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We believe that freedom of speech is the essential prerequisite for free and just societies, secular law, and the rights of the individual.

We are committed to building and participating in coalitions in all parts of the world to effect significant progress in protecting rights of the individual which are sadly being eroded in many countries including those in the West.


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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 23:00

Ayn Rand, une aventure littéraire et intellectuelle américaine hors du commun

Félicitations aux Belles Lettres pour leur initiative de publier enfin une traduction complète de "Atlas Shrugged" (sous le titre "La Grève"), ainsi qu'une biographie originale d'Ayn Rand par Alain Laurent  - dont nous reproduisons, ci-dessous, avec leur aimable autorisation le chapitre introductif.

 

Comment, aux États-Unis, pays du « In God we trust », du charity-business ostentatoire et du dévouement public à la « community » que sont les États-Unis, a-t-il été possible à une femme, Ayn Rand, de devenir l’une des plus célèbres figures des années 1940-80 tout en professant fièrement un athéisme rigoureux et en élevant l’égoïsme à la dignité de plus haute vertu morale ? 

Comment, alors qu’à l’époque rien ne paraissait pouvoir y contrarier l’irrésistible ascension de l’intervention gouvernementale et du Welfare State, comment donc a-t-elle pu amorcer le reflux idéologique de ce qui paraissait s’inscrire définitivement dans le sens de l’Histoire en redorant le blason du capitalisme et du « moins d’État » ?

Deux faits conjoints et inattendus expliquent ces prouesses paradoxales. Tout d’abord, Ayn Rand a été l’auteure de deux romans, The Fountainhead (1943) et Atlas Shrugged (1957), que leurs qualités littéraires ont peu à peu rangés parmi les plus grands best-sellers jamais parus — autour de sept millions d’exemplaires vendus chacun actuellement, dont l’immense retentissement fit d’Ayn Rand une icône de la vie publique américaine, et pour longtemps.

Cependant, si une telle success-story résulte en premier lieu de l’exceptionnel talent de la romancière à créer des intrigues fertiles à souhait en rebondissements épiques et servies par des personnages sortant résolument des sentiers battus, un autre facteur a au moins autant joué. L’un et l’autre de ces récits de fiction sont imprégnés d’une vision morale héroïque et individualiste, anti-collectiviste, sans équivalent ailleurs. Et cette apologie du « seul contre tous » et du « vivre par soi et pour soi » a emporté l’adhésion enthousiaste de la mouvance conservatrice et plus largement de la partie de l’opinion publique nostalgique des rudes vertus de l’époque de la « frontière » et du « rêve américain » bâti sur la réussite individuelle et le « self-made man ».

C’est ainsi que forte de ses deux romans-culte, auto-promue en « philosophe » et convertie en intellectuelle engagée de choc et dotée d’une aura charismatique hors du commun, Ayn Rand a pu être reconnue en éveilleuse nationale de conscience, capable de s’imposer malgré les réticences provoquées par ses transgressions de l’ordre moral établi.

Comme si cela ne suffisait pas, il faut dire que sa trajectoire singulière digne d’un roman d’aventure n’a pas peu contribué à en faire un personnage quasi-mythique. Arrivée avec quelques dollars en poche et dans le plus total anonymat d’Union soviétique en 1926 sous le nom d’Alisa Rosenbaum, la jeune femme est presque aussitôt devenue scénariste à Hollywood grâce à un mentor de renom, Cecil B. de Mille.

Sous le nouveau patronyme à consonance plus américaine d’Ayn Rand, elle vivote ensuite de petits jobs, s’essaie au théâtre non sans quelque succès (Night of January 16th), puis se tourne vers l’écriture en publiant trois romans dont le deuxième, The Fountainhead, lui vaut de fréquenter le célèbre architecte Frank Lloyd Wright avant de revenir au cinéma à l’occasion de l’adaptation du titre à l’écran par King Vidor avec Gary Cooper dans le rôle principal — tandis que le troisième, Atlas Shrugged, la fait comme on la vu accéder à une franche popularité.

Dans le même temps, elle s’aventure à plusieurs reprises aux marges de la politique. Elle fait campagne pour les candidats républicains aux élections présidentielles de 1940 et de 1964 ou est sollicitée lors de la traque des activités communistes en 1946-47. Après le formidable succès d’Atlas, l’écrivaine abandonne la fiction pour se métamorphoser dans les années 1960 en « philosophe » et passionaria de l’égoïsme et du capitalisme qu’elle justifie moralement en élaborant une doctrine rationaliste d’un genre inédit baptisée l’ « objectivisme » et exposée dans plusieurs essais.

Elle fascine alors la grande presse (son entretien à Playboy en 1964 fera date), met sur pieds un mouvement idéologique défendant et diffusant la pensée objectiviste, enflamme toute une génération d’étudiants avec d’innombrables conférences sur les campus (Hilary Clinton dira : « Et naturellement, j’ai eu ma période où je lisais Ayn Rand… », propos rapporté par William Powers dans le Washington Post du 25 août 1996), avant de devenir l’égérie d’une escouade de disciples dévoués dont le plus connu n’est autre qu’Alan Greenspan.

Elle contribue amplement à l’émergence et au développement du courant de pensée libertarien ainsi qu’au retour en grâce du « free market » sur lequel surfera Reagan en 1980, pour enfin défrayer quelque peu la chronique par ses frasques extraconjugales qui se retournent contre elle et l’empêchent de finir en beauté une vie bien remplie.

Rien d’étonnant, dès lors, à ce que l’audience d’Ayn Rand se soit étendue bien au-delà des frontières américaines. L’essentiel de son œuvre, et d’abord Atlas Shrugged, est traduit dans plus d’une douzaine de langues, en espagnol, en italien et en allemand bien sûr, mais également en bulgare, danois, néerlandais, suédois, polonais, chinois, japonais, vietnamien ou turc.

Et lorsqu’il a commencé à être question en 2007 d’adapter Atlas à l’écran, la nouvelle a figuré en première page de grands quotidiens indiens. L’acteur anglais Michael Caine, par exemple, est un tel fan d’Ayn Rand qu’il a prénommé sa fille « Dominique » en hommage à l’héroïne de The Fountainhead, tandis que le récent Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa la cite avec admiration dans son roman Les cahiers de Don Rigoberto. Quant à Andréi Illarianov, conseiller économique de Vladimir Poutine, n’a-t-il pas lancé en octobre 2004 à Alan Greenspan qui le rapporte dans Le temps des turbulences : « La prochaine fois que vous viendrez à Moscou, accepteriez-vous que nous nous réunissions…pour discuter d’Ayn Rand ? »

Mais dans ce tableau international, un pays brille superbement par son dédain : la France, où le nom de l’écrivaine et philosophe américaine est quasiment inconnu (cf. en annexe de mon livre, Ayn Rand ou La passion de l'égoïsme rationnel, le maigre et significatif corpus de la littérature qui la mentionne) et où son œuvre n’était jusqu’à présent que fragmentairement traduite et la plupart du temps passée sous silence quand elle l’était.

Il serait illusoire d’incriminer une hypothétique barrière culturelle séparant les univers latins et anglo-saxons : l’heureuse réception d’Ayn Rand en Italie, en Espagne et plus largement dans le monde sud-américain le dément. Le traditionnel « provincialisme » intellectuel français n’en est pas non plus la cause puisque, pour s’en tenir au plan des idées, Galbraith, Rorty et surtout John Rawls sont plus que les bienvenus dans notre pays.

L’explication la plus évidente est que la pensée d’Ayn Rand contredit frontalement l’exception culturelle française et sa matrice idéologique ultra-dominante pour laquelle hors de l’État et du « social » il n’est point de salut. Et il n’y a en conséquence pas de droit reconnu à l’existence pour un suppôt de l’individualisme et du capitalisme.

Pourtant, à l’heure où, grâce au spectaculaire rebond des ventes de ses deux grands romans et d’abord d’Atlas Shrugged (500 000 exemplaires en 2009), la sortie de l’adaptation si longtemps attendue de ce dernier au cinéma en avril 2011 et la parution des deux premières véritables biographies la concernant, Ayn Rand fait plus que jamais l’actualité aux États-Unis trente ans après sa mort (1982), le moment semble venu de combler cette béance en proposant cette biographie intellectuelle francophone de cette femme à la personnalité fascinante mais controversée, dont les magnétiques yeux noirs transperçaient littéralement ses interlocuteurs.

L’aspect spécifiquement biochronologique de cette enquête ne livrera aucune révélation bouleversante mais bénéficiera beaucoup des investigations fouillées de ses deux récentes et excellentes biographes américaines de 2009, Anne C. Heller (Ayn Rand and the World She Made) et Jennifer Burns (The Godess of the Market — Ayn Rand and the American Right), dénuées de toute tentation hagiographique ou de tendances au règlement de comptes comme ce fut trop souvent le cas antérieurement.

Le propos du présent ouvrage est effet fondamentalement d’ordre intellectuel, les matériaux biographiques exposés visant principalement à établir une généalogie de la pensée randienne et à souligner la remarquable continuité qu’Ayn Rand a manifestée dans ses romans puis ses essais et conférences, en cherchant sans relâche à reformuler, à théoriser, à expliciter et à développer sa précoce et séminale intuition individualiste.

Comment, alors qu’à l’époque rien ne paraissait pouvoir y contrarier l’irrésistible ascension de l’intervention gouvernementale et du Welfare State, comment donc a-t-elle pu amorcer le reflux idéologique de ce qui paraissait s’inscrire définitivement dans le sens de l’Histoire en redorant le blason du capitalisme et du « moins d’État » ?

En fin de parcours, sa doctrine  « objectiviste » et son rapport à la philosophie comme aux philosophes (Aristote, Kant, Nietzsche en particulier) seront soumis à un questionnement critique sans concession — une tâche dont les biographes précitées se sont délibérément désintéressées.

Avec en toile de fond cette interrogation : Rand a-t-elle été une philosophe qui a d’abord choisi de s’exprimer dans des romans à thèse au risque de les rendre parfois pesants, ou une romancière qui aurait dû s’en tenir au domaine de la fiction, tant sa pratique de la philosophie peut paraître problématique?

Au-delà d’un indispensable « Connaissez-vous Ayn Rand ? »  ou plutôt d’un « Who was Ayn Rand ? » faisant écho au si connu outre-Atlantique « Who is John Galt ? » qui scande Atlas Shrugged en renvoyant au nom du personnage central du récit, la préoccupation majeure est donc ici de répondre à la question: que pensait donc vraiment Ayn Rand ? Ce qui mènera entre autres choses à dissiper le malentendu faisant d’elle avant tout « la déesse du libre marché » sinon « la Jeanne d’Arc du capitalisme », alors qu’elle se voulait d’abord la philosophe de l’esprit, de la raison, du bonheur et de l’égoïsme, bien plus focalisée sur ce qu’elle appelait la « métaphysique », l’épistémologie et l’éthique — la politique et l’économique n’en étant que des conséquences induites.


La longue gestation d’une œuvre polymorphe

 

Entretien avec Sophie Bastide-Foltz, traductrice de La Grève, et Alain Laurent, éditeur, essayiste et philosophe, directeur de la collection Bibliothèque classique de la liberté, aux Belles Lettres.

Quelle a été la genèse de l’édition française d’Atlas Shrugged ? Pourquoi les lecteurs francophones ont-ils dû attendre si longtemps ?

Sophie Bastide-Foltz, traductrice : À l’origine, Andrew Lessman, membre actif de la fondation Ayn Rand et passionné par le livre, a acquis les droits de traduire en français et de distribuer Atlas Shrugged. Son but, au départ, était de pouvoir le faire lire à ses amis français. Il m’a donc contactée, ainsi qu’une bonne cinquantaine d’autres traducteurs professionnels. Il envisageait de le faire traduire par une équipe de plusieurs traducteurs pour gagner du temps et être synchrone avec la sortie du film. Quelques échanges plus tard, des affinités philosophiques et politiques ainsi qu’un essai concluant ont débouché sur un accord avec moi. Je l’avais convaincu qu’il valait mieux qu’une seule personne traduise… pour l’homogénéité du texte.

J’ai mis plus de deux ans à traduire le livre. Andrew, au départ, voulait le publier lui-même. Mais je l’ai convaincu de le faire en co-édition avec une maison d’édition française. J’ai d’abord tenté de faire publier le livre chez Gallimard. C’était en bonne voie, jusqu’à ce qu’au dernier moment Antoine Gallimard finisse par reculer. Je n’ai jamais su quelle en était la véritable raison.

Une œuvre polymorphe, à la fois roman, essai philosophique et politique (Sophie Bastide-Foltz, traductrice)

Mon mari, Philippe Bastide, connaissait bien Bill Bonner qui avait racheté les Belles Lettres. Nous lui en avons donc parlé, d’autant plus que nous avions découvert qu’Alain Laurent avait publié La Vertu d’Égoïsme chez eux. Et, de fil en aiguille, la présidente des Belles Lettres, Caroline Noirot, a pris la décision de le publier.

Je pense que si les lecteurs francophones ont dû attendre si longtemps, c’est que la première tentative (suisse) avait avorté après refus de la traduction par Ayn Rand elle-même et qu’ensuite, plusieurs facteurs se sont conjugués : le poids combiné de l’anti-américanisme, anti-libéralisme marxisant dans les milieux intellectuels français, l’importance de la pagination (une traduction coûte cher à l’éditeur, surtout pour un livre aussi gros), le caractère polymorphe de l’oeuvre, à la fois roman, essai philosophique et politique.

les convictions politico-philosophiques de Rand contredisent radicalement l’exception idéologique française du tout-État et du tout-social (Alain Laurent)

Alain Laurent, éditeur : Nous avons été contactés il y a deux ans par un businessman francophone et francophile américain, Andrew Lessman, grand admirateur d’Ayn Rand qui avait décidé de faire de la traduction d’Atlas Shrugged en français puis de sa diffusion en France une affaire personnelle. Ayant déjà traduit The Virtue of Selfishness, les éditions des Belles lettres lui ont semblé les mieux en mesure de coopérer avec lui dans cette opération. Quand je l’ai rencontré début mai 2010, on s’est d’autant mieux mis d’accord que j’étais déjà très engagé alors dans la préparation de la biographie intellectuelle d’Ayn Rand que je viens de publier. Si les les lecteurs francophones ont dû tellement attendre, c’est principalement parce que les convictions politico-philosophiques de Rand contredisent radicalement l’exception idéologique française du tout-État et du tout-social…

Quelle a été la nature des négociations avec les ayant-droits ?

Alain Laurent : Andrew Lessman porte en lui une telle force de conviction qu’il a immédiatement obtenu l’accord de Ayn Rand Institute (ARI) quand il s’est présenté pour obtenir la cession des droits de traduction en français. C’est lui qui s’est ensuite chargé de faire procéder à cette traduction.

La traduction (inachevée) de Jeheber – datant de 1958 – vous a-t-elle été utile ou a-t-elle plutôt été un frein ?

Sophie Bastide-Flotz : J’ai préféré, après lecture de quelques pages, ne plus du tout consulter la première traduction de 1958. C’est un choix de ma part. Je voulais être libre d’en donner ma propre interprétation.

Alain Laurent : Ni utile, ni frein: on n’en a pas tenu compte, tant elle était défaillante (Rand, qui lisait parfaitement le français, l’avait sur le champ répudiée dès qu’ elle en avait lu les premières pages).

Que pensez-vous de la traduction collective engagée par des internautes il y a une dizaine d’années ? Pourquoi a-t-il été stoppé en 2006 ?

Sophie Bastide-Foltz : La traduction collective engagée il y a dix ans était respectable pour son exactitude littérale, mais peu satisfaisante sur le plan esthétique et stylistique. Mais c’est normal puisque la traduction est un métier à part entière. La traduction pirate parue l’an dernier sur le net est tout aussi peu satisfaisante du même point de vue à mes yeux.

Alain Laurent : Je n’ai pas été mêlé à cette affaire. Mais je crois savoir que cette initiative, heureuse en soi, n’avait pas pris en compte le problème de la cession des droits : lorsqu’enfin Andrew Lessman a été contacté, il a refusé de les céder, bien décidé à s’en occuper lui-même. De plus, une bonne traduction ne peut pour d’évidentes raisons de cohérence être l’œuvre que d’un seul individu. Et vu l’ampleur de la tâche, mieux vaut aussi un professionnel.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par à la traduction de cet OVNI littéraire ?

Sophie Bastide-Foltz : La principale difficulté pour moi a été la nature hétérogène de l’œuvre, passer successivement du style du roman avec les rebondissements et les descriptions d’une scénariste de talent à celui des envolées philosophiques. Sinon, les difficultés rencontrées ont été les mêmes que tout traducteur qui se respecte se doit de surmonter pour n’importe quel ouvrage (contextualisation dans l’époque sur le plan de l’environnement technologique et politique).

Alain Laurent : l’anglais pratiqué par Rand est très particulier : quand on la la fait lire « en aveugle » à un angliciste, il s’aperçoit aussitôt qu’elle n’est pas américaine d’origine. Et il a d’autre part fallu prendre soin de bien restituer l’inspiration aristotélicienne du lexique théorique employé dans La Grève, en particulier dans le discours de Galt.

Au-delà du volume imposant du roman, une difficulté ne réside-t-elle pas dans la « traductibilité » de l’ouvrage ? Non pas du point de vue de la langue, mais de la culture : par exemple, le train a à la fois une symbolique pionnière et celle d’un système nerveux pour Rand ; les francophones peuvent-ils percevoir la même chose ?

Rand n’a fait que prolonger la logique d’une réalité qui la scandalisait (Alain Laurent)

Sophie Bastide-Foltz : Passer d’une culture à une autre fait partie de mon métier. Mais il est vrai que cette œuvre comporte une spécificité: le fait que l’héroïne Dagny Taggart soit héritière et à la tête d’un réseau de chemins de fer n’est pas innocent. Au-delà de la symbolique du système sanguin et de l’irrigation physiologique, les chemins de fer constituent historiquement un élément fondateur et fédérateur de l’histoire et du développement des États-Unis. Certains spécialistes des réseaux ferroviaires sont d’ailleurs capables de comprendre la nature politique et organisationnelle d’un pays en regardant simplement la structure de son réseau ferré.

Alain Laurent : Je ne crois pas que ce soit là la vraie difficulté, tant par exemple les westerns ont habitué le public français à saisir l’importance du train en effet pionnière du train aux États-Unis. La difficulté se tient plutôt dans la méconnaissance des côtés sombres de l’histoire politique américaine des années 1940-50, imprégnée de pro-soviétisme et de « welfarisme » : Rand n’a fait que prolonger la logique d’une réalité qui la scandalisait.

Sophie Bastide-Foltz a notamment traduit aux éditions Florent Massot The Gentleman, Martin Booth, (Angleterre) 2010 ; chez Actes Sud Thé au Trèfle, Ciaran Carson, (Irlande) 2004, Il faut marier Anita, Anita Jain, (Inde) 2010 ainsi que, aux éditions Joëlle Losfeld/ Gallimard L’Ange de Pierre (réédition), Margaret Laurence (Canada) 2007 et Les Devins, Margaret Laurence, 2010.

Philosophe et essayiste, déjà auteur aux Belles Lettres de La Philosophie libérale (2002 – ouvrage couronné par l’Académie française) et du Libéralisme américain. Histoire d’un détournement (2006 – prix du livre libéral), Alain Laurent dirige les collections « Bibliothèque classique de la liberté » et « Penseurs de la liberté » aux Belles Lettres. Il coordonne en outre l’Anthologie des textes libéraux (Robert Laffont, « Bouquins », à paraître).

À voir également : 

Nous profitons de la présence d’Alain Laurent pour l’interroger également sur l’essai qu’il publie, cette semaine aussi, aux Belles Lettres et consacré à la pensée de Rand : Ayn Rand, la passion de l’égoïsme rationnel (coll. Les Penseurs de la liberté, 240 p., 25 €).

De quelle manière La Grève s’inscrit-elle dans le parcours intellectuel de Rand ? Quel est l’apport spécifique de ce roman à sa pensée ?

Alain Laurent : La Grève est véritablement l’œuvre de maturité, celle où s’accomplit tout le cheminement intellectuel de Rand. C’est là qu’elle intègre (comme elle aimait tant à dire !) toutes ses conceptions en une perspective cohérente globale. Ensuite, elle n’a guère fait que gloser sur la thématique du discours de Galt.

Rand a été la seule a vraiment vouloir faire reposer l’économie politique classiquement libérale sur une « métaphysique » et surtout une éthique (Alain Laurent)

Est-ce l’œuvre qui a véritablement façonné la pensée objectiviste ? Qui a soudé ses innombrables admirateurs ?

 Sans aucun doute, pour les raisons que je viens d’indiquer. Mais ce serait trop dire que l’objectivisme « soude » tous les admirateurs de Rand : on peut l’admirer sans souscrire à tous les articles de foi du discours de Galt, comme c’est mon cas…

Quel regard peut-on porter sur la philosophie de Rand ? Est-ce une romancière qui s’essaie à la philosophie, ou une philosophie qui écrit des romans ?

Elle a plutôt été une romancière puissamment portée par une « philosophie » au sens d’une vision fondamentale du monde – mais pas vraiment une philosophe avec toute la rigueur critique, la culture et la patience qu’impliquent cette qualité. Sa très grande trouvaille a été de d’abord privilégier la fiction pour illustrer sa conception des choses : d’où l’immense succès de de ses romans.

Dans l’histoire intellectuelle du libéralisme, quelle place tiennent La Grève et Ayn Rand ? En quoi sont-ils si particuliers ?

C’est une place paradoxale, à la fois marginale (elle n’apporte rien de vraiment nouveau au paradigme du libéralisme classique) et…centrale, dans la mesure où elle a été la seule a vraiment vouloir faire reposer l’économie politique classiquement libérale sur une « métaphysique » et surtout une éthique, une vision forte de la nature de l’homme – la plupart du temps ignorées par les penseurs libéraux.

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Published by Cyber-résistant - dans Qui est John Galt
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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 02:00

Objectivisme ou réalisme métaphysique 

Métaphysique et épistémologie chez Ayn Rand

 

par Edward W. Younkins

 

 

Traduit par Vincent Jappi

 

 

Les trois axiomes fondamentaux de la métaphysique sont l’existence, la conscience, et l’identité.

 

La métaphysique est la première branche philosophique de la connaissance. Au niveau métaphysique, l’objectivisme de Ayn Rand commence par des axiomes — vérités fondamentales ou primaires irréductibles, qui vont de soi du fait de la perception directe — point de départ de toute connaissance ultérieure, et qu’il est impossible de contester sans se contredire soi-même.  

Les axiomes ne peuvent pas se réduire à d’autres faits ni se décomposer en éléments constitutifs. Ils n’ont nul besoin d’aucune démonstration ni explication. Les trois axiomes philosophiques fondamentaux de l’objectivisme sont l’existence, la conscience et l’identité – qui sont présupposés par tout concept, et par toute affirmation.

L’existence existe, et elle englobe tout, y compris l’ensemble des états de la conscience. Le monde existe indépendamment de l’esprit, et il est là pour que celui-ci le découvre. Pour être conscients, il faut que nous soyons conscients de quelque chose : de conscience, il ne peut pas y en avoir s’il n’y a rien qui existe. La conscience, faculté de percevoir ce qui existe, c’est la capacité de découvrir les objets, non celle de les créer. La conscience, concept relationnel, présuppose l’existence de quelque chose qui lui est extérieur, quelque chose dont on puisse être conscient. C’est d’emblée que nous percevons quelque chose qui se trouve hors de notre conscience et c’est seulement ensuite que nous prenons conscience d’être conscients, en examinant le processus qui nous a permis de le percevoir.

Ayn Rand explique que ce qui est métaphysiquement donné (c.-à-d. toute réalité inhérente à l’existence qui n’est pas due à l’action de l’homme) est absolu et se contente d’être, tout simplement.

Ce qui est métaphysiquement donné comprend les lois de la science et les événements qui échappent à l’influence des êtres humains. Le métaphysiquement donné doit être accepté, on ne peut pas le changer.

Elle explique, cependant, que l’homme a la capacité d’adapter la nature pour qu’elle réponde à ses demandes. L’homme a la faculté de réorganiser de façon créative la combinaison des éléments naturels en mettant en œuvre la causalité exigée, celle que nécessitent les lois immuables de l’existence.

Ce qui est fait par l’homme inclut tout objet, toute institution, toute procédure ou règle de conduite créés par l’homme. Pour leur part, les réalités causées par l’homme sont le produit de choix et on peut les évaluer et les juger, puis les accepter ou les rejeter et les modifier en cas de besoin.

L’épistémologie se réfère à la nature et au point de départ de la connaissance, à la nature de la raison et à son exercice approprié, à ses rapports avec les sens et avec la perception, à la possibilité d’autres sources de connaissance, ainsi qu’à la nature de la certitude et à la possibilité d’y accéder.

Ayn Rand explique que la raison est la faculté cognitive dont l’homme dispose pour, en se servant des principes de la logique, organiser en termes de concepts les données de la perception. Et la connaissance naît lorsqu’une personne aborde la réalité des faits soit par l’observation des réalités perçues, soit par la conceptualisation.

Si l’épistémologie existe, c’est parce que l’homme est un être limité et faillible, dont l’apprentissage progresse par des étapes élémentaires disjointes, et qui a de ce fait besoin d’une procédure adaptée à l’acquisition de connaissances nécessaires afin d’agir, de survivre et de prospérer.
Aucun homme ne possède de connaissance innée, ni des instincts qui iraient automatiquement et infailliblement dans le sens de son bien-être. Ce n’est pas nécessairement qu’il sait ce qui va promouvoir ou entraver son existence. C’est pour cela qu’il a besoin de savoir comment acquérir des connaissances fiables et objectives sur la réalité. Et c’est pour vivre qu’un individu se doit d’acquérir des connaissances de ce type. Une personne ne peut acquérir de connaissances qu’à partir de la manière humaine de connaître. Enfin, étant donné que les êtres humains ne sont ni omniscients ni infaillibles, tout savoir est de nature contextuelle.

Or, alors que les concepts (c.-à d., les universaux) sont des abstractions, tout ce que l’homme appréhende est au contraire spécifique et concret. La formation des concepts se fonde sur une reconnaissance des ressemblances entre les existants que l’on classe dans ces concepts. Rand explique que l’individu, par sa perception, détache et distingue les entités spécifiques de leur milieu ainsi que les unes des autres. Il regroupe ensuite ces objets à raison de leurs ressemblances, considérant alors chacun d’entre eux comme une unité. Puis il intègre ce regroupement d’unités en une entité mentale unique que l’on appelle « concept ».

La capacité de percevoir des entités ou unités est la méthode spécifique de la cognition de l’homme, et le point d’entrée vers le niveau conceptuel de la conscience humaine.

D’après Ayn Rand, un concept est une intégration mentale de deux ou plusieurs unités qu’on a isolées en raison d’une ou de plusieurs de leurs caractéristiques [communes], et rassemblées sous une définition spécifique.
Une définition représente [de ce fait] la condensation d’une grande masse d’observations ; et on le conserve à l’esprit en s’y référant par un concret perceptible (en l’espèce, par un mot). Un mot transforme un concept en entité mentale dès lors qu’une définition lui aura donné une identité.

Les caractéristiques essentielles d’un concept sont ne sont pas métaphysiques, mais épistémologiques. Ayn Rand explique que les concepts ne reflètent ni des entités abstraites intrinsèques qui existeraient indépendamment de l’esprit d’un individu, ni l’invention nominale de sa conscience sans rapport aucun avec la réalité. Non : les concepts sont épistémologiquement objectifs, en ce sens qu’ils ont été choisis par la conscience de l’homme conformément aux lois de la réalité.

C’est une donnée de fait que les concepts représentent une intégration mentale ; ils sont le produit d’une méthode cognitive de classification dont il faut bien que la mise en œuvre soit faite par un être humain, mais dont c’est la réalité qui détermine le contenu : pour Ayn Rand, donc, les essences sont épistémologiques et non métaphysiques.

Par conséquent Ayn Rand affirme que, bien que les concepts et les définitions se trouvent dans notre l’esprit, ils ne sont pas arbitraires dans la mesure où ils reflètent la réalité, laquelle est objective.

Tant la conscience en métaphysique que les concepts en épistémologie sont réels, et font partie de la vie quotidienne — l’esprit fait partie de la réalité.
Elle envisage les constructions conceptuelles comme des classifications ouvertes, qui incluent toute l’information concernant leurs référents, y compris celles qu’on n’a pas encore identifiées. Des faits nouveaux, de nouvelles découvertes développent et étendent les concepts que l’on a, mais ils ne les révolutionnent pas ni ne les réfutent. Les concepts doivent être conformes aux faits de la réalité.

Afin de demeurer objectif dans ses entreprises conceptuelles, l’être humain doit totalement coller à la réalité en se conformant à certaines règles méthodologiques déduites des faits et appropriées à la manière de connaître des êtres humains.

Pour l’homme, être de conscience rationnelle, la méthode appropriée pour se conformer à la réalité objective s’appelle logique et raison. Pour survivre l’homme a besoin de connaître, et la raison est l’outil qui le lui permet.

Pour Ayn Rand, la qualification d’ »objectif » se rapporte aussi bien au processus de formation des concepts qu’au résultat de ce processus lorsqu’il a été correctement mené à bien.

La conscience humaine peut acquérir une connaissance objective de la réalité en se servant des outils propres à la raison dans le respect des règles de la logique ; et quand un processus cognitif correct a été respecté, on peut dire que le produit de ce processus est objectif.

En retour, lorsque l’esprit se conforme à la réalité qui en est indépendante, on peut dire de la théorie du fonctionnement conceptuel que l’on a suivie qu’elle est objective. Le terme « objectif » s’applique donc aussi bien à la méthode qu’à son objet.

Pour Ayn Rand, toute connaissance authentique est liée aux autres, cette interrelation étant la seule à pouvoir rendre compte de cet ensemble unique qu’est l’univers.

La clé en est sa conviction que le rapport de la conscience humaine avec l’existence est un rapport d’objectivité : au moyen de la raison, et de ses méthodes, ce sont des concepts objectifs que l’on peut former, et regrouper en fonction des relations objectives entre la multiplicité des existants.

Acquérir la connaissance objective est un processus métaphysiquement fondé parce que tous les êtres concrets sont différents et reliés à tous les autres, ainsi qu’à cette totalité qu’est l’univers.

 

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 00:05
Ayn Rand, une grande dame du Libéralisme
Comment doit-on comprendre la pensée politique d'Ayn Rand ? Pour Jennifer Burns, Rand fait avant tout partie de la grande tradition libérale classique. Ses romans, dont La Grève (Atlas Shrugged) et La Source Vive (The Fountainhead), mettent en avant l'individualisme, un thème fondamental pour la pensée libérale et libertarienne. Rand a également contribué à cette grande tradition libérale en modernisant et en popularisant les idées à la base de toutes les luttes pour la liberté.

Jennifer Burns est professeur d'histoire à l'Université de Virginie et auteur de Goddess of the Market : Ayn Rand and the American Right
Ayn Rand, sur les chemins de traverse du libéralisme
   
Elle est l’auteur de deux best-sellers monumentaux aux États-Unis et dans le monde Anglo-Saxon, fondatrice d’un des plus actifs mouvements de la pensée libérale et dont l’œuvre connaît un regain tout à fait singulier outre-Atlantique. Reconnue comme l’une des plus grandes romancières du XXe siècle, elle est en revanche parfaitement inconnue en France : je parle bien entendu d’Ayn Rand, intellectuelle américaine disparue en 1982 dont la pensée a profondément marqué les philosophes aux États-Unis.
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Selon une étude réalisée en 1997 par la Bibliothèque du Congrès américain, son ouvrage, Atlas Shrugged, serait le livre qui a le plus influencé les Américains après la Bible. Tout un symbole. Depuis le début de la crise, ses différents livres se vendent plusieurs centaines de milliers d’exemplaires chaque mois aux États-Unis et l’on peu résumer sa pensée autour de deux grands principes : « vive le capitalisme », « mort au collectivisme ». égoïsme versus altruisme. C’est la pensée d’Ayn Rand qu’Alain Laurent a choisi d’exposer jeudi soir dans le cadre de la série de conférence sur le thème : « chemins de traverse du libéralisme ». Cet exposé était d’autant bienvenu que deux biographies extrêmement rigoureuses et détaillées de l’intellectuelle américaine viennent de paraître en anglais récemment. Fondatrice du mouvement de l’Objectivisme aux États-Unis dans les années 70, elle a toujours fait le choix de la fiction. C’est la raison pour laquelle, avant d’être philosophe, elle est avant tout romancière. D’origine russe, elle est née à St Petersburg le 2 février 1905 sous le nom d’Alissa Rosenbaum dans une famille juive. Grâce à sa mère, elle bénéficie très tôt d’une ouverture sur le monde et apprend le français. Elle lira les auteurs français et entretiendra une admiration sans borne pour Victor Hugo. Le romantisme aura une forte influence sur son œuvre et elle érigera sa philosophie sur la base d’un Homme individualiste et héroïque, seul contre tous et refusant toute compromission.

A 13 ans, elle assiste à la prise de pouvoir par les communistes à St Petersburg et elle est très marquée par les massacres de masse que perpètrent les bolcheviques dès le coup d’Etat. Dépossédée de tous ses biens, sa famille, doit fuir pour ne pas être inquiétée. La jeune Alissa entame malgré tout des études d’Histoire et de Philosophie. De cette période, elle conservera une haine tenace de Platon ainsi qu’une intérêt fort pour la philosophie aristotélicienne. Très influencée par la figure de son père, pharmacien et entrepreneur, elle développera assez tôt un intérêt pour les États-Unis. Elle abandonnera peu à peu la philosophie pour se consacrer au Cinéma, fenêtre sans limites sur le modèle de vie américain. En 1924, elle part en voyage et réalise son rêve : elle débarque à Chicago chez une amie de la famille et travaille dans un cinéma. C’est à cette période qu’elle abandonne le nom d’Alissa Rosenbaum pour s’appeler Ayn Rand. Elle a à cœur de se forger une identité américaine et décide de ne pas rentrer en URSS. Elle passe donc sa vie dans les salles obscures à voir des films et quitte les grands lacs pour Hollywood où elle se fait engager comme lectrice de scénario auprès du réalisateur et producteur Cecil B. DeMille. Naturalisée américaine le 13 mars 1931, elle épouse l’acteur Frank O’Connor.

En 1936, elle publie son premier grand roman : We the living, largement inspiré de son expérience en Union Soviétique. Farouchement anticommuniste et apologiste de la liberté individuelle, le roman ne rencontre pas le succès auprès d’un establishment américain étonnamment sovietophile à l’époque. A cette époque, quiconque critiquait l’URSS était qualifié de fasciste et de nazi par les élites intellectuelles américaines. En effet, Ayn Rand raconte l’histoire d’un individu vivant dans un système totalitaire prenant peu à peu conscience de son individualité et de son unicité. Une grande partie de sa philosophie est déjà présent dans ce récit : Vivre pour soi, par soi, au nom d’un égoïsme rationnel.

Vivre pour soi et par soi, les deux principes de l’égoïsme rationnel

L’individualisme est sa source d’inspiration. Fin 1935, elle entame l’écriture de ce qui deviendra son premier best seller : The Fountainhead. C’est pendant cette période qu’elle va découvrir son adhésion complète aux fondements de l’Amérique. Elle est notamment très marquée par la pensée de Nietzsche et la figure de l’Homme héroïque, seul contre tous. A partir de 1939, une nouvelle phase s’ouvre dans sa vie : une phase politique. Elle analyse que l’échec de ses romans est directement lié à la présidence de Roosevelt et sa politique du New Deal qui renforce l’intervention de l’Etat dans l’économie et perturbe le jeu des acteurs dans la société. Ayn Rand entretiendra une forte rancœur à l’encontre de Roosevelt et des démocrates qu’elle associe directement aux alliés des soviétiques. Elle s’engage donc aux côtés du conservateur Wandel Willkie et milite activement. Elle tracte dans la rue, apostrophe les passants de son anglais encore malhabile. A un homme lui conseillant de retourner dans sa Russie, elle lui répondit « je suis plus américaine que vous, car moi, ce pays, je l’ai choisi ».

C’est pendant cette période qu’elle rencontre la plupart des intellectuels libertariens qui influenceront son œuvre, parmi les plus illustres : Ludwig von Mises ou Isabel Paterson. Farouchement opposée au communisme, elle prend le parti du McCarthysme et édite quelques recueils à l’intention des acteurs et des producteurs d’Hollywood pour déjouer les malveillances de la « 5e colonne socialiste » à la solde de Moscou. En outre, elle détaille toutes ses conceptions économiques, politiques, et philosophiques à cette époque. En 1938, elle publie le roman Anthem qui décrit une société dans laquelle le collectivisme a triomphé. Ce roman ne rencontre pas le succès non plus. Elle persévère et achève d’écrire The Fountainhead. Tous les éditeurs refusent le roman. Ayn Rand affirme être sur la liste noire des auteurs anticommunistes. Tous, sauf un. La maison d’édition Bobbs-Merill accepte et publie le livre. Très rapidement, le bouche-a-oreille fait son œuvre. Les ventes explosent et le roman devient son premier best seller. Le succès est considérable, à tel point que l’intrigue est adaptée au théâtre puis au cinéma. Le roman raconte les péripéties d’un architecte pauvre qui refuse d’amender ses œuvres et ne trouve aucun acheteur. Mieux vaut être pauvre que de se compromettre.

Le nom d’Ayn Rand commence à être connu. Elle entame dès 1945 ce qui deviendra son plus grand roman, un pavé de plus de 1800 pages : Atlas Shrugged racontant l’histoire de deux entrepreneurs aux prises avec un état policier, bureaucratiques et collectiviste. Le héros, John Galt deviendra l’incarnation de sa philosophie : refus de la compromission, valorisation de la liberté, du libre échange et du laisser-faire. Lors de sa sortie, le roman rencontre un tel succès qu’il reste plusieurs semaines au premier rang des ventes. Le tirage initial de 100 000 exemplaires doit vite être revu à la hausse. C’est avec ce livre qu’elle va entrer dans la dernière phase de sa vie : la philosophie. Dans Atlas Shrugged, le discours fleuve que prononce John Galt à la radio est un véritable manifeste des principes de l’Objectivisme. Cette pensée veut donner une base éthique et philosophique au capitalisme qui permette de justifier le Laisser-faire. La rationalité apparaît comme la première vertu de l’être humain. La seule manière de vivre pour et par soi même passe par l’individualisme, le laisser-faire et l’échange librement consenti. Elle acquiert une vraie renommée dans le pays et va de conférences en conférences dans les plus grandes universités : Yale, Berkeley, Princeton, Columbia, etc. Elle rédige son ouvrage de synthèse The Virtue of Selfishness dans lequel elle définit ce qui pour elle doit être l’égoïsme : ne dépendre que de soi, n’être ni maître, ni esclave. A l’inverse, l’altruisme qu’elle exècre est le fait de s’oublier soi même, se sacrifier pour le bien des autres. L’altruisme ne peut mener selon Ayn Rand qu’à une issue mortifère. C’est la trahison de l’individu par lui-même. Elle emprunte à Aristote un certain nombre de lois éthiques telles que la causalité : il n’existe rien sans cause. Étendu à la vie humaine, il n’existe rien qui ne soit gagné par l’Homme autrement que par sa créativité ou son mérite. L’individu est l’unique propriétaire de tout ce qu’il crée et nul ne peut nous en démunir. De fait, il y a un droit de propriété car les personnes sont la force qui a produit la chose détenue.

Femme colérique et impulsive, Ayn Rand a marqué durablement ses contemporains. Tristesse de sa vie, elle ne sera jamais vraiment acceptée par l’establishment américain. Trop anticonformiste, trop maximaliste, trop véhémente sans doute. Elle s’éteint le 6 mars 1982 après avoir passé l’année 1981 à animer ses dernières conférences au Ford Hall Forum. De nombreux compagnons de route de l’Objectivisme l’accompagnent lors de son enterrement. Le Ayn Rand Institut est créé pour propager ses idées. Celle qui se décrivait comme une « romantique réaliste » aura écrit sur de nombreux thèmes de société, tels que l’éthique de l’égoïsme ou l’engagement américain lors des deux Guerres Mondiales, elle s’est opposée publiquement à l’intervention américaine au Vietnam, elle prit des positions sur le statut de la femme qui la fâchèrent définitivement avec les courants féministes, sur la Culture et l’environnement, l’étatisme, etc. Elle laisse derrière elle une littérature foisonnante et une pensée qui ne se démode pas.

Le regain de succès que rencontrent les écrits d’Ayn Rand nous montre que la crise que rencontre Barack Obama n’est pas simplement conjoncturelle. Elle est profondément structurelle et morale. La réforme de la santé que l’intelligentsia européenne admire tant n’est pas simplement en contradiction avec quelques intérêts bien sentis dans les cercles financiers. Elle est en contradiction avec les fondements même de la démocratie américaine qui met l’individu au premier plan de sa propre vie. Nul ne le niera : il y a beaucoup de pauvres aux États-Unis. Mais reste cette certitude que toute intervention étatique n’amoindrira en rien le nombre des pauvres. En revanche, elle transformera des individus actifs et responsables en assistés dépossédés du contrôle de leur vie et loin d’améliorer le niveau de vie des Américains, tout accroissement du rôle de l’Etat se traduira par moins de liberté, plus d’impôts et moins de dynamisme. On ne peut donc réduire la contestation que rencontre le président Obama au fait de quelques fanatiques ultra-conservateurs d’extrême droite comme le fait régulièrement la presse française. Les réformes d’Obama s’opposent directement à l’American way of life et à l’idée que l’Etat est un mal. Un mal nécessaire certes, mais qu’il convient de circonvenir à ses attributions les plus fondamentales.

Le bonheur est un état d’esprit qui procède de l’accomplissement de vos valeurs.

On maudit l’argent mal acquis ; on respecte l’argent bien gagné.

L’argent est le baromètre des vertus d’une société.

Ayn Rand

***

Lien vers le Ayn Rand Institute

Lien vers the Objectivist Center
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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 23:00

Conférence d'Alain Laurent sur Ayn Rand

Le philosophe et directeur de collection aux Belles Lettres Alain Laurent viendra nous parler du thème : “Ayn Rand: entre “égoïsme rationnel” et best-sellers littéraires”. En effet il a une double actualité autour d’Ayn Rand : il publie sa biographie, et son principal roman, “La grève”, best-seller de 10 millions d’exemplaires, enfin traduit en français 53 ans après sa sortie.



Furent notamment abordées pendant cette conférence :

- l’histoire personnelle d’Ayn Rand, de la petite Alissa Rosenbaum née en Russie en 1905 à la philosophe émigrée aux Etats-Unis et prônant l’individualisme contre le collectivisme
- la différence entre égoïsme rationnel et égoïsme irrationnel, et pourquoi le premier est souhaitable et pas le second
- l’influence des livres d’Ayn Rand dans le monde et principalement aux Etats-Unis 


Brève introduction à la pensée d’Ayn Rand

Ayn Rand a Sense of Life

The Companion Book By Michael Paxton Gibbs-Smith Publisher
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La Métaphysique

« La réalité, le monde en dehors de notre corps, existe indépendamment de notre conscience, indépendamment de la connaissance ou des croyances, sentiments, désirs ou peur de celui qui l’observe. Cela signifie que A est A, les faits sont les faits, Les choses sont ce qu’elles sont et que la tâche de la conscience de l’individu est percevoir la réalité, non de la créer ou de l’inventer.

L’objectivisme rejette toute croyance dans le super naturel et toute idée que les individus ou les groupes créent leur propre réalité.

La nature humaine

« L’homme est un être rationnel. La raison, comme moyen unique de connaissance, constitue son seul moyen de survie. Mais l’exercice de la raison dépend du choix de l’individu. « L’homme est un être de volonté et de conscience ». Ce que l’on appelle l’âme ou l’esprit est la conscience et ce que l’on appelle la volonté libre n’est pas autre chose que la liberté de penser ou de ne pas penser, la seule volonté que vous avez, la seule liberté que vous ayez. C’est le choix qui contrôle tous les autres choix que vous faites et qui déterminent votre vie et votre personnalité. »

L’objectivisme rejette toute forme de déterminisme, la croyance que l’homme est la victime de forces en dehors de son contrôle (Dieu le destin, les gènes, les conditions économiques ou sociales).

L’Éthique

« La raison est l’instrument par lequel on émet des jugements de valeurs et avec lequel on guide l’action. La norme éthique est :la survie de l’homme en tant qu’homme – c’est-à-dire ce qui est pré requit par la nature de l’homme pour survivre comme un être rationnel ( non pas comme la survie physiologique mais transitoire d’une brute sans cervelle).

La rationalité est la vertu principale de l’homme avec les trois valeurs fondamentales : la raison, les objectifs, l’estime de soi. L’homme – chaque homme- est une fin en soi, et non un moyen pour les fins des autres. Il doit vivre pour lui même, sans se sacrifier pour autrui, ni sacrifier autrui à ses propres fins. Il doit travailler pour son intérêt personnel avec la poursuite de son propre bonheur comme principe moral le plus élevé de sa vie. »

L’objectivisme rejette toute forme d’altruisme – l’idée que la moralité consiste dans le fait de vivre pour les autres ou la société.

La politique

« Le principe de base de l’éthique objectiviste est que personne n’a le droit de tirer de la valeur d’un autre être humain par l’usage de la violence physique – personne ni groupe humain n’a le droit d’initier la violence contre les autres. Les hommes ont le droit d’user de la violence que dans le cas de légitime défense et seulement contra ceux qui l’ont initiée. Les hommes doivent vivre ensemble par l’échange volontaire, donnant de la valeur contre de la valeur, ils doivent le faire par un consentement mutuel libre pour obtenir un bénéfice mutuel. Le seul système social qui interdit l’usage de la violence dans les relations entre individus est le capitalisme de laissez faire. Le capitalisme repose sur la reconnaissance des droits individuels, compris le droit de propriété, dans lequel le rôle du gouvernement est de protéger les hommes de ceux qui initient la violence physique. »

L’objectivisme rejette toute forme de collectivisme tel que le fascisme ou le socialisme. Il rejette aussi l’économie mixte, notion qui signifie que le gouvernement devrait réglementer l’économie et redistribuer la richesse.

Épistémologie

« La raison de l’homme est pleinement capable de connaître les faits de la réalité. La raison est une faculté conceptuelle qui permet d’identifier et d’intégrer les matériaux produits par nos sens. La raison est les seul moyen pour l’individu d’acquérir une connaissance.  »

L’objectivisme rejette le mysticisme (c’est-à-dire la foi ou l’émotion comme mode d’acquisition des connaissances) et il rejette le scepticisme (la proclamation que la vérité ou la connaissance est impossible).

L’esthétique

« L’art est un re-création sélective de la réalité selon les jugements de valeurs métaphysique de l’artiste » L’objet de l’art est de concrétiser les vues fondamentales de l’existence de l’artiste.

Ayn Rand se décrivait elle même comme une « romantique réaliste »

 « Je suis une romantique dans le sens que je présente les hommes comme ils devraient être. Je suis une réaliste dans le sens que je les place sur terre. » 

Les ouvrages littéraires de Ayn Rand projette une vision idéale et non idéale de l’homme.

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 23:01

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« La plus petite minorité sur la terre est l'individu. Ceux qui nient les droits individuels ne peuvent pas prétendre être les défenseurs des minorités. »

Ayn Rand - Capitalism : The Unknown Ideal

 

 

 

 



Capitalism : The Unknown Ideal

Capitalism: The Unknown Ideal (en français "Capitalisme : l'idéal inconnu") est un ouvrage d'Ayn Rand  publié en 1966, regroupant plusieurs de ses essais, ainsi que quelques autres par ses associés Nathaniel Branden, Alan Greenspan et Robert Hessen. Le livre traite des aspects moraux du capital de laissez-faire et de la propriété privée. Il offre une définition bien particulière du capitalisme, plus large que le simple respect du droit de propriété et de la libre entreprise. À ce jour, aucune traduction française de l'ouvrage n'a encore été publiée.

Histoire

La plupart des essais contenus dans cet ouvrage sont tirés de The Objectivist Newsletter et de The Objectivist. La première édition fut publiée par la New American Library en 1966. Dans l'édition de poche publiée en 1967, deux essais supplémentaires furent ajoutés. En 1970 enfin, Rand modifia l'introduction du livre pour refléter sa rupture intellectuelle avec Nathaniel Branden.

Contenu

Selon les mots de Rand elle-même, Capitalism : the Unknown Ideal est une défense d'ensemble du seul mode d'organisation de la société compatible avec les besoins de l'homme en tant qu'être rationnel, à savoir le capitalisme de laissez-faire.

À la suite d'une introduction par Rand, les essais sont regroupés dans deux grandes sections. La première, intitulée "Théorie et Histoire", rassemble des essais portant sur les bases théoriques du capitalisme et les différents arguments apportés en sa faveur au cours de l'histoire. Cette section comporte également un essai démontant les objections populaires au capitalisme. La seconde section, "Situation Actuelle", se concentre sur les principaux sujets politiques des années 1960, dont la guerre du Vietnam, les révoltes étudiantes, et l'encyclique Populorum progressio. En annexe, deux essais publiés précédemment dans  La Vertu d'égoïsme complètent l'ouvrage.

Principaux thèmes

Rand applique ici sa philosophie aux questions politiques. Lorsqu'elle discute du capitalisme, elle entend le capitalisme de laissez-faire, dans lequel il existe une séparation entre l’État et l'économie, « de la même façon et pour les mêmes raisons que la séparation de l’Église et de l’État. » Et Rand précise : « Les Objectivistes ne sont pas des "conservateurs". Nous sommes des défenseurs radicaux du capitalisme ; nous nous battons pour cette base philosophique que le capitalisme n'avait pas et sans lequel il est condamné à périr. »

Rand explique que la plupart des gens ne savent pas ce qu'est véritablement le capitalisme, ignorent sa justification morale, et même ses succès historiques. Voilà pourquoi il représente un « idéal inconnu ».


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L’origine française du Laissez-faire. Par Ayn Rand

 

LAISSEZ-NOUS FAIRE ! (Extrait de Capitalism, The unknown ideal, 1966)

Par Ayn RAND

 

 

Traduction Chris Drapier, Institut Coppet

 

 

Puisque la « croissance économique » est le grand problème de notre époque, et que notre gouvernement actuel promet de la « stimuler »- d’instaurer la prospérité pour tous par toujours plus d’interventions de l’Etat, tout en dépensant une richesse non encore produite- je m’interroge sur le nombre de personnes connaissant la réelle origine du mot laissez-faire ?

 

La France au XVIIème siècle, était une monarchie absolue. Son système a été décrit comme un « absolutisme limité par le seul chaos ». Le roi détenait un pouvoir illimité sur la vie, le travail et la propriété de chacun- et seule la corruption des représentants de l’Etat offrait au peuple une marge de liberté non-officielle. 

 

Louis XIV était un archétype de despote : une médiocrité prétentieuse conjuguée à une ambition grandiose. Son règne est considéré comme une des plus brillantes périodes de l’Histoire de France : il a fourni au pays un « objectif national,» sous la forme de longues guerres victorieuses ; il a fait de la France la puissance majeure et le phare culturel de l’Europe. Mais les « objectifs nationaux » coûtent cher. Les politiques fiscales de son gouvernement ont mené à une situation chronique de crise, résolue par une pression fiscale accrue, véritable saignée à travers une taxation en perpétuelle augmentation.

 

Colbert, principal conseiller de Louis XIV, était un des premiers étatistes modernes. Il était convaincu que la régulation gouvernementale pouvait engendrer la prospérité nationale et que seule la « croissance économique » pouvait permettre des taux d’imposition plus élevés ; alors il se consacra à rechercher « une augmentation de la richesse en encourageant l’industrie ». Cet encouragement consistait à imposer d’innombrables contrôles gouvernementaux, des circulaires régulatrices qui étouffaient l’activité ; le résultat fut un funeste désastre.

 

Colbert n’était pas un ennemi des affaires ; pas plus que ne l’est notre gouvernement actuel. Colbert souhaitait vivement aider les victimes sacrificielles à s’enrichir- et lors d’une occasion historique, il interrogea un groupe d’industriels sur ce qu’il pouvait faire de mieux pour l’industrie. Un industriel nommé Legendre lui répondit : « laissez-nous faire ! »

 

Apparemment, les industriels français du XVIIème siècle avaient plus de courage que leurs homologues américains du XXème et une compréhension plus fine de l’économie. Ils étaient conscients du fait que l’ « aide » gouvernementale au monde du travail est aussi désastreuse que la persécution gouvernementale et que la seule manière pour un gouvernement d’être utile à la prospérité de tous est de ne pas s’en mêler.

 

Prétendre que ce qui était vrai au XVIIème siècle ne peut plus l’être aujourd’hui, parce que nous nous déplaçons en avion quand ils n’avaient que des carrosses tirés par des chevaux- équivaut à dire que nous n’avons plus besoin de nourriture, comme c’était le cas dans le passé, parce que nous portons des imperméables et des pantalons en lieu et place de perruques poudrées et de jupes à volants. C’est cette sorte de superficialité de pacotille- autrement dit cette incapacité à saisir des principes, à distinguer l’essentiel du superflu- qui rend les gens aveugles au fait que la crise économique que nous traversons est la plus ancienne et la plus récurrente de l’Histoire.

 

Considérez l’essentiel. Si les interventions gouvernementales n’ont pu aboutir qu’à la paralysie, la disette et l’effondrement dans l’ère pré- industrielle, que peut-il se passer quand on reproduit ce schéma sur une économie hautement industrialisée ? Qu’est-il plus facile à réguler pour les bureaucrates : les opérations manuelles de tissage ou  des forges- ou les opérations dans les aciéries, les usines de productions d’avions et les complexités liées à l’avènement de l’électronique ? Qui est le plus susceptible de travailler sous la contrainte : une horde d’individus brutalisés effectuant des opérations manuelles ne nécessitant pas de qualifications- ou un nombre incalculable d’individus doués de la créativité nécessaire pour construire ou maintenir une civilisation industrialisée ? Et si le Tout- Etat a déjà échoué dans le premier cas, de quel abîme d’auto- suffisance les étatistes modernes tirent-ils l’espoir de réussir dans le second ?

 

La méthode épistémologique des étatistes consiste à débattre éternellement de toutes sortes de sujets sans jamais les intégrer dans leurs interactivités, sans jamais se référer à des principes fondamentaux ou tenir compte d’effets pervers- induisant ainsi un état de désintégration intellectuelle de leurs sujets. Le but de ce verbiage fumeux est de masquer la disparition de deux fondamentaux : (a) que la production et la prospérité ne sont que les produits de l’intelligence humaine et (b) que le pouvoir d’un gouvernement est un pouvoir de contrainte par la force physique.

 

Une fois ces deux faits reconnus, la conclusion devient inévitable : l’intelligence ne fonctionne pas sous la contrainte, l’esprit humain ne peut fonctionner une arme braquée sur la tempe.

 

Voilà la question essentielle à considérer ; toute autre considération devient détail trivial par comparaison.

 

Les détails économiques d’un pays sont aussi variés que le nombre de cultures et de sociétés. Mais toute l’histoire de l’humanité fait la démonstration pratique du même principe fondamental, quelles que soient les variances dans leurs formes : le degré de prospérité, de réussite et de progrès humain est en directe corrélation avec le degré de liberté politique. En témoignent : la Grèce antique, la Renaissance, le XIXème siècle.

 

Dans notre ère, la différence entre l’Allemagne de l’Ouest et de l’Est est une démonstration on ne peut plus éloquente de l’efficacité d’une économie (comparativement) libre face à une économie centralisée au point que toute discussion sur le sujet perd toute utilité. Aucun crédit ne saurait être accordé à un théoricien éludant ce constat, laissant ses implications sans réponse, ses causes non identifiées, ses leçons non retenues.

 

Maintenant, considérez le sort de l’Angleterre, « l’expérimentation pacifique du socialisme », l’exemple d’un pays qui s’est suicidé par le vote : il n’y pas eu de violence, pas de bains de sang, pas de terreur, simplement le processus d’étranglement des libertés par un Etat omniprésent imposé « démocratiquement »- mais, observez l’Angleterre se lamenter de la « fuite des cerveaux », du fait que les meilleurs hommes, les plus compétents, particulièrement les scientifiques et les ingénieurs, désertent l’Angleterre pour retrouver ne serait-ce qu’un reste de liberté sur n’importe quel point de la planète.

 

Souvenez-vous que le mur de Berlin a été érigé pour assécher une même « fuite de cerveaux » de l’Est vers l’Ouest ; souvenez-vous qu’après 45 ans d’économie totalement centralisée, la Russie soviétique, qui possède parmi les meilleurs terres agricoles au monde, est incapable de nourrir sa population et doit importer du blé de la semi-capitaliste Amérique ; lisez east minus West= zero de Werner Keller, pour une vision graphique (et irréfutable) de l’impotence de l’économie soviétique- et ensuite jugez à cette lumière la question de la liberté opposée à l’étatisme.

 

Quelque soit l’objectif de celui qui compte s’en servir, la richesse doit d’abord être produite. En ce qui concerne l’économie, il n’y a aucune différence entre les mobiles de Colbert et ceux du président Johnson. Tout deux souhaitaient atteindre la prospérité pour tous. Que la richesse ainsi confisquée par l’impôt soit au bénéfice immérité de Louis XIV ou de celui des « personnes en grande difficulté » ne fait aucune différence en termes de productivité économique d’une nation. Qu’un individu soit enchaîné pour une « noble cause » ou une ignoble, au bénéfice du pauvre ou du riche, pour le bien d’un « dans le besoin » ou de l’avidité d’un autre- quand il est enchaîné, il ne peut être productif.

Il n’y a pas de différence dans le destin final de toutes économies liberticides, quelles que soient les justifications du liberticide.

 

Considérez quelques unes de ces justifications :

 

La création d’une « demande des consommateurs » ? Il serait intéressant de comptabiliser le nombre de maîtresses de maison munies de tickets de rationnement nécessaire pour atteindre le niveau de « demande consommateur » de madame de Maintenon et de son large entourage.

 

Une distribution « juste » des richesses ? Les favoris et privilégiés de Louis XIV ne jouissaient pas d’un avantage plus injuste sur les autres que nos « bourgeois-bohème », variantes modernes de Billie Sol Estes ou Bobby Baker.

 

L’avancement de notre progrès « culturel » ou « spirituel » ? Il est assez improbable qu’un projet théâtral subventionné par l’Etat puisse jamais produire un œuvre de génie comparable à celle soutenue par la cour de Louis XIV dans son rôle de « patron des Arts » (Corneille, Racine, Molière, etc…). Mais nul ne pourra jamais comptabiliser les génies potentiels que ce type de système aura détruit parce qu’ils auront refusé d’apprendre l’art du léchage de bottes qu’exige tout patron politique des Arts. (Lisez Cyrano de Bergerac).

 

C’est un fait est que les mobiles n‘altèrent pas les faits. L’exigence incontournable de la productivité & de la prospérité d’une nation est la Liberté ; l’homme ne peut- et ne produira pas moralement- sous la contrainte et les contrôles.

 

Il n’y a rien de neuf ni de mystérieux dans les problèmes économiques d’aujourd’hui. Tout comme Colbert, le président Johnson fait appel à divers groupements économiques, cherchant conseil quant à ce qu’il peut faire pour eux. Et s’il ne souhaite pas laisser une trace identique à celle de Colbert dans l’Histoire, il serait bien avisé de prendre en compte le point de vue d’un Legendre des temps modernes, s’il en est un, qui pourrait lui donner le même conseil immortel en un seul mot : « dérégulez ! »

 

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 23:00

Le nouveau fascisme : le règne du “consensus”

Ayn Rand



img_455_fr.gifJe vais commencer par faire quelque chose de très impopulaire et qui ne cadre pas avec les modes intellectuelles du jour et qui va, par ce fait même, “à l’encontre du consensus” : je vais commencer par définir mes termes, de façon à ce que vous sachiez de quoi je suis en train de parler.

Permettez-moi de vous donner les définitions du dictionnaire pour trois termes de la politique : le socialisme, le fascisme et l’étatisme.

Socialisme : théorie ou système d’organisation sociale qui prône l’attribution de la propriété et de la maîtrise des moyens de production, le capital la terre, etc. à la communauté dans son ensemble*

Fascisme : système étatique où le pouvoir est fortement centralisé, ne permettant aucune opposition ni critique, qui contrôle toutes les affaires d’un pays (industrielles, commerciales, etc.)…

Etatisme : principe et politique pour une vaste concentration du pouvoir sur l’économie, la politique et autres entre les mains de l’Etat aux dépens de la liberté personnelle .

Il est évident que l’étatisme est le terme le plus large, le terme générique dont les deux autres sont des variantes spécifiques. Il est aussi évident que l’étatisme est la tendance politique dominante de notre époque. Mais laquelle de ces deux variantes représente la direction spécifique de cette tendance-là ?

Observez que le fascisme et le socialisme mettent en cause l’un et l’autre la question des droits de propriété. Le droit de propriété est le droit d’utiliser et d’aliéner . Observez la différence entre ces deux théories : le socialisme nie entièrement les droits de propriété, et prône l’attribution “de la propriété et de la maîtrise” à “la communauté dans son ensemble”* c’est-à-dire à l’Etat ; le fascisme laisse la propriété aux mains des particuliers, mais en transfère le contrôle aux hommes de l’Etat. La possession sans la maîtrise est une contradiction dans les termes : cela veut dire “propriété” sans le droit de s’en servir ni de s’en défaire. Cela veut dire que les citoyens conservent la responsabilité de détenir cette propriété, sans aucun de ses avantages, alors que les hommes de l’Etat acquièrent tous les avantages sans rien de la responsabilité.

A cet égard, le socialisme est la plus honnête des deux théories. Je dis “plus honnête” et non “meilleure” parce que, dans la pratique, il n’y a aucune différence entre eux : les deux sont issues du même principe collectiviste-étatiste, les deux nient les Droits personnels et subordonnent l’individuel au collectif, les deux livrent les moyens d’existence et la vie même du citoyen à un Etat omnipotent — et les différences entre eux ne sont qu’une question de temps, de degré, et de détail superficiel, comme le choix des slogans au moyen desquels les maîtres font illusions à leurs sujets réduits en esclavage.

Vers laquelle de ces deux variantes nous dirigeons-nous maintenant : le socialisme ou le fascisme ?

Pour répondre cette question il nous faut d’abord demander : quel est la tendance idéologique dominante de la culture actuelle ?

La réponse, terrible et détestable est qu’il n’y a pas de tendance idéologique aujourd’hui. Il n’y a pas d’idéologie. Il n’y a pas de principes politiques, pas de théories, pas d’idéaux ni de philosophe. Il n’existe aucune direction, aucun but, aucune boussole, aucune vision de l’avenir, aucun élément de direction intellectuelle. Y a-t-il des facteurs émotifs qui dominent la culture contemporaine ? Oui, un. La peur.

Un pays sans philosophie politique est comme un navire qui dérive au hasard au milieu de l’océan, à la merci de n’importe quel vent, vague ou courant de rencontre, un navire dont les passagers se blottissent dans leurs cabines et crient : “ne faites pas tanguer le bateau” — de peur de découvrir que la passerelle du capitaine est vide.

Il est évident qu’un bateau qui ne supporte pas de tanguer est déjà condamné et qu’il vaudrait mieux le faire bouger sérieusement si on doit le remettre en course — mais comprendre cela présuppose une appréhension des faits, de la réalité, des principes, ainsi qu’une vision à long terme, toutes choses précisément que les “anti-tangage” s’efforcent frénétiquement de ne pas considérer.

Exactement comme un névrosé s’imagine que les faits de la réalité vont s’évanouir s’il refuse de les reconnaître, la névrose d’une culture entière conduit les gens à croire que le besoin désespéré de principes et de concepts politiques qui est le leur va s’évanouir s’ils parviennent à oblitérer tout principe et tout concept. Mais comme, en réalité, aucun individu et aucune nation ne peuvent exister sans une forme ou une autre d’idéologie, cette sorte d’anti-idéologie est désormais l’idéologie formelle, explicite et dominante de notre culture faillie.

Cette anti-idéologie a un nouveau nom et il est fort laid : on l’appelle gouverner par le consensus.

Si quelque démagogue venait à nous présenter, en guise de credo directeur, les postulats suivants : que les statistiques doivent remplacer la vérité, le décompte des voix remplacer les principes, les chiffres remplacer les Droits, et les sondages d’opinion la morale — que l’opportunité pragmatique à court terme doit être le critère de l’intérêt d’un pays, et que le nombre de ceux qui y croient sera le critère de la véracité ou de la fausseté d’une idée, que tout désir, quelle que soit sa nature doit être reconnu comme une créance acceptable, pourvu qu’il soit exprimé par un nombre suffisant de gens — qu’une majorité a le droit de faire ce qui lui plaît à la minorité — si un démagogue venait proposer cela, il n’irait pas très loin. Or, tout cela est contenu dans la notion de gouvernement par le consensus — qui en même temps le camoufle.

Cette idée-là, on cherche aujourd’hui à nous la vendre, non pas comme idéologie, mais comme anti-idéologie ; non pas comme principe, mais comme moyen d’oblitérer les principes ; non pas comme de la raison, mais comme de la rationalisation, comme un rituel verbal ou une formule magique pour calmer la névrose d’angoisse nationale — sorte de remontant ou de barbiturique pour les “anti-tangage”, et une occasion pour les autres de jouer à tous les coups sont permis*.

C’est uniquement le mépris léthargique de notre peuple pour les déclarations de nos dirigeants politiques et intellectuels qui rend les gens aveugles à la signification, aux implications, et aux conséquences de la notion de gouvernement par le consensus. Vous l’avez tous entendus et, je le soupçonne, vous l’avez écarté comme autant de paroles verbales politiciennes, sans accorder une pensée à sa signification véritable. mais c’est justement cela que je vous conjure d’examiner.

Un indice révélateur de sa signification est fournie par un article de Tom WICKER dans le New York Times (du 11 octobre 1964). Se référant à “ce que Nelson ROCKEFELLER appelait le courant dominant de notre pensée politique”, M. WICKER écrit :

“Ce courant dominant est ce que les théoriciens de la politique projettent depuis des années comme ‘le consensus national’ — ce que Walter LIPPMANN a justement appelé ‘le centre vital.’

“… la modération en politique, presque par définition, est le cœur du consensus. C’est-à-dire que le consensus s’étend généralement sur l’ensemble des opinions politiques acceptables — toutes les idées qui ne répugnent pas totalement à un segment important de la population ou ne la menacent pas directement. Par conséquent, les idées acceptables doivent prendre en compte les opinions des autres et c’est cela que l’on entend par modération”

Maintenant nous allons identifier ce que cela veut dire. “Le consensus s’étend généralement sur l’ensemble des opinions politiques acceptables…” acceptables — pour qui ? Pour le consensus. Et comme l’Etat doit être gouverné par le consensus, cela veut dire que les opinions politiques doivent être divisées entre celles qui sont “acceptables” et celles qui sont “inacceptables” pour le gouvernement. Quel serait le critère de l’“acceptabilité” ? M. WICKER le fournit. Observez que le critère n’est pas intellectuel, pas une question de savoir si certaines opinions sont vraies ou fausses : le critère n’est pas moral, il ne s’agit pas de savoir si elles sont bonnes ou mauvaises ; le critère est émotif : si ces opinions répugnent ou non. A qui ? A quelque “segment important de la population”. Il y a aussi la clause supplémentaire que ces opinions-là ne doivent pas “directement menacer” ce segment important.

Et les segments plus petits alors ? Les opinions qui les menacent sont-elles acceptables ? Quid du plus petit segment de tous, l’individu ? A l’évidence, ni les personnes ni les groupes minoritaires ne sont à considérer ; peu importe à quel point une idée répugne à un individu et la gravité de la menace qu’elle représente pour sa vie, son travail, son avenir ; il faut faire comme s’il n’existait pas et le sacrifier à l’omnipotent consensus et à son gouvernement — à moins qu’il n’ait une bande à lui, une bande assez grosse, pour le soutenir.

Qu’est-ce exactement qu’une “menace directe” pour une partie de la population ? Dans une économie mixte, tout acte des hommes de l’Etat est une menace directe pour certains et une menace indirecte pour tous. Toute ingérence des hommes de l’Etat dans l’économie consiste à distribuer un avantage non gagné, extorqué par la force, à certaines personnes aux dépens des autres. Par quel critère de justice doit se déterminer un gouvernement de consensus ? Par la taille de la bande dont la victime fait partie.

Maintenant, notez la dernière phrase de M. WICKER : “Par conséquent, les idées acceptables doivent prendre en compte l’opinion des autres et c’est cela que l’on entend par modération”. Et qu’est-ce donc au juste qu’on entend là par “l’opinion des autres” ? De quels autres ? Comme ce ne sont pas celles des individus ni des groupes minoritaires, la seule signification discernable est que tout “segment important” doit prendre en compte l’opinion de tous les autres “segments importants”. Mais supposons qu’un groupe de socialistes veuille nationaliser l’ensemble des usines, et qu’un groupe d’industriels souhaite conserver sa propriété ? Qu’est-ce que cela voudrait dire, pour l’un quelconque de ces groupes, de “prendre en compte” les opinions d’autrui ? Qu’est-ce qui constituerait de la “modération” dans un conflit entre des hommes qui veulent être entretenus aux dépens du public et un groupe de contribuables qui a mieux à faire de son argent ?

Qu’est-ce qui constituerait de la “modération” dans un conflit entre le membre d’un groupe plus petit, comme un Nègre du Sud, qui pense qu’il a le droit inaliénable d’être jugé impartialement, et le groupe plus important de racistes du Sud qui pensent que l’“intérêt général” de leur communauté leur permet de le lyncher ?* Et en quoi consisterait la “modération” dans un conflit entre moi-même et un communiste (ou entre nos partisans respectifs), alors que je pense que j’ai un droit inaliénable sur ma vie, ma liberté et mon bonheur — tandis que ses conceptions à lui sont que l’intérêt général” de l’Etat l’autorise à me voler, à me réduire en esclavage et à m’assassiner ?

Il ne peut pas exister de point de rencontre de moyen terme, de compromis entre des principes opposés. Il ne peut pas exister de “modération” dans le domaine de la raison et de la morale. Mais la raison et la morale sont précisément les deux concepts abrogés par la notion de gouvernement par le consensus.

Les partisans de cette notion déclareraient à cet endroit que toute idée qui ne permet pas de compromis constitue de l’“extrémisme” — et que toute forme d’“extrémisme”, toute position sans compromis, est mauvaise — que le consensus ne s’“étend” que sur les idées qui se prêtent à la “modération” — et que la “modération” est la vertu suprême, qui l’emporte sur la raison et sur la morale.

Voilà l’indice qui mène au coeur, à l’essence, au mobile, et au véritable sens de la doctrine du gouvernement par le consensus : le culte du compromis. Le compromis est la condition préalable, la nécessité, l’impératif d’une économie mixte. La doctrine du “consensus” est une tentative pour traduire en idéologie — ou en anti-idéologie — les réalités brutales de l’interventionnisme d’Etat, afin de leur fournir une apparence de justification.

Une économie mixte est une mixture de liberté et de coercition — dépourvu de principe, de règles ou de théories pour délimiter l’une ou l’autre . Comme l’imposition des contraintes en entraîne d’autres qu’elle rend nécessaires, c’est une mixture instable, explosive qui doit nécessairement finir par l’abolition des ingérences ou par la dictature totalitaire. Une économie mixte n’a aucun principe pour définir ses politiques, ses objectifs, ses lois — aucun principe pour limiter le pouvoir de son gouvernement. Le seul principe d’une économie mixte — principe qui, par nécessité doit demeurer innomé et occulté — est qu’aucun intérêt personnel n’est à l’abri, que les intérêts de tous sont à l’encan de la surenchère publique, et que tous le coups sont permis pour ceux qui peuvent le faire impunément. Un tel système — ou, plus précisément, un tel anti-système — éparpille une nation en une multitude toujours croissante de camps ennemis, de groupes économiques luttant les uns contre les autres pour leur survie dans un mélange indéterminé de défense et d’agression, tel que l’exige la nature d’une jungle pareille. Alors que, politiquement, une économie mixte conserve l’apparence d’une société organisée avec un semblant de droit et d’ordre, économiquement elle est l’équivalent de la confusion qui a dominé la Chine pendant des siècles : un chaos de bande de pillards qui pille — et qui saigne— les éléments productifs de la nation.

Une économie mixte est le règne des groupes de pression. C’est une guerre civile institutionnelle et amorale entre lobbies et intérêts sectoriels, qui tous se battent pour s’emparer quelque temps de la machine législative, pour extorquer quelque privilège particulier aux dépens de quelqu’un d’autre au moyen d’une intervention de l’Etat — c’est-à-dire par la force. En l’absence de droits personnels, en l’absence de tout principe moral ou juridique, le seul espoir qu’a une économie mixte de préserver sa ressemblance précaire avec un ordre social, de tenir en laisse les groupes de sauvages désespérément rapaces que lui-même a créés et d’empêcher la spoliation légalisée de dégénérer en un pur et simple pillage de tous par tous en-dehors de la loi — est le compromis : compromis sur tout et dans tous les domaines, matériel, intellectuel et spirituel pour que personne ne franchisse la ligne en exigeant trop, faisant s’effondrer toute la structure pourrie. Si le jeu doit continuer, rien ne peut être autorisé à demeurer ferme, solide, absolu, incorruptible ; absolument tout (et tout le monde) doit être fluide, approximatif, flexible, indéterminé, approximatif.

Quel est le critère qui doit guider les actes de tout le monde ? L’opportunité de l’instant immédiat.

Le seul danger pour une économie mixte est toute valeur, vertu ou idée avec laquelle on ne fait pas de compromis. La seule menace est toute personne, tout groupe, tout mouvement qui ne cède pas sur ses principes. Le seul ennemi est l’intégrité.
Il n’est pas nécessaire de faire remarquer qui sera toujours gagnant et toujours perdant dans un jeu de ce type.

Il n’est pas plus difficile de voir de quelle espèce d’unité (ou de consensus) ce jeu-là a besoin : l’union dans l’accord tacite comme quoi tout est permis, tout est à vendre (ou “négociable”) et le reste est livré à la foire d’empoigne des pressions, du lobbying, des manipulations, des renvois d’ascenseur, de la “communication”, du donnant-donnant, de la fourberie, de la mendicité, de la corruption, de la trahison — et du hasard, le hasard aveugle d’une guerre où le trophée consiste à pouvoir employer la force armée de la loi contre des victimes légalement désarmées.

Observez que ce type-là de trophée établit un intérêt unique que tous les participants ont en commun : le désir d’avoir un Etat fort — un Etat dont le pouvoir ne soit pas limité, assez fort pour permettre aux gagnants de permettre aux gagnants et à ceux qui voudraient l’être d’emporter ce qu’ils voulaient prendre ; un Etat qui ne soit lié par aucune politique, contraint par aucune idéologie, un Etat qui accapare toujours plus de pouvoir, un pouvoir pour le pouvoir, ce qui veut dire : un pouvoir pour le compte, au service de toute bande “importante” qui pourrait s’en emparer momentanément pour forcer sa législation particulière dans le gosier du pays. Observez, par conséquent, que la doctrine du “compromis” et de la “modération” s’applique absolument à tout sauf à un sujet particulier : toute idée de réduire le pouvoir des hommes de l’Etat.

Observez les torrents de boue, d’insultes, et de haine hystérique déchaînés par les “modérés” contre tout partisan de la liberté, c’est-à-dire du capitalisme*. Notez que des gens se servent sérieusement, quand ce n’est pas avec arrogance, d’appellations comme “centrisme radical” ou “militantisme centriste”. Observez l’intensité étrange de la haine dans cette campagne de diffamation contre le Sénateur GOLDWATER. Elle avait des accents de panique : la panique des “modérés”, du “centre de gouvernement”, des partisans de la “voie moyenne” face à l’idée qu’un mouvement vraiment favorable au capitalisme puisse mettre un terme à leur petit jeu. Mouvement qui, soit dit en passant, n’existe pas encore, le sénateur GOLDWATER n’étant pas un partisan de la liberté naturelle et sa campagne dépourvue de sens, de philosophie, de structure intellectuelle n’ayant contribué qu’à consolider la position des avocats du consensus. Mais ce qui est significatif est la nature de leur panique : elle nous a donné un aperçu de leur “modération” tant vantée, de leur respect “démocratique” pour les choix de la population et de leur tolérance face au désaccord et à l’opposition.

Dans une lettre au New York Times du 23 juin 1964, un maître-assistant en science politique, craignant la nomination de GOLDWATER, écrivait ce qui suit :

“Le vrai danger réside dans la campagne de division que sa nomination provoquerait… le résultat d’une candidature GOLDWATER serait un électorat divisé et aigri. Pour être efficace, le gouvernement des Etats-Unis exige un haut degré de consensus et d’esprit bipartisan sur les questions fondamentales.”

Quand et par qui l’Etatisme a-t-il été accepté comme le principe fondamental des Etats-Unis — et comme un principe qui devrait désormais être tenu au-dessus de tout débat et de toute dissension, de sorte que les questions fondamentales ne soient plus jamais posées ? N’est-ce pas là la formule d’un gouvernement de parti unique ? Le digne professeur ne précise pas .

Un autre épistolier du New York Times (24 juin 1964), identifié par le journal comme “démocrate-social”, est allé un peu plus loin.

“Qu’en novembre le peuple américain choisisse. S’il fait un large choix en faveur de Lyndon JOHNSON et des Démocrates, alors une fois pour toutes l’Etat fédéral pourra aller de l’avant, sans avoir à trouver des prétextes, dans le travail que des millions de Nègres, de chômeurs, de malades et autres handicapés s’attendent à le voir faire — pour ne rien dire de nos engagements à l’étranger.

“Si le peuple choisit GOLDWATER, alors il semblera que le pays ne valait pas la peine qu’on le sauve après tout.

“Woodrow WILSON a dit un jour qu’on peut avoir trop d’orgueil pour se battre ; puis il nous a fallu entrer en guerre. Une fois pour toutes réglons cette question, tant qu’on peut encore se battre à coups de bulletins de vote et non avec des balles”.

Ce Monsieur veut-il dire que si nous ne votons pas comme il veut, il va se servir de balles ? Je n’en sais pas plus que vous.

Le New York Times, qui était un promoteur voyant du gouvernement par le consensus, a dit des choses curieuses dans son commentaire sur la victoire du Président JOHNSON. Son éditorial du 8 novembre 1964 affirmait :

“Peu importe l’ampleur massive — bien connue— de sa victoire électorale, le gouvernement ne peut pas se contenter de surfer sur la vague populaire qui roule sur un océan de platitudes, de généralités et de promesses euphoriques…

“maintenant qu’il dispose d’un vaste mandat populaire, il a l’obligation morale aussi bien que politique de ne pas faire plaisir à tout le monde mais de se résoudre à un programme d’action qui soit fort , concret et déterminé.”

Quel type d’action déterminée ? Si on n’a présenté à l’électeur que des “platitudes, des généralités et des promesses euphoriques”, comment peut-on interpréter ce vote comme un

“vaste mandat populaire ?” Un mandat pour faire ce que personne n’a nommé ? Un chèque en blanc politique ? Et si M. JOHNSON a bel et bien remporté une victoire massive en cherchant “à faire plaisir à tout le monde”, alors qu’est-ce donc qu’on espère de lui, quel sont les électeurs qu’il devra décevoir ou trahir, — et que devient le vaste consensus populaire ?

Moralement et philosophiquement, cet éditorial est éminemment suspect et contradictoire. mais il devient clair et cohérent dans le contexte de l’anti-idéologie de l’interventionnisme d’Etat. Dans une économie mixte, on n’attend pas du Président qu’il ait un programme ou une politique particulière. Un chèque en blanc sur le pouvoir est tout ce qu’il demande aux électeurs. Par la suite, la parole est au jeu des groupes de pression, jeu que tout le monde est censé comprendre et approuver, mais sans jamais le mentionner. A qui il fera plaisir et sur quels points, cela dépend des hasards du jeu — ainsi que des “segments importants de la population”. Son travail est seulement de s’accrocher au pouvoir — et de dispenser les faveurs.

Dans les années 1930, les liberals [les démocrates-sociaux] avaient un vaste programme de réformes sociales et un esprit de croisade. Ils prônaient une société planifiée*. Ils proposaient des théories essentiellement socialistes… et la plupart d’entre eux se récriaient face à l’accusation de prétendre accroître le pouvoir des hommes de l’Etat ; la plupart d’entre eux assuraient à leurs adversaires que le pouvoir d’Etat n’était qu’un moyen temporaire pour réaliser un but — un noble but”, libérer l’homme de sa sujétion aux besoins matériels.

Aujourd’hui, dans le camp démocrate-social, plus personne ne parle de société planifiée ; les programmes à long terme, les théories, les principes, les abstractions, et les “nobles objectifs” ne sont plus à la mode. Les démocrates-sociaux modernes se moquent de quiconque se soucie de questions aussi vastes qu’une société ou une économie. Ils se préoccupent de projets et d’exigences singulières, à court terme, au ras des pâquerettes, sans s’occuper du coût, du contexte ni des conséquences. Le “pragmatisme”, pas l’“idéalisme” est leur adjectif favori quand on leur demande de justifier leur “position”, comme on dit, et non plus leur “opinion”. Ils affichent une hostilité militante à la philosophie politique ; ils rejettent ses concepts comme autant d’“étiquettes”, de “marques”, de “mythes”, d’“illusions” et s’interdisent toute vélléité d’“étiqueter” — c’est-à-dire d’identifier — leurs propres conceptions. Ils font la guerre à tout système et — avec leur manteau passé d’intellectuels toujours accroché sur leurs épaules — ils sont contre la pensée. Le seul vestige de leur ancien “idéalisme” est la manière cynique, rituelle, dont ils citent des slogans “humanitaires” d’un air fatigué, lorsque l’occasion l’exige.

Le cynisme, l’incertitude et la peur sont les marques distinctives d’une culture qu’ils continuent de dominer par défaut. Et la seule chose qui n’ait pas rouillé dans leur équipement idéologique, mais s’est développé sauvagement et avec toujours plus d’éclat au cours des années, est leur désir du pouvoir — pour un pouvoir d’Etat autocratique, étatiste et totalitaire. Ce n’est pas la clarté d’une croisade, ce n’est pas la fièvre d’un fanatique qui a une mission à remplir — c’est davantage comme la lueur vitreuse dans les yeux d’un somnambule, avec un désespoir stupide qui a depuis longtemps avalé le souvenir de son projet, mais qui s’accroche encore à son arme cabalistique, dans la conviction obstinée qu’“il faut faire une loi”, que tout va s’arranger si seulement quelqu’un veut bien faire passer une loi, que tous les problèmes peuvent être résolus par le pouvoir magique de la force brutale.

Tels sont l’Etat présent de la pensée et la tendance visible de notre culture.
Maintenant, je vous demande d’examiner la question que j’avais posée au début de cette discussion : vers laquelle de ces deux variantes de l’Etatisme nous dirigeons-nous : le socialisme ou le fascisme ?

Permettez-moi de vous soumettre, à titre de réponse partielle, cet élément de preuve qu’est la citation d’un éditorial qui est paru dans le Washington Star d’octobre 1964. C’est un mélange éloquent de vérité et de fausse information, et un exemple typique de l’Etat actuel de la connaissance politique :

“Le socialisme est tout simplement la propriété étatique des moyens de production. Cela, aucun candidat à la Présidence d’un grand parti ne l’a jamais proposé, et ce n’est pas ce que Lyndon JOHNSON propose aujourd’hui. (Exact.)

“Il existe cependant aux Etats-Unis tout un ensemble de lois qui soit accroissent la réglementation étatique des affaires privées soit la responsabilité de l’Etat pour le bien-être individuel. (Exact.) C’est à cette législation que les cris d’alarme contre le “socialisme” font allusion.

“A côté des clauses constitutionnelles prévoyant la réglementation fédérale du commerce inter-états*, ce type d’“intrusion” sur le marché commence avec les lois antitrust. (Très vrai.) C’est à elles que nous devons l’existence maintenue du capitalisme concurrentiel et le fait que le capitalisme de cartels n’est pas advenu. (Faux.) Dans la mesure où le socialisme est d’une manière ou d’une autre le produit du capitalisme de cartels (faux), on peut dire raisonnablement que cette ingérence-là de l’Etat dans les affaires a en fait empêché le socialisme. (Pire que faux.)

“Quant à la législation sociale, elle est encore à des années-lumière de la sécurité ‘de la naissance à la mort’ prônée par le socialisme contemporain. (Pas tout à fait exact.) Cela ressemble beaucoup plus à un souci humain ordinaire pour la détresse des hommes qu’à un programme idéologique quel qu’il soit.” (La deuxième partie de cette phrase est exacte : il ne s’agit pas d’un programme idéologique. En ce qui concerne la première, un souci humain ordinaire pour la détresse des hommes ne se manifeste pas ordinairement sous la forme d’un fusil dirigé contre le portefeuille et le revenu de votre voisin.)

L’éditorial ne mentionnait pas, bien sûr, qu’un système dans lequel les hommes de l’Etat ne nationalisent pas les moyens de production mais acquièrent une maîtrise totale de l’économie s’appelle le fascisme.

C’est vrai que les démocrates-sociaux ne sont pas des socialistes*, qu’ils n’ont jamais prôné ni entrepris la socialisation de la propriété privée, qu’ils voudraient “préserver” la propriété privée — les hommes de l’Etat étant maîtres de son usage et de sa transmission. Mais cela, c’est justement la caractéristique fondamentale du fascisme.

Voici encore une pièce au dossier. celle-ci est moins grossièrement naïve que la première et beaucoup plus insidieusement erronée. Ceci est extrait d’une lettre au New York Times (1er novembre 1964), écrite par un maître assistant en économie :

“A presque tous les points de vue, les Etats-Unis sont probablement plus adeptes de la libre entreprise que n’importe quel autre pays industriel, et ils ne ressemblent même pas de loin à un système socialiste. A la manière dont on entend le terme chez ceux qui étudient les systèmes économique comparés et chez d’autres qui ne l’emploient pas à la légère, le socialisme s’identifie avec des nationalisations étendues, un secteur public dominant, un fort mouvement coopératif, une redistribution égalitariste des revenus, un Etat-providence absolu et la planification centrale.

“Aux Etats-Unis, non seulement il n’y a pas eu de nationalisation, mais des projets d’Etat ont été remis à l’entreprise privée…

“La distribution des revenus dans ce pays est l’une des plus inégales des pays développés, les baisses d’impôts et les refuges fiscaux ont émoussé la progressivité modérée de notre structure fiscale. Trente ans après le New Deal, les Etats-Unis ont un Etat-providence très limité, si on le compare à la Sécurité sociale universelle et aux logements sociaux de nombreux pays européens.

“Cela défie l’imagination de présenter l’enjeu véritable de cette campagne comme un choix entre le capitalisme et le socialisme. Ou entre une économie libre ou une économie planifiée. La question concerne deux concepts différents du rôle de l’Etat dans le cadre d’un système d’entreprise essentiellement privée*.”

Dans un système de libre entreprise, le rôle des hommes de l’Etat est celui d’un policier qui protège les droits personnels de l’homme (y compris ses Droits de propriété) en protégeant les gens contre l’emploi de la force physique ; dans une économie libre, les hommes de l’Etat ne contrôlent rien, ne réglementent rien, ne contraignent rien, ne se mêlent en rien des activités productives des gens.

Je ne connais pas les options politiques de l’auteur de cette lettre ; il se peut qu’il soit un liberal [un démocrate-social], ou un soi-disant défenseur du capitalisme. Mais s’il l’est, alors il me faut faire remarquer que des opinions telles que les siennes — et que partagent nombre d’“hommes de droite” — font plus de mal au capitalisme et le discréditent davantage que celles de ses ennemis déclarés.

Ces “conservateurs” considèrent le capitalisme comme un système compatible avec des interventions de l’Etat, ce qui les conduit à faciliter la propagation des plus dangereuses erreurs conceptuelles. Alors que le capitalisme pur, le capitalisme de laissez-faire n’a jamais existé nulle part, alors qu’on avait laissé certaines interventions (inutiles) des hommes de l’Etat diluer et saper le système américain originel — bien plus par erreur que par intention théoriquement motivée, ces interventions-là étaient des entraves mineures, et les “économies mixtes” du dix-neuvième siècle étaient essentiellement libres, et c’est cette liberté jamais vue qui a amené un progrès sans précédent pour l’humanité.

Les principes, la théorie, et la pratique effective du capitalisme reposent sur un marché libre c’est-à-dire non réglementé, comme l’histoire des deux derniers siècles l’a amplement démontré. Aucun défenseur du capitalisme ne peut se permettre de méconnaître le sens exact des termes de “laissez-faire” et d’“économie mixte”, qui indiquent clairement les deux éléments opposés qui sont en cause dans cette mixture : l’élément de liberté économique, qui est le capitalisme, et celui de l’intervention des hommes de l’Etat, qui est l’étatisme.

Une campagne insistante se poursuit depuis des années pour nous faire accepter l’idée suivant laquelle tous les Etats seraient les instruments des intérêts économiques de classe, le capitalisme n’étant pas une économie libre, mais un système d’ingérences étatiques au service de quelque classe privilégiée*. Le but de cette campagne est de falsifier l’économie politique et de réécrire l’histoire pour oblitérer l’existence et la possibilité d’un pays libre et d’une économie sans intervention de l’Etat. Comme un système de propriété privée nominale gouverné par les interventions de l’Etat n’est pas du capitalisme mais du fascisme, le seul choix que cette oblitération nous laisserait est le choix entre le fascisme et le socialisme (ou le communisme) — ce que tous les étatistes du monde, de toutes les variétés, degrés et dénominations se battent frénétiquement pour nous faire avaler. (Détruire la liberté est leur objectif commun, après quoi ils comptent se battre entre eux pour le pouvoir.)

C’est ainsi que les conceptions de ce professeur et de bien des “hommes de droite” accréditent et renforcent la propagande vicieuse des gauchistes qui identifient le capitalisme avec le fascisme. Mais il y a une forme amère de justice dans la logique des événements. Cette propagande a un effet qui peut bien être avantageux aux communistes, mais qui est à l’opposé de celui recherché par les soi-disant liberals, les démocrates-sociaux, les socialistes qui partagent la culpabilité de l’avoir propagé : loin de diffamer le capitalisme, c’est le fascisme qu’elle a réussi à dédouaner en le camouflant.

Dans ce pays, il y a peu de gens qui se soucient de prôner, de défendre voire de comprendre le capitalisme ; mais il y en a moins encore qui souhaitent se priver de ses avantages. Alors, si on leur dit que le capitalisme est compatible avec l’intervention de l’Etat, avec les interventions particulières qui vont faire le jeu de leurs intérêts particuliers à eux — qu’il s’agisse de cadeaux de l’Etat, de salaires minimum, de soutiens des prix, de subventions, de lois antitrust ou de la censure des films cochons — ils accepteront ces mesures-là, avec la conviction rassurante qu’il n’en résultera rien d’autre qu’un capitalisme “modifié”. Et c’est ainsi que par ignorance, refus de penser, lâcheté morale, et déficience intellectuelle, un pays qui abhorre réellement le fascisme est en train, par d’imperceptibles degrés, se glisser non pas vers le socialisme réel ni vers quelque idéal de sensiblerie altruiste, mais vers une forme ouverte, brutale, prédatrice, avide de pouvoir, de fascisme pratique.

Non, nous n’avons pas atteint ce stade-là. Mais nous ne sommes certainement plus “pour l’essentiel un système de libre entreprise”. Aujourd’hui, nous avons un système en désintégration, malsain, en équilibre précaire d’économie mixte — une mixture aléatoire, bâtarde de combines socialistes, d’influences communistes, d’interventionnisme fascisant, dont un capitalisme croupion et sur la défensive continue d’entretenir plein pot — tout l’ensemble, qui roule en direction de l’Etat fasciste.

Regardez notre gouvernement actuel : je pense qu’on ne m’accusera pas d’injustice si je dis que le Président JOHNSON n’est pas un penseur porté à la philosophie. Et non, ce n’est pas un fasciste, ni un socialiste et encore moins un partisan du capitalisme. Idéologiquement, il n’est rien du tout en particulier. A en juger par ses exploits passés et par le consensus de ses propres partisans, le concept d’‘idéologie’ n’est pas applicable en ce qui le concerne. C’est un politicien — phénomène très dangereux, mais parfaitement adapté à notre situation présente. C’est presque un personnage de fiction, l’archétype du parfait dirigeant pour économie mixte : un bonhomme qui aime le pouvoir pour le pouvoir, expert à manipuler les groupes de pression, à les jouer tous les uns contre les autres, qui adore ce processus où l’on dispense les sourires, les froncements de sourcils, et les faveurs, surtout les faveurs inattendues, et dont la vision du monde ne s’étend pas au-delà de la prochaine élection.

Ni le Président JOHNSON ni aucun des groupes aujourd’hui dominants n’irait recommander la socialisation de l’économie. Comme ses prédécesseurs modernes à son poste, M. JOHNSON sait que les industriels sont les vaches à lait de l’interventionnisme, et il ne veut pas du tout les détruire ; il les veut au contraire prospères pour qu’ils nourrissent ses projets redistributifs (dont il a besoin pour son élection prochaine) tandis qu’eux-mêmes, les hommes d’affaires, lui mangent dans la main comme ils semblent si désireux de le faire. Le lobby des affaires est certain d’obtenir sa juste part d’influence et de reconnaissance — exactement comme le lobby des syndicalistes ou le lobby des agriculteurs ou le lobby de tout “segment important” — aux termes que lui-même choisira. Il sera particulièrement doué pour créer et pour promouvoir le type de capitaliste que j’ai décrit comme “l’aristocratie du piston”. Ce n’est pas un modèle socialiste ; c’est celui, typique, du fascisme.

Le sens politique, intellectuel et moral de la politique de M. JOHNSON vis-à-vis des capitalistes a été résumée de manière éloquente dans un article du New York Times du 4 janvier 1965 :

M. JOHNSON est un keynésien à 100 % dans ses avances constantes à la communauté des affaires. A la différence du Président ROOSEVELT, qui se complaisait à attaquer les capitalistes jusqu’à ce que la Seconde Guerre mondiale le contraigne à faire une trêve à contrecœur, et du Président KENNEDY, qui avait aussi encouru l’hostilité des hommes d’affaires, le Président JOHNSON a longtemps et durement œuvré pour amener les entrepreneurs à rejoindre ses rangs dans un consensus national pour ses programmes.

“Cette campagne pourra perturber beaucoup de keynésiens, mais c’est du pur KEYNES. En fait, Lord KEYNES, qui fut longtemps considéré come un personnage dangereux, machiavélien, par les dirigeants d’entreprise américains, avait fait des propositions précises pour améliorer les relations entre le Président et la communauté des affaires.

“Il avait exposé ses conceptions en 1938, dans une lettre au Président ROOSEVELT, qui se trouvait exposé à de nouvelles critiques de la part des hommes d’affaires à la suite de la récession qui s’était produite l’année précédente. Lord KEYNES, qui cherchait toujours à transformer le capitalisme dans le but de le sauver, reconnaissait l’importance de la confiance des hommes d’affaires et tenta de convaincre M. ROOSEVELT de réparer les dégâts causés.

“ Il avertissait le Président que les dirigeants d’entreprise n’étaient pas des hommes politiques et ne répondaient pas au même traitement. Il sont, écrivait-il, ‘beaucoup plus affables que les politiciens, à la fois attirés et terrifiés par l’éclat de la notoriété, faciles à persuader d’être ‘patriotes’, perplexes, obnubilés, en fait terrifiés mais par trop désireux de voir les choses du bon côté, vaniteux peut-être mais très peu sûrs d’eux-mêmes, pathétiquement sensibles à un mot gentil…’

“Il ne doutait pas que M. ROOSEVELT pût les apprivoiser et leur faire faire ce qu’il voulait, à condition de suivre quelques règles simples à la KEYNES.

“‘Vous pourriez en faire ce que vous voulez’, continuait la lettre, ‘si vous vouliez les traiter (même les plus gros) non comme des loups ou des tigres, mais comme des animaux domestiques par nature, même s’ils ont été mal élevés et si on ne les a pas dressés comme vous voudriez’

“Le Président ROOSEVELT n’avait pas tenu compte de cet avis. Ni, apparemment, le Président KENNEDY. Mais le Président JOHNSON semble avoir compris le message… avec des mots gentils et des caresses fréquentes sur la tête, il a amené la communauté des hommes d’affaires à lui manger dans la main.

“M. JOHNSON semble être tombé d’accord avec Lord KEYNES pour qui il n’y avait pas grand-chose à gagner à s’engager dans une querelle avec les capitalistes. Suivant ses propres termes, ‘si vous les poussez à cet état d’amertume, d’obstination et de terreur dont les animaux domestiques, mal dirigés, sont capables, le fardeau de la nation ne sera pas amené à bon port ; et l’opinion publique finira par se tourner de leur côté.”

Concevoir les dirigeants d’entreprises comme des “animaux domestiques” qui portent le “fardeau de la nation” et qu’il faut “dresser” pour qu’ils “obéissent” au Président n’est certainement pas une vision des choses compatible avec le capitalisme. Elle n’est pas applicable au socialisme réel, puisqu’il n’y a pas de capitalistes dans une république socialiste. C’est une conception qui exprime l’essence du fascisme économique, de la relation entre les entreprises et les hommes de l’Etat quant cet Etat est fasciste.

Peu importe le camouflage verbal, c’est cela que veulent dire aujourd’hui toutes les variantes du capitalisme “transformé” (ou “modifié”, ou “modernisé” ou encore “humanisé”). Dans chacune de ces doctrines, “humaniser” consiste à transformer en bêtes de somme certains membres de la société — ceux qui sont les plus productifs.

La formule grâce à laquelle on entend circonvenir, puis mater les animaux du sacrifice, on l’entend répéter aujourd’hui avec une insistance et une fréquence croissantes : les capitalistes, dit-on, doivent considérer les hommes de l’Etat non comme des ennemis, mais comme des “associés”. L’idée d’une “association” entre un groupe privé et des personnages publics, entre l’entreprise et l’administration, entre l’activité productive et l’emploi de la force, est une corruption sémantique (un “anti-concept” typique d’une idéologie fasciste — d’une idéologie qui considère la violence comme l’élément fondamental et l’arbitre de dernier ressort de toutes les relations humaines.

“Cette prétendue ‘association’ est un indécent euphémisme pour ‘ordres donnés par les hommes de l’Etat’. Il ne peut exister aucune ‘association’ entre des bureaucrates qui ont les armes et des citoyens privés sans défense qui n’ont d’autre choix que d’obéir. Quelles seraient vos chances face à un ‘associé’ dont les énoncés arbitraires auront force de loi, qui pourra vous accorder une audience (si votre groupe de pression est suffisamment grand), mais qui fera le jeu de ses favoris et trahira vos intérêts, qui aura toujours le dernier mot, ayant légalement le ‘droit’ de vous l’imposer au bout du fusil, parce que votre propriété, votre avenir, votre vie, il les tient en son pouvoir ? Est-ce cela que l’on entend par ‘association’ ? ”

Mais il y a des gens qui trouvent cette perspective-là séduisante ; il s’en trouve parmi les hommes d’affaires comme dans n’importe quel groupe ou profession : les hommes qui craignent la concurrence du marché libre et qui accueilleraient volontiers un ’associé’ qui aurat des armes pour extorquer en leur faveur des avantages particuliers contre leurs concurrents plus capables ; des hommes qui désirent s’élever, non par mérite mais par protection, et qui sont prêts à vivre non par le droit mais par la faveur arbitraire. Parmi les entrepreneurs, c’est ce type de mentalité qui fut responsable du vote des lois antitrust, et qui les soutient encore aujourd’hui.

Un nombre substantiel de chefs d’entreprise Républicains sont passés du côté de M. JOHNSON à l’occasion de cette élection. Voici quelques intéressantes observations sur le sujet, à partir d’une enquête du New York Times (16 septembre 1964) :

“Des entretiens menés dans cinq villes du nord-est industriel révèlent des différences frappantes dans les opinions politiques entre les dirigeants des grandes sociétés et ceux qui s’occupent d’entreprises plus petites… les dirigeants d’entreprise qui s’apprêtent à voter pour un candidat Démocrate pour la première fois de leur vie sont presque tous affiliés à de grandes entreprises. Il y a plus de soutien pour le Président JOHNSON parmi les cadres d’entreprise qui ont entre 40 et 50 ans que parmi ceux qui sont plus âgés ou plus jeunes.

Nombre de chefs d’entreprise affirme qu’ils trouvent relativement peu de gens qui passent du côté de JOHNSON chez les cadres plus jeunes.… Les entretiens avec les trentenaires le confirment… les jeunes cadres parlent eux-mêmes fièrement de leur génération comme celle qui a interrompu et inversé la tendance à ce qu’il y ait plus de socialisme chez les plus jeunes… c’est sur la question des déficits publics que le clivage apparaît le plus spectaculaire entre les chefs de petites et de grandes entreprises. Les dirigeants des grandes sociétés ont une bien plus grande tendance à accepter l’idée que les déficits budgétaires sont quelquefois nécessaires voire désirables. Le chef de PME typique, en revanche, réserve un mépris tout particulier à cette manière de dépenser…”

Voilà qui nous donne une idée de qui sont ceux qui ont intérêt à une économie interventionniste — et de ce qu’une telle économie fait à ceux qui débutent ou qui sont jeunes*.

Un aspect essentiel de la mentalité socialisante est le désir d’oblitérer la différence entre ce qu’on a gagné et ce qu’on n’a pas gagné et, par conséquent, d’empêcher toute différenciation entre les Hank REARDEN et les Orren BOYLE**. Pour la mentalité d’un primitif, d’un socialiste, incapable d’abstraction, ne voyant pas plus loin que le bout de son nez, une mentalité qui hurle pour qu’on “redistribue la richesse” sans se soucier en rien de l’origine de celle-ci — l’ennemi est quiconque se trouve être riche, quelle que soit l’origine de ses possessions. Ces cervelles-là, ces soi-disant liberals grisonnants, vieillissants, qui avaient été les “idéalistes” des années 30, s’accrochent désespérément à l’illusion que nous nous dirigerions vers une espèce d’état socialiste hostile aux riches et favorable aux pauvres — tout en refusant frénétiquement de voir quel est le genre de riches qui se font détruire et lesquels sont ceux qui prospèrent dans le système qu’eux-mêmes, les soi-disant liberals, ont institué. De cette farce atroce, ce sont eux les dindons : ce dont leurs prétendus “idéaux” ont fait le lit, ce n’est pas le socialisme mais le fascisme. Le profiteur de tous leurs efforts n’est pas le “petit” personnage désespérément, stupidement vertueux de leur imagination aux pieds plats, de leurs fictions défraîchies : c’est le pire spécimen de ploutocrate prédateur, l’enrichi-par-la-force, le riche-par-privilège-politique, le type qui n’a aucune chance dans le véritable capitalisme, mais qui est toujours là pour ramasser la mise à chaque “expérience” socialiste “désintéressée”.

Ce sont les créateurs de la richesse, les Hank REARDEN, qui sont détruits par toute forme d’étatisme : socialiste, communiste, ou fasciste. Ce sont les parasites, les Orren BOYLE, qui sont l’“élite” privilégiée et les profiteurs de l’interventionnisme, particulièrement du fascisme. (Les profiteurs particuliers du socialisme sont les James TAGGART*, ceux du communisme les Floyd FERRIS**) La même chose est vraie de leurs équivalents moraux parmi les pauvres et à tous les échelons intermédiaires de la société.

La forme particulière d’organisation économique qui devient de plus en plus apparente dans ce pays, comme une excroissance du pouvoir des groupes de pression, est l’une des pires variantes de l’étatisme : le socialisme corporatiste. Le corporatisme forcé vole leur avenir aux talents les plus jeunes, emprisonnant les hommes dans des castes professionnelles soumises à des règles rigides. Il incarne impudemment les raisons d’agir fondamentales de la plupart des étatistes, quoi qu’ils préfèrent généralement ne pas les avouer : l’établissement et la protection des médiocres contre des concurrents plus capables, la mise aux fers des hommes supérieurs pour les forcer à rejoindre la moyenne médiocre de leur profession. Cette théorie n’est pas trop populaire parmi les socialistes (quoiqu’elle y ait ses partisans) mais l’exemple le plus fameux de sa pratique sur une grande échelle était l’Italie fasciste.

Dans les années 1930, un petit nombre de gens perspicaces avaient dit que le New Deal de ROOSEVELT était une forme de socialisme corporatiste, et qu’il était plus proche du système de MUSSOLINI que de n’importe quel autre. On n’en a pas tenu compte. Aujourd’hui, l’évidence ne peut tromper.

On a dit aussi que si le fascisme arrivait jamais aux Etats-Unis, il viendrait déguisé en socialisme. dans ce contexte, je vous recommande de lire ou de relire It Can’t Happen Here de Sinclair LEWIS avec un rappel particulier du personnage de Berzelius Windrip, le leader fasciste.

Maintenant permettez-moi de mentionner, pour y répondre, quelques-unes des objections standard par lesquelles les démocrates-sociaux d’aujourd’hui tentent de camoufler (pour le différencier du fascisme) la nature du système qu’ils défendent.

Le fascisme exige le parti unique. A quoi revient en pratique la notion de “gouvernement par le consensus” ?

Le but du fascisme est la conquête du monde. Quel est le but de ces champions des Nations-Unies avec leur pensée globaliste “au-dessus des partis” ?

Le fascisme prône le racisme. Pas nécessairement. L’Allemagne de HITLER le faisait ; pas l’Italie de MUSSOLINI*.

Le fascisme est contre la politique sociale. Apprenez de quoi vous parlez et retournez à vos livres d’histoire. Le père et le concepteur de l’Etat-providence, l’homme qui a mis en pratique l’idée d’acheter la loyauté de certains groupes avec de l’argent extorqué à d’autres, c’était BISMARCK — l’ancêtre politique de HITLER. Permettez-moi de vous rappeler que le titre complet du parti “Nazi” était : le Parti Ouvrier Allemand Socialiste National.

Permettez-moi aussi de vous rappeler quelques extraits du programme politique de ce parti, adopté à Munich le 24 février 1920 :

“Nous demandons que l’Etat assume avant tut l’obligation de fournir à tous les citoyens une possibilité suffisante de trouver un emploi et de gagner sa vie.

“Les activités de l’individu ne doivent pas pouvoir s’opposer aux intérêts de la communauté, mais s’accomplir dans leur cadre et en vue du bien de tous. Par conséquent, nous exigeons : … qu’il soit mis fin au pouvoir des intérêts financiers.

“Nous exigeons le partage des bénéfices de la grande entreprise.

“Nous exigeons un vaste développement des soins pour les personnes âgées.

“Nous exigeons… la plus large prise en compte de la petite entreprise dans les achats des administrations nationales, régionales et municipales.

“Pour permettre à tout [citoyen] capable et travailleur d’accéder à l’enseignement supérieur et d’atteindre de la sorte un poste de direction, l’Etat doit assurer une extension générale de tout notre système d’enseignement public… nous exigeons la formation aux frais de l’Etat des enfants doués dont les parents sont pauvres…

“L’Etat doit se charger d’améliorer la santé publique — en protégeant la mère et l’enfant, en interdisant le travail des enfants… par le plus grand soutien possible aux clubs attachés à l’éducation physique de la jeunesse.

“[Nous] combattons l’esprit matérialiste en nous-mêmes et en-dehors de nous, et sommes convaincus qu’une guérison permanente de notre peuple ne peut venir que de l’intérieur à partir du principe du Bien commun avant le bien individuel*

Il y a cependant une différence unique entre le type de fascisme vers lequel nous dérivons, et celui qui a ravagé les sociétés européennes : notre fascisme à nous n’est pas de type militant. Ce n’est pas un mouvement organisé de démagogues à la voix de fausset, de gangsters dégoulinants de sang, d’intellectuels de troisième ordre en proie à l’hystérie, et de délinquants juvéniles. Notre fascisme à nous est un fascisme fatigué, usé, cynique, un fascisme par défaut, non comme un désastre flamboyant mais comme l’effondrement silencieux d’un organisme léthargique lentement rongé par la corruption interne.

Etait-il fatal que cela arrive ? Non. Peut-on encore l’empêcher ? Oui.

Si vous doutiez du pouvoir qu’a la philosophie de fixer le cours et de façonner la destinée des sociétés humaines, observez que notre économie mixte est au sens littéral du terme le produit, fidèlement réalisé, du pragmatisme — et de la génération élevée sous son influence.

Le pragmatisme est la philosophie qui prétend qu’il n’y aurait pas de vérités permanentes, pas d’abstractions valides, pas de concepts solides, et qu’on pourrait tout essayer à vue de nez, que l’objectivité consisterait en un subjectivisme collectif, que tout ce que les gens souhaitent déclarer vrai le serait effectivement — à condition qu’un consensus l’ait approuvé.

Si vous voulez empêcher un désastre ultime, c’est cette manière-là de “penser” — Toutes ces propositions et chacune d’entre elles — que vous devez examiner, comprendre et rejeter. Alors vous aurez compris ce qui lie la philosophie à la politique et aux événements de votre vie quotidienne. Alors vous aurez compris qu’il n’y a pas de société qui soit meilleure que ses fondations philosophiques. Et alors — pour paraphraser John GALT* : vous serez prêt non pas à revenir au capitalisme, mais à le découvrir.

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 10:55

Le bien par la force


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Je ne considère pas les collectivistes comme des « idéalistes sincères mais abusés ». La suggestion de réduire en esclavage certains hommes pour le bien d’autres n’est pas un idéal ; la brutalité n’est pas « idéaliste », peu importe son but. Ne dites jamais que le désir de « faire le bien » par la force est un bon motif. Ni la soif de pouvoir ni la stupidité ne sont de bons motifs.

Ayn Rand (1905-1982) – philosophe et romancière américaine d’origine russe, propagandiste de l’objectivisme.



LA COLLECTIVISATION DES DROITS
 

Extrait de La vertu d’égoïsme d’Ayn Rand (traduction de Bertrand Lemennicier).

Le Droit est un principe moral qui définit le Bien et le Mal dans les rapports de la société politique. De la même manière que l'homme a besoin d'un code moral pour vivre (pour agir, pour choisir les bons objectifs et pour les réaliser), de même une société, soit un groupe de personnes, a besoin de principes pour organiser un système social en conformité avec la nature de l'homme et avec les nécessités du maintien de son existence.
De même qu'homme peut refuser de voir la réalité et agir sur le caprice aveugle d'un moment, mais n'aboutit à rien d'autre que sa propre destruction progressive, une société peut refuser de voir la réalité et instituer un système gouverné par les caprices aveugles de son chef, par la bande majoritaire qui se trouve être au pouvoir, par le démagogue du moment ou par un dictateur permanent ; mais une telle société ne peut rien obtenir d'autre que l'empire de la force brute et un état d'autodestruction progressive.

Le collectivisme est à la politique ce que le subjectivisme est à l'éthique. Comme l'idée que "tout ce que je fais est juste parce que c'est moi qui ai décidé de le faire" n'est pas un principe moral mais la négation de toute morale, la notion que "tout ce que décide la société est bien parce que c'est elle qui l'a voulu" n'est pas un principe moral, mais la négation des principes moraux et leur bannissement des problèmes de société.

Quand on oppose la force au Droit, le concept de "force" ne peut signifier qu'une chose : le pouvoir de la force brutale, la violence physique, lequel qui n'est pas en fait un "pouvoir", mais le plus désespéré des états d'impuissance. Il ne s'agit que du pouvoir de détruire, c'est le "pouvoir" d'animaux qui foncent devant eux parce que quelque chose les a rendus fous.

Et pourtant c'est cela qui est le but de la plupart des intellectuels aujourd'hui. A la base de toutes leurs inversions conceptuelles on en trouve une qui est plus fondamentale : le passage du concept des Droits individuels à celui de "droits collectifs", ce qui veut dire remplacer les "Droits de l'Homme" par "les droits de la bande".

Comme il n'y a qu'une personne singulière qui puisse avoir des Droits, l'expression "Droits individuels" est une redondance (dont il faut bien se servir pour être clair dans le chaos conceptuel d'aujourd'hui). Mais l'expression "droits collectifs" est une contradiction dans les termes.

Tout groupe, ou "collectif", n'est qu'un rassemblement de personnes. Un groupe ne peut avoir d'autres Droits que résultant des Droits des individus qui le composent. Dans une société libre, les "droits" d'un groupe, quel qu'il soit, dérivent des Droits de ses membres, par un accord volontaire, individuel et contractuel , et ne sont que l'application de ces Droits particuliers à une entreprise spécifique. Toute entreprise légitime assumée par un groupe est fondée sur le Droit de libre association et de libre échange de ses membres. Par "légitime", j'entends non-criminel et librement formé, c'est-à-dire un groupe dont personne n'est forcé de faire partie.

Par exemple, le Droit qu'a une société industrielle de faire des affaires est déduit du Droit qu'ont ses membres de se lancer dans une entreprise productive, de leur Droit d'engager des employés, du Droit qu'ont ces employés de vendre leurs services, du Droit qu'ont tous ceux qui sont impliqués de produire et de vendre leurs produits, et du Droit qu'ont les clients d'acheter ou de ne pas les acheter. Tous les maillons de cette chaîne complexe de relations contractuelles reposent sur des Droits individuels, sur des choix personnels, sur des engagements singuliers. Chacun de ces accords est délimité, spécifié et soumis à certaines conditions, en fait il dépend de la mutualité des échanges pour la mutualité des avantages.

Cela est vrai de tous les groupes et associations légitimes dans une société libre : les sociétés de personnes, les sociétés de capitaux, les associations professionnelles, les syndicats (volontaires), les partis politiques, etc. Cela s'applique aussi à tous les accords de délégation : le Droit d'un homme d'agir pour un autre ou de le représenter est déduit des Droits de ceux qu'il représente et lui est délégué par choix volontaire, pour une mission spécifique et délimitée. C'est le cas d'un avocat, d'un négociateur, d'un délégué syndical, etc.
Un groupe, en lui-même, n'a pas de Droits. Un homme ne peut ni acquérir des Droits nouveaux en rejoignant un groupe ni perdre ceux qu'il a en s'en détachant. Le principe des Droits individuels est la seule base morale de tous les groupes et associations.

Un groupe qui ne reconnaît pas ce principe n'est pas une association mais une bande ou une populace.
Toute théorisation des activités d'un groupe qui ne reconnaît pas les Droits individuels est une doctrine du pouvoir à la populace ou la loi de Lynch.

La notion de "droits collectifs" (l'idée que les Droits sont attachés aux groupes et non aux personnes) signifie que les "droits" appartiennent à certains mais non à d'autres, que certaines personnes auraient le "droit" de disposer des autres à leur convenance, et que le critère d'accès à cette position privilégiée est le pouvoir du nombre.
Rien ne peut jamais valider ni justifier une telle doctrine, et jamais personne n'y est parvenu.

Comme la morale altruiste dont elle est déduite, cette doctrine repose sur le mysticisme: soit sur le mysticisme à l'ancienne de la croyance dans des édits surnaturels, comme le "droit divin" de la monarchie, soit sur la mystique sociale des collectivistes modernes qui considèrent la société comme une sorte de super-organisme, une super-entité distincte de la somme de ses membres individuels et supérieure à elle.
L'amoralité de la mystique collectiviste est particulièrement patente aujourd'hui dans le débat sur les droits des nationalités.

Une nation, comme n'importe quel autre groupe, ne représente qu'un certain nombre de personnes et ne peut avoir aucun Droit de plus que ses citoyens individuels. Un pays libre, un pays qui reconnaît, respecte et protège les Droits individuels de ses citoyens a le Droit de conserver son intégrité territoriale, son système social et sa forme de gouvernement. L'Etat d'une telle nation n'est pas le maître mais le serviteur ou le délégué de ses citoyens et n'a aucun autre Droit que ceux qui lui ont été confiés par eux pour une tâche spécifique et délimitée: celle de les protéger contre la force physique, issue de leur Droit de se défendre contre l'agression.

Les citoyens d'une nation libre peuvent différer sur les procédures juridiques particulières, ou sur les méthodes de mise en oeuvre de leurs Droits (ce qui est un problème complexe, le domaine de la science politique et de la théorie juridique) mais ils sont d'accord sur le principe de base à mettre en oeuvre : celui des Droits individuels. Quand la constitution d'un pays place les Droits de la personne hors de l'atteinte des autorités publiques, la sphère du pouvoir politique est sévèrement circonscrite ; ainsi les citoyens peuvent-ils accepter, sans risque ni immoralité, de se soumettre aux décisions d'un vote majoritaire dans cette sphère limitée. La vie ou la propriété des minorités ou des dissidents n'est pas en cause, n'est pas soumise au vote et n'est pas mise en danger par la décision majoritaire; aucun homme ni groupe ne détient un chèque en blanc sur l'existence d'autrui.

Une telle nation a le Droit d'être souveraine (dérivé du Droit de ses citoyens) et le Droit d'exiger que cette souveraineté soit respectée par tous les autres Etats.
En revanche ce Droit ne peut pas être invoqué par les dictatures, par les tribus de sauvages ni aucune forme de tyrannie absolutiste. Une société politique qui viole les Droits de ses propres citoyens ne peut se réclamer d'aucun Droit quel qu'il soit. En matière de Droit, comme dans toutes les questions morales, il ne peut pas y avoir deux poids et deux mesures. Un groupement politique soumis à la force physique brutale n'est pas une nation mais une horde, qu'elle soit conduite par Attila, Gengis Khan, Hitler, Khrouchtchev, ou Castro. De quels Droits Attila pouvait-il se réclamer et sous quels prétextes?
Ceci est applicable à toutes les formes de la sauvagerie tribale, ancienne ou moderne, primitive ou "industrialisée". Ni la géographie, ni la race, ni la tradition, ni le stade antérieur du développement ne peuvent conférer à certains êtres humains le "droit" de violer le Droit des autres.

Le "droit à l'autodétermination des peuples" ne s'applique qu'aux sociétés libres ou à celles qui cherchent à instituer la liberté ; il ne s'applique pas aux dictatures. De la même manière que le Droit qu'a une personne d'agir librement n'implique pas la liberté de commettre des délits (ce qui serait violer les Droits des autres), de même le Droit que possède une nation de choisir son propre système politique n'inclut pas le droit d'imposer une société d'esclaves (c'est-à-dire de légaliser la mise en esclavage de certaines personnes par d'autres). Il ne peut pas y avoir de "droit d'avoir des esclaves" Un Etat peut le faire, comme un homme peut devenir criminel, mais ni l'un ni l'autre ne peuvent le faire à bon droit .
Il n'est pas important, dans ce contexte, qu'un pays ait été esclavagisé par la violence, comme la Russie soviétique, ou par une élection, comme l'Allemagne nazie.

Les Droits individuels ne peuvent pas être soumis à un vote public : une majorité n'a pas le Droit de voter pour supprimer les Droits d'une minorité. La fonction politique des Droits est précisément de protéger les minorités contre l'oppression des majorités (et la plus petite minorité sur terre est l'individu).

 

par Ayn Rand
Extrait de The Virtue of Selfishness
New American Library, New York, 1964


  Consultez le sous-dossier sur l'Objectivisme

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 17:03

AYN RAND (1905-1982)

 

Face à l’altruisme sacrificiel et au tribalisme,

Ayn Rand défend la vertu d’égoïsme, fondée sur

La raison et la conscience. Pour elle, la vie de l’homme

Est le fondement de toute valeur, et sa propre vie

Est le but éthique de tout individu.

 

Ayn Rand née en Russie et exilée aux Etats-Unis en 1926, a d’abord été scénariste à Holliwood, puis romancière, (La Source vive, Atlas Shrugged, vendu à 10 millions d’exemplaires) et essayiste. Sa philosophie, l’objectivisme, d’inspiration aristotélicienne, a totalement renouvelé la pensée libérale contemporaine.

 

EXTRAIT

 

   L’homme doit choisir ses actions, ses valeurs et ses buts en fonction de la norme de ce qui convient à l’homme, de façon à accomplir, conserver, réaliser cette valeur ultime, et cette fin en soi qu’est sa propre vie, et en jouir.

   Une valeur est ce pourquoi l’on entreprend une action pour acquérir et (ou) conserver quelque chose. Une vertu est l’action par laquelle on l’acquiert et (ou) la conserve. Les trois valeurs cardinales de l’éthique objectiviste sont la raison, l’intentionnalité et l’estime de soi. Ces trois valeurs sont, ensemble, à la fois le moyen de réaliser et la réalisation de cette valeur ultime qu’est notre propre vie. Leurs vertus correspondantes sont la rationalité, la productivité et la fierté.

   Le travail productif est le but central de la vie d’un homme rationnel, la valeur centrale qui intègre et détermine la hiérarchie de toutes ses autres valeurs. La raison est la source, la condition préalable de son travail productif, et la fierté, le résultat.

   La rationalité est la vertu fondatrice de l’homme, la source de toutes ses autres vertus. Le vice fondamental de l’homme, la source de tous ses maux, est l’acte de ne pas concentrer son esprit, de « suspendre » sa conscience, c’est-à-dire non d’être aveugle, mais de refuser de voir ; non d’être ignorant, mais de refuser de savoir. L’irrationnalité est le rejet du moyen de survie de l’homme, et, par conséquent, un engagement dans la voie de l’autodestruction. Ce qui est contre l’esprit est contre la vie.

 

   La vertu de rationalité signifie la reconnaissance et l’acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d’action. Elle signifie notre total engagement en un état d’éveil complètement conscient, le maintien d’une parfaite concentration mentale dans toutes les situations et les choix auxquels nous faisons face, et pour chacune de nos heures d’éveil. Elle signifie un engagement à la plus complète et lucide perception de la réalité qu’il nous soit possible, et au développement actif et constant de cette perception, c’est-à-dire le principe que tous nos buts, nos valeurs et nos actions s’inscrivent dans la réalité et, qu’en conséquence, aucune valeur ni aucune considération quelle qu’elle soit ne puisse l’emporter sur notre perception de la réalité. Elle signifie une adhésion au principe que toutes nos convictions, nos buts, nos valeurs, nos désirs et nos actions doivent être fondés sur, dérivés de, choisis et validés par un processus rationnel aussi précis et scrupuleux qu’il nous soit possible, en stricte application des lois de la logique. Elle signifie notre acceptation de la responsabilité de former nos propres jugements et de vivre du travail de notre propre esprit (ce qui constitue la vertu d’indépendance). Elle signifie que nous ne devons jamais sacrifier nos opinions aux convictions ou aux désirs irrationnels des autres (ce qui constitue la vertu d’intégrité) ; que nous ne devons jamais tenter de falsifier la réalité de quelque façon que ce soit (ce qui constitue la vertu de l’honnêteté) ; et que nous ne devons jamais chercher à nous approprier ou à nous octroyer ce que nous ne méritons pas ou ce qui ne nous revient pas de droit, que ce soit dans le domaine matériel ou spirituel (ce qui constitue la vertu de la justice). Elle signifie que nous ne devons jamais désirer d’effets sans causes, et que l’on ne doit jamais donner naissance à une cause sans assumer pleinement la responsabilité de ses effets ; que nous ne devons jamais agir comme un zombie, c’est-à-dire sans connaître nos propres buts et motifs ; que nous ne devons jamais prendre de décisions, nous forger  des convictions ou nous approprier des valeurs hors contexte, c’est-à-dire sans tenir compte de la somme totale et intégrée de nos propres connaissances ; et, par dessus tout, que nous ne devons jamais tenter de laisser passer une contradiction. Elle signifie le rejet de toute forme de mysticisme, c’est-à-dire de toute prétention à une source de connaissance surnaturelle, non sensorielle, non rationnelle et non définissable. Elle signifie un engagement à user de la raison, non de manière sporadique ou en l’appliquant seulement dans certaines circonstances ou dans des cas d’urgence, mais comme une façon de vivre permanente.

 

   La vertu de la productivité est la reconnaissance du fait que le travail productif est le processus par lequel l’esprit de l’homme entretient sa vie, le processus qui libère l’homme de la nécessité de s’adapter à son environnement, comme le font les animaux, et lui donne le pouvoir d’adapter son environnement à lui-même. Le travail productif est le chemin qui permet à l’homme de réaliser tout ce qu’il désire, et fait appel aux plus hauts attributs de son caractère : son habileté créatrice, son ambition, sa confiance en soi, son refus de se laisser abattre par les catastrophes et son dévouement à l’objectif de refaçonner la terre à l’image de ses valeurs. « Travail productif » ne signifie pas la répétition machinale des mouvements d’un travail quelconque. Il signifie le fait de choisir consciencieusement une carrière productive et de s’y adonner au meilleur de ses capacités, quel que soit le domaine d’activité rationnel, qu’il soit grand ou modeste. Ce n’est pas le degré d’habileté d’un homme ni la portée de son travail qui est éthiquement pertinent ici, mais le fait qu’il utilise ou non son esprit de la manière la plus complète et la plus réfléchie possible.

 

   La vertu de la fierté est la reconnaissance du fait que « de la même manière que l’homme doit produire les biens matériels dont il a besoin pour se maintenir en vie, il doit acquérir les qualités de caractère qui rendent  sa vie digne d’être maintenue ; c’est-à-dire que de la même façon que l’homme est un self-made-man dans le domaine matériel, il est un self-made-man dans le domaine spirituel » (Atlas Shrugged). L’expression « ambition morale » est la meilleure façon de désigner la vertu de fierté. Cela signifie que l’on doit mériter le droit de se considérer soi-même comme notre plus grande valeur en réalisant notre propre perfection morale, c’est-à-dire en refusant d’accepter tout code fondé sur des vertus irrationnelles qui seraient impossible à pratiquer, et en s’assurant de pratiquer celles qui le sont, en refusant toute culpabilité immérité, en ne s’y exposant pas et en corrigeant promptement celle que l’on aurait pu mériter, en ne se résignant jamais passivement aux défauts de notre caractère, et en ne laissant jamais quelque inquiétude, caprice, crainte ou humeur momentanée que ce soit l’emporter sur notre estime de soi. Et enfin, par dessus tout, la perfection morale s’accomplit en refusant de jouer le rôle d’un animal sacrificiel et en refusant toute doctrine qui prêche l’auto-immolation comme une vertu ou un devoir moral.

   Le principe social fondamental de l’éthique objectiviste est que tout comme la vie est une fin en soi, chaque être humain vivant est une fin en lui-même, non le moyen pour les fins ou le bien-être des autres. Ainsi, l’homme doit vivre pour son propre intérêt, ne sacrifiant ni lui-même aux autres, ni les autres à lui-même.

 

Ayn RAND, extrait de l’éthique objectiviste

Dans la vertu d’égoïsme, éd. Les Belles Lettres, coll. Iconoclastes N°19, 1993


La vertu d'égoïsme
d'Ayn Rand

 

Analyse de Patrice Vezine

 

Paris, Editions Les Belles Lettres, 1993, 227 p.

L’éthique objectiviste

L'homme agit suivant un code de valeurs qui guide ses choix, ses actions et fixent le but et le cours de sa vie. Contrairement à un robot, seule une entité vivante peut avoir des objectifs ou en créer. Et la principale norme d'un organisme vivant est déterminée par ce qui est requis pour sa survie, son adaptation à l'environnement. On comprendra alors pourquoi, épistémologiquement le concept de "valeur" tire son origine du concept de "vie".

Si une simple plante s'adapte de manière innée suivant la détermination fixée par la nature, la survie des organismes supérieurs tels que les hommes dépend d'une sphère d'action proportionnelle à l'étendue de leur conscience: c'est la propre conscience de l'homme qui découvre les objectifs, les moyens et les valeurs dont dépend sa vie. Pour cela, sa conscience opère une conceptualisation qui, par la pensée, donne naissance à la Raison.

Penser n'est pas automatique, chacun reste libre d'éviter cet effort. Mais pour sa survie, l'Homme doit prendre l'initiative d'entreprendre des actions raisonnées pour savoir, par exemple, comment cultiver sa nourriture ou fabriquer ses outils de chasse. Tout ce dont il a besoin doit être le fruit de son propre travail, de son propre effort, de son propre esprit: ces actions dites "raisonnées", il doit en assumer la responsabilité pour en supporter les conséquences. Etant libre de choisir, il peut agir comme son propre fossoyeur.

C'est pourquoi la première norme par laquelle on juge ce qui est bon ou mauvais pour l'Homme est la vie de l'homme, c'est à dire ce qui est requis pour sa survie.

L'être rationnel utilisera la réflexion et le travail productif comme méthode de survie.

L’égoïsme rationnel

L'éthique objectiviste considère ainsi la vie de l'homme comme le fondement de toute valeur et sa propre vie comme le but éthique de chaque individu. Ses trois valeurs et vertus cardinales sont: la raison/la rationnalité, l'intentionnalité/la productivité, l'estime de soi/la fierté.

Aucune autre valeur ne doit l'emporter sur notre perception de la réalité. Cela signifie assumer la responsabilité de la formation de notre propre jugement et de vivre du travail de notre propre esprit: c'est la vertu d'indépendance. Mais aussi de ne jamais tenter de falsifier la réalité: c'est la vertu d'honnêteté. Cela signifie aussi que nous ne devons jamais chercher à nous approprier ce que nous ne méritons pas ou ce qui ne nous revient pas de droit: c'est la vertu de justice. Nous ne devons jamais désirer d'effets sans causes et nous ne devons jamais donner naissance à une cause sans en assumer pleinement la responsabilité.

Par conséquent, le mysticisme et toute source de connaissance supranaturelle sont rejetés.

Le travail productif met ainsi en valeur chez l'homme son habileté créatrice, son ambition, sa confiance en soi et son refus du découragement. La fierté signifie que l'on doit mériter le droit de se considérer soi-même comme notre plus grande valeur en réalisant sa propre perfection morale. La perfection morale s'accomplit en refusant de jouer le rôle d'un animal sacrificiel et en refusant toute doctrine qui prêche l'auto-immolation comme une vertu ou un devoir moral (l'altruisme).

Le principe SOCIAL fondamental de l'éthique objectiviste est que tout comme la vie est une fin en soi, chaque être humain vivant est une fin en lui-même, non le moyen pour les fins et le bien-être des autres.

L'accomplissement de son propre bonheur est le plus haut but moral de l'homme.

L'éthique hédoniste détourne ce principe en déclarant "tout ce qui vous fait plaisir est une valeur adéquate". Or, confondre Bonheur et Plaisir revient à confondre également Raison et désir. Et si le désir est la norme éthique, le désir d'un homme de produire et le désir d'un autre homme de le voler ont une validité éthique égale. Ainsi, le cannibalisme moral de toutes les doctrines hédonistes et altruistes tient dans le prémisse que le bonheur d'un homme nécessite le sacrifice d'un autre.

C'est pourquoi l'éthique objectiviste prône fièrement l'EGOISME RATIONNEL : ce qui est bon pour l'homme ne peut être servi que par des relations non-sacrificielles et ne peut être accompli par le sacrifice des uns en faveur des autres.

Le principe de l'échange librement consenti, donnant valeur pour valeur, non forcé, non coercitif et qui bénéficie à chaque partie, est le seul principe éthique rationnel.

Dans le domaine spirituel ou affectif, le principe est le même: l'amour, l'amitié, le respect ou l'admiration sont la réponse émotive d'un homme aux vertus d'un autre, ils ne sont pas des actes désintéressés.

Aimer, c'est valoriser. Seul un homme rationnellement égoïste, un homme qui a l'estime de soi, est capable d'amour. L'homme qui ne se valorise pas lui-même ne peut valoriser personne ni qui que se soit.

De même l'égoïste rationnel ne vit pas seul, en autarcie. La division du travail permettant à l'homme de se spécialiser tout en partageant et en bénéficiant des connaissances acquises par autrui donne naissance à des coopérations volontaires et enrichissantes. L'égoïsme rationnel fonde une société humaine qui voit les hommes se réunir avantageusement pour vivre ensemble. Au contraire, l'altruisme favorise une société qui pénalise les vertus des uns pour récompenser les vices des autres, entraînant nivellement par le bas, assistanat et jalousies, conflits d'intérêt.

Aussi, le principe POLITIQUE fondamental de l'éthique objectiviste fixe un seul but moral à tout gouvernement: la protection des Droits de l'Homme. Cela signifie protection contre la violence physique, protection du droit à la vie, à la liberté, à la propriété, à la poursuite de son propre bonheur. Sans droits de propriété, aucun autre droit n'est possible.

L'altruisme a détruit le concept de fraternité en impliquant que valoriser autrui signifie se sacrifier soi-même. Un amour désintéressé est une contradiction: cela signifie que l'on est indifférent à ce que l'on valorise. Mettre en pratique l'amitié et l'amour consiste à incorporer le bien-être rationnel de la personne aimée dans notre propre hierarchie des valeurs et agir en conséquence. Il s'agit toutefois d'une récompense que la personne aimée doit mériter en fonction des vertus qu'elle pratique. Les autres hommes ont une valeur parce qu'ils sont de la même espèce que nous: en vénérant les entités vivantes, nous vénérons notre propre vie. Voilà le fondement psychologique de toute sympathie, empathie et de tout sentiment envers l'espèce. Et c'est en vertu de la valeur humaine que l'on aide les autres en cas d'urgences (inondation, incendie...) ou occasionnellement lorsque l'on est sensible à la souffrance d'autrui. Cela ne veut pas dire qu'il faut subordonner sa vie au bien-être d'autrui: toute aide apportée est une exception et non une règle imposée, un acte de générosité et non un devoir moral impératif.

Qu'arrivera t'il aux pauvres dans une société objectiviste? Et bien, si VOUS voulez les aider, VOUS n'en serez pas empêchés.

On comprendra maintenant aisément que la CAPITALISME DE LAISSEZ-FAIRE est le seul système conforme à l'éthique objectiviste.

Une société morale est une société d'individus libres fondée sur des échanges librement consentis et le droit de propriété, une société du droit et du contrat respectant le principe des droits individuels. La morale ne pouvant qu'être individuelle et fondée sur la Raison, une société fondée sur l'égoïsme rationnel est en cela une société véritablement humaine. Tout système qui fait de l'Homme une fin en soi et de la société un moyen pour la coexistence pacifique, ordonnée et volontaire des individus engendre une société dite morale.

Dès lors qu'on opère un transfert du concept de "droit" du domaine politique au domaine économique, on glisse vers le collectivisme: droit à un emploi rémunérateur, droit à un logement décent, droit à des soins médicaux, à l'éducation. Aux frais de qui? Les pères fondateurs des Etats-Unis parlaient du droit à la poursuite du bonheur et non du droit au bonheur. Les droits doivent se limiter à n'être que des principes moraux qui définissent et protègent la liberté d'action d'un homme, en n'imposant aucune obligation aux autres.

C'est pourquoi il n'existe pas de "droits collectivisés" détenus par un groupe. De même une nation a droit à sa souveraineté dès lors que celle-ci découle des droits de ses citoyens: les dictatures sont des nations hors-la-loi. Quant au financement du gouvernement d'une société libre, il doit reposer sur une contribution volontaire des citoyens, proportionnelle à leur revenu.

Enfin une société objectiviste condamne le racisme. Le racisme est la forme la plus abjecte et la plus brutalement primitive du collectivisme. Le racisme reconnaît un groupe et attribue ses vertus ou ses défauts, sa supériorité ou son infériorité à son origine raciale. Or il n'y a que des esprits individuels et des réalisations individuelles.

Ainsi l'Allemagne Nazie obligeait les individus à faire la démonstration de leur ascendance aryenne. L'idéologie soviétique reposait sur l'idée que les hommes peuvent être génétiquement conditionnés au communisme.

Le racisme est porté par le collectivisme et son corollaire l'étatisme. Son seul antidote est la philosophie individualiste et son corollaire le capitalisme de laissez-faire.


Consultez le sous-dossier sur l'Objectivisme

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 00:07

Durant toute votre vie, vous avez entendu votre propre dénonciation, pas pour vos fautes, mais pour vos plus grandes vertus. Vous avez été haïes, non pas pour vos fautes, mais pour vos exploits. Vous avez été méprisé pour toutes ces qualités de caractère qui font votre plus grande fierté.

Vous avez été traité d’“égoïste” pour avoir eu le courage d’agir sur la base de votre jugement propre et pour ne pas avoir accepté que votre vie soit placée sous la responsabilité de qui que ce soit d’autre que vous. On vous a traité d’“arrogant” au motif de votre indépendance d’esprit. On a prétendu que vous étiez “cruel” en raison de votre inamovible intégrité. Vous avez été traité d’“antisocial” au motif de votre vision qui vous a fait vous aventurer sur des chemins qui n’avaient encore jamais été découverts. On a dit que vous étiez “impitoyable” pour la résistance et la discipline de vos pulsions au service de vos visées.

Vous êtes le moteur du monde !


INTJ: Introverted, iNtuitive, Thinking, Judgement

 

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Prométhée volant le feu
pour les hommes (Rubens)

 

C'est quoi un INTJ au juste?

Pour une personne de type INTJ, la force dominante de sa vie est le monde des possibilités, des symboles, des abstractions, des images et des pensées. Ce sont des gens d’idées. Cette attention aux idées, conjugée à leur analyse logique est l'essence même de leur approche du monde. Ils pensent de façon systémique. Pour eux, tout est possible ; tout est négociable. Une de leurs phrases fétiches est d’ailleurs « Et pourquoi pas? ». Ils tentent de ne jamais négliger le côté éthique de ces solutions, mais peuvent perdre beaucoup de temps à vouloir toujours les perfectionner.

Ils ont un besoin constant de comprendre, de savoir et démontrer leur compétence dans leurs secteurs d'intérêt. Au niveau de leurs champs de compétences, ils seront capables de vous dire presque immédiatement s’ils peuvent vous aider et comment. Les INTJs connaissent ce qu'ils savent, et peut-être plus important encore, ils connaissent ce qu'ils ne savent pas. Ils ont confiance que leurs idées alliées à des orientations de tâche précises seront un jour réalités.

Deux des caractéristiques les plus intéressantes de ce type dans le secteur des relations interpersonnels sont leurs capacités intuitives et leur empressement de se mettre en contact avec d’autres. Bien qu’ ils n'aient pas toujours une empathie naturelle, leur côté intuitif peut souvent agir comme un bon remplaçant en dévoilant les significations probables cachées derrière des choses comme le ton de voix, les expressions du corps ou le discours.

Cette capacité peut être aiguisée par des efforts répétés pour comprendre et pour soutenir ceux dont ils se soucient. Les relations établis avec les INTJ ont tendance à être caractérisées par leur robustesse, une bonne stabilité et des communications franches. Certains les trouveront froids, distants et plutôt sévères.

 

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 Le supplice de Prométhée
(Gustave Moreau)

 

Un petit mot sur les types psychologiques

Le MBTI fut créé par Isabel Myers-Briggs. Il est basé sur les théories de la personnalité de Carl Jung.

Elle a conclu que les hommes différent entre eux psychologiquement selon quatre axes principaux. Le premier est la façon dont ils obtiennent de l’information de leur environnement (en utilisant leur sens ou de façon intuitive). Le second est lié à la façon dont ils prennent leurs décisions (selon une réflexion intellectuelle ou selon ce qu’ils ressentent au niveau de leurs émotions). La troisième, l’introversion ou l’extraversion, démontre leur approche face au monde qui les entoure. Et la quatrième plus contesté, sur comment le tout est organisé.

Il en résulte 16 types différents qui ne sont ni bons ni mauvais en soi mais qui présentent certaines caractéristiques importantes. Les INTJ se situe à l’extrême droite de ces combinaisons. À peine 1% de la population appartient à ce groupe. Des oiseaux rares en quelque sorte !

Ce test existe depuis plus de 50 ans et constitue un des outils les plus employés dans le monde entier pour expliquer les différences de personnalités entre les hommes. Des millions de personnes on été testés. Il peut être utilisé en gestion des ressources humaines (création et gestion d’équipe de travail, développement organisationnel) et en psychologie à des fins thérapeutiques ou de counseling.

 

Mot-clés:

Stratège   
Organisateur
Perfectionniste
Scientifique
Analyste


INTJ célèbres :

Ayn Rand, auteur et philosophe
Arnold Schwarzenegger, acteur et gouverneur de Californie
Auguste, empereur romain
Hannibal, général de Carthage
Isaac Newton, physicien
et mathématicien
Stanley Kubrick, réalisateur et scénariste
Stephen Hawking, astrophysicien
Thomas Jefferson, président américain

Personnages de fiction :

John Galt (La révolte d'Atlas)
Dr. Gregory House (House M.D)
Cassius (Jules César)
Gandalf le Gris (Le seigneur des anneaux, Tolkien)
Hannibal Lecter (Le silence des agneaux)
Professeur Moriarty, (Sherlock Holmes)
Rosencrantz et Guildenstern (Hamlet)
Clarice Starling (Le silence des agneaux)


Image


Portrait des INTJ

INTJ : introverti (I), intuitif (N), penseur (T) et juge (J). Que cela signifie-t-il ?

Les INTJ sont particulièrement indépendants ; ils sont essentiellement guidés par leurs convictions personnelles et cherchent à les réaliser sans se laisser détourner de leurs buts. Ils ont une grande confiance en eux-mêmes ; la contradiction doit être solidement argumentée pour qu'elle ait sur eux la moindre influence. Ce sont des innovateurs qui ne se laissent pas impressionner par les idées reçues.

Ils ont en eux un objectif d'amélioration permanente qu'ils appliquent à toutes les situations, personnelles, familiales, professionnelles. Ce qui va bien peut aller encore mieux. Et ce qui va mieux prouve qu'on est sur la bonne voie pour améliorer encore. Ils sont perfectionnistes non par obsession mais par goût de la qualité et souci de la rentabilité. Lorsqu'ils estiment avoir atteint le point où l'amélioration n'est plus possible, ils perdent intérêt à la tâche et cherchent un nouveau domaine, si possible plus grand ou plus complexe, où ils pourront exercer leurs talents d'organisateurs.

Les INTJ veulent adapter la réalité à la vision qu'ils portent en eux ; les modèles sont là pour être appliqués de façon systématique et se traduire en pratique. Plus les problèmes sont complexes, plus les INTJ éprouvent de plaisir à élaborer les théories et les modèles qui permettront de les résoudre.

Pour apprendre, les INTJ aiment bien développer une approche personnelle des problèmes, en partant des principes universels et en les transformant en théories et modèles. Ils utilisent pour cela tous les moyens à leur disposition, bibliothèques, conférences, cours, discussions. Leur principale exigence concerne la qualité de ceux qui les enseignent ; ils s'en détournent rapidement s'ils ne trouvent pas en eux la compétence qu'ils en attendent.

L'aspect rationnel des INTJ est ce qui apparaît en premier, parfois de façon froide et impersonnelle. Les INTJ pourront alors paraître distants. Les INTJ risquent d'être excessivement critiques, même dans leurs relations personnelles. Il leur arrive fréquemment d'émettre ce qu'ils pensent être des suggestions mais qui sont reçues par certains de leurs interlocuteurs comme des critiques. Ils ont également tendance à négliger le point de vue des autres, convaincus qu'ils sont de la force de leur pensée et de la validité de leur vision et de leur raisonnement.

La fonction inférieure des INTJ est la sensation en extraversion ; cela peut se traduire par des lacunes ou des erreurs dans les aspects matériels de l'existence. C'est ainsi que les INTJ peuvent développer avec leur vigueur habituelle des intuitions non basées sur l'expérience ou des faits.

Ou alors la fonction inférieure se manifestera de façon éruptive, et les INTJ se mettront tout d'un coup à recueillir des faits et des chiffres avec obsession, sans nécessairement les relier à la théorie qu'ils entendent développer.

Leur fonction inférieure peut également se manifester soit par excès soit par défaut ; ils risquent ainsi d'accorder trop ou trop peu d'importance à leur corps et à leurs sens.

Pour évoluer les INTJ auront d'abord intérêt à prendre davantage en compte les réactions des autres. Leur logique leur fera voir le double avantage qu'ils peuvent en retirer: d'une part profiter d'idées nouvelles, d'autre part impliquer les personnes dans le processus de conception pour qu'elles soient ensuite plus à l'aise au niveau de l'exécution.

Cette écoute des autres leur permettra ensuite d'entrer mieux en contact avec leurs propres valeurs subjectives et leurs propres sentiments, de façon à donner un sens personnel à leur action, à la rendre moins théorique et plus individualisée. Ils gagneront ensuite à extérioriser leurs sentiments.

Les INTJ pourront alors aborder leur fonction inférieure. Une bonne démarche sera pour eux l'apprentissage régulier d'un savoir-faire précis, impliquant des modalités concrètes de mise en œuvre. Ce peut être une activité manuelle régulière, poterie, tissage, bricolage, l'apprentissage d'un instrument de musique ou tout ce qui peut mettre en œuvre la sensation dans le monde extérieur. Les INTJ devront cependant faire attention à ne pas cesser cette activité quand ils en auront compris le principe.


Les INTJ dans la vie professionnelle

a) Contribution à l'entreprise :

Sont très doués pour la conception et la modélisation.
Traduisent les idées en plans d'actions.
Suppriment tout ce qui entrave la réalisation de leurs objectifs.
Ont une vision précise de ce que doit être l'organisation.
Poussent l'organisation à s'analyser comme un ensemble avec des interactions complexes entre ses parties.

b) Style de leadership :

S'efforcent d'atteindre leurs objectifs et y entraînent les autres.
Agissent avec force et énergie dans le domaine des idées.
Peuvent être durs avec les autres.
Conçoivent, dessinent et réalisent de nouveaux modèles.
Sont toujours prêts à réorganiser le système chaque fois qu'il le faut.

c) Environnement préféré :

Qui permet de s'isoler pour réfléchir.
Où la compétence est valorisée.
Là où se trouvent des gens décidés, aimant les défis intellectuels, orientés vers la réalisation d'objectifs à long terme.
Avec des collaborateurs efficaces et productifs.
Qui encourage l'autonomie.
Qui donne l'occasion d'être créatif.
Orienté sur la tâche.

d) Les INTJ risquent de :

Avoir l'aire si inflexibles que les autres n'osent pas les approcher ou les contredire.
Critiquer les autres dans leur recherche de l'idéal.
Renoncer difficilement aux idées non réalisables.
Ignorer l'impact de leurs idées ou de leur style sur les autres.

e) Pour s'améliorer, les INTJ gagneraient à :

Solliciter réactions et suggestions.
Apprendre à connaître la valeur des autres.
Apprendre à savoir quand renoncer à une idée non réalisable.
Se soucier davantage de l'impact de leurs idées sur les autres.


Les INTJ en brefs

a) Valeurs :

Indépendance.
Innovation.
Vérité.
Rationalité.
Efficacité.

b) Organisation et méthode :

Grande capacité stratégique.
Prise de décision rapide et efficace.
Souvent pionnière.
Remet en cause les idées reçues.
Trouvent des occasions de développement là où les autres n'en voient pas.

c) Style de management :

Dirige par logique.
N'admet que l'autorité de compétence.
Flexibilité interne.
Multiplicité des relations internes (opérationnel, fonctionnel, matriciel).
Soucis personnels subordonnés aux impératifs de l'organisation.

d) Relations avec l'extérieur :

Imperméable à la critique.
Difficile à percevoir de l'extérieur.
Capable de toutes les adaptations pour relever un défi.
Capacités à développer de nouveaux produits ou de nouveaux marchés.

e) Faiblesses potentielles :

N'accorde pas assez d'importance au facteur humain.
Risque d'intellectualiser les problèmes et de négliger les aspects concrets.
Ne sait pas gérer les aspects affectifs.
Confiance en soi peut tourner à l'obstination.
Difficulté à motiver le personnel.

f) Types d'entreprises :

Recherche.
Haute technologie.


Des métiers dans lesquels l'INTJ peut s'épanouir :

Scientifique ou ingénieur, enseignant, critique littéraire, graphiste, médecin généraliste ou dentiste, contrôleur de gestion ou conseiller en stratégie d'entreprise, analyste financier, dirigeant dans l'Armée, avocat ou juge, informaticien,...


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« Les INTJ sont indépendants, individualistes ; ils sont déterminés et font confiance à leur vision du possible en dépit du scepticisme général.

Les INTJ sont des innovateurs acharnés, dans le domaine de la pensée comme dans celui de l'action. Ils se fient à leurs intuitions sur les vraies relations entre les choses et leur signification, sans tenir compte de l'autorité établie ni des croyances communément admises. Leur foi dans leur vision intérieure peut soulever des montagnes. Les problèmes les stimulent, l'impossible prend un peu plus longtemps mais guère plus. Ce sont les plus indépendants , au point d'en être parfois obstinés.

Étant surs de la valeur de leur inspiration, les INTJ veulent les voir mises en pratique, acceptées et appliquées par le reste du monde ; ils sont prêts à y passer beaucoup de temps et d'énergie. Déterminés et persévérants, ils mènent les autres presque aussi durement qu'eux-mêmes. Bien qu ils préfèrent l'intuition, ils peuvent , quand cela est nécessaire, se concentrer sur les détails d'un objet pour concrétiser leur inspirations.

Les INTJ attachent de l'importance à leurs perspicacités et s'y fient dans des domaines tels que la science, la recherche, la politique ou la philosophie. La hardiesse de leur intuition peut avoir une immense valeur dans beaucoup d activités et ne doit pas être étouffée par un travail de routine.

La concentration polarisée des INTJ sur leurs buts peut créer des problèmes. Ils risquent d'être si focalisés sur le but qu'ils en négligent de faire attention à ce qui peut entrer en conflit avec lui. C'est pourquoi ils ont besoin de rechercher activement le point de vue d'autres personnes.

Les INTJ peuvent négliger leurs sentiments et leurs propres valeurs et ignorer ceux des autres. Ils risquent alors d’être surpris de rencontrer une forte opposition. Les INTJ doivent de ce fait les prendre en compte ; sinon, ceux-ci créeront de la tension et finiront par s’exprimer de manière inappropriée. Leur Sentiment a besoin d’être utilisé de façon constructive, en évaluant les autres par exemple. Compte tenu de leur capacité d’analyse, il peut être difficile pour les INTJ d’exprimer leur appréciation ; mais il sera utile de le faire, tant dans leur vie professionnelle que dans leurs relations personnelles.

Pour être efficaces, les INTJ doivent développer leur fonction de jugement, la pensée. Si ce n'était pas le cas, ils seraient incapables d être critiques envers leurs propres visions internes et n'écouteraient pas les opinions des autres. Ils seraient alors incapables de transformer leurs intuitions en actions efficaces. »

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 16:55

 

« Ma philosophie conçoit essentiellement l'Homme comme un être héroïque dont l'éthique de vie est la poursuite de son propre bonheur, la réalisation de soi son activité la plus noble, et la Raison son seul absolu. » Ayn Rand

 

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Guide de l’objectivisme randien

Ayn Rand, la créatrice du mouvement de l’objectivisme aux Etats-Unis, a présenté son éthique à l’Université du Wisconsin au cours d’un colloque sur « l’éthique de notre temps », en 1963. Cet article a été repris dans un recueil paru en 1993 intitulé La Vertu d’égoïsme aux éditions des Belles Lettres.

 

 
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Alpha est Alpha


 Les droits de l'Homme - Ayn Rand

 Objectivisme ou réalisme métaphysique

 Ayn Rand ou la passion de l’égoïsme rationnel

 Ayn Rand, sur les chemins de traverse du libéralisme 

Ayn Rand, romancière et guerrière du « Vivre pour soi »
Capitalism : The Unknown Ideal - Ayn Rand

La collectivisation des droits - Ayn Rand

Le consensus de Ayn Rand

La Vertu d'égoïsme : Ayn Rand ou le devoir d'égoïsme

Objectivisme pour les nuls

Objectivisme 101

 La philosophie : qui en a besoin - Ayn Rand

LA REVOLTE d'ATLAS

La Révolte d'Atlas - Page titre et introduction de l'auteur.

La Révolte d'Atlas : Chapitre I - LE THEME
Ayn Rand

 

http://img213.imageshack.us/img213/849/atlasg.jpg

Version intégrale

 

 

« Les Arabes sont une des cultures les moins développées. Ils sont typiquement nomades. Leur culture est primitive et ils éprouvent du ressentiment contre Israël car c'est la seule tête de pont de la science moderne et de la civilisation sur leur continent. Quand vous avez des hommes civilisés qui combattent des sauvages, vous soutenez les hommes civilisés, peu importe qui ils sont. » Ayn Rand

 


Ayn Rand

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Ayn Rand
Philosophe, Romancière

Dates 1905-1982
Ayn Rand1.jpg
Tendance Objectiviste
Origine URSS URSS puis États-Unis États-Unis
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Citation « Je n'ai besoin ni de justification ni de sanction pour être ce que je suis. Je suis ma propre justification et ma propre sanction. »
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Ayn Rand (2 février 1905 - 6 mars 1982), née Alissa Zinovievna Rosenbaum[1], est une philosophe et romancière américaine (juive russe émigrée), connue pour sa philosophie : l'objectivisme. Sa principale œuvre est Atlas Shrugged (1957), un roman qui met en scène des entrepreneurs en butte à l'étatisme d'une société socialiste pré-totalitaire.

 

Biographie

Ayn Rand naît à Saint-Pétersbourg en 1905 dans une famille juive agnostique de trois enfants dont elle est l'aînée. Elle s'intéresse très jeune à la littérature et au cinéma, écrivant dès l'âge de 7 ans des romans ou des scénarios. Elle nourrit son imagination des romans de Sir Walter Scott ou d'Alexandre Dumas et s'enthousiasme pour le courant romantique. En particulier, elle découvre à 13 ans celui qui deviendra son auteur favori et qu'elle considérait comme le plus grand romancier : Victor Hugo. L'arrivée au pouvoir des Bolchéviks, en 1917, contraint sa famille à la fuite en Crimée, jusqu'à ce que celle-ci soit envahie par les révolutionnaires en 1921. Elle brûle alors son journal intime qui contenait des passages anticommunistes au vitriol.

Elle entame des études d'histoire et de philosophie à l'université de Petrograd (Saint-Pétersbourg) et y découvre les œuvres de Rostand, Schiller et Dostoïevski. Elle en sort diplômée le 13 octobre 1924. Elle continue à écrire et entre à l'Institut d'État des arts cinématographiques en 1924. À la fin de 1925, on lui accorde un visa pour rendre visite à des proches, habitant aux États-Unis.

Elle arrive à New York en février 1926. Ses premières impressions devant les gratte-ciels la marquent profondément et inspireront les descriptions de La Source vive, un de ses romans. Elle choisit de ne pas retourner en Union soviétique et part pourHollywood où elle devient scénariste. C'est alors qu'elle change son nom en Ayn Rand, en référence selon elle à la transcription en cyrillique du nom de sa famille.

Elle fait des petits boulots puis, grâce à une rencontre fortuite avec Cecil B. DeMille, obtient un poste dans un de ses films. Elle y rencontre Frank O'Connor, jeune acteur qu'elle épouse le 15 avril 1929. Elle est naturalisée américaine en 1931.

Son premier succès littéraire est la vente de son scénario Red Pawn en 1932 à Universal Studios. Elle écrit en 1934 la pièce de théâtre Night of January 16th qui est produite à Broadway. La pièce était un procès dont le jury, choisi parmi les spectateurs, pouvait choisir la fin.

En 1936 elle publie Nous, les vivants (We the living) sur la cruauté de la vie sous le régime communiste russe puis, en 1938, Anthem, qui décrit une société dans laquelle le collectivisme a triomphé. Anthem ne fut accepté par aucun éditeur aux États-Unis et We the Living ne rencontra pas un grand succès. Stephen Cox, de l'Objectivist Center, considère que cela est dû à l’époque : We the Living « fut publié quand la popularité du socialisme russe était au plus haut parmi les faiseurs d'opinions américains »[2].

Son premier grand succès arrive avec la publication de La Source vive, en 1943, après qu'elle eut passé sept ans à l'écrire. Refusé par douze éditeurs, il est finalement accepté par la maison d'édition Bobbs-Merrill. Le livre devient un succès planétaire, adapté en 1949 au cinéma sous le titre Le Rebelle en France. Le livre s'est vendu depuis à plus de 6 millions d'exemplaires et il s'en vend encore 100.000 par an[3].

En 1957 est publiée sa principale œuvre, Atlas Shrugged, un roman qui met en scène des entrepreneurs en butte à l'étatisme d'une société socialiste pré-totalitaire. Le tirage initial est de 100.000 exemplaires et le livre devient rapidement un best-seller mondial. Selon une étude de 1991 de la Bibliothèque du Congrès américain, le livre est cité par les Américains comme le livre qui les a le plus influencés après la Bible[4]. Sa description de la crise et des actions des gouvernants qui l'empirent trouve une résonance toute particulière aujourd'hui, comme le reflète les ventes de l'ouvrage[5].

En 1950, elle crée un groupe qui prend par provocation le nom Le collectif avec Alan Greenspan, futur président de la Fed et Nathanael Blumenthal (qui deviendra Nathaniel Branden). Le cercle d'amis prend un rôle plus important, aidant Ayn Rand à diffuser ses idées (l'objectivisme) à travers le Nathaniel Branden Institute. Il éditera bientôt un périodique, The Objectivist.

La relation amicale entre Branden et Ayn Rand devient amoureuse au fil des années, au vu et su de leurs conjoints respectifs. Leur histoire prend fin en 1968, après des séparations temporaires. Elle rompt définitivement avec Branden et sa femme, ne se réconciliant jamais avec cette dernière. Barbara Branden dans biographie célèbre, The Passion of Ayn Rand, sera d'ailleurs très critique sur la relation de la philosophe avec son époux.

Ayn Rand enseigna dans de nombreuses universités à partir de 1960, année où elle débute à l'université de Yale, à université de Princeton et à la Columbia University. Elle enseigna également à Harvard et au Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Sa santé se détériore au début des années 1970, elle est opérée en 1974 pour un cancer du poumon. La fin de la relation avec Branden signe la fin de facto du NBI et certains amis objectivistes s'éloignent d'elles. Ses activités au sein du mouvement objectiviste se raréfient à la fin des années 1970, situation amplifiée par la mort de son époux, l'acteur Frank O'Connor, le 9 novembre 1979. L'un de ses derniers projets était une adaptation télévisée d'Atlas Shrugged ainsi qu'un roman, To Lorne Dieterling, dont elle n'a laissé que des brouillons préparatoires.

Elle meurt d'une insuffisance cardiaque le 6 mars 1982 chez elle à New York. De nombreux compagnons objectivistes se rendent à son enterrement dont Alan Greenspan et David Kelley qui y lira If de Rudyard Kipling.

Les personnages de ses romans sont devenus des références clés dans la culture américaine comme John Galt, Dagny Taggart ou Kira Argonouva, interprétées au cinéma par Gary Cooper pour le premier, la superbe Angelina Jolie pour la seconde et la belle italienne Alida Valli pour la troisième.

Idées

Ayn Rand rejette l'étiquette libertarienne[6]. Sa philosophie repose sur une commande ou un ordre que l'être humain doit s'imposer à lui-même : se surpasser durant toute sa vie. L'idéal n'est pas de se comparer aux autres mais de vivre le potentiel qui réside en chacun de nous. Il s'agit de se stimuler par l'émulation et non par la concurrence compétitive.

Elle a influencé un certain nombre de disciplines et d'auteurs :

L'objectivisme : un réalisme épistémologique

Ayn Rand a dénommé sa philosophie «objectivisme», parce que celle-ci est basée sur la prémisse que la réalité est un objectif absolu. Chacun d'entre nous a l'obligation de percevoir et de comprendre la réalité afin de survivre. Et, la qualité ultime que chacun doit disposer est sa capacité à raisonner.

La psycho-épistémologie

Ayn Rand a défini la psycho-épistémologie comme «l'étude des processus cognitifs humains vus à partir de l'interaction entre l'esprit conscient et les fonctions automatiques de l'inconscient". Harry Binswanger a repris ces observations sur le rôle du subconscient dans la réflexion et sur les opérations spécifiques par lesquelles chaque individu peut «programmer» son subconscient. L'esprit conscient est le gestionnaire du subconscient; "remplissant" et "récupérant" les données d'information, ce qui est et ce qui n'est pas directement volontaire. Cette approche permet d'appréhender une nouvelle théorie de la créativité.

La théorie du libre arbitre

Selon la théorie du libre-arbitre, l'individu contrôle fondamentalement sa propre vie, il se forge son propre caractère, et il est moralement responsable de ses propres actions. Ayn Rand avance une théorie originale du libre arbitre où la volonté est contrainte par un seul choix fondamental : penser ou de ne pas penser. Car, l'individu peut faire de véritables choix, des choix qui sont entièrement de son fait et qu'il peut générer sans qu'on les lui impose. Le libre arbitre refuse une conception de l'être fondamentalement passif, qui réagirait aux facteurs en dehors de son contrôle.

Le théorie du libre-arbitre explique l'importance vitale de la compréhension de soi-même et de la nature humaine en général. Ayn Rand fait valoir que la volition du contrôle de son propre esprit est un axiome qui doit être considéré comme implicitement vrai, même si des auteurs comme Karl Marx, Sigmund Freud ou Burrhus Frederic Skinner ont tenté de le nier.

Citations

  • « Ma philosophie conçoit essentiellement l'Homme comme un être héroïque dont l'éthique de vie est la poursuite de son propre bonheur, la réalisation de soi son activité la plus noble, et la Raison son seul absolu. »

  • « Le bien, disent les mystiques de l’esprit, c’est Dieu, un être qui se définit uniquement par l’incapacité de l’homme à le concevoir ; une définition qui stérilise la conscience de l’homme et démolit ses concepts d’existence. Le bien, disent les mystiques du muscle, c’est la Société ; quelque chose qu’ils définissent comme un organisme sans forme physique, un super être qui ne s’incarne dans personne en particulier et dans tout le monde en général excepté vous. » - Atlas Shrugged

  • « La foi des mystiques n’a jamais abouti à rien d’autre qu’à la destruction, comme vous pouvez le constater autour de vous une fois de plus. Et si les ravages occasionnés par leurs actes ne les ont pas incités à s’interroger sur leurs doctrines, s’ils prétendent être animés par l’amour alors qu’ils empilent des montagnes de cadavres, c’est parce que la vérité de leurs intentions est encore pire que l’excuse obscène que vous leur trouvez, selon laquelle ces horreurs sont au service de nobles fins. La vérité est que ces horreurs sont leurs fins. » - Atlas Shrugged

  • « Vous proposez d’établir un ordre social fondé sur le principe suivant : que vous êtes incapables de diriger votre vie personnelle, mais capables de diriger celle des autres ; que vous êtes inaptes à vivre librement, mais aptes à devenir des législateurs tout puissants ; que vous êtes incapables de gagner votre vie en utilisant votre intelligence, mais capables de juger des hommes politiques et de les désigner à des postes où ils auront tout pouvoir sur des techniques dont vous ignorez tout, des sciences que vous n’avez jamais étudiées, des réalisations dont vous n’avez aucune idée, des industries gigantesques dans lesquelles, selon votre propre aveu, vous seriez incapables d’exercer les fonctions les plus modestes. » - Atlas Shrugged

  • « Je n'ai besoin ni de justification ni de sanction pour être ce que je suis. Je suis ma propre justification et ma propre sanction. » (I need no warrant for being, and no word of sanction upon my being. I am the warrant and the sanction.)

Notes et références

  1. Elle adopta son surnom, inspirée par la marque de sa machine à écrire, une Remington-Rand
  2. Anthem, an appreciation, Stephen Cox
  3. (en)The Fountainhead sur le site du Cato Institute
  4. (en)Le classement sur le site du New-York Times
  5. "Atlas felt a sense of déjà vu", The Economist, 26 février 2009, [lire en ligne]
  6. I’ve read nothing by a Libertarian...that wasn’t my ideas badly mishandled—i.e., had the teeth pulled out of them—with no credit given. ("Ayn Rand's Q&A on Libertarians.". Retrieved on 2006-03-22 at the Ayn Rand Institute. stated in 1980)

Œuvres

  • 1936, We the Living [Nous les vivants], New York, Macmillan
    • édition révisée en 1959, New York, Random House
    • Traduction en italien en 1937, Noi vivi, Milano, Baldini & Castoldi
      • Nouvelle édition en 1990, Milano, Longanesi
      • Nouvelle édition en 1992, Milano, tea
  • 1938, Anthem, London, Cassel
    • Edition révisée en 1945, Los Angeles, Pamphleteers
    • Traduction en italien en 1938, La vita è nostra, Milano, Baldini & Castoldi
    • Traduction en italien de la seconde édition en 1997, Messina, Alfa
      • Nouvelle édition en 2003, Antifona, Macerata, Liberilibri
  • 1943, The Fountainhead, New York, Bobbs-Merril. L'auteur l'adapta en scénario pour le cinéma : Le Rebelle, réalisé par King Vidor
    • Traduction en italien en 1947, La fonte meravigliosa, Milano, Baldini & Castoldi
      • Nouvelle édition en 1996, Milano, Corbaccio
    • Traduction en français en 1997, La Source vive, Plon
  • 1961, For the New Intellectual. New York: New American Library
    • Nouvelle édition en 1962, For the New Intellectual, Signet, New York, NY
  • 1964, The Virtue of Selfishness: A New Concept of Egoism, New York: New American Library
  • 1965, What is Capitalism?, The Objectivist Newsletter, Novembre et décembre
    • Repris en 1966, In: Ayn Rand, dir., Capitalism: The Unknown Ideal, New York: New American Library

 

  • 1967, Capitalism: The Unknown Ideal. New York: New American Library
  • 1971,
    • a. The Romantic Manifesto: A Philosophy of Literature, New York: New American Library
      • Nouvelle édition en 1975, A Signet Book
    • b. The Age of Envy, The Objectivist, Juillet-Août
      • Repris en 1971 In: The New Left: The Anti-Industrial Revolution, 2nd ed., New American Library, New York
  • 1982, Philosophy: Who Needs It. New York: New American Library
  • 1989, The Voice of Reason: Essays in Objectivist Thought. New York: New American Library
  • 1995, Anthem, A Signet Book
  • 1998, Return of the Primitive - The Anti-Industrial Revolution, A Meridian Book

Littérature secondaire

  • 1971,
    • Paul Lepanto, Return to Reason: An Introduction to Objectivism, Exposition Press, ISBN 0-682-47204-2
    • William F. O'Neill, With Charity Toward None: An Analysis of Ayn Rand's Philosophy, Philosophical Library (ISBN 0-80222-034-7 hardcover); Littlefield, Adams & Co (ISBN 0-8226-0179-6 paperback)
  • 1972, Jerome Tuccille, It Usually Begins with Ayn Rand, Stein and Day
    • Nouvelle édition en 1997 (25ème anniversaire), Fox & Wilkes
    • Nouvelle édition révisée en 2007, iUniverse

 

  • 1997, A. Laganà, L’opera narrativa di Ayn Rand, Reggio Calabria, Falzea
  • 1999,
    • Nicola Iannello, Radicali per il capitalismo. L’Oggettivismo di Ayn Rand, Introduction à la traduction du livre de Ayn Rand, La virtù dell’egoismo, Macerata, Liberilibri, ppIX-XXXIII
    • Karen Michalson, Who is Dagny Taggart?: The epic hero/ine in disguise, In: Chris Matthew Sciabarra et Mimi Reisel Gladstein, dir., Feminist Interpretations of Ayn Rand, Series: Re-reading the Canon, University Park: The Pennsylvania State University Press, pp199-219
    • Camille Paglia, Reflections on Ayn Rand, In: Chris Matthew Sciabarra et Mimi Reisel Gladstein, dir., Feminist Interpretations of Ayn Rand, Series: Re-reading the Canon, University Park: The Pennsylvania State University Press, pp77-79
    • Chris Matthew Sciabarra et Mimi Reisel Gladstein, dir., Feminist Interpretations of Ayn Rand, Series: Re-reading the Canon, University Park: The Pennsylvania State University Press
    • Barry Vacker, Skyscrapers, supermodels, and strange attractors: Ayn Rand, Naomi Wolf, and the third wave aesthos, In: Chris Matthew Sciabarra et Mimi Reisel Gladstein, dir., Feminist Interpretations of Ayn Rand, Series: Re-reading the Canon, University Park: The Pennsylvania State University Press, pp115-156
    • Jeff Walker, The Ayn Rand Cult, Chicago: Open Court
  • 2000,
    • Allan Gotthelf, On Ayn Rand, Wadsworth/Thomson Learning
    • Michelle Marder Kamhi et Louis Torres, What Art Is: The Esthetic Theory of Ayn Rand. Chicago: Open Court
    • Aeon J. Skoble, Commentaire du livre de Allan Gotthelf, On Ayn Rand, Journal of Ayn Rand Studies, vol 2, n°1, Fall
    • Alexandra York, From the Fountainhead to the future : and other essays on art and excellence, Silver Rose Press, ISBN 0-9676444-0-2
  • 2001,
    • Karen Michalson, Reclaiming Rand, Review of Gladstein's Atlas Shrugged: Manifesto of the Mind, The Journal of Ayn Rand Studies, Vol 3, n°1, Fall, pp159-164
    • Chris Matthew Sciabarra et Gregory R. Johnson, Ayn Rand in the scholarly literature, The Journal of Ayn Rand Studies, Vol 3, n°1, Fall, pp165-169
    • Mark Skousen, Evaluation: Ayn Rand's screwball economics, Liberty, Vol 15, n°1, January, pp39-40
  • 2007,
    • Rodrigo Constantino, Egoismo Racional O Individualismo De Ayn Rand; Documenta Historica [[pt}}
    • Stephen R C. Hicks, Ayn Rand and Contemporary Business Ethics, Center for Ethics and Entrepreneurship
    • Stephen Hicks, commentaire du livre de Tara Smith, Ayn Rand’s Normative Ethics: The Virtuous Egoist, Philosophy in Review, Vol 27, n°5, October, pp377-379
    • Diana Hsieh, Egoism Explained: A Review of Tara Smith’s Ayn Rand’s Normative Ethics: The Virtuous Egoist, The Objective Standard, Vol 2, n°1, Spring, pp109-19
    • Shawn Klein, Falling Short of Perfection: Review of Tara Smith’s Ayn Rand’s Normative Ethics: The Virtuous Egoist, The Atlas Society, October 18
  • 2008,
    • Carrie-Ann Biondi, commentaire du livre de Tara Smith, Ayn Rand’s Normative Ethics: The Virtuous Egoist, Reason Papers, n°30, Fall
    • Robert Mayhew, commentaire du livre de Tara Smith, Ayn Rand’s Normative Ethics: The Virtuous Egoist, Philosophical Books, Vol 49, n°1, January, pp56-57

 

  • What Art is : The Esthetic Theory of Ayn Rand, par Louis Torres et Michelle Marder Kamhi

Voir aussi

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