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We aim to promote the secular rule of law, which we believe to be the basis of harmony and mutual respect between individuals and groups in the increasingly globalised world, and to draw attention to efforts to subvert it.  We believe in equality before the law, equality between men and women, and the rights of the individual and are open to participation by all people who respect these principles.

We believe that freedom of speech is the essential prerequisite for free and just societies, secular law, and the rights of the individual.

We are committed to building and participating in coalitions in all parts of the world to effect significant progress in protecting rights of the individual which are sadly being eroded in many countries including those in the West.


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The Center for Vigilant Freedom

6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 02:21

Tariq Ramadan et les Frères musulmans

 
Par Tarek Fatah
Point de Bascule, le 15 avril 2010
Traduction de Tariq Ramadan and the Muslim Brotherhood par Point de Bascule
English version click [HERE]

Tarek Fatah participera à la conférence de presse, organisé par Point de Bascule aujourd'hui le 15 avril 2010 (La conférence sera présenté en direct sur Point de Bascule)

Tariq Ramadan, le chouchou de l'establishment islamiste, est de retour à Montréal. Cette fois,l'érudit de l'islam qui dissimule sa vision islamiste sous le niqab du double langage, va lever le voile qui lui a permis d'éviter un examen sérieux de ses vraies positions.

Jusqu'à présent, Ramadan a su parer habilement aux allégations d'association avec les Frères musulmans, en soulignant que c'est son grand-père, Hassan al-Banna qui a fondé ce mouvement et pas lui; qu'il ne peut être tenu responsable de la philosophie de son grand-père ni de ses actions.

Cette fois, Tariq Ramadan est invité à Montréal par une organisation qui affiche sa filiation avec l'idéologie des Frères musulmans - la Muslim Association of Canada (MAC). MAC affirme sur son site web qu'il: «retrace ses origine jusqu'au renouveau islamique du début du 20e siècle, dont le point culminant a été la fondation des Frères musulmans». Si on a le moindre doute sur le lien de MAC avec les Frères musulmans, on n'a qu'à visiter son site web où l'on peut lire:

« MAC a pour objectif d'implanter l'islam....tel qu'il a été compris par feu Hassan Albanna, le fondateur des Frères musulmans, dans le contexte qui était le sien
http://www.macnet.ca/about-mac.php

On peut s'étonner de l'audace de MAC à épouser aussi ouvertement la vision de Hassan al-Banna, au Canada, età promouvoir la vision d'un homme qui fait appel au djihad ou au martyre pour faire avancer ses objectifs. Al-Banna affirme que: «le djihad est une obligation pour chaque musulman» et que mourir martyr pour Allah est préférable à la vie sur terre.

Tariq Ramadan n'a cessé de répéter que ses idées sont très différentes de celles des Frères musulmans. Mais est-ce vrai? L'écrivain socialiste français Yves Coleman ne le croit pas. Dans un article intitulé«40 raisons de croire que Tariq Ramadan n'est qu'un réactionnaire sectaire», Coleman donne de nombreux exemples de double langage. Il note:


«Quand on lui demande ce qu'il pense des idées politiques de son grand-père, Ramadan est incapable de formuler des critiques précises. Il répond: «Hassan al-Banna a résisté à la colonisation et a fondé des écoles, mais il a aussi usé de slogans ambigus, et a structuré une organisation dont les règles et les mécanismes ont quelquefois étouffé la réflexion et l'initiative.» Comprenez-vous vraiment ce que cela veut dire?»


Quelque soient les efforts pour l'acculer au pied du mur, Ramadan, comme une anguille, vous glisse entre les mains. Par exemple, en 1998, Ramadan a écrit la préface d'un livre de fatwas (avis juridiques) de Yusuf al Qaradawi, un islamiste notoire.

Dans ce livre Qaradawi soutient qu'un homme " a le droit d'interdire à sa femme de rendre visite à une autre femme, s'il croit que cette visite peut causer un tort à sa femme, ses enfants ou sa vie matrimoniale ". Il soutient également: " qu'une femme ne doit pas prendre l'initiative de parler à un homme qu'elle ne connaît pas." et qu'une femme «ne devrait pas jouer avec des enfants qui dansent»! L'illustre imam répond à des questions aussi profondes que celles-ci: «une musulmane peut-elle utiliser une carte de crédit?» ou «devrait-elle se couper les cheveux sans l'autorisation de son mari?». Et il affirme que l'avortement est interdit.

Dans sa préface, Ramadan parle de «son profond respec» envers ce théologien réactionnaire partisan du djihad. Quand on l'interroge à ce sujet, sa réponse vague laisse perplexe.

Ramadan dit:


«Je cite un avis de Qaradawi quand je le trouve intéressant. Je l'ai également critiqué et je me suis écarté de certaines de ses positions qui s'expliquent du fait qu'il ne vit pas dans une société occidentale. Il développe des analyses sociales, politiques et géostratégiques qui n'appartiennent qu'à lui et que je ne partage pas toujours.»


En février dernier, le même Qaradawi a lancé un appel aux musulmans canadiens dansle mensuel Al-Ummah de Calgary, les invitant à convertir les non-musulmans, soulignant que cette tâche est des plus difficiles. Le mensuel a publié un message de la «Ligue des disciples d'Al Qaradawi», nouvellement fondée à Doha, capitale du Qatar. Dans ce message, on lit ceci:


« Le scheik Qaradawi a recommandé à ses frères et ses partisans d'organiser une campagne " Dawa " (conversion des non-musulmans à l'islam). Il a ajouté que le chemin " Dawa " n'est pas jonché que de fleurs, mais est parfois jonché de cadavres et de sang. »


Et bien demain soir, Tariq Ramadan aura l'occasion d'expliquer ses liens avec les Frères musulmans, le scheik Qaradawi et de dire s'il est prêt à se distancier de la doctrine du djihad armé, défendu par son grand-père et par MAC. Peut-être acceptera-t-il de commenter les mots «sang et cadavres» utilisés par Qaradawi.

Ramadan est un représentant de la nouvelle tendance du mouvement islamique mondial qui considère l'Occident comme une terre de djihad culturel et intellectuel. Ce mouvement plus ‘moderne' cible particulièrement les jeunes qui en ont assez de la vieille garde: les barbus en djellaba, vociférant contre l'Occident, source de tout le mal. La nouvelle stratégie est de miner l'Occident de l'intérieur, comme les parasites et les termites, sans inquiéter les sociétés d'accueil qui ne comprendront ce qui leur arrive que lorsqu'il sera trop tard. Le cas de la Grande-Bretagne en est un bon exemple. Je termine avec ces mots du journaliste français musulman Mohamed Sifaoui que chaque Canadien et Québcois doivent méditer: «Tariq Ramadan est un islamiste. Il fait parti de ceux qui veulent que l'islam politique, version européenne des Frères musulmans, infiltre les institutions, les sociétés, les associations, les partis politiques, les médias, etc. afin de faire pression sur ces mêmes sociétés pour les ‘réformer' de l'intérieur, les islamiser ou les ré-islamiser, pire, les pervertir pour les amener progressivement à accepter une vision médiévale de l'islam.»

Et en tant que Canadien musulman d'origine pakistanaise, j'ai ce message pour Tariq Ramadan:

Frère Tariq, votre père Said est venu dans mon Pakistan natal en 1948 en tant qu'émissaire des Frères musulmans et il a contribué à faire d'un pays sécularisé un des principaux foyers de l'extrémisme islamique. Je ne laisserai pas le fils de Said Ramadan faire la même chose avec mon pays d'adoption, le Canada, sans me battre. Votre père a causé la ruine du pays qui m'a vu naître. Il ne causera pas la ruine du pays où j'ai l'intention de mourir paisiblement.


Mais qui est Tariq Ramadan ? 

   


Cette enquête journalistique de Mohammed Sifaoui, un journaliste, écrivain et réalisateur algérien installé en France, qui se décrit comme un laïque démocrate de confession musulmane, a fortement déplu à Tariq Ramadan. Sur son blogue, M. Sifaoui écrit que ce « reportage ne pouvait être qu’à « charge » comme le furent d’ailleurs la majorité des travaux journalistiques qui lui avaient été consacrés au cours des années passées et notamment le livre de Caroline Fourest intitulé « Frère Tariq » ou encore celui de Lionel Favrot : « Tariq Ramadan dévoilé » (...) « Oui Tariq Ramadan est un islamiste. Il est de ceux qui veulent que l’islam politique, la version européenne des Frères musulmans, infiltre les institutions, la société, les associations, les partis, les médias et j’en passe pour pouvoir peser sur ces mêmes sociétés, les « réformer » de l’intérieur, les islamiser ou les réislamiser, pour mieux les pervertir et les amener progressivement à accepter une vision moyenâgeuse de la religion musulmane. »

« Les musulmans croyants dans les valeurs universelles – qui d’ailleurs ne sont guère en contradiction avec le corpus islamique – ceux qui tiennent à la démocratie et aux droits de l’homme comme valeurs essentielles, ceux qui pensent que l’intégrisme est en train de ronger leur religion ou la religion de leurs parents et ceux qui s’estiment aujourd’hui citoyen européen, doivent bannir l’islam politique, le salafisme, l’obscurantisme et les idéologues qui font la promotion de ces idées nauséabondes, inacceptables pour un monde moderne, et qui font passer l’islam aujourd’hui, aux yeux d’une partie de la planète, pour la religion la plus rétrograde, la plus débile et la plus violente qui puisse exister de nos jours. Les musulmans doivent aujourd’hui se révolter, mais pas contre l’Amérique ou Israël ni contre la Russie ou l’Europe, ils doivent se révolter contre leurs propres démons, leurs fanatiques, leurs extrémistes, leurs salafistes et leurs intégristes. »


« Tariq Ramadan dévoilé »


par Lionel Favrot

Lyon Mag Hors série

Septembre 2004

10 €

275 pages hors annexes

 

La takia (dissimulation) de Tariq Ramadan,

Faux intellectuel et vrai militant islamiste

Ce document, considéré comme un hors série de Lyon Mag’ est un livre, écrit par un journaliste et préfacé par Soheid Bencheikh, grand mufti de Marseille.

La préface n’est pas inintéressante, puisque l’auteur, musulman et « dignitaire » donne le ton par le titre même de son texte : « La République doit affirmer ses valeurs ».

Ce livre d’actualité, œuvre d’un enquêteur dévoile effectivement le jeu de Tariq Ramadan :

les liens tissés avec les intégristes les plus radicaux d’une part et l’opération charme plus ou moins réussie en direction d’intellectuels tiers mondialistes ou laïques d’autre part…

Il commence par l’histoire de ce personnage qui a su occuper le terrain médiatique, sa filiation et ses liens pas seulement généalogiques mais politiques avec son grand-père Hassan Al Banna fondateur des frères musulmans et son père Said Ramadan.

Il ne s’agit pas de sortir des banalités comme « tel père tel fils » mais d’indications précises, de citations, de déclarations faites par Tariq Ramadan qui montrent que cet héritage politique existe et est revendiqué.

C’est aussi tout l’intérêt du livre car l’auteur affirme et sort les références exactes…Il a d’ailleurs raison, c’est une question de déontologie et nous commençons à savoir que cet « intellectuel » n ’hésite jamais à recourir aux tribunaux.

C’est en septembre 1993 que Ramadan a commencé à faire parler de lui en faisant interdire la sortie à Genève d’une pièce de Voltaire appelée : « Mahomet ou le fanatisme »…

Cette pièce écrite en 1741 était une critique de la hiérarchie catholique de l’époque et non une attaque contre l’islam…Le plus étonnant dans cette affaire qui a défrayé la chronique en Suisse c’est que Tariq Ramadan ait pu obtenir des soutiens de la part de la gauche.

C’est le tout début de la carrière d’un dissimulateur qui côté cour fait des grandes déclarations sur la modernité, se liant d’ailleurs avec des courants alter mondialistes peu regardant et côté jardin forme et organise les intégristes et étend son influence sur les cités.

Mais malheureusement pour lui, il n’évite pas les dérapages à la télévision comme lorsque qu’il demande un moratoire sur la lapidation ! et surtout ses livres et cassettes sont largement diffusées.

Certaines de ses positions sont aujourd’hui connues, elles ont été dévoilées par de nombreuses féministes de toutes origines qui ont vite saisi la véritable nature de ce prêcheur au sourire charmeur.

D’autres positionnements, d’ailleurs très réactionnaires, et encore l’adjectif est un euphémisme sont présents dans ses ouvrages comme « la conception islamique de la sexualité »

Lionel Favrot cite et commente : « …Ce prêcheur expérimenté sait jouer sur les mots et mettre en avant de fausses ouvertures. Ainsi, il répète souvent qu’il faut se débarrasser d’un certain nombre de « traditions ». Ce qui pourrait faire croire qu’il souhaite faire évoluer la religion musulmane. Mais en fait, pour lui, cette évolution ne doit concerner que des pratiques abusivement présentées comme islamiques, que le Coran n’a jamais imposées. Exemples : l’excision que Ramadan se contente de tolérer à condition d’inciser « légèrement » le sexe des femmes. »… !

Et dire que des militant(e)s et militants alter mondialistes ont invité cet individu à discuter fraternellement avec Tariq Ramadan !

Ce livre est contribution importante, d’autres ouvrages apporteront certainement d’autres éclairages sur ce personnage qu’il nous faut absolument combattre, car derrière le sourire, se profile une idéologie réactionnaire des plus dangereuses !

Jean-François CHALOT

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 10:14

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Ce Depuis 1997, le processus de paix initié à Madrid et à Oslo au début des années 90 s'est progressivement grippé. Et depuis la fin septembre 2000, l'Intifada Al-Aqsa vient rappeler la violence du conflit identitaire qui oppose Israéliens et Palestiniens. Mais contrairement à l'idée selon laquelle Ariel Sharon porterait seul la responsabilité du nouvel embrasement des territoires occupés, c'est la stratégie belliciste de l'OLP et son rapprochement avec la mouvance islamiste qui frappent le plus. Certes, la marge de manoeuvre de Yasser Arafat est étroite face à une opinion palestinienne fascinée par la "victoire" du Hezbollah contre Tsahal au Sud-Liban. D'autant plus étroite que ses compatriotes commençaient à voir en lui un "collaborateur" de l'occupant israélien. Il n'empèche : la coopération étroite engagée entre l'Autorité palestinienne d'un côté, le Hamas et le Djihad islamique de l'autre, illustre le renforcement d'une synthèse national-islamiste que la politique moyen-orientale des Etats-Unis ne fait qu'aggraver depuis 1991. Au-delà de l'islamisation de l'Intifada, c'est à une montée du péril islamique que nous assistons. Mais l'"islamiquement correct" en vigueur en Europe et le retour d'un antisémitisme larvé nous empèchent de prendre conscience de l'enjeu.

 


L'islamisation de l'Intifada, ou le fondement religieux du conflit israélo-palestinien

Politique Internationale

 

 

 

 

Source : Politique Internationale

Le processus de paix entamé à Madrid et à Oslo au début des années 90 prévoyait la mise en place d'une « Autonomie palestinienne », embryon d'Etat doté de compétences propres(1). Depuis 1997, ce processus s'est progressivement grippé.

L'Autorité palestinienne reproche aux Israéliens de restreindre sa souveraineté en se réservant la possibilité d'intervenir discrétionnairement en zone sous contrôle palestinien, au nom de la lutte anti-terroriste et de la sécurité des implantations juives- colonies dont l'extension est, précisément, un casus belli pour les Palestiniens. De son côté, la partie israélienne prend prétexte de la « menace terroriste » pour ne pas appliquer les accords d'Oslo. Force est de reconnaître que, s'il constitue parfois un épouvantail utile pour les Israéliens, l'argument sécuritaire n'est pas pour autant dénué de fondements. L'Autorité palestinienne et ses forces spéciales ou alliées (Garde présidentielle, Force 17, Fatah, Tanzim (2)) ont, en effet, une attitude ambivalente envers les mouvements islamistes et terroristes. Yasser Arafat ne peut ni ne veut réellement les démanteler, tablant sur une nouvelle « stratégie de l'embrasement » et sur une islamisation du conflit. Ce qui explique que la seconde Intifada - déclenchée fin septembre 2000 et nommée « Intifada Al-Aqsa », en référence à la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem - revête un caractère bien plus religieux que la première (1987-1993).

De Jérusalem à Camp David

Comme on l'a vu lors du sommet de Camp David II, en juillet 2000, le statut de Jérusalem divise non seulement les Israéliens et les Palestiniens, mais également les Israéliens entre eux. L'un des principaux reproches formulés par Ariel Sharon à l'encontre de son prédécesseur, Ehoud Barak, n'est-il pas d'avoir « sacrifié » sur l'autel des négociations « l'indivisibilité de Jérusalem » et abandonné les droits d'Israël sur le Mont du Temple ?

L'enjeu symbolique

Jérusalem, mentionnée près de 700 fois dans l'Ancien Testament, est à la fois le Lieu Saint par excellence du judaïsme, première des trois religions abrahamiques, la terre de prédication du Christ où se trouve le Saint-Sépulcre, et la « troisième ville sacrée » de l'Islam, après La Mecque et Médine. Pour les musulmans, Jérusalem (Al-Qods (3), c'est-à-dire « La Sainte »), abrite la « noble enceinte » - haram Al-Sharif - où se trouvent le Dôme du rocher et la mosquée Al-Aqsa. Pour les juifs, cette « Esplanade des Mosquées » est, depuis toujours, l'« Esplanade du Mont du Temple », puisqu'elle correspond à l'emplacement exact du premier temple (4) édifié près de deux mille ans avant le Dôme et la mosquée Al-Aqsa. Or la judéité de Jérusalem, attestée par les archéologues, est violemment niée par les Palestiniens, à commencer par le grand mufti de Jérusalem et par Yasser Arafat. Dans les représentations judaïques et sionistes, au contraire, Jérusalem est la capitale des juifs du monde entier « depuis le roi David », c'est-à-dire depuis 3004 ans. Ces quelques arpents de terre sont donc le lieu d'une triple légitimité religieuse. Aussi le statut de la Ville sainte est-il l'enjeu d'une véritable guerre de représentations symboliques et spirituelles. Il est au coeur d'un « conflit identitaire » (5).

En présentant la visite de M. Sharon sur l'Esplanade, le 28septembre 2000, comme une «provocationsioniste» ou une « profanation envers l'islam », la grande presse et les milieux philo-palestiniens déformaient, par conséquent, la réalité. D'abord, ils occultaient la dimension judaïque de l'Esplanade, accréditant la thèse musulmane selon laquelle il s'agirait d'un site « sacré » exclusivement islamique. Ensuite, ils reconnaissaient objectivement la légitimité de la rébellion palestinienne et faisaient endosser au seul Ariel Sharon la responsabilité de la nouvelle Intifada.

La réalité est, bien évidemment, moins manichéenne. La visite du « faucon » Sharon avait été agréée par le Waqf, l'institution islamique palestinienne qui gère l'Esplanade. Ariel Sharon avait du reste procédé, les années précédentes, au même déplacement sans jamais susciter pareille indignation médiatique. Il faut également préciser qu'une manifestation anti-Sharon avait été autorisée au même moment, ce qui justifiait la présence de 400 policiers - et non de « 5 000 soldats » comme certains l'ont prétendu (6). Enfin, l'argument de la « profanation » ne tient pas : Sharon, peu religieux, n'a jamais prié sur l'Esplanade.

L'échec de Camp David

Lors du sommet de Camp David, à l'été 2000, Ehoud Barak, en dépit du caractère central que revêt le Mont du Temple pour les juifs dans leur ensemble, et dans la formation de l'identité israélienne en particulier, avait pourtant envisagé de renoncer aux prétentions israéliennes sur l'Esplanade et sur Jérusalem-Est. Il était allé beaucoup plus loin que tous ses prédécesseurs, reconnaissant même Al-Qods - au cours de divers entretiens - comme la capitale palestinienne, en échange de l'annexion des confins municipaux de Jérusalem (Givat Ze'ev, Ma'ale Edomim et Gush Etzion). Dans la dernière phase des pourparlers de paix (et dans le Plan Clinton de décembre 2000), il était question de restituer aux Palestiniens 97 % des territoires, y compris à Jérusalem-Est. En renonçant, fût-ce partiellement, à la souveraineté israélienne sur les quartiers arabes de la ville, le premier ministre espérait obtenir, en contrepartie, la paix. Or c'est le contraire qui se produisit. Les concessions offertes encouragèrent Arafat - négociateur bien plus expérimenté que Barak et soumis à de fortes pressions de la part des radicaux - à exiger encore plus(reconnaissance préalable de la souveraineté palestinienne sur l'ensemble de Jérusalem-Est ; retour des réfugiés).

La victoire des radicaux

La stratégie des radicaux palestiniens a toujours consisté à faire échouer les accords de paix. Les premiers attentats perpétrés dans les autobus et dans les supermarchés en Israël même (Jérusalem, Tel-Aviv, Netanya, etc.) avaient suivi de peu la célèbre poignée de main échangée par Itzhak Rabin et Yasser Arafat lors de la Déclaration de principes (accords d'Oslo) du 13 septembre 1993. Le but était de déclencher, par réaction, un vote des Israéliens en faveur de candidats « de droite » moins « pacifistes », ce qui se produisit en 1996 lors du triomphe de Benyamin Netanyahou. Les radicaux palestiniens espèrent ainsi discréditer les Israéliens, en stigmatisant les « faucons » dont ils ont facilité l'accession au pouvoir. L'assassinat de Rabin, en novembre 1995, par un ultra-nationaliste religieux israélien qui accusait le dirigeant travailliste d'avoir « trahi » Israël et compromis sa sécurité en « pactisant » avec l'« ennemi », semble confirmer cette alliance des « durs » des deux bords. Quant à la victoire électorale de Sharon, en 2001, elle apparaît, elle aussi, comme une réponse «sécuritaire» face au terrorisme.

Contrairement à l'idée selon laquelle Ariel Sharon en serait le principal responsable, la nouvelle flambée de violence dans les territoires occupés résulte, avant tout, des concessions d'Ehoud Barak et de la stratégie belliciste choisie par l'OLP, le Fatah et leurs alliés islamistes. Comment imputer l'échec de Camp David à Sharon alors que les germes de l'Intifada étaient perceptibles dès le 25 juillet 2000, lorsque Yasser Arafat, poussé par les radicaux et par plusieurs pays musulmans (Arabie Saoudite, Syrie et Iran), rejeta toutes les propositions de paix formulées par Ehoud Barak, Hosni Moubarak et Bill Clinton ?

Rétrospectivement, on s'aperçoit qu'avec la libération, au cours de l'année 2000, d'une centaine d'activistes du Hamas et du Jihad islamique, et surtout depuis le retrait sans conditions de Tsahal du Liban-Sud en mai 2000, l'ancien premier ministre israélien a non seulement signé son arrêt de mort politique, mais a incité les mouvements palestiniens les plus agressifs à reprendre la lutte.

Du point de vue israélien, le vote en faveur d'Ariel Sharon consiste à subordonner toute concession à des garanties en matière de sécurité. On attend d'Arafat qu'il prenne des mesures contre l'infrastructure terroriste. Ce que, contrairement aux promesses faites à Oslo, il n'a jamais fait. Certes, la marge de manoeuvre de Yasser Arafat est étroite : la répression contre le Hamas et le Djihad islamique, de plus en plus populaires, risque de fragiliser son propre pouvoir. Car avant le déclenchement de la nouvelle Intifada, Arafat avait déjà perdu une grande part de sa légitimité historique. Les Palestiniens, de plus en plus fascinés par l'« héroïsme » du Hezbollah, s'indignaient de la politique répressive conduite par l'Autorité contre les fedayin islamistes. Pour nombre de responsables palestiniens radicaux, Arafat commençait même à être assimilé à un « collaborateur » des forces « colonialistes sionistes ». En fait, l'application du volet sécuritaire des accords d'Oslo constituait, en elle-même, un facteur de délégitimation pour Yasser Arafat, contraint de faire le « sale boulot » pour le compte de l'« occupant ».

Désormais, les islamistes, à commencer par le Hezbollah, coopèrent étroitement avec la troupe la plus loyale d'Arafat, la Garde présidentielle, tout comme avec les autres structures théoriquement soumises à son autorité, Fatah et Tanzim. Un courant islamiste a, au demeurant, toujours existé au sein du Fatah. Et Yasser Arafat lui-même fut, jadis, membre des Frères musulmans avant de refonder, par la création du Fatah, le nationalisme palestinien aux côtés de cadres « laïques » ou chrétiens. Ce même Fatah tente actuellement de couper l'herbe sous le pied du Hamas en développant son image «islamique». Fait largement passé sous silence par la presse, les islamistes ne sont pas seuls en cause dans les événements actuels. Le Tanzim de Marwan Barghouti, chef du Fatah en Cisjordanie, et le Fatah dans son ensemble contrôlent en réalité, depuis le début, l'Intifada Al-Aqsa. Hostile au volet sécuritaire des accords d'Oslo, Barghouti porte, d'ailleurs, une lourde responsabilité dans l'échec des négociations de Camp David II au cours desquelles il avait exigé un retrait israélien total des territoires occupés depuis 1967.

Qui est Marwan Barghouti ? Chef de file des radicaux, considéré comme l'un des successeurs potentiels de Yasser Arafat, il bénéficie d'un avantage par rapport au président de l'Autorité palestinienne. Car si cette dernière, fille de l'exil, incarne l'ancienne génération, le Tanzim, lui, se targue d'être une structure locale, vraiment représentative des Palestiniens des Territoires. Dès lors, quand bien même M. Arafat essaierait sincèrement de tenir les engagements anti-terroristes pris à Oslo, rien n'indique que les autres tendances de l'OLP, à commencer par celle de Barghouti, ont renoncé à la raison d'être du nationalisme palestinien : la destruction de l'Etat hébreu. Quant aux islamistes, ils ne se contentent pas de dénoncer les excès israéliens (« apartheid ethnique », installation de colons, etc.) : ils contestent Israël dans son existence même.

Le refus islamique du « pouvoir infidèle »

Ce qui est insupportable pour les islamistes, en effet, ce n'est pas tant la présence de juifs en terre d'islam que la reconstitution, en 1948, d'un espace juridico-politique « infidèle » autonome, en plein coeur du dar al-Islam (« territoire de l'islam »). Al-Qods ne saurait devenir la capitale de l'Etat israélien, et il est impensable que des musulmans autochtones soient gouvernés par des dhimmis (7). Le problème des Israéliens est, à cet égard, voisin de celui des chrétiens libanais à qui les musulmans reprochaient - cause réelle de la guerre civile de 1975-1989 - de détenir un pouvoir politique sur les «Vrais croyants».

Désireux de ne pas perdre sa légitimité auprès d'une base gagnée aux thèses radicales, Yasser Arafat n'hésite plus à jouer sur le registre religieux. Il fait ainsi, de facto, le jeu des islamistes qui justifient le refus de donner le contrôle de Jérusalem aux Infidèles par les textes sacrés de l'islam désignant les juifs comme des « impurs » (Coran, IX, 28 et IX, 113), sur lesquels pèse la « colère d'Allah » (I, 7). Le Coran interdit non seulement aux musulmans de se lier d'amitié avec les Infidèles (V, 56), mais il accuse chrétiens et juifs d'avoir « falsifié » les écritures Saintes qui leur avaient été révélées par Dieu (II, 72 ; II, 73). Après avoir « violé » l'Alliance avec Dieu (IV, 154), ils auraient sciemment nié les signes divins (III, 63), ce qui décida Allah à les maudire (V, 16) et à leur promettre l'enfer éternel (III, 112).

Les islamistes déploient une force de mobilisation considérable lorsqu'ils font de l'Etat sioniste une forme moderne du colonialisme occidental, lui-même issu de la Croisade (Salibiyyia). Dès lors, Israël devient l'incarnation contemporaine de l'« agression démoniaque » perpétrée contre les «Vrais croyants» par les « Infidèles » depuis 622. « Nous assistons actuellement - écrit l'un des grands idéologues islamistes contemporains, Sayyid Qotb, disciple du fondateur des Frères musulmans Hassan El-Banna - au vaste rassemblement des démons humains, croisés, sionistes, idolâtres et communistes, qui divergent entre eux mais convergent en une même offensive contre l'Islam pour détruire l'avant-garde des mouvements de la résurrection islamique sur la terre » (8). Or il est évident qu'au sein de cette « confédération anti-islamique », l'« Occident croisé » (el-Gharb el-salibi) détient une très grande part de responsabilité. Un Occident que les islamistes assimilent toujours au christianisme.

L'exode des chrétiens arabes

Certains responsables religieux chrétiens, occidentaux ou palestiniens, tel Mgr Sabbah (9), se sont lancés dans une surenchère de propos anti-israéliens, pensant de la sorte inciter les islamistes à les épargner au nom de l'alliance contre l'« ennemi sioniste commun ». Leur tentative apparaît d'autant plus vaine que la laïcité n'a pas du tout le même sens en Orient qu'en Europe. La sourate de « la Table servie » souligne l'hostilité et la collusion des Infidèles (juifs et chrétiens)entre eux : « Ils sont amis les uns des autres. Celui qui, parmi vous, les prend pour amis est des leurs. » Nombre de chrétiens palestiniens qui, comme leurs frères de tous les pays arabo-musulmans, font figure de « cinquième colonne » des Occidentaux, préfèrent donc l'exil aux brimades, discriminations ou persécutions dont ils sont victimes.

Même s'ils n'osent généralement pas le dire, les Palestiniens chrétiens savent que leur avenir risque d'être assombri par la ré-islamisation du mouvement palestinien. Et la promesse de Yasser Arafat de « faire flotter le drapeau palestinien sur toutes les églises et les mosquées » renforce leurs craintes. Dans ce contexte, la récente visite de Jean-Paul II en Syrie témoigne à sa manière de la situation de « dhimmitude » des chrétiens d'Orient, contraints pour survivre de faire le jeu de l'islam et des tyrannies en place. Non seulement le Saint-Père a accusé indirectement Israël, sans souffler mot de l'occupation syrienne du Liban, mais on a vu Bachar Al-Assad entonner, devant un pape amoindri, le vieux refrain antisémite qui fait des juifs le « peuple déicide », collectivement coupable d'avoir « tué le Christ ».

Les inquiétants signes de radicalisme islamique constatés dans le monde entier, et jusque dans les banlieues françaises (attaques de synagogues par des groupes de Beurs lors du déclenchement de l'Intifada Al-Aqsa), ne doivent pas être perçus comme de simples « réactions désespérées » (Gilles Kepel) que l'on pourrait calmer aisément en se « désolidarisant » d'avec Tel-Aviv ou en condamnant Ariel Sharon. Certes, il est plus urgent que jamais de faire en sorte qu'Israël s'entende avec ses voisins arabo-musulmans et fasse reculer la haine anti-sioniste en trouvant une solution équitable pour les Palestiniens. Mais indépendamment des responsabilités israéliennes, ces signes constituent des facteurs aggravants du conflit et des indications précieuses sur ses sources religieuses. Ils participent du défi lancé par l'islamisme international aux démocraties occidentales dans leur ensemble, dont le gouvernement d'Ariel Sharon est, qu'on le veuille ou non, un avant-poste en Orient.

Le jihad contre les « Judéo-Croisés »

La révolte palestinienne est autant un jihad contre les Infidèles qu'une simple Intifada. Lors des funérailles des « martyrs » palestiniens tombés sous les balles israéliennes, les processions s'accompagnent systématiquement du cri de ralliement « Allah ou Akbar », et les militants du Fatah y brandissent le drapeau jaune et noir du Hezbollah. Des fatwas transformant les fedayin palestiniens en « martyrs de l'islam » sont édictées d'une extrémité à l'autre du monde islamique, de l'université d'Al-Azhar, en Egypte, à l'Afghanistan des Talibans. C'est ainsi que le mufti de Jérusalem, cheikh Ikrima Sabri, en appelle à la « libération complète » non seulement de Jérusalem mais de toute la Palestine, encourageant les enfants palestiniens au « sacrifice » et au « martyre ». Interrogé par le journal Al Ahram al-Arabi (27 octobre 2000), le grand mufti déclare : « Chaque Palestinien est, en fait, en état de jihad ; je pense que le martyr est heureux parce que les anges le conduisent à son mariage avec le Ciel (...). Plus jeune est le martyr, plus je l'estime et le respecte (...). En sacrifiant volontairement leurs rejetons, les mères participent à la grande récompense du jihad qu'est la Libération d'Al-Aqsa (...). Je n'ai jamais salué un seul juif, ce sont les créatures les plus couardes qu'Allah ait jamais créées. » Sortant de son habituelle réserve, le grand mufti de La Mecque, Oussama Ben Abdellah Khayat, appelle lui aussi au jihad : « Le sacrifice de soi est le plus noble des sacrifices pour la défense de l'islam », précisait-il lors de la prière du vendredi 20 octobre 2000 consacrée aux « martyrs (chahid) de l'Intifada ».

Cette sortie du religieux wahhabite contre les « sionistes » ne signifie pas pour autant que les Saoudiens se soucient du sort des populations palestiniennes. Les réfugiés, on le sait, ne furent jamais soutenus par les pays du Golfe. En dénonçant l'« arrogance israélienne », la position de l'imam répond en réalité à deux objectifs : tout d'abord, redorer le blason de la monarchie wahhabite auprès des masses arabo-islamiques, devenues anti-saoudiennes depuis la guerre du Golfe et l'installation de GI's américains sur la terre d'Arabie - et cela, bien qu'elle soit interdite aux Infidèles. Ensuite, l'imam rappelle l'essence religieuse du conflit et l'interdiction islamique faite aux dhimmis d'exercer un pouvoir sur de «Vrais croyants».

Au plan politique, le prince héritier Abdallah, dont les positions fondamentalistes sont notoires, a pesé de tout son poids politico-financier pour pousser Arafat à saborder les accords de paix. Lors de la conférence de la Ligue islamique à Doha, Abdallah a même menacé de rompre les relations diplomatiques avec les Etats-Unis si les Américains transféraient leur ambassade à Jérusalem. Abdallah, bien plus américano-sceptique que son père et que les membres du clan pro-occidental des Sudaïris, représente, au sein des classes dirigeantes saoudiennes, l'un des pôles les plus proches de la mouvance islamiste et du wahhabisme traditionnel. Signe des temps, la compagnie McDonald's a dû, pour ne pas être expulsée du Royaume, accepter de financer les hôpitaux palestiniens.

Bref, grâce au soutien des piliers mondiaux du fondamentalisme, les islamistes sont parvenus à attiser les braises religieuses du conflit israélo-palestinien. Et ils en ont fait un affrontement religieux qui s'inscrit dans le cadre du choc des civilisations entre l'Occident judéo-chrétien et l'islam. Certes, ils n'ont pas tort de mettre l'accent sur l'injustice et la misère qui frappent les Palestiniens des camps et des territoires occupés. Mais pourquoi passent-ils sous silence les millions de dollars que leur octroient les pays du Golfe et l'Iran, voire l'Irak, pour promouvoir le fanatisme et acheter des armes ? Désireux de compromettre tout processus de paix et de pousser Israël à la faute, via l'Intifada et les attentats terroristes, les islamistes adoptent la stratégie du harcèlement qui est celle du Hezbollah et endossent le rôle du David musulman défiant le Goliath israélien.

L'islamisation de l'Intifada

Pour les Palestiniens, le retrait (volontaire) de Tsahal du Sud-Liban, en mai 2000, fut perçu comme une manifestation de l'« héroïsme islamique ». Désormais, les forces radicales tels le Hamas ou le Jihad islamique semblent, seules, capables de vaincre les « Judéo-Croisés ».

Aussi n'est-il pas si surprenant que des nationalistes palestiniens « laïques », comme l'ex-communiste Barghouti, fassent aujourd'hui cause commune avec le Hamas et le Hezbollah. Les islamistes palestiniens et le Tanzim s'inspirent de l'action du Hezbollah libanais : multiplication des embuscades pour bloquer les couloirs reliant les implantations juives à Israël et empêcher l'entrée de Tsahal dans les enclaves palestiniennes ; généralisation des attentats kamikazes, pourtant longtemps rejetés par les islamistes sunnites (y compris durant la première Intifada).

L'effet Hezbollah

Le départ israélien du Sud-Liban fut célébré, dans tout le monde arabe, comme « un premier pas vers la libération de la Palestine et des Lieux Saints de Jérusalem ». Depuis, le prestige du Hezbollah n'a cessé de croître et ses coups d'éclat ont été salués avec enthousiasme. Le 7 octobre 2000, le «Parti de Dieu» s'emparait de trois soldats israéliens en patrouille dans la zone frontalière du Liban. Le 16 octobre, il enlevait, à Lausanne, Elchanan Tannenbaum, colonel de réserve de l'aviation israélienne et consultant auprès des plus grandes firmes électroniques et de communication militaire de l'Etat hébreu, Tadiran et Rafael. Ces deux opérations témoignent du très haut niveau de capacité opérationnelle atteint par le « Parti de Dieu ».

Le Hezbollah libanais est plus présent que jamais en Palestine. Ses drapeaux -le fait est nouveau- sont exhibés autour de la Coupole du Rocher et de la mosquée d'Al-Aqsa. Nombre d'étudiants, d'intellectuels et de militants politiques, y compris ceux qui n'ont jamais eu de sympathies pour l'islamisme politique, exhortent les dirigeants palestiniens à imiter le Hezbollah. C'est que l'ancien groupuscule extrémiste chiite, créé dans les années 80 par les services secrets iraniens, est devenu une véritable force politique régionale dotée d'une légitimité « résistante » jusque chez les « laïques » ou les non-musulmans (chrétiens, druzes, etc.).

Désigné à la tête du Hezbollah en 1992, à la mort de son prédécesseur Abbas Moussaoui, le cheikh Nasrallah est le principal artisan de la métamorphose du mouvement terroriste en parti politique au rayonnement international. Le Hezbollah, qui dispose d'un puissant groupe parlementaire à Beyrouth, gère des banques, des biens immobiliers, des écoles, des hôpitaux et des organismes d'assistance sociale. Il contrôle des journaux, des radios, une chaîne de télévision (Al-Manar, « le Flambeau »), et possède un site Internet (www.hizbollah.org). Sa popularité, non seulement au sein de la société palestinienne mais dans l'ensemble du monde arabe, est illustrée par le succès croissant d'Al-Manar diffusée par satellite depuis le début de l'Intifada. La chaîne n'a pas eu de difficultés à étendre son audience au-delà des frontières du Sud-Liban. De l'Algérie à la Palestine, les images de commandos suicide ont galvanisé les masses.

Mais cette « force de frappe culturelle » n'est pas la seule ressource dont disposent les 20 000 miliciens du mouvement, qui ne manquent ni d'armes ni de fonds. Les liens avec Damas et Téhéran demeurent étroits. L'Association de secours mutuel pour les blessés et les mutilés de guerre et la Fondation des martyrs sont jumelées avec les richissimes associations homonymes iraniennes. Impressionnant, l'arsenal du Parti de Dieu est composé de missiles anti-chars à haute précision (les Tow américains, hérités de l'affaire Iran-Contras), de mortiers de 120millimètres, de mines télécommandées ou encore de missiles iraniens Al Fajr 3 et 5. On le voit : nul ne devrait sous-estimer le potentiel économique, financier, politique et militaire du Hezbollah. A la différence d'Arafat, contraint de faire des concessions et de renoncer au thème fondateur de la « destruction d'Israël », il persiste en effet à prêcher l'anéantissement de l'Etat sioniste. Mais le Hezbollah n'est pas le seul à tirer sa légitimité de son maximalisme.

La popularité du Hamas

En octobre 1997, le chef historique du Hamas, cheikh Ahmed Yassine, fut libéré en échange de quatre agents du Mossad. Depuis, son parti, installé à Gaza et étroitement lié au Hezbollah, s'emploie à saper le pouvoir de Yasser Arafat. La popularité du Hamas au sein de la société civile palestinienne est indéniable. Elle repose principalement sur l'action caritative et sociale du mouvement, doté de fonds considérables en provenance du Golfe, d'Iran et des diasporas islamiques d'Europe et des Etats-Unis. Ainsi, le Hamas se substitue partiellement à l'Autorité palestinienne en assumant des missions que cette dernière n'est pas en mesure de remplir. Parallèlement, ce sont les brigades Ezzedine al-Kassam, bras armé du Hamas, qui sont responsables de la majeure partie des attentats perpétrés, depuis 1997, contre des objectifs israéliens. Et c'est avec leur concours que les branches les plus radicales de la Centrale palestinienne ont sabordé les accords de paix et relancé l'Intifada.

Rapprochement avec Téhéran

Il n'est pas inutile de rappeler que Yasser Arafat, ces dernières années, s'est rapproché de Téhéran, parrain du Hezbollah. Ce rapprochement s'inscrit, à l'évidence, dans le cadre de la nouvelle orientation national-islamiste du mouvement palestinien, de plus en plus instrumentalisé par les différentes mouvances de l'islamisme mondial qui se livrent à une véritable concurrence pour récupérer la très porteuse cause palestinienne. Le 10août 2000, Arafat s'est rendu à Téhéran, qui venait de retrouver la présidence de la Conférence islamique mondiale. Il exposa aux dirigeants iraniens les raisons de l'échec des accords de Camp David et demanda l'aide du président Khatami pour « la libération des Lieux Saints d'Al-Qods » (10). En réponse, le gouvernement iranien prôna l'unité de toutes les « forces de résistance palestiniennes », du Hamas et du Jihad islamique aux « laïcs » du Fatah en passant, naturellement, par le Hezbollah, atout principal de Téhéran. C'est également à Téhéran que sera décidée une rencontre entre Arafat et la personnalité montante du Hamas, Khaled Mashal, physicien originaire de Ramallah qui vit semi-clandestinement au Qatar. Au début d'octobre, Khaled Mashal avait évoqué ses relations avec Arafat devant Khatami et Khamenei. Ces derniers ont alors aussitôt décidé de renouveler leur appui politique et financier au Hamas. En novembre, le même Mashal s'entretint avec Arafat à l'occasion de la Conférence islamique de Doha. Du point de vue iranien, on le voit, l'Intifada Al-Aqsa n'est pas un phénomène exclusivement palestinien : elle participe de « la lutte contre les ennemis de l'Islam dans le monde ».

La synthèse national-islamiste

Jusqu'à la fin de la guerre froide, les Etats islamiques les plus fondamentalistes - du Pakistan à l'Arabie Saoudite - n'avaient jamais rien entrepris de concret pour venir au secours des « frères » de Palestine, trop liés à leurs yeux au bloc de l'Est. Le nationalisme palestinien faisait figure, à l'époque, d'entreprise « impie ». D'une part, parce que le nationalisme constitue, pour les islamistes, le péché politique suprême. Assimilé au « séparatisme » (ina'ziliyya), il est accusé de diviser la communauté musulmane. D'autre part, on reprochait à l'OLP d'être noyautée par des « apostats » marxisants, parfois d'origine chrétienne, tels Georges Habbache ou Ibrahim Souss. Tout autre est la situation depuis la chute du mur de Berlin et la seconde guerre du Golfe.

Le tournant géopolitique de 1991

Avec la disparition de l'URSS, le mouvement nationaliste arabe perd l'un de ses plus précieux appuis extérieurs, cependant que les Etats-Unis et Israël prennent leurs distances avec une mouvance intégriste qu'ils avaient encouragée mais qui se retourne contre eux lors de l'opération Tempête du désert. On assiste alors à une véritable révolution géostratégique à l'intérieur de l'islamisme sunnite, longtemps tenu pour un contrepoids « conservateur » et « pro-occidental » à l'islamisme révolutionnaire iranien.

Depuis 1991 donc, le nationalisme arabe s'est partiellement réconcilié avec l'islamisme, avant d'être peu à peu phagocyté par ce dernier. L'islamisme se prévaut, en effet, d'une plus grande légitimité idéologico-religieuse que le nationalisme laïcisant de type baassiste (Irak, Syrie), dont l'origine philosophique occidentale est « impie ». Partout dans le monde arabo-musulman, l'option pan-arabe, socialisante et nassérienne laisse la place à la « solution islamique », « autochtone » et non héritée de la colonisation. Cette évolution explique, en grande partie, la ré-islamisation soudaine non seulement du régime de Saddam Hussein, contraint de suivre la mode « national-islamiste » pour retremper sa légitimité, mais également de révolutionnaires ou terroristes pro-palestiniens comme Ibrahim Abdallah ou Carlos(11).

La guerre du Golfe est le moment fondateur de la synthèse « arabo-islamiste » révolutionnaire. La « croisade » contre l'Irak suscitera une réaction anti-occidentale extrêmement violente de nombreux islamistes, jadis financés par les services secrets saoudiens, pakistanais et américains. Ce sera l'occasion pour les islamistes, au départ fort peu enthousiasmés par le régime « impie » de Saddam Hussein, de reconstruire leur légitimité populaire et d'opérer une « OPA » sur le nationalisme arabe. Saddam, l'ancien « apostat » fasciné par Nabuchodonosor, se met à jouer la carte islamique pour rassembler son peuple et les nations musulmanes. L'Irak, champion de l'anti-islamisme au cours de ses dix années de guerre contre l'Iran khomeyniste, se ré-islamise (12) : construction de gigantesques mosquées, diffusion de programmes télévisés islamiques, recrudescence des sentiments anti-occidentaux et anti-chrétiens, inscription sur le drapeau de la mention « Allah ou Akbar », etc. Saddam se lance même dans une surenchère avec les islamistes sur le terrain symbolique et hautement mobilisateur de la lutte contre l'« Occident croisé » et l'« occupation d'Al-Aqsa ».

D'où le lien étroit entre les théâtres palestinien et irakien. Peu après le déclenchement de la nouvelle Intifada, en novembre 2000, près de 4 millions de jeunes Irakiens ont signé un « livre blanc » de soutien aux « frères » des territoires occupés. Le gouvernement lance une vaste campagne de solidarité, suscitant une telle ferveur que le thème de la « libération » de Jérusalem et de la Palestine a désormais détrôné celui de la nation irakienne « agressée », Saddam Hussein se présentant comme le « nouveau Saladin » venu « libérer la Oumma » arabo-islamique « occupée » par les «Judéo-Croisés». Telle est la grille de lecture passionnelle non seulement de millions d'Irakiens, d'autant plus enclins au fanatisme qu'ils souffrent depuis de longues années, mais aussi d'une large fraction des masses arabes.

La périlleuse stratégie islamo-pétrolière des Etats-Unis

Quoi que l'on pense de la guerre du Golfe et de l'embargo contre l'Irak, ce dernier pénalise gravement, depuis dix ans, les seules populations civiles. La politique américaine « des raids et des embargos » (général Gallois dixit) et la présence de GI's en Arabie Saoudite ont, sans conteste, nettement contribué à la radicalisation des masses arabo-musulmanes qui y voient une agression «impérialiste» liée à un « complot sioniste ». Cette évolution, qui dégrade encore la très négative image de l'Etat hébreu dans la région, risque fort de compromettre toute résolution du conflit israélo-palestinien. Voilà dix ans, le stratège américain Edward Luttwak prédisait que l'intervention occidentale nuirait, à terme, aux intérêts et à la sécurité d'Israël. Le déclenchement d'une vague de haine anti-occidentale et judéophobe sans équivalent depuis les Croisades semble lui donner raison.

La guerre du Golfe fut livrée, on le sait, pour des raisons essentiellement pétrolières. Mais elle fut, également, un conflit pour la défense d'Israël, ce qui déboucha sur une fanatisation anti-israélienne au sein du monde arabo-musulman. Les mouvements islamistes et les dirigeants arabes (Saddam Hussein, Bachar Al-Assad) ou palestiniens s'accordent aujourd'hui pour décrire de façon symétrique le drame des peuples palestinien et irakien.

Les dirigeants américains ont beau le présenter (avec raison) comme une garantie de sécurité pour Israël, le maintien des sanctions contre l'Irak a également une autre finalité. Il doit, avant tout, permettre aux Etats-Unis de contrôler et de réguler le marché du pétrole à la faveur du protectorat de fait qu'ils ont instauré, dans le Golfe, depuis 1991. L'Irak est ainsi, au gré des priorités économiques américaines du moment, tantôt exclu tantôt réintégré sur le marché international du brut. Mais la géopolitique du pétrole étant inséparable de celle de l'islamisme sunnite, la « diplomatie coercitive » de Washington renforce puissamment les passions anti-occidentales. L'« arrogante » politique américaine dans la région (Samuel Huntington) constitue une source de conflit majeure entre l'Occident et l'Islam. Mais les Etats-Unis peuvent se permettre de continuer à souffler sur les braises de l'islamisme revanchard. Primo, parce que ce nouvel ennemi est plus utile que réellement menaçant pour Washington. Secundo, parce que le projet de bouclier antimissile (MD) et les lois de la géographie inciteront les Cavaliers d'Allah à déverser prioritairement leur haine anti-impérialiste sur les éléments les plus vulnérables de l'entité « occidentale » : Israël et la vieille Europe, « ventre mou » de la famille occidentale (général Gallois). L'ambivalence de la politique étrangère américaine, faut-il le préciser, est lourde de dangers. La stratégie pétrolière et pro-wahhabite de Washington risque d'être compromise par son soutien, de plus en plus « encombrant », à Israël. Si bien que, à moyen ou long terme, l'hypothèse d'un lâchage partiel d'Israël par son protecteur américain n'a plus rien de farfelu.

Une perception faussée du phénomène

Parallèlement, une nouvelle forme de terrorisme intellectuel sévit en Occident. Cet « islamiquement correct » s'interdit de comprendre l'une des raisons profondes, « civilisationnelle » et religieuse, de l'exacerbation du conflit israélo-palestinien. Cette autocensure s'accompagne, particulièrement en France, d'autres phénomènes tels que la désinformation et l'instrumentalisation idéologique de la question israélo-palestinienne.

Le conflit israélo-palestinien est inséparable du contexte géopolitique proche et moyen-oriental. Il doit être analysé en tenant compte de la montée générale d'un fanatisme islamiste et d'un anti-sionisme qui masquent mal la recrudescence des idéologies antisémites. Les liens entre national-socialisme d'une part, panarabisme et islamisme de l'autre, sont bien souvent occultés afin de conforter la perception manichéenne de «victimes» palestiniennes et musulmanes luttant contre les «colonisateurs» israélo-occidentaux. Résultat de cette analyse aussi partielle que partiale du conflit : on est parvenu, en fin de compte, par une étrange ruse de l'Histoire, à faire d'Israël un Etat « fasciste », seul responsable de la situation régionale.

« Islamiquement correct » et instrumentalisation de la Shoah

En fait, si l'une des parties au conflit a entretenu des liens avec les régimes européens d'extrême droite des années 30, c'est bien le radicalisme palestinien ! Le nationalisme palestinien fut créé dans l'entre-deux-guerres par le grand mufti de Jérusalem, Al-Hadj Amin Al-Husseini, ami personnel d'Hitler. C'est à son instigation que furent formées des légions SS musulmanes bosniaques et albanaises (13). Plus tard, nombre de personnalités nazies, accueillies dans les pays arabes après la défaite de 1945, prêteront main forte aux terroristes palestiniens et aux régimes arabes nationalistes (Irak, Syrie et Egypte nassérienne). Depuis les années 70-80, heures les plus sanglantes du terrorisme palestinien, pro-arabes d'extrême droite et milieux palestiniens(14) n'ont jamais cessé de coopérer. Ajoutons que, jusque dans l'entourage de Yasser Arafat (15), on continue de s'inspirer des Protocoles des Sages de Sion (16), référence fort prisée dans les écoles palestiniennes, tandis que Mein Kampf reste un best-seller dans le monde arabe.

Il n'empêche : pour beaucoup d'Occidentaux, le Palestinien joue le rôle de nouvelle « victime essentielle », d'où la nécessité de « fasciser » Israël et de retourner la Shoah contre ses victimes historiques et leur postérité. Les raisons en sont multiples : au plan électoral, les partis politiques tentent de s'attirer les suffrages des communautés musulmanes ; d'un point de vue psychologique, l'Occident ressent une vive culpabilité face aux anciens peuples colonisés ; idéologiquement, enfin, l'Islam représente l'antithèse de l'Occident, honni par la gauche « anti-impérialiste ». Quoi qu'il en soit, on assiste, depuis l'accession au pouvoir de l'« extrémiste de droite » Ariel Sharon, à une instrumentalisation médiatique tous azimuts des douleurs de l'Holocauste. Le but est, naturellement, de diaboliser Israël, tout comme on diabolisa la Serbie pour justifier la campagne militaire de l'OTAN (17). En qualifiant de « génocide » la mort de 3 000Kosovars qui, pour la plupart, étaient des terroristes de l'UCK, on procéda à une grave « banalisation de la Shoah »(18). Claude Lanzmann, Simon Wiesenthal ou Simone Veil s'en indignèrent à juste titre. De même, aujourd'hui, les islamistes palestiniens mais aussi les journaux égyptiens représentent les soldats de Tsahal avec des casques frappés de la croix gammée !

Tout se passe comme s'il était devenu impossible de dénoncer les violences politiques autrement qu'en déployant un arsenal idéologique et émotionnel emprunté à l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Procédé d'autant plus inapproprié que, en ex-Yougoslavie comme au Proche-Orient, ce sont précisément les adversaires et les victimes du national-socialisme que l'on réduit « ad Hitlerum » (19). L'identité de l'Etat hébreu repose en partie sur la Shoah, tandis que la Yougoslavie titiste s'est forgée dans la lutte contre le pan-germanisme et le nazisme. Certes, la Yougoslavie n'est pas Israël, et Milosevic n'est ni Barak ni Sharon. Mais s'il était parfaitement légitime de dénoncer le régime anti-démocratique de Milosevic, encore faut-il rappeler que sa nature totalitaire procédait du socialisme «auto-gestionnaire» et non du fascisme ou du nazisme.

L'instrumentalisation de la Shoah comme arme de propagande contre les Serbes ou les Israéliens est, en outre, au coeur de la rhétorique des révisionnistes, d'extrême gauche comme d'extrême droite. Comment expliquer de telles simplifications et de si dangereux parallélismes ? Comment peut-on ne pas s'apercevoir « qu'à tout ramener au nazisme, on normalise totalement le nazisme ; et qu'à instrumentaliser à des fins partisanes (ou narcissiques) la question juive, on ne cesse de donner du grain à moudre à l'antisémitisme ? » (20).

Pour nombre d'intellectuels « bien pensants », les juifs ne sont les « bons » que lorsqu'ils revêtent le statut de minorité persécutée. A l'inverse, les mêmes milieux antisionistes ou islamophiles retournent cyniquement la Shoah lorsqu'il s'agit d'incriminer Israël et de justifier les violences palestiniennes et islamistes. Les juifs incarnent tout à coup la figure du Mal dès lors qu'ils possèdent un Etat souverain et qu'ils portent l'uniforme. Car, comme l'explique si bien William Goldnadel, « toute vision de l'uniforme est considérée comme négative depuis le traumatisme de la Deuxième Guerre mondiale (...) ; ainsi, toute violence légale exercée par l'Etat est devenue, inconsciemment, moins légitime que la violence illégale exercée par des individus en colère » (21).

Au-delà des responsabilités ou des torts d'Israël, les clercs d'une certaine « pensée unique » néo-soixante-huitarde, réfractaire à toute forme d'ordre, reprochent à l'Etat hébreu ce qu'ils reprochent à tout autre Etat. Assurer la sécurité constitue nécessairement une « dérive sécuritaire » ; quant à la moindre répression, elle est par essence « fasciste » en vertu de l'adage « il est interdit d'interdire ». C'est la notion même de frontières nationales que les adeptes des utopies égalitaristes et internationalistes cherchent à disqualifier, faute de pouvoir proposer une argumentation pertinente. En appliquant le slogan traditionnel « CRS = SS » à Tsahal, on tente de démontrer que « les juifs aussi peuvent être des SS ».

En somme, les sentiments philo-palestiniens de certains milieux radicaux cachent de plus en plus mal une forme d'antisémitisme. Comme l'a dit Jorge Semprun : « Le palestinisme est la nouvelle forme, subtile et perverse, de l'antisémitisme » (22). Dès lors, on comprend mieux pourquoi les groupuscules néo-nazis, imités par une partie de l'extrême droite traditionnellement anti-arabe et réfractaire aux «races sémites», s'enflamment brusquement pour les Palestiniens ou les Irakiens. D'autres approuvent les attaques lancées contre des synagogues par des bandes de jeunes maghrébins« antisionistes », ces derniers ayant l'avantage d'être non « fascisables » puisque musulmans et arabes, donc «victimes» du racisme. Si bien que, comme le dit la psychologue Rachel Israël, « le racisme de l'Europe consiste à pardonner aux Arabes ce qu'elle nommerait fascisme chez les autres peuples » (23).

En guise de conclusion... A l'évidence, la mauvaise conscience occidentale et l'« islamiquement correct » accréditent une perception manichéenne des événements actuels. Les radicaux palestiniens font figure de victimes alors que les Israéliens, acculés à des réactions violentes par les actions terroristes, tiennent le rôle des « méchants ».

En dépit de terribles images - parfois « retravaillées »(24)-, on ne peut se borner à reproduire certains lieux communs en vogue depuis le déclenchement de la seconde Intifada. « Aux jets de pierre des enfants palestiniens, les Israéliens répondent avec des rafales de fusils automatiques » nous dit-on. Ce qui est pudiquement passé sous silence, c'est que les jeunes Palestiniens ne lancent pas «spontanément» leurs pierres. Encadrés par des responsables du Fatah et du Tanzim dotés d'armes sophistiquées et liés aux structures terroristes internationales, ils sont sacrifiés, non sans cynisme, dans le seul but de susciter l'émoi médiatique international, ardemment relayé par les bonnes consciences « progressistes » d'Occident. Lesquelles cautionnaient, il n'y a pas si longtemps, les pires actions terroristes palestiniennes. Au Liban, par exemple, les victimes maronites de l'OLP étaient assimilées à des « fascistes » tandis que les Palestiniens et leurs alliés islamistes, responsables de la guerre civile, étaient qualifiés d'« islamo-progressistes », l'horreur de Sabra et Chatila étant supposée excuser les villages chrétiens rasés par l'organisation d'Arafat...

Autre exemple du biais anti-israélien : le thème, hautement mobilisateur, du « droit au retour » des centaines de milliers de réfugiés palestiniens et de leurs descendants est ressassé... sans que quiconque invoque le même principe au bénéfice des centaines de milliers de juifs qui durent quitter les pays arabes entre 1948 et 1967 (25) !

Mais les faits sont têtus : en dépit de l'« islamiquement correct », le péril majeur du XXIesiècle est, qu'on le veuille ou non, le fanatisme islamique, qui tente de dresser l'Islam, voire le tiers-monde, contre l'Occident judéo-chrétien. Ce « totalitarisme théocratique », que des « intellectuels de gauche » tel Michel Foucault ont pu saluer, naguère, comme « progressiste » et « anti-impérialiste », menace aussi bien les Etats-Unis et l'Europe qu'Israël. Ses premières et ses plus nombreuses victimes demeurent toutefois, de l'Algérie à l'Afghanistan, les musulmans eux-mêmes.


Notes :

(1) En vertu des clauses de l'accord de Washington, la Cisjordanie était répartie en trois zones (A, B et C), dotées d'une autonomie plus ou moins large. La zone A (4 % de la Cisjordanie et 20 % de sa population) exclut Jérusalem-Est et une partie d'Hébron. L'Autorité palestinienne y détient des pouvoirs de police et civils, sauf à Hébron. En zone B, qui comprend 450 villages palestiniens et représente 23 % de la superficie de la Cisjordanie, l'Autorité détient les pouvoirs civils et une partie des pouvoirs de police. La zone C, enfin, soit 73 % de la Cisjordanie, demeure sous contrôle de l'État israélien.
(2) Le Tanzim (« Organisation ») est une structure paramilitaire issue d'une faction du Fath. Il fut créé à Ramallah par Marwan Barghouti, dirigeant de la première Intifada et secrétaire général du Fath en Cisjordanie.
(3) Jérusalem, jamais mentionnée sous ce nom dans le Coran, y apparaît sous diverses appellations : Al Qods, Bayt al Maqdis, Bayt al-Muqqades, ou la « Maison sainte ». Mahomet, tentant dans un premier temps de convaincre les juifs d'Arabie de rejoindre sa communauté, décréta que l'on prierait en se tournant vers le Nord, en direction de Jérusalem. Mais après avoir rompu avec les juifs de Médine qu'il fit massacrer en masse, il fixa l'orientation de la prière (Qibla) vers La Mecque. En outre, c'est via Jérusalem que Mahomet aurait accompli un ultime voyage nocturne sur le dos de sa jument blanche, Al-Buraq. Partant du mur situé à l'ouest du Mont du Temple, il serait monté au Septième ciel avec l'ange Gabriel, en passant par le Dôme du Rocher, Hébron, Bethléem et tous les autres lieux de la tradition biblique, rencontrant sur sa route Adam, Noé, Abraham, David et Jésus, devenus « musulmans ». Jérusalem est donc le lieu par excellence de la « captation », par l'islam, de l'héritage biblique judéo-chrétien.
(4) Dans leurs nombreuses déclarations et fatwas, nombre d'imams et de muftis palestiniens nient le caractère sacré du Mont du Temple et du « Mur des lamentations » (mur occidental de l'ancien Temple). L'Autorité palestinienne et le Waqf interdisent donc l'ouverture, dans l'enceinte, de tout chantier archéologique visant à prouver l'existence de vestiges du Temple. C'est dans le cadre de cette même bataille symbolico-historique que les responsables palestiniens ont fait détruire le tombeau de Joseph, sans que Tel-Aviv réagisse. Ce qui sera vivement reproché à Ehoud Barak.
(5) La géopolitique sous-estime d'autant moins le poids symbolique considérable du « conflit d'antériorité » relatif à Jérusalem que les hommes se sont toujours battus pour ce type de « patrimoine identitaire ». Mais Jérusalem n'est pas le seul théâtre de cette guerre des représentations. La ville d'Hébron abrite, par exemple, outre des Palestiniens arabes, de nombreux juifs, perçus comme « extérieurs » alors même qu'ils y ont toujours vécu. Du point de vue judaïque, la présence de juifs à Hébron est capitale, car c'est là que se trouvent les tombeaux d'Abraham et Sarah, d'Isaac et Rébecca, de Jacob et Leah. Le Caveau des patriarches, vieux de près de 4 000 ans, a une valeur inestimable.
(6) La grande presse a abondamment dénoncé le caractère sacrilège du projet israélien consistant à creuser un tunnel sous l'Esplanade des mosquées. En réalité, le tunnel en question ne faisait que longer le mur extérieur de l'Esplanade.
(7) Les dhimmis (de l'arabe « Ahl al-dhimma » ou les « gens du pacte ») sont les juifs et les chrétiens vivant en terre d'islam, que la loi islamique (Charia) oblige à payer un tribut (jiziyya) en échange d'une liberté de culte limitée. Le dhimmi n'est pas considéré comme un citoyen à part entière : il ne peut ni commander un Vrai croyant ni porter les armes. Il doit accepter la supériorité du musulman, ainsi que son prosélytisme.
(8) Sayyid Qutb, Fi Zilal Al Qur'an, III, p. 1208.
(9) Mgr Sabbah est le patriarche catholique de rite latin de Jérusalem.
(10) Cité in Limes, « Teheran si prepara alla guerra, Israele/Palestina, la terra stretta », janvier 2001.
(11) Jadis persuadé que l'islamisme était une création de la CIA et du Mossad, Carlos explique aujourd'hui que l'islamisme « néo-wahhabite » de Bin Laden constitue la seule voie « radicalement révolutionnaire » face à l'« hégémonie américano-sioniste ». Voir la lettre adressée par le terroriste à Jeune Afrique (n° 1966, 15-21 septembre 1998) depuis la prison de la Santé.
(12) La ré-islamisation de l'Irak est patente à tous les niveaux du pouvoir : armée, gouvernement et parti Baas. Elle se manifeste de diverses manières, depuis le soutien apporté aux associations islamiques jusqu'à la traque des boissons alcoolisées lors du Ramadan. De même, les discours officiels commencent tous, désormais, par la formule islamique : Bismallah al Rahman al Rahim (« Au nom de Dieu le clément et le miséricordieux »). Les cadres du parti ne boivent plus d'alcool en public, fréquentent ostensiblement les mosquées et exaltent le thème de la « récupération » de Jérusalem.
(13) A l'instar des Frères musulmans, le grand mufti de Jérusalem Al-Hadj Amin Al-Husseini prôna le jihad contre les juifs dans l'ensemble du monde islamique. Il édicta une fatwa stipulant que l'enrôlement des musulmans dans les armées allemandes correspondait à une « obligation religieuse ». A son appel, 20 000 musulmans bosniaques s'engagèrent dans la division Waffen SS Handchar. D'autres unités furent également constituées : la division musulmane SS Kama, la milice des Cadres verts de Nasid Topcic et Hajji Effendic, la Légion islamique de Huska Milikovic, ainsi que la division albanaise SS Skanderbeg. Entre décembre 1943 et mai 1944, la division Skanderbeg massacra la quasi-totalité des juifs de Pristina. Près de soixante ans plus tard, les nationalistes albanais, profitant de l'appui occidental, expulsèrent de Pristina tous les non-albanophones, Turcs et Juifs compris. Rappelons, enfin, que l'ancien président bosniaque Alijà Izetbegovic dirigea, à partir de 1942, les « Jeunesses musulmanes » pro-hitlériennes.
(14) L'ouvrage de référence, sur ce sujet, est Le Croissant et la Croix Gammée. Les secrets de l'alliance entre l'Islam et le nazisme d'Hitler à nos jours, Roger Faligot et Rémi Kauffer, Albin Michel, 1990.
(15) Dans sa livraison du 25 janvier 2001, le journal officiel de l'Autorité palestinienne, Al-Hayat Al-Jadida, cite abondamment  Les Protocoles des sages de Sion pour fustiger la politique israélienne et la « perfidie des Juifs ».
(16) Les Protocoles des Sages de Sion sont un faux antisémite notoire, rédigé à Paris, à la fin du XIXe siècle, par un membre de la police du tsar (Okhrana), dans le but de faire croire en l'existence d'un « complot juif mondial » visant à s'emparer des leviers de commande de l'univers, sous le couvert de la démocratie.
(17) Cette précision me permet de répondre à la note de lecture consacrée, par M. Jacques Baudouin, à mon livre Guerres contre l'Europe, Bosnie, Kosovo, Tchétchénie dans le n° 90 de Politique Internationale. M. Baudouin, qui relaie sans recul la propagande de l'Otan visant à « nazifier les Serbes », présente mes thèses relatives à la guerre du Kosovo comme « anti-américaines » et favorables au régime de Slobodan Milosevic. Or il ne prouve à aucun moment ce qu'il avance sur mes prétendues accointances « slavo-bolcheviques », et il omet de préciser que je qualifie à 21 reprises le régime de Milosevic d'« autoritaire », de « dictatorial », de « détestable »… Ce n'est pas la volonté affichée par l'Otan et l'Occident d'« empêcher une catastrophe humanitaire » que je dénonçais, mais le fait qu'il s'agissait d'un simple prétexte visant à légitimer l'opération Force alliée. En utilisant les termes de « génocide », de « charniers » et de « camps de la mort », les médias et les responsables occidentaux instrumentalisèrent cyniquement les douleurs de la Shoah. Cette « propagande de guerre » masquait deux réalités gênantes : le fait que l'intervention otanienne profitait aux terroristes de l'UCK, et l'absence de réaction occidentale à des massacres de bien plus grande ampleur perpétrés ailleurs dans le monde. Or comme l'ont dit Claude Lanzmann ou Simone Veil, ce type de manipulation risque de banaliser l'Holocauste, pour le plus grand profit des négationnistes.
(18) Voir l'intervention de Claude Lanzmann, « La nouvelle Affaire Dreyfus », lors du colloque organisé par la Fondation Marc Bloch sur la guerre du Kosovo : « Je n'ai pas besoin de la Shoah pour dire que ce qui se passe en ex-Yougoslavie est effrayant (...). Rien n'est plus épouvantable que la comparaison des horreurs, mais quand on dit déportation, cela a pour moi un sens précis : on déporte vers les camps de la mort. » Cité dans Le Figaro, 31 mai 1999.
(19) Pierre André Taguieff « L'antiracisme en crise, éléments d'une critique réformiste », in Michel Wieviorka (éd), Racisme et Modernité, La Découverte, 1993, p. 367. Taguieff écrit : « La vulgate anti-nationaliste contemporaine applique à l'objet de sa haine la reductio ad hitlerum, le réduisant à un inquiétant mélange d'irrationnel et de barbarie. »
(20) François Darras, « Les juifs de France pris en otage », Marianne, 17-23 juillet 2000.
(21) William Goldnadel, discour

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 07:13

LIBERTÉ D'IMMIGRER
OU INTÉGRATION FORCÉE ?*

Hans-Hermann HOPPE

 

Comme l'indique l'immigrationnisme forcené des bandits communistes, la véritable liberté en matière d'immigration est le contraire exact de l'intégration forcée qu'imposent les gouvernements démocrates-sociaux à l'échelle du monde. A défaut d'une société totalement libre, l'Etat ne peut mener une politique d'immigration raisonnable que s'il agit comme le ferait un roi [F. G.].


L'argument classique en faveur de l'immigration sans frein se présente comme suit : toutes choses égales par ailleurs, les entreprises vont là où le travail coûte moins cher, réalisant ainsi une approximation du principe "à travail égal, salaire égal"**, de même que la meilleure affectation du capital possible. Un influx d'immigrants dans une région à salaires élevés abaissera les salaires nominaux. Cependant, il ne réduira pas les salaires réels si la population se trouve en-deçà de sa taille optimum (et il est certain que les Etats-Unis, dans leur ensemble, ont bien moins de population que sa taille optimale). Si c'est le cas, en fait la production augmentera tellement que les revenus réels augmenteront. De sorte que les restrictions à l'immigration feront plus de mal aux travailleurs protégés en tant que consommateurs qu'elles ne leur feront gagner en tant que producteurs***. En outre, des restrictons à l'immigration accroîtront la "fuite" de l'épargne à l'étranger (l'exportation des capitaux qui seraient restés autrement), provoquant une égalisation des taux de salaire (quoique plus lentement), mais
conduisant à un gaspillage du capital, détériorant ainsi les niveaux de vie dans le monde.
Tel que présenté plus haut, l'argument en faveur de l'immigration sans frein est irréfutable et exact. Il serait aussi stupide de le contester que de nier que la liberté des échanges conduit à des-


* Titre original : "Free Immigration or Forced Integration?" paru dans Chronicles, Vol. 19, N° 7, juillet 1995, publication mensuelle (ISSN 0887-5731) du Rockford Institute, 934 North Main Street, Rockford, IL 61103-7061.
Traduit par François Guillaumat.
** Etant entendu que l'expression "travail égal" ne se réfère pas à de caractéristiques physiques du travail, ni même à un
niveau de formation, mais à une productivité en valeur effectivement comparable [F. G.].
*** Tout en soulignant que cet accroissement du revenu réel fait baisser le chômage (les services s'échangent contre
les services et tout accroissement de l'offre réelle de services est ipso facto un accroissement de la demande de travail) rappelons que la question du chômage ne se pose de façon aiguè qu'en France et dans les autres pays européens
où les hommes de l'Etat mettent un zèle particulier à :
- interdire de travailler : dispositions autoritaires du code du travail, dont le salaire minimum, les conditions de diplômes, d’âge, etc. et autres interdictions de produire et d'échanger.
- Punir ceux qui ont travaillé : tous les pillages auxquels ils se livrent sur le revenu des travailleurs, au titre de la “sécurité sociale” ou de l’“Etat”.
- Récompenser ceux qui ne travaillent pas : tout l’argent volé aux travailleurs qu'ils distribuent indépendamment de tout travail, à commencer par l'“indemnisation” du chômage et le RMI.
- Planifier la production de monnaie sur le mode soviétique : (la “politique monétaire”, source inépuisable de crises financières et conjoncturelles).


-niveaux de vie plus élevés que le protectionnisme. Ce serait aussi une erreur de contester l'argumentaire immigrationniste en faisant remarquer que, du fait de l'existence d'un Etat-providence, l'immigration concerne désormais dans une large mesure des parasites des systèmes sociaux* qui, alors même que la population des Etats-Unis est en-deçà du niveau optimum, n'accroissent pas le niveau de vie général mais le diminuent. En effet, il ne s'agit pas d'un argument contre l'immigration mais contre l'Etat-providence. Bien sûr, celui-ci doit être détruit, éradiqué. Mais les problèmes de l'immigration et de l'Etat-providence sont des problèmes analytiquement distincts, et on doit les traiter en conséquence.
Le problème de l'argumentaire qui précède est qu'il souffre de deux défauts connexes qui invalident sa conclusion d'immigrationnisme inconditionnel, ou qui limitent son applicabilité à une situation hautement irréaliste —depuis longtemps évanouie dans l'histoire humaine.
On ne mentionnera qu'en passant le premier défaut : pour les libéraux conséquents de l'Ecole autrichienne d'économie politique, il est évident que ce qui constitue le "bien-être" est un jugement de l'esprit, et les ressources matérielles ne forment qu'une part de ses considérations.
Même si les revenus réels augmentent du fait de l'immigration, il ne s'ensuit pas que l'immigration doive en être automatiquement tenue pour "bonne", car on pourrait préférer un niveau de vie plus bas et une plus faible population à une plus grande richesse matérielle dans un peuplement plus dense.
C'est sur la seconde impasse que nous allons nous concentrer ici : c'est sur un territoire particulier que les gens immigrent. Or, l'analyse présentée au départ ne traite absolument pas la question de savoir qui, s'il existe, possède (maîtrise) le territoire en question. En fait, pour rendre l'analyse applicable, on suppose —implicitement— que le territoire en question n'appartient à personne, et que les immigrants arrivent sur un espace vierge (la "frontière ouverte" de l'histoire américaine). Il est évident que cette hypothèse, on ne peut plus la faire. Or, si ce postulat est abandonné, le problème de l'immigration acquiert un sens fondamentalement différent, et exige d'être repensé de fond en comble.
Pour illustrer ce que j'entends, imaginons une société anarcho-capitaliste : quoique je sois persuadé qu'une telle société est le seul ordre politique que l'on puisse défendre comme juste, je n'essaierai pas d'expliquer ici pourquoi c'est le cas**. Je vais plutôt l'utiliser ici comme un point de départ conceptuel, pour contribuer à faire comprendre l'erreur fondamentale de la plupart des apôtres contemporains de l'immigration illimitée.
Supposons donc que toute la terre soit propriété privée : cela inclut toutes les rues, routes, aéroports, ports, etc. Pour certains terrains, le titre de propriété n'est soumis à aucune servitude : c'est-à-dire que le propriétaire est libre de faire tout ce qui lui plaît aussi longtemps qu'il ne porte pas atteinte à la propriété des autres. Pour d'autres, l'usage peut être plus ou moin
s-


* Et pas seulement à l'initiative des intéressés : la politique de "regroupement familial" a eu précisément pour effet de subventionner l'immigration de femmes et d'enfants, parasites par vocation (multipliant en outre démesurément les problèmes de délinquance que la deuxième génération a toujours posés dans tout pays d'immigration) [N.d.T.].
** Cf. Murray Rothbard : L'Ethique de la liberté, Paris, Les Belles Lettres, 1991 [N.d.T.].

 

-étroitement restreint. Comme c'est aujourd'hui le cas dans certains lotissements, le propriétaire peut être soumis à des limites contractuelles à ce qu'il peut faire de sa propriété (des règles d'urbanisme librement acceptées) telles que : usage résidentiel ("occupation bourgeoise") et non usage commercial, hauteur des immeubles limitée à trois étages, pas de vente ni de location aux Juifs, Allemands, Catholiques, homosexuels, Haïtiens, aux familles avec ou sans enfants, ou aux fumeurs, entre autres exemples.
Il est clair que dans cette société strictement libérale, il n'existe absolument aucun "droit à l'immigration". Ce qui existe, à la place, c'est le Droit de multiples propriétaires indépendants d'inviter ou de ne pas inviter les autres chez eux, conformément à leurs titres de propriété illimités ou limités. L'accès à certains terrains pourra être facile, et à d'autres quasiment impossible ; dans tous les cas, être accepté sur la propriété de celui qui vous invite n'implique aucun "droit" de se promener dans les environs, à moins que les autres propriétaires n'acceptent de telles déambulations. Il y aura sur chaque terrain exactement autant d'immigration et de nonimmigration, d'exclusion et de non-exclusion, d'intégration ou de ségrégation, de non discrimination ou de discrimination fondée sur des critères raciaux, ethniques, linguistiques, religieux, culturels ou (n'importe quels) autres, que l'auront décidé les propriétaires privés et ssociations de propriétaires privés.
Remarquez que rien de tout cela, même pas la forme la plus extrême du ségrégationnisme, n'a le moindre rapport avec le refus du libre échange et l'adoption du protectionnisme. Du fait qu'on ne désire pas fréquenter des Nègres, des Turcs, etc. ou vivre dans leur voisinage, il ne s'ensuit pas qu'on ne souhaite pas échanger à distance avec eux. Bien au contraire, c'est précisément le caractère absolument volontaire de l'association et de la séparation —l'absence de toute forme d'intégration forcée— qui rend possible les relations pacifiques —le libre échange— entre des gens culturellement, ethniquement, ou confessionnellement différents*.
Dans une société totalement libérale (anarcho-capitaliste), il n'y a pas de gouvernement central, et par conséquent pas de distinction précise entre les nationaux (citoyens du pays) et les étrangers. Cette distinction n'apparaît qu'avec l'institution d'un Etat, c'est-à-dire d'un groupe de personnes qui détiennent un monopole de l'agression (de l'impôt). Le territoire sur lequel s'étend le pouvoir fiscal devient "national" (intérieur) et quiconque réside au-delà de ce territoire devient un étranger. Les frontières d'Etat (avec les passeports), à la différence des bornes de la propriété privée, ne sont pas des institutions naturelles (elles sont imposées par la force). En fait, leur existence (et celle d'un gouvernement national) fausse à deux titres l'inclination naturelle des gens à s'associer les uns avec les autres. Tout d'abord, les résidents ne peuvent pas exclure de leur propriété les hommes de l'Etat (les envoyés du fisc), mais sont victimes de ce qu'on pourrait appeler l'"immigration forcée" des agents de l'Etat.
Deuxièmement, pour pouvoir faire intrusion sur la propriété privée de ses sujets afin de les taxer,-


* Cela implique que certains terrains soient ouverts à la libre circulation des marchandises ; outre que les propriétaires des routes ont intérêt à cette circulation, aucun résident n'ira s'installer sur un terrain dont l'accès pourrait légalement lui être barré par un autre propriétaire [N.d.T.].

 

-un gouvernement doit invariablement prendre le contrôle des routes existantes, et il emploiera ses recettes fiscales à produire encore davantage de routes, dans le but de faciliter son accès à toute propriété privée, comme matière fiscale potentielle. Ainsi, cette surproduction de routes n'implique pas seulement une facilitation innocente du commerce interrégional —un abaissement des coûts de transaction, comme les économistes naïfs voudraient nous le faire croire ; c'est aussi une intégration nationale forcée (une déségrégation artificielle de localités séparées).
En outre, avec l'installation d'un gouvernement et de frontières d'Etat, l'immigration prend un sens entièrement différent. L'immigration devient une immigration d'étrangers, à travers des frontières d'Etat, et la question de savoir si une personne doit être admise n'incombe plus à des propriétaires privés ou à une association de propriétaires privés, mais aux hommes de l'Etat en tant que souverains ultimes de tous les résidents nationaux et comme propriétaires de fait de toutes leurs possessions. Cependant, si les hommes de l'Etat excluent une personne alors même qu'un résident national est disposé à l'accueillir sur sa propriété, le résultat est une exclusion forcée (phénomène qui n'existe pas dans une anarchie de propriété privée). En outre, si les hommes de l'Etat laissent entrer une personne alors qu'il ne se trouve pas ne serait-ce qu'un seul résident national qui souhaite admettre cette personne sur sa propriété, le résultat est une intégration forcée (qui n'existe pas non plus dans une anarchie de propriété privée).
Maintenant, ajoutons quelques postulats historiquement "réalistes" : supposons que l'Etat est propriété privée. Le souverain possède littéralement l'ensemble du pays dans les limites de ses frontières. Il est pleinement propriétaire d'une partie du territoire (son titre de propriété y est illimité), et possède partiellement le reste (en tant que propriétaire ultime ou prétendant au revenu résiduel de toutes les possessions immobilières, quoique contraint par une espèce de contrat de location préexistant). Il peut vendre et léguer sa propriété, et il peut calculer et "réaliser" la valeur de son capital (son pays).
Les monarchies traditionnelles —et les rois— sont les exemples historiques les plus proches de cette forme de gouvernement. Que sera la politique d'immigration et d'émigration caractéristique d'un roi ? Dans la mesure où il possède l'ensemble de la valeur en capital du pays, il aura tendance, en ne lui supposant pas d'autre intérêt que le sien, à choisir les politiques de migration qui préservent ou accroissent la valeur de son royaume, au lieu de la diminuer. En ce qui concerne l'émigration, un roi voudra empêcher l'émigration de sujets productifs, et
particulièrement de ses sujets les meilleurs et les plus productifs, parce que les perdre diminuerait la valeur du royaume. Par exemple, de 1782 à 1824, une loi interdisait aux ouvriers qualifiés de quitter la Grande-Bretagne. En revanche, un roi souhaitera expulser ses sujets improductifs et destructeurs (les criminels, clochards, mendiants, romanichels, vagabonds, etc.), car les extirper du royaume accroîtra sa valeur. C'est pour cela que la Grande- Bretagne a expulsé des dizaines de milliers de délinquants de droit commun en Amérique du Nord et en Australie.
En ce qui concerne par ailleurs l'immigration, un roi souhaitera tenir la tourbe à l'écart, de même que les gens aux capacités productives inférieures. Cette dernière catégorie ne sera admiseque temporairement, si elle l'est seulement, comme travailleurs saisonniers sans droit de cité (comme quand nombre de Polonais furent admis comme travailleurs saisonniers en Allemagne après 1880), et on leur interdira toute possession immobilière permanente. Un roi ne permettrait l'immigration permanente qu'à des individus supérieurs ou du moins au-dessus de la moyenne (c'est-à-dire à ceux qui accroîtraient la valeur de son royaume en y résidant), comme lorsqu'après 1685 (la révocation de l'Edit de Nantes), des dizaines de milliers de Huguenots furent autorisés à s'installer en Prusse et lorsque Pierre le Grand, Frédéric le Grand et Marie-Thérèse d'Autriche facilitèrent l'immigration et l'établissement de grands nombres d'Allemands en Russie, en Prusse et dans les provinces orientales de l'Autriche-Hongrie. Bref, même si les politiques de migration d'un roi n'éviteraient pas entièrement les cas d'exclusion et d'intégration forcée, elles feraient grosso modo ce que feraient des propriétaires privés, s'ils pouvaient décider qui admettre et qui exclure. Le roi serait particulièrement regardant, se souciant à l'extrême d'améliorer la qualité du capital humain résident, afin d'accroître la valeur du sol ou d'éviter de la diminuer.
On peut prédire que les politiques de migration prendront un tour différent une fois l'Etat devenu propriété publique. Le dirigeant n'est plus propriétaire de la valeur en capital du pays, il n'en dispose plus qu'à titre temporaire. Il ne peut pas vendre ni léguer sa place de dirigeant, n'étant qu'un gérant provisoire. En outre, la "liberté d'entrer" existe dans cette profession de gérant étatique*. N'importe qui, en principe, peut devenir dirigeant d'un pays.
Les démocraties telles qu'elles sont apparues sur une large échelle après la Première guerre mondiale présentent des exemples historiques de gouvernement public. Encore une fois, si on ne leur prête pas d'autre intérêt que personnel (le souci d'accroître au maximum leur revenu pécuniaire et psychique : l'argent et le pouvoir), les maîtres démocratiques cherchent à accroître au maximum le revenu courant aux dépens de la valeur en capital, dont ils ne peuvent pas s'emparer à titre privé. De sorte que, se conformant à l'égalitarisme inhérent au suffrage universel**, ils ont tendance à mener des politiques nettement égalitaires —non discriminatoires— en matière d'émigration et d'immigration.
En ce qui concerne la politique d'émigration, cela implique que le dirigeant démocratique se soucie peu de savoir si ce sont des gens productifs ou improductifs, des cerveaux ou des clochards, qui quittent le pays. Les uns et les autres ont le même droit de vote. En fait, le dirigeant démocratique pourrait bien s'inquiéter davantage de la perte d'un parasite que de celle d'un génie productif. Car si la perte du second dégrade certainement la valeur du pays, alors que la disparition du premier pourrait l'accroître, un dirigeant démocratique n'est pas propriétaire du pays. A court terme, un paumé qui vote pour des mesures égalitaristes pourrait même avoir plus de valeur pour le dirigeant démocratique que n'en a le génie productif : celui-ci,-


* Ce qu'on pourrait appeler un satrape, en vertu non du statut juridique exact de ces nobles prédateurs, mais de leur conduite vis-à-vis des richesses temporairement mises à leur disposition [N.d.T.].
** Cf. Anthony de Jasay : L'Etat, Paris, Les Belles Lettres, 1995 [N.d.T.].

 

-victime de choix de l'égalitarisme, a plus de chances de voter contre le dirigeant en question*.
Pour la même raison, un dirigeant démocratique, tout à l'opposé d'un roi, en fera peu pour expulser les gens dont la présence dans le pays constitue une nuisance (les indésirables, dont la présence fait baisser les valeurs immobilières). En fait, ces indésirables-là —parasites, tordus, délinquants— ont des chances de figurer parmi ses plus fidèles électeurs. En ce qui concerne les politiques d'immigration, les raisons d'agir ou de ne pas agir sont tout aussi faussées, et les résultats sont également pervers. Pour un démocrate officiel, peu importe que ce soient des gueux ou des génies, des gens plus ou moins civilisés que la moyenne, ou plus ou moins productifs, qui entrent dans le pays. Il ne se soucie pas beaucoup non plus de la distinction entre travailleurs temporaires (titulaires d'un permis de travail) et les immigrés définitifs, propriétaires permanents (les citoyens naturalisés). En fait, les nécessiteux et les improductifs pourraient bien être préférables comme résidents et comme citoyens parce qu'ils posent davantage de ce qu'on appelle les "problèmes sociaux", et que ces dirigeants-là prospèrent de l'existence de tels problèmes. En outre, les tarés, les gens inférieurs, auront plus de chances d'appuyer ses politiques égalitaristes, alors que les génies et les gens supérieurs s'y refuseront. Le résultat de ces politiques de discrimination est une intégration forcée : on impose des masses d'immigrants inférieurs à des propriétaires nationaux qui, s'ils avaient décidé eux mêmes, auraient fortement discriminé et se seraient choisis des voisins très différents. Ainsi, les lois sur l'immigration aux Etats-Unis de 1965, le meilleur exemple de démocratie en action, a éliminé tous les critères de "qualité" préalablement existants et la préférence explicite pour les immigrants européens, la remplaçant par une politique de non-discrimination presque complète (de "multiculturalisme").
En fait, même si on l'a rarement fait observer, la politique d'immigration d'une démocratie est le reflet de sa propre politique interne relativement aux mouvements de population : vis-à vis des choix volontaires d'association ou de désassociation, de ségrégation ou d'intégration, de rapprochement ou d'éloignement physique des différents propriétaires. Comme le ferait un roi, un dirigeant démocratique favorisera la surintégration spatiale en produisant à l'excès le "service collectif" des voies publiques. Cependant, pour un dirigeant démocratique, à la différence d'un roi, il ne suffira pas que tout le monde puisse "aller et venir" jusqu'à la porte de tout un chacun sur les routes des hommes de l'Etat. Soucieux d'accroître son revenu et son pouvoir actuels aux dépens du capital installé et sous l'influence du préjugé égalitariste, le démocrate patenté ira bien plus loin. Le gouvernement fera des lois "contre la discrimination" —on ne pourra plus choisir de ne pas côtoyer les Juifs, Nègres, bougres, etc.— pour forcer l'entrée de la propriété de chacun et en ouvrir l'accès à n'importe qui. Il n'est donc guère surprenant que la législation des "droits civiques" aux Etats-Unis, qui interdisait les distinctions privées sur le critère de la couleur, de la race, de l'origine nationale, etc. et imposait de ce fait
la déségrégation, a coïncidé avec l'adoption d'une politique d'immigration non-discriminatoire, ce qui signifiait une déségrégation internationale imposée (l'intégration forcée).

 

*** Que la redistribution politique se fasse au nom de l'"égalité" conduira certainement à une discrimination- persécution —éventuellement ostensible— contre les plus productifs (cf. l'impôt sur le revenu). En revanche les "pauvres", tout comme "l'égalité", y sont surtout un prétexte rhétorique, n'ayant que rarement un pouvoir politique, alors que la redistribution politique est par définition menée par les puissants, au détriment des faibles (cf. L'Etat, ch. 3 et 4) [N.d.T.].

La situation actuelle des Etats-Unis et de l'Europe occidentale en matière d'immigration n'a donc absolument rien à voir avec un quelconque "libéralisme". Il s'agit d'intégration forcée, purement et simplement, et l'intégration forcée est le résultat prévisible de la démocratie sociale* où règne le principe "un homme-une voix". Abolir l'intégration forcée exige de combattre la démocratie sociale, pour finalement abolir le caractère "public" des décisions**. Plus spécifiquement, le pouvoir d'inviter ou d'exclure doit être retiré aux hommes de l'Etat central pour être remis aux régions, provinces, départements, villes, villages, quartiers résidentiels et finalement aux propriétaires privés et à leurs associations volontaires. On atteint ces objectifs par la décentralisation et la sécession (l'une et l'autre par essence contraires à la démocratie sociale et à la règle majoritaire). On serait par conséquent bien engagé dans la voie d'une restauration de la liberté d'association et d'exclusion qui procède de l'idée libérale et de l'institution de la propriété privée, et une bonne partie des conflits qui naissent actuellement de l'intégration forcée disparaîtraient si seulement les villes et villages pouvaient, et voulaient faire ce qu'ils faisaient tout naturellement bien avant dans le XIX° siècle en Europe et aux Etats-Unis : afficher des pancartes énonçant les conditions d'entrée dans la ville (pas de mendiants, ou de clochards, ou de vagabonds, mais aussi pas de Musulmans, pas de Juifs, ou de Catholiques, ou de Protestants, ou d'Américains) ; chasser comme contrevenant quiconque ne répond pas aux conditions affichées ; et résoudre la question de la "naturalisation" à la manière suisse, où ce sont les assemblées locales, et non le gouvernement central, qui décident qui peut, ou ne peut pas devenir citoyen.
Que doit-on espérer et prôner comme politique d'immigration correcte, aussi longtemps que l'Etat central démocratique existe toujours et qu'il s'arroge avec succès le pouvoir d'imposer une politique uniforme d'immigration ? La meilleure que l'on puisse espérer va "contre la nature" de la démocratie, et n'a donc pas beaucoup de chances d'arriver : c'est que les dirigeants démocratiques se conduisent "comme si" ils étaient personnellement propriétaires du pays, comme s'ils avaient à décider qui admettre et qui exclure dans leur propre propriété privée (dans leur propre maison même). Cela signifie pratiquer une politique de discrimination
extrême : de stricte discrimination en faveur de ceux qui présentent les plus grandes qualités humaines d'expertise, de caractère et de compatibilité culturelle.

Plus spécifiquement, cela veut dire que l'on distingue strictement entre les "citoyens" (les immigrés "naturalisés") et les "étrangers résidents", en excluant ces derniers de tout "avantage social". Cela signifie exiger, pour l'acquisition du statut de résident étranger aussi bien que celui de citoyen, le parrainage personnel d'un citoyen résident, se portant garant pour toute-


* L'auteur avait écrit "démocratie", ne croyant pas non plus que celle-ci puisse être autre que "sociale", c'est-à-dire pillarde [N.d.T.].
** Même remarque : l'auteur avait écrit : "la dé-démocratisation de la société, et finalement l'abolition de la démocratie". J'affiche une version plus politiquement correcte, mais on n'est pas obligé de la reprendre... [N.d.T.].

 

-atteinte à la propriété causée par l'immigrant. Cela implique d'exiger un contrat d'embauche en vigueur avec un citoyen résident ; en outre, pour les deux catégories, mais particulièrement celle de la citoyenneté, cela implique que l'immigrant doit présenter non seulement une connaissance de [notre] langue mais encore des capacités intellectuelles générales supérieures (au-dessus de la moyenne) et des qualités de caractère compatibles avec notre système de valeurs —avec pour résultat prévisible une tendance systématique à favoriser l'immigration des Européens.


Lisez le DOSSIER  sur LE LIBERTARIANISME

 

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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 00:34

mercredi 19 août 2009, par Cthulhu

"La monnaie, c’est de la liberté frappée" (Dostoievsky). Jamais cette analyse n’a été plus vrai qu’en ces temps où des pans entiers de notre économie sont rachetés directement (Arcelor, les hôtels Ritz et Meurice…) ou indirectement (Heuliez, Christian Lacroix, DMS…) par des fonds étrangers, notamment en provenance des pays du Golfe.


Cette sujétion économique se traduit par un asservissement touchant notamment aux bases de notre droit monétaire et financier. Trois grands textes organisent le retour de notre économie moderne, fondée sur des principes de rationalité, critiquables dans leurs effets et leurs applications, à une économie basée sur des principes théologiques : les propositions dite "de Paris – Europlace", en date du 2 septembre 2008 [1] (I) et deux avis de l’autorité des marchés financiers (AMF) en date du 17 juillet 2007 et du 2 juillet 2008 (II).


I – Les propositions de Paris

Ces dernières ont pour objet non d’examiner la comptabilité entre notre droit et un droit bâti sur des principes totalement étranger, mais, comme l’indique son titre "la promotion de la finance islamique en France".

Cette "promotion" est nécessaire car s’il appartient à chacun d’investir selon sa conscience, certaines pratiques des fonds d’investissement musulmans apparaissaient comme clairement discriminatoires. De plus l’intérêt, notion centrale dans la finance actuelle assise sur l’écoulement temps et l’importance estimé d’un risque, est proscrit par l’islam.

Afin de permettre à la finance islamique de se développer, il a donc fallu procéder à des "aménagements" nécessaires à l’adaptation du droit français à la finance islamique, aménagements destinés à cautionner des montages juridiques aussi complexes (et donc polémogènes) qu’hypocrites : leur but explicite est, au travers du respect de la lettre du droit islamique, d’en effacer l’esprit en aboutissant rigoureusement au même résultat de maximisation financière que ceux de la finance "classique".

Les propositions de Paris examinent les quatre principaux domaines de l’intervention financière, à savoir la gestion des actifs (a), le financement des actifs (b), le financement de l’activité (c) et l’assurance (d).

a - La gestion d’actif

En la matière, l’essentiel des "avancées" ont déjà été obtenues par une note de l’autorité financière des marchés (AMF) du 17 juillet 2007 autorisant les établissements de crédit et les sociétés d’investissement à s’affranchir des règles prudentielles, notamment en recourant à des indices spécifiquement religieux [2], tel un indice de valeur compatible avec la Sharia (sharia compliant), spécifiquement crée et contrôlé par un sharia board, lui aussi crée pour l’occasion.

b - Le financement des actifs

Afin de garantir un financement islamiquement correct, il est institué la murahaba pour remplacer le prêt à intérêt, interdit en islam, l’ijara qui est un crédit-bail ordinaire garanti par un fond commun de créances, et l’istisna [3].

Pour que ces opérations puissent être menées à bien, plusieurs réformes d’ampleur sont actuellement en cours de réalisation, affectant de multiples branches du droit, notamment civil, commercial et fiscal. Leurs effets collatéraux viennent ébranler un édifice complexe, notamment :

- En admettant la cession de créances de nature civiles (comme une créance de loyer), à titre de garantie pour que ces opérations soient accessibles au plus grand nombre, alors que seuls les créances commerciales (comme une lettre de change) peuvent pour l’instant être cédées en garantie [4]. Il s’agit là d’un revirement de jurisprudence particulièrement dangereux, dans la mesure où les créances commerciales possèdent une liquidité et des possibilités de recouvrement sans commune mesure avec les créances civiles.

- En exonérant de la garantie des vices cachés [5] le revendeur d’un bien acquit temporairement aux fins de garantir le financement d’une opération de murahaba, d’ijara ou d’istisna. Les pires abus pourraient ainsi être commis par le détenteur temporaire du bien, le vendeur initial du bien supportant seul la responsabilité des déprédations éventuelles.

- En transformant la fiducie [6] en wakf, fiducie au régime considérablement assouplie, diminuant ainsi les garanties octroyées aux bénéficiaires de la fiducie, essentiellement des fondations caritatives ou des mineurs.

Ces effets juridiques impliquent également des changements organisationnels profonds : ainsi sera-t-il nécessaire de permettre à n’importe quelle société détenue à 90 % par une banque islamique de bénéficier automatiquement du statut d’établissement bancaire. Cette réforme est particulièrement critiquable en ce qu’elle va permettre à des établissements non soumis aux strictes règles du monopole cambiaire, destinée à protéger les consommateurs, de bénéficier du droit de consentir des crédits-bails.

c - Le financement de l’activité générale

Concernant ce financement, si la musharaka [7] est un joint-venture des plus ordinaires, tout à fait compatible avec le droit actuel, le financement par sukuks [8] est beaucoup plus problématique, la rémunération perçue par leur porteur ne dépendant absolument pas du temps de détention mais de la seule performance financière des actifs auxquels ils sont adossés.

Cette amputation d’un des deux facteurs essentiels du calcul du risque oblige le droit français à de sérieuses contorsions afin d’arriver à créer des obligations qui puissent être émises sans danger pour la souscription par un consommateur, et possédant une rémunération correcte et objectivement déterminable. Ainsi, est-il nécessaire de réglementer strictement ces obligations, notamment en s’assurant que l’actif auquel elles sont adossées est constituée de valeurs mobilières corporelles (des objets tangibles…) afin d’éviter les sukuks de pure complaisance, de fixer un rendement financier obligatoire de l’actif sous-jacent et d’interdire la rémunération des sukuks si ce dernier n’est pas atteint, afin d’éviter les opérations de pure spéculation. Le plus surprenant (et périlleux) demeure toutefois la soumission des sukuks à l’institution religieuse du Sharia Board, qui est seul garante de la régularité et de la bonne fin des opérations et qui se prononce par fatwa (avis) sur ces sujets.

Enfin, les sukuks, s’inscrivant dans le droit musulman, ignorent la notion de "taux d’usure", cette notion étant directement liée à celle de taux d’intérêts. Ainsi est-il possible, entre professionnels seulement à l’heure actuelle, de créer des sukuks présentant des obligations de rendement ahurissantes, qui les ferait qualifier "d’usuraire" (et concomitamment, interdire) s’ils étaient soumis à la législation bancaire classique.

d - L’assurance

L’assurance Takaful repose essentiellement pour l’investissement des fonds collectés sur le mécanisme de la Mudaraba [9]. Cette assurance du risque est toutefois très particulière : les primes des souscripteurs doivent être investies dans des activités halal (conforme à la loi islamique), un Sharia Board étant en charge du contrôle de ces investissements. De plus, les risques haram (contraires à la loi islamique) comme la conduite en état d’ivresse, la consommation d’alcool étant prohibée en islam, font soit l’objet d’une éviction de garantie, soit de franchises considérablement relevées.


II – Les avis de l’AFM

Les avis de l’AMF concernent les critères extra-financiers de sélection de titres dans lesquels investissent les fonds islamiques. Il est en effet possible d’investir en fonction de critères autres que ceux de la rentabilité financière (tels les fonds d’investissement socialement responsables [10] ou ceux intéressant le développement durable) et de distribuer les revenus ainsi obtenus de manière particulière, comme les fonds dit "de partage" [11].

Concernant les fonds investissant dans des produits jugés conformes à l’islam, l’AMF exige notamment :

- Que le Sharia board ne procède pas à la sélection des titres dans lesquels les fonds investissent mais se contente d’émettre un avis sur leur conformité ou non aux règles de l’islam, ce qui impose que chaque banque proposant un fond d’investissement islamique soit dotée d’un Sharia Board. En effet, il ressort des dispositions conjointes des articles 322-12 et 322-21 du règlement général de l’AMF que l’organisme proposant de tels produits doit conserver son autonomie, notamment dans les moyens d’apprécier seul la pertinence des critères extra-financier émis par un organisme tiers. Or qui d’autres qu’un Sharia Board (interne) est à même de valider les critères émis par un autre Sharia Board... ?

- Que les critères extra-financiers choisis respectent l’ensemble des dispositions législatives et réglementaires en vigueur... Ce qui pourrait paraître une évidence l’est beaucoup moins lorsque l’on connait le contenu des textes coraniques, tout particulièrement à l’encontre des non-musulmans, des femmes et des Juifs... Un Sharia Board pourrait-il, à titre d’exemple, licitement exclure une entreprise détenue majoritairement par des capitaux israéliens ou diriger par des israéliens ?

- Que la partie des dividendes ainsi gagnée que les musulmans considèrent comme "impure" [12] (environ 10 %) soit versée à un organisme islamique caritatifs et / ou reconnu d’utilité publique. En France, c’est l’Institut du Monde Arabe qui reçoit ces dons.

La finance islamique introduit donc de nombreuses distorsions contraires à certains principes directeurs de notre droit, qui établit, sauf exception, une distinction très claire entre morale et mécanisme techniques, ces derniers n’étant pas en eux-mêmes (im)moraux, seul la finalité de leur utilisation l’étant : toutefois cette dernière dépend de la seule volonté de l’Homme... Dans la finance islamique, il est soumis à la nature des choses, déclarées bonnes ou mauvaises, ce qui traduit une inquiétante réification de sa personne réduite au rang de sujet. Le droit n’est alors plus fait par l’Homme pour lui, mais en contemplation de buts immanents. La soumission de techniques juridiques régissant des mathématiques financières inscrites au cœur de nos sociétés à la fatwa de quelques assemblées religieuses prend alors des allures spectaculairement régressives.



Notes

[1] Dont le résumé se trouve sur le site du ministère des finances..

[2] Les définitions de ces nouveaux termes se trouvent pour partie intégrés dans l’index officiel (annexe 5) du Code Monétaire et Financier dont certaines pages sont reproduites ci-après.

[3] L’isitina est une variante de la réserve de la clause de réserve de propriété dans un contrat de vente (clause par laquelle la propriété de la marchandise demeure acquise au vendeur jusqu’au complet paiement du prix), mais appliquée à un contrat d’entreprise (le contrat ou une partie demande à une autre de lui fabriquer ou construire un ouvrage moyennant une rémunération, payable d’avance, de manière échelonnée ou à terme).

[4] Cour de cassation, Chambre commerciale, SARL DIVA vs Crédit mutuel du Nord de la France, 19 décembre 2006.

[5] Un vice caché est un défaut que l’acheteur ne pouvait pas déceler et dont il n’a pas eu connaissance au moment de la vente. Le caractère caché du vice s’apprécie en fonction de la qualité de l’acheteur (professionnel du domaine ou non) ou la nature de la chose vendue (complexe ou non). Cette garantie légale prévue aux articles 1641 et suivants du Code Civil s’applique à tous les biens meubles achetés quotidiennement.

[6] La fiducie est le contrat par lequel une personne (le constituant) transfère temporairement la propriété de biens ou de droits à une autre, à charge pour ce dernier d’agir dans l’intérêt du constituant (ou d’autres personnes) dans un but déterminé. Les anglo-saxons appellent ce contrat trust.

[7] la musharaka est une formule de financement participatif où une banque et un client participent ensemble au financement d’une opération. Les profits ou les pertes résultant de l’opération sont répartis entre eux au prorata de leurs apports respectifs

[8] Les sukuks représentent une obligation dont le rendement est basé sur un ou plusieurs actifs (un portefeuille d’emprunts immobiliers, de créances commerciales)

[9] La mudaraba est identique à la musharaka , sauf qu’il s’agit d’une association à court terme constituée essentiellement de la mise en commun de capitaux.

[10] Ces fonds n’investissent que dans des entreprises respectant certaines normes éthiques envers leurs salariés (interdiction du travail des enfants, versement d’une juste rémunération, etc…).

[11] Ces fonds reversent une partie de leurs dividendes à des associations caritatives, culturelles ou promouvant la recherche scientifique.

[12] Cette partie alimente le zakat, l’aumône, un des 5 piliers de l’islam.


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La finance islamique et l'imposition de la charia

1. L’Occident alléché par la finance islamique

Vous qui pensiez que tout ce qui touche à la charia, la « loi islamique », revêt forcément aux yeux des Occidentaux un aspect négatif, détrompez-vous : la finance islamique, qui, comme son nom le souligne, relève de règles éthiques et religieuses islamiques, semble avoir de beaux jours devant elle dans les pays d’Europe et d’Occident. De fait, ceux-ci, par l’odeur des pétrodollars alléchés, voient aujourd’hui dans la finance islamique un moyen de renflouer leurs caisses. Les chiffres d’ailleurs ne parlent-ils pas d’eux-mêmes : « 1000 milliards de dollars en 2010, c’est l’encours prévu par les économistes pour la finance islamique. Un chiffre en constante progression depuis de nombreuses années. De 2003 à 2007, il a engendré une hausse de 15 % » (Chaker Nouri). En France, le porte-parole de la cause de la finance islamique n’est autre que le ministre de l’Économie, Christine Lagarde. En 2009, à l’occasion d’un colloque, celle-ci a ainsi déclaré que pour « les banques qui souhaiteraient réaliser des opérations conformes aux dispositions de la charia, le territoire français est évidemment prêt à les accueillir… Considérez le territoire français comme une terre d’accueil. » Les enjeux de cette opération ? 120 milliards d’euros à l’horizon 2020 et rattraper ainsi la City londonienne qui se conduit en « terre d’accueil » pour la finance islamique depuis déjà une dizaine d’années.


2. Une finance islamique ?

Lorsqu’on parle de « finance islamique », certains s’interrogent encore : « Mais voyons, il ne peut exister de finance à proprement parler "islamique", la finance c’est la finance, point ! » Erreur. La finance islamique est conforme à la charia, la « loi islamique ». À la suite des récents – et futurs ? - désastres qui ont frappé la finance mondiale, certains tentent même de présenter la finance islamique comme une finance « éthique », du seul fait qu’elle interdit les intérêts, l’incertitude, la spéculation et qu’elle vise au partage des profits. C’est là, disons-le, une vision très idéalisée de la finance islamique. Ainsi, Charles Garreau (54 ans), un entrepreneur pourtant favorable à la finance islamique, a bien dû admettre que « contrairement à ce que l’on croit, ce n’est pas une finance éthique », mais d’ajouter aussitôt : « [L]e principe fondateur de la finance islamique, c’est le partage des risques. En clair, un investisseur qui investit dans une boîte prend autant de risque que le porteur du projet, contrairement au système classique. Vous contractez un prêt auprès de votre banquier afin de financer votre activité commerciale. Si votre boîte par la suite fait faillite, vous serez toujours redevable. Or, en théorie, votre banque est un partenaire pour le pire et le meilleur…surtout pour le meilleur en l’occurrence. » Et Xavier Ducros, un trader de 38 ans, de renchérir : « J’ai travaillé sur la finance islamique, où l’accession à la propriété est le fruit d’un partenariat entre la banque et le client. La banque achète le bien, le revend au client avec une plus-value. On détermine une durée de remboursement sur plusieurs années. Le client détiendra la pleine propriété uniquement lorsque la somme totale sera remboursée. Pendant ce temps, le bien sera en copropriété. » Et d’aucuns d’en conclure un peu vite que voilà un sujet issu de l’islam qui semble recueillir l’unanimité.


3. L’imposition de la charia par les pétrodollars ?

En effet, que pouvons-nous retenir principalement de cette finance islamique, sinon que ce qu’elle subventionne lui appartient en droit (islamique) jusqu’à ce que vous ayez totalement remboursé votre dette ? Quelles implications ces « règles du jeu » islamiques pourraient-elles avoir dans le contexte d’un endettement public que l’on sait généralisé et chronique dans les pays occidentaux ? Est-ce à dire qu’un État qui serait, par exemple, endetté envers des banques islamiques ne s’appartiendrait plus vraiment jusqu’à ce qu’il ait totalement remboursé sa dette ? Quel impact cet endettement, qu’au vu de l’état de nos finances publiques, l’on sait permanent et croissant, aura-t-il sur la politique de nos États ? Liés financièrement à la charia, les États d’Occident, endettés, ne devront-ils pas par la suite se plier à d’autres desiderata de la loi islamique ? Alors, unanimité en faveur de la finance islamique ? Certainement pas !


4. Le témoignage de Guy Millière

Ainsi, Guy Millière nous met-il opportunément en garde : l’islam militant, nous dit-il, qui inclut l’islam radical mais ne se limite pas à lui, loin s’en faut, se livre aujourd’hui à une offensive planétaire et « son instrument de prédilection, ces derniers temps, n’est pas le foulard ou la burqa dont on parle tant, n’est pas non plus la construction des minarets, mais bien la finance islamique » que les serviteurs d’une Europe qui pratique activement la soumission préventive, tentent de nous présenter, comme nous l’avons signalé, comme une « finance éthique ». « Les investissements, poursuit Monsieur Millière, faits dans le cadre de la finance islamique doivent être conformes à la charia : certaines activités et façons de se livrer à ses activités sont illicites (haram). Sont concernés non seulement les jeux de hasard et l’alcool, mais aussi la liberté de parole et la liberté religieuse. Critiquer l’islam est inconcevable, dit la charia. Placer toutes les religions sur un pied d’égalité est inconcevable aussi. Tous les investissements doivent être supervisés par un bureau de la charia : ce qui équivaut à réintroduire une surveillance des activités économiques par des religieux. » En clair, « vouloir attirer des capitaux en mettant le doigt dans les engrenages de la soumission à des valeurs et des modalités étrangères au capitalisme démocratique implique le risque de se trouver broyé entièrement par ces engrenages. »

Éric Timmermans



Sources :

 

Guy Millière explique au Cri du Contribuable les dangers de la finance islamique 


Lisez le DOSSIER sur le WEB RESISTANT

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 20:35

Frédéric Bastiat

http://bastiat.org/

Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n'engendrent pas seulement un effet, mais une série d'effets. [1] De ces effets, le premier seul est immédiat; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas; heureux si on les prévoit.

Entre un mauvais et un bon Économiste, voici toute la différence: l'un s'en tient à l'effet visible; l'autre tient compte et de l'effet qu'on voit et de ceux qu'il faut prévoir.

Mais cette différence est énorme, car il arrive presque toujours que, lorsque la conséquence immédiate est favorable, les conséquences ultérieures sont funestes, et vice versa. — D'où il suit que le mauvais Économiste poursuit un petit bien actuel qui sera suivi d'un grand mal à venir, tandis que le vrai économiste poursuit un grand bien à venir, au risque d'une petit mal actuel.

Du reste, il en est ainsi en hygiène, en morale. Souvent, plus le premier fruit d'une habitude est doux, plus les autres sont amers. Témoin: la débauche, la paresse, la prodigalité. Lors donc qu'un homme, frappé de l'effet qu'on voit, n'a pas encore appris à discerner ceux qu'on ne voit pas, il s'abandonne à des habitudes funestes, non-seulement par penchant, mais par calcul.

Ceci explique l'évolution fatalement douloureuse de l'humanité. L'ignorance entoure son berceau; donc elle se détermine dans ses actes par leurs premières conséquences, les seules, à son origine, qu'elle puisse voir. Ce n'est qu'à la longue qu'elle apprend à tenir compte des autres [2]. Deux maîtres, bien divers, lui enseignent cette leçon: l'Expérience et la Prévoyance. L'expérience régente efficacement mais brutalement. Elle nous instruit de tous les effets d'un acte en nous les faisant ressentir, et nous ne pouvons manquer de finir par savoir que le feu brûle, à force de nous brûler. À ce rude docteur, j'en voudrais, autant que possible, substituer un plus doux: la Prévoyance. C'est pourquoi je rechercherai les conséquences de quelques phénomènes économiques, opposant à celles qu'on voit celles qu'on ne voit pas. 


Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas dans les catastrophes


Un éclairage de l’économiste Jean-Yves Naudet sur ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, en particulier avec les catastrophes naturelles.

Jacques Garello a consacré un éditorial il y a quinze jours au thème des « catastrophes naturelles » (NL 1029 du 6 mars), faisant allusion aux tsunami, tremblements de terre, ouragans, tempêtes, ce qui l’a amené à une réflexion sur les relations entre l’homme et la nature. Mais il n’y a pas que les catastrophes naturelles, il y a aussi celles provoquées par les hommes, les guerres, ou les attentats, qui entraînent aussi leur lot de malheurs et de destructions : les pires catastrophes ont été des catastrophes humaines, soulignait Jacques Garello en terminant. Or, sur le plan économique, ce qui est étonnant, c’est qu’il y a toujours des commentateurs et des « experts » qui expliquent qu’au-delà des drames humains, toutes ces catastrophes vont contribuer à relancer l’économie. C’est sans doute bien triste, dit-on, mais c’est bon pour la croissance. Il y a plus d’un siècle et demi Fréderic Bastiat expliquait, avec « ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas » toutes les erreurs contenues dans ces analyses.

« Une bonne guerre, et ça repart »

Au-delà même des catastrophes naturelles et des attentats terroristes, qui n’a pas entendu dire un jour : « une bonne guerre, et l’économie va repartir » ? Qui n’a pas lu que les attentats du 11 septembre, en particulier à New-York, allaient booster l’économie américaine, et les diverses tempêtes relancer une partie de l’économie française ? Certains, plus discrets compte tenu du nombre de morts, ont laissé entendre qu’Haïti allait enfin décoller après le tremblement de terre, en raison de l’importance de la nécessaire reconstruction.

Au-delà de l’aspect cynique de ces affirmations, qui font bon marché de la vie humaine, surtout quand on souhaite une guerre pour relancer l’économie, quel est le raisonnement implicite ou parfois même explicite ? Une ville détruite, c’est une ville à reconstruire. Il va donc falloir investir en logements, en bâtiments publics ou privés : ces constructions vont faire travailler des entreprises, créer des emplois, nécessaires à la reconstruction, entraîner la production de biens intermédiaires, favorisant de nombreux secteurs.

Les ménages devront à nouveau s’équiper, relançant le secteur des biens de consommation durables, puisqu’il faudra racheter des réfrigérateurs, des télévisions, des automobiles, des ordinateurs, des machines à laver, des meubles,… Tout cela va se diffuser dans toute l’économie, provoquant un vrai électrochoc, qui ne pourra qu’avoir un effet bénéfique sur la croissance. Nous n’exagérons pas : cela a été écrit, cela a été dit, nous l’avons encore en mémoire à propos de la tempête de 1999 : elle allait relancer et le bâtiment et le secteur automobile, en raison des toitures détruites et des véhicules écrasés. Nous l’avons lu, certes avec les mots de compassion qui vont bien entourant l’article, à propos du 11 septembre.

« La vitre cassée »

Comme toujours, la réponse a été donnée depuis longtemps par Fréderic Bastiat, dans un de ses tous derniers écrits, que l’on trouve dans le tome V de ses œuvres complètes (Tome II des sophismes économiques) sous le titre « Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas » et qui a d’ailleurs été publié aussi en annexe du manuel de Joseph Garnier avec pour sous-titre « L’économie politique en une leçon ». Le principe est simple : « Dans la sphère économique, un acte, une habitude, une institution, une loi n’engendrent pas seulement un effet, mais une série d’effets. De ces effets, le premier seul est immédiat ; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas ; heureux si on les prévoit ». C’est, précisait Bastiat, ce qui fait la différence entre un mauvais et un bon économiste, puisque le premier s’en tient à l’effet visible et l’autre tient compte de ce qu’on voit, mais aussi de ce qu’on ne voit pas.

Essayons d’être un bon économiste. Bastiat a traité cette question sous de nombreux angles. Le premier est le plus proche de notre sujet, c’est « la vitre cassée ». Des enfants s’amusent dans une rue et cassent par accident quelques vitres. Fureur du propriétaire ; commentaire des voisins « De tels accidents font aller l’industrie… ». Nous voilà au cœur du sujet. Car ce qu’on voit est évident : il faudra remplacer les vitres. Il faudra donc faire appel au vitrier, dont le chiffre d’affaires va augmenter, ainsi que celui de ses fournisseurs. Voilà un secteur relancé, ici à petite échelle, ailleurs, pour les catastrophes, à grande échelle.

Mais Bastiat nous explique ce qu’on ne voit pas. Le propriétaire va dépenser une certaine somme pour réparer la vitre. Du coup cet argent ne pourra plus être utilisé par lui pour autre chose, des chaussures ou des livres par exemple. La production va donc se réduire dans les autres secteurs. Le bilan total sera nul pour l’économie, il y a juste eu modification des achats. Quant au propriétaire, son utilité aura diminué, car il avait une vitre et en a à nouveau une, mais il se prive de chaussures ou de livres. Le bilan est nul pour l’industrie et négatif pour le propriétaire. Globalement « la société perd la valeur des objets inutilement détruits ». Bref « destruction n’est pas profit ». Et Bastiat de rappeler que déjà à son époque des économistes (comme M. de Saint-Chamans) avaient calculé ce que l’économie gagnerait à l’incendie de Paris. Nous avons aussi nos Saint-Chamans du XXI° siècle.

Nos Saint-Chamans modernes ont de l’imagination

Mais nos Saint-Chamans modernes ont de l’imagination. Ce n’est plus toujours le propriétaire qui paie, c’est l’assureur, ou l’Etat. Il y a donc bien un effet de relance, puisque le propriétaire n’a pas dépensé son argent. Mais ils oublient que les assureurs prennent leur argent chez les assurés : ils vont augmenter les primes, ou réduire leurs profits : dans tous ces cas, autant de revenus en moins et de dépenses en moins. Et si c’est l’Etat ? Il va payer grâce aux impôts ou grâce au déficit. Les impôts réduisent nos revenus et plus l’Etat dépense, moins il nous reste de pouvoir d’achat pour dépenser : bilan nul. Et si c’est l’emprunt, voilà une épargne détournée vers l’Etat, épargne qui ne sera plus là pour financer les investissements productifs (effet d’éviction). De toutes façons, quelqu’un paie, puisqu’il n’y a pas, comme aimait à le dire Friedman, « de repas gratuit ». Il n’y a pas non plus de reconstruction gratuite. Et ni un tremblement de terre, ni une « bonne guerre » ne relancera jamais l’économie.

Mais ce qui est encore plus significatif chez Bastiat, c’est qu’il a pris bien d’autres illustrations, depuis les travaux publics jusqu’à l’impôt. Et voilà l’extraordinaire : en 1850, Bastiat dénonce ce que Keynes affirmera en 1936 et que tous les keynésiens affirment encore aujourd’hui : la relance par les dépenses publiques, les travaux publics, les emplois publics, c’est ce qui va nous sauver de la récession : il suffit de regarder ce qui se passe depuis deux ans avec la folie des déficits liés à l’explosion des dépenses publiques pour « sauver nos économies ».

Et si les dépenses de l’Etat étaient la plus grosse des catastrophes ?

Bastiat a, de manière définitive, répondu à ces arguments. Et les keynésiens partisans de la relance par l’Etat ne disent rien d’autre que ceux qui imaginent qu’une catastrophe va relancer l’économie. L’Etat n’est au fond que la plus grosse des catastrophes. Les emplois publics ? Certes, ils font immédiatement diminuer le nombre de sans-emplois. Mais il faut les financer, par impôt ou par emprunt. Dans les deux cas, voilà autant de dépenses en moins dans le secteur privé, donc autant d’emplois détruits. Bilan en termes d’emplois : nul, et même négatif car il y a les pertes bureaucratiques en ligne. C’est toujours l’effet d’éviction : les dépenses publiques viennent évincer les dépenses privées qui ne peuvent ainsi avoir lieu. Il y a donc bien un effet : c’est l’accroissement de la sphère publique et l’appauvrissement de la sphère privée. Cela s’appelle le socialisme. A ce titre Bastiat dénonçait « les ateliers nationaux »

Bien entendu, il en va de même pour les dépenses publiques, de fonctionnement ou d’investissement, comme celles réalisées avec le grand emprunt : ce ne sont pas des investissements productifs et si ces équipements peuvent se justifier en eux-mêmes (une route peut être utile) ils ne le sont pas pour leur effet de relance. Ces dépenses sont financées par un transfert du privé au public. Le bilan sera nul et sans doute négatif, on aura remplacé une dépense « productive », c’est-à-dire répondant à des demandes réelles des consommateurs, et engageant la responsabilité des entreprises, par des dépenses dont on ne sait jamais si elles sont pur gaspillage, ou quel besoin réel et à quel coût elles répondent.

Puisque cette lettre paraît au lendemain des élections régionales, que les élus sachent que leurs décisions de dépenses publiques n’auront aucun impact sur la reprise. Ils devraient se souvenir de ce que Turgot disait à Louis XVI en 1774 : « Il faut, Sire, vous armer, contre votre bonté, de votre bonté même : considérer d’où vient cet argent que vous pouvez distribuer à vos courtisans ». Cela n’a pas pris une ride.

Sur le Web Catastrophes : Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas

 

Illustration : rue dévastée de Phuket, Thaïlande, après le tsunami lié au tremblement de terre sous-marin. Licence de documentation libre GNU 1.2, auteur Peregrine981

 

 

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 20:09

Montréal, 14 janvier 2007 • No 208

 

MOT POUR MOT

 

Nous publions ici la traduction du texte intitulé « Great Myths of the Great Depression », avec l'aimable permission de son auteur, Lawrence Reed. Traduction de Francis Dumouchel.

 
 

LA GRANDE DÉPRESSION DÉMYSTIFIÉE (1)

 

par Lawrence W. Reed

 

          Les étudiants d’aujourd’hui reçoivent souvent un portrait tendancieux de la Grande Dépression (1929-1941) présentant le libre marché comme responsable des difficultés économiques de l’époque et favorisant l’intervention étatique comme solution. Dans la première partie de ce texte, Lawrence Reed, président du Mackinac Center for Public Policy, démystifie la perception usuelle de cette crise et souligne le rôle central qu’ont joué les piètres mesures gouvernementales dans le déclenchement et le prolongement de cette catastrophe légendaire.
 

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Introduction

          Plusieurs ouvrages ont été écrits à propos de la Grande Dépression de 1929 et de ses impacts sur la vie de millions d’Américains. Les historiens, les économistes et les politiciens ont tous passé au peigne fin les décombres de cette calamité afin de découvrir la « boîte noire » qui en révélera la cause. Malheureusement, la plupart d’entre eux décident finalement d’abandonner leurs recherches, peut-être parce qu’il est plus facile de véhiculer un tas de conclusions fausses et nuisibles à propos d’événements ayant eu lieu il y a de cela sept décennies. En conséquence, plusieurs personnes de nos jours continuent d’accepter des critiques injustifiées du capitalisme et de défendre des mesures étatiques qui sont économiquement destructrices.

          À quel point la Grande Dépression fut-elle grave? En quatre ans, de 1929 à 1933, la production des usines, des mines et des services d’utilité publique du pays déclina de moitié. Le revenu disponible réel des gens fut réduit de 28%. La valeur des actions en bourse s’est effondrée à un dixième du niveau précédant le krach. Le nombre d’Américains au chômage passa de 1,6 million en 1929 à 12,8 millions en 1933. Un travailleur sur quatre était sans emploi au point le plus bas de la Dépression et d’effrayantes rumeurs de révolte circulaient pour la première fois depuis la Guerre civile.

          « Le drame du grand Krach fut l’échec de toutes les tentatives de l’expliquer, écrit l’économiste Alan Reynolds. Les gens ont été laissés avec l’impression que des régressions économiques majeures pouvaient survenir n’importe quand, sans avertissement et sans raison. Cette crainte a été exploitée depuis afin de justifier une intervention pratiquement illimitée du gouvernement fédéral dans la sphère économique »(1).

          Les vieux mythes ne meurent jamais; ils continuent simplement d’apparaître dans les manuels d’économie et de science politique. Sauf quelques exceptions occasionnelles, c’est là que vous trouverez ce qui constitue peut-être le plus grand mythe du vingtième siècle: le capitalisme et le libre marché sont responsables de la Grande Dépression et seule l’intervention étatique a réussi à redresser l’économie américaine.
 

Un conte de fées moderne


          Selon cette vision simpliste, un pilier important du capitalisme, le marché boursier, s’est effondré et a entraîné l’Amérique dans une dépression. Les conditions sociales se seraient détériorées suite au refus du président Herbert Hoover, un partisan du « laissez-faire » économique, de se servir du pouvoir de l’État. Il aurait fallu attendre le successeur de Hoover, Franklin Delano Roosevelt, pour chevaucher l’étalon blanc de l’intervention étatique et conduire la nation vers un redressement. La leçon apparente à retenir serait qu’on ne peut pas faire confiance au capitalisme; l’État devrait remplir un rôle actif dans l’économie pour nous sauvegarder d’un déclin inévitable.

 

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La Grande Dépression dévasta toutes les régions des
États-Unis, même ses plus petites villes.

          Ceux qui disséminent cette version de l’Histoire pourraient tout aussi bien conclure leurs commentaires en disant « et Boucles d’Or retrouva son chemin hors de la forêt, Dorothée fut de retour au Kansas après son voyage à Oz, et le Petit Chaperon Rouge gagna à la loterie de New York ». Le compte rendu populaire de la Dépression que nous venons de décrire appartient au monde des contes de fées et n’a pas sa place dans une discussion sérieuse de l’histoire économique.
 

La Grande, Grande, Grande, Grande Dépression

          Pour comprendre adéquatement les événements de l’époque, il est approprié en réalité de voir la Grande Dépression non pas comme un, mais comme quatre déclins consécutifs rassemblés. Ces quatre « phases » sont(2):

          I – La politique monétaire et le cycle économique
          II – La désintégration de l’économie mondiale
          III – Le New Deal
          IV – Le Wagner Act

          La première phase explique pourquoi le krach de 1929 a eu lieu de prime abord; les trois autres montrent comment l’intervention étatique a empiré la situation et a maintenu l’économie dans le marasme pendant plus d’une décennie. Étudions-les une par une.
 

Phase I – Le cycle économique

          La Grande Dépression ne fut pas la première dépression des États-Unis, même si elle fut la plus longue. Plusieurs autres l’ont précédée.

          Un point commun de toutes ces débâcles antérieures est une intervention étatique désastreuse, souvent sous la forme d’une mauvaise gestion politique de la masse monétaire et du crédit. Toutefois, aucune de ces dépressions n’a duré plus de quatre ans et la plupart d’entre elles se terminèrent en moins de deux. La calamité qui débuta en 1929 dura au moins trois fois plus longtemps que n’importe laquelle des dépressions américaines précédentes parce que l’État a tenté de compenser ses erreurs initiales par une série de nouvelles interventions nuisibles.

La planification centralisée échoue au plan de la politique monétaire

          Une explication populaire de l’effondrement du marché boursier en 1929 concerne la pratique d’emprunter de l’argent pour acheter des actions. Plusieurs manuels d’histoire affirment allègrement qu’une spéculation boursière frénétique fut nourrie par des « prêts sur marge » excessifs. Gene Smiley, économiste à Marquette University, explique dans son livre Rethinking the Great Depression (2002) pourquoi cette observation n’est pas fructueuse:
 

          On avait depuis longtemps l’habitude des prêts sur marge pour l’achat de titres boursiers, et les exigences d’une marge – c’est-à-dire la proportion du prix d’achat payé en argent comptant – n’étaient pas moins élevées à la fin des années 1920 qu’au début ou que dans les décennies précédentes. En fait, à l’automne 1928 les exigences pour obtenir une marge se sont resserrées et les emprunteurs devaient payer comptant une plus grande proportion du prix d’achat des actions.

 

          L’argument du prêt sur marge ne tient pas la route. La gestion malicieuse de la masse monétaire et du crédit est toutefois une autre histoire.

          La plupart des économistes qui s'intéressent aux questions monétaires, particulièrement ceux de l’« École autrichienne », ont remarqué la relation étroite entre la masse monétaire et l’activité économique. Quand le gouvernement gonfle la masse monétaire et le crédit, les taux d’intérêt commencent par diminuer. Les entreprises investissent cet « argent facile » dans de nouveaux projets de production et les biens de production sont en plein essor. À mesure que le boom mûrit, les coûts des entreprises augmentent, les taux d’intérêt se réajustent à la hausse et les profits se compriment. Ainsi l’effet « argent facile » s’essouffle et les autorités monétaires, craignant une inflation des prix, ralentissent la croissance de la masse monétaire ou même la réduisent. Dans les deux cas, cette manipulation est suffisante pour détruire les fondations fragiles de ce château de cartes économique.

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Ceux qui prétendent que le libre marché s’est autodétruit dans les années 1930 semblent complètement ignorer que ce sont les politiques de manipulations de la monnaie et du crédit de la Réserve fédérale qui furent les principales responsables de ce gâchis.

          Une importante interprétation des agissements de la Réserve fédérale américaine avant 1929 se trouve dans l’ouvrage America’s Great Depression de Murray Rothbard. En employant plusieurs indicateurs dont la monnaie, les dépôts à terme et à vue et d’autres ingrédients, il a estimé que la Réserve fédérale a gonflé la masse monétaire de plus de 60% entre 1921 et 1929(3). Rothbard soutenait que cette expansion de la masse monétaire et du crédit a fait plonger les taux d’intérêt, a propulsé le marché boursier vers des sommets inégalés et a donné naissance aux « années folles ».

          Une croissance imprudente de la masse monétaire et du crédit ont constitué ce que l’économiste Benjamin M. Anderson a appelé « le commencement du New Deal »(4) – le nom des mesures mieux connues et hautement interventionnistes qui devaient arriver plus tard pendant la présidence de Franklin Roosevelt. Toutefois, certains spécialistes doutent que la Réserve fédérale fut aussi inflationniste que le prétendait Rothbard, soulignant que les prix relativement stables des marchandises et des biens de consommation dans les années 1920 prouvaient que la politique monétaire ne fut pas si follement irresponsable.

          Des réductions d’impôts substantielles dans les taux marginaux supérieurs durant les années de la présidence de Calvin Coolidge ont certainement aidé l’économie et ont pu mitiger l’effet des politiques de la Réserve fédérale sur les prix. Les réductions d’impôts ont encouragé l’investissement et une croissance économique réelle, qui ont en retour produit un élan de progrès technologique et de découvertes entrepreneuriales de nouvelles façons de produire des biens. Cette explosion de la productivité a sans aucun doute contribué à garder les prix plus bas qu’ils ne l’auraient été autrement.

          En ce qui concerne les politiques de la Réserve fédérale, les économistes en faveur du libre marché, qui diffèrent d'opinion à propos de l’ampleur de l’expansion de la masse monétaire lors du début et du milieu des années 1920, sont tous du même avis à propos des événements subséquents. La banque centrale a été responsable d'une compression importante de la masse monétaire qui a débuté tard dans la décennie. Les réactions du gouvernement fédéral à la récession qui a suivi ont transformé une mauvaise situation en une situation bien pire.

Le fond du baril défoncé

          À partir de 1928, la Réserve fédérale augmentait les taux d’intérêt et étranglait la masse monétaire. Par exemple, son taux d’escompte (le taux qu’une banque centrale applique aux prêts accordés aux banques qui sont membres du système) a été augmenté quatre fois, de 3,5% à 6%, entre janvier 1928 et août 1929. La banque centrale a mis en place d’autres mesures déflationnistes en vendant agressivement des bons du Trésor pendant plusieurs mois après le krach boursier. Pendant les trois années suivantes, la masse monétaire s’est contractée de 30%. À mesure que les prix chutaient dans tous les secteurs de l’économie, la politique de taux d’intérêt élevés de la Réserve fédérale a propulsé les taux d’intérêt réels (si l'on ajuste pour tenir compte de l’inflation) de façon spectaculaire.
 

          Le récit le plus complet des politiques monétaires de l’époque se trouve dans l’oeuvre classique de Milton Friedman et de sa collègue Anna Schwartz, Histoire monétaire des États-Unis, 1867-1960. Friedman et Schwartz soutiennent de manière convaincante que la compression d’un tiers de la masse monétaire entre août 1929 et mars 1933 fut un poids immense pour l’économie et a été en grande partie causée par l’incompétence légendaire de la Réserve fédérale. La mort de Benjamin Strong en octobre 1928, un haut personnage qui avait exercé une grande influence en tant que directeur de la Réserve fédérale pour le district de New York, a laissé la banque centrale se débattre sans direction compétente – ouvrant la porte à des mesures encore plus malavisées(5).

 

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Le taux de chômage atteignit des sommets après que le Congrès eut haussé les tarifs douaniers et les impôts au début des années 30 et il demeura élevé pendant le reste de la décennie alors que les politiques de l’administration Roosevelt décourageaient l’investissement et la reprise de l’économie.

          En premier lieu, seuls les investisseurs « perspicaces » – les Bernard Baruch et Joseph Kennedy qui gardaient un oeil sur des choses comme la masse monétaire et d’autres mesures étatiques – ont compris que la fête allait bientôt se terminer. En fait, Baruch a commencé à vendre ses actions et à acheter des obligations d’épargne et de l’or dès 1928; Kennedy fit de même, remarquant que « seul un imbécile refuse de lâcher prise afin d’atteindre la valeur optimale »(6).

          Les masses d’investisseurs ont éventuellement ressenti le changement ayant lieu à la Réserve fédérale et à ce moment, la débandade commença. Dans un numéro spécial commémorant le 50e anniversaire du krach boursier, U.S. News & World Report en fit la description suivante:
 

          En réalité, le Grand Krach ne fut d’aucune façon l’affaire d’une journée, malgré les références fréquentes au jeudi noir, le 24 octobre, et au mardi noir de la semaine suivante. Dès le 5 septembre, la valeur des actions s’affaiblissait suite à des transactions répétées, après avoir atteint des sommets inégalés deux jours auparavant. Les déclins ayant eu lieu au début d’octobre furent appelés des « ajustements bienvenus ». The Wall Street Journal, prédisant une reprise à l’automne, remarquait que « certaines actions grimpent, d’autres chutent ».

          Puis, le 3 octobre, les actions subirent leur pire diminution de l’année. On effectua des appels de marge; certains négociants devinrent inquiets. Mais le jour suivant, les prix augmentèrent de nouveau et se balancèrent pendant deux semaines.

          Le véritable craquement commença le mercredi 23 octobre, avec ce qu’un observateur appela « un Niagara de liquidations ». Six millions d’actions changèrent de mains. L’indice boursier chuta de 21 points. « Demain, le vent tournera », se disaient les courtiers. Les prix, disaient-ils, ont descendu à un niveau « déraisonnable ».

          Mais le jour suivant, le jeudi noir, on se débarrassa des actions de manière encore plus intense […] le téléscripteur pris plus de cinq heures de retard puis arrêta finalement de cracher les cours du marché à 19h08(7).

          À leur plus haut niveau, les titres formant l’indice Dow Jones se vendaient 19 fois leurs revenus – un taux plutôt élevé, mais guère considéré comme de la spéculation démesurée par les analystes. Les distorsions dans l’économie, encouragées par la politique monétaire de la Réserve fédérale, avaient préparé le pays pour une récession, mais d’autres contraintes à venir allaient bientôt transformer la récession en catastrophe à grande échelle. Alors que le marché boursier passait un mauvais quart d’heure, le Congrès jouait avec le feu: le matin même du jeudi noir, les journaux du pays annonçaient que les forces politiques militant pour des barrières tarifaires plus restrictives à l’endroit du commerce gagnaient du terrain sur la colline du Capitole.
 

« Le krach boursier n’était que le reflet – et non la cause directe – des mesures étatiques destructrices qui produisirent en fin de compte la Grande Dépression: le marché grimpait et chutait au diapason presque parfait des agissements de la Réserve fédérale et du Congrès. »

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          Le krach boursier n’était que le reflet – et non la cause directe – des mesures étatiques destructrices qui produisirent en fin de compte la Grande Dépression: le marché grimpait et chutait au diapason presque parfait des agissements de la Réserve fédérale et du Congrès. Et ce qu’ils firent dans les années 1930 mérite une place de choix dans le palmarès des plus grandes sottises de l’histoire.

Dis l’ami, pourrais-tu me prêter 20 millions de dollars?


          Le jeudi noir ébranla le Michigan plus que la plupart des États. Les actions des compagnies automobiles et minières s’effondrèrent. La production d’automobiles atteint un sommet jamais vu en 1929, un peu plus de cinq millions de véhicules, puis fut rapidement réduite de deux millions en 1930. En 1932, le moment le plus difficile de la Dépression, la production avait chuté d’un autre deux millions de véhicules et se trouvait désormais à 1 331 860, une diminution incroyable de 75% depuis le sommet de 1929.

          Des milliers d’investisseurs, incluant plusieurs personnes renommées, subirent un coup dur au moment du krach de 1929. Parmi ceux-ci se trouvait Winston Churchill, qui avait grandement investi dans des actions américaines avant le krach. Après coup, seuls ses talents d’écrivain et ses postes au gouvernement lui permirent de rétablir ses finances.

          Clarence Birdseye, un des pionniers du secteur des aliments surgelés emballés, avait vendu son entreprise pour 30 millions de dollars et avait investi tout son argent dans des actions. Il fut balayé de la carte.

          William C. Durant, fondateur de General Motors, perdit plus de 40 millions de dollars à la bourse et finit pratiquement en indigent (la compagnie GM elle-même réussit à éviter de tomber dans le rouge pendant toute la Dépression grâce à la gestion serrée de Alfred P. Sloan).
 

Phase II – L’effondrement de l’économie mondiale

          Même si le mythe moderne prétend que le libre marché s’est « autodétruit » en 1929, les politiques étatiques furent les principales responsables du gâchis. Si ce krach s’était déroulé comme les précédents, les temps difficiles se seraient terminés en deux ou trois ans tout au plus, et probablement plus rapidement que cela. Mais une incompétence politique sans précédent prolongea la misère pendant plus de dix ans.

          En 1930, le taux de chômage se situait en moyenne à 8,9%, un taux indiquant une récession modérée, comparativement à 3,2% en 1929. Il explosa rapidement avant de plafonner à plus de 25% en 1933. Jusqu’en mars 1933, ces années furent celles du président Herbert Hoover – un homme souvent dépeint comme étant un chantre du non-interventionnisme et du laissez-faire économique.

« L’administration la plus dépensière de toute l’histoire »

          Est-ce que Hoover souscrivait réellement à une philosophie de libre marché prônant que le gouvernement devrait rester à l'écart de l’économie? Son adversaire aux élections de 1932, Franklin Delano Roosevelt, ne le pensait pas. Pendant la campagne électorale, Roosevelt fustigea Hoover pour avoir trop dépensé et trop taxé, pour avoir fait exploser la dette nationale, pour avoir étouffé le commerce et pour avoir mis au chômage des millions de citoyens. Il accusa le président d’avoir engagé des dépenses « téméraires et extravagantes », d’avoir pensé « qu’il fallait centraliser le contrôle de toute activité à Washington le plus rapidement possible » et d’avoir supervisé « l’administration la plus dépensière en temps de paix de toute l’histoire ». Le candidat à la vice-présidence de Roosevelt, John Nance Garner, accusa Hoover d’être en train de « conduire le pays sur le chemin du
socialisme »(8). Contrairement au portrait habituel que l’on fait de Hoover, Roosevelt et Garner avaient absolument raison.

          L’erreur la plus stupide de l’administration Hoover fut le Smoot-Hawley Act, adopté en juin 1930. Il s’ajouta au Fordney-McCumber Act de 1922, qui avait déjà fait dégringoler l’agriculture américaine pendant la décennie précédente. Le Smoot-Hawley Act, la législation la plus protectionniste de l’histoire américaine, ferma pratiquement les frontières aux biens étrangers et déclencha une cruelle guerre commerciale internationale. Le professeur Barry Poulson explique la portée de cette loi:
 

          La loi augmenta les tarifs douaniers sur la panoplie complète de marchandises taxables; par exemple, le taux moyen augmenta de 20% à 34% sur les produits agricoles; de 36% à 47% sur les vins, spiritueux et boissons; de 50% à 60% sur la laine et sur les articles laineux manufacturés. En tout, 887 tarifs furent soudainement augmentés et la loi allongeait la liste de marchandises taxables à 3218 articles. Une caractéristique importante du Smoot-Hawley Act était qu’il fixait plusieurs tarifs à un montant d’argent spécifique plutôt qu’à un pourcentage du prix. Alors que les prix baissaient de moitié ou même plus pendant la Grande Dépression, le taux effectif de ces tarifs doubla, augmentant la protection accordée en vertu de la loi(9).

          La portée du Smoot-Hawley Act était très étendue, se répercutant sur une multitude de produits. Avant sa mise en vigueur, les horloges subissaient un tarif de 45%. La loi augmenta le tarif à 55% en plus d’un autre 4,50 $ par horloge. Les tarifs sur le blé et le beurre doublèrent. Même la choucroute devint taxable pour la première fois. Parmi les rares biens hors taxe, on retrouvait étrangement les sangsues et les squelettes (peut-être un pot-de-vin politique à l’American Medical Association, comme le fit remarquer sarcastiquement un farceur).

          Les tarifs douaniers sur l’huile de lin, le tungstène et la caséine assommèrent l’industrie de la peinture, de l’acier et du papier, respectivement. Le Smoot-Hawley Act taxait plus de 800 articles utilisés dans la production d’automobiles. La plupart des 60 000 employés qui fabriquaient des vêtements abordables dans des usines américaines à partir de chiffons de laine importés retournèrent chez eux sans emploi lorsque le tarif sur les chiffons de laine augmenta de 140%(10).

          Les représentants de l’administration et du Congrès croyaient que renforcer les barrières commerciales forcerait les Américains à acheter plus de biens locaux, ce qui résoudrait le problème accablant du chômage. Ils ignoraient toutefois un important principe du commerce international: le commerce est une route à deux voies; si les étrangers ne peuvent vendre leurs biens ici, alors ils ne pourront gagner les dollars dont ils ont besoin pour acheter ici. Ou, pour le présenter autrement, l’État ne peut couper les importations sans couper simultanément les exportations.

Tu me taxes, je te taxe

          Les compagnies étrangères et leurs travailleurs furent écrasés par les tarifs exorbitants mis en vigueur par le Smoot-Hawley Act et les États étrangers eurent tôt fait de se venger avec leurs propres barrières commerciales. Leur capacité de vendre dans le marché américain étant gravement entravée, ces compagnies restreignirent leurs achats de biens américains. L’agriculture américaine fut atteinte particulièrement durement. D’un trait de plume présidentielle, les fermiers du pays perdirent près du tiers de leur marché. Les prix des produits agricoles plongèrent et des dizaines de milliers de fermiers furent acculés à la faillite. Un boisseau de blé, qui se vendait un dollar en 1929, ne valait plus que trente cents en 1932.
 

          Suite à l’effondrement de l’agriculture, les banques rurales firent faillite en nombre record, entraînant dans leur chute des centaines de milliers de leurs clients. Neuf mille banques fermèrent leurs portes aux États-Unis entre 1930 et 1933. Le marché boursier, qui avait regagné une bonne partie du terrain perdu depuis le mois d’octobre précédent, dégringola de 20 points le jour où Hoover signa le Smoot-Hawley Act, et chuta presque sans répit pendant les deux années suivantes. (Le point culminant du marché boursier, tel que mesuré par l’indice Dow Jones, fut fixé au 3 septembre 1929, à 381. L’indice atteignit son seuil le plus bas de 1929 le 13 novembre, à 198, puis rebondit jusqu’à 294 en avril 1930. Il déclina encore alors que le projet de loi sur les tarifs douaniers trouvait son chemin jusqu’au bureau de Hoover en juin et ne toucha pas le fond du baril avant d’atteindre un simple 41 deux ans plus tard. Il fallut attendre un quart de siècle pour que le Dow Jones atteigne de nouveau le seuil de 381).

 

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Le président Herbert Hoover est erronément présenté comme un ardent défenseur du libre marché dans les manuels d'histoire, mais il a tellement approuvé de lois coûteuses et absurdes qu’un des principaux conseillers de Franklin Roosevelt a affirmé par la suite que «pratiquement la totalité du New Deal a été extrapolée à partir de programmes mis en place par Hoover».

          La rétraction du commerce mondial provoquée par les guerres tarifaires contribua à préparer le terrain pour la Deuxième Guerre mondiale quelques années plus tard. En 1929, le reste du monde devait 30 milliards de dollars aux citoyens américains. En Allemagne, la République de Weimar peinait à rembourser l’énorme facture de reconstruction imposée par le désastreux Traité de Versailles. Quand les tarifs douaniers empêchèrent presque totalement les entrepreneurs étrangers de vendre leurs biens sur le marché américain, le poids de leurs dettes devint radicalement plus lourd à porter et enhardit des démagogues comme Adolf Hitler. Comme le rappelle cette mise en garde, cruelle de vérité, attribuée à Frédéric Bastiat: « si les marchandises ne traversent pas les frontières, les soldats le feront ».

Des marchés libres ou des repas gratuits?

          Le Smoot-Hawley Act en soi devrait suffire à détruire le mythe voulant que Hoover était un défenseur du libre marché, mais l’histoire des erreurs interventionnistes de son administration ne s’arrête pas là. Moins d’un mois après le krach boursier, il convoqua des rencontres avec les dirigeants du monde des affaires afin de faire pression sur eux pour que les salaires restent artificiellement élevés même si les profits et les prix diminuaient. Les prix à la consommation chutèrent de près de 25% entre 1929 et 1933 alors que les salaires nominaux ne baissèrent que de 15% en moyenne – ce qui se traduisit en une hausse substantielle des salaires réels, qui sont une partie importante du coût de faire des affaires. Comme le remarque l’économiste Richard Ebeling: « la politique de “salaires élevés” de l’administration Hoover et des syndicats […] réussit seulement à éjecter les travailleurs hors du marché du travail, générant une spirale grandissante de chômage »(11).

          Hoover augmenta radicalement les dépenses gouvernementales consacrées aux programmes de subvention et d’assistance. En l’espace d’une seule année, de 1930 à 1931, les dépenses publiques fédérales en proportion du PIB s’envolèrent de 16,4% à 21,5%(12). L’organisme bureaucratique de Hoover qui s’occupait de l’agriculture distribua des centaines de millions de dollars aux fermiers produisant du blé et du coton lorsque les nouveaux tarifs douaniers balayèrent leurs marchés de la carte. Sa Société pour le financement de la reconstruction prodigua à foison des milliards de plus en subventions aux entreprises. Rexford Guy Tugwell, un des architectes des politiques de Franklin Roosevelt dans les années 1930, observa quelques décennies plus tard à propos de l’administration Hoover: « Nous ne voulions pas l’admettre à l’époque, mais pratiquement la totalité du New Deal a été extrapolée à partir de programmes mis en place par Hoover »(13).

          Même si au début de son mandat Hoover diminua les impôts des Américains les plus pauvres, Larry Schweikart et Michael Allen soulignent dans leur ambitieux ouvrage A Patriot’s History of the United States: From Columbus’s Great Discovery to the War on Terror qu’il « n’offrit aucune incitation aux gens riches à investir dans de nouvelles usines pour encourager l’embauche ». Il imposa même une taxe sur les chèques, « ce qui rendit la monnaie encore plus difficile à obtenir en pénalisant les gens qui utilisaient des chèques »(14).

          En septembre 1931, alors que la masse monétaire dégringolait et que l’économie chancelait sous l'effet du Smooth-Hawley Act, la Réserve fédérale imposa la hausse du taux d’escompte la plus forte de son histoire. Les dépôts bancaires chutèrent de 15% en quatre mois et des reculs considérables de la masse monétaire persistèrent pendant la première moitié de l’année 1932, entraînant des effets déflationnistes sur l'économie.

          Aggravant les erreurs que sont des tarifs élevés, des subventions énormes et une politique monétaire déflationniste, le Congrès vota alors le Revenue Act of 1932, qui fut signé par Hoover. Cette loi mit en vigueur la hausse d’impôts la plus imposante de l’histoire en temps de paix: elle doubla l’impôt sur le revenu. En fait, la tranche d’imposition supérieure fit plus que doubler, passant de 24% à 63%. Les exemptions furent réduites, le crédit d’impôt sur le revenu salarial fut aboli, les impôts successoraux sur les entreprises furent haussés, de nouvelles taxes sur les cadeaux, l’essence et les voitures furent prélevées et les tarifs postaux furent brusquement augmentés.

          Un universitaire compétent peut-il réellement constater l’intervention économique massive de l’administration Hoover et affirmer, en gardant un air sérieux, que ses conséquences inévitablement délétères sont la faute du libre marché? Schweikart et Allen donnent un aperçu du désastre:
 

          En 1933, les résultats de cette comédie d’erreurs dépassaient l'entendement: le taux de chômage national atteignit les 25%, mais dans certaines villes, les statistiques semblaient incompréhensibles. Cleveland annonçait que 50% de sa population active était au chômage, Toledo rapportait un taux de 80% et certains États rapportaient même une moyenne de 40%. À cause de l’arme à double tranchant que sont des revenus en déclin et des demandes d’aide sociale multipliées, le fardeau reposant sur les villes poussa plusieurs municipalités au bord du précipice. On ferma les écoles de New York et on fut incapable de payer quelque 20 millions de dollars aux enseignants de Chicago. Plusieurs écoles privées durent fermer leurs portes. Une étude gouvernementale rapporta qu’en 1933, 1500 collèges avaient été acculés à la faillite et que les ventes de livres avaient plongé. Le réseau de bibliothèques de Chicago n’acheta pas un seul livre pendant une année(15).
 

 

Seconde partie >


 

1. Alan Reynolds, « What Do We Know About the Great Crash? », National Review, 9 novembre 1979, p. 1416.up.jpg
2. Hans F. Sennholz, « The Great Depression », The Freeman, avril 1975, p. 205.up.jpg
3. Murray Rothbard, America’s Great Depression, Kansas City (KS), Sheed and Ward, 1975, p. 89.up.jpg
4. Benjamin M. Anderson, Economics and the Public Welfare: A Financial and Economic History of the United States, 1914-46, 2e édition, Indianapolis (IN), Liberty Press, 1979, p. 127.up.jpg
5. Milton Friedman et Anna Jacobson Schwartz, A Monetary History of the United States, 1867-1960, New York, National Bureau of Economic Research, 1963; neuvième tirage broché de Princeton University Press, 1993, p. 411-415.up.jpg
6. Lindley H. Clark Jr., « After the Fall », The Wall Street Journal, 26 octobre 1979, p. 18.up.jpg
7. « Tearful Memories That Just Won’t Fade Away », U.S. News & World Report, 29 octobre 1979, p. 36-37.up.jpg
8. « FDR’s Disputed Legacy », Time, 1er février 1982, p. 23.up.jpg
9. Barry W. Poulson, Economic History of the United States, New York, Macmillan, 1981, p. 508.up.jpg
10. Reynolds, p. 1419.up.jpg
11. Richard M. Ebeling, « Monetary Central Planning and the State-Part XI: The Great Depression and the Crisis of Government Intervention », Freedom Daily, Fairfax (VA) The Future of Freedom Foundation, novembre 1997, p. 15.up.jpg
12. Paul Johnson, A History of the American People, New York, HarperCollins, 1997, p. 740.up.jpg
13. Ibid., p. 741.up.jpg
14. Larry Schweikart et Michael Allen, A Patriot’s History of the United States: From Columbus’s Great Discovery to the War on Terror, New York, Sentinel, 2004, p. 553.up.jpg
15. Ibid., p. 554.up.jpg

Crédits des photographies: a) Library of Congress, Prints and Photographs Division, [LC-USF34-T01-018258-C DLC]. b) Federal Reserve Building, Library of Congress, Prints and Photographs Division, Theodor Horydczak Collection [LC-H814-TF03-003 DLC]. c) Unemployment, Michigan State Archives. d) Farm Relief Act, Library of Congress, National Photo Company Collection, [LCUSZ62-111718 DLC].

 


De Wikiberal.
John Maynard Keynes
Économiste

Dates 1883-1946
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Keynes en couverture du Time du 31 décembre 1965
Tendance Inclassable
Origine Royaume-Uni Royaume-Uni
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Citation « Keynes aimait à dire : « à long terme, nous serons tous morts », instaurant la version XXe siècle du principe du court terme (celle du XVIIIe était : "après nous le déluge"), ce à quoi Ludwig von Mises répliquait : brûler ses meubles n'est pas forcément une bonne méthode pour chauffer son logis »
inter lib.org sur John Maynard Keynes
     

John Maynard Keynes (5 juin 1883-21 avril 1946) était un économiste et un mathématicien britannique, fondateur du keynésianisme, doctrine économique qui encourage l'intervention de l'État pour assurer le plein emploi.

Sommaire

Critiques de Keynes

Les critiques de Keynes et des politiques qu'il a inspirées ont toujours soutenu qu'on n'a nul besoin de mettre en cause la capacité des marchés à ajuster les offres aux demandes pour rendre compte du chômage, que les politiques publiques, qui le subventionnent (Rueff), punissent l'embauche par des taxes, ou interdisent le plein emploi des ressources, notamment en imposant des prix (New Deal) et surtout des salaires minimum, suffisent à l'expliquer. Que dans ces conditions, accroître la demande globale, a fortiori pour les produits finis, n'est qu'un expédient temporaire pour tourner ces contraintes, qui doit faire monter les prix. Ceux, notamment les syndicats, qui veulent imposer des rémunérations incompatibles avec le plein emploi, finiront par s'en apercevoir, et manipuler la demande ne réussira plus à résorber l'offre excédentaire.

Les théoriciens des anticipations rationnelles ont démontré que ces politiques ne pouvaient avoir d'effet que si elles réussissaient à tromper les agents économiques sur les effets qu'elles auraient, notamment sur les taux d'intérêt et les salaires réels — et cela indépendamment de leurs conceptions parfois irréalistes de l'incertitude[1].

C'est dans les années 1970 que le problème de la « stagflation » — une inflation croissante sans réduction du chômage, conjonction qu'elle déclarait implicitement impossible — a finalement conduit à remettre en cause l'approche macroéconomique de Keynes — d'où, peut-être, le Prix Nobel d'économie attribué en 1974 aux interprétations de la conjoncture de type autrichien de Friedrich Hayek. Cependant, l'économiste suédois G.Myrdal partagea cette année le "prix nobel" avec Hayek, alors même qu'il fût l'un des apôtres de la social-démocratie et un fervent défenseur de l'intervention de l'Etat en matière économique. Hayek avait entrepris de réfuter spécifiquement la Théorie générale dès sa parution en 1936, mais la guerre, qui devait le rapprocher de Keynes, puis sa mort en 1945, avait interrompu ce projet, dont on peut en trouver les premières ébauches dans Profits, Interest and Investment (1939) et The Pure Theory of Capital (1941) — il offrait aussi comme substitut la Theory of Prices d'Arthur Marget.

Logiquement, c'est-à-dire si on écarte les explications circulaires de la hausse des prix du genre « inflation par les coûts » (car ces « coûts » ne sont eux-mêmes rien d'autre que des prix), la stagflation ne peut exister que si la demande est simultanément en excédent ici, et en défaut là ; on ne peut donc en rendre compte que si on sort de la macroéconomie proprement dite, laquelle n'envisage par hypothèse qu'un défaut, ou un excédent global de la demande. Or, justement, la critique autrichienne de Keynes prétend réfuter l'approche macroéconomique en tant que telle[2] : pour elle les désajustements entre offres et demandes sont forcément locaux. Ce qui lui permet d'insister sur la réaction à la politique monétaire des prix relatifs des actifs échangés en amont du consommateur, dans la "structure de production", comme éléments essentiels de la conjoncture — à ce titre, la notion d'"inflation des actifs", admise dans les années 1980, est une première prise en compte de cette approche.

Ensuite, ces écarts entre les demandes et les offres ne peuvent être que le produit d'erreurs de prévision : si les gens prévoyaient parfaitement la demande pour leurs services, ils ne se retrouveraient jamais avec une demande plus faible (d'où sous-emploi) ou plus forte (d'où hausse des prix) qu'ils ne l'envisageaient. On retrouve une conclusion des anticipations rationnelles, mais dans une approche qui y ajoute une analyse réaliste des conditions dans lesquelles les gens acquièrent l'information.

En effet ces erreurs-là, les critiques de la macroéconomie affirment que la politique de conjoncture ne peut que les aggraver, en ajoutant ses propres sources d'incertitude à celles qu'engendrent les choix faits sur les marchés.

— tout d'abord elle ne peut être qu'aveugle, puisque par hypothèse elle cherche même pas à les identifier, ces désajustements spécifiques. Comment en attendre alors qu'elle y distingue en outre, comme elle devrait théoriquement le faire s'agissant de "conjoncture", ceux qui ne sont dus qu'à des changements mal prévus des préférences et des techniques, et qu'il n'y aurait en principe jamais lieu de compenser par une manipulation de la demande, a fortiori globale ?
— ensuite, en centralisant les décisions en-dehors des marchés, la politique macroéconomique concentre les erreurs, qui se compenseraient en partie autrement, et les diffuse, pour reprendre l'expression même de Keynes,
"d'une manière que pas un homme sur un million n'est capable de comprendre".

Pour l'analyse autrichienne, donc, les institutions qui affectent la demande globale, notamment le monopole d'émission de la monnaie, sont la cause des crises économiques et financières évitables, et ne peuvent pas y porter remède. Plus généralement, elle affirme que les planificateurs étatiques ne peuvent pas connaître l'information nécessaire à la réalisation de leurs projets par les hommes, mais ne font au contraire que fausser son acquisition parce qu'ils ne subissent pas les conséquences de leurs choix, alors qu'ils privent de leur pouvoir de décision les seuls qui auraient véritablement intérêt à s'informer de façon adéquate, ceux qui les subiront effectivement.

Ces considérations, partagées au-delà de l'École autrichienneMilton Friedman aussi reconnaît qu'on n'a pas besoin de banque centrale, ont inspiré des politiques, notamment monétaires, qui prétendaient davantage être prévisibles que régler la conjoncture.

Citations sur Keynes

  • Keynes aimait à dire : « à long terme, nous serons tous morts », instaurant la version XXe siècle du principe du court terme (celle du XVIIIe était : "après nous le déluge"), ce à quoi Ludwig von Mises répliquait : « brûler ses meubles n'est pas forcément une bonne méthode pour chauffer son logis... »
  • « Il est effarant qu'une telle croyance (que l'important en économie soit de pousser les gens à dépenser plus) puisse être présentée au monde comme une nouvelle philosophie sociale. Lord Keynes et ses disciples imputent au manque de propension à dépenser ce qu'ils jugent insatisfaisant dans la situation économique. Ce qui est nécessaire, à leur avis, pour rendre les gens plus prospères, ce n'est pas une augmentation de production, mais une augmentation de dépense. Afin que les gens puissent dépenser davantage, on recommande une politi
que « expansionniste ». Cette thèse est aussi ancienne qu'elle est mauvaise. » (Ludwig von Mises[3])
  • « (Ce n'est pas) surestimer l'entreprise keynésienne que d'y voir une véritable mutation de la pensée politique dans tous les États qui échappent encore à l'emprise totalitaire. En donnant indûment aux gouvernements le sentiment que, par l'investissement, ils avaient le moyen de procurer l'expansion désirée et de bannir le chômage honni, la doctrine du plein-emploi a ouvert toutes grandes les vannes de l'inflation et du chômage. » (Jacques Rueff[4])
  • « Un voleur qui justifierait son vol en expliquant comment il a réellement aidé ses victimes et comment ses dépenses ont stimulé le commerce ne convaincrait personne ; mais quand sa théorie revêt l'apparence d'équations keynésiennes et de références édifiantes à "l’effet multiplicateur", elle emporte davantage la conviction, malheureusement. » (Murray Rothbard)
  • « La doctrine de Keynes n'est qu'un prétexte supplémentaire à l'intervention gouvernementale. Le gouvernement doit intervenir parce que le taux de profit est trop élevé, et si cette objection ne rencontre pas assez de soutien, il doit intervenir parce que le taux de profit est trop bas, voilà l'argument central de l'analyse keynésienne. Dans tous les cas de figure, le gouvernement doit intervenir et accroître son pouvoir. Tout argument utile fera l'affaire. Ainsi le keynésianisme finit comme il a commencé, débris d'un naufrage de la pensée critique, emporté par la marée de l'irrationalisme et de l'anticapitalisme. » (George Reisman, Capitalism)
  • « Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il (Keynes) n'était ni très bien formé comme économiste ni même très soucieux des progrès de la science économique. Finalement, il ne faisait même pas grand cas de l'économie en tant que science, ayant tendance à considérer que sa capacité supérieure à fournir des justifications théoriques était un instrument dont il avait le droit de se servir pour persuader le public de suivre les politiques que son intuition lui désignait comme la nécessité du moment. » (Friedrich Hayek[5])
  • « L'essence du keynésianisme est son incapacité complète à concevoir le rôle de l'épargne et de l'accumulation de capital dans l'amélioration des conditions économiques. » (Ludwig von Mises[6])
  • Notes et références

    1. Hans-Hermann Hoppe, « De la certitude et de l'incertitude ou: quelle peut être la rationalité de nos anticipations ? », [lire en ligne]
    2. « La critique autrichienne », Friedrich Hayek, The Economist, 11 juin 1983, [lire en ligne]
    3. Ludwig von Mises, L'Action humaine, chap.17, [lire en ligne]
    4. Jacques Rueff, « La fin de l'ère keynésienne », Le Monde, 19 février 1976, [lire en ligne]
    5. Friedrich Hayek, « La critique autrichienne », The Economist, 11 juin 1983, [lire en ligne]
    6. “The essence of Keynesianism is its complete failure to conceive the role that saving and capital accumulation play in the improvement of economic conditions.” (Planning for Freedom, 4e édition, p. 207

    Voir aussi

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    18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 19:58

    Montréal, 21 janvier 2007 • No 209

     

    MOT POUR MOT

     

    Nous publions ici la traduction du texte intitulé « Great Myths of the Great Depression », avec l'aimable permission de son auteur, Lawrence Reed. Traduction de Francis Dumouchel.

     
     

    LA GRANDE DÉPRESSION DÉMYSTIFIÉE (2)

     

    < Première partie

    par Lawrence W. Reed

     

              Les étudiants d’aujourd’hui reçoivent souvent un portrait tendancieux de la Grande Dépression (1929-1941) présentant le libre marché comme responsable des difficultés économiques de l’époque et favorisant l’intervention étatique comme solution. Dans la seconde partie de ce texte, Lawrence Reed, président du Mackinac Center for Public Policy, démystifie la perception usuelle de cette crise et souligne le rôle central qu’ont joué les piètres mesures gouvernementales dans le déclenchement et le prolongement de cette catastrophe légendaire.
     

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    Phase III – Le New Deal

     

              Franklin Delano Roosevelt remporta une victoire écrasante aux élections présidentielles de 1932, récoltant 472 grands électeurs pour seulement 59 au président sortant Herbert Hoover. La plate-forme électorale du Parti démocrate, qui présentait Roosevelt comme candidat présidentiel, déclarait: « Nous croyons qu’une plate-forme politique est un engagement envers le peuple qui doit être respecté fidèlement par le parti au pouvoir  ». Elle proposait une réduction de 25% des dépenses fédérales, un budget fédéral équilibré, une monnaie solide fondée sur l’étalon-or « afin d’être à l’abri de tous les risques », le retrait de l’État de tous les domaines qui appartenaient de façon plus appropriée à l’entreprise privée et la fin de l’« extravagance » des programmes agricoles de Hoover. C’est ce que le candidat Roosevelt promettait, mais cela ne ressemble aucunement à ce que le président Roosevelt fit.

              La crainte, de même que l’optimisme, régnaient à Washington lorsque Roosevelt fut assermenté le 4 mars 1933 – la crainte que l’économie n’allait pas se relever et l’optimisme qu’un nouveau président confiant allait peut-être changer les choses. L’humoriste Will Rogers rapporta le sentiment populaire envers FDR alors que ce dernier formait son nouveau gouvernement: « Le pays entier est avec lui, simplement pour qu’il fasse quelque chose. S’il avait brûlé le Capitole, nous aurions tous applaudi en disant, eh bien!, au moins un feu a été allumé(16). »

     

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    Les Américains ont voté pour Franklin Roosevelt en 1932 en s’attendant à ce qu’il respecte la plate-forme électorale du Parti démocrate, qui promettait moins de dépenses publiques et de réglementation.

    « Rien à craindre sauf la peur elle-même »

              Roosevelt changea effectivement les choses, mais probablement pas de la façon que le pays espérait. Il commença du mauvais pied lorsqu’il blâma, dans son discours inaugural, les « spéculateurs financiers sans scrupule » pour la dépression. Il ne mentionna pas le rôle de la Réserve fédérale dans la mauvaise gestion de la monnaie et parla à peine des absurdités du Congrès qui avaient contribué au problème. Grâce à ses efforts, l’économie s’éterniserait dans une dépression pour le reste de la décennie. Reprenant une citation de l’écrivain du XIXe siècle Henry David Thoreau, le discours de Roosevelt comprenait une déclaration célèbre: « Nous n’avons rien à craindre sauf la peur elle-même ». Mais comme l’explique le Dr Hans Sennholz du Grove City College, les citoyens américains avaient de bonnes raisons de craindre les mesures à venir de FDR:
     

              Dans ses cent premiers jours, il donna un coup dur à la classe financière. Au lieu de dégager les obstacles à la prospérité érigés par ses prédécesseurs, il en érigea de nouveaux bien à lui. Il s’attaqua de toutes les manières possibles à l’intégrité du dollar américain par des gonflements quantitatifs et des réductions qualitatives. Il s’empara de l’or détenu par les particuliers et dévalua par la suite le dollar de 40%(17).

              Le directeur du Bureau of the Budget, Lewis W. Douglas, frustré et en colère du fait que Roosevelt abandonne aussi promptement et complètement la plate-forme en vertu de laquelle il avait été élu, démissionna après seulement un an à son poste. En mai 1935, à la Harvard University, Douglas affirma clairement que les États-Unis se trouvaient à la croisée des chemins: « Allons-nous choisir de nous soumettre – ce grand pays – au despotisme de la bureaucratie, qui contrôle nos moindres gestes, détruisant l’égalité que nous avions atteinte, nous réduisant éventuellement au statut d'esclaves appauvris de l’État? Ou allons-nous nous accrocher aux libertés pour lesquelles l’Homme a lutté pendant plus d’un millénaire? Il est important de comprendre l’ampleur du problème qui est devant nous. […] Si nous choisissons de ne pas laisser une bureaucratie tyrannique et oppressive gouverner nos vies, détruire le progrès, diminuer notre niveau de vie […] alors le gouvernement fédéral dans une démocratie ne devrait-il pas limiter ses activités à celles dont une démocratie peut s’occuper adéquatement, c’est-à-dire par exemple la défense nationale, le maintien de la loi et de l’ordre, la protection de la vie et de la propriété, la prévention de la fraude, et […] la préservation du public contre […] les intérêts de groupes particuliers(18)? »

    Un nouveau tour de passe-passe

              La crise s’empara du système bancaire lorsque Roosevelt entra en fonction, le 4 mars 1933. La décision du nouveau président de fermer les banques et d’annoncer un « congé des banques » le 6 mars (qui ne se termina complètement que neuf jours plus tard) est encore acclamée comme ayant été critique et nécessaire par les partisans de Roosevelt. Friedman et Schwartz, toutefois, démontrent clairement que ce soi-disant remède fut « pire que le mal ». La loi Smoot-Hawley et les manipulations monétaires excessives de la Réserve fédérale avaient été les principales responsables des conditions qui ont donné une excuse à Roosevelt pour confisquer temporairement les déposants de leur argent et le « congé des banques » ne fit rien pour modifier la situation fondamentale. « Plus de 5000 banques encore en opération quand le congé fut déclaré ne rouvrirent pas leurs portes quand il se termina, et parmi celles-ci, plus de 2000 ne rouvrirent jamais », relatent Friedman et Schwartz(19).
     

              L’économiste Jim Powell du Cato Institute a publié en 2003 un livre splendide sur le Grande Dépression, intitulé FDR’s Folly: How Roosevelt and His New Deal Prolonged the Great Depression. Il souligne que « Presque toutes les banques faillies se trouvaient dans des États ayant adopté des lois interdisant aux banques d’ouvrir des succursales » – empêchant ainsi les banques de diversifier leurs portefeuilles et de réduire leurs risques. Powell écrit: « Bien que les États-Unis, avec leurs lois interdisant aux banques d’ouvrir des succursales, subirent des milliers de faillites bancaires, le Canada, qui permettait les succursales bancaires, ne vécut pas une seule faillite […] »(20). Étrangement, les opposants au capitalisme qui adorent blâmer le marché pour la Dépression ne mentionnent jamais ce fait.

              Le Congrès donna au président le pouvoir d’abord de saisir l’or détenu par les particuliers américains et ensuite celui de fixer le prix de l’or. Un matin, alors que Roosevelt déjeunait au lit, lui et Henry Morgenthau, le secrétaire du Trésor, décidèrent de changer le taux de change entre l’or et le papier monnaie. Après avoir évalué ses options, Roosevelt décida de fixer une hausse de 21% des prix parce que « c’est un chiffre chanceux ». Dans son journal, Morgenthau écrivit: « Si quelqu’un apprenait comment nous avons fixé le prix de l’or à l’aide d’une combinaison de chiffres chanceux, je crois que les gens seraient effrayés(21). » Roosevelt torpilla aussi à lui seul la Conférence économique de Londres en 1933, qui avait été convoquée à la demande d’autres pays importants afin de réduire les tarifs douaniers et de rétablir l’étalon-or.

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    Le président Franklin Roosevelt a qualifié de « royalistes économiques » égoïstes tous ces hommes d'affaires qui se sont opposés aux lourds impôts et à la réglementation du « New Deal ».

              Washington et sa banque centrale imprudente n’avaient déjà fait qu’une bouchée de l’étalon-or au début des années 1930. Son rejet par Roosevelt retira la plupart des entraves restantes à une expansion illimitée de la masse monétaire et du crédit, pour laquelle le pays paierait le prix fort dans les années suivantes sous forme d’une monnaie en dévaluation. Le sénateur Carter Glass l’a bien exprimé lorsqu’il a mis Roosevelt en garde au début de l’année 1933: « C’est un déshonneur, monsieur. Ce grand gouvernement, riche en or, est en train de briser sa promesse de rembourser la veuve et l’orphelin auxquels il a vendu des obligations d’épargne avec l’engagement de s’acquitter de ses dettes avec des pièces d’or à la valeur actuelle. Il brise sa promesse de racheter son papier-monnaie en pièces d’or à la valeur actuelle. C’est un déshonneur, monsieur(22). »

              Bien qu’il saisît l’or du pays, Roosevelt remit l’alcool dans les bars et les salons des États-Unis. À son deuxième dimanche à la Maison blanche, il remarqua pendant le souper: « Je pense que ce serait un bon moment pour boire de la bière »(23). La même soirée, il prépara un message demandant au Congrès de mettre fin à la Prohibition. La Chambre des représentants approuva une mesure d’abrogation le mardi, le Sénat vota en faveur le jeudi et avant que l’année se termine, suffisamment d’États l’avaient ratifiée de sorte que le XXIe amendement s’intégra à la Constitution. Un observateur, commentant ce remarquable retour des choses, nota que de deux hommes marchant dans la rue au début de l’année 1933 – l’un avec une pièce d’or dans sa poche et l’autre avec une bouteille de whisky dans son manteau – l’homme avec la pièce serait un citoyen intègre et l’autre un hors-la-loi. Une année plus tard, précisément l’inverse était vrai.
     

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    L'Aigle Bleu, le symbole de la bureaucratie et la réglementation de la National Recovery Administration.

     

              La première année du New Deal, Roosevelt proposa de dépenser 10 milliards de dollars alors que les revenus se situaient seulement à 3 milliards. Entre 1933 et 1936, les dépenses de l’État augmentèrent de plus de 83%. La dette fédérale monta en flèche de 73%.

              FDR convainquit le Congrès de créer la Sécurité sociale en 1935 et d’imposer la première loi de portée étendue fixant un salaire minimum en 1938. Bien qu’à ce jour il reçoive encore de la reconnaissance du grand public pour avoir mis en place ces deux mesures, plusieurs économistes ont une perspective différente. Un salaire minimum éjecte plusieurs travailleurs jeunes, inexpérimentés ou désavantagés hors du marché du travail (par exemple, on estime que les dispositions mettant en place un salaire minimum adoptées comme partie d’une autre loi en 1933 mirent 500 000 Noirs au chômage)(24). Des études récentes et des estimations révèlent que la Sécurité sociale est devenue un tel cauchemar actuariel que soit elle devra être privatisée, soit les impôts déjà élevés nécessaires pour la maintenir à flot devront être haussés jusqu’à la stratosphère.

              Roosevelt assura le passage de l’Agricultural Adjusment Act, qui imposait une nouvelle taxe aux transformateurs agricoles et utilisait les revenus pour organiser la destruction à grande échelle de récoltes et de bétail. Des agents fédéraux supervisaient le spectacle désolant de champs de coton, de blé et de maïs parfaitement adéquats détruits sous les sabots (on dut convaincre les mules de piétiner les récoltes, on leur avait appris, évidemment, à marcher entre les rangées). Du bétail, des moutons et des cochons en santé furent abattus et enterrés dans des charniers. Henry Wallace, le secrétaire de l’Agriculture, donna personnellement l’ordre d’abattre six millions de porcelets avant qu’ils atteignent une taille adulte. L’administration paya aussi les fermiers pour la première fois afin de ne pas travailler du tout. Même si l’AAA aida les fermiers en restreignant l’offre et en augmentant les prix, il ne put l’accomplir qu’aux dépens de millions d’autres personnes qui durent payer ces prix ou se contenter de manger moins.


    Aigles bleus et canards rouges

              L’aspect le plus radical du New Deal est peut-être le National Industrial Recovery Act, adopté en juin 1933, qui créa une énorme structure bureaucratique appelée la National Recovery Administration (NRA). Sous la NRA, la plupart des industries manufacturières furent soudainement intégrées dans des cartels mandatés par le gouvernement. Des codes visant à réglementer les prix et les conditions de vente transformèrent brièvement une bonne part de l’économie américaine en un système de type fasciste, alors que la NRA se finançait à l’aide de nouvelles taxes prélevées des industries mêmes qu’elle contrôlait. Des économistes ont estimé que la NRA fit grimper le coût de faire des affaires en moyenne de 40% – une augmentation dont n’avait pas besoin une économie en déroute pour se remettre sur le droit chemin.

              Les conséquences économiques de la NRA furent immédiates et retentissantes. Dans les cinq mois précédant l’adoption de la loi, des signes de redressement se voyaient facilement: le nombre d’emplois et la masse salariale dans les usines avaient augmenté de 23% et de 35% respectivement. Puis vint la NRA qui raccourcit les heures de travail, augmenta les salaires arbitrairement et imposa de nouveaux coûts aux entreprises. Dans les six mois suivant l’entrée en vigueur de la loi, la production industrielle diminua de 25%. Benjamin M. Anderson écrit: « La NRA ne fut pas une mesure de relance. Elle fut une mesure de contre-relance. […] Pendant toute l’époque de la NRA, la production industrielle ne fut jamais aussi élevée qu’en juillet 1933, avant l’arrivée de cet organisme(25). »

              L’homme que Roosevelt choisit pour diriger les efforts de la NRA fut le général Hugh « Pantalons de fer » Johnson, un profane, brute rougeaude et admirateur avoué du dictateur italien Benito Mussolini. Johnson gronda: « Que Dieu tout-puissant ait pitié de quiconque tente d’interférer avec l’Aigle Bleu » (le symbole officiel de la NRA, qu’un sénateur rebaptisa avec dérision le « Canard soviétique »). Johnson menaça personnellement ceux qui refusaient de se conformer à la NRA de boycotts généraux et d’« un coup de poing au visage ».

              Ultimement, la NRA produit plus de 500 codes, « allant de la production de paratonnerres à la manufacture de corsets et de soutien-gorge, s’appliquant à plus de deux millions d’employeurs et 22 millions de travailleurs »(26). Il existait des codes pour la production de revitalisant pour cheveux, de laisses pour chiens et même de comédies musicales. Jack Magid, un tailleur du New Jersey, fut arrêté et envoyé en prison pour avoir commis le « crime » de repasser une tenue pour 35 ¢ plutôt que le 40 ¢ du « Code du tailleur » inspiré par la NRA.
     

    depression_h.jpg

    Cette photographie prise en 1989 montre un pont construit de 1936 à 1941 dans le comté de Coleman, au Texas, dans le cadre d'un projet de la Works Progress Administration. Pour beaucoup d'Américains, de tels projets semblaient utiles; ils oubliaient les coûts importants et la corruption qui ont caractérisé ce programme.

              Dans son livre The Roosevelt Myth, l’historien John T. Flynn décrit comment les partisans de la NRA conduisaient parfois leurs « affaires »:
     

              La NRA découvrit qu’elle ne pouvait assurer le respect de ses règles. Des marchés noirs se développèrent. Seules les méthodes policières les plus violentes pouvaient garantir la mise en application de ces règles. Dans l’industrie du vêtement de Sidney Hillman [un important syndicaliste américain et partisan de Roosevelt], l’autorité responsable du code employa la force policière. Ils sillonnaient le quartier du vêtement comme des escouades de la SS. Ils pouvaient pénétrer dans l’usine de quelqu’un, l’expulser, placer ses employés en rang et les soumettre à un interrogatoire détaillé, saisir ses registres sur le champ. On interdisait le travail de nuit. Des équipes mobiles de cette police privée du vêtement arpentaient les rues la nuit, frappant les portes à coup de hache afin de trouver ceux qui commettaient le crime de coudre des paires de pantalons pendant la nuit. Plusieurs autorités responsables de codes affirmaient que sans ces méthodes cruelles, personne ne se conformerait puisque le public ne les appuyait pas(27).

     

    « La première année du New Deal, Roosevelt proposa de dépenser 10 milliards de dollars alors que les revenus se situaient seulement à 3 milliards. Entre 1933 et 1936, les dépenses de l’État augmentèrent de plus de 83%. La dette fédérale monta en flèche de 73%. »

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    Les organismes réglementaires dont les sigles pourraient remplir un bol de soupe alphabet

              Roosevelt promulgua ensuite des augmentations d’impôt exorbitantes pour les tranches d’impositions supérieures et instaura un prélèvement à la source de 5% sur les dividendes. Il obtint une autre augmentation d’impôt en 1934. En fait, les hausses d’impôt devinrent une politique privilégiée de Roosevelt pendant les dix années suivantes, conduisant jusqu’à un taux d’imposition de 90% pour la tranche d’imposition supérieure. Arthur Vanderberg, sénateur du Michigan qui s’opposa à la plupart des mesures du New Deal, réprimanda Roosevelt pour ses imposantes hausses d’impôts. Une économie saine ne sera pas rétablie, disait-il, en adoptant l’idée socialiste que l’Amérique peut « soulever le tiers le plus pauvre » en « abaissant les deux autres tiers »(28). Vanderberg réprouva aussi « la reddition du Congrès face aux commissaires d’une multitude d’organismes réglementaires, dont les sigles pourraient remplir un bol de soupe alphabet, qui croient fermement que le peuple américain doit être enrégimenté par de puissants chefs suprêmes afin d’être sauvé »(29).

              Ces commissaires dépensaient l’argent des contribuables comme s'il poussait dans les arbres. C’est eux que l’influent journaliste et critique social Albert Jay Nock avait en tête lorsqu’il décrit le New Deal comme « une mobilisation ressemblant à une farce idiote et causant un tumulte sans but dirigée par l’État à la grandeur du pays »(30). La Civil Works Administration de Roosevelt embaucha des comédiens pour présenter des spectacles gratuits et des libraires pour cataloguer des archives. Il paya même des chercheurs pour étudier l’histoire de l’épingle de sûreté, embaucha 100 travailleurs de Washington pour patrouiller les rues avec des ballons et effrayer les étourneaux se tenant près de bâtiments publics, et admit des gens dans la fonction publique afin de pourchasser les buissons roulants les jours venteux.

              La CWA, lorsqu’elle fut mise en place à l’automne 1933, devait être un programme temporaire de création d’emplois. Roosevelt assura au Congrès dans son discours annuel que tout nouveau programme semblable serait aboli d’ici un an. « Le gouvernement fédéral, dit le président, doit cesser de s’occuper de l’assistance sociale et il le fera. Je ne désire pas que la vitalité de notre peuple soit obstruée davantage en distribuant de l’argent, des paniers de consommation, des miettes hebdomadaires de travail à couper la pelouse, ratisser les feuilles mortes ou à ramasser les journaux dans les parcs publics. » On nomma Harry Hopkins à la direction de l’agence, qui affirma plus tard: « J’ai donné du travail à quatre millions de personnes, mais pour l’amour de Dieu ne me demandez pas ce qu’elles font. » La CWA disparut après quelques mois, mais fut remplacée par un autre programme d’assistance temporaire qui devint la Works Progress Administration, ou WPA, en 1935. Cette dernière est connue aujourd’hui comme le programme gouvernemental qui inspira l’invention du terme boondoggle [perdre du temps à travailler sans raison], parce qu’il « produisit » bien plus que les 77 000 ponts et les 116 000 bâtiments que ses partisans aimaient montrer comme preuve de son efficacité(31).

              Les opposants au WPA l’appelaient souvent, avec raison, le programme « We Piddle Around » [Nous perdons notre temps]. Au Kentucky, les employés de la WPA ont catalogué 350 manières différentes d’apprêter des épinards. L’agence employait 6000 « comédiens » malgré le fait que les syndicats de comédiens du pays ne comptaient que 4500 membres. Des centaines d’employés de la WPA furent utilisés pour recueillir des contributions électorales pour des candidats du Parti démocrate. Au Tennessee, on congédiait les employés de la WPA s’ils refusaient de faire don de 2% de leur salaire au gouverneur sortant. En 1941, seulement 59% du budget de la WPA servait à payer quoi que ce soit aux travailleurs, le reste était siphonné par l’agence ou quelqu’un au-dessus. Les rédacteurs du magazine The New Republic demandèrent: « Est-ce que [Roosevelt] possède assez d’honnêteté morale pour admettre désormais que la WPA fut une décision politique précipitée et grandiloquente, qu’elle est un échec malheureux et qu’elle devrait être abolie(32)? » Le dernier des projets de la WPA ne fut éliminé qu’en juillet 1943.
     

              Roosevelt fut encensé pour ses initiatives de « création d’emplois » comme la CWA et la WPA. Plusieurs personnes pensent qu’elles ont aidé à remédier à la Dépression. Elles ne comprennent pas que ce sont les autres bricolages politiques maladroits de Roosevelt qui ont prolongé la Dépression et qui ont surtout empêché les chômeurs de trouver de vrais emplois en premier lieu. La liste stupéfiante de dépenses inutiles provoquées par ces programmes d’emplois a constitué un gaspillage de ressources précieuses pour des fins politiquement rentables mais économiquement contreproductives.

              Une simple analogie illustre cet argument. Si un voleur va de maison en maison dérobant chaque habitant du voisinage et qu’il se rend ensuite au centre commercial le plus près pour dépenser son butin illégitimement acquis, on ne prétendrait pas qu’il a rendu un service à son pays ou créé un avantage économique global parce qu’il a « stimulé » les magasins du centre commercial. De même, lorsque le gouvernement engage quelqu’un pour cataloguer les nombreuses façons d’apprêter des épinards, son chèque de paie offert par les contribuables ne peut être considéré comme un bénéfice net pour l’économie puisque les ressources utilisées pour le payer ont seulement été détournées et non créées. Les économistes d’aujourd’hui doivent encore lutter contre cette « pensée magique » chaque fois qu’on propose davantage de dépenses publiques – comme si l’argent ne provenait pas de citoyens productifs, mais de la Fée des dents.

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    Arthur Vandenberg, un sénateur du Michigan, prétendait qu'une économie solide ne pouvait être rétablie par l'entremise des mesures punitives d'imposition et de réglementation de Franklin D. Roosevelt.

    « Une cohue sidérante de moins que rien effrontés »

              Les interventions économiques désordonnées de Roosevelt furent louangées par ceux qui appréciaient l’impression de quelqu’un en contrôle et « faisant quelque chose ». Pendant ce temps, la grande majorité des Américains restaient patients. Ils souhaitaient clairement donner le bénéfice du doute à cet homme charismatique, ancien gouverneur de l’État de New York et victime de la polio. Mais Roosevelt eut toujours ses opposants, qui grandirent en nombre à mesure que les années passaient. Un de ceux-ci fut l’inimitable H.L. Mencken, le « Sage de Baltimore », qui critiqua vertement le président. Paul Johnson résume ainsi les remarques acérées mais souvent humoristiques de Mencken:
     

              Mencken se surpassait en attaquant le triomphant FDR, dont l’odeur de collectivisme frauduleux le remplissait d’un authentique dégoût. Il était le « Führer », le « Charlatan », entouré d’une « cohue sidérante de moins que rien effrontés », « un ramassis de pédagogues ignorants, d’avocats inconstitutionnels, d'admirateurs éblouis et d’autres sorciers tout aussi désolants ». Son New Deal constituait « une combine politique », « une série de faux miracles prodigieux » qui « encourageait constamment la jalousie et la haine entre les classes sociales », qui considérait le gouvernement comme « une vache à lait aux 125 millions de pis » et qui se caractérisait par « de fréquents désaveux de promesses formelles »(33).

    Des signes de vie

              L’économie américaine fut vite délivrée du fardeau de certains des pires excès du New Deal quand la Cour suprême déclara inconstitutionnels le National Industrial Recovery Act en 1935 et le Agricultural Adjustment Act en 1936, s’attirant éternellement foudres et moqueries de la part de Roosevelt. Jugeant inconstitutionnel la plupart de que Roosevelt avait fait, les « neuf vieils hommes » [comme le président les appela] de la Cour annulèrent aussi d’autres lois et programmes moins importants qui retardaient un éventuel redressement.

              Libérée des pires contraintes du New Deal, l’économie montra certains signes de vie. Le chômage diminua à 18% en 1935, à 14% en 1936 et encore plus bas en 1937. Pourtant, en 1938 il remonta jusqu’à près de 20% alors que l’économie s’effondrait de nouveau. Le marché boursier subit un krach de près de 50% entre août 1937 et mars 1938. Le « stimulant économique » du New Deal de Franklin Delano Roosevelt accomplit une véritable « première »: une dépression à l’intérieur d’une dépression!
     

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    Au point le plus bas de la Grande Dépression, la moitié de la production industrielle américaine était stagnante alors que l'économie chancelait sous le poids d'interminables et destructrices politiques de Washington provenant autant des Républicains que des Démocrates.

     

    Phase IV – Le Wagner Act

              Le National Labor Relations Act de 1935 – mieux connu sous le nom de Wagner Act et de « Magna Carta » des syndicats – avait préparé le terrain pour un effondrement économique. Citons Sennholz encore une fois:
     

              Cette loi révolutionna les relations de travail américaines. Elle retira les litiges de travail des tribunaux et les confia à une commission fédérale nouvellement créée, la National Labor Relations Board, qui devint à la fois poursuivant, juge et jury. La loi, qui offrait déjà des immunités et des privilèges juridiques aux syndicats, fut corrompue davantage par des partisans de ces derniers à la commission. Les États-Unis abandonnèrent ainsi une grande réussite de la civilisation occidentale: l’égalité devant la loi.

              Le Wagner Act, ou National Labor Relations Act, fut adopté en réaction à l’annulation du National Industrial Recovery Act et de ses codes de travail. Il visait à supprimer toute résistance des employeurs aux syndicats. Tout ce qu’un employeur pouvait faire en légitime défense devint une « pratique de travail déloyale » sanctionnable par la commission. La loi n’obligeait pas seulement les employeurs à négocier avec les syndicats désignés comme représentants des employés; des décisions subséquentes de la commission rendirent illégal le fait de résister aux demandes des dirigeants syndicaux(34).

              Les syndicats, armés de ces nouveaux pouvoirs étendus, débutèrent une frénésie d’organisation militante. Menaces, boycotts, grèves, occupations d’usines et violence omniprésente poussèrent gravement la productivité à la baisse et le chômage à la hausse. Le nombre de membres des syndicats du pays explosa. En 1941, il y avait deux fois et demie plus d’Américains membres d’un syndicat qu’en 1935. L’historien William E. Leuchtenberg, lui-même peu favorable à la libre entreprise, remarqua: « Les citoyens respectueux de la propriété étaient effrayés par les occupations d’usines, outrés lorsque des grévistes empêchaient la livraison du courrier, contrariés par l’intimidation à l’encontre des personnes non membres d’un syndicat et alarmés par les équipes mobiles de travailleurs qui manifestaient, ou menaçaient de le faire, de ville en ville(35). »

    Un climat hostile aux entreprises

              Dans la foulée du Wagner Act, un déluge vociférant d’insultes à l’endroit du monde des affaires vint de la Maison blanche. Les hommes d’affaires, affirma furieusement Roosevelt, constituaient des obstacles sur la voie du redressement. Il les traita de « royalistes économiques » et dit que les hommes d’affaires en tant que classe étaient « stupides »(36). Les insultes furent suivies d’une série de nouvelles mesures punitives. D’autres restrictions furent imposées au marché boursier. On préleva un nouvel impôt sur les revenus gardés par les entreprises, appelé « impôt sur les bénéfices non répartis ». « Ces initiatives de type coulons les riches, écrit l’économiste Robert Higgs, laissèrent peu de doute que le président et son gouvernement avaient l’intention de faire tout en leur pouvoir afin de pousser le Congrès à confisquer la richesse des particuliers à revenu élevé responsables de la plupart des décisions d’investissement privé du pays(37). »

              Pendant une période d’à peine deux mois à la fin de l’année 1937, le marché de l’acier – un indicateur économique clé – s’effondra, passant de 83% à 35% de sa pleine capacité. Quand la nouvelle fit les manchettes, Roosevelt partit pour un inopportun voyage de pêche de neuf jours. Le journal The New York Herald-Tribune l’implora de revenir au travail afin de renverser la vague de la Dépression renouvelée. Ce dont on a besoin, écrivirent les rédacteurs du journal, c’est l’abandon de la politique de Roosevelt « encourageant le ressentiment et la haine, montant les classes les unes contre les autres et punissant tous ceux qui sont en désaccord avec lui »(38).

              Le chroniqueur Walter Lippman écrivit en mars 1938 que « presque sans exception importante, toutes les mesures auxquelles il [Roosevelt] s'est intéressé dans les cinq derniers mois visaient à réduire ou à décourager la production de richesse »(39).

              Comme on l'a déjà souligné, la version du New Deal propre à Herbert Hoover avait haussé le taux d’imposition de la tranche supérieure de 24% à 63% en 1932. Mais on pourrait le qualifier de pingre comparativement à son successeur à la gâchette facile en ce qui concerne les hausses d’impôt. Pendant la présidence de Roosevelt, le taux d’imposition de la tranche supérieure fut augmenté d’abord à 79% et ensuite à 90%. L’historien économique Burton Folsom nota qu’en 1941 Roosevelt proposa même un taux d’imposition énorme de 99,5% sur tous les revenus de plus de 100 000 $. « Pourquoi pas? », demanda-t-il lorsqu’un de ses conseillers remit cette idée en question(40).
     

              Après que cette proposition confiscatoire eut échoué, Roosevelt adopta un décret afin d’imposer tous les revenus de plus de 25 000 $ au taux incroyable de 100%. Il promut aussi l’idée d’abaisser le seuil de l’exemption personnelle à 600 $, une tactique qui forçait la plupart des familles américaines à payer au moins un peu d’impôt sur le revenu pour la première fois. Peu de temps après, le Congrès annula le décret, mais mit en oeuvre la réduction de l’exemption personnelle(41).

              Au même moment, la politique monétaire de la Réserve fédérale se comportait comme une balançoire au milieu des années 1930, haussant d’abord le taux d’intérêt, puis l’abaissant, puis le remontant brusquement lors de l’entrée des États-Unis dans la Deuxième Guerre mondiale. Le fait suivant contribua au glissement économique de 1937: de l’été 1936 au printemps 1937, la Réserve fédérale doubla la réserve minimale imposée aux banques du pays. L’expérience a démontré encore et encore qu’une politique monétaire ressemblant à des montagnes russes est suffisante pour donner une économie ressemblant à des montagnes russes.

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    Le président Roosevelt a attaqué la Cour suprême parce qu'elle a déclaré inconstitutionnelles d'importantes parties du New Deal. La tentative échouée de FDR de prendre contrôle de ce tribunal par la nomination de juges supplémentaires a contribué à la reprise de la dépression économique en 1937.

              Encore piqué de ses défaites préalables à la Cour suprême, Roosevelt tenta en 1937 d'en prendre le contrôle en proposant que le président puisse nommer un juge supplémentaire pour chaque juge de plus de 70 ans encore en fonction et n’ayant pas pris sa retraite. Si cette proposition avait été adoptée, Roosevelt aurait pu nommer six nouveaux juges favorables à ses opinions, augmentant le nombre de juges à la Cour de 9 à 15. Son plan échoua au Congrès, mais la Cour commença bientôt à approuver ses politiques suite à la retraite de quelques juges qui s’y opposaient. Toutefois, jusqu'à ce que le Congrès fasse échouer le plan de Roosevelt, les craintes du monde des affaires à l’effet qu’une Cour favorable aux objectifs présidentiels appuie davantage le New Deal empêcha le retour des investissements et de la confiance.

              L’historien économique Robert Higgs conclut à une relation étroite entre le niveau d’investissement privé et la situation de l’économie américaine dans les années 1930. Les attaques incessantes de l’administration Roosevelt – tant verbales que réelles – contre le monde des affaires, la propriété et la libre entreprise garantirent que le capital nécessaire afin de revigorer l’économie se trouvait soit confisqué par la fiscalité soit dissimulé de force. Quand FDR fit entrer les États-Unis dans la guerre en 1941, son programme anti-affaires s’estompa, mais l’effort de guerre détournait une grande partie du capital du pays qui aurait dû aller dans l’agrandissement d’usines ou dans les biens de consommation. Il fallut attendre le départ de Roosevelt et la fin de la guerre pour que les investisseurs retrouvent la confiance nécessaire pour « provoquer le plein essor de l’investissement d’après-guerre qui alimenta le retour de l’économie à une prospérité durable »(42).

              Ce point de vue est renforcé par les commentaires suivants émis en 1937 par Lammot du Pont, l’un des principaux investisseurs de l’époque:
     

              L’incertitude gouverne la situation fiscale, la situation du travail, la situation monétaire et pratiquement chacune des exigences juridiques que doit respecter une industrie pour fonctionner. Les impôts vont-ils monter, descendre ou rester stables? Nous ne le savons pas. Le monde du travail sera-t-il pro-syndicat ou non? […] Allons-nous avoir de l’inflation ou de la déflation, plus ou moins de dépenses publiques? […] Y aura-t-il de nouvelles restrictions imposées au capital, de nouvelles limites aux profits? […] Il est impossible même d’essayer de deviner les réponses(43).

              Plusieurs historiens modernes ont tendance à être instinctivement anticapitalistes et méfiants envers le libre marché; ils sont impressionnés par la façon, constitutionnelle ou non, dont Roosevelt a utilisé son pouvoir et la trouvent historiquement « intéressante ». Lors de sondages, une majorité d’historiens placent invariablement FDR près de la première place sur le plan de la grandeur présidentielle. Il n’est donc pas surprenant qu’ils rejettent l’idée voulant que le New Deal soit responsable d’avoir prolongé la Grande Dépression. Pourtant, lorsqu’un sondage représentatif à l’échelle nationale effectué par l’American Institute of Public Opinion au printemps 1939 demanda « Pensez-vous que l’attitude de l’administration Roosevelt envers le monde des affaires retarde le redressement de l’économie? », le peuple américain répondit « oui » dans une proportion de plus de deux contre un. Cette proportion fut encore plus importante dans la communauté des affaires(44).

              Dans son journal personnel, Henry Morgenthau, le secrétaire du Trésor nommé par Roosevelt, semblait lui aussi être d’accord. Il écrivit: « Nous avons tenté de dépenser de l’argent. Nous dépensons davantage que ce qui a jamais été dépensé auparavant et cela ne fonctionne pas. […] Nous n’avons jamais rempli nos promesses. […] Après huit ans de cette administration nous avons autant de chômage qu’en commençant […] et une dette énorme par-dessus le marché(45)! »

              À la fin de la décennie et 12 ans après le jeudi noir du marché boursier, dix millions d’Américains n’occupaient pas d’emploi. Le taux de chômage dépassait les 17%. Roosevelt avait promis en 1932 de mettre un terme à cette crise, mais elle persista pendant deux mandats présidentiels malgré un nombre incalculable d’interventions.

    Où se trouve la libre entreprise?

              Comment se fait-il que FDR a été élu quatre fois si ses politiques aggravaient et prolongeaient une catastrophe économique? L’ignorance et la volonté de donner le bénéfice du doute au président y sont pour beaucoup. Roosevelt l’emporta sur Hoover en 1932 en promettant moins d’intervention étatique. Il leur donna plutôt davantage d’intervention étatique, mais il le fit avec fanfares et « causeries au coin du feu » [c’est ainsi qu’on appelait les discours radiophoniques à la nation de Roosevelt, qui eut recours à ce moyen de communication 30 fois entre 1933 et 1944] qui hypnotisèrent un peuple désespéré. Quand les gens commencèrent à se rendre compte que ses politiques avaient un effet néfaste, la Deuxième Guerre mondiale arriva, le peuple se rallia à son commandant-en-chef et peu voulurent changer de coureur au milieu de la piste en portant au pouvoir un nouveau candidat.

              En même temps que l'hécatombe de la Deuxième Guerre mondiale vint une reprise du commerce entre les États-Unis et leurs alliés. La mort d’innocents et la destruction de ressources n’aida pas l’économie américaine, mais ce commerce renouvelé le fit. Une réinflation de la masse monétaire du pays contrebalança les coûts élevés du New Deal, mais amena un fléau qui nous tourmente encore aujourd’hui: un dollar qui achète de moins en moins de biens et de services année après année. Plus important encore, l’administration Truman qui succéda à Roosevelt était définitivement moins encline à admonester et à matraquer les investisseurs privés. En conséquence, ces investisseurs recommencèrent à participer à l’économie et alimentèrent une puissante expansion économique d’après-guerre. La Grande Dépression se termina finalement, mais nous devrions nous en rappeler comme un des échecs les plus colossaux et tragiques de l’État et des politiques publiques de l’histoire américaine.
     

              La genèse de la Grande Dépression se trouve dans les politiques monétaires et fiscales irresponsables du gouvernement américain à la fin des années 1920 et au début des années 1930. Ces politiques comprirent une litanie d’erreurs politiques: mauvaise gestion de la banque centrale, tarifs douaniers écrasant le commerce, impôts destructeurs d’incitations, contrôle abrutissant de la production et de la concurrence, destruction insensée de récoltes et de bétail et législation coercitive du travail, pour ne nommer que des exemples. Ce n’est pas le libre marché qui a provoqué 12 ans d’agonie, mais plutôt une incompétence politique à grande échelle.

              Ceux qui peuvent examiner les événements des années 1920 et 1930 et ensuite blâmer le capitalisme pour le désastre économique ont les yeux, les oreilles et l’esprit fermés à la réalité. Il est essentiel de changer le raisonnement aberrant qu’est la sagesse populaire d’aujourd’hui à propos de cet épisode historique sordide afin de raviver la confiance dans le libre marché et de sauvegarder nos libertés.

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    Les pouvoirs spéciaux accordés aux syndicats avec le passage du Wagner Act ont contribué à une vague de grèves militantes et à une « dépression dans la dépression » en 1937.

              Les États-Unis ont réussi à survivre autant à l’activisme de Hoover qu’au charlatanisme du New Deal de Roosevelt. Désormais, la tradition américaine de liberté attend d’être redécouverte par une nouvelle génération de citoyens. Cette fois-ci nous n’avons rien à craindre sauf les faussetés et les idées reçues.

     

    16. “FDR’s Disputed Legacy”, p. 24.up.jpg
    17. Sennholz, p. 210.up.jpg
    18. Lewis W. Douglas, The Liberal Tradition: A Free People and a Free Economy, tel que cité dans “Monetary Central Planning and the State, Part XIV: The New Deal and Its Critics”, par Richard M. Ebeling dans Freedom Daily, février 1998, p. 12.up.jpg
    19. Friedman et Schwartz, p. 330.up.jpg
    20. Jim Powell, FDR’s Folly: How Roosevelt and His New Deal Prolonged the Great Depression, New York, Crown Forum, 2003, p. 32.up.jpg
    21. John Morton Blum, From the Morgenthau Diaries: Years of Crisis, 1928-1938, Boston, Houghton Mifflin Company, 1959, p. 70.up.jpg
    22. Anderson, p. 315.up.jpg
    23. “FDR’s Disputed Legacy”, p. 24.up.jpg
    24. Anderson, p. 336.up.jpg
    25. Ibid., p. 332-334.up.jpg
    26. “FDR’s Disputed Legacy”, p. 30.up.jpg
    27. John T. Flynn, The Roosevelt Myth, Garden City (NY), Garden City Publishing, 1949, p. 45.up.jpg
    28. C. David Tompkins, Senator Arthur H. Vandenberg: The Evolution of a Modern Republican, 1884-1945, East Lansing (MI), Michigan State University Press, 1970, p. 157.up.jpg
    29. Ibid., p. 121.up.jpg
    30. Albert J. Nock, “Our Enemy, the State”, Chapitre 1, Section IV (disponible à www.barefootsworld.net/nockets1.html).up.jpg
    31. Martin Morse Wooster, “Bring Back the WPA? It Also Had A Seamy Side”, The Wall Street Journal, 3 septembre 1986, p. A26.up.jpg
    32. Ibid.up.jpg
    33. Johnson, p. 762.up.jpg
    34. Sennholz, p. 212-213.up.jpg
    35. William E. Leuchtenburg, Franklin D. Roosevelt and the New Deal, 1932-1940, New York, Harper and Row, 1963, p. 242.up.jpg
    36. Ibid., p. 183-184.up.jpg
    37. Robert Higgs, “Regime Uncertainty: Why the Great Depression Lasted So Long and Why Prosperity Resumed After the War”, The Independent Review, vol. I, no 4, Printemps 1997, p. 573.up.jpg
    38. Gary Dean Best, The Critical Press and the New Deal: The Press Versus Presidential Power, 1933-1938, Westport (CT), Praeger Publishers, 1993, p. 130.up.jpg
    39. Ibid., p. 136.up.jpg
    40. Burton Folsom, “What’s Wrong With The Progressive Income Tax?”, Viewpoint on Public Issues, no 99-18, 3 mai 1999, Mackinac Center for Public Policy, Midland (MI).up.jpg
    41. Ibid.ibre.org/07/up.jpg" border="0" height="8" hspace="5" width="11" alt="up.jpg" />
    42. Higgs, p. 564.up.jpg
    43. Cité dans Herman E. Krooss, Executive Opinion: What Business Leaders Said and Thought on Economic Issues, 1920s-1960s, Garden City (NY), Doubleday, 1970, p. 200.up.jpg
    44. Higgs, p. 577.up.jpg
    45. Blum, p. 24-25.up.jpg

    Crédits des photographies: e) Roosevelt, Library of Congress, Prints and Photographs Division [LC-USZ62-117121 DLC]. f) Roosevelt, Franklin D. Roosevelt Library and Museum. h) Bridge, Library of Congress, Prints and Photographs Division, Historic American Buildings Survey or Historic American Engineering Record, Reproduction Number [HAER, TEX, 42-VOS. V, 4-]. j) Steel Mill, Library of Congress, Prints and Photographs Division, Theodor Horydczak Collection [LC-H814-T-0601 DLC]. k) Supreme Court Building, Library of Congress, Prints & Photographs Division, FSAOWI Collection, [LC-USF34-005615-E DLC]. l) Strikers, Archives of Labor and Urban Affairs, Wayne State University.


     


     Le mythe du New Deal    
    Par Florin Aftalion   
    28 janvier 2009
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    LE FIGAROLe New Deal a-t-il mis fin à la Grande Dépression des années 1930?

    Contrairement à un mythe largement répandu, la réponse est non. L’évolution du chômage au cours des années 1930 le prouve. Alors qu’il avait frisé les 25% en 1933, première année de présidence de Franklin D. Roosevelt, il était encore de 15% à la fin de son premier mandat. Puis 1937 connaît une rechute brutale des conditions économiques – une crise dans la crise – le chômage remontant à 19%. En 1940 il est encore supérieur à 10%. Force est donc de constater que la dépression s’est prolongée durant des années malgré, ou à cause pensent aujourd’hui de nombreux économistes, de la politique du New Deal.

    En annonçant dans l’enthousiasme du congrès démocrate de l’été 1932 son New Deal, le candidat Roosevelt ne savait pas en quoi celui-ci pouvait bien consister. Une fois élu, il chercha des idées auprès de ceux qu’il considérait comme les “meilleurs” experts. Des opinions de ce Brain Trust (l’expression date de cette époque) le nouveau Président tira la conviction, qui avait déjà était celle de son prédécesseur Hoover, que l’Amérique faisait face à un problème de surproduction, lui-même dû à un excès de concurrence.

    Pour sortir de la crise, il fallait, toujours selon les mêmes experts, que l’Etat force les prix, en particulier ceux des produits agricoles, et les salaires à augmenter. Afin d’atteindre cet objectif, l’industrie fut cartellisée, des prix et des salaires minimum imposés, des récoltes détruites, des millions de bestiaux abattus, des agriculteurs payés à ne rien faire. Dans cette logique absurde, les biens produits aux Etats-Unis devenant, pensait-on, trop chers par rapport à ceux provenant de l’étranger il était nécessaire de les “protéger”. Aussi les hauts tarifs douaniers votés sous Hoover, l’une des causes de l’aggravation de la Grande dépression, au lieu d’être supprimés furent maintenus. En réalité, contrairement aux prévisions, les salaires artificiellement élevés aggravèrent le chômage, les dépenses des ménages diminuèrent et les agriculteurs virent leurs revenus fondre. Les subventions versées généreusement aux “victimes de la crise” et les grands travaux publics (qui avaient déjà été lancés par l’administration Hoover, sans sortir l’Amérique de la crise) grevèrent lourdement le budget de l’Etat: ses dépenses doublèrent.

    Comme le Président Roosevelt aurait voulu équilibrer ses budgets, des impôts nouveaux furent créés, les anciens alourdis. Au total les charges fiscales furent triplées, le taux marginal sur le revenu passant à 90%. Mais les déficits ne purent être évités tant les dépenses de l’Etat étaient gigantesques. Ils restaient cependant beaucoup trop faibles aux yeux de Keynes qui en critiqua l’insuffisance (Roosevelt, qui le considérait comme un mathématicien et non comme un économiste, ne l’écouta pas). Un mythe dans le mythe consiste à croire que le New Deal fut d’inspiration keynésienne. Nous venons de voir de que cela est inexact. La politique de Roosevelt consista en fait en une série de réformes improvisées et désordonnées s’appuyant sur une rhétorique anti-business et des interventions législatives brutales que la Cour suprême finit par déclarer inconstitutionnelles.

    Il en résulta un climat d’incertitude telle que les entreprises arrêtèrent d’investir. L’économie qui était répartie au début de l’année 1933 stagna en 1934 et 1935 sous l’effet du New Deal. Puis, la FED ayant laissé croître la masse monétaire gonflée surtout par les mouvements de capitaux internationaux, l’économie américaine repartit vigoureusement en 1936. Ce qui fit craindre une poussée inflationniste et incita la Banque Centrale à freiner la croissance monétaire. D’où la crise dans la crise mentionnée plus haut. Finalement, ce fut sans doute la guerre qui mit fin à la Grande dépression. D’une part en créant une pénurie de main d’œuvre par la mobilisation de dix millions de GI's et d’autre part en chargeant le secteur privé de produire le matériel de guerre, ses dirigeants revenant à cette occasion conduire la politique économique du pays à la place des idéologues des années précédentes.

    Nous voyons que loin d’avoir sorti l’Amérique de la dépression la politique du New Deal l’y a enfoncée! Pour sept ans d’après une étude récente. Espérons que Barak Obama que certains se plaisent à comparer à son illustre prédécesseur démocrate n’en suivra pas les errements.


    Florin Aftalion, professeur émerite à l'ESSEC, est Fellow à l'Atlantis Institute


    Qui a déclaré : « Nous avons essayé de dépenser de l’argent. Nous dépensons plus que nous n’avons jamais dépensé et ça ne marche pas…Nous n’avons jamais tenu nos promesses…Après huit années au pouvoir nous avons autant de chômeurs que lorsque nous avons commencé…Et une dette gigantesque en plus ! » . Réponse : Henry Morgenthau, le secrétaire d'état au Trésor du Président Roosevelt, en 1939. A l'heure où les dirigeants politiques du monde entier replongent avec délices dans les excès d'une politique keynésienne, ils feraient bien de méditer sur cet aveu d'échec de celui qui fut l'un des grands architectes du New Deal américain de l'entre-deux-guerre. Ils pourraient ainsi faire sans doute l'économie de bien des déceptions.

    Le 30 mars dernier, le Professeur Florin Aftalion était l'invité de l'Institut Turgot, dans ses locaux du 35 avenue Mac Mahon. Au cours d'une intervention passionnante, très iconoclaste et fort bien documentée, il nous a expliqué que, contrairement à des idées largement répandues, le New Deal du Président Roosevelt, non seulement n'a pas mis fin à la Grande Dépression, mais l'a gravement prolongée.

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    17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 15:39

     

     

    http://aequalis.unblog.fr/files/2010/04/150723210.jpg

    Anne-Lorraine Bujon de l'Estang a signé il y a quelques semaines  une étude d'une trentaine de pages du mouvement tea party pour l'Institut Français de Relations Internationales (IFRI), intéressante à de nombreux égards. D'une part parcequ'elle permet de rompre, grâce à une grande objectivité et à une connaissance approfondie de la réalité de la vie politique américaine, avec les propos vaseux tenus dans la presse française sur ce renouveau du mouvement conservateur US (notamment ceux de Laure Mandeville, correspondante à Washington du Figaro, dont ce blog a déjà évoqué en août 2009 l'inanité).

    Vous trouverez ici cette étude. Pour une fois, les fondements constitutionnalistes des protestataires (comment peuvent-ils alors être racistes?) et la filiation directe avec Barry Goldwater sont mis en exergue. Plus encore, l'auteur évoque leur hétérogéneité (traditionnalistes, libertariens, etc.) ou le rôle des think tanks comme celui de Grover Norquist, Americans for Tax Reforms, etc. Aussi, très justement, Anne-Lorraine Bujon de l'Estang rappelle que le mouvement conservateur dépasse le Parti Républicain (dans la plus pure tradition de la logique de la société civile) et se veut capitaliste pour défendre les entrepreneurs de Main Street (du nom des avenues principales des petites villes américaines, qui concentrent tous les commerces) et non les big businesses, étatistes par intérêt, symbolisés par Wall Street. Cela lui permet de conclure sur un retour du populisme (…au sens noble du terme?).

    J'ajouterais un seul bémol: pour l'auteur, Sarah Palin serait l'égérie des Tea partiers. A mon sens, non: la greluche de l'Alaska, débordante d'ambition personnelle et accompagnée d'un bataillon de communicants, ne fait que tenter de récupérer un phénomène qui la surpasse et au sein duquel elle ne parvient pas à faire l'unanimité, loin de là, comme le confirme le sondage au sortir de la Conférence d'action politique conservatrice de février dernier.



    Depuis près d’un an, l’administration Obama doit affronter une mobilisation populaire inédite, en particulier sur le projet de réforme du système de santé. Les Tea Party Patriots en appellent aux Pères fondateurs et à la Constitution pour dénoncer les dangers de l’étatisme et du collectivisme. Radiographie d’un mouvement qui galvanise la droite libertarienne.

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    Boston tea party 1773 / wikipedia

    « La révolution n’est pas un dîner de gala », disait Mao. Mais il se peut qu’elle soit une tea party (un goûter), du moins selon les plus virulents opposants actuels du président Obama. Un mouvement citoyen décentralisé inconnu avant 2009, invoquant le nom d’un moment fondateur dans l’histoire américaine – la Boston Tea Party de 1773 –, est en passe de devenir la première formation politique d’opposition, du moins si l’opposition se mesure en décibels. L’élection du républicain Scott Brown comme sénateur du Massachusetts le 19 janvier, qui a privé les Démocrates de leur super-majorité au Sénat et a mis en péril la réforme du système de santé souhaitée par Obama, est considérée comme la première victoire des Tea Partiers. Leur foudre populiste n’épargne pas non plus les Républicains, même s’ils sont leurs alliés objectifs du fait de leur commune opposition à Barack Obama : le parti de George W. Bush est, à leurs yeux, coupable de modération et de compromission face à l’ennemi commun. Mouvement citoyen (ou se proclamant tel), sans affiliation partisane (en principe) ni organisation centralisée : le sursaut des Tea Parties est difficile à cerner politiquement. En fait, c’est une mosaïque bien américaine, composée de tactiques politiques empruntées à la gauche et au mouvement associatif, d’une référence prétendument non-partisane aux « Pères fondateurs », et d’un discours – sincère pour certains, stratégique pour d’autres – provenant de la droite libertarienne. 

     

    La colère de Rick Santelli / youtube

    Le mouvement est né il y a un an. Il puise ses origines dans l’opposition aux mesures portées par le président Obama dès son entrée en fonction pour atténuer les conséquences de la crise financière. Le 19 février 2009 est le plus souvent présenté comme la date de naissance du mouvement. Ce jour-là, le journaliste économique Rick Santelli de la chaîne câblée CNBC succombe à une crise de colère, diffusée en direct du Chicago Mercantile Exchange, s’en prenant au soutien financier proposée par la nouvelle administration aux Américains qui sont sur le point de perdre leur domicile parce qu’ils n’arrivent pas à payer leurs prêts immobiliers. Se demandant pourquoi les citoyens plus protégés devraient « subventionner les prêts immobiliers des losers  », il annonce, un brin malicieux, une Tea Party à Chicago au mois de juillet. Il invite « tous les capitalistes » à s’assembler aux bords du Lac Michigan.

    Il fait référence à un événement raconté aux jeunes Américains dès l’école primaire : à Boston en 1773, dans la période prérévolutionnaire, les coloniaux américains, se révoltant contre la décision du Parlement britannique d’imposer la consommation du thé (dont ils assurent le monopole), s’habillent en costumes indiens, prennent d’assaut, la nuit, plusieurs vaisseaux commerciaux britanniques, et déversent le contenu de centaines de coffres de thé dans le port de Boston. Ce bref épisode d’agitation politique est passé à la postérité sous le nom de Boston Tea Party .

    La tirade de Santelli ne fait que donner un nom à un courant de sentiments anti-Obama répandus depuis la campagne de 2008. Une partie de la droite avait déjà traité le candidat démocrate de « socialiste ». Le plan de relance (« stimulus »), proposé par son équipe économique dès janvier 2009, avait attiré les foudres de Rush Limbaugh, le célèbre animateur de talk-radio conservateur, qui en avait dénoncé le gâchis (notamment parce qu’il finançait des projets aidant les campagnes électorales de certains représentants et sénateurs). L’idée d’une Tea Party « 2009 » fait alors fureur dans certains milieux conservateurs et libertariens. Comme journée d’action, ils choisissent le 15 avril, la date-limite avant laquelle les Américains doivent payer leurs impôts. Ce jour, quelque 750 réunions ont lieu un peu partout dans le pays, dans les grandes comme dans les moyennes villes. On parle d’un mouvement populaire, mais ces manifestations obtiennent un soutien important de la part d’associations conservatrices. Surtout, elles obtiennent un débouché médiatique, grâce à la chaine conservatrice Fox, qui leur consacre une journée entière de reportages. Encore une fois, le plan de relance est visé.

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    (cc) Berteig/flickr

    Arrive l’été : la réforme du système de santé prend la relève du plan de relance comme cible principale. Alors que les élus démocrates retournent dans le urs circonscriptions pour expliquer la réforme, les réseaux formés lors des manifestations du printemps encouragent les militants du Tea Party à participer aux assemblées organisées par leurs élus et à perturber leur bon déroulement. Avec succès : ces réunions sont le théâtre de violents accès de colère, qui seront d’autre part largement diffusés sur Internet et dans les médias. Le New York Times apprend que ces tactiques sont explicitement encouragées par les nouveaux réseaux militants. Le site web Tea Party Patriots incite les fidèles à « remplir la salle », à « crier et contester leur [représentant] dès le début », à « le faire dévier de son script et de son ordre de jour ». Certains militants ont même étudié les méthodes de Saul Alinsky – le père du community organizing dont s’est inspiré Barack Obama alors qu’il militait dans les quartiers pauvres de Chicago. Ces tracas estivaux culminent avec la marche sur Washington de quelques dizaines de milliers de sympathisants pour une manifestation anti-Obama le 12 septembre. Le trait d’union qui relie ces protestations diffuses, émanant d’horizons divers et visant des questions éparses, est la phobie de l’État : la crainte que l’administration Obama ne prépare une sorte de mise au pied de la société par le gouvernement.

    Une mobilisation antiétatique

    En principe, les Tea Partiers adoptent une stratégie du « ni-ni » : ni républicain, ni démocrate. En pratique, leur objectif est d’infléchir l’orientation politique du parti républicain. Surtout, ils veulent contraindre les Républicains à adopter une lignée plus conservatrice, mais conservatrice uniquement au sens d’« antiétatique » : ils restent relativement silencieux sur les questions morales et les « valeurs », tels l’avortement et le mariage gay, questions dont George W. Bush a habilement su tirer profit. On pourrait même dire que les Tea Partiers prônent une sorte d’« entrisme » à la manière des groupuscules d’extrême gauche dans les années 1970 : réaliser son programme en infiltrant un parti politique officiel et en établissant une « hégémonie » idéologique sur lui.

    Le point crucial dans le développement de cette stratégie a lieu lors des élections de novembre dernier, lorsqu’une élection partielle est organisée dans une circonscription (pour la Chambre des représentants) du upstate New York, surnommé dans le jargon électoral « NY-23 » (le représentant en place avait été nommé à un poste gouvernemental par Obama). Pour s’opposer au candidat démocrate, la machine républicaine investit une maire de la région. Très vite, de nombreux conservateurs s’insurgent contre la décision de leur parti. Ils dénoncent cette candidate officielle comme une « RINO » – une « Republican in Name Only » (républicaine uniquement par le nom). Un candidat indépendant – un comptable nommé Doug Hoffman –devient une cause célèbre pour les conservateurs, ainsi que pour le mouvement Tea Party. Le soutien qu’il attire contraint la candidate officielle du parti républicain à se retirer. L’électorat conservateur reporte massivement ses voix sur Hoffman, qui devient le candidat républicain de fait. Mais si les résultats sont serrés, cette guérilla n’atteint pas son objectif : c’est le Démocrate qui remporte le siège.

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    (cc) Caveman/flickr

    Pour les Tea Partiers, la leçon à en tirer est simple mais essentielle : une mobilisation populaire et nationale peut forcer la main du parti républicain et le contraindre à s’aligner sur ses propres valeurs. À l’approche des élections de mi-mandat de novembre 2010, cette stratégie est vigoureusement poursuivie dans plusieurs scrutins importants. Il s’agit, du moins dans un premier temps, de soutenir des candidats en phase avec les Tea Partiers contre des candidats de l’establishment républicain, suspects de compromissions et d’impureté idéologiques. C’est le cas dans la primaire sénatoriale en Floride, prévue pour le mois d’août. Le candidat républicain adoubé est Charles Crist, le gouverneur de l’État. Normalement, un candidat avec un tel profil serait presqu’imbattable lors des primaires, au point de décourager tout rival éventuel. Mais Crist a soutenu le plan de relance d’Obama, notamment parce qu’il offrait des fonds aux États. Il a aussi eu le malheur de s’être fait filmé serrant le Président dans ses bras, lors d’un meeting qu’ils avaient présidé ensemble. Les Tea Partiers ont attaqué Crist, tout en choisissant leur propre champion : Mario Rubio, le charismatique président de la législature de l’État, âgé de 38 ans. Grâce à la publicité que le soutien des Tea Partiers lui a apportée, il devance désormais Crist dans les sondages. Situation parallèle dans le Kentucky : le républicain adoubé par son parti, Trey Grayson, subit l’assaut du médecin Rand Paul, poussé (et financé) par les Tea Partiers. Celui-ci est le fils de Ron Paul, le libertarien dont la campagne pour l’investiture républicaine à la présidence en 2008 avait suscité l’enthousiasme chez les mêmes courants qui sont actuellement les fantassins du mouvement Tea Party. Paul a rallié des militants en critiquant le soutien de son concurrent pour le bailout (le plan de sauvetage des banques adopté au moment de la crise de 2008). Désormais, les sondages pour la primaire le placent en position de favori.

    Prendre ainsi d’assaut le parti républicain est une manière pour les Tea Partiers de mettre en pratique l’une des maximes qui leur tient à cœur : ne faire confiance à aucun parti politique, pas plus les Républicains que les Démocrates. Toutefois, les associations et personnalités qui animent le réseau des Tea Parties suggèrent une réalité plus complexe, où le discours du « ni-ni » cohabite avec la droite libertarienne. C’est le cas notamment de FreedomWorks, un des principaux soutiens associatifs du mouvement. L’association a été fondée en 1984 par Dick Armey, un économiste élu par le Texas à la Chambre des représentants, où il a été le chef de file des Républicains pendant les années 1990. Dans la biographie mise en ligne par l’association, son pragmatisme ainsi que son esprit bipartisan sont loués (notamment le fait qu’il ait collaboré avec le président Clinton sur la réforme du welfare). Mais, en même temps, son récit est celui d’un homme de principes trahi par les élites. Parmi ces principes bafoués arrivent en tête la préférence des Américains pour le small government – c’est-à-dire pour l’imposition de limites strictes au pouvoir et aux finances du gouvernement fédéral. Armey fut abasourdi, par exemple, par la décision du premier président Bush de revenir sur sa promesse électorale de ne pas augmenter les impôts, se demandant comment un leader pouvait à ce point ignorer les préférences de son parti et de ses électeurs. C’est pour cette raison que FreedomWorks insiste sur la nécessité de l’engagement des citoyens (grassroots activism) : « Le gouvernement est au service de ceux qui se font entendre » (« government goes to those who show up »). Toujours est-il que les objectifs de ce militantisme ressemblent à un manifeste de libéralisme économique on ne peut plus classique. Si FreedomWorks « recrute, éduque, forme et mobilise des milliers de militants bénévoles », c’est pour « lutter pour moins de gouvernement, moins d’impôts, et plus de liberté ». Il souhaite d’autre part abolir le code fiscal actuel, remplacer les retraites financées par la répartition du Social Security par un mécanisme de capitalisation, et donner aux ménages des « alternatives » à l’école publique. En même temps, l’association s’en prend aux groupes d’intérêts qui soutiennent le parti démocrate : les syndicats d’enseignants et les avocats. FreedomWorks crie sans doute plus fort, mais ses priorités divergent assez peu d’un programme républicain ordinaire.

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    Capture d’écran du site the912project.com

    La même tension se trouve dans un autre pilier de la galaxie des Tea Partiers, le 9.12 Project. Son créateur est Glenn Beck, un animateur très populaire de talk-radio, qui a aussi sa propre émission sur la chaîne conservatrice Fox. Son image de marque : un humour un peu clownesque accompagné de commentaires sur l’actualité politique d’inspiration libertarienne. Le nom même du 9.12 Project se veut une profession de foi bipartisane : c’est une référence au lendemain du 11 septembre (9.12, soit le 12 septembre). Selon son site, « le jour suivant l’attaque contre l’Amérique, nous n’étions pas obsédés par la question des États rouges [républicains], des États bleus [démocrates], et des partis politiques. Nous étions unis en tant qu’Américains, et nous étions debout ensemble pour protéger la plus grande nation jamais créée ». C’est cette logique qui a inspiré le choix du 12 septembre 2009 comme date de la grande manifestation du mouvement à Washington.

    Mais ces mots fédérateurs cachent mal un parti pris en faveur du libéralisme économique et de la droite libertarienne. Se présentant comme un mouvement civique destiné à tous ceux qui se sentent « impuissants » à changer la direction dans laquelle se dirige le pays, le 9.12 Project prône un retour à l’union sacrée qui avait apparemment régné au lendemain du 11 septembre, par le biais d’un ressourcement aux principes américains fondamentaux – qui (bien commodément) se réduisent à neuf « principes » et douze « valeurs ». Chacun des principes est –dans un esprit d’union – prétendument tiré d’un écrit d’un des Pères fondateurs de la République. Mais le décalage entre le texte d’inspiration et le principe qui en est tiré est révélateur des véritables choix idéologiques du mouvement, qui manque de loin son objectif bipartisan : les principes défendus traduisent presque systématiquement le souci de l’intérêt général et la défense des libertés individuelles des Pères fondateurs dans un langage nationaliste et égoïste. Par exemple, le septième principe est celui-ci : « Je travaille beaucoup pour ce que j’ai et je le partagerai avec qui je veux. Le gouvernement ne peut me forcer à être charitable ». Quel Père fondateur a pu inspirer une telle boutade ? Personne d’autre que le bon George Washington lui-même. Toutefois, la citation dont ce principe est la prétendue traduction est bien plus mesurée : « Quiconque demande la charité ne la mérite pas, mais tous sont dignes d’être examinés, quitte à ce que les méritants en pâtissent ». Et quand on examine dans son intégralité le texte dont cette citation est tirée (une lettre de Washington à son neveu écrit en 1783), il suggère une sensibilité aux antipodes de celle que lui impute Glenn Beck : « Que votre cœur éprouve les douleurs et les malheurs de chacun, et que votre main donne selon les capacités de votre bourse » . En somme, la fondation de la Eépublique américaine est mise au service d’un ordre du jour bien particulier.

    La Constitution, une source de légitimité

    Comment caractériser de manière plus précise l’idéologie des Tea Partiers, une fois que l’on a associé ce mouvement à la droite libertarienne, et que l’on reconnaît que l’antiétatisme est son premier réflexe politique ? D’abord, il se définit par une référence à certains principes constitutionnels américains, même si ses promoteurs choisissent habilement ceux qui incarnent le mieux leurs valeurs. Le document de référence est le Bill of Rights, soit les libertés fondamentales définies dans les dix premiers amendements de la Constitution américaine. Le mouvement insiste beaucoup sur le second amendement, qui défend le port des armes. Mais les Tea Partiers insistent moins sur l’utilité concrète de cette stipulation que sur les limites qu’elle pose à l’autorité étatique. Comme l’écrit un candidat au Congrès sur le site du Tea Party de Parkersburg (Virginie Occidentale), le second amendement reflète la méfiance des Américains à l’égard du gouvernement colonial britannique, et vise à « protéger les citoyens contre un autre gouvernement incontrôlé qui souhaiterait les prendre en main ».

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    (cc)pantagrapher/flickr

    Cette lecture du second amendement explique l’engouement des militants pour un autre amendement, le dixième. Son caractère plus abstrait – il n’évoque aucun droit précis, telles les libertés de presse ou d’association – fait qu’il est un des moins connus des amendements. Le dixième amendement est une sorte d’attrape-tout : il réserve aux États et au « peuple » l’ensemble des pouvoirs qui ne sont pas nommément délégués au gouvernement fédéral (« The powers not delegated to the United States by the Constitution, nor prohibited by it to the States, are reserved to the States respectively, or to the people  »). Selon les Tea Partiers, cet amendement est foulé aux pieds par la jurisprudence contemporaine, qui acquiesce sans scrupules à l’envolée des pouvoirs du gouvernement fédéral alors même que ceux-ci sont (selon eux) inconstitutionnels. Ils trouvent ainsi dans le dixième amendement une arme efficace pour combattre toutes les expansions de l’autorité fédérale proposée par Obama – notamment sa réforme du système de la santé. En Virginie, certains élus de la législature de l’État ont proposé un projet de loi qui interdirait de fait l’application de certaines mesures de la réforme (telle l’obligation d’acheter une assurance-maladie), en arguant que le gouvernement fédéral outrepassait les pouvoirs que cet amendement lui accorde. Des initiatives semblables, surnommées des résolutions de « souveraineté des États » (« state sovereignty resolutions »), ont été introduites dans les législatures de la majorité des États. Sur le web, le Tenth Amendment Center prête sa voix aux mêmes thèmes que les Tea Partiers.

    Le mouvement semble d’autre part tenté par certaines idées chères aux conservateurs plus classiques. Les Tea Partiers s’opposent farouchement aux efforts pour contrôler le réchauffement climatique. Leur raisonnement ? Le réchauffement de la planète est un mythe et la science qui prétend le prouver est incomplète, voire mensongère. Ils s’opposent d’autre part à la réforme de l’immigration – c’est-à-dire aux efforts, commencés sous Bush, pour trouver une voie aboutissant à la régularisation des millions d’immigrés illégaux présents sur le sol américain. Dans les deux cas, ces positions sont au moins en partie justifiées par leur antiétatisme foncier : le réchauffement climatique est considéré comme un prétexte pour élargir les pouvoirs du gouvernement fédéral, alors que la réforme de l’immigration est citée comme un exemple du mépris du gouvernement pour la loi (puisqu’il entend récompenser des activités « criminelles »).

    Ayn Rand, critique du « collectivisme »

    Les Tea Partiers ne sont pas du genre à se fier à un « maître-penseur ». Toutefois, s’il y a un écrivain dans la pensée de laquelle beaucoup de ces militants se retrouvent – du moins ceux ayant le goût pour les principes abstraits –, c’est l’écrivaine Ayn Rand (1905-1982). The FountainheadIl est difficile d’expliquer la fascination des Américains pour cet auteur, quasi inconnue en France à l’exception de quelques adeptes. Beaucoup d’enseignants américains en ont fait l’expérience : si vous demandez en début d’année à vos étudiants de citer l’un de leurs livres préférés, il y en a toujours un, souvent parmi les plus doués, pour citer un roman d’Ayn Rand, soit The Fountainhead (La Source vive) soit Atlas Shrugged (La Révolte d’Atlas). Immigrée russe, fuyant la révolution bolchévique pour Hollywood, et ensuite New York, Ayn Rand a offert à son pays d’adoption une philosophie fondée sur l’individualisme extrême qu’elle baptise « objectivisme ». C’est une sorte de Nietzsche pour les diplômés de business school. Toutefois, ses idées, bien que jugées assez risibles par la plupart des universitaires, exercent une fascination sur les libertariens de droite, qui, en pleine révolte contre Obama, leur trouvent une qualité prophétique.

    La clé de voute de la pensée d’Ayn Rand est un argument assez surprenant : l’altruisme, prétend-elle, est la position éthique la plus immorale qui soit. L’altruisme conçoit l’individu comme une bête sacrificielle, n’ayant aucune valeur en soi. L’altruisme est en fait un collectivisme : un principe d’organisation sociale niant la liberté et l’indépendance individuelle. Puisque seuls l’individu et ses actions sont susceptibles de dignité morale, l’égoïsme est non seulement un fait, mais une vertu – plus encore, la vertu la plus élevée qui soit. Par conséquent, le principe d’organisation sociale le plus vertueux qui soit est le capitalisme, le seul système ¬qui ne méprise pas l’individu et qui ne le force pas à sacrifier ses désirs et son raisonnement à une instance collective. Rand va même jusqu’à dire que l’argent est inséparable de l’individualisme : dans un argument diamétralement opposé à celui de Marx, elle prétend que l’argent est non pas l’aliénation du travail productif, mais son expression la plus pure. La justification du capitalisme ne saurait donc être seulement pragmatique ou réaliste : sa grandeur est avant tout morale.

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    Atlas Shrugged

    Bien qu’elle admire les fondateurs des États-Unis d’avoir traduit cette éthique dans une forme politique concrète, Rand discernait dans la société américaine de l’après-guerre une tendance vers la négation de l’éthique égoïste et vers l’imposition par la force des valeurs « altruistes-collectivistes ». Son roman le plus célèbre, Atlas Shrugged, raconte une Amérique fictive conduite à la déchéance par un gouvernement collectiviste, jusqu’aux forces productives de la société – les capitalistes eux-mêmes (pour faire court) font grève ! Dans ses écrits et ses interventions, Ayn Rand dénonçait les évolutions liées aux politiques de Franklin D. Roosevelt et Lyndon Johnson, s’en prenant, tour à tour, aux politiques inflationnistes, à la Réserve fédérale, aux « services de soin socialisés », à la lutte contre la pauvreté – toujours au nom de la défense de l’individualisme conte le collectivisme étatique.

    La pensée de Rand exprime en termes théoriques les soucis des Tea Partiers. Quand Obama est accusé d’être socialiste (ce qui peut étonner certains Européens), on lui reproche en fait d’être « collectiviste » au sens de Rand : on l’accuse moins d’être un adepte de la révolution prolétarienne qu’un de ces fonctionnaires qui entreprend de limiter la liberté individuelle au nom d’idées faussement bien-pensantes. Les idées d’Ayn Rand sont actuellement injectées dans le débat public par certaines associations, notamment le Ayn Rand Center for Individual Rights. Comme l’explique son président dans une vidéo introductive, la situation présente – la crise économique servant de « prétexte » à une prise en charge de la société par l’État – avait été anticipée par Rand dans La Révolte d’Atlas. Il insiste d’autre part sur le fait que la récession actuelle n’est pas une crise du capitalisme mais, au contraire, une conséquence de la faiblesse (voire de l’absence) du capitalisme dans la société actuelle. Sur son site, le centre présente un discours, écrit pour être lu à une tea party, qui signale l’actualité d’Ayn Rand. Même quand son influence n’est pas directe, elle demeure pertinente : en liant collectivisme et étatisme et en les vilipendant tous deux, ses idées fonctionnent comme une sorte de lingua franca du mouvement tout entier.

    Un succès durable ?

    Quelles seront donc les conséquences de ce mouvement populaire anti-Obama sur la politique américaine dans les mois à venir ? Dans l’immédiat, les militants doivent se décider sur deux questions liées : faut-il créer une véritable organisation nationale ? Vont-ils jouer un rôle dans les élections de novembre 2010 ? Des premiers pas dans cette direction ont été pris lors du congrès qui s’est déroulé entre le 5 et le 7 février à Nashville (notamment avec la création d’un comité d’action politique, ou PAC, facilitant la collection de fonds pour soutenir « leurs » candidats). Mais le Tea Party devra, comme beaucoup de mouvements ayant du succès, se confronter au défi de la routinisation de son charisme. Le choix entre l’influence politique (soutenir des candidats républicains) ou la fidélité aux principes risque – comme souvent pour les mouvements de gauche – de le diviser et de lui faire perdre son élan. D’autant plus que certains Républicains, impressionnés par la puissance mobilisatrice du mouvement, vont tenter de le récupérer – notamment l’ancienne candidate républicaine à la vice-présidence (et éventuelle candidate pour la Maison Blanche en 2012), Sarah Palin, une favorite des Tea Partiers.

    Une autre pression qui pourrait fracturer le mouvement est la tension entre son libertarisme de droite et le conservatisme social et religieux qui, surtout pendant l’ère Bush, fut un élément essentiel de la coalition républicaine. Ces deux courants ont longtemps coexisté au sein du parti républicain (du moins depuis Reagan), mais leurs priorités ne sont pas les mêmes. Pendant les années 1950, par exemple, quand le mouvement conservateur intellectuel était à ses débuts, Ayn Rand était assez mal vue par William F. Buckley et sa National Review, le principal organe intellectuel des conservateurs. Au sein des Tea Partiers, certains voient sans doute les arguments antiétatiques comme une tactique utile pour dénoncer la politique de Barack Obama ; pour d’autres, ces arguments sont la motivation primordiale de leur engagement. Il n’est pas sûr qu’ils pourront toujours faire régner l’harmonie : dans le Massachusetts, si Scott Brown a certes bénéficié de la phobie de l’État véhiculée par les Tea Partiers, toujours est-il que, fidèle au progressisme bien connu de son État, il soutient le droit à l’avortement. S’il avait à se prononcer sur une telle question au Sénat (ce qui n’est pas prévu), il pourrait contribuer à un éclatement du mouvement.

    Enfin, le populisme de droite pourrait encourager un populisme parallèle du coté des Démocrates. Le Tea Party se veut une révolte du peuple contre les « grands » du gouvernement ; les Démocrates pourraient répondre en se présentant comme le parti du peuple contre les « grands » du monde financier et commercial. Mais un tel coup de barre à gauche conviendrait assez mal aux instincts foncièrement centristes d’Obama et de son administration, composée de personnages issus de l’establishment économique, tels Larry Summers et Timothy Geithner.

    Le mouvement Tea Party tire sa force du fait qu’il a réussi à accrocher un discours anti-étatiste radical à des valeurs américaines considérées comme « traditionnelles ». Mais c’est aussi sa faiblesse : les discours extrémistes (ou qui peuvent être présentés comme tels) sont souvent mal aimés des Américains. Obama perdra sans doute encore des batailles contre les Tea Partiers et leurs relais dans le parti républicain. Mais son vrai défaut est de s’être laissé lui-même dépeindre comme « radical ». Sa meilleure chance de réussir son mandat sera de prouver que c’est lui, plutôt que ses détracteurs, qui est le plus à même d’incarner la modération en politique.


    par Michael C. Behrent [16-02-2010]

    Aller plus loin


    - Lire l’excellent reportage de Ben McGrath dans le New Yorker du 1er février 2010, intitulé « The Movement ».

    - Anne-Lorraine Bujon de L’Estang, Au coeur de l’Amérique ? Le mouvement des Tea Parties, note d’analyse, Institut français des relations internationales, février 2010.

    - la crise de colère de Rick Santelli sur la chaîne CNBC : http://www.youtube.com/watch ?v=bEZB4taSEoA.

    - le site des Tea Party Patriots : http://www.teapartypatriots.org/.

    Pour citer cet article :

    Michael C. Behrent, « Tea Party Patriots : le renouveau de la droite américaine », La Vie des idées, 16 février 2010. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Tea-Party-Patriots-le-renouveau-de.html

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    7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 13:00

    Sous le voile de Benazir

     
    Par Laurent Murawiec à Washington


    Benazir

    © Metula News Agency






    Au pouvoir, elle continua à exploiter la ferveur des miséreux



     

     

     


    A ne manquer sous aucun prétexte, au matin du 1er janvier, les vœux de l’an des rédacteurs de la Ména. Ils donnent le ton de l’année nouvelle !


     

    Les bondieuseries coulent à flot : Benazir Bhutto est canonisée, sainte laïque de la démocratie. L’ennui, c’est que l’image ne correspond en rien à la réalité. Recadrons un peu l’image pieuse.

     

    Benazir Bhutto était l’héritière d’une dynastie de grands propriétaires fonciers du Sind, l’une des quatre provinces constituantes du Pakistan. Comme les autres latifondiaires, les Bhutto, immensément riches, sont virtuellement propriétaires des villages et des villageois, qu’ils traitent depuis toujours comme des serfs. On n’éduque pas, on taxe. On n’alphabétise pas, on rançonne. Mais le père de Benazir, Zulfikar Ali Bhutto, s’était déclaré « socialiste », étiquette qui recouvrait un populisme creux et corrompu, enrobé d’un charme indéniable. Pour lui, comme pour la quasi-totalité de la classe politique pakistanaise, le pouvoir était avant tout un moyen de s’enrichir démesurément en pillant l’Etat et la nation. Voleur de grande envergure, il ne se différenciait en rien des autres, sinon par le label. Il était aux affaires, quand l’Armée pakistanaise se livra à l’un des plus abominables massacres de l’histoire de l’après-guerre : les Bengalais (musulmans) du Pakistan oriental, ayant osé déclarer leur indépendance, la soldatesque pendjabi (musulmane) du Pakistan (alors « occidental ») massacra sans retenue, jusqu’à ce que l’Armée indienne inflige à ces soudards une raclée mémorable et méritée.

     

    Ali Bhutto plaça le Pakistan sous la houlette de l’Arabe saoudite. C’est lui qui lança, à l’époque contemporaine, la nouvelle vague de l’islamisation du pays, jusqu’à lors en équilibre relatif entre Islam et sécularisme. C’est lui qui fit de la Charia la loi du pays – « socialisme islamique », n’est-ce pas ? Lorsqu’il tomba sur plus islamiste que lui, avec le général Zia ul-Haq, il le paya de sa vie : le partage des dépouilles n’est pas le fort des dirigeants pakistanais, civils ou militaires. Bhutto fut ignoblement pendu par l’ignoble Zia, lequel, aux dires d’un général indien, « aurait volontiers importé du sable d’Arabe saoudite pour que le Pakistan ressemble plus à l’Arabie ». Le martyr pendu acquit dans la mort un lustre que ses actes ne méritaient guère. C’est lui qui avait mis en route la « bombe islamique », qui rend le Pakistan d’aujourd’hui si dangereux. Sur financement saoudien, une fois encore, le Pakistan miséreux dépensa sans compter pour se doter d’armes nucléaires et de missiles balistiques. Le bilan était accablant.

     

    Benazir prisonnière fut vilainement traitée par Zia, lequel fit du Coran une puissance constitutionnelle et du djihad une doctrine officielle. N’était-il pas conseillé par Abou Ala Maudoudi, l’un des principaux théoriciens du djihad au XXème siècle, lequel se prenait pour le Mahdi ? Après la mort de Zia, Benazir reprit la franchise développée par son père : le Pakistan People’s Party (PPP) et s’en servit pour prendre le pouvoir. Premier ministre, elle accéléra la nucléarisation militaire ; elle ne fit rien, mais rien de rien, pour améliorer le sort des Pakistanais, pour améliorer le statut de la femme, pour améliorer la déplorable situation de l’enseignement, pour aider l’économie à prospérer. Elle continua la politique de haut vol de son père, avec corruption et vénalité en toile de fond. Elle continua également à exploiter la ferveur des miséreux, qui projetaient en elle tous leurs espoirs, comme il l’avaient fait pour son père : masse de manœuvre crédule, masse de mobilisation, jouets asservis aux ambitions des puissants, pions qu’ils poussent sur l’échiquier du pouvoir.

     

    C’est quand elle était premier ministre que les services de renseignement de l’Armée pakistanaise, l’Inter-Service Intelligence (ISI) créèrent de toutes pièces les Talibans d’Afghanistan : le Pakistan considère qu’il doit dominer le voisin afghan afin de se donner, face à l’Inde, une « profondeur stratégique ». L’idée est invraisemblablement stupide, mais elle va de pair avec l’orchestration par les militaires et les barbouzes pakistanais du plus vieux djihad existant sur terre : la guerre menée depuis 1948 contre l’Inde au Cachemire. Périsse la nation pourvu que le djihad triomphe !

     

    Renversée – l’Armée pakistanaise renverse périodiquement les premiers ministres élus, avant de rentrer dans ses casernes – Benazir s’exila. Elle donna alors toute la mesure de son habileté : elle savait parler aux media et aux politiciens occidentaux dans leur langue, leur servir les plats qui leur plaisaient, leur dire les mots qui plaisent dans une langage familier. Ah ! A Londres et à New York, comme elle était féministe, démocrate, pro-occidentale et moderniste ! Elle utilisait à ravir sa beauté, son charme et sa culture oxfordienne pour présenter une image qu’adoptèrent d’enthousiasme les media : cette courageuse et charismatique musulmane réformatrice était une tête de pont de l’Occident. Ce n’était pas vrai, mais l’image resta. Elle y croyait sans doute quelque peu elle-même. L’image était factice, mais remplaça la véritable Benazir Bhutto aux actualités, et même dans les calculs des diplomates. On prenait l’ombre aguichante pour la substance, et les momeries qui coulent aujourd'hui à flots dans les notices nécrologiques, pour argent comptant.

     

    Présidente à vie du PPP, Benazir n’était pas démocrate, mais l’une des rapaces qui se déchirent le pouvoir et ses richesses au Pakistan. Certes, elle avait émis, ces temps derniers, de fortes condamnations des djihadistes et des islamistes extrémistes, lesquels le lui rendaient bien. Cela faisait partie du spiel du pouvoir. Aurait-elle joint le geste à la parole ? L’itinéraire clos par son assassinat n’est pas encourageant.

     

    L’assassinat de Benazir Bhutto devrait nous permettre de mieux mesurer le troublant décalage qui sépare l’image donnée de la réalité par le tapis de media internationaux de la réalité elle-même. L’image séduisante et fausse de Benazir, à laquelle s’étaient attachés beaucoup d’Occidentaux, permettait d’imaginer des semblants, ou des faux-semblants de solutions pour le Pakistan. Malheureusement, ce que cachait l’image est bien pire : le pays est si gangrené, qu’aucune solution n’est facile, ou à portée de la main. On ne peut y faire la politique du pire : il faut se résigner à la politique du moins pire.

     

    Reste, au Pakistan, un général au pouvoir, qui fait à la fois partie du problème et de la solution ; un président qui ménage chèvre et chou, et un pays fragmenté et lézardé. Reste la participation active d’une partie de l’Armée pakistanaise, de l’ISI, en particulier, avec les Talibans et les islamistes des zones tribales. Il serait absurde de pousser le général Musharraf au départ, comme on poussa le Chah d’Iran au départ en 1978-79 ; le monarque-dictateur iranien était un sale type, mais ce qui le remplaça est mille fois pire, comme dans l’histoire de Lénine et des tsars. Il est improbable qu’il parvienne à redresser la situation. Coincés entre Charybde et Scylla, nous subissons les effets en retour d’erreurs anciennes et de politiques révolues. La politique américaine envers le Pakistan est depuis trop longtemps affermée à l’Arabie saoudite et soumise, par éclipses, à un impératif apolitique, mais mielleusement satisfaisant, de « droits de l’homme ». On ne peut confier à des images factices le soin de composer une politique. On voulait « démocratiser » le Pakistan ? On a maintenant un champ de flamme, et un incendie à éteindre.

     

    Pour parler familièrement, nous sommes, Pakistanais et Occidentaux, dans la mouise. Un premier pas serait de cesser de faire confiance aux masques et de croire aux simulations.


    Idéologies/ Croisades contre le réel


     

    Des millénaristes du Moyen Age aux islamistes du XXIe siècle, en passant par Karl Marx, Adolf Hitler, Hugo Chavez et l'ultra-écologisme, une seule et même obsession : détruisez le monde réel et tout ira mieux.


    D’après le Manifeste communiste de 1848 et ses auteurs Karl Marx et Friedrich Engels. «L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes». Prenons les mots au sérieux : si toute l’histoire « n’a été que » ceci ou cela, c’est que nul  autre facteur ne compte. Le ceci ou le cela contiennent et enveloppent la totalité de l’histoire, à l’exclusion de tout le reste. Son contenu, sa texture, sa réalitém sont donc, à en croire nos auteurs, intégralement dictés par la lutte des classes.

    Or, l’histoire de toute société, précisément, n’est pas du tout l’histoire des luttes de classes: les sociétés de l’histoire ont certes recelé des luttes de classes, mais l’histoire n’est pas engendrée à titre unique par les luttes de classe, elle ne consiste pas uniquement ni principalement en luttes de classes. Les luttes de classe existent, mais ne dictent pas. Elle sont une lettre dans l’alphabet de l’histoire, et non son texte intégral.


    La société brahmanique du karma n’est pas plus définie par la lutte des classes que la société bouddhiste qui tente de la remplacer en Inde. La notion de classes rend incompréhensible l’histoire grecque ou romaine. Les invasions nomades qui scandent l’histoire européenne du Vè au XIVè siècle n’ont rien à voir avec les luttes de classes. Les conquêtes de l’Islam sont étrangères à la lutte des classes. En trois mots, l’histoire exclut les luttes de classe comme principe moteur, ou du moins les relègue à un rang subordonné. On a pris la partie pour le tout. Le principe n’éclaire ni la dimension religieuse, ni l’intellectuelle de l’existence humaine, il ne recouvre même pas l’ensemble du champ social ni du champ politique.


    Plaçant un principe subordonné à la place motrice, l’explication est fausse de part en part. Elle ignore la réalité et construit en son lieu et place une fausse réalité. Elle voit droit et annonce torve. La déconstruction de la richesse du réel au profit d’une factice reconstruction déforme irrémédiablement le réel.


    L’histoire, ajoutons-le, n’est pas non plus celle de la lutte des races, fantasmagorie dont l’heure de gloire ne dura pas moins que sa cousine. Elle n’est pas non plus celle de la lutte des espèces, ni des nations, ni aucune des variations social-darwinistes de la
    « lutte pour la vie » qui firent jadis florès, c’est à dire des applications hâtives et mécaniques à l’histoire humaine de certains aspects de la théorie de l’évolution, toutes caractérisées par une réduction abusive de vastes classes de phénomènes à une causalité simpliste et unique, réductionnisme.

    L’histoire n’est pas intrinsèquement tendue vers un but prédéterminé, réalisation d’un Paradis terrestre ou son actualisation, la téléologie des philosophes, principe qui orienterait et guiderait activement le monde (par quels moyens et mécanismes ?) vers cet objectif préétabli.


    Marx affirme cependant que l’histoire se dirige vers un
    « Point oméga », qu’il baptise, en contraste avec le « royaume de la nécessité », vallée de larmes d’aujourd’hui et d’hier, « royaume de la liberté » qui sera pure réalisation du plein potentiel humain, Age d’Or retrouvé et renouvelé. Ce faisant, Marx reprenait non seulement l’avènement de l’Esprit théorisé par le philosophe G.W.F. Hegel sous l’appellation de « Savoir absolu », mais plus encore la prédiction médiévale de l’avènement d’un « Troisième Age », « Age de l’Esprit » , qui avait été au cœur des innombrables insurrections millénaristes qui mobilisèrent et ensanglantèrent l’Europe du XIè au XVIè siècle. Il ne s’agit aucunement d’histoire au sens scientifique du terme, mais de prédictions oraculaires : celles de l’Apocalypse, déguisée pour cause de scientisme ambiant. La société industrielle et technologique ne réagit pas aux mêmes motifs que la Chrétienté médiévale. C’est là pure croyance, une foi millénariste.

    Pour affirmer que l’histoire est celle des luttes de classes, ou autres explications du même type, il faut omettre des pans entiers de l’histoire, qui contredisent la thèse ainsi posée ; il faut exclure de la causalité historique tout ce qui ne cadre pas avec le principe réducteur. Ce qui  n’est pas lutte de classes est donc illusion - assertion familière dans le cadre du marxisme. Il faut se fermer les yeux ou restreindre le champ de vision. Une fois amputée la réalité, qui passe par le Lit de Procuste de la théorie, les moignons restants pourront être ajustés. Qu’il ne reste que ces tronçons de réalité, qu’ils ne soient en quelque sorte qu’une ombre de réalité, ou moins encore, des moignons d’ombre, n’empêche pas une doctrine de faire preuve d’efficacité apparente : du point de vue aveugle qui est le sien, la théorie est lumineuse.
    « Tout s’explique ! »
    Cette réalité amputée, c’est celle de l’idéologie. Pour reconstruire le réel aux fins voulues, c’est-à-dire pour mettre les conclusions voulues à la place de la démonstration, il faut masquer, disais-je, la réalité, il faut l’occulter, et choisir les petits morceaux qui constitueront la mosaïque voulue.

    La vulgate contemporaine postule ainsi que toute la
    « misère du monde » provient d’une même hydre aux multiples têtes : capitalisme, impérialisme, marché, profits, mondialisation, colonialisme, etc. Toutes les têtes sont occidentales. Ergo, conclut cet étrange syllogisme, toute la misère du monde provient de l’Occident. Si la misère du monde est uniquement créée par l’Occident par l’intermédiaire de ses diverses manifestations, c’est qu’il y a en quelque sorte un degré zéro du monde où toute misère est exclue : l’état « naturel » du monde est dénué d’exploitation de l’homme ou de la nature. Ce monde naturel, c’est bien l’Age d’Or, celui de la liberté absolue qui n’est plus réprimée par les contraintes (c’est le Marx de 1848 et de tout ce qui suit), mais également celui des délirantes dérives psycho-machin (Deleuze, Guattari, Foucault, Derrida) de l’époque contemporaine.

    L’envers du raisonnement, c’est qu’un monde privé d’Occident sera privé de misère : détruisons l’Occident, nous détruirons la misère du monde ; le refrain est commun aux totalitarismes du XXè siècle, et à celui du XXIème, le totalitarisme islamique. Ce monde soustrait à toute misère, c’est, évidemment, le Paradis terrestre, du royaume de la liberté de l’un au règne de la Parole d’Allah pour l’autre, c’est le Reich de Mille ans., le monde d’où a èté soustrait toute souffrance, toute contradiction, toute dissonance : c’est un monde de la stase, où plus rien ne change puisque tout est parfait. C’est un rêve éveillé. C’est l’Utopie.


    Pour introduire l’Utopie dans le monde, pour la rendre, du moins en apparence, compatible avec lui, il est nécessaire de transformer le monde (c’est la XIe
    Thèse sur Feuerbach de Marx) et d’en faire un objet nouveau qui n’a pas grand chose à voir avec le vrai monde : c’est à cette condition que «l’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes». Ce monde travesti est celui où les guerres, les invasions, les massacre, les atrocités, sont tous le fruit de l’Occident et de l’Occidentalisme. Au fait, était-elles moindres et différentes aux âges pré-occidentaux, des empires exterminateurs des Assyriens et des Mongols aux sacrifices humains des Aztèques ou de la déesse Kali ?

    L’état de nature postulé, ce degré zéro de la misère du monde, ne peut manquer d’être peuplé de créatures qui lui correspondent : comme le Jardin d’Eden était peuplé d’innocents, l’état de nature est peuplé de bons sauvages. Moins ils sont touchés par l’Occidentalité, plus ils sont sains. C’est ce que l’idéologue islamico-marxiste iranien Jalal Al-e Ahmad appelait
    qarbzadegi, “intoxiqué par l’Occident”, “ouestoxiqué” ou “occidentalosé”. C’est ce que les Slavophiles russes, et les Bolchéviks, appelaient la “decadence” occidentale, ce qu’Hitler appelait la “dégénérescence” occidentale.

    Notons que l’écologisme militant d’aujourd’hui reprend nombre de leurs thèmes. C’est la civilisation technologique qui menace de détruire une planète qu’il faut donc
    « sauver ». Cette civilisation, affublée d’épithètes dévalorisantes (productiviste, et autres) étant fille d’Occident, elle n’échappe ni au soupçon, ni à la vindicte : elle est cause de dysharmonie avec la « Nature », comme si toute activité humaine n’était par définition autre chose qu’un double rapport d’inclusion et d’intervention, d’intériorité et d’extériorité, avec la nature ; comme si toute activité, naturelle et humaine, n’était pas caractérisée par une transformation qui produit à la fois de l’énergie et un résidu inutilisable, débris, pollution, dissipation.

    Mais cet écologisme militant exige de l’industrie qu’elle produise sans dissipation, en un mot, qu’elle ne produise pas du tout. Pour arriver à ses fins, l’écologisme militant sélectionne (et au besoin fabrique) les statistiques et les données abusivement présentées comme
    « scientifiques » qui « prouvent » (a) un réchauffement accéléré et de forte amplitude, (b) l’origine uniquement humaine, c’est-à-dire industrielles, de ce réchauffement. Toute donnée qui va à l’encontre de la thèse est impitoyablement écartée. Qui parle aujourd'hui du « trou dans la couche d’ozone » qui allait tous nous carboniser à court terme ? Le trou a disparu du discours public, mais il a été comblé par d’autres  désastres.

    Dans ce cas comme dans les autres, la méthode utilisée consiste à omettre un moment crucial du processus. Du constat
    « il y a des luttes de classes » on passe à « toute l’histoire n’est que ». De la dissipation d’énergie résiduelle on fait la caractéristique du processus industriel. De phénomènes connexes on fait des phénomènes intrinsèques ou même des phénomènes censés définir l’objet : c’est « le capitalisme » qui cause la pauvreté, alors que le capitalisme a tiré infiniment plus d’êtres humains de la misère que tout ce qui l’a précédé. Les colonialistes occidentaux deviennent les uniques envahisseurs, pillards, massacreurs, esclavagistes ; les autres ne sont pas seulement acquittés, ils reçoivent un non-lieu, ils ne sont même pas mis en examen. Amputée, j’histoire disparaît ; déséquilibrée, elle devient image d’Epinal, manuel de désinstruction civique, conte moralisant aux volontés endoctrinantes.

    La méthode qui est suivie est de refuser l’inclusion intégrale du réel : en sélectionnant tel moment, tel volet, au détriment des autres, et d’en induire une généralité et une validité universelle. On excipera d’une coexistence censément harmonieuse des
    « religions abrahamiques » au cours d’une courte période de l’histoire de l’Espagne mauresque pour conclure très abusivement à l’existence d’une « tolérance » supérieure de l’Islam. Découper le réel et le recomposer sur la base des chutes choisies, au lieu d’en penser la complexité et les caractères contradictoires, c’est l’art du prestidigitateur, la science du bonneteau. Ce qui importe, c’est moins le contenu que la méthode : en amputant le réel pour créer avec ses dépouilles une image fictive, la pseudo-réalité ainsi créée est nécessairement dysfonctionnelle. C’est bien pourquoi les économies communistes sont nécessairement fourrières de pénurie : bolchévique ou castriste, maoïste ou chavézienne, elles créent immanquablement, à grands renforts d’alibis, la misère d’où elles annonçaient tirer le peuple. Elles sont des maisons construites sur la base d’une géométrie non-euclidienne, qui, intellectuellement, peuvent être séduisantes, mais s’écroulent dès qu’elles passent de l’épure à la construction.

    Le modèle bricolé par omission ou par occultation n’a avec la réalité que des correspondances partielles et aléatoires. Dans son cadre, on agit moins sur le réel que sur une image fictive. La source des malheurs du tiers monde, ce n’est pas Mugabe, Pol Pot, les Taliban, Assad, Kim Jong-il, Chavez, c’est, diabolique, l’impérialisme. Les malheurs de l’URSS, c’étaient les koulaks et les ingénieurs saboteurs. Les malheurs du Reich, les Juifs. Les malheurs du Cambodge, ceux qui savaient lire. En amputant le réel, on s’interdit bien entendu de le comprendre : du réel mutilé on ne peut avoir qu’une compréhension mutilée, comme si un anatomiste pouvait comprendre le fonctionnement d’un homme auquel il aurait enlevé les organes, ou la tête, ou le cœur. La causalité inhérente au monde est perdue, on n’agit plus que sur de pseudo-causalités : c’est toujours le diable. Il n’est pas indifférent qu’Hugo Chavez, du haut de la tribune de l’Assemblée générale des Nations-Unies en 2006, ait lourdement insisté qu’il sentait la présence du Diable après que l’orateur précédent, George Bush, y soit passé.


    Mais, objectera-t-on peut-être, l’ambition d’une appréhension complète du réel n’est-elle pas elle-même illusoire ? Hors le regard synoptique du Dieu, nul n’y peut prétendre. Le savoir est œuvre collective, l’appréhension du monde lest également, mais elle ne peut embrasser la totalité, elle peut au plus l’approcher. C’est à cette connaissance approchée, empirique et asymptotique qu’il faut se résoudre. Cette connaissance approchée adhère au sens commun, en ce sens qu’elle ne se saisit point de la scie à découper pour se débarrasser de ce qui lui déplaît ou de ce qui ne dépasse du cadre. Il faut avant tout vouloir embrasser la totalité du réel, en inclure le plus afin d’en omettre le moins.


    D’évidence, la constitution humaine nous rend vulnérables à la partialité. Bernard de Chartres dit à raison :
    « Nous sommes comme des nains juchés sur des épaules de géants (les Anciens), de telle sorte que nous puissions voir plus de choses et de plus éloignées que n’en voyaient ces derniers. Et cela, non point parce que notre vue serait puissante ou notre taille avantageuse, mais parce que nous sommes portés et exhaussés par la haute stature des géants ». L’œuvre est collecctive, historique, graduelle. Faute de géants, comme les tours de la cathédrale de Chartres, notre regard rase les mottes s’il est en ville, et n’a aucun point de repère s’il est en rase campagne. Dans le temps comme dans l’espace, les limites de notre perception en limitent le rayon d’action. A grand’peine, nous assemblons une mosaïque de réalité. C’est le dessein qui importe : il faut vouloir tout le réel, il faut se diriger vers lui sans rien en excepter.

    L’occultation de constituants de la réalité est le pire péché cognitif. Il fonde l’idéologie, cette ombre déformée de réalité, cette maîtresse d’erreur. L’idéologie est ce salmigondi qui se saisit d’éléments de réalité, en exclut les autres, et s’érige en maître de vérité. L’idéologie est tache aveugle sur la rétine et le cerveau.


    Laurent Murawiec est directeur d'études au Hudson Institute, à Washington.


    © Laurent Murawiec pour l’Institut Jean-Jacques Rousseau, 2007.

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    27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 13:40

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    Au lendemain de la tragédie du 11 septembre, comme lors de chaque vague d'attentats islamistes qui traumatisèrent la France, la dénonciation du terrorisme islamiste est l'occasion de perpétuer le lieu commun du monde islamique "majoritairement modéré" et "ami de l'Occident".

    Or, qu'on le veuille ou non, et même si l'on doit combattre les amalgames, le monde musulman en général - et pas seulement les Talibans et les wahhabites - est réceptif aux thèses xénophobes anti-occidentales, anti-chrétiennes et anti-juives. A l'instar de l'Allemagne et de l'Europe des années 30, c'est bien à une idéologie de la haine de l'Autre à laquelle on est confronté. Face à ce totalitarisme islamique, les sociétés démocratiques se trouvent démunies. Au nom du pluralisme, elles ouvrent en effet leur porte à leurs pires adversaires, mettant ainsi en danger leurs valeurs fondatrices et leur survie même. Si elles ne veulent pas en arriver là, il faudra bien, un jour, qu'elles refusent la liberté aux ennemis de la liberté.



    Le « fascisme islamiste », ou la nouvelle menace totalitaire de l'après guerre froide

    Politique Internationale

     

     

     

     

     

    Source : Politique Internationale

    Depuis les terrifiants attentats du 11 septembre 2001 attribués au terrorisme islamiste international, les médias comme les politiques et les innombrables « experts » en « islamologie» n'ont jamais autant parlé de l'« islamisme » et de l'Islam en général.

    Politique Internationale, été 2002, 13 pages

    Dans un tel contexte de traumatisme mêlé d'une troublante euphorie médiatique non exempte de récupération politique de part et d'autre, les différentes analyses - souvent prisonnières d'une certaine « correction politique » et manichéennes - ont oscillé entre l'« islamophobie », que sous-tend le dangereux amalgame islam=terrorisme islamiste, et l'islamophilie passionnelle, qui se manifeste par une nouvelle forme d'auto-censure intellectuelle que nous avons nommée de manière un peu polémique l'« islamiquement correct ». Phénomène inhibiteur qui empêche en définitive de nommer clairement et d'étudier - donc de combattre efficacement - le nouveau totalitarisme islamiste lancé à l'assaut des démocraties.

     

    Les lois de la géopolitique face à la « nouvelle trahison des clercs »

     

    Conformément à cette forme verte de « pensée unique », les attentats islamistes qui terrorisent régulièrement les sociétés musulmanes et occidentales, sont autant de nouvelles occasions - sous prétexte d'éviter l'amalgame - de vanter les qualités intrinsèques du Coran, définitivement proclamé « texte de paix », de louer le monde islamique, « majoritairement tolérant », et même de rappeler que l'Islam orthodoxe, loin d'appeler à la violence, est une « religion d'amour ». En vertu de ce schème de pensée, les islamo-terroristes auraient en quelques sortes trahi ce « véritable » islam, un peu de la même manière que Lénine, Trotsky, Staline, Pol Pot, Mao ou Enver Hodja auraient trahi le « véritable » communisme, jamais incriminable puisque « dénaturé » par les révolutionnaires bellicistes s'en réclamant. Inversement, oser rappeler qu'il existe des « passerelles » entre l'Islamisme et l'Islam orthodoxe est assimilé à une forme d'intolérance et à un intolérable lèse-Mahomet. Dans un essai consacré aux formes islamiques de totalitarisme et de judéophobie, Pierre André Taguieff s'élève contre ce postulat central de l'« islamiquement correct » selon lequel l'existence de « zones d'équivocité» entre l'islamisme et l'orthodoxie musulmane devrait être occultée car susceptible de justifier des thèses « islamophobes», bref de « profiter au méchant ». Pour lui, cette posture accusatoire liberticide rappelle le totalitarisme stalinien en vertu duquel les faits doivent être niés lorsqu'ils contredisent la « vérité idéologique ».

    D'après cette « pravda islamiquement correcte », plus l'Internationale islamiste frappe en Algérie, au Pakistan, en Afghanistan, en Indonésie, en Egypte, en Tchétchénie, en France ou en Amérique, plus les autorités morales et intellectuelles proclament « incorrectes » les thèses alarmistes de Samuel Huntington selon lesquelles le monde de l'après guerre froide ne serait point celui de la « fin de l'Histoire » annoncée par Francis Fukuyama et permise par la victoire définitive du modèle libéral-américain sur l'Empire du Mal mais au contraire le commencement d'une nouvelle ère polémologique : celle des affrontements civilisationnels et identitaires. C'est que la quasi impossibilité de mener un débat lucide et dépassionné en matière d'Islam et de chocs des civilisations est plus grave qu'il n'y paraît. Elle obéit non seulement aux postulats des idéologies progressistes radicales (tiersmondisme, internationalismes marxistes, etc) qui combattent l'idée même de frontières nationales ou civilisationnelles et de conflits opposant hélas toujours les sociétés humaines entre elles (« nous n'avons pas d'ennemis »), mais elle empêche surtout les Occidentaux de définir clairement la nouvelle menace totalitaire islamiste qui gagne progressivement les masses fanatisées et désespérées du tiers-monde désireuses de prendre leur revanche sur les « croisés-colonisateurs » européens, les « impérialistes américains » et les « Sionistes ». On oublie trop souvent que les démocraties n'ont pas que des amis, et que l'essence du Politique consiste en premier lieu à désigner l'Ami et l'Ennemi, comme nous l'ont enseigné Raymond Aron et Julien Freund. Aussi « l'islamiquement correct » et la vision libérale idyllique à la Fukuyama d'un monde sans conflits fonctionnent-elles comme des grilles de lecture déformantes et inhibitrices empêchant en l'occurrence de prendre la mesure de la menace néo-totalitaire islamiste et de tirer sereinement les leçons géostratégiques du monde de l'après guerre froide tel qu'il est, c'est-à-dire plus que jamais belligène. Car il aura fallu attendre le 11 septembre 2001 pour que le paradigme de la guerre froide vole définitivement en éclats, Manhattan ayant constitué le point de départ de la « première guerre civilisationnelle » déclarée par le « fascisme vert ».

     

    Le mythe de la mondialisation pacificatrice et le « retour du refoulé identitaire »

     

    Après le 11 septembre, on ne pourra plus jamais raisonner avec les schémas géopolitiques et idéologiques hérités tant de la guerre froide que du monde unipolaire issu de la chute de l'ex-URSS et ayant consacré la victoire d'une Hyperpuissance américaine que Francis Fukuyama croyait capable de pacifier la planète sur les bases du libéralisme triomphant et d'une hypothétique « communauté internationale ». D'après Huntington, si la mondialisation, au sens technologique et commercial du terme, est bien un phénomène universel, la « culture de Davos » et les valeurs fondamentales que sont l'universalisme, le relativisme, la tolérance, l'individualisme, la démocratie libérale, la laïcité, etc, sont en réalité le fait d'une minorité de nantis occidentaux (Japon inclus). Les conflits identitaires et culturels auraient été en quelques sortes « congelés » et momentanément éclipsés par le paradigme des affrontements idéologiques Est/Ouest, puis seraient soudains réapparus de façon encore plus exacerbée à la suite de la chute du Mur de Berlin, avec comme meilleur allié paradoxal une mondialisation qui, comme l'explique le sociologue américain Benjamin Barber, fait d'autant plus exploser les passions identitaires et religieuses qu'elle provoque leur crispation tout en élargissant leur champ d'action, désormais non limité par des frontières nationales souvent vécues comme artificielles. Les revendications d'Oussama Ben Laden relatives à l'établissement d'un Califat mondial transcendant les frontières ethno-nationales illustre bien cette paradoxale réalité. Loin de constituer une garantie contre les débordements particularistes identitaires, la mondialisation a plutôt tendance à renforcer les frustrations dans les sociétés où le niveau de vie ne permet pas aux masses de consommer les alléchants produits du très hédoniste système « Mc World », particulièrement au sein des civilisations ayant été colonisées par l'Occident, notamment le monde musulman, et qui assimilent tout ce qui vient d'Occident à de nouvelles formes de colonialisme et d'arrogance de « l'Ouest croisé » (« al-Gharb al salibi »). Tel est le principe légitimateur et mobilisateur central du « fascisme vert ».

     

    De la « légitimité » du totalitarisme islamiste face à « l'impérialisme démocratique » occidental


    N'en déplaise à tous ceux qui font accroire que l'ouragan terroriste vert qui a frappé l'Amérique au cur n'est que l'une des « ultimes secousses » d'un islamisme « désespéré » et moribond, le monde islamique s'enfonce de plus en plus dans les sables mouvants de l'obscurantisme et dans le tourbillon revanchard d'une réappropriation conflictuelle de son identité arabo-islamique un temps spoliée et « humiliée » par les « colonisateurs-croisés ». Or ce « retour du refoulé identitaire » musulman rend la « solution islamiste », indépendamment de sa nature totalitaire et barbare, comme la plus « légitime », la seule qui ne soit pas idéologiquement et spirituellement liée à l'Occident, bref la « solution indigène » par excellence ». C'est ainsi que, réagissant à ce qu'il croit être - avec l'embargo sur l'Irak, le soutien occidental à Israël en passant par l'occupation de l'Arabie par les GI's - une manifestation du complot « judéo-croisé », ce monde islamique progressivement gagné par la haine de l'Autre, tend hélas à considérer les droits de l'Homme, la liberté de conscience, le relativisme religieux et surtout la laïcité, fondements mêmes de la démocratie et de l'humanisme universaliste, comme des formes subtiles et perverses d'un néo-colonialisme idéologico-politique occidental.

    Par ailleurs, le fait que les lieux saints de l'Islam et les principales structures internationales et nationales de représentation de l'Islam sunnite orthodoxe soient contrôlées et financées par le « Vatican wahhabite » saoudien invalide ex ante toute affirmation selon laquelle l'Islam et le monde Islamique seraient intrinsèquement « tolérants » et les Islamistes d'horribles « hérétiques » ultra-minoritaires. En termes clairs, la combinaison de cette « revanche post-coloniale » avec les racines islamiques orthodoxes du Totalitarisme vert puis avec l'explosion démographique, obstacle à la prospérité matérielle et levier de violence (Gaston Bouthoul disait : « préparez Vénus, viendra Mars »...), font de l'Islamisme, depuis qu'il a pris la tête de la rébellion du tiers monde contre l'Occident, la plus terrifiante des menaces globales de l'après guerre froide, succédant sans complexes aux précédants totalitarismes rouge et brun. Après la lutte des classes et la lutte des races, voici venue l'ère de la lutte des religions-civilisations.

     

    Du caractère unique du totalitarisme islamiste et de son fondement guerrier: le jihad

     

    Nombre d'analystes autorisés expliquent cependant que l'islamisme, en tant que dérive politique et violente de l'Islam, « n'est qu'un intégrisme » comme les autres, juif ou chrétien. Anticipant sur l'objection selon laquelle aucune autre religion n'est actuellement aussi violente et revendiquée par des terroristes du monde entier que l'Islam, ils expliquent que « nous aussi », les Chrétiens, avons connu la guerre sainte lors des Croisades ou de l'Inquisition, et que l'Ancien Testament (la Torah des Juifs) contient de nombreux versets de violence. Outre le fait que les intégristes juifs et chrétiens (lefébvristes, loubavitch, protestants fondamentalistes, etc) ne posent pas de bombes au quatre coins du monde et n'ont pas (ou plus) de projet de conquête de la planète, il va sans dire qu'une indignation rétrospective, pour légitime qu'elle soit, ne saurait en aucun cas invalider la description objective du réel et du présent. Quant à la dénonciation des versets bellicistes de l'Ancien Testament, dont on sait que le judaïsme et le christianisme ont cessé de leur accorder une signification temporelle littérale, elle repose parfois sur une forme sournoise d'antisionisme cherchant une légitimité théologique et s'insérant plus largement dans le cadre d'une haine de soi judéo-chrétienne si bien analysée par Pascal Bruckner dans Le Sanglot de l'Homme blanc. Tel est en tout cas le sens d'un retentissant éditorial d'Alain Gresh qui range dans la catégorie disqualifiante des « islamophobes » ceux qui osent, avec Pierre-André Taguieff, Bernard Léwis ou Ibn Warraq, rappeler la nature théocratique et totalitaire de l'Islamisme et de ses fondements théologiques orthodoxes. Pour Gresh, fils du célèbre intellectuel pro-soviétique Henri Curiel, la conquête des Amériques, la Colonisation, les Croisades, l'Inquisition jusqu'à la politique d'Ariel Sharon, sont censées « équilibrer » l'horreur islamiste, de sorte que c'est la spécificité même, donc l'existence, du totalitarisme islamiste, qui en ressort niée.

    En réalité, à la différence du fondamentalisme protestant ou juif et de l'intégrisme catholique, l'islamisme, holisme messianique fondé sur la conquête politico-spirituelle de la planète, est caractérisé par sa triple dimension, théocratique, conquérante, et guerrière, ce qui en fait plus une idéologie belliciste néo-totalitaire qu'un simple intégrisme religieux. Ni le Judaïsme, rebelle à tout prosélytisme, ni le christianisme, dont les textes sacrés réprouvent toute violence et sont à l'origine de l'idée spécifiquement occidentale de laïcité, n'ont produit l'équivalent de l'Islamisme actuel. Rappelons tout de même que si Jésus a volontairement péri sur la Croix sans se défendre temporellement - « rendant à César ce qui est à césar et à Dieu ce qui est à Dieu » - Mahomet est d'emblée guerrier, préleveur de butin (Coran : 59, 7-10 ; 49, 19 ; 48, 20 ; 8, 69), chef spirituel et chef politico-militaire. Il est le « premier islamiste », comme se plaisent à le répéter les Islamistes. Les biographies de Mahomet le décrivent toutes guerroyant, rompant les trêves et proclamant des sentences de mort, notamment contre les poètes récalcitrants. Aussi n'est-il pas infondé de dire que « l'imitatio Mohamadis » incite autant au jihad contre l'Infidèle que l'imitation de Jésus Christ au pacifisme. C'est d'ailleurs parce que le jihad est chargé d'une considérable légitimité islamique que tous les Islamistes contemporains (Mawdoudi, El-Banna, Qotb, Kichk, Farag, Oussama Bin Laden, etc.) en ont fait leur leitmotiv central.

    Mettre sur un même pied d'égalité les trois religions « abrahamiques » et « tous les intégrismes » revient en fin de compte à occulter le fait que les passages guerriers et violents du Coran sont bien plus enclins à légitimer le terrorisme et la haine néo-totalitaire des Islamistes que l'Ancien Testament, dans la mesure où l'Islam n'a connu ni réforme ni Vatican II et surtout parce que, à la différence des Ancien et Nouveau Testament, le Coran n'est pas seulement un livre d'inspiration divine, décontextualisable, mais la parole vivante de Dieu, un texte incréé et totalement parfait, réplique exacte du « Livre mère » écrit en « arabe pur » et conservé au Ciel, donc dont rien ne peut être ni retranché ni mis de côté. A cela s'ajoute le fait qu'en vertu de la règle islamique traditionnelle des « versets abrogeants et abrogés », les sourates guerrières du Coran, les plus récentes chronologiquement (« sourates médinoises ») l'emportent sur celles, plus pacifiques et spirituelles, mais antérieures, dites « mécqoises ».

    Certes l'Islam n'est pas l'islamisme, et les Musulmans en sont les premières victimes. Mais les origines profondes du Totalitarisme islamiste, que le démocrate algérien Rachid Boujédra nomme le « fascisme vert », résident dans les fondements mêmes de l'orthodoxie islamique, enseignée dans les grandes Universités musulmanes et demeuré immuable depuis le IXème siècle, le Coran et les Hadith, sources de la Charià, proclamant explicitement la guerre sainte. Car le jihad constitue l'un des moyens d'expansion naturels l'islam, Mahomet ayant lui même participé à près de 80 combats. Dans le Coran, le combat armé est appelé le « Sentier d'Allah » et les Moujahidines tombés sont comparés à des « martyrs de la Foi » (IX, 52 ; LVIII, 19). Le Coran regorge de sourates appelant à la guerre contre les Juifs et les Chrétiens insoumis ou les Polythéistes : « Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu, au jour dernier, qui ne considèrent pas comme illicite ce que Dieu et son prophète ont déclaré illicite, ainsi que ceux qui, parmi les gens des Ecritures ne pratiquent pas la religion de la vérité, jusqu'à ce qu'ils paient, humiliés, et de leurs propres mains, le tribut » (9, 29) ; « ...Lorsque tu portes un coup, ce n'est pas toi qui le portes, mais Dieu qui éprouve ainsi les Croyants par une belle épreuve... » (8, 17) ; « Combattez-les jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de luttes doctrinales et qu'il n'y ait pas d'autre religion que celle de Dieu. S'ils cessent Dieu le verra » (8, 39) ; « Lorsque les mois sacrés seront expirés, tuez les infidèles partout où vous les trouverez. Faites-les prisonniers ! Assiégez-les ! Placez-leur des embuscades ! ... » (9, 5) ; « O Croyants ! Combattez les infidèles qui sont près de vous. Qu'ils trouvent en vous de la rudesse !... » (9, 123) ; ou encore : « Lors donc que vous rencontrerez ceux qui mécroient, alors frappez aux cols. Puis quand vous avez dominé, alors serrez le garrot » (47, 4). Ainsi, les grands penseurs musulmans orthodoxes et commentateurs des Hadith, (« dits et faits de Mahomet »): El-Bokhari, El-Ghazali (1058-1111), Nawawi, Ibn Taimiyya, Malik, ont théorisé l'« effort [de guerre] sur le sentier d'Allah » (jihad fi sabill'illah) et ont réglementé les modalités d'extermination des « Infidèles » : « La loi défend de tuer, dans la guerre contre les Infidèles : des mineurs, des aliénés, des femmes et des hermaphrodites () mais on peut tuer légalement : les moines [non reclus], des mercenaires que les Infidèles ont pris dans leur service, des vieillards, et des personnes faibles, etc ..., écrivent Nawawi ou Ibn Taimiyya, figure centrale de la quatrième école juridique officielle de l'islam sunnite. L'assassinat de sept moines cisterciens de la Trappe de Tibhirine le 21 mai 1996 par un commando du GIA repose donc sur un fondement juridico-théologique légal

     

    De l'échec du réformisme musulman au fondement « légal » du « fascisme islamiste »

     

    D'après le théologien musulman réformiste, Souheib Bencheikh, Grand Mufti de Marseille, «les hommes du GIA (...) agissent de manière très canonique, c'est pourquoi on les voit aussi bien en train de prier que de violer (), la femme fait partie du butin de guerre dans cette même logique canonique (...). Je dénonce l'hypocrisie des théologiens musulmans qui dénoncent ces pratiques et tueries, mais ne mettent pas en cause la théologie qui les sous-tend. Ils doivent saisir l'occasion pour désacraliser le droit musulman, notamment sur certains points qui offrent un prétexte à ces barbares qui habillent leurs actions criminelles par une certaine canonisation». En Tunisie, un autre intellectuel musulman, Mohamed Charfi, président de la Ligue des droits de l'Homme, est allé jusqu'à démontrer que l'Islam classique est fondamentalement incompatible avec l'idée de liberté et que les nations musulmanes ne pourront jamais enrayer l'islamisme radical tant que l'Islam n'aura pas connu de réformes et tant que l'on aura pas délégitimé les racines canoniques du « fascisme vert ».

    Nier ces réalités permettra-t-il d'éviter de nouveaux World Trade Center ? Rien n'est moins sûr, car les causes profondes de l'échec du réformisme musulman, et donc de la résurgence islamiste, sont à rechercher dans le caractère indiscutable des textes sacrés musulmans et dans le refus islamique de toute innovation (bidaà) théologique. Des tentatives de réformes ont certes existé durant la vague réformiste (salafiyyah) qui agita le monde musulman à la fin du XIXe siècle, notamment avec Jamal ed-din-El-Afghani et Mohammad Abdoù, qui voulaient adapter le droit musulman aux exigences modernes. Mais, dès le départ, la salafiyyah écarta du champ des réformes les questions théologiques. Les réformateurs laïcisants furent d'autant plus rapidement concurrencés par les ancêtres des Islamistes modernes que ces derniers se recommandent également de la salafiyya, l'islam des « pieux ancêtres » (salaf) et qu'ils furent in fine pris au piège d'une même posture anti-impérialiste et anti-occidentale. Celle-ci permettra aux Islamistes de récupérer le mouvement « réformiste » à leur profit. Aujourd'hui, d'ailleurs, les fanatiques sanguinaires du Gamaà égyptien, du GIA, d'Al Qaïda ou des Frères musulmans en général se réclament du réformisme salafiste sunnite !

    Les Musulmans modernistes et laïcistes ont toujours été accusés de faire leur les idéologies sécularistes « étrangères » importées par le colonisateur occidental. L'idée même d'une séparation de la religion (din) de la société (dunya) et de l'Etat (dawla) est dénuée de sens dans l'islam classique - et a fortiori pour les Islamistes - qui se réfèrent à la pensée du hanbalite Ibn Taimiyya, référence commune aux Wahhabites saoudiens, aux Salafistes afghans ou aux Frères musulmans. C'est ainsi que les tendances modernistes et laïcisantes de l'Islam, ab origine frappées d'allogénéité, seront progressivement marginalisées. Soutenue par les Pétrodollars du Golfe, la vague de réislamisation radicale sera en outre portée par une explosion démographique sans précédent, elle même liée à l'obscurantisme et facteur de paupérisation, terrain d'action privilégié des Islamistes. Ainsi, l'un des tous premiers mouvements islamistes, les Frères-musulmans » (El-Ikhwàn El-Muslimûn), fondé en Egypte en 1928 par Hassan El-Banna, est né en réaction aux régimes musulmans de l'époque qui, sous l'influence de l'Occident, avaient tendance à se séculariser. Toujours fort puissante en Egypte et dans le monde islamique (Koweït, Turquie, Tunisie, etc), l'organisation poursuit son but d'instaurer des Etats islamiques partout dans le monde, tantôt via la violence, tantôt au moyen de la compétition électorale. Ce même objectif sera poursuivi par l'équivalent pakistanais des Frères musulmans : la Jama'at-i-islami, fondée en 1941 par A.A. Mawdoudi, qui prône l'instauration d'un Etat islamique séparé appliquant la Charià, seule solution permettant d'échapper au « pouvoir infidèle » (houkoum al jahili) des Hindouistes. Cette démarche « séparatiste » sera à l'origine de la création de l'Etat du Pakistan en 1947, Etat originellement islamiste, géopolitiquement et financièrement lié à lArabie saoudite, d'où l'infernal lien triangulaire unissant les Wahhabites aux Talibans et à leurs parrains pakistanais, l'école déobandie des Talibans étant représentée dans tout le sous-continent indien et ayant subi l'influence du wahhabisme. Le principe de « refus du pouvoir infidèle » explique par ailleurs la plupart des conflits qui opposent Musulmans et « Impies » au Cachemire, au Soudan, en Arménie, en Tchétchénie ou même au Kosovo et en Macédoine, où les populations musulmanes sont devenues majoritaires, le Coran précisant : « N'appelez point à la paix alors que vous avez la supériorité » (XLVII, 35).

     

    L'Occident : terre de Jihad ou lieu de repli de l'Internationale islamiste ?

     

    En Europe et en territoire non-musulman en général, l'impératif islamique (a fortiori islamiste) de combattre le « pouvoir infidèle » s'exprime différemment, « l'orthodoxie » islamique divisant le monde en différentes zones géocivilisationnelles ennemies : la « demeure de l'Islam » (dar-el-Islam) - les pays où domine l'islam - et la « demeure de la guerre » - (dar-el-Harb), le monde infidèle. Dans le dar-el-Islam, les non-Musulmans sont « tolérés », moyennant le paiement d'un tribut et la soumission à la Charià, s'ils sont juifs ou chrétiens. Quant au dar-el-Harb, il constitue un espace géopolitique hostile avec lequel seules des relations de guerre peuvent exister. Le Coran prévoit toutefois une exception : la « demeure de l'Islam » peut contracter une trêve avec la « demeure de la guerre » si cette « trêve », due au principe de nécessité (darura), permet aux Musulmans, contraints de résider dans le dar al harb, d'y prêcher leur doctrine sans que cela implique en contrepartie le même droit de prédication infidèle en terre d'Islam. Cette situation intermédiaire, qui vise à sauvegarder le principe de supériorité de l'islam, est nommée « demeure de la conciliation » (dar al Sulh ou dar al Ahd) ou « terre de la prédication » (dar al dawaà), en référence à l'impératif de prosélytisme. C'est ainsi que, pour nombre d'Islamistes, qui s'expriment plus librement en Occident que dans leurs propres pays et qui peuvent librement y convertir des non-musulmans, la présence islamique en terre infidèle est rendue licite, ce que confirme Tariq Ramadan, petit-fils de Hassan al-Banna et leader des Frères musulmans en Europe (UOIF en France), pour qui l'Occident pluraliste déchristianisé et islamiquement correct n'est plus « demeure de la guerre » mais « demeure du témoignage » (dar al-Shahada).

    D'une certaine manière, l'Occident semble avoir intériorisé le principe de supériorité de l'Islam - phénomène que l'islamologue égyptienne Bat Yé'Or nomme la « dhimmitude » - en acceptant l'accord de dupes en vertu duquel le prosélytisme d'Etats islamistes comme l'Arabie saoudite (à l'origine en 1994, de la mosquée de Rome, la plus grande d'Europe) est officiellement consacré par les Etats occidentaux sans qu'une seule chapelle ne puisse être ouverte en contrepartie en Arabie... La « dhimmitude volontaire » occidentale explique par ailleurs pourquoi la Grande Bretagne ou la Suède, qui accordent une liberté quasi totale aux Islamistes, ont jusqu'à lors été épargnées par les attentats, à la différence de la France laïque - coupable d'avoir « persécuté » les filles voilées, ou même de l'Amérique, qui a rompu la trêve du dar al-sulh en occupant le territoire d'Arabie interdit (haram) aux Infidèles abritant les Lieux saints de l'islam. Certains rétorquent que l'Arabie saoudite est un allié de l'Amérique et que les GI's l'ont occupé après avoir secouru le Koweït et la Saoudie contre Saddam Hussein. C'est oublier que l'Islam doit toujours dominer et que l'allié infidèle doit lui aussi se soumettre à ce principe, le Coran précisant : « Vous formez la meilleure communauté suscitée parmi les hommes ; vous ordonnez ce qui est convenable, vous interdisez ce qui est blâmable » ( III, 110). Encore une fois, la geste de Mahomet - lequel remercia les Juifs de Médine - qui l'avaient accueilli après son exil de La Mecque païenne, en les passant au fil de l'épée - ainsi que l'invocation d'une scolastique musulmane jamais remise en questions, constituent les sources de légitimation premières du « fascisme islamiste ». Terrible leçon pour une Amérique qui persiste à soutenir l'Arabie saoudite fondamentaliste - après avoir soutenu Ben Laden et les Talibans contre le Bloc communiste slavo-orthodoxe - et pour l'Occident dans son ensemble, qui continue d'accueillir les pires fanatiques islamistes au nom de la liberté d'expression et du droit d'asile, les attentats du 11 septembre montrent que la leçon de Khomeiny, qui remercia ses protecteurs français et américains avec les prises d'otages et le terrorisme, n'a pas encore été retenue...

     

    Les conséquences funestes de la stratégie occidentale pro-islamiste contre « l'Empire rouge »

     

    Après les attentats anti-américains de Naïrobi et Dar Es Salam de 1998, nous avions expliqué que la stratégie pro-islamiste des Etats-Unis, d'ailleurs déjà en voie d'infléchissement du fait du retournement de la mouvance Ben Laden contre les Américains coupables de « souiller » la terre du Prophète, allait tôt ou tard se retourner contre ses auteurs apprentis-sorciers. Nous citions Henri Kissinger, critiquant les guerres anti-serbes de Bosnie et du Kosovo, ainsi que Samuel Huntington, qui accusait les responsables américains d'avoir « rompu l'unité de la civilisation occidentale » en jouant le rôle « d'Etat phare de l'Islam » en Afghanistan et dans les Balkans. Nous avertissions les Etats-Unis que les Islamistes de Tchétchénie, dont on feint de réaliser aujourd'hui seulement qu'ils sont liés aux Talibans et à Ben Laden, n'étaient pas plus des « combattants de la liberté » que les « Afghans » anti-russes des années 80, à l'origine de l'Internationale islamo-terroriste. Pas plus d'ailleurs que les « Moujahidines » de Massoud dont on vante le « progressisme » alors que leurs femmes sont quasiment aussi voilées que celles des Talibans et que c'est auprès d'eux que furent enrôlés les fameux « afghans arabes ». Après avoir été mise au point à la fin des années 70 autour de Jimmy Carter, William Casey, Robert Gates, ou Vincent Cannistraro, puis poursuivie par l'Administration Reagan jusqu'au retrait soviétique d'Afghanistan (pourtant moins à l'origine de la chute du soviétisme que l'épuisante course aux armements stratégiques ainsi que les facteurs d'autodestruction internes à l'ex-URSS), les Etats-Unis continuèrent jusqu'à une date récente à poursuivre leur stratégie de « ceinture verte » en Asie centrale, dans le Caucase et dans les Balkans, cette fois-ci non plus contre le communisme agonisant mais contre le « Bloc russo-orthodoxe ». Les stratèges américains de la guerre froide s'inspiraient d'ailleurs des thèses géopolitiques anglo-saxonnes classiques formulées par Halford J. Mackinder, Nicolas Spykmann, George Kennan ou même John Foster Dulles, tous adeptes du paradigme de l'opposition entre les puissances de la Terre et celles de la Mer. Pour ces géostratèges, comme pour leur plus illustre représentant actuel, Zbigniew Brzezinski, la puissance de la Mer par excellence est l'Amérique, tandis que la puissance continentale est la Russie, même si d'autres versions actualisées de ce paradigme remplacent la Russie par la Chine, « hyperpuissance » de demain et principale concurrente des Etats-Unis. Toujours est-il que, d'après ces théories géopolitiques, la Russie, cur stratégique (« Heartland »), du Grand Continent, devait être endiguée et refoulée (roll back) au moyen d'un ceinturage par ce que Spykman a baptisé le Rimland (bordures maritimes du Continent eurasiatique), depuis l'Ouest (Union européenne, pacte atlantique), le Sud turco-islamique et l'Asie centrale (monde turc, jusqu'à l'Ouzbékistan, où les Etats-Unis poursuivent leur implantation militaire ; alliances du Golfe arabo-persique matérialisées par une considérable présence militaire en Arabie saoudite depuis la guerre du Golfe), jusqu'à l'Asie extrême (Japon, Corée du Sud, Taïwan). Prenant acte de l'affaiblissement de la Russie, la thalassocratie américaine avait par conséquent désigné, du moins jusqu'au 11 septembre 2001, deux principaux ennemis continentaux, rouges » ou « ex-rouges » : Russie et Chine, contre qui demeuraient tournées les armes nucléaires et contre lesquels devait se réaliser le projet de « bouclier anti-missile » américain soi-disant tourné contre les seuls « rogue States » (Etats voyous : Corée, Irak, etc), d'où la violente opposition de Moscou et Pékin au projet de MD.

    C'est d'ailleurs également en partie dans le cadre de cette posture stratégique qu'il fallait comprendre la « guerre du Kosovo », dernier conflit de la Guerre froide où l'on réduisit l'allié anti-Otan privilégié de la Chine et de la Russie dans les Balkans qu'était la Yougoslavie, susceptible de constituer pour Moscou un accès vers la Méditerranée. Le bombardement « par erreur » de l'Ambassade de Chine à Belgrade et le fait que le Groupe de Contact et l'Otan éconduirent les responsables russes alors diabolisés dans tout le monde occidental, s'inscrivaient dans le cadre de l'avertissement donné aux deux ennemis continentaux. Nous étions alors dans l'ère géostratégique intermédiaire de la « nouvelle guerre froide » (ou « néo-containment »), ce qui expliquait pourquoi la première puissance occidentale, pourtant déjà menacée à plusieurs reprises par l'Islamisme international, persistait à jouer le Vert (c'est-à-dire indifféremment l'islamisme et le monde musulman) contre le Rouge (ex-bloc de l'Est plus ou moins socialisant) - omettant ainsi de pointer la menace nucléaire pakistanaise et iranienne (l'endiguement de l'Irak atténuant celui de l'Iran) - et la menace islamiste en général, donc se trompant tout simplement d'ennemis.

     

    Lancer Mahomet contre Marx : un non sens « géocivilisationnel »

     

    La question de savoir si il était réellement judicieux et opportun de jouer Mahomet contre Marx mérite au moins d'être posée, le socialisme étant, qu'on le veuille ou non, un système d'origine occidental d'ailleurs vécu comme tel et combattu pour cette raison par les Islamistes. Le spectaculaire retournement des Moujahidines contre leur ancien parrain anti-communiste américain n'a en fait rien d'étonnant. Le seul bon sens permettait de voir dans l'alliance « islaméricaine » contre l'URSS un accord de dupes, les Islamistes ne voyant aucune différence de nature entre la sécularisation socialisante et la sécularisation hédonisto-libérale qu'ils combattent simultanément ou successivement selon les rapports de force.

    Pour toutes ces raisons, il était d'après nous urgent, dès avant la dite guerre du Kosovo, de sortir une fois pour toutes du paradigme de la Guerre froide, afin que la politique étrangère étatsunienne cesse de rompre l'unité civilisationnelle occidentale et fasse corps avec les Russes, les Indiens et les Européens - voire même les « terribles Chinois » - face au Totalitarisme islamiste qu'elle avait trop longtemps soutenu contre ses propres intérêts à long terme. Anticipant la première guerre civilisationnelle et la fin de la « nouvelle guerre froide », Vladimir Poutine proposait, dès son arrivée au Kremlin en 1999, une vaste coopération stratégique russo-occidentale, allant jusqu'à demander l'adhésion de la Russie à l'Otan dans le cadre d'une urgente redéfinition du rôle de l'Organisation atlantique. On réalise, depuis le 11 septembre, à quel point la stratégie anglo-saxonne de la « ceinture verte » tournée contre l'Est était suicidaire et combien le monde euro-occidental a au contraire plus que jamais intérêt à s'unifier afin de vaincre le Totalitarisme islamiste qui menace désormais autant « l'invincible » Amérique que la France, Israël ou la Russie. On s'aperçoit aujourd'hui d'autant mieux des limites de cette stratégie anti-civilisationnelle que l'on ne cesse, depuis le 11 septembre, de mentionner la Bosnie ou le Kosovo comme les bases européennes de l'internationale islamiste de Ben Laden, tandis qu'avant Manhattan, ceux qui osaient rappeler qu'Alija Izétbégovic n'était pas un démocrate et que les ennemis des Serbes, notamment les nationalistes bosniaques et les guérilleros albanais, étaient liés aux structures mondiales du terrorisme islamique, étaient accusés de relayer la « propagande islamophobe » serbe, russe ou israélienne. Toujours est-il que c'était, selon nous, avant Manhattan qu'il fallait dénoncer la stratégie US de « ceinture verte » contre le bloc-slavo-orthodoxe, et non une fois l'Amérique attaquée par le « fascisme vert ».

     

    Nécessaire solidarité occidentale face au « fascisme islamiste »

     

    Bien qu'ayant été avec le général Gallois parmi les premiers à dénoncer la suicidaire politique pro-islamiste des Etats-Unis, nous jugeons fort indécente la soudaine tendance médiatique et intellectuelle à dénoncer les accointances contre-nature « islaméricaines », et, par là même, à ressortir nos thèses « américanosceptiques », jadis totalement occultées, alors que près de 4000 américains ont péri sous les Twin Towers. Comme si l'on cherchait à trouver une porte de sortie aux monstres verdâtres qui ont ensanglanté Manhattan. Comme si l'instrumentalisation des thèses dénonçant le flirt entre la CIA et Ben Laden avait pour but d'accabler la victime et trouver des excuses au bourreau islamiste, « pas si coupable que cela puisque créé par les Etats-Unis ».

    Cette nouvelle perversion analytique aux relents anti-américains doit être combattue pour deux raisons essentielles : premièrement, parce que rien ne justifie la barbarie, en l'occurrence islamiste, laquelle trouve ses racines non dans la politique américaine ou dans l'injustice israélienne mais dans la geste guerrière bédouine puis dans la scolastique sunnite orthodoxe appelant au « Jihad sur le sentier d'Allah contre les ennemis de l'Islam ». Deuxièmement, parce qu'expliquer les attentats du World Trade Center par les errements de la politique américaine constitue en soi une capitulation psychologique devant le « fascisme vert », à qui les professionnels de l'anti-américanisme et les « nouveaux munichois pro-islamistes », qui s'expriment notamment dans les colonnes passionnellement tiersmondistes du Monde diplomatique, trouvent des circonstances atténuantes, souvent au nom d'un certain antisionisme, d'ailleurs. Il convient de s'élever contre cette forme de terrorisme intellectuel, complice du terrorisme tout court, qui consiste à accuser la victime et à défendre son bourreau (« la fille violée, on le sait, l'avait bien cherché »). Terrorisme intellectuel qui favorise par ailleurs un autre processus exploité par les terroristes de tout poil, et étudié en psychologie sociale celui-là : le « syndrome de Stockholm ». Capitulards avant même d'avoir livré bataille, les Européens seraient tentés, comme les otages fascinés par leurs tortionnaires, de défendre les Barbares d'Allah, d'où le relais, dans nos médias, des formules de propagande les plus perfides de Ben Laden lui-même, visant à rendre les Israéliens, le « sionisme », le « fasciste Sharon », « l'impérialisme américain », responsables des attentats, alors que le sort des Palestiniens, pas plus que celui du régime baassiste irakien « impie », n'a jamais préoccupé le milliardaire saoudien, comme l'ont rappelé Leïla Shahid et Yasser Arafat eux mêmes.

     

    Vers un « nouveau Munich islamiste » ?

     

    Terrorisé par la violence islamiste, culpabilisé ad vitam aeternam pour les Croisades, la Colonisation et le Sionisme, etc, l'Occident capitulard - pour paraphraser Soljénitsyne dans son discours de Harvard de 1978 - s'évertue à trouver des excuses obliques aux fascistes verts et a fortiori une porte de sortie à l'orthodoxie fondamentaliste à laquelle ils s'abreuvent. Ainsi, comme lors de chaque vague d'attentats islamistes qui traumatisèrent la France (1986 ; 1995-1996, etc), la dénonciation du terrorisme islamiste est l'occasion de perpétuer le lieu commun du monde islamique « majoritairement modéré » et « ami de l'Occident ». Or, qu'on le veuille ou non, et même si l'on doit combattre les amalgames, le monde musulman en général - et pas seulement les Talibans et les Wahhabites mais jusqu'aux tribunaux égyptiens et aux rues de Djakarta, Lahore, ou Riyad - est réceptif aux thèses xénophobes anti-occidentales, anti-chrétiennes et anti-juives (et pas seulement « antisionistes »), bref progressivement gangrené par le même type d'idéologie totalitaire fondée sur la haine de l'Autre que celle qui anima des millions d'Allemands au départ certes « pacifiques » eux aussi mais petit à petit fanatisés. Quoi qu'on en dise, depuis la décolonisation, c'est le monde islamique dans son ensemble, et pas seulement les Islamistes effectivement minoritaires, qui est tenté par les idéologies du bouc-émissaire. Dans les discours politiques, les chefs d'Etat musulmans réputés les plus « modérés » et « progressistes », d'Hosni Moubarak à Bachar Al Assad, rendent systématiquement l'Occident, Israël, les Croisés, la CIA, le Mossad ou encore les « Juifs perfides », responsables de tous les maux du monde arabo-islamique. A l'instar de l'Allemagne et de l'Europe des années trente, c'est bien une idéologie de la haine de l'Autre - au nom de laquelle on réhabilite et imprime par millions d'exemplaires les mêmes Protocoles des Sages de Sion, lesquels influencèrent Hitler - qui fait de plus en plus office d'argumentaire politique. En Algérie, c'est sur un programme électoral d'une rare violence envers la France que le Président Boutéflika a été élu. En Irak, en Iran, dans les milieux palestiniens jusqu'au Sud Liban, où le Hezbollah terroriste est présenté comme une « force de résistance » contre « l'occupant israélien », la haine envers les « Sionistes » et les Juifs en général est la raison d'être idéologique du régime en place. Sans parler du Soudan, du Nigéria, de l'Indonésie (milliers de Chrétiens massacrés aux Moluques) ou du Pakistan (où l'on a tué une vingtaine de Chrétiens penjabis en représailles à l'opération Liberté Immuable), voire même de l'Egypte, où les Chrétiens sont assimilés à des « cinquième colonnes croisées » et où les pouvoirs publics rivalisent avec les Islamistes dans l'obscurantisme. D'évidence, cette nouvelle forme spécifiquement islamique de haine religieuse néo-totalitaire met sur le même plan les Chrétiens « croisés » (« salibiyoun »), les Juifs, les Apostats, les Païens, à commencer par les Hindouïstes - combattus par l'organisation de Ben Laden au Cachemire - , les animistes en Afrique noire, les Confucéens ou les communistes en Chine, et le monde de l'impiété en général, considéré comme Un (millatun kufru wahida). Dans La Défaite de la Pensée, Alain Finkielkraut avait pressenti et décrit avec effroi cette xénophobie d'un nouveau genre parée de l'effrayante légitimité victimaire et exotique du mouvement anti-colonialiste.

    C'est désormais au nom du « droit à la différence », de « l'antiracisme » tiersmondiste, de la « xénophilie sélective » (Taguieff) et via les flux migratoires rendus incontrôlables, du fait de l'intériorisation des postulats antinationaux d'extrême-gauche inculquées aux jeunes dans les écoles, que les nouveaux visages de « l'antisémitisme » et du totalitarisme réapparaissent sur fond vert jusque dans nos « banlieues de l'Islam » de France, d'Angleterre, ou de Belgique. Là, des Islamistes aussi arrogants qu'impunis, surfant sur la mauvaise conscience et la haine de soi occidentales et instrumentalisant les valeurs libéral-démocratiques des sociétés « ouvertes » sans limites - au risque de semer leur propre anéantissement -, prêchent la haine de l'Occident aux jeunes Musulmans issus de l'immigration et même aux jeunes Européens acculturés. Or, ce sont les Musulmans eux mêmes, de Rachid Kaci, Président de l'association d'intégration Démocratia, à Souheib Bencheikh, grand Mufti de Marseille, sans oublier l'imam Abdul Palazzi à Rome ou encore Leila Babès et Michel Renard, responsables de la revue Islam de France, qui dénoncent avec le plus de virulence cet étrange état de fait. Pendant ce temps, des centaines de Khaled Kelkal, voire même bientôt des milliers de Safir Bghioua, admirateurs de Ben Laden, sont fanatisés dans nos mosquées de France avant d'aller s'entraîner chez nos protégés Bosno-musulmans et Albanais de l'UCK ou ex-protégés d'Afghanistan. Ils y sont instruits par des Islamistes que les Etats occidentaux peuvent d'autant moins combattre qu'ils sont envoyés, financés, par les Etats islamiques « amis de l'Occident » ! On mentionnera le Pakistan - dont le double jeu est toujours perceptible au Cachemire, où se sont recyclés la plupart des membres d'Al Qaïda et les Taliban via le Pakistan - mais également des Etats moins connus pour leur soutien à l'islamo-terrorisme international, tel le Koweït ou Qatar, sans oublier, bien sûr l'Arabie saoudite, épicentre du séisme islamiste dans le monde et « coupable idéologique » des attentats de Manhattan

    Il faudra tôt ou tard se rendre à l'évidence : tant que les Etats occidentaux seront dépendants de la production de pétrole du royaume saoudien (le plus « rentable » : entre 2 et 5 dollars le baril contre 10 à 40 fois plus cher en Asie centrale ou ailleurs), cette « dictature protégée » et obscurantiste qui contrôle les lieux saints de l'Islam et les grandes organisations islamiques du monde entier, qui « wahhabise » l'islam mondial à coups de pétro-dollars et joue un double jeu avec l'Europe et les Etats-Unis, des dizaines d'attentats comme celui du World Trade Center seront à prévoir. Le double jeu saoudien est bien réel. La confrérie wahhabite, qui partage le pouvoir royal avec les Saoud, veille au grain du fondamentalisme islamique. Elle sert les intérêts du Wahhabisme jusqu'aux arcanes du pouvoir tribal, et même des services secrets qui, comme les services pakistanais, l'ISI, sont à l'origine des monstres talibans et ont d'ailleurs attendu le 11 septembre pour prendre leur distance vis-à-vis d'un certain Oussama Ben Laden en principe déchu de sa citoyenneté saoudienne. Il aura donc fallu ces terribles attentats contre les Twin Towers et le Pentagone (sans oublier la tentative de Pittsburg, où c'est une centrale nucléaire qui était visée), pour se rendre compte que Vladimir Poutine avait eu raison de prôner « l'unité géocivilisationnelle » euro-occidentale contre le Totalitarisme islamiste (envisageant d'ailleurs, dès 1999, un bombardement russo-américain de l'Afghanistan), pour réaliser que ceux qui ont frappé Manhattan sont de la même engeance et sont financés par les mêmes émirs saoudo-wahhabites - soi-disant amis de l'Occident » - que ceux qui sèment la haine et la terreur d'Allah du Nord de la Chine aux Balkans, en passant par le Cachemire.

     

    Les leçons de la « première guerre civilisationnelle » de l'après guerre froide

     

    Face au nouveau totalitarisme vert et à l'émergence de nouvelles menaces transnationales et civilisationnelle qui bouleversent les lois de la géopolitique et des relations internationales, une recomposition géostratégique du monde de l'après guerre froide sera nécessaire : alliance sans failles avec la Russie, puis avec l'Inde, aux prises avec des rebellions islamistes armées liées à l'épicentre afghano-wahhabite, pour neutraliser le foyer islamiste et atomique pakistanais et venir à bout des Talibans ; rapprochement avec la Chine, quitte à mettre de côté la question de Taïwan (qui retournera tôt ou tard dans le giron de Pékin), ceci afin de casser « l'alliance islamo-confucéenne » contre-nature dénoncée par Huntington et qui permet au Pakistan d'acquérir de l'armement stratégique chinois. Or, cette périlleuse « alliance anti-hégémonique » islamo-asiatique, en partie conséquence de la « nouvelle guerre froide » et de « l'arrogance occidentale » (Condolezza Rice, Samuel Huntington dixit), l'Occident ne peut plus se permettre de l'entretenir. Le professeur Huntington a en fin de compte vu terriblement juste lorsqu'il a exposé ses craintes de voir le monde islamique radicalisé armé par le monde « sino-confucéen », car ce sont bien la Chine, qui possède désormais des sous-marins nucléaires, et la Corée du Nord, laquelle a mis au point ses propres vecteurs de moyenne portée, qui fournissent le matériel nécessaire à l'armement stratégique des Etats islamistes nucléarisés du présent et du futur...; enfin, soutien sans faille envers les premières victimes de la barbarie islamiste : à commencer par l'Algérie, l'Egypte ou la Tunisie, que l'on traîne trop souvent dans la boue au motif que ces pays anti-démocratiques « persécutent » les Islamistes. Comme si le fait que les Islamistes du monde entier - tel le marocain Ahmed Rami, qui dirige un site internet et une radio révisionniste-islamiste en Suède en collaboration avec le groupe néo-nazi de Malmö ; Ghachid Ghannouci, leader du mouvement tunisien Enahda, réfugié à Londres ; ou encore Omar Bakri Mohammad et Abou Hamza, proches d'Oussama Ben Laden, sans oublier les Frères musulmans et les militants de l'ex-FIS ou du GIA - soient libres de s'exprimer et de fanatiser qui ils veulent au sein de nos sociétés « ouvertes » était un gage de démocratie et de bonne santé philosophico-politique... L'ethique de responsabilité chère à Max Weber commande pourtant d'étudier, sans se laisser impressionner par les prismes inhibiteurs de la « correction politique », les conséquences périlleuses évaluables de dynamiques incontrôlables comme le prosélytisme islamiste lancé à l'assaut des fragiles sociétés pluralistes.

     

    En guise de conclusion : les deux conditions de la victoire contre le Fascisme islamiste

     

    On l'aura compris, la défaite des Talibans, certes à mettre au crédit de Washington, ne signifie aucunement que nous avons gagné la guerre contre le Totalitarisme islamiste. La victoire du Monde libre sur le « nouvel Empire du Mal » devra passer selon nous par deux axes. Nous avons déjà exposé le premier, géostratégique, qui implique une remise en question de nos cadres de pensée géopolitiques classiques perpétuant les désuètes oppositions Terre/Mer et Est-Ouest. L'heure d'une véritable doctrine géocivilisationnelle non uniquement fondée sur le court terme économiciste ou la géopolitique pure, est venue, si toutefois les nations occidentales veulent assurer leur sécurité et leur pérennité, menacées comme jamais par l'islamo-terrorisme international.

    Quant au second axe, plus philosophique, il découlera de la réponse que nous apporterons à cette question centrale : les « sociétés ouvertes » démocratiques ont-elles raison de ne poser aucune limite au pluralisme en ouvrant leurs portes à leurs pires ennemis, les « Fascistes d'Allah », alors que cette abdication risque de mettre en danger leurs valeurs fondatrices et leur survie mêmes, ainsi que l'ont montré les attentats du 11 septembre dernier, perpétrés par des Islamistes légalement installés et entraînés au pilotage d'avion sur le sol américain ou même recrutés en Europe? Tôt ou tard s'imposera la décision de refuser la liberté d'action et d'expression aux ennemis de la liberté. Bref entamer une lutte légale impitoyable contre les prêcheurs de la haine islamiste qui escomptent fanatiser les fils de l'immigration musulmane, que des dirigeants déresponsabilisés ont hélas déjà donné en pâture à une majorité d'organisations fondamentalistes contrôlées par le triangle incubateur du Totalitarisme vert que sont les Frères musulmans, le Tabligh et le Wahhabisme. L'avertissement de Karl Popper, qui, dans The open societies and its ennemies, alertait les sociétés ouvertes quant au danger fatal consistant à ouvrir les portes de la démocratie à ses ennemis, apparaît plus actuel que jamais...


    Notes :

    (1)  La nouvelle judéophobie, Fayard, 2002.
    (2) Samuel Huntington, Le Choc des civilisations, Odile Jacob, 1997.
    (3) Benjamin Barber, Jihad versus Mc Word, Desclée de Brouwer, 1996.
    (4) Dans son article publié dans le Figaro du 2 octobre 2001, l'orientaliste Olivier Roy réitére les thèses développées dans son livre L'Échec de l'islam politique. Il affirme que les attentats du 11 septembre ne prouvent aucunement que Gilles Kepel ou lui-même ont eu tort de proclamer l'islamisme moribond, dans la mesure où, selon lui, le phénomène islamo-terroriste à la Ben Laden « n'est pas une réaction de l'islam traditionnel mais (...) reprend une tradition très occidentale du terrorisme, propre à la bande à Baader ou à Action directe ».
    (5) Alain Gresh, « Islamophobie », Le Monde diplomatique, novembre 2001. Alain Gresh assimile la première Épître aux Corinthiens de Saint Paul concernant le statut des femmes, et l'Ancien Testament, en particulier le Deutéronome, au Coran et à la tradition islamique orthodoxes auxquels se réfèrent les islamistes.
    (6) Maxime Rodinson, Mahomet, Seuil, 1994.
    (7) Mahomet fit notamment assassiner le poète Kaab Ben Al-Achraf, qui excitait les polythéistes contre les musulmans et critiquait le Prophète dans ses poèmes.
    (8) Notamment dans son ouvrage remarquable, Les FIS de la haine, 1995.
    (9) Nawawi, Minhadj, III, pp. 261-264. Voir, également, Ibn Taimiyya, Le Statut des moines, El-Safina Éditions, Beyrouth, 1997.
    (10) Souheib Bencheikh, Le Matin (journal algérien indépendant), 11 janvier 1998.
    (11) Mohamed Charfi, Islam et Liberté, Albin Michel, 1998.
    (12) Dans ses Mémoires publiés sous le titre The Shadows, Gates raconte les liaisons dangereuses islamo-américaines du temps de la guerre froide.
    (13) Cf. Zbigniew Brzezinski, Le grand échiquier, Bayard, 1997.
    (14) Islamisme-États-Unis, une alliance contre l'Europe, préface de P. M. Gallois, L'Age d'Homme, 1997.
    (15) Consulter, à ce propos, deux récents ouvrages : Me Gilles William Goldnadel, Le nouveau bréviaire de la haine, 2001, Ramsay ; Nouveaux visages de l'antisémitisme (ouvrage collectif), NM7, 2001.
    (16) Cf. le livre de Pierre-André Taguieff, Les Protocoles des Sages de Sion, Berg, 1990.
    (17) Jeune beur recruté par le GIA dans les années 90, auteur de la vague d'attentats de 1995 à Paris.
    (18) « Islamiste » de Béziers qui, le 1er septembre 2001, avait déclaré le Jihad aux forces de l'ordre. Après avoir assassiné le chef de cabinet du maire de la ville, il fut abattu par les hommes du GIPN à l'issue d'une longue course-poursuite.
    (19) Consulter à ce sujet le remarquable ouvrage de Claude Feuillet, L'Arabie à l'origine de l'islamisme, Favre, 2001. Également notre article « Le double jeu pakistanais et saoudien », Le Figaro, 3 janvier 2002.
    (20) Tels le Marocain Ahmed Rami, qui dirige un site Internet et une radio révisionniste-islamiste, en Suède, en collaboration avec le groupe néo-nazi de Malmö ; Rachid Ghannouchi, leader du mouvement tunisien Ennahda, réfugié à Londres ; ou encore Omar Bakri Mohammad et Abou Hamza, proches d'Oussama Ben Laden ; sans oublier les Frères musulmans et les militants de l'ex-FIS ou du GIA.


    Alexandre del Valle est géopolitologue, auteur de nombreux articles et ouvrages dont "Le Totalitarisme Islamiste" et "Le Dilemme Turc" parus aux éditions des Syrtes.
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