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"Si vous entendez ce message, c'est que vous êtes la résistance."

Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 01:07

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Durant toute votre vie, vous avez entendu votre propre dénonciation, pas pour vos fautes, mais pour vos plus grandes vertus. Vous avez été haï, non pas pour vos fautes, mais pour vos exploits. Vous avez été méprisé pour toutes ces qualités de caractère qui font votre plus grande fierté.

Vous avez été traité d’“égoïste” pour avoir eu le courage d’agir sur la base de votre jugement propre et pour ne pas avoir accepté que votre vie soit placée sous la responsabilité de qui que ce soit d’autre que vous. On vous a traité d’“arrogant” au motif de votre indépendance d’esprit. On a prétendu que vous étiez “cruel” en raison de votre inamovible intégrité. Vous avez été traité d’“antisocial” au motif de votre vision qui vous a fait vous aventurer sur des chemins qui n’avaient encore jamais été découverts. On a dit que vous étiez “impitoyable” pour la résistance et la discipline de vos pulsions au service de vos visées.

Vous êtes le moteur du monde !


INTJ: Introverted, iNtuitive, Thinking, Judgement

 

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Prométhée volant le feu
pour les hommes (Rubens)

 

C'est quoi un INTJ au juste?

Pour une personne de type INTJ, la force dominante de sa vie est le monde des possibilités, des symboles, des abstractions, des images et des pensées. Ce sont des gens d’idées. Cette attention aux idées, conjugée à leur analyse logique est l'essence même de leur approche du monde. Ils pensent de façon systémique. Pour eux, tout est possible ; tout est négociable. Une de leurs phrases fétiches est d’ailleurs « Et pourquoi pas? ». Ils tentent de ne jamais négliger le côté éthique de ces solutions, mais peuvent perdre beaucoup de temps à vouloir toujours les perfectionner.

Ils ont un besoin constant de comprendre, de savoir et démontrer leur compétence dans leurs secteurs d'intérêt. Au niveau de leurs champs de compétences, ils seront capables de vous dire presque immédiatement s’ils peuvent vous aider et comment. Les INTJs connaissent ce qu'ils savent, et peut-être plus important encore, ils connaissent ce qu'ils ne savent pas. Ils ont confiance que leurs idées alliées à des orientations de tâche précises seront un jour réalités.

Deux des caractéristiques les plus intéressantes de ce type dans le secteur des relations interpersonnels sont leurs capacités intuitives et leur empressement de se mettre en contact avec d’autres. Bien qu’ ils n'aient pas toujours une empathie naturelle, leur côté intuitif peut souvent agir comme un bon remplaçant en dévoilant les significations probables cachées derrière des choses comme le ton de voix, les expressions du corps ou le discours.

Cette capacité peut être aiguisée par des efforts répétés pour comprendre et pour soutenir ceux dont ils se soucient. Les relations établis avec les INTJ ont tendance à être caractérisées par leur robustesse, une bonne stabilité et des communications franches. Certains les trouveront froids, distants et plutôt sévères.

 

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 Le supplice de Prométhée
(Gustave Moreau)

 

Un petit mot sur les types psychologiques

Le MBTI fut créé par Isabel Myers-Briggs. Il est basé sur les théories de la personnalité de Carl Jung.

Elle a conclu que les hommes différent entre eux psychologiquement selon quatre axes principaux. Le premier est la façon dont ils obtiennent de l’information de leur environnement (en utilisant leur sens ou de façon intuitive). Le second est lié à la façon dont ils prennent leurs décisions (selon une réflexion intellectuelle ou selon ce qu’ils ressentent au niveau de leurs émotions). La troisième, l’introversion ou l’extraversion, démontre leur approche face au monde qui les entoure. Et la quatrième plus contesté, sur comment le tout est organisé.

Il en résulte 16 types différents qui ne sont ni bons ni mauvais en soi mais qui présentent certaines caractéristiques importantes. Les INTJ se situe à l’extrême droite de ces combinaisons. À peine 1% de la population appartient à ce groupe. Des oiseaux rares en quelque sorte !

Ce test existe depuis plus de 50 ans et constitue un des outils les plus employés dans le monde entier pour expliquer les différences de personnalités entre les hommes. Des millions de personnes on été testés. Il peut être utilisé en gestion des ressources humaines (création et gestion d’équipe de travail, développement organisationnel) et en psychologie à des fins thérapeutiques ou de counseling.

 

Mot-clés:

Stratège   
Organisateur
Perfectionniste
Scientifique
Analyste


INTJ célèbres :

Ayn Rand, auteur et philosophe
Arnold Schwarzenegger, acteur et gouverneur de Californie
Auguste, empereur romain
Hannibal, général de Carthage
Isaac Newton, physicien
et mathématicien
Stanley Kubrick, réalisateur et scénariste
Stephen Hawking, astrophysicien
Thomas Jefferson, président américain

Personnages de fiction :

John Galt (La révolte d'Atlas)
Dr. Gregory House (House M.D)
Cassius (Jules César)
Gandalf le Gris (Le seigneur des anneaux, Tolkien)
Hannibal Lecter (Le silence des agneaux)
Professeur Moriarty, (Sherlock Holmes)
Rosencrantz et Guildenstern (Hamlet)
Clarice Starling (Le silence des agneaux)


Image


Portrait des INTJ

INTJ : introverti (I), intuitif (N), penseur (T) et juge (J). Que cela signifie-t-il ?

Les INTJ sont particulièrement indépendants ; ils sont essentiellement guidés par leurs convictions personnelles et cherchent à les réaliser sans se laisser détourner de leurs buts. Ils ont une grande confiance en eux-mêmes ; la contradiction doit être solidement argumentée pour qu'elle ait sur eux la moindre influence. Ce sont des innovateurs qui ne se laissent pas impressionner par les idées reçues.

Ils ont en eux un objectif d'amélioration permanente qu'ils appliquent à toutes les situations, personnelles, familiales, professionnelles. Ce qui va bien peut aller encore mieux. Et ce qui va mieux prouve qu'on est sur la bonne voie pour améliorer encore. Ils sont perfectionnistes non par obsession mais par goût de la qualité et souci de la rentabilité. Lorsqu'ils estiment avoir atteint le point où l'amélioration n'est plus possible, ils perdent intérêt à la tâche et cherchent un nouveau domaine, si possible plus grand ou plus complexe, où ils pourront exercer leurs talents d'organisateurs.

Les INTJ veulent adapter la réalité à la vision qu'ils portent en eux ; les modèles sont là pour être appliqués de façon systématique et se traduire en pratique. Plus les problèmes sont complexes, plus les INTJ éprouvent de plaisir à élaborer les théories et les modèles qui permettront de les résoudre.

Pour apprendre, les INTJ aiment bien développer une approche personnelle des problèmes, en partant des principes universels et en les transformant en théories et modèles. Ils utilisent pour cela tous les moyens à leur disposition, bibliothèques, conférences, cours, discussions. Leur principale exigence concerne la qualité de ceux qui les enseignent ; ils s'en détournent rapidement s'ils ne trouvent pas en eux la compétence qu'ils en attendent.

L'aspect rationnel des INTJ est ce qui apparaît en premier, parfois de façon froide et impersonnelle. Les INTJ pourront alors paraître distants. Les INTJ risquent d'être excessivement critiques, même dans leurs relations personnelles. Il leur arrive fréquemment d'émettre ce qu'ils pensent être des suggestions mais qui sont reçues par certains de leurs interlocuteurs comme des critiques. Ils ont également tendance à négliger le point de vue des autres, convaincus qu'ils sont de la force de leur pensée et de la validité de leur vision et de leur raisonnement.

La fonction inférieure des INTJ est la sensation en extraversion ; cela peut se traduire par des lacunes ou des erreurs dans les aspects matériels de l'existence. C'est ainsi que les INTJ peuvent développer avec leur vigueur habituelle des intuitions non basées sur l'expérience ou des faits.

Ou alors la fonction inférieure se manifestera de façon éruptive, et les INTJ se mettront tout d'un coup à recueillir des faits et des chiffres avec obsession, sans nécessairement les relier à la théorie qu'ils entendent développer.

Leur fonction inférieure peut également se manifester soit par excès soit par défaut ; ils risquent ainsi d'accorder trop ou trop peu d'importance à leur corps et à leurs sens.

Pour évoluer les INTJ auront d'abord intérêt à prendre davantage en compte les réactions des autres. Leur logique leur fera voir le double avantage qu'ils peuvent en retirer: d'une part profiter d'idées nouvelles, d'autre part impliquer les personnes dans le processus de conception pour qu'elles soient ensuite plus à l'aise au niveau de l'exécution.

Cette écoute des autres leur permettra ensuite d'entrer mieux en contact avec leurs propres valeurs subjectives et leurs propres sentiments, de façon à donner un sens personnel à leur action, à la rendre moins théorique et plus individualisée. Ils gagneront ensuite à extérioriser leurs sentiments.

Les INTJ pourront alors aborder leur fonction inférieure. Une bonne démarche sera pour eux l'apprentissage régulier d'un savoir-faire précis, impliquant des modalités concrètes de mise en œuvre. Ce peut être une activité manuelle régulière, poterie, tissage, bricolage, l'apprentissage d'un instrument de musique ou tout ce qui peut mettre en œuvre la sensation dans le monde extérieur. Les INTJ devront cependant faire attention à ne pas cesser cette activité quand ils en auront compris le principe.


Les INTJ dans la vie professionnelle

a) Contribution à l'entreprise :

Sont très doués pour la conception et la modélisation.
Traduisent les idées en plans d'actions.
Suppriment tout ce qui entrave la réalisation de leurs objectifs.
Ont une vision précise de ce que doit être l'organisation.
Poussent l'organisation à s'analyser comme un ensemble avec des interactions complexes entre ses parties.

b) Style de leadership :

S'efforcent d'atteindre leurs objectifs et y entraînent les autres.
Agissent avec force et énergie dans le domaine des idées.
Peuvent être durs avec les autres.
Conçoivent, dessinent et réalisent de nouveaux modèles.
Sont toujours prêts à réorganiser le système chaque fois qu'il le faut.

c) Environnement préféré :

Qui permet de s'isoler pour réfléchir.
Où la compétence est valorisée.
Là où se trouvent des gens décidés, aimant les défis intellectuels, orientés vers la réalisation d'objectifs à long terme.
Avec des collaborateurs efficaces et productifs.
Qui encourage l'autonomie.
Qui donne l'occasion d'être créatif.
Orienté sur la tâche.

d) Les INTJ risquent de :

Avoir l'aire si inflexibles que les autres n'osent pas les approcher ou les contredire.
Critiquer les autres dans leur recherche de l'idéal.
Renoncer difficilement aux idées non réalisables.
Ignorer l'impact de leurs idées ou de leur style sur les autres.

e) Pour s'améliorer, les INTJ gagneraient à :

Solliciter réactions et suggestions.
Apprendre à connaître la valeur des autres.
Apprendre à savoir quand renoncer à une idée non réalisable.
Se soucier davantage de l'impact de leurs idées sur les autres.


Les INTJ en brefs

a) Valeurs :

Indépendance.
Innovation.
Vérité.
Rationalité.
Efficacité.

b) Organisation et méthode :

Grande capacité stratégique.
Prise de décision rapide et efficace.
Souvent pionnière.
Remet en cause les idées reçues.
Trouvent des occasions de développement là où les autres n'en voient pas.

c) Style de management :

Dirige par logique.
N'admet que l'autorité de compétence.
Flexibilité interne.
Multiplicité des relations internes (opérationnel, fonctionnel, matriciel).
Soucis personnels subordonnés aux impératifs de l'organisation.

d) Relations avec l'extérieur :

Imperméable à la critique.
Difficile à percevoir de l'extérieur.
Capable de toutes les adaptations pour relever un défi.
Capacités à développer de nouveaux produits ou de nouveaux marchés.

e) Faiblesses potentielles :

N'accorde pas assez d'importance au facteur humain.
Risque d'intellectualiser les problèmes et de négliger les aspects concrets.
Ne sait pas gérer les aspects affectifs.
Confiance en soi peut tourner à l'obstination.
Difficulté à motiver le personnel.

f) Types d'entreprises :

Recherche.
Haute technologie.


Des métiers dans lesquels l'INTJ peut s'épanouir :

Scientifique ou ingénieur, enseignant, critique littéraire, graphiste, médecin généraliste ou dentiste, contrôleur de gestion ou conseiller en stratégie d'entreprise, analyste financier, dirigeant dans l'Armée, avocat ou juge, informaticien,...


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« Les INTJ sont indépendants, individualistes ; ils sont déterminés et font confiance à leur vision du possible en dépit du scepticisme général.

Les INTJ sont des innovateurs acharnés, dans le domaine de la pensée comme dans celui de l'action. Ils se fient à leurs intuitions sur les vraies relations entre les choses et leur signification, sans tenir compte de l'autorité établie ni des croyances communément admises. Leur foi dans leur vision intérieure peut soulever des montagnes. Les problèmes les stimulent, l'impossible prend un peu plus longtemps mais guère plus. Ce sont les plus indépendants , au point d'en être parfois obstinés.

Étant surs de la valeur de leur inspiration, les INTJ veulent les voir mises en pratique, acceptées et appliquées par le reste du monde ; ils sont prêts à y passer beaucoup de temps et d'énergie. Déterminés et persévérants, ils mènent les autres presque aussi durement qu'eux-mêmes. Bien qu ils préfèrent l'intuition, ils peuvent , quand cela est nécessaire, se concentrer sur les détails d'un objet pour concrétiser leur inspirations.

Les INTJ attachent de l'importance à leurs perspicacités et s'y fient dans des domaines tels que la science, la recherche, la politique ou la philosophie. La hardiesse de leur intuition peut avoir une immense valeur dans beaucoup d activités et ne doit pas être étouffée par un travail de routine.

La concentration polarisée des INTJ sur leurs buts peut créer des problèmes. Ils risquent d'être si focalisés sur le but qu'ils en négligent de faire attention à ce qui peut entrer en conflit avec lui. C'est pourquoi ils ont besoin de rechercher activement le point de vue d'autres personnes.

Les INTJ peuvent négliger leurs sentiments et leurs propres valeurs et ignorer ceux des autres. Ils risquent alors d’être surpris de rencontrer une forte opposition. Les INTJ doivent de ce fait les prendre en compte ; sinon, ceux-ci créeront de la tension et finiront par s’exprimer de manière inappropriée. Leur Sentiment a besoin d’être utilisé de façon constructive, en évaluant les autres par exemple. Compte tenu de leur capacité d’analyse, il peut être difficile pour les INTJ d’exprimer leur appréciation ; mais il sera utile de le faire, tant dans leur vie professionnelle que dans leurs relations personnelles.

Pour être efficaces, les INTJ doivent développer leur fonction de jugement, la pensée. Si ce n'était pas le cas, ils seraient incapables d être critiques envers leurs propres visions internes et n'écouteraient pas les opinions des autres. Ils seraient alors incapables de transformer leurs intuitions en actions efficaces. »

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Qui est John Galt ? - Par Cyber-résistant
Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 16:18

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Anarcho-tyrannie

En 1992, Samuel Francis introduit le concept d’anarcho-tyrannie dans le vocabulaire politique et le définit de la façon suivante : “Nous refusons de contrôler les véritables criminels — volet anarchique — et nous nous rabattons sur les innocents — volet tyrannique».

Les lois censées protéger les citoyens contre les criminels ne sont souvent pas appliquées, même si l’état est parfaitement en mesure de le faire.

L’état instaure progressivement tyrannnie et oppression par l’application de lois telles que :

  • la criminalisation de ceux qui respectent la loi,
  • l’imposition (fiscale) exorbitante,
  • une réglementation bureaucratique,
  • le viol de la vie privée
  • le sabotage d’institutions sociales, telles que la famille ou les écoles de proximité,
  • l’imposition du contrôle des esprits par le truchement de la “formation à la sensibilité” et la rivalité multiculturelle,
  • la création de lois telles que l’incitation à la haine ou contre la détention d’armes à feu, le désarmement des citoyens qui sont par ailleurs respectueux des règles (des lois qui n’ont en revanche aucun impact sur les criminels violents qui obtiennent des armes de manière illégale).

Samuel Francis avance que cette situation concerne l’ensemble des Etats-Unis et l’Europe.

Alors que le gouvernement fonctionne normalement, le crime violent fait de plus en plus partie du « paysage », produisant un climat de peur (anarchie).

S. Francis complète en indiquant que “les lois qui sont censées protéger les citoyens ordinaires contre les criminels ordinaires ne sont souvent pas appliquées, même si l’état est parfaitement en mesure de le faire ».

Tandis que les criminels et autres délinquants continuent leurs ravages, les instances dirigeantes concentrent leur attention sur les citoyens respectueux des lois. Les lois qui sont au final appliquées sont celles :

• qui étendent ou amplifient le pouvoir de ses alliés et des élites internes
• qui punissent les éléments récalcitrants et désignés comme pathologiques, i.e. tous ceux qui s’obstinent à se comporter en fonction des normes traditionnelles. En résumé, tout ceux qui :

  • rechignent à payer toujours plus d’impôts
  • refusent de confier leurs enfants à l’école publique et à sa manipulation.
  • possèdent et conservent des armes à feu
  • déploient le drapeau de leur pays
  • montent des sapins de Noël,
  • citent la Constitution (ou la Bible)
  • n’aiment pas attacher leur ceinture

-…

Les instances dirigeantes concentrent leur attention sur les citoyens respectueux des lois.

Sans parler des personnalités politiques dissidentes qui se présentent aux élections et s’efforcent d’agir contre l’immigration de masse en provenance du tiers monde. Francis développe l’idée selon laquelle l’anarcho-tyrannie est intrinsèquement liée au système en vigueur et ne peut être éliminée en combattant simplement la corruption ou en votant contre les élus en poste.

Selon lui, le système produit un “conservatisme” factice, qui encourage les gens à rester passifs. (source en anglais)


Le billet de Father Mac : insécurité et contrôle des masses

Tribune libre de Father Mac – tiré d’un commentaire. Retouches minimes.

Il faut revenir sur quelques idées reçues : tout d’abord le crime paie, la délinquance est rentable, et c’est même l’une des grandes industries mondiales. Crime et délinquance sont rentables :

•  pour le délinquant, particulièrement lorsque celui ci jouit d’une certaine impunité (que l’on pense au trafic de portables qui n’est même plus réprimé et devenu si banal qu’il est désormais classé dans les incivilités ).
• pour la société (ce qui est dérobé, fracturé, détruit doit être remplacé) car il génère une activité de contre-mesures ( sociétés de sécurité, compagnies d’Assurances, enrichissement du délinquant qui va généralement dépenser son gain illicite dans des produits à forte valeur ajouté ).
• et surtout pour l’Etat qui, certes, ne préleve pas directement sa dime sur les trafics mais bénéficie de la circulation financière induite et utilise le bruit de fond de l’insécurité comme instrument de contrôle de la population, en la confortant dans sa dépendance envers les organes supposés la protéger ou, à l’opposé, dans le maintien machiavélique de ses administré dans la peur, la résignation et l’individualisme.

L’Etat est un instrument du système, sa fonction n’est pas (n’est plus) d’améliorer le sort des populations mais d’optimiser la traite du « parc à bestiaux ».

Les organes de répression, police, gendarmerie, justice, fisc, douanes, etc… sont une interface entre l’Etat et les masses, qui interagit sur deux plans : les organes répressifs doivent être craints du peuple, et, simultanément, ils doivent craindre l’Etat.

Il est capital que la police ne soit pas aimée du peuple : elle pourrait s’en rapprocher, fomenter avec lui une révolte contre un système que tous savent injuste. De même, il est vital que la police déteste la population et en soit coupée. L’affrontement doit donc être organisé entre les deux, mais jusqu’à un certain point, variable, pour que la mécanique ne s’emballe pas (…). Pour ce faire, l’Etat dispose de plusieurs curseurs, et emmerder préférentiellement les gens ordinaires tout en laissant tranquilles les pires loubards, au vu et su de tous, c’est le B.A.-BA de la méthode.

Un automobiliste qui se fait verbaliser à un feu rouge pour défaut de port de ceinture, ou dont le véhicule subit une inspection chirurgicale, tandis qu’à 100 mètres de là, on deale de l’héroïne en pleine rue, va évidemment voir sa tension monter. Si en outre le gars laisse échapper, dans un accés bien légitime de contestation, un « vous feriez mieux de vous occuper des dealers » entrainant ainsi la conversation qu’il ne faut jamais avoir — et qui se solde toujours par un constat d’outrage —, alors tout va pour le mieux.

En effet l’administré est furieux, il déteste les flics, il en a peur, il est humilié, et en même temps les flics sont entretenus dans l’agressivité nécessaire à leur bon usage. C’est en quelque sorte du dressage : le mouton est bien rangé et le chien de berger en pleine forme.

Cette tension sociale accumulée, bien entendu, pèse surtout sur le flic, qui est un être humain après tout, et qui se rend bien compte qu’il n’a pas le bon rôle. Elle contribue à l’affaiblir psychiquement, en plus de toutes les formes de violence et de dysfonctionnement sociaux qu’il est appelé à côtoyer, et de l’absence de soutien de sa hiérarchie, elle-même entretenue dans le froid calcul de ses plans de carrière. Quelle que soit la façon dont il gère cette situation (sauf  par la démission) c’est tout bénéfice pour l’Etat. Le flic, affaibli, hargneux, sera facilement infantilisé, dépendant, atomisé et manipulable. L’Etat voit son travail paternaliste facilité.

La méthode est particulièrement au point dans la Gendarmerie, où le contrôle des individus est constant. Epuisé, en sous-effectif, victime d’une hiérarchie autiste, mal payé, souvent en situation dangereuse, constamment en collectivité, impliqué dans des rivalités de cohabitation où épouse et famille sont instrumentalisés, le Gendarme est découragé de toute revendication, dépendant du groupe, à la merci d’une récompense ou d’une sanction, et entrainé dans une solidarité de corps où la réflexion autonome doit tendre vers zéro.

Ces méthodes de contrôle des individus sont vieilles comme le monde. Il s’agit ni plus ni moins de celles employées dans les armées pour briser l’individualité et créer un outil unifié. Ce sont aussi les méthodes des sectes.

Quant à la population ordinaire, il est bon qu’elle craigne les organes de répression, comme il est bon qu’elle tremble devant le crime et la délinquance. Ainsi elle est demandeuse d’Etat, mais ne verra jamais son besoin de sécurité satisfait. Pourquoi la rassasier ? Elle ne serait plus cliente…

Il suffira à chaque élection de lui promettre que, cette fois-ci, on a compris, puis, une fois élu, de lui servir des statistiques imaginaires. Si, malgré tout, le bordel réel est tel qu’elle (la population) ressent une légère dissonance cognitive, la propagande est là pour lui assurer qu’elle exagère. Et que tout est en ordre.

Si vraiment la réalité ne peut plus être cachée, on lui fera comprendre localement qu’elle est seule, que si elle se défend, elle sera lourdement sanctionnée. Dès lors, résignée, en exil intérieur, elle se pliera globalement. Le reste relève du contrôle politique, de l’absence organisée d’une offre alternative, et du contrôle psychiatrique, par les psychotropes médicaux ou commerciaux — alcool, drogues « illégales». Et la machine continue de tourner, le système de générer des bénéfices, et l’hyperclasse qui la contrôle de s’enrichir au dépend des individus.


« L’insécurité est un instrument efficace de contrôle so­cial »

« On croit volontiers que l’insécurité est toujours et néces­sai­re­ment en elle-même une calamité. Mais c’est là une vue trop étroi­te du problème. »

En réalité elle joue un rôle important dans le maintien de la stabilité du système. Elle concourt utilement par exemple à dé­mo­raliser les populations, et par là même aussi à les convaincre de la va­nité qu’il y aurait à vouloir s’opposer au « sens de l’histoire»  (tel que le définissent les autorités).

On pourrait dire aussi qu’elle a une fonc­tion rééducative. Elle achève de réduire les individus à l’impuissance et de les mettre dans l’incapacité de rien entreprendre contre la no­menklatura en place. Bref, c’est un instrument efficace de contrôle so­cial. On lui est redevable de soustraire les autorités aux désa­gré­ments liés à une hypothétique et toujours aléatoire contestation ve­nue de la base.

« L’insécurité achève de réduire les individus à l’impuissance et de les mettre dans l’incapacité de rien entreprendre contre la no­menklatura en place. »

 

On comprend dès lors le soin tout particulier qu’elles mett­ent à la laisser se développer comme elle le fait. Elles ne disent na­turellement pas qu’elles sont pour l’insécurité (non quand même), mais elles ne s’emploient pas moins à la favoriser discrètement. L’in­sécurité a parallèlement encore une autre fonction péda­go­gi­que: celle d’habituer progressivement les populations à l’ab­sence de droit.

La croyance en l’existence du droit n’a en effet de sens que dans un Etat de droit. Dans un Etat qui n’ est pas de droit ou l’est de moins en moins, parce que les autorités elles-mêmes en pren­nent de plus en plus à leur aise avec le droit (quand elles n’en vien­nent pas purement et simplement, comme c’est souvent le cas, à se mettre au-dessus du droit), une telle croyance perd évidemment tou­te raison d’être. A la limite même, elle pourrait passer pour sub­versive.»

Eric Werner – De l’extermination, Editions Thael – 1993.
_________
Éric Werner  est un philosophe suisse, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, docteur ès Lettres et ancien professeur de philosophie politique à l’université de Genève. Il a écrit plusieurs essais sur le système politique contemporain et la religion.


Anomie

De Wikiberal.

Du grec an- (absence de) et nomos (nom, loi, ordre, structure), l'anomie est l'absence de droit. Souvent confondue avec anarchie. L'anomie est l'état d'une société caractérisée par une désintégration des normes qui règlent la conduite des hommes et assurent l'ordre social, alors que l'anarchie est l'absence de hiérarchie entre les hommes.

Ne pas confondre la conception juridique et philosophie de l'anomie, avec la conception sociologique.

Conception juridique et philosophique

Le terme anomie est utilisé pour désigner des sociétés ou des groupes à l'intérieur d'une société qui souffrent du chaos dû à l'absence de règles communément admises de bonne conduite ou, pire, dû au règne de règles promouvant la violence et la coercition plutôt que la coopération.

Il apparaît pour la première fois comme concept sociologique sous la plume du philosophe J.M. Guyau dans Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction (1885).

Friedrich Hayek utilise notamment anomie dans ce sens-là.

Voir les écrits de Raymond Aron.

Conception sociologique

Émile Durkheim, sociologue français du XIXe siècle, utilise ce mot dans son livre sur les causes du suicide pour décrire une condition ou malaise dans les individus, caractérisée par l'absence ou la diminution des standards ou valeurs et le sentiment associé d'aliénation et d'irrésolution. Le recul des normes religieuses et des valeurs conduirait à la destruction et à la diminution de l'ordre social : le manque de lois et de règles ne peut plus garantir l'intégration sociale. Cet état conduit l'individu à avoir peur et être insatisfait, ce qui peut conduire au suicide. L'anomie est en fait assez courante quand la société environnante a subi des changements importants dans l'économie, que ce soit en mieux ou en pire, et plus généralement quand il existe un écart important entre les théories idéologiques et les valeurs communément enseignées et la pratique dans la vie quotidienne.

 

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Le WEB Résistant - Par Cyber-résistant
Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 12:52

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Pourquoi y a-t-il des cycles économiques et des récessions ?

 

S’il y a un phénomène économique qui attire énormément d’attention, c’est bien la récession. Ce ralentissement de l’activité économique engendre des pertes d’emplois, du chômage, des déficits budgétaires et des faillites. Ses effets sont parfois dévastateurs sur la qualité de vie de certains individus.

Les économistes parlent généralement de récession suite à ce que le produit intérieur brut (PIB) ait chuté durant deux trimestres consécutifs. Une fois la récession bien enclenchée, les économistes arrivent parfois à identifier certains des éléments qui l’ont déclenchée et arrivent à déterminer approximativement le moment où elle a débuté ainsi que le moment où elle s’est terminée. Cependant, ceux-ci sont incapables de prévoir les récessions et encore moins d’en identifier les causes fondamentales.

Comment se fait-il qu’un phénomène économique d’une telle importance soit si imprévisible et que ses causes soient inconnues ? Il y a une chose qu’on peut cependant observer : les récessions sont souvent précédées d’une bulle spéculative et/ou d’une crise financière.

Se pourrait-il que ce qui cause les bulles financières ait un lien direct avec les récessions et que leur cause fondamentale soit la même ? Tout à fait !

En fait, la récession est le pire moment de ce qu’on appelle le cycle économique. Lorsque l’économie atteint un sommet insoutenable, la crise éclate, l’activité économique se contracte et la récession se manifeste. Celle-ci est ensuite suivie d’une reprise économique qui initie une nouvelle ère d’expansion économique.


 

Mais pourquoi est-ce qu’il y a des cycles d’une telle amplitude ? Pourquoi est-ce que la croissance économique ne se fait-elle pas de manière constante ? Pour répondre à ces questions, nous devons d’abord comprendre comment un cycle économique se manifeste.

Le graphique suivant présente la variation du PIB réel américain de 1960 à 2010. Les zones grises sur le graphique représentent les périodes de récessions. On peut voir sur ce graphique que le taux de croissance du PIB est très volatil et varie beaucoup.

 

Qu’est-ce qui cause la croissance économique ?

Comme les récessions sont identifiées par un manque de croissance économique, il incombe que nous commencions notre explication en identifiant ce qui cause la croissance économique.

Imaginons une économie dans laquelle il n’y a qu’une seule entreprise. Le PIB de cette économie ne serait en fait que la production de cette entreprise. Comment cette entreprise peut-elle faire pour augmenter sa production ?

La première façon consisterait à augmenter sa capacité de production. Par exemple, elle pourrait investir dans l’agrandissement de son usine, l’achat de machines additionnelles et l’embauche de nouveaux employés. La deuxième façon viserait à produire davantage avec le même capital, c’est-à-dire améliorer la productivité. Pour ce faire, elle devrait investir dans la formation de ses employés et dans ses systèmes de logistique et d’information. La troisième façon viserait aussi l’amélioration de la productivité, mais cette fois en investissant dans la recherche et le développement de nouvelles technologies plus efficaces.

Dans les trois cas, l’amélioration de la production passe par de l’investissement dans le capital productif. Pour que ces investissements soient possibles, l’entreprise doit les financer. Et pour que le financement soit disponible, il faut de l’épargne.

Ainsi, une augmentation de l’épargne procure davantage de capital aux entrepreneurs, ce qui leur permet d’investir dans leur capital productif et d’augmenter leur production. Cela résulte en une accélération de la croissance économique. Davantage de biens sont disponibles à la population, qui s’en trouve donc plus riche. La croissance économique est donc stimulée par une augmentation de l’épargne. La propension des gens à épargner dépend de leurs préférences temporelles, c’est-à-dire leur préférence quant à la consommation présente comparativement à la consommation future.

Pourrait-on alors dire que les cycles économiques sont causés par des changements dans le taux d’épargne et par conséquent dans les préférences temporelles des individus ? Dans une économie libre, ce serait le cas, mais l’économie n’est pas laissée libre. Nous allons voir pourquoi dans les sections suivantes.

Comment se forment les cycles économiques ?

Par la politique monétaire, les autorités à la tête de la banque centrale gèrent la croissance de la quantité de monnaie en circulation. Tel qu’expliqué dans mes articles antérieurs, l’augmentation de la masse monétaire fait monter les prix (l’inflation). Pour éviter que l’inflation ne devienne incontrôlable, les banques centrales visent généralement une cible d’inflation d’environ 2%. Ainsi, la banque centrale tente de maintenir un taux d’intérêt le plus bas possible tant que l’inflation est dans sa fourchette cible. Pour ce faire, la banque centrale influence les taux d’intérêt en créant de la monnaie à un rythme plus ou moins rapide.

Pourquoi la politique monétaire vise-t-elle un taux d’intérêt aussi bas que possible ? C’est pour que son objectif secondaire soit atteint : la croissance économique. Quel est l’impact des taux d’intérêt sur la croissance économique ? Pour faire baisser les taux d’intérêt, la banque centrale va créer plus de monnaie et l’injecter dans l’économie. Ce faisant, la banque centrale crée de « l’épargne artificielle », laquelle fait baisser les taux d’intérêt, tout comme l’épargne réelle d’ailleurs. C’est logique puisque plus il y a d’épargne, plus les banques ont d’argent à prêter, donc l’offre de crédit augmente, ce qui fait baisser le prix du crédit (le taux d’intérêt).

La banque centrale espère donc que cette épargne artificielle aura le même impact que l’épargne réelle décrite dans la section précédente ; c’est-à-dire qu’elle stimulera l’investissement et la consommation et stimulera l’activité économique. Il y a cependant un grave problème avec cette hypothèse.

Les bas taux d’intérêt favorisent l’endettement. Les consommateurs vont alors s’endetter pour s’acheter une nouvelle résidence, des meubles, des voitures, des bateaux, etc. De leur côté, les entrepreneurs vont aussi s’endetter pour investir dans leur entreprise et augmenter leur capacité de production, ce qui semble justifié par l’augmentation de la demande finale. Finalement, certaines investisseurs vont s’endetter pour acheter des actifs tels que des actions, des obligations et des titres immobiliers, ce qui fera monter les prix de ces actifs à des niveaux très élevés; au point où on parlera parfois de « bulles spéculatives ».

Il est important de réaliser que, pour diverses raisons, certains secteurs de l’économie bénéficient davantage du boum économique. Par exemple, le dernier boum qui s’est terminé en 2007 a bénéficié à la construction résidentielle. Le précédent, terminé en 2000, avait bénéficié outre mesure aux entreprises reliées à l’internet et aux télécommunications. Devant l’augmentation significative de la demande actuelle et anticipée dans ces industries spécifiques, beaucoup d’investissements y sont faits et beaucoup d’emplois y sont créés.

Cependant, l’endettement ne peut continuer ad vitam aeternam. La dette n’est en fait qu’une façon de déplacer sa consommation du futur vers le présent. Tôt ou tard, cette dette doit être remboursée, et pour ce faire les emprunteurs devront réduire leur consommation. Ainsi, le signal envoyé par la baisse des taux d’intérêt est en quelque sorte mal interprété par les consommateurs et les entrepreneurs, lesquels modifient leurs préférences temporelles et devancent leur consommation et leurs investissements.

Il est important de comprendre que la croissance économique apparemment générée grâce à l’endettement n’est pas de la vraie croissance économique, ce n’est qu’un déplacement de la consommation future vers le présent ; une illusion. Les décisions économiques qui découlent de cette illusion ne peuvent donc qu’être, plus souvent qu’autrement, mauvaises.

Néanmoins, le résultat à court terme de cette politique monétaire expansionniste est un boum économique financé par de la dette. L’augmentation de la demande de biens et services fait éventuellement monter les prix. L’inflation commencera alors à se montrer le bout du nez. Pour freiner cet élan, la banque centrale n’a d’autre choix que de resserrer sa politique monétaire. Pour ce faire, elle ralentira le rythme de croissance de la masse monétaire, laquelle entrera même en décroissance. Cette situation mettra de la pression à la hausse sur les taux d’intérêt puisque l’offre de crédit diminuera. C’est alors que s’amorce le cercle vicieux qui mènera à la récession.

Tout d’abord, l’augmentation des taux d’intérêt fait diminuer le rythme auquel les consommateurs s’endettent pour consommer, donc la demande de biens et services diminue. Suite à cette baisse de la demande, les entreprises doivent réduire leur production et des pertes d’emploi sont observées, ce qui accélère encore plus la baisse de la demande, puisque les sans-emploi consomment moins.

Tel un château de cartes sur lequel on souffle, l’augmentation des taux d’intérêt ramènera tout le monde à la réalité et mettra à jour tous ces mauvais investissements faits durant le boum. Ces investissements, lesquels semblaient rentables avec de bas taux d’intérêt, de la demande élevée et des prix élevés, apparaissent maintenant comme déficitaires, ce qui génèrera une vague de faillites et de coupures d’emplois. La demande élevée n’était qu’une illusion miroitée par l’endettement. Les agents économiques paient le prix de leurs mauvaises décisions économiques, prises dans un environnement où le signal des taux d’intérêt a été faussé par la politique monétaire.

Une fois la récession enclenchée, les consommateurs dépensent moins pour rembourser leurs dettes. L’investissement tombe à sec en raison de la faiblesse de la demande et des faillites dues aux mauvais investissements. Dans un système bancaire à réserves fractionnaires, le remboursement des prêts résulte en un phénomène de destruction de monnaie : la déflation. Les prix baissent, ce qui accentue la sévérité de la récession.

Durant la récession, les mauvais investissements réalisés grâce à la dette abordable sont liquidés et le capital est redéployé dans d’autres industries qui seront sujettes à la reprise économique. La récession est donc un processus de nettoyage de l’économie durant lequel la structure de production s’adapte à la nouvelle réalité ; c’est-à-dire aux nouvelles préférences temporelles des consommateurs.

Qu’est-ce que l’État doit faire lorsque l’économie est en récession ?

Pour se sortir de ce marasme, il faut que la structure de production s’adapte à la nouvelle structure de l’économie. C’est la destruction créatrice qui entre en jeu. Les ressources libérées sont réallouées dans l’économie. De plus, le capital investi dans de mauvais projets durant le boum est perdu et devra être remplacé. Pour ce faire, les mauvais prêts doivent être radiés, les dettes remboursées et l’épargne réel doit fournir le capital nécessaire à financer la reprise. Finalement, les prix doivent aussi s’adapter à la nouvelle réalité du marché et à la quantité de monnaie en circulation ; ce qui signifie généralement qu’ils doivent baisser.

À cet égard, l’économiste Joseph Schumpeter a élaboré une théorie bien intéressante nommée destruction créatrice. Selon lui, les récessions sont salutaires et fertiles au progrès économique. Les innovations arrivent en grappes presque toujours au creux de la récession, parce que la crise bouscule les positions acquises et rend possible l’exploration d’idées nouvelles et ouvre des opportunités.

Les récessions exposent les faiblesses de certains modèles d’affaires vétustes, elles créent de nouvelles opportunités et tuent les mauvaises habitudes, laissant le champ libre aux nouvelles idées innovatrices. Les facteurs de productions peuvent être achetés de ceux qui les utilisent mal par ceux qui les utiliseront mieux. Les exemples sont nombreux.

DuPont a investi massivement en recherche et développement et a engagé des scientifiques qui étaient au chômage durant la Grande Dépression. Vers la fin des années 1930s, 40% de ses ventes provenaient de produits qu’elle avait développés durant la dépression, tels que le nylon et le caoutchouc synthétique.

Les entreprises qui ont pris leur envol durant la Grande Dépression des années 1930s sont nombreuses, incluant Revlon, Hewlett-Packard, Polaroid et Pepperidge Farms.

C’est quand l’Union Soviétique s’est effondrée, plongeant la Finlande en sérieux problèmes économiques, que Nokia a décidé d’abandonner 90% de ses lignes d’affaires pour se concentrer sur les télécommunications, surtout sur la téléphonie sans-fil, industrie dont elle est devenue l’un des leaders.

Une étude de Bain Capital Group sur la période 1985-2001 a démontré que les fusions/acquisitions réalisées durant les récession ont généré un rendement environ 15% supérieur à celles faîtes durant les périodes de croissance économique.

La Fondation Kauffman, laquelle étudie l’entreprenariat, mentionne que la moitié des entreprises du Fortune 500, incluant FedEx, CNN et Microsoft, ont été fondées soit durant des récessions ou durant des périodes de faiblesse économique. La plupart de ces entreprises sont apparues à partir d’idées qui ont révolutionné leur industrie.

La destruction créative ne fonctionne pas dans une économie socialiste. L’État y a le monopole et n’a aucune pression compétitive pour stimuler l’amélioration de la productivité par l’innovation. C’est ce qui a été observé en Union Soviétique après la chute du rideau de fer. On y a observé de la machinerie agricole fonctionnant avec des moteurs à vapeur développés dans les années 1920.

L’industrie pétrolière soviétique fut aussi un cas spectaculaire démontrant ce qui se produit en l’absence de destruction créative. Les technologies utilisées dans les années 1980s dataient des années 1950s, et ce allant du simple outil de forage jusqu’aux activités de raffinage. Le matériel de forage était primitif ; incapable de dépasser 3.000 pieds sans se briser (ce qui est un problème majeur lorsque la plupart des gisements restants dépassaient cette profondeur).

En somme, durant les récessions, l’État doit en faire le moins possible. Il doit laisser les prix fluctuer librement et les entreprises en difficulté faire faillite. Il doit laisser le capital productif de l’économie s’ajuster et se reconstruire à partir de l’épargne réelle. Ce processus est sans aucun doute facilité lorsque les impôts sont minimisés de façon à maximiser l’épargne. De plus, l’État doit éviter de générer des déficits de façon à ne pas absorber de capital qui aurait pu être utilisé par des entrepreneurs pour relancer l’économie. Bien entendu, pour éviter les déficits tout en minimisant les impôts, l’État doit se serrer la ceinture et réduire ses dépenses. Nous allons voir pourquoi dans la prochaine section.

Est-ce que les dépenses du gouvernement stimulent l’économie ?

Malheureusement, du côté des gouvernements, il est très peu « payant » politiquement de ne rien faire durant les récessions, voire de couper les dépenses. Au contraire, les gouvernements sont gérés selon les théories de l’économiste John Maynard Keynes.

La recette keynésienne va essentiellement comme suit : durant les récessions, les gouvernements doivent augmenter leurs dépenses, même si pour cela ils doivent tomber en déficit budgétaire et s’endetter. La dernière récession n’a pas fait exception à cette règle, ayant été accompagnée de multiples plans de relance impliquant d’importantes dépenses gouvernementales. Néanmoins, ces dépenses n’arrivent pas à relancer l’activité économique de façon soutenable. Pourquoi ?

Tout d’abord, les gouvernements ne produisent aucune richesse. L’argent dont ils disposent a soit été soutiré aux contribuables par les taxes et impôts ou été emprunté. Dans le premier cas, il n’y a aucune raison pour que cet argent contribue davantage à la croissance économique s’il est dépensé par le gouvernement plutôt que par les contribuables desquels cet argent a été soutiré. Dans le second cas, l’argent emprunté devra un jour être remboursé, ce qui sera fait à partir des taxes et impôts. La situation est donc la même que dans le premier cas.

Certains diront qu’il est mauvais que les gens épargnent durant les récessions. Il n’y a rien de plus faux ! Cet argent épargné ne reste pas enfoui sous un matelas ou enfermé dans un coffre-fort (sauf peut-être lorsqu’il est en possession d’organisations criminelles, mais là c’est une autre histoire). L’épargne est soit déposée à la banque ou investie sur les marchés financiers. Les banques et les marchés financiers canalisent cette épargne vers les entrepreneurs qui l’utiliseront pour investir dans leur capital productif. Donc, d’une façon ou d’une autre, l’argent est dépensé. Pourquoi faudrait-il que ce soit le gouvernement qui le dépense ? Est-il le mieux placé que les entrepreneurs et les investisseurs pour savoir dans quoi il faut le dépenser ? Permettez-moi d’en douter…

Certains observeront que durant la récession, les producteurs ne produisent pas à pleine capacité étant donné la faiblesse de la demande. Ils ont donc de la capacité excédentaire. Alors pourquoi investiraient-ils dans leur capital productif dans ce cas ? Premièrement, les industries dans lesquelles il y a de la surcapacité de production sont surtout celles qui ont été sujettes aux mauvais investissements durant le boum économique insoutenable. La solution ne consiste pas à tenter de relancer la demande de ces industries. Elle consiste plutôt à ce que le gouvernement s’abstienne d’intervenir pour que ces entrepreneurs réalisent que la demande n’est plus là et que ce capital soit réalloué ailleurs dans l’économie, dans de nouvelles industries plus prometteuses. Deuxièmement, les investissements ne servent pas nécessairement à augmenter la capacité de production. Ils peuvent aussi servir à diminuer les coûts de production, améliorer la productivité et à développer de nouvelles technologies plus efficaces. Ce sont ces initiatives qui remettront l’économie sur le droit chemin.

Il y a une autre raison pour laquelle les plans de relance économiques des gouvernements échouent. Les entrepreneurs ne sont pas dupes ; ils savent que ces nouvelles dépenses gouvernementales ne sont que temporaires. Ainsi, si vous aviez une entreprise de construction et que le gouvernement fédéral vous octroyait un contrat dans le cadre d’un plan de relance, allez-vous vous mettre à investir dans votre entreprise et à embaucher des employés permanents ? Bien sûr que non ! Car vous savez que cette « manne » n’est que temporaire et ne représente aucunement de la demande durable. Donc une fois le stimulus passé, c’est le retour à la case départ.

Pourquoi alors est-ce que les gouvernements déploient des plans de relance économique lors des récessions ? Outre l’argument politique évoqué plus tôt, il y a aussi la croyance selon laquelle les dépenses du gouvernement génèrent plus de richesse que celles des contribuables ; le fameux mythe des retombées économiques !

Par exemple, supposons qu’un gouvernement utilise l’argent des contribuables pour financer un événement quelconque, disons un spectacle musical à Québec. Le gouvernement tente de nous faire avaler que cette dépense générera de la croissance économique puisque l’artiste qui recevra cette subvention va dépenser l’argent, disons au restaurant. Le restaurateur dépensera à son tour l’argent chez son fournisseur de vin, lequel dépensera l’argent chez le producteur de vin, et ainsi de suite. Par conséquent, chaque dollar dépensé par le gouvernement génère une infinité de retombées économiques ! De plus, tous ces gens vont finir par payer des taxes et impôts, qui vont revenir dans les poches du gouvernement. La dépense se paie donc d’elle-même ; n’est-ce pas fantastique ?

En vérité, le gouvernement n’a pas un pouvoir magique que les contribuables n’ont pas, outre celui de taxer et de contraindre. Si au lieu de dépenser cette somme, le gouvernement la remettait aux contribuables qui la lui ont fournie, ces contribuables pourraient dépenser l’argent à leur guise et les fameuses retombées économiques seraient équivalentes, à l’exception que ces contribuables auraient la satisfaction d’avoir dépensé l’argent qu’ils ont légitimement mérité de la façon qui leur convenait le mieux.

À cet égard, l’économiste français Frédéric Bastiat (1801-1850) a pondu une excellente parabole intitulée La vitre cassée.[1] L’histoire va comme suit :

Par accident, le fils de Jacques Bonhomme fracasse un carreau de vitre de sa maison. Des passants s’attroupent devant la vitrine pour constater les dégâts. Les gens se mettent à discuter et quelqu’un en vient à conclure : « À quelque chose malheur est bon. De tels accidents font aller l’industrie. Il faut que tout le monde vive. Que deviendraient les vitriers, si l’on ne cassait jamais de vitres ? » Tout le monde hoche de la tête pour signifier leur accord. Ces gens croient que le vitrier dépensera l’agent obtenu de Jacques Bonhomme pour la réparation, ce qui générera pleins de retombées économiques, n’est-ce pas ?

Où est l’erreur dans ce raisonnement ? Comme disait Bastiat, « il y a ce qu’on voit et il y a ce qu’on ne voit pas ».  Le travail donné au vitrier, c’est ce qu’on voit, mais qu’en est-il de ce qu’on ne voit pas ? Si on suppose que remplacer la vitrine coûte $500, le remplacement de cette vitrine va générer pour $500 d’activité économique, mais que ce serait-il produit si la vitrine n’avait pas été cassée ? Jacques Bonhomme n’ayant pas eu à se départir du $500 pour remplacer la vitrine n’aurait-il pas pu lui aussi le dépenser et aussi générer $500 d’activité économique, tout en jouissant encore de sa vitrine ? La vitre étant cassée, l’industrie vitrière est encouragée ; c’est ce qu’on voit. Si la vitre n’eût pas été cassée, une autre industrie aurait été encouragée ; c’est ce qu’on ne voit pas. Ainsi, la société aurait été plus riche si le fils de Jacques Bonhomme n’avait pas brisé la vitre, puisque Jacques Bonhomme aurait pu dépenser son argent pour augmenter son niveau de vie, plutôt que pour de simplement le maintenir en faisant réparer la vitre. La destruction ne crée pas de richesse… elle en détruit !

Ce même raisonnement s’applique aux dépenses du gouvernement ; elles ne contribuent pas davantage à l’activité économique que les dépenses des contribuables. Il s’applique aussi aux guerres et aux catastrophes naturelles. Beaucoup de gens véhiculent le mythe selon lequel les guerres stimulent l’économie. Comment peut-on dire que l’on crée de la richesse lorsqu’on détruit inutilement des biens et gaspille des ressources ? Ce mythe survit encore en raison du fait que la Grande Dépression des années 1930s s’est terminée au cours de la Deuxième Guerre Mondiale (1939-1945), du moins pour les États-Unis. Le déficit du gouvernement américain a atteint $55 milliards en 1943, alors qu’il n’avait pas dépassé $3,5 milliards durant la Grande Dépression.

Ce qui s’est produit en fait est qu’en envoyant tous ces hommes à la guerre et en employant les autres à la fabrication de l’arsenal militaire, le gouvernement a fait disparaître le chômage. En tout, 10 millions d’hommes ont été envoyés au front, soit 20% des travailleurs.[2] La guerre a même permis de mobiliser les femmes et de les introduire sur le marché du travail pour augmenter la production. Cependant, tout cela s’est fait au prix d’une grande augmentation de l’endettement. Les américains ont hypothéqué leur futur pour y arriver, en dilapidant leur capital productif et en l’orientant sur la guerre. Le produit intérieur brut a certes augmenté durant la guerre, mais c’est parce que sa comptabilisation incluait toutes les dépenses de guerre, incluant les salaires des soldats. La vie était pénible pour les américains durant cette guerre. L’essence et les pneus étaient rationnés, ce qui rendait les déplacements difficiles, beaucoup d’ouvriers devaient travailler la nuit pour assurer la continuité de la production d’armements, le taux d’accident de travail a grandement augmenté en raison du fait que des ouvriers inexpérimentés devaient être engagés, la qualité des logements se dégradait fut l’interdiction de construction résidentielle décrétée par le gouvernement, les gens devaient attendre longtemps en ligne pour obtenir des biens de première nécessité vu le rationnement et les contrôles de prix. En somme, le niveau de vie des américains s’est grandement détérioré durant la seconde guerre mondiale.

La guerre a peut-être mis fin à la récession, mais elle a grandement appauvrit les Américains. Il est vrai que l’économie américaine a par la suite été relancée par sa participation à la reconstruction de l’Europe, mais cela s’est fait au détriment de l’Europe qui elle a dû assumer la facture et s’endetter pour la régler. Les guerres détruisent de la richesse, purement et simplement.

Qu’est-ce qui a causé la Grande Récession de 2008 ?

Note : je vous recommande de lire la partie 3 de ma série d’articles sur les bulles spéculatives si ce n’est pas déjà fait. Ces deux articles se complètent bien.

Suite à l’éclatement de la bulle techno en 2000 et la récession qui a suivi en 2001, la banque centrale américaine, la Federal Reserve, a entrepris une politique monétaire expansionniste dans le but de relancer l’économie ; c’est-à-dire qu’elle s’est mise à accélérer le rythme de création de nouvelle monnaie. Cette création de monnaie a bien entendu mis de la pression à la baisse sur les taux d’intérêt. Le graphique ci-bas montre le taux cible de la Federal Reserve (ligne foncée) et le taux hypothécaire variable de un an (ligne pale). Vous pouvez y observer qu’entre 2000 et 2004, les taux hypothécaires ont baissé drastiquement.


 

Suite à l’effondrement des marchés financiers durant la bulle techno de 2000, les gens étaient passablement traumatisés par la bourse. C’est alors que s’est développé un nouvel engouement pour l’immobilier. Cet engouement a bien entendu été stimulé et encouragé par les politiques du gouvernement visant à améliorer l’accès à la propriété.

Le graphique suivant montre qu’avec les bas taux d’intérêt, les gens se sont mis à épargner moins et dépenser plus en s’endettant, surtout pour acheter des maisons. Il présente le taux d’épargne (ligne rouge) et la dette des ménages en pourcentage du PIB (ligne bleue).

 

 

Cette nouvelle demande de maisons financées par le crédit facile a généré un boum dans les ventes de maisons et les nouvelles constructions. Le graphique suivant présente ces deux statistiques. Évidemment, nous avons aussi observé un gros déplacement de main d’oeuvre et de capital vers l’industrie de la construction, tel que démontré dans le second graphique.


 

Les prix des maisons ont augmenté très rapidement entre 2001 et 2006. Pendant ce temps, la consommation d’autres biens et services est demeurée vigoureuse. Comment les gens ont-ils pu à la fois investir dans l’immobilier résidentiel et maintenir leur consommation de biens et services ? Grâce à l’endettement ! Cette dette a donc permis aux consommateurs de devancer leurs décisions économiques dans le temps ; et ça ne coûtait pas cher vu les bas taux d’intérêt poussés à la baisse par la création de monnaie orchestrée par la banque centrale.

Cependant, toute cette création de monnaie a commencé à générer de l’inflation. Le graphique ci-bas montre une mesure utilisée par beaucoup d’économistes pour mesurer l’inflation, soit le changement dans l’indice des prix à la consommation excluant la nourriture et l’énergie. On peut voir qu’en 2006, il apparaissait clair que l’inflation allait sortir de la fourchette cible de la banque centrale. Celle-ci a donc décidé de ralentir le rythme de la création de monnaie. Cette politique a généré une hausse des taux d’intérêt qui a mis fin à cette bulle insoutenable. Les prix des maisons se sont mis à chuter. Les consommateurs, surendettés, se sont mis à remettre les clés à la banque plutôt que de faire leurs versements hypothécaires. Le chômage est alors apparu, surtout dans l’industrie de la construction, où il a atteint plus de 20%, puisque c’est cette industrie qui a été la cible de la plupart de ces mauvais investissements.

 

 

Quelle a été la réaction du gouvernement ? Malheureusement, nos gouvernements observent les prescriptions de l’économiste John Maynard Keynes. Le gouvernement fédéral américain a mis en place un gigantesque plan de relance économique : le American Recovery and Reinvestment Act (ARRA) de février 2009, comprenant des dépenses de $787 milliards. Le but de cette politique était de créer de l’emploi en stimulant la demande de biens et services.

Plutôt que de laisser la récession nettoyer les mauvais investissements et  remettre l’économie sur le droit chemin, le gouvernement a préféré y aller d’une solution coûteuse et inefficace. Ce plan a créé beaucoup de confusion et d’incertitude dans l’économie. Il a fait en sorte de maintenir en vie des entreprises et des emplois qui auraient dû disparaître. Ainsi, le plan de relance a retardé la véritable reprise économique. À cet égard, les statistiques ne mentent pas. Le graphique suivant montre le taux de chômage. La ligne bleu-pale au milieu montre le taux de chômage prévu en février 2009 par la Maison Blanche si aucun plan de relance n’avait été adopté. La ligne bleue du bas montre le taux de chômage prévu par la Maison Blanche avec le plan de relance, c’est-à-dire ce qui aurait dû se produire selon l’administration Obama. La ligne rouge montre le taux de chômage qui a été réellement observé. En fait, le taux de chômage a été encore plus élevé que le taux prévu sans le plan de relance! Et ce n’est pas tout; le taux de chômage officiel n’inclue pas les travailleurs découragés, c’est-à-dire ceux qui ne se cherchent plus un emploi. En incluant ceux-ci, le véritable taux de chômage a presque atteint les 18% ! On peut donc conclure que le plan de relance a été un échec lamentable et coûteux.


 

Pourquoi est-ce que le taux de chômage a augmenté dans toutes les industries (sauf au sein du gouvernement) et non seulement dans la construction malgré le fait que la bulle spéculative de 2006 a sévi dans l’immobilier ? Il ne faut pas oublier qu’une portion significative de l’industrie manufacturière américaine est directement reliée à la construction. Par exemple, si vous fabriquez des peintures de portes d’armoires de cuisine, des aspirateurs centraux, des stores verticaux, des vis à gypse, des moulures en mdf, des robinets, etc, la prospérité de l’entreprise qui vous emploi sera fort influencée par l’industrie de la construction résidentielle. Il y a aussi eu beaucoup d’emplois affectés dans les services : tels que les agents immobiliers, les notaires, les décorateurs, les paysagistes, les arpenteurs, les architectes, les préposés aux prêts hypothécaires dans les banques, etc. Et que dire de l’industrie du bois d’oeuvre et autres matériaux de construction, qui ont connu tout un choc suite à l’implosion de la bulle. Ensuite, il faut considérer l’industrie du commerce de détail et les manufacturiers des produits que ceux-ci vendent, parce que beaucoup d’américains ont profité de la bulle pour réhypothéquer leur maison à une valeur plus élevée, ce qui leur a permis de hausser leur consommation à court terme, par exemple pour s’acheter de nouveaux meubles, des cinéma-maisons, des bateaux, etc. Après le passage de cette manne, le retour à un niveau de consommation non-dopé par l’endettement a été brutal pour ces industries. Ainsi, l’implosion de la bulle immobilière n’a pas seulement affecté les emplois directs dans la construction, mais presque tous les emplois.

Suite à ce plan de relance, la dette du gouvernement américain atteint maintenant environ 92% du PIB, excluant les obligations reliés aux programmes sociaux. Pour payer le plan de relance, en 2010, le gouvernement américain dû emprunter presque autant d’argent que tous les autres pays du monde réunis. La dette totale des États-Unis (gouvernements, entreprises et particuliers) a atteint 360% du PIB, dépassant ainsi le niveau de 300% observé durant la Grande Dépression. Une grande partie de cette dette a été achetée par la banque centrale avec de la monnaie nouvellement créée.

De son côté, la Federal Reserve a créé des billions de nouvelle monnaie pour influencer les taux d’intérêt à la baisse. Son taux cible est en fait tombé à presque zéro, son but étant d’inciter les consommateurs et les entreprises à s’endetter pour relancer leurs dépenses. Malheureusement, si la cause de cette récession (et de toutes les récessions) est le surendettement facilité par la création excessive de monnaie, son remède ne sera certainement pas l’endettement. Ce serait comme tenter de se remettre d’une gueule-de-bois en engloutissant un litre de vodka !


Est-ce que le keynésianisme a fonctionné durant la Grande Dépression ?

Le New Deal est le nom donné par le président américain Franklin Roosevelt à sa politique interventionniste mise en place pour lutter contre les effets de la Grande Dépression aux États-Unis. Ce programme s’est déroulé entre 1933 et 1938, avec pour objectif de relancer l’économieL’oeuvre principale de John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, n’a été publiée qu’en 1936. Elle n’a donc pas eu d’influence sur les politiques appliquées durant la Grande Dépression de 1929-1938. Cependant, même si elle n’existait pas encore, la « recette » que Keynes publiera en 1936 a été appliquée presqu’à la lettre par les politiciens de l’époque, soit les présidents Hoover et Roosevelt.

Les politiques keynésiennes prescrivent que durant les récessions, le gouvernement doit augmenter ses dépenses pour relancer l’économie et la création de monnaie doit être effectuée pour tenter de faire baisser les taux d’intérêt. Or, c’est exactement ce qui a été fait durant la Grande Dépression.

Entre les années fiscales 1930 et 1932, sous la présidence de Hoover, les dépenses du gouvernement ont augmenté de +42%. L’administration Hoover a créé trente nouveaux départements gouvernementaux et a embauché 3.000 bureaucrates.[3] C’est aussi Hoover qui a fait adopter la loi Smoot-Hawley, qui augmentait les tarifs douaniers de 20% à 60% et qui a eu comme impact extrêmement négatif sur le commerce international. Pour payer toutes ces dépenses, le taux d’imposition marginal le plus élevé a été augmenté à 63% en 1932.

L’autre grave erreur de Hoover a été de passer une loi pour empêcher les employeurs de baisser les salaires. Or entre 1929 et 1933, les prix à la consommation ont baissé de 25% alors que les salaires n’ont baissé que de 15%, ce qui a eu un impact très néfaste sur la rentabilité des entreprises, qui ont dû faire des mises à pied massives pour éviter la faillite. Les augmentations du salaire minimum ont aussi contribué à ce phénomène durant la Grande Dépression.

L’élection du président Roosevelt en 1932 a assuré la continuité des politiques irresponsables de Hoover. L’économiste Murray Rothbard a d’ailleurs qualifié ces deux présidents de « jumeaux idéologiques ». Selon un des conseillers de Roosevelt, du nom de Rexford Guy Tugwell, le New Deal proposé par Roosevelt était une extrapolation des programmes précédemment initiés par Hoover.[4]

En 1934, les dépenses avaient augmenté de +97% par rapport à 1930. En 1936, l’année où le second New Deal a été mis en place, les dépenses du gouvernement avaient augmenté de +148% par rapport à 1930. Pour financer ces dépenses et réduire le déficit, Roosevelt a mis en place des augmentations d’impôts qui ont fait monter le taux marginal d’imposition à 90%. C’est par ailleurs Roosevelt qui après avoir forcé les citoyens à vendre leur or au gouvernement en échange de billets, a dévalué ces mêmes billets de 40%, empochant un profit substantiel.

 

Source : « Historical Tables, Budget of the United States Government, Fiscal Year 2011″, Washington, D.C.: Government Printing Office, 2010.[3]

En 1933, Roosevelt a fait adopter le National Recovery Act (NRA). Cette loi a eu comme effet de grandement réduire la concurrence entre les entreprises d’une même industrie. Elle règlementait les prix, les salaires de même que les heures de travail. Des policiers contrôlaient son application et emprisonnaient les travailleurs qui dépassaient le nombre d’heures de travail autorisé ou qui vendaient un bien ou service à un prix inférieur à celui décrété par le NRA. Selon certains économistes, le NRA a fait augmenter les coûts des entreprises de 40%. Dans les 5 mois précédent la mise en place de cette loi, l’économie semblait prendre du mieux, l’emploi étant en hausse de 23%. Cependant, dans les 6 mois suivant l’adoption du NRA, la production industrielle a chuté de 25%. Cette loi a été jugée anticonstitutionnelle par la cour suprême en 1935. [5]

La création de monnaie a été très élevée durant la Grande Dépression. Entre octobre 1929 (le mois du crash) et octobre 1936, la base monétaire a augmenté de +65%. Le taux d’escompte de la Federal Reserve a quant à lui chuté de près de 5% à presque 1%.

 

Source : Federal Reserve of St-Louis.

On peut donc dire que la recette keynésienne a été appliquée durant la Grande Dépression. Est-ce que cela a fonctionné ? Vraiment pas ! Malgré ces mesures, le taux de chômage a continué d’augmenter pour atteindre 25% en 1933. Il est par la suite demeuré au-dessus de 15% presque tout le temps et ce jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Le New Deal fut donc un échec, d’autant plus qu’après toutes ces dépenses, le taux d’endettement du gouvernement était passé d’environ 18% du PIB à 42%, le résultat habituel des politiques keynésiennes.

Source : US Department of Commerce, Bureau of the Census.

Pourquoi est-ce que le Japon a connu une Décennie perdue ?

Le Japon est un exemple flagrant de l’échec des politiques keynésiennes. Durant la période surnommée Décennie perdue (1991-2000) et même pour les années suivantes, la croissance du PIB réel a été médiocre et le taux de chômage a beaucoup augmenté pour demeurer très élevé (voir les deux graphiques ci-bas).

Suite à l’Accord du Plaza de 1985, beaucoup d’investissements étrangers ont été effectués au Japon ce qui a fait en sorte que le yen s’est fortement apprécié. En réponse à cette situation, la banque centrale a adopté une politique monétaire plus inflationniste de façon à engendrer une dépréciation du yen. La masse monétaire a augmenté de 10,5% par année entre 1986 et 1990.[6]

Ainsi, durant les années qui ont suivi, la banque centrale japonaise a généré une croissance très élevée de la masse monétaire du pays, mettant de la pression à la baisse sur les taux d’intérêt et stimulant l’endettement. Cette dette abordable a financé l’expansion d’une immense bulle spéculative qui a gonflé les prix de la bourse de Tokyo ainsi que de l’immobilier japonais (voir le troisième graphique ci-bas).

Lorsque la banque centrale a remonté sa cible de taux d’intérêt à la hausse pour contrer l’inflation, la bulle a dégonflé et l’économie est tombée dans une sévère récession. Les gens ont cessé de dépenser et investir et se sont mis à rembourser leurs dettes; ce qui est la bonne chose à faire dans une telle situation.

Devant cette situation, le Japon a tenté par tous les moyens de stimuler son économie. Ils ont maintenu les taux d’intérêt à 0% en créant des milliards de yens et engendré d’importants déficits gouvernementaux pour financer des dépenses visant à stimuler l’économie. De 1992 à 2000, le gouvernement japonais a mis en place 10 plans de relance économique totalisant plus de 100 billions de yens.Le déficit budgétaire du gouvernement a augmenté à 4,3% en 1996 et à 10% en 1998. Cette année là, le taux d’endettement du gouvernement a atteint 100% du PIB.

En bref, ils ont appliqué la recette de Keynes. Les Japonais ont refusé de laisser la récession « guérir » leur économie. Ils se sont donc retrouvées avec des entreprises moroses et des banques « zombies ». Les mauvaises entreprises étant sauvées par l’État, elles sont demeurées en opération, créant un climat économique peu propice à l’entreprenariat, à l’innovation et à la croissance. Par ailleurs, entreprises étaient tellement endettées qu’elles n’avaient pas d’argent pour investir dans leur capital productif. Ils ont par conséquent fait en sorte de prolonger le marasme économique, lequel dure encore à ce jour.

 

Que s’est-il passé lors de la dépression de 1920-1921 ?

À ce point-ci, vous seriez en droit de vous demander s’il est déjà arrivé dans le passé que le gouvernement n’ait rien fait durant une récession et si oui quel a été le résultat ? La Dépression de 1920-1921 nous permet de confronter les explications énoncées dans les sections précédentes avec la réalité historique.

Pendant la Première Guerre Mondiale (1914-1918) et la période qui l’a suivie, la Réserve fédérale américaine avait substantiellement augmenté la quantité de monnaie en circulation. Lorsque la Fed décida finalement de hausser sa cible de taux d’intérêt, l’économie commença à ralentir. Vers le milieu de l’année 1920, le ralentissement avait atteint un niveau critique, la production diminuant de 21% au cours des douze mois suivants. Le nombre de chômeurs augmenta de 2,1 millions en 1920 à 4,9 millions en 1921.

Le président Harding n’envisageait certainement pas une politique monétaire expansionniste pour relancer l’économie. En fait, il condamna l’inflation :

« Nous avons gonflé la monnaie sans réfléchir, nous devons la dégonfler de manière mûrement réfléchie. Nous avons dévalué le dollar par des mesures financières irresponsables, nous devons le rétablir de façon honnête. »

Au niveau fiscal, plutôt de promettre de dépenser dans des plans de relance, il en appela à une réduction des dépenses :

« Nous tenterons de procéder à une déflation intelligente et courageuse, nous mettrons un terme aux emprunts gouvernementaux qui empirent la situation, et nous nous attaquerons aux coûts élevés des mesures étatiques avec toute l’énergie et la compétence dont les républicains sont capables. Nous promettons ce soulagement qui découlera de la fin du gaspillage et de l’extravagance, ainsi que du renouveau des pratiques de frugalité publique, non seulement dans le but de diminuer le fardeau fiscal, mais aussi parce que cela constituera un exemple pour stimuler l’épargne et la prudence économique dans la vie privée. »

Harding expliqua lors de son discours inaugural l’année suivante que l’économie avait subi les chocs et secousses associés à une demande anormalement élevée, à l’inflation du crédit et à une explosion des prix. Le pays traversait maintenant l’ajustement inévitable. Aucun raccourci facile n’était possible.

Harding tint parole en poursuivant les réductions budgétaires qui avaient débuté durant les derniers mois de l’administration Wilson, alors que la maladie de celui-ci l’avait rendu incapable de gouverner. Les dépenses fédérales diminuèrent de $6,3 milliards en 1920 à $5 milliards en 1921 et à $3,3 milliards en 1922. Entre-temps, les taux d’imposition furent réduits à tous les niveaux de revenu. Et au cours des années 1920, la dette nationale fut réduite du tiers.

En 1921, l’économiste Benjamin Anderson souligna que :

« Nous avons encaissé nos pertes, ajusté notre structure financière, enduré notre dépression, et en août 1921 nous avons repris la route de la croissance. La reprise de la production et de l’emploi qui s’est enclenchée en août 1921 s’appuyait sur une base solide suite à une restructuration en profondeur de nos problèmes de crédit, une réduction draconienne des coûts de production et le libre jeu de l’entreprise privée. Elle ne découlait pas de politiques gouvernementales visant à supporter les entreprises. »

Ce n’est pourtant pas une coïncidence si l’économie a repris son élan relativement rapidement suite à la récession de 1920. C’est justement parce qu’on n’a pas adopté de mesures de relance monétaires et fiscales qu’une solide reprise économique s’est pointée le bout du nez en un rien de temps.

Est-ce que la déflation est mauvaise pour l’économie ?

Il existe deux types de déflation : celle causée par la diminution des coûts de productions grâce au développement technologique et celle causée par la baisse de la demande durant les récessions. Ce second type de déflation n’est en fait qu’un ajustement se produisant suite à un niveau d’inflation insoutenable. La monnaie qui avait permis de générer cette inflation étant maintenant disparue, les prix se réajustent à la baisse. Cet ajustement est évidemment douloureux pour les entreprises et les travailleurs qui sont affectés, mais il est néanmoins nécessaire et inévitable. En fait, ce n’est pas cette déflation qui est mauvaise, mais bien l’inflation excessive qui l’a précédée durant le boum économique. Les prix de certains biens ou actifs n’auraient jamais dus être si élevés ; il est donc impératif que ceux-ci reflète les nouvelles conditions économiques plus saines.

Ce que la bible de Keynes nous dit c’est que lorsqu’il y a apparence de déflation, sous la forme d’une baisse des prix à la consommation, les gens retardent indéfiniment leurs achats puisqu’ils anticipent que les prix vont continuer de baisser. Cette baisse de la consommation crée une forme de marasme économique qu’il faudrait à tout prix éviter en créant de la monnaie pour générer de l’inflation.

La logique derrière ces actions est que si on réussit à créer de l’inflation, les volumes de ventes et les prix vont augmenter. Cette stimulation artificielle de la demande va faire en sorte que les entreprises verront leurs profits augmenter, ce qui les inciterait à investir dans leur capacité de production et à embaucher de nouveaux employés. Ces nouveaux employés dépenseraient et contribueraient ainsi à redémarrer la croissance économique.

Mais les choses fonctionnent-elles vraiment ainsi ? De décembre 1997 à août 2009, le prix des ordinateurs personnels a baissé de 93% malgré une amélioration constante de la performance de ceux-ci. Les ventes d’ordinateurs ont-elles baissé pour autant, les acheteurs reportant leurs achats anticipant une continuelle baisse de prix ? Évidemment que non ! Les ventes ont explosé de plus de 2.700% au cours de cette période.

Au contraire, la déflation permet à chacun des dollars que vous obtenez en échange de votre travail d’acheter davantage de biens ; elle augmente votre pouvoir d’achat. D’ailleurs, si la productivité des travailleurs augmente en raison d’une amélioration technologique, alors que la quantité de monnaie demeure inchangée, il en résultera de la déflation car plus de biens seront produits pour une même quantité de monnaie.

À la fin du 19e siècle, il y eut une longue période de déflation. Pourtant, cette période (1873 à 1896) fut marquée par un taux de croissance économique élevé et une grande prospérité économique dans les pays développés [7], durant laquelle la croissance fut soutenue. Cette déflation était due à une croissance limitée de la masse monétaire grâce à un système monétaire plus sain que celui que nous avons de nos jours (en l’occurrence l’étalon-or). La baisse des prix y fut accompagnée par une hausse continue du pouvoir d’achat. Cette période fut très prospère et prouve que la déflation n’est pas mauvaise pour l’économie.

L’autre raison pour laquelle la plupart des économistes craignent la déflation est la résistance à la baisse des salaires, que nous décrirons plus en détail dans une prochaine série d’articles. Lorsque les prix montent, les travailleurs veulent être compensés par des augmentations de salaires, mais lorsque les prix baissent durant les récessions, les travailleurs résistent farouchement aux baisses de salaires. Cela met en danger la rentabilité des entreprises, qui doivent alors licencier des employés pour réduire leurs coûts et éviter la faillite. Cela occasionne alors du chômage, ce qui nuit à la récession. C’est ce que nous avons vu durant la Grande Dépression des années 1930s : entre 1929 et 1933, les prix à la consommation ont diminué de 25% alors que les salaires n’ont baissé que de 15% en vertu des politiques du président Hoover restreignant les baisses de salaire. Pour préserver leur rentabilité et leur santé financières, les entreprises ont du effectuer des mises à pied massives. Le résultat a été une augmentation substantielle du chômage.

Pour éviter ce problème, les économistes keynésiens prescrivent de créer de la monnaie pour éviter à tout prix la déflation. Cela apparaît peut-être logique sur papier, mais comme nous l’avons vu, cette solution drastique cause plus de problèmes qu’elle n’en règle. En fait, la résistance à la baisse des salaires est un biais qui s’est possiblement développé suite au siècle d’inflation que nous venons de traverser, suite auquel les travailleurs tiennent mordicus à protéger leur pouvoir d’achat. Ceux-ci doivent être conscients que cette attitude pourrait les mener à perdre leur emploi.

 

Notes :

[1] http://bastiat.net/fr/oeuvres/cqovecqonvp.html#vitre_cassee

[2] “World War II and the Triumph of Keynesianism”, Robert Higgs, The Independent Institute, 8 octobre 2001.

[3] « FDR’s Disputed Legacy », Otto Friedrich, Hays Gorey et Ruth Mehrtens Galvin, Time, 1er février 1982.

[4] “A history of the American people”, Paul Johnson, 1997.

[5] http://www.presidency.ucsb.edu/data/budget.php

[6] « Great myths of the Great Depression”, Lawrence W. Reed, Mackinac Center for Public Policy, 1998.

[7] “Explaining Japan’s recession”, Benjamin Powell, Mises Institute, novembre 2002.
http://mises.org/article.aspx?control=1099

[8] “Human Action”, Ludwig Von Mises, 1949 (chapitre XX, section 8).

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Philosophie politique - Par Cyber-résistant
Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 13:51

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LES LIBÉRAUX ÉTATISTES * 

 

Texte publié en novembre 1994 dans le Rothbard-Rockwell Report, puis repris dans The Irrepressible Rothbard, publié par The Center for Libertarian Studies en 2000. Traduction de Hervé de Quengo.

 

par Murray Rothbard (1926-1995)

On ne connaît que trop bien, depuis quelques années, ce phénomène que constituent les « conservateurs étatistes », individus ayant trahi et apparemment oublié leurs principes et leur héritage dans une quête de puissance et de lucre, de respectabilité et d'accès aux coulisses du pouvoir; individus qui se sont désormais établis à Washington, à la fois physiquement et intellectuellement.

Tout le monde ne connaît cependant pas un autre développement, apparenté et bien plus contradictoire: la montée en puissance, au cours des dernières années, des « libéraux étatistes », qui dominent pratiquement totalement le mouvement libéral-libertarien dont ils ont pris le contrôle. Ce qui est bizarre avec eux, c'est qu'ils violent évidemment la nature et le sens du libéralisme, à savoir un attachement à l'idéal constitué soit de l'absence de tout État, soit d'un État très fortement réduit et strictement limité à la défense des personnes et de la propriété: ce que le philosophe ex-libéral Robert Nozick avait appelé l'État ultra-minimal ou ce que le grand écrivain paléolibéral H.L. Mencken appelait « un État à la limite de ne plus être un État du tout. » Jusqu'à quel point ce développement en est-il arrivé, et comment a-t-il pu se produire?

Confusion entre public et privé

Le libéralisme étatiste imprègne et domine ce que, par analogie avec les conservateurs, on pourrait appeler le « mouvement libéral officiel ». À partir de ce qui n'était il y a une vingtaine d'années qu'un courant, de ce que les marxistes appelaient un groupuscule, le libéralisme a mis en place un « mouvement officiel », bien qu'il n'ait jamais, Dieu merci, obtenu un quelconque pouvoir politique. Alors qu'il n'y a heureusement aucun équivalent libéral au National Review [magazine conservateur américain de William Buckley, NdT] pour régner sur le mouvement ou pour purger les hérétiques, il existe un réseau d'institutions et de revues qui constituent bel et bien un « mouvement officiel ».

Depuis plus de vingt ans, le Parti libertarien [le Libertarian Party] était une institution centrale, qui avait commencé tôt et de façon étrange, et qui d'une certaine manière créait plutôt qu'elle ne reflétait le mouvement dans son ensemble. Jusqu'à ces dernières années, les militants du Parti tiraient fierté de leur pureté et de la cohérence de leur dévouement au principe libéral. Le mouvement libéral-libertarien, toutefois, a toujours été bien plus large que le Parti lui-même. Il consiste en un réseau informel d'instituts (think tanks) défendant le libéralisme et l'économie de marché: instituts au niveau national, avec des groupes de pression, qui gravitent autour de Washington; instituts au niveau des régions ou des États américains, qui doivent forcément rester au coeur du pays, physiquement si ce n'est pas hélas en esprit. Il y a aujourd'hui des organisations juridiques qui paraît-il engagent des poursuites au nom de la liberté contre la tyrannie du gouvernement. Le mouvement comporte aussi deux mensuels, ainsi que d'autres qui ont disparu entre temps: un magazine relativement riche et horriblement ennuyeux, Reason, basé à Santa Monica (Californie); et un « fanzine » d'amateurs, Liberty, basé dans l'État de Washington.

Il existe aussi des réseaux apparentés d'institutions qui, comme beaucoup de lettres d'information traitant de placements et d'investissements, ne font pas exactement partie du mouvement mais sont des sympathisants de la cause. Le mouvement libéral est même suffisamment grand pour comprendre un incompréhensible journal universitaire « post-libéral », qui essaie d'intégrer libéralisme, marxisme et déconstructionnisme, périodique publié avec ténacité par un personnage digne de l'éternel étudiant chekhovien, sauf qu'il est bien moins inoffensif et financièrement bien mieux en point que le héros plutôt adorable de Chekov.

Ce qui est fascinant, c'est que presque toutes ces institutions, depuis les instituts jusqu'au Parti libertarien autrefois si pur, en passant par les magazines, ont abandonné particulièrement rapidement toute trace de leurs principes initiaux: la ferme résolution de réduire l'État et de défendre les droits de propriété.

Certaines raisons ne nécessitent bien entendu pas d'explications: la volonté d'imiter les conservateurs étatistes qui ont soif de respectabilité et de reconnaissance sociale, trouvée à l'occasion de cocktails à Washington, et qui, ce n'est pas un hasard, recherchent aussi le pouvoir, une bonne planque et des soutiens financiers. Mais il y a plus. À la base se trouve ce que beaucoup d'entre nous ont pu apprendre douloureusement au cours des ans: il ne peut y avoir de véritable séparation entre une idéologie politique formelle d'une part, les idées et les attitudes de l'autre.

Le libéralisme est logiquement compatible avec presque toutes les cultures, toutes les sociétés, toutes les religions et tous les principes moraux. Sur le plan purement logique, la doctrine politique libérale peut être séparée des autres considérations: on peut logiquement être – et, de fait, la plupart des libéraux-libertariens le sont – hédoniste, libertin, immoral, ennemi militant de la religion en général et du christianisme en particulier tout en demeurant un partisan cohérent de la politique libérale. En fait, en bonne logique, on peut être un défenseur cohérent des droits de propriété sur le plan politique tout en étant un fainéant, un bel escroc et un racketteur en pratique, comme bien trop de libéraux-libertariens tendent à l'être. On peut, sur le plan purement logique, faire ces choses. Mais sur le plan psychologique, sociologique, et en pratique, ça ne marche jamais ainsi.

C'est pourquoi, comme l'a souligné Justin Raimondo en étudiant ce qui avait mal tourné dans le mouvement libéral, ce dernier a commis une grave erreur à ses débuts, dans les années 1970, en se coupant de tout mouvement de droite ainsi que de tout type de tradition ou de culture américaine. En suivant l'exemple d'Ayn Rand, que la plupart des libertariens admiraient avec enthousiasme, les libéraux prétendaient être de véritables individualistes et d'authentiques révolutionnaires, n'ayant rien à voir avec la droite et apportant au monde une révélation politique totalement novatrice. De fait, le mouvement libéral a toujours été presque délibérément ignorant de l'Histoire et de tout ce qui touche aux affaires étrangères. Les syllogismes compliqués de la théorie libertarienne, la science-fiction, la musique rock et les mystères des ordinateurs ont constitué la totalité des connaissances et des intérêts de ses membres.

Une des raisons de cette séparation, que je n'avais pas bien saisie à l'époque, était issue d'une violente haine envers la droite, ainsi que de la crainte des libéraux de se retrouver associés avec un mouvement conservateur ou de droite, ou de se retrouver étiquetés comme tel. Une partie de cette haine provenait d'une haine plus générale et encore plus intense à l'encontre de la chrétienté, haine que certains avaient héritée d'Ayn Rand.

Pour être précis, l'un des aspects importants du récent virage vers l'étatisme vient de ce qu'un égalitarisme profondément enraciné a exercé son influence et infecté les idées politiques des libertariens. Grattez un peu, et sous l'égalitariste vous trouverez inévitablement un étatiste. Comment l'égalitarisme qui se développe et qui se répand au sein des libéraux peut-il être rendu compatible avec leur prétendue croyance à l'individualisme et au droit de chacun de s'élever suivant son propre mérite, sans être gêné par l'État? La solution à ce problème est à peu près la même que dans les autres versions courantes du « politiquement correct ».

Les libéraux-libertariens sont fermement convaincus que, si les individus ne sont pas « égaux » entre eux, tous les groupes imaginables: communauté ethnique, race, sexe et, dans certains cas, espèce, sont en réalité et doivent être rendu « égaux », que chacun possède des « droits » qui ne doivent pas être restreints par une forme quelconque de discrimination.

Et ainsi, s'opposant à son ancienne et supposée dévotion envers des droits de propriété absolus, le mouvement libéral a reconnu presque tous les faux « droits » de la gauche qui ont pu être fabriqués au cours des dernières décennies.

Peu avant que je ne quitte le mouvement libertarien et son Parti il a cinq ans (décision que je n'ai jamais regrettée, mais dont je me félicite au contraire chaque jour), je racontai à deux dirigeants bien connus du mouvement que j'estimais ce dernier désormais infecté et gangrené par l'égalitarisme. Quoi? me dirent-ils. C'est impossible. Il n'y a pas d'égalitarisme dans le mouvement. Puis je leur dis qu'un bon exemple de cette infection pouvait se voir dans la récente admiration envers le révérend et « Docteur » Martin Luther King. Absurde, me répondirent-ils. Eh bien, il est assez intéressant de constater que, six mois plus tard, ces deux gentilshommes publièrent un article saluant le « Docteur » King comme un « grand libéral ». Qualifier ce socialiste, cet égalitariste, ce chantre de l'intégration obligatoire, cet adversaire haineux des droits de propriété, ce personnage qui, par dessus le marché, fut longtemps sous la coupe du Parti communiste, qualifier cet homme de « grand libéral », voilà bien un signe évident de l'ampleur de la décadence du mouvement.

De fait, au milieu de toutes les discussions récentes sur les « tests révélateurs », il me semble qu'il y a un excellent test permettant de distinguer entre un conservateur authentique et un néoconservateur, entre un paléolibéral et ce que nous pouvons appeler un « libéral de gauche ». Ce test, c'est ce que l'on pense du « Docteur » King. Et ce ne devrait en fait être une surprise pour personne que, comme nous allons le voir, il y ait eu quasi-fusion entre les néoconservateurs et les libéraux de gauche. Il est même en pratique devenu difficile de les distinguer.

Dans le « mouvement libéral officiel », les « droits civiques » ont été acceptés sans problème, remplaçant totalement les véritables droits de propriété. Dans certains cas, cette acceptation d'un « droit à ne pas être l'objet d'une discrimination » a été explicite. Dans d'autres, lorsque les libéraux veulent accorder leurs nouvelles idées avec leurs anciens principes et n'ont pas peur des sophismes, voire de l'absurde, ils choisissent la voie sournoise tracée par l'American Civil Liberties Union (ACLU): si la moindre trace d'État intervient quelque part, alors le prétendu « droit » à un « accès égal » doit prendre le pas sur la propriété privée ou même sur toute mesure de bon sens.

C'est ainsi que lorsque le juge Sorokin, qui va bientôt être promu, suite à un consensus bipartite du Sénat américain, à la prestigieuse Cour d'appel fédérale, a décidé qu'un clochard malodorant devait avoir le droit d'empuantir une bibliothèque publique du New Jersey et de suivre les enfants aux toilettes, parce qu'il s'agit là d'un lieu public dont l'accès n'est donc pas susceptible de restrictions, la dirigeante nationale du Parti libertarien a publié un communiqué officiel le félicitant de sa décision. D'une façon analogue, les libertariens ont rejoint l'ACLU dans son combat pour la prétendue « liberté d'expression » des clochards et des mendiants dans les rues de nos villes, aussi agaçants et intimidants puissent-ils être, et ce parce que les rues sont, somme toute, des lieux publics et, que tant qu'elles le resteront, elles devront continuer à rester des cloaques, bien qu'il soit assez difficile de voir pourquoi la grande théorie libertarienne le nécessiterait. [Il est à noter que Walter Block, dans un article défendant la liberté totale d'immigration (« A Libertarian Case for Free Immigration », Journal of Libertarian Studies, 13, no 2, 1998), a repris à son compte l'argument sur la bibliothèque publique à laquelle on ne peut refuser l'accès. Son ami Hans-Hermann Hoppe a critiqué cette position dans son livre Democracy, the God that failed (Transaction Publishers, 2001, note de la page 159). Hoppe ajoute que la propriété publique devrait être considérée comme appartenant aux contribuables et que ni le clochard, ni l'étranger n'ayant payé d'impôts, ils ne peuvent revendiquer ces lieux. NdT]

Toujours dans la même veine, le principal juriste « libéral de gauche » de Washington affirme fièrement jusqu'à ce jour qu'il ne fit que suivre les principes libéraux quand, à son poste du ministère fédéral de la Justice – poste qui en soi n'est déjà pas facile à concilier avec de tels principes –, il apporta son concours au pouvoir judiciaire dans son abominable décision de menacer de prison le conseil municipal de Yonkers (New York) s'il refusait d'approuver un projet de HLM pour la raison que ces lieux deviendraient rapidement un dépotoir de drogués et de criminels. Son raisonnement était le suivant: cette opposition était une violation de la doctrine de non-discrimination car Yonkers avait d'autres projets de logements publics sur son territoire!

Ce ne sont pas seulement les opérations purement gouvernementales que vise cette doctrine « libérale ». Elle s'applique aussi à toutes les activités qui ont affaire à l'influence du secteur public, en utilisant par exemple les rues de l'État ou en acceptant des fonds publics. En fait, il n'est même pas toujours besoin d'une véritable action du gouvernement. Parfois, ces libéraux se rabattent sur l'argument qu'il est vraiment très difficile de toute façon, de nos jours, de faire la différence entre de qui est « privé » et ce qui est « public », que tout est à moitié public, et qu'essayer de conserver des droits de propriété dans une telle situation est irréaliste, naïf, ne tient pas compte de la réalité et ne constitue qu'un grain de sable « puriste » jeté dans la machine du « progrès » néoconservateur ou libéral de gauche.

« Droits » des homosexuels

Récemment, il y eut un débat fascinant entre un juriste paléolibéral de Californie et un employé d'une organisation juridique prétendument « libérale » nouvellement créée en Californie, le Center for Individual Rights, dirigé par le célèbre néoconservateur David Horowitz, qui aime se présenter comme « libéral ». Ce Centre est au passage une excellente illustration de fusion explicite entre néoconservateurs et libéraux de gauche, car son siège social comporte plusieurs membres éminents du mouvement libéral.

Le juriste « paléo » s'opposait au soutien du Centre à l'idée d'une interdiction légale faite aux universités d'édicter des règlements limitant ce que les membres du Centre appelaient « les droits constitutionnels de la liberté d'expression » des étudiants et de la faculté. Ce critique paléo était d'accord pour combattre le « politiquement correct » et les codes de bonnes conduite restreignant les prétendus « discours de haine », mais soulignait ce qu'on aurait, il y a peu de temps, considéré comme évident et banal, non seulement par les conservateurs et par les libéraux, mais aussi par tous les juges et par tous les Américains: le Premier Amendement, ou les droits à la liberté d'expression, ne s'appliquent qu'au gouvernement, seul le gouvernement peut empiéter sur de tels droits. Les personnes et les organisations privées peuvent exiger que tout individu qui utilise sa propriété respecte des règlements quant à la conduite ou les paroles à tenir, et tout individu qui utilise cette propriété accepte de ce fait de respecter ces règlements. Une loi limitant l'usage de tels règlements restreint par conséquent les droits de propriété tout autant que le droit de rédiger des contrats libres concernant son usage.

En réponse, le représentant du Centre méprisa cet argument considéré comme irréaliste et puriste: de nos jours, pour les libéraux officiels, tout ou presque est dans une certaine mesure public, de sorte qu'à l'inverse de tout ce que raconte l'enseignement libéral, « privé » et « public » sont mélangés. L'employé du Centre ne fut pas le moins du monde gêné quand le juriste paléo utilisa ce que toute personne sensée considérerait comme un raisonnement par l'absurde: à savoir que, en bonne logique, cette approche impliquerait que l'État devrait empêcher tout employeur privé de licencier un employé exerçant son droit à la « liberté d'expression » en dénonçant ou en insultant son patron, même dans les locaux de la compagnie.

Le problème, quand on utilise un raisonnement par l'absurde avec des libertariens, a toujours été que ceux-ci ne sont que trop heureux de choisir l'absurde. Et nos soi-disant « libéraux » sont ainsi en train d'aller plus loin que le Juge Hugo Black lui-même dans la séparation entre la liberté d'expression et les droits de propriété, et dans l'exaltation de la première au détriment des seconds. Même un « absolutiste du Premier Amendement » comme le Juge Black avait expliqué que la « liberté d'expression » ne donnait à personne le droit de venir chez vous pour vous importuner à longueur de journée.

Les « droits civiques » et la « liberté d'expression », ainsi que le mélange du « public » et du « privé » ne sont que le premier « Grand Bond en avant étatique » du mouvement libéral. L'une des caractéristiques culturelles de la plupart des membres de ce mouvement a toujours été un soutien passionnée aux moeurs et aux pratiques des « modes de vie alternatifs » et à « l'orientation sexuelle » en opposition avec les habitudes et les principes bourgeois ou traditionnels. La forte corrélation entre cette tendance « libertaire » et la haine endémique envers la chrétienté devrait sauter aux yeux de tous.

Alors que cette attitude culturelle a toujours imprégné les libertariens, la nouvelle caractéristique vient de leur soutien aux « droits des homosexuels » comme expression d'un « droit civique » à la non-discrimination. Les choses en sont venues au point où l'un des plus éminents instituts libéraux pratique sa propre forme de « discrimination positive » envers les homosexuels, embauchant ou ne soutenant que des homosexuels déclarés et, pour le moins, licenciant tout membre de l'équipe qui ne serait pas assez enthousiaste quant à cette procédure ou quant aux droits homosexuels en général.

Dans un autre institut libéral, qui ne s'occupe que de questions économiques, le numéro 2 a récemment tiré profit des vacances du numéro 1 pour organiser une réunion et dévoiler ouvertement son homosexualité à tout le monde. Puis il demanda les réactions de l'équipe à son ardente annonce pour ensuite demander au numéro 1 de mettre dehors ceux qui n'avaient pas montré un enthousiasme suffisant envers cette nouvelle.

Le Parti libertarien a pendant des années eu son comité « gay et lesbien ». Autrefois, le programme de ce comité se réduisait à demander l'abolition des lois contre la sodomie, position libérale bien banale. Aujourd'hui, au contraire, dans notre meilleure des époques, les théoriciens de ce comité exigent l'autorisation de la nudité publique et des actes sexuels en public, chose que leurs collègues d'Act Up ont réussi à faire cet été lors d'une parade homosexuelle à New York: acte techniquement illégal, bien que cette illégalité n'ait manifestement pas entraîné de représailles de la part du nouveau maire républicain. La justification, bien sûr, étant que les rues sont publiques (n'est-ce pas?) et que tout doit y être permis.

Jusqu'à récemment, l'attachement des institutions libérales de gauche aux « droits des homosexuels » était plus implicite qu'explicite, et se manifestait soit sous le couvert d'une action publique, soit par une discrimination « positive » de leur part. Le mois dernier, un nouveau pas a été franchi dans la revendication ouverte et officielle de droits spécifiques des homosexuels. David Boaz, dirigeant de l'institut le plus en vue de la gauche libérale, le Cato Institute [Rothbard fut à sa création un membre influent du Cato Institute. Voir à ce sujet et à propos des différents ultérieurs la biographie de Rothbard par Justin Raimondo: An Enemy of the State, Prometheus Books, 2000, chapitre 5. NdT], a en effet écrit un éditorial étonnant dans le New York Times, étonnant non pour le journal où il est paru bien entendu, mais quant à son contenu.

Le contenu de cet article était inhabituel à deux égards. Premièrement, pour la première fois peut-être de la part d'une institution se prétendant libérale, il traitait les initiatives « anti-homosexuelles » qui ont eu lieu dans le pays comme un « assaut » envers les « droits » des homosexuels, sans discuter du contenu de leurs propositions, qui n'étaient que des tentatives d'interdire les lois condamnant la discrimination anti-homosexuelle. Bref, les initiatives que dénonçait ce libéral étaient en fait des mesures destinées à protéger les droits de propriété contre un assaut de la part de cette partie de la législation qui confère des privilèges particuliers aux homosexuels. Ce qui est particulièrement étrange dans cette erreur, c'est que, si les libéraux sont compétents pour juger de quelque chose, ce devrait être pour ce qui concerne la distinction entre protection et agression des droits de propriété.

La deuxième étrangeté de cet éditorial est que cet éminent membre du Cato Institute y critique les conservateurs pour avoir, d'après lui, fait des homosexuels des « boucs émissaires » alors qu'ils ignoreraient, à ce qu'il paraît, ce qu'il considère comme le véritable problème social et moral de notre époque: les mères célibataires et... sonnez trompettes... le divorce!

Pourquoi les conservateurs écrivent-ils bien plus sur les homosexuels? En premier lieu, il me semble clair que le problème des mères célibataires a rencontré un large écho au sein des conservateurs. Quant au divorce, il est curieux qu'un libéral de gauche, voué au modernisme et au changement, chante la nostalgie du bon vieux temps où les femmes divorcées étaient obligées de quitter la ville. Mais le point remarquable dans son raisonnement est en fait cette incapacité stupéfiante et délibérée de garder contact avec la réalité.

Pourquoi les conservateurs passent-ils plus de temps à écrire sur les homosexuels que sur le divorce? Eh bien, tout simplement parce qu'il n'y a pas de parade bruyante des militants du « mouvement des divorcés » déambulant sur la 5e avenue de New York au cours d'une « Divorce Pride », marchant à poil et se livrant en public à des actes sexuels entre divorcés, réclamant des lois pour lutter contre la discrimination envers les divorcés, une discrimination positive en faveur de ces mêmes divorcés, des articles spécifiques aux divorcés dans la loi et une proclamation publique perpétuelle de la part des non-divorcés quant à l'égalité ou la supériorité du divorce sur la continuation du mariage.

Les choses ont évolué au point que le mot « libéral » [libertarian] a une nouvelle connotation lorsqu'il est utilisé par les médias. On avait l'habitude de l'utiliser pour désigner une opposition à toute forme d'intervention du gouvernement. Désormais, cependant, « libéral » est quasiment devenu dans l'esprit du public synonyme de partisan des « droits des homosexuels ». C'est pourquoi le candidat favori, pour l'élection présidentielle de 1996, de tous les libéraux qui ne veulent pas s'associer de trop près, en pensée et en acte, au Parti libertarien, est sans conteste William Weld, le gouverneur républicain du Massachusetts qui aime se présenter lui-même comme « libéral ».

La raison pour laquelle Weld utilise ce terme n'est pas son prétendu « conservatisme fiscal ». Lui et ses acolytes ont été décrits comme d'héroïques réducteurs d'impôts et du budget de l'État. Sa prétendue « baisse des impôts » a consisté à prendre le chiffre effroyablement gonflé du dernier budget de Michael Dukakis pour le réduire d'un petit 1,8%. Mais même cette baisse minuscule a été plus que compensée depuis par de fortes augmentations du budget. Ainsi, le conservatisme fiscal de Weld se manifesta l'année suivante par une hausse des dépenses de 11,4% au Massachusetts; et cette année il l'augmente à nouveau d'environ 5,1%. Pour le dire autrement, le geste de William Weld consistant à baisser de moins de 2% a été plus que compensé par une augmentation du budget de 17% au cours des deux dernières années. Vous avez dit « conservatisme fiscal »? L'histoire se répète sur le front des impôts: les baisses annoncées haut et fort par Weld ont été plus que compensées par de fortes augmentations.

Mais il ne s'agit que de maquillage destiné à tromper les conservateurs. Le « libéralisme » de Weld, dans son esprit et dans celui de ses admirateurs libéraux de gauche, réside presque exclusivement dans son attachement passionné aux « droits des homosexuels », ainsi qu'à la discrimination positive en faveur de ces derniers, discrimination qu'il a mise en place en nommant à des postes importants un grands nombre d'homosexuels notoires. Pour finir, je voudrais aussi mentionner que Weld est un partisan fanatique de l'écologie et de sa destruction despotique du niveau de vie de l'espèce humaine.

Récemment, les libéraux de gauche ne se sont pas contentés de soutenir des républicains de gauche: ils ont aussi fait une incursion dans le Parti démocrate. Plusieurs dirigeants du Cato Institute ont soutenu la campagne de Doug Wilder en Virginie, l'un d'eux étant même devenu membre de la commission des finances de Wilder. L'attirance exercée par Wilder au détriment du républicain de gauche Coleman est que Wilder incarne par sa personne et par sa vie à la fois la « diversité » sexuelle et raciale tellement aimée des libéraux de gauche. Il est toutefois typique que leur sens aigu de la politique les ait fait s'embarquer avec enthousiasme dans le bateau de Wilder juste avant qu'il ne coule sans laisser la moindre trace...

La nouvelle devise de presque tous les libéraux de gauche pour ce qui est de choisir des candidats du Parti libertarien est devenue: « fiscalement conservateur, mais socialement tolérant ». La signification de l'expression « fiscalement conservateur » peut se réduire, et se réduit dans les faits, à bien peu: elle signifie habituellement dépenser, ou proposer de dépenser, un peu moins que leurs adversaires politiques, ou encore ne pas trop augmenter les impôts.

« Socialement tolérant », tournure au mieux vaseuse, est une expression codée pour un ensemble de politiques et de caractéristiques éparses: attachement aux droits des homosexuels, aux droits civiques et généralement et par-dessus tout, ne pas être « rempli de haine » comme la droite chrétienne, Pat Buchanan et le Rothbard-Rockwell Report. Alors que nous ne sommes tous par définition que des brutes épaisses suant la « haine » par tous les pores, les libéraux de gauche, comme nous le savons tous si bien, ne sont que de braves gars, leurs êtres n'émettant que des ondes d'amour, de générosité et de chaleur d'esprit. Et, comme nous disons à New York, que leur vie soit la plus longue possible! De fait, je n'ai pas la même expérience personnelle des néoconservateurs que certains d'entre vous, mais je peux vous assurer que les libéraux de gauche valent les néoconservateurs en ce que vous ne voudriez pour rien au monde avoir affaire à eux. Faites-moi confiance pour ça.

Immigration libre

Pour être « socialement tolérant », il ne faut bien entendu pas émettre la moindre critique sur l'idée d'immigration libre. Au contraire, il convient de la soutenir sans réserves. Avec les libéraux de gauche et les néoconservateurs, toute proposition, quelle qu'en soit la raison, de limiter l'immigration ou même de réduire le flux d'illégaux est automatiquement et hystériquement dénoncée comme raciste, fasciste, sexiste, hétérosexiste, xénophobe, et toute la panoplie d'épithètes injurieux à portée de main. (Bien que les néoconservateurs semblent, curieusement, faire une exception flagrante envers ceux qu'ils appellent de manière assez vague les « terroristes arabes ».) Les choses en sont venues à un tel point que le Parti libertarien, qui s'était opposé avec force et de manière constante à tout impôt et à toute dépense de fonds publics, est maintenant en train de changer rapidement de politique et d'attitude, y compris sur ce sujet, pourtant depuis longtemps cher aux coeurs libéraux.

En Californie, il y aura en novembre de cette année un vote sur une proposition remarquablement simple et intitulée « Save Our State » [Sauvons notre État], qui pourrait être reprise par tout Américain des classes ouvrières ou moyennes. En fait, ceux qui la connaissent en sont des partisans enthousiastes. Cette proposition interdit tout usage de fonds publics en faveur d'étrangers en situation irrégulière. La plupart des gens, bien sûr, pensent que ces illégaux devraient plier bagage et retourner chez eux, mais certainement pas bénéficier, aux frais du contribuable, de l'aide médicale et des écoles publiques, ainsi que de tout l'appareil de l'État-providence.

Comme vous pouvez l'imaginer, tout l'establishment et tous les groupes bien-pensants se sont opposés avec hystérie à cette proposition. Dans cette coalition on pouvait évidemment retrouver le grand patronat, les syndicats, les associations d'enseignants, les médias, les experts, les professeurs, et toutes les élites faiseuses d'opinion, bref les suspects habituels [the usual suspects]. Ces groupes ont tous dénoncé « Save Our State » comme un encouragement à la diffusion de l'ignorance et du mal. Les partisans de la proposition furent dépeints comme pleins de haine, racistes, sexistes, hétérosexistes, xénophobes, etc. Les seuls à la défendre étaient un ensemble d'organisations inconnues, véritablement populaires, qui essaient d'éviter, plutôt qu'elles ne recherchent, la publicité parce qu'elles ont déjà reçu des menaces de mort et d'attentat à la bombe, probablement de la part des membres de la « communauté illégale » que l'on appellerait normalement « gangsters » s'il n'y avait le politiquement correct.

Notre collaborateur Justin Raimondo est, je suis fier de le dire, le coordinateur de « Save Our State » à San Francisco et il rapporte que le chef de la section de San Francisco du Parti libertarien (je dois préciser ici que l'État de Californie est peut-être le seul où le Parti a de nombreux membres et ne se résume pas à une organisation de papier) s'oppose à cette proposition – une première chez les libéraux: s'opposer à une réduction d'impôts!

Quel raisonnement a conduit le Parti libertarien à abandonner précipitamment le contribuable et les droits de propriété en faveur du politiquement correct? C'est que l'application de la proposition « Save Our State » pourrait représenter une menace pour les libertés civiles! Mais l'application de n'importe quelle mesure, bonne ou mauvaise, pourrait bien sûr menacer les libertés civiles et ce n'est pas une excuse pour refuser de voter un projet valable. Les frontières, apparemment, ne doivent pas seulement rester grandes ouvertes: il faut aussi encourager cette ouverture et la financer au frais du contribuable américain. La confusion entre public et privé, le changement de définition des « droits » sont visiblement allés si loin que tout immigré en situation irrégulière a maintenant le droit de lessiver le contribuable pour un montant que Dieu seul connaît. Bienvenue dans le libéralisme étatiste!

Impôt sur le revenu, ALÉNA, OMC...

L'opposition aux impôts s'est en fait systématiquement affadie. Le Cato Institute s'est récemment déclaré en faveur de la campagne richement dotée réclamant la suppression de l'impôt sur le revenu pour le remplacer par un impôt sur les ventes. La revendication de la vieille droite et des vieux paléos, telle que je me la rappelle depuis mes années de jeunesse, était de supprimer le Seizième amendement et l'impôt sur le revenu, point. La variante actuelle constitue une proposition bien différente. En premier lieu, elle repose sur le slogan que les conservateurs ont hérité des « théoriciens de l'offre » [supply-siders] et qui a été finalement adopté par presque tous les économistes et soi-disant hommes d'État: quoi qu'il arrive, et quelle que soit l'évolution de la législation des impôts, il faudrait que la modification de la loi soit « neutre » quant aux rentrées fiscales, c'est-à-dire que le montant total de la récolte ne doit jamais baisser.

 

« Comme avec les décontructionnistes, nous entrons avec les libéraux de gauche dans un monde à la Humpty Dumpty, où les mots ne veulent dire que ce qu'on choisit de leur faire dire et où la véritable question est de savoir qui sera le maître. »

 

On n'explique jamais comment cet axiome s'inscrit dans la doctrine conservatrice ou libérale, ni pourquoi diable les rentrées fiscales ne devraient pas diminuer. Hein, pourquoi donc? À la réponse habituelle, qui nous dit que nous devons nous soucier des déficits fédéraux, la réplique appropriée, que plus personne ne fait, est de diminuer fortement les dépenses de l'État. Ce qui exige bien sûr que l'on en revienne à la vieille définition démodée de la « diminution du budget », i.e. une véritable diminution du budget, et non que l'on accepte le sens actuel qui signifie diminution de son « taux de croissance » ou diminution se fondant sur une prédiction de croissance du Congrès ou de la présidence, basée sur des hypothèses inévitablement douteuses. Comme l'a souligné un numéro récent du Free Market, la lettre du Mises Institute, il y a de graves défauts dans cette idée de remplacer l'impôt sur le revenu par un impôt sur les ventes.

En premier lieu, et contrairement au caractère prétendument « réaliste » et « pragmatique » de cette proposition, elle ne conduirait pas en pratique à la suppression de l'impôt sur le revenu, mais plutôt à l'ajout d'une nouvelle taxe sur les ventes à notre sordide législation fiscale actuelle. En second lieu, si la part « personnelle » de l'impôt sur le revenu était éliminée, la part « patronale » demeurerait. De cette façon, l'abominable Gestapo fiscale resterait intacte et continuerait à examiner les livres de comptes et à s'immiscer dans nos vies. De plus, une taxe de 30% sur les ventes réclamerait également des mesures lourdes pour la faire respecter, de sorte qu'un nouveau service du ministère des Finances devrait rapidement mettre son nez dans les comptes de chaque commerçant du pays. Il ne me semble pas nécessaire d'avoir un doctorat ou un sens théorique très poussé pour prévoir ces conséquences. Ce qui conduit à mettre en doute la bonne foi des partisans de cette réforme.

En parlant de bonne foi: l'une des pires histoires de tous les instituts défendant l'économie de marché, ainsi que de tous les journaux et institution libéraux « officiels », fut de soutenir comme de nombreux autres moutons tout le tintouin fait autour de l'ALÉNA [Accords de Libre-Échange du Nord de l'Amérique, en anglais NAFTA], et désormais en faveur de l'Organisation Mondiale du Commerce. Le Fraser Institute canadien a réussi, sans rencontrer la moindre résistance, à conduire presque tous les instituts libéraux du pays vers ce qu'ils ont appelé le « Réseau de l'ALÉNA » [« Nafta Network »], qui a consacré des sommes sans précédent à une agitation, une propagande et de prétendues « recherches » sans fin, destinées à faire passer l'ALÉNA. Et pas seulement les instituts: les ont rejoints un grand nombre de libéraux et de sympathisants du libéralisme que l'on trouve parmi les chroniqueurs, écrivains et experts.

Le développement de ce processus nous a apporté quelques distractions macabres. La ligne suivie au départ par ces libéraux de gauche était la ligne Bush-Clinton: à savoir que l'ALÉNA favoriserait, et en serait même une condition indispensable, le beau concept de libre-échange, devenu article de foi des républicains conservateurs lors de la présidence de Reagan. L'unique opposition à l'ALÉNA proviendrait donc uniquement d'une alliance constituée de protectionnistes déconcertés ou plus probablement méchants: des responsables syndicaux socialistes, le détestable Ralph Nader, des fabricants nationaux inefficaces à la recherche de tarifs protecteurs et leurs larbins. Pire encore, on y trouve des alliés remplis de haine, protectionnistes, xénophobes, racistes, sexistes et hétérosexistes, tel Pat Buchanan.

C'est à ce moment que Pat Buchanan fit un coup de maître, déconcertant les forces pro-ALÉNA. Il attira l'attention sur le fait que des partisans du libre-échange, aussi ardents et puristes que Lew Rockwell, moi-même et le Mises Institute, ou encore les membres du Competitive Enterprise Institute, s'opposaient à l'ALÉNA parce qu'il s'agit de mesures faussement libérales, qui comprennent de nombreuses restrictions au libre-échange, notamment des contrôles socialistes en ce qui concerne l'emploi et le respect de l'environnement. Et parce que, de plus, ces mesures sont particulièrement dangereuses, ajoutant des restrictions intergouvernementales aux restrictions internationales, et qu'il faudra les faire respecter par de nouvelles organisations intergouvernementales ne devant rendre de compte à personne et certainement pas aux électeurs des nations concernées.

Il est amusant de voir que les propagandistes pro-ALÉNA durent changer leur fusil d'épaule dans la précipitation. Ils furent obligés de nous attaquer, soit nominalement soit sur le plan général. Comme ils ne pouvaient pas nous dépeindre comme des protectionnistes, ils eurent à se battre simultanément sur deux fronts, attaquant les méchants protectionnistes de droite et de gauche tout en dénonçant simultanément notre pureté excessive quant au libre-échange, reprenant ainsi l'expression de Voltaire, que je commence à détester presque autant que les mots « aliénation » et « tolérance »: le mieux est l'ennemi du bien. En fait, bien sûr, l'ALÉNA et l'OMC ne sont en aucun cas le « bien »: ils ne font qu'empirer la situation et sont considérés comme des « maux » par tout libéral au véritable sens du terme.

Quelques libéraux de gauche ont répondu à nos critiques du projet de gouvernement mondial que seuls des xénophobes et des étatistes pouvaient se soucier de « souveraineté nationale », parce que d'après les grandes théories libérales seul l'individu est souverain, pas la nation. Je ne souhaite pas discuter longuement de ce point. Mais, selon moi, il devrait être évident à tout libéral que l'ajout de nouveaux niveaux de gouvernement, plus élevés et plus étendus, ne peut qu'augmenter l'étendue et l'intensité du despotisme. Et que plus ces niveaux sont élevés, moins ils sont soumis au contrôle, à leur limitation ou à leur suppression de la part de la population.

Mais je constate de plus en plus qu'on ne peut jamais rien considérer comme évident avec les prétendus libéraux. De fait, Clint Bolick, éminent théoricien et activiste libéral sur le plan juridique, a écrit un livre pour le Cato Institute où il étudie de façon étrange l'Amérique d'aujourd'hui pour en conclure que la véritable tyrannie, la véritable menace pour nos libertés, ne serait ni le Léviathan fédéral, ni le Congrès, ni l'exécutif, ni encore le nombre sans cesse croissant des despotes à vie qui composent la magistrature fédérale. Non rien de tout cela: la véritable menace pour nos libertés serait au contraire les gouvernements populaires locaux.

Il me semble impossible de tenir un quelconque raisonnement ou d'avoir la moindre discussion avec des gens qui étudient la vie actuelle des Américains et en arrivent à de telles conclusions. Qualifier ces individus de « libéraux », comme dire des partisans l'ALÉNA qu'ils sont en faveur du « libre-échange », c'est déformer le sens des mots au-delà de tout entendement. Comme avec les décontructionnistes, nous entrons avec les libéraux de gauche dans un monde à la Humpty Dumpty, où les mots ne veulent dire que ce qu'on choisit de leur faire dire et où la véritable question est de savoir qui sera le maître.

En parlant de celui qui sera le maître, les partisans de l'ALÉNA ont eu le toupet d'accuser la « coalition » des protectionnistes et des authentiques partisans du libre-échange d'être payés par la méchante industrie textile. Cette accusation, tenez-vous bien, provient d'institutions largement subventionnées par les gouvernements mexicain et canadien, par des lobbyistes mexicains et canadiens, ainsi que par des entreprises et des donateurs issus des industries d'exportation. Car une des vérités bien tues de la politique étrangère américaine depuis la Seconde Guerre mondiale et même depuis 1930, y compris pour ce qui est des négociations commerciales, des traités et accords entre États, du prétendu « libre-échange » et des échanges commerciaux, tout comme pour tous les programmes d'aide internationale, cette vérité c'est que la motivation principale était de mettre en place des subventions publiques, payées par les contribuables, aux industries d'exportation et aux banquiers qui les soutiennent. On peut parler d'individus élevés en serre!

Histoire américaine

Je ne voudrais pas clore ce chapitre sur l'ALÉNA sans mentionner brièvement la réponse étonnante du Parti libertarien. Rappelons à nouveau que le Parti s'était autrefois toujours opposé à toute forme de restrictions ou de contrôles commerciaux entre États. Et pourtant, l'auguste Comité national qui dirige le parti entre deux conventions – qui sont de plus en plus rares d'ailleurs –, s'est senti obligé d'émettre un communiqué soutenant l'ALÉNA au point culminant de la controverse, jetant ainsi tout son poids dans la bataille.

Celui qui dirige en réalité le Comité national est lui-même un théoricien libéral reconnu. Seule la nostalgie de ses anciennes idées, ou un minimum d'intégrité, l'a empêché d'essayer de répondre à nos critiques. Malheureusement, il a dû pour ce faire avoir recours au type d'argument autrefois en vogue dans ces minuscules organisations (véritables sectes) au nom si grandiose, comme le Parti international révolutionnaire des travailleurs. À savoir: lui et le Comité national reconnaissent qu'il y a un problème avec l'ALÉNA, que son organisation bureaucratique internationale pourrait bien signifier des restrictions dépassant ses prétendus caractéristiques libérales. Mais, concluent-ils, il ne faut pas s'en soucier parce que, dans ce cas, le Parti libertarien mettrait tout son poids politique pour arrêter cette dérive. Quel soulagement de savoir que le Parti libertarien se mettra en travers de l'ALÉNA et de ses inévitables conséquences!

Lorsque l'alliance « paléo » commença à gagner en influence, nous fûmes pendant un moment la cible de violentes attaques de la part des néoconservateurs, rejoints désormais par les nouveaux « libéraux officiels ». Virginia Postrel, éditrice du mensuel Reason, s'est en un sens fait une spécialité des attaques contre la droite proche de Buchanan. Elle la dénonce habituellement pour sa prétendue opposition au « changement »; en fait elle fait un peu penser aux harpies médiatiques qui faisaient écho aux partisans de Clinton durant la campagne présidentielle, chantant la nécessité du « changement », apparemment changement pour le changement, sans autre but, et qu'elle confond avec une étrange Société des Possibles [Opportunity Society]. La véritable question est toutefois bien de savoir de quel changement il s'agit, pour quoi faire et dans quelle direction? Les paléos, après tout, sont de grands partisans du changement, d'un changement radical qui plus est. Sauf que mon petit doigt me dit que le changement que nous recherchons – réactionnaire et plein de haine – n'est pas exactement le type de « changement, changement, changement » dont parlent cette éditrice et autres néoconservateurs ou Clintoniens.

Ce mois-ci, elle a écrit un éditorial dénonçant la coalition anti-GATT, qu'elle considère très curieusement comme « des partisans de l'immobilisme... en appelant à la puissance de l'État pour bloquer le processus dynamique des marchés et du choix individuel. » Qu'elle puisse interpréter une mesure soutenue avec enthousiasme par le président Clinton et le reste de l'establishment étatique comme un exemple du marché et de choix individuel s'opposant à la puissance de l'État, voilà qui dépasse l'entendement.

Une autre anecdote a suscité la colère de notre éditrice, toujours dans ce même éditorial. Ici aussi elle trouve une coalition de l'immobilisme essayant de bloquer le processus bénéfique de la croissance économique dans un marché libre. Ici aussi nous avons une coalition de progressistes, de conservateurs, de résidents du coin, d'historiens et de toute sorte d'autres personnes essayant de conserver et d'honorer l'héritage américain et essayant d'empêcher la construction sur les lieux mêmes de la Bataille de Manassas d'un parc thématique Disney traitant de l'Histoire américaine. L'une des raisons principales pour empêcher cette « Eisnerisation » du Nord de la Virginie est la version politiquement correcte de l'Histoire que veut infliger à des visiteurs ne se doutant de rien l'historien en chef d'Eisner: Eric Foner, marxiste-léniniste notoire.

Foner, au passage, dans une illustration parfaite de cette alliance entre la gauche et les néoconservateurs, était, lors de la première année de présidence de Reagan, le principal « expert » à aider Irving Kristol et les néoconservateurs dans leur dénonciation de Mel Bradford comme « raciste » et « fasciste », pour avoir eu l'audace de critiquer l'un des principaux despotes de l'histoire américaine: Saint Abraham Lincoln, qui, par bien des côtés, est le prédécesseur du « Docteur » King en ce qu'il nous aide à séparer rapidement le bon grain de droite des diverses variétés d'ivraie de gauche.

Dans son article, Postrel décrit cette coalition contre le parc thématique comme une « coalition de la gauche opposée à la croissance et des conservateurs attachés au sang et à la terre. » En un certain sens, il n'est pas surprenant que l'éditrice, libérale de gauche, oublie de signaler que le projet se propose d'infliger une version politiquement correcte, marxiste-léniniste, de l'histoire américaine à des touristes innocents et que donc elle ne s'y intéresse pas. Mais Pat Buchanan, une fois encore, jeta une clé à molette dans la machine de propagande de la gauche libérale en signalant que votre serviteur, dans un article du Free Market, avait montré que ce parc thématique Disney n'était nullement le résultat du marché, mais bel et bien un projet dépendant explicitement d'une subvention de 160 millions de dollars, payés par les contribuables de l'État de Virginie.

Est-ce réellement une preuve d'immobilisme, de refus de la croissance et du libre-échange que de s'opposer à un projet exigeant une aide des contribuables à la hauteur de 160 millions de dollars? Comment cette éditrice prétend-elle défendre son soutien face à cette critique, émanant de la part de quelqu'un qui, pour le moins, peut être considéré comme un peu plus libéral et opposé à l'État qu'elle ne l'est? Sa ligne de défense est assez instructive et particulièrement peu convaincante. Son commentaire est le suivant, reproduit intégralement: « l'objection des partisans du libre-échange expliquant que ce parc touche des subventions ne constitue pas le coeur du débat. » Eh bien, c'est ce qui s'appelle répondre à cet argument.

Bons scolaires

L'une des raisons principales qui aurait à ce qu'il paraît conduit les libéraux à haïr la religion est qu'ils seraient eux, les libéraux, des défenseurs acharnés de la raison avant tout, alors que les croyants seraient inévitablement trompés par ce que les rationalistes aiment appeler une « superstition ». Il est instructif de réfléchir sur la qualité des capacités de raisonnement que ces libéraux ont montré lors de leur éloignement de la liberté et des droits de propriété.

Retournons maintenant à une dernière mesure qui illustre le « Grand Bond en avant étatiste » du mouvement libéral. Il s'agit de son soutien au programme de bons scolaires, proposition que les libéraux de gauche de Californie ont soumis sans succès au vote en novembre dernier. Les néoconservateurs et les libéraux de gauche entrèrent joyeusement dans la bataille californienne du bon scolaire, qu'ils ont largement financée, convaincus de n'avoir d'autres adversaires que les habituels et syndicats d'enseignants et de progressistes.

Les libéraux de gauche utilisèrent à cette occasion leur mot ronflant favori, « choix », qu'ils avaient d'abord appliqué au choix des femmes quant à l'avortement, et qu'ils voulaient désormais étendre au choix des parents et des enfants quant aux écoles à fréquenter, et au choix entre écoles privées et publiques. Ayant anticipé le déroulement du débat, les partisans du bon scolaire menaient tranquillement leur campagne quand ils furent à nouveau éclipsé par un article influent de Lew Rockwell dans le Los Angeles Times, article qui constitua, d'après ce qu'ils avouèrent tristement un peu plus tard, la plus grande force ayant conduit à l'échec de leur plan. Lew sortit du débat habituel pour souligner des points auxquels tenaient particulièrement les parents et les contribuables californiens mobilisés dans la critique du système d'école publique.

Lew souligna que (1) l'État-providence et le fardeau subi par les contribuables augmenteraient au lieu de diminuer avec la mise en place de ce programme de bons scolaires; et (2) que si les enseignants des écoles publiques peuvent certes s'opposer à ce programme, ce qui est bien plus important et plus dangereux, c'est que ce programme conduirait à un contrôle des écoles privées plus strict de la part de l'État, ces écoles étant pour l'instant encore en grande partie à l'abri des intrusions gouvernementales. Le gouvernement contrôle toujours ce qu'il subventionne et, dans le cas du bon scolaire, l'État serait obligé de définir de qui constitue une « école » afin qu'elle puisse toucher les aides.

Comme pour tout programme de redistribution, l'étendue des choix des bénéficiaires ne peut croître qu'aux dépens des perdants, en l'occurrence des parents d'enfants allant aujourd'hui dans une école privée. Cet argument se révéla non seulement être une véritable bombe, mais Lew utilisa, pour la première fois je crois, un autre argument puissant et sensible; (3) le programme de bon scolaire détruirait les écoles publiques de banlieues aujourd'hui relativement bien et soigneusement protégées, parce qu'elles seraient obligées d'accepter tous ceux qui viendraient d'autres quartiers.

En bref: ces écoles de quartiers, contrôlées dans une certaine mesure par les parents et les contribuables locaux, seraient forcées d'accepter les hordes de la jeunesse inéducable et même criminelle du centre-ville. Les choix de ces parents de banlieue diminueraient. Non seulement les enfants des banlieues seraient en danger, mais la valeur de leurs biens immobiliers, reposant pour une bonne part sur leur déménagement pour des quartiers comportant d'assez bonnes écoles, serait en grand péril.

Alors que ce dernier argument de Lew Rockwell, très politiquement incorrect, fut en butte à l'hystérie prévisible des libéraux de gauche, qui l'accusèrent comme d'habitude de racisme, sexisme, hétérosexisme, etc., etc., son argument fut particulièrement efficace là où il le fallait: chez les habitants de la classe moyenne des banlieues, qui étaient jusque-là prêts à voter en faveur du programme de bon scolaire. Il n'y a pas de meilleur témoignage de la puissance des idées, quels que puissent être l'ambiance politique préalable ou les soutiens financiers.

Triade en trois temps

Une remarque générale: il y a quatorze ans, le Parti libertarien mena sa campagne présidentielle la plus richement dotée, et donc la plus largement relayée par les médias. Lors de cette campagne, menée par ce qui déjà n'était certainement pas son aile la plus puriste, les médias, qui s'y intéressaient pour la première fois, demandèrent qu'on leur explique en quelques mots ce qu'était le « libertarianisme ». La réponse fut: un « progressisme combiné avec un faible niveau d'impôts » [Cf. la remarque qui suit. NdT]

Le chef absolu de cette campagne, Ed Crane, est désormais à la tête de l'un des instituts libéraux américains les plus en vue. Récemment, lui et ses collègues ont fourni une autre formule résumant l'essence du libéralisme. Un « progressisme de marché » [Ibid. NdT]. Il est à noter que si l'ancienne définition faisait encore référence à des impôts réduits, le nouveau credo peut être accepté par presque tout le monde. Après tout, la plupart des socialistes se présentent comme « progressistes » et tous les socialistes acceptent désormais un certain type de marché. Cette expression pourrait donc être, et a peut-être été, retenue par notre président, le bien peu libéral William Jefferson Blythe Clinton IV, tout comme par le dernier dirigeant de la défunte Union soviétique, Mikhaïl S. Gorbatchev. Vous avez dit respectable et au sein du courant dominant?

Ces dernières semaines, le même théoricien éminent du « progressisme de marché » a décidé de combattre ce qu'il considère comme le grand danger représenté par le mouvement populiste de droite. Il propose à la place de ce dernier une « Révolution de velours », terme qui semble bien plus étrange et bien plus exotique aux États-Unis qu'il ne l'était en République tchèque.

Cette Révolution de velours qui, selon notre éminent libéral de gauche, limitera le gouvernement fédéral « sans perturbations », est un simple ensemble de trois mesures légales. L'une consiste à remplacer l'impôt sur le revenu par une taxe sur les ventes, proposition dont j'ai déjà parlé. La deuxième consiste à limiter les mandats et la troisième consiste à faire passer un amendement obligeant à l'équilibre du budget. Le problème avec cet ensemble est de ne rien arranger, mais plutôt d'empirer les choses: au mieux, on peut tromper les masses en leur faisant croire que Washington a été dompté et les conduire à abandonner tout intérêt pour le sujet. C'est peut-être d'ailleurs l'objectif.

Très brièvement, l'amendement exigeant un budget équilibré est un bobard et une escroquerie intellectuelle. Hormis les clauses dérogatoires permettant au Congrès d'échapper facilement à cet amendement, le fait qu'il représenterait une excuse facile pour justifier la hausse des impôts, et le fait que le gouvernement fédéral peut aisément mettre ses dépenses dans la partie « activités hors budget » comme il le fait déjà, le prétendu « équilibre » ne concerne que les projets de dépenses futures et non le budget actuel. Or tout le monde peut bel et bien prévoir n'importe quelles dépenses futures.

Enfin, il n'y a aucune obligation associée: les membres du Congrès votant en faveur de budgets non équilibrés seront-ils tous virés et éliminés?

Ce qui m'amène à la troisième partie de cette triade: la limitation tellement vantée des mandats. Je n'ai pas d'opposition au concept en soi. Le problème, c'est que la limite des mandats ne peut restreindre que ceux des élus du Congrès ou des États, alors que le bras législatif est de loin celui qui a le plus grand pouvoir parmi les trois branches du gouvernement. De ces branches, les élus du Congrès et des États sont les seuls à devoir rendre des comptes au public et à être soumis aux représailles des électeurs. Ce sont les seuls dont nous pouvons nous débarrasser rapidement et pacifiquement. Comparez cette situation avec celles des autres branches néfastes, qui ne sont pas soumises à un mandat.

Il y a l'exécutif, au sein duquel seul le président est élu pour une durée limitée, malgré les ronchonnements de tous les partisans de la « démocratie ». Le reste de notre vaste bureaucratie fédérale ne peut pas être changé par le public. Véritables despotes, ils ont été congelés sur place par le système du « service public », imposé au public par les élites intellectuelles et médiatiques de la fin du dix-neuvième siècle Et il y a pour finir les véritables et abominables tyrans de notre époque, j'ai nommé la justice fédérale sans bornes et qui s'emballe: elle jouit d'un pouvoir virtuellement absolu sur chaque ville et village ainsi que sur la vie de tout un chacun. Et à son sommet, on trouve la Cour suprême et ses despotes inamovibles. Si les gens commençaient à proposer, par exemple, de supprimer l'administration fédérale et de limiter à deux ans les fonctions de juge fédéral, alors je commencerais à les considérer comme une solution au problème plutôt que comme une partie du problème.

En conclusion: contrairement aux libéraux de gauche qui tentent désespérément d'arracher ses dents à la révolution populaire, je crois que les jours du « réalisme » de Washington, répandu à la fois chez les conservateurs et chez les libéraux de gauche, sont comptés. Il existe désormais un puissant mouvement populaire, qui se lève partout au coeur de l'Amérique: mouvement radical et populiste de droite, conduit par une détestation profonde et un mépris envers, tout d'abord évidemment les Clinton et leur répugnante équipe, puis Washington en général, ses idéologues et sa culture, enfin tous les politiciens en général et ceux habitant Washington en particulier.

Cette droite populaire est très différente de ce que nous avons connu jusqu'ici. Elle déteste profondément les médias dominants et ne leur accorde aucune confiance. De plus, elle ne voit pas l'utilité des organisations de Washington et de leurs dirigeants traditionnels. Ce peuple ne se satisfait pas de devoir financer ces organisations et de devoir suivre docilement leurs ordres. Ses membres ne sont peut-être pas « socialement tolérants ». Mais ils sont mauvais coucheurs, en ont marre du gouvernement fédéral et sont de plus en plus en colère. Dans cette atmosphère naissante, la stratégie supposée être pragmatique de Washington, consistant à faire la lèche au pouvoir, n'est pas seulement immorale et sans principes: elle ne peut plus marcher, même à court terme. Les classes ouvrières et les classes moyennes opprimées sont enfin en marche, et ce nouveau mouvement de droite n'a pas de place pour les traîtres de l'élite qui les ont si longtemps menés par le bout du nez, ni de temps à perdre avec eux.


* Remarques du traducteur : Dans ce texte, Rothbard emploie systématiquement le terme de « libertarian » que j'ai traduit par « libéral » et « libertarien » de manière quelque peu aléatoire. (Il emploie en particulier l'expression « left-libertarian », traduite par « libéral de gauche », pour désigner les membres du courant libertarien américain auxquels il s'oppose, alors que le terme « left-liberal », qu'il utilise aussi, signifie en gros « socialiste » sous sa plume, selon l'usage aux États-Unis.) Si le terme « libéral » devrait suffire en français, n'ayant pas (encore?) la connotation interventionniste américaine, certains aspects de la critique de Rothbard sont plus particuliers aux développements du courant « libertarien » américain (qui est par ailleurs souvent considéré comme plus intransigeant, alors que Rothbard nous montre certaines de ses dérives) et c'est pourquoi j'ai fait jouer l'alternance. Il ne faut donc pas chercher d'intention de distinguer les deux attitudes chez Rothbard.

J'ai par ailleurs, faute de mieux, utilisé le mot « progressisme » pour traduire « liberalism » dans les expressions « low-tax liberalism » (traduit par « progressisme combiné avec un faible niveau d'impôts ») et « market liberalism » (traduit par « progressisme de marché »). Si Rothbard entend clairement le terme dans son sens américain usuel et non dans le sens européen (que Mises continuait à utiliser), les auteurs de la formule et ceux qui la reprennent peuvent cependant répondre à bon droit qu'ils avaient pour but de se réapproprier le terme européen, ce que ne rend évidemment pas la traduction, qui élimine cette possibilité. Dans un autre contexte, l'expression, certes redondante, de« libéralisme de marché » aurait pu être utilisée, mais elle aurait conduit ici à la confusion.

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Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 14:51

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Les élections présidentielles françaises : Hobbes vs. Rousseau ?

http://www.ipsos.fr/sites/default/files/imagecache/diaporama_slides/images/philosophie.jpg

Le débat Hobbes/Rousseau est-il pertinent pour comprendre le duel présidentiel Sarkozy/Hollande ? Telle est la question à laquelle Philosophie Magazine nous propose de réfléchir en ce mois d’avril, à 10 jours des élections.



Hobbes
Pour Hobbes, l’homme est un être désirant et animé par la vanité. C’est ainsi que les hommes sont enclins « à s’attaquer et à se détruire les uns les autres. » A l’état de nature, les hommes vivent sous la menace permanente de la mort violente. Cette peur d’être attaqué par les autres détruit toute possibilité de prospérité et de progrès. Aucune vie en société n’est donc possible sans un pouvoir autoritaire qui empêche la guerre de tous contre tous. Poussés par la peur, les individus deviennent assez raisonnables, selon Hobbes, pour instaurer un pouvoir central souverain chargé de faire régner l’ordre et la sécurité. En retour chacun renonce à son droit de nature. Protecto ergo obligo : tel est le cogito du Leviathan. Le pouvoir souverain est absolu mais il propose en échange de l’obéissance la protection contre la violence.
Hobbes écrit : « Nul n’a la liberté de résister au glaive de l’État pour défendre un autre, qu’il soit coupable ou innocent, parce qu’une liberté semblable prive le souverain des moyens de nous protéger et détruit, par conséquent l’essence même du gouvernement. » Le sacrifice de la liberté individuelle est donc le prix à payer pour la sécurité.
Convaincu que « l’homme est un loup pour l’homme » Hobbes a donc imaginé un État-Léviathan qui fasse peur aux hommes pour éviter le retour à « la guerre de tous contre tous », qui caractérise selon lui l’état de nature.


Rousseau
Rousseau, de son côté, défendait au contraire une bonté naturelle originelle, corrompue par la société et appelée à être réactivée par un « contrat social ». Déjà, dans le Discours sur les sciences et les arts (1750) montrait que la corruption des mœurs accompagne toujours le développement des sciences et des arts. Autrement dit, le luxe nourrit les inégalités et détourne les hommes de leur devoir. Il écrit : « on a de tout avec de l’argent, hormis des mœurs et des citoyens ». Le luxe prend racine dans une société lorsque les citoyens donnent libre cours à leurs désirs individuels de confort et de richesses. Ces désirs créent des inégalités entre les citoyens en plus d’affaiblir leur dévouement au bien commun.
Quelles limites faudrait-il alors fixer au luxe ? La réponse de Rousseau est que « tout est source de mal au-delà du nécessaire physique. La nature ne nous donne que trop de besoins ; et c’est au moins une très haute imprudence de les multiplier sans nécessité, et de mettre ainsi son âme dans une plus grande dépendance ». Par conséquent, selon lui : « l’une des fonctions les plus importantes du gouvernement est de prévenir l’extrême inégalité des fortunes. » Les impôts doivent être conçus de manière à construire une société juste à travers l’éradication de la consommation superflue.


Or, il est bien vrai que Nicolas Sarkozy est proche de la philosophie autoritaire de Hobbes, là où François Hollande rejoint l’aspiration égalitariste de Rousseau. Vu sous cet angle, le débat, en apparence atone, de la présidentielle prend un relief tout à fait inattendu.
Mais on peut même aller plus loin, n’est-ce pas au fond le duel droite/gauche dont il est question à travers ce débat Hobbes/Rousseau ? N’est-ce pas, à des degrés divers, toute la droite française qui serait hobbesienne, tandis que la gauche serait rousseauiste, écologistes compris ? A chacun d’en juger.


Le faux duel de la présidentielle  : Rousseau vs Hobbes


Par Damien Theillier.

L’opposition entre Sarkozy et Hollande, entre Hobbes et Rousseau, est une fausse opposition idéologique qui trompe les électeurs. L’analyse de la vie politique française depuis plus de quarante ans nous le confirme : la droite et la gauche convergent de plus en plus vers un centre mou, à la fois étatiste et corporatiste, renonçant de plus en plus à tout ce qui pouvait encore les distinguer.
 

En ce mois d’avril, Philosophie magazine consacre un dossier à l’élection présidentielle. L’idée centrale de ce dossier ne manque pas d’intérêt : « Rousseau contre Hobbes, le vrai duel de la présidentielle ».

L’image de couverture est bien trouvée. Et surtout, à la lecture du contenu du dossier, on est frappé par la justesse des analyses. Hobbes était convaincu que « l’homme est un loup pour l’homme » et a donc imaginé un État-Léviathan, qui fasse peur aux hommes, pour éviter le retour à « la guerre de tous contre tous », qui caractérise l’état de nature. Rousseau, de son côté, défendait au contraire une bonté naturelle originelle, corrompue par la société et appelée à être réactivée par un « contrat social ». Or, il est bien vrai que Nicolas Sarkozy est proche de la philosophie autoritaire de Hobbes, là où François Hollande rejoint l’aspiration égalitariste de Rousseau. Vu sous cet angle, le débat, en apparence atone, de la présidentielle prend un relief tout à fait inattendu. On peut même aller plus loin, c’est toute la droite française qui est hobbesienne, tandis que la gauche est rousseauiste.

Pourtant il y a quelque chose qui cloche dans tout cela. Un fait qui échappe complètement à l’analyse de Philosophie Magazine et qui mérite une attention toute particulière. Loin d’être l’affrontement de deux visions opposées de la politique, l’opposition entre Hobbes et Rousseau propose en fait deux versions peu différentes d’un même dogme : celui de l’étatisme ou de l’État comme fin et non comme moyen. L’un défend la souveraineté absolue du Prince, l’autre la souveraineté absolue de la volonté générale, c’est-à-dire du législateur. On ne trouvera ni chez Hobbes, ni chez Rousseau, une philosophie du gouvernement limité, ni même une philosophie de la protection des droits individuels, en particulier du droit de propriété. La vision de Hegel au XIXe siècle, s’inscrira d’ailleurs dans l’héritage classique de Hobbes et de Rousseau en ce sens qu’il maintiendra la suprématie quasi divine de l’État et du politique sur la sphère « inférieure » de la vie économique et sociale.

Le philosophe J.F. Kervégan (professeur à Paris I), spécialiste des penseurs du contrat social, écrit justement :

Comme Hobbes, Rousseau pense que l’unité d’une société ne peut être que politique, et cette conviction se traduit par la position éminente du « souverain » ; simplement, chez lui, le souverain est et ne peut être que la « volonté générale », et non plus celle d’un homme ou d’une assemblée ; la structure de la théorie hobbesienne de la souveraineté est maintenue, seul change l’identité du sujet auquel celle-ci est attribuée. (Ce qui fait société : le politique, l’économie, le droit  ? Conférence à l’AJEF, le 14 octobre 2009)

Le fait que la souveraineté réside dans une volonté ou bien qu’elle réside dans le peuple ne fait pas une grande différence si cette souveraineté n’est pas d’abord limitée, faisait déjà remarquer Benjamin Constant après la Révolution française. « Prions l’autorité de rester dans ses limites, nous nous chargeons de notre bonheur », écrivait-il. Et il ajoutait : « la souveraineté n’existe que de manière limitée et relative. »

La philosophie politique de Constant se fonde sur une conviction fondamentale : « il y a une partie de l’existence humaine qui est de droit hors de toute compétence sociale » (entendre ici : compétence politique). Constant rejoint ainsi Smith, Locke et les physiocrates français, pour qui la société peut s’auto-organiser et s’autoréguler, dans le cadre de la concurrence et du droit naturel de propriété. Les penseurs du libre marché au XXe siècle, comme Mises et Hayek notamment, contesteront à leur tour le modèle constructiviste et artificialiste de Hobbes et de Rousseau.

On le voit donc, l’opposition entre Hobbes et Rousseau, entre Sarkozy et Hollande, est une fausse opposition idéologique qui trompe les électeurs. L’analyse de la vie politique française depuis plus de quarante ans nous le confirme : la droite et la gauche convergent de plus en plus vers un centre mou, à la fois étatiste et corporatiste, conservateur et progressiste, renonçant de plus en plus à tout ce qui pouvait encore les distinguer. La droite a renoncé au libre marché au profit d’un interventionnisme moralisateur (« moraliser le capitalisme » comme on dit) et d’une politique fiscale collectiviste. De son côté, la gauche a renoncé aux dogmes de la planification collectiviste et de la lutte des classes et se veut pragmatique. Bref, à droite comme à gauche, on rejette les doctrines, qualifiées d’ « idéologies » et on accepte tous les compromis.

Résultat : la « droiche » ! Ce mouvement historique correspond en fait à l’avènement de ce qu’on appelle la social-démocratie : État-providence, justice sociale, prélèvements obligatoires, assistanat, multiculturalisme… c’est le prix de la paix sociale. Au programme donc : immobilisme et statu quo. Surtout ne changeons rien au système. Et la différence entre droite et gauche n’est en fait qu’une affaire de dosage, de nuances, car les deux principaux partis sont des clones (voir mon article : Peut-on sortir du statu quo des grands partis politiques ?).

La ligne de clivage qui séparait jadis la droite et la gauche s’est donc déplacée. Ou passe-t-elle désormais ? Le véritable duel, le seul qui soit digne de ce nom, est celui qui oppose les défenseurs de l’individu et de la société aux défenseurs de l’État, ceux qui font confiance dans la capacité des individus à s’organiser librement par eux-mêmes et ceux qui pensent que l’État est la fin de l’Histoire. C’est l’individualisme responsable et la philosophie du libre marché contre le collectivisme social-démocrate.

Malheureusement, ce libéralisme-là n’existe plus dans le paysage politique français, comme il existe encore aux États-Unis avec Ron Paul. Au XIXe siècle, il était porté en France dans le débat intellectuel et politique par Say, Constant et Bastiat, notamment. Mais les Français ont la mémoire courte et il faut leur rappeler que le libéralisme n’est pas une spécificité anglo-saxonne et qu’il existe bien en France une tradition libérale qui remonte à Turgot et à Quesnay (Voir le travail de l’Institut Coppet pour promouvoir l’école libérale française).

Un François Bayrou peut-il aujourd’hui incarner ce courant, comme l’affirme Philosophie Magazine qui le classe comme un digne représentant de la philosophie de Locke ? Il est permis d’en douter, vu son approbation à toutes les mesures collectivistes votées depuis vingt ans. On est bien loin d’un Ron Paul. Alternative libérale avait su incarner cet espoir en 2006-2008, comme Alain Madelin à son époque. Aujourd’hui, l’espoir renaît avec la vraie-fausse candidature de Frédéric Bastiat (bastiat2012.fr), portée par une génération d’étudiants qui a découvert Ron Paul et a compris où se trouvait la véritable alternative. Soutenons cette initiative, même modeste, qui mérite en France un bel avenir.

—-
Sur le web
Publié initialement sur 24HGold

En annexe :

En 1848, l’économiste Frédéric Bastiat comparait la Constitution des États-Unis à celle de la France :

Ce qui suit est le début du préambule de la Constitution [française] : « La France s’est constituée en République [dans le] but (…) de faire parvenir tous les citoyens (…) à un degré toujours plus élevé de moralité, de lumières et de bien-être. » (…) N’est-ce pas en cédant à cette étrange illusion que nous sommes conduits à tout attendre d’une énergie qui n’est pas la nôtre ?… Les Américains ont conçu une autre idée des relations des citoyens et du gouvernement. (…) Il n’y a pas ici [dans le préambule de leur Constitution] de création chimérique, pas d’abstraction desquelles les citoyens puissent tout exiger. Ils n’attendent rien sauf d’eux-mêmes et de leur propre énergie.

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