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Lu dans Présent, à propos de Villiers-le-Bel :
"Les faits sur le terrain et les termes employés par les autorités – qui évoquent davantage Verdun – parlent pourtant d’eux-mêmes : un « poste de commandement » installé dans une caserne, un « poste médical avancé » où affluent des gendarmes mobiles blessés par chevrotine, « un millier d’hommes déployés » soit un régiment, « des hélicoptères » qui survolent en permanence la ville pour surveiller les toits, « par peur d’une utilisation par les “jeunes” d’un lance-roquettes », et pour finir, l’utilisation d’armes à feu et de vraies cartouches contre tout ce qui représente l’Etat français, et en premier lieu les policiers."
Soyons clairs : nous sommes plus proches de la guerre civile que de l'émeute de quartier. Et si celle-ci s'étendait, l'Etat n'aurait pas les moyens de placer un millier d'hommes dans chaque ville... Quant aux pompiers, ils commencent à craquer, selon Le Parisien.
Dans Le Monde, Luc Bronner estime que les nouvelles émeutes diffèrent de celles de 2005 :
"La première différence, fondamentale, tient à la chronologie. En 2005, les événements survenus à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) avaient été le point de départ, clairement identifié, d'un mouvement national. [...] En 2007, [...] Villiers-le-Bel ne constitue pas un point de départ, mais une étape dans une longue dégradation. Car l'erreur, à trop s'interroger sur les risques de reproduction des émeutes de 2005, serait d'oublier l'accumulation d'événements graves intervenus depuis un an dans les quartiers sensibles [...] : agressions de policiers aux Tarterêts (Essonne) et aux Mureaux [...] incendies de bus [...] violences urbaines de Cergy [...] agressions de pompiers et de policiers, incendies de bâtiments publics [...] violences dans un quartier d'Aulnay-sous-Bois [...] l'émeute de la gare du Nord, en mars, même si elle a eu lieu dans Paris.
Ces incidents témoignent - deuxième différence majeure avec 2005 - d'un changement de cibles. Comme en 2005, les émeutiers visent toujours des locaux publics et privés [...] et continuent de brûler des voitures [...]. Mais ils s'en prennent, plus fréquemment, aux forces de l'ordre, comme le montre le nombre très élevé de policiers blessés en deux nuits à Villiers-le-Bel (plus d'une centaine). En 2005 [...] le ministère de l'intérieur avait recensé 5 143 actes de violences collectives à l'encontre des services de sécurité, de secours et de santé. En 2006 [...] il a comptabilisé un peu plus de 5 600 faits, soit près de 10% de hausse. [...]
La troisième différence essentielle est l'intention affichée [...] de blesser grièvement, voire de tuer des policiers ou des pompiers. De ce point de vue, l'événement le plus grave de ces derniers mois est probablement la découverte, à Aulnay-sous-Bois, le 3 novembre, d'une bouteille de gaz sur laquelle avaient été scotchées des boîtes de clous. [...] L'usage d'armes, à Villiers-le-Bel, s'inscrit dans cette logique [...].
Villiers-le-Bel n'est donc pas un tournant, mais un révélateur d'une tendance plus ancienne. [...] Le plus grave est que tous les acteurs politiques assistent à cette dérive sans savoir quoi faire. [...] 2007 n'est pas 2005, sauf sur un point : les pouvoirs publics ne savent toujours pas comment réagir."
Commençons par les aventures extraordinaires d’un journaliste blanc qui croyait pouvoir faire son travail dans son pays occupé. Extraits d’un article trouvé ici relatant les (més)aventures d'un journaliste de 20 minutes.Peut-on encore se rendre en banlieue pour raconter ce qui s’y passe ? Un journaliste qui s’y rend doit-il se préparer à essuyer une émeute ? J’aurais répondu par la négative avant de me rendre mardi à Villiers-le-Bel
Chou, Pierre (journaliste à 20Minutes) et moi, marchons ce mardi dans Villiers-le-Bel à proximité de la bibliothèque qui a été saccagée la veille. […] Une voiture arrive en trombe et se fait klaxonner. […] l’homme sort de sa voiture en hurlant. Hurlant contre le chauffeur qui vient de le klaxonner, hurlant contre ceux qui sont à proximité. L’homme qui conduit a environ 30 ans. Il est petit mais extrêmement nerveux, comme agité de spasmes. Il semble en rage, fait demi-tour en faisant crisser ses pneus. […] l’homme sort de sa voiture et voit Pierre le journaliste de 20Minutes. Pierre n’a pas de chance, il est grand, blond et pour tout dire blanc. Ses vêtements aussi font de lui le bouc-émissaire idéal. Ce matin, il ne savait sans doute pas qu’il devait se rendre en banlieue. [où il faut semble-t-il porter le costume de l’occupant pour être accepté…]
Pierre fait donc trop clean tout en étant habillé simplement avec un jean, un cuir marron et un sac. […] Quand l’homme de 30 ans le voit, nous comprenons qu’il a décidé immédiatement que Pierre va payer pour tous les autres, tous ceux qui font parti de l’autre camp. Il marche immédiatement sur lui. Il aboie plus qu’il ne crie. « Qu’est ce que vous foutez là ! On ne veut pas de journalistes ici », puis il ajoute, « toi, le journaliste avec la sacoche, je vais te casser la gueule ! »
L’envoyé de 20Minutes qui visiblement l’avait repéré avant moi, accélère le pas et baisse la tête en faisant semblant de ne pas le voir. En quelques secondes l’homme le rattrape puis le pousse, l’attrape enfin. Je fais semblant de rien et les rejoins, je m’interpose en disant à l’agresseur de se calmer. Mais cet homme est déjà parti bien loin au-delà de toute discussion et de toute explication. Il ne veut pas parler et peut-être ne le peut-il pas. Pourrait-il expliquer cette colère, cette rage ? […]
Alors, il fait la seule chose que l’on peut faire dans ce genre de cas. La chose qui, pense-t-il peut-être, va rétablir la balance et imposer le respect. Il donne un coup. Je suis à côté quand je vois le poing partir, j’avance vers eux faussement dégagé en espérant stopper une tension dont je sens qu’elle peut nous exploser à la gueule. […]
Alors que j’interviens pour calmer l’homme, il s’en prend à moi. […] L’homme m’attrape tandis que Pierre commence à reculer. Mais d’autres arrivent, trois, quatre puis cinq jeunes commencent à l’entourer. Deux autres viennent sur moi. Sale mardi après-midi en vu… Je tente de les calmer, mais une énorme bombe lacrymogène est sortie par un jeune Noir qui la dirige vers Pierre. Un premier jet sort mais ne semble pas l’atteindre. Il faut dire que la foule grossit jusqu’à se composer d’une trentaine de personnes. Un jeune lui donne un coup de pied tandis que j’arrive à me dégager de l’homme qui me tenait. […]
Pierre et moi tentons de nous dégager et de partir mais les coups de pied et de poing s’abattent sur lui de façon désordonnée. Des jeunes d’environ une dizaine d’années interviennent aussi, s’accrochent à lui, manquent de le faire tomber. La bombe également est réutilisée. Le jet flotte dans l’air doucement et m’entoure tandis que je pousse le journaliste qui court maintenant accompagné de Chou. Je les vois qui descendent la pente au pas de course en tentant d’appliquer les injonctions qui nous disent de fuir. Les jeunes les poursuivent par groupes de quatre à cinq personnes. […]
Nous avons les yeux rouges, je ne vois plus rien à cause de la bombe lacrymogène. Nous nous éloignons rapidement trop heureux d’en être sortis à si bon compte. Je me dis que si en pleine journée cela a pu se passer ainsi, il y a peu de chance pour que la nuit se passe sereinement. […]
“Sarko entraîne les flics comme des chiens d'attaque et ils entrent ici et traitent les gamins plus mauvais que les animaux,”
« Je ne veux pas donner mon opinion … mais quand vous pensez à tout l’argent qui a été investi ici pour leur avenir… ».