
Propos américains disant que toutes les options sont sur la table. « Inquiétudes » russes et chinoises énoncées à mots couverts. Propos de dirigeants iraniens alternant l’hypocrite et le répugnant. L’épicentre de la guerre en cours n’est pas en Irak, mais dans le pays voisin. Et la situation qui règne à Téhéran ne pourra plus durer très longtemps.
Ceux qui prônent l’apaisement et la continuation de leurs petites transactions commerciales ne voient pas que, cette fois, ils ne vendent pas la corde avec laquelle on pourrait les pendre, comme au temps de l’Union Soviétique, mais le couteau qui pourrait les égorger ou les moyens nucléaires qui pourraient les désintégrer.
Ceux qui parlent de « puissance iranienne » ne voient pas la réalité de ce pays. Ceux qui disent qu’il fallait renverser les mollahs et pas Saddam ne comprennent décidément rien à la situation de la région. Dans la longue guerre en cours, casser le régime taliban, c’était briser un maillon faible d’une chaîne qui va du Liban jusqu’au Pakistan. Renverser Saddam, c’était rompre un autre maillon faible. Les groupes terroristes islamistes, plutôt que de frapper l’Occident, se sont donné comme priorité de chasser les Occidentaux d’Afghanistan et d’Irak, et de tout faire pour que ces pays ne connaissent pas la stabilité. L’Iran, désormais le principal soutien de ces groupes, s’est lancé dans une fuite en avant, consacrant des sommes toujours plus importantes à cette activité tout en dévoilant ses plans et accélérant les pires de ses programmes. Nous approchons du point d’ébullition.
L’Iran est un pays en crise très profonde où le régime ne tient que par la répression : la corruption est partout, la population est lasse et vit dans la pénurie, l’économie est dans un délitement que la hausse du cours du pétrole ne masque ou ne compense pas. À l’extérieur, aussi bien al Qaida en Irak que les sanguinaires milices de Moqtada al Sadr à Bagdad subissent revers sur revers. La Syrie, seul allié de Téhéran, est très isolée dans le monde arabe. Les régimes sunnites sont désormais davantage imprégnés de la crainte d’une nucléarisation de l’Iran que de la haine d’Israël.
Options disponibles :
1. Un accroissement drastique des sanctions internationales débouchant sur un soulèvement et un changement de régime (ou, au minimum, un changement dans le régime), mais je n’y crois guère.
2. Une opération militaire qui consisterait en des bombardements massifs des installations nucléaires et de l’appareil répressif du régime, et je pense que c’est ce qui finira par se faire. Je ne pense pas que cela débouchera sur un blocage du détroit d’Ormuz, car la marine américaine est très présente dans le Golfe.
Israël devra faire preuve d’une extrême vigilance, mais n’aura pas davantage à craindre car, cette fois, les intérêts d’Israël et des régimes sunnites convergeront. Bachar el Assad, le Hezbollah et le Hamas seront peut-être activés, puisque c’est de la survie du régime de Téhéran que dépend leur propre survie, et Israël aura alors à faire ce qui doit l’être. L’abcès proche-oriental pourra, alors, commencer à dégonfler sans, bien sûr, que la guerre en cours soit achevée. L’Europe et les États-Unis devront aussi faire preuve d’une vigilance absolue, car Téhéran reste le type même de l’État voyou qui ne recule devant rien.
La Russie et la Chine, au-delà des mots, ne pourront faire grand-chose. L’extrême gauche et l’extrême droite trépigneront, c’est leur habitude. Je ne vois, je dois le dire, pas d’autre issue, car une prolifération nucléaire dans tout le Proche-Orient et un renforcement décisif des forces du néo-totalitarisme ne me semble pas une issue, mais une impasse. La guerre en cours continue. Elle sera longue encore. Bush l’a dit dès 2001. Sarkozy et Kouchner, à la différence de leurs piètres prédécesseurs, savent ce qui est en jeu. Ils jouent un rôle décisif dans une Europe chancelante et, parce que c’est là l’essentiel en temps de guerre, je m’abstiendrai, oui, de toute critique à leur égard. Je les remercierai au contraire d’avoir fait sortir la France du rang des collabos. La guerre est en cours, ce doit être dit. Le compte à rebours concernant l’épicentre de la guerre est enclenché.
Guy Millière vs Michael Moore
Par Guy Millière, www.les4verites.com
J’ai vu « Sicko » au matin de sa sortie, dans une salle de Santa Monica (Californie). Nous étions une dizaine au début de la projection. Trois personnes sont sorties avant la fin. Je suis resté jusqu’au bout. J’avais une excuse : je finissais un livre consacré à Michaël Moore, qui sortira en janvier aux éditions du Rocher.
Je venais de revoir l’intégralité de la production de ce personnage, émissions de télévision comprises. Je m’attendais à ce que, lors de sa sortie en France, Sicko soit encensé. Ce ne fut pas le cas. J’espère que c’est le signe d’une fin de trajectoire. Les imposteurs, en général, finissent mal, et Michaël Moore est la quintessence de l’imposteur. Il prétend faire des documentaires alors qu’il fait de la propagande. Il clame défendre des valeurs de liberté, alors qu’il se met au service de discours totalitaires. Il se fait passer pour un défenseur intrépide de la vérité, alors que son travail est une entreprise d’intoxication mentale. Certains voient en lui un humoriste : je n’accorde pas ce statut à quelqu’un qui pratique la trahison et le mensonge.
Moore a commencé sa carrière en extorquant de l’argent à un magazine de gauche respectable qui avait commis l’immense erreur de l’embaucher. Il l’a continuée en décrivant les gens de Flint, sa ville d’adoption, comme des crétins mal dégrossis, et en faisant croire qu’il n’avait jamais rencontré le directeur de la General Motors. Il l’a poursuivie en exploitant de manière abjecte la tragédie du lycée de Columbine et en faisant passer les Américains pour un ramassis d’abrutis excités par la violence et les armes à feu. Il a connu son apothéose grâce au très cloacal Fahrenheit 9/11, dans lequel j’ai relevé une moyenne d’un mensonge par minute.
Il lui était difficile, ensuite, de faire pire, et c’est là qu’il déçoit ses fans. A-t-il cédé à la tentation de se faire plus consensuel ? S’est-il dit qu’à force d’inciter la planète entière à pratique une xénophobie antiaméricaine (qui, exercée vis-à-vis d’un autre peuple lui aurait valu de se faire traiter de raciste), il risquait d’en subir les conséquences ? A-t-il songé qu’après la chute de Saddam Hussein et de son régime, qu’il présentait comme idyllique, il ne trouverait plus un dictateur et un totalitarisme assez immondes pour qu’il puisse les adorer ? Après avoir très largement contribué à la diabolisation de George Walker Bush, a-t-il considéré qu’il avait accompli l’essentiel de sa « mission » ? Je n’ai pas de réponses à ces questions.
Je dirai juste que Sicko est en retrait. Moore y présente le système de santé américain avec sa malhonnêteté habituelle, mais il se contente paresseusement d’alimenter les stéréotypes et les idées reçues. Il montre des gens tristes, un homme qui a perdu une phalange, des femmes en larmes, mais il n’a pas de cadavre ou de carnage à placer en gros plan, et pas de docteur fou à dépeindre en train de comploter au fond de son hôpital.
Quelques Américains d’extrême gauche se sont dit, après avoir vu le film, que le système de soins français est extraordinaire, mais même les Américains d’extrême gauche savent que le système canadien est très défectueux et produit pénurie et listes d’attente interminables.
Les Canadiens quant à eux, à l’exception d’une poignée de dogmatiques, savent quel est l’état réel de leur système. Les Français sont bien placés pour connaître les déficits croissants de la Sécurité Sociale et le nombre record de maladies nosocomiales en France.
Sicko serait très oubliable, en fait, et pourrait être traité par le mépris si n’y figuraient pas deux éléments profondément nauséabonds.
D’une part, les sauveteurs tombés malades après le 11 septembre voient leurs ennuis de santé pris en charge : que Moore les présente comme abandonnés est scandaleux, et qu’il abuse de leur faiblesse et les manipule est plus scandaleux encore. D’autre part, présenter Cuba comme Moore le fait constitue une immense insulte envers les souffrances du peuple cubain. Pendant que Moore tournait en se mettant au service de son ami Fidel, des gens mouraient dans des cachots crasseux ou dans les vrais hôpitaux cubains où les conditions sont pires que dans le dispensaire le plus délabré d’un pays parvenu au bout de la décrépitude. Ces séquences-là sont honteuses mais logiques, venant d’un homme qui, s’il connaissait la honte, se cracherait sans cesse au visage dès qu’il se verrait dans un miroir.