalents anglais et américain. Pour comprendre la popularité d’Hitler, Aly soutient qu’il « est indispensable de se concentrer sur l’aspect socialiste du National Socialisme ».

Bien que peu évoqué par les historiens modernes, ce socialisme a été pourtant souligné par de nombreux contemporains du fascisme, en particulier les penseurs libertariens. F.A. Hayek avait en particulier dédié « La route de la servitude » aux « socialistes de tous les partis » – à savoir, les travaillistes, les bolchéviques, et les national-socialistes. « C’était l’union des forces anti-capitalistes de droite et de gauche, la fusion des socialistes extrêmes et conservateurs » écrit Hayek, « qui a mené l’Allemagne loin de tout ce qui était libéral ». Ludwig von Mises approuvait, avançant qu’en 1944 « la Russie comme l’Allemagne avaient raison de dire que leurs systèmes étaient socialistes ».

Les Nazis eux-même regardaient la convergence gauche-droite comme essentielle pour comprendre le fascisme. Adolf Eichmann voyait le National Socialisme et le communisme comme « des quasi-frères », expliquant dans ses mémoires qu’il « était attiré par la gauche et soulignait les aspects socialistes autant que les nationalistes ». Même en 1944, le Ministre de la Propagande Josef Goebbels avait publiquement célébré « notre socialisme », rappelant ses sujets fatigués par la guerre que l’Allemagne « seule a les meilleures protections sociales ». Il contrastait cela avec les Juifs qu’il présentait comme « l’incarnation du capitalisme ».

En s’appuyant sur une montagne de statistiques inédites, Aly décrit en détail un système social bourré d’aides – réservées aux camarades aryens, naturellement. Pour « atteindre une division vraiment socialiste des biens personnels », écrit-il, Hilter avait mis en place une gamme de politiques économiques interventionnistes, comme des contrôles des prix et des loyers, des taxes sur les entreprises démesurées, de fréquentes « polémiques contre les propriétaires immobiliers », des subventions aux agriculteurs allemands comme protection « contre les errances du climat et le marché mondial », et des taxes punitives contre les bénéfices boursiers, qu’Hitler lui-même avait dénoncé comme étant « des revenus sans effort ».

Aly démontre de manière convaincante que « la politique domestique nazie était remarquablement favorable aux classes sociales faibles allemandes, dépouillant les riches et redistribuant le poids de la guerre ». Et avec un souvenir encore frais de l’inflation de Weimar, « transférant le poids des taxes vers les entreprises valut au chef de Berlin un considérable capital politique, que le gouvernement s’empressa de faire fructifier ».

Par exemple, sur la fin de la guerre les économistes nazis établirent « une taxe temporaire de 50% de tous les salaires » qui s’appliquait seulement aux plus riches. Au final, Aly écrit, « seul 4% de la population payait la totalité de cette surcharge de 50% ». En Hollande occupée, les administrateurs ont augmenté terriblement les impôts pour financer « une campagne anti-bolchévique », tandis que certaines entreprises hollandaises payaient jusqu’à 112% de leurs profits en taxes.

Mais l’essentiel de cet argent servant à financer la machine de guerre nazie, Aly montre, était obtenu par simple vol. Berlin approuvait expressément le pillage des territoires occupés, poussant les soldats à satisfaire les désirs matériels du front domestique par des savons, parfums, café et viande, renvoyés à la mère-patrie par la poste militaire. Les limites sur les tailles de paquets avaient été abolies précisément dans ce but, tandis que les gouvernements fantoches s’emparaient de l’or, des trésors, et affaiblissaient les monnaies locales « pour couvrir une part significative des dépenses quotidiennes de la guerre ». Bien que ses estimations aient été vigoureusement débattues par les historiens britanniques Adam Tooze et Richard Overy, Aly soutient que le vol comptait pour 70% des revenus de guerre du Reich, garantissant que le poids de la guerre retombait sur les seules épaules des conquis.

« L’autorité nazie n’a pas transformé la majorité des Allemands en fanatiques idéologiques convaincus d’être la race supérieure » conclut Aly. « À la place elle a réussi à en faire des parasites bien nourris ». Aly note que la nourriture était bien disponible pendant la guerre, et que ce n’est qu’à partir de 1945 que les Berlinois ont découvert la dureté du rationnement. C’est pourquoi, affirme-t-il, le peuple était généralement bien soigné et, jusqu’à l’amère défaite, des sujets obéissants du Reich.

Pour constituer sa thèse, Aly soumet au lecteur une suite vertigineuse et parfois éprouvante de chiffres. Et tandis qu’il démontre avec compétence que les Nazis étaient autant des voleurs accomplis et des économistes occultes, je ne peux m’empêcher de me demander si « Comment Hitler a acheté les Allemands » pose les bonnes questions. Si cette loyauté-contre-nourriture était effectivement la hiérarchie morale prévalante parmi les « Allemands ordinaires », si la décence a été si promptement abandonnée dans une quête pour le gain matériel, il faut se demander: Pourquoi étaient-ils si facilement achetables ? Est-ce qu’un supplément de jambon de qualité, un examen dentaire gratuit, et une structure fiscale anti-riches peuvent ainsi convaincre un peuple dont les centres de population ont été régulièrement bombardés, dont les voisins juifs ont été déportés, dont les fils étaient tués sur le front de l’Est, dont les villes étaient au bord d’être envahis par l’Armée Rouge, de rester auprès d’une dictature cruelle jusqu’au bout ? La réalité de la guerre d’Hitler n’était jamais totalement hors de vue. Le bombardement de Hambourg en Juillet 1943, par exemple, a entraîné un incroyable massacre de 40 000 civils et l’exil de 1 400 000 réfugiés. Ceux qui cherchaient la sûreté hors des grands centres urbains, note l’historien Robert Gellately, ont engendré un effet de vague en « contribuant à la baisse de moral dans les villes derrière les lignes ».

Six mois plus tôt, l’Armée Allemande capitulait à Stalingrad après avoir subi 700 000 morts. Les Juifs étaient emmené en plein jour, pour ne plus jamais être revus. Et même si les privations matérielles des Berlinois se sont limitées à l’interruption occasionnelle de la vente de saucisses, la femme au foyer « parasite » avait sûrement pris conscience de la transformation de sa ville en débris. Il serait surprenant si, au milieu de cette destruction, les Allemands avaient vraiment accordé tant d’importance aux impôts et aux pensions de retraite.

Dans ses meilleurs passages, « Comment Hitler a acheté les Allemands » démontre la corrélation entre l’effondrement moral et la générosité de l’état. Mais la causation directe est plus difficile à établir. Et même s’il prend soin de ne pas présenter la seule économie comme motivation de « l’Allemand ordinaire », Aly reste vague sur l’importance exacte qu’elle a jouée, et ne parvient pas à établir une explication combinée mettant en parallèle l’incitation économique, l’antisémitisme, le nationalisme, la propagande et la terreur.

Il y a probablement une explication moins satisfaisante: celle qui dit que les citoyens ordinaires, Allemands ou non, ont une incroyable tolérance pour le Mal. Comme les génocides au Rwanda ou au Cambodge démontrent, un gain financier n’est pas forcément nécessaire. Mais le champ encombré de l’historiographie nazie demande une certaine mesure d’hétérodoxie ; les éditeurs grand public préfèrent ce qui choc à ce qui est conventionnel. Bien que l’impressionnante histoire économique d’Aly réussit à rappeler au lecteur que le bolchévisme et le nazisme étaient, comme l’écrit l’historien Richard Pipes, tous deux des « hérésies du socialisme », ce service est au final éclipsé par une conclusion inutilement extrêmiste.

Michael C. Moynihan, éditeur associé, Reason Magazine


Hitler, ce socialiste…

Adolf Hitler était un homme de gauche. Quoi ? Cela vous étonne ?

Évidemment que cela vous étonne, vu que l’on répète tous, sans vraiment y réfléchir, que régime nazi (voire fasciste) ne peut être que d’extrême-droite ! Et je m’en confesse, j’ai eu aussi cette paresse intellectuelle que d’associer Hitler avec la droite (aussi « extrême » soit-elle)… alors que, vous allez le voir, il n’y a pratiquement rien qui permette d’étayer cette thèse.

Socialiste dans les propos

Laissons déjà effectivement, parler les principaux intéressés. Ainsi, en 1934, Adolf Hitler parlant à Hermann Rauschning, soulignait bien les liens qui existaient entre le nazisme et le communisme :

Ce n’est pas l’Allemagne qui va devenir bolchevique mais le bolchevisme qui se transformera en une sorte de national-socialisme. En plus il y a plus de liens qui nous unissent au bolchevisme que d’éléments qui nous en séparent. Il y a par-dessus tout, un vrai sentiment révolutionnaire, qui est vivant partout en Russie sauf là où il y a des Juifs marxistes. J’ai toujours fait la part des choses, et toujours enjoint que les anciens communistes soient admis dans le parti sans délai. Le petit-bourgeois socialiste et le chef syndical ne feront jamais un national-socialiste, mais le militant communiste, oui.

Dans « Mein Kampf » également, Hitler se déchaîna contre le capitalisme spéculatif et « la finance internationale », influencé en cela par les cours de l’économiste allemand Gottfried Feder, qui deviendra, un peu plus tard, membre influent du parti nazi :

A mes yeux, le mérite de Feder consistait en ceci, qu’avec une tranchante brutalité, il précisait le double caractère du capital : spéculatif, et lié à l’économie populaire ; et qu’il mettait à nu sa condition éternelle : l’intérêt. Ses déductions dans toutes les questions fondamentales, étaient tellement justes que ceux qui, a priori, voulaient le critiquer, en contestaient moins l’exactitude théorique qu’ils ne mettaient en doute la possibilité pratique de leur mise à exécution. Ainsi, ce qui, aux yeux des autres, était un point faible dans l’enseignement de Feder, représentait à mes yeux sa force.

Toujours dans « Mein Kampf », Hitler en ajoute une couche :

La lutte contre la finance internationale et le capital de prêt est devenu le point le plus important de la lutte de la nation allemande pour son indépendance et sa liberté économique.

Joseph Goebbels, ministre de « l’éducation des peuples et de la propagande » du IIIe Reich, fidèle parmi les fidèles d’Hitler, était également un anti-capitaliste convaincu, proche de l’aile communiste du NSDAP incarnée par les frères Gregor et Otto Strasser. Goebbels, lui-même, parlait régulièrement de « Bolchévisme National » lorsqu’il évoquait le positionnement du parti nazi.

Par contre, il est vrai qu’à partir de 1933, le NSDAP chercha à séduire les industriels et les milieux de la droite-conservatrice. Mais en y regardant de plus près, cela correspond à un besoin vital d’argent pour le parti d’Hitler, dont les caisses sont vides suite à l’élection législative de novembre 1932.

Cette élection fût également un cinglant échec pour le NSDAP, qui perdit deux millions de voix par-rapport aux élections de juillet de la même année. Ceci obligera également le parti, à changer sa stratégie afin de rassurer les milieux financiers et les grands patrons, qui avaient appelé pour les élections à une union de toutes les forces nationalistes, excluant les nazis. Il faut dire qu’auparavant, nazis et communistes s’étaient unis pour faire grève dans le service de tramway à Berlin et que les thèmes martellés par le NSDAP durant les élections de l’automne, étaient anticapitalistes, populistes et proagrairiens… pas de quoi aller dans le sens du patronat.

Avec le recul, il apparaît clairement qu’il ne s’agissait que d’une autre manœuvre de séduction de la part de Hitler, puisque, une fois au pouvoir, il décida de nationaliser toutes les grandes entreprises et les grandes industries allemandes.

Influences idéologiques

Entre 1908 et 1910, le jeune Adolf Hitler, fraîchement arrivé à Vienne, reste subjugé par les discours de Karl Lueger, du Parti Chrétien-Social et maire de Vienne. Karl Lueger est un antisémite, mais également un farouche adversaire du libéralisme économique. Hitler en fera, à plusieurs reprises, des éloges dans son livre « Mein Kampf ».

Un autre homme politique autrichien, Georg Ritter von Schönerer, influença également Adolf Hitler. Georg Ritter von Schönerer, autre antisémite notoire, faisait partie de cette mouvance pangermaniste, très influente en Autriche au début du XXe siècle. La minorité autrichienne-allemande prenait d’ailleurs, de plus en plus de place dans la société du pays, ce qui sera, un peu plus tard, l’un des prétexte qu’utilisera Hitler pour annexer l’Autriche. Georg Ritter von Schönerer, démocrate-radical, était également à l’origine de plusieurs importante réformes sociales dont : le droit de vote pour tous, la réforme des salaires, la diminution du temps de travail et même le droit de grève ! (source : « Hitler et la dictature allemande » par Karl Dietrich Bracher, 1969). Le genre de réformes défendues, dans toute l’Europe, par les partis de gauche.

Durant l’été 1919, Adolf Hitler suivi un cours de l’économiste allemand Gottfried Feder. Son influence fût telle, qu’il devint très vite son mentor et le théoricien économique du NSDAP. Gottfried Feder, antisémite, est également un farouche opposant au capitalisme, vu que le but de celui-ci ne repose que sur l’intérêt. En 1933, Feder publie « Kampf gegen die Hochfinanz » (« Combat contre la haute finance »), que l’on peut difficilement classer dans un courant de droite ou d’économie libérale.

Du DAP au NSDAP

En octobre 1919, Adolf Hitler adhère au Parti des Travailleurs Allemands, Deutsche Arbeiterpartei (DAP), séduit par Anton Drexler, l’un de ces fondateurs, qui lui avait remis une brochure dont il était l’auteur, intitulé « Mon éveil politique ». Le DAP, créé la même année, était un parti d’influence révolutionaire antisémite, anti-occidental, anti-slave et… anti-capitaliste.

Du Parti des Travailleurs Allemands, le nom sera modifié en Parti National-Socialiste des Travailleurs Allemands (NSDAP) suivant les recommandations de Hitler lui-même en 1920. C’est un peu plus tard, en avril 1921, qu’il prit la tête du NSDAP.

Il est à noter que le DAP/NSDAP fût fondé avec des socialistes révolutionnaires, principalement Anton Drexler. Ce fait est rappelé par l’historien William Shirer dans « Le Troisième Reich, des origines à la chute ».

Les 25 points du DAP

Quelques mois avant le changement de nom du Parti des Travailleurs Allemands (DAP), Adolf Hitler pésente lui-même un programme en 25 points, votés et approuvés devant une assemblée de 2,000 membres, le 24 février 1920 à Munich, dans la brasserie Hofbräuhaus.

Parmi ces 25 points, quelques intitulés que ne renieraient certainement pas, bien des partis de gauche, encore aujourd’hui :

7. Nous exigeons que l’État s’engage à procurer à tous les citoyens des moyens d’existence.

11. La suppression du revenu des oisifs et de ceux qui ont la vie facile, la suppression de l’esclavage de l’intérêt.

13. Nous exigeons la nationalisation de toutes les entreprises appartenant aujourd’hui à des trusts.

14. Nous exigeons une participation aux bénéfices des grandes entreprises.

15. Nous exigeons une augmentation substantielle des pensions des retraités.

16. Nous exigeons la création et la protection d’une classe moyenne saine, la remise immédiate des grands magasins à l’administration communale et leur location, à bas prix, aux petits commerçants. La priorité doit être accordée aux petits commerçants et industriels pour toutes les livraisons à l’État, aux Länder ou aux communes.

17. Nous exigeons une réforme agraire adaptée à nos besoins nationaux, la promulgation d’une loi permettant l’expropriation, sans indemnité, de terrains à des fins d’utilité publique – la suppression de l’imposition sur les terrains et l’arrêt de toute spéculation foncière.

20. L’extension de notre infrastructure scolaire doit permettre à tous les Allemands bien doués et travailleurs l’accès à une éducation supérieure, et par là à des postes de direction. Les programmes de tous les établissements d’enseignement doivent être adaptés aux exigences de la vie pratique. L’esprit national doit être inculqué à l’école dès l’âge de raison (cours d’instruction civique). Nous demandons que l’Etat couvre les frais de l’instruction supérieure des enfants particulièrement doués de parents pauvres, quelle que soit la classe sociale ou la profession de ceux-ci.

21. L’État doit se préoccuper d’améliorer la santé publique par la protection de la mère et de l’enfant, l’interdiction du travail de l’enfant, l’introduction de moyens propres à développer les aptitudes physiques par l’obligation légale de pratiquer le sport et la gymnastique, et par un puissant soutien à toutes les associations s’occupant de l’éducation physique de la jeunesse.

25. Pour mener tout cela à bien, nous demandons la création d’un pouvoir central puissant, l’autorité absolue du parlement politique central sur l’ensemble du Reich et de ses organisations, ainsi que la création de Chambres professionnelles et de bureaux municipaux chargés de la réalisation, dans les différents Länder, des lois-cadre promulguées par le Reich.

Si vous trouvez encore, là-dedans, des idées de droite, il est urgent pour vous de consulter !

La NSBO

En 1928, afin de fédérer les travailleurs allemands autour du National-Socialisme, le syndicat NSBO fût créé (Nationalsozialistische Betriebszellenorganisation – NSBO ; Organisation des Cellules d’Entreprises Nationales-Socialistes).

Évidemment, la NSBO était destinée à concurrencer les syndicats déjà présents dans les usines allemandes et, en particulier, les syndicats chrétiens démocrates et marxistes. Cependant, bien des sections du NSBO allaient au-delà du National-Socialisme en s’affichant National-Bolchéviques (source : « La National-Bolchévisme en Allemagne 1919-1933″ par Louis Dupeux).

Parmi les « faits d’armes » du NSBO : l’utilisation de la violence armée pour protester contre les réductions de salaire, le genre de « protestation » utilisée d’habitude par la gauche la plus radicale.

Socialiste dans les actes

Mais je vous vois venir : « c’est bien beau de parler des nazis AVANT leur accession au pouvoir, qu’en est-il de la situation une fois qu’ils mettent en place leurs politiques ? »

Il faut dire que Hitler et les Nationaux-Socialistes n’ont pas perdu de temps ! Sitôt arrivés au pouvoir, les nazis déportèrent à Dachau des commerçants qui avaient osé augmenter leurs prix. Rien qu’à Munich, 200 personnes furent arrêtées en 1933, tandis que leurs commerces furent cellés et barrés d’un écriteau indiquant : « Magasin fermé sur ordre de la police pour cause d’augmentation des prix, propriétaire en détention provisoire à Dachau ».

Les lois et les « recommandations » du pouvoir nazi, disuada les entreprises allemandes à rechercher le profit dans leurs activités. Aucune surprise jusque là, puisqu’il s’agit, tout simplement, de la base de la doctrine nazie inspirée par l’économiste Gottfried Feder.

Même la « libre entreprise » est un concept devenu désuet sous le IIIe Reich. Les entrepreneurs allemands sont convertis en Betriebsführer, c’est-à-dire en vulgaires « directeurs d’établissements », une façon très bureaucratique d’enlever tout esprit d’initiative et d’entrepreneuriat. Ils ne pouvaient diriger leurs entreprises comme ils l’entendaient ; ils étaient tenus d’obéir sans réserve aux ordres venus du Bureau Central d’Organisation de la Production, le Reichswirtschaffsministerium, et des organismes qui lui étaient rattachés pour chaque branche et pour chaque région. Même leurs salaires étaient fixés par l’état ! Ça ne vous fait pas penser au mode de fonctionnement de la Russie soviétique, par hasard ?

Mais ce n’est pas tout ! L’état était chargé de fixer les prix, mais également les taux d’intérêt à verser, ou à réclamer. Là aussi on reconnaît la « patte » de Feder.

Le gouvernement et la bureaucratie hitlérienne étaient également chargés de planifier la production industrielle, mais aussi agricole et géraient jusqu’aux moyens et méthodes de production. En d’autres termes, on est en pleine « planification » économique, tels que pratiqués dans les pays collectivistes.

On est très loin du capitalisme et, encore plus, de l’économie de marché !

Le nazisme, une forme larvée de marxisme

En 1944, l’économiste autrichien Ludwig von Mises, écrivit dans son ouvrage « Omnipotent Government, The Rise of the Total State and Total War », une réalité que les héritiers de Marx n’assumeront jamais :

Huit des dix points (du Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels) ont été exécutés par les nazis avec un radicalisme qui aurait enchanté Marx. Seuls deux points n’ont pas encore été complètement adoptés par les nazis, à savoir l’expropriation de la propriété foncière et l’affectation de la rente foncière aux dépenses de l’Etat (point n°1 du Manifeste) et l’abolition de l’héritage (point n°3). Cependant, leurs méthodes de taxation, leur planisme agricole et leur politique concernant la limitation des fermages vont chaque jour dans le sens du marxisme.

Depuis la création du DAP, jusqu’à l’effondrement du IIIe Reich, le National-Socialisme trouva ses racines dans un anti-capitalisme radical et systématique : nationalisations, étatisation de l’économie, taxation imposante des produits financiers… Pour Ludwig von Mises, « Le marxisme et le national-socialisme ont en commun leur opposition au libéralisme et le rejet de l’ordre social et du régime capitaliste. Les deux visent un régime socialiste ».

Voici bientôt quarante ans qu’un socialisme, qui s’affublait du préfixe décoratif de « national », a mis un terme à la libre circulation en Europe. (Friedrich Hayek, prix Nobel d’économie en 1974)

Ces mêmes socialistes qui, aujourd’hui, lancent si facilement leurs reproches de fascisme feraient bien d’être conscients qu’avec leur adoration de l’État universel, la référence permanente au collectif et le mépris de la liberté individuelle, ils sont bien plus proches d’une vision fasciste du monde que nous. Ce n’est pas un hasard si les hordes brunes se sont appelées les « nationaux-socialistes ». (Christoph Blocher, homme politique suisse)

Conclusion

Je ne vais pas là, énoncer les causes de la montée du nazisme en Allemagne, le sujet est bien trop vaste et même les historiens peinent à l’expliquer totalement. Mais la crise de 1929, l’inflation galopante, la montée inexorable du chômage qui ont frappé l’Europe entière, se sont particulièrement acharnés sur l’Allemagne, beaucoup plus que sur les autres pays du continent.

Ajoutez à cela, le paiement astronomique dû aux « dommages de guerre » (suites du Traité de Versailles), que l’Allemagne est contrainte de payer et qui s’élèvent à 132 milliards de marks-or de 1921. Paiement que l’Allemagne est dans l’incapacité d’effectuer, ce qui conduira à des livraisons « en nature » de produits et de marchandises, puis à l’occupation de la riche région industrielle de la Ruhr en 1923 par les Français et les Belges, puis à un remboursement « rééchelonné » et diminué suite au plan Young de 1929.

Crise, humiliation suite au Traité de Versailles de 1919, économie allemande littéralement « à terre »… facilite l’expression de tous les extrémismes. C’est alors la bataille de celui qui criera le plus fort, de celui qui rassemblera le plus.

Mais c’est le petit peuple, le prolétariat, les ouvriers qu’il faut séduire. Car ce sont eux, d’abord, qui sont touchés de plein fouet par la crise. Ce sont eux, qui se sont battus dans les tranchées entre 1914 et 1918 et qui subissent l’humiliation de la défaite. Alors trois courants collectivistes, étatistes et démagogistes s’affrontent : les socialistes, les communistes et enfin, les nationaux-socialistes. Les trois s’haïssent, il faut le dire… et même si l’on parle souvent des affrontements entre le NSDAP et les communistes allemands, il ne faut pas oublier qu’il y a aussi souvent des escarmouches entre socialistes et communistes.

Oui, une certaine aristocratie sera séduite par le nazisme. Certains même auront des postes importants dans le IIIe Reich, mais au-delà de politiques sociales dont ils ne se sentent pas concernés au premier chef, c’est le nationalisme et surtout, le pangermanisme qui les attirent vers le NSDAP. D’ailleurs, beaucoup d’entre-eux suivent plus un idéal de « Grande Allemagne » que le « petit caporal » Hitler, dont ils finissent, tôt ou tard par se méfier. Sentiment qui sera d’ailleurs partagé.

Après, si vous trouvez encore que le régime nazi est plus proche de la droite que de la gauche, il faudra maintenant apporter des arguments, et du solide !

Pour aller plus loin :

  • Le Monde Diplomatique, mai 2005, texte de Götz Aly, « Ainsi Hitler acheta les Allemands». Götz Aly est également l’auteur de « L’Etat du peuple de Hitler. Pillage, guerre raciale et socialisme national » paru en 2005.

Adolf Hitler

De Wikiberal.

Adolf Hitler
homme politique

Dates 1889-1945
Adolf Hitler
Tendance antilibéral national-socialiste
Origine Allemagne Allemagne
Articles internes Liste de tous les articles
Citation « Nous sommes socialistes, et ennemis du système économique capitaliste actuel, qui exploite les économiquement faibles, avec ses salaires injustes, qui évalue un être humain selon sa richesse et ses biens et non selon la responsabilité et la performance, et nous sommes déterminés à détruire ce système à tout prix. »
inter lib.org sur Adolf Hitler



Adolf Hitler 20 avril 1889 à Braunau am Inn (Autriche)-30 avril 1945 à Berlin (Allemagne).

Convaincu d'être désigné par le destin, il s'engage en politique. Brillant orateur et propagandiste hors pair, il mobilise rapidement de nombreux partisans. Il adhère en 1919 au Parti national-socialiste des travailleurs allemands.

S'appuyant sur les revendications allemandes à l'issue de la Première Guerre mondiale (en dénonçant le Diktat du Traité de Versailles de 1919), puis sur les conséquences de la crise économique des années 30, il accède à la Chancellerie d'Allemagne le 30 janvier 1933. En quelques mois, de janvier à juillet 1933, la République de Weimar bascule dans la dictature et la terreur.

A la fois Führer et Reichskanzler (Guide et Chancelier) après le plébiscite d'août 1934, il viole le Traité de Versailles en réarmant l'Allemagne, en occupant et en annexant des territoires, avec la complicité passive des puissances européennes qui redoutent une nouvelle guerre. Le 1er septembre 1939, il s'attaque à la Pologne et déclenche la Seconde Guerre mondiale.

Parallèlement à sa politique d'agression nationaliste, il met sur pied un des plus grands génocides de l'Histoire. Il ordonne ainsi l'élimination des handicapés, des Tsiganes, des homosexuels, des Franc-Maçons, des résistants, des multirécidivistes, des asociaux, et, conformément à ce qu'il laisse entrevoir dans Mein Kampf (de), l'extermination systématique des Juifs. Adolf Hitler, principal instigateur de la Solution Finale (la Shoah), est directement responsable de la mort de plus de 6 millions d'êtres humains dans les camps de concentration et les camps d'extermination, auxquels il faut ajouter les décès provoqués par la guerre que sa politique a déclenchée (entre 51 et 53 millions de morts selon les sources).

Se terrant dans son bunker de Berlin, il s'y suicide le 30 avril 1945, pour échapper à l'Armée Rouge. Le régime nazi ne lui survivra que quelques jours. Les principaux responsables du régime seront jugés lors du Procès de Nuremberg

Biographie

Jeunes années

Adolf Hitler naît le 20 avril 1889 à Braunau am Inn, une petite ville de Haute-Autriche près de la frontière allemande. Il est le quatrième des six enfants d'Alois Hitler et de Klara Pölzl. La plupart des enfants meurent en bas âge, amenant Adolf à être surprotégé ; seule sa sœur cadette Paula († 1960) lui survivra.

Son père, est douanier. Né hors mariage en 1837, Alois porte d'abord le nom de famille de sa mère, Maria Anna Schicklgruber, mais en 1876, il est légitimé et obtient le droit de porter le nom Hitler. Adolf n'utilisera jamais d'autre patronyme, et Schicklgruber ne ressurgira que plus tard chez ses opposants politiques. L'arbre généalogique d'Adolf Hitler laisse cependant planer de fortes suspicions de consanguinité. Certains ont même suspecté du sang juif chez son père, l'incertitude relative à ses origines n'est pas sans conséquences. Ainsi après l'Anschluss en 1938, il fera détruire Döllersheim, le village natal de son père, en le transformant en place de tir.

L'enfance d'Adolf se passe sous la stricte discipline d'un père âgé, fonctionnaire retraité dès 1895, qui le battait régulièrement et le ridiculisait; après une tentative de fugue, il fut presque battu à mort. Adolf haït son père durant toute sa vie et on a rapporté qu'il faisait des cauchemars à son sujet à la fin de son existence. Le 3 janvier 1903, son père meurt, suivi le 21 décembre 1907 par sa mère qui succombe à un cancer.

Élève médiocre à partir de son entrée à la Realschule de Linz (lycée), Hitler refuse de suivre la voie paternelle. Mais il échoue par deux fois à l'examen d'entrée de l'Académie des Beaux-Arts de Vienne (Autriche) en 1907 et 1908. Autodidacte, grand lecteur et admirateur de la musique de Richard Wagner, il développe un intérêt profond pour l'architecture. Il enchaîne les petits boulots, vivant dans une misère constante durant cinq ans. Plus tard, dans Mein Kampf, il écrira :

« Cinq années pendant lesquelles je dus, comme manœuvre d'abord, ensuite comme petit peintre, gagner ma subsistance, maigre subsistance, qui ne pouvait même pas apaiser ma faim chronique. Car la faim était alors le gardien fidèle qui ne m'abandonna jamais, la compagne qui partagea tout avec moi. Chaque livre que j'achetai eut sa participation ; une représentation à l'Opéra me valait sa compagnie le jour suivant ; c'était une bataille continuelle avec mon amie impitoyable. J'ai appris cependant alors comme jamais avant. Hors mon architecture, hors les rares visites à l'Opéra, fruit de mes jeûnes, je n'avais d'autre joie que des livres toujours plus nombreux. »

Adolf Hitler assiste aux séances du Parlement autrichien, il écrira plus tard son mépris pour la démocratie et le parlementarisme. Il étudie les thèses pangermanistes et observe l'influence de la politique sur les masses.

Au printemps 1913, pour éviter son enrôlement dans l'armée de l'Empire austro-hongrois, État multiethnique qu'il exècre, il s'enfuit à Munich et vit en vendant ses peintures de paysages. Sa tentative d'échapper à la conscription est remarquée, mais, après avoir été refusé lors d'un examen médical à son retour en Autriche (pour faiblesse de constitution), il retourne à Munich.

En 1914, exalté par l'entrée en guerre de l'Allemagne, Hitler s'engage comme volontaire et va se battre sur le front Ouest. Soldat enthousiaste, tranchant à cet égard sur beaucoup de ses compatriotes, il est apprécié de ses pairs et supérieurs. Blessé une première fois à la cuisse, puis aveuglé temporairement par une attaque au gaz moutarde à la fin de la guerre, le caporal Hitler est décoré de la Croix de fer, Première Classe (distinction rarement accordée à un soldat engagé) pour avoir accompli le dangereux transport d'une dépêche en 1918. Quand la guerre prend fin Hitler est à l'hôpital de Pasewalk, il est anéanti à l'annonce de la capitulation allemande. À sa sortie de l'hôpital en novembre 1918, il retourne dans son régiment munichois.

Le combat politique

Voir aussi la Chronologie de la République de Weimar.

La Bavière est alors entre les mains d'un gouvernement révolutionnaire, la Räterepublik ; sa caserne est dirigée par un Soviet (« conseil »). Dégoûté, Hitler quitte Munich pour Traunstein. Dans Mein Kampf, Hitler donne de cet épisode un récit plutôt elliptique, mais assez clair quant à sa vision du monde :

« En mars 1919, nous étions de retour à Munich. La situation était intenable et poussait à la continuation de la révolution. La mort d'Eisner ne fit qu'accélérer l'évolution et conduisit finalement à la dictature des soviets, pour mieux dire, à une souveraineté passagère des Juifs, ce qui avait été originairement le but des promoteurs de la révolution et l'idéal dont ils se berçaient. [...] Au cours de cette nouvelle révolution de soviets, je me démasquai pour la première fois de telle façon que je m'attirai le mauvais oeil du soviet central.
Le 27 avril 1919, je devais être arrêté, mais les trois gaillards n'eurent point le courage nécessaire en présence du fusil braqué sur eux et s'en retournèrent comme ils étaient venus.
Quelques jours après la délivrance de Munich, je fus désigné pour faire partie de la Commission chargée de l'enquête sur les événements révolutionnaires dans le 2e régiment d'infanterie.
Ce fut ma première fonction active à caractère politique. »

Hitler reste dans l'armée jusqu'au 31 mars 1921 et est chargé de surveiller un groupuscule politique, le Parti ouvrier allemand (Deutsche Arbeiterpartei, DAP). Remarqué lors de l'une de ses interventions, il finit par y adhérer, et le transforme en NSDAP Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei (« Parti National Socialiste des Travailleurs Allemands »). En avril 1921, il devient le chef du parti. Du fait de ses talents d'organisateur et d'orateur, le parti gagna rapidement en popularité.

Les 8 novembre et 9 novembre 1923, il conduit le coup d'État avorté connu comme le Putsch de la brasserie. Le NSDAP est aussitôt interdit. Arrêté, Hitler est accusé de conspiration contre l'État et condamné pour "haute trahison" le 1er avril 1924 à cinq ans de prison, qu'il purge à Landsberg am Lech. Pendant sa détention, il écrit Mein Kampf (Mon combat), autobiographie et manifeste politique. Après seulement 13 mois de détention et malgré l'opposition déterminée du procureur Stenglein, il bénéfice d'une libération conditionnelle le 20 décembre 1924.

Craignant d'être expulsé vers l'Autriche, Hitler renonce à la nationalité autrichienne le 30 avril 1925. Devenu apatride, et bien qu'il soit interdit de parole en public jusqu'en 1927, il reconstruit son parti et retrouve une certaine popularité. C'est de cette époque que date l'entrée en scène de Joseph Goebbels l'un de ses plus fidèles soutiens. En 1928, le NSDAP semble pourtant marquer le pas et peine à remonter la pente : seuls 2,6% des votants lui accordent leur confiance aux élections législatives du 20 mai.

Mais l'instabilité politique (décès de Gustav Stresemann, chute du chancelier Hermann Müller, remplacé par le gouvernement conservateur et autoritaire de Brüning du Zentrum) et surtout les conséquences catastrophiques de la crise de 1929 sur l'économie allemande très dépendante des États-Unis, apporte au NSDAP un succès foudroyant et imprévu aux élections du 14 septembre 1930 : avec 18,3% des voix et 107 sièges, le parti nazi est le second du Reichstag.

Le septennat du président Hindenburg se terminant le 5 mai 1932, la droite et le Zentrum, afin d'éviter de nouvelles élections, proposent de renouveler tacitement le mandat présidentiel. L'accord des Nazis étant nécessaire, Hitler exige la démission du chancelier Brüning et de nouvelles élections parlementaires. Hindenburg refuse. Le 22 février 1932, Goebbels annonce la candidature d'Adolf Hitler à la Présidence de la République. Le 26 février, Hitler est opportunément nommé Regierungsrat, fonctionnaire d'état, ce qui lui confére automatiquement la nationalité allemande.

Après une campagne électorale sans précédent sur le plan de la propagande, Hitler obtient 30% des voix au premier tour le 13 mars 1932 et 37,3% au second tour en avril. Hindenburg est réélu. Lors des scrutins régionaux qui suivent l'élection présidentielle le NSDAP renforce ses positions.

En 1932, la situation se dégrade sur les plans économique et social (plus de 6 millions de chômeurs à la fin de l'année). L'agitation et l'insécurité politique sont à leur comble. Le gouvernement est incapable de réunir une majorité. Engagé dans un bras de fer avec Hitler, le président Hindenburg refuse toujours de le nommer chancelier. Toutes les tentatives de conciliations échouent. Même la baisse de popularité du NSDAP aux élections de novembre n'entame en rien sa détermination.

De l'accession au pouvoir à la chute

Voir aussi la Chronologie du Troisième Reich.

Hitler est finalement nommé à la Chancellerie de la République de Weimar le 30 janvier 1933, avec le soutien de la droite et en particulier l'ancien Chancelier Franz von Papen et le Parti Populaire National Allemand (DNVP), dirigé par le magnat nationaliste de la presse Alfred Hugenberg, qui espèrent être en mesure de le contrôler.

Hitler obtient le soutien de l'armée, déborde ses partenaires, et met en route la Gleichschaltung (la « Mise au pas ») de l'Allemagne. L'incendie du Reichstag le 27 février, lui permet de limiter les libertés civiles et d'éliminer ses opposants politiques, notamment les communistes du KPD. Le NSDAP remporte les élections de mars 1933 avec 43.9% des suffrages. Le 23 mars, le Reichstag vote la Loi d'habilitation (Ermächtigungsgesetz) accordant à Hitler, les pouvoirs spéciaux. Hitler les utilise pour interdire les syndicats, et les partis politiques.

Le 30 juin 1934, durant la Nuit des longs couteaux, fort du soutien bienveillant de l'armée, le Chancelier fait assassiner plusieurs de ses partisans et de ses anciens ennemis politiques. Parmi eux : Gregor Strasser et Ernst Röhm, chef de la SA.

La mort du président Hindenburg est aussi celle de la République de Weimar. En vertu de la Constitution, le Chancelier exerce temporairement les pouvoirs du président défunt. Le 2 août 1934, le Reichstag vote une loi de fusion des deux fonctions en une seule : Hitler devient Führer und Reichskanzler.

En septembre 1935, Hitler, aggravant l'antisémitisme d'état, proclame les lois de Nuremberg interdisant aux Juifs l'accès des hautes fonctions de l'état ou encore les mariages mixtes.

La popularité du Führer provient notamment de son opposition au Diktat de Versailles, des succès diplomatiques (rattachement de la Sarre, remilitarisation de la Rhénanie, accords avec Mussolini, négociations avec la Grande-Bretagne) et des succès économiques obtenus (notamment une importante réduction du chômage) par sa politique de réarmement. Encore qu'il ne faille pas oublier ni les conditions sociales et politiques dans lesquelles les améliorations économiques ont été obtenues, ni les pénibles situations de pénurie alimentaire et le manque de devises dès 1935. L'adhésion des Allemands à sa politique (et plus encore à sa personne) fut importante, surtout au début.

Avec la complicité des puissances européennes soucieuses d'éviter un nouveau conflit (notamment à Munich en 1938), Hitler annexe un grand nombre de territoires voisins : l'Autriche (l'Anschluss), puis les Sudètes, et la Tchécoslovaquie en 1938.

En 1938, il est élu homme de l'année par le Time Magazine.

http://prisons-cherche-midi-mauzac.com/wp-content/uploads/2010/09/hitler-a-paris-photo-couleur.jpeg
Hitler à Paris

Après s'être assuré que l'URSS participerait au démembrement du pays en signant le pacte Molotov-Ribbentrop, Hitler lance ses armées sur la Pologne, le 1er septembre 1939, sans déclaration de guerre, c'est le début de la Seconde Guerre mondiale. Bien qu'ayant de brillantes intuitions, lors de la bataille de France en 1940, Hitler s'avère être un commandant en chef brouillon et imprévisible, dédaigneux de l'opinion son état-major... Cette attitude est particulièrement flagrante lors de la bataille de Stalingrad, quand il refuse à l'armée de Friedrich Paulus la permission d'opérer une retraite.

Le 20 juillet 1944, à la Wolfsschanze, Hitler est blessé dans un attentat lors d'une tentative de coup d'État d'officiers qu'il réprime durement.

Convaincu que l'Allemagne ne pourrait survivre à une défaite devenue inéluctable, Hitler ordonne le 19 mars 1945 la destruction des industries, des installations militaires, des magasins, des moyens de transport et de communications. Cet ordre ne sera pas respecté, notamment en raison de l'intervention d'Albert Speer, ministre de l'armement.

Le 30 avril 1945, alors que l'Armée rouge encercle Berlin, Adolf Hitler se suicide en compagnie d'Eva Braun qu'il venait d'épouser, dans le Führerbunker. Dans son testament politique, il écarte Hermann Göring et Himmler et désigne l'amiral Karl Dönitz comme successeur.

La pensée d'Hitler

Machiavélisme et totalitarisme

La propagande hitlérienne est essentiellement guidée par des considérations d'opportunité politique, mais comporte deux invariants : l'antisémitisme, puis l'anti-marxisme (compris dans un sens assez large).

Manipulation, trahisons (cf. bio)

  • Il est établi qu'Hitler donna des ordres spécifiques pour que Johann Georg Elser, l'auteur de l'attentat de Munich qui aurait pu le tuer ne fût ni exécuté, ni même mis dans une situation où ses jours seraient en danger. Pourquoi ? Aucun historien n'a avancé d'hypothèse.

Socialisme

Hitler rejetait dans un même mépris capitalisme et marxisme.

Pendant les années 20, il dut louvoyer entre les tendances « droitistes » (de l'armée et de la droite traditionnelle, du patronat) et « gauchistes » (de certains de ses partisans, comme Ernst Röhm ou Gregor Strasser). Après le lamentable échec du Putsch de la brasserie de 1923, son problème consiste à capter et conserver un maximum de voix en vue de conquérir électoralement le pouvoir.

Une étatisation des moyens de production débuta dès 1933 avec des usines automobiles et aéronautiques, puis s'intensifia avec l'économie de guerre mise en place par Albert Speer dès 1943. À partir de cette année, cette étatisation de fait suivait un schéma d'emprise totalitaire des moyens de production pour l'effort de guerre, dans le droit fil d'un collectivisme conséquent et aboutissement de son inspiration socialisante présente dès les années 1930.

On peut aussi rappeler que les socialistes allemands étaient pourchassés sous le Troisième Reich et que beaucoup sont rentrés en résistance.

Mythologie et culture

Son nationalisme raciste transcendait le clivage traditionnel capital/social : il rêvait d'un peuple uni (Volk) par le (même) sang. (x(?) mensonges du Platon des Lois)

  • Il est communément admis qu'Hitler se serait inspiré des théories de Hans Horbiger sur l'Atlantide) et de John Cleves Symnes (théorie dite de la « Terre creuse »). C'est également lui qui fit inverser le sens du svastika (croix gammée) indien, signe de vie, comme pour en retourner aussi la signification (le « Viva la muerte » des phalanges espagnoles n'était pas loin); on remarquera aussi que le salut que Mussolini, repris par la suite par Hitler à partir de 1926, demandait de ses troupes était exactement celui des gladiateurs de l'empire romain saluant l'Empereur avant de mourir (le fameux rite du « Ave Caesar, morituri te salutant »).
  • Point que certains jugent négligé par la plupart des historiens : les doctrines mystiques dans lesquelles Hitler et d'autres responsables du nazisme auraient puisé leur inspiration pour l'élaboration de la politique national-socialiste, et les rapports que le Führer aurait entrenu avec l'univers des sciences occultes (voir * Hitler-Bouddha-Krishna).

source : Louis Pauwels et Jacques Bergier, Le matin des magiciens, introduction au réalisme , Folio, 1960. à rapprocher avec le mysticisme marxiste ? Du romantisme allemand du XIXe siècle à Hitler en passant par Nietzsche, Wagner, Louis II, Heidegger - cf. tradition allemande (Hayek) qui aurait été un espèce de creuset séculaire au nazisme ?

Racisme et antisémitisme

  • antisémitisme = anticapitalisme + mythologie aryenne.
  • science raciste : falsification ou vraie croyance ? (précurseur: la phrénologie)

Regards des contemporains et libéraux

  • Erwin Rommel en octobre 1938 après avoir accompagné et assuré la sécurité du Führer durant l'annexion des Sudètes : « Hitler possède un pouvoir magnétique sur les foules; qui découle de la foi en une mission qui lui aurait été confiée par Dieu. Il se met à parler sur le ton de la prophétie. Il agit sur l'impulsion et rarement sous l'empire de la raison. Il a l'étonnante faculté de rassembler les points essentiels d'une discussion et de lui donner une solution. Une forte intuition lui permet de deviner la pensée des autres. Il sait manier avec habileté la flatterie. Sa mémoire infaillible m'a beaucoup frappé. Il connait par cœur des livres qu'il a lus. Des pages entières et des chapitres sont photographiés dans son esprit. Son goût des statistiques est étonnamment développé : il peut aligner des chiffres très précis sur les troupes de l'ennemi, les diverses réserves de munitions, avec une réelle maestria qui impressionne l'état-major de l'Armée. »
  • Norman Spinrad, après le succès de son livre Rêve de fer : « Hitler avait compris ce qui motivait les foules. Il passait certainement beaucoup plus de temps à s'occuper finement des symboles, couleurs et uniformes qu'à lire des livres d'économie. Ses rêves étaient bien plus proches de ceux d'une rock-star que d'un homme politique à proprement parler ».
  • Dominique Aubier rappelle dans son livre Réponse à Hitler que « le nazisme avait l’ambition de détruire le peuple juif », que c'était l'objectif principal d'Hitler : « une tentative d’anéantir le Verbe incarné, détruire ainsi toute possibilité de survie humaine au jour du retour cyclique. La solution finale était une tentative d'anéantissement totale de l'humanité, une négation du Verbe, de la parole. »
  • H. P. Lovecraft qui voyait Hitler comme « une force élémentaire appelée à régénérer la culture européenne », le considère par la suite comme un « honnête clown » pour ensuite reconnaitre que « bien que ses objectifs soient fondamentalement sains, l'extrémisme absurde de sa politique actuelle risque de conduire à des résultats désastreux et en contradiction avec les principes de départ. »

Fictions représentation culturelles

Au Cinéma

  • Parmi les nombreuses représentations au cinéma, Charlie Chaplin ridiculisa Hitler dans son film de 1940 Le Dictateur (The Great Dictator) : le dictateur en question a en effet pour sosie un petit coiffeur juif qui prendra sa place et terminera le film sur un discours humaniste émouvant. Pour la petite histoire, Hitler fit interdire le film en Allemagne, mais s'en procura une copie qu'il se fit projeter en privé à deux reprises.
  • Les Dix derniers jours d'Hitler, un film de 1973.
  • En , le réalisateur allemand Oliver Hirschbiegel sort La Chute (Der Untergang), un film qui raconte les derniers jours du Führer. Ce film a connu un grand succès, mais a provoqué une polémique principalement en raison de la vision humanisée qu'il donnerait du dictateur. En effet, de nombreux films ont représenté Hitler, mais la plupart ont évité de lui donner un visage.
  • En 2003, HITLER - la naissance du mal (Canada / États-Unis), donne un éclairage sur la jeunesse d'Hitler et sa montée au pouvoir (jusqu'en 1934). Ce film, dont les historiens seront sans doute critiques, a le mérite de montrer la genèse du dictateur, et l'Allemagne telle qu'il l'a connu au moment où il met en place son « mon combat », alors qu'il n'est encore qu'un « aspirant » en politique.
  • En 2003 Max, réalisé par Menno Meyjes, narre l'histoire entre Adolf Hitler, à l'époque jeune artiste et Max, artiste juif amputé du bras droit. Max encourage Hitler à exorciser sur la toile ses colères, ses haines et ses peurs. Petit à petit, Hitler devient haineux envers les juifs ce qui conduira à l'horreur que l'on connait tous.

Œuvres classiques

  • Hitler a souvent été utilisé comme personnage dans des œuvres de fiction. Un exemple précoce en est la description cryptée dans la pièce écrite en 1941 par Bertolt Brecht, La résistible ascension d'Arturo Ui, dans laquelle Hitler est transposé en la personne d'un racketteur mafioso sur le marché des choux-fleurs à Chicago.
  • Voir dans le recueil de nouvelles de Dino Buzzati Le K, la nouvelle nommée Pauvre petit garçon.
  • Roald Dahl a également écrit une petite nouvelle sur Adolf Hitler dans Kiss Kiss, recueil de nouvelles à l'humour noir, elle s'intitule Une histoire vraie.
  • Une des plus étranges œuvres tardives de Salvador Dali fut Hitler se masturbant, le représentant au centre d'un paysage désolé.
  • Dans son roman « Pompes funèbres », Jean Genet propose une vision homoérotisée du Führer, ainsi qu'un regard poétique sur les rapports qu'entretiennent la violence nazie et l'attirance sexuelle.
  • Ces garçons qui venaient du Brésil (1976) de Franklin J. Schaffner raconte une tentative de clonage du dictateur defunt par le sinistre Docteur Mengele.

Bibliographie

  • Un attentat contre Hitler, Procès verbaux des interrogatoires de Johann Georg Elser, traduit de l'allemand et présenté par Bénédicte Savoy, préface de Gilles Perrault, Solin Actes Sud, 1998
  • Giulio Ricchezza, La vie fantastique d'Adolf Hitler, 3t., Famot, 1974
  • Ron Rosenbaum, Pourquoi Hitler, Lattès, 1998
  • Ian Kershaw, Hitler, 2t., Flammarion, 1999
  • Ian Kershaw, Hitler : Essai sur le charisme en politique, Folio Essais, 2001
  • Joachim Fest, Les derniers jours de Hitler, Tempus, 2003
  • Gérard Letailleur, Les secrets du chancelier (avec une préface de Christian de La Mazière), Éditions Dualpha, coll. « Vérités pour l'histoire », Coulommiers, 2005. 292 p. ISBN 2-915461-39-2.
  • Gōtz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, Flammarion, 2005, ISBN 2082105172
  • Philippe Masson, Hitler chef de guerre. – Paris : Perrin, 2005. – 334 p., 23 cm. – ISBN 2-262-01561-9.

Citations

  • « Si vous désirez la sympathie des masses, vous devez leur dire les choses les plus stupides et les plus crues. »
  • « Nous sommes socialistes, et ennemis du système économique capitaliste actuel, qui exploite les économiquement faibles, avec ses salaires injustes, qui évalue un être humain selon sa richesse et ses biens et non selon la responsabilité et la performance, et nous sommes déterminés à détruire ce système à tout prix ». (discours du 1er mai 1927)

Voir aussi

Liens externes

(en)Hitler was a Leftist

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Jeudi 13 septembre 2012 4 13 /09 /Sep /2012 12:33

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Dans "National-Socialisme", il y a "Socialisme".

 

La Route de la Servitude par Friedrich Hayek

 

http://www.hiddenhistoryhumanity.com/German/Nazi%20Essay%20Images/nazigermany.jpg


  Par François Guillaumat

Alors même qu'il y a dix ans tout le monde était pour le socialisme, on imagine mal aujourd'hui l'extraordinaire domination de cette chimère sur le monde intellectuel dans les années quarante. C'est vraiment à ce moment-là que le socialisme fut au plus haut, et l'humanité semblait devoir se résigner à le subir soit par voie de nationalisation -la méthode marxiste- soit par voie de réglementation: la méthode allemande.

        Les pays autrefois libéraux ne l'étaient plus: en Grande-Bretagne, les privilèges syndicaux de 1906 avaient rendu l'économie ingérable et provoqué intervention après intervention ; la guerre servait de prétexte pour habituer les citoyens à l'économie de contrainte et de pénurie. Aux Etats-Unis Roosevelt avait pu, en double violation de la Constitution, imposer l'Etat-Providence et se faire réélire une deuxième fois.

        Le socialisme léniniste avait conquis la Russie, et le socialisme hitlérien l'Allemagne. Leurs idées contaminaient le monde entier : aux Etats-Unis, le monde intellectuel était depuis le début du siècle sous l'influence de la philosophie allemande et du pragmatisme, son avatar local. L'interventionnisme keynésien n'y avait rencontré aucune résistance intellectuelle  alors que Ludwig von Mises, le seul économiste alors capable de le réfuter, était opportunément réduit au silence par la persécution hitlérienne.

        Les quelques intellectuels libéraux dans le monde avaient essayé de se regrouper avant la guerre, qui les avait dispersés. Ils étaient cependant d'une qualité exceptionnelle, et il suffit de circonstances favorables pour qu'ils se fissent de nouveau entendre. Le succès de son premier roman We the Living avait permis à Ayn Rand de mettre en avant ses idées dans son second roman The Fountainhead en 1943 ; Mises, grâce au soutien de Henry Hazlitt et à l'admiration d'un éditeur, pourra publier Le gouvernement omnipotent, La bureaucratie et L'action humaine assez peu de temps après son arrivée aux Etats-Unis. C'est ce genre d'occasion qui a permis à Hayek d'écrire La route de la servitude.

        Hayek avait beau s'être installé à Londres depuis 1931, il était malgré tout d'origine autrichienne, et ne pouvait participer, comme la plupart des économistes britanniques, à la planification de l'effort de guerre de Sa Majesté. La London School of Economics, où il occupait la chaire Tooke de théorie économique, avait dû s'installer à Cambridge pour éviter les bombardements de Londres. Keynes, quoiqu'intellectuellement malhonnête, était en bons termes avec ce rival et lui trouva une petite maison ; Hayek avait encore à cette époque l'intention de réfuter la prétendue Théorie générale à l'occasion d'une véritable théorie générale du capital, mais ne jugeait pas opportun de s'opposer à lui à ce moment ; il avait donc le temps pour d'autres recherches.

        Disciple de von Mises en économie après avoir été social-démocrate, Hayek est Docteur en Droit et en Sciences Politiques de l'Université de Vienne. Il s'était déjà essayé à la philosophie du Droit en publiant au Caire en 1935 The Political Ideal of the Rule of Law ; on le connaissait cependant surtout  pour ses travaux dans le domaine où il est meilleur, la théorie économique. Son livre le plus important de méthodologie économique, The Counter-Revolution of Science et ses autres  contributions théoriques vraiment personnelles, le reste étant dû à von Mises ("The Use of Knowledge in Society" et autres articles parus dans Individualism and Economic Order en 1948) paraissent d'ailleurs en même temps. L'économie politique et la philosophie politique sont  évidemment liées, et la participation de Hayek au débat des années 30 sur la possibilité du calcul économique rationnel dans un cadre de centralisation autoritaire l'avait rendu particulièrement à même de discuter des effets de l'ambition socialiste sur l'organisation sociale.

        The Road to Serfdom, paru en 1944, fut immédiatement un succès de librairie ; on en discuta même pendant l'élection de 1945, qui vit la victoire des travaillistes. Hayek fut invité à organiser une série de conférences à propos de son livre ; il put ainsi rencontrer un peu partout des penseurs libéraux qui devaient, en avril 1947, constituer la Société du Mont-Pèlerin. La route de la servitude devait change la carrière de Hayek puisqu'elle l'amena à enseigner la philosophie morale à l'université de Chicago entre 1950 et 1956. Elle préfigure The Constitution of Liberty, son meilleur livre de philosophie politique, paru en 1960, et ses quatre derniers ouvrages: les trois tomes de Droit, législation et liberté (1978) et The Fatal Conceit, paru cette année.

        Le thème de la route de la servitude est que les traits déplaisants du national-socialisme et du fascisme sont communs à tous les régimes qui veulent réaliser le socialisme, c'est-à-dire soumettre la production à la violence politique pour réaliser une redistribution particulière des revenus. En somme, dans "national-socialisme", il y a "socialisme" et tous les traits déplaisants du nazisme, y compris l'extermination des minorités, se retrouveront dans toute société politique qui prend au sérieux l'ambition de réaliser la "justice sociale".

        Dans une succession de chapitres organisés par thèmes, Hayek démolit un certain nombre des illusions que se faisaient les intellectuels socialistes de son temps sur la société qu'ils appelaient de leurs vœux.

        Le socialisme est né de l'abondance créée par le capitalisme, et de l'incapacité des intellectuels à la comprendre. Si on a cru, à partir de John Stuart Mill, qu'on pouvait redistribuer les richesses sans se soucier des effets de cette prédation sur la production, c'est d'abord parce qu'il y avait des richesses. La planification centrale, c'est-à-dire la confiscation par l'autorité centrale de tout contrôle sur les moyens de produire, est nécessaire dès que l'on cherche à réaliser une distribution des revenus déterminée à l'avance. C'est cette ambition qui explique l'accroissement du contrôle politique de la société et non une prétendue "nécessité technique", car la complexité ext précisément ce qui condamne la centralisation.

        Pour "planifier" à la mode socialiste, il faut imposer la volonté des hommes de l'Etat à un degré tel, et à un tel niveau de détail, que la démocratie est vidée de sa substance. Quand le vote subsiste, il permet de choisir le gouvernement, mais le peuple ne contrôle pas les lois, pas plus que les dépenses publiques. En effet la législation ne se borne plus à énoncer les règles que chacun doit suivre y compris les hommes de l'Etat. Elle consiste uniquement, comme le dit François Lefebvre, à "énoncer en quelles circonstances, et par quels moyens les hommes de l'Etat interviennent arbitrairement dans l'économie".

        Cette intervention affecte nécessairement tous les aspects de la vie, puisque toute action est productive de valeur pour celui qui l'accomplit. L'"économique" n'est pas un domaine particulier de l'action humaine, mais un des ses aspects universels. La liberté d'expression, la liberté personnelle ne se conçoivent pas là où les Droits de contrôler les moyens de l'action ont été confisqués. L'inconséquence des auteurs qui, comme George Orwell, veulent  à la fois la démocratie et le socialisme, ou le socialisme et les droits de l'homme, est ainsi tragiquement démontrée. De même, la distinction entre le socialisme allemand (celui du parti ouvrier allemand national-socialiste) et le socialisme soviétique est de pure forme car la réglementation ou la nationalisation sont synonymes: les hommes de l'Etat s'y emparent tout autant par la force du contrôle des choses qu'ils n'ont pas produites.

        La question essentielle, comme le disait Lénine, est de savoir qui a le pouvoir de décision. Or le pouvoir politique ne remplace pas le pouvoir économique. Il commence là où finit le premier, et tout accroissement du pouvoir politique accroît le pouvoir tout court. Evidemment, il n'existe pas de moyen de déterminer rationnellement  à quoi doit servir ce pouvoir. Le concept de "bien-être social" ou d'"intérêt général" ne sont pas plus objectivement définissables que celui de "justice sociale". Trente ans plus tard, Hayek, dans Le mirage de la justice sociale, s'avisera qu'il est intellectuellement honteux de se servir, pour faire violence à autrui, de prétextes auxquels on ne peut même pas donner de sens intelligible.

        Comme il y a autant de pommes de discorde que de formes de redistribution, la paix sociale est inévitablement détruite à mesure que le socialisme progresse: des bandes armées: syndicalistes, puis loubards, puis groupes paramilitaires, se partagent la rue, et imposent leur loi. Pour rétablir un semblant d'ordre, les gens sont alors prêts à supporter un gouvernement autoritaire. Comme il faut bien donner des rationalisations à toutes ces violences, on impose le mensonge: mensonge du socialisme lui-même, et mensonge sur les "réalisations" du socialisme, dont il est interdit de contester la réalité. Soljénitsyne rappelle que l'aspect le plus pénible du socialisme léniniste est le mensonge obligatoire ; mais il caractérisait aussi le socialisme hitlérien.

        Comme il est impossible que le socialisme, qui est un vol, profite à  tout le monde, il ne peut bénéficier qu'à une caste de privilégiés. A ce titre, le fascisme et le nazisme sont bien des réactions contre les mouvements socialistes, mais non contre le principe socialiste lui-même : ils voulaient le socialisme, c'est-à-dire la spoliation légale, mais un socialisme qui leur aurait profité à eux, et pas  à la bande de leurs rivaux. C'est le socialisme "de gauche" qui a inventé l'embrigadement des enfants, la constitution d'une contre-société, et les méthodes politiques violentes comme la police politique et les camps d'extermination. De ce point de vue Hitler n'est qu'un pâle imitateur de Lénine, pour lequel il affichait son admiration.

        De même, le socialisme au pouvoir est inévitablement nationaliste, puisque la clique de ses profiteurs est issue de la société politique nationale et qu'une fois atteintes les limites de ce qu'elle peut voler à la population, ils devront chercher leurs victimes ailleurs. Il est aussi inévitablement corrompu : il s'agit de voler les autres, et de disposer arbitrairement du butin, en l'absence de tout principe et de toute règle identifiable, et l'enjeu est formidable, puisqu'il s'agit de faire partie des maîtres ou de devenir esclave. Ceux qui se retrouvent au pouvoir sous le socialisme sont ceux qui ont accepté l'abolition de tout Droit qu'il implique, et qui ont été les plus malins ou les plus brutaux dans l'élimination des autres bandes.

        On parle aujourd'hui (éventuellement comme "révisionnistes") d'historiens allemands qui font remarquer le grand nombre d'anciens dirigeants socialistes parmi les dignitaires nazis ; c'est aussi un fait avéré que les communistes ont tout fait en Allemagne pour y aider les nazis à détruire ce qui restait de régime représentatif. Mussolini était lui-même un haut dirigeant du parti socialiste italien. Mais ce qui est moins connu, parce que les intellectuels socialistes qui ont fui le nazisme ont propagé les interprétations qui leur convenaient, c'est que l'Allemagne de Weimar elle-même avait pratiquement mis en place tous les instruments de la Zwangswirtschaft, le socialisme réglementaire, dont Hitler n'a eu qu'à se servir sans devoir les créer.

        Par ailleurs, les courants de pensée de la gauche dans l'Allemagne de Weimar étaient tout aussi irrationalistes, antilibéraux et antidémocrates que ceux de la droite nationaliste. Hayek rappelle leurs références intellectuelles communes: Rodbertus et Lassalle étaient cités par Hitler comme des précurseurs. A l'irrationalisme ouvert des réactionnaires, correspond le polylogisme marxiste ; l'apologie de la violence est la même, souvent inspirée par les mêmes auteurs (Georges Sorel,).

        La route de la servitude  est écrite pour faire comprendre aux intellectuels socialistes anglo-saxons que, les mêmes causes conduisant aux mêmes effets, les mêmes idées conduiront au même type de société. L'Allemagne, pour n'avoir été touchée que tardivement par les libéralismes démocratique, était simplement en avance sur un chemin que tout le monde était en train de parcourir.

        A quoi peut servir aujourd'hui La route de la servitude? Ce livre fut en son temps  le point de départ d'une reconquête des esprits par le mouvement libéral, d'une organisation systématique des réfutations du socialisme par des institutions et des groupes dans le monde entier. Inspiré par une connaissance alors unique des raisons pour lesquelles la décision économique rationnelle est impossible dans une organisation étatique, le livre décrit précisément les caractéristiques de toute société socialiste.

        Pour qui n'est pas encore convaincu que toute ambition de réaliser une forme quelconque de "justice sociale" doit conduire à une organisation politique semblable à celle des nazis, et que sous ses accidents singuliers : Staline, Pol Pot, Hitler, etc... Le socialisme reste toujours essentiellement le même, lire La route de la servitude est une obligation. De même, pour ceux qui veulent connaître les origines intellectuelles du nazisme, c'est un livre intéressant, quoique The Ominous Parallels de Leonard Peikoff soit plus profond.

        On pourra aussi  s'en servir pour identifier les effets du socialisme installé dans nos pays. La corruption,  la censure, la bassesse des hommes politiques résultent  bel et bien de l'ambition redistributrice, même si elle en rabat quelque peu sur ses prétentions moralisantes. Si elle a battu en retraite, c'est d'ailleurs largement parce qu'on a popularisé les idées contenues dans La route de la servitude ; on peut mentionner Socialisme et fascisme: une même famille? Où le Club de l'Horloge montre bien que le fascisme est une variante du socialisme, plus précisément la version autoritaire du corporatisme social-démocrate.

        Sur deux points cependant, on peut dire que le livre a mal vieilli, ou plutôt qu'il n'a jamais été un des meilleurs. C'est tout ce qui touche à la théorie économique et à la philosophie libérale. Si Hayek a mis les socialistes français dans l'embarras, ce n'est pas seulement parce qu'ils n'avaient aucune pensée valable à lui opposer. C'est aussi parce que c'est à partir de leurs propres prémisses collectivistes qu'il réfute le socialisme. Comme Adam Smith, Hayek démontre l'excellence du libéralisme à partir de ce qu’Ayn Rand appelle la prémisse tribale, pour laquelle il irait de soi que la société politique a le droit de disposer de ses membres comme elle l'entend. Ce qui le rend si convaincant  pour des socialistes, c'est donc que son discours est proche de leurs conceptions. A ce jeu, il leur fait des concessions de principe majeures, ce qui donne l'impression agaçante d'une réflexion insuffisamment rigoureuse.

        On peut dire que comme tous les savants qui se sont interdit d'examiner l'essence  des phénomènes et des actes (il prendra de plus en plus ce chemin sous l'influence de son ami Karl Popper), Hayek se prive d'une connaissance générale et concise  et ne cesse de tourner autour du pot. Au lieu de mettre l'esprit humain au centre des phénomènes économiques et sociaux,  d'élucider la nature des rapports entre cet esprit et ses productions, et d'en déduire que toute interférence violente avec le contrôle de l'esprit sur ses produits engendre destruction et irrationalité, et qu'elle est par conséquent objectivement mauvaise, il ne fait que décrire pragmatiquement, quoi qu'exhaustivement, les effets des formes les plus extrêmes de cette intervention.

        Cela fait que son libéralisme, tant économiquement que philosophiquement, est très en retard. Alors que la nature  du laissez-faire avait été élucidée dès le début du siècle dernier par les économistes libéraux français: Destutt de Tracy, Jean-Baptiste Say, Charles Comte et Charles Dunoyer, on peut dire que Hayek n'a jamais compris le laissez-faire. Tout en minimisant leur validité mais sans voir qu'il adhère par là à l'utilitarisme qu'il dénonce par ailleurs, il reprend à son compte les rationalisations de l'intervention de l'Etat les plus traditionnelles: les soi-disant "biens publics", les prétendues "externalités", les "monopoles" imaginaires sur un marché libre, et même (il changera d'avis par la suite) la production de l'information (!) et de la monnaie. Il croit même que la redistribution "sociale" est compatible avec un Etat de Droit!

        A force de parler le langage de ses adversaires, qui sont des irrationalistes vrais, et de développer des argumentaires qui mettent en cause la capacité rationnelle de l'homme alors que ce qu'il fallait, c'était persuader les hommes de l'Etat qu'il n'existe pas de norme objective par quoi la violation du consentement d'autrui puisse être guidée (Ayn Rand), Hayek finit aujourd'hui dans la peau d'un ennemi de la raison. Ce qu'il appellera plus tard le constructivisme, et dont il décrira exactement les effets, n'est pas un rationalisme : il consiste tout simplement à nier a priori la rationalité d'autrui.

        Une immense faille traverse l'œuvre de Hayek, et ce n'est donc certainement pas lui qui peut servir de référence à la pensée libérale. Cette faille résulte de l'influence de la philosophie moderne, qui refuse de croire au pouvoir de la raison en matière d'éthique et de Droit. Paradoxalement, alors que le premier message qu'on peut tirer de son œuvre, c'est qu'un discours rationnel est possible en philosophie politique (ce pourquoi il avait d'ailleurs été comparé à un "dinosaure" en 1960), il refuse de tirer les conséquences de ce fait, et de reconnaître qu'on peut déduire rationnellement une définition objective du Bien et du Juste à partir de l'observation des lois de la nature. Ses normes d'"efficacité" sociale ou même de "sélection naturelles des institutions" ne sont pas davantage fondées que la "justice sociale" qu'il a excellemment dénoncée et ses normes ne reposent sur rien. Après tout, est-ce un hasard s'il lui a fallu soixante-dix ans pour se rendre compte qu'un mot qui ne voulait rien dire détruisait toute forme de pensée qui en ferait usage?

        Il n'y a donc pas de philosophie politique libérale hayékienne. Sa définition du Droit ne va pas jusqu'au bout parce qu'elle repose sur ce qu’Ayn Rand appelle des "concepts volés", c'est-à-dire des mots dont il se sert sans être capable de rendre compte de leur validité logique et épistémologique. Sa théorie économique s'en ressent aussi. Aujourd'hui, aucun des économistes qui l’admirent comme tel ne croit que les hommes de l’Etat ne puissent jamais, par leurs interventions, améliorer l'efficacité productive. Le fait est que de meilleurs logiciens sont passés par là, notamment Murray Rothbard, qui a réfuté tout cela dès 1962 (dans Man, Economy and State) et Ayn Rand qui, en dépit des pétitions de principe de sa métaphysique, est de très loin la meilleure philosophe libérale. (Cf. notamment Capitalism: The Unknown Ideal, où on trouve la meilleure théorie de la valeur avec celle de Mises). C'est à partir de ces auteurs, qui prennent vraiment la logique au sérieux, qu'on peut établir une théorie sans faille.


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Les racines socialistes du nazisme

Dans le chapitre Les racines socialistes du nazisme de son ouvrage La route de la servitude rédigé en 1943, le penseur allemand en exil Friedrich von Hayek fit une récapitulation historique des conditions ayant permis le triomphe du nazisme en Allemagne une décennie plus tôt. Il démontre, sources à l’appui, qu’en Allemagne la prédication marxiste a pavé la voie à l’ascension du national-socialisme. Les nazis n’ont fait que récupérer le discours étatiste, dirigiste et interventionniste déjà popularisé par les marxistes. Par proximité idéologique, de nombreux meneurs socialistes se sont convertis à l’hitlérisme (ou plutôt ajustés à l’hitlérisme) dans les décennies 1920 et 1930 et ont contribué à sa propagation. De surcroît, Hayek met en lumière la fusion d’une forme pervertie du pangermanisme (création d’un vaste “espace vital” germanique en Europe centrale) avec l’internationalisme marxiste (contrôle et planification de l’économie européenne/globale par un méga-État continental allemand pour le bénéfice des populations soumises).

Un autre lien à exposer entre le nazisme et le socialisme est le darwinisme social (euthanasie, programmation génétique, etc.).

 

***

 

Le premier et le plus caractéristique des représentants de cette évolution [du socialisme allemand vers le nazisme] est peut-être le professeur Werner Sombart. Son fameux Haendler und Helden (Marchands et Héros) a paru en 1915. Il a débuté comme socialiste marxiste et affirmait encore en 1909 avoir passé la majeure partie de sa vie à lutter pour les idées de Karl Marx. Il avait fait, en effet, plus que quiconque pour répandre les idées socialistes et pour susciter le ressentiment anticapitaliste à travers l’Allemagne. Si la pensée allemande était plus que partout ailleurs pénétrée d’éléments marxistes avant la Révolution russe, c’était principalement grâce à Sombart. On l’a considéré, à un moment donné, comme le personnage le plus en vue de l’élite socialiste persécutée [...] Même après la dernière guerre [1918], l’influence de Sombart [...] était très grande en Allemagne.

 

[...]

 

À l’époque l’exaltation de Sombart parut exagérée même à la plupart des Allemands. Un autre professeur allemand présenta les mêmes idées sous une forme plus modérée et plus scientifique et, par conséquent, plus efficace. Le professeur Johann Plenge était, comme Sombart, un grand spécialiste de Marx. [...] Il était parti, sans aucun doute, avec des convictions authentiquement socialistes. [...] Pour lui comme pour tous les socialistes qui tirent leur socialisme d’une application rigide de l’idéal scientifique aux problèmes sociaux, l’organisation est l’essence même du socialisme.

 

[...]

 

[Johann Plenge écrivit :]

Dans la sphère des idées, l’Allemagne a été l’exposant le plus sincère de tous les rêves socialistes, et dans la sphère des réalités le plus puissant architecte du système économique le plus parfaitement organisé. [...] Nous [les Allemands] demeurerons le peuple modèle. C’est notre idéal qui déterminera les fins de la vie de l’humanité. [...] Un grand idéal s’épanouit jusqu’à la victoire finale.

L’économie de guerre créée en Allemagne en 1914 est la première réalisation d’une société socialiste et son esprit est la première manifestation active et non plus revendicative de l’esprit socialiste. Les nécessités de la guerre ont imposé l’idée socialiste dans la vie économique allemande et ainsi la défense de notre nation a donné à l’humanité l’idée de 1914, l’idée de l’organisation allemande, de la “communauté du peuple” (Volksgemeinschaft) du socialisme national. Sans que nous nous en rendions compte, l’ensemble de notre vie politique et de notre industrie ont atteint un niveau plus élevé. L’État et la vie économique forment une unité nouvelle. La nouvelle constitution corporative allemande de la vie économique [...] représente la forme la plus élevée dans la vie d’un État qu’on ait jamais connue sur terre. [...] Vers 1918 la fusion du socialisme et d’une impitoyable politique de force se fait dans son esprit. Peu avant la fin de la guerre il [Johann Plenge] adressa à ses compatriotes, dans le journal socialiste Die Glocke, l’avertissement suivant :

Il est grand temps de reconnaître que le socialisme doit être une politique de force, puisqu’il doit être organisation. Le socialisme doit prendre le pouvoir. [...] Quel est le peuple qui doit accéder au pouvoir, pour devenir le chef exemplaire de l’organisation internationale ? [...] Un socialisme conséquent ne peut accorder à un peuple le droit de s’organiser qu’en tenant compte de la répartition réelle des forces déterminées par l’histoire.

Les idées exprimées par Plenge étaient particulièrement populaires dans un certain milieu d’universitaires [...] Ceux-ci [...] réclamaient l’organisation de tous les secteurs de la vie selon un plan centralisé. Le principal de ces savants était Wilhelm Ostwald [un germano-balte], dont les déclarations à ce sujet ont acquis une certaine célébrité. On prétend qu’il déclara publiquement :

L’Allemagne désire organiser l’Europe qui est dépourvue jusqu’à présent d’organisation. Je veux vous expliquer le grand secret de l’Allemagne : nous, ou plutôt la race allemande, avons découvert la signification de l’organisation. [...]

Des idées très analogues étaient courantes dans les bureaux de Walther Rathenau [directeur de l'Office des matières premières en 1914, ministre de la Reconstruction en 1921 et ministre des Affaires étrangères en 1922 ; il était très interventionniste économiquement]. [...] [Rathenau] mérite en effet une place considérable dans toute histoire complète du développement des idées nazies. Ses écrits ont contribué plus que tous autres à façonner les opinions économiques de toute une génération grandie pendant et après la dernière guerre [1918] en Allemagne. Quelques-uns de ses collaborateurs les plus proches devaient plus tard faire partie de l’état-major de l’administration du plan quadriennal de Gœring.

Les thèses d’un autre ancien marxiste, Friedrich Naumann, ressemblaient également beaucoup à ces conceptions totalitaires. Son livre Mitteleuropa [concepts d'"espace vital" germanique et de dispositif économique sous domination allemande en Europe centrale] a atteint le tirage probablement le plus important de tous les livres de guerre en Allemagne.

en définitive, il fut réservé à un politicien socialiste actif [Paul Lentsch], membre de la gauche du Parti social-démocrate allemand, de développer ces idées complètement et de les diffuser largement. [...] C’est seulement dans son troisième livre, Trois ans de révolution mondiale, livre à grand succès, que ses idées caractéristiques ont pris, sous l’influence de Plenge d’ailleurs, un plein développement. Lentsch base sa démonstration sur un compte rendu historique intéressant et sous certains rapports exact, retraçant le développement vers la concentration industrielle et la cartellisation, rendu possible en Allemagne grâce à la politique protectionniste de Bismarck. Selon sa conception marxiste ce fut là un stade supérieur du développement industriel.

[Paul Lentsch écrivit :]

Le résultat de la décision de Bismarck en 1879, c’est que l’Allemagne se vit attribuer un rôle révolutionnaire, c’est-à-dire celui d’un État qui présentait par rapport au reste du monde un système économique plus élevé et plus avancé. Nous pouvons donc facilement constater que dans la révolution mondiale actuelle, l’Allemagne représente le parti révolutionnaire.

[Paul Lentsch poursuivait en expliquant] qu’en Allemagne, « représentante désignée par l’histoire » des formes élevées de la vie économique,

la lutte pour le socialisme avait été extrêmement simplifiée du fait que toutes les conditions préliminaires du socialisme y avaient déjà été établies. Tout parti socialiste devait donc avoir pour préoccupation essentielle de voir l’Allemagne résister triomphalement à ses ennemis afin de pouvoir remplir sa mission historique, et révolutionner le monde. L’organisation du capital, commencée inconsciemment avant la guerre, continuée consciemment pendant la guerre, sera parachevée systématiquement après la guerre. [...] Le socialisme est en marche, ou il est même dans une certaine mesure réalisé, du moment où nous ne pouvons plus vivre sans lui. [...] Le socialisme doit maintenir, dans cette sphère également, une opposition résolue et consciente à l’égard de l’individualisme.

[...]

Plenge et Lentsch ont inspiré les prédécesseurs immédiats du national-socialisme dans le domaine des idées et, en particulier, Oswald Spengler et Arthur Moeller van den Bruck, pour ne mentionner que les deux plus connus. [...] Aujourd’hui, il nous paraît incontestable qu’on doit considérer les vues développées dans sa brochure [de Spengler] Prussianisme et Socialisme, parue en 1920, comme des vues socialistes, largement répandues en Allemagne. Quelques exemples de ses raisonnements le prouveront. « Le vieil esprit prussien et la conviction socialiste qui s’opposent aujourd’hui l’un à l’autre, avec une haine fratricide, sont, en réalité, de la même essence. » [...]

[Oswald Spengler poursuit en affirmant :]

L’instinct allemand ou plus exactement prussien exige que le pouvoir appartienne à l’ensemble du peuple [...] On assigne à chacun sa place. L’un commande, l’autre obéit. C’est le socialisme autoritaire, en vigueur depuis le XVIIIe siècle, essentiellement antilibéral et antidémocratique [...] C’est seulement sur le sol allemand qu’on peut mépriser le libéralisme.

Après avoir fait ressortir la différence essentielle entre le système de concurrence anglais et le système prussien de « l’administration économique » et après avoir montré (d’accord avec Lentsch) comment l’organisation consciente de l’activité économique a pris de plus en plus des formes socialistes, Spengler continue :

Il a existé en Prusse un État véritable, dans le sens le plus complet du mot, ne tolérant littéralement aucune personne privée. Quiconque a vécu à l’intérieur de ce système, fonctionnant avec la précision d’une horloge, est devenu l’un de ses rouages. [...]

L’idée prussienne implique que chacun devienne un personnage officiel et que tous les salaires doivent être fixés par l’État. Et, en particulier, l’administration de toute propriété y devient une fonction salariée. L’État de l’avenir deviendra un Beamtenstaat, un État de fonctionnaires. [Oswald Spengler ajoute :]

la question décisive non seulement pour l’Allemagne, mais pour le monde entier et qui doit être résolue par l’Allemagne dans l’intérêt du monde [sic], est la suivante : Est-ce l’industrie qui dans l’avenir gouvernera l’État, ou est-ce l’État qui gouvernera l’industrie ? Le prussianisme et le socialise répondent à cette question de la même façon.

De là, il n’y eut plus qu’un pas à franchir pour parvenir au national-socialisme : c’est Moeller van den Bruck qui proclama la guerre mondiale entre libéralisme et socialisme : « Nous avons perdu la guerre contre l’Occident, le socialisme l’a perdue contre le libéralisme ». Comme pour Spengler, le libéralisme devient pour lui aussi l’ennemi par excellence. Moeller van den Bruck se réjouit du fait « qu’il n’y a pas de libéraux dans l’Allemagne d’aujourd’hui ».

Le Troisième Empire de Moeller van den Bruck était destiné à donner aux Allemands un socialisme adapté à leur nature et non corrompu par les idées libérales de l’Occident. Ce qui ne manqua pas de se produire. Ces auteurs ne représentent nullement des phénomènes isolés. Pas plus tard qu’en 1922 un observateur impartial [K. Pribram] a pu parler [ainsi de ce qu'il] avait constaté en Allemagne :

En vertu de ces idées, la lutte contre le système capitaliste n’est rien d’autre que la continuation de la guerre contre l’Entente [France + Royaume-Uni + Russie] avec les armes de l’esprit et de l’organisation économique. C’est un processus qui mène au socialisme pratique, au retour de l’Allemagne à ses traditions les meilleures et les plus nobles.

La lutte contre le libéralisme sous toutes ses formes, le libéralisme qui avait conduit l’Allemagne à sa défaite, fut l’idée commune qui réunit les socialistes et les [pseudo-]conservateurs. Ce fut d’abord le Mouvement de la Jeunesse Allemande, d’inspiration et de tendance presque entièrement socialiste, qui s’empara avec avidité de ces idées et accepta la fusion du socialisme et du nationalisme. À partir de 1920 jusqu’à l’avènement d’Hitler, un groupe de jeunes gens réunis autour du journal Die Tat dirigé par Ferdinand Zimmermann [auteur et académicien nazi, membre des SS dès 1934 et du NSDAP dès 1936], représenta cette tendance de la façon la plus menaçante. Le livre de Zimmermann, Das Ende des Kapitalismus [La fin du capitalisme], est peut-être l’expression la plus caractéristique de ce groupe des Edel-nazis d’élite comme on les appelait en Allemagne. [...] La guerre contre les pouvoirs occidentaux, menée « avec les armes de l’esprit et de l’organisation économique », n’a-t-elle pas réussi, avant même que la vraie guerre fût commencée ?

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Jeudi 30 août 2012 4 30 /08 /Août /2012 15:58

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Pétition : Lettre ouverte à M. Hollande Président de la République Française et M. Jean-Marc Ayrault Premier Ministre.

 

Cette lettre ouverte envoyée par Alain Wagner, président de l’ICLA à François Hollande et Jean-Marc Ayraud est une dénonciation des déclarations scandaleuses du 23 juillet faites par Laurent Fabius et la demande d’adoption de mesures rectificatives (en particulier l’adhésion de la France au Processus de Bruxelles). Si vous partagez l’opinion d’Alain Wagner vous pouvez co-signer cette lettre en utilisant le formulaire en bas de page.

 

Voici aussi la lecture video de cette lettre :

 

 

Messieurs,

Nous portons à votre attention les faits suivants commis par un des membres de votre gouvernement:

1)    Le 23 juillet 2012, M. Laurent Fabius a organisé au sein du Quai d’Orsay un Iftar (repas de rupture du jeûne musulman, qui est une cérémonie religieuse dictée par les règles de la Charia) en l’Honneur des ambassadeurs des Etats membres de l’Organisation de la Coopération Islamique.

 Cet évènement de nature religieuse financé avec des fonds publics au sein d’un bâtiment public viole l’article 2 de la loi de 1905 qui stipule expressément :  «La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l’Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes. »

 2)    Au cours de cette réunion M. Fabius au nom de la France a déclaré :  « La France est, chacun le sait, une République laïque. Cela n’est nullement contradictoire avec le fait qu’elle éprouve respect et considération pour l’islam » et a deux reprises a salué l’islam « Je veux saluer en l’islam » ; « Je salue aussi en l’islam », puis a évoqué « l’attitude de la France à l’égard de l’islam » et a fini son discours par la formule « Je vous souhaite à tous un bon mois de Ramadan, et je forme le vœu qu’il soit celui de l’amitié et de la confiance entre la France et l’islam. »

Ces déclarations de M. Fabius au nom de la France violent non seulement encore une fois l’article 2 de la loi de 1905 « La République ne reconnaît […] aucun culte » mais plus grave encore constituent une reconnaissance d’entité politique à l’islam. Ce qui est évidemment hors des compétences d’un ministre de la République.

 3)    M. Fabius a également dit qu’il considérait l’islam comme  « une religion qui enseigne la paix, la fraternité et la spiritualité » ce qui peut éventuellement se comprendre dans le cas d’une flatterie diplomatique mais qui oblitère de manière officielle le fait que c’est aussi la seule religion présente sur notre territoire dont la doctrine légitime et préconise l’usage de la violence, et dans certains cas du meurtre, dans le cadre de ses activités cultuelles (jihad, punition de l’adultère, punition de l’apostasie), et véhicule le concept insultant et diffamatoire du « Mécréant » à l’encontre de tous les non-Musulmans.

4)    M. Fabius déclare vouloir « renforcer encore nos relations d’amitié et de coopération avec l’Organisation de la coopération islamique (OCI) »

 Une telle déclaration si elle est autre chose qu’une formule diplomatique creuse de politesse est déshonorante pour un pays comme la France qui prétend défendre et soutenir les Droits de l’Homme et la Liberté d’Expression à travers le monde. En effet nul ne peut ignorer que l’OCI est une organisation religieuse promotrice de la Charia, promotrice de la Déclaration des Droits de l’Homme en Islam (dite Déclaration du Caire) qui est un document destructeur de tous les droits de l’Homme tels que les conçoivent la France et les pays démocratiques. L’OCI est également promotrice d’un plan décennal d’action et du Processus d’Istanbul, deux initiatives attentatoires à la souveraineté des états non-Musulmans et destructrices de la Liberté d’expression.

 Même si il est compréhensible que la France doive, pour des raisons politiques, consentir à avoir certaines relations avec l’OCI, employer le mot amitié entre la France et une organisation ouvertement hostile aux droits de l’Homme est particulièrement choquant et ne saurait représenter la position officielle de la France.

 5)    M. Fabius annonce que M. Hollande va personnellement recevoir M. Ihsanoglu, secrétaire général de l’OCI, principal promoteur du Processus liberticide d’Istanbul, pour confirmer « ces orientations nouvelles ».
Ces propos semblent contre toute raison signifier que les déclarations de M. Fabius auraient l’aval de la Présidence de la République et du Gouvernement français.

Messieurs François Hollande et Jean-Marc Ayrault,

En vertu de l’article 15 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen(1) intégré à la Constitution française et du préambule (2) de cette dernière proclamant l’attachement  du peuple français à la souveraineté nationale et aux Droits de l’Homme.

Au nom des principes fondamentaux  de la République Française, je vous demande en mon nom propre ainsi qu’au nom des citoyens français de désavouer les propos de M. Fabius, de publier une déclaration rectificative en conformité avec les principes et les lois de la République Française et de demander à M. Fabius de retirer ses propos indignes d’un élu de la République et attentatoires à l’historique devoir français de défense et de promotion des Droits de l’Homme.

Au nom du devoir culturel, historique et légal que vous avez de protéger, soutenir et promouvoir les Droits de l’Homme et afin d’éviter de voir se reproduire  l’évènement dont a été responsable M. Fabius,  il vous est solennellement demandé par la présente de signer la Déclaration de Bruxelles, d’en appliquer les propositions ainsi que de faire officiellement entrer la France dans le Processus de Bruxelles.

Alain Wagner, président de l’International Civil Liberties Alliance


(1)  Art. 15. De la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789

La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.

(2)  Préambule de la Constitution Française du 4 Octobre 1958

Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789

Discours de M. Fabius :  http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/enjeux-internationaux/colonne-droite-19469/actualites-21697/article/iftar-en-l-honneur-des-100971

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Jeudi 9 août 2012 4 09 /08 /Août /2012 01:08

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En marge du mouvement Alliance Stop Charia, l'ICLA proclame la Déclaration de Bruxelles 2012 visant une contre-ingénierie abrogeant la Déclaration des Droits de l'Homme en Islam. 

 

http://www.citizentimes.eu/wp-content/uploads/2012/07/icla-logo600px.png

Le Processus de Bruxelles lancé par L’International Civil Liberties Alliance. 

 

Une nouvelle aube de la liberté d'expression en Belgique, Bruxelles, 9 juillet 2012 

L’International Civil Liberties Alliance a organisé une conférence internationale sur la liberté d’expression et les droits de l’Homme au Parlement Européen de Bruxelles. Le 9 juillet 2012, plus de 100 personnes issues de dix huit pays ont pris part à cet évènement historique dans lequel Lars Hedegard de la Danish Free Press Society s’est vu remettre le prix « Defender of Freedom » (Défenseur de la Liberté). 

Cette conférence a été organisée en réponse au Processus d’Istanbul de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) qui vise à instituer des lois contre le blasphème bannissant la liberté d’expression dans le monde au profit de la doctrine de la charia. Beaucoup de gouvernements aident activement le Processus d’Istanbul au lieu de s’y opposer ainsi qu’ils le devraient pour préserver les libertés de leurs citoyens. La proposition de réception de la prochaine réunion du Processus de d’Istanbul de l’OCI par l’Union Européenne montre une tentative de drastique restriction des droits et libertés traditionnels des citoyens de l’Union Européenne. Le but principal de cette conférence internationale sur la liberté d’expression et les droits de l’Homme était d’encourager un débat public ouvert sur ce problème et qui soit basé sur les réalités, de proposer des lignes d’actions aux dirigeants politiques, en particulier à ceux qui sont déjà en train d’avertir à propos de la doctrine totalitaire issue de la charia promue par l’OCI et allant à l’encontre de la libre expression, des libertés individuelles, des droits des femmes et des homosexuels ainsi que de la liberté religieuse.

 

Lars Hedegaard (Danemark) Alain Wagner (France)

 

Le moment fort de la conférence fut la remise officielle du prix « Défenseur de la Liberté » par l’auteur canadien Mark Steyn à Lars Hedegaard, fondateur de la Danish Free Press Society (Trykkefrihedsselskabet) et de l’International Free Press Society.

 

http://pi-news.net/wp/uploads/2012/07/IMG_1164.jpg?f764e8

Ned May (USA) Elisabeth Sabaditch-Wolff (Autriche) Alain Wagner (France)

 

Le principal résultat de cette conférence de l’ICLA du 9 juillet fut la lecture solennelle de la « Déclaration de Bruxelles pour la préservation des libertés individuelles et des droits de l’Homme. » Cette déclaration décrit et initie le « Processus de Bruxelles » qui a pour vocation de provoquer le débat public à propos du conflit actuel engagé entre la charia et la Liberté et ambitionne d’être un contrepoids aux efforts de l’OCI pour imposer des lois contre le blasphème en Europe et ailleurs. Processus de Bruxelles qui vise à ré-établir des règles de bonne conduite et de relations internationales raisonnables basées sur la déclaration des droits de l’Homme de l’ONU et nos constitutions nationales, ainsi qu’à faire rejeter l’utilisation de la Déclaration des Droits de l’Homme en Islam comme base de discussion en ce qui concerne les droits de l’Homme et les libertés individuelles.

Des groupes de travail ont été constitués ayant pour but l’élaboration de propositions politiques et de campagnes d’information destinées aux décideurs institutionnels et aux médias afin de faciliter la mise en œuvre du « Processus de Bruxelles » en tant que méthodologie prudente et modérée dans la protection de la libre expression et des droits de l’Homme.

La Déclaration de Bruxelles a été développée en collaboration avec des législateurs de plusieurs pays.

Des participants venant de dix huit pays, Autriche, Belgique, Canada, Danemark, Egypte, Finlande, France, Allemagne, Irlande, Italie, Hollande, Norvège, Pologne, Suède, Suisse, Syrie et USA ont participé à cette conférence.

L’International Civil Liberties Alliance (ICLA) est une organisation défenderesse des droits de l’Homme inspirée de la conception libérale classique octroyant les droits aux individus et non aux groupes humains. L’ICLA veut travailler à la protection de la Démocratie et de la liberté d’expression contre les atteintes venant de doctrines politiques ou religieuses qui les nient. L’ICLA entend travailler en ce sens par l’action de coordination et de soutien ses membres à des campagnes d’information, de promotion de mesures législatives et de changement politiques destinés à être appliqués par les gouvernements et les sociétés civiles.

Plus d’information est disponible sur www.libertiesalliance.org par courriel alain.wagner@hotmail.fr/brusselsprocess@gmail.com

Neo Deus Ex Machina

 

Lecture de la Déclaration de Bruxelles   

Point culminant de la Conférence Internationale pour la Liberté d’Expression et les Droits de l’Homme du 9 juillet 2012 au Parlement Européen, la lecture de la Déclaration de Bruxelles est le moment historique du lancement du Processus de Bruxelles. Voici la version française de cet évènement. Immédiatement après la lecture de la Déclaration de Bruxelles, les intervenants et les participants à cette conférence ont signé la Déclaration en devenant ainsi les premiers membres actifs du Processus de Bruxelles. Cette déclaration va être présentée dans le monde entier au cours d’évènements liés au Processus de Bruxelles, il va être bientôt possible de rejoindre le Processus en signant la Déclaration directement sur internet.
 



 

Déclaration de Bruxelles 2012 

 

Pour sauvegarder les libertés individuelles et les droits de l’Homme

Conférence internationale pour la liberté d’expression & les droits de l’Homme

 

Pour préserver la liberté d’expression, les libertés individuelles, les droits de l’Homme et la Démocratie contre toutes les tentatives visant subvertir et à attenter à ces principes universels, nous en appelons aux dirigeants de toutes les nations pour soutenir cette Déclaration de Bruxelles 2012 afin de protéger les libertés individuelles et les droits de l’Homme :

Réaffirmant en tant que principe accepté de longue, date que les droits et libertés de l’Homme sont universels, individuels, inaliénables, égaux pour tous et s’imposent au-delà de toute considérations philosophiques, culturelles ou religieuses;

Considérant que tout défenseur honnête de la Démocratie a le droit et le devoir de soutenir et de défendre la liberté d’expression, les libertés individuelles et des droits de l’Homme ;

Affirmant l’irréfutable fait que la charia, telle qu’articulée et appliquée, est incompatible avec la liberté d’expression, avec les libertés individuelles et avec les droits de l’Homme. Qu’elle les détruit et est, de ce fait, incompatible avec les principes fondamentaux de la Démocratie (comme la Cours Européenne des Droit de l’Homme l’a acté dans son jugement du 13 février 2003) ;

Prenant acte du fait que la « Déclaration du Caire des Droits de l’Homme en Islam » du 5 août 1990, communément appelée Déclaration du Caire restreint tous les droits de l’Homme aux règles liberticides et aux contraintes comportementales normatives de la charia (cf. articles 22, 23, 24 de cette déclaration) au prétexte que « Tous les êtres humains constituent une même famille dont les membres sont unis par leur soumission à Allah » (article 1) ;

Constatant que l’Organisation de Coopération Islamique (OCI) – créatrice et principale promotrice de la Déclaration du Caire – a prouvé par une activité continue et persévérante qu’elle est devenue  la principale organisation internationale politico-religieuse travaillant à la restriction de la liberté d’expression, des libertés individuelles, des droits de l’Homme et à l‘imposition de la Charia dans le monde ;

Affirmant que tout soutien officiel ou toute promotion de la Déclaration du Caire ainsi que toute coopération avec l’OCI menant par «le test des conséquences,» à plus d’application de la Charia où que ce soit dans le monde, identifie leur perpétrateur comme un adversaire actif de la Démocratie, de la liberté d’expression, des libertés individuelles et des droits de l’Homme ;

Notant qu’une telle identification rend illégitime toute tentative par le perpétrateur à discuter ou à négocier de questions concernant la liberté d’expression, les libertés individuelles et des droits de l’Homme dans tous les forums locaux, nationaux ou internationaux ;

Les signataires de la présente déclaration exigent solennellement de leurs gouvernements et de la société civile :

1) Qu’ils initient un processus, nommé le Processus de Bruxelles, afin de mettre en œuvre le contenu de cette déclaration grâce à des mesures éducatives et des initiatives politiques à tous les niveaux de gouvernement et dans tous les secteurs de la société civile, afin de préserver les libertés et les droits futurs de nos nations et de nos enfants, de sorte que tous les membres de la famille humaine puissent prospérer en tant que personnes libres.

2) Qu’ils déclinent toute invitation à participer à tout forum local, national ou international discutant des libertés individuelles, de la liberté d’expression ou des droits de l’Homme, si les organisateurs – personnes physiques ou organisations – sont connus comme promoteurs de la Déclaration du Caire ou tenants de l’introduction de la Charia dans la société; à moins que la négociation ne porte sur la transition vers une mise en œuvre des droits de l’Homme tels que définis par la Déclaration universelle des droits de l’Homme par les Nations Unies, et une sortie des définitions décrites dans la Déclaration du Caire.

3) Qu’ils protestent contre toute forme de participation de personnes ou organisations connues pour leur promotion de la Déclaration du Caire ou pour l’application de la Charia à une réunion locale, nationale ou internationale consacrée aux libertés individuelles, à la liberté d’expression ou  aux droits de l’Homme à moins qu’elles  personnes n’aient le statut d’observateurs ou soient en train de négocier leur entrée dans le Processus de Bruxelles.

4) Qu’ils effectuent une enquête approfondie avant toute coopération bilatérale ou multilatérale sur les libertés individuelles, la liberté d’expression, et les questions connexes aux droits de l’Homme, afin d’identifier clairement les participants qui promeuvent la Déclaration du Caire ou la Charia, ou bien qui ont coopéré ou collaboré avec l’OCI ou avec des organisations qui lui sont associées.

5) Qu’ils rejettent et interdisent tout financement public qui contribue à la promotion de la Déclaration du Caire ou à toute implémentation sociétale liée à la Charia  puisque de tels actes et promotions constituent une attaque directe contre les plus fondamentaux de nos principes démocratiques et contre les droits de l’Homme.

6) Qu’ils mettent fin à toute coopération avec tous les promoteurs connus de la Déclaration du Caire, que ce soit à un niveau national ou international, lorsque cette coopération a pour but ou pour résultat de restreindre les libertés individuelles, la liberté d’expression ou les droits de l’Homme dans un pays démocratique, tant qu’ils n’ont pas répudié la Déclaration du Caire.

7) Qu’ils développent la coopération et le soutien dans tous les forums avec les anciens promoteurs de la Déclaration du Caire qui la désavouent et dénoncent la destruction que font subir l’OCI et la charia aux libertés individuelles, à la liberté d’expression,  aux droits de l’Homme et qui affirment dorénavant que les droits de l’Homme et que ses libertés sont universels, individuels, égaux pour tous les êtres humains, inaliénables, et s’imposent au-delà de toute considérations philosophiques, culturelles ou religieuses.

8) Qu’ils engagent le dialogue avec la société civile et avec les organisations officielles qui cherchent à protéger les libertés individuelles des atteintes liées à la Charia, et tout particulièrement avec les organisations issues des pays signataires de la Déclaration du Caire ou membres de l’OCI, et ce, afin d’encourager le dialogue, l’information et la compréhension des libertés individuelles et des droits de l’Homme, tels que ces termes ont été  historiquement utilisés avant la Déclaration du Caire.

 

Cliquez ici pour signer la Déclaration de Bruxelles

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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 16:18

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Anarcho-tyrannie

En 1992, Samuel Francis introduit le concept d’anarcho-tyrannie dans le vocabulaire politique et le définit de la façon suivante : “Nous refusons de contrôler les véritables criminels — volet anarchique — et nous nous rabattons sur les innocents — volet tyrannique».

Les lois censées protéger les citoyens contre les criminels ne sont souvent pas appliquées, même si l’état est parfaitement en mesure de le faire.

L’état instaure progressivement tyrannnie et oppression par l’application de lois telles que :

  • la criminalisation de ceux qui respectent la loi,
  • l’imposition (fiscale) exorbitante,
  • une réglementation bureaucratique,
  • le viol de la vie privée
  • le sabotage d’institutions sociales, telles que la famille ou les écoles de proximité,
  • l’imposition du contrôle des esprits par le truchement de la “formation à la sensibilité” et la rivalité multiculturelle,
  • la création de lois telles que l’incitation à la haine ou contre la détention d’armes à feu, le désarmement des citoyens qui sont par ailleurs respectueux des règles (des lois qui n’ont en revanche aucun impact sur les criminels violents qui obtiennent des armes de manière illégale).

Samuel Francis avance que cette situation concerne l’ensemble des Etats-Unis et l’Europe.

Alors que le gouvernement fonctionne normalement, le crime violent fait de plus en plus partie du « paysage », produisant un climat de peur (anarchie).

S. Francis complète en indiquant que “les lois qui sont censées protéger les citoyens ordinaires contre les criminels ordinaires ne sont souvent pas appliquées, même si l’état est parfaitement en mesure de le faire ».

Tandis que les criminels et autres délinquants continuent leurs ravages, les instances dirigeantes concentrent leur attention sur les citoyens respectueux des lois. Les lois qui sont au final appliquées sont celles :

• qui étendent ou amplifient le pouvoir de ses alliés et des élites internes
• qui punissent les éléments récalcitrants et désignés comme pathologiques, i.e. tous ceux qui s’obstinent à se comporter en fonction des normes traditionnelles. En résumé, tout ceux qui :

  • rechignent à payer toujours plus d’impôts
  • refusent de confier leurs enfants à l’école publique et à sa manipulation.
  • possèdent et conservent des armes à feu
  • déploient le drapeau de leur pays
  • montent des sapins de Noël,
  • citent la Constitution (ou la Bible)
  • n’aiment pas attacher leur ceinture

-…

Les instances dirigeantes concentrent leur attention sur les citoyens respectueux des lois.

Sans parler des personnalités politiques dissidentes qui se présentent aux élections et s’efforcent d’agir contre l’immigration de masse en provenance du tiers monde. Francis développe l’idée selon laquelle l’anarcho-tyrannie est intrinsèquement liée au système en vigueur et ne peut être éliminée en combattant simplement la corruption ou en votant contre les élus en poste.

Selon lui, le système produit un “conservatisme” factice, qui encourage les gens à rester passifs. (source en anglais)


Le billet de Father Mac : insécurité et contrôle des masses

Tribune libre de Father Mac – tiré d’un commentaire. Retouches minimes.

Il faut revenir sur quelques idées reçues : tout d’abord le crime paie, la délinquance est rentable, et c’est même l’une des grandes industries mondiales. Crime et délinquance sont rentables :

•  pour le délinquant, particulièrement lorsque celui ci jouit d’une certaine impunité (que l’on pense au trafic de portables qui n’est même plus réprimé et devenu si banal qu’il est désormais classé dans les incivilités ).
• pour la société (ce qui est dérobé, fracturé, détruit doit être remplacé) car il génère une activité de contre-mesures ( sociétés de sécurité, compagnies d’Assurances, enrichissement du délinquant qui va généralement dépenser son gain illicite dans des produits à forte valeur ajouté ).
• et surtout pour l’Etat qui, certes, ne préleve pas directement sa dime sur les trafics mais bénéficie de la circulation financière induite et utilise le bruit de fond de l’insécurité comme instrument de contrôle de la population, en la confortant dans sa dépendance envers les organes supposés la protéger ou, à l’opposé, dans le maintien machiavélique de ses administré dans la peur, la résignation et l’individualisme.

L’Etat est un instrument du système, sa fonction n’est pas (n’est plus) d’améliorer le sort des populations mais d’optimiser la traite du « parc à bestiaux ».

Les organes de répression, police, gendarmerie, justice, fisc, douanes, etc… sont une interface entre l’Etat et les masses, qui interagit sur deux plans : les organes répressifs doivent être craints du peuple, et, simultanément, ils doivent craindre l’Etat.

Il est capital que la police ne soit pas aimée du peuple : elle pourrait s’en rapprocher, fomenter avec lui une révolte contre un système que tous savent injuste. De même, il est vital que la police déteste la population et en soit coupée. L’affrontement doit donc être organisé entre les deux, mais jusqu’à un certain point, variable, pour que la mécanique ne s’emballe pas (…). Pour ce faire, l’Etat dispose de plusieurs curseurs, et emmerder préférentiellement les gens ordinaires tout en laissant tranquilles les pires loubards, au vu et su de tous, c’est le B.A.-BA de la méthode.

Un automobiliste qui se fait verbaliser à un feu rouge pour défaut de port de ceinture, ou dont le véhicule subit une inspection chirurgicale, tandis qu’à 100 mètres de là, on deale de l’héroïne en pleine rue, va évidemment voir sa tension monter. Si en outre le gars laisse échapper, dans un accés bien légitime de contestation, un « vous feriez mieux de vous occuper des dealers » entrainant ainsi la conversation qu’il ne faut jamais avoir — et qui se solde toujours par un constat d’outrage —, alors tout va pour le mieux.

En effet l’administré est furieux, il déteste les flics, il en a peur, il est humilié, et en même temps les flics sont entretenus dans l’agressivité nécessaire à leur bon usage. C’est en quelque sorte du dressage : le mouton est bien rangé et le chien de berger en pleine forme.

Cette tension sociale accumulée, bien entendu, pèse surtout sur le flic, qui est un être humain après tout, et qui se rend bien compte qu’il n’a pas le bon rôle. Elle contribue à l’affaiblir psychiquement, en plus de toutes les formes de violence et de dysfonctionnement sociaux qu’il est appelé à côtoyer, et de l’absence de soutien de sa hiérarchie, elle-même entretenue dans le froid calcul de ses plans de carrière. Quelle que soit la façon dont il gère cette situation (sauf  par la démission) c’est tout bénéfice pour l’Etat. Le flic, affaibli, hargneux, sera facilement infantilisé, dépendant, atomisé et manipulable. L’Etat voit son travail paternaliste facilité.

La méthode est particulièrement au point dans la Gendarmerie, où le contrôle des individus est constant. Epuisé, en sous-effectif, victime d’une hiérarchie autiste, mal payé, souvent en situation dangereuse, constamment en collectivité, impliqué dans des rivalités de cohabitation où épouse et famille sont instrumentalisés, le Gendarme est découragé de toute revendication, dépendant du groupe, à la merci d’une récompense ou d’une sanction, et entrainé dans une solidarité de corps où la réflexion autonome doit tendre vers zéro.

Ces méthodes de contrôle des individus sont vieilles comme le monde. Il s’agit ni plus ni moins de celles employées dans les armées pour briser l’individualité et créer un outil unifié. Ce sont aussi les méthodes des sectes.

Quant à la population ordinaire, il est bon qu’elle craigne les organes de répression, comme il est bon qu’elle tremble devant le crime et la délinquance. Ainsi elle est demandeuse d’Etat, mais ne verra jamais son besoin de sécurité satisfait. Pourquoi la rassasier ? Elle ne serait plus cliente…

Il suffira à chaque élection de lui promettre que, cette fois-ci, on a compris, puis, une fois élu, de lui servir des statistiques imaginaires. Si, malgré tout, le bordel réel est tel qu’elle (la population) ressent une légère dissonance cognitive, la propagande est là pour lui assurer qu’elle exagère. Et que tout est en ordre.

Si vraiment la réalité ne peut plus être cachée, on lui fera comprendre localement qu’elle est seule, que si elle se défend, elle sera lourdement sanctionnée. Dès lors, résignée, en exil intérieur, elle se pliera globalement. Le reste relève du contrôle politique, de l’absence organisée d’une offre alternative, et du contrôle psychiatrique, par les psychotropes médicaux ou commerciaux — alcool, drogues « illégales». Et la machine continue de tourner, le système de générer des bénéfices, et l’hyperclasse qui la contrôle de s’enrichir au dépend des individus.


« L’insécurité est un instrument efficace de contrôle so­cial »

« On croit volontiers que l’insécurité est toujours et néces­sai­re­ment en elle-même une calamité. Mais c’est là une vue trop étroi­te du problème. »

En réalité elle joue un rôle important dans le maintien de la stabilité du système. Elle concourt utilement par exemple à dé­mo­raliser les populations, et par là même aussi à les convaincre de la va­nité qu’il y aurait à vouloir s’opposer au « sens de l’histoire»  (tel que le définissent les autorités).

On pourrait dire aussi qu’elle a une fonc­tion rééducative. Elle achève de réduire les individus à l’impuissance et de les mettre dans l’incapacité de rien entreprendre contre la no­menklatura en place. Bref, c’est un instrument efficace de contrôle so­cial. On lui est redevable de soustraire les autorités aux désa­gré­ments liés à une hypothétique et toujours aléatoire contestation ve­nue de la base.

« L’insécurité achève de réduire les individus à l’impuissance et de les mettre dans l’incapacité de rien entreprendre contre la no­menklatura en place. »

 

On comprend dès lors le soin tout particulier qu’elles mett­ent à la laisser se développer comme elle le fait. Elles ne disent na­turellement pas qu’elles sont pour l’insécurité (non quand même), mais elles ne s’emploient pas moins à la favoriser discrètement. L’in­sécurité a parallèlement encore une autre fonction péda­go­gi­que: celle d’habituer progressivement les populations à l’ab­sence de droit.

La croyance en l’existence du droit n’a en effet de sens que dans un Etat de droit. Dans un Etat qui n’ est pas de droit ou l’est de moins en moins, parce que les autorités elles-mêmes en pren­nent de plus en plus à leur aise avec le droit (quand elles n’en vien­nent pas purement et simplement, comme c’est souvent le cas, à se mettre au-dessus du droit), une telle croyance perd évidemment tou­te raison d’être. A la limite même, elle pourrait passer pour sub­versive.»

Eric Werner – De l’extermination, Editions Thael – 1993.
_________
Éric Werner  est un philosophe suisse, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, docteur ès Lettres et ancien professeur de philosophie politique à l’université de Genève. Il a écrit plusieurs essais sur le système politique contemporain et la religion.


Anomie

De Wikiberal.

Du grec an- (absence de) et nomos (nom, loi, ordre, structure), l'anomie est l'absence de droit. Souvent confondue avec anarchie. L'anomie est l'état d'une société caractérisée par une désintégration des normes qui règlent la conduite des hommes et assurent l'ordre social, alors que l'anarchie est l'absence de hiérarchie entre les hommes.

Ne pas confondre la conception juridique et philosophie de l'anomie, avec la conception sociologique.

Conception juridique et philosophique

Le terme anomie est utilisé pour désigner des sociétés ou des groupes à l'intérieur d'une société qui souffrent du chaos dû à l'absence de règles communément admises de bonne conduite ou, pire, dû au règne de règles promouvant la violence et la coercition plutôt que la coopération.

Il apparaît pour la première fois comme concept sociologique sous la plume du philosophe J.M. Guyau dans Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction (1885).

Friedrich Hayek utilise notamment anomie dans ce sens-là.

Voir les écrits de Raymond Aron.

Conception sociologique

Émile Durkheim, sociologue français du XIXe siècle, utilise ce mot dans son livre sur les causes du suicide pour décrire une condition ou malaise dans les individus, caractérisée par l'absence ou la diminution des standards ou valeurs et le sentiment associé d'aliénation et d'irrésolution. Le recul des normes religieuses et des valeurs conduirait à la destruction et à la diminution de l'ordre social : le manque de lois et de règles ne peut plus garantir l'intégration sociale. Cet état conduit l'individu à avoir peur et être insatisfait, ce qui peut conduire au suicide. L'anomie est en fait assez courante quand la société environnante a subi des changements importants dans l'économie, que ce soit en mieux ou en pire, et plus généralement quand il existe un écart important entre les théories idéologiques et les valeurs communément enseignées et la pratique dans la vie quotidienne.

 

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Dimanche 15 avril 2012 7 15 /04 /Avr /2012 21:52

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Benjamin Constant

De la liberté des anciens comparée à celle des modernes

(1819)

 


Note

Discours prononcé à l'Athénée royal de Paris.


 

Messieurs

 

Je me propose de Vous soumettre quelques distinctions, encore assez neuves, entre deux genres de liberté, dont les différences sont restées jusqu'à ce jour inaperçues, ou du moins, trop peu remarquées. L'une est la liberté dont l'exercice était si cher aux peuples anciens; l'autre celle dont la jouissance est particulièrement précieuse aux nations modernes. Cette recherche sera intéressante, si je ne me trompe, sous un double rapport.

 

Premièrement, la confusion de ces deux espèces de liberté a été parmi nous, durant des époques trop célèbres de notre révolution, la cause de beaucoup de maux. La France s'est vue fatiguer d'essais inutiles, dont les auteurs, irrités par leur peu de succès, ont essayé de la contraindre à jouir du bien qu'elle ne voulait pas, et lui ont disputé le bien qu'elle voulait. En second lieu, appelés par notre heureuse révolution (je l'appelle heureuse, malgré ses excès, parce que je fixe mes regards sur ses résultats) à jouir des bienfaits d'un gouvernement représentatif, il est curieux et utile de rechercher pourquoi ce gouvernement, le seul a l'abri duquel nous puissions aujourd'hui trouver quelque liberté et quelque repos, a été presque entièrement inconnu aux nations libres de l'antiquité.
Je sais que l'on a prétendu en démêler des traces chez quelques peuples anciens, dans la république de Lacédémone, par exemple, et chez nos ancêtres les Gaulois; mais c'est à tort.

 

Le gouvernement de Lacédémone était une aristocratie monacale, et nullement un gouvernement représentatif. La puissance des rois était limitée; mais elle l'était par les éphores, et non par des hommes investis d'une mission semblable à celle que l'élection confère de nos jours aux défenseurs de nos libertés. Les éphores, sans doute, après avoir été institués par les rois, furent nommés par le peuple. Mais ils n'étaient que cinq. Leur autorité était religieuse autant que politique; ils avaient part à l'administration même du gouvernement, c'est-à-dire, au pouvoir exécutif; et par là, leur prérogative, comme celle de presque tous les magistrats populaires dans les anciennes républiques, loin d'être simplement une barrière contre la tyrannie, devenait quelquefois elle-même une tyrannie insupportable.

 

Le régime des Gaulois, qui ressemblait assez à celui qu'un certain parti voudrait nous rendre, était à la fois théocratique et guerrier. Les prêtres jouissaient d'un pouvoir sans bornes. La classe militaire, ou la noblesse, possédait des privilèges bien insolents et bien oppressifs. Le peuple était sans droits et sans garanties.

A Rome, les tribuns avaient, jusqu'à un certain point, une mission représentative. Ils étaient les organes de ces plébéiens que l'oligarchie, qui, dans tous les siècles, est la même, avait soumis, en renversant les rois, à un si dur esclavage. Le peuple exerçait toutefois directement une grande partie des droits politiques. Il s'assemblait pour voter les lois, pour juger les patriciens mis en accusation: il n'y avait donc que de faibles vestiges du système représentatif à Rome.

 

Ce système est une découverte des modernes, et vous verrez, Messieurs, que l'état de l'espèce humaine dans l'antiquité ne permettait pas à une institution de cette nature de s'y introduire ou de s'y établir. Les peuples anciens ne pouvaient ni en sentir la nécessité, ni en apprécier les avantages. Leur organisation sociale les conduisait à désirer une liberté toute différente de celle que ce système nous assure.

 

C'est à vous démontrer cette vérité que la lecture de ce soir sera consacrée.
Demandez-vous d'abord, Messieurs, ce que, de nos jours, un Anglais, un Français, un habitant des États-Unis de l'Amérique, entendent par le mot de liberté.
C'est pour chacun le droit de n'être soumis qu'aux lois, de ne pouvoir être ni arrêté, ni détenu, ni mis à mort, ni maltraité d'aucune manière, par l'effet de la volonté arbitraire d'un ou de plusieurs individus: C'est pour chacun le droit de dire son opinion, de choisir son industrie, et de l'exercer, de disposer de sa propriété, d'en abuser même; d'aller, de venir sans en obtenir la permission, et sans rendre compte de ses motifs ou de ses démarches. C'est, pour chacun, le droit de se réunir à d'autres individus, soit pour conférer sur ses intérêts, soit pour professer le culte que lui et ses associés préfèrent, soit simplement pour remplir ses jours ou ses heures d'une manière plus conforme à ses inclinations, à ses fantaisies. Enfin, c'est le droit, pour chacun, d'influer sur l'administration du Gouvernement, soit par la nomination de tous ou de certains fonctionnaires, soit par des représentations, des pétitions, des demandes, que l'autorité est plus ou moins obligée de prendre en considération. Comparez maintenant à cette liberté celle des anciens.

 

Celle-ci consistait à exercer collectivement, mais directement, plusieurs parties de la souveraineté toute entière, à délibérer, sur la place publique, de la guerre et de la paix, à conclure avec les étrangers des traités d'alliance, à voter les lois, à prononcer les jugements, à examiner les comptes, les actes, la gestion des magistrats, à les faire comparaître devant tout le peuple, à les mettre en accusation, à les condamner ou à les absoudre; mais en même temps que c'était là ce que les anciens nommaient liberté, ils admettaient comme compatible avec cette liberté collective l'assujettissement complet de l'individu à l'autorité de l'ensemble. Vous ne trouvez chez eux presque aucune des jouissances que nous venons de voir faisant partie de la liberté chez les modernes. Toutes les actions privées sont soumise à une surveillance sévère. Rien n'est accordé à l'indépendance individuelle, ni sous le rapport des opinions, ni sous celui de l'industrie, ni surtout sous le rapport de la religion. La faculté de choisir son culte, faculté que nous regardons comme l'un de nos droits les plus précieux, aurait paru aux anciens un crime et un sacrilège. Dans les choses qui nous semblent les plus utiles, l'autorité du corps social s'interpose et gêne la volonté des individus; Terpandre ne peut chez les Spartiates ajouter une corde à sa lyre sans que les éphores ne s'offensent. Dans les relations les plus domestiques, l'autorité intervient encore. Le jeune Lacédémonien ne peut visiter librement sa nouvelle épouse. A Rome, les censeurs portent un oeil scrutateur dans l'intérieur des familles. Les lois règlent les moeurs, et comme les moeurs tiennent à tout, il n'y a rien que les lois ne règlent.

 

Ainsi chez les anciens, l'individu, souverain presque habituellement dans les affaires publiques, est esclave dans tous les rapports privés. Comme citoyen, il décide de la paix et de la guerre; comme particulier, il est circonscrit, observé, réprimé dans tous ses mouvements; comme portion du corps collectif, il interroge, destitue, condamne, dépouille, exile, frappe de mort ses magistrats ou ses supérieurs; comme soumis au corps collectif, il peut à son tour être privé de son état, dépouillé de ses dignités, banni, mis à mort, par la volonté discrétionnaire de l'ensemble dont il fait partie. Chez les modernes, au contraire, l'individu, indépendant dans sa vie privée, n'est même dans les états les plus libres, souverain qu'en apparence. Sa souveraineté est restreinte, presque toujours suspendue; et si, à des époques fixes, mais rares, durant les quelles il est encore entouré de précautions et d'entraves, il exerce cette souveraineté, ce n'est jamais que pour l'abdiquer.

 

Je dois ici, Messieurs, m'arrêter un instant pour prévenir une objection que l'on pourrait me faire. Il y a dans l'antiquité une république où l'asservissement de l'existence individuelle au corps collectif n'est pas aussi complet que je viens de le décrire. Cette république est la plus célèbre de toutes; vous devinez que je veux parler d'Athènes. J'y reviendrai plus tard, et en convenant de la vérité du fait, je vous en exposerai la cause. Nous verrons pourquoi de tous les états anciens, Athènes est celui qui a ressemblé le plus aux modernes.
Partout ailleurs, la juridiction sociale était illimitée. Les anciens, comme le dit Condorcet, n'avaient aucune notion des droits individuels. Les hommes n'étaient, pour ainsi dire, que des machines dont la loi réglait les ressorts et dirigeait les rouages. Le même assujettissement caractérisait les beaux siècles de la république romaine; l'individu s'était en quelque sorte perdu dans la nation, le citoyen dans la cité.
Nous allons actuellement remonter à la source de cette différence essentielle entre les anciens et nous.

 

Toutes les républiques anciennes étaient renfermées dans des limites étroites. La plus peuplée, la plus puissante, la plus considérable d'entre elles, n'était pas égale en étendue au plus petit des états modernes. Par une suite inévitable de leur peu d'étendue, l'esprit de ces républiques était belliqueux, chaque peuple froissait continuellement ses voisins ou était froissé par eux. Poussés ainsi par la nécessité, les uns contre les autres, ils se combattaient ou se menaçaient sans cesse. Ceux qui ne voulaient pas être conquérants ne pouvaient déposer les armes sous peine d'être conquis. Tous achetaient leur sûreté, leur indépendance, leur existence entière, au prix de la guerre.

Elle était l'intérêt constant, l'occupation presque habituelle des états libres de l'antiquité. Enfin, et par un résultat également nécessaire de cette manière d'être, tous ces états avaient des esclaves. Les professions mécaniques, et même, chez quelques nations, les professions industrielles, étaient confiées à des mains chargées de fers.
Le monde moderne nous offre un spectacle complètement opposé. Les moindres états de nos jours sont incomparablement plus vastes que Sparte ou que Rome durant cinq siècles. La division même de l'Europe en plusieurs états, est, grâce aux progrès des lumières, plutôt apparente que réelle. Tandis que chaque peuple, autrefois, formait une famine isolée, ennemie née des autres familles, une masse d'hommes existe maintenant sous différents noms, et sous divers modes d'organisation sociale, mais homogène de sa nature. Elle est assez forte pour n'avoir rien à craindre des hordes barbares. Elle est assez éclairée pour que la guerre lui soit à charge. Sa tendance uniforme est vers la paix.

 

Cette différence en amène une autre. La guerre est antérieure au commerce; car la guerre et le commerce ne sont que deux moyens différents d'atteindre le même but, celui de posséder ce que l'on désire. Le commerce n'est qu'un hommage rendu à la force du possesseur par l'aspirant à la possession. C'est une tentative pour obtenir de gré à gré ce qu'on n'espère plus conquérir par la violence. Un homme qui serait toujours le plus fort n'aurait jamais l'idée du commerce. C'est l'expérience qui, en lui prouvant que la guerre, c'est-a-dire, l'emploi de sa force contre la force d'autrui, l'expose à diverses résistances et à divers échecs, le porte à recourir au commerce, c'est-à-dire, à un moyen plus doux et plus sûr d'engager l'intérêt d'un autre à consentir à ce qui convient à son intérêt. La guerre est l'impulsion, le commerce est le calcul. Mais par la même il doit venir une époque où le commerce remplace la guerre. Nous sommes arrivés a cette époque.

 

Je ne veux point dire qu'il n'y ait pas eu chez les anciens des peuples commerçants. Mais ces peuples faisaient en quelque sorte exception à la règle générale. Les bornes d'une lecture ne me permettent pas de vous indiquer tous les obstacles qui s'opposaient alors aux progrès du commerce; vous les connaissez d'ailleurs aussi bien que moi: je n'en rapporterai qu'un seul. L'ignorance de la boussole forçait les marins de l'antiquité à ne perdre les côtes de vue que le moins qu'il leur était possible. Traverser les Colonnes d'Hercule, c'est-à-dire, passer le détroit de Gibraltar, était considéré comme l'entreprise la plus hardie. Les Phéniciens et les Carthaginois, les plus habiles des navigateurs, ne l'osèrent que fort tard, et leur exemple resta longtemps sans être imité. A Athènes, dont nous parlerons bientôt, l'intérêt maritime était d'environ 60 pour %, pendant que l'intérêt ordinaire n'était que de douze, tant l'idée d'une navigation lointaine impliquait celle du danger.

 

De plus, si je pouvais me livrer à une digression qui malheureusement serait trop longue, je vous montrerais, Messieurs, par le détail des moeurs, des habitudes, du mode de trafiquer des peuples commerçants de l'antiquité avec les autres peuples, que leur commerce même était, pour ainsi dire, imprégné de l'esprit de l'époque, de l'atmosphère, de guerre et d'hostilité qui les entourait. Le commerce alors était un accident heureux, c'est aujourd'hui l'état ordinaire, le but unique, la tendance universelle, la vie véritable des nations. Elles veulent le repos, avec le repos l'aisance, et comme source de l'aisance, l'industrie. La guerre est chaque jour un moyen plus inefficace de remplir leurs voeux. Ses chances n'offrent plus ni aux individus, ni aux nations des bénéfices qui égalent les résultats du travail paisible et des échanges réguliers. Chez les anciens, une guerre heureuse ajoutait en esclaves, en tributs, en terres partagées, à la richesse publique et particulière. Chez les modernes, une guerre heureuse coûte infailliblement plus qu'elle ne vaut.

Enfin, grâce au commerce, à la religion, aux progrès intellectuels et moraux de l'espèce humaine il n'y a plus d'esclaves chez les nations européennes. Des hommes libres doivent exercer toutes les professions, pourvoir à tous les besoins de la société.

On pressent aisément, Messieurs, le résultat nécessaire de ces différences.

1° L'étendue d'un pays diminue d'autant l'importance politique qui échoit en partage à chaque individu. Le républicain le plus obscur de Rome ou de Sparte était une puissance. Il n'en est pas de même du simple citoyen de la Grande-Bretagne ou des États-Unis. Son influence personnelle est un élément imperceptible de la volonté sociale qui imprime au gouvernement sa direction.
En second lieu, l'abolition de l'esclavage a enlevé à la population libre tout le loisir qui résultait pour elle de ce que des esclaves étaient chargés de la plupart des travaux. Sans la population esclave d'Athènes, 20.000 Athéniens n'auraient pas pu délibérer chaque jour sur la place publique.

Troisièmement, le commerce ne laisse pas, comme la guerre, dans la vie de l'homme des intervalles d'inactivité. L'exercice perpétuel des droits politiques, la discussion journalière des affaires de l'État, les dissensions, les conciliabules, tout le cortège et tout le mouvement des factions, agitations nécessaires, remplissage obligé, si j'ose employer ce terme, dans la vie des peuples libres de l'antiquité, qui auraient langui, sans cette ressource, sous le poids d'une inaction douloureuse, n'offriraient que trouble et que fatigue aux nations modernes, où chaque individu occupé de ses spéculations, de ses entreprises, des jouissances qu'il obtient ou qu'il espère, ne veut en être détourné que momentanément et le moins qu'il est possible.

Enfin, le commerce inspire aux hommes un vif amour pour l'indépendance individuelle. Le commerce subvient à leurs besoins, satisfait à leurs désirs, sans l'intervention de l'autorité. Cette intervention est presque toujours, et je ne sais pourquoi je dis presque, cette intervention est toujours un dérangement et une gêne. Toutes les fois que le pouvoir collectif veut se mêler des spéculations particulières, il vexe les spéculateurs. Toutes les fois que les gouvernements prétendent faire nos affaires, ils les font plus mal et plus dispendieusement que nous.

 

Je vous ai dit, Messieurs, que je vous reparlerais d'Athènes, dont on pourrait opposer l'exemple à quelques-unes de mes assertions, et dont l'exemple, au contraire, va les confirmer toutes.
Athènes, comme, je l'ai déjà reconnu, était, de toutes les républiques grecques, la plus commerçante: aussi accordait-elle à ses citoyens infiniment plus de liberté individuelle que Rome et que Sparte. Si je pouvais entrer dans des détails historiques, je vous ferais voir que le commerce avait fait disparaître de chez les Athéniens plusieurs des différences qui distinguent les peuples anciens des peuples modernes. L'esprit des commerçants d'Athènes était pareil a celui des commerçants de nos jours. Xénophon nous apprend que, durant la guerre du Péloponnèse, ils sortaient leurs capitaux du continent de l'Attique et les envoyaient dans les îles de l'Archipel. Le commerce avait créé chez eux la circulation. Nous remarquons dans Isocrate des traces de l'usage des lettres-de-change. Aussi, observez, combien leurs moeurs ressemblent aux nôtres. Dans leurs relations avec les femmes, vous verrez, je cite encore Xénophon, les époux satisfaits quand la paix et une amitié décente règnent dans l'intérieur du ménage, tenir compte à l'épouse trop fragile de la tyrannie de la nature, fermer les yeux sur l'irrésistible pouvoir des passions, pardonner la première faiblesse et oublier la seconde. Dans leurs rapports avec les étrangers l'on les verra prodiguer les droits de cité à quiconque, se transportant chez eux avec sa famille, établit un métier ou une fabrique; enfin on sera frappé de leur amour excessif pour l'indépendance individuelle.

 

A Lacédémone, dit un philosophe, les citoyens accourent lorsque le magistrat les appelle; mais un Athénien serait au désespoir qu'on le crût dépendant d'un magistrat.
Cependant, comme plusieurs des autres circonstances qui décidaient du caractère des nations anciennes existaient aussi a Athènes; comme il y avait une population esclave, et que le territoire était fort reserré, nous y trouvons des vestiges de la, liberté propre aux anciens. Le peuple fait les lois, examine la conduite des magistrats, somme Périclès de rendre ses comptes, condamne à mort les généraux qui avaient commandé au combat des Arginuses. En même temps, l'ostracisme, arbitraire légal et vanté par tous les législateurs de l'époque; l'ostracisme, qui nous paraît et doit nous paraître une révoltante iniquité, prouve que l'individu était encore bien plus asservi à la suprématie du corps social à Athènes, qu'il ne l'est de nos jours dans aucun état libre de l'Europe.

 

Il résulte de ce que je viens d'exposer, que nous ne pouvons plus jouir de la liberté des anciens, qui se composait de la participation active et constante au pouvoir collectif. Notre liberté à nous, doit se composer de la jouissance paisible de l'indépendance privée. La part que dans l'antiquité chacun prenait à la souveraineté nationale n'était point, comme de nos jours, une supposition abstraite. La volonté de chacun avait une influence réelle: l'exercice de cette volonté était un plaisir vif et répété. En conséquence, les anciens étaient disposés à faire beaucoup de sacrifices pour la conservation de leurs droits politiques et de leur part dans l'administration de l'État. Chacun sentant avec orgueil tout ce que valait son suffrage, trouvait dans cette conscience de son importance personnelle, un ample dédommagement.
Ce dédommagement n'existe plus aujourd'hui pour nous. Perdu dans la multitude, l'individu n'aperçoit presque jamais l'influence qu'il exerce. Jamais sa volonté ne s'empreint sur l'ensemble, rien ne constate à ses propres yeux sa coopération. L'exercice des droits politiques ne nous offre donc plus qu'une partie des jouissances que les anciens y trouvaient, et en même temps les progrès de la civilisation, la tendance commerciale de l'époque, la communication des peuples entre eux, ont multiplié et varié à l'infini les moyens de bonheur particulier.

 

Il s'ensuit que nous devons être bien plus attachés que les anciens à notre indépendance individuelle; car les anciens, lorsqu'ils sacrifiaient cette indépendance aux droits politiques, sacrifiaient moins pour obtenir plus; tandis qu'en faisant le même sacrifice, nous donnerions plus pour obtenir moins.
Le but des anciens était le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d'une même patrie: c'était là ce qu'ils nommaient liberté. Le but des modernes est la sécurité dans les jouissances privées; et ils nomment liberté les garanties accordées par les institutions à ces jouissances.

 

J'ai dit en commençant que, faute d'avoir aperçu ces différences, des hommes bien intentionnés d'ailleurs, avaient causé des maux infinis durant notre longue et orageuse révolution. A Dieu ne plaise que je leur adresse des reproches trop sévères: leur erreur même était excusable. On ne saurait lire les belles pages de l'antiquité, l'on ne se retrace point les actions de ses grands hommes sans ressentir je ne sais quelle émotion d'un genre particulier que ne fait éprouver rien de ce qui est moderne. Les vieux éléments d'une nature antérieure, pour ainsi dire, à la nôtre, semblent se réveiller en nous à ces souvenirs. II est difficile de ne pas regretter ces temps où les facultés de l'homme se développaient dans une direction tracée d'avance, mais dans une carrière si vaste, tellement fortes de leurs propres forces, et avec un tel sentiment d'énergie et de dignité; et lorsqu'on se livre à ces regrets, il est impossible de ne pas vouloir imiter ce qu'on regrette. Cette impression était profonde, surtout lorsque nous vivions sous des gouvernements abusifs, qui, sans être forts, étaient vexatoires, absurdes en principes, misérables en action; gouvernements qui avaient pour ressort l'arbitraire, pour but le rapetissement de l'espèce humaine, et que certains hommes osent nous vanter encore aujourd'hui, comme si nous pouvions oublier jamais que nous avons été témoins et victimes de leur obstination, de leur impuissance et de leur renversement. Le but de nos réformateurs fut noble et généreux. Qui d'entre nous n'a pas senti son coeur battre d'espérance à l'entrée de la route qu'ils semblaient ouvrir?  Et malheur encore à présent à qui n'éprouve pas le besoin de déclarer que reconnaître quelques erreurs commises par nos premiers guides, ce n'est pas flétrir leur mémoire ni désavouer des opinions que les amis de l'humanité ont professées d'âge en âge.

 

Mais ces hommes avaient puisé plusieurs de leurs théories dans les ouvrages de deux philosophes qui ne s'étaient pas douté eux-mêmes des modifications apportées par deux mille ans aux dispositions du genre humain. J'examinerai peut-être une fois le système du plus illustre de ces philosophes, de Jean-Jacques Rousseau, et je montrerai qu'en transportant dans nos temps modernes une étendue de pouvoir social, de souveraineté collective qui appartenait à d'autres siècles, ce génie sublime qu'animait l'amour le plus pur de la liberté, a fourni néanmoins de funestes prétextes à plus d'un genre de tyrannie. Sans doute, en relevant ce que je considère comme une méprise importante à dévoiler, je serai circonspect dans ma réfutation, et respectueux dans mon blâme. J'éviterai, certes, de me joindre aux détracteurs d'un grand homme. Quand le hasard fait qu'en apparence je me rencontre avec eux sur un seul point, je suis en défiance de moi-même; et, pour me consoler de paraître un instant de leur avis sur une question unique et partielle, j'ai besoin de désavouer et de flétrir autant qu'il est en moi ces prétendus auxiliaires.

 

Cependant, l'intérêt de la vérité doit l'emporter sur des considérations que rendent si puissantes l'éclat d'un talent prodigieux et l'autorité d'une immense renommée. Ce n'est d'ailleurs point à Rousseau, comme on le verra, que l'on doit principalement attribuer l'erreur que je vais combattre: elle appartient bien plus à l'un de ses successeurs, moins éloquent, mais non moins austère et mille fois plus exagéré. Ce dernier, l'abbé de Mably, peut être regardé comme le représentant du système qui, conformément aux maximes de la liberté antique, veut que les citoyens soient complètement assujettis pour que la nation soit souveraine, et que l'individu soit esclave pour que le peuple soit libre.
L'abbé de Mably, comme Rousseau et comme beaucoup d'autres, avait, d'après les anciens, pris l'autorité du corps social pour la liberté, et tous les moyens lui paraissaient bons pour étendre l'action de cette autorité sur cette partie récalcitrante de l'existence humaine, dont il déplorait l'indépendance. Le regret qu'il exprime partout dans ses ouvrages, c'est que la loi ne puisse atteindre que les actions. Il aurait voulu qu'elle atteignît les pensées, les impressions les plus passagères; qu'elle poursuivît l'homme sans relâche et sans lui laisser un asile où il pût échapper à son pouvoir. A peine apercevait-il, n'importe chez quel peuple, une mesure vexatoire, qu'il pensait avoir fait une découverte et qu'il la proposait pour modèle: il détestait la liberté individuelle comme on déteste un ennemi personnel; et, dès qu'il rencontrait dans l'histoire une nation qui en était bien complètement privée, n'eût-elle point de liberté politique, il ne pouvait s'empêcher de l'admirer. II s'extasiait sur les Égyptiens, parce que, disait-il, tout chez eux était réglé par la loi, jusqu'aux délassements, jusqu'aux besoins: tout pliait sous l'empire du législateur; tous les moments de la journée étaient remplis par quelque devoir; l'amour même était sujet à cette intervention respectée, et c'était la loi qui tour-à-tour ouvrait et fermait la couche nuptiale.

 

Sparte, qui réunissait des formes républicaines au même asservissement des individus, excitait dans l'esprit de ce philosophe un enthousiasme plus vif encore.
Ce vaste couvent lui paraissait l'idéal d'une parfaite république. Il avait pour Athènes un profond mépris, et il aurait dit volontiers de cette nation, la première de la Grèce, ce qu'un académicien grand seigneur disait de l'Académie française: "Quel épouvantable despotisme! tout le monde y fait ce qu'il veut".  Je dois ajouter que ce grand seigneur parlait de l'Académie telle qu'elle était il y a trente ans.

 

Montesquieu, doué d'un esprit plus observateur parce qu'il avait une tête moins ardente, n'est pas tombé tout-à-fait dans les mêmes erreurs. Il a été frappé des différences que j'ai rapportées: mais il n'en a pas démêlé la cause véritable. Les politiques grecs qui vivaient sous le gouvernement populaire ne reconnaissaient, dit-il, d'autre force que celle de la vertu. Ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses et de luxe même. Il attribue cette différence à la république et à la monarchie: il faut l'attribuer à l'esprit opposé des temps anciens et des temps modernes. Citoyens des républiques, sujets des monarchies, tous veulent des jouissances, et nul ne peut, dans l'état actuel des sociétés, ne pas en vouloir. Le peuple le plus attaché de nos jours à sa liberté, avant l'affranchissement de la France, était aussi le peuple le plus attaché à toutes les jouissances de la vie; et il tenait à sa liberté surtout parce qu'il y voyait la garantie des jouissances qu'il chérissait. Autrefois, là où il y avait liberté, l'on pouvait supporter les privations: maintenant partout où il y a privations, il faut l'esclavage pour qu'on s'y résigne. Il serait plus possible aujourd'hui de faire d'un peuple d'esclaves un peuple de Spartiates, que de former des Spartiates par la liberté. Les hommes qui se trouvèrent portés par le flot des événements à la tête de notre révolution, étaient, par une suite nécessaire de l'éducation qu'ils avaient reçue, imbus des opinions antiques, et devenues fausses, qu'avaient mises en honneur les philosophes dont j'ai parlé. La métaphysique de Rousseau, au milieu de laquelle paraissaient tout-à-coup comme des éclairs des vérités sublimes et des passages d'une éloquence entraînante, l'austérité de Mably, son intolérance, sa haine contre toutes les passions humaines, son avidité de les asservir toutes, ses principes exagérés sur la compétence de la loi, la différence de ce qu'il recommandait et de ce qui avait existé, ses déclamations contre les richesses et même contre la propriété; toutes ces choses devaient charmer des hommes échauffés par une victoire récente, et qui, conquérants de la puissance légale, étaient bien aises d'étendre cette puissance sur tous les objets. C'était pour eux une autorité précieuse que celle de deux écrivains qui, désintéressés dans la question et prononçant anathème contre le despotisme des hommes, avaient rédigé en axiome le texte de la loi. Ils voulurent donc exercer la force publique comme ils avaient appris de leurs guides qu'elle avait été jadis exercée dans les états libres. Ils crurent que tout devait encore céder devant la volonté collective et que toutes les restrictions aux droits individuels seraient amplement compensées par la participation au pouvoir social.

 

Vous savez, Messieurs, ce qui en est résulté.
Des institutions libres, appuyées sur la connaissance de l'esprit du siècle, auraient pu subsister. L'édifice renouvelé des anciens s'est écroulé, malgré beaucoup d'efforts et beaucoup d'actes héroïques qui ont droit a l'admiration. C'est que le pouvoir social blessait en tout sens l'indépendance individuelle sans en détruire le besoin. La nation ne trouvait point qu'une part idéale à une souveraineté abstraite valût les sacrifices qu'on lui commandait. On lui répétait vainement avec Rousseau: les lois de la liberté sont mille fois plus austères que n'est dur le joug des tyrans. Elle ne voulait pas de ces lois austères, et dans sa lassitude, elle croyait quelquefois que le joug des tyrans serait préférable. L'expérience est venue et l'a détrompée. Elle a vu que l'arbitraire des hommes était pire encore que les plus mauvaises lois. Mais les lois aussi doivent avoir leurs limites.

 

Si je suis parvenu, Messieurs, à vous faire partager la conviction que dans mon opinion ces faits doivent produire, vous reconnaîtrez avec moi la vérité des principes suivants. L'indépendance individuelle est le premier besoin des modernes: en conséquence, il ne faut jamais leur en demander le sacrifice pour établir la liberté politique. Il s'ensuit qu'aucune des institutions nombreuses et trop vantées qui, dans les républiques anciennes, gênaient la liberté individuelle, n'est point admissible dans les temps modernes.

 

Cette vérité, Messieurs, semble d'abord superflue à établir. Plusieurs gouvernements de nos jours ne paraissent guères enclins à imiter les républiques de l'antiquité. Cependant quelque peu de goût qu'ils aient pour les institutions républicaines, il y a de certains usages républicains pour lesquels ils éprouvent je ne sais quelle affection. Il est fâcheux que ce soit précisément celles qui permettent de bannir, d'exiler, de dépouiller. Je me souviens qu'en en 1802, on glissa dans une loi sur les tribunaux spéciaux un article qui introduisait en France l'ostracisme grec; et Dieu sait combien d'éloquents orateurs, pour faire admettre cet article, qui cependant fut retiré, nous parlèrent de la liberté d'Athènes, et de tous les sacrifices que les individus devaient faire pour conserver cette liberté!  De même, à une époque bien plus récente, lorsque des autorités craintives essayaient d'une main timide de diriger les élections a leur gré, un journal qui n'est pourtant point entaché de républicanisme, proposa de faire revivre la censure romaine pour écarter les candidats dangereux.

 

Je crois donc ne pas m'engager dans une digression inutile, si, pour appuyer mon assertion, je dis quelques mots de ces deux institutions si vantées. L'ostracisme d'Athènes reposait sur l'hypothèse que la société a toute autorité sur ses membres. Dans cette hypothèse, il pouvait se justifier, et dans un petit état, où l'influence d'un individu fort de son crédit, de sa clientelle, de sa gloire, balançait souvent la puissance de la masse, l'ostracisme pouvait avoir une apparence d'utilité. Mais parmi nous, les individus ont des droits que la société doit respecter, et l'influence individuelle est, comme je l'ai déjà observé, tellement perdue dans une multitude d'influences égales ou supérieures, que toute vexation, motivée sur la nécessité de diminuer cette influence, est inutile et par conséquent injuste. Nul n'a le droit d'exiler un citoyen, s'il n'est pas condamné légalement par un tribunal régulier, d'après une loi formelle qui attache la peine de l'exil à l'action dont il est coupable. Nul n'a le droit d'arracher le citoyen à sa patrie, le propriétaire à ses biens, le négociant à son commerce, l'époux à son épouse, le père à ses enfants, l'écrivain à ses méditations studieuses, le vieillard à ses habitudes. Tout exil politique est un attentat politique. Tout exil prononcé par une assemblée pour de prétendus motifs de salut public, est un crime de cette assemblée contre le salut public qui n'est jamais que dans le respect des lois, dans l'observance des formes, et dans le maintien des garanties.

 

La censure romaine supposait comme l'ostracisme un pouvoir discrétionnaire. Dans une république dont tous les citoyens, maintenus par la pauvreté dans une simplicité extrême de moeurs, habitaient la même ville, n'exerçaient aucune profession qui détournât leur attention des affaires de l'État, et se trouvaient ainsi constamment spectateurs et juges de l'usage du pouvoir public, la censure pouvait d'une part avoir plus d'influence; et de l'autre, l'arbitraire des censeurs était contenu par une espèce de surveillance morale exercée contre eux. Mais aussitôt que l'étendue de la république, la complication des relations sociales et les raffinements de la civilisation, eurent enlevé à cette institution ce qui lui servait à la fois de base et de limite, la censure dégénéra même à Rome. Ce n'était donc pas la censure qui avait crée les bonnes moeurs; c'était la simplicité des moeurs qui constituait la puissance et l'efficacité de la censure.

 

En France, une institution aussi arbitraire que la censure serait à la fois inefficace et intolérable: dans l'état présent de la société, les moeurs se composent de nuances fines, ondoyantes, insaisissables, qui se dénatureraient de mille manières, si l'on tentait de leur donner plus de précision. L'opinion seule peut les atteindre; elle seule peut les juger, parce qu'elle est de même nature. Elle se soulèverait contre toute autorité positive qui voudrait lui donner plus de précision. Si le gouvernement d'un peuple moderne voulait, comme les censeurs de Rome, flétrir un citoyen par une décision discrétionnaire, la nation entière réclamerait contre cet arrêt en ne ratifiant pas les décisions de l'autorité.

 

Ce que je viens de dire de la transplantation de la censure dans les temps modernes, s'applique à bien d'autres parties de l'organisation sociale, sur lesquelles on nous cite l'antiquité plus fréquemment encore, et avec bien plus d'emphase. Telle est l'éducation, par exemple; que ne nous dit-on pas sur la nécessité de permettre que le gouvernement s'empare des générations naissantes pour les façonner à son gré, et de quelles citations érudites n'appuie-t-on pas cette théorie! Les Perses, les Égyptiens, et la Gaule, et la Grèce, et l'Italie, viennent tour à tour figurer à nos regards. Eh! Messieurs, nous ne sommes ni des Perses, soumis à un despote, ni des Égyptiens subjugués par des prêtres, ni des Gaulois pouvant être sacrifiés par leurs druides, ni enfin des Grecs et des Romains que leur part à l'autorité sociale consolait de l'asservissement privé. Nous sommes des modernes, qui voulons jouir chacun de nos droits, développer chacun nos facultés comme bon nous semble, sans nuire à autrui; veiller sur le développement de ces facultés dans les enfants que le nature confie à nôtre affection, d'autant plus éclairée qu'elle est plus vive, et n'ayant besoin de l'autorité que pour tenir d'elle les moyens généraux d'instruction qu'elle peut rassembler, comme les voyageurs acceptent d'elle les grands chemins sans être dirigés par elle dans la route qu'ils veulent suivre. La religion aussi est exposée à ces souvenirs des autres siècles. De braves défenseurs de l'unité de doctrine nous citent les lois des anciens contre les dieux étrangers, et appuient les droits de l'église catholique de l'exemple des Athéniens qui firent périr Socrate pour avoir ébranlé le polythéisme, et de celui d'Auguste qui voulait qu'on restât fidèle au culte de ses pères, ce qui fit que, peu de temps après, on livra aux bêtes les premiers chrétiens.

 

Défions-nous donc, Messieurs, de cette admiration pour certaines réminiscences antiques. Puisque nous vivons dans les temps modernes je veux la liberté convenable aux temps modernes; et puisque nous vivons sous des monarchies, je supplie humblement ces monarchies de ne pas emprunter aux républiques anciennes des moyens de nous opprimer.

La liberté individuelle, je le répète, voilà la véritable liberté moderne. La liberté politique en est la garantie; la liberté politique est par conséquent indispensable. Mais demander aux peuples de nos jours de sacrifier comme ceux d'autrefois la totalité de leur liberté individuelle à la liberté politique, c'est le plus sûr moyen de les détacher de l'une et quand on y serait parvenu, on ne tarderait pas à leur ravir l'autre. Vous voyez, Messieurs, que mes observations ne tendent nullement à diminuer le prix de la liberté politique. Je ne tire point des faits que j'ai remis sous vos yeux les conséquences que quelques hommes en tirent. De ce que les anciens ont été libres, et de ce que nous ne pouvons plus être libres comme les anciens, ils en concluent que nous sommes destinés à être esclaves. Ils voudraient constituer le nouvel état social avec un petit nombre d'éléments qu'ils disent seuls appropriés à la situation du monde actuel. Ces éléments sont des préjugés pour effrayer les hommes, de l'égoïsme pour les corrompre, de la frivolité pour les étourdir, des plaisirs grossiers pour les dégrader, du despotisme pour les conduire; et, il le faut bien, des connaissances positives et des sciences exactes pour servir plus adroitement le despotisme. Il serait bizarre que tel fût le résultat de quarante siècles durant lesquels l'espèce humaine a conquis plus de moyens moraux et physiques: je ne puis le penser. Je tire des différences qui nous distinguent de l'antiquité des conséquences tout opposées. Ce n'est point la garantie qu'il faut affaiblir, c'est la jouissance qu'il faut étendre. Ce n'est point a la liberté politique que je veux renoncer; c'est la liberté civile que je réclame, avec d'autres formes de liberté politique. Les gouvernements n'ont pas plus qu'autrefois le droit de s'arroger un pouvoir illégitime. Mais les gouvernements qui partent d'une source légitime ont de moins qu'autrefois le droit d'exercer sur les individus une suprématie arbitraire. Nous possédons encore aujourd'hui les droits que nous eûmes de tout temps, ces droits éternels à consentir les lois, a délibérer sur nos intérêts, à être partie intégrante du corps social dont nous sommes membres. Mais les gouvernements ont de nouveaux devoirs; les progrès de la civilisation, les changements opérés par les siècles, commandent à l'autorité plus de respect pour les habitudes, pour les affections, pour l'indépendance des individus. Elle doit porter sur tous ces objets une main plus prudente et plus légère.

 

Cette réserve de l'autorité, qui est dans ses devoirs stricts, est également dans ses intérêts bien entendus; car si la liberté qui convient aux modernes est différente de celle qui convenait aux anciens, le despotisme qui était possible chez les anciens n'est plus possible chez les modernes. De ce que nous sommes souvent plus distraits de la liberté politique qu'ils ne pouvaient l'être, et dans notre état ordinaire moins passionnés pour elle, il peut s'ensuivre que nous négligions quelquefois trop, et toujours à tort, les garanties qu'elle nous assure; mais en même temps, comme nous tenons beaucoup plus à la liberté individuelle que les anciens, nous la défendrons, si elle est attaquée, avec beaucoup plus d'adresse et de persistance; et nous avons pour la défendre des moyens que les anciens n'avaient pas.

Le commerce rend l'action de l'arbitraire sur notre existence plus vexatoire qu'autrefois, parce que nos spéculations étant plus variées, l'arbitraire doit se multiplier pour les atteindre; mais le commerce rend aussi l'action de l'arbitraire plus facile a éluder, parce qu'il change la nature de la propriété, qui devient par ce changement presque insaisissable.
Le commerce donne à la propriété une qualité nouvelle, la circulation: sans circulation, la propriété n'est qu'un usufruit; l'autorité peut toujours influer sur l'usufruit, car elle peut enlever la jouissance; mais la circulation met un obstacle invisible et invincible à cette action du pouvoir social.
Les effets du commerce s'étendent encore plus loin: non seulement il affranchit les individus, mais, en créant le crédit, il rend l'autorité dépendante.

 

L'argent, dit un auteur français, est l'arme la plus dangereuse du despotisme, mais il est en même temps son frein le plus puissant; le crédit est soumis à l'opinion; la force est inutile; l'argent se cache ou s'enfuit; toutes les opérations de l'État sont suspendues. Le crédit n'avait pas la même influence chez les anciens; leurs gouvernements étaient plus forts que les particuliers; les particuliers sont plus forts que les pouvoirs politiques de nos jours; la richesse est une puissance plus disponible dans tous les instants, plus applicable a tous les intérêts, et par conséquent bien plus réelle et mieux obéie; le pouvoir menace, la richesse récompense: on échappe au pouvoir en le trompant; pour obtenir les faveurs de la richesse, il faut la servir: celle-ci doit l'emporter.

 

Par une suite des mêmes causes, l'existence individuelle est moins englobée dans l'existence politique. Les individus transplantent au loin leurs trésors; ils portent avec eux toutes les jouissances de la vie privée; le commerce a rapproché les nations, et leur a donné des moeurs et des habitudes à peu près pareilles: les chefs peuvent être ennemis; les peuples sont compatriotes.

 

Que le pouvoir s'y résigne donc; il nous faut de la liberté, et nous l'aurons; mais comme la liberté qu'il nous faut est différente de celle des anciens, il faut à cette liberté une autre organisation que celle qui pourrait convenir a la liberté antique; dans celle-ci, plus l'homme consacrait de temps et de force a l'exercice de ses droits politiques, plus il se croyait libre; dans l'espèce de liberté dont nous sommes susceptibles, plus l'exercice de nos droits politiques nous laissera de temps pour nos intérêts privés, plus la liberté nous sera précieuse.

 

De la vient, Messieurs, la nécessité du système représentatif. Le système représentatif n'est autre chose qu'une organisation à l'aide de laquelle une nation se décharge sur quelques individus de ce qu'elle ne peut ou ne veut pas faire elle-même. Les individus pauvres font eux-mêmes leurs affaires: les hommes riches prennent des intendants. C'est l'histoire des nations anciennes et des nations modernes. Le système représentatif est une procuration donnée à un certain nombre d'hommes par la masse du peuple, qui veut que ses intérêts soient défendus, et qui néanmoins n'a pas le temps de les défendre toujours lui-même. Mais a moins d'être insensés, les hommes riches qui ont des intendants examinent avec attention et sévérité si ces intendants font leur devoir, s'ils ne sont ni négligents ni corruptibles, ni incapables; et pour juger de la gestion de ces mandataires, les commettants qui ont de la prudence se mettent bien au fait des affaires dont ils leur confient l'administration. De même, les peuples qui, dans le but de jouir de la liberté qui leur convient, recourent au système représentatif, doivent exercer une surveillance active et constante sur leur représentants, et se réserver, à des époques qui ne soient pas séparées par de trop longs intervalles, le droit de les écarter s'ils ont trompé leurs voeux, et de révoquer les pouvoirs dont ils auraient abusé.

 

Car, de ce que la liberté moderne diffère de la liberté antique, il s'ensuit qu'elle est aussi menacée d'un danger d'espèce différente.
Le danger de la liberté antique était qu'attentifs uniquement à s'assurer le partage du pouvoir social, les hommes ne fissent trop bon marché des droits et des jouissances individuelles.
Le danger de la liberté moderne, c'est qu'absorbés dans la jouissance de notre indépendance privée, et dans la poursuite de nos intérêts particuliers, nous ne renoncions trop facilement à notre droit de partage dans le pouvoir politique.

 

Les dépositaires de l'autorité ne manquent pas de nous y exhorter. Ils sont si disposés à nous épargner toute espèce de peine, excepté celle d'obéir et de payer! Ils nous diront: Quel est au fond le but de vos efforts, le motif de vos travaux, l'objet de toutes vos espérances? N'est-ce-pas le bonheur? Eh bien, ce bonheur, laissez-nous faire, et nous vous le donnerons. Non, Messieurs, ne laissons pas faire; quelque touchant que ce soit un intérêt si tendre, prions l'autorité de rester dans ses limites; qu'elle se borne à être juste. Nous nous chargerons d'être heureux.

 

Pourrions-nous l'être par des jouissances, si ces jouissances étaient séparées des garanties? Et où trouverions-nous ces garanties, si nous renoncions à la liberté politique? Y renoncer, Messieurs, serait une démence semblable à celle d'un homme qui, sous prétexte qu'il n'habite qu'un premier étage, prétendrait bâtir sur le sable un édifice sans fondements.
D'ailleurs, Messieurs, est-il donc si vrai que le bonheur, de quelque genre qu'il puisse être, soit le but unique de l'espèce humaine? En ce cas, notre carrière serait bien étroite et notre destination bien peu relevée. Il n' est pas un de nous qui, s'il voulait descendre, restreindre ses facultés morales, rabaisser ses désirs, abjurer l'activité, la gloire, les émotions généreuses et profondes, ne pût s'abrutir et être heureux, Non, Messieurs, j'en atteste cette partie meilleure de notre nature, cette noble inquiétude qui nous poursuit et qui nous tourmente, cette ardeur d'étendre nos lumières et de développer nos facultés; ce n'est pas au bonheur seul, c'est au perfectionnement que notre destin nous appelle; et la liberté politique est le plus puissant, le plus énergique moyen de perfectionnement que le ciel nous ait donné.

 

La liberté politique soumettant à tous les citoyens, sans exception, l'examen et l'étude de leurs intérêts les plus sacrés, agrandit leur esprit, anoblit leurs pensées, établit, entre eux tous une sorte d'égalité intellectuelle qui fait la gloire et la puissance d'un peuple.
Aussi, voyez comme une nation grandit à la première institution qui lui rend l'exercice régulier de la liberté politique. Voyez nos concitoyens de toutes les classes, de toutes les professions, sortant de la sphère de leurs travaux habituels et des leur industrie privée, se trouver soudain au niveau des fonctions importantes que la constitution leur confie, choisir avec discernement, résister avec énergie, déconcerter la ruse, braver la menace, résister noblement à la séduction. Voyez le patriotisme pur, profond et sincère, triomphant dans nos villes et vivifiant jusqu'à nos hameaux, traversant nos ateliers, ranimant nos campagnes, pénétrant du sentiment de nos droits et de la nécessité des garanties l'esprit juste et droit du cultivateur utile et du négociant industrieux, qui, savants dans l'histoire des maux qu'ils ont subis, et non moins éclairés sur les remèdes qu'exigent ces maux, embrassent d'un regard la France entière, et, dispensateurs de la reconnaissance nationale, récompensent par leurs suffrages, après trente années, la fidélité aux principes dans la personne du plus illustre des défenseurs de la liberté. [Monsieur de Lafayette, nommé député par la Sarthe].

 

Loin donc, Messieurs, de renoncer à aucune des deux espèces de liberté dont je vous ai parlé, il faut, je l'ai démontré, apprendre à les combiner l'une avec l'autre. Les institutions, comme le dit le célèbre auteur de l'Histoire des républiques du moyen âge [Sismonde de Sismondi], doivent accomplir les destinées de l'espèce humaine; elles atteignent d'autant mieux leur but qu'elles élèvent le plus grand nombre possible de citoyens à la plus haute dignité morale.

 

L'oeuvre du législateur n'est point complète quand il a seulement rendu le peuple tranquille. Lors même que ce peuple est content, il reste encore beaucoup à faire. Il faut que les institutions achèvent l'éducation morale des citoyens. En respectant leurs droits individuels, en ménageant leur indépendance, en ne troublant point leurs occupations, elles doivent pourtant consacrer leur influence sur la chose publique, les appeler à concourir, par leurs déterminations et par leurs suffrages, à l'exercice du pouvoir, leur garantir un droit de contrôle et de surveillance par la manifestation de leurs opinions, et les formant de la sorte par la pratique à ces fonctions élevées, leur donner à la fois et le désir et la faculté de s'en acquitter.


1. Quelle différence existe-t-il entre la liberté des anciens et celle des modernes ?

La liberté pour les modernes consiste à vivre à bénéficier de ce que l'on appelle les libertés publiques, c'est-à-dire en grande partie des libertés individuelles (droits naturels tels que propriété de soi, des produits de son industrie ...)  garanties par le Constitution et auxquelles le pouvoir politique ne peut porter atteinte. Ils considèrent  aussi la liberté comme le droit d'élire leurs représentants.

Pour les anciens la liberté ne consistaient pas à mandater des représentants mais à exercer eux-mêmes le pouvoir politique. Mais ce pouvoir politique n'était borné par aucun droit inaliénable des individus tant et si bien qu'il n'y avait aucune liberté individuelle les droits de tout individu pouvant être remis en cause par la collectivité.

L'individu en tant que détenteur du pouvoir dans une démocratie directe peut donc décider de tout, mais il est en même temps soumis au pouvoir politique de la façon la plus absolue. Exemple : je peux faire partie de la majorité qui décide de la mort d'un homme car il a dit que Dieu n'existait pas, mon pouvoir est donc très grand, mais je peux aussi être condamné par la majorité parce que ma toge n'est pas de la longueur réglementaire.

2. Cette liberté des anciens vous paraît-elle souhaitable de nos jours ?

3. Qui exerçait le pouvoir politique chez les Grecs, et en France de nos jours ?

Le pouvoir politique était exercé directement par tous les citoyens libres, qui étaient peu nombreux donc chaque voix avait une grande importance pour les décisions à prendre. Désormais nous n'exerçons pas directement le pouvoir politique mais le déléguons, nous ne contrôlons pas chaque vote et décision de ceux que nous mandons et nous sommes si nombreux en tant que citoyens que l'influence de chacun est négligeable, l'influence est surtout organisée par des groupes de pression organisés sur la base d'intérêts communs.
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Mardi 6 mars 2012 2 06 /03 /Mars /2012 00:28

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Le FN de 2012 condamne le FN de 1984 sur le libéralisme

 

Ce ne sont pas les électeurs communistes qui deviennent frontistes, c’est le Front National qui devient communiste.


Pour que vive la France : un livre néo-marxiste

Quand Marine Le Pen devient Marine La Rouge…

Yvan Blot 

Le dernier livre de Marine Le Pen surprend. Il n’est pas « de gauche », mais carrément marxiste. En gros, le marché (qui serait une « invention », sic page 89) est le mal absolu, et l’État le bien absolu. Marx, c’est la synthèse d’Hegel et de Feuerbach : le culte de l’État et le rejet du christianisme. Le livre reprend le premier thème à satiété. Il n’exclut pas le deuxième mais se limite à quelques sous-entendus discrets. Il comprend deux parties, l’une pour désigner l’ennemi, l’autre pour apporter des solutions.

 

1/ L’ennemi est un ennemi de classe

Qui est l’ennemi ? L’islam radical et terroriste ? Marine n’a pas un mot sur ce sujet. L’ennemi serait-il, sinon l’immigré, l’immigration illégale et de masse ? Pas du tout ! L’ennemi, c’est « le mondialisme ultralibéral » (page 31). Les Trente Glorieuses après 1945 ? Pour elle, c’est grâce aux nationalisations de la Libération, (accomplies sous la pression communiste) et grâce au Commissariat au plan ! Si c’est vrai, comment se fait-il que l’Allemagne et la Suisse ont mieux réussi que nous ?

En page 41, Marine Le Pen fait une analyse marxiste orthodoxe de l’économie : « pour que les classes populaires et les classes moyennes bénéficient de la croissance, il fallait bien que le secteur financier et les actionnaires voient diminuer corrélativement leur part de la plus-value ainsi produite. Cela entraînait une baisse du taux de profit et une réduction parallèle des inégalités ». La notion de création de valeur ajoutée est absente. Il y a une plus-value (terme de Marx) qui va aux salariés ou aux actionnaires : marxisme primaire s’il en est !

A la page suivante intitulée « l’économie du diable » (sic), trône une citation du président de gauche américain, Roosevelt qui compare l’argent organisé au crime ! Marine fustige « le culte du veau d’or » et appelle Marx à la rescousse : en page 61, elle cite « Le Capital » de Karl Marx : « Pour le capitaliste financier, le processus de production apparaît comme un simple médiateur inévitable, un mal nécessaire pour faire de l’argent ».

Selon elle, la réforme de 1973 « a eu pour effet de transférer largement aux banques privées le droit régalien de création monétaire appartenant depuis des siècles à l’État national ». Marine Le Pen n’a jamais entendu parler de la monnaie scripturale créée par les banques privées depuis le Moyen Âge au moins ! Un étudiant de première année de licence en sait plus qu’elle sur le sujet !

L’Europe de Bruxelles, l’immigration, autant de méfaits du mondialisme, selon elle. Elle cite page 85, l’obscur philosophe d’extrême-gauche Francis Cousin dans son livre « critique de la société de l’indistinction ; commentaires sur le fétichisme marchand et la dictature démocratique de son spectacle » (« Editions Révolution sociale », sic) qui critique les « trotzkos altermondialistes pro-immigrés ». Marine anti-trotzkyste ? Oui, comme son conseiller « laïcité » Bertand Dutheil de la Rochère, ancien chef stalinien des étudiants communistes dans les années 68 qui semble la dominer intellectuellement.

Page 89, Marine La Rouge cite le philosophe structuraliste gauchiste Dany Robert Dufour (Le divin marché) qui écrit cette énormité : « l’invention du marché par Adam Smith procède de la théologie (..) il serait peut-être temps qu’on s’aperçoive que le capitalisme procède lui aussi d’une métaphysique ». Le marché est un lieu ou l’offre et la demande d’un produit se rencontre : il a toujours existé. C’est un fait brut de la vie des hommes. Comment peut-on prétendre que l’économiste Smith l’a inventé ? On est en plein délire !

La page d’après décrit l’Église catholique comme « caution idéologique de la monarchie absolue » : les croyants apprécieront cette réduction de l’Église à une arme idéologique des puissants, ce qui est la thèse marxiste, là encore. Un peu plus loin, Marine écrit que « le mondialisme, c’est un Évangile, mais c’est un Évangile qui se veut scientifique » : difficile de mépriser plus l’Évangile !!! Page 93, la science économique serait « une vaste fumisterie ». Marine, comme la révolution française, n’a pas besoin de savants !

Selon Marine, « le mondialisme est donc la métaphysique du divin marché, au service de la nouvelle aristocratie mondiale qu’est l’hyperclasse mondialisée (…) elle n’est que l’idéologie d’une classe dominante internationale mondialisée qui évidemment ne peut se réformer puisqu’elle bénéficie de la situation ». C’est du pur Karl Marx : le capitalisme devient impérialisme mondial et c’est l’ennemi des travailleurs !

 

2/ Cet ennemi de classe est désormais antinational.

Le 2ème chapitre du livre de Marine Le Pen traite de la diabolisation de la Nation. Cette fois, on semble retrouver le vieux Front National, sur un thème qui d’ailleurs n’est pas sans arguments. Mais cela commence par une citation de Serge Halimi, fils de la féministe Gisèle Halimi, chevènementiste pro-avortement. Serge Halimi est un journaliste du très gauchiste « Monde Diplomatique ». Dans son livre « Le grand bond en arrière », il écrit que « le marché s’installe, y compris dans nos cerveaux, obligés de comparés en permanence les prix et les services ». Hallucinant ! Qui ne compare pas, et heureusement, les prix et les services ? Le marché est une réalité : il ne s’installe pas ; il a toujours existé ! Page 105, Marine défend l’impôt : « la sourde déligitimation de l’impôt y compris à gauche rend plus difficile les efforts de redistribution ». Marine devrait aller dans les pays de l’Est, y compris la Russie qui ont un impôt sur le revenu à taux unique, la flat tax (à 13% pour la Russie). Elle semble ignorer que la France est le pays le plus opprimé du monde par l’impôt et que cela ruine notre compétitivité et crée du chômage !

Critiquant le social-traitre Rosenvallon, pas assez à gauche pour elle, elle défend alors Marx mordicus : « l’internationalisme de Marx ne consiste pas en une détestation des Nations mais en réalité, en une coordination internationale de luttes menées par les classes populaires dans leur cadre national ». Non, ce n’est pas du Georges Marchais, c’est du Marine La Rouge !

Autres intellectuels adorés par Marine, le socialiste anglais Georges Orwell qui avait combattu Franco pendant la guerre d’Espagne au sein du POUM (parti ouvrier d’unification marxiste). Mais celui qui a sa préférence est le philosophe français Jean Claude Michéa, fils de communiste, communiste lui-même, membre du PCF jusqu’en 1976 qui se veut aujourd’hui : « socialiste communautarien » (sic). Michéa fait une synthèse de Marx, d’Orwell et du marxiste américain Christopher Lasch.

Page 123, Marine s’attaque à l’oligarchie qui nous gouverne, citant Sophie Coignard. Mais elle se garde bien de mettre dans cette oligarchie les syndicats et la fonction publique, contrairement à De Gaulle qui lui, n’hésitait pas à le faire. Elle réduit l’oligarchie aux capitalistes financiers et à leurs copains politiciens : « ensemble, haut fonctionnaires devenus banquiers, banquiers devenus députés puis ministres, ils prélèvent chaque jour un peu plus sur l’économie réelle c’est-à-dire notre travail quotidien, notre sécurité sociale, l’école de nos enfants, pour combler les déficits produits par leurs erreurs et par la spéculation qu’ils ont laissé prospérer puisqu’elle leur profite ».

Le plus étonnant reste le passage sur la trahison des travailleurs par la gauche qui donne l’occasion d’un éloge dithyrambique de la gauche éternelle : (page 147) : « c’est encore Jean-Claude Michéa qui dans « L’impasse Adam Smith » m’a aidé à théoriser les constatations que je fais (..) La Gauche depuis sa naissance, a mené constamment d’immenses combats de libération. Elle a débuté son histoire politique au nom de la Raison contre les vérités révélées » (merci pour le christianisme au passage !!!). « Les philosophes et les Encyclopédistes s’attaquèrent à l’Église, l’Infâme, puisqu’ils considéraient qu’elle opprimait les consciences. » (merci pour les Papes qui ont créé, avec les Rois, les universités !!!) « Ce combat intellectuel, métaphysique, devrais-je dire, s’accompagna d’une lutte pour réduire les inégalités, améliorer le niveau de vie des plus pauvres. En un mot, la Gauche (majuscule obligatoire !) se voulait le champion de la lutte contre toutes les oppressions, qu’elles soient économiques ou idéologiques. Ce combat se voulait scientifique et rationnel (..) la Gauche appelait à la libération de l’Homme. »

Les victimes de la guerre de Vendée, (Marine admire aussi Danton, dont on sait le rôle dans les massacres de Septembre 92), de Lénine, Staline, Pol Pot, Mussolini ou Hitler (eux aussi se voulaient socialistes et « rationnels ») apprécieront !

Cette gauche voulait donc détruire toute coercition familiale, nationale, militaire ou scolaire. Elle s’est retrouvée tardivement avec le capitalisme qui lui aussi, comme l’a enseigné Marx, détruit tout cela. Marine ajoute même page 149 : « il fallait aussi détruire le Parti Communiste français de Georges Marchais, défenseur du « produisons français » et opposé à l’immigration. PCF, hélas complètement discrédité par son soutien à la tyrannie soviétique ». Marine conclut de façon très léniniste : « libéralisme et socialisme communiaient ils enfin dans l’asservissement de l’État, immolé au profit d’intérêts privés. (…) la Gauche abandonna peu à peu la défense des classes populaires, des travailleurs, des exploités, oui, j’ose le mot, pour la défense monomaniaque de l’exclu du Tiers monde ».

Mais la gauche n’est pas seule coupable car le sarkozysme, dit-elle en paraphrasant Marx, est le « stade suprême du mondialisme ».

 

3/ La deuxième partie du livre : un sauveur suprême, l’État !

A part une timide page où elle s’affirme favorable au référendum (page 180), Marine n’adore pas tant la France que l’État. Pour elle, « la nation française a succédé à L’État ». Elle se garde bien de citer Clovis ou Jeanne d’Arc bien trop chrétiens. Que la France naisse avec le baptême de Clovis, elle ne veut pas le savoir alors que les Polonais ou les Russes font dater leur Nation du baptême du roi Mieszko pour les Polonais et du baptême de Vladimir pour les Russes. Mais les Polonais et les Russes ont rejeté le marxisme alors que Marine l’a entre temps adopté ! En fait de modernisme, Marine retarde d’un siècle avec des références idéologiques d’un autre âge. « L’État est une composante essentielle de l’âme de la France », selon elle. En fait, c’est la seule composante qui l’intéresse ! Elle admet que c’est une sorte de profession de foi religieuse étatiste qui est la sienne : « parce que je crois en l’État, je crois à la fonction publique » ! (sic page 191)

Qu’on en juge ! Ses derniers chapitres qui ressemblent à un programme ont comme titres : l’État, fer de lance du redressement, l’État régalien, l’État protecteur, l’État solidaire, l’État stratège, l’État influent, l’État solide. Pas un mot par contre, sur l’État démocratique. C’est l’État qui est l’idole, et non le peuple (elle n’a pas un mot pour la démographie de la France, quantité ou qualité, homogénéité menacée : peu importe le peuple car c’est l’État qui compte !). Marine n’a pas lu Nietzsche qui a écrit : « l’État est le plus froid des monstres froids, il ment et son mensonge est : moi, l’État, je suis le peuple ! » (Ainsi parlait Zarathoustra). Marine est plus proche de l’ancien socialiste Benito Mussolini qui a déclaré : « l’État est l’absolu devant lequel l’individu et les groupes ne sont que le relatif. Le libéralisme niait l’État dans l’intérêt de l’individu. Le fascisme réaffirme l’État comme véritable réalité de l’individu. » Certes, Marine ne peut pas se réclamer de Mussolini encore qu’il vienne indiscutablement de la gauche. Alors, elle préfère citer Marx et Michéa !

Elle réclame que l’État assure la sécurité et elle a raison. Pour cela elle veut renforcer les effectifs de police et de gendarmerie et construire des places de prison. Pas un mot sur le financement de ces mesures, ni de réflexion sérieuse sur la justice. Elle ignore la cour européenne des droits de l’homme qui pourtant limite notre souveraineté judiciaire !

Les chapitres sur l’État protecteur et l’État solidaire sont banalement socialistes Elle déclare notamment : « je pense que ce choix de l’ouverture totale des frontières à un niveau record en Europe et donc en France, est pure folie ». Comment explique-t-elle alors la réussite de la Suisse, des Pays Bas, de la Suède, de l’Allemagne ou de Singapour, tous pays plus riches que nous et dont les frontières économiques sont ouvertes ? Page 207, on lit avec étonnement que la Russie a un Produit intérieur brut « très inférieur au nôtre » ! (selon le FMI en parité de pouvoir d’achat, la Russie a le 6ème PIB du monde et la France le 8ème)

Dans son chapitre sur « l’État stratège », elle semble ignorer que le monde politique navigue plus à court terme que celui de l’industrie ! L’État doit être certes stratège dans son domaine propre mais il ne remplacera pas les entreprises ! L’URSS a-t-elle été un modèle d’État stratège en économie ?

Dans « l’État influent », il y a quelques bonnes idées de politique étrangère : ne pas être vassal des USA, se rapprocher de la Russie, renforcer l’armée (avec des chiffres encore faux page 227). Mais elle n’a guère d’imagination.

Dans « l’État solide », elle admet qu’il faut cesser de s’endetter. Mais c’est un prétexte pour tuer la décentralisation, qui fut certes mal organisée. Elle ne semble pas avoir entendu parler des pays qui ont redressé leurs finances comme la Suède, le Canada, la Nouvelle-Zélande voire la Russie. Tous ces pays n’ont pas alourdi l’État, bien au contraire.

La conclusion du livre concerne la restauration de l’Éducation nationale : pas un mot sur l’utilité de l’enseignement privé ! Pas un mot sur les syndicats qui ont paralysé ce grand corps de l’État ! Comment compte-t-elle faire en dehors d’envoyer au lecteur de bonnes paroles ? La France est le pays le plus étatisé d’Occident. Il est endetté et son économie ne croît pas suffisamment La réponse de Marine : toujours plus d’État ! Elle est la dernière marxiste en Occident. Ses électeurs, préoccupés d’immigration et de sécurité, seront surpris de ce décalage entre leurs préoccupations et celles de Marine La Rouge !

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Mercredi 18 mai 2011 3 18 /05 /Mai /2011 19:26

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http://www.transport-meditrans.fr/media/pwa%20ecology.jpg 
« Les utopies apparaissent comme bien plus réalisables qu'on ne le croyait autrefois. » (Nicolas Berdiasff)

RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE
L'IMPOSTURE 
 
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LA REALITE : il faisait plus chaud au temps des châteaux forts ! Et ce n'est certainement pas l'industrialisation et le CO2 qui étaient en cause !

ENVIRONNEMENTALISME

  Ecologisme


Eco-libertarianisme

Free market environmentalism


Fichier:Green and Black flag.svg
Anarcho-primitivisme

Eco-anarchisme



environmentalism


Écologie

De Wikiberal.

Entre science et idéologie

L'écologie est la science qui étudie les relations des êtres vivants autant entre eux qu'avec leur milieu (environnement) ; l'écologue cherche ainsi à comprendre le fonctionnement des écosystèmes.

Le terme « écologie » vient du grec oikos (« maison », « habitat ») et logos (« science », « connaissance ») : c'est la science de la maison, de l'habitat. Il fut inventé en 1866 par le biologiste allemand Ernst Haeckel, bien que Henry David Thoreau l'ait peut-être inventé dès 1852. Dans son ouvrage : Morphologie générale des organismes, Haeckel désignait par ce terme « (...) la science des relations des organismes avec le monde environnant, c'est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d'existence ».

Une définition généralement admise, particulièrement utilisée en écologie humaine, consiste à définir l'écologie comme le rapport triangulaire entre les individus d'une espèce, l'activité organisée de cette espèce et l'environnement dans lequel évolue cette espèce. L'environnement est à la fois le produit et la condition de cette activité, et donc de la survie de l'espèce.

Puis cette science a donné lieu à une idéologie (puis dès les années 1920, aux courants politiques qui s'en réclament) que l'on peut distinguer en deux courants principaux :

  • l'écologie réformiste, d'essence utilitariste, qui, tout en respectant et reconnaissant les valeurs de la nature, doit permettre de la protéger et de la modifier en agissant avec prudence.
  • l'écologie profonde qui prête à la nature une "intelligence" de l'équilibre, supérieure à l'intelligence humaine, dont la finalité serait morale : assurer le triomphe du vivant. Les écologistes confèrent alors des droits à la nature en l'élèvant au rang de sujet juridique, rompant ainsi avec l'anthropocentrisme de l'idéal humaniste hérité des Lumières, d'où la notion de "crimes contre l'environnement" qui a pu voir le jour et être reprise, par exemple, dans un rapport de la Commission de réforme des lois du Canada. Les deep ecologists rejettent les valeurs de la modernité (primat de l'homme, volonté technique et industrielle, idéologie du progrès par la raison). Ils pensent la nature, "l'écosphère", comme la réalité suprême, à l'intérieur de laquelle l'homme ne serait qu'une espèce parmi d'autres.

Dans Le Nouvel Ordre écologique, Luc Ferry rappelle les accointances de l'écologisme avec les idéologies d'extrême droite et d'extrême gauche : sauvegarde du Lebensraum de la Race Germanique, pétainisme du terroir, conservatisme frileux et ouvertement anti-progressiste (vs idée de destruction créatrice), ou nostalgie d'un Age d'Or mythique (« bon sauvage », vie authentique) auquel qu'il s'agirait de revenir, tous sont unis par un même sentiment de repli et de fermeture, qui se retrouve au niveau politique (société close), culturel (défense de l'exception culturelle française, par exemple) et économique (protectionnisme).

La décroissance, mêlant arguments de types utilitaristes (néo-malthusiens : impossibilité pratique de rester au niveau de consommation actuel) et idéologiques (la perversion morale de la société de consommation) est la dernière mode des écologistes.

La solution libérale

Moins de règlementations

Tout d'abord, disparition de l'ensemble du système actuel (Ministères de l'environnement, subventions, indemnisations) : quand les assurances tripleront les primes pour les constructions en zone inondable, ces constructions s’adapteront aux inondations ; quand le FIPOL ne limitera pas la responsabilité des assurances, il n’y aura pas de marées noires ; quand les primes d’assurance contre inondation seront tarifées aux prix de marché, les personnes concernées prendront leurs précautions, etc. (cf. dérivé climatique)

C'est donc aux assurances de jouer leur rôle de régulateurs dans la gestion des risques, et aux pollueurs d'indemniser les victimes des externalités qu'ils produisent, ce qui rendra certaines techniques rentables, d'autres moins. L'intérêt personnel des propriétaires et de ceux qui les assurent sera bien un meilleur guide que les fictions idéologiques et bureaucratiques actuelles. Le marché est l'unique moyen d'optimiser les choix et d'obtenir un équilibre parmi des exigences irrémédiablement incompatibles et des échelles de valeur inconciliables puisque se servir de quelque chose ou d'un endroit à un usage c'est sacrifier tous les autres usages possibles. En définitive, l'écologie est une question économico-juridique réglable sur des marchés et dans l'appréciation de juges qui déterminent les torts et les montants des indemnisations.

La propriété est la solution

Dans son ouvrage Libéralisme (chapitre 16, "La défense de l'environnement : bien public ou bien privé ?"), Pascal Salin explique pourquoi les solutions étatiques (règlementation, taxes écologiques) ne règlent pas les problèmes environnementaux, mais au contraire les aggravent. Par exemple, l'interdiction pour raisons "écologiques" de certains commerces (ivoire, écaille de tortue...), au lieu de permettre la sauvegarde des espèces d'animaux menacées, accélère leur disparition, car les exploitations locales qui rationalisent l'élevage et veillent à la perpétuation de l'espèce ne peuvent survivre, tandis que le braconnage bénéficie de trafics d'autant plus profitables que le risque est élevé. Quant aux taxes écologiques, elles sont arbitraires et absurdes, elles supposent implicitement que l'État est propriétaire de l'environnement, la seule solution serait donc d'étatiser l'univers, le résultat serait qu'il n'y aurait plus de responsable vers qui se tourner en cas de pollution. Pascal Salin insiste sur le fait que des solutions individuelles existent, fondées sur le droit de propriété (et donc la responsabilité qui va avec), l'action en justice des victimes, ou l'assurance (tant pour les victimes que pour les pollueurs potentiels).

Un grand nombre d'économistes libertariens, aux États-Unis, généralement connus sous le nom de Free Market Environment, ont utilisé l'approche des droits de propriété afin de montrer que le marché est plus compétent que le service public pour défendre l'écologie. On compte parmi ses auteurs : Fred L. Smith, Roger J. Smith, William C. Dennis, John Baden, Richard L. Stroup. George H. Stankey et John Baden dans leur ouvrage, “Rationing Wilderness Use: Methods, Problems, and Guidelines” (Department of Agriculture, Forest Service, Odgen, Utah, 1977), discutent des implications de 5 systèmes de rationnement différents que le marché privé peut mettre en place afin de protéger l'environnement : la réservation, la loterie, la file d'attente, le mérite et le prix. En France, Max Falque met en avant la nécessité de prendre en compte l'environnement dans les décisions d'aménagement du territoire en faisant appel aux droits de propriétés et en respectant les libertés individuelles.

Citations

  • « L'objectif de la secte verte, c'est pour l'homme la punition, la vie dure ; pour la société, c'est la contrainte, la règlementation. La méthode, c'est la peur. » (Claude Allègre, Ma vérité sur la planète, 2007)

  • « Il y a 65 millions d'années, la Terre a connu au Yucatán un des plus grands cataclysmes de son histoire. Elle n'en a gardé presque aucune trace. Cette capacité à gérer les catastrophes est sans doute la véritable force de la Nature. A long terme, la Terre peut se relever de tout ce que nous lui faisons subir. Nous pourrions défricher jusqu'à la dernière forêt, elle se régénérerait en quelques milliers d'années. Nous pourrions brûler les dernières réserves de combustibles fossiles et inonder l'atmosphère de dioxyde de carbone, il ne lui faudrait qu'un million d'années pour se reconstituer. Même les espèces que nous anéantissons seront remplacées par d'autres, par la magie de l'évolution, cela prendra seulement du temps. La Terre n'en mourra pas. Ce qui ne veut pas dire pour autant que les bouleversements rapides que nous lui imposons soient sans importance. Les hommes raisonnent selon une autre échelle de temps. Nous avons évolué pour habiter le monde tel qu'il existait, à présent nous le transformons en modifiant l'environnement qui a permis à notre espèce et à nos civilisations de prospérer. Nous sommes certes plus évolués que les dinosaures, mais sommes-nous armés face aux brusques changements à l'échelle de la planète ? On dit souvent qu'il faut sauver la planète, mais ce n'est pas la planète qui est en danger, c'est nous. » (Reportage de la BBC)

Bibliographie

  • 1992,
    • Glenn Fox, The Pricing of Environmental Goods: A Praxeological Critique of Contingent Valuation, Cultural Dynamics, 5: 245-259
    • Peter S. Menell, Institutional Fantasylands: From Scientific Management to Free Market Environmentalism, Harvard Journal of Law and Public Policy, Vol 15, pp589–610
  • 2000, David Schoenbrod, Protecting the Environment in the Spirit of the Common Law, In: Roger E. Meiners et Andrew P. Morriss, dir., The Common Law and the Environment: Rethinking the Statutory Basis for Modern Environmental Law, Lanham, MD: Rowman and Littlefield, pp3–24

 

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Mardi 17 mai 2011 2 17 /05 /Mai /2011 23:40

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Allocution d'ouverture de Jean-Yves Le Gallou, président de Polémia

 

    Deuxième cérémonie des Bobards d’Or 5 avril 2011

 

Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Nous allons récompenser ce soir les plus brillants désinformateurs. Ceux qui n’hésitent pas à mentir délibérément pour servir le politiquement correct.

Mais ne nous y trompons pas, il s’agit moins de critiquer des hommes et des femmes que de dénoncer un système : la tyrannie médiatique.

Bien peu se hasardent à critiquer les grands médias parce qu’ils sont le pouvoir. Et pourtant, c’est précisément parce qu’ils sont le pouvoir, le pouvoir sur les esprits, en tout cas, qu’il est de notre devoir de les critiquer. Car les grands médias sont un rouage essentiel du pouvoir tout court. Le président du groupe socialiste au Parlement européen, Martin Schultz, l’a reconnu, je cite : « En démocratie, ce sont les médias qui contrôlent le pouvoir. »

La verticale du pouvoir

Mais qui donc contrôle les médias ? La réponse est simple : les banques, les oligarques de la superclasse mondiale (SCM) et les mercenaires intellectuels qui les servent.

Il y a donc une verticale du pouvoir dans ce qu’on appelle les démocraties occidentales : les grandes puissances financières y contrôlent l’opinion par l’intermédiaire des médias, des campagnes de communication et de la publicité.

Car contrairement à ce qu’on nous raconte, le pouvoir ne vient pas d’en bas dans les démocraties libérales occidentales. A de rares exceptions près – là où il y a des référendums d’initiative populaire, cette potion magique du peuple – le pouvoir n’appartient plus au peuple mais aux grands oligarques. Ce sont eux qui contrôlent la fabrication de l’opinion et l’offre électorale dominante.

Les banques et la SCM au cœur du système médiatique français

Si vous le voulez bien, jetons un coup d’œil rapide sur les propriétaires des médias français :

Au Figaro, Serge Dassault, dont le métier est de vendre des avions d’affaires aux patrons des grandes entreprises et du matériel militaire aux monarchies pétrolières ; sa prospérité est intimement liée au développement de la superclasse mondiale.

Aux Echos, Bernard Arnault, quatrième fortune mondiale, l’homme de l’industrie du luxe et donc, là aussi, étroitement dépendant de la prospérité de la superclasse mondiale.

Au Monde, au côté de Pierre Bergé, lui aussi homme du luxe et financier de SOS-Racisme, Mathieu Pigasse, de la banque Lazard.

A Libération c’est la banque Rothschild qui est aux commandes.

Même situation dans la presse quotidienne régionale, la PQR : le Crédit agricole contrôle toute la presse nordiste et picarde ; le Crédit mutuel est, lui, aux manettes des journaux alsaciens, bourguignons et rhônalpins.

Quant à Bouygues qui contrôle TF1 voici son conseil d’administration : le bancassureur Groupama, Indosuez, BNP Paribas, la financière Artémis et Bernard Arnault. La boucle est bouclée.

Les journalistes, des conseillers de clientèle de banque ?

Quel est le point commun entre un journaliste du Monde, du Courrier picard, de Libération ou de Vosges matin ? Ce sont tous indirectement des employés de banque !

Alors vous avez sûrement beaucoup de considération pour le conseiller de clientèle que votre banque a mis à votre service. Il peut occasionnellement vous apporter des informations utiles. Mais vous savez qu’il sert d’abord ses intérêts et celui de son employeur.

Eh bien, un journaliste, c’est un peu pareil ; c’est un peu comme le « conseiller de clientèle » de votre banque : l’information qu’il vous donne est « orientée », partielle, partiale, biaisée.

Les rouages de la presse d’influence

Les grands médias ne gagnent guère d’argent. Au contraire, ils en perdent. Ceux qui investissent dans les médias n’en attendent donc pas une rétribution financière immédiate ; non ils visent à acquérir du pouvoir, de l’influence. Voilà pourquoi, contrairement à ce qu’ils prétendent, les grands médias ne sont pas des médias d’information mais des médias d’influence. Ce sont des prescripteurs d’opinion : ils ne cherchent pas à aider à comprendre mais à faire croire.

La verticale du pouvoir médiatique

L’organisation du pouvoir médiatique est pyramidale.

- Au sommet trônent les oligarques de la superclasse mondiale : eux participent aux jeux et aux montages du pouvoir ; ils retrouvent les banquiers, les financiers, les chevaliers d’industrie et les hommes politiques dans des cénacles restreints comme le Club Le Siècle. C’est parce qu’il en était et qu’il a fait ses classes à New York et dans les rédactions des journaux d’affaires qu’Eric Israelewicz vient d’être nommé à la tête du quotidien Le Monde.

- A la base, on trouve les soutiers de l’information orientée d’autant plus dépendants qu’ils sont précarisés, et qu’ils se surveillent les uns, les autres. Malheur au « petit dealer » du politiquement correct qui viendrait à s’écarter du troupeau !

- Entre les deux, voici la caste des grands vicaires qui donnent le ton des sermons : les présentateurs du « 20 heures » : David Pujadas, Laurence Ferrari, Claire Chazal, Harry Roselmack; et une dizaine de « grands éditorialistes », se répandant partout : Claude Askolovitch, Nicolas Domenach, Joseph Macé-Scaron, Jean-Michel Aphathie, Jean-Claude Bourdin, Alain Duhamel, Alexandre Adler ou Nicolas Demorand. Quel merveilleux vivier de candidats aux Bobards d’Or ! Vous retrouverez d’ailleurs beaucoup d’entre eux dans cette édition 2011… Ces maîtres du discours sont des « grandes consciences » et des « sachants », à l’image des Dio, des Durfort et des Vilsberg, si bien décrits par Jean Raspail dans son roman prophétique Le Camp des Saints.

L’idéologie médiatique : le politiquement correct

« Tout ce qui est politiquement correct est nôtre » : telle est l’idéologie du pouvoir médiatique. Un cocktail d’affairisme mondialiste et de trotskysme d’école de journalisme. Vous mélangez le laisser-fairisme libréchangiste du Financial Times et la rupture sociétale façon Libération et vous atteignez le point G de l’extase médiatique.

L’exubérance émotionnelle de la sphère médiatique

La belle devise de la presse libre – « Je ne blâme ni ne loue, je raconte » – est passée à la trappe. Comme le dit Daniel Cohn-Bendit : « L’information équilibrée en démocratie, cela n’existe pas ». La presse n’informe plus, c’est « le café du commerce du village mondial » (Martin Peltier). La sphère médiatique y impose son pouvoir par la dictature de l’émotion. Son arme de manipulation massive est le manichéisme. Il y a le camp des saints et le camp du diable.

Bienheureuse Florence Cassez « avec son petit panier vert pomme, son nescafé et ses pleurs » (France-Info), pure Sakineh aux traits d’icône, saint Dominique Strauss-Kahn, sauveur de l’économie mondiale (publi-reportage Canal + / Euro-RSCG), merveilleux peuples arabes en révolution, angélique Roman Polanski.

Inquiétante Russie, « Salaud de peuple suisse » (Askolovitch), épouvantable « ophtalmo raciste » (la presse unanime).

Méchant Kadhafi, gentil petit roi de Bahrein aidé par les gentils blindés saoudiens contre les méchants chiïtes.

Le média est le mensonge

Le monde des médias dominants est construit comme une histoire de bisounours, un conte pour enfants avec ses bons et ses méchants ; pour bercer d’illusions les consommateurs à qui les oligopoles mondiaux veulent vendre de la bimbeloterie ; et pour mieux infantiliser les citoyens à qui la superclasse mondiale veut imposer le désordre cosmopolite pour mieux les soumettre au nouvel ordre mondial. Le média n’est pas seulement le message, le média est le mensonge. Le média n’est pas l’écran de la réalité, le média fait écran à la réalité.

Le sens de la cérémonie des Bobards d’Or

C’est pour cela que Polémia a créé la cérémonie des Bobards d’Or.

Pour dénoncer la soumission du pouvoir exécutif au pouvoir des banques et de la superclasse mondiale.

Pour dénoncer « ces médias qui tuent la raison dans le peuple » (Henri Hude) et qui, par là-même, sapent les fondements de la démocratie.

Pour rétablir la liberté du débat et la libre opinion.

Pour déchirer le voile du mensonge.

Vous allez avoir ce soir une grande responsabilité : attribuer les Bobards d’Or 2011. Votre tâche sera difficile car tous les candidats qui vous sont présentés sont méritants ! Mais vox populi, vox dei : c’est à vous de les élire !

Je déclare ouverte la deuxième cérémonie des Bobards d’Or.

Polémia
05/04/2011

Jean-Yves Le Gallou


A l'occasion des Bobards d'Or, voici un entretien avec Jean-Yves Le Gallou, réalisé par Patrick Cousteau

Vous allez présider ce soir la deuxième cérémonie des Bobards d’Or. De quoi s’agit-il ?

Jean-Yves Le Gallou : C’est une grande soirée de gala, semblable aux Oscars ou aux Césars, où nous récompensons les meilleurs journalistes du Système. Il s’agit de primer les journalistes et les désinformateurs les plus dévoués au politiquement correct mais surtout les plus habiles ou audacieux, ceux qui n’hésitent pas à mentir pour faire coller l’actualité à la pensée unique.

Qui sont les nominés, cette année ?

En télévision, la chaîne M6, qui, dans le cadre d’un sujet sur le voyou qui avait aveuglé des pilotes d’avion avec des lasers au moment de l’atterrissage, a rebaptisé la personne condamnée « Sébastien » alors que son vrai nom était… « Jihad » ! Il y a également Olivier Mazerolle, sur BFM-TV, qui a présenté de manière très sérieuse une intervention de « l’économiste chinois » Kuing-Yamang – qui tapait sur le modèle français – sans se rendre compte, apparemment, qu’il s’agissait d’un canular puisque le kouign-aman est, bien entendu, un gâteau breton ! Enfin, il y Céline Bittner, sur La chaîne parlementaire, pour un reportage particulièrement mensonger sur l'immigration.

En presse écrite, il y a le quotidien 20 Minutes/Lyon qui revendique sa « laïcité » pour refuser une publicité catholique après avoir passé une publicité pour l'abattage halal ; Le Figaro pour sa Une sur la démographie en France et Alexandre Adler pour qui « il y a eu des armes de destruction massive en Irak ».

En radio, notons Claude Askolovitch, sur Europe 1, pour qui « les homosexuels se marient partout dans le monde » ; Anne-Sophie Mercier, la fausse rebelle de Charlie-hebdo qui, toujours sur Europe 1, affirme : « Je suis pour une société de tabous, je ne suis pas pour une société de la parole libérée » ; et Jean-Jacques Bourdin, sur RMC, niant la réalité sur les clandestins de Lampedusa.

Il y a aussi une catégorie « Strass et Paillettes » ?

A l’heure où nous parlons (lundi soir), Jamel Debbouze est bien placé pour en être le lauréat, lui qui affirme que « l’Islam est en France depuis 3.000 ans » !

N’est-ce pas une bêtise plus qu’un bobard ? Comment détectez-vous le « bobard » ?

Le bobard peut être une bêtise validée par le Système médiatique. Le rôle du journaliste, en entendant cela, serait de protester ou de rectifier. S’il ne le fait pas, il valide la bêtise, lui donne la valeur d’un argument d’autorité auprès des personnes les moins formées. De fait, cela devient un bobard. Notons qu’à partir du moment où une bêtise ou une information fausse va dans le sens du politiquement correct, elle n’est pas rectifiée et encore moins sanctionnée. C’est l’exact contraire, illustré par l’affaire Zemmour, avec une vérité dérangeante pour le Système ! En réalité, ce qui compte, pour le Système, n’est pas la véracité des propos mais leur conformité à la pensée unique.

Comment expliquez-vous la présence des bobards dans l’information ? Est-ce de l’ignorance, de la mauvaise foi, une volonté idéologique de travestir la vérité ?

« Tout ce qui est politiquement correct est nôtre » : telle est l’idéologie du pouvoir médiatique. La vérité et l’information ne sont plus les buts essentiels des médias. Ce sont des supports d’influences, des véhicules du politiquement correct.

Ensuite, je crois que la majorité des journalistes est mue par deux grandes forces : la paresse et la lâcheté. La paresse, qui fait qu’il ne sert à rien de vérifier le politiquement correct, car cela ne peut qu’attirer des ennuis. Imaginez le type qui fait son travail et démonte un grand bobard : il met en péril sa carrière, risque le placard… alors que, s’il se tait, il reste dans la masse, bien protégé. C’est un monde orwellien que je voudrais illustrer par notre « cas d’école » du bobard : l’affaire de l’ophtalmologiste raciste, qui déconsidère toute la caste journalistique…

Quels sont les faits ?

Un ophtalmologiste interrompu durant une consultation par un patient a été accusé de refuser de soigner une enfant après avoir proféré des injures racistes contre son père (le patient pressé). Sans aucune vérification et en prenant comme seuls « témoins » l’accusateur et une personne absente des lieux, l’ensemble de la presse s’est déchaînée contre un innocent. Mieux : Chloë Leprince, de Rue 89, a enquêté pour retrouver le médecin ; elle ne l’a pas appelé pour obtenir sa version des faits mais l’a, en revanche, livré à la vindicte publique en publiant ses nom et adresse sur Internet ! Ce banal montage « antiraciste » a été repris par la quasi-totalité des médias avant de se dégonfler devant la réalité : l’absence de tout comportement « raciste » de la part du praticien. Cette unanimité prouve en l’occurrence que le bobard n’est pas accidentel mais systémique. Chloë Leprince, de son côté, mériterait d’être distinguée par un Cafard d’or !

Vous-même dirigez le Bulletin de réinformation sur Radio Courtoisie. Qu’est-ce qui distingue vos journalistes des autres ? Ne sont-ils pas susceptibles de céder eux aussi à leurs passions idéologiques ?

D’abord, ils sont libres, puisque bénévoles. Radio Courtoisie est en effet un médium entièrement libre, ne dépendant pas, contrairement aux autres, des publicités des grands groupes ou des pressions des actionnaires. Ensuite, les responsables du Bulletin doivent à tout prix éviter le style « éditorialisant ». Ils doivent présenter non pas leurs opinions, mais différents points de vue, étayés par des faits sérieusement vérifiés et, si possible, non évoqués par les gros concurrents. Cela ne les met évidemment pas à l’abri des erreurs, mais au moins limite les risques. Enfin, nos équipes ne s’autorisent pas le mensonge. Leur interprétation ou leur présentation des faits offrent aux auditeurs un point de vue alternatif, comme une sorte de contre-pouvoir à la pensée unique, mais ceci est parfaitement conforme à la déontologie journalistique : les faits sont sacrés, mais l’interprétation est libre. Finalement, quantitativement, les équipes du Bulletin de réinformation font entendre le point de vue du faible (les dissidents de la pensée unique) en complément du point du vue du fort (l’ensemble du Système médiatique). C’est de l’information asymétrique !

(avec l’aimable autorisation de l’hebdomadaire Minute) Polémia 04/04/2011

Image : Jean-Yves Le Gallou

Patrick Cousteau


La cérémonie des Bobards d’Or a eu lieu le mardi 5 avril. La fondation Polémia a remis le prix de la désinformation aux journalistes ayant été les plus habiles à mentir à l’opinion.

Une affluence record (plus de 250 personnes), une ambiance survoltée, le public a élu :

  • Télévision : Céline Bittner (LCP) pour « A chaque crise les frontières se ferment davantage à l’immigration » ; alors que l’immigration régulière est passée de 50.000 dans les années 1970 à 200.000 (record annuel) en 2010. •
  • Presse écrite : Le Figaro, pour sa « une » avec neuf bébés européens pour saluer la fécondité en France et un article minorant les naissances d’origine étrangère extra-européennes ; alors que celles-ci s’élevaient déjà à plus de 150.000 en 1999, selon les chiffres du dernier recensement.
  • Radio : Claude Askolovitch (Europe 1) pour « Les gays se marient partout dans le monde » ; alors que le mariage gay n’existe ni en Asie, ni en Afrique, ni en Océanie, ni dans les pays musulmans, ni en Israël, ni dans la majorité des pays d’Europe ; et qu’il n’existe aux Etats-Unis que dans quelques rares Etats et qu’il a été interdit par référendum en Floride, en Arizona et en Californie (le jour même de l’élection de Barack Obama).
  • Strass et paillettes : Les amis de Roman Polanski pour un ensemble de déclarations excusant et justifiant le viol d’une fillette de 13 ans et dénigrant la victime.

Un Bobard d’Or à été remis à l’ensemble du système médiatique pour l’affaire de l’ « ophtalmo raciste » : toute la presse s’est mis le doigt dans l’œil en accusant un innocent sans prendre la peine de s’assurer de la réalité des faits.

Et un Cafard d’Or a été attribué à Chloé Leprince (Rue 89) qui a donné en pâture le nom et l’adresse de l’ « ophtalmo raciste » sans prendre la peine de lui téléphoner pour entendre son point de vue sur les faits dont il était accusé.

Près de 2000 internautes ont suivi l’intégralité de la cérémonie sur leurs écrans sur les sites : Polémia, Fdesouche, Novopress, Altermedia, e-deo, Nouvelles de France, europaradio et défrancisation.

Devant un tel succès, nous ne pouvons faire autrement que de vous donner rendez-vous en 2012 pour la 3ème édition des Bobards d’Or !

Polémia
contact@bobards-dor.fr
Polemia1@gmail.com.
06/04/2011

Polémia

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Mardi 17 mai 2011 2 17 /05 /Mai /2011 22:26

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Bobards savants, bobards par l'image, bobards cristallins : revue de détail !

http://fr.novopress.info/wp-content/uploads/2011/04/Pol%C3%A9mia-Les-Bobards-dor-2011-Affiche-500p.jpg

 

La deuxième cérémonie des Bobards d’Or aura lieu

le 5 avril 2011 à 20h15

Salle Athènes-Services, 8 rue d'Athènes, 75009 Paris.

Vote et inscription sur : www.bobards-dor.fr

 

Presse écrite, radio, télévision, il y a bobards et bobards :

- il y a le bobard cristallin, le satané mensonge froidement assené ;
- il y a le bobard savant qui repose sur l’affirmation péremptoire d’une information fausse ;
- il y a aussi le bobard subliminal à coups d’images trafiquées ;
- il y a enfin le bobard par inconscience et légèreté.

Revue de détail des principaux bobards en compétition en 2011.

Le bobard cristallin

Le bobard cristallin c’est le mensonge froidement assené. C’est M6 qui rebaptise en « Sébastien » le délinquant Djihad ayant visé au rayon laser des avions de ligne. C’est 20 minutes/Lyon qui explique doctement à l’évêché qu’il ne peut accepter sa publicité pour la fête de la Lumière, représentant la Vierge Marie, car c’est un « journal laïc » ; un « journal laïc » qui a crânement publié trois mois plus tôt une publicité confessionnelle musulmane : « Fièrement hallal ». C’est Le Parisien qualifiant Riposte Laïque, dont les membres viennent de la gauche ou de l’extrême gauche, de « groupuscule d’extrême droite » au motif que cette association participe à un colloque sur l’islamisation. C’est le dialecticien Alexandre Adler affirmant dans Le Figaro : « Il y avait des armes de destruction massive en Irak », un mensonge en abyme puisque publié dans un article censé dénoncer les « mensonges ». C’est Philippe Gélie, toujours du Figaro, expliquant qu’Abraham Lincoln était un président issu du parti… démocrate ! Un comble pour un ancien correspondant à Washington. C’est l’histrion (et non l’historien !) Jamel Debbouze déclarant, sans être contredit par le journaliste (?) qui l’interroge : « L’islam est en France depuis 3000 ans ».

Le bobard savant

Le bobard savant consiste à affirmer de manière péremptoire une information fausse à l’appui d’une thèse politiquement correcte. C’est l’apanage de l’éditorialiste « sachant » aussi arrogant qu’ignorant. C’est Joseph Macé-Scaron (RTL) assurant tranquillement que voter sur des sujets de société est un détournement de la procédure du référendum suisse ; alors que le peuple suisse a précisément les mêmes pouvoirs que les députés et qu’il a le droit (et le devoir) d’intervenir sur tous les sujets. C’est Claude Askolovitch (Europe 1) prétendant que « les homosexuels se marient partout dans le monde », alors que le « mariage gay » n’existe ni en Asie, ni en Afrique, ni dans le monde musulman, ni en Israël, ni dans la majorité des pays d’Europe ; et qu’aux Etats-Unis le « mariage gay » a été repoussé dans tous les Etats où il y a eu des référendums. C’est Anne-Sophie Mercier (RTL, Charlie-hebdo) donnant le la de la morale : « Je suis pour une société de tabous. Je ne suis pas pour une société de la parole libérée. Je ne suis pas pour qu’on donne la parole au peuple. » C’est Pujadas de France2 (déjà titulaire d’un Bobard d’Or en 2010) qui affirme : « La récidive en matière pénale est exceptionnelle. » C’est Bourdin (RMC) prétendant que les clandestins de Lampedusa n’arrivent pas en France. C’est Cécile Bittner de la chaîne parlementaire assurant : « Plus on s’enfonce dans la crise, plus nos frontières se ferment aux étrangers, y compris sous la gauche », alors qu’en réalité nous sommes passés de 50.000 entrées annuelles (régulières) d’étrangers à plus de 200.000 !

Le bobard subliminal

Le bobard subliminal repose sur le trafic d’images. Ainsi le site Internet d’Europe 1 a choisi l’image d’un jeune Blanc bien mis pour illustrer un viol collectif commis dans un train par une bande issue d’une banlieue de l’immigration africaine. De même de nombreux journaux, dont les Dernières Nouvelles d’Alsace, ont trafiqué la photo de Sakineh, l’Iranienne meurtrière de son mari condamnée à la lapidation pour adultère : la quadragénaire revêche et défraîchie est remplacée par la photo retouchée et icônisée d’une jeune fille aux traits virginaux. C’est Le Figaro (décidément un précieux vivier à bobards !) qui salue en « une » le haut niveau de la fécondité en France avec 9 photos de bébés, tous européens, ce qui ne reflète pas vraiment la réalité des salles d’accouchement.

Le bobard par légèreté

Pourquoi vérifier ses sources alors qu’il est si simple de diffuser de belles images ? C’est le principe qu’a retenu Olivier Mazerolle présentant sur BFM un entretien justifiant la mondialisation et émanant du « Cours d'économie du vénérable professeur Kuing Yamang » (sic). En fait, un canular rebattu qui a échappé à l’œil de lynx du grand pro !

Il y a plus grave : l’ensemble de la presse écrite et audiovisuelle a présenté sans la moindre preuve un ophtalmologiste de Montpellier comme « raciste ». Une simple dénonciation calomnieuse a ruiné la réputation d’un homme dans l’ensemble des médias dont aucun n’a pris le soin de la moindre vérification des faits.

Les médias français sont recalés aux « mensonges-tests »

Il y a des crashs tests pour les banques. Il y a des tests de sécurité pour les centrales nucléaires. S’il devait y avoir des « mensonges-tests » pour les grands médias français, bien peu seraient capables d’y faire face !

Polémia
31/03/2011


Les Bobards d'Or 2011 - Strass et paillettes : eux aussi ont droit aux bobards d'or

 Polémia a créé cette année une nouvelle catégorie de récipiendaires : « Strass et paillettes ». Il s’agit ici de récompenser les vedettes du show-biz qui s’illustrent par leurs sottises.

L’habitude a été prise de demander leur avis politique aux vedettes du spectacle qu’il s’agisse du spectacle sportif, du cinéma ou du théâtre. La logique est la suivante :

 

  • -améliorer leur audimat pour les médias ;
  • -gagner de la notoriété et assurer la promotion de leur spectacle pour les vedettes ;
  • -le tout bien sûr au service du politiquement correct : l’objectif étant d’utiliser les vedettes pour faire passer des messages conformistes ; c’est en tout cas la condition pour être réinvité…

Bien entendu cela ne va pas sans une hypocrisie de bon aloi : des gens habitant dans des maisons de 400 mètres carrés défilent pour les « mal logés » …sans penser à les loger. Des révolutionnaires de salons vivent de la publicité qu’ils font à la télévision pour des banques. Des immigrés modèles d’intégration se drapent dans des drapeaux étrangers. Voilà qui mérite aussi ses bobards d’or.

Eric Cantona et Pierre Arditi : Deux faux culs dans un même panier

« Faites ce que je dis, pas ce que je fais » : voilà un adage populaire parfaitement intégré par Eric Cantona et Pierre Arditi.

En effet, Eric Cantona a tenu un discours aux accents révolutionnaires :

« Le Système c’est quoi ? Le pouvoir des banques. Au lieu qu’il y ait trois millions de gens qui aillent dans les rues, ces trois millions ils vont à la banque et ils retirent leur argent (…) Pas d’armes, pas de sang, à la Spaggiari. ».

De mâles et très antilibéraux propos qui cadrent mal avec les activités hautement rémunératrices de son épouse, Rachida Brakni, qui s’affiche sur le petit écran dans des publicités pour la banque Le Crédit Lyonnais.
Quand monsieur conspue les banquiers, Madame en vante les mérites… Tant de cohérence peut faire douter de la sincérité de Cantona, lui aussi égérie publicitaire de nombreuses grandes marques capitalistes (Renault, Nike…).

De son côté, sur France 2, Pierre Arditi tenait le rôle d’animateur, démago humaniste donneur de leçons, dans une émission consacrée à une critique du système capitaliste.

Gauchiste de salon doré, Pierre Arditi semble ne voir, lui non plus, aucune contradiction entre cette posture anticapitaliste et le fait de participer à une publicité pour la banque Le Crédit Lyonnais… grassement rémunéré, comme il se doit.

Les mensonges de (et sur) l’équipe de France de football

Présentée comme un symbole du « Vivre ensemble », l’« équipe » de France de football est divisée, selon ses origines « ethniques et religieuses ». A la question du journaliste Vincent Duluc, « Est-ce que les différentes cultures forment des clans en équipe de France ? » Govou répond : « Quand on cherche des affinités, la couleur, c’est la première chose qui vient à l’esprit. »

Autre mensonge : Pour tenter de sauver un peu la face après leur prestation sud-africaine, les « Bleus » avaient affirmé qu’ils renonçaient tous à leurs primes de match (perdus !). Mais quelques semaines plus tard, on apprenait qu’il n’en était rien. Anelka et Henri réclamaient leurs primes.

Zinedine Zidane : L’imposture sonnante et trébuchante de l’icône

Emblème d'une intégration prétendument réussie et de la glorieuse France black-blanc-beur, mascotte de la victoire de football de 1998 qui nous a valu son pesant de déclarations démagogiques sur « le porte-drapeau d'une France plurielle », « Zizou » à la cote.

A écouter tous ces dealers de la pensée unique, notre Kabyle est un « bon Français ». Pourtant, ses origines algériennes sont restées bien vivaces au point de lui faire préférer le drapeau algérien au drapeau français lors de la dernière coupe du monde de football. Comme il le dit : « je suis fier d’être Algérien. »

Et le grand « Zizou », devenu VRP international, mange à tous les râteliers : au service de plusieurs grandes multinationales (Assurances Generali, Danone, etc.) mais toujours le drapeau vert frappé du Croissant en main, notamment quand il loue à prix d’or ses service aux émirs milliardaires du Qatar pour la préparation du prochain « mondial » de football !

Jamel Debbouze : « L’islam est en Europe depuis 3 000 ans » (sic) : Ou quand les clowns médiatiques se mettent à faire de l’histoire

A l’occasion de l’inauguration, le 25 janvier 2011, du Festival du cinéma à la prison de Fleury-Mérogis, Jamel Debbouze a fait au journal Le Parisien des déclarations pour le moins surprenantes… Il y prétend que: « L'Islam est en Europe depuis 3 000 ans » ! Ce qui est surprenant pour une religion né au… VIIe siècle de notre ère ! Après les films mensongers Les Indigènes et Hors-la-loi, Jamel Debbouze fait désormais partie de la grande cohorte des histrions ignares manipulateurs de l'histoire.

Désinformation et manipulations des « soutiens à Roman Polanski » : Quand les hommes de pouvoir voient l’un des leurs attaqué

Dans l’accès de véhémence et d’hystérie qui s’est emparé des soutiens de Roman Polanski lorsque ce dernier a été rattrapé par la justice pour avoir drogué et violé une jeune fille de 13 ans, les manipulations et les mensonges ont tenu une large place. T

ous refusant que le « génie » soit soumis à la loi du commun des mortels, les uns ont cherché à minimiser la gravité des faits, d’autres à salir la victime, d’autres encore à faire passer le cinéaste pédophile pour un martyr de l’antisémitisme…

Petit florilège :

« Le voir ainsi jeté en pâture pour une histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens » Frédéric Mitterrand.

« Rien ne ressemble plus à une fille de 18 ans qu’une jeune fille de 13 ans. » Pierre Benichou

« Ce sont des méthodes de la Gestapo, à la seule différence que sous l'Occupation on pouvait aller se cacher en Suisse. » Claude Lellouch

« La France est en proie à une véritable fureur de la persécution. Et il n'y a pas que la France. C'est toute la planète Internet qui est devenue comme une immense foule lyncheuse. » Alain Finkielkraut

Une « hystérie collective et lyncheuse » qui semble s’être rapidement calmée puisque le cinéaste violeur vient de recevoir le prestigieux César, récompense suprême du cinéaste, sous les applaudissements énamourés du Tout-Paris intellectuello-artistique.


Bobards d'or : match serré pour le bobard d'or catégorie radio

 Polémia poursuit la revue des principaux candidats : cette fois pour la radio.

Les fâcheries ou les querelles dans les files d’attente sont fréquentes. Ce ne sont pas des événements, ni même des incidents. Pourtant, à Montpellier le 6 octobre 2010, une affaire a été montée en épingle par l’ensemble de la presse.

L’affaire de l’ophtalmo « raciste » : Bourdin (RMC) devrait chausser ses lunettes

6 octobre 2011 : Interrompu durant la consultation d’un autre patient, un ophtalmologiste a été accusé de refuser de soigner une enfant après avoir proféré des injures racistes contre son père. Un banal montage « antiraciste » parmi d’autres repris par la quasi-totalité des médias avant de se dégonfler devant la réalité : l’absence de tout comportement raciste de la part du praticien. Dans cette affaire, Bourdin s’est illustré en reprenant durant 7 longues minutes de grande écoute les calomnies de l’accusateur sans avoir pris soin de la moindre vérification… Jean-Jacques Bourdin de RMC devrait chausser ses lunettes !

Bourdin, récidiviste du bobard ?

3 mars 2011 : Récidiviste du bobard Jean-Jacques Bourdin s’est illustré par cette déclaration : « On a beaucoup parlé de ces immigrés clandestins venus de Tunisie nous « envahir », enfin nous « envahir », pour l’instant il n’y a que quelques dizaines de Tunisiens qui sont arrivés en France ». Le même jour le Figaro, expliquait :« Quelque 460 clandestins tunisiens ont été interpellés depuis le 1er février dans les Alpes-Maritimes à la frontière franco-italienne, soit dix fois plus que l’an dernier à la même période, a-t-on appris aujourd’hui de source administrative. Une cinquantaine d’autres, venus par la même route, ont en outre été interpellés dans les départements voisins du Var et des Bouches-du-Rhône, selon la même source. Sur les 460 personnes arrêtées dans les Alpes-Maritimes, arrivant essentiellement de Tunisie via l’île italienne de Lampedusa, figuraient 27 passeurs. »

Europe 1 : la désinformation subliminale

Rendant compte d’un procès d’assises pour le viol collectif d’une jeune fille dans un train, Europe 1 choisit de minorer et explique que « les choses ont dégénéré ». Rien, bien sûr, sur l’origine des agresseurs. Mais, de manière subliminale, sur son site Internet, Europe 1 illustre l’article de la photo d’un jeune mineur blanc, bien mis, (peau claire, taches de rousseur, élégante chemise à rayures). Précisons que les agresseurs de Caroline viennent du quartier de la Vigne blanche aux Mureaux, quartier marqué par une forte délinquance et qui est ghettoïsé par des riverains du fleuve Sénégal. Voilà qui pourrait valoir un bobard d’or au webmestre d’Europe 1 pour déni de réalité à la une !

Joseph Macé-Scaron (Marianne, RTL) : cuistrerie et prétention

Avec Joseph Macé-Scaron, de Marianne, le bobard s’intellectualise sur RTL : son propos sur le référendum suisse sur le renvoi des étrangers criminels relève de la cuistrerie mensongère. Joseph Macé-Scaron affirme de manière péremptoire : « Le référendum a été institué en Suisse pour des avancées démocratiques ; pas pour être posé sur des questions de société; c’est une perversion de ce qu’a été le référendum en Suisse. » Le vocabulaire est prétentieux et frise l’anachronisme mais, derrière la cuistrerie, un gros mensonge se cache : car le référendum en Suisse donne au peuple les mêmes pouvoirs législatifs qu’au Parlement, y compris donc sur les sujets de société. Et il y a eu des référendums sur les sujets de société dès l’origine.

Anne-Sophie Mercier (Charlie-hebdo, RTL) : la cruche de service ?

Décidément les Suisses ne sont pas aimés et les journalistes méprisent la démocratie référendaire. Toujours sur RTL Anne-Sophie Mercier, journaliste à Charlie Hebdo, fait part de son indignation sur le vote suisse sur le renvoi des étrangers criminels. Elle déclare : « Je suis pour une société de tabous. Je ne suis pas pour une société de la parole libérée. Je ne suis pas pour qu’on donne la parole au peuple ».

Ces phrases sont fortes. Elles révèlent que pour Anne-Sophie Mercier le rôle du journaliste n’est pas de rapporter des faits mais de poser des interdits politiquement corrects. Ce qui, pour une journaliste travaillant dans un journal satirique (?), ne manque pas de sel. Merci, Anne-Sophie, de cet aveu ! Cela pourrait valoir un « prix nunuche ».

Les lubies du grand sachant Askolovitch (Europe 1)

Claude Askolovitch n’aime pas non plus les Suisses (« ce peuple de salauds »). Mais ce propos clairement haineux et raciste ne peut suffire à lui valoir un bobard. Mais quand il parle du mariage gay, il fait passer ses lubies avant la réalité en affirmant : « C’est la sempiternelle question de la France qui n’arrive pas à devenir moderne dans sa tête et dans ses pratiques. » Et Askolovitch d’assener : « Les homosexuels se marient partout dans le monde. »

Pardon, grand sachant Askolovitch, sans même parler de l’Asie, de l’Afrique, du monde musulman, d’Israël ou de la Russie, le mariage homo n’est autorisé ni en Grande-Bretagne, ni en Italie, ni en Allemagne, ni en Suisse, ni en Autriche, ni en Irlande, ni en Pologne, ni en Grèce.

Il n’est pas davantage autorisé aux Etats-Unis sauf dans cinq Etats et dans le district de Washington. Et dans l’Etat le plus peuplé à l’avoir autorisé – la Californie – un référendum révocatoire l’a supprimé et, horresco referens, le jour même de novembre 2008 où la majorité des électeurs californiens votait… Obama ! De plus, des référendums hostiles aux mariages gays ont eu lieu en Arizona, en Floride et en Arkansas.

On ne connaît d’ailleurs aucun pays du monde où une question référendaire aurait été tranchée en faveur du mariage gay.

Le mariage gay est une lubie des juges, des journalistes et des élites mondialisées mais les peuples n’en veulent pas.

 


Les Bobards d’Or 2011 – Catégorie Presse écrite et Télévision : la concurrence fait rage

Le mensonge politiquement correct est la chose du monde la mieux partagée. Les candidats aux Bobards d’Or ne manquent pas. Coup d’œil sur les principaux candidats pour la presse écrite et la télévision.

Presse écrite :

 

Les multirécidivistes du Figaro

Côté presse écrite, Le Figaro, sans doute soucieux de renouveler sa performance, (Stéphane Durand-Souffland, le chroniqueur judiciaire du journal, a déjà remporté le titre en 2010) est, cette année, présent en force avec trois informations :

sa une du 19 janvier 2011, consacrée à la fécondité des Françaises, illustre les naissances de 2010 par les photos de neuf bébés (tous blancs), ce qui est un déni de la réalité des maternités françaises.
– Abraham Lincoln, fondateur du Parti républicain américain, présenté froidement par le chef du service international, Philippe Gélie, comme un démocrate (c’est normal : Lincoln est un « gentil », il ne saurait donc être que démocrate). C’est le triomphe du camp du bien.
– il y aurait eu des armes de destruction massive en Irak : c’est Alexandre Adler qui le dit, se posant en dialecticien du mensonge en affirmant cette contre-vérité.

20 Minutes : la mauvaise foi gratuite chaque matin

Que les lecteurs se rassurent : Le Figaro a tout de même des concurrents pour les Bobards d’Or: 20 minutes-Lyon qui a refusé une publicité catholique pour la Fête des Lumières au motif qu’il s’agissait d’un journal laïque : un « journal laïque » qui avait crânement diffusé quelques temps auparavant la campagne « fièrement hallal » en faveur de l’abattage rituel musulman. 20 minutes : La mauvaise foi gratuite chaque matin !

Les DNA : l’émotion au service de la désinformation

Côté presse régionale, Les Dernières nouvelles d’Alsace ont choisi de faire pleurer Margot avec une photo iconisée de « Sakineh ». En remplaçant la photo de la meurtrière adultère au visage revêche, condamnée à la lapidation en Iran, par celle d’une jeune fille virginale aux traits adoucis par Photoshop, les DNA ont mis l’émotion au service de la désinformation.

Le Parisien voit des fachos partout

Quant au Parisien, il voit des fachos à chaque coin de rue : c’est ainsi qu’il a qualifié le mouvement Riposte laïque, dont les membres sont issus de la gauche et de l’extrême gauche, de « groupuscule d’extrême droite » en raison de leur participation aux Assises de l’islamisation.


Télévision :

 

Pujadas (France 2) à nouveau en course. Titulaire d’un Bobard d’Or 2010, David Pujadas de France 2 récidive dans le bobard en niant… la récidive. A l’occasion d’un assassinat commis par un criminel sexuel récidiviste, Pujadas n’hésita pas à asséner aux téléspectateurs que « La récidive en matière pénale est exceptionnelle ». Or, c’est l’inverse : elle est fréquente pour les criminels sexuels.

M6 : Jihad devient « Sébastien »

Chez M6, moins d’intellectualisme : rien ne vaut un bon gros bobard ! En septembre 2010, un voyou braque des faisceaux laser sur des avions. Un suspect du nom de Jihad est interpellé par la police. Mais les téléspectateurs n’ont pas le droit de le savoir. Et c’est ainsi que M6 rebaptise Jihad en Sébastien.

Rédaction de TF1 : la réalité heurte « l’objectivité »

Pour des journalistes de la rédaction de TF1, l’objectivité, c’est le mensonge et le respect de la déontologie, le déni de réalité. C’est ainsi que Jean-Pierre Pernault se vit critiqué pour avoir parlé « d’une « immigration (roumaine et bulgare), vous le savez, liée à une délinquance qui s’est beaucoup développée ces dernières années » ; une manière indirecte d’évoquer la sur-délinquance des Roms qui valut à Jean-Pierre Pernaut de se faire reprocher par ses confrères d’avoir par ses propos : « heurté l’objectivité des journalistes ». Une « objectivité » qui suppose de nier les faits, les statistiques criminelles montrant une forte augmentation, notamment sur l’Ile-de-France, des actes de délinquance commis par des ressortissants roumains.

Mazerolle : grand professionnel ou vrai rigolo ?

La palme de la drôlerie pourrait revenir à Olivier Mazerolle, l’indéboulonnable gloire du PAF, l’homme qui avait piégé Jean-Marie Le Pen, dans l’affaire du détail. Interrogeant Cécile Duflot sur La Tribune BFMTV, Olivier Mazerolle lui montre une vidéo qu’il présente comme un : « Cours d'économie du vénérable professeur Kuing Yamang ».
Une belle leçon de mondialisation donnée aux Français invités à travailler plus pour s’adapter à la concurrence chinoise. En fait, un canular assorti d’une image subliminale de Nicolas Sarkozy ! Un canular d’ailleurs reconnu comme tel depuis plusieurs mois par de nombreux médias ou sites Internet mais pris au sérieux par l’un des plus importants journalistes de la place parisienne.

La Chaine parlementaire : une « sachante » qui devrait se documenter

Cécile Bittner, de la Chaine parlementaire joue, elle, dans la catégorie du bobard « sérieux » : c’est une « sachante ». Elle sait et elle dit : « Plus on s’enfonce dans la crise, plus nos frontières se ferment aux étrangers, y compris sous la gauche. » Une déclaration parfaitement contraire à la réalité : l’immigration régulière est passée, de 50 000 à 100 000 dans les années 1970, à plus de 200 000 aujourd’hui. L’INSEE elle-même révise régulièrement à la hausse ses estimations du solde migratoire en utilisant la rubrique « Ajustements ». Cécile Bittner devrait se documenter…

 

Retrouvez le détail des candidatures et votez sur
www.bobards-dor.fr

Pour assister à cette cérémonie, inscrivez-vous par courriel à Polemia1@gmail.com.

Participation volontaire sur place.
Vous pouvez aussi faire un don pour assurer l’équilibre financier de la manifestation :
– Chèques à l’ordre de Polémia à adresser à notre trésorière, Madame Vidal Monestier 48 rue Condorcet 75009 Paris.
– Ou paiement par Paypal (voir la page d’accueil du site).

Nous comptons sur votre présence et serons très heureux de vous accueillir.
A très bientôt.

Polémia

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Lundi 16 mai 2011 1 16 /05 /Mai /2011 02:04

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Un 10 mai à oublier

Publié le 10/05/2011

Le 10 mai est la fête paroissiale des socialistes. Que célèbrent-ils au juste ? Il y a trente ans, François Mitterrand fut élu au terme d’une campagne de dénigrement personnel contre Valéry Giscard d’Estaing et grâce à une communication publicitaire brillamment orchestrée par Jacques Seguela. Mais Mitterrand et ses compagnons, se crurent portés par une mission historique : parachever l’œuvre de la Révolution française. C’est en ces termes que j’ai notés à l’époque, que Mitterrand décrivait son projet lors des entretiens qu’il affectait avec les intellectuels.

 

(Dessin de presse : René Le Honzec)

Cette dérive mystique conduisit notre pays au bord de l’abîme : en deux ans, le gouvernement détruisit le capitalisme privé remplacé par le copinage d’État, fit flamber les prix, politisa les collectivités locales comme jamais elles ne l’avaient été, sauva le parti communiste de la disparition historique à laquelle il était destiné, dissuada le parti socialiste de se convertir enfin à la social-démocratie, faillit nous sortir de l’Europe, nous acoquina avec des guérillas d’Amérique latine au lieu d’y soutenir les démocrates. À cette même époque, le monde anglo-saxon et l’Allemagne réinventaient leur économie selon les principes du libre échange et du libre marché, leur conférant un avantage qu’ils ont conservé.

En 1983, l’État français se trouvait dans une situation voisine de la Grèce aujourd’hui. C’est alors que grâce à Jacques Delors et Laurent Fabius, Mitterrand fut ramené à la raison et interdit de lyrisme. De 1983 à 1995, il se contenta de régner sans gouverner, ce qui convenait au mieux à son génie.

Si les socialistes devaient célébrer un anniversaire, je suggère l’accession de Laurent Fabius au gouvernement, 17 juillet 1984 : l’aube de la social-démocratie, mais loin encore de son zénith.


 

De l’idéal de la justice à la réalité de son dévoiement

Les "interventions" de François Mitterrand

lundi 31 mars 2008 - Copeau - 0 message(s)

Les archives, même expurgées, recèlent souvent leur lot de surprises. Celles sur lesquelles s’est penché Alain Bancaud, sociologue au CNRS, dans le cadre du colloque François Mitterrand, qui s’est tenu du 14 au 16 janvier 1999, apportent un éclairage historique au débat sur la réforme de la justice (2). Spécialiste de la magistrature, Alain Bancaud avait été invité, par l’Institut François-Mitterrand et la Fondation nationale des sciences politiques, à dépouiller certaines des archives privées de l’ancien président de la République concernant son action dans le domaine de la justice de 1981 à 1984. L’analyse qu’il en a faite, rendue publique lors du colloque, démontre la fréquence et la banalité de l’intervention du politique dans les affaires judiciaires.

Alain Bancaud montre que, lors de son arrivée à l’Elysée en 1981, François Mitterrand, loin de changer les pratiques, s’inscrit dans "la continuité de la continuité de la dépendance de la justice envers le politique". Le nouveau président s’implique personnellement dans la gestion du corps judiciaire, tout comme il intervient, selon son bon vouloir, dans les affaires judiciaires.

Une note confidentielle du secrétariat général de l’Elysée de juin 1981 indique qu’"il paraît souhaitable que l’Elysée conserve - comme il l’a toujours fait - un minimum de contrôle sur ce qui se passe dans la justice". Le rédacteur de la note identifie "quatre fonctions qui, à des degrés divers, sont autant de leviers de pouvoir [et] doivent recevoir, à brève échéance, de nouveaux titulaires. Leur choix ne devrait pas laisser l’Elysée indifférent". En 1981, Michel Jéol fut nommé directeur des affaires criminelles, Robert Bouchery devint procureur général de Paris, Claude Jorda fut nommé directeur des services judiciaires et Danièle Burguburu, secrétaire général du Conseil supérieur de la magistrature (CSM).

Hormis ces postes-clés, les archives prouvent que François Mitterrand s’impliquait personnellement dans le choix de certains magistrats. Une note du secrétariat général du CSM de janvier 1983 montre ainsi qu’un avocat général, retenu pour un poste de procureur général, a été finalement écarté parce qu’un avocat et homme politique très proche de François Mitterrand lui reprochait un non-lieu dans une ancienne affaire célèbre. Une autre note du conseiller technique de l’Elysée en charge de la justice montre que la nomination d’un magistrat est envisagée à un poste de premier président de Cour d’appel parce qu’il est recommandé par un magistrat à la retraite, "socialiste et proche du président".

Pour la nomination des membres du CSM - dont une partie sont directement désignés par le président de la République -, les critères retenus sont "la familiarité personnelle en même temps que la proximité politique ou, plus exactement, la compréhension des intérêts du président". Sont ainsi nommés un proche de François Mitterrrand - un "ami" comme le qualifie un conseiller - et un magistrat "dont la loyauté nous serait totalement acquise" et qui est préféré à un autre candidat "très favorable à notre politique mais d’un dialogue assurément plus difficile". Parmi les autres personnalités envisagées, on retrouve un candidat présenté par un conseiller comme un "fidèle de toujours du président", un deuxième proposé par un autre conseiller mais dont on se demande "Quid de ses opinions politiques ?" ; un troisième qui "serait membre du PS" est proposé par le même conseiller.

La volonté de contrôle politique de la justice s’exprime également au travers des interventions "fréquentes et variées" du président dans les affaires en cours. "Leur champ d’action semble quasiment sans limite, note Alain Bancaud. Elles concernent des affaires aussi bien pénales que civiles, commerciales, disciplinaires, de droit du travail. Des affaires traitées aussi bien par la Cour de Cassation et un parquet général qu’un petit tribunal de province et un juge des enfants. Des affaires politiques aussi bien qu’ordinaires et privées." A côté de la Corse et des dossiers mettant en cause des hommes politiques, on trouve des affaires de survie d’entreprise, de divorce et de garde d’enfants, de permis de chasse et de conduire, de mariages posthumes, d’expulsion et de banqueroute...

Les interventions du président peuvent "survenir aussi bien après la publication d’un article de journal qu’à la suite de requêtes de particuliers et d’interventions d’hommes politiques, d’associations, d’organisations syndicales, d’avocats, qui agissent en leur nom propre ou pour appuyer une demande d’élécteurs, d’affiliés, de militants, de clients". Il y a parmi eux des amis - notables ou inconnus -, des ministres, des parlementaires, des élus ou anciens élus du PS, des mères de famille, des simples salariés, des dirigeants d’organisations nationales ou des responsables d’associations locales aux buts les plus divers et variés.

La nature des interventions de la présidence est variée : "Elles vont, note le sociologue, d’une simple demande de renseignements sur l’état d’une instruction, les motifs d’une inculpation, les raisons d’un non-lieu, la position qu’entend prendre un parquet..., à des demandes d’instructions à donner." Il y a des interventions générales qui se bornent à rappeler certains principes de politique pénale, mais aussi des interventions particulières qui, "même si la présidence manifeste le souci de ménager l’autorité de la chancellerie et manie l’euphémisme, sont parfois formelles et quasi-impératives".

Un bordereau adressé au directeur de cabinet du ministre de la justice se conclut ainsi : "En soulignant que la requérante est une relation de M. le Président de la République, et en vous priant de bien vouloir envisager d’attirer sur cette affaire l’attention de M. le procureur général." Ou encore, dans une lettre d’un conseiller de l’Elysée à un ministre : "Je me propose de parler de cette affaire au procureur de la République afin que les réquisitions à l’audience aillent dans le sens d’une peine amnistiable." François Mitterrand a également demandé, par deux fois, de sanctionner des substituts ayant tenu, à l’audience, des propos virulents contre des immigrés. Pour l’un d’eux, une note du conseiller de président précise : "Le garde des Sceaux m’a indiqué qu’il ne voulait prendre aucune mesure à son encontre, car [à l’audience] la parole est libre, mais qu’il veillerait à ce que ce substitut soit sanctionné dans sa carrière."

Pour Alain Bancaud, ce "pouvoir sur la justice" institue le président de la République "en ultime recours, en juge suprême". "Le paradoxe de la gauche, conclut le chercheur, c’est finalement d’avoir à la fois renforcé des ressentiments, des révoltes, en conservant un système de contrôle et d’intervention et d’avoir élargi les possibilités et la légitimité de ces contestations en favorisant l’affaiblissement de la déférence d’Etat et de la hiérarchie qui permettaient jusqu’ici de tenir les juges."

Cécile Prieur,

Le Monde du 23 juin 1999.

notes

1 : sous-titre de Catallaxia.

2 : La réforme de la justice engagée par Elisabeth Guigou donne lieu à des commentaires inexacts : ainsi le secrétaire général du l’Union syndicale des magistrats (USM, modérée), souligne que cette réforme marquerait une "avancée de la démocratie". Rien n’est moins vrai : on substitue au contrôle (certes politique, mais indéniablement démocratique) des élus, un pouvoir presque sans limite conféré à l’autorité judiciaire. Il s’agit peu ou prou d’une forme de "gouvernement des juges", terme imparfait car synonyme d’arbitraire, mais qui a le mérite de fixer les esprits. En réalité, cette réforme d’indépendance est une avancée du libéralisme politique, lequel prône, dans sa version "française", une limitation du pouvoir (politique en l’occurence) par un autre pouvoir (judiciaire). A deux maux, le risque — incontestable — d’arbitraire des juges nous semble moindre que celui de l’arbitraire des élus. (ndC)

 

http://64.19.142.11/www.contrepoints.org/wp-content/themes/WpAdvNewspaper133/headPics/ccontrepoints.png

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Samedi 23 avril 2011 6 23 /04 /Avr /2011 06:02

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L’Etat corporatiste fasciste 



L'affaire du sauvetage d'AIG, un cas d'école du capitalisme corrompu par l'état

AIG BuildingMa recherche sur la régulation financière avance à petits pas, et je n'espère pas publier quelque chose de conséquent avant décembre. Mais d'ores et déjà, je parviens à une certitude: la façon dont la loi se crée aujourd'hui favorise l'émergence d'un monstre sociétal, que le terme de néo-corporatisme peine à rendre dans toute sa nuance. Je parlerais bien de "collusionnisme", une co-gestion de l'économie par les élites politiques et financières au détriment de ceux qui veulent gagner leur vie dans honnêtement dans l'économie que l'on dira "réelle", quoique le terme soit également impropre. En tant que libéral, ce phénomène me touche particulièrement, car les politiques ainsi promulguées sont souvent étiquetées "néo-libérales" par leurs contempteurs, alors qu'elles en sont l'exact opposé.


La faillite d'AIG

J'ai déjà évoqué cette faillite de la cogestion de l'économie par des élites co-optées. Bien que j'aie déjà souligné l'existence du phénomène au niveau Franco-français dès 2005, dans mon discours pour le congrès de l'ISIL à Cologne, j'étais loin de me douter que le pays le plus proche de la France en terme de conduite des affaires se révèlerait être les USA. Et si vous croyez que j'exagère, plongeons nous dans les délices de la très possible "affaire AIG", car la faillite du premier assureur américain (voire mondial) semble avoir été l'occasion de manoeuvres que la justice pourrait qualifier de frauduleuses... si elle peut suivre son cours.

Rappelons les origines de la faillite d'AIG à la mi 2008.

Après que son ancien patron durant plus de 40 ans, le très emblématique Maurice Greenberg, ait été poursuivi pour divers soupçons de fraude par le sulfureux procureur Eliott Spitzer (affaires civiles toujours en cours - Toutes les poursuites au pénal ont été abandonnées), la nouvelle équipe dirigeante décida de mettre les bouchées doubles sur un marché porteur sur lequel le "vieux" Greenberg, en bon risk manager, avait souhaité limiter l'exposition de son entreprise, les "Credit Default Swaps". 

Quand une assurance devient un produit dérivé hautement spéculatif...

Que sont ces produits dérivés ? Un Credit Default Swap est en quelque sorte une assurance sur une obligation. L'assureur vend une option sur la valeur future d'une obligation, que le détenteur de l'obligation va acheter pour se prémunir contre le défaut éventuel de paiement de l'émetteur de l'obligation. En contrepartie, il paie une prime d'assurance. Si l'émetteur de l'obligation fait défaut, non seulement le détenteur d'une CDS doit recevoir le capital restant dû, mais aussi, selon le contrat, une partie des intérêts qu'il aurait reçus si l'obligation était allée jusqu'à son terme !

Nb. La société de l'analyste très en vue Janet Tavakoli publie de nombreux papiers explicatifs sur les CDS. Pour les mordus !

L'ensemble des primes collectées par l'assureur doit être supérieur aux sinistres enregistrés, sinon, l'assurance perd de l'argent, et si les pertes sont trop importantes, la faillite est... assurée !

Le très gros problème des CDS est que le principal "Market Maker" de ces instruments, AIG, a transformé ce produit d'assurance en gigantesque marché spéculatif.

Accepteriez vous que votre assureur vende des assurances sur votre vie à votre chirurgien ?

Imaginez que votre assureur vende des assurances contre l'incendie de votre maison non seulement à vous même, ce qui est normal, mais aussi à des tiers qui n'ont aucun lien juridique avec votre maison: vous ne seriez pas étonné d'observer une recrudescence d'individus louches se promenant avec des jerricanes d'essence autour de votre domicile, espérant toucher la valeur de votre maison en cas de sinistre. Bref, l'assureur créerait une forte incitation à ce que vous soyez sinistré. Fort heureusement, votre assureur n'est pas fou, et de toute façon, la loi le lui interdit: vendre de telles assurances à des tiers non juridiquement liés à la maison serait évidemment considéré comme la justice comme un préjudice porté au propriétaire de la maison.

Pourtant, c'est exactement ce que AIG a fait en vendant des CDS "à découvert" à des personnes n'ayant aucun lien de propriété ni avec les maisons servant de collatéral au prêt, ni les obligations CDO packagées à partir de prêts immobiliers. 

Un assureur devenu spéculateur fortement leveragé...

Pourquoi un assureur agirait il aussi curieusement ? Officiellement, le raisonnement était le suivant: en vendant plusieurs contrats d'assurance sur chaque émission d'obligations, AIG encaissait beaucoup de primes, et si elle avait bien calculé son risque, multipliait les bénéfices. Et donc les bonus pour ses cadres.

Mais que AIG ait mal estimé le potentiel de faillites immobilières, même de quelques pour-cent, et alors l'effet de levier permis par la multiplication des contrats se retourne contre lui. Et la clause contractuelle permettant au détenteur du CDS de recevoir non seulement le montant du nominal restant dû de l'obligation, mais aussi une partie des intérêts escomptés, avec une simple décote, fait de la faillite de l'émetteur une très bonne affaire pour le spéculateur qui a acheté un CDS, en pariant sur la faillite du marché immobilier, et une très mauvaise pour l'assureur.

Bref, AIG a cessé d'être un simple assureur pour spéculer sur la solidité financière des produits qu'il assurait, et voilà pourquoi, lorsque la faillite de Fannie Mae et Freddie Mac est devenue patente, en Août 2008, AIG s'est retrouvé en situation de faillite.

Malversations en tout genre autour d'AIG

La justice américaine se pose quelques questions. D'abord, il semblerait que des personnes impliquées dans des transactions immobilières, ou dérivées, tels que des gros courtiers, ou des gros employés au sein de banques d'affaires qui vendaient des obligations "CDO" sur les marchés, voire de grandes banques en tant que telles, aient plus ou moins secrètement spéculé contre la faillite de ces CDO en achetant eux mêmes des CDS, et aient donc au sein de leur entreprise encouragé le repackaging de prêts douteux sur le marché sans se montrer trop regardants sur la qualité des prêts collatéralisés, jouant leur intérêts personnel contre celui de leur boite: un cas évident de "predatory capitalism".

Mais plus grave encore, il est possible que le sauvetage d'AIG par la FED, sur lequel je reviendrai, ait été l'objet de fraudes massives impliquant des membres du conseil d'administration de la FED de New York, dont nous rappellerons que le directeur de l'époque s'appelait Tim Geithner, actuel ministre des finances de Barrak Obama.

Mike Shedlock livre ici le contenu de la lettre envoyée par un sénateur républicain de Californie, Darell Issa, qui mène une investigation du congrès sur ces question, à l'actuel directeur de la Fed de New York. J'en livre quelques extraits :

Mr. William C. Dudley
President - Federal Reserve Bank of New York
 
Dear Mr. Dudley:
 
As Ranking Member of the Committee on Oversight and Government Reform, I
am deeply concerned by news reports that the Federal Reserve Bank of New York (“FRBNY”) may have unnecessarily cost the American taxpayers billions of dollars.
 
As you know, in late 2008 American International Group (“AIG”) was attempting to negotiate a haircut for banks that held $62 billion in credit default swaps (“CDS”) from AIG. AIG was reportedly seeking to persuade the banks to accept haircuts of as much as 40 cents on the dollar in order to retire these CDS contracts.

On September 16, 2008, the FRBNY extended AIG an $85 billion line of credit,
effectively nationalizing it. According to news reports, late in the week of November 3, then-FRBNY President Timothy Geithner, along with the U.S. Department of the Treasury and the Federal Reserve Board in Washington, took over negotiations with AIG’s counterparties.

News reports indicate that Mr. Geithner’s team circulated a draft term sheet to set the terms under which AIG would settle its CDS obligations, including a blank space in which the haircut for creditors was to have been inserted. However, the haircut provision was reportedly crossed out and, after less than a week of secret negotiations between the FRBNY and the banks, FRBNY ordered AIG to pay its creditors at par – 100 cents on the dollar – not 60 cents as AIG had been attempting to negotiate.

Thus, behind closed doors and with no approval from Congress, the FRBNY may have added an additional $13 billion of debt on the backs of taxpayers.

These allegations, if true, amount to nothing less than a backdoor bailout of AIG’s creditors, including Goldman Sachs, Merrill Lynch, Société Générale and Deutsche Bank.

The lack of transparency and accountability in this transaction is disturbing enough. However, there is evidence that this $13 billion expenditure was entirely unnecessary. According to Janet Tavakoli of Tavakoli Structured Finance, “There’s no way they should have paid at par. AIG was basically bankrupt.”

Another expert has said that the typical outcome in cases like this involves counterparties being forced to accept haircuts of anywhere from 30 to 50 cents on the dollar.

This suggests that the FRBNY may have paid AIG’s counterparties at par to surreptitiously provide another bailout for large financial institutions. According to Donn Vickrey of Gradient Analytics, “Some of those banks needed 100 cents on the dollar or they risked failure.”

However, another source close to the transaction suggested the FRBNY may have paid AIG’s counterparties at par out of pure expediency: “[S]ome counterparties insisted on being paid in full and the [FRBNY] did not want to negotiate separate deals.”

Furthermore, many of AIG’s counterparties reportedly hedged their exposure to the troubled insurance giant, obviating any need for a taxpayer bailout of these large financial institutions. According to Goldman Sachs’ Chief Financial Officer, “There would have been no credit losses [at Goldman Sachs] if AIG had failed.”

All of this begs the question why the FRBNY would not drive a better bargain for the American taxpayer. If the FRBNY thought it was necessary to provide another taxpayer bailout of AIG’s counterparties, it should have come to Congress and made its case that this action was necessary. However, if the FRBNY simply paid AIG’s counterparties at par out of expediency, it raises serious questions about its judgment and motives.

It is also disturbing that, at the time this secret deal was made, FRBNY Chairman Stephen Friedman, a member of the board of Goldman Sachs, purchased more than 50,000 shares of Goldman Sachs before knowledge of the FRBNY’s bailout of Goldman Sachs and other AIG counterparties became public knowledge.

According to news reports, this transaction has earned Mr. Friedman over $5 million in profit.

Finally, according to one AIG executive quoted in news reports, the FRBNY may have attempted to manage public disclosure of its decision to pay AIG’s counterparties at par by pressuring the company not to file pertinent documents with the U.S. Securities and Exchange Commission (“SEC”):

They’d tell us that they don’t think that this or that should be disclosed. They’d say, “Don’t you think your counterparties will be concerned?” It was much more about protecting the Fed.

These allegations raise serious questions about the transparency, accountability and wisdom of the FRBNY’s actions. 

(...)

Sincerely, Darrell E. Issa

En résumé: avant la faillite, AIG négociait avec les détenteurs de CDS un rabais sur les sommes dues au titre de la couverture du sinistre obligataire, de 40%. Mais la FED de New York a agi sans la moindre publicité pour que ce rabais soit ramené à zéro après la nationalisation de fait d'AIG, ce qui n'est rien moins qu'un énorme cadeau (estimé au minimum à 19 Milliards de $) fait par le contribuable américain aux détenteurs de CDS, et notamment Goldman, Merill, notre bonne vieille société générale et Deutsche Bank. Et au passage, un dirigeant de la FED de New York a fort opportunément réalisé 5 millions de dollars de profit personnel en achetant au très bon moment des actions d'une des banques ayant ainsi reçu, que les employés de la Générale m'excusent cette plaisanterie facile, un "coup de pouce" de quelques milliards de dollars.

Une faillite aurait été nettement préférable au sauvetage par l'état

Il apparait évident qu'en vendant des CDS à des acheteurs à découvert, AIG a quitté son rôle d'assureur et est devenu spéculateur, et a encouragé la mise sur le marché de produits de très mauvaise qualité, dont les acheteurs sincères sont les dindons de la farce. Ajoutons qu'AIG, en se trompant de métier, s'est révélé très mauvais, puisqu'elle a gravement sous estimé la prime  de risque qu'elle aurait dû exiger des acheteurs de CDS.

Ajoutons que tout assureur doit, lorsqu'un sinistre se fait jour, effectuer un minimum de recherches pour vérifier si le bénéficiaire du contrat n'a pas commis une fraude. Il semble qu'AIG ait été bien peu diligent en la matière.

Si l'on met à part les questions d'ordre purement frauduleux, il est évident que les détenteurs de CDS auraient dû être pénalisés, au même titre que l'émetteur, par une faillite en ordonnée d'AIG. Et si les mauvaises créances d'AIG avaient provoqué en cascade d'autres faillites, pourvu que le processus de ces dernières ait été correctement géré et vite, avec des accords express d'échange "capital contre dette" (cf cet article et celui ci), alors l'affaire AIG n'aurait en rien représenté le "risque systémique" dont on nous a rebattu les oreilles fin 2008, qui a justifié tant de plans de sauvetage de gros intérêts financiers par l'argent du contribuable.

Mais il y a tellement de politiciens et de hauts fonctionnaires à Washington qui semblent manger au ratelier de Merrill Lynch ou Goldman Sachs, que certains ont estimé qu'il valait mieux mettre le contribuable en coupe réglée pour éviter à ces deux géants financiers d'avoir à supporter des pertes liées à leur inconséquence. Une fois de plus, la collusion entre grandes banques d'affaires et l'état conduit à des fraudes massives.

Leçons : quel type de régulation pour les assurances obligataires ?

Face à l'ampleur du désastre AIG (plus de 90 milliards de fonds publics mobilisés à ce jour), et parce que le marché des CDS était peu réglementé, certains estiment que nous avons affaire à un cas typique de manque de régulation d'une activité privée par la puissance publique. Mais AIG et les autres compagnies qui ont opéré sur ce marché  n'ont fait qu'exploiter des manques dans un droit normatif devenu de plus en plus touffu. Un droit plus étoffé sur les CDS  n'aurait fait que déplacer le problème vers d'autres failles que le législateur n'aurait pas anticipées. Plus de réglementation ne réglera pas le problème de fond d'un droit normatif devenu foisonnant, inapplicable et plein de failles.

Certains affirment qu'il faut interdire les CDS. Cela parait excessif. Si la vente d'options sur défaut à des non détenteurs d'obligations assurées est une pratique hautement contestable du point de vue assuranciel, et génère sûrement des incitations perverses, l'on ne peut sérieusement interdire à des détenteurs de bons de vouloir s'assurer contre le défaut de paiement de l'émetteur.

La meilleure protection contre les prises de risques excessives des acteurs de la finance n'est pas de tenter de définir de façon exhaustive ce qui est permis et ce qui ne l'est pas. Le meilleur rempart contre trop de défaillances est la quasi certitude que la faillite entrainera le démantèlement de la société ou une restructuration à la hache de son passif et de ses actifs, et que ceux qui arbitreraient sciemment leurs intérêts à court terme contre ceux de l'entreprise et de ses actionnaires à long terme auraient toutes les chances d'être condamnés, quand bien même les manoeuvres incriminées ne feraient l'objet d'aucune codification formelle.

De même, AIG aurait été bien plus prudent si la législation n'avait pas tenté d'écire tout ce qui est permis et tout ce qui est interdit, mais avait simplement tenu en quelques principes de base de respect de la propriété d'autrui, à charge pour la justice de déterminer si la vente d'assurances faillite à de non détenteurs de créances ne constituait pas une incitation à "l'incendie volontaire" portant préjudice aux détenteurs "réels" d'obligations assurables.

Enfin, rappelons que les justices du monde entier semblent se montrer bienveillantes envers les puissants sur l'application du principe de "responsabilité limitée" des dirigeants d'entreprise. La responsabilité limitée ne doit exister que tant que des fautes patentes, par incompétence ou par malhonnêteté, n'ont pas été commises. Toute erreur flagrante de gestion, se traduisant par une mise en danger des créanciers et actionnaires, doit engendrer un risque personnel réel pour les dirigeants impliqués, ce qui les forcerait à se montrer plus regardants sur la gestion des risques internes à leur entreprise.

Conclusion : retrouver les bases libérales du droit

Faillite, principe de responsabilité personnelle pour faute, et jugement sans concession de l'honnêteté des actes passés: ce sont les bases de la régulation libérale des marchés. Or, l'affaire AIG-FED montre qu'à l'évidence, l'administration US actuelle prend le chemin inverse: sauvetage des institutions financières à l'évidence incompétentes, avec blanc seing d'organismes sous contrôle public pour couvrir d'évidentes irrégularités, et aucune sanction contre les dirigeants qui ont conduit AIG vers le désastre.

Répétons le: de tels agissements n'ont rien à voir avec le libéralisme. Ce capitalisme là, qu'un autre auteur a appelé "le capitalisme de Davos", n'est rien moins qu'une mise en coupe réglée de l'économie par une clique qui sait s'assurer les bonnes grâces de l'état complice. Que l'on l'appelle corporatisme, féodalisme, "crony capitalism" ou "collusionnisme", cette cogestion de l'économie par de grands barons des affaires et des hauts fonctionnaires souvent issus des même cercles n'est qu'une perpétuation d'un système de fraude et de spoliation collective.

C'est la collusion entre état et capitalisme financier qu'il faut combattre, et non le renforcement des prérogatives de l'état dans la bonne marche des affaires qu'il faut favoriser. Tout accroissement du pouvoir régulateur de l'état ou de ses satellites (tels que la FED), et toute perpétuation des liens incestueux entre grands financiers et gouvernement de Washington, ne peut qu'aboutir à la répétition de tels épisodes dommageables. La solution pour sécuriser le monde des affaires passe par une véritable séparation du capitalisme et de l'état, celui ci n'intervenant que pour sanctionner fraudes et veiller au bon déroulement du réglement des procédures de gestion ordonnée des défaillances.

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Collusion 101

Publié le 22/03/2011

Ça se passait à l’émission de radio matinale « Bouchard en parle », du FM 93, mardi dernier. Un entrepreneur en construction bien en vue de Québec, anonyme, dévoile comment la collusion fonctionne. Et pourquoi ça coûte cher au contribuable.

L’équipe de « Bouchard en parle » a d’abord vérifié la crédibilité de cet « entrepreneur masqué ». On lui a demandé de prédire, sur une période de trois mois, qui allait remporter les contrats de trois projets publics importants à Québec. Son score : 3 en 3.

Comment ça fonctionne

Prenons quatre compagnies fictives : A, B, C et D. Tout débute sur un site Internet de la Ville, où l’on voit les noms des entrepreneurs qui vont soumissionner sur les appels d’offres publics. Dans les mots de l’entrepreneur masqué : « On attend jusqu’à la date limite. Et si on voit qu’on est, disons, quatre sur le projet, ben c’est pas compliqué. On s’appelle et on va manger ensemble. Et on détermine c’est à qui le tour de ramasser le projet. »

C’est ici que ça commence. On négocie autour d’un lunch. On détermine qui va avoir le contrat. Si c’est le tour à l’entreprise A, les trois autres « complices » vont quand même en profiter. Car l’entrepreneur A va les compenser pour qu’ils « se tassent ». Sur un projet d’un million de dollars, on parle d’une enveloppe de $50.000 à chacun.

 

(Illustration René Le Honzec)

Le hic pour le contribuable, c’est qu’on va ajouter cette somme au contrat. Donc dans ce cas-ci, le projet vient de coûter $150.000 de plus. Et ce n’est pas fini. L’entrepreneur « choisi » pour exécuter le contrat va lui aussi se prendre une part du gâteau. Le coût du contrat peut ainsi monter jusqu’à $1.400.000, raconte l’entrepreneur masqué. Ce sera le montant de la soumission de l’entrepreneur A. Afin de s’assurer que ce dernier ait le contrat, les trois autres vont soumissionner un peu plus cher que $1.400.000.

Une fois le contrat en poche, l’entrepreneur A doit verser le $50.000 aux trois autres sans laisser de traces. Il leur demande s’ils ont un autre contrat en ville. Le cas échéant, ceux-ci demanderont à un de leurs sous-traitants (un plombier par exemple) de facturer $50.000 à l’entreprise A, et de leur faire un crédit de $50.000 sur les travaux en cours. B, C et D touchent de cette façon leur $50.000. Ni vu ni connu.

Les fameux dépassements de coûts

Ce genre de combines explique-t-il les fameux dépassements de coûts des projets publics ? Seulement en partie, dit Luc Martin, vice-président de la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec. Selon lui, les dépassements de coûts se produisent la plupart du temps avant l’appel d’offres. Souvent, parce qu’on évalue mal un projet au départ. Le métro de Laval ou le CHUM sont deux exemples probants.

Mais le stratagème expliqué plus haut est quand même bien connu dans l’industrie, dit-il. Mais n’est pas si courant. « Cela se produit quand il y a peu ou pas de concurrence. C’est pour ça qu’un donneur d’ouvrage doit toujours susciter la concurrence. Quand il n’y a pas assez de soumissionnaires, il doit se mettre sur le téléphone et en trouver. »

Le gouvernement québécois investit de 5 à 6 milliards par année dans son plan d’infrastructures (routes, ponts, écoles, etc.) Des milliards qui alourdissent chaque année notre dette collective. On espère qu’il sera sur le téléphone le plus souvent possible.

http://img228.imageshack.us/img228/4057/corporatisme.jpg

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Le WEB Résistant - Par Cyber-résistant
Mercredi 30 mars 2011 3 30 /03 /Mars /2011 07:46

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POURQUOI JE NE SUIS PAS DÉMOCRATE

(je préfère un régime de liberté…)

 

 

Pendant la prochaine demi-heure, je vais expliquer pourquoi la démocratie est le pire des régimes à l’exception d’aucun autre. En prenant à contre-pied la fameuse formule de Churchill, j’assume un risque. Car le dogme démocratique aujourd’hui est intouchable. Vouloir le pourfendre, c’est se condamner à l’excommunication et à la mort sociale. L’hérétique n’est pas publiable, il n’a pas accès aux micros, et s’il est un État, sa place est au ban des nations.

 

La difficulté de tout examen de la démocratie tient d’abord à sa définition, qui recouvre des champs différents. L’un est purement procédural. La démocratie est un mode de gouvernement caractérisé par des élections ; en cela, elle se distingue d’autres systèmes politiques, la monarchie, la dictature, l’anarchie… Mais « démocratique » est aussi une exclamation par laquelle on salue tout ce qui nous fait plaisir en lisant les journaux. Nous appelons démocratiques les réformes scolaires à notre goût, les parents cool, les loyers bon marché, les syndicats qui nous défendent, et nous qualifions d’anti-démocratiques les profs sévères, le pape, les multinationales qui licencient… Une notion aussi floue permet d’esquiver toutes les critiques qui lui sont adressées.

 

La démocratie en plus occupe tout le champ de notre mental. On nous l’a enseignée à l’école, on nous la rabâche dans les medias. Sous sa forme de démocratie sociale, elle est notre « pensée unique ». Mais l’incantation n’est pas la réflexion. L’adhésion au dogme ne dispense pas de rigueur intellectuelle. Lorsque Rudolf Rummel et Francis Fukuyama nous rapportent qu’il n’y a jamais eu de guerre entre démocraties, lorsqu’Amartya Sen nous explique que la démocratie évite la famine, ils confondent corrélation et causation.[1]Ce n’est pas la démocratie qui a empêché la guerre après Fachoda. Franco et Pinochet, qui ne sont pas de ma paroisse, ont plus fait pour l’économie de leur pays que les parlements de l’Inde et de la Russie aujourd’hui. Car la prospérité ne tient pas au mode de gouvernement, mais au respect de l’initiative individuelle, de la propriété privée, et des contrats. Ce régime juridique n’est pas celui de la démocratie, mais du libéralisme. Et puisque j’ai vécu en Suisse, et que les organisateurs m’ont demandé d’en parler, j’ajouterai que la prospérité de ce petit pays n’est pas due à la fréquence des votations, mais à des lois qui, jusqu’à présent, protégeaient l’épargne et l’entreprise. Maintenant que les suisses ont décidé de changer ces lois, ils continueront de voter régulièrement, et ils s’appauvriront. On ne devient pas sous-développé par déficit de démocratie, mais de libéralisme.  [2]     

 

 

Démocratie et machinisme

La démocratie moderne apparaît en Europe occidentale en même temps que le machinisme. Machinisme et démocratie sont les rejetons de cette grande mutation du 17ème siècle, lorsque la science renonça à connaître l’essence des choses, pour ne plus considérer que leurs manifestations extérieures. Seul est connaissable ce qui est mesurable, disait le paradigme, et réciproquement, ceux qui prétendaient connaître quelque chose étaient sommés de prouver qu’ils l’avait quantifiée.

 

Une telle science aurait dû limiter son objet aux choses matérielles ; elle aurait dû exclure de son champ d’investigation, non seulement Dieu, la Beauté, le Bien et le Mal, mais aussi toutes ces manifestations humaines que personne n’aurait songé à quantifier auparavant : l’émotion, l’intelligence, la volonté… C’était sous-estimer l’ambition des scientifiques. Ils ne pouvaient renoncer à étudier ce qui avait été pour Platon, Aristote, Thomas d’Aquin, à la fois le fondement et l’objet de toute connaissance. Pour prétendre au label « scientifique », psychologues, sociologues, économistes, s’ingénièrent à ramener les élans de l’âme et les créations de l’esprit à des modèles mathématiques. La science posait ainsi il y a deux siècles les fondements théoriques de la société matérialiste qui est encore la nôtre, industrielle, machiniste, fétichiste du nombre et de la quantité, et, également, démocratique.

 

Une société démocratique est celle dont le gouvernement est sanctionné par la volonté du peuple. Mais comment mesurer la volonté ? que signifie en avoir plus (ou moins), et par rapport à quoi ? Et si comme échelle de mesure, on se contente d’additionner les suffrages exprimés par chaque individu à l’occasion de votations, il faut, pour que l’opération ait un sens, que les opinions exprimées soient rapportées à des unités homogènes. Le vote est donc une production d’opinions rigoureusement normalisées, comme des pièces usinées : une liste ou un candidat pour une élection, un oui ou un non pour un référendum. Et ces suffrages seront comptés comme des m², sans se soucier que les uns représentent des triangles, les autres des cercles ou des rectangles. L’équation fondatrice de nos démocraties, un individu = une voix, crée la fiction d’un peuple d’électeurs sortis d’un même moule, chacun, à l’instant où il légitime tout pouvoir dans la société, étant réduit à une unité arbitraire et interchangeable. Il n’y a pas d’anthropologie de la démocratie. Le citoyen n’y a pas d’épaisseur, de densité, il est sans qualité. Or, à l’évidence, des opinions pèsent plus que d’autres, pas seulement parce qu’elles émanent d’êtres plus sages et mieux informés, mais parce que l’enjeu du suffrage les touche de plus près. Dans un référendum sur la réforme scolaire, pourquoi mon vote de père qui n’a plus d’enfant à l’école compterait-il autant que celui d’une mère de famille ? Pourquoi même devrais-je voter ?

 

Il existe bien sûr une myriade d’autres lieux où, pour aboutir à une décision, on compte les voix : le conclave des cardinaux catholiques, les comités d’association, les conseils d’administration, les assemblées de copropriétaires d’immeubles … Ces organisations cependant sont d’une essence différente. Elles ne sont pas politiques. D’abord, chaque membre, par le fait d’adhérer, a formellement accepté le principe de prise de décision majoritaire ; mais quels sont les citoyens qui ont signé la constitution de leur pays ? Ensuite, la démission, même si elle parfois coûteuse, reste toujours possible aux membres d’une association ; elle est interdite aux citoyens.[3]

 

Enfin les membres de ces organisations le plus souvent se connaissent, et, à la sanction du vote, ils préfèrent la discussion jusqu’au consensus. Au sein des enceintes les plus conservatrices, on pratique volontiers la « démocratie du face-à-face », chère aux anarchistes.[4]  Elle est d’autant plus efficace que ces organisations sont constituées autour d’un but précis, et le débat ne porte que sur le moyen de l’atteindre. L’exigence d’efficacité ne laisse guère de place aux élucubrations.

Le Souverain

La démocratie repose donc sur cette idée que le peuple est souverain. Au « bon plaisir » du monarque absolu, les disciples de Rousseau ont opposé, comme dans un miroir, une « volonté générale », dépositaire de toute autorité. En Suisse, patrie de Jean-Jacques et démocratie modèle, le vocabulaire politique de tous les jours porte l’empreinte de cette passation de pouvoir du monarque vers le peuple. Un référendum est-il prévu, les journaux annoncent : « le Souverain se prononcera » ; le soir d’une élection, ils titrent : « le Souverain a tranché ».

 

Dans ce miroir, la démocratie révèle son vrai visage. Elle n’a pas pour objet la limitation du pouvoir, mais la désignation de celui qui l’exerce. Dans les pays où la coutume tenait pour suspectes les prérogatives monarchiques, comme l’Angleterre et l’Amérique des Pères Fondateurs, les démocrates enfermèrent le pouvoir populaire dans un cadre juridique strict. En revanche, là où un contre-pouvoir ne s’était jamais affirmé face au monarque, les démocrates ne virent aucune raison d’en dresser un devant le peuple. C’est d’ailleurs pourquoi la République française rencontra un échec immédiat, dès 1792, suivi d’une succession de crises de régime, incapable qu’elle fut de se déterminer entre démocratie directe et dictature majoritaire.[5]

 

Ainsi, contrairement à notre libéralisme, la démocratie n’apporte pas une réponse originale à la question du vivre-ensemble. Elle ne marque pas une rupture avec la logique millénaire du pouvoir. Le corps social reste organisé en fonction de quelques objectifs censés traduire la « volonté générale », et comme aucun objectif à ce niveau ne saurait recueillir l’unanimité, la logique du système implique l’usage de la force contre les récalcitrants.

 

Peu importe d’ailleurs quels sont ces objectifs (projeter sa puissance vers l’étranger, augmenter le niveau de vie des citoyens, propager un modèle culturel….). L’idéologie démocratique, comme la science moderne, se veut wertfrei, c’est-à-dire affranchie de toute référence à des valeurs. Le peuple exprime sa volonté, et il n’y a point à en juger. Qui le ferait d’ailleurs, car si la volonté est générale, la critiquer ne serait-ce pas se contredire soi-même ?

 

La démocratie, en fait, est bien une proposition inepte. L’idée d’un peuple souverain qui se donnerait à lui même ses lois est intenable. Tout pouvoir puise sa légitimité ailleurs qu’en lui-même, il est conféré par Dieu, ou inscrit dans la Nature, et le socialisme lui-même procédait d’une sorte de droit naturel, puisqu’il se voulait « scientifique ». Le projet même de « contrat social » suppose l’existence d’une règle antérieure, pacta sunt servanda, les engage­ments doivent être tenus ; car si l’on n’était pas certain qu’autrui honore ses contrats, quel sens cela aurait-il de lui en proposer un ? Et cette règle antérieure doit elle-même reposer sur une plus fondamentale (pourquoi doit-on tenir ses engagements ?), et ainsi de suite dans une régression infinie. D’ailleurs nul ne nous démontre que la légitimité ne vient pas du peuple avec plus de conviction que nos intellectuels et artistes français. Ils n’hésitent pas à agir dans l’illégalité au nom de principes supérieurs, comme de petites Antigones excitées, lorsque le gouvernement démocratiquement élu ne suit pas leurs avis.[6]

 

C’est pourquoi la démocratie ne se présente jamais seule. Un adjectif accolé à son nom révèle quelle autre idéologie lui sert de régulateur des égarements et des emportements populaires.

Dans une démocratie islamique, le peuple souverain peut voter tout ce qu’il veut, à condition de ne pas remettre en cause les préceptes du Coran. Dans une démocratie populaire, la vulgate socialiste est son cadre de référence, de même que les droidloms dans les démocraties dites libérales. Or ces idéologies ne sortent pas des urnes. Véritables hérésies du dogme démocratique, elles se présentent explicitement comme des freins et des limites à la souveraineté populaire.

 

La passion d’intervenir dans la vie des autres, propre aux démocrates, a été contenue tant bien que mal par ces idéologies, et principalement par l’individualisme libéral. L’empreinte libérale, si faible qu’elle soit sur notre droit occidental, constitue notre meilleure défense contre une dictature de la majorité. Si le peuple devait s’affranchir de cette contrainte du Droit, nous aurions réalisé la démocratie authentique, et du même coup, c’en serait fait de nos libertés.

 

 

La soif du pouvoir 

 

Civiliser consiste à faire échec au pouvoir politique. Depuis qu’il y a de l’humanité, la tentation a toujours existé de s’emparer par la force de ce qui ne nous appartient pas, un champ, un pays, des esclaves… La fonction de la politique n’est pas d’éliminer cette violence. Les seuls qui proposent de mettre la violence hors-la-loi sont les libertariens, et c’est pourquoi le projet libertarien est aujourd’hui le plus avancé dans l’évolution de la civilisation.

 

La politique se contente de restreindre la guerre de tous contre tous en établissant deux classes dans la société, celle qui aura le droit d’exercer la violence, et celle qui en sera victime. L’innovation de la démocratie dans l’ordre politique est de permettre aux victimes une participation symbolique au pouvoir des dominants. La démocratie est un exutoire collectif de la libido dominandi. C’est la source de son succès universel. Que signifie en effet déposer un bulletin dans l’urne, sinon proclamer « Voici comment je veux que les autres vivent » ? Ce bulletin ne compterait-il que pour 1/100.000.000ème du résultat final, il est emblématique. Chaque enfant y découvre que lui aussi pourra participer à un grand mouvement d’asservissement de ses petits camarades, il aura la chance un jour de leur imposer son chef et ses lois.

 

Continuation de la guerre civile par d’autres moyens, la démocratie ne peut éviter le vocabulaire des armées : les candidats entrent en campagne électorale, ils poursuivent le combat jusqu’à la défaite de leur adversaire, et ils célèbrent la victoire dans leur quartier général. Personnellement je ne vote pas. Je ne peux m’empêcher de voir dans l’acte de voter une volonté de prise de pouvoir sur ses semblables, qui me déplaît profondément.

 

Les sources psychologiques de la démocratie sont celles d’êtres humains encore incapables d’imaginer une société sans pouvoir. Le citoyen démocratique n’a pas dépassé la mentalité d’esclave, et il n’a chassé son maître royal que pour faire du peuple un maître collectif. La société démocratique est celle d’esclaves qui cachent leur besoin de maître, la société libertarienne est celle de maîtres qui ne veulent pas d’esclaves. Pour nous, libertariens, le refus de tout pouvoir est la voie vers l’émancipation. La seule maîtrise que nous désirons est la maîtrise de soi.

 

Cette opposition illustre deux manifestation divergentes de la puissance : celle de la masse, et l’émancipation individuelle. Pour générer l’effet de masse propre aux troupeaux, aux foules et aux armées, la démocratie doit supprimer au moins nominalement les distinctions qualitatives. En tant que tel, le citoyen n’a pas de titre, de famille, de religion, d’appartenance quelconque. Chacun doit être indiscernable des autres pour se fondre dans une société impersonnelle et statistique, niveleuse du terrain où peut s’édifier une société de consommation matérialiste.

 

En réaction, nous voyons, d’une part, nos contemporains chercher désespérément à échapper à cette indifférenciation pour exister enfin, individuellement, avec la richesse de leurs multiples appartenances. L’âge de la mondialisation paradoxalement devient celui des revendications ethniques, sexuelles et régionalistes, chacun se réappropriant une identité niée par la citoyenneté démocratique : homo, métis, femme, ou basque… Mais, d’autre part, de toutes ces différenciations, celle qui compte le plus dans nos pays est la fortune, véritable obsession des démocrates, parce qu’elle correspond à leur vision toute superficielle et quantitative du monde.[7]  Même ceux qui vitupèrent la ploutocratie ne peuvent finalement rien proposer d’autre que différents modèles de répartition de richesses ; ils sont prisonniers du matérialisme de la pensée démocratique.

 

L’émancipation de l’individu est l’autre manifestation possible de la puissance. Non plus celle de la masse, mais celle de l’esprit. Elle est la puissance de la création. Fondement de la philosophie libertarienne, l’émancipation personnelle vise, en même temps que la prospérité, une société de responsabilité et de sagesse.

 

L’idéologie démocratique nationaliste et socialiste

La démocratie est sous-tendue par deux idéologies, le nationalisme et le socialisme. Le socialisme est inscrit dans l’ADN de la démocratie. Un économiste écossais, Alexander Fraser Tyler, émettait ce jugement déjà en 1776 : « Un régime démocratique ne peut pas perdurer. Il subsiste jusqu’au moment où les électeurs découvrent qu’ils peuvent se voter des largesses aux dépens du trésor public. Dès ce moment, la majorité élit toujours les candidats qui promettent le plus de cadeaux aux frais du trésor public, avec pour conséquence que la démocratie croule sous le poids d’une politique fiscale immodérée… ».[8]  C’est bien en pensant à l’État démocratique que notre grand Frédéric Bastiat écrivait qu’il est la «fiction à travers laquelle tout le monde espère vivre aux dépens de tout le monde ».[9]

Si l’on demande aux gens ce qu’ils considèrent important dans leur vie, ils répondront l’amour, une vie de famille comblée, une vocation réalisée, la santé… Rien de ce que la politique peut leur apporter. Les hommes de l’État ne peuvent pas faire notre bonheur. Ils ne peuvent même plus dans le monde d’aujourd’hui galvaniser nos énergies au travers d’une grande épopée civilisatrice. Ils n’ont d’autre fonction que la légalisation du vol. Tout l’appareil de propagande de l’État démocratique doit donc convaincre les électeurs que l’argent est la seule valeur désirable, puisque c’est la seule qu’il peut dispenser. On comprend l’envie et la haine dont ceux qui possèdent de l’argent sont l’objet de la part de ceux qui en sont dépourvus.

Tout, tout de suite

Comme le note Hans-Hermann Hoppe, un monarque et une aristocratie héréditaires ont une stratégie différente des dirigeants démocratiquement élus.[10]  Le monarque peut œuvrer dans la longue durée. N’étant pas sujet à élection, il n’est pas tenu comme le délégué du peuple de produire des résultats flatteurs en 3 ou 4 ans, quelles que soient les conséquences futures de cette précipitation. L’électeur aussi veut des résultats immédiats. Il ne peut pas faire confiance au long terme, puisque toute promesse politique pourrait être reniée par une nouvelle majorité. La démocratie place donc chacun dans une situation de locataire pressé de jouir du bien confié, et peu soucieux d’investir au bénéfice du locataire suivant. Cette préférence temporelle, normale chez les gérants de biens qui ne leur appartiennent pas, a coulé nombre de projets autogestionnaires et d’économie sociale. En revanche, le propriétaire dans un régime de liberté, tout comme le souverain héréditaire, s’ils peuvent se tromper autant que n’importe quel gestionnaire, ont au moins cette incitation de laisser à leurs héritiers un bien sans hypothèque.

 

On aurait pu éviter les débordements annoncés de la démocratie. Le bi-caméralisme, par exemple, aurait pu comprendre une assemblée élue au suffrage censitaire, chaque millier de francs d’impôts donnant droit à une voix.[11]  Cette chambre aurait voté seule le budget de l’État, puisque ses électeurs l’auraient financé. L’autre chambre aurait légiféré sur les questions de droit civil et pénal, le mariage, l’adoption, la sanction des peines et des délits, qui n’ont pas d’impact budgétaire direct, et elle aurait été élue au suffrage universel.[12]  Mais une telle démocratie n’aurait pas évité la question fondamentale : « Qu’est-ce qui me permet de voter pour imposer aux autres mes préférences ? ».

Nationalisme

Si le peuple est souverain, il faut définir qui est le peuple. La démocratie, fille du machinisme, ne fonctionne qu’avec un peuple unifié, uniformisé, et univoque.[13]  Lorsque tous les efforts de normalisation ont échoué, et qu’on se retrouve avec des citoyens de qualités différentes, il faut les grouper par séries homogènes dans de petites démocraties subsidiaires, ce qui est la forme politiquement correcte du nettoyage ethnique. En Suisse, qui est l’archétype de ce modèle constitutionnel, on appelle ces filiales de l’État des cantons.

 

Des hommes libres n’ont pas besoin d’être ainsi parqués dans des enclos politiques. Cette pratique tribale est une conséquence de la démocratie. Sous les autres régimes, soit le peuple ne contrôle pas les dirigeants, ce qui est le cas des monarchies et des régimes autoritaires, soit les dirigeants ne contrôlent pas le peuple, comme en régime libéral. Dans les deux cas, peu importe à quelle ethnie ou religion ils appartiennent. En revanche, lorsque les gouvernants ont une allégeance à une partie des électeurs, et que celle-ci se veut différente ethniquement ou culturellement, et que les institutions confèrent à ces dirigeants le droit d’intervenir dans la vie des gens et l’éducation de leurs enfants, le droit de leur imposer l’usage d’une langue ou d’interdire une pratique religieuse, alors il devient vital pour chaque citoyen que ces dirigeants soient de leur bord.

 

Car les gens changent souvent d’opinions politiques, mais plus rarement de religion, et presque jamais d’ethnie. Ceux qui sont ethniquement ou religieusement minoritaires ne renverseront pas démocratiquement la majorité ; ils ont peu de chances de se faire entendre (quel serait le sens de la démocratie si la minorité gouvernait ?). Leur avenir se profile donc entre la résignation propre aux citoyens de seconde zone, et la sécession. Le Liban, Israël, la Yougoslavie, le Caucase, illustrent l’incapacité de la démocratie à faire vivre ensemble des individus qui ne sont pas du même modèle, sans les « cantonner » au sens propre du terme.

 

Même lorsque les citoyens sont tous normalisés ethniquement, culturellement et religieusement, la parenté entre le socialisme et le nationalisme se repère encore. En effet, lorsqu’un système accorde à une partie de la population le droit de voler l’autre, il est important pour les voleurs de restreindre leur nombre, et de taxer le maximum de victimes. Une large majorité est donc inutile et improbable en démocratie sociale. Elle pèserait trop lourdement sur une minorité réduite. Et de fait, la légitimité de nos gouvernements aujourd’hui repose sur seulement 51, 52 ou 53% des votants, ce qui ne représente même pas la majorité des électeurs. Or ce chiffre des électeurs est lui-même trompeur, puisque des étrangers en nombre croissant s’installent dans nos pays et perçoivent les bénéfices de l’État providence, entamant la part qui revient aux nationaux. Il faut bien voir dans cet élargissement de la redistribution aux immigrés, sinon une cause du racisme, du moins une rationalisation de son expression. L’étranger « mange notre pain ». C’est indéniable. Lorsque la citoyenneté est une activité subventionnée, et le fameux « lien social » du parasitisme, plus il y a de parasites, moins chacun touche. La démocratie sociale ne peut éviter de creuser le fossé navrant et dangereux entre « eux » et « nous ».[14] 

Démocratie et évolution

Ces deux monstres idéologiques jumeaux, le nationalisme et le socialisme, sur lesquels repose la démocratie, sont dépassés dans l’évolution de l’humanité. Si le nationalisme est une conséquence inévitable du socialisme, leur cohabitation à terme est intenable. En Suisse, où les sentiments xénophobes donnent lieu à des référendums tous les dix ans visant à limiter l’immigration, l’argument pour les contrer est de dire que les étrangers paieront la retraite des autochtones. Mais qui paiera celle des étrangers, lorsqu’ils atteindront à leur tour l’âge de la retraite, à moins de faire venir de nouveaux immigrés ? Des mesures autoritaires, comme la retraite par répartition, causent des effets pervers, que d’autres mesures arbitraires doivent corriger, et ainsi de suite. Le seul système stable et juste est celui qui fait appel à la conscience de chacun, indépendamment de considérations artificielles, telles la citoyenneté…. Si autochtones et étrangers gagnaient leur vie en rendant service à autrui, et s’assuraient sans faire appel à la violence de l’État, la xénophobie perdrait toute rationalité, et dévoilerait son vilain visage.

 

La politique de « préférence nationale », prônée à gauche comme à droite, rend la démocratie totalement incompatible avec l’intégration technologique et économique de l’humanité. Trois pays seulement ont une authentique culture démocratique : l’Angleterre, littéralement isolée ; la Suisse, protégée au fond de ses vallées ; les États Unis, au-delà d’un océan. Dans ces pays, ce que décidait le citoyen arrivait. Les vicissitudes du monde ne déraillaient pas l’application des programmes électoraux. Plus maintenant. Il n’existe plus de sanctuaire. Les suisses n’élisent pas le président des États Unis, mais il a malheureusement plus d’influence sur leur avenir que leur propre Conseil fédéral. Et personne ne vote les percées technologiques, les préférences des consommateurs, les cours des bourses, la croissance économique, la révolution des mœurs… Elles sont bien voulues par des gens, mais en dehors de la politique. Comme le note Jean Guéhenno : « La relation des citoyens au corps politique est concurrencée par l’infinité des connexions qui s’établissent en dehors de lui, de sorte que la politique, loin d’être le principe organisateur de la vie des hommes en société, apparaît comme une activité secondaire, une construction artificielle historique, inadaptée à la solution des problèmes pratiques ».[15]

Démocratie participative

Les medias se félicitent parfois que tel ou tel pays soit « en marche vers la démocratie ». On s’en fiche complètement. Ce qui compte est que chacun des habitants acquière plus d’autonomie. Ce qui importe n’est pas la nature du gouvernement, mais les limites de son pouvoir. Un empereur de droit divin, qui respecte la sécurité des personnes et des biens et leurs initiatives, assure mieux la paix et la justice qu’une majorité élue, raciste et rapace.

 

Un avatar récent de l’idéologie démocratique, qu’on présente comme un progrès des libertés, est la « démocratie participative ». La ville de Porto Alegre, au Brésil, lui sert de vitrine. Selon cette nouvelle vulgate, chaque projet municipal est transmis à des comités de citoyens, qui débattent, suggèrent des amendements, et recommandent des choix. Un édile de Genève voudrait qu’on soumette à un test de démocratie participative l’aménagement des anciennes halles de la ville. On demanderait aux habitants leurs préférences pour la réaffectation des bâtiments. Les habitants, cependant, n’ignorent pas que le site est disponible. Une société horlogère a déjà souhaité y installer ses ateliers. Quelques associations ont suggéré des projets culturels non-lucratifs. Ces initiatives viennent de gens qui ont pris la peine d’analyser les besoins du public, et ils s’engagent personnellement dans la réalisation. Si l’on préfère convoquer des assemblées de quartier, les gentils citoyens lanceront des idées sympathiques, d’autant plus facilement qu’ils n’auront pas à les mettre en pratique. La municipalité en revanche, forte de ces suggestions à l’emporte-pièce, se dotera d’un budget financé par l’impôt, et se substituera à l’initiative des gens eux-mêmes, que ce soit, par exemple, celles de cette entreprise horlogère ou de ces associations.

 

Et c’est bien là le but des hommes de l’État. Car la puissance naît de l’action, pas du discours. La démocratie participative encourage les citoyens à palabrer, et ensuite à laisser agir les hommes de l’État. Quel contraste avec le libéralisme, dont l’affranchissante devise est :

« Laissez faire » !

 

L’objection classique à l’émancipation de l’individu est que certains ne seraient pas assez responsable pour se prendre en charge. Ils ne donneraient pas d’éducation à leurs enfants, ils n’assureraient pas leur retraite, consommeraient des produits dangereux pour leur santé… Mais venant des démocrates, cette objection n’est pas recevable. Si les gens sont assez réfléchis pour décider comment les autres doivent vivre, ne le seraient-ils pas suffisamment pour mener leur propre vie ?

La  « théâtrocratie »

On reconnaît couramment deux vertus à la démocratie. D’abord, elle rabattrait la superbe des gouvernants, requis de solliciter le suffrage des citoyens, y compris des indifférents, des séniles, et des illettrés ; tous ont une valeur égale pour être élu. Coriolan se refusait à cette humiliation. Qui voudrait faire reconnaître sa compétence par ceux qui en savent moins que lui ? Si les élèves devaient juger leur professeur, ce ne serait pas sur le critère des connaissances, qu’ils sont incapables d’évaluer, mais sur celui de la personnalité. Est-il chaleureux, captivant, indulgent… ? Enseignerait-il que la somme des angles d’un triangle n’est pas égal à deux droits que les élèves ne s’en apercevraient pas, ou seulement bien plus tard (mais « bien plus tard » en politique signifie qu’un tort est déjà causé à des millions de personnes).

 

On comprend alors que le métier de politicien cousine avec celui de comédien. Partout dans le monde, on passe de l’un à l’autre ; des vedettes du show-biz s’engagent en politique. Car si un problème est trop complexe pour être expliqué à une population, le seul moyen d’obtenir son soutien est de faire appel à ses sentiments ; or les comédiens ne sont-ils pas les professionnels de l’illusion et de la manipulation des émotions ? Platon déplorait déjà la « théâtrocratie ». Il avait bien vu que l’émotion et les passions faussaient le jugement, et que l’une des vulgaires et irrésistibles tentations des politiciens était de les utiliser pour paralyser la réflexion. Car penser, c’est déjà résister.[16]

L’obligation de rendre des comptes

La seconde vertu de la démocratie, soulignée par Hayek, serait son côté pédagogique. L’obligation de solliciter les suffrages entraîne pour le politicien celle de rendre compte de sa gestion et informer l’électeur de ses intentions. Mais un bilan politique, comme un programme électoral, incluent des actions dans de multiples domaines. Les propositions et promesses des politiciens ne concernent pas tout le monde. L’électeur se prononce à partir de deux ou trois d’entre elles, alors que son vote comptera pour les imposer toutes au pays, y compris celles que cet électeur ne soutenait pas particulièrement, qui lui étaient même indifférentes.

 

C’est pourquoi quelques pays usent du référendum pour consulter la population sur un seul sujet à la fois. Chaque citoyen suisse, par exemple, est invité à se prononcer sur une trentaine de sujets par an, dont la plupart bien sûr ne le regardent pas. L’abstention à juste titre est massive. Seuls se rendent aux urnes les tyranneaux frustrés et les râleurs, tous zélés démocrates, qui ne peuvent s’empêcher d’intervenir dans la vie de ceux qui ne leur demandent rien. 

 

Pour illustrer d’un seul cas l’illogisme de ces référendums, je rappellerai celui qui demandait aux électeurs genevois d’approuver le principe d’un tunnel routier sous la rade qui divise la ville. Il devait épargner d’interminables bouchons aux très nombreux banlieusards de France et du canton de Vaud. Mais ceux-ci ne votent pas à Genève. En revanche, une brigade d’électeurs barbus et en anorak, qui affirmaient ne circuler qu’à vélo, et habitaient pour la plupart trop loin du tunnel pour en être incommodés, réussirent après une campagne vigoureuse à faire interdire sa construction.

 

La solution libérale, c’est-à-dire conforme à la justice, eut été de demander aux usagers s’ils étaient d’accord de payer des infrastructures pour faciliter leurs mouvements automobiles et dédommager éventuellement les riverains importunés. Qui d’autre que les usagers et les riverains pouvaient légitimement dire oui ou non à ce projet ?

 

Et l’on pourrait reprendre ainsi les dizaines de référendums organisés chaque année, par exemple sur les horaires d’ouverture des magasins, sur l’autorisation à une nouvelle compagnie de taxis d’opérer en ville, ou à l’Église catholique d’établir un évêché, comme si ces questions ne devaient pas être réglées par les intéressés eux-mêmes, les patrons et employés des magasins, les propriétaires et chauffeurs de taxis, et le Vatican.

 

Au moins l’organisation d’une votation dans le monde tangible prend-elle un certain temps, que les citoyens peuvent mettre à profit pour s’informer.  Que penser en revanche de ces référendums « en ligne », où les électeurs se prononceraient sur tout, à tout moment, dans un processus de « démocratie continue » ? Après un crime affreux, on pourra compter sur le rétablissement de la peine de mort, et après la découverte d’une erreur judiciaire, sur son abolition, et ainsi de suite au gré des sautes d’humeur et des billevesées.

 

Hayek a raison. La démocratie est bien une pédagogie. Mais la leçon qu’elle enseigne est qu’on peut obtenir ce qu’on souhaite par la violence de l’État. La civilisation a-t-elle besoin de cette leçon-là ?

Le mensonge démocratique

St Augustin écrit quelque part que tout le monde aime la vérité, même les menteurs, puisqu’ils voudraient que leurs mensonges soient la vérité. La démocratie est un mensonge qu’on aime. Nous voudrions tous qu’il soit vrai que ceux qui votent exercent le pouvoir, que leurs délégués défendent l’intérêt général, que les lois qu’ils promulguent délimitent les sphères du permis et de l’interdit.

 

Mais même les sommités de l’État et de l’intelligentsia ne peuvent plus nous faire accroire ce qui est si évidemment contraire au jugement et à l’expérience. Deux siècles de révolutions autour de la planète nous confirment, sans aucune exception, que les délégués du peuple confisquent le pouvoir et ne le rendent pas. L’intérêt général se confond vite avec le leur. Leur législation ne trace pas la frontière entre le permis et l’interdit – cette distinction est déjà opérée par les prescriptions de la morale et du Droit - mais entre ceux qui à qui ce sera  permis et ceux à qui ce sera interdit. La loi des démocrates ne dit pas : « Tu ne tueras pas », elle désigne certaines personnes qui ont le droit de tuer, les militaires et les flics. La loi des démocrates n’ordonne pas : « Tu ne voleras pas », elle dit que certaines personnes seulement ont le droit de voler, les agents du fisc et des douanes… Modeste souverain assurément que ce peuple qui jouit de moins de droits que ses supposés serviteurs.

Démocratie et médiocrité

Certains êtres humains sont porteurs d’une mission. Ils sont inspirés par un grand dessein et ils appellent les peuples à les suivre. Alexandre, Saint Louis, De Gaulle… sont quelques noms qui viennent à l’esprit. L’aristocratie européenne, d’où les souverains étaient issus, était éduquée dans cette conviction que ses membres étaient des élus, non pas de ceux en dessous d’eux, mais d’une autorité supérieure. Même si beaucoup ne se montrèrent pas à la hauteur de cette vocation, ils formaient collectivement la dimension verticale des nations.

 

Tocqueville a bien montré que sans cet appel vers le haut, la démocratie n’est qu’une masse avachie, « un troupeau d'animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ». Aucun pays du monde ne correspond mieux à ce célèbre tableau de Tocqueville que celui où la démocratie est la plus accomplie, la Suisse. Depuis un demi-siècle, elle est la patrie rêvée des gens sans rêve, toute propre, bien pensante, sans passion ni conflit, où la soumission est une vertu, la délation un devoir, le journalisme une propagande.[17]

 

Comme on ne saurait supposer que les helvètes soient génétiquement différents du reste des humains, et comme la population se répartit en quatre langues et cultures, il faut accepter ce qu’ils disent d’eux-mêmes, que la seule institution qui les unit est la démocratie. Si ces montagnards ont les idées plates, c’est donc à la démocratie qu’ils le doivent. Ce qui est logique après tout. Avec des référendums toutes les trois semaines pour permettre ou interdire aux gens de faire ce qu’ils souhaitent, comment prendre son essor ? comment être excentrique, inspiré, novateur ? Pour ne prendre qu’un exemple, beaucoup de visiteurs se demandent pourquoi Genève, une des villes les plus riches du monde, siège d’une pléiade de banques et d’institutions internationales, ne peut s’enorgueillir d’aucune grande réalisation architecturale. Mais lorsque pour construire sur son propre terrain avec ses propres fonds, il faut dix autorisations de gratte-papiers, et être approuvé par un référendum de béotiens, on a une architecture de gratte-papiers béotiens.

 

Le conflit entre la démocratie et la création ne se limite pas évidemment au seul domaine de l’art. Il s’étend à tout ce qui affecte notre vie : la science, le commerce, le droit… La démocratie s’est substituée à ces autres forces qui entravaient la créativité de nos ancêtres : le poids de la tradition, les tabous religieux, les interdictions d’entreprendre faites aux femmes et aux castes inférieures… Or l’intérêt pour chacun de vivre en société est que nous bénéficions de l’invention et des initiatives des autres, même si nous ne les comprenons pas, et si nous ne savons pas comment elles fonctionnent. Le respect du droit de propriété suffit à protéger des conséquences de ces entreprises ceux qui les jugent néfastes. En revanche, précisément parce que nous sommes incapables de saisir la portée de certaines innovations, qu’elles soient artistiques, économiques ou technologiques, laisser à la masse des citoyens le droit de les censurer revient à ramener la civilisation au plus petit commun dénominateur de l’entendement humain. Au moins, l’aristocratie formait-elle une élite lettrée, audacieuse, qui s’avéra capable de grandes réalisations, parce qu’elle n’était pas tenue de sacrifier au culte démocratique de la médiocrité.[18]

La fin de l’innocence

Tous les comploteurs le savent, ceux qui ont à connaître de l’opération doivent être « mouillés ». Leur implication est le gage qu’ils ne pourront pas dénoncer le forfait et s’en déclarer innocents. La démocratie ne supporte pas l’innocence. Si le gouvernement incarne la volonté du peuple, comment le peuple ne serait-il pas responsable des exactions du gouvernement ? Même ceux qui ont voté contre sont complices puisqu’en jouant le jeu, ils ont légitimé le système qui permet l’arbitraire juridique, les violences policières, le mobbing fiscal, l’agression militaire et douanière contre l’étranger… Les serfs, les colonisés, les femmes, les juifs, lorsqu’ils n’étaient pas directement victimes du pouvoir, pouvaient au moins se proclamer innocents de ses crimes. En devenant citoyens électeurs d’un État, ils s’en rendent complices. Il est impossible de garder son intégrité morale, et de participer en même temps à la légitimation du pouvoir politique.

 

Celui qui s’assied à une table de jeu ne doit pas se plaindre lorsque le sort lui est contraire. Si des partis nauséabonds de droite ou de gauche viennent à gagner des élections en Europe, ou des fondamentalistes religieux en Afrique, et des expériences récentes montrent que c’est possible, que peuvent dire les démocrates qui ont accepté d’avance le verdict des urnes[19] ?  Eux aussi auraient imposé leurs lois s’ils avaient gagné. Un fusil peut être utilisé défensivement ; un bulletin de vote est toujours une arme offensive. Au lieu de cette archaïque guerre démocratique, qui ne laisse que des vainqueurs provisoires et des vaincus revanchards, pourquoi chacun ne serait-il pas libre de vivre selon ses valeurs, islamistes, communistes, capitalistes…, au sein de communautés auxquelles il ou elle se sent appartenir ?

 

Et si le règlement d’une de ces communautés stipule que les décisions sont prises à la majorité des membres, cette règle acquiert une authentique légitimité, puisque ceux qui l’acceptent l’ont formellement approuvée et ont la faculté de faire cesser le pouvoir de la communauté sur eux en démissionnant. Arguer que la constitution s’impose à ceux qui n’en veulent pas est énoncer une contradiction interne de la démocratie, puisque c’est reconnaître que la légitimité du pouvoir ne dépend pas de l’assentiment de ceux sur lesquels il s’exerce. Si le pouvoir démocratique peut contraindre ceux qui le rejettent, la démocratie n’a plus d’argument contre les tyrans de toutes espèces.

L’incantation démocratique

En commençant cette intervention, je rappelais les liens vieux de 300 ans entre la science moderne quantitative et la démocratie. Mais la méthode scientifique, fondée sur la logique rationnelle cognitive, ne s’est pas substituée aussitôt à toutes les autres formes de connaissance. Par exemple, nous rencontrons encore quotidiennement autour de nous des pratiques magiques. Elles ne sont pas délirantes. La magie n’est pas la représentation hallucinée d’une réalité qui serait autrement évidente. Comme l’écrit Ken Wilber, la magie est plutôt la perception souvent approximative d’un niveau primitif de réalité, centré sur l’émotion et la sexualité.[20]  La politique, qui fait appel aux sentiments primitifs de prédation et de pouvoir sur autrui, a mis plus longtemps que nos autres conceptions du monde pour passer au stade rationnel. Nous adorons ses idoles. Car il est rassurant de croire que des éléments que nous contrôlons, comme des amulettes et des grigris, ont plus de pouvoirs qu’ils n’en déploient réellement.

 

L’institution de l’État est un exemple remarquable d’idolâtrie moderne. Par la célébration rituelle des élections présentées comme une grande messe sociale, elle nous permet de participer au culte qui influencera l’idole en notre faveur. Si nous lui faisons l’offrande du bon bulletin de vote, elle nous apportera la sécurité, l’emploi à vie, une retraite confortable, des soins médicaux gratuits, la protection de l’environnement, une bonne école pour nos enfants… Toutes ces grâces pleuvront par miracle. Nous n’aurons rien à faire nous-mêmes pour gagner ces bienfaits. Qu’y a-t-il de plus magique que cette croyance-là ?

 

Certaines illusions sont si douces qu’il faut du temps pour s’en déprendre. L’illusion démocratique nous leurre plus longtemps que d’autres, pas seulement en flattant notre névrose de pouvoir, mais aussi en présentant comme siennes les réussites des autres : celles du libéralisme, qui attache des droits à chaque personne humaine, celles du capitalisme, génératrices de prospérité. A travers cette construction symbolique fondatrice de l’ordre social, le clergé des hommes de l’État et ses protégés peuvent pérenniser leur exploitation. Le plus sûr moyen de se protéger de leur violence, et surtout de protéger son âme, est de refuser leur logique du pouvoir. Le déligitimer. Ne pas voter. Refuser d’être complice. Il émergera de ce refus de la compromission politique un appel aux consciences individuelles. La société juste ne se construira pas par le haut, par la magie d’un bon gouvernement, mais par le bas, par l’émancipation de chacun, conscience après conscience.

 

Vivre ensemble implique des normes. Pour nous, libertariens, la norme universelle est simple, elle est le respect de chaque être humain, de ses croyances, et des biens matériels auxquels il est attaché. Les libertariens ne vivent pas dans leur trou, oublieux des autres. La société que nous construisons, inédite dans l’Histoire, est une société sans pouvoir, à la fois très modeste, car elle renonce aux grandes épopées des princes et des États, et très ambitieuse, car elle demande l’engagement de chacun au quotidien. C’est une société qui abandonne la politique pour la politesse, la citoyenneté et le civisme pour la civilité.

 

 

 

D’après la transcription d’une conférence donnée en anglais

au Congrès mondial d’ISIL et de Libertarian International,

tenu à Dax, du 1er au 5 juillet 2001, en célébration du

bicentenaire de la naissance de Frédéric Bastiat.                                             

 

www.liberalia.com                                                                            cmichel@cmichel.com

 

 


 

[1]   Rudolph Rummel, Understanding Conflict & War, Sage Publications, 1975

Francis Fukuyama, The End of History and the Last Man, London, Penguin Books, 1992
Amartya K. Sen, Poverty & Famine, An Essay On Entitlement And Deprivation, Oxford University Press, 1984

 

[2]   Un ouvrage récent et bien documenté illustrant cette thèse est celui d’Hernando de Soto, The Mystery of Capital, Why Capitalism Triumphs In The West And Fails Everywhere Else, Basic Books, 2000  

 

[3]    Paradoxalement, c’est dans les pays les moins démocratiques où la constitution est d’adoption récente qu’on peut dire qu’une partie au moins de la population l’a approuvée en la ratifiant par référendum. Dans les pays de démocratie plus ancienne, le citoyen n’a a adhéré à rien. Il est donc logique que,  juridiquement, il ne puisse démissionner d’une organisation à laquelle il n’appartient pas. Ainsi, le lien politique n’est rien d’autre que celui que les plus forts et les plus nombreux imposent aux minorités et aux faibles.

 

[4]   Voir en particulier Murray Bookchin, The Ecology of Freedom, Cheshire Books, 1982.

 

[5]   Cette conception de la souveraineté populaire faisant fi du Droit trouva une parfaite illustration à l’Assemblée nationale française il y a quelques années lorsque l’opposition reprocha au gouvernement de violer la loi. Elle s’attira la riposte cinglante : « Vous avez juridiquement tort, parce que vous êtes politiquement minoritaires ». Version démocratique de « L’État, c’est moi ! ».

 

[6]  Par exemple, dans des cas de censure, d’attribution de subventions, ou d’expulsion de sans-papiers.

 

[7]    Voir René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, NRF-Gallimard, 1945.

 

[8]   “A democracy cannot exist as a permanent form of government. It can only exist until the voters discover that they can vote themselves largesses from the public treasury. From that moment on, the majority always votes for the candidates promising them the most benefits from the public treasury, with the result that a democracy always collapses over a loose fiscal policy, always followed by a dictatorship. The average age of the world's great civilizations has been 200 years. These nations have progressed through this sequence:
From bondage to spiritual faith; From spiritual faith to great courage;
From courage to liberty; From liberty to abundance;
From abundance to selfishness; From selfishness to complacency;
From complacency to apathy; From apathy to dependence;
From dependence back into bondage.”

Alexander Fraser Tyler,  cité par Doug Newman, sur le site www.geocities.com/fountoftruth

 

[9]      L’État, composition parue au Journal des Débats, numéro du 25 septembre 1848, disponible sur l’excellent site consacré au grand économiste français : www.bastiat.org

 

[10]   Voir Hans-Hermann Hoppe, The Political Economy Of Monarchy And Democracy And The Idea Of A Natural Order, ainsi que son Les élites naturelles, les intellectuels et l'État (trad. François Guillaumat), deux textes publiés sur le site de Liberalia ( www.liberalia.com )

 

[11]   La démocratie s’honorerait de ne lever qu’un impôt unique, celui sur les personnes physiques, et, soit de le rendre universel comme le suffrage (en France, la moitié des ménages ne paient pas d’impôt sur le revenu), soit de le rendre volontaire, la contrepartie de payer l’impôt étant d’en décider l’affectation. Dans les deux cas, le nombre de voix serait proportionnel aux contributions versées ;  ceux qui sous-estimeraient leur déclaration d’impôt perdraient des voix, ce qui est logique. Chaque citoyen assumerait ainsi la responsabilité financière de ses préférences politiques. Mais on comprend que le berger veuille cacher au mouton les ciseaux qui vont le tondre. Les droits de douane, la TVA, les taxes et droits divers, sont bien plus faciles à prélever, parce qu’ils semblent indolores. Ils ont aussi l’avantage de pénaliser plus lourdement les pauvres, qui sont moins vigilants, et qui exercent moins d’influence sur les hommes de l’État.

 

[12]   Dans une logique « citoyenne »,  les étrangers payant des impôts auraient été naturellement électeurs de la première de ces assemblées et éligibles ; pas nécessairement de la seconde.

 

[13]   Là encore, la comparaison avec le régime monarchique est éclairante. Le monarque régnait sur des peuples de mœurs et de coutumes différents, sans allégeance à aucun d’entre eux. L’armée était souvent composée de mercenaires, et personne ne trouvait incongru qu’un Cardinal italien fût premier ministre de la France, qu’un Maréchal de Saxe commandât ses armées, ou qu’un Duc de La Rochefoucauld fût gouverneur d’Odessa (c’est même ce gouverneur-là qui fit construire les fameux escaliers du port, immortalisés dans Le Cuirassé Potemkine).

 

[14]   L’idéologie citoyenne, en fait, ne comprend qu’une alternative : avec moi ou contre moi. La Patrie ou la mort. Si tu es contre elle, tu n’as pas le droit de vivre. Il n’y a que la citoyenneté qui compte. Peu me chaut que tu sois musicien, bon père de famille, jardinier ou banquier. Les jacobins donneront vite cette interprétation de la citoyenneté : « Sois mon frère, ou meurs ». La gentille communauté des citoyens, on la voit bien dans les manifestations obscènes de joie à l’annonce des résultats d’élections, surtout dans le pays qui a inscrit la fraternité dans sa devise. (Au football aussi, les gagnants font la fête, mais l’enjeu n’est pas le même, n’est-ce pas, l’équipe malheureuse ne va pas subir des années durant le pouvoir, les lois, les impôts, la censure des vainqueurs).

 

[15]   Jean Guéhenno, The End Of Nation-State, transl. Victoria Pesce Elliott, University of Minnesota Press, 1995.

 

[16]   Ma génération est la dernière qui a connu des héros en politique. Mes camarades de lycée épinglaient des posters de Mao, Trotsky ou Che Guevara sur leurs murs. Des canailles, certainement, mais des canailles magnifiques. Constatons en notre temps l’arrivée au pouvoir des bouffons, signe infaillible que nous sommes bien en démocratie.

 

[17]   La loi suisse  impose désormais aux banquiers de dénoncer à la police toute transaction financière inhabituelle de leurs clients. Il suffit de parcourir la presse et d’écouter quelques émissions de radio et de télévision pour apprécier l’empressement des journalistes suisses à soutenir toutes les propositions liberticides de leurs politiciens. Inversement, les créateurs sont superbement ignorés ou crucifiés.

 

[18]   On voudrait aussitôt opposer la belle profession d’indépendance d’esprit de Romain Rolland dans l’introduction de Clérambault : « Le développement universel des démocraties, mâtinées d’une survivance fossile : la monstrueuse raison d’État, a conduit les esprits d’Europe à cet article de foi, que l’homme n’a pas de plus haut idéal que de se faire le serviteur de la communauté. Et cette communauté, on la définit : État… De libres âmes, de fermes caractères, c’est ce dont le monde manque le plus aujourd’hui. Par tous les chemins divers : soumission cadavérique des Églises, intolérance étouffante des patries, unitarisme abêtissant des socialismes, nous retournons à la vie grégaire… Allons, ressaisissez-vous, vous qui ne croyez pas que le cycle de l’homme soit révolu ! Osez-vous détacher du troupeau qui vous entraîne ! Tout homme qui est un vrai homme doit apprendre à rester seul au milieu de tous, à penser seul pour tous, et au besoin contre tous. » (cité par Charles Baudouin, dans La Force en nous,Delachaux&Niestlé, 1950). 

 

[19]   Wendy McElroy a raison en déclarant qu’elle n’aurait pas voté aux élections allemandes de 1932 et 1933, qui ont porté les nationaux-socialistes au pouvoir, même si son vote avait compté pour leur barrer la route de la Chancellerie. Car son vote servait précisément à légitimer le système qui donnait le droit à de telles brutes de s’installer au pouvoir.  Wendy McElroy, Why I Would Not Vote Against Hitler, article paru dans Liberty, Mai 1996, republié par The Voluntaryist, N° 85, Avril 1997, disponible sur  http://user.aol.com/vlntryst

Christian Michel


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Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Le WEB Résistant - Par Cyber-résistant
Dimanche 27 mars 2011 7 27 /03 /Mars /2011 12:37

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A BAS LA DEMOCRATIE 

   Hans-Hermann HOPPE

 

Imaginez un gouvernement mondial, démocratiquement élu à l'échelle mondiale en suivant le principe un homme-une-voix. Que serait le résultat probable d'une telle élection ? Le plus vraisemblable est que nous aurions un gouvernement de coalition sino-indien. Et qu'est-ce que ce gouvernement serait le plus enclin à faire pour complaire à ses électeurs et se faire réélire ? Il découvrirait probablement que l'Occident a beaucoup trop de richesses et que le reste du monde, particulièrement l'Inde et la Chine, bien trop peu, et par conséquent mettrait en œuvre une redistribution systématique du revenu du riche Occident vers le pauvre Orient. Ou alors, imaginez qu'aux Etats-Unis on étende le droit de vote aux enfants de sept ans. Le gouvernement ne serait peut-être pas composé d'enfants, mais ses politiques, selon toute probabilité, refléteraient le "souci légitime" des enfants de disposer d'un accès "suffisant" voire "égal" à des hamburgers, des limonades et des vidéocassettes "gratuits".

Je présente ces "expériences mentales" pour illustrer les conséquences du processus de démocratisation qui a commencé aux Etats-Unis et en Europe au milieu du XIXème siècle, et qui porte ses fruits depuis la fin de la première guerre mondiale. L'extension progressive du droit de vote et finalement l'établissement du suffrage universel des adultes a fait à chaque pays ce que la démocratie mondiale ferait pour l'ensemble du globe : mettre en branle une tendance apparemment permanente à la redistribution du revenu et des biens.

Un-homme-une-voix, plus la "liberté d'entrer" dans l'appareil d'Etat, c'est-à-dire la démocratie, implique que toute personne et sa propriété personnelle est mise à la portée de toutes les autres, et ouverte à leur pillage. En ouvrant en apparence les couloirs du pouvoir politique à tout le monde, la démocratie fait du pouvoir politique une "res nullius", où personne ne souhaite plus qu'il soit restreint parce qu'il espère que lui-même, ou ceux qui lui sont favorables, auront un jour une chance de l'exercer. Par contraste, dans les monarchies "absolues" d'Occident, quiconque ne faisait pas partie de la classe dirigeante avait peu de chances, voire aucune, d'y accéder, de sorte qu'ils s'opposaient avec véhémence à toute extension du pouvoir du Monarque.

Dans les démocraties, en revanche, on peut s'attendre à ce que les majorités (ceux qui "n'ont pas") tentent sans relâche de se remplir les poches aux dépens des minorités (ceux qui "ont"). Cela ne signifie pas qu'il n'y aura qu'une seule classe de gens à "besoins" et une seule catégorie de "nantis", et que la redistribution se fera uniquement des riches vers les pauvres. Bien au contraire, alors que la redistribution des riches vers les pauvres jouera toujours et partout un rôle prépondérant, ce serait une erreur sociologique que de supposer que ce sera là la seule forme ni même la forme prédominante de la redistribution. Après tout, les riches "permanents" et les pauvres "permanents" le sont généralement pour une bonne raison.

Les riches sont en règle générale intelligents et industrieux, alors que les pauvres sont typiquement stupides ou paresseux, ou les deux à la fois. Il n'y a pas beaucoup de chances que les imbéciles, même s'ils forment la majorité, soient systématiquement plus malins que la minorité des individus brillants et énergiques et parviennent à s'enrichir à leurs dépens. Bien plutôt, la plus grande partie de la redistribution se fera à l'intérieur du groupe des "non-pauvres", et il arrivera souvent que ce soient les plus riches qui arrivent à se faire subventionner par les plus pauvres. Pensez seulement à la pratique quasi-universelle des études universitaires quasiment "gratuites", grâce auxquelles la classe ouvrière, dont les enfants fréquentent rarement l'enseignement supérieur, est amenée à subventionner la formation des enfants de la bourgeoisie. (1)

En outre, on peut s'attendre à ce qu'il y ait un grand nombre de groupes et de coalitions pour essayer de s'enrichir aux dépens des autres. Les critères seront divers et changeants pour définir ce qui fait qu'une personne est un "possédant" (méritant d'être pillé) et qu'une autre est un "déshérité" (méritant une part du butin). Simultanément, les gens appartiendront à une multitude de groupes de profiteurs et de victimes, perdant au titre de l'une de leurs caractéristiques et gagnant grâce à une autre, certains se retrouvant être des gagnants nets et d'autres des perdants nets de la redistribution politique. (2)

La reconnaissance de la démocratie comme machine populaire de redistribution des revenus et des biens, associée à l'un des principes les plus fondamentaux de l'économie  —à savoir qu'on finit toujours par se retrouver avec davantage de ce qui est subventionné— fournit la clé pour comprendre l'époque actuelle.

Toute redistribution, quel que soit le critère sur lequel elle se fonde, implique de prendre aux possesseurs et producteurs originels (ceux qui "ont" quelque chose) pour donner aux non-possesseurs et non-producteurs (ceux qui "n'ont pas" la chose en question). Les raisons que l'on pourrait avoir de devenir le propriétaire initial de la chose considérée sont alors moindres, alors que sont accrues celles de devenir un non-possédant et un non-producteur.

Tout naturellement, du fait que l'on subventionne les gens parce qu'ils sont pauvres, il y aura davantage de pauvreté. Quand on subventionne les gens parce qu'ils sont au chômage, on se retrouve avec davantage de chômeurs. Soutenir les mères célibataires avec l'argent des impôts conduira à un accroissement de leur nombre, de celui des naissances "illégitimes" et des divorces.

Dans certains cas, ces politiques peuvent se contredire dans leurs effets. En interdisant le travail des enfants, on prend de l'argent aux familles avec enfants pour le donner à ceux qui n'en ont pas (la restriction réglementaire de l'offre de travail fera monter les salaires). En conséquence, le taux de natalité baissera. En revanche, en subventionnant l'enseignement donné aux enfants, on prend du revenu à ceux qui n'en ont pas ou peu, pour le donner à ceux qui en ont beaucoup. Cependant, à cause du système de prétendue "sécurité sociale", la valeur des enfants va de nouveau baisser, et de même le taux de natalité ; car en subventionnant les retraités avec des impôts pris à ceux qui gagnent leur vie, l'institution de la famille —le lien intergénérationnel entre les parents, les grands-parents, et les enfants— est systématiquement affaiblie. Les vieux n'ont plus besoin de dépendre de l'assistance de leurs enfants s'ils n'ont fait aucune provision pour leurs vieux jours, et les jeunes (qui ont très généralement accumulé moins de richesses) doivent soutenir les vieux (qui ont en général plus de richesse matérielle) et non le contraire, comme il est normal dans les familles. Le désir des parents d'avoir des enfants, et celui des enfants d'avoir leurs parents, vont décliner, les familles disloquées et malades se multiplier, et l'action prévoyante, l'épargne et la formation de capital, va chuter tandis que la consommation s'accroîtra.

En subventionnant les tire-au-flanc, les névrosés, les négligents, les alcooliques, les drogués, les sidateux, et les "handicapés" physiques et mentaux par la réglementation de l'assurance et par l'assurance-maladie obligatoire, on aura davantage de maladie, de paresse, de névroses, d'imprévoyance, d'alcoolisme, de dépendance à la drogue, d'infections par le Sida, de même que de tares physiques et mentales.

En forçant les non-délinquants, y compris les victimes de la criminalité, à payer l'emprisonnement des coupables (au lieu de les forcer à indemniser leurs victimes et à payer tout ce que coûte leur appréhension et leur incarcération), on aura davantage de crimes et de délits.

En forçant les chefs d'entreprise, par des lois contre le "racisme" et la "discrimination", à embaucher davantage de femmes, d'homosexuels, de noirs ou autres "minorités" qu'ils ne le souhaiteraient, on obtiendra plus de "minorités" employées, moins d'employeurs et moins d'emplois pour les blancs hétérosexuels.

En forçant les propriétaires privés, par la réglementation de l'environnement, à protéger, c.-à-d. à subventionner les "espèces menacées" qui résident sur leurs terres, on aura davantage d'animaux, mieux portants, et moins d'êtres humains, qui se porteront moins bien.

Plus important, en obligeant les propriétaires privés et ceux qui gagnent leur vie honnêtement, c'est-à-dire les producteurs, à subventionner les politiciens, les partis politiques et les fonctionnaires (les politiciens et les employés de l'Etat ne peuvent pas payer d'impôts ; c'est pour les subventionner, eux, que les autres les paient), il y aura moins de création de richesses, moins de producteurs et moins de productivité, et davantage de gaspillage, de "parasites" et de parasitisme.

Les chefs d'entreprise et leurs employés ne peuvent pas gagner un sou s'ils ne produisent pas des biens et des services qui sont vendus sur le marché. En achetant volontairement un bien ou un service, les acheteurs démontrent qu'ils préfèrent ce bien ou ce service à la somme d'argent qu'ils doivent remettre pour l'acquérir. A l'inverse, les politiciens, les partis et les fonctionnaires ne produisent rien qui soit librement vendu sur des marchés. Personne n'achète les "biens" et les "services" des hommes de l'Etat. Ils sont fournis, et on subit des charges (3) pour qu'ils les soient, mais personne ne les achète et personne ne les vend. Cela implique qu'il est impossible de déterminer leur valeur et donc d'établir si oui ou non cette valeur justifie les charges encourues. Comme personne ne les achète, il n'y a personne qui démontre effectivement qu'il considère que les produits et les services des hommes de l'Etat justifient les charges correspondantes ni même si oui ou non qui que ce soit leur attribue une valeur quelconque. (4)

Du point de vue de la théorie économique, par conséquent, il est entièrement illégitime de supposer, comme on le fait toujours en comptabilité nationale, que les produits et services des hommes de l'Etat vaudraient "autant qu'il en a coûté de les produire", pour ensuite additionner benoîtement cette "valeur" à celle des biens et services normaux, produits (achetés et vendus) à titre privé pour arriver à un "Produit National Brut". On pourrait aussi bien supposer que les produits et les services des hommes de l'Etat ne valent rien du tout, ou même que ce ne sont absolument pas des "biens" mais des "maux" (5) et que, par conséquent, la charge des politiciens et de toute la fonction publique doit être soustraite de la valeur totale des biens et des services produits à titre privé. En fait, raisonner ainsi serait de loin plus justifié.

Pour ce qui est de ses implications pratiques, subventionner les politiciens et les fonctionnaires revient à une subvention pour "produire" presque sans égard aucun pour la satisfaction de ses prétendus "consommateurs", et avec un souci quasi-exclusif du bien-être des prétendus "producteurs", c'est-à-dire des politiciens et des fonctionnaires. Leur salaire demeure le même, que leur produit satisfasse ou non le consommateur. En conséquence, le résultat d'une expansion du secteur public sera toujours plus de paresse, de négligence, d'incompétence, de mauvais service, de mauvais traitements, de gaspillage, voire de destruction —et en même temps davantage d'arrogance, de démagogie, et de mensonges ; par exemple : "le service public est au service du public."

Après moins d'un siècle de démocratie et de redistribution politique, les résultats prévisibles sont là. Le "fonds de réserve" de richesse et de capital, hérité des siècles précédents d'activité productive dans un marché relativement libre, est presque épuisé. Depuis plusieurs décennies, depuis la fin des années 1960 ou le début des années 1970, les niveaux de vie réels stagnent ou même baissent en Occident. La dette publique et le coût des systèmes existants de sécurité sociale ont amené la perspective d'un effondrement économique imminent. En même temps, presque toutes les formes de conduite indésirable —chômage, dépendance, négligence, imprévoyance, incivilité, psychopathie, hédonisme et délinquance— se sont développées à des niveaux dangereux. Si les tendances actuelles se poursuivent, on ne risque rien à dire que l'Etat-providence occidental, c'est-à-dire la démocratie sociale, s'effondrera tout comme le socialisme oriental, à la soviétique, s'est effondré à la fin des années 1980.

Malheureusement, la catastrophe économique ne conduit pas automatiquement à l'amélioration. Les choses peuvent aller plus mal au lieu de s'améliorer. Ce qui est nécessaire une fois qu'arrive une crise, ce sont des idées —et des hommes capables de les comprendre et de les mettre en œuvre lorsque l'occasion s'en présente. En dernière analyse, le cours de l'histoire est déterminé par des idées, qu'elles soient justes ou fausses, et par les hommes dont elles inspirent les actes.

La débâcle actuelle est elle aussi le produit des idées. Elle est le résultat d'une acceptation massive, par l'opinion publique, de l'idée de la démocratie. Aussi longtemps que cette adhésion est dominante, la catastrophe est inévitable ; et il n'y aura pas d'espoir d'amélioration même après qu'elle sera arrivée. En revanche, si on reconnaît que l'idée démocratique est fausse et perverse —et les idées, en principe, on peut en changer instantanément—, la catastrophe peut être évitée.

La tâche essentielle qui attend ceux qui veulent renverser la vapeur et empêcher la destruction complète de la civilisation est de dé-légitimer l'idée de la démocratie, c'est-à-dire de démontrer que la démocratie est la cause fondamentale de la situation actuelle de dé-civilisation rampante. Dans ce but, il faut d'abord faire remarquer qu'il est difficile de trouver beaucoup de partisans de la démocratie dans l'histoire de la théorie politique. Presque tous les grands penseurs n'avaient que mépris pour la démocratie. Même les Pères fondateurs de la Constitution américaine, que l'on considère aujourd'hui —à tort— comme des défenseurs de la démocratie, y étaient strictement opposés. Sans aucune exception, ils étaient d'accord avec Aristote pour reconnaître que la démocratie n'est rien d'autre que le règne de la canaille. Ils entretenaient plutôt, comme Jefferson, l'idée d'une "aristocratie naturelle" dont ils pensaient faire partie, et prônaient en conséquence une république aristocratique.

Même parmi le petit nombre de défenseurs théoriques de la démocratie dans l'histoire de la pensée politique, comme Rousseau, il est presque impossible de trouver qui que ce soit pour prôner la démocratie ailleurs que dans de toutes petites communautés. En fait, dans les villages et dans les villes où tout le monde connaît personnellement tous les autres, pratiquement personne ne peut manquer d'admettre que la position des "possédants" a forcément quelque chose à voir avec des capacités supérieures, de même que la situation des "déshérités" est liée à une infériorité, à des déficiences personnelles. Dans ces conditions-là, il est beaucoup plus difficile de faire passer l'idée de piller les autres et leur propriété à des fins personnelles. A l'inverse marqué, dans de vastes territoires comprenant des millions voire des centaines de millions de personnes, où les candidats au pillage ne connaissent pas leurs victimes et vice-versa, le désir humain de s'enrichir aux dépens des autres n'est plus soumis à aucune gêne.

Plus important encore, il faut souligner que la démocratie est immorale en plus d'être anti-économique. Pour ce qui est du statut moral de la règle majoritaire, il faut faire remarquer qu'elle permet que Dupond et Durand s'acoquinent pour voler Duschmolle ; de même, que Duschmolle et Dupond s'entendent pour voler Durand, et encore que Durand et Duschmolle complotent contre Dupond. Ce n'est pas de la "justice", mais une infamie, et bien loin de traiter avec respect les démocrates et la démocratie, il faudrait les juger avec mépris et les bafouer pour leur escroquerie intellectuelle et morale.

En ce qui concerne les propriétés économiques de la démocratie, il faut rappeler sans relâche que ce n'est pas la démocratie mais la propriété privée, la production et l'échange volontaire qui sont les véritables sources de la civilisation et de la prospérité humaines. En particulier, et contrairement à un mythe répandu, il faut souligner que le défaut de démocratie n'était absolument pour rien dans la faillite du socialisme soviétique. Ce n'était pas le mode de sélection des politiciens qui constituait le problème du socialisme réel. C'était la politique et la politisation des décisions en tant que telles.

Au lieu que chaque producteur privé décide indépendamment quoi faire de ressources particulières, comme dans un régime de propriété privée et de contractualisme, avec des facteurs de production complètement ou partiellement socialisés chacune de ces décisions nécessite l'autorisation de quelqu'un d'autre. Peu importe au producteur comment sont choisis ceux qui donnent cette permission. Ce qui compte, pour lui, c'est qu'il ait à demander la permission. Aussi longtemps que c'est le cas, l'incitation des producteurs à produire est réduite et l'appauvrissement doit en résulter. La propriété privée est aussi incompatible avec la démocratie qu'elle l'est avec toute autre forme de domination politique. A la place de la démocratie, ce qu'exigent la justice aussi bien que l'efficacité économique, c'est une société de propriété privée stricte et non entravée —une "anarchie de production"— dans laquelle personne ne vole personne, et où toutes les relations entre producteurs sont volontaires, et par conséquent mutuellement avantageuses.

Enfin, pour ce qui est des considérations stratégiques, pour approcher le but d'un ordre social non-exploiteur, c'est-à-dire une anarchie de propriété privée, l'idée majoritaire doit être retournée contre la domination démocratique elle-même.

Sous toutes les formes de domination étatique, y compris la démocratie, la classe dirigeante des politiciens et des fonctionnaires ne représente qu'une faible fraction de la population. Alors qu'il est possible qu'une centaine de parasites vivent une vie confortable sur le produit d'un millier d'hôtes, un millier de parasites ne peut pas vivre sur le dos d'une centaine d'hôtes. A partir de la reconnaissance de ce fait, il apparaîtrait possible de persuader une majorité des électeurs que c'est ajouter une honte au préjudice subi que de permettre à ceux qui vivent des impôts des autres de déterminer quel sera leur montant ; on pourrait alors, par un vote majoritaire, retirer le droit de vote à tous les fonctionnaires et à tous ceux qui vivent de l'argent de l'Etat, qu'ils soient parasites des systèmes sociaux ou fournisseurs des administrations.

En liaison avec cette stratégie, il est nécessaire de reconnaître l'importance primordiale de la sécession et des mouvements sécessionnistes. Si les décisions majoritaires sont "justes", alors la plus vaste de toutes les majorités possibles, une majorité mondiale et un gouvernement démocratique mondial, doivent représenter la "justice" suprême, avec les conséquences prédites au début. A l'inverse, la sécession implique la rupture de petites populations d'avec des populations plus grandes. Elle constitue par conséquent un vote contre le principe de la démocratie et du majoritarisme. Plus loin le processus de sécession se poursuivra —au niveau des petites régions, des villes, des quartiers, des bourgs, des villages, et finalement des associations volontaires de familles et d'entreprises— et plus il sera difficile de maintenir le niveau actuel des politiques redistributives. (6)

En même temps, plus petites seront les unités territoriales et plus il y aura de chances qu'un petit nombre de gens, à partir de la reconnaissance par le peuple de leur indépendance économique, de leur exceptionnelle réussite dans leur métier, de leur vie personnelle moralement impeccable, de la supériorité de leur jugement, de leur courage et de leur goût, s'élèvent au rang d'élites naturelles, volontairement reconnues. Ils prêteront leur légitimité à l'idée d'un ordre naturel de pacificateurs, de juges en concurrence, c'est-à-dire non monopolistiques, et par conséquent volontairement financés, de juridictions parallèles, tel qu'il existe aujourd'hui même dans le domaine du commerce et des déplacements internationaux —une société de droit purement privé— comme réponse à la démocratie et à toute autre forme de domination politique, imposée par la violence.

 

Traduction de François Guillaumat

 

NOTES DU TRADUCTEUR : 

(1) On pourrait multiplier les exemples de ce genre :

- Les subventions aux "arts" et à la "culture" profitent essentiellement à une clientèle aisée (musées, théâtres, opéras,, bibliothèques).

- La retraite par répartition subventionne les bourgeois et les fonctionnaires, qui vivent plus longtemps et commencent plus tard à travailler, aux dépens des ouvriers, qui travaillent plus tôt et meurent vite.

- Le versement transports, qui ampute les salaires pour subventionner les transports en commun, se retrouve dans la poche des propriétaires immobiliers voisins des lignes, ayant pour effet essentiel d'accroître la valeur de leurs logements.

- L'impôt sur le revenu empêche les petits entrepreneurs industrieux de s'enrichir, et de concurrencer les gros capitalistes déjà installés.

- Le logement social est peuplé par des gens en moyenne plus riches que la population dans son ensemble.

- Le salaire minimum interdit de travailler aux plus pauvres, pour que les autres salariés, plus riches, touchent davantage en étant protégés de leur concurrence.

- Le protectionnisme agricole appauvrit les acheteurs de produits alimentaires (les plus pauvres étant ceux qui, proportionnellement, y dépensent le plus) au profit exclusif des propriétaires fonciers agricoles, et d'autant plus qu'ils sont plus riches. Etc.

Pour d'autres exemples, cf. David Friedman : "Robin des Bois est un vendu" dans Vers une société sans Etat, Paris, les Belles Lettres, 1992.

La règle absolue, axiomatique, est que la redistribution politique est administrée par les puissants aux dépens des faibles. La règle générale est qu'elle se fait au profit de ces mêmes puissants. La vraisemblance veut que si les riches ne sont pas puissants, ni les puissants riches, ça ne dure généralement pas très longtemps.

(2) Il faut ajouter que le pillage affecte nécessairement l'ensemble des parties aux contrats qui ordonnent la coopération sociale, de sorte que rien ne garantit que les plus grands bénéficiaires, et les plus grandes victimes, de la redistribution politique, soient ceux désignés par les hommes de l'Etat.

(3) L'auteur parle de "costs", qui se traduit normalement par "coût". Mais lui-même serait le premier à rappeler que le "coût" est une valeur ressentie par l'auteur d'une action au moment où il agit : la valeur pour lui de son deuxième meilleur choix, auquel il choisit de renoncer. Or, justement, le décideur "public" est celui qui ne subit pas les conséquences de ses actions. Par définition, il est institutionnellement irresponsable. Que ferait-il si, comme un monarque absolu, il était en principe propriétaire du royaume et subissait effectivement, en principe, les conséquences de son choix ? La seule manière de le savoir est de rétablir sa responsabilité, c'est-à-dire d'abolir le caractère "public" des décisions d'intérêt commun.

Même irresponsabilité chez les gens normaux, financiers forcés de cette décision. On trouvera certainement des contribuables (ou des acheteurs lésés par quelque monopole), dûment intimidés par la propagande du pouvoir, pour dire qu'ils l'"approuvent". Mais cette opinion-là ne peut pas être informée à la hauteur des enjeux. En effet, quel est leur seul véritable choix ? "Accepter" la situation ou en éprouver un sentiment de révolte impuissante : ils sont dans la situation du cocu qui, ne pouvant rien y faire, a pour meilleure solution de refuser de savoir qu'il l'est. Combien d'entre eux feraient la dépense, "achèteraient" le service s'ils en avaient effectivement le choix ? S'ils pouvaient refuser leur argent, ou refuser que les autres paient à leur place ? La seule manière de le savoir est que ce choix, justement, leur soit laissé. Que la décision cesse d'être "publique", pour redevenir privée.

Conclusion : le "coût" matériel de la décision de "produire" à titre "public" n'est pas le vrai coût effectivement subi par le décideur, et n'est pas un coût pour celui qui paie. En fait, il n'a rien à voir avec ce qu'on doit dépenser comme ressources pour "produire" : il faut donc bien employer un autre mot pour désigner les dommages que cette "production" nous cause. En outre, le mot de "pertes" (comme celui de "profit") est strictement associé à l'inattendu, à l'imprévu, à l'incertitude ; or, la décision publique peut être prévue, et on peut même surestimer sa nocivité, ce qui peut conduire par la suite à constater un profit si elle est moins nuisible qu'on ne le pensait. J'ai donc choisi de parler de "charges".

(4)   ça prouve au moins que les hommes de l'Etat lui attribuent de la valeur. C'est pourquoi Murray Rothbard inscrivait la dépense étatique au titre de la consommation personnelle (d'argent volé aux autres) des hommes de l'Etat.

(5) Pas trop difficile d'imaginer des exemples....

(6) L'inverse étant évidemment vrai : les gens qui, soit pour s'en féliciter soit pour le dénoncer, s'imaginent que la "construction européenne" ou les institutions mondiales favoriseraient la liberté des échanges se fourrent tout autant le doigt dans l'oeil que ceux qui croient qu'une politique d'immigration sans entraves serait une politique "libérale".  Cf. Hans-Herman Hoppe : "Contre le centralisme ; Coopération économique oui, intégration politique non", , traduction par votre serviteur d'un texte publié sous le titre : "Wirtschaftliche Kooperation statt politische Zentralisation" dans la Schweitzer Monatshefte de mai 1993, pp. 365-371, et sous le titre "Against Centralization" dans The Salisbury Review de juin 1993, aux pp. 26-28 ; cf. aussi, idem, "Liberté d'immigrer ou intégration forcée ?" Traduction de : "Free Immigration or Forced Integration?" paru dans Chronicles, Vol. 19, N° 7, juillet 1995, Rockford Institute, 934 North Main Street, Rockford, IL 61103-7061.


Entre Marc Grunert et Frédéric Quieti

(membres du Cercle Hayek de Strasbourg)

Fred à Marc

 

L'article qui t'a impressionné était-ce "A bas la démocratie?" En fait, l'auteur part d'une conception classique de la démocratie (suffrage universel). Il a tort en ignorant de voir à quel point cette conception n'est plus de mise dans la plupart des constitutions des pays démocratiques. Par contre, bien entendu, il a tout à fait raison (et c'est ce que dit Salin et les libéraux) le pouvoir ne doit pas être mis largement dans les mains de représentants, fussent-ils élus, mais il doit être concentré au maximum chez l'individu. Aujourd'hui en France et c'est là tout le problème, la conception de la vie sociale est que tout pouvoir réside non pas dans l'individu mais dans la sphère politique d'où les lamentations des gauchistes, mais pas seulement hélas, sur le recul de cette sphère politique, sans vouloir comprendre que le développement de la sphère privée c'est à dire de la société civile c'est à dire de l'individualité ne peut qu'entraîner la défaite du social. Les hommes politiques ne peuvent pas tout faire mais ils ne le doivent surtout pas! Se pose alors de manière aiguë un autre problème fondamental : celui de l'intérêt général. Évidemment pour les libéraux il n'existe pas d'intérêt général qui dépasserait en nature les intérêts particuliers. C'est une naïveté entraînée par les idées hégéliennes et marxistes de la notion de la réalisation d'un esprit collectif qui a remplacé au XXème siècle la notion d'accomplissement personnel.     

 

Marc à Fred

 

Merci pour ta réponse. Je voudrais juste rebondir sur tes commentaires du texte de Hoppe sur la démocratie pour te dire que, justement, ce qui m'avait impressionné c'était la logique impeccable avec laquelle il anéantissait la conception poppérienne ou churchillienne de la démocratie, en plus de la conception classique. Ainsi écrit-il à propos de la faillite du régime soviétique : « Ce n'était PAS le mode de sélection des politiciens qui constituait le problème du socialisme réel. C'était la politique et la politisation des décisions en tant que telles." (c'est moi qui souligne). Or Popper critiquait la conception classique de la démocratie en disant que la démocratie est une méthode de sélection des dirigeants qui correspond à un moindre mal. Hoppe considère à juste titre que la démocratie, qui politise inévitablement les décisions et socialise la propriété selon les humeurs du peuple, n'a pas de fondement positivement moral (on pourrait dire négativement oui selon l'optique poppérienne: le bien est l'absence de mal. Les libéraux classiques tendance Popper sont assez schopenhaueriens,  négativistes). Mais y a-t-il absence de mal ? La démocratie est un bien relatif mais dans l'absolu c'est un mal ! Et ceci quelle que soit la conception de la démocratie adoptée. C'est ainsi que j'ai compris Hoppe. 


Fred à Marc

 

Toujours au sujet de la conception de la démocratie : si l'on considère d'une part que la démocratie c'est d'abord une politisation des décisions et que d'autre part la particularité du socialisme réel c'est justement la politisation des décisions en tant que telles alors n'est-on pas amené dans cette logique à ne voir que de minces différences entre ces deux types de régime alors qu'il existe des différences essentielles? (comme d'ailleurs pour Marx : la question des régimes constitutionnels était de peu d'importance puisque l'important c'était l'essence de l'état c'est à dire la dictature de classe et non l'existence de état). Un État totalitaire d'un côté où toutes les activités de l'individu sont contrôlées  ne peut être peu ou prou assimilé à la démocratie ou à la conception poppérienne de la démocratie qui désigne ce système simplement comme un mécanisme permettant aux hommes de se protéger et de se prémunir contre l'État et contre ses semblables. Autrement dit dans le premier cas on a un régime qui au nom de l'histoire et d'une société sans heurt élimine la conflictualité en éliminant les individus alors que dans le deuxième cas la démocratie rend acte de cette conflictualité et au lieu de chercher à la dissimuler garantit aux individus un certain nombre de droits inaliénables et mis hors de portée des hommes politiques et du suffrage universel.

J'ai l'impression que pour l'auteur de l'article le problème démocratie/dictature est de peu d'importance au profit d'un autre dilemme sur le type de société par exemple. Il aurait raison si et seulement si on se référait à la conception classique de la démocratie. Par contre si l'on considère que la démocratie c'est aussi et surtout la mise en place et la défense des droits individuels (dont la sphère exacte fait l'objet de controverse, permise justement par la démocratie + définir à quel niveau on veut se placer) alors il me semble que l'on sort de la logique propre à cet auteur. Je pense alors que la démocratie aurait donc un fondement moral en reconnaissant les droits imprescriptibles de la personne humaine bien qu'aujourd'hui cette notion même de droits imprescriptibles peut être et doit être encore élargi. Voilà où se situe notre combat pour le libéralisme.

Je ne comprends pas en quoi la démocratie est un mal quelle que soit la conception proposée de la démocratie! Le problème est surtout de développer justement les droits individuels qui doivent rester hors d'atteinte de la loi de la majorité. Et en ce sens on peut alors dire qu'il s'agirait d'étendre, d'approfondir notre démocratie en parlant de démocratie libérale!

Pour Hoppe la démocratie c'est surtout "un-homme-une-voix, plus la liberté d'entrer dans l'appareil d'État" mais ce qu'il occulte c'est tout simplement le fait que la démocratie c'est aussi le respect de la propriété privée même si il existe des nuances. Sa logique parait imparable mais les prémisses sont discutables car il insiste justement sur les points faibles de la démocratie (loi de la majorité). Bref pour le dire en un mot son article ne m'a guère impressionné, étant déjà persuadé que la loi de la majorité n'est pas moralement tenable et pour moi la démocratie ne réside pas en premier lieu dans une machine de redistribution des richesses comme le pense Hoppe et je n'ai rien trouvé dans cet article qui affaiblit la conception moderne (qui dépasse et de loin le problème de la sélection des dirigeants!) de la démocratie à moins de considérer (ce qui est peut être implicite) qu'il n'existe aucune légitimité à l'existence d'autorités publiques. Mais c'est là un autre problème.

 


Marc à Fred


Je crois que le premier paragraphe du texte de Hoppe est très réaliste quant à la nature de la démocratie réelle. Tu termines ton texte en disant que Hoppe suggère "qu'il n'existe aucune légitimité à l'existence d'autorités publiques." Je pense effectivement que ce n'est pas un autre problème comme tu l'écris, c'est le problème. Il se trouve que la démocratie n'est pas légitime car chacun est propriétaire de sa propre personne alors que la démocratie, telle que nous la connaissons ( la démocratie réelle), tend à socialiser, à collectiviser cette propriété : l'individu ne s'appartient plus car dans l'État démocratique chacun a tendance à vivre aux dépens des autres. Bien entendu on pourrait dire, comme les communistes lorsqu’ils tentent vainement de se démarquer du communisme totalitaire, que ce n'est pas l'essence de la démocratie. Mais c'est un fait : Lorsque la majorité décide pour tous alors le droit de propriété naturelle de chacun sur sa propre personne et sur ses biens est bafoué. Je crois que le 1er paragraphe de Hoppe dessine parfaitement la situation. Quant au principe "un homme-une voix" il s'agit là d'un principe démocratique sans cesse évoqué, un principe inhérent à la démocratie telle qu'elle se réalise aujourd'hui. Il faut bien comprendre que la démocratie n'est que ce que les démocrates en font. Et c'est cela qu'ils en font. Hayek a essayé de proposer une constitution qui limite la démocratie car celle-ci est perçue par Hayek à la fois comme une garantie contre l'abus de pouvoir (l'élection) mais aussi comme l' instrument dangereux du pouvoir illimité de la majorité ou de groupes sociaux. Si le système hayékien était possible nous aurions un État minimum. Mais ce minimum est-il nécessaire ? Est-il juste ? Théoriquement je ne le pense pas. Le pouvoir politique n'a, théoriquement, aucune légitimité. C'est pourquoi la démocratie n'en a pas. Du moins pas d'autre que négative : c'est vraiment le pire des régimes à l'exclusion de tous les autres. il faut tirer les conséquences logiques de cet aphorisme.

 

 

Fred à Marc

    

Je ne trouve pas réaliste le premier paragraphe de Hoppe, il ne s'agit que d'"expériences mentales" et même si elles sont concevables ce ne sont que des vues de l'esprit et tout dépend, je le répète, du niveau des droits individuels que l'on place hors de quelconques décisions de la majorité. Je crois que le problème posé par l'article c'est bien celui du suffrage universel utilisé par Hoppe pour discréditer la démocratie, or la démocratie ce n'est surtout pas ce que les démocrates en font car il faut enserrer la pratique politique dans un ensemble institutionnel qui réduise largement leurs dispositions à légiférer dans des domaines importants de la vie de l'individu. "La démocratie ne fut jamais le pouvoir du peuple, elle ne peut et ne doit pas l'être" Popper. Il ne faut pas s'en tenir à l'étymologie du mot mais au concept actuel qui dépasse et de loin le problème de la souveraineté du peuple! J'ai bien conscience qu'en France les droits économiques sont bafoués mais je ne placerai pas ce combat dans la problématique de la délégitimation de la démocratie.

Il me semble que l'objectif de cet article est de montrer les défauts du suffrage universel (un-hommme-une-voix) et par là même soit de délégitimer toute autorité publique soit aussi de promouvoir implicitement un suffrage censitaire. Prenons d'abord ce deuxième point : pour Hoppe il y a d'un côté une minorité les riches (industrieux et intelligents) et de l'autre la grande masse les pauvres ("typiquement stupides ou paresseux ou les deux à la fois") et il est immoral que la majorité ponctionne la minorité, même si certains (et en France ils sont nombreux) militent pour une démocratie sociale. La France est considérée comme une démocratie, de même que la Suède et les États-Unis, or les conceptions de la vie sociale diffèrent profondément entre ces trois nations. Pour ma part le dilemme démocratie/dictature est encore plus important que le dilemme capitalisme/socialisme car la démocratie doit être centrée sur l'affirmation des droits de l'homme et doit imposer à l'Etat des normes juridiques que celui-ci est contraint de respecter + l'organisation de débats publics (société sure d'elle-même car elle prend le risque d'institutionnaliser ses controverses et accepte de mettre en lumière ses défauts).

Allons plus loin : il y a donc deux choses en conclusion évidente de cet article qui discrédite la démocratie ou plutôt à mon avis, la conception classique :

  Si le suffrage universel est immoral il faut le supprimer et donner une importance plus grande à la richesse (comme dans les copropriétés, l'importance du suffrage est lié à la taille de l'appartement). Je ne peux accepter cette solution car une société n'est pas uniquement et loin de là fondée sur les riches/intelligents et les pauvres/paresseux et alcooliques. Il y a des gens modestes qui travaillent durement. Un gouvernement oligarchique ne mène qu'au déclin. Le droit de vote égal assure à chacun une dignité qui est que chaque vie humaine est une fin en soi et qu'elles se valent toutes quels que soient les niveaux de fortune.

  On pourrait dire que le point n°1 n'a aucune importance puisqu'il s'agit de promouvoir une société humaine dans laquelle la sphère politique disparaîtra. Là encore je n'y crois pas. Je ne peux concevoir une société dans laquelle les hommes libérés de toute contrainte étatique et paraétatique retrouveraient ou trouveraient (pour la première fois) leur nature profonde.

Ils vivraient donc en harmonie, indépendants, leurs relations seraient pacifiques car fondées sur l'échange libre et profitable à tous. Il va sans dire que cette vision irénique des hommes est naïve et fait fi de la cupidité ou d'autres problèmes. Il faudrait donc organiser une sécurité commune (au minimum) et prendre des décisions par la délibération et là se repose encore une fois le problème du 1°. Pourquoi alors ne pas dire que le but de l'État est de protéger les hommes des autres hommes et de permettre à la liberté de pouvoir s'exprimer et laisser les individus prendre les décisions qui les concernent. Nous n'en sommes pas là mais nous pouvons nous y diriger en étant guidé par un idéal de société mais un idéal s'il guide nos actions ne peut en aucun cas se réaliser, c'est pas pour nous, pas sur cette terre en tout cas et vouloir détruire la démocratie en vue de la réalisation d'un idéal (quel qu'il soit) on sait ce que cela a donné : des catastrophes.

Je pense donc qu'il y a des cas où il faut des institutions publiques, un minimum d'Etat et qu' une société sans institutions publiques, sans instances (autre que l'individu) qu'elles soient étatiques, municipales ou autres n'est qu'une chimère fondée sur une vision angélique des êtres humains. Par conséquent je crois plus au système hayékien qu'à une utopie (libertaire ?) qui ne peut se réaliser. D'ailleurs le mot utopie me fait peur même quand il est employé par Salin (qu'est-ce donc qu'une "utopie réaliste"?).

 

Marc à Fred

 

1.

            Une expérience de pensée peut parfaitement être réaliste. Il faut bien voir que le principe un-homme-une-voix est réaliste non seulement parce qu'il est conforme à la nature de la démocratie réelle mais aussi parce qu'il est utile au politicien pour se faire élire. Le politicien cherche à obtenir le pouvoir ou à le conserver. Pour cela il est prêt à donner des gages à ses électeurs potentiels qui sont tous égaux pour lui dans la mesure où ils rapportent chacun une voix et une seule. La logique de la démocratie sociale est donc d'accroître les pouvoirs de l'État, pas de les diminuer. Entre les États-Unis, la France et la Suède la différence n'est que de degré pas de nature. Cela dit, j'aimerais bien que la démocratie puisse se séparer du socialisme mais il me semble que les deux sont liés par un même intérêt : que chacun exerce un pouvoir politique sur tous. La démocratie n'est pas un régime politique qui puisse garantir les droits de l'homme. C'est le régime du moindre mal ; c'est le régime qui permet d'éviter la tyrannie de type dictatorial. Mais la démocratie sociale (seule forme de démocratie connue aujourd'hui) ne se confond en aucun cas avec le règne des droits individuels. C'est le règne des droits sociaux, des droits des groupes  des « droits » de l'État et marginalement celui des droits individuels.

 

            Hoppe vise donc la démocratie sociale mais il faut comprendre que celle-ci est une tendance irrésistible. Limiter le pouvoir politique, limiter l'État c'est forcément limiter les pouvoirs du gouvernement - démocratique ou pas - et du Parlement. D'où l'idée de Constitution de la liberté de Hayek. N'es-tu pas d'accord que l'étendue de la démocratie est proportionnelle à l'étendue du pouvoir politique des élus et du gouvernement ? Une société totalement contractuelle et dépolitisée ne serait pas du tout démocratique. Lorsque nous passons un contrat nous sortons du champ démocratique c'est-à-dire du champ du débat public assorti du principe de décision majoritaire. Que le contrat soit régulé par un droit étatisé ou non importe peu ici. En somme il n'y a de démocratie que s'il y a des choix publics et un pouvoir de chacun sur tous en vue d'objectifs concrets et collectifs.

 

            Autre précision : la démocratie n'a pas de base morale positive c’est-à-dire déductible des droits naturels individuels. Elle n'a qu’une base morale négative parfaitement identifiée par Popper : éviter la dictature et le bain de sang. Pour des raisons historiques je suis démocrate. Pour des raisons de principe ou théoriques je crois que l'on doit tenter de dépasser la démocratie.

 

2.

            Je crois qu'il y a plus d'ambivalence dans le droit de vote universel et égal. Tu écris que ce droit "assure à chacun une dignité qui est que chaque vie humaine est une fin en soi". Je ne suis pas d'accord. En théorie c'est peut-être soutenable et vrai du pt de vue symbolique. En pratique le droit de vote égal garantit aussi à chacun un contrôle sur la vie des autres, parfois totalement arbitraire, et réduit souvent les autres à de simples moyens au service des fins de certains groupes. "Chacun s'emploie à vivre aux dépens de tous". Ce n'est pas là une conception viable de la dignité.

 

            Dans ton deuxième point tu affirmes que l'État est un mal nécessaire qui existera toujours. J’ai tendance à le croire aussi mais cela ne donne aucune légitimité à l'État. En fait c'est presque en faire une loi de l'histoire et de la condition sociale (lire le texte de de Jasay : L’expérience prouve… mais aussi voir la réfutation par Popper de l’historicisme). Hayek considère également qu'un État minimum est nécessaire pour faire appliquer le Droit. J'en suis de moins en moins sûr. De toute façon il est clair que cela est une question académique. Et d'un point de vue académique je pense que l'on peut juger réaliste l'idée d'un monde social sans État et sans choix public. L'histoire n'est pas le Tribunal de l'avenir. L'histoire peut nous renseigner sur la nature humaine et sa permanence, pas sur la condition sociale la plus conforme à la nature humaine d'après laquelle chacun est propriétaire de sa propre personne.

            Je répète que mon objectif n'est pas de détruire la démocratie car je préfère celle-ci à la dictature mais je voudrais que l'on puisse réfléchir à sa légitimité positive. En tout état de cause je ne prônerai jamais une position hostile à la démocratie sans penser que ce qui pourrait lui succéder serait le capitalisme intégral. Je crois qu'il faut plaider pour un capitalisme étendu sans attaquer directement la démocratie. A elle de saisir alors sa chance et de prendre la forme que tu souhaites. Jamais je ne lèverai le poing en criant "à bas la démocratie !". Mais je le lèverai pour dire "moins d'impôts, moins de dépenses publiques, moins de pouvoir politique, plus de pouvoir contractuel !" Etc.

            je voudrais terminer en disant que tu fais fausse route en parlant de "vision angélique de l'être humain" pour ce qui concerne l'idée d'une société sans État. C'est justement par abandon de la vision angélique de l'État que l'on en arrive à cette idée. De plus celle-ci ne suppose en aucun cas l'absence de conflits. Elle consiste à refuser que l'appareil étatique prenne prétexte des conflits pour se mêler des affaires humaines. Des problèmes et des conflits il y en aura toujours. La résolution des conflits se fera tout aussi bien sans l'État dans la mesure où les hommes y auront intérêt, ce qui, je crois, est une hypothèse raisonnable. J'aimerais dire à propos du capitalisme intégral par rapport à l'État minimum ce que Popper disait au sujet de l'économie de marché par rapport à l'économie planifiée :

 

            "Même si les choses étaient ainsi faites que l'économie étatisée, planifiée par un centre, eût l'avantage sur la libre économie de marché, je serais opposé à l'économie planifiée ; pour la raison qu'elle amplifie le pouvoir de l'État jusqu'à en faire une tyrannie."

 

            De la même manière la démocratie minimale conduit à la démocratie sociale puis à la tyrannie démocratique.

A propos de "utopie", Hayek :


            "Ce qui nous manque, c'est une utopie libérale, un programme qui ne semble être ni une simple défense des choses existantes, ni une forme diluée de socialisme, mais un véritable radicalisme libéral qui n'épargne pas les susceptibilités des puissants (y compris les syndicats), qui ne soit pas strictement pratique, et qui ne se confine pas à ce qui semble aujourd'hui politiquement possible." (Les intellectuels et le socialisme).

 

Fred à Marc

 

               Merci pour ta réponse sérieuse et bien argumentée. Bien entendu il y a des points avec lesquels je suis en accord ("moins d'impôts, moins de dépenses publiques, moins de pouvoir politique, plus de pouvoir contractuel" par exemple).

              En fait, l'article de Hoppe me rebute et ce à plusieurs niveaux :

   - ses attaques contre la démocratie n'ajoutent rien de plus aux critiques exercées envers la conception classique de la démocratie depuis Platon ! Il affirme et tu es d'accord avec lui que la démocratie conduit forcément à la démocratie sociale puis à la tyrannie démocratique et comme tu l'écris une fois établie la démocratie "la logique de la démocratie sociale est donc d'accroître les pouvoirs de l'État". Comment comprendre alors que de grandes démocraties dans les années 80 aient, en convaincant donc une majorité d'électeurs, non seulement fait reculer l'État de manière significative mais aussi et surtout par le débat public changé les mentalités des hommes pour justement leur faire admettre (et il s'agissait non seulement des riches !) l'intérêt de la diminution du pouvoir politique ("Notre gouvernement n'a pas de pouvoir autre que celui  qui lui est octroyé par le peuple. Il est temps de contenir et de renverser la croissance du gouvernement, qui présente des signes d'expansion au-delà de ce que les gouvernés étaient prêts à consentir. C'est mon intention de réduire la taille et l'influence du gouvernement fédéral et d'exiger qu'on reconnaisse la distinction entre les pouvoirs octroyés au gouvernement fédéral et ceux qui sont réservés aux États et au peuple" Reagan, 1981).

   Pourquoi ce qui a été fait aux USA, GB, Australie et Nouvelle-Zélande, ne le serait-il pas en France ? L'Etat doit être notre serviteur pas notre maître voilà l'héritage anglo-saxon. Certes la différence entre les USA et la France n'est que de degré pas de nature mais quel degré, pour moi c'est très important !

   - Je pense que la démocratie peut tout à fait être un régime qui puisse garantir les droits de l'homme et aussi les droits individuels du moins les plus importants. La démocratie sociale n'est pas une tendance irrésistible, loin de là sauf si on considère avec Hoppe que la majorité est et sera toujours constituée de pauvres paresseux, ignorants et mus uniquement par le désir de vivre aux dépens des plus riches de même il n'existe aucune fatalité de la redistribution parmi les non-pauvres. Et quand bien même cette fatalité serait avérée il faudrait encore discuter du niveau de distribution (ce n'est pas la même chose de se faire prendre les 2/3 de ses revenus que 20% par exemple). Bien évidemment pour moi cette prémisse à sa démonstration est fausse et au contraire un espace public c'est aussi une possibilité de promouvoir le monde 3 de susciter la controverse, de faire preuve de conviction et de s'enrichir au contact d'idées multiples sans faire preuve de dogmatisme.

  -  Son exemple pour montrer la nocivité de la démocratie me paraît complètement loufoque : je suis persuadé que nous vivons mieux que nos parents lorsqu'ils étaient jeunes et la théorie du déclin est un thème qui ne cesse d'obséder les penseurs-alarmistes. Philippe Manière montre très bien les progrès de niveau de vie des Occidentaux durant la deuxième moitié du XXème siècle et depuis les années soixante et soixante-dix. Ce qui risque de se produire c'est un recul de l'Etat-providence qu'il faut profondément réformé. Dire que la "démocratie est la cause fondamentale de la situation actuelle de dé-civilisation rampante" voilà un thème qui fut largement abordé en Allemagne weimarienne, avec le résultat que l'on connaît (la seule fois où Hoppe cite les monarchies absolues c'est dans une optique positive !).

      Je suis d'accord lorsque tu dis que passer un contrat c'est sortir du champ démocratique et il faut donc élargir au maximum les possibilités offertes à l'individu de nouer des contrats en toute liberté sans que l'État ne s'en mêle. Je considère bien sûr le retrait de l'État comme une forme éminente du bien politique et j'irais même jusqu'à penser que la liberté est capable de commander de manière satisfaisante et souple à l'ensemble des rapports sociaux.

       Mais on peut aussi dire la conviction qu'un bon régime politique doit affirmer la place de la liberté de l'individu et surtout ne surestimons-nous pas un peu trop la compétence du marché dans la constitution d'une société qui équivaudrait à une série de décisions locales sans heurts ? Tu admets qu'il y aura toujours des problèmes et des conflits que l'individu, seul, ne pourra régler. Dès lors il faudra bien s'en remettre à une institution et une instance qui dispose de moyens conséquents et il faudra bien délibérer pour essayer des solutions, solutions qui seront décidées par qui ? comment ? Et on retombe sur le problème de la désignation/élection/tirage au sort/élites autoproclamées/gens moralement supérieurs etc. Tu dis que "la résolution des conflits se fera tout aussi bien sans l'État dans la mesure où les hommes y auront intérêt" D'accord pour dire "sans l'État" mais il faudra bien une instance ! (que l'on appelle État peu importe). Et j'entrevois déjà les problèmes complexes que posera toute organisation humaine quelle qu'elle soit ! Pourquoi ne pas admettre que l'État, nocif en puissance, doit être une instance qui permette aux libertés de s'épanouir et rien n'empêche les hommes de placer dans les constitutions de leur État les droits économiques ou autres hors de la portée des politiques comme cela est déjà le cas pour d'autres libertés fondamentales. Le principe de subsidiarité invoqué par Nicolas Grand dans le BCH n° 6 repose sur les principes suivants : "ce n'est pas aux autorités supérieures de décider ce qui est bon pour les échelons inférieurs, mais au contraire à ceux-ci de faire appel à ceux-là à chaque fois qu'ils ne peuvent véritablement régler par eux-mêmes leurs propres problèmes"

    Autre point : pourquoi vouloir trouver un fondement légitime à la démocratie ou à l'État ? franchement je ne trouve pas que ce soit là le problème le plus fructueux : que l'État soit indispensable ou pas, que la démocratie n'ait aucune base morale positive m'importe peu dès lors qu'il y a une dynamique positive d'accroissement des droits individuels et de la liberté contractuelle ce qui est possible dans le cadre démocratique et compatible avec l'existence d'un État. Peut-être que le développement des droits individuels aboutira, un jour, à l'extinction de ce que nous appelons l'État mais je n'en fais pas un préalable au développement des droits individuels.

    Sur l'utopie. Je comprends tout à fait la phrase d'Hayek que tu as judicieusement cité mais ce concept est chargé tellement d'aspects négatifs que je ne peux m'empêcher de frémir lorsque je l'entends. J'admets qu'il s'agit d'une réaction épidermique (monde 2, hélas) mais je persiste.

    Dernier point : ce débat  sur la démocratie est très important certes mais nous sommes en France et avant que de parler d'extinction de l'État et de la nocivité de toute forme démocratique il faut d'abord convaincre l'opinion publique de réduire la sphère politique. Pour le reste, on verra plus tard. D'ailleurs tu le dis "il faut plaider pour un capitalisme étendu sans attaquer directement la démocratie".

 

Marc à Fred

Je suis d'accord avec cet argument que tu développes fort à propos et selon lequel la démocratie est ouverte à des réformes libérales en raison du débat public et de la prise de conscience des erreurs de politiques économiques. C'est le cas Thatcher et Reagan. J'avoue qu'il s'agit là de contre-exemples pertinents et je ne manquerai pas de les faire valoir auprès de Christian Michel, propriétaire du site Liberalia. Toutefois, si tu lis le texte de Hoppe "Hayek social-démocrate" tu verras que, pour lui, Thatcher et Reagan ne sont pas sortis du cadre de la sociale-démocratie. Ses arguments sont très convaincants. Lis ce texte, tu auras des arguments nouveaux qui éclairciront le texte dont nous discutons.

 

Fred à Marc

"La démocratie est la doctrine politique d'après laquelle la souveraineté doit appartenir aux citoyens". Ce n'est plus le cas aujourd'hui! Cette vision de ce concept date de Platon et aujourd'hui il a évolué! En effet, la conception moderne de la démocratie entérinée par la constitution des États démocratiques est la suivante : les démocraties ne sont pas des souverainetés populaires, elles sont avant tout des institutions dotées de moyens de se défendre contre la dictature" (Karl Popper). Par conséquent, je ne suis pas d'accord pour dire que la démocratie est compatible avec toutes les restrictions de liberté que la majorité des citoyens aura votées. Cela est non seulement historiquement faux aujourd'hui mais de plus c'est faire fi de toutes les réflexions sur la démocratie faites au XXème siècle. Je rajoute d'ailleurs que même pour Périclès (ou Thucydide) la démocratie ce n'était pas le pouvoir du peuple mais simplement le suffrage universel était le moins mauvais des moyens pour trancher les décisions au lieu d'utiliser la force et la violence (voir son célèbre discours dans La guerre du Péloponnèse). Le peuple n'a pas le pouvoir de faire, il a seulement la tâche d'évaluer de manière critique, tout en faisant que les droits individuels fondamentaux soient laissés hors de la portée de la majorité. Il ne s'agit pas de "confusion" de ma part mais d'enrichissement du concept!

      - On pourrait me dire : mais alors ce n'est plus de la démocratie! Et bien pour moi si dès lors que l'on considère tout simplement que cette conception moderne de la démocratie reconnue par une grande partie des démocrates est éloignée de la conception traditionnelle de la souveraineté populaire. "Sous cet angle il faut être conscient que plus que des démocraties pures, nos régimes politiques sont ce qu'Aristote appelait des "régimes mixtes" Roland Quilliot. Et je rappelle cette phrase célèbre de Popper "La démocratie ne fut jamais le pouvoir du peuple, elle ne peut et ne doit pas l'être". Et c'est pour cela que nous qualifions aujourd'hui nos régimes politiques de démocraties libérales! 

     - Nous ne sommes pas obligés de choisir entre la démocratie et le libéralisme! (on peut très bien se dire démocrate et libéral, je n'y vois là aucun dilemme!). Au contraire les deux sont parfaitement compatibles à moins de considérer que le libéralisme ne peut être qu'intégral, sans aucune instance publique et donc de déconsidérer les libéraux qui militent pour l'extension des droits individuels tout en admettant la possibilité d'un état minimum, en les appelant "ces socialistes qui se disent démocrates"! Il me semble que ta position (une société sans Etat), pour légitime qu'elle soit intellectuellement et même au point de vue éthique, présente au point de vue stratégique le grave défaut de vouloir détruire un système -qui doit être amélioré mais qui n'en présente pas moins des avantages certains en Occident- afin de vouloir une autre société dont ni toi ni moi ne pouvons connaître par simple reconstruction intellectuelle ses effets pervers. Autrement dit à la stratégie du tout ou rien, je préfère une stratégie minimaliste de dynamique positive d'accroissement des droits individuels dans un cadre démocratique avec une vision poppérienne de la démocratie.

     - Enfin la démocratie actuelle présente un autre avantage : celle d'institutionnaliser le débat, d'échanger des idées, d'argumenter, et de convaincre. Aujourd'hui en France nous vivons non pas une crise de la démocratie mais une crise démocratique faute d'un débat argumenté sur les meilleurs moyens de faire face aux problèmes qui se posent aux hommes.

     - Et je terminerai sur cette superbe phrase de Jean Baudoin :

      "Qu'est-ce, au fond, que le "paradigme de l'État de droit" sinon un lent et persévérant effort en vue d'affranchir les régimes démocratiques des contraintes de la vox populi? et qu'est-ce que la démocratie, sinon un exemple peu commun de lucidité collective au terme duquel des hommes et des femmes qui se savent faillibles et versatiles se donnent des règles moins mauvaises que d'autres afin de se protéger d'eux-mêmes et de protéger dans le même temps leurs semblables"

(C'est moi qui souligne).

 

Marc à Fred

 

Ton plaidoyer pour la démocratie est impressionnant. Je suis presque convaincu. Il n'en reste pas moins que je persiste à dire que la gestion démocratique de l'espace public a conduit et conduit encore à une politisation croissante de l'espace privé des individus et à une socialisation de la propriété privée. Cet aspect de la critique hoppienne demeure valable et c'est pour moi cet aspect qui commande tous les autres.


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