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The International Civil Liberties Alliance is a project of the Center for Vigilant Freedom Inc.  We are an international network of groups and individuals from diverse backgrounds, nationalities and cultures who strive to defend civil liberties, freedom of expression and constitutional democracy.

We aim to promote the secular rule of law, which we believe to be the basis of harmony and mutual respect between individuals and groups in the increasingly globalised world, and to draw attention to efforts to subvert it.  We believe in equality before the law, equality between men and women, and the rights of the individual and are open to participation by all people who respect these principles.

We believe that freedom of speech is the essential prerequisite for free and just societies, secular law, and the rights of the individual.

We are committed to building and participating in coalitions in all parts of the world to effect significant progress in protecting rights of the individual which are sadly being eroded in many countries including those in the West.


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The Center for Vigilant Freedom

4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 19:48
Une justification du principe de non-agression

Le respect de la personne et des biens d’autrui nous est dicté par la raison, tandis que la générosité vient du cœur. Cette vérité a quelque chose d’anodin, mais les socialistes la foulent au pied quand ils proclament leurs idéaux coercitifs. À partir d'une justification du principe libertarien de non-agression, l'objet de cet article est de montrer que la liberté est une valeur qui ne tolère pas d’exception et qui ne saurait s’incliner devant les revendications socialistes.
 
Par Grégoire Canlorbe.

Il est de bon ton de reprocher aux libertariens leur « extrémisme » dans la défense de la liberté. Nous aurions tort de défendre sans concession l’intégrité physique de la personne et la propriété privée. Nous éclipserions cette autre valeur qu’est la solidarité, à laquelle la liberté doit savoir s’assujettir. En d’autres termes, les libertariens ne devraient pas tolérer une solidarité strictement volontaire mais reconnaître qu’il est parfois justifié, précisément au nom de la solidarité, d’obliger un individu à prêter assistance aux autres.

Quiconque a compris l’économie et lu Bastiat, Mises ou Rothbard sait les conséquences néfastes de toute solidarité forcée et les effets pervers de l’État Providence. Les arguments économiques, cependant, ne peuvent pas suffire à rallier l’opinion aux libertariens. Pour la plupart des gens, la solidarité généralisée que l’État Providence établit par la contrainte, est bénéfique mais surtout morale. La solidarité est une valeur qui ne se discute pas et qui mérite, à ce titre, l’appui de la force physique. La gauche radicale va jusqu’à nier que la liberté soit une valeur et à ne reconnaître aucune limite au socialisme.

Mon objet ici sera de montrer ce qui fait que la liberté est une valeur, et de surcroît une valeur qui ne tolère pas d’exception et qui ne saurait s’incliner devant les revendications socialistes.

 

Le principe de non-agression

Toute morale consiste en un principe général pour guider l’action. Un comportement est moral dans la mesure où il est conforme à un principe posant comment je dois agir dans ma vie d’une façon générale. Ce principe est ce qu’on appelle proprement une valeur morale.

Les libertariens défendent la valeur selon laquelle nul ne peut porter atteinte à la vie et aux biens d’autrui. Il s’agit du principe de non-agression. On peut le formuler de la façon suivante : « agis toujours en sorte de ne pas agresser autrui en sa personne ou en ses biens ». Chacun doit pouvoir disposer comme il le veut de sa vie et de ses biens, pourvu qu’il ne commette aucun acte coercitif à l’égard de la vie et des biens d’autrui. Le corollaire en est qu’un individu peut disposer comme il le veut de ses biens, pourvu qu’il n’ait pas eu recours au vol pour les faire siens.

Le propre d’une valeur morale est qu’elle s’impose à moi. Elle formule une obligation intrinsèque et donc universelle. Un exemple a contrario est utile pour mettre les choses au clair. Prenons les expressions suivantes : « étire toi tous les matins » ou « n’écoute jamais de Mick Jagger ». Ces impératifs répondent à des préférences personnelles, qui ne regardent que moi : garder la forme physique ou rester dans son temps au lieu d’écouter des vieilleries. Ce n’est pas une obligation intrinsèque : à savoir une obligation qui vaut pour elle-même et qui existe en tant que telle, dont je prends simplement acte. C’est une obligation que je m’assigne à moi-même et qui ne m’est pas extérieure.

Certes, de telles formules emploient un langage moral. Elles ont la forme, mais non le fond d’une proposition morale. Il ne suffit pas de donner une formulation morale à tel comportement pour qu’il soit effectivement moral. Je peux m’amuser à m’assigner l’impératif de ne manger que mexicain, néanmoins c’est une obligation qui ne vaut que pour moi et qui n’a rien d’objectif.

Ces remarques valent également pour les obligations auxquelles j’assigne autrui. Ce n’est pas parce que je demande à autrui de faire quelque chose, fût-ce sous la menace physique, que l’action d’autrui sera morale. Si je veux soumettre untel au devoir de manger mexicain, ce devoir n’en est pas un ; il n’a rien d’objectif. Je fais comme si ce devoir existait en dehors de moi mais ce devoir n’existe pas en tant que tel.

Le principe de non-agression est un principe objectif. Il vaut en tant que tel, indépendamment des préférences personnelles de l’agent. Puisque cet impératif est objectif, chaque homme peut le connaître objectivement. En ce sens, il est universel. J’entends démontrer maintenant cet état de fait.

 

Une justification ontologique

Un homme est propriétaire de lui-même. Plus précisément, il est propriétaire de sa pensée, de son corps et de ses biens. Par conséquent, il jouit comme il l’entend d’un certain nombre de facultés, tant que les limites de son espace propre sont reconnues.

La propriété de soi est évidente par elle-même. On ne peut la nier sans commettre une contradiction performative. Réfuter la propriété de soi consiste en une action qui prouve par elle-même l’existence de cette propriété.

Nier la propriété de soi, celle de sa pensée, de son corps, de ses biens, revient, tout d’abord, à prouver qu’on est propriétaire de son esprit mais également de son corps. C’est agir d’une façon qui prouve qu’on est le possesseur de sa pensée, qu’on dispose comme on veut de ses idées et qu’il est techniquement impossible à autrui de régir le cours de notre pensée, à moins qu’il ne nous oblige à confier nos pensées, nous fasse subir un lavage de cerveau ou nous force à consommer des substances qui nous ôtent le contrôle de notre esprit.

C’est également agir d’une façon qui prouve qu’on est le possesseur de son corps, qu’on s’en sert comme on le veut, en agissant par exemple sur ses cordes vitales ou en se servant de ses doigts pour taper sur le clavier d’un ordinateur. Quand autrui me blesse, cela revient à m’ôter le libre exercice de la propriété de mon corps.

Enfin, argumenter à l’encontre de la propriété de soi présuppose l’appropriation ou la faculté d’appropriation d’un certain nombre de biens : un stylo, pour jeter ses idées sur le papier ; un micro, pour amplifier le son de sa voix devant un amphithéâtre, entre autres exemples.

Voilà en quoi la propriété de soi est évidente par elle-même. L’acte de nier la propriété de soi prouve la propriété de soi ; et ce, au niveau aussi bien de l’esprit et du corps que de la propriété extérieure. Le principe de non-agression est justifié par le caractère objectif de cet espace propre.

Agresser autrui en sa personne ou en ses biens, c’est disposer selon mon bon vouloir de ce qui ne m’appartient pas. À ce titre, c’est commettre ce qui doit ne pas avoir lieu. La nature même d’un homme, sa nature de propriétaire, interdit qu’il soit tué, blessé ou spolié.

 

Objection

Le lecteur malin rétorquera éventuellement que je passe du positif au normatif. Que je déduis d’un être ce qui doit être. Soit, un homme est propriétaire de lui-même ; mais on ne peut en déduire qu’il faille respecter cette propriété. Une telle objection ne va cependant pas plus loin que le sophisme.

Toute propriété est celle de quelqu’un, et donc, elle n’appartient pas aux autres. La propriété, par définition, revient de droit à son possesseur. Par conséquent, elle pose une limite à ne pas franchir, un interdit à ne pas transgresser. La propriété n’a pas à être fondée en droit, la propriété est un droit. Il n’y a pas lieu de distinguer entre propriété et droit de propriété ; toute propriété est à elle-même son propre droit.

Pas plus qu’un voleur n’est le propriétaire de ce qu’il a pris à autrui, un maître n’est le propriétaire de son esclave. La propriété est un droit objectif, pas une convention. Ce n’est pas la volonté du législateur qui détermine ce qui doit appartenir à un homme, c’est la nature d’un homme qui détermine ce qui lui appartient de fait, à charge pour le droit positif d’en prendre acte.

La propriété n’est pas un droit qui découle d’un fait ; c’est un droit qui existe de fait. La propriété, c’est un droit constitutif de la nature humaine ; pas un droit dérivé de la nature humaine.

 

La solidarité doit rester volontaire

En résumé, le principe de non-agression est un principe objectif, en cela qu’il prend acte d’un fait : la propriété de soi. Un homme est par nature propriétaire de lui-même ; sa nature assigne des interdits, qui existent en tant que tels, indépendamment de mon bon vouloir.

Le principe de non-agression ne peut tolérer aucune exception puisqu’il prend acte d’un interdit inconditionné. Un homme est le propriétaire de lui-même en toutes circonstances. On ne peut l’obliger, fût-ce de temps en temps seulement, à prêter assistance aux autres. Le contraindre physiquement à rendre service aux autres, que ce soit en l’obligeant à faire don de sa personne ou de ses biens, c’est toujours le priver du libre exercice de ce qui lui revient de droit.

Le principe de non-agression ne saurait donc s’incliner face aux revendications socialistes. Ce qui ne dévalorise en aucune façon la générosité, la bienveillance ou la solidarité. Mais ce comportement doit rester volontaire. C’est sur ce point que les libertariens rentrent en désaccord avec les socialistes.

Les arguments moraux en faveur du socialisme, sous sa forme radicale ou sous sa forme « light » social-démocrate, partent d’une conception altruiste de la morale. On peut exprimer en ces termes le principe altruiste : « fais du bien d’autrui ton bien propre, de ses intérêts propres ton intérêt personnel ». Ou encore : « sers à chaque fois que l’occasion t’en est donnée, et qu’il ne peut le faire par lui-même, les intérêts de ton prochain. »

Ce qui est moral, par définition, doit avoir lieu. Quitte à user de la contrainte physique pour que soit ce qui doit être. Les libertariens estiment que la force est légitime pour défendre les propriétés. Les socialistes, qui se réclament du principe altruiste, estiment que la force est légitime pour aider les individus à se prêter assistance les uns aux autres. Nous avons vu plus haut qu’il ne suffit pas de formuler un acte en un langage moralisant pour que cet acte soit moral dans les faits. Ce n’est pas parce que les socialistes estiment qu’on a le devoir de prêter assistance aux autres, que ce devoir existe de fait.

 

Pas de principe concurrent

Pour le coup, on est obligé de sauter du positif au normatif quand on veut défendre le principe altruiste. De quel droit un homme peut-il prétendre à ce que les autres servent, fût-ce sous la contrainte physique, ses intérêts à lui ? Il est tentant d’estimer qu’un homme étant un être vivant, sa nature lui assigne la finalité de survivre, ce qui n’est possible qu’à la condition de disposer de tout ce que sa survie requiert.

D’où la justification ontologique du socialisme : un homme a droit à ce que les autres garantissent sa subsistance ; en d’autres termes, les autres ont le devoir de garantir sa subsistance, quitte à ce qu’on les contraigne physiquement à satisfaire cette exigence quand ils se montrent réticents. Un homme a droit à être nourri, logé, soigné par les autres.

Ce qui cloche avec un tel argument, c’est qu’il constitue un non sequitur : un homme, certes, est un être vivant, confronté à l’alternative de survivre ou mourir ; mais cela ne prouve en aucune façon que sa raison d’être sur Terre soit de survivre, qu’il naisse avec une finalité, une mission à accomplir ici bas.

Un œil est un dispositif ainsi conçu qu’il nous permet de voir ; mais il n’a pas pour but de nous permettre de voir. Prétendre le contraire revient à déduire le devoir-être d’une chose à partir de son être, ce qui n’est pas logique. Un œil n’a pas pour but de voir ; crever les yeux d’un homme, ce n’est pas porter atteinte à la finalité qui découlerait de leur nature. Par conséquent, celui qui a les yeux crevés n’a pas droit à ce qu’on prenne les yeux des voyants pour les lui donner.

Pour satisfaire sa faim, un homme doit ingérer des aliments, son appareil digestif n’a pas pour autant la finalité de satisfaire ce besoin. Un homme n’a pas droit à ce qu’on le nourrisse.

Il n’y a donc pas de justification ontologique du principe altruiste. Ce n’est qu’une convention, un devoir fictif. Nous avons vu que le principe de non-agression est, pour sa part, objectif. Le principe altruiste n’est donc pas une concurrence sérieuse.

 

Une défense de la solidarité

Pour un altruiste, quelqu’un qui se réclame du principe altruiste, la solidarité est un devoir. En fait, sa position procède d’un sentiment plus fondamental, propre à la plupart d’entre nous, selon lequel il serait désirable ou souhaitable que les autres, et pas seulement nous, puissent accomplir leurs projets personnels.

Ce sentiment, qu’on peut qualifier de généreux ou bienveillant, nous pousse, par exemple, à céder notre place dans le bus. Entraîné par sa fièvre généreuse, l’altruiste pense qu’il a le devoir de servir ses semblables ; mais en fait, qu’il soit désirable que chacun atteigne ses fins propres, cela ne signifie pas que nous ayons le devoir de lui prêter main forte. Qu’il soit désirable que chacun puisse se payer des soins, ne signifie pas qu’il faille instaurer une assurance santé obligatoire. D’une façon générale, qu’il soit désirable que tout un chacun soit heureux en ce bas monde, cela ne signifie pas que nous ayons le devoir de rendre heureux nos semblables.

Voilà en quoi la solidarité peut être défendue, sans que ce ne soit d’un point de vue moral. Pourquoi s’opposer à ce que nous estimons désirables de faire, pourvu que nous n’empiétions pas sur le droit des autres ?

 

Conclusion

En d’autres termes, le respect de la personne et des biens d’autrui nous est dicté par la raison, mais la générosité vient du cœur. Cette vérité a quelque chose d’anodin. Mais les socialistes la foulent au pied quand ils proclament leurs idéaux coercitifs. Défendre sans concession le principe de non agression n’a rien d’extrémiste ; c’est faire preuve de discernement et de bon sens. La propriété de soi est objective ; pourquoi ne pas exiger le respect inconditionné de nos droits ? L’altruisme n’est pas objectif ; pourquoi se soumettre et soumettre les autres à un faux devoir ? Nous estimons néanmoins qu’il est désirable de servir notre prochain ; que faut-il de plus pour se montrer généreux ?


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ÉTHIQUE DE LA LIBERTÉ 

 

par André Dorais


          La différence entre la morale et l’éthique est historique. Les philosophes de l’Antiquité parlaient d’éthique, alors que les Latins l’ont traduit par la morale. On associe davantage la morale aux prescriptions de la religion, mais comme la plupart des gens, j’utilise ces termes indifféremment. 
  
          Kant est un des plus grands philosophes qui ait existé. Si j’avais à enseigner l’éthique à l’aide de quelques classiques, je choisirais Aristote et Spinoza pour leurs descriptions des vertus, Kant pour son analyse de la liberté et Murray N. Rothbard pour son analyse de l’agression. Évidemment, l’agression n’est pas une vertu, mais son étude facilite l’identification de tout ce qui se fait passer pour vertu. Bien qu’ils aient procédé différemment, Kant et Rothbard ont conclu à l’éthique de la liberté comme représentante de la justice universelle. En démasquant la prétention éthique du politique, Rothbard en indiquait toute l’exigence pratique. 

 

          Une synthèse de ces morales conduit à en retracer les limites. En effet, diviser l’éthique en deux champs distincts permet de mieux circonscrire le type de prescription qui s’y rattache. Ainsi, je regroupe les vertus, à l’exception de la justice et de la prudence, sous l’éthique du bonheur, soit une étude du caractère, tandis que l’éthique de la liberté est confinée aux questions de justice. Celle-ci a pour principe la non-agression. Malgré sa simplicité elle n’est pas respectée, ou si peu. Comment en viens-je à ces conclusions? 
  
La raison comme liberté 
  
          Si les auteurs susmentionnés ont leur propre conception de l’éthique, je considère néanmoins que celles-ci se complémentent davantage qu’elles se contredisent. Kant cherchait les fondements de la morale. Il a trouvé la liberté, qu’il caractérisait comme étant une « idée » et une « supposition nécessaire de la raison ». En d’autres mots, la liberté est pour lui, comme pour tous les auteurs qui l’ont suivi, un axiome, c’est-à-dire une vérité indémontrable. Cependant, à le lire il est difficile de ne pas établir une équivalence entre raison et liberté. 
  
          En effet, en quoi diffère la raison de la liberté de penser? Pourquoi dire que la raison est un attribut ou une caractéristique de l’homme et la liberté un axiome? Pourquoi faire cette différence? A-t-on mieux démontré la raison que la liberté? Dire que la liberté est la raison n’est certes pas conventionnel, mais cela n’enlève rien à ceux qui en font un postulat et décrit tout aussi bien, voire mieux, la nature humaine. 
  
          En réalité, ces concepts sont non seulement interchangeables, on les éliminerait que cela n’y changerait rien. En autant que vous sachiez distinguer le pouvoir exercé par la force de celui exercé par la raison, vous serez en mesure de décrire la réalité. 
  
L’éthique comme raison pratique 
  
          Dans cette optique, la liberté (la raison) n’est pas seulement le fondement de l’éthique, mais le fondement de toute science. À son tour, le fondement ou plus précisément le principe de l’éthique, de la raison pratique, est la non-agression. Avant d’être un devoir, le principe de non-agression est un intérêt. L’homme reconnaît qu’il a intérêt à coopérer avec autrui ou, à tout le moins, à ne pas l’agresser. L’éthique est d’abord un calcul, c’est-à-dire qu’elle demeure toujours la raison. 
  
          La coopération permet de combler ses désirs plus rapidement. Cet intérêt de coopérer implique également un désir de maintenir la vie. Un homme ne peut prendre le temps d’argumenter cette vérité sans en même temps la prouver. Ici se fondent la description et la prescription, la raison et l’éthique, l’être et le devoir être. L’éthique de la liberté est rationnelle. 
  
Le principe de l’éthique 
  
          Vouloir maintenir la vie d’autrui pour profiter de sa coopération constitue la base du principe de non-agression. Au même titre que le fondement moral kantien, le principe de non-agression est universel, c’est-à-dire qu’il est à l’avantage de tous sans être au détriment de personne. 
  
          Une agression est une attaque contre une personne. Toutefois, on la définit généralement de manière extensive. L’agression physique en est la pire forme. Le vol commis sous la menace d’agression n’est pas loin derrière. Ravir le bien de quelqu’un, sans le menacer, ne constitue pas une agression physique, mais en étirant la définition et en considérant que cet acte subtilise une partie de l’homme lui-même, on dira que cela en constitue la forme la plus ténue. Cependant, que l’on accepte ou non de qualifier la fraude et le vol simple comme des agressions, cela n’en demeure pas moins inacceptable. 
  
          On n’a pas besoin de sonder les gens pour s’assurer qu’une vaste majorité est d’accord avec le principe de non-agression, car cela est dans l’intérêt de tous. Il s’agit d’un principe établi par l’évolution de la raison. Il vise toute action humaine. Celui qui n’en tient pas compte est potentiellement dangereux. Aucune morale ne peut prétendre être légitime et universelle si elle ne respecte pas ce principe. 
  
Propriété et liberté: deux concepts permettant d’atteindre un même but 
  
          Le concept de non-agression est un principe, c’est-à-dire premier devoir de l’homme. Ce devoir lui permet d’espérer rester en vie, car sans ce principe sa vie est constamment menacée. La raison pratique lui indique de respecter l’homme pour ce qu’il est, soit un propriétaire. Un homme ayant comme seule richesse ce qu’il porte sur le dos n’en demeure pas moins l’unique autorité de ses actes. Il est propriétaire de lui-même, maître de ses choix. 
  
          Le concept de propriété renvoie à l’homme et à ses possessions, tandis que le concept de liberté renvoie à la raison et la raison pratique, par conséquent à toute action humaine. Puisque l’homme tente de mettre en pratique ses idées, respecter celles-ci implique le respect de ses actions. En termes abstraits, respecter la liberté signifie également le respect des libertés. Respecter la propriété signifie essentiellement la même chose. Ces concepts ne sont pas synonymes, mais ils se recoupent beaucoup. 
  
          Les libertés ne se limitent pas seulement à celles se retrouvant dans les chartes des droits, mais à toutes celles entendues sous le concept de liberté ou de propriété. Ces libertés, qui deviennent droits individuels sous le sceau de la légalité, se ramènent toutes au principe de non-agression. Respectez ce principe et vous accomplissez tous vos devoirs. Faites-le en partie et vous commettez une injustice. 

 

     « Vous n’êtes pas plus "progressiste" parce ce que vous taxez 70% des revenus plutôt que 20%. Vous n’êtes pas plus "solidaire" parce que vous augmentez les subventions. Vous n’êtes pas plus "juste" parce que vous faites des soins de santé un monopole d’État. »

 

          Dans son intérêt, l’homme doit à autrui la non-agression. Les problèmes commencent lorsqu’on traite ce devoir d’essence individuelle en devoir collectif. On interprète d'abord la lettre des droits plutôt que l’esprit, ensuite on les confond avec des droits soi-disant collectifs (démocratiques, sociaux et économiques). Ce faisant, on multiplie l’obligation. Or, l’homme n’a pas à subir d’autres contraintes que celles qu’ils s’imposent à lui-même tant et aussi longtemps qu’il n’agresse personne. La multiplication des contraintes n’est pas dans son intérêt. Le politique va en sens inverse de l’éthique. 
  
L’imposture de la morale sociale-démocrate 
  
          La morale démocratique (étatiste, égalitaire) n’a de morale que la prétention. Il s’agit d’une morale qui s’impose par la force coercitive de la loi. Par conséquent, elle ne peut prétendre à l’universalité, car ce critère implique un désir qui soit imposé par la seule force de la raison. Les gens veulent la non-agression, mais beaucoup moins veulent la taxation. Celle-ci est établie de manière coercitive et cela suffit pour disqualifier ce régime de morale. 
  
          Cette morale est instable, car elle tente de s’établir en ayant recours à un seuil ou à un degré quelconque impossible à déterminer. Ses partisans se disputent entre eux à savoir si la générosité commence avec un salaire minimum à 10$, 20$ ou 50$ de l’heure; si le niveau d'imposition est abusif à partir de 20%, 50% ou 75% des revenus; s’ils doivent étendre le contrôle des prix à d’autres secteurs d’activités; s’ils doivent ajouter d’autres monopoles à ceux qu’ils détiennent déjà dans les services des soins de santé, d’éducation, de sécurité, etc. 
  
          S’ils n’invoquent pas directement la morale, les partisans de la social-démocratie la sous-entendent par l’utilisation constante de concepts à connotation morale. Or, on ne peut pas invoquer la morale ou la justice en termes de degré. Vous n’êtes pas plus « progressiste » parce ce que vous taxez 70% des revenus plutôt que 20%. Vous n’êtes pas plus « solidaire » parce que vous augmentez les subventions. Vous n’êtes pas plus « juste » parce que vous faites des soins de santé un monopole d’État. Inversement, vous n’avez pas moins de « morale » à réduire le taux de taxation. Vous pourriez être la personne la plus charitable au monde tout en abolissant la taxation et le gouvernement. 
  
          La morale étatique est fausse, car elle vise un résultat sans tenir compte des moyens pour y arriver. Pour ses partisans, la morale est dans l’égalité. Ils visent une égalité économique ou, à tout le moins, une plus grande redistribution des richesses afin que tout le monde reçoive plus ou moins la même chose. Il y a plusieurs problèmes avec cette approche, mais le principal est que pour y arriver vous devez utiliser la force coercitive de l’État. Or, utiliser des moyens coercitifs pour arriver à ses fins est nécessairement immoral. 
  
          Les sociaux-démocrates essaient par des moyens tous plus démagogiques les uns que les autres à convaincre les gens que taxer est un mal nécessaire pour faire le bien. La vérité est que vous ne pourrez jamais justifier rationnellement qu’un bien peut résulter d’un mal sans tomber dans des raisonnements spécieux. 
  
          Une morale, pour être légitime et universelle, doit viser les moyens et non les résultats. Si vous visez des résultats, tels que l’égalité économique, et que vous prenez des moyens coercitifs pour y arriver, vous êtes injuste et immoral. Que cette façon de procéder soit le lot des sociétés d’aujourd’hui n’y change strictement rien. Le fait d'être appuyé par une majorité permet certes avoir le dernier mot, mais non parce que cette dernière a raison, plutôt parce qu’elle s’impose par la force. Une majorité, même démocratique, n’est pas un gage de moralité et de justice, mais tout au plus le fondement d'un pouvoir exercé par la force. La morale n’est pas une question de majorité, pas plus qu’elle se mesure en termes de degré. La morale est une question de principe. 
  
Délimitation de l’éthique
 
  
          L’éthique a pour champ toute l’activité humaine. Vous ne pouvez pas ne pas en tenir compte sans être considéré dangereux pour les autres, car toute autre science et toute autre activité lui sont subordonnées. Elle n’a qu’une seule exigence: la non-agression entendue de manière extensive. La plupart des gens n’ont aucune difficulté avec ce principe tant qu’on ne considère pas la taxation comme étant un vol. Pourtant, personne ne paie volontairement les taxes. Celles-ci sont justifiées par des arguments fallacieux qui tentent de subordonner l’éthique aux autres sciences.  
  
          En subordonnant l’éthique, notamment au politique, cela laisse le champ libre aux gouvernements pour faire à peu près n’importe quoi. Il n’existe pas une telle chose qu’une justice applicable en droit et une autre applicable en éthique. La justice est à la recherche de la vérité et non de l’autorité. Il n’y a qu’une seule justice universelle: l’éthique de la liberté ou le droit tel qu’il doit être. 
  
          En plaçant la légalité d’un système normatif au-dessus de l’éthique vous abaissez celle-ci à celle-là. Vous obtenez un droit qui n’a pour seule légitimité que la force légale. Or, donner son assentiment à la légalité d’un système juridique sans se soucier de savoir s’il est légitime ou non, c’est faire preuve d’un relativisme moral. En tant que membre d’une société, vous êtes partie intégrante d’une morale ou d’une éthique. Vous n’en sortez pas. Il n’existe pas de science de l’homme amorale.  
  
          Se contenter de la légalité d’un système juridique, c’est déjà montrer ses couleurs. Le relativisme moral est injuste et immoral s’il permet l’agression. Dans la mesure du possible le scientifique tente de rester impartial dans l’exercice de ses fonctions, mais il lui est impossible d’être amoral tant qu’il vit en société. Celui qui endosse l’agression doit être combattu. Or, les politiciens, juges, avocats, sociologues, économistes, historiens et autres commentateurs de l’action humaine tentent-ils de réduire l’agression ou d’en promouvoir une forme différente? Le premier camp est libéral, le second social-démocrate.  
  
          Aujourd’hui, la tendance est à identifier (assimiler) la morale à la démocratie. Le problème, c’est que vous n’arriverez jamais à trouver un niveau d'imposition qui corresponde à l’éthique, car celle-ci n’est pas une question de degré. Plus longtemps vous chercherez l’éthique à travers un régime politique, plus grandes seront vos chances de tomber avec lui, car celle-ci est une perversion de celle-là.  
  
          À force de taxer les gens, la démocratie réduit le choix individuel. Lorsque le choix est réduit, la richesse l'est autant. Richesse qui vous simplifie la vie et qui vous permet de l’apprécier. La morale démocrate conduit à une forme d'égalité, mais une égalité dépourvue d’originalité et d’initiative, une égalité dans la pauvreté et la misère. 
  
          Certains prétendront que la morale n’est pas le fruit de l’homme, mais de son créateur. Tant que les gens respectent le principe de non-agression les morales religieuses ne posent aucun problème à l’éthique. Si un homme adhère volontairement à une religion en connaissance de cause, un libéral n’en a rien à redire.  
  
Les vertus 
  
          L’éthique de la liberté ne dit rien des vertus, si ce n’est par l’entremise de la justice, mais elle leur laisse toute la place. La pratique des vertus est souhaitable, alors que la justice est un devoir. Un homme généreux et courageux est certes intéressant, mais s’il ne respecte pas la propriété d’autrui comment peut-il prétendre être juste? Un homme qui ne répond pas d’abord de la justice ne peut prétendre agir moralement. Taxer les uns pour donner aux autres n’est pas plus un acte de générosité que de justice. Vous ne pourrez jamais être généreux en distribuant l’argent des autres contre leur gré, car la générosité est la vertu du don et celui-ci ne peut être que volontaire.  
  
          L’éthique de la liberté est calculatrice et par là elle est froide. Toutefois, elle est essentielle à une vie en société, bien qu’insuffisante au bonheur. La pratique des vertus vient combler en partie ce vide. Ne dit-on pas que le plaisir est de donner? Les vertus sont toujours du ressort de la raison, mais elles font également place aux sentiments. 

          Certes, justice et générosité concernent l’une et l’autre nos rapports avec autrui (du moins principalement: on peut en avoir besoin aussi pour soi-même); mais la générosité est plus subjective, plus singulière, plus affective, plus spontanée, quand la justice, même appliquée, garde en elle quelque chose de plus objectif, de plus universel, de plus intellectuel ou de plus réfléchi. La générosité semble devoir davantage au coeur ou au tempérament; la justice, à l’esprit ou à la raison (André Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus).

          L’éthique du bonheur est une étude du caractère. Les vertus en sont le contenu, le bonheur le but. Le désir est le premier moteur de l’homme, mais il doit céder sa place à la raison pour le guider. Sans l’aide de celle-ci il risque de prendre des vessies pour des lanternes. À trop contenir celui-là sa vie peut être juste, mais triste. Le bonheur est possible sans la justice, mais il risque alors d’être éphémère. La justice est donc une condition du bonheur durable. L’homme ne saurait s’en passer, mais il ne s’ensuit pas qu’il ait besoin de l’État. 
  
          Le libéral a pour sujet de prédilection la philosophie de l’action, la praxéologie, c’est-à-dire l’étude de l’action humaine, qui reconnaît d’emblée l’éthique de la liberté. Cette étude peut lui donner un air sérieux, froid, et peut-être l’est-il en réalité, mais il n’est pas obligé d’en rester là. L’éthique du bonheur est ouverte à tout le monde, mais elle se pratique d’autant plus facilement qu’il y a éthique de la liberté.


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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 23:59
La définition de la Liberté selon Ron Paul

En collaboration avec l'Institut Coppet, nous vous proposons à la lecture l’introduction de Liberty Defined (2011), récent livre du libertarien Ron Paul, candidat à l'investiture du Parti républicain pour l'élection présidentielle américaine de 2012.

 

 

Introduction

http://www.institutcoppet.org/wp-content/uploads/2011/08/9692754-197x300.jpgL’histoire et les idées politiques dominantes de l’Amérique s’identifient à la liberté. La Déclaration d’Indépendance affirme que la vie, la liberté et la recherche du bonheur sont des droits inaliénables, mais je pense que la vie et la recherche du bonheur dépendent également de la liberté, socle fondamental de notre pays. Nous employons le mot presque comme un cliché. Mais savons-nous ce que cela signifie ? Sommes-nous capables de la reconnaître lorsque nous la rencontrons ? Plus fondamentalement, sommes-nous capables de reconnaître l’opposé de la liberté lorsqu’il nous est vendu comme une forme de liberté ?

 

La liberté signifie exercer les droits humains de n’importe quelle manière aussi longtemps que cela n’interfère pas avec l’exercice des droits des autres.  Cela signifie avant tout d’exclure le gouvernement de nos vies. Ce chemin seul conduit à la libération des énergies humaines qui construit les civilisations, procure la sécurité, génère la richesse, et protège le peuple des violations systématiques des droits. Dans ce sens seule la liberté peut réellement écarter la tyrannie, le grand et éternel ennemi de l’humanité.

 

La définition de la liberté que j’utilise est la même que celle admise par Thomas Jefferson et sa génération. Son acception découle de la grande tradition de la liberté, car Jefferson lui-même s’est nourri à la source de John Locke (1632-1704). J’utilise le terme « libéral » sans ironie ni mépris, car la tradition libérale dans son véritable sens, du Moyen Age tardif au début du vingtième siècle, avait pour but de libérer la société des chaînes de l’État. Voilà un objectif que je me fixe et que devraient, je pense, se fixer tous les Américains.

 

Croire en la liberté n’est pas croire en un résultat social ou économique particulier. C’est faire confiance à l’ordre spontané qui émerge lorsque l’État n’intervient pas dans la volonté et la coopération humaines. Elle permet aux gens de régler leurs problèmes et de construire leurs vies à leur manière, de prendre des risques en acceptant la responsabilité qui en découle, et de décider par eux-mêmes.

 

Est-ce que nos dirigeants à Washington croient en la liberté ? Ils le prétendent parfois. Je ne pense pas qu’ils disent la vérité. L’existence à Washington, DC, de l’État Léviathan pilleur de richesses, une énorme machine caricaturale que personne ne peut contrôler et que peu de gens défient sérieusement, un monstre qui se manifeste en permanence dans tous les aspects de nos vies, est la preuve suffisante que nos dirigeants n’y croient pas. Aucun des deux partis ne défend véritablement les idéaux classiques et fondamentaux qui ont donné naissance à la Révolution Américaine.

 

Les coûts de ce léviathan sont évidemment incommensurables. Le vingtième siècle a enduré deux guerres mondiales, une crise économique mondiale et une « Guerre Froide » de quarante cinq ans où deux superpuissances se faisaient face avec des dizaines de milliers de fusées intercontinentales armées de charges nucléaires. Et pourtant aujourd’hui la menace du gouvernement, partout dans le monde, pourrait bien représenter un plus grand danger que tout ce qui s’est produit au vingtième siècle. Nous sommes contrôlés où que nous allions : au travail, au magasin, à la maison et à l’église. Plus rien n’est privé : ni la propriété, ni la famille, ni même nos lieux de culte. Nous sommes encouragés à nous espionner mutuellement et à supporter passivement que des agents du gouvernement nous scannent, nous harassent et nous remettent à notre place jour après jour. Si vous protestez vous êtes mis sur une liste noire. Si vous vous battez pour révéler la vérité, comme l’ont fait WikiLeaks et d’autres sites, vous devenez une cible et pouvez être anéantis. Parfois nous avons l’impression de vivre littéralement dans un roman cauchemardesque comme 1984 ou Brave New World, avec de moins en moins de liberté économique. Certains diront que c’est une hyperbole ; d’autres comprendront exactement ce dont je parle.

 

L’enjeu est le rêve américain lui-même, qui à son tour est associé avec notre niveau de vie. Trop souvent nous sous-estimons le véritable sens de l’expression « niveau de vie ». A mon sens elle concerne directement toutes les questions qui affectent notre bien-être matériel, et par conséquent notre vision de la vie elle-même : que nous soyons pleins d’espoir ou désespérés, que nous prévoyions un progrès ou une régression, que nous pensions que nos enfants s’en sortiront mieux ou moins bien que nous-mêmes. Toutes ces considérations sont au cœur de l’idée de bonheur. L’expression « niveau de vie » recouvre presque tout ce que nous attendons de la vie sur cette terre. Il s’agit simplement de la manière dont nous pouvons définir nos vies.

 

Nos niveaux de vie sont rendus possibles par l’institution bénie de la liberté. Lorsque la liberté est attaquée, tout ce à quoi nous tenons est attaqué. Les gouvernements, par leur nature même, sont en concurrence notoire avec la liberté, même si l’intention proclamée pour établir un gouvernement donné est de protéger la liberté.

 

Prenez par exemple les États-Unis. Notre pays fut créé avec les idéaux les plus élevés jamais connus et le respect de la liberté individuelle. Et pourtant regardez où nous en sommes aujourd’hui : des dépenses et une dette incontrôlables ; une bureaucratie monstrueuse qui règle chacun de  nos pas ; un mépris total pour la propriété privée, les marchés libres, une monnaie saine et la sphère privée ; et une politique étrangère d’expansion militaire. Les freins mis à notre gouvernement dans la Constitution par les Pères Fondateurs n’ont pas fonctionné. De puissants intérêts particuliers gouvernent et il semble qu’il n’y ait aucun moyen pour les combattre. Alors que la classe moyenne est détruite, les pauvres souffrent, les riches légitimes sont pillés et les riches illégitimes s’enrichissent. La richesse du pays est tombée entre les mains de quelques uns au détriment de tous les autres. Certains disent que c’est à cause d’un manque de réglementations à Wall Street, mais ce n’est pas exact. La racine du problème est bien plus profonde que cela.

 

La menace à la liberté ne se limite pas aux États-Unis. L’hégémonie du dollar a globalisé la crise. Rien de pareil ne s’est jamais produit avant. Toutes les économies sont liées et dépendantes de la capacité du dollar à maintenir sa valeur, alors qu’en même temps la production illimitée de dollars est censée sauver tout le monde.

 

Cette mondialisation du dollar est rendue plus dangereuse par presque tous les gouvernements qui agissent de manière irresponsable en étendant leurs pouvoirs et en vivant au delà de leurs moyens. La dette mondiale est un problème qui va s’amplifier si nous continuons sur cette voie. Et pourtant tous les gouvernements ; et surtout le nôtre, n’hésitent pas à accroître leurs pouvoirs au détriment de la liberté dans un effort futile de nous imposer leur vision. Ils croissent et s’enfoncent davantage dans la dette.

 

Dans notre effort pour remonter la pente, il est essentiel de comprendre comment les gouvernements sont toujours en concurrence avec la liberté et détruisent le progrès, la créativité et la prospérité.  La compétition entre le pouvoir abusif du gouvernement et la liberté individuelle est un problème vieux comme le monde. Le concept de liberté, reconnu comme un droit naturel, a pris de milliers d’années pour être compris par les masses en réaction à la tyrannie imposée par ceux dont le seul désire est de régner sur les autres et de vivre de leur assujettissement.

 

Ce conflit était compris par les défenseurs de la République Romaine, les israélites de l’Ancien Testament, les barons rebelles de 1215 qui réclamaient le droit d’habeas corpus, et certainement par les fondateurs de ce pays, qui imaginèrent la possibilité d’une société sans rois ni despotes et définirent ainsi le cadre qui a inspiré tous les mouvements de libération depuis lors. Il est compris par un nombre croissant d’Américains qui réclament des réponses et exigent la fin de l’hégémonie de Washington sur le pays et le monde.

 

Et pourtant, même parmi les amis de la liberté, il y a beaucoup de gens qui ont été trompés à croire que le gouvernement peut les protéger du tout risque, leur procurer une sécurité économique équitablement répartie et améliorer leur comportement moral individuel. Si le gouvernement se voit attribuer le monopole de la coercition pour atteindre ces buts, l’histoire montre que cette force conduit toujours à des abus. Sans aucune exception.

 

Au cours des siècles des progrès ont été réalisés dans la compréhension du concept de liberté individuelle et de la nécessité de rester vigilants en permanence pour limiter l’abus de pouvoir du gouvernement. Malgré des progrès constants, des périodes de recul et de stagnation ont eu lieu. Au cours des derniers cent ans les États-Unis et la plus grande partie du monde ont connu un recul de la cause de la liberté. En dépit de toutes les avancées technologiques, en dépit d’une compréhension plus raffinée des droits des minorités, en dépit de toutes les avancées économiques, l’individu jouit d’une bien moindre protection contre l’État qu’il y a un siècle.

 

Depuis le début du siècle dernier, de nombreuses graines de destruction ont été plantées qui ont maintenant grandi pour permettre un assaut systématique contre nos libertés. Avec une terrible crise financière et monétaire sur nous et qui menace l’avenir aussi loin que le regard porte, il est devenu bien visible que la dette nationale est insoutenable, que la liberté est menacée et que la colère et les craintes des gens augmentent. Plus fondamentalement, il est maintenant clair que les promesses et panacées du gouvernement sont sans valeur. Le gouvernement a une fois de plus échoué et l’exigence d’un changement s’amplifie de jour en jour. Il suffit d’observer les violentes variations de majorité des partis au pouvoir.

 

Le seul résultat des promesses gouvernementales fut d’amener les gens par la tromperie à croire en un faux sens de sécurité. L’autosatisfaction et le manque de confiance ont produit un énorme hasard moral, conduisant un grand nombre de gens à des comportements dangereux. L’autonomie et la responsabilité individuelle ont été remplacées par des bandes organisées qui ont réussi à se faufiler par la ruse dans la position de contrôle du système qui distribue la richesse pillée du pays.

 

L’alternative qui s’offre maintenant à nous est : de nouveaux pas vers l’autoritarisme ou un effort renouvelé pour promouvoir la cause de la liberté. Il n’y a pas de troisième option. Cet effort doit incorporer une compréhension plus moderne et plus sophistiquée de la merveille de l’économie de marché et en particulier de l’urgence morale et pratique de la réforme monétaire. La faute abyssale d’un gouvernement qui sape le génie créateur d’esprits libres et la propriété privée doit être pleinement comprise.

 

Ce conflit entre gouvernement et liberté, amené au point d’ébullition par la plus grosse faillite de l’histoire, a généré les protestations coléreuses qui se sont produites spontanément dans le pays et le monde. Les producteurs se révoltent et les bénéficiaires des largesses sont furieux et agités.

 

La crise exige une révolution intellectuelle. Heureusement cette révolution est en marche et si on la cherche sérieusement on peut la trouver. N’importe qui peut y participer. Nos idées sur la liberté ne se sont pas seulement développées au cours des siècles, elles font actuellement l’objet de débats attendus et une compréhension moderne, améliorée du concept est en vue. La Révolution est vivante et se porte bien.

 

L’idée de ce livre n’est pas de produire un plan pour l’avenir ni une défense complète d’un programme libéral. Ce que j’offre ici sont des opinions sur une série de sujets controversés qui ont tendance à déconcerter les gens et qui sont éclairées par ma propre expérience et ma réflexion. Je n’offre pas de réponses finales mais plutôt des balises pour réfléchir sérieusement à ces questions. Je ne m’attends certainement pas à ce chaque lecteur soit d’accord avec mes opinions, mais j’espère vraiment pouvoir inspirer des pensées et des débats sérieux, fondamentaux et indépendants à leur sujet.

 

Par dessus tout, le thème est la liberté. Le but est la liberté. Les produits de la liberté sont toutes les choses que nous aimons et dont aucune ne peut être fournie par le gouvernement. Nous devons avoir la possibilité de nous les procurer par nous-mêmes en tant qu’individus, familles, en tant que société ou pays. C’est parti : de A à Z.

 

Ron Paul, Liberty Defined, 2011, Appendice :

Les dix principes d’une société libre : 

  1.  
  2. Les droits appartiennent aux individus, pas à des groupes ; ils découlent de notre nature et ne peuvent être ni accordés ni supprimés par le gouvernement.
    Toutes les associations pacifiques et volontaires de nature économique ou sociale sont autorisées ; le consentement est la base de l’ordre économique et social.
    Tout bien justement acquis est la propriété privée d’individus ou de groupes volontairement constitués, et cette propriété ne peut être arbitrairement supprimée par les gouvernements.
    Le gouvernement ne peut redistribuer les avoirs privés ni consentir des privilèges particuliers à tout individu ou groupe.
    Les individus sont responsables de leurs actes ; le gouvernement ne peut et ne doit pas nous protéger de nous-mêmes.
    Le gouvernement ne doit pas s’arroger de monopole sur l’argent d’un peuple et il ne doit jamais s’adonner à la fausse monnaie, même au nom de la stabilité macroéconomique.
    Les guerres d’agression, même si elles sont qualifiées de préventives, et même si elles ne concernent que des relations commerciales, sont interdites.
    Le pouvoir législatif du jury, c’est à dire le droit des jurés de juger la loi aussi bien que les faits, est un droit du peuple et la norme des tribunaux.
    Toutes formes de servitude involontaire sont interdites, pas seulement l’esclavage mais aussi la conscription, l’association forcée et la distribution imposée de subsides.
    Le gouvernement doit respecter la loi qu’il demande aux autres de respecter et par  conséquent il ne doit jamais faire usage de la force pour inciter à des comportements, manipuler des arrangements sociaux, gérer l’économie, ou dire à d’autres pays comment ils devraient se comporter.

 

Traduction de l’introduction du récent livre de Ron Paul : Liberty Defined, 2011

Par Jacques Peter, Institut Coppet


 

Nous inaugurons ici une série qui sera consacrée à une Amérique profonde dont nos médias bien-pensants, en France ou en Suisse, ne parlent jamais ou alors de manière aussi condescendante et caricaturale que possible, une Amérique éloignée, très éloignée même des bobos de la Côte Est, de toutes les côtes en fait, cette Amérique qui n’est pas celle de Wall Street ou de Berkeley, mais bien celle qui demeure attachée aux principes et aux valeurs nationales authentiques, cette Amérique du bon sens, libertarienne, paléoconservatrice (contraire de néoconservatrice), patriote, qui défend sa Constitution — amendements compris —, cette Amérique de Main Street qui achète de l’or plutôt que des actions de Wall Street, qui compte sur son épargne (en métaux précieux ou autres actifs tangibles) plutôt que sur les plans fédéraux gravement déficitaires pour financer et garantir ses vieux jours, cette Amérique qui défend surtout le pouvoir local, la primauté de l’individu contre les tentacules de la pieuvre fédérale.

Nous commençons cette série par la traduction française d’un discours certes vieux de cinq ans, mais qui n’a pas perdu une once de sa pertinence, un discours fortement d’actualité à l’heure où le dollar creuse chaque jour davantage sa tombe, un discours prononcé devant le Congrès des Etats-Unis par le représentant républicain du Texas et ancien candidat à l’élection présidentielle, le docteur Ron Paul (que nous présenterons plus en détail dans le cadre de cette série).

Depuis les années 70, ce dernier avertit que le dollar et l’économie des États-Unis courent à leur perte, que le monstre qu’est devenu l’État fédéral, avec des dépenses hors de contrôle et des pouvoirs exorbitants, menace à la fois la prospérité et la liberté du citoyen lambda. L’État fédéral, aux yeux d’un nombre croissant de citoyens de l’Amérique profonde, c’est Big Government, Big Brother, Big Gun, Big Business, etc. Toute ressemblance avec les dictatures bureaucratiques de Moscou (durant la guerre froide) ou de Bruxelles (actuellement) ne relève évidemment pas, vous l’aurez compris, d’une coïncidence fortuite.

Ceux qui ont lu Tocqueville savent mieux que quiconque comment l’Amérique s’est construite, de bas en haut, et non inversement, avec un pouvoir local (communes, états) fort et un état fédéral plutôt faible. C’est l’individu et non le pouvoir fédéral distant qui constituait, dans l’esprit des Pères fondateurs, le plus haut niveau de décision. En fait, l’Amérique s’est bâtie sur le même esprit que la Confédération helvétique… un bon sens qui subit depuis quelques décennies et ce des deux côtés de l’Atlantique, l’assaut ininterrompu de celles et ceux, bien pensants de tout poil, qui veulent renverser le système, pour le plus grand malheur du citoyen.

C’est en effet l’inversion survenue progressivement à partir de la fin du XIXe siècle (en fait depuis la fin de la guerre de Sécession) qui a petit à petit amené la République américaine dans la situation monstrueuse et insoutenable dans laquelle elle se trouve actuellement, celle d’un ogre qui accable sa propre population d’impôts, de lois liberticides, la maintien sous le joug de Wall Street et autres lobbies malfaisants et envoie ses enfants se faire trouer la peau aux quatre coins du monde sous de fallacieux prétextes humanitaires. Car en effet, cet ogre tentaculaire, en plus d’asservir sa population, menace également le monde de ses canons. Malheur à ceux qui tenteront d’échapper à ses griffes impériales. Comment croire les discours des administrations successives selon lesquels quand l’Amérique se déploie militairement à travers le monde, c’est bien sûr toujours pour promouvoir la démocratie et la paix universelle… quand on voit la manière dont l’état fédéral écrase ses propres administrés? Ça nous fait penser à Noam Chomsky qui dit dans un de ses ouvrages que si on devait juger sur les critères du tribunal de Nuremberg les présidents qui se sont succédé à la Maison Blanche depuis 1945, aucun n’échapperait à la potence. C’est tout dire.

Le discours de Ron Paul, que nous vous proposons ci-après, est un excellent moyen d’aborder cette problématique importante. Le Texan a raison depuis des décennies. Il faut croire que sa nouvelle candidature présidentielle en vue de 2012, après sa campagne de 1988 pour le compte du parti libertarien et celle de 2008 (dans le cadre des primaires républicaines, avec quelques beaux résultats comme une deuxième place dans l’état du Nevada et plusieurs délégués) sonne un peu comme la dernière chance de sauver la nation américaine qui ne peut plus continuer sur la voie qui est la sienne depuis plus de cinquante ans et dont le cap doit être changé au plus vite.

Soit cette nation élit Ron Paul en 2012 (mais ça risque déjà d’être trop tard, l’Amérique va-t-elle s’effondrer avant la prochaine élection?) et la transition vers plus de modestie se fera de la manière la moins chaotique possible (retrait de tous les soldats déployés à l’étranger, fin de l’ingérence dans les affaires des nations souveraines, suppression de la Fed et de sa planche à billets, régulation draconienne voir suppression également de Wall Street, retour à l’hégémonie des états de l’union au détriment de celle de l’état fédéral, etc.) soit cette nation continue sur sa voie destructrice actuelle avec un Barack Obama ou un néoconservateur républicain, et là c’est dans le chaos de l’effondrement de Wall Street comme de l’état fédéral que nous assisterons — à coup d’émeutes et de guerre civile — à la dislocation de ce qui aura été, ces soixante dernières années, la première puissance mondiale.

Ce que disait Ron Paul en 2006 devant le Congrès des États-Unis restera alors comme autant de prophéties et d’avertissements que les élites auront sciemment négligés.

Le Zèbre pour fouthese.com

14.07.11

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RON PAUL

Député du Texas à la Chambre des représentants des États-Unis d’Amérique

15 février 2006

La fin de l’hégémonie du dollar des États-Unis

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Salvador

Traduit et publié avec l’autorisation expresse de l’équipe de campagne de Ron Paul (2007)

 

Il y a un siècle, on parlait de « diplomatie du dollar ». En 1989, après la chute de l’Union soviétique, cette politique a évolué en « hégémonie du dollar ». Cependant, après toutes ces années de grande réussite, la domination de notre dollar touche à sa fin.

On a dit à juste titre que celui qui détenait l’or faisait la loi. Autrefois, on considérait qu’un commerce équitable et honnête se faisait sur la base d’un échange de biens de valeur réelle.

À l’origine, il ne s’agissait que de troc. On s’est ensuite rendu compte que l’or revêtait une attraction universelle, capable de se substituer à une méthode de troc mal commode. Non seulement l’or facilitait les échanges de biens et de services, mais encore il pouvait constituer une réserve de valeurs pour ceux qui désiraient épargner en prévision de temps plus durs.

Les gouvernements, au fur et à mesure de leur expansion, se sont octroyé le monopole du contrôle de la monnaie, au détriment des marchés. En principe, les gouvernements parvenaient à garantir la qualité et la pureté de l’or, mais il arrivait qu’ils dépensent davantage que ce que leurs rentrées autorisaient. Au lieu de courir le risque de se heurter à la désapprobation de la population avec de nouveaux impôts ou la hausse de ces derniers, les rois et les Césars n’ont pas mis longtemps à gonfler leur monnaie en réduisant la quantité d’or contenue dans chaque pièce, en espérant que leurs sujets ne découvriraient pas la supercherie, ce qui ne manquait pas de finir par susciter de vives protestations de la part d’une population loin d’être naïve.

De ce fait, les dirigeants ont été poussés à partir à la conquête d’autres nations pour chercher de l’or. Les populations ont pris l’habitude de vivre au-dessus de leurs moyens, avec du pain et du cirque. Le financement d’extravagances par la conquête de terres étrangères devenait l’alternative logique au dur labeur et à la croissance de la production. La conquête ramenait non seulement de l’or, mais encore des esclaves. Lever l’impôt sur les territoires envahis était un encouragement à la construction d’empires. Le système a bien fonctionné un certain temps, mais le déclin moral des populations a affaibli le désir de produire pour ses propres besoins. Le nombre limité de pays pouvant être potentiellement mis à sac pour leurs richesses finissait par diminuer, ce qui avait raison des empires. Lorsqu’il n’était plus possible d’obtenir de l’or, les puissances militaires s’écroulaient. En ces temps-là, ce sont bien ceux qui détenaient l’or qui faisaient la loi et sortaient leur épingle du jeu.

Cette règle générale s’est perpétuée au cours du temps. Lorsque l’or était utilisé et que des règles protégeaient un commerce honnête, les nations productives prospéraient. Dès lors que les nations riches – celles qui possèdent des armées puissantes et de l’or – ont porté exclusivement leur effort sur l’obtention d’un empire et sur une fortune facile pour garantir le bien-être de leur population, elles ont échoué.

Aujourd’hui, si le principe n’a pas changé, la situation est bien différente. Le papier, et non plus l’or, est la monnaie de l’empire. La règle, du moins pour l’instant, est la suivante : « C’est celui qui imprime la monnaie qui fait la loi. » Bien que l’or ne soit plus utilisé, l’objectif demeure : il s’agit de contraindre les pays étrangers à produire et à alimenter le pays qui détient la puissance militaire et les commandes de la « planche à billets ».

La monnaie de papier n’étant pas à l’abri des contrefaçons, il faut toujours que l’émetteur de la devise internationale soit doté d’une puissance militaire suffisante pour garder la mainmise sur le système. On semble avoir trouvé là le schéma parfait pour permettre au pays émetteur de ce qui est de facto la devise mondiale de s’enrichir de manière perpétuelle. Toutefois, le seul problème est que, à l’instar de ceux qui détenaient l’or par la conquête, un tel système détruit le caractère même de la population de la nation qui contrefait. En effet, ce système décourage l’épargne et la production des Américains, tout en les incitant au surendettement, faisant ainsi disparaître le bien-être social.

Ceux qui bénéficient de ce bien-être social et ceux qui demandent des compensations ou des indemnisations pour préjudices font pression pour gonfler la devise. Dans tous les cas, le principe de responsabilisation personnelle du citoyen est rejeté.

Lorsque la monnaie de papier n’est plus acceptée, ou lorsque l’or vient à manquer, ce sont la richesse et la stabilité politique du pays qui sont perdues. Au lieu de vivre au-dessus de ses moyens, le pays est, du coup, contraint de vivre au-dessous de ses moyens, jusqu’à ce que les systèmes politiques et économiques se conforment aux nouvelles règles, règles qui ne sont plus dictées par ceux qui contrôlent une « planche à billets » désormais hors service.

La « diplomatie du dollar », une politique mise en place par William Howard Taft et son secrétaire d’État Philander C. Knox, avait pour but de renforcer les investissements commerciaux américains en Amérique latine et en Extrême-Orient. En 1898, McKinley devait fomenter une guerre contre l’Espagne, et le corollaire de Théodore Roosevelt à la doctrine Monroe devait précéder l’entreprise agressive de Taft qui consistait à utiliser le dollar et l’influence diplomatique des États-Unis pour garantir les investissements américains à l’étranger. Voilà donc l’origine du terme « diplomatie du dollar ». L’entreprise de Roosevelt est importante en ce qu’elle a permis de justifier les interventions américaines par le simple fait qu’un pays entrant dans la sphère des intérêts américains risquait, d’un point de vue politique ou budgétaire, de passer sous contrôle européen. Désormais, le gouvernement des États-Unis revendiquerait non seulement le droit, mais encore le devoir, de préserver les intérêts commerciaux américains de l’influence européenne.

Cette nouvelle politique, qui succédait à celle dite de la « diplomatie de la canonnière » de la fin du XIXe siècle, consistait à acheter notre influence, avant d’avoir recours à la menace de l’emploi de la force. En articulant la « diplomatie du dollar » de William Taft, on semait la graine de l’empire américain, graine destinée à croître dans le sol politique fertile qui avait perdu amour et respect pour la république léguée par les auteurs de la Constitution américaine. De fait, cet amour et ce respect avaient bien disparu. Il n’a pas fallu longtemps avant que, vers la moitié du XXe siècle, la « diplomatie du dollar » se mue en « hégémonie du dollar ».

Mais cette transition ne pouvait s’opérer que par un changement radical de la politique monétaire du pays, voire de la nature même du dollar.

En 1913, le Congrès américain devait créer la Réserve fédérale, communément appelée la Fed. Entre cette date et 1971, tous les principes de saine gestion monétaire ont été systématiquement bafoués. En effet, durant cette époque, la Fed a trouvé bien plus facile de faire fonctionner la « planche à billets » pour financer les guerres ou pour manipuler l’économie, le tout en rencontrant peu de résistance du Congrès, et au bénéfice des groupes de pression qui influençaient le gouvernement.

La domination du billet vert a véritablement trouvé son plein essor après la Seconde Guerre mondiale. Le pays n’a pas subi les destructions dont les autres nations ont souffert. En outre, les coffres étaient pleins de tout l’or de la planète. Mais le monde, avec l’assentiment des politiciens, a fait le choix de ne pas revenir à une discipline financière basée sur l’or. Imprimer des billets pour payer les factures était bien plus populaire que taxer ou restreindre des dépenses non indispensables. Pour des avantages à court terme, on a institutionnalisé pour des décennies un système de déficits publics.

L’accord de Bretton Woods de 1944 a consolidé le dollar dans son rôle prééminent de valeur de réserve au niveau mondial, remplaçant dans ce rôle la livre sterling. La force politique et militaire des États-Unis aidant, à quoi il faut ajouter nos énormes réserves en or, le monde a accepté bien volontiers notre dollar (sur la base de 1/35 l’once) comme devise de réserve. Le dollar, convertible au taux susmentionné dans toutes les banques centrales étrangères, était considéré comme « aussi bon que l’or ». Un métal que les citoyens américains n’avaient toutefois pas le droit de détenir. Ce système de change basé sur l’or était dès le départ voué à l’échec.

Les États-Unis ont fait ce que beaucoup avaient prédit, à savoir, imprimer plus de billets verts que l’or ne pouvait en garantir. Trop content, le monde entier a accepté cette manne de dollars pendant plus d’un quart de siècle, jusqu’à ce que les Français et d’autres exigent des États-Unis qu’ils tiennent leur promesse, à savoir, rendre une once pour 35 dollars versés au Trésor américain. La conséquence fut une énorme déperdition d’or qui mit fin à un système de change bien mal calculé.

C’est le 15 août 1971 que le président Nixon devait fermer le robinet en interdisant la sortie de la moindre des 280 millions d’onces d’or restantes dans les coffres du Trésor. Ce ne fut rien d’autre qu’une déclaration d’insolvabilité des États-Unis. Chacun, dès lors, était forcé de reconnaître qu’un nouveau système monétaire devait être mis en place pour garantir la stabilité des marchés.

Étonnamment, le nouveau système mis en place laissait aux États-Unis le contrôle exclusif de la presse à imprimer les billets de la devise de réserve mondiale, et ce sans aucune restriction, pas même un semblant de convertibilité en or, rien ! Bien que la nouvelle politique était encore plus bancale que la précédente, elle ouvrait la porte à l’hégémonie du dollar.

Réalisant que le monde s’embarquait dans quelque chose d’inconnu et de risqué, l’élite des gestionnaires monétaires, avec le soutien sans faille des autorités américaines, a mis au point un accord avec l’OPEP pour fixer dans le monde entier le prix du pétrole exclusivement en dollar des États-Unis, et ce pour toutes les transactions. Cela faisait du dollar une devise à part, de fait garantie par le pétrole. En échange, les États-Unis promirent à tous les royaumes pétroliers du golfe Persique une protection contre une éventuelle invasion ou un éventuel coup d’État. Cet accord a contribué à exacerber les mouvements islamiques radicaux contre la présence et l’influence américaine dans la région. Cet accord a renforcé le dollar de manière artificielle, générant d’impressionnants bénéfices pour les États-Unis. L’influence florissante du dollar nous a permis d’exporter notre inflation monétaire en achetant du pétrole et d’autres marchandises à moindre coût.

Ce système post-Bretton Woods était bien plus fragile que celui qui avait prévalu entre 1945 et 1971. Bien que l’accord « pétrodollar » était utile, il s’est avéré encore moins stable que le prétendu cours du dollar basé sur l’or de Bretton Woods. Il était certainement bien moins stable que le système d’étalon-or qui prévalait à la fin du XIXe siècle.

Dans les années 1970, alors que le dollar s’effondrait presque, les prix du pétrole flambaient et l’or atteignait 800 dollars l’once. En 1979, il a fallu des taux d’intérêt de 21 % pour sauver le système. La pression sur le dollar des années 1970, nonobstant les profits qui s’accumulaient sur cette monnaie, n’était que le résultat du déficit budgétaire abyssal et de l’inflation monétaire des années 1960. En dépit des déclarations du président Johnson selon lesquelles les États-Unis auraient les moyens de s’offrir le beurre, l’argent du beurre ainsi que des canons, les marchés n’ont pas été dupes.

Une fois encore, le billet vert était sauvé, ce qui a conduit à une véritable hégémonie du dollar qui dure depuis les années 1980 jusqu’à aujourd’hui. Avec l’extraordinaire collaboration des banques, aussi bien centrales que commerciales, du monde entier, le dollar a été accepté comme valant de l’or.

Le président de la Fed, M. Alan Greenspan, a, à diverses occasions, répondu à mes injonctions devant la commission bancaire de la Chambre des représentants concernant ses opinions antérieures favorables à l’or, en disant que lui et d’autres dirigeants de banques centrales avaient fait de leur monnaie papier (le dollar) une devise dont ils pouvaient répondre comme si c’était de l’or.

J’objectais en soulignant qu’une telle prouesse constituait un défi à des siècles d’histoire économique qui avaient montré qu’une monnaie devait correspondre à une valeur réelle. D’un air suffisant, il répondait en disant que ces dernières années, les banques et les institutions financières avaient intérêt à entretenir un dollar fiable, et qu’elles ne cachaient pas qu’elles vendaient ou prêtaient sur le marché de grandes quantités d’or, même lorsque la chute du cours de cette matière première soulevait de sérieuses questions sur la sagesse d’une telle politique. Ces institutions n’ont jamais admis avoir voulu contrôler le cours de l’or, mais il est abondamment prouvé qu’elles croyaient que si le prix de ce métal précieux chutait, le marché prendrait confiance, confiance qu’elles avaient canalisée de façon étonnante en changeant du papier en or.

L’augmentation des cours de l’or est historiquement considérée comme un signe de méfiance dans la monnaie papier. Ce récent effort n’est pas vraiment différent de celui du Trésor américain consistant à vendre de l’or à 35 dollars l’once dans les années 1960, dans le but de convaincre le monde que le billet vert était aussi solide que le métal jaune. Même durant la Dépression, l’un des premiers actes de Roosevelt fut d’empêcher la cotation libre de l’or, cachant ainsi un système monétaire vicié en rendant illégale la détention d’or par les citoyens américains. Les lois de l’économie ont fini par limiter cet effort, comme elles l’ont fait dans les années 1970, lorsque le Trésor américain, la Banque mondiale et le FMI ont tenté de contenir le cours de l’or en déversant sur les marchés des tonnes de ce métal précieux, dans le but de briser les velléités de ceux qui, lorsque la détention d’or fut à nouveau légalisée, cherchaient dans cette matière première un refuge pour se prémunir de la chute du dollar.

Entre 1980 et 2000, l’effort pour tromper les marchés sur la véritable valeur du dollar a une fois de plus échoué. Ces cinq dernières années, le dollar s’est déprécié de plus de 50 % par rapport à l’or. Il est impossible de flouer tout le temps tout le monde, même lorsque l’on contrôle la « planche à billets » de la Réserve fédérale.

Malgré tous les inconvénients du système de monnaie fiduciaire, l’influence du dollar n’a pas diminué. Les résultats semblaient positifs, mais les vices du système perduraient. Indécrottables, les politiciens de Washington n’ont eu qu’une idée en tête, sauver les apparences, tout en refusant de comprendre et de changer de politique. Les seules solutions à des problèmes artificiellement créés par une politique et un système monétaire profondément corrompu furent le protectionnisme, la fixation arbitraire des taux de change, les droits de douane punitifs, les sanctions fondées sur des motifs politiques, les subventions aux entreprises, la gestion du commerce international, les contrôles des prix, des taux d’intérêt et des salaires, les sentiments ultranationalistes, la menace de l’emploi de la force et, enfin, la guerre.

À court terme, les émetteurs de la devise de réserve peuvent engranger de juteux bénéfices. Mais à long terme, cela fait peser une menace sur le pays émetteur de la devise mondiale, en l’espèce les États-Unis. Tant qu’à l’étranger, on prend nos dollars en échange de marchandises réelles, nous nous en sortons. C’est là un avantage que beaucoup au Congrès refusent de reconnaître, tout en fustigeant la Chine pour qu’elle maintienne une balance commerciale positive à notre égard. Mais cela conduit à une perte d’emplois dans le domaine des produits manufacturés d’exportation, ce qui nous rend de plus en plus dépendants de l’étranger, et donc moins autosuffisants. Grâce à leurs taux d’épargne élevés, les pays étrangers accumulent du dollar qu’ils nous prêtent ensuite « généreusement » à des taux peu élevés, pour nous permettre de financer notre consommation excessive.

C’est une bonne affaire pour tout le monde, jusqu’à ce que l’enthousiasme pour notre dollar faiblisse, voire que notre monnaie ne soit plus acceptée. Cela pourrait changer la donne et nous obliger à assumer le coût réel de notre vie au-dessus de nos moyens et au-delà de ce que permet notre production. La lune de miel planétaire avec notre dollar commence déjà à pâlir, mais le pire est à venir.

L’accord des années 1970 avec l’OPEP pour l’établissement du prix du pétrole en dollars à beaucoup renforcé artificiellement celui-ci en tant que principale devise de réserve, ce qui a créé une demande universelle qui a permis d’absorber l’énorme quantité de billets verts générée chaque année. Pour la seule année dernière [2005], l’indice M3, celui qui mesure la masse monétaire totale de billets verts en circulation dans le monde, a augmenté de plus de 700 milliards de dollars.

La demande artificielle de dollars et la puissance militaire des États-Unis mettent ces derniers en position de « faire la loi » dans le monde sans aucun travail productif, sans épargne et sans limites à la consommation ou aux déficits. Le seul problème est que cela ne peut durer.

La hausse des prix montre le bout de son vilain nez, et la bulle du NASDAQ, générée par l’argent facile, a éclaté. De même, la bulle immobilière est en train de se dégonfler. Les prix de l’or ont doublé et les dépenses fédérales sont effrénées, sans aucune volonté politique de les maîtriser. Le déficit commercial s’élevait, pour l’année dernière (2005), à plus de 728 milliards de dollars. Une guerre qui coûte 2000 milliards de dollars fait rage, et on prévoit de l’étendre à l’Iran et, pourquoi pas, à la Syrie. Le seul élément limitatif serait le rejet du dollar par le monde. C’est inéluctable, et les conditions seront pires que celles de 1979-1980, où il a fallu des taux d’intérêt à 21 % pour y faire face. En attendant, tout sera fait pour protéger le dollar. Avec ceux qui détiennent des dollars, nous avons intérêt à faire perdurer le système.

Dans son premier, discours après avoir quitté la Réserve fédérale, Greenspan justifiait la hausse du cours de l’or par des inquiétudes relatives au terrorisme, et non par des inquiétudes d’ordre monétaire causées par la fabrication d’une quantité excessive de billets verts lorsqu’il était en fonction. Il faut redorer le blason du dollar, au détriment de l’or qu’il faut discréditer. Même lorsque la devise américaine sera sérieusement attaquée par les marchés, les banques centrales et le FMI feront tout ce qui est concevable pour absorber les dollars, dans l’espoir de restaurer la stabilité monétaire. En définitive, ils échoueront.

Mais ce qui est plus important encore, c’est la nécessité de conserver la relation entre dollar et pétrole, pour permettre au billet vert de conserver sa position dominante. Toute mise en cause du système des pétrodollars sera combattue par la force, comme cela s’est déjà produit.

En novembre 2000, Saddam Hussein s’est mis à exiger des euros en échange de son pétrole. Son arrogance constituait une menace pour le dollar, mais sa faiblesse militaire n’en constituait pas une. Le secrétaire au Trésor, Paul O’Neill, rapporte qu’à la première réunion de l’administration Bush, en 2001, le principal sujet abordé fut « comment se débarrasser de Saddam Hussein », bien qu’aucune preuve n’existait selon laquelle celui-ci constituait une menace pour les États-Unis. M. O’Neill fut étonné et choqué par une si vive préoccupation au sujet de Saddam Hussein.

Comme chacun le sait désormais, la réaction immédiate au sein de l’administration américaine après les attentats du 11 septembre fut de s’interroger sur la façon de faire porter le chapeau à Saddam Hussein, histoire de justifier l’invasion de l’Irak et le renversement de son gouvernement. Même sans preuves de toute implication de ce gouvernement dans les attentats du 11 septembre ou de la présence d’armes de destruction massive en Irak, la désinformation et l’interprétation spécieuse des faits justifiant un renversement du gouvernement de Saddam Hussein a généré un large soutien auprès du Congrès et du public américains.

Nul n’a jamais avoué publiquement que la vraie raison du renversement de Saddam Hussein était son attaque, par le fait de vendre son pétrole en euros, contre l’intégrité du dollar en tant que devise de réserve. Nombreux sont ceux qui pensent que cela fut la source de notre obsession anti-irakienne. Pour ma part, je doute que ce fût la seule raison, mais je pense que cela a joué un rôle important. Très peu de temps après le succès militaire, les ventes de pétrole irakien étaient intégralement rétablies en dollars. L’euro fut abandonné.

En 2001, l’ambassadeur du Venezuela en Russie mentionna l’intention du Venezuela de réaliser les ventes de son pétrole en devises européennes. Dans l’année qui suivit, un coup d’État fut tenté contre le président Chavez, avec, semble-t-il, l’aide de la CIA.

Les tentatives de l’euro pour se faire une place en vue de devenir la devise de réserve du monde ayant rencontré quelque résistance, la chute du dollar contre l’euro a été momentanément inversée. Ces événements ont certainement joué un rôle dans le maintien de la domination du dollar.

Les sympathies des États-Unis envers ceux qui avaient comploté pour renverser Chavez sont avérées. Du reste, le gouvernement américain fut mis dans l’embarras par l’échec de cette tentative. Le fait que Chavez ait été élu démocratiquement n’a d’ailleurs pas exercé une très grande influence quant au parti que nous avons pris.

À présent, quelque chose de nouveau est tenté contre le pétrodollar. L’Iran, qui lui aussi fait partie de l’axe du mal, a annoncé son projet de créer une Bourse du pétrole en mars de cette année. Et devinez quoi… les cours seront fixés en euros !

La majorité des Américains a oublié comment, au cours des années, nous avons systématiquement et sans raison cherché à nous mettre les Iraniens à dos. En 1953, c’est la CIA qui a aidé à renverser le leader démocratiquement élu, Mohammed Mossadegh, pour installer à sa place le régime autoritaire du shah, mieux disposé à l’égard des États-Unis. Les Iraniens écumaient encore contre cet événement lors de la prise d’otages de 1979. Notre alliance avec Saddam Hussein, lorsque celui-ci a envahi l’Iran au début des années 1980, n’a pas amélioré les relations avec l’État perse, pas plus qu’avec Saddam Hussein lui-même. L’annonce, en 2001, par le gouvernement américain que l’Iran faisait partie de l’axe du mal n’était pas pour améliorer les relations diplomatiques entre nos deux pays. Les récentes menaces relatives au nucléaire sans tenir compte que l’Iran est entouré de pays dotés d’armes de ce type ne semblent pas tenir compte des multiples provocations qui continuent à l’égard de l’Iran. Avec cette dernière histoire et ce que de nombreux musulmans perçoivent, être de notre part une guerre contre l’islam, il n’est pas étonnant que l’Iran choisisse de nuire aux intérêts américains en s’attaquant au dollar. À l’instar de l’Irak, l’Iran n’est aucunement en mesure d’attaquer les États-Unis. Cependant, cela ne nous a nullement empêchés de faire de Saddam Hussein un nouvel Hitler prêt à dominer le monde. L’Iran, depuis qu’elle a mentionné ses projets de fixer les cours de son pétrole en euros, fait l’objet d’une guerre de propagande semblable à celle qui fut menée contre l’Irak avant l’invasion.

Le maintien de la suprématie du dollar n’est probablement pas la seule raison de la guerre contre l’Irak ou de l’agitation à l’encontre de l’Iran. Bien que les véritables raisons de la guerre sont complexes, nous savons maintenant que les arguments qui ont motivé la guerre, comme celui de la présence des armes de destruction massive en Irak ou celui de l’implication de Saddam Hussein dans les attentats du 11 septembre, étaient fallacieux. L’importance du dollar est évidente, mais l’influence du projet des néoconservateurs de refonte du Moyen-Orient n’en est pas moins importante. L’influence d’Israël et des chrétiens sionistes a joué un rôle tout aussi déterminant dans l’entreprise de cette guerre. La protection de « notre » approvisionnement en pétrole a défini notre politique au Moyen-Orient depuis des décennies.

Mais la vérité est que le paiement de l’addition de cette intervention agressive n’est plus possible au moyen de la méthode classique, c’est-à-dire par plus d’impôts, plus d’épargne et plus de production de la part des Américains. Une grande partie des coûts engendrés par la guerre du Golfe de 1991 avaient été, de plein gré, pris en charge par nos alliés. Il n’en est pas de même aujourd’hui. Plus que jamais, c’est l’hégémonie du dollar, sa prééminence comme devise mondiale de réserve qui, aujourd’hui, est indispensable pour financer nos énormes dépenses militaires. Les 2000 milliards de dollars au titre d’une guerre qui n’en finit pas devront, d’une manière ou d’une autre, être payés. C’est à cela, et à cela seulement, que sert l’hégémonie mondiale du dollar.

La plupart des véritables victimes ne savent pas comment elles paient l’addition. Le permis de battre monnaie à partir de rien se répercute sur les prix, qui augmentent. Le citoyen américain lambda, ainsi que celui du Japon, de la Chine et de partout dans le monde, subit une inflation qui fait office d’« impôt » destiné à payer nos campagnes militaires aventureuses. Cela marchera tant que la supercherie ne sera pas découverte et tant que les producteurs étrangers continueront d’accepter des billets verts ou d’en détenir en échange de leur production. Tout est fait pour empêcher que cette escroquerie soit mise au jour et portée à la connaissance de ceux qui la subissent. Si les marchés du pétrole remplacent le dollar par l’euro, cela mettra fin, à terme, à notre capacité à imprimer sans restriction la monnaie de réserve du monde.

Importer des marchandises de valeurs et exporter un dollar en pleine dépréciation représente un avantage absolument considérable. La croissance économique des pays exportateurs est devenue dépendante de nos achats. Cette dépendance les fait demeurer complices de l’escroquerie, ce qui maintient le dollar à un cours artificiellement élevé. Si ce système était viable à long terme, les Américains n’auraient plus besoin de travailler. À notre tour, comme ce fut le cas pour les Romains, nous pourrions profiter « du pain et du cirque ». Malheureusement pour Rome, la source d’or a fini par se tarir, et son incapacité à poursuivre le pillage des nations conquises a mis fin à son empire.

C’est ce qui nous arrivera si nous ne changeons pas de système. Bien sûr, nous n’occupons pas de pays étrangers que nous pouvons piller directement, mais nous avons des troupes déployées dans 130 nations. Nos efforts intenses pour étendre notre domination dans un Moyen-Orient riche en ressources pétrolières ne sont pas un hasard. Cependant, désormais, nous ne revendiquons plus la possession directe des ressources ; nous nous bornons à insister sur le fait que nous pouvons nous les procurer à notre guise, au moyen de notre monnaie de papier. Et tout pays qui remet en question notre autorité le fait à ses risques et périls.

Une nouvelle fois, le Congrès s’est lancé dans une propagande en faveur de la guerre contre l’Iran, comme il avait fait pour l’Irak. Il ne s’agit pas d’attaquer l’Iran économiquement, mais militairement si nécessaire. Ces arguments s’appuient sur les mêmes raisons fallacieuses qui ont justifié l’occupation de l’Irak, avec les conséquences que l’on connaît.

Tout notre système économique dépend du schéma monétaire actuel, ce qui signifie que le recyclage du dollar est indispensable. Aujourd’hui, nous empruntons annuellement plus de 700 milliards de dollars à nos généreux bienfaiteurs, qui travaillent dur et acceptent de nous céder leurs marchandises contre du papier. Ensuite, nous devrons emprunter pour consolider l’empire tant et plus (le budget du Département de la défense s’élève à 450 milliards de dollars). La puissance militaire dont nous jouissons devient le garant de notre devise. Peu de pays peuvent rivaliser militairement avec nous. En conséquence, ils sont contraints d’accepter notre dollar, que nous revendiquons comme étant l’« or d’aujourd’hui ». Voilà pourquoi des nations qui contestent ce système, l’Irak, l’Iran et le Venezuela, s’attirent nos foudres et font l’objet de projets de changements de régime.

Paradoxalement, la supériorité du dollar dépend de notre supériorité militaire, et notre supériorité militaire dépend du dollar. Tant que les étrangers acceptent de nous livrer des marchandises en échange de dollars et sont prêts à financer aussi bien notre consommation effrénée que notre militarisme extravagant, le statu quo se poursuivra, quelle que soit l’énormité future de la dette extérieure et du déficit budgétaire.

Toutefois, le danger est bien réel que ceux qui contestent notre politique sans être en mesure de nous défier militairement le fassent économiquement. C’est pourquoi la menace iranienne est prise très au sérieux. L’argument selon lequel l’Iran constituerait une menace imminente pour la sécurité des États-Unis est aussi fallacieux que les accusations à l’encontre de l’Irak. Pourtant, on constate actuellement peu de résistance à cette marche forcée vers la confrontation de la part de ceux qui avançaient des raisons politiques pour s’opposer à une guerre contre l’Irak.

La population et le Congrès semblent se laisser facilement convaincre par le chauvinisme des partisans de la guerre préventive. C’est seulement une fois les comptes faits en vies humaines et en espèces sonnantes et trébuchantes que la population s’insurge contre un militarisme peu sage.

Étrangement, alors que l’échec en Irak est une évidence pour une écrasante majorité d’Américains, ceux-ci, de chœur avec le Congrès, semblent opiner du chef à l’appel à une confrontation aussi inutile que dangereuse avec l’Iran.

Là encore, notre incapacité à se saisir de Ben Laden et à détruire son réseau ne nous a pas dissuadés de nous en prendre aux Irakiens dans une guerre qui n’avait rien à voir avec le 11 septembre.

Seule la préoccupation de maintenir le cours du pétrole en dollars permet d’expliquer la volonté des États-Unis de tout laisser tomber et de donner une leçon à Saddam Hussein pour son outrecuidance à vouloir vendre son pétrole en euros.

Une fois encore, un appel urgent aux sanctions est lancé et on menace de recourir à la force contre l’Iran, au moment précis où ce dernier ouvre une Bourse du pétrole en euros.
Faire usage de la force pour obliger des gens à accepter de l’argent sans réelle valeur ne fonctionnera qu’un temps. Cela ne fera qu’aboutir à une dislocation économique aussi bien domestique qu’internationale, et cela se paiera cher.

La loi économique selon laquelle un commerce honnête ne se fait qu’avec des valeurs réelles comme monnaie d’échange ne saurait être contournée. Le chaos auquel aboutira une expérience de trente-cinq années de fabrication d’une monnaie fiduciaire mondiale exigera que l’on retourne à une monnaie à valeur réelle. Nous saurons que ce jour est proche lorsque les pays producteurs de pétrole exigeront de l’or ou son équivalent en lieu et place des dollars ou des euros. Le plus tôt sera le mieux.

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 23:58
Tea Party Manifesto

Give Us LibertyLe Tea Party est un mouvement qui a débuté en 2009 avec des rassemblements, des défilés et des réunions locales. Depuis lors, des centaines de milliers d'Américains se sont levés pour protester contre la croissance sans limites des dépenses publiques, la réglementation forcée et l’augmentation de la dette.

Ils appellent à la restauration des principes de base de l'Amérique : la liberté individuelle, la responsabilité financière et, plus important, le gouvernement constitutionnel limité. Ils refusent cet État « nounou » (« nany state ») dont la raison d’être est la redistribution et le contrôle, pour la simple et bonne raison qu’il ruine le pays. Ce sont ces principes qui ont fait de la manifestation du 12 septembre 2009, à Washington, l’une des plus importantes de l’histoire des Etats-Unis.

Dick Armey et Matt Kibbe sont, respectivement, président et directeur général de Freedom Works, un acteur majeur dans le Tea Party Movement. Dick Armey est un ancien leader de la majorité républicaine à la Chambre des représentants. Ils sont tous deux les auteurs de Give Us Liberty : A Tea Party Manifesto, publié le 17 août 2010 chez Harper Collins.

« Le Tea Party Movement n'est pas à la recherche d'un partenariat junior, mais d'une OPA hostile sur le Parti républicain », explique Kibbe. (Wall Street Journal, 9 février 2009)

Les candidats soutenus par le Tea Party sont de jeunes entrepreneurs en politique qui savent s’imposer par leur connaissance du terrain. Dans le monde réel, cela relève du bon sens. À Washington D.C., ils apparaissent comme des extrémistes (« radicals »). L’administration et les partis ne peuvent imaginer un ordre social qui ne soit pas sous contrôle. Pourtant, comme l’ont bien montré Hayek et Polanyi, la décentralisation est la meilleure façon de maximiser les contributions de chacun et de bénéficier de leurs connaissances.

Par ailleurs, le Tea Party propose un contrat avec ses candidats qui repose sur trois idées simples :

- Le rejet de « cap-and-trade », la législation pour contrôler les émissions de gaz à effet de serre

- L’adoption d’une « réforme fondamentale de la fiscalité » qui remplacerait le « byzantin code des impôts » par un code des impôts « simple et juste »

- L’abrogation et le remplacement du « remboursement des soins de santé géré par le gouvernement »

Extrait traduit d'une intervention de Matt Kibbe dans Reason Magazine :

De mon point de vue, le Tea Party Movement est un chaos splendide ou comme le décrirait le prix Nobel d’économie Friedrich Hayek, un « ordre spontané ». Nous sommes un mouvement non hiérarchisé, populaire, décentralisé, composé de gens qui croient dans la liberté, dans un gouvernement qui ne dépense pas l'argent qu'il n'a pas et qui croient dans la particularité de notre république constitutionnelle. Ils ont surgi de leurs canapés et de leurs tables de cuisine comme un contrepoids puissant et auto-organisé face à l'opportunisme politique, au « big government » et aux intérêts particuliers.

Une des vertus de ce monde décentralisé d’aujourd'hui, c'est que les citoyens ne sont plus dépendants de vieilles institutions tels que le Congrès, les réseaux de télévision, ou même les think tanks. Comme le Tea Party Movement lui-même, l'accès à l'information est complètement décentralisé par l’infinité des sources online. Comme le processus de découverte qui détermine les prix sur un marché sans entraves, ces réseaux informels profitent de ce que le philosophe Michael Polanyi appelle « connaissance personnelle ». Blogueurs et citoyens militants sur l'Internet rassemblent ces fragments de connaissances et s’en servent comme centre d'information sur la véracité des faits et l'importance des bonnes idées.

Une femme qui marchait dans la manifestation à Washington DC, le 12 Septembre 2009, avait une grande bannière blanche, presque aussi grande qu'elle. Elle avait écrit, de façon succincte : "Read Thomas Sowell." Ils écoutent Glenn Beck et étudient Saul Alinsky. Ils ont également lu Rand, Friedman et Mises. Ils ont même lu la Constitution des États-Unis, aussi intemporelle soit-elle, risquant les foudres de leurs supérieurs érudits et cosmopolites.

Le Tea Party Movement, s’il se maintien, a le potentiel de libérer l’Amérique des bureaucrates dépensiers, des arrivistes politiques, et des parasites en quête de rentes à vie. Les valeurs qui nous animent, moins d’impôts, moins de gouvernement et plus de liberté, sont comme une grande tente philosophique plantée au coeur même de la politique américaine."
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Au sortir de la guerre de Sept Ans (1756-1763), la réelle première Guerre mondiale de l’Histoire (dans le sens qu’elle s’était déroulé sur trois continents distincts, Amérique, Europe et Asie) l’Empire britannique était certes vainqueur, mais financièrement exsangue. France et Royaume-Uni, les deux principaux protagonistes du conflit, étaient même virtuellement en faillite. La monarchie versaillaise vivait ses dernières années et Londres, son ennemi dont l’Empire colonial sortait certes renforcé de la confrontation, était quasiment à bout de souffle. La dette britannique, colossale, s’exprimait alors en dizaines de millions de livres sterling de l’époque, une somme faramineuse en ce temps-là. Les troupes britanniques se déployaient sur tous les continents et la marine de guerre contrôlait les principales voies de navigation et de commerce, grâce à un astucieux réseau de péages maritimes (Gibraltar, le Cap, plus tard les Malouines, Suez, Panama, etc.). Bref, le soleil ne se couchait jamais sur l’Empire de Sa Majesté le Roi George III.

Depuis 1757 et leur victoire (déjà décisive) contre les Français à la bataille dite de Plassey, les Britanniques exerçaient une domination et un contrôle sans partage sur l’ensemble du sous-continent indien. L’âge d’or des comptoirs portugais et néerlandais dans la région faisait de leur côté déjà partie du passé. Les Indes Orientales (une zone bien plus grande que l’Inde actuelle, recoupant les régions allant de l’actuel Iran aux confins de l’Extrême-Orient), regorgeaient de richesses naturelles (coton, épices, soie, thé, métaux, pierres précieuses en plus de la main-d’oeuvre abondante et bon marché sans parler bien sûr du pétrole encore inconnu et inutilisé). Cette région grande comme un continent était le véritable Eldorado de l’époque. Le contrôle de ces richesses allait certes s’avérer un atout dans la manche britannique, mais les profits réalisés par la Compagnie des Indes orientales qui bénéficiait d’un monopole d’État sur leur exploitation ne suffiraient pas à renflouer les caisses, Londres le savait pertinemment. Il fallait davantage pour nourrir l’Empire, dont les déploiements de troupes aux quatre coins du monde exerçaient une pression insoutenable sur le budget national.

En plus de prélever arbitrairement sa part des productions et autres récoltes à travers tout l’Empire, le Chancelier de l’Échiquer (le ministre des Finances) avait aussi, par le biais d’une imposante et rigoureuse bureaucratie, un autre moyen de saigner les colonies au profit du pouvoir central de Londres : l’impôt.

En 1765, soit au lendemain de la guerre de Sept Ans dont nous avons parlé plus haut, la Parlement britannique, sous l’impulsion du gouvernement de Sa Majesté, vota le Stamp Act, loi décriée visant spécifiquement les colonies nord-américaines de l’Empire qui prévoyait la taxation au profit de Londres de tout acte notarié, de toute remise de document officiel (actes de propriété, permis divers, contrats, etc.) en Nouvelle-Angleterre. Pour être valable, tout document officiel devait soit porter un timbre fiscal (sorte d’apostille) soit être imprimé sur un papier spécial hors de prix, fourni par Londres. Devant la levée de boucliers que suscita ladite loi au sein des colonies nord-américaines, elle fut rapidement abrogée.

La colère des colons de Nouvelle-Angleterre était principalement causée par le fait que ladite loi avait été adoptée par le Parlement de Westminster sans les consulter aucunement (les colons, considérés depuis Londres comme autant de « bouseux » étaient non représentés dans un Parlement britannique alors pratiquement ouvert qu’à l’aristocratie et à la haute bourgeoisie métropolitaine). Pour Londres, l’abandon du Stamp Act n’était que partie remise. Il fallait rapidement trouver un autre moyen de faire payer les colons américains, du moins de s’en servir pour dégager un profit et soulager les finances de l’Empire.

À partir de 1767, donc dans la foulée de l’abrogation du Stamp Act, Londres, et ce bien sûr toujours sans consultation des colons américains, décida de leur imposer toute une série de lois à caractère fiscal, aujourd’hui appelées le Townsend Act, du nom du ministre des Finances britanniques de l’époque. Parmi les mesures instaurées dans le cadre de cette frénésie législative, la mise en place d’un bureau des douanes dans le port de Boston par lequel devraient obligatoirement transiter toutes les marchandises importées sur le Nouveau Continent, afin d’y être taxées pour le compte de Londres. Cela provoqua la fureur des colons qui se révoltèrent contre cette évidente privation de souveraineté. Ils ne voulaient pas désormais payer leurs marchandises importées plus cher sous prétexte de payer un impôt au pouvoir central de Londres. Ils étaient frustrés et en colères de ne pouvoir exercer de contrôle sur des lois les concernant, mais votées au loin par un Parlement qui s’apparentait de plus en plus à un Parlement étranger au service d’intérêts étrangers.

De nombreux et sanglants incidents opposant les colons aux soldats britanniques émaillèrent la presque décennie qui sépara l’adoption du Townsend Act du début de la guerre d’indépendance qui marquerait la rupture définitive avec Londres. À partir de 1767, plus aucun bien ne pouvait être importé en Amérique depuis l’Europe ou ailleurs sans acquittement d’une taxe en faveur de Londres. L’Empire prenait prétexte du coût exorbitant du maintien de ses soldats et de sa bureaucratie dans le « Nouveau Monde » pour justifier la taxation — ou plutôt le racket fiscal systématique — de ce dernier.

Il se trouvait par exemple que les Nord-Américains appréciaient beaucoup le thé, mais que se procurer celui produit en Asie coûtait cher. La Compagnie des Indes Orientales qui le produisait (elle exerçait un monopole d’État sur toute activité commerciale dans la région des Indes britanniques comme nous l’avons vu plus haut) devait dans un premier temps expédier le thé indien vers Londres où il était ensuite taxé et réexpédié vers les différents marchés de consommateurs, sur plusieurs continents, pour y être vendu. Londres percevait ainsi une taxe sur chaque gramme de thé produit en Inde et consommé ailleurs dans le monde.

Comme les Néerlandais — dont l’Empire était sérieusement déclinant, mais pas encore éteint — possédaient encore quelques possessions en Asie (dans l’actuelle Indonésie notamment), ils étaient également capables de produire du thé, que les colons de Nouvelle-Angleterre préféraient à celui de la Compagnie des Indes, parce que moins cher (même si son goût était moins fameux que celui de son concurrent indo-britannique). De plus, le thé néerlandais était souvent importé en Amérique du Nord par contrebande, sans transiter par les douanes britanniques, ce qui donnait aux colons le luxe de boire du thé sans pour autant engraisser la Couronne britannique.

La contrebande était très active entre 1767 et 1775 et de très nombreux produits et matériaux parvenaient jusqu’aux rivages du Nouveau Monde en évitant les tatillons contrôles des douaniers de Sa Majesté. Mais la répression contre les contrebandiers était aussi de mise. Un marchand bostonien, John Hancock, futur gouverneur du Massachusetts, faisait de la contrebande de toutes sortes de matériaux et autre bien de consommation son business. Son navire fut intercepté en mai 1768 par les douaniers britanniques et les biens qu’il transportait furent confisqués, ce qui déclencha la colère des habitants de la ville qui n’acceptaient plus la tutelle britannique. Hancock fut vaillamment défendu au court de deux procès par un avocat de Boston, un certain John Adams (accessoirement futur 2e président des États-Unis) et fut finalement blanchi de toute accusation.

Cette contrebande massive exerçait une impitoyable concurrence et ce facteur conjugué à d’autres (guerres, maladies, sabotages divers, actes de piraterie), fit que le commerce de thé de la Compagnie des Indes périclitait dangereusement vers 1770. À ce moment-là, près de dix-huit millions de livres de thé invendues pourrissaient dans les entrepôts de la firme ce qui, pour Londres, se traduisait en manque à gagner en terme de rentrée fiscale. La Couronne avait en effet besoin que la Compagnie des Indes écoule sa marchandise pour percevoir sa taxe, préfiguration de la TVA actuelle. Pour relancer les ventes de la firme sur le continent nord-américain et par là même transformer en impôt concrètement perçu toute ou partie des millions de livres de thé qui menaçaient de pourrir, car non consommés, le Parlement britannique adopta, le 10 mai 1773, le désormais célébrissime Tea Act qui allait bientôt contribuer à changer la face du (Nouveau) monde.

Le Tea Act n’était pas, en réalité, un nouvel impôt. Le gouvernement de Sa Majesté pensait même avoir trouvé par son biais un moyen de faire d’une pierre deux coups, c’est-à-dire de satisfaire simultanément les intérêts des uns et des autres. En fait, par cette loi, le Parlement autorisait la Compagnie des Indes à exporter directement vers l’Amérique du Nord le thé produit en Inde, sans se faire taxer, car sans le faire transiter par Londres. Cela permettrait alors aux colons de Nouvelle-Angleterre d’être abondamment fournis en thé de la meilleure qualité, et ce à bas prix ce qui, selon le législateur londonien, redorerait forcément le blason britannique dans le Nouveau-Monde. La Compagnie des Indes était de son côté satisfaite, car cette disposition légale lui permettrait, pensait-elle, d’écouler ses stocks, ce qui était important pour assurer sa propre survie.

Le gouvernement de Londres renonçait certes à percevoir une taxe sur le thé exporté vers l’Amérique (vu que ce dernier était transporté directement des Indes vers le Nouveau Monde sans passer par Londres pour y être taxé), mais c’était là le prix qu’était prête à payer la Couronne pour conserver son joyau d’outre-Atlantique (de plus, les autres lois fiscales du Townsend Act dont nous avons parlé plus haut restaient en vigueur. Si le thé que les consommateurs américains obtiendraient était désormais détaxé, ils continueraient par d’autres biais prévus par le Townsend Act de payer de lourds impôts à Londres).

Malheureusement pour le roi George III, les militants souverainistes de Nouvelle-Angleterre, chaque jour plus nombreux à tempêter contre les diktats d’outre-Atlantique, n’étaient pas prêts à échanger leurs rêves de liberté et d’indépendance  contre une diminution du prix du thé !

De plus, le Tea Act instaurait un monopole d’exportation et de vente du thé vers et en Amérique du Nord en faveur de la Compagnie des Indes. Par cette loi, il devint donc illégal d’importer en Nouvelle-Angleterre un thé concurrent de celui de la Compagnie et de nombreux colons qui avaient fait de la vente de ce produit leur métier (notamment de la vente de thé néerlandais importé en contrebande) se retrouvèrent immédiatement interdits d’exercer leur profession, et au chômage. Ils devaient céder leurs comptoirs et échoppes aux représentants de la firme et se retrouvaient privés de toute ressource pour vivre.

Comme cette loi arbitraire avait, encore une fois, été adoptée sans consultation aucune des colons, et que cela menaçait leurs réseaux de distribution ainsi que leurs libertés individuelles et économiques, ils ne tardèrent pas à se soulever contre ce nouveau diktat venu de loin. Ils voulaient être libres de choisir librement leurs lois et ne payer de taxes qu’à un pouvoir local.

Dans le grand port de Boston, les ouvriers et autres dockers refusèrent bientôt de débarquer la marchandise des navires de la Compagnie des Indes. Plusieurs bateaux furent même refoulés. Un bras de fer s’engagea entre les autorités portuaires (britanniques) et la population. Il y eut quelques épisodes sanglants.

Le 16 décembre 1773 marqua une sérieuse escalade. Des colons, emmenés par un activiste répondant au nom de Samuel Adams (futur gouverneur du Massachusetts de 1793 à 1797), s’infiltrèrent dans les cales de plusieurs navires de la Compagnie des Indes ancrés dans le port et jetèrent à la mer les importantes cargaisons de thé qu’elles contenaient, sous les vivats de la foule. La première Tea Party de l’Histoire, la Boston Tea Party, battait son plein !

Cela poussa ensuite, de fil en aiguille, tout le Nouveau Monde à se révolter contre le centralisme et la bureaucratie londonienne ce qui déboucha bientôt sur la guerre d’indépendance et surtout sur la proclamation formelle de celle-ci, le 4 juillet 1776, à Philadelphie.

Pour la Compagnie des Indes, cet épisode fut celui d’une sérieuse débâcle. Mais elle ne tarda pas à « diversifier ses activités » pour se refaire. La cible : la Chine. Un petit génie londonien eut bientôt la funeste idée d’utiliser la flotte de navires de la Compagnie pour y faire livrer, via les différents comptoirs britanniques sur sol chinois, de très nombreuses cargaisons d’opium venant d’Afghanistan notamment. Malgré les efforts du gouvernement impérial chinois pour combattre le commerce et la consommation de drogues, le désastre fut terrible sur les plans social et sanitaire. Pour la Compagnie des Indes, en revanche, les profits de ce commerce immoral devinrent florissants. Londres touchait le jackpot. Vers 1830, l’Empire du Milieu comptait déjà plusieurs millions de fumeurs d’opium, autant de vies détruites.

Après deux guerres et autant de traités injustes, la Chine due capituler en 1857 et, en plus de livrer au Royaume-Uni un bout de son territoire, Hong Kong, elle dû accepter que la Compagnie des Indes face librement, sans entrave aucune, commerce d’opium sur tout son territoire. Une banque britannique fut même créée à Shanghai pour accumuler les revenus de ce très lucratif business de la mort : la Hongkong and Shanghai Banking Corporation… vous savez, l’actuellement très respectée HSBC (voir à ce sujet un article du Monde Diplomatique, édifiant !).

Les Chinois ont eu moins de chance que les colons de la Nouvelle-Angleterre, Londres n’hésita pas à utiliser l’arme de destruction massive qu’était l’opium pour les mâter et les rendre bien dociles (intéressant de voir Downing Street donner aujourd’hui des leçons de « Droits de l’homme » à Pékin). Apparemment, pour les Britanniques des XVIII et XIX siècles, les vies chinoises ne valaient pas grand-chose.

Pour en revenir à l’indépendance des États-Unis d’Amérique, c’est bien le refus systématique des citoyens du Nouveau Monde de se conformer à des diktats venus de loin qui a été l’acte fondateur de la nouvelle république. Cela ne manquera pas, je l’espère, d’inspirer le lecteur soucieux de la préservation des souverainetés nationales et des libertés individuelles, à l’heure où Bruxelles étend chaque jour ses vénéneux tentacules sur toute l’Europe et prétend lever tous azimuts impôts et taxes. À quand nos Tea parties ?

Aux États-Unis, c’est à cet esprit de soulèvement général contre l’injustice, à ce désir inextinguible de liberté, de dignité des « Pères fondateurs » qu’étaient les Patrick Henry, John Hancock, John Adams, George Washington et autres que veulent aujourd’hui s’identifier les personnes qui participent aux Tea Parties actuelles, des citoyens qui ne sont pas du tout d’« extrême droite » comme nos médias francophones se plaisent à mensongèrement le seriner au quotidien (pour mieux discréditer ce mouvement), mais au contraire issus de toutes les couches de la société états-unienne contemporaine, jeunes, vieux, blancs, noirs, hispano, chrétiens, athée, etc., de droite, de gauche, etc. à l’image de ce qui s’est passé en Nouvelle-Angleterre au XVIIIe siècle.

Il est bien malheureux de constater que de nos jours, par un curieux retour de l’histoire, les menaces qui pesaient il y a plus de deux siècles sur la liberté et la souveraineté du peuple états-unien sont bien de retour. Certes, ce n’est plus Londres où la Compagnie des Indes qui opprime et asservit, c’est désormais Washington, la capitale fédérale devenue au fil des décennies le monstre tentaculaire, bureaucratique, inquisiteur et fouineur au service de toute une série d’intérêts privés, à commencer par ceux de la finance apatride qui, au travers de la Réserve fédérale et de Wall Street, tient désormais le pays et le monde sous sa coupe réglée.

Les descendants des héros de la guerre d’indépendance, les Ron Paul et autres qui luttent aujourd’hui contre la Toute-puissance fédérale sont au plus mal. La situation paraît désespérée. Il ne reste plus rien à Washington de l’esprit des Pères fondateurs. La décrépitude et la déchéance complètes semblent effectivement avoir pris le dessus. La Constitution de 1776, garante des libertés individuelles, est en lambeaux, bafouée au quotidien par un gouvernement fédéral qui s’assied dessus sans vergogne. L’Amérique est désormais à un tournant : celui de 2012. Elle devra choisir entre le rebond, le changement de cap et un retour vers cette République américaine simple et honnête rêvée des Pères fondateurs ou la fuite en avant dans l’impérialisme, le colonialisme, le néoconservatisme, c’est-à-dire le déclin inéluctable.

Dans les couloirs de Wall Street comme dans ceux du Capitole à Washington (le Parlement fédéral), il doit actuellement planer une infecte odeur de fin de règne. De ce que l’on sait, beaucoup « n’y croient plus », sentent qu’une ruine soudaine va s’abattre sur eux prochainement. Il n’y aura pas de deuxième chance si l’Amérique ou du moins ce qu’il en reste rate le coche en 2012. Il suffit d’élire un Obama ou un républicain néoconservateur pour sceller à jamais le sort de ce qui fut la première puissance mondiale après 1945. Car l’échéance électorale suivante, en 2016, interviendra bien trop tardivement pour pouvoir raisonnablement espérer changer le cours des choses à ce moment-là.

La société états-unienne est aujourd’hui formidablement gangrénée. Partout, le feu couve. Les membres des divers gangs ont tous fait une ou deux rotations en Irak ou en Afghanistan. Ils y ont appris le maniement des armes de guerre, en ont même ramené au pays. Ils sont revenus dans leurs quartiers plus aguerris et endurcis que jamais. Les prochaines émeutes interraciales seront infiniment plus violentes, plus atroces mêmes, que les préfigurations de 1965 à Watts ou de 1992 à Los Angeles. Des quartiers entiers sont aujourd’hui vidés de toute population, les maisons saisies par des banques à de pauvres bougres qui ne pouvaient plus honorer les traites mensuelles de leurs dettes hypothécaires… des maisons désormais laissées à l’abandon faute pour les banques de trouver acquéreurs, même à vil prix. Le chômage caracole, on le sait malgré la falsification intensive des statistiques officielles. L’inflation augmente, elle va bientôt faire feu de tout bois. Près d’un quart de la population vit de tickets de rationnement. Comme en 1933. Des États comme le Minnesota sont officiellement en faillite. Ailleurs, des retraités de 75 ou 80 ans doivent retourner travailler faute de percevoir les indemnités de retraite auxquelles ils ont droit, les caisses de retraite — privées ou publiques — ayant fait faillite. En Californie, les enfants doivent amener avec eux à l’école leur propre papier toilette, l’État n’ayant plus les moyens d’assumer cette charge. Pendant ce temps, la Fed, la Banque centrale états-unienne, imprime des dollars par milliards pour les prêter… au Trésor, le ministère des finances états-unien… fou ! Pourquoi ne pas fournir ces bouts de papier aux écoliers de Californie, ils en feraient sûrement bon usage ! Chaque dollar créé aujourd’hui par la Fed, s’il permet de soutenir les cours boursiers, dilue un peu plus la valeur de ceux déjà existants qui se trouvent dans les portefeuilles des citoyens. À ce rythme, c’est un Weimar 2.0 qui se profile à l’horizon. Et pendant ce temps, les fat cats de Wall Street continuent, contre toute logique, contre toute morale même, de réaliser des bénéfices trimestriels faramineux, les cours de bourses étant artificiellement soutenus par la création monétaire hors contrôle. Dans les états de l’Union, les gens en ont marre d’être saignés par Washington et Wall Street, pour les intérêts de Washington et de Wall Street. Hier, en 1776, les gens en avaient marre de devoir obéir à Londres, aujourd’hui c’est « rebelote » avec Washington DC l’arrogante, la socialiste, la dispendieuse de la richesse nationale ! Au Texas, on reparle d’indépendance. Ici où là on ressort les vieilles bannières sudistes, on parle du Général Lee ou des États Confédérés d’Amérique, du Président Jefferson Davis. Comme le galon d’essence, l’or atteint des sommets. L’État veut même empêcher la population de pouvoir en détenir. Comme Roosevelt l’avait fait en 1933. Plus dure sera la chute. On sait quel personnage est arrivé au pouvoir en cette même funeste année 1933. Ne croyez pas que cette fois-ci ce sera mieux.

________

Le prochain volet de cette série estivale sera consacré, vers la mi-août, aux forces anti-fédéralistes en présence. Nous parlerons des Tea parties contemporaines, des «libertariens» et autres paléo-conservateurs ainsi que du fameux slogan «Don’t tread on me ».  

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 23:52

Les productions artistiques constituent un témoignage historique des moeurs, de la culture, des valeurs et des attentes d’une société à un moment donné de son histoire.

 

Par Daniel Jagodzinski, Montréal, Québec 

Le dernier siècle a vu apparaître et se développer ce qui, un peu abusivement, a été appelé le « septième art » ou cinéma. Le cinéma a beaucoup en commun avec le rêve. Tout comme le dormeur, le spectateur s’installe en position de relaxation dans une camera obscura, une chambre obscure, où il peut s’abandonner à des émotions parfois inavouables et accomplir par procuration des actions réprouvées dans la vie réelle. La complicité tacite qui l’unit aux autres spectateurs garantit son impunité tandis que s’accomplissent ses désirs.

Le principe de plaisir qui guide les conduites humaines a fait le succès du cinéma, art « industriel », dont l’impact sur les masses a été et continue d’être considérable. Empiriquement, le cinéma a cherché à connaître les attentes de son public car son existence est étroitement liée à la satisfaction de ce dernier. L’imagination et les fantasmes font le travail et il est vain d’évoquer le caractère virtuel des satisfactions éprouvées car leur intensité est souvent bien réelle, à la mesure de tout ce qui demeure hors de portée dans la vie réelle.

En d’autres termes, ces puissantes satisfactions sont dues à la libération de forces qu’il convient de réprimer en temps ordinaire. Elles traduisent en jargon psychanalytique le retour du refoulé, en particulier à travers la réalisation imaginaire de désirs agressifs, sexuels ou sadiques. L’exploitation de cet imaginaire constitue une mine d’or pour le cinéma.

La mise en scène de ces désirs insatisfaits, de ces fantasmes peut déboucher sur des phénomènes de masse avec la réalisation de film à succès planétaire: les « blockbusters », sources de profits immenses pour les producteurs.

Au sein des blockbusters, le genre qui actuellement semble faire le plus recette est celui des « films catastrophes », dont les scénarios varient en fonction des cataclysmes imaginés: collision avec des météorites, pandémies diverses avec ou sans génération de morts-vivants, réchauffement planétaire, invasion d’extra-terrestres, émancipation de robots ennemis du genre humain, etc.

Quelques points sont néanmoins communs à toutes ces déclinaisons :

  • Un phénomène planétaire et brutal vient menacer l’espèce humaine de disparition.
  • Un (ou quelques-uns) citoyen ordinaire vit à cette occasion une existence extraordinaire, en quelque sorte une promotion non voulue. Notre quidam devient « l’Élu »; il parvient à survivre et à réamorcer un futur de l’humanité dans un monde dévasté.
  • L’expérience vécue transforme notre héros et lui fait découvrir les potentialités jusqu’alors inconscientes de son humanité. Loin des leçons apprises et des habitudes de vie antérieures, il doit se réinventer très vite pour pouvoir affronter les dangers qui le guettent. Sans étayage social, sans le secours des institutions de l’État, seule sa réactivité et sa capacité d’improvisation lui offrent une chance de survie. Le film fait souvent une part belle à l’ahuri qui se transforme en bête sauvage, avec néanmoins un message souvent positif: il dépend de lui de garder une part d’humanité.

Bref, dans l’anarchie totale qui prévaut, les héros sont libres, libres et seuls au milieu de tous les dangers, nouveaux Robinsons affranchis de toute règle sauf celle de survivre.

 

« Dans l’anarchie totale qui prévaut, les héros sont libres, libres et seuls au milieu de tous les dangers, nouveaux Robinsons affranchis de toute règle sauf celle de survivre. »

Qu’est-ce qui explique le succès de ces films ?

Les interprétations usuelles et banales font toutes référence à l’angoisse générale du futur, soigneusement entretenue par les médias sur fond d’écologie, d’épidémie, de terrorisme, de crise économique. Il s’agit d’une simple paraphrase sur la trame du film: le film fait peur, donc il exprime une peur.

Je ne vois dans ces interprétations rien qui puisse expliquer la jubilation des spectateurs, bien au contraire. En fait, là où il y a plaisir, il doit bien y avoir satisfaction d’un désir, d’une profonde attente.

Il est alors avancé que le spectateur s’identifie au survivant et éprouve le bonheur de survivre aux épreuves… et de retrouver sa petite vie douillette en sortant du cinéma. Ouf, ce n’était qu’une fiction où on a joué à se faire peur. Opération nulle de réassurance ?

Cette explication contient sans doute une part de vérité mais n’épuise pas, tant sans faut, les ressorts du plaisir éprouvé. Quid en effet de la violence qui a trouvé dans la fiction de quoi se repaître? Le héros a dû vaincre et tuer pour survivre. Il y a trouvé une excitation – le goût du sang – bien incorrecte mais tellement délicieuse. Il a pu le faire non seulement légitimement mais parce qu’il n’y avait plus rien pour faire obstacle à sa sauvagerie retrouvée: plus de police, plus d’armée, plus d’institutions ni d’État (dont les représentants sont souvent représentés comme d’impuissantes marionnettes dont les fils sont rompus – ce qui en dit long sur l’antiétatisme des spectateurs...), rien dis-je, l’anarchie ! Oui mais la liberté et l’autonomie en cadeau !

Révélation des tendances profondes des attentes du public, le cinéma se révèle bien être un indicateur sociologique majeur de l’état d’une société et parfois de la fracture qui s’annonce entre cet état et les désirs des citoyens.

Les fins du monde complaisamment illustrées par ces films viennent combler les frustrations de ces publics et leur ambivalence à l’égard du monde dans lequel nous vivons. En effet, tout en affirmant de façon quasi unanime la supériorité de l’organisation étatique, du welfare social, et en privilégiant en général l’égalité aux dépends de la liberté, ces publics trahissent dans le plaisir iconoclaste pris à l’anéantissement de ce monde l’idée que leur vrai épanouissement ne peut s’éprouver qu’en imaginant sa disparition. Ces films sont vécus comme une fête, une délivrance, l’advenue d’un monde nouveau, comme une nouvelle épiphanie, parce qu’ils comblent une éternelle nostalgie, celle de la liberté perdue.

Le libertarianisme serait-il tapi dans le coeur des hommes et Hollywood en serait-il le révélateur ?


Tenter de démontrer l’ampleur de l’attachement du peuple des États-Unis d’Amérique aux valeurs véhiculées par la mouvance libertarienne au moyen de productions audiovisuelles qui en font mention relève de la gageure, tellement ces dernières sont peu nombreuses! Il faut savoir que l’abime est grand entre les aspirations de cette Amérique profonde et réelle, et ce que veulent bien nous montrer les  grands studios de l’industrie états-unienne du spectacle audiovisuel.

Si les valeurs libertariennes trouvent un large écho au sein de la population, elles sont en revanche et sans surprise bien sûr pour le moins méprisées par l’intelligentsia « culturelle » californienne et new yorkaise, c’est-à-dire les personnes qui font la pluie et le beau temps au niveau du spectacle aux États-Unis. En fait, pour mentionner l’industrie du cinéma et de la télévision, si un certain nombre d’acteurs, tels les Clint Eastwood, Mel Gibson, Tom Selleck et autre Chuck Norris revendiquent volontiers et à titre individuel leur sensibilité libertarienne, c’est bien le criant manque de productions  à caractère libertarien qui pose problème.

Des films et séries TV d’inspiration libertarienne trouveraient facilement un public large, la demande existant dans l’Amérique profonde (surtout à l’heure où les Tea Parties sont en vogue!). Bien sûr, la culture ne se limite heureusement pas à l’industrie du spectacle audiovisuel, il y a la littérature et d’autres supports qui heureusement subsistent encore de nos jours! Cependant, c’est quand même les films et les séries que le public préfère, on est bien obligé d’en tenir compte. Il serait bien alors que plus de productions grand public fassent aussi la promotion des valeurs libertariennes (défense des libertés individuelles, des libertés économiques, promotion du pouvoir local, de la souveraineté face à un pouvoir centralisateur, oppressant, critique voire dénonciation de Big Brother etc.). Malheureusement, tout ceci n’est pas du tout dans l’air du temps, comme nous le verrons plus loin.

Ce qui manque pour que des œuvres audiovisuelles à caractère libertarien voient le jour, ce sont les scénaristes, producteurs et grands studios (de cinéma ou de télévision) qui accepteraient de les fabriquer. Ce n’est en effet hélas pas le Tout-hollywood boboïsant et démocrate qui va se précipiter pour mettre sur pied une superproduction aux accents libertariens. Ron Paul, une des icônes du la pensée libertarienne états-unienne, très populaire dans l’Amérique d’en bas, est aussi bien vu à Broadway qu’un Oskar Freysinger ou un Christoph Blocher à l’Usine de Genève.

D’aucuns auront remarqué que plus le temps passe, plus on nous bombarde de séries TV ou de films ou le super-héros, le Jack Bauer ou le James Marshall qui va  sauver la veuve et l’orphelin, voire le monde, est un employé du gouvernement fédéral quand ce n’est pas le président des États-unis en personne. Un  sociologue français (dont le nom m’échappe malencontreusement!) a écrit un livre là-dessus aux alentours de 2007. Il y dénonçait la soviétisation de la culture états-unienne, la dérive vers une fiction glorifiant toujours plus le pouvoir central de Washington et ses agents.

Ce n’est pas du tout un hasard si les nouveaux héros de fiction ne sont plus des hors-la-loi, rebelles, chasseurs de prime, détectives privés ou détenteurs de l’autorité sur le plan local (inspecteurs de police, shérifs) mais sont désormais pratiquement tous des agents du FBI ou d’une quelconque autre agence gouvernementale, donc tous représentants de ce pouvoir distant, fédéral, que l’industrie du spectacle s’échine à sublimer à longueur de films et de séries. Cela démontre que cette dernière se trouve idéologiquement à des années-lumière de la pensée libertarienne, qui elle exalte le pouvoir local, celui du shérif par exemple, voire celui du citoyen lambda qui se fait justice lui-même.

Des séries comme 24h chrono sont de véritables chefs-d’œuvre de manipulation, elles mettent dans la tête des gens que sans le gouvernement central de Washington, sans la Maison Blanche et son locataire, le citoyen états-unien lambda est fichu. Elles jettent l’anathème sur le survivaliste ou le possesseur d’arme, c’est-à-dire sur le simple citoyen visiblement en phase avec la pensée libertarienne qui se méfie du pouvoir de Washington et qui n’a pas trop confiance dans  la capacité de ce dernier à assurer sa sécurité… un citoyen bien sûr toujours représenté sous des traits défavorables (par exemple dans la saison 1 de 24h chrono).

Pour nous qui vivons dans la vieille Europe, c’est à un double rideau de censure que se heurtent les rares productions US qui s’inscrivent dans le courant libertarien : censure des grand réseaux TV états-uniens qui n’aiment pas ce courant de pensée puis censure des distributeurs de film ou de séries TV européens qui voient également d’un mauvais œil ce mystérieux mouvement libertarien, courant qui pour mieux le discréditer est bien sûr systématiquement représenté en Europe, on le rappelle, comme issu de l’extrême-droite.

Pour faire clair, les œuvres libellées libertariennes ne sont déjà pas légion aux USA, du fait de la censure relative opérée là-bas par l’intelligentsia politiquement correcte du spectacle, et quand bien même une production de ce type verrait le jour par miracle, elle n’aurait pas trop de chance de séduire nos chaînes de TV ou nos distributeurs de films francophones.

Autant dire que peu d’œuvres Made in USA d’inspiration libertarienne sont arrivées jusqu’à nous ces dernières années, mais il y en a tout de même quelques-unes que nous allons mentionner. Précisons que l’absence d’œuvres de spectacle et de divertissement relatives à la mouvance libertarienne ne doit pas  occulter le fait qu’il existe une culture libertarienne forte, dans l’Amérique profonde, ni faire croire que cette tendance y trouve peu d’écho. Bien au contraire, ce sont les décideurs (producteurs, réalisateurs et directeurs de studios) du Tout-Hollywood qui sont en porte-à-faux avec l’Amérique profonde et ses attentes.

Il convient, avant de présenter quelques œuvres à caractère libertarien, de préciser qu’il n’est pas dans mon intention de faire l’apologie de l’industrie du spectacle et du divertissement, ni d’encourager à regarder passivement films et séries TV, ce qui est devenu un véritable fléau actuellement (même si des fois ça peut être sympa). Les séries TV, surtout, peuvent être de véritables drogues, à l’instar des jeux vidéos. Je pense que le développement de l’industrie du spectacle et du divertissement répond à une volonté d’endormir les masses, de leur permettre de s’évader et d’évacuer la pression tous les soirs en rentrant du boulot. Comme un Ted Kaczynscki dont je lis actuellement le trait instructif manifeste publié aux éditions Xenia (dirigées par Slobodan Despot), je pense que si la TV et les jeux vidéos n’étaient pas là à haute dose pour anesthésier quotidiennement la population, une révolte voire une révolution serai(en)t inévitable(s) à court terme.

Aussi, je pense qu’il ne faut pas confondre culture et spectacle. Le folklore, les traditions, les coutumes d’un village, d’une région, d’un pays sont autant de culture authentique digne d’intérêt et à préserver. La culture authentique, autochtone est la cible numéro 1 des multiculturalistes. Pour détruire les cultures locales et ancestrales et imposer une contre-culture (ou sous-culture) uniformisée et globale, les multiculturalistes ont une arme redoutable, celle de la fausse culture  qu’est le spectacle/divertissement. Comme le dit Debord (dès 1967!) dans sa « Société du spectacle » (thèse 165) : «  cette puissance d’homogénéisation [que possède le spectacle], est la grosse artillerie qui a fait tomber toutes les murailles de Chine ».

Le spectacle est tout autre chose que la culture. Il s’agit en général d’œuvres ad hoc, créées ex-nihilo, souvent sans lien avec une quelconque réalité ni un quelconque vécu. Il s’agit de ces émissions dégoûtantes de TV réalité et autres jeux importés tels quels des USA par exemple, de ces séries et de ces films avec des actrices et des acteurs « trop beaux pour être vrais » qui tentent de mettre dans la tête des gens, dans le monde entier, que leur mode de vie est nul, comparé à celui des habitants de Beverly Hills, Miami ou New York (Hollywood fait peut-être rêver jusqu’au plus reculé des villages de Papouasie Nouvelle-Guinée mais en attendant, une récente émission sur M6 nous rappelait qu’il s’agit de la  municipalité comptant l’un des plus forts taux de criminalité de toute l’Amérique… il y a donc une marge importante entre la réalité et ce que le  spectacle nous fait miroiter).

La culture authentique exprime la réalité quotidienne. Si vous voulez connaître la culture locale de la Louisiane, allez à la Nouvelle-Orléans et voyez par vous-même. Pareil pour connaître le libertarianisme et les courants paléoconservateurs US, le mieux est d’aller voir sur place, de discuter avec les gens concernés. Le spectacle en revanche ne nous présente pas la réalité. On y voit ce que l’on veut bien nous montrer. La culture, c’est voir par soi-même, le spectacle, c’est voir au travers des yeux d’un autre (réalisateur, producteur, scénariste).

Je ne vais pas épiloguer sur cet aspect dans le cadre de cet article, car tenter d’expliquer la différence entre la culture, noble, et le spectacle, souvent insipide, n’est pas une mince affaire. Ce qui m’intéresse dans ce qui suit n’est pas de faire l’apologie de telle ou telle œuvre ni de dire que  j’ai bien aimé telle ou telle série (et oui je n’ai jamais dit que j’étais assez fort pour couper définitivement les ponts avec la TV, même si c’est un combat que je mène actuellement!). Mon objectif en présentant quelques œuvres de spectacle est d’analyser comment la pensée libertarienne a pu y être exprimée.

 

Jericho

Jericho est une petite bourgade (fictive) tranquille de quelques milliers d’habitants se situant au fin fond du Kansas, soit au beau milieu de nulle part aux Etats-Unis, qui se retrouve subitement coupée du monde lorsqu’une série d’explosions atomiques détruisent simultanément la plupart des grandes villes du pays. Un scénario ma foi réaliste.

Cette série nous montre comment la population s’organise et tente de survivre, dans un contexte de « rupture civilisationnelle ». Il n’est plus question de compter sur un quelconque gouvernement fédéral, la capitale, Washington D.C., ayant été rayée de la carte. Jericho, c’est un peu Katrina puissance 10. Gentiment, au fil des épisodes, on apprend que les choses se réorganisent dans le pays, qu’un gouvernement fédéral serait en cours de constitution à… Cheyenne dans l’état du Wyoming. Comme on est dans une optique libertarienne, on comprend vite que ce n’est pas forcément une bonne nouvelle.

Scène de la série « Jericho » : la population n’attend pas sur un hypothétique pouvoir fédéral pour organiser sa survie

Cette série nous montre comment le pouvoir local, contrôlé par la population, se voit malmené par les directives venant de loin (Cheyenne). Le maire de Jericho, Johnston Green, est un véritable libertarien. Il croit à la démocratie directe et se méfie des autorités distantes (qui au fil des épisodes s’avèrent également fortement corrompues, bref c’est très réaliste). Dans le dernier épisode de la série, il fait flotter au-dessus de la mairie de sa bourgade le Gadsden Flag (le drapeau libertarien jaune avec un serpent qui dit « Don’t tread on me ! », ne me marche pas dessus), symbole du désir de la population de ne pas se laisser « bouffer » par des technocrates distants et arrogants :

 

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Scène de la série « Jericho » : le Gadsden flag flotte au-dessus de la ville

Jéricho est une sorte de « village gaulois » dont la population est déterminée à résister à ceux qui veulent qu’elle se soumette à des intérêts contraires aux siens.

Ce résumé est plus que succinct, mais trop en dire serait dommage pour le cas où vous seriez tentés de voir cette série TV. De nouveau, je suis conscient que l’on regarde beaucoup trop la TV, ce qui revient à cesser de vivre pour regarder les autres vivre. Je crois qu’on devrait éteindre la TV plus souvent pour commencer à vivre nous-mêmes, mais pour le coup, je vais faire une exception et conseiller de regarder cette série.

Il faut de plus savoir qu’elle était produite par un grand network états-unien, CBS, mais que sans surprise, ça n’a pas duré. La première saison comptait 22 épisodes et la seconde et dernière : 7 seulement, avant que la série ne soit supprimée. Il semble que cette production n’avait pas l’heur de plaire aux élites bien-pensantes de l’industrie du spectacle. Les fans de la série (qui était suivie par 10 millions de téléspectateurs aux Etats-Unis, c’est dire si il existe une demande pour des fictions à caractère libertarien) se sont mobilisés pour qu’elle continue, mais sans succès. L’audience était au rendez-vous est c’est pour d’autres raisons que la série a été annulée.


Cliquez ici pour lire la notice wikipedia au sujet de ce drapeau

 

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Le « Gadsden flag », la bannière des libertariens. Il ne faut pas voir de signification spirituelle dans le serpent.

 

Le Patriote (le chemin de la liberté)

Film à succès de Roland Emerich, se situant en 1776, au moment où les colonies de la Nouvelle-Angleterre luttent pour obtenir leur indépendance de la couronne britannique (voir notre article consacré aux Tea Parties pour tout le contexte historique). Benjamin Martin (Mel Gibson) n’est pas très chaud à l’idée d’un conflit armé, il a déjà de l’expérience en la matière. Il a sept enfants qu’il élève seul dans la plantation dans laquelle il s’est retiré. Son fils aîné, Gabriel, s’engage pour lutter contre les britanniques, malgré le refus de son père. Les britanniques débarquent rapidement dans sa propriété et tuent Gabriel. Benjamin Martin va alors s’engager dans le conflit pour libérer la Nouvelle Angleterre de la mainmise britannique.

Le Gadsden  flag est visible à plusieurs reprises dans ce film, notamment lors des scènes de combat.

Mel Gibson, aux convictions chrétiennes et libertariennes affirmées (il a soutenu Ron Paul lors des primaires républicaines de 2008), n’est pas très bien vu d’une certaine intelligentsia. Heureusement, il dispose des moyens financiers et de la détermination nécessaires à la fabrication d’œuvres en phase avec ses convictions. On pense notamment, en plus du film « Le Patriote » dont nous venons de parler, au film « La Passion du Christ » qu’il a produit de manière indépendante et que beaucoup on cherché à censurer.

 

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Invasion Los Angeles (They Leave)

Oeuvre MAJUSCULE de John Carpenter, qu’on ne pouvait pas ne pas citer. Certes, la fin est un peu décevante mais c’est formidable jusqu’au milieu du film environ.

John Nada (nada signifie « rien » en espagnol, comme tout le monde le sait) est un ouvrier en bâtiment (charpentier) qui passe de ville en ville pour trouver un peu de boulot. Les premières minutes du film offrent quelques scènes très intéressantes, notamment lors d’un dialogue avec un de ses collègues de couleur, dénommé Franck, sur la situation économique des USA (le film date de 1989, écrit et réalisé au lendemain du Krach de Wall Street d’octobre 1987).

A un moment on voit, sur le téléviseur d’une personne regardant une émission stupide de divertissement, une sorte de marginal qui parvient à pirater les ondes et qui profite des quelques secondes où il est à l’antenne pour livrer son message mal-pensant. Sublime.

Un peu plus tard, John Nada trouve dans une église un carton rempli de lunettes de soleil. Des lunettes de soleil spéciales. Très spéciales. Ces dernières vont lui permettre d’ouvrir les yeux et de voir le monde tel qu’il est réellement, sans fard.

 

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John Nada stupéfait de ce qu’il voit au travers des lunettes qu’il vient de trouver

Du pur libertarianisme (car les libertariens haïssent Big Brother), en opposition avec la logique paternaliste qui prévaut de plus en plus dans nos sociétés. John Nada tente alors de convaincre son collègue Franck de mettre les lunettes à son tour. Aussi difficile que de convaincre un collègue de travail que Jésus est Dieu ou que la BNS est en train de délibérément saboter le franc suisse! Son collègue Franck ne veut rien savoir, il a des enfants, une famille, et préfère ne pas avoir de problème. Mais il finira par mettre les lunettes et ouvrir les yeux à son tour…

Une œuvre à voir (même si la fin du film n’est pas à la hauteur).

 

 

Quelques messages paternalistes que l’on peut voir dans « Invasion Los Angeles » - ce qui se cache derrière la pub

 

Fahrenheit 451

Ce roman de l’auteur chrétien états-unien Ray Bradbury (porté à l’écran par François Truffaut) est tout à fait dans l’optique libertarienne. L’histoire se situe dans le futur, où la lecture y est interdite. Le gouvernement ne veut pas trop que les sujets réfléchissent. Ils doivent obéir comme des robots et se conformer. Les sapeur-pompiers n’y éteignent pas les incendies mais les provoquent.

Lorsque des livres sont repérés (parfois sur dénonciation), leurs auteurs sont interpellés et les ouvrages brûlés. 451 degrés Fahrenheit (232 degrés Celsius), c’est la température à laquelle, selon l’auteur, brûle le papier.

Un des agents de la brigade de pompiers-pyromanes se nomme Guy Montag. Il obéit consciencieusement à ses supérieurs et fait son boulot sans se poser de question. Son épouse, Mildred, est totalement intoxiquée de télévision. Sa vie se limite quasiment à son « mur écran ». Un jour, Guy Montag rencontre une jeune femme, Clarisse, qui le fait douter du bien fondé de son activité de sapeur-pompier. Montag va alors garder quelques livres qu’il était sensé brûler, et se mettre à les parcourir. Il devient rapidement un grand lecteur, activité illégale si l’en est dans ce pays et dans cette époque où la réflexion individuelle n’est plus tolérée par le gouvernement.

Découvert, et pour sauver sa vie, il doit quitter la ville et se réfugie dans une forêt où il tombe sur d’autres exilés comme lui. Comme la détention de livre est interdite, et que le gouvernement traque tous les contrevenants à cette loi, les exilés de la forêt ont eu l’idée d’apprendre chacun un livre par cœur, afin de constituer une bibliothèque vivante. En s’incarnant, les livres deviennent en effet vivants et transmissibles oralement pour les générations futures.

Dans cette histoire, on peut voire le contraste entre un Montag qui, en apprenant un livre par cœur, lui donne vie, pendant que sa femme, aliénée par le spectacle télévisuel, donne au contraire en quelques sortes sa vie à son « mur écran ».

Dans la même veine « dystopique », on peut citer un ouvrage tel que 1984″ de Georges Orwell.

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Scène du film Fahrenheit 451 : Mildred et ses amies devant le mur écran (Guy Montag debout)

Le temps manque pour citer d’autres œuvres, mais il en existe qui, sans toujours être ostensiblement libertariennes, véhiculent cette même idée de résistance à un gouvernement tentaculaire, central et oppresseur. Il est évident que les productions actuelles vont plutôt malheureusement dans le sens de sublimer et glorifier le rôle des pouvoirs étatiques, comme nous l’avons mentionné plus haut.

Mais le spectacle, c’est-à-dire la représentation (qui plus est faussée) de la vie des autres importe peu, ce sont nos vies qui devraient être des œuvres d’art. C’est à chaque personne en phase avec l’idéal de liberté (et peu importe l’étiquette « libertarienne ») de dépasser le spectacle et de vivre concrètement une vie de liberté, de ne pas se laisser marcher dessus (Don’t tread on me!) par un état toujours plus fouineur, par des législateurs toujours plus enquiquinant. On peut tous faire quelque chose pour faire reculer les personnes ou organismes qui revendiquent sur nous une autorité qui n’est pas légitime. On peut tous devenir des exemples encourageants pour nos proches qui se sentent impuissants devant les événements, devant la crise, les diktats de Bruxelles, la stupidité de notre Conseil fédéral.

L’état se moque de nous et dévalue nos francs pour transférer leur pouvoir d’achat de notre porte-monnaie vers les coffres des grandes entreprises? On peut demain acheter de l’or physique pour ne plus être victimes de cette manœuvre. L’état ne sera pas en mesure d’assurer notre subsistance et notre sécurité en cas de crise grave, de rupture civilisationnelle? On peut prendre tout de suite des mesures pour se prémunir de cela : amasser stocks de vivres, de boissons, de médicaments, d’or, obtenir (légalement) une arme et des munitions etc. Nous ferons un article pour parler « survivalisme » ces prochains jours.

Nous devons comprendre que nous ne sommes pas perdus sans l’état, nous pouvons reprendre nos vies en main aujourd’hui, sans compter sur lui pour répondre à tous nos besoins. Plus une autorité étatique est éloignée, moins on peut compter sur elle. Berne, qui veut de plus en plus contrôler les choses de manière centralisée, est déjà trop distante de nos soucis quotidiens. Qu’en sera-t-il le jour où la Suisse intègrera l’UERSS et sera dirigée à coups de directives depuis Bruxelles? Les libertariens états-uniens, dont beaucoup habitent des états à l’intérieur des terres, loin des côtes, souffrent que toutes les décisions les concernant soient prises au-dessus de leurs têtes, à Washington D.C. et à Wall Street, sans considération pour les autorités locales des états de l’Union, et encore moins pour les populations. Nous menons un combat commun, sur les deux rives de l’Atlantique, contre des ennemis communs.

Dans le prochain volet de la série en cours, nous traiterons de la guerre de Sécession, toujours dans l’optique libertarienne. Dans le dernier volet il sera question du libertarianisme du XXIe siècle, des forces en présence alors que les Etats-Unis s’approchent du rendez-vous des élections présidentielles de 2012. Dans ce dernier volet nous présenterons également quelques personnalités actuelles du mouvement libertarien et leur programme politique.

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 23:47
Les principes philosophiques de la révolution américaine

En ce 4 juillet 2012, les Américains célébraient leur Déclaration d'Indépendance, une fête qu'ils appellent "Fourth of July" ou bien encore "Independence Day". Selon cette Déclaration, rédigée par Thomas Jefferson, tous les hommes sont créés égaux ; ils sont dotés de certains droits inaliénables (vie, liberté, propriété et recherche du bonheur). Le but d’un gouvernement est uniquement d’assurer ces droits.  

Par Damien Theillier.

L’enjeu de l’indépendance était la réaffirmation des principes traditionnels de la citoyenneté britannique. C'est pourquoi la Révolution américaine fut, au sens étymologique, un « retour » à l’héritage des libertés anglaises. Contrairement aux français, les anglais au 18e siècle n’avaient pas d'armée permanente, pas de lettres de cachet, pas d’arrestations arbitraires. Ils avaient leur habeas corpus, leur procès par jury, leur liberté d'expression et de conscience, et leur droit au commerce. La Révolution américaine fut une révolution conservatrice et non une table rase du passé, comme le fut en partie la Révolution française.

Thomas Jefferson a expliqué que la Déclaration d'indépendance était fondée sur des « livres élémentaires de droit public, comme ceux d’Aristote, de Cicéron, de Locke, etc. » Pour Aristote, le droit naturel a une fonction critique vis à vis de la loi positive, il fonde l’autorité des lois (le droit positif) en garantissant leur justice. Pour Cicéron, il s'agit d'"une seule loi éternelle et invariable, valide pour toutes les nations et en tout temps". Enfin, pour Locke Le droit naturel est la reconnaissance par l’ordre politique des droits personnels naturellement possédés par chacun, en particulier le droit de propriété : droit à la vie et à la liberté (propriété de soi) et droit à la possession des biens acquis par le travail (propriété des choses).

Le 4 juillet 1776, après quelques modifications de John Adams et Benjamin Franklin, la Déclaration d’indépendance est adoptée par les treize colonies en assemblée à Philadelphie.

En voici un passage célèbre :

Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur.  

Leonard Read (créateur de l’institut de recherche Foundation for Economic Education) a écrit un jour que l’essence même de la Révolution américaine était contenue dans un morceau de phrase de la Déclaration d’indépendance. « Je ne pense pas que la révolution américaine réelle se confonde avec le conflit armé des colonies contre le roi George III. La vraie révolution américaine consiste dans un nouveau concept ou une idée qui rompt avec toute l’histoire politique du monde ». Selon Read, « cette nouvelle idée est la suivante : Tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. C’est tout. C’est l’essence même de l’identité américaine. C’est le roc sur lequel l’ensemble du ‘miracle américain’ a été fondé ».

Ce concept révolutionnaire, poursuit Leonard Read, est à la fois spirituel, politique et économique :

  • Il est spirituel en ce que le rédacteur de la Déclaration reconnaît et proclame publiquement que le Créateur est la source des droits de l’homme, et donc le Créateur est souverain.
  • Il est politique en ce qu’il nie implicitement que l’État soit la source des droits de l’homme, déclarant ainsi que l’État n’est pas souverain.
  • Il est d’ordre économique en ce sens que si une personne a droit à la vie, il s’ensuit qu’elle a le droit de conserver sa vie, de la nourrir par les fruits de son propre travail.

À voir : l'excellente mini-série américaine John Adams (disponible en DVD) dont voici un extrait :

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Comme nous l’avons vu au début de cette série, les colonies britanniques de la Nouvelle-Angleterre, après des années d’un âpre combat, parvinrent en 1776 à proclamer puis défendre leur indépendance vis-à-vis de la couronne britannique. Cependant, la nation états-unienne, telle que nous la connaissons aujourd’hui avec ses 50 états s’étendant à l’échelle d’un continent, ne s’est pas faite en un seul jour.

L’intégration des 13 premiers États au sein de l’Union ne s’est pas faite d’un coup à la proclamation d’indépendance en 1776 mais durant une période s’étendant de décembre 1787 (pour le Delaware) à Mai 1790 (pour le Rhode Island). Ce délai s’explique de plusieurs façons. Déjà, il faut le savoir, ce n’est qu’en 1783/84, soit plus de six ans après la proclamation d’indépendance des États-Unis, qu’une paix définitive fut signée  entre les colonies nord-américaines et la Couronne britannique (Traité de Paris).

http://lelivrescolaire.fr/upload/deborah/p15slirb991e7g18o71hkqca1cd31.pngEnsuite de cela, une fois la paix signée avec Londres, d’autres problèmes survinrent qui contribuèrent à retarder de plusieurs années encore la mise en place effective d’une administration centrale, fédérale, des colonies nord-américaines. A cette époque déjà, à peine la guerre d’indépendance contre les Anglais terminée, survinrent les premières tensions entre partisans d’un pouvoir local et ceux d’un pouvoir centralisateur. Ces tensions, et il s’agit d’un point fondamental, n’ont jamais cessé durant toute l’histoire américaine, jusqu’à aujourd’hui où elles refont surface sous la forme des Tea Parties et de l’essor du mouvement libertarien.

Vers 1785, au sein des colonies fraîchement indépendantes de la Nouvelle-Angleterre, le débat faisait rage et les tensions, comme mentionné plus haut, étaient importantes. L’État fédéral n’existait que sur le papier : il n’y avait ni branche exécutive (donc ni président, ni gouvernement) ni non plus de branche judiciaire. En fait, il n’y avait même pas de véritable constitution! Les 13 colonies de Nouvelle-Angleterre qui constituaient les États-Unis n’étaient alors juridiquement liées entre elles que par un simple document, sorte de brouillon de Constitution que les historiens appellent « Articles de la Confédération » (Articles of Confederation), adopté en novembre 1777 par le « Congrès continental » (en fait une assemblée constituante composée de représentants des 13 colonies).

Ce document était rédigé dans une perspective favorable aux anti-fédéralistes, il visait surtout à défendre les prérogatives des pouvoirs locaux et les droits des citoyens contre un éventuel pouvoir central. Il faudra près de quatre longues années, entre 1777 et 1781, pour obtenir sa ratification par les 13 colonies qui avaient proclamé leur indépendance en 1776, signe qu’à cette époque déjà, rien ne se faisait simplement.

Il existait, parmi les responsables politiques de la Nouvelle-Angleterre fraîchement indépendante, deux tendances (que l’on retrouve tout au long de l’histoire des États-Unis) : les fédéralistes d’un côté, sortes de jacobins états-uniens, partisans d’un pouvoir central fort. De l’autre côté, logiquement, on trouvait les anti-fédéralistes, attachés à la défense des libertés individuelles ainsi qu’aux principes de démocratie directe, de primauté du pouvoir local au détriment d’un pouvoir éloigné, centralisateur.

Il va de soit que le texte des « Articles de la Confédération » qui servait à peu près de constitution depuis 1777 ne satisfaisait pas les fédéralistes qui désiraient doter le pouvoir central de Washington d’institutions aux pouvoirs réels et étendus. Parmi eux, on trouvait le général George Washington (héros de la guerre d’indépendance contre les Anglais et futur premier président des USA) et John Adams (2e président des États-Unis). Il est probable que c’est dans ce camp « jacobin » que l’on retrouvait le plus d’adeptes de la maçonnerie, mais nous n’avons pas assez étudié la question pour l’affirmer catégoriquement.

Les rangs anti-fédéralistes comptaient en revanche des personnalités telles que Patrick Henry (un franc-maçon), gouverneur de Virginie qui refusera ensuite, conformément à son opposition à un pouvoir fédéral fort, le poste très prestigieux de Secrétaire d’État (ministre des Affaires étrangères) que lui proposait le président George Washington, Samuel Adams, futur gouverneur du Massachusetts, James Monroe, futur président des États-Unis, Georges Mason ou encore le premier gouverneur de l’État de New York et futur vice-président des États-Unis George Clinton (sans lien avec le personnage de l’histoire récente des États-Unis).

En septembre 1787, les fédéralistes eurent gain de cause et parvinrent à faire adopter par le Congrès continental une Constitution fédérale (toujours en vigueur en 2011) qui remplaçait les « Articles de la Constitution » datant de 1777. Dans la foulée, plusieurs États la ratifièrent, à commencer par le Delaware (officiellement donc premier État de l’Union), la Pennsylvanie et le New Jersey en décembre 1787, puis la Géorgie, le Connecticut, le Massachusetts durant le premier trimestre de l’année 1788 (voir animation ci-après).

Depuis, 44 autres États ont rejoint l’Union, le dernier étant Hawaï en décembre 1959, l’État de naissance (du moins officiellement) de l’actuel président Barack Obama.

 

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Dates d’intégration des 50 États sein de l’Union (Décembre 1787 à Décembre 1959)

En contrepartie de l’adoption de la Constitution, les fédéralistes durent mettre de l’eau dans leur vin et accepter que l’article 5 de cette dernière prévoie l’adoption d’amendements constitutionnels afin de garantir un certain nombre de droits individuels notamment.

Cette déclaration des droits (Bill of Rights) comprenant à l’origine dix amendements fut largement écrite par un anti-fédéraliste pur et dur (et futur président des États-Unis), James Madison. Elle fut adoptée en septembre 1789. Parmi les articles de cette déclaration, on trouve la garantie de liberté d’expression, de confession religieuse, de la presse et de rassemblement (1er amendement), le droit de porter une arme et de former des milices (2e amendement), la garantie d’être protégé contre toute fouille ou saisie de biens privés par un tiers quelconque, autorités policière, militaire et  judiciaire comprises (4e amendement), le droit, en cas de suspicion de crime ou de délit, à un procès rapide devant un jury populaire (6e amendement), l’impossibilité pour une Cour de justice de condamner quiconque à toute peine cruelle ou inhabituelle en cas de crime ou délit (8e amendement).

Le 10e amendement, enfin, limitait les pouvoirs et l’autorité du gouvernement fédéral aux seules prérogatives prévues par la Constitution. Pour faire clair, cet amendement constitutionnel stipulait que tout ce qui n’est pas prévu par la Constitution est du ressort non du gouvernement fédéral de Washington mais bien des États de l’Union et de leurs citoyens. Il va de soit que nombre de ces amendements ont été largement bafoués tout au long de l’histoire, mais surtout depuis quelques années.  Les 4e, 6e et 8e amendements ont été largement malmenés et même violés depuis une dizaine d’années par les administrations Clinton, Bush et Obama, sous le fallacieux prétexte de la guerre contre le terrorisme. En 2009, sept états de l’Union ont même adopté des résolutions réaffirmant leur soutien au 10e amendement et demandant au gouvernement de Washington de ne plus interférer dans les domaines qui relèvent de leurs prérogatives.

A la fin du XVIIIe siècle, au moment de l’adoption de la Constitution des États-Unis et, pour faire contrepoids, de la Déclaration des droits (Bill of Rights), le gouvernement central se mit en place et les premières élections fédérales eurent lieu. Malgré les tensions politiques et les secousses diverses que tout système démocratique rencontre habituellement au fil des années, tout alla plus ou moins bien durant les premières décennies de l’Union, même si révolution industrielle oblige, un fossé grandissant se créa rapidement entre États du Sud et États du Nord.

Durant les premières années du XVIIIe siècle, plusieurs nouveaux États firent leur entrée dans l’Union, notamment l’Ohio (1803), l’Indiana (1816) et l’Illinois (1818) qui avaient pour particularité de se situer au Nord du pays, où les hivers sont rigoureux, à la lisière du Canada britannique, dans une zone riche en ressources naturelles (charbon, fer, cuivre, bois), notamment de par la présence de nombreux cours d’eau et autres lacs. Ces facteurs réunis (conditions climatiques n’incitant pas à lézarder, richesses naturelles abondantes) firent de cette région un nouvel Eldorado qui attira alors de nombreux émigrants.

Un tissu industriel se mit rapidement en place dans le nord des États-Unis, attirant à lui de nombreuses populations, souvent émigrées d’Europe notamment, majoritairement irlandais et italiens. Les villages, naguère isolés, devinrent rapidement des villes interconnectées par la mise en place de réseaux de transport performants. La première ligne de chemin de fer des États-Unis fut inaugurée dès 1827. Elle relia bientôt Baltimore sur la côte Atlantique à la ville de Wheeling, située à l’extrême nord de la Virginie Occidentale, dans l’immédiate proximité des états de Pennsylvanie et de  l’Ohio, soit en plein cœur du foyer industriel naissant des USA. Fleuves et canaux, nombreux dans cette partie du pays, permirent également un transport efficace et peu coûteux des personnes et des marchandises, une irrigation qui se révèlera décisive dans la croissance d’un tissu industriel qui fera bientôt de cette nation naissante la première puissance mondiale.

Les candidats au paradis déchantèrent vite. Dans les usines du Nord, les conditions de travail étaient éprouvantes. Les cadences infernales, les horaires très lourds. On travaillait de jour comme de nuit, enfants compris. L’alcoolisme commençait à faire des ravages. Les émigrants qui avaient fui la guerre et la famine faisant alors rage dans certaines parties d’Europe s’efforçaient de tenir le coup, de se résigner, mais des violences éclataient sporadiquement, des conflits sociaux également. Au fur et à mesure que les États-Unis se développaient, c’est le monde qui changeait. Des nouveautés firent leur apparition : la police, l’école.

Dans le monde traditionnel, rural, il n’y avait besoin ni de l’une, ni de l’autre. Les parents assuraient l’instruction dans le foyer et tout le monde, dans les villages, se connaissait, il n’y avait pas besoin d’un corps spécialisé dans le maintien de l’ordre. Un des premiers effets secondaires de l’industrialisation fut en effet la rupture de l’unité d’antan. Déracinés et dans la vie urbaine qu’ils menaient, les gens ne se connaissaient plus. En cas de conflit entre deux personnes, il fallait, chose nouvelle, faire appel à un médiateur pour solutionner le problème, le plus souvent équipé d’un képi et d’une matraque (la police n’est-elle pas le premier des mass-media?)

C’était le début de la modernité. Jusqu’alors, le fermier ou l’artisan qui bêchait sa terre, élevait des animaux ou fabriquait des meubles, travaillait pour lui-même, il était propriétaire de son outil de production, il engrangeait le fruit de son dur labeur. Un travail qui apportait une réelle satisfaction. C’est à cette vocation (Beruf) que Luther avait jadis fait allusion. C’était ce travail là, celui qui seul permet la réalisation et l’épanouissement de l’individu qui était pour le réformateur Allemand une réelle bénédiction.

La révolution industrielle vit l’essor des sociétés par action… et de la condition de salarié. Les travailleurs déracinés, nombreux et peu onéreux, souvent importés des zones les plus miséreuses d’Europe, formaient autant de bataillons de ce que Marx appellera l’armée industrielle de réserve du capital. C’était – avant l’heure et pour la grande joie de quelques capitaines d’une industrie naissante – une libre circulation de toute la misère du monde qui était testée à grande échelle. On relèvera à l’attention de nos néo-gaucho-bobos inconséquents actuels… que Marx y était opposé.

Mais il y avait deux Amériques. Celle du Nord, industrielle, et celle du Sud, rurale. Là-bas aussi, sous le blanc soleil des propriétaires terriens, les conditions de travail étaient éprouvantes. Tout comme leurs homologues du Nord, les propriétaires du Sud avaient fait venir à bon compte et en grand nombre, des travailleurs d’Outre-Atlantique, d’Afrique pour être précis. On précisera, comme le fait Annick Foucrier, agrégée d’Histoire, professeur en Sorbonne et directrice du Centre de Recherches et d’Histoire Nord-Américaine (Univeristé Paris 1) dans son petit ouvrage consacré au mémoire que Édouard Lacouture, membre honoraire de la Chambre de Commerce de Norfolk en Virginie, avait adressé à l’époque à l’Empereur des français Napoléon III (nous publions un extrait et fournissons le PDF intégral plus bas), que 75% des familles blanches du Sud (les états dits « esclavagistes ») n’avaient pas d’esclaves, et que seulement 4% de ces familles blanches du Sud possédaient plus de 20 esclaves. La grande majorité de la population rurale du Sud n’avait donc aucune responsabilité dans l’exploitation des esclaves, une réalité qui se situe donc loin des mensonges habituellement véhiculés sur ce conflit.

Souvent, tristement doit-on le dire, les esclaves n’avaient pas, aux yeux de leurs patrons, le statut d’humain, ce qui était aussi vrai dans le Nord du pays, hélas, sinon comment peut-on expliquer que dans l’Illinois par exemple on distribuait de l’alcool aux enfants qui descendaient, de nuit, par tous les temps, dans les mines? Comment expliquer, si les conditions de travail étaient aussi exemplaires que cela dans le Nord Yankee, qu’en 1909 encore, on défilait (le 1er mai) dans les rues de New York pour réclamer l’abolition de l’esclavage des enfants alors encore très en vogue, notamment dans l’industrie textile du Sud de Manhattan?

Pour mettre définitivement fin à toutes les fadaises qui circulent généralement dès lors que l’on parle de la question de l’esclavage, nous dirons qu’il était généralisé, au Nord comme au Sud. Au Sud les travailleurs n’étaient certes pas payés, mais nourris et logés. Au Nord, ils étaient payés, mais ni nourris ni logés. Ce qui revient au même. Des deux côtés, la misère du monde était exploitée à bon compte.

Il est plus que temps de mettre fin une bonne fois pour toutes au mythe d’un Nord Yankee généreux et vertueux qui se serait valeureusement mobilisé pour la noble cause des pauvres esclaves noirs du Sud.

Le Nord industriel, Yankee, avait des visées sur les riches terres du Sud. C’était le début de l’impérialisme… et surtout un début d’explication à l’hostilité du Nord envers le Sud. Déjà, vers 1840, la notion de « Destinée manifeste du peuple américain » était apparue dans les salons bien pensants de Nouvelle-Angleterre. Selon les promoteurs de cette expression, c’était la volonté divine que l’Union s’agrandisse vers l’Ouest, même si ce devait se faire par la force ou la ruse, au détriment de la morale et de la justice. Les tribus indiennes autochtones et les voisins mexicains payèrent un lourd tribu à ces velléités de conquête.

En dépit de l’extension territoriale qui allait bon train, il demeurait un caillou dans la botte Yankee : les États du Sud, certes formellement membres de l’Union mais qui faisaient un peu bande à part et ne contribuaient pas aux plans impérialistes du Nord autant que ce que ces derniers souhaitaient. Ce Sud, traditionnel, conservateur, rural, fit bientôt horreur aux castes pré-bobos de Nouvelle-Angleterre. Il fallait mettre un terme à pareil archaïsme! Il était temps d’apporter aux « barbares » du Sud les « valeurs » (démocratie, droits de l’homme) des castes se prétendant éclairées du Nord-Est. Ces dernières, si elles avaient été honnêtes, auraient dû commencer par se pencher sur le sort misérable des millions de pauvres immigrés surexploités dans leurs usines du Nord!

Pour justifier la mise au pas du Sud, il fallait une belle et noble cause. Décidément, il n’y a rien de nouveau sous le soleil, tout cela était déjà très moderne. On notera effectivement que depuis, on l’a récemment vu en Yougoslavie, Afghanistan, Irak ou Libye, rien n’a changé dans les méthodes yankee : faire certes usage de la force, mais toujours sous le prétexte de faire le bien d’autrui… pour en réalité mettre la main sur telle ou telle richesse ou contrée, le véritable objectif!

Certes, le bobo-gauchiste-post-moderne de base qui lit ces lignes va se soulever d’indignation contre ce site, hurler au racisme, saisir des « z’associations » bien-pensantes, alerter les médias et autres réflexes conditionnés… mais nous tenons d’avance à rassurer tout le monde sur ce point précis : nous condamnons sans ambiguïté le racisme (tous les racismes) et la ségrégation. Nous pensons que les travailleurs d’origine africaine des champs de coton du Sud comme ceux d’origine européenne des usines du Nord étaient TOUS des êtres humains qui avaient droit à la dignité et la considération (qu’ils n’ont souvent pas reçue), et qu’en tous les cas il aurait été préférable pour nombre d’entre eux de ne pas quitter leur terre d’Europe ou d’Afrique en quête d’une vie meilleure, direction le mirage Nord-Américain.

Il n’y a rien de « fasciste » dans ces propos. Dire que le patron ou propriétaire sudiste n’était ni meilleur ni pire que celui du Nord ne relève pas de l’apologie de la ségrégation, tous deux la pratiquait! En fait, le bobo-gauchiste de base du XXIe siècle est coincé par ce qui suit : l’ouverture des frontières (qu’il défend bec et ongle) n’a toujours servi que le patronat et les négriers en tous genres. Cela n’a d’ailleurs jamais été aussi vrai qu’à l’heure de la libre circulation si chère aux cœur de la gauche bien pensante, une gauche institutionnelle comme toujours composée, au sommet, de quelques manipulateurs qui ne sont pas ce qu’ils disent être et ne défendent pas ceux qu’ils prétendent défendre et, à la base, de beaucoup d’idiots utiles, souvent des boutonneux à la gueule enfarinée ne connaissant encore rien à la vie… au grand cœur peut-être, mais à courte vue, surement!

On admettra une chose : beaucoup d’africains n’ont hélas pas eu leur mot à dire, vendus qu’ils ont été, mais souvent par leurs propres frères de race, et souvent aussi par des marchands musulmans, donc très peu par de « méchants blancs » comme on le croit généralement, à tort (ce que certains communautaristes que l’on ne citera pas devraient méditer).

Il est ici temps de laisser la parole à Edouard Lacouture, commerçant français installé en Virginie qui adressa en 1862 les mots suivants à l’empereur Napoléon III qui hésitait quant à l’attitude que l’Empire français devait tenir alors que la guerre commençait entre Nord et Sud  :

 On se préoccupe beaucoup en Europe, en France surtout, de la question américaine ; bien peu de personnes cependant s’en rendent un compte exact ; quelques esprits généreux semblent accorder toutes leurs sympathies au Nord des États-Unis dans la lutte fratricide qu’il a entreprise contre le Sud, parce qu’ils s’imaginent qu’il n’a d’autre but que l’abolition de l’esclavage, et l’émancipation complète de la race noire. Étrange illusion! Ils ne voient pas, qu’en croyant prendre parti pour les opprimés, ils soutiennent les oppresseurs ; ils ne voient pas que l’abolition de l’esclavage est un prétexte, une arme de guerre pour justifier aux yeux des philanthropes de l’ancien monde, l’injuste agression du Nord contre le Sud.

Quelle est, en effet, la liberté dont jouissent les noirs prétendus libres, et les hommes de couleur dans les États du Nord? Celle de mourir à peu près de faim. Ce sont des ilotes et des parias, ils ne sont pas citoyens, ils n’ont aucuns droits civils et politiques, ils ne peuvent devenir propriétaires, ils ne sont reçus nulle part ; ils ne peuvent aller dans les églises, dans les spectacles, dans les voitures publiques avec les blancs : ils ne sont pas même admis dans l’armée qui va combattre pour leur émancipation, et, chose étrange, dans ce pays, modèle de liberté, celui qui s’en est fait en Europe l’apôtre le plus ardent [note : allusion à l'écrivain Alexandre Dumas, qui avait des origines antillaises, et qui a vigoureusement soutenu la cause Yankee en France durant la guerre de Sécession. Il préfigura le show biz actuel qui ne rate jamais une occasion de se faire manipuler], dont les ouvrages traduits en anglais sont lus dans tous les salons des États-Unis, notre plus célèbre et plus fécond romancier n’y serait pas reçu en personne et n’aurait pas le droit de s’asseoir à la table commune dans le plus modeste hôtel de New York. Voilà comment on entend la liberté dans le Nord et comment on y traite les hommes de couleur. Quels sont les pourvoyeurs de l’esclavage aux États-Unis? Ce sont les armateurs de New York et de Boston [note : donc du Nord, officiellement hostile à l'esclavage] ; et pendant qu’aux yeux de l’Europe ils se targuent de philanthropie, leurs vaisseaux voguent vers les côtes d’Afrique pour continuer cet infâme et fructueux trafic.

Plus loin dans son rapport, cet observateur lucide, ajoute :

L’esclavage [note : comprendre l'esclavage des noirs, tel que pratiqué dans le Sud] n’a pas de raison d’être dans les États du Nord. La température permet aux blancs d’y travailler et les migrants d’Europe, exploités par eux sur la plus vaste échelle, sont une ressource bien plus fructueuse que les noirs : elle n’exige ni surveillance ni sacrifices, et dans les moments de crise personne n’est tenu d’en prendre soin : l’esclavage a cessé en théorie, mais la liberté mensongère dont on gratifie les noirs est bien plus dure à supporter, car ils sont forcés de pourvoir eux-mêmes à leur chêtive existence, et on les prive de tous les éléments qui pourraient leur en procurer les moyens. Jamais, du reste, la liberté n’a été concédée dans le Nord à aucun noir ; avant que la législation eût érigé en principe que l’esclavage n’existerait plus dans les États du Nord, tous les propriétaires d’esclaves avaient vendu leurs noirs, et il n’en a pas coûté un dollar à ces généreux philanthropes pour décréter l’émancipation.

Le même fait vient de se produire à Washington. Quand le gouvernement fédéral a proclamé la suppression de l’esclavage dans le district de Colombie [note : traduction française de Washington, District of Columbia, siège du gouvernement fédéral], il n’y avait plus un seul noir : tous avaient été expédiés dans les États riverains [note : sudistes], et le président Lincoln a pu sanctionner cette dérisoire mesure sans froisser les intérêts de ses amis. Au reste, les derniers journaux de New York nous rapportent les allocutions du Président Lincoln, aux députations des hommes de couleur, il leur dit sans ambiguïté qu’ils sont de race tout à fait différente à celle des blancs, et qu’ils ne peuvent espérer d’être jamais traités sur le même pied d’égalité. Enfin, qu’il maintiendra ou supprimera l’esclavage, si ces mesures sont nécessaires au rétablissement de l’Union, c’est-à-dire à la domination absolue du Nord.

Est-ce assez clair, assez explicite pour convaincre les plus obstinés? Qu’on ne vienne donc plus tromper l’Europe, et faire croire à la France que le Nord a pris les armes pour supprimer l’esclavage ; c’est un odieux mensonge, non seulement il en veut le maintien dans le Sud, mais il veut de plus l’esclavage des blancs.

E. Lacouture, La Vérité sur la guerre d’Amérique, Mémoire à l’Empereur Napoléon III

 

PDF intégral : La vérité sur la guerre d’Amérique – Edouard Lacouture – 1862 (Source : BNF)

 (le texte est tombé dans le domaine publique, l’auteur est en effet décédé depuis bien plus de 70 ans)


Les propos de Edouard Lacouture ont le mérite de la clarté et de la lucidité. Ils démontrent parfaitement les mensonges et l’hypocrisie du Nord, qui n’est pas intervenu militairement contre le Sud pour de belles raisons humanitaires mais par pur esprit de domination.

Vers 1850 le débat au sujet de l’esclavage a commencé à se tendre aux États-Unis. Lors de l’élection présidentielle de novembre 1860, c’est le candidat républicain, anti-esclavagiste, Abraham Lincoln qui l’a emporté, face aux deux candidats démocrates (le parti partait divisé),  John Breckinridge et Stephen Douglas. Il est à noter que Lincoln n’a remporté, lors de ce scrutin, que 39.8% des voix contre respectivement 29.5% et 18.1% (soit près de 50% à eux deux) pour ses concurrents démocrates. Les États du Sud avaient majoritairement voté pour Breckinridge et ceux du Nord, plus la Californie dépeuplée, pour Lincoln :

 

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Résultat de l’élection présidentielle de 1860 : les États remportés par les divers candidats. Le chiffre à l’intérieur des États est le nombre de grands électeurs par État. Au total, il y en avait 303 pour tous les États-Unis, et la majorité pour être élu président était donc de 152 grands électeurs. Grâce à ses succès dans les grands États du Nord (notamment New York, 35 grands électeurs ou la Pennsylvanie, 27 grands électeurs), Lincoln remporta l’élection avec 180 grands électeurs contre seulement 72 pour son concurrent sudiste Breckinridge – les États sudistes étaient certes plus grands mais moins peuplés, ils pesaient moins lourd que ceux du Nord!

 

Après ce scrutin très disputé et avant même que le président élu Lincoln n’accède à la Maison Blanche, plusieurs États sudistes mirent sur pied des référendums d’autodétermination qui connurent un grand succès et, sur cette base, optèrent pour la Sécession. Dans l’ordre : la Caroline du Sud dès décembre 1860, le Mississippi, la Floride, l’Alabama, la Géorgie et la Lousiane (janvier 1861) puis le Texas (février 1861). Le 4 février 1861, ces États formèrent les Confederate States of America (C.S.A), avec Montgomery en Alabama comme capitale et Jefferson Davis comme président.

Après le début du mandat du président Lincoln, en mars 1861, quatre autres États sudistes firent sécession des États-Unis pour intégrer le « Dixieland », la Confédération sudiste : la Virginie, l’Arkansas, le Tennessee et la Caroline du Nord (avril et mai 1961). Début juin 1861, la capitale des CSA fut déplacée de Montgomery, Alabama, à Richmond en Virginie, ville distante de moins de 100km de Washington, D.C., la capitale des USA. En 1865, au moment où le conflit se soldait hélas par une défaite sudiste, un état Cherokee était sur le point de rejoindre la Confédération (preuve que les sudistes n’étaient pas racistes, ils n’ont pas massacré d’indiens, eux!). Il s’agit de l’actuel État de l’Oklahoma, au nord du Texas.

 

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Février 1861 : en vert, les États de la Confédération sudiste (CSA). En rose pâle, ceux de l’Union (USA).

 

Les États-Unis n’acceptant pas la Sécession des États sudistes, la guerre devint inévitable. Elle fit près d’un million de morts en quatre ans. Il s’agira en fait du premier conflit industriel de l’Histoire, précurseur des boucheries de 1914-18 et 1939-45. Le Nord l’a emporté, car son industrie était bien plus développée, ses réseaux de transport (ferroviaires notamment) également. Le Sud avait des avantages : de meilleurs cavaliers, d’excellents éclaireurs (souvent des indiens cherokees, rappelons que la Nation indienne a combattu tout au long du conflit du côté des sudistes). Ces avantages tactiques permirent aux troupes des généraux Beauregard, « Stonewall » Jackson et autres Lee d’emporter de brillantes victoires comme à Bull Run (Manassas), au début de la guerre, mais ceci ne fut pas suffisant pour contrer l’implacable machinerie yankee, largement soutenue  par le pouvoir financier de New York (Wall Street).

 

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Le premier et le dernier drapeau de la Confédération sudiste

Après la victoire nordiste, en 1865, les noirs ne sont pas devenus libres, ils ont juste changé de patron. Beaucoup se sont précipités vers le Nord, en quête de la liberté et de la prospérité promises… mais sont tombés de haut. Ils y ont juste fait de la concurrence à la main-d’œuvre déjà bon marché en provenance d’Europe, ce qui a permis aux industriels yankees de faire du dumping salarial et de diviser la classe ouvrière encore un peu plus.

Après la guerre, le Sud a été remis au pas, réintégré à l’Union. Bien sûr, le ressentiment était très fort dans tous ces États. Les yankees y avaient commis de terribles exactions, comme à Atlanta, en Géorgie, une ville entièrement brûlée en 1864 par les troupes du criminel de guerre qu’était le général nordiste William Sherman, précurseur de ce qu’Hitler appellera « la guerre totale ».

Au tournant du XXe siècle, la césure entre États sudistes et nordistes demeurait. De plus, au fur et à mesure que les années passaient, les sombres prédictions des antifédéralistes d’antan devenaient réalité : Washington s’accaparait toujours plus de prérogatives, au détriment des États de l’Union. Déjà, pendant la guerre de Sécession, Lincoln avait instauré un impôt fédéral provisoire dans toute l’Union. Cet impôt « provisoire » devint permanent en 1913, sous la forme du XVIe amendement à la Constitution des États-Unis, la même année d’ailleurs que fut mise en place la Réserve fédérale, la Fed, par des banques privées de Wall Street (JP Morgan, Warburg etc.). L’État fédéral céda à ce cartel privé le droit d’émettre la monnaie… ce qui équivalait à une privatisation du droit régalien de battre monnaie (80 ans avant Maastricht).

La croissance de l’État fédéral était constante, et la Grande dépression qui suivit le Krach de Wall Street en 1929 ainsi que la deuxième guerre mondiale l’amena à un niveau de développement supérieur à tout ce que les plus ardents fédéralistes du XVIIIe siècle auraient pu imaginer. Le pouvoir de Washington était tentaculaire et les États, surtout ceux distants du Sud, étaient ignorés. L’armée fédérale comptait des millions d’hommes ce qui coûtait très cher à entretenir.

Avec la guerre froide et la « menace » communiste (créée de toute pièce par Wall Street, comme Anthony C. Sutton l’a démontré), le prétexte pour maintenir un nombre élevé de troupes aux quatre coins du monde était tout trouvé. Il y avait l’Asie à conquérir (guerres de Corée, interventionnisme tous azimuts, en Indonésie, au Vietnam etc.), les monarchies pétrolières du Proche-Orient et les dictatures pro-états-uniennes d’Amérique latine à défendre. Ensuite il y eut la conquête de la lune et la Grande société de Lyndon Johnson, tout autant de programmes aux coûts exorbitants qui justifiaient chaque année la croissance de l’administration fédérale, jusqu’à en devenir le monstre qu’elle est de nos jours.

Le Sud, lui, restait très conservateur et méfiant par rapport à toutes ces entreprises dispendieuses du gouvernement fédéral. Cette région est d’ailleurs souvent surnommée la « Bible Belt » (ceinture biblique) des États-Unis. Ci-dessous, nous vous proposons un très intéressant document, qui consiste en la juxtaposition de deux cartes, celle des États Confédérés d’Amérique (les états sudistes sécessionnistes en 1865) et celle de la proportion de baptistes fondamentalistes, la fameuse « Bible Belt » chrétienne aux USA, en 2000. Il est très intéressant de constater à quel point les surfaces géométriques se recoupent, à 150 ans d’intervalle :

 

http://www.reduitnational.com/images/biblebelt.png

Cela ne fait aucun doute : 150 ans après la guerre de Sécession, cette zone reste le cœur chrétien fondamentaliste de ce pays (et tant pis si ça fait hurler quelques idiots athées). C’est bien cette voix là que les impérialistes, les financiers, les gauchistes et autres adeptes du « centralisme démocratique » à la sauce washingtonienne tentent d’étouffer depuis deux siècles, celle de la sagesse et des traditions, en bref tout ce qui fait hurler les bobos bien pensants d’hier et d’aujourd’hui. Si vous êtes chrétien conservateur et avez encore quelques doutes quant au camp qu’il aurait fallu choisir en 1860, nous espérons que ces cartes (et le reste de l’article) vous auront convaincu.

Vers le milieu du XXe siècle, ce Sud conservateur et hostile au développement du pouvoir fédéral au détriment du pouvoir local des État tentait de résister, par les urnes, ce qui se fit sentir à l’intérieur du parti démocrate, le parti du Sud.

En 1948, Strom Thurmond, un démocrate conservateur du Sud (un « dixiecrat ») se présenta à la présidentielle contre le favori du parti démocrate sur le plan national, à savoir le président sortant Harry Truman, un démocrate du Nord. Il faut savoir qu’au lendemain de la Seconde guerre mondiale déjà, le parti démocrate, de conservateur qu’il était de moins en moins, se dirigeait alors résolument vers la voie gauchisante qui sera ensuite la sienne à partir des années 1960. Le Sud, très attaché aux valeurs conservatrices et hostile aux dérives fédéralistes, tentait lui de réagir, en présentant son propre candidat démocrate, Strom Thurmond.

Le général Strom Thurmond, de Caroline du sud, était en 1948 un jeune vétéran de la Seconde guerre mondiale. Avec le grade de Lieutenant-Colonel, il avait fait partie des premiers groupes de parachutistes de la 82e division aéroportée à fouler le sol de Normandie, le 6 juin 1944, lors du fameux débarquement. Il avait ensuite été décoré des plus prestigieuses récompenses militaires alliées avant d’être promu général « deux étoiles ».

Au lendemain de la guerre, en 1946, il fut élu gouverneur de son État, avant de se présenter à la présidentielle de 1948 comme candidat démocrate non officiel où fort de son credo anti-fédéraliste et pro « states-rights », il l’emporta dans quatre états sudistes (Louisiane, Alabama, Géorgie et la Caroline du Sud) et obtint 39 grands électeurs, un record pour un « third candidate », ce qui n’empêcha cependant pas la réélection du sortant Harry Truman, le démocrate fédéraliste du Nord, qui l’emporta de peu devant le républicain new yorkais Thomas Dewey.

En 1954, Strom Thurmond fut élu au Sénat fédéral, à Washington, où il représenta son État jusqu’en janvier 2003, c’est-à-dire à l’âge canonique de 100 ans! Il mourut naturellement quelques mois après son départ de la haute assemblée.

L’histoire des États-Unis a été émaillée, depuis deux siècles, d’innombrables épisodes de tensions entre pouvoir local et pouvoir fédéral. Si la guerre de Sécession en fut un point culminant, il est fort à parier que les mois et années qui viennent réservent encore un certain avenir aux velléités antifédéralistes et sécessionnistes de toutes sortes.  La déroute de Wall Street, qui n’a de loin pas encore frappée le pays et le monde de toute son étendue au moment où ces lignes sont écrites (septembre 2011), la faillite complète de l’État fédéral ainsi que celle de nombre de municipalités, contés et États de l’Union mettent directement en péril la survie des États-Unis tels qu’on les connait de nos jours, à 50 États.

En 2009, c’est le plus grand État du Sud, le Texas, qui votait une résolution ambiguë, proclamant son indépendance… au sein des États-Unis (sic). Certains élus locaux avaient manifestement l’intention d’aller plus loin. Au sein des Tea Parties, Ron Paul en tête, l’idée sécessionniste suit son chemin. On rêve de couper les ponts avec la clique corrompue de Wall Street et de Washington, mais il s’agit de ne pas répéter les erreurs de 1861!

Si nous avons mentionné plus haut la dérive fédéraliste et gauchiste du parti démocrate au fil du XXe siècle, il ne faut surtout pas oublier de préciser qu’il en est précisément allé de même de son concurrent, le parti républicain, durant la même période. Dans le dernier volet de cette série, nous aborderons ce thème et procéderons à un inventaire des forces libertariennes/conservatrices en présence, à l’intérieur comme à l’extérieur du Grand Old Party (le parti républicain), à un peu plus de douze mois de l’élection cruciale de 2012, c’est-à-dire à quelques semaines du démarrage des primaires présidentielles de ce parti.

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 23:36
Les racines libertariennes du Tea Party

Beaucoup de gens de gauche rejettent le Tea Party comme s'il s'agissait de la veille droite religieuse. Mais une récente étude du Cato Institute démontre qu'ils ont tort. Si les membres du Tea Party sont unis sur les questions économiques, ils sont divisés sur les sujets sociétaux qu'ils préfèrent laisser de côté.

Par David Kirby (*), depuis les États-Unis.
Publié en collaboration avec le Cato Institute.

Beaucoup d'analystes ont vu dans le choix de Mitt Romney de prendre Paul Ryan comme vice-présent une concession au Tea Party. Et c'est peut-être le cas. Cependant on peut se demander si ces analystes ont conscience de quelle facette du Tea Party il s'agit là.

La semaine dernière, Emily Ekins et moi-même avons publié une nouvelle étude du Cato Institute intitulée "Les racines libertariennes du Tea Party", en même temps qu'un article d'opinion dans Politico. Voici ce que nous avons montré :

La plupart des gens de gauche classent le Tea Party dans la même catégorie que la vieille droite religieuse, mais les données tendent à prouver qu'ils ont tort. Le Tea Party a de solides racines libertariennes, et est une influence libertarienne sur le Parti républicain.

Rassemblant des données de sondages locaux et nationaux, ainsi que des douzaines d'interviews avec des membres et leaders du Tea Party, nous avons découvert que celui-ci est uni sur le plan économique, mais plus déchiré sur les questions sociales qu'il tente d'éviter. En gros, une moitié du Tea Party est conservatrice, l'autre moitié libertarienne - ou plutôt fiscalement conservatrice, mais modérée sur le plan sociétal.

Le Tea Party renverse l'opinion commune que les candidats républicains doivent rassembler les électeurs socialement conservateurs pour gagner les primaires. De plus en plus, les candidats républicains doivent remporter les votes du Tea Party en insistant sur une position libertarienne en économie.

Hier, une autre étude sur le Tea Party a apporté plus de détails. Le spécialiste en sciences politiques Ron Rapoport de William and Mary College a réalisé un rapport qui résume les conclusions d'un sondage auprès de 12 000 militants de FreedomsWorks (dont je suis vice-président), mené de Décembre 2011 à Janvier 2012.

98% des membres de FreedomWorks s'identifient au Tea Party, et 13% des membres du Tea Party sont membres de FreedomWorks - la plus grande proportion pour un groupe relié au Tea Party au plan national. Par conséquent, afin de comprendre le mouvement Tea Party, ses dynamiques, ses positions, son activité et son comportement politique, étudier les militants de FreedomWorks est un bon point de départ."

Voici quelques conclusions du rapport :

  • Les libertariens sont une partie importante des militants de FeedomWorks, composant près de 30% du groupe. Sur l'immigration et l'avortement, les libertariens (comme on le voit dans la plate-forme du parti sur les trois dernières élections) ont des positions distinctes du Parti Républicain et de beaucoup d'autres membres du Tea Party. Sur l'avortement, les libertariens sont 20% moins susceptibles d'être en faveur d'un amendement constitutionnel bannissant l'avortement, et près de 12% moins enclin à supporter des limites plus strictes sur l'immigration.
  • Le facteur le plus important pour prédire le soutien à un candidat est l'identification libertarienne. Parmi les libertariens (qui composent un tiers des militants de FreedomWorks), Ron Paul était le choix principal, alors que parmi les autres militants il était en retard en termes d'intention de vote.
  • Les partisans de Paul en 2008 parmi les sympathisants de FreedomWorks sont aussi distincts des autres. Seuls 40% d'entre eux ont participé d'une façon ou d'une autre à la campagne McCain-Palin, comparé à 70% des autres sympathisants.

Ces résultats rejoignent les nôtres. Les libertariens composent une part importante de l'histoire du Tea Party, et tiennent des opinions différentes sur un certain nombre de questions et de candidats. Cependant Rapoport sous-estime peut-être le nombre de libertariens à FreedomWorks, et par inférence au Tea Party plus généralement.

En effet, pour identifier les libertariens, le sondage de Rapoport a demandé aux sondés s'ils étaient libertariens de façon stricte (Oui ou Non). Cette méthode montre quelques 13% de libertariens au niveau national. Cependant, comme David Boaz et moi-même avons montré dans des études précédentes sur les électeurs libertariens, beaucoup de personnes qui ont des convictions libertariennes ne sont pas familières de ce mot. En utilisant des questions plus larges à propos des convictions fondamentales, nous estimons que les libertariens composent entre 15 et 24% de l'électorat (selon le nombre et le degré de précision des questions). S'il avait utilisé de telles méthodes, les données de Rapoport montreraient sûrement la même division 50-50 qu'établissent nos sources.

Peut-être la nomination de Paul Ryan enthousiasme plus les libertariens du Tea Party que les conservateurs. Sans aucun doute, la campagne de Romney connue pour se baser fortement sur l'étude de données a testé l'impact de cette nomination sur divers segments de l'électorat. Si le facteur clef de l'élection de 2012 est le taux de participation, les résultats de Rapoports suggèrent que les libertariens du Tea Party et les partisans de Ron Paul seront cependant moins enclins à aller voter et participer à la victoire que les conservateurs du Tea Party.

Ryan pourrait bien être l'expression politique d'un candidat "fonctionnellement libertarien" dans cette campagne présidentielle. Même s'il est sûr qu'il n'est pas libertarien lui-même. Mais en mettant l'accent sur des questions fiscales plus que sociétales, il peut unir les membres du Tea Party, attirer les libertariens, et plus généralement tous les électeurs concernés par l'économie.

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Sur le web. Article publié initialement sur The Huffington Post le 14.08.2012.
Traduction : Y. pour Contrepoints.

(*) David Kirby est vice-président de FreedomWorks et chercheur associé du Cato Institute pour les questions politiques.


« Don’t tread on me » (V/V) : Les Tea Parties en 2012

Nous terminons ici, au dernier jour de l’année 2011, donc à la veille de la grande année que sera certainement 2012, cette série entamée il y a quelques mois et portant sur les Tea Parties. Dans quelques jours, dans quelques heures presque, le 3 janvier prochain, seront lancés les « caucus » de l’Iowa, aux USA, qui permettront aux membres du parti républicain de cet état du Middlewest (centre) de désigner celui ou celle qui selon eux devrait affronter le président en place, le démocrate Barack Obama, lors de l’élection générale (présidentielle) de novembre prochain.

Avant d’aller plus loin, rappelons que les primaires sont un processus d’une durée assez longue, puisqu’elles s’étendront du 3 janvier (Iowa) au 26 juin (Utah) et déboucheront sur la convention nationale du parti, prévue durant la semaine du 27 août prochain à Tampa, en Floride (si un ouragan, fréquent à ce moment de l’année dans la partie méridionale des États-Unis, ne vient pas perturber les festivités).

Lors de chaque primaire, les candidats récoltent en principe un certain nombre de délégués, proportionnellement à leur score, un peu comme lors des élections au Conseil national chez nous, où une liste engrange un nombre de siège proportionnel au nombre de voix obtenues. Mais il existe des subtilités. Dans les plus gros états, comme à New York, au Texas, en Californie ou en Pennsylvanie, en fait pour toutes les primaires qui se dérouleront à partir de début avril, c’est le « winner take all » (à ne pas confondre avec une chanson du groupe suédois Abba) qui est de rigueur. Le gagnant remporte tous les délégués de l’état. Vae victis.

Dans chaque état, les candidats en lice mettent en place chacun une liste de partisans. En Californie par exemple, où 174 « sièges » de délégués sont à pourvoir, chaque candidat doit donc soumettre au vote de l’ensemble des membres du parti républicain de cet état la liste qu’il aura composée. Comme il n’y a pas de possibilité de panachage ou de biffage, la démocratie US ne va pas jusque-là, c’est l’ensemble de la liste du vainqueur qui sera désignée pour représenter l’Etat lors de la convention nationale susmentionnée.

En tout, quelques 2’400 délégués, environ, seront désignés dans le cadre de ces primaires, et se retrouveront, comme nous venons de le dire, à Tampa en Floride, lors de la convention nationale du parti, pour élire celui ou celle qui sera le candidat officiel du parti républicain pour affronter le démocrate Barack Obama en novembre prochain. Il faut donc à un candidat à l’investiture républicaine, remporter plus de 1’200 délégués pour l’emporter. Evidemment, chaque candidat qui se retire de la course peut alors demander aux délégués qu’il a déjà obtenus de soutenir tel candidat alors encore en course. Si tout le monde se retire sauf un candidat, les choses sont entendues et on connaît le nom du candidat officiel bien avant la convention nationale qui n’aura alors plus comme rôle que d’officialiser les choses (sans parler de la tribune médiatique et publicitaire que constitue traditionnellement la convention nationale d’un des deux grands partis qui monopolisent injustemment et antidémocratiquement l’attention des médias).

En principe, le parti démocrate tient aussi une primaire, parallèlement à celle du parti républicain, mais traditionnellement, aussi bien chez les républicains que chez les démocrates, le président en place est désigné d’office comme candidat pour la prochaine élection présidentielle. En 2004, par exemple, il n’y a pas eu de primaire chez les républicains vu que c’était l’un d’entre eux, George W. Bush, qui occupait la Maison Blanche.

Dernière très importante remarque concernant ces scrutins de désignation du candidat républicain pour la présidentielle de novembre, il ne faut pas perdre de vue que certaines primaires seront dites « ouvertes », c’est-à-dire que tous les citoyens de l’État, et pas que des républicains, prendront part au vote. En 2012, ce sera le cas dans 17 états sur 50, pour un total de 874 délégués à pourvoir, ce qui n’est pas anodin lorsque l’on sait, comme nous l’avons vu plus haut, qu’il faudra en compter environ 1’200 pour s’assurer la nomination à la convention du parti en août. Il est évident que dans ces états aux primaires « ouvertes », les candidats centristes (comme Romney) ou transcourants (comme Ron Paul, il est évident que les libertariens séduisent une frange de gauche, voir ici un article pro-Ron Paul, en anglais cependant, au sujet des primaires ouvertes) seront fortement avantagés, car les électeurs indépendants ou de gauche voteront plus facilement pour eux que pour des apparatchiks républicains typés (à la Newt Gingrich).

 

 

Pour en revenir à l’Iowa, qui actuellement au centre de toute l’attention des observateurs de la vie politique états-unienne, et ce pour quelques jours encore, il s’avère que c’est un représentant des Tea Parties, leur père spirituel même si on ose dire, Ron Paul, qui pourrait bien créer la surprise et l’emporter dans trois jours. Bien sûr, il faut relativiser l’importance de l’Iowa, état certes très respectable mais petit à l’échelle des États-Unis. En tout et pour tout, ce ne seront que 28 délégués que l’Hawkeye State (c’est le « nickname » ou surnom de cet état, comme « Golden State » pour la Californie ou « Empire State » pour New York) enverra à la convention républicaine. Donc on parle de 28 délégués répartis à la proportionnelle, sur un total de plus de 2’400.

Si le sudiste Ron Paul l’emporte mardi, il n’engrangera au plus que quelques 10 à 15 de ces 28 délégués, en fonction de son score. On notera que sur l’ensemble des primaires 2008, tous états confondus, le texan n’avait en tout et pour tout obtenu que 35 délégués. En Iowa il n’avait terminé que cinquième avec 9,9% des voix et obtenu deux délégués seulement. Il pourrait ce mardi l’emporter avec plus de 25% des voix.

Le dernier volet de cette série consacrée au Tea Parties devait initialement constituer un état des lieux des forces en présence dans la mouvance libertarienne US, à la veille de la présidentielle de 2012, mais le candidat Ron Paul s’étant largement détaché du reste du peloton, il serait aujourd’hui un peu superflu de s’attarder sur les autres figures de ce mouvement. Nous allons tout de même en présenter quelques-unes, brièvement, citer quelques noms qui comptent à l’intérieur de ce mouvement des tea parties. Des personnes qui seraient éventuellement susceptibles de participer à une administration Ron Paul si ce dernier devait remporter la Maison Blanche, en novembre prochain.

Chuck Baldwin est né en 1952 à Pensacola, dans l’État de Floride. Pasteur de l’assemblée baptiste de cette même ville (Crossroad Baptist Church) durant plus de trente ans, il a déménagé récemment dans l’État du Montana, avec pour explication qu’il s’agissait là, de tous les États-Unis, d’un des derniers états où la population est encore majoritairement attachée à la liberté (donc réservée vis-à-vis de la tyrannie bureaucratiques exercée par le mammouth fédéral depuis Washington DC), ainsi qu’au respect de la constitution et des valeurs conservatrices. Pour Chuck Baldwin, son déménagement de Floride vers la région montagneuse du Montana est en quelque sorte une sorte de repli stratégique, histoire de s’éloigner un peu des tentacules de l’État fédéral obamien totalement acquis à Big Brother, Big Government et Big Business. Il ne fait pas mystère de son soutien absolu au candidat Ron Paul (encore réaffirmé le 29 décembre dernier).

Chuck Baldwin est un authentique frère en Christ, nous le suivons depuis 2007 et pouvons clairement en attester. Nous encourageons celles et ceux qui lisent l’anglais à s’inscrire à ses éditos envoyés par e-mail.

Ennemi du multiculturalisme, du socialisme et de tout ce qui s’y apparente, il traite très souvent, dans ses éditos, des néoconservateurs, du danger que fait courir l’État fédéral de Washington pour les libertés individuelles ou celles des États de l’Union, de Big Brother, et de sujets connexes mais plus théologiques comme de la question de la perspective chrétienne sur la question de la soumission aux autorités (voir cet article sur Romains 13).

Baldwin se montre, à fort juste titre, très critique envers le mouvement évangélique « mainstream », vous savez ces organismes du type « Christian coalition » qui ont fanatiquement soutenu des George W. Bush et autres malfaisants néo-cons dans le passé et qui continuent de manipuler des millions de chrétiens naïfs pour les faire voter néocon et soutenir les politiques impérialistes et dangereuses de l’Empire.

 

Chuck Baldwin fut, en 2004, candidat à la vice-présidence des États-Unis pour le compte du Constitution party, le troisième parti états-unien en importance, après les deux mammouths monopolistiques que sont le parti républicain et le parti démocrate. Le Constitution party a été créé en 1991 (sous le nom de « US Taxpayers party », en français, « Parti des contribuables ») par Howard Philipps, ancien conseiller du président Richard Nixon, ancien dirigeant du parti républicain, une figure du conservatisme chrétien aux USA. En 2008, Baldwin remporta l’investiture du Constitution Party et reçut officiellement l’ « endorsment » (soutien) de Ron Paul qui avait de son côté abandonné sa quête d’investiture républicaine pour la présidentielle. Ainsi donc, Ron Paul a voté pour Chuck Baldwin à la présidentielle de 2008. C’est un détail qui a de l’importance.

Michelle Bachmann, née le 6 avril 1956 à Waterloo dans l’État de l’Iowa (lieu de la première primaire républicaine le 3 janvier prochain) et dont les parents ont déménagé lorsqu’elle avait 13 ans dans l’État voisin du Minnesota. Après des études de droit et un mariage avec un médecin, elle a démarré avec son mari une activité de conseil chrétien, Bachmann & Associates.

Chrétienne ultraconservatrice, proche des sain(t)s enseignements de Francis Schaeffer, elle se lança en politique durant les années 80, dans le cadre du combat contre l’avortement. Elue dans son état en 2000, puis au niveau national en 2006, à la chambre des représentant (équivalent états-unien du Conseil national), elle ne maque pas, par exemple, de faire part de son scepticisme quant au prétendu réchauffement climatique. Elle s’est de plus, et s’est à mettre à son crédit, fermement opposée au renflouement de Wall Street par la Fed et le contribuable états-unien, en 2008. En 2009 elle a proposé au Congrès un amendement constitutionnel interdisant aux USA de renoncer à sa devise nationale, le dollar, en faveur d’une monnaie supranationale.

Toujours la même année, Michelle Bachmann a signifié son refus de la réforme de santé voulue par Obama, notamment au sujet des « death panels », ces fameux et sinistres conseils prévus par la réforme devant se prononcer sur la poursuite ou non des soins pour les personnes atteintes de maladies graves, y voyant comme Sarah Palin (et nous pensons qu’elles avaient raison) une résurgence de l’euthanasie d’état telle que pratiquée durant les heures les plus sombres du IIIe Reich.

Michelle Bachmann est une bonne personne, une bonne candidate, mais il n’est pas sûr qu’elle puisse percer durant les primaires 2012. Elle a brièvement dominé les sondages dans l’Iowa, avant de reculer massivement suite à la défection (en faveur de Ron Paul) de son directeur de campagne, Kent Sorenson. Elle serait actuellement créditée de 9% des intentions de vote. En rejoignant la campagne de Ron Paul, Sorenson a déclaré que le texan irait jusqu’à la Maison Blanche.

Jesse Ventura, de son côté, est né en 1951 à Minneapolis, dans l’État du Minnesota. Ancien membre des Neavy Seals durant la guerre du Vietnam (il faisait partie d’une unité d’élite de nageurs de combat, l’UDT, pour « Underwater Demolition Team », pas vraiment des chochottes, on vous laisse imaginer). Aidé par sa carrure, 1m93 pour 110 kg, il fut ensuite catcheur professionnel dans les années 1980.

Il a également joué dans quelques films. Si, si, Blain, du film Predator, le moustachu à la mitrailleuse d’hélicoptère (la « cracheuse »), jouant aux côtés d’Arnold Schwarzenegger, c’était lui (il avait déjà joué dans le film « Running Man » aux côtés du musculeux autrichien). On pense que pour celles et ceux qui ont vu le film Prédator au cinéma en 1988, certaines séquences MY-THIQUES, que l’on pourrait appeler « Déboisage en forêt », sont toujours bien présentes à l’esprit.

Jesse Ventura s’est ensuite lancé dans la politique, sans étiquette. Dans un premier temps il fut élu de la ville de Brooklyn Park, dans le Minnesota, état dont il devint le gouverneur en 1998. Il s’est progressivement éloigné de la bien pensance et, si nous n’approuvons pas ses positions sur l’avortement ou les droits des homosexuels lorsqu’il était gouverneur (Ventura se dit athée), force est de constater qu’il a su, à un moment donné, se poser de bonnes questions. Preuve en est qu’il est désormais brocardé, dans les médias mainstream, comme « conspirationniste ». Il met en doute la version officielle du 11 septembre et désire supprimer la Réserve fédérale. Il est apparu à plusieurs reprises aux côtés de Ron Paul ces dernières années, ainsi que dans le bien connu show radiophonique d’Alex Jones que nous apprécions. Jesse Ventura est aujourd’hui clairement en phase avec la mouvance libertarienne de son pays.

Plus brièvement, nous ne voudrions pas conclure sans mentionner le diplomate afro-américain Alan Keyes, ancien sous-secrétaire d’État (vice-ministre des Affaires étrangères) du président Ronald Reagan, en 1985. Il a participé à plusieurs primaires républicaines, notamment de 1988 à 1996, et a ensuite défié un Barack Obama encore peu connu sur la scène nationale, pour le poste de sénateur de l’Illinois en 2004.

En 2008 Alan Keyes a quitté le parti républicain et s’est porté candidat à l’investiture du Constitution Party, en vue de la présidentielle de la même année. C’est finalement Chuck Baldwin, dont nous avons parlé plus haut, qui a obtenu cette dernière, à la suite de quoi Keyes a refusé de le soutenir et s’est présenté en indépendant à l’élection présidentielle, où il n’a obtenu que des poussières de voix sur le plan national (environ 0.05% des suffrages exprimés).

Nous concluons ici notre tour rapide au sujet des Tea Parties, ce mouvement transcourant qui ébranle toujours plus la vie politique des États-Unis, au fur et à mesure que ce pays s’enfonce dans une crise qui semble désormais irréversible. En 2007 on nous riait au nez lorsque nous évoquions Ron Paul. Il était strictement inconnu et semblait, au dire de nos détracteurs, condamné lui et ses idées, à le rester.

Certes, nous ne soutenons pas Ron Paul ou les Tea Parties à 100%, nous ne sommes pas dans ce pays, notre histoire est différente, mais constatons que ces gens sont aujourd’hui les seuls réels opposants à un Système oligarchique et antidémocratique. Ce système qui leur fait bien comprendre qu’ils dérangent tels des éléphants dans un magasin de porcelaine, à en  juger par la haine médiatique qui se déchaîne depuis quelques jours sur la campagne du texan donné vainqueur ou second dans la primaire à venir de l’Iowa.

 

Ron Paul, le candidat anti-système qui s’est tenu à l’écart des magouilles et des combines politiciennes

Le fait que des NY Times ou Washington Post multiplie les articles mensongers sur Ron Paul constitue, à lui seul, une bonne raison de soutenir ce dernier. Certes, comme le mentionnait le quotidien Présent il y a quelques jours, nous nous en étions fait l’écho, nous ne sommes pas dupes et pensons que malheureusement Ron Paul ne sera pas le prochain président des États-Unis, que tout sera fait pour le salir et le discréditer, pour le neutraliser, cela pourrait même aller jusqu’à l’élimination physique, mais en tout cas nous aurons fait tout ce que nous pouvions pour nous faire l’écho de cette voix qui prêche inlassablement, depuis plus de trente ans, pour une certaine forme de bon sens.

Nous pensons que les Tea Parties feront parler d’elles en 2012, victoire de Ron Paul ou de Michelle Bachmann à l’élection présidentielle ou pas. Peu de gens avaient envisagé cela dès 2007, comme nous l’avons fait.

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 00:00
Sophistes et fanatiques

Aussi étrange que cela puisse paraître, le relativisme est bel et bien la matrice du fanatisme. À première vue, cela semble très peu intuitif tant le fanatique nous apparaît comme imperméable au relativisme et au doute. 

Par Fabrice Descamps

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5f/David_-_The_Death_of_Socrates_detail.jpg

Il y a deux espèces de gens avec lesquelles il est impossible de dialoguer, les sophistes et les fanatiques.

Or je vais en fait ici m'appliquer à démontrer que l'une et l'autre catégorie d'individus ont un point commun, de sorte que les deux attitudes reposent à vrai dire sur un seul et même rapport au monde.

En effet, on revient toujours à cette même question fondamentale qui m'a poussé naguère à me lancer dans la rédaction d'un blog, la question épistémologique essentielle : y a-t-il une réalité en dehors de nos discours ?

De la réponse à cette question éminemment importante, j'y insiste, dépendra notre appartenance à deux camps distincts dont l'un est le vivier où se recrutent conjointement sophistes et fanatiques : le camp réaliste et celui des anti-réalistes.

Je rappellerai en passant ce qu'est le réalisme en épistémologie : c'est la doctrine qui pose qu'il existe des faits. Or qu'est-ce qu'un fait ? Un fait est tout simplement ce qui existe indépendamment de nos esprits. La rotondité de la terre, par exemple, est un fait car elle existerait même si personne n'était là pour la constater. Dire que la somme des angles d'un triangle est égale à 180° est également affirmer un fait car cela sera toujours exact, quoi que j'en pense.

Il y a donc un réalisme épistémologique, tel que je viens de le définir ; mais il y a également un réalisme moral. Le réalisme moral pose qu'il existe des faits dont l'évaluation morale est objective, autrement dit indépendante de ce que nous en pensons. Cela peut vous paraître étrange, mais c'est à vrai dire très simple. Il serait par exemple mal de nuire à autrui même si tout le monde pensait le contraire. Un réaliste moral dira pareillement qu'il est mal d'exciser une femme même si la culture dans laquelle elle vit trouve cela très bien.

Le réalisme, au sens moral ou épistémologique, s'oppose donc à l'anti-réalisme qu'on nomme plus couramment relativisme.

L'anti-réaliste est incohérent. Il prétend en effet qu'il n'existe pas de faits. Or comment peut-il être alors si sûr du fait qu'il n'existe pas de faits ? Ainsi quand Nietzsche affirme "il n'y a pas de faits, il n'y a que des interprétations", une telle sentence devrait prêter à rire car décrit-elle un fait ou une interprétation ? On voit donc que l'anti-réalisme ou le relativisme sont logiquement intenables.

Mais ils sont également moralement intenables. Comment en effet interdire une conduite si l'on n'estime pas qu'elle peut être jugée comme objectivement nuisible à autrui ?

Or, aussi étrange que cela puisse vous sembler, le relativisme est bel et bien la matrice du fanatisme. À première vue, cela semble très peu intuitif tant le fanatique nous apparaît comme imperméable au relativisme et au doute.

Inversement, beaucoup de relativistes pensent que réalistes et fanatiques sont des alliés objectifs car ils considèrent que l'idée même de vouloir imposer aux autres une "réalité" est fasciste. La "réalité" est pour le relativiste - qui est un sophiste sans le savoir - un concept intolérant et totalitaire qui nie la liberté de l'individu de se refuser à lui. Cette opinion est profondément absurde car en quoi le fait de savoir que la somme des angles d'un triangle fait 180° nuit-il à ma liberté et à ma belle individualité ?

J'avais autrefois un ami qui prétendait que "2 + 2 = 4" était une convention et non un fait. C'était un sophiste car quand il achetait un journal à 2 euros avec un billet de 5 euros, il attendait tout de même que le buraliste lui rendît 3 euros et non deux. Or le buraliste aurait très bien pu lui rétorquer : "Mais vous avez dit que 2 + 2 = 4 était une convention arbitraire et moi, j'ai décidé arbitrairement que 2 + 2 font 5 , en conséquence de quoi je vous rends fort logiquement 2 euros sur votre billet de 5". Par quoi l'on voit que le sophiste n'est pas quelqu'un de sérieux car il ne met jamais ses actes en accord avec ses dires [1]. C'est pourquoi j'affirmais en préambule qu'il est impossible de dialoguer avec un sophiste - même s'il est possible de vivre avec lui.

Il est en revanche impossible de vivre en bonne intelligence avec un fanatique outre qu'il est évidemment tout aussi impossible de dialoguer avec lui.

Admettons par exemple qu'un fanatique vous explique qu'il croit dans un "livré incréé" dicté par Dieu à un prophète et lui intimant l'ordre de condamner à mort tous ceux qui, ayant été élevés dans cette même religion prophétique, ont décidé de la quitter. Toute ressemblance avec une religion réellement existante serait évidemment purement fortuite.

Que pourriez-vos répondre à un tel fanatique si ce n'est qu'un livre incréé, cela n'existe pas, c'est un fait, que le dieu dans lequel il croit n'existe pas et c'est également un fait et que tuer quelqu'un qui, de son plein gré, veut quitter une religion est moralement mal et que cela aussi est un fait, un fait moral ?

Peut-être me trouverez-vous sévère de prétendre que le dieu dans lequel croit notre fanatique n'existe pas. Or je l'affirme ici haut et fort : Dieu, si tant est qu'il existe [2], ne se révèle pas aux hommes en leur parlant comme je vous parle maintenant.

Comment en effet prouver un fait à quelqu'un qui n'a pas pu le constater par lui-même ? De deux choses l'une, soit on le lui montre, soit on lui produit des témoignages dignes de foi de l'existence dudit fait. Pour qu'un témoignage soit digne de foi, il faut qu'il soit rendu par quelqu'un qui, sceptique au départ, a été obligé d'admettre que le fait en question était bel et bien vrai. Or, vous l'aurez remarqué, les anges et les immaculées conceptions ont la fâcheuse manie de ne se manifester qu'à des gens qui croient déjà en leur existence. Il n'y a vraiment pas assez d'athées dans le monde qui se soient mis à entendre des voix pour que l'on puisse commencer à se demander sérieusement si les anges existent. À l'inverse, même les sceptiques les plus endurcis ont bien fini par être obligés d'admettre que la terre était ronde.

Quelle est alors la seule défense qui reste au fanatique quand il a en face de lui un rationaliste coriace comme moi ? C'est de nier que les faits existent. C'est la seule façon d'immuniser sa foi contre les assauts du scepticisme. Or le fanatique est précisément celui qui immunise le plus radicalement sa foi contre la critique rationnelle et son arme de destruction massive du doute est l'anti-réalisme.

Il m'est déjà arrivé de discuter avec un fanatique politique ou religieux : il finit toujours par adopter les tics intellectuels des sophistes. Le plus redoutable de ces sophismes, celui qui transforme en dialogue de sourds toute discussion qui pourrait mettre en péril le fragile édifice conceptuel du fanatique est le relativisme. Écoutez un peu en ce moment ce que racontent les islamistes par exemple : que l'Occident ne peut pas comprendre le monde arabo-musulman parce que nous n'avons pas les mêmes cadres conceptuels, que nous ne pensons pas pareil, que "nos paradigmes sont incommensurables". Ce sont, très exactement, les arguments des anti-réalistes épistémologiques à la Feyerabend ou à la Kuhn. On est d'ailleurs frappé de voir que les intellectuels allemands des années 1920, comme Oswald Spengler, ne disaient pas autre chose des rapports entre une Allemagne tentée par l'autoritarisme et les "vieilles démocraties occidentales décadentes" comme la France et l'Angleterre.

Nihil novi sub sole.

Je me vois donc en conclusion obligé de battre ma coulpe eu égard à certains propos favorables à la religion que je tenais il n'y a pas si longtemps encore [3] : les versions non libérales des religions sont toutes potentiellement dangereuses car leurs postulats les plus invraisemblables et les plus surnaturels impliquent, pour être maintenus contre vents et marées, que leurs partisans adhèrent à une forme plus ou moins nocive d'anti-réalisme ou de relativisme.

Sophistes et fanatiques sont bien enfants d'une même mère.

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Notes :

[1] C'est d'ailleurs toute la limite du "scepticisme théorique" de Hume, un philosophe que j'apprécie pourtant beaucoup par ailleurs. Il a ainsi beau critiquer la notion d'induction, il agit néanmoins comme nous tous, c'est-à-dire comme si l'induction était valable. À défaut d'être logiquement recevable, l'induction reste donc bien une recette heuristique qui marche souvent.

[2] J'ai démontré ailleurs que si Dieu existe, il ne peut être une personne et ce pour une raison fort simple. Si le Dieu de la Bible existe vraiment telle qu'elle le décrit, alors il est omniscient, omnipotent et miséricordieux. S'il est omniscient et omnipotent, alors il est parfaitement rationnel car son omniscience le rend rationnel et son omnipotence lui permet d'agir rationnellement. De plus, s'il est miséricordieux, il fera le bien. Donc, s'il peut empêcher le mal d'advenir, il aura tous les moyens pour ce faire car il serait irrationnel de ne pas agir. Or Dieu n'empêche pas le mal d'advenir, donc Dieu n'est pas une personne car si vous, vous étiez une personne omnisciente, omnipotente et miséricordieuse, vous empêcheriez le mal d'advenir. Comme Dieu n'est pas une personne, il ne peut pas parler à un prophète. Le seul moyen de sauver le concept de Dieu est donc de le redéfinir à la façon dont Spinoza l'a fait. La religion rationnelle sera spinoziste ou ne sera pas. Une religion "spinoziste" est ce qu'on appelle couramment une religion libérale. C'est aussi pourquoi je suis un protestant libéral. Et je pense que Dieu n'existe pas vraiment tel que la Bible le décrit. La Bible n'est en conséquence un livre ni sacré ni révélé.

[3] J'avais en effet observé que le nazisme et le communisme partageaient un même athéisme, en conséquence de quoi j'étais tenté de voir dans la religion un rempart contre les totalitarismes. Malheureusement, la montée en puissance de plusieurs intégrismes, comme l'islamisme, le judaïsme haredi ou certaines formes de protestantisme évangélique, m'oblige désormais à réviser ma copie et à adopter une attitude plus agressive envers les religions.

 


Les sophismes libertariens vu par les anti-libertariens

Les arguments suivants ont été tirés du site "A Non Libertarian FAQ" de Mike Huben. Pour une réponse à Mike Huben, on peut consulter le site de David Friedman.


img_409_fr.gifLes arguments suivants, proposés par Mike Huben, pour critiquer les penseurs libertariens se présentent tous comme des sophismes. Êtes-vous capables de contrer les arguments suivants de difficultés variées en appliquant le cours? Certains de ces arguments soulèvent des questions de fond, en particulier les points II),III),IV, et V. Un sophisme n'exclut pas que de manière implicite il puisse soulever un débat passionnant. Pour pouvoir en faire le tour, il est souvent indispensable de se plonger dans la lecture des grands auteurs.


I) Les libéraux défendent les droits individuels, mais les scientologues aussi.

II) Tant que vous n'exercez pas votre droit d'émigrer, vous consentez explicitement au contrat social qui nous lie et aux obligations politiques qui y sont associées.

III) Un contrat social n'est pas différent d'un contrat ordinaire passé par une personne morale.

IV) L'impôt n'est pas différent du racket de la mafia.

V) Les ultra- libéraux s'opposent à l'initiation de la force mais entérinent la violence qui a donné naissance aux droits de propriété.

VI) Les ultra- libéraux ne sont pas crédibles, car pour eux la source de tous les maux est toujours l'intervention de l’État.

VII) Le gouvernement est le grand Satan. Tout le mal vient du gouvernement, et tout le bien du marché selon l'Ayatollah Ayn Rand.

VIII) Seul le gouvernement détient la force quel que soit le nombre d'indiens tués par les pionniers du far West, quelque soit le nombre de noir mis en esclavage par des propriétaires privés.

IX) Les enfants, les criminels, les adeptes du culte de la mort, les dictateurs et vous, les libertariens, avez le même droit inaliénable de détenir des armes conventionnelles, chimiques, biologiques ou nucléaires.

X) Toute la nourriture, les médicaments devraient être entièrement déréglementés, chaque industrie devrait être capable de tuer 60 000 personnes chaque année comme le fait l'industrie du tabac.


Il est intéressant de voir que, dans ce débat rhétorique, Mike Huben ne fait pas autre chose que d'utiliser des sophismes classiques que nous avons répertoriés dans le cours. On peut les démonter aisément.

Reprenons en quelques uns.
a) les libéraux défendent les droits individuels, mais les scientologues aussi.
Syllogisme de classification, amalgame et attaque ad odium. Deux groupes d'individus défendent les droits individuels, les libéraux et les scientologues. Ce n'est pas tout-à-fait vrai. Ils défendent tous deux la liberté religieuse. Mais celle-ci ne s'assimile pas aux droits individuels. Elle peut s'exercer tant que cette liberté religieuse ne violent pas les droits individuels. Il existe une intersection entre les deux groupes sur un thème précis. C'est tout. C'est là où l'on a un amalgame. Vous défendez les droits individuels comme les scientologues, des individus si dangereux qui manipulent les enfants et les êtres faibles du cerveau. Comment pouvez-vous les prendre au sérieux... Efficace si votre cerveau ne fonctionne pas. Mais prenez l'habitude de repérer les syllogismes de classification, les amalgames et le ad odium.

La technique est la suivante :
Tous les scientologues sont des individus dangereux
Tous les scientologues défendent les droits individuels
Tous les libéraux défendent les droits individuels
_______________________
Donc tous les libéraux sont des individus dangereux

Un diagramme de Venn résout le problème facilement. En effet l'auteur présuppose que tous les libéraux sont des scientologues et les scientologues sont tous pour les droits individuels. En fait, l'ensemble des gens qui sont pour les droits individuels contiennent des libéraux , des scientologues , des chrétiens, des islamistes etc. Les sous ensembles sont souvent disjoints. Il se peut aussi que une fraction des scientologues soient contre les droits individuels. La proposition est vraie si tous les libéraux sont des scientologues.
En réalité les libéraux défendent les scientologues lorsque ceux-ci défendent les droits individuels.Ce qui n'est pas la même chose.

b) Tant que vous n'exercez pas votre droit d'émigrer, vous consentez explicitement au contrat social qui nous lie et aux obligations politiques qui y sont associées Un contrat social n'est pas différent d'un contrat ordinaire passé par une personne morale.
Un syllogisme cohérent peut être faux.

Reprenons la prémisse majeure :

Prémisse majeure
Si les individus n'émigrent pas , alors ils consentent au contrat social
Prémisse mineure ou classificatoire
L'individu n'émigre pas

Conclusion
_______________________
Donc, il consent au contrat social

La prémisse majeure n'est pas correcte, car l'inférence entre "ne pas émigrer" et consentir à quelque chose qui n'existe pas -un contrat social- n'est pas valide.

Mike Huben utilise plusieurs arguments pour justifier que le contrat social soit un contrat comme un autre.

Reprenons son argumentation.
La constitution et les lois sont nos contrats écrits avec le gouvernement. Il y a des plusieurs moyens explicites par lesquels les gens font un "contrat social" avec un gouvernement. Le plus commun est quand vos parents choisissent une résidence officielle et/ou citoyenneté après votre naissance. Dans ce cas, vos parents ou tuteurs contractent pour vous, et ont exercé leur pouvoir sur vous. Aucune action explicite supplémentaire n'est exigée de votre part pour continuer l'accord, et vous pouvez le terminer n'importe quand en partant ou en renonçant à votre citoyenneté. Les immigrés résidents, et les visiteurs contractent à travers le serment de citoyenneté (jurer de respecter et soutenir les lois et la constitution).. Les citoyens nés sur le territoire le réaffirment quand ils prennent part aux votes, joignent volontairement les forces armées, paient leurs impôts etc. Ce contrat a une forme assez commune: une fois entré sur le territoire, il est continué implicitement jusqu'à ce qu'il soit révoqué explicitement. Quelques libertariens veulent signer réellement un contrat. Or emmenez-les à un restaurant et voyez s'ils pensent sortir sans payer parce qu'ils n'ont rien signé. Le restaurant met un prix et derrière cet échange être nourri contre paiement un contrat implicite existe. Le fait même de votre consommation crée une dette. Le contrat social est comme un autre contrat même s'il peut être modifié "unilatéralement."

Considérez l'achat d'un appartement. Vous avez un contrat avec un condominium, en consentant à payer le prix, vous acceptez que l'association prélèvent des charges pour les services fournis et vous obéissez aux règles qui ont été choisies par l'association. A l'intérieur vous avez un vote égal aux autres résidents quand il s'agit de discuter du budget et des règles. Si vous n'aimez pas le budget ou les règles qui sont décrétées, vous pouvez voter avec vos pieds ou persuader tout le monde de les changer.

Pourquoi est-ce que je devrais être contraint pour partir si je n'aime pas le contrat social?
Pourtant je délaisse un appartement si je change d'avis au sujet du bail. En fait vous ne possédez pas le condominium, de même que vous ne possédez pas la nation. Au plus, vous pouvez posséder quelques propriétés dans le condominium, de même que vous pouvez posséder quelques propriétés dans la nation.

Notre contrat social aux USA est un contrat agréable, volontaire que les libertarians devraient aimer. Même mieux, parce que vous pouvez le terminer en partant n'importe quand. Il n'y a aucun obstacle fait par le gouvernement Américain pour émigrer hors des USA.
Oui, vous pouvez émigrer. Même si personne ne trouve EXACTEMENT ce qu'il veut, vous pouvez choisir un autre pays où vivre.
Il y a en gros 200 nations auxquelles vous pourriez émigrer. Ils sont le produit d'un anarcho-capitaliste : il n'y a aucun sur-gouvernement à ces nations souveraines. En effet, la seule différence entre l'anarchie de nations et libertopia est que les anarcho-capitalistes souhaitent des États plus petits. Ces nations ont trouvé qu'il est coûteux de défendre territorialement des États petits.


L'argumentation de Mike Huben est plus convaincante car plus élaborée que la précédente. La plupart d'entre-vous y êtes sensible.

La réponse est cependant simple : le contrat social n'existe pas parce qu'il n'y a pas de droit de sécession individuel, ni territorial.

L'auteur le dit : on n'est pas propriétaire de la nation comme on n'est pas propriétaire du condominium (cependant on est copropriétaire du condominium et seuls ceux qui ont acheté un appartement votent) Or que l'on sache la nation n'est pas traitée comme un condominium ou une copropriété (ce qu'elle devrait être). La notion de consentement veut dire que l'on peut vendre ses droits de vote, que l'on peut créer un État, que l'on peut objecter que l'on peut choisir un statut de métèque ou le droit d'ignorer l’État. En absence de ces règles assurant le consentement, il n'existe ni consentement ni contrat social.

c) L'impôt n'est pas différent du racket de la mafia
Concept volé ou Concept vrai Cela renvoie à la "propriété c'est le vol". Les libertariens affirment souvent :l'impôt c'est le vol.

C'est de la rhétorique pour nos adversaires, pour eux la taxation n'est pas extorsion, elle est une charge pour couvrir les frais de la production des services offerts par l'Etat. C'est la où l'on mesure l'importance de la vision angélique de l'Etat ou de la fausse analogie entre copropriété et Etat.

d) Les libéraux s'opposent à l'initiation de la force, mais entérinent la violence qui a donné naissance aux droits de propriété

C'est la Vision hobbesienne de la naissance des droits de propriété, "Mights make Rights" par opposition à l'émergence des droits de propriété selon une règle spontané de "homesteading" qui correspond à la vision Lockéenne de l'émergence de l’État. C'est un débat de fond. Mais justement les libéraux n'entérinent pas cette initiation de la force qui donne naissance aux droits de propriété! Mike Huben prête aux libéraux des attitudes qu'ils n'ont pas parce qu'ils ne sont pas hobbésiens comme lui. Ce n'est une contradiction que parce que l'on est hobbésien. C'est là encore une fausse analogie.

e) les libéraux ne sont pas crédibles, car pour eux la source de tous les maux est toujours l'intervention de l'État.

Cet argument qui nous est souvent opposé se présente comme un syllogisme cohérent. Il prétend que l'on commet un sophisme lié à l'induction que l'on appelle le refus des exceptions (l'inverse de la généralisation hâtive).

L'idée est que tout ce qui est exagéré est mauvais en soi (Éthique d'Aristote) nous avons alors le syllogisme cohérent suivant :

prémisse majeure :
Tout ce qui est exagéré n'est pas crédible en soi -(Éthique d'Aristote)
prémisse mineure :
Les libéraux exagèrent lorsqu'ils attribuent toujours tous les maux à l’État- (refus des exceptions)
conclusion
_________________________________
Donc les libéraux ne sont pas crédibles

La réponse est simple : la prémisse majeure fait référence à une proposition générale sur l'excès comme mal en soi. C'est en ce sens que le syllogisme est faux. Mike Huben présuppose une éthique particulière celle d'Aristote qu'il applique à l’État qui n'est pas une personne alors que l'éthique d'Aristote est une morale particulière qu'il propose pour évaluer le comportement d'un individu. C'est un sophisme de fausse cause

Par exemple, est-ce-à-dire que la tolérance zéro vis-à-vis du crime est mal en soi ? Il y a un montant optimal de crime parce qu'il en coûte de lutter contre le crime, non pas parce que l'on désirerait un montant positif de crimes.Ce qui n'est pas la même chose. La critique repose sur une éthique particulière liée au comportement humain : ce qui est excessif est mauvais en soi. Le crime est mauvais en soi non pas parce que c'est excessif mais parce que cela viole des droits individuels !

Les hommes de l’État violent les droits individuels et commettent donc des crimes. On les supportent parce qu'ils détiennent le monopole de la coercition et qu'il en coûte de s'en débarrasser.

Cependant le sophisme soulève une question intéressante débattue dans la littérature économique: peut-il y avoir des exceptions aux effets maléfiques de l’État ?

Certains le pensent comme D.North, M.Olson ou de Jouvenel. C'est la discussion sur le monopole du crime dans les activités criminelles, qui serait meilleur que la concurrence car cela réduit le montant de crime dans la société. Il se peut aussi que de la poursuite du mal naisse un bien inattendu, comme de la poursuite du bien nait de manière inattendue le mal.

Les libéraux commettraient alors le sophisme du "refus de l'exception à la règle". C'est un argument sérieux qui est opposé aux libertariens et qui les fait souvent passer pour des dogmatiques.

Le monopole est mauvais pour fournir un "Bien", mais est bon pour la production d'un "Mal". Cette discussion est en rapport avec la métaphore criminelle de l’État. La compétition comme un processus de rivalité augmente le produit, le monopole la réduit. Si le produit est un "bon" (bouteilles de Coca-Cola) la compétition augmente la production; donc la compétition est "bonne" tandis que le monopole est "mauvais."

C'est la vision habituelle de la compétition. Par analogie, si le crime est "mauvais", la compétition en augmentant la production, augmenterait le nombre de crimes . Dans ce cas un monopole sur le crime réduit la production soi-disant du "mal" et donc est "bon."

Nous pouvons reformuler la même discussion avec une autre métaphore - la métaphore de la pâture commune. La compétition entre les pêcheurs pour capturer du poisson dans la mer épuise, très rapidement, le stock de poisson. Il en serait de même avec les bandits.

La compétition entre des bandits pour exploiter la capacité productive des paysans ou négociants épuise le stock de gens productifs. La solution consisterait à établir des droits de la propriété sur les paysans et négociants - c'est-à-dire l'esclavage.

Les deux analogies conduisent à trois confusions :
1) un crime est une relation entre au moins deux personnes, pas une relation entre un prédateur et un animal. Les victimes de prédateurs humains sont des êtres humains. Un crime, par définition, est une violation de droits de la propriété y compris de la propriété de soi. Le crime est un concept qui logiquement dépend du concept antérieur du droit de propriété sur soi. Si aucune propriété n'est possédée, alors la notion de crime n'existe pas.

2) identifier la "notion de crime" avec le mot "mauvais" présuppose une définition du "bon" ou "du mauvais." Si nous identifions "bon" avec le respect de règles - ne violez pas la propriété d'autrui - la réduction des actions "mauvaises" est une bonne chose. Mais si nous identifions "bon" et "mauvais" avec les conséquences d'une action, alors favoriser les actions avec les "bonnes" conséquences et réduire celles avec les "mauvaises" conséquences est une "bonne chose". Mais supposons maintenant que commettre un crime (de violer un droit individuel) conduit à de "bonnes" conséquences, alors la compétition dans le crime est "bonne" parce que l'on en produit plus et le monopole est "mauvais!" parce que l'on en produit moins. C'est aussi un débat sur le concept de démocratie.

3) l'usage du mot "monopole" présuppose ex ante un droit de propriété sur un produit, une personne, ou une part de marché qui peut être donné seulement s'il y a déjà un monopole de la contrainte sur un territoire. La compétition sur un marché exclut tout droit de propriété sur une personne ou des parts de marché.

Supposer que la compétition augmente la production pendant que le monopole la diminue, c'est adopter la définition du monopole et de la compétition à la mode de Cournot. Si l'on adopte la vision classique de la compétition comme un principe de liberté d'entrée sur un marché, on ne peut pas affirmer que la compétition augmente et le monopole diminue la production. Par ailleurs sur un marché respectant le principe de l'échange volontaire, on peut toujours refuser de consommer un produit qui bénéficie d'un monopole légal. Rien de cela n'existe avec les bandits.

L'application des deux concepts de compétition et monopole à une sphère où la violence est la règle ne paraît pas par conséquent être correct. Un monopole fermé sur un marché est assez différent d'un "monopole ouvert" qui caractérise l'interaction entre bandits stationnaires. Violence ou menaces de violence sont au cœur de l'échange entre bandits et leurs victimes.

L'idée qu'un bandit stationnaire commettra moins de crimes que plusieurs bandits en compétition pour taxer les mêmes "paysans" est négliger, en premier, que plus ou moins les crimes sont toujours des crimes et, en second, qu'un monopole est une concentration de pouvoir dans les mains de quelques prédateurs non limité par le pouvoir d'autres prédateurs. Même si le bandit a le pouvoir de taxer la productivité de ses victimes, il n'a pas de moyens de savoir quand il est optimal d'arrêter cette prédation.

L'erreur réside dans le fait que les victimes ne sont pas des animaux mais des êtres humains. Les gens demandent la protection contre les crimes. Donc la compétition dans moyens de réduire le crime est "bonne" tandis qu'un monopole dans les moyens pour réduire le crime est "mauvais" ! La conclusion est juste l'inverse.

Cette interprétation de la métaphore criminelle par Mancur Olson ou autres contrastent avec l'approche d'un penseur libertarien comme Murray Rothbard.

Rothbard partage la théorie d'Olson (les hommes d’État sont des criminels organisés), mais pas sa conclusion: nous devrions accepter le monopole du vol d'un bandit stationnaire parce que c'est meilleur que la compétition dans vol entre des bandits non stationnaires. Cette théorie fait du bandit stationnaire "un chef suprême féodal qui, au moins théoriquement, 'possède' tous les individus dans son domaine.

Tous les libertarians ont une idée claire de la notion d' un droit de propriété acquis justement par la théorie de l'homesteading. En fait, tout le monde comprend clairement que nous avons à lutter et à civiliser les prédateurs de toutes sortes pour être enfin libre.

Le gouvernement est le grand Satan. Tout le mal vient du gouvernement, et tout le bien du marché selon l'Ayatollah Ayn Rand.

Cet argument reproduit le précedent avec une erreur non négligeable, la philosophe Ayn Rand est partisane d'un État fort et minimal. On remarquera l'usage des mots Satan et Ayatollah en opposition, qui sont des qualificatifs faisant appel à l'émotion. C'est le ad odium.

Seul le gouvernement détient la force quel que soit le nombre d'indiens tués par les pionniers du far West, quelque soit le nombre de noir mis en esclavage par des propriétaires privés.

Mike Huben ironise sur l'usage de la coercition en suggérant que des personnes privées aux États Unis l'ont utilisées abondamment. Là encore c'est oublier qu'un tel usage de la force par des personnes privées n'étaient possible que grâce au monopole de l’État sur l'armée et la justice. Il était légal de mettre en esclavage des noirs et de conquérir par la force les territoires indiens. L’État américain et non des propriétaires privés n'a pas respecter les traités passés avec les indiens parce qu'il avait vaincu les indiens et qu'en dernier ressort il détenait le monopole de la force.

Les enfants, les criminels, les adeptes du culte de la mort, les dictateurs et vous, les libertariens, avez le même droit inaliénable de détenir des armes conventionnelles, chimiques, biologiques ou nucléaires.

Même sophisme qu'avec les scientologues. Syllogisme de classification, amalgame et attaque ad odium.

Toute la nourriture, les médicaments devraient être entièrement déréglementés, chaque industrie devrait être capable de tuer 60 000 personnes chaque année comme le fait l'industrie du tabac.

Cette phrase présuppose que toute déréglementation conduit à des crimes et que toute entreprise a pour seul objet de tuer ses clients. Elle présuppose aussi que l'Etat qui réglemente ne tue pas, en dépit de l'expérience historique qui démontre le contraire et dans ce cas il ne s'agit pas de 60 000 personnes mais de millions de gens.
Sophisme classique du ad odium.

De Wikiberal.

Un sophisme est un argument, raisonnement qui apparaît comme rigoureux et logique, mais qui en réalité est faux, malgré une apparence de vérité.

Exemple :

  • Théorème : un chat a neuf queues.
  • Preuve : Aucun chat n'a huit queues. Un chat a une queue de plus qu'aucun chat. Donc un chat a neuf queues.

Comme on le voit ci-dessus, il peut prendre la forme d'un syllogisme.

Concepts proches

  • le paralogisme, raisonnement faux malgré une apparence rigoureuse. Exemple : "1. Tout ce qui est rare est cher. 2. Or un cheval bon marché est rare. 3. Donc un cheval bon marché est cher". Autre exemple (paradoxe de l'emmental) : "1. Plus il y a de fromage, plus il y a de trous. 2. Or plus il y a de trous, moins il y a de fromage. 3. Donc plus il y a de fromage, moins il y a de fromage". La différence avec le sophisme est qu'il n'y a pas volonté de tromper.
  • l'amphibologie, proposition ambiguë qui a plusieurs sens (exemple : "il est allé voir un ami avec sa voiture" : la voiture de qui ? ; "shampooing pour les pellicules" ; "ce cochon de Paul" ; "achetez chez nous, n'allez pas vous faire escroquer ailleurs", etc.)
  • le paradoxe, proposition qui contient ou semble contenir une contradiction, ou un raisonnement qui, bien que sans faille apparente, aboutit à une absurdité. Certains sont proches du sophisme, alors que d'autres sont plus profonds (paradoxes de Zénon).
  • l'aporie (du grec απορíα, absence de passage) : un raisonnement conduisant à un problème insoluble et inévitable ; en rhétorique : un doute, souvent feint (dubitatio)
  • le dilemme (du grec δί-λημμα "double proposition") : une situation qui offre une alternative, menant à des résultats différents, dont les deux partis sont d'égal intérêt (ex. : l'âne de Buridan ; le dilemme du prisonnier)
  • l'antinomie : une contradiction réelle ou apparente entre deux lois, deux principes, deux idées, la raison trouvant deux preuves de sens contraires (ex. : antinomies de la raison pure de Kant ; en physique : antinomie continu/discontinu, onde/particule)
  • l'anti-concept (concept issu du réalisme aristotélicien et de l'objectivisme) est un terme inutilisable dans un discours rationnel car non fondé sur une quelconque expérience ou réalité, et dont le seul but est d'empêcher de penser (par exemple le concept d'ultralibéralisme)
  • le mot-virus véhicule subrepticement un sous-entendu dans un but politique et idéologique : par exemple, l'accusation de "pensée unique" sous-entend que l'adversaire cède à un conformisme général dont on serait soi-même complètement exempt ; le terme de cadeau fiscal sous-entend que ponctionner un peu moins le contribuable revient à lui faire un cadeau, etc.

Un sophisme donne souvent lieu à une illusion du côté de ceux qu'il trompe ; du côté des trompeurs, il est souvent mis en œuvre dans le cadre d'un "stratagème". Dans son célèbre "Art de toujours avoir raison", Arthur Schopenhauer énonce 38 stratagèmes différents, par exemple la généralisation abusive, la diversion, la pétition de principe, l'insulte, etc.

Sophismes anti-libéraux

Les critiques contre le libéralisme - entendons, celles qui sont malhonnêtes intellectuellement - reposent souvent sur une série de sophismes (voir le lien vers Bertrand Lemennicier qui en donne une liste assez complète). En voici quelques exemples.

  • sophisme de l'homme de paille ("straw man") : "le libéralisme en économie, ça ne marche pas, puisqu'il n'existe pas de marché de concurrence pure et parfaite" ; "la liberté qu'invoque le libéralisme n'existe pas, puisque l'homme ne peut satisfaire tous ses désirs" (on tente de réfuter un raisonnement en s'attaquant à une version affaiblie ou sensiblement différente de ce raisonnement, en faisant croire que c'est ce raisonnement lui-même qui est invalidé)
  • non sequitur : "les riches s'enrichissent, par conséquent les pauvres s'appauvrissent" ; ou bien : "le capitalisme génère la pauvreté" ; ou bien : "le marché est imparfait, donc l’État doit intervenir", "on n'a aucune idée de la rentabilité de ce type projet, donc, à défaut de financement privé, l’État doit investir", "la société a besoin de règles, donc l’État doit imposer une régulation" (on affirme sans justifier le lien)
  • post hoc non est propter hoc : "grâce à la politique volontariste du gouvernement, la situation économique s'est améliorée" (le fait que deux événements se succèdent n'implique pas que le premier soit la cause du second. La réalité est : malgré la politique volontariste du gouvernement, la situation économique s'est améliorée)
  • pétition de principe : "l’État est la seule façon de faire respecter le Droit" (un étatiste ne peut admettre qu'une société libre puisse faire respecter le Droit mieux qu'une société étatisée)
  • généralisation abusive (ou « déduction hâtive ») : "les libéraux sont contre la 'solidarité' obligatoire, ce sont donc des égoïstes qui s'opposent à toute entraide entre les personnes" ; "les libéraux critiquent la démocratie, ils sont donc en faveur de la dictature" ; "les libéraux sont individualistes, ils sont donc opposés à toute action collective" ; "les libéraux sont en faveur du libre marché et de la croissance, ce sont donc des matérialistes" ; "le capitalisme appauvrit tout le monde, voyez Enron" ; "le libéralisme est un totalitarisme, comme le communisme" ;
  • fausse alternative : "alors, êtes-vous pour le capitalisme, ou bien pour la justice sociale ?"
  • question complexe (posée de telle façon qu'on ne puisse répondre ni par oui ni par non) : "Oui ou non, êtes-vous pour le socialisme et la prospérité ?"
  • ex falso sequitur quodlibet : "la justice est du domaine exclusif de l’État, on ne peut donc se faire justice soi-même" (à partir de prémisses fausses, on peut montrer ce qu'on veut)
  • vol de concept : "la propriété, c'est le vol", "il est interdit d'interdire" (on emploie un concept dans un cadre qui le nie, ce qui aboutit à une contradiction interne : le vol présuppose le concept de propriété, il y a donc contradiction dans l'énoncé - le vol de concept permet de produire des énoncés courts et frappants, erronés mais idéaux pour la propagande, voir 1984)
  • contradiction performative, ou populairement : "faites ce que je dis, pas ce que je fais". Par exemple, condamner la propriété privée, mais, à titre personnel, protéger soigneusement ses propres biens ; réclamer une intervention de l’État dans tel ou tel domaine, tout en trouvant que les impôts sont trop élevés ; vanter les services publics mais leur préférer les services privés ; vouloir supprimer les racistes pour supprimer le racisme, etc.[1]
  • deux poids, deux mesures : "Mais, sans état, il risque d'y avoir la guerre!" (comme si avec l'Etat, il n'y avait pas de guerre : on invente un problème dans un cadre donné en feignant de ne pas voir que le problème existe déjà dans un autre cadre - ce sophisme est très pratiqué par les collectivistes, par exemple : "le capitalisme n'élimine pas la pauvreté" - comme si le socialisme l'éliminait ! ; "le libre-échange ne garantit pas la prospérité" - comme si le protectionnisme la garantissait !)
  • double contrainte : deux contraintes qui s'opposent rendent la situation a priori insoluble (« soyez spontané ! » ; « ignorez ce panneau » ; « vous serez punis si vous faites ceci, et vous êtes punis si vous ne le faites pas »). Dans un contexte étatique, il s'agit de nier la responsabilité des individus en les soumettant à une double contrainte : « vous devez cotiser obligatoirement à la Sécurité sociale, mais vous ne devez pas trop lui coûter » (on nie la responsabilité tout en faisant appel à elle).
  • argument par les intentions : "le libéralisme, idéologie des possédants, est uniquement destiné à justifier moralement la richesse de ces derniers" (on prête une intention cachée à l'adversaire)
  • polylogisme : vous raisonnez comme ça parce que vous êtes bourgeois / riche / juif / etc.
  • argument d'autorité : "Marx et Lénine ont prédit la disparition du capitalisme" (on espère que l'autorité invoquée suffise à dissuader l'adversaire de répliquer)
  • argumentum ad antiquitam : "l’État existe depuis toujours, il est donc absolument impossible de s'en passer" (la force de l'habitude ne prouve pas que l'habitude soit toujours bonne)
  • argumentum ad populum : "un grand nombre de gens croient l’État indispensable et d'ailleurs n'importe quel endroit de cette Terre est sous l'emprise d'un État" (qu'une opinion soit partagée par un nombre important de personnes ne prouve pas qu'elle soit vraie)
  • argument du violeur : "tel méfait est justifié, car la victime l'avait bien cherché"
  • argument d'Eichmann : "je ne suis pas responsable, je n'ai fait qu'obéir aux ordres (ou à la loi)"
  • argumentum ad ignorantiam : "personne n'a jamais prouvé que le libéralisme soit le meilleur des régimes, c'est donc faux" ; "vous ne pouvez pas me démontrer que le communisme ça ne marche pas (les exemples historiques n'étant pas suffisants pour généraliser), donc ça marche" (on prétend que quelque chose est vrai parce qu'il n'a pas été démontré que c'était faux, ou que c'est faux parce qu'il n'a pas été démontré que c'était vrai)
  • argument ad hominem : on attaque la personne plutôt que ses idées : "vous êtes de dangereux extrémistes" ; "les libertariens sont des poujadistes" ; "vos idées sont nauséabondes" ;
  • reductio ad Hitlerum : variante d'argument ad hominem : "vous êtes des fascistes, des réactionnaires, des Nazis" (disqualifie l'adversaire en le comparant à des personnages honnis, Hitler ou les Nazis)
  • sophisme de Corax : consiste à dire qu’une chose est invraisemblable justement parce qu'elle est trop vraisemblable. "Croyez-vous que je ferais de la politique si j'y voyais seulement un moyen de m'enrichir aux dépens de mes concitoyens ?" En est dérivée une technique de manipulation classique, appelée « se cacher dans la lumière ».

Sophismes étatistes

Il s'agit de sophismes très courants, du type "pétition de principe", "non sequitur" ou "deux poids, deux mesures", destinés à justifier l'interventionnisme de l’État dans les cas de figure où il est le plus contestable :

  • sophisme paternaliste : si on laisse les gens libres, ils agiront contre leur propre intérêt (il faut protéger les gens contre eux-mêmes) ;
  • sophisme de l'alibi de la pauvreté : si l’État ne prend pas en charge cette activité (la santé, l'éducation...), les pauvres en pâtiront ;
  • sophisme pseudo-élitiste : l’État, en charge de l'"intérêt général", sait mieux faire que le privé ; cet argument est souvent implicite dans certains pays, comme la France, où l’État a eu un rôle historique prépondérant dans la fondation de la nation. C'est une "croyance dans le chapeau magique" des étatistes.
  • sophisme comptable : si on dépense autant, c'est bien que ça en vaut la peine (la dépense est d'autant plus justifiée qu'elle est importante - en réalité les sommes dépensées sont arbitraires, les résultats effectifs de ces dépenses ne sont jamais évalués) ;
  • sophisme de l'économie d'échelle : la centralisation étatique permet de diminuer les coûts des services rendus au public (contredit par la loi de Savas ou la loi de Friedman) ;
  • sophisme collectiviste : l'État exprime une "volonté générale", et à ce titre tout ce qu'il fait est forcément légitime (contredit par le théorème d'Arrow) ;
  • sophisme de la justice sociale : l'Etat est l'instrument de la justice sociale (le pillage des faibles par les puissants et des producteurs au profit des parasites est juste dès lors qu'il est pratiqué par l’État) ;
  • sophisme de l'illusion fiscale : l'impôt est nécessaire et utile, puisqu'il permet à l'Etat de distribuer ses bienfaits aux citoyens (on ne s'interroge pas sur le coût de ces "bienfaits", résultant du vol fiscal, ni s'ils pourraient être produits par la société civile elle-même) ;
  • sophisme de l'illusion mathématique : les calculs montrent que telle décision politique est la meilleure (illusion scientiste qui ignore l'incertitude et les rétroactions inhérentes à l'action humaine) ;
  • double contrainte (pour mettre la victime dans une situation impossible). Ayn Rand l'illustre dans La Grève (p.190) par la réflexion d'un étatiste devant une invention révolutionnaire : « Si le Rearden Metal ne vaut rien, c'est un danger public. S'il est bon... c'est un danger social. »

Voir aussi biens publics, illusion.

Exercice d'application

Trouver de quel genre de sophisme ou de quelle illusion relèvent les affirmations politiques suivantes :

  • Notre pays dépense 30% de son PIB pour financer la protection sociale, ce qui en fait l'un des plus avancés au monde (Martin Hirsch, "Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté et à la Jeunesse")
  • L’État est le garant de l'intérêt général. C'est à lui qu'il appartient de décider en dernier ressort. (Raymond Barre, discours du 5 octobre 1976)
  • Seules la vigilance et l'action de la puissance publique peuvent préserver les solidarités collectives qui fondent notre société. (Michel Rocard, Entretien avec la Revue française d'économie, 1986)
  • L'analyse économique sérieuse conduit à constater que le protectionnisme et la dévaluation ramènent à la notion de solidarité nationale. (Emmanuel Todd, Marianne2, 24/03/2011)
  • Cela peut paraître dur, mais je crois que, dans l'intérêt de la collectivité, chaque citoyen doit supporter de pouvoir être suspecté de temps en temps à sa juste mesure. (Eva Joly, Où vont les juges, 2002)
  • Il est impossible qu'il y ait moins d’État-providence, car ça heurterait la souveraineté du peuple ! (Benoît Hamon, août 2011)
  • La culture fait partie du domaine régalien de l’État. (Aurélie Filippetti, juillet 2012)
  • Les banquiers français sont plus honnêtes que les banquiers anglo-saxons car la plupart viennent du service public. (Jérôme Cahuzac, juillet 2012)
  • Il y a un coût écologique pour la planète des produits non écologiques ; il nous faut donc réfléchir à une taxe carbone. (Jérôme Cahusac, juillet 2012)

Sophismes économiques

Le terme de sophisme reste irrémédiablement attaché à la personne de Frédéric Bastiat, qui, dans ses Sophismes économiques, a détruit l'argumentation des anti-libéraux.

Déjà classique outre-Atlantique, l’œuvre capitale de Frédéric Bastiat suscite enfin en France l’intérêt qu’elle mérite. Réédités, dès 1964 en langue anglaise, les Sophismes économiques de Frédéric Bastiat n’étaient plus disponibles en langue française dans leur texte intégral depuis l’édition Paillottet des œuvres complètes publiée chez Gilbert Guillaumin (1854-1855).

Alors que, de nos jours, trop d’économistes se complaisent à produire des ouvrages dont l’obscurité dissimule l’étatisme, Frédéric Bastiat nous rappelle que l’économiste a d’abord pour fonction de mettre en lumière ces rhétoriques irrationnelles qui invalident les politiques économiques. S’inscrivant dans la lignée de la littérature libérale née sous la censure impériale et royale avec les chansons de Béranger et les apologues de Paul-Louis Courier, c’est donc sous une forme littéraire – dialogique autant que logique – que Frédéric Bastiat choisit de présenter les vérités fondamentales de l’économie politique.

Alors que François Guizot s’en était tenu à des considérations naïves sur le gouvernement représentatif avant d’en empêcher l’épanouissement sous la monarchie de Juillet, le futur député républicain Frédéric Bastiat, en stigmatisant la privatisation rampante de l’État par les groupes de pression industriels et agricoles, esquisse une véritable théorie libérale de la justice.

Démystifiant le "sisyphisme" des politiques de l’emploi et la spoliation légale qu’elles induisent, Bastiat démontre que ce sont les pays et les catégories sociales les moins favorisés qui gagnent le plus à la liberté des échanges. Aussi, le lecteur d’aujourd’hui ne trouvera pas d’argumentaire plus essentiel contre le dernier avatar du protectionnisme, “ l’altermondialisme ”, que les Sophismes économiques de Frédéric Bastiat.

L'interventionnisme étatique en matière économique illustre la permanence des sophismes économiques colportés par certains économistes eux-mêmes (voir par exemple plan de relance, multiplicateur keynésien, courbe de Phillips).

Notes et références

  1. D'un point de vue strictement logique, il s'agit d'une contradiction d’un énoncé par ses propres conditions de possibilité, le contenu de l’énoncé exclut la production de l’énoncé, (par exemple dire "je dors profondément" ou "je ne dis rien" est une contradiction performative). On étend fréquemment ce concept à tout type d'énoncé contradictoire, par exemple : "j'ai mis un fer à cheval au-dessus de ma porte parce que cela porte bonheur même si on n'y croit pas" (Niels Bohr) ; "si vous n'êtes pas croyant, priez Dieu pour qu'il vous donne la foi" (anonyme). Voir aussi le vol de concept.

Voir aussi

Citations

  • « L'épée que la malice met aux mains des assaillants serait impuissante si le sophisme ne brisait pas le bouclier aux bras des assaillis. » (//www.wikiberal.org/wiki/Fr%C3%A9d%C3%A9ric_Bastiat">Frédéric Bastiat)
  • « Tous les sophismes économiques, malgré leur infinie variété, ont cela de commun qu'ils confondent le moyen avec le but, et développent l'un aux dépens de l'autre. » (Frédéric Bastiat)
  • « Le sophisme consiste généralement en une assertion, qu'on ne démontre pas, et qui porte sur des choses n'ayant aucune existence réelle. Mais les idées qu'éveillent les mots employés paraissent vaguement être en harmonie les unes avec les autres, et c'est cette sensation qu'on substitue à une démonstration. » (Vilfredo Pareto)
  • « Le truc consiste a écrire d'une façon obscure, c'est-à-dire incompréhensible ; la finesse est d'arranger son galimatias de manière à faire croire au lecteur que la faute en est à lui-même s'il ne le comprend pas ; tandis que l'écrivain sait très bien qu'il en est seul responsable, vu qu'il ne dit rien qui soit réellement compréhensible, c'est-à-dire clairement pensé. » (Schopenhauer)
  • « Ce qui rend si pauvre d'idées, et par conséquent si mortellement ennuyeux, le gribouillage de nos philosophastres, c'est évidemment, en dernière analyse, la pauvreté de leur esprit, et avant tout le fait qu'ils exposent habituellement des idées abstraites générales et excessivement larges qui revêtent nécessairement, dans la plupart des cas, une expression indéterminée, hésitante, amortie. Mais ils sont contraints à cette marche acrobatique parce qu'ils doivent se garder de toucher la terre, ou, rencontrant le réel, le déterminé, le détail et la clarté, ils se heurteraient à des écueils dangereux, qui mettraient en danger leur trois-mâts avec sa cargaison de mots. » (Schopenhauer)

Liens externes

B0.jpg Discussions sur le forum
De La Volonté De Puissance Comme Source De Sophisme, ... sus à l'oppresseur, dans nos esprits (for)





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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 14:57
La Stratégie de la liberté par Murray Rothbard - Les Libertariens : « C'est la Liberté ou Rien ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Libertariens

Les Libertariens est le premier mouvement libertarien français. C'est la Liberté ou Rien ! 

 

1- Le libertarien est abolitionniste, il vise l'objectif de la liberté dans les plus brefs délais.

2- L'objectif de la liberté est réaliste contrairement à l'élimination de la pauvreté. Sa réalisation repose entièrement sur le choix libre de l'homme.

3- Si par exemple, tout le monde se mettait d'un seul coup d'accord pour réaliser la liberté avant toute autre chose, alors la liberté absolue serait bel et bien immédiatement atteinte.

4-L'évaluation stratégique de la route à suivre pour atteindre cet objectif est, évidemment, une question entièrement indépendante.


La transition vers la liberté


5- Toujours maintenir l'objectif ultime de la liberté comme fin du processus de transition.

6- Ne jamais commettre d'actions, ni utiliser de moyens qui implicitement ou explicitement, contrediraient cet objectif.

7-Ces deux principes excluent le gradualisme et l'usage de la violence autre que celle de la légitime défense.
Le gradualisme en théorie est la perpétuité en pratique. C'est ce que l'on appelle la tyrannie du statu quo.
L'usage de la violence pour convaincre les gens du bien fondé de la liberté contredit l'objectif de liberté qui consiste à supprimer toute agression contre les individus innocents. C'est ce qui différencie le libertarien du révolutionnaire de gauche ou de l'altermondialiste.

8-Il faut sauter sur toutes les occasions de réduire le pouvoir des hommes de l'Etat.
Il faut soutenir la suppression d'un impôt (celui de la vignette automobile réalisée sous un gouvernement de gauche avec Fabius) à condition qu'il ne soit pas remplacé par un autre. Il faut militer pour supprimer l'impot sur le revenu ou sur la fortune (ISF).
Il faut soutenir la suppression de la conscription (réalisée sous un gouvernement de droite avec J.Chirac) ou la suppression d'une dépense budgétaire comme les subventions distribuées au tiers monde.

9-Il faut s'opposer à toute introduction d'une législation qui consiste en une agression de la liberté individuelle au nom d'une victime qui n'existe pas encore et qui n'existera peut-être jamais.
Par exemple : les limites de vitesse sur les routes, la scolarité ou l'assurance obligatoire ; l'interdiction de consommer de la drogue, de porter des armes, de vendre ses organes etc.

10-Ce sont les idées qui, à long terme, mènent le monde.
Une victoire de la liberté ne se produira que si les idées de liberté individuelle sont adoptées par un assez grand nombre de personnes. La formation de l'opinion publique devient la condition nécessaire à la victoire de la liberté. L'éducation (privée) sous toutes ses formes, de la théorie abstraite au marketing des idées, joue un rôle essentiel dans la formation des croyances et donc de l'opinion publique.

11-Il faut un mouvement intellectuel d'avant garde.
Les idées qui mènent le monde sont portées par des activistes, des groupes d'intellectuels d'avant garde. Il faut un mouvement libertarien actif et bien conscient de lui même souligne M.Rothbard.

12-Ce mouvement d'avant garde peut former des coalitions ad hoc afin de faire avancer des causes particulières.
Il peut s'allier avec l'extrême droite pour réclamer la suppression de l'impôt sur le revenu ou sur la fortune (qui est une agression immorale sur la propriété de l'individu ) et avec l'extrême gauche pour demander la légalisation du commerce de la drogue ou des organes à la transplantation.
Il fait d'une pierre deux coups :
A) Il démultiplie son influence et son efficacité dans la poursuite d'un objectif particulier.
B) il ouvre les yeux de ses partenaires de coalition sur ce qu'est la liberté individuelle
.

13-il existe deux formes opposées de déviationnisme: l'opportunisme de droite et le sectarisme de gauche.
L'opportuniste de droite dans sa recherche de gains immédiats néglige l'objectif ultime : l'abolition des agressions contre la liberté en préférant joindre l'establishement, par exemple en se ralliant à des formations comme DL ou l'UMP dont l'objectif final n'est pas la suppression de l'Etat.
Le sectarisme de gauche drapé dans sa pureté compromet l'objectif final en s'opposant à toute démarche stratégique qui s'en réclame. Par exemple, en refusant de dédommager les chauffeurs de taxis quant on supprime leurs privilèges ou les propriétaires d'esclaves lorsque l'on abolit la législation.

14-La transition vers une société de liberté n'est possible que si les conditions subjectives et objectives sont réunies.
Les conditions subjectives sont liées à l'existence d'un mouvement voué à la réalisation de l'objectif qui consiste à un changement social radical.
Les conditions objectives se rapportent à l'existence d'une crise sociale et économique perçue comme une faillite de l'Etat lui même.
C'est quand le système semble se détraquer que l'on cherche de nouvelles options sociales, c'est à ce moment là que le mouvement d'avant garde doit être en mesure d'offrir un autre choix.

 

 


La Stratégie de la liberté

 

Par M.Rothbard

 

img_367_fr.gifUne théorie systématique de la liberté est un phénomène rare ; mais l'exposé d'une théorie pour une stratégie de passage à la liberté est pratiquement introuvable. Et cela n'est pas seulement vrai pour la liberté : on a généralement tendance à croire que la stratégie pour atteindre un objectif social souhaitable relève de la lutte libre, d'un processus expérimental d'essais et d'erreurs. Pourtant, si philosophie peut fournir quelques lignes directrices pour une stratégie de la liberté, il lui incombe certainement de s'atteler à la tâche. Mais que le lecteur sache que nous nous aventurons ici sur des mers inexplorées.

Cette responsabilité de la philosophie dans le domaine stratégique - comment passer de la situation mixte actuelle (ou de toute autre situation de départ) à l'objectif de la liberté totale - présente un intérêt particulier pour un libertarisme fondé sur le Droit naturel.

En effet, comme Lord Acton le savait bien, la théorie de la loi naturelle et des Droits naturels constitue une norme universelle, une règle de fer à l'aune de laquelle on peut mesurer, évaluer - et critiquer - toute forme existante d'étatisme. Contrairement au positivisme juridique et aux diverses formes d'historicisme, le Droit naturel fournit, en morale et en politique, une loi supérieure permettant de porter un jugement sur les décrets des hommes de l'Etat. Comme nous l'avons vu plus haut, le Droit naturel, loin d'être conservateur, est extrémiste, il recherche nécessairement la société idéale. Le libéralisme expliquait Acton, tend vers ce qui doit être, sans égard pour ce qui est. Selon Acton, écrit Himmelfarb, on ne doit reconnaître aucune autorité au passé sinon dans la mesure où il est conforme à la morale.

Acton poursuivait en établissant une distinction entre les Wighs anglais et les libéraux, c'est-à-dire entre l'adhésion conservatrice au statu quo et le libéralisme radical :

Les Whigs gouvernaient par le compromis. Les libéraux inaugurent la règle des idées.Comment distinguer la doctrine des Whigs et celle des libéraux ? La première est pragmatique, gradualiste, prête au compromis. La seconde travaille à partir d'un principe philosophique. La première est une politique qui vise la philosophie. La seconde est une philosophie à la recherche d'une politique.

Le libertarisme est donc une philosophie à la recherche d'une politique. Mais qu'est-ce que la philosophie libertarienne peut ajouter à la réflexion sur la stratégie de la politique ? En premier lieu, il y a ce que disait Acton : la liberté est la plus haute valeur politique, l'objectif prioritaire de la philosophie libertarienne.

La plus haute valeur politique ne signifie évidement pas la plus haute valeur de l'homme. En effet, chaque individu a ses propres fins personnelles et chacun établît sa propre hiérarchie des objectifs dans son échelle personnelle de valeurs.

La philosophie politique est le sous-ensemble de la philosophie morale qui traite spécifiquement de la politique, c'est-à-dire des cas où il est légitime d'employer la violence dans la vie des hommes (et donc de l'explication de concepts comme le crime et la propriété).

Et tel serait un monde libertarien : chaque individu serait, enfin, libre de rechercher et de poursuivre ses propres fins - de rechercher le bonheur, selon l'expression bien venue de Jefferson.
On pourrait penser que le libertarien, celui qui s'engage en faveur du système de liberté naturelle (pour reprendre les termes d'Adam Smith), considère, presque par définition, la liberté comme son plus important objectif politique. Mais, très souvent, cela n'est pas le cas : pour nombre de libertariens, s'exprimer soi-même ou porter témoignage de l'excellence de la liberté l'emporte sur l'objectif d'une victoire réelle de la liberté. Pourtant, comme nous le verrons plus loin, la liberté ne triomphera jamais à moins que l'objectif de la victoire dans le monde réel ne prenne le pas sur des considérations plus passives et esthétiques.

Cette fin politique suprême qu'est la liberté, quel est son fondement ? On devrait pouvoir tirer de ce livre l'enseignement que la liberté est, d'abord et avant tout, un principe moral ancré dans la nature de l'homme. Plus particulièrement, c'est un principe de justice, qui vise à la suppression de la violence agressive dans les affaires humaines.

C'est donc dans un esprit de dévotion absolue envers la justice que l'on doit fonder et poursuivre l'objectif libertarien. Pour conserver cette dévotion sur une route qui pourrait bien être longue et difficile, le libertarien doit être possédé par une passion de la justice, qui découle d'une compréhension rationnelle des exigences de la justice naturelle et est guidée par cette compréhension. Si on veut atteindre la liberté, c'est la justice, et non la règle molle de la seule utilité, qui doit constituer notre force motrice.

Si la liberté représente la fin politique suprême, il s'ensuit qu'on doit user des moyens les plus efficaces pour l'atteindre, c'est-à-dire les moyens qui permettront d'atteindre le but le plus rapidement et le plus complètement possible.

Cela signifie que le libertarien doit être abolitionniste, qu'il doit viser l'objectif de la liberté dans les plus brefs délais. S'il recule devant l'abolitionnisme, c'est qu'il ne fait plus de la liberté la fin politique suprême. Autrement dit, le libertarien doit être un abolitionniste qui, s'il le pouvait, supprimerait sur-le-champ toutes les agressions contre la liberté. En nous inspirant du libéral Leonard Read, qui prônait la suppression totale et immédiate de tous les contrôles de prix et de salaires après la Seconde Guerre mondiale, nous pouvons nous référer au critère du bouton-poussoir : Si cette tribune était munie d'un bouton qui déclencherait la suppression immédiate de tous les contrôles de prix et de salaires, déclarait Read, je mettrais mon doigt dessus et j'appuierais !

Le libertarien serait donc la personne qui appuierait sur le bouton abolissant instantanément toutes les atteintes à la liberté, si ce bouton existait. Une chose - en passant - que l'utilitariste aurait peu de chances de faire jamais.
Les antilibertariens et, plus généralement, les adversaires de l'extrémisme soutiennent que l'abolitionnisme est irréaliste. Leur accusation masque une confusion irrémédiable entre l'objectif visé et l'évaluation stratégique de la voie à suivre pour y arriver. Il est essentiel de bien distinguer l'objectif ultime lui-même et l'évaluation stratégique des moyens pour l'atteindre ; on doit aussi déterminer l'objectif avant de faire intervenir les questions de stratégie ou de réalisme. Le fait que le bouton magique n'existe pas et n'existera sans doute jamais n'a rien à voir avec le caractère désirable ou non de l'abolitionnisme lui-même.

On peut s'accorder sur l'objectif de la liberté et la valeur de l'abolitionnisme au nom de la liberté, mais cela ne signifie pas que l'abolition soit réalisable dans un avenir plus ou moins proche. Les objectifs libertariens - y compris la suppression immédiate des agressions contre la liberté - sont réalistes au sens où ils pourraient être réalisés s'il y avait suffisamment de gens pour les adopter et au sens où, une fois l'objectif réalisé, le système libertarien qui en sortirait serait viable.

L'objectif de la liberté tout de suite n'est pas irréaliste ou utopique puisque - contrairement à des objectifs comme l' "élimination de la pauvreté" - sa réalisation repose entièrement sur le choix libre de l'homme. Si par exemple, tout le monde se mettait d'un seul coup d'accord pour réaliser la liberté avant toute autre chose, alors la liberté absolue serait bel et bien immédiatement atteinte. L'évaluation stratégique de la route à suivre, du comment de la liberté est, évidemment, une question entièrement indépendante.

Ainsi, le libertarien William Lloyd Garrison, partisan de l'abolition de l'esclavage, n'était pas le moins du monde irréaliste quand, dans les années 1830, il leva l'étendard de l'émancipation immédiate des esclaves. Son objectif était le bon, aussi bien du point de vue moral que du point de vue libertarien, et cela n'avait rien à voir avec le réalisme ou la probabilité de sa réalisation. Du reste, le réalisme stratégique de Garrison transparaissait bien dans le fait qu'il ne s'attendait pas du tout à voir la fin de l'esclavage se produire immédiatement ni d'un seul coup. Garrison faisait bien la distinction :

Aussi ardemment que nous poussions à l'abolition immédiate de l'esclavage, il ne sera finalement, hélas, supprimé que progressivement. Nous n'avons jamais dit que l'esclavage serait supprimé d'un seul coup; mais nous ne cesserons jamais de soutenir qu'il devrait l'être. Il nous mettait fermement en garde contre l'option gradualiste : le gradualisme en théorie est la perpétuité en pratique.

Le gradualisme théorique a pour résultat de saper l'objectif absolu de la liberté; il ne fait pas qu'influencer la stratégie, il s'oppose à l'objectif lui-même et, pour cette raison, il n'a aucune place dans une stratégie de la liberté. En effet, abandonner l'abolitionnisme immédiat, c'est, par le fait même, reléguer l'objectif au deuxième ou troisième rang, au nom d'autres considérations, nécessairement antilibertariennes puisqu'elles volent à la liberté sa première place.

Supposons que l'abolitionniste eût dit de l'esclavage : Je propose d'y mettre fin, mais dans cinq ans. Cela impliquerait que l'abolition dans trois ou quatre ans et a fortiori immédiatement, serait un mal, et qu'il serait donc préférable que l'esclavage continue encore un peu. Cela signifierait qu'on a laissé de côté les idées de justice, que notre abolitionniste (ou notre libertarien) ne place plus son objectif au sommet de ses valeurs politiques. Cela signifierait ni plus ni moins qu'il prône la continuation du crime et de l'injustice.

On en conclut qu'une stratégie de la liberté ne doit pas faire appel à des moyens qui sapent ou contredisent le but a atteindre - comme le fait le gradualisme théorique. Est-ce dire que la fin justifie les moyens ? C'est une accusation courante mais sans fondement que l'on porte souvent contre tout groupe qui prône des changements sociaux fondamentaux ou radicaux. Car que peut-on imaginer d'autre que la fin pour justifier les moyens ? Le concept même de moyen fait référence à une action qui n'est qu'un simple instrument pour atteindre une fin.

Pour quelqu'un qui a faim et qui mange un sandwich, cette action n'est qu'un moyen en vue d'une fin. Sa seule justification vient de son emploi en vue d'une fin. Pour quelle autre raison mangerait-on le sandwich ou, en amont, achèterait-on les ingrédients pour le préparer ? Loin d'être une doctrine sinistre, l'idée que la fin justifie les moyens est une vérité philosophique élémentaire, implicite dans la relation même entre la fin et les moyens.

Que veulent alors dire les critiques quand ils affirment que des moyens immoraux conduiront éventuellement voire nécessairement à des fins immorales ? Ce qu'ils veulent dire en réalité, c'est que les moyens en question vont à l'encontre d'autres fins auxquelles ils attachent plus de valeur que les buts poursuivis par les utilisateurs des moyens critiqués. Prenez l'exemple de communistes qui prétendent que le meurtre est justifié s'il contribue à établir la dictature de l'avant-garde du prolétariat. Ceux qui n'acceptent pas ces assassinats (ou les argumentaires en leur faveur) affirment non pas que la fin ne justifie pas les moyens, mais plutôt que le meurtre viole une autre fin plus désirable (c'est le moins que l'on puisse dire), à savoir ne pas commettre d'assassinat, ne pas agresser les personnes. Et bien sûr, du point de vue libertarien, ils ont raison.

Par conséquent, l'objectif libertarien que constitue la victoire de la liberté justifie les moyens les plus expéditifs possibles dans sa poursuite, à l'exception des moyens qui contredisent ou sapent l'objectif premier.

Nous avons déjà vu que le gradualisme théorique fait partie de ces moyens antithétiques. Un autre moyen du même genre consisterait à commettre une agression (un meurtre ou un vol) contre des personnes ou leurs biens dans le dessein de réaliser l'objectif libertarien de non-agression. L'usage de ce moyen serait autodestructeur et illicite. Car ce recours a l'agression viole objectif même de la non-agression.

S'il faut prôner l'abolition immédiate de l'Etat et tant, qu'instigateur de l'agression organisée, et si le gradualisme théorique contredit la fin suprême recherchée (devenant, par le fait même, illicite), que reste-t-il au libertarien comme stratégie dans un monde où se perpétue la sinistre existence des Etats ? Se contentera-t-il de défendre un abolitionnisme immédiat, à l'exclusion de toute autre chose? Est-il illégitime de réclamer des étapes provisoires pour atteindre la liberté de manière efficace ? Certes pas car sinon il n'y aurait aucun espoir réaliste d'atteindre le but final.

Le libertarien pressé d'atteindre son objectif le plus vite possible a donc la responsabilité de pousser toujours davantage la société politique dans la direction du but visé. Cette ligne de conduite n'est évidemment pas facile car elle est sans cesse exposée au risque de perdre de vue, ou même de compromettre, l'objectif ultime de la liberté. Mais, dans un avenir prévisible comme dans le passé immédiat, l'état actuel du monde est tel que cette ligne de conduite est la seule capable de mener à la victoire finale de la liberté.

Les programmes de transition dont il s'agit doivent donc être de nature à :

1) toujours maintenir l'objectif ultime de la liberté comme fin du processus de transition ;
2) ne jamais commettre d'action ni utiliser de moyens qui, implicitement ou explicitement, contrediraient cet objectif.


Prenons par exemple le programme de transition mis en avant par plusieurs libertariens, et qui consiste à réduire le budget de l'Etat de 10% par année durant dix ans, après quoi l'Etat aurait disparu. Cette proposition peut présenter des avantages heuristiques ou stratégiques, à condition que ses tenants fassent toujours bien comprendre qu'il s'agit d'exigences minimales et qu'il n'y aurait rien de mal - bien au contraire - à ce que le rythme des réductions soit augmenté à 25 % par an durant quatre ans ou, mieux encore, à 100% tout de suite. Le danger est de laisser sous-entendre que toute progression plus rapide que 10% n'est pas souhaitable.

Ce danger est encore plus menaçant dans le projet, proposé par d'autres libertariens, d'un vaste plan de transition vers la liberté totale, du genre suivant : durant l'année 1, abroger la loi A, modifier la loi B, réduire l'impôt C de 20% etc. ; durant l'année 2, abroger la loi D, réduire l'impôt C d'un 10% additionnel, etc.. Le plan détaillé à l'avance est encore plus trompeur que le projet de coupures budgétaires parce qu'il suggère fortement l'idée que, par exemple, la loi D ne devrait pas être abrogée avant la deuxième année du programme. On tomberait alors dans le piège du gradualisme philosophique ou théorique. Le planificateur libertarien en herbe se retrouverait finalement dans le rôle d'un adversaire, du moins apparent, d'un progrès plus rapide vers la liberté.

Cette idée d'un vaste plan pour atteindre la liberté comporte en fait une autre faille considérable. Le caractère global du plan, le soin même apporté à la mise au point de ses étapes accréditent la conviction que les hommes des Etats ne sont pas vraiment les ennemis du genre humain, qu'il est possible et souhaitable de les utiliser pour construire un chemin vers la liberté qui soit bien planifié et suive des étapes déterminées. Mais une fois qu'on a compris que l'Etat est l'ennemi éternel du genre humain, on adopte une approche stratégique très différente : les libertariens doivent sauter sur toute occasion d'exiger et d'appeler de leurs voeux n'importe quelle réduction du pouvoir des hommes de l'Etat ou de leur domaine d'activités sur tous les fronts, puisque cela revient toujours à une réduction du crime et de l'agression ainsi que du parasitisme malfaisant qui caractérise la domination des hommes de l'Etat sur la société et leur confiscation du pouvoir social.

Par exemple, le libertarien peut fort bien oeuvrer pour une réduction drastique ou la suppression de l'impôt sur le revenu ; mais il ne doit jamais prôner son remplacement par une taxe sur les ventes ou aucun autre impôt. La réduction ou, mieux encore, la suppression d'un impôt représente immanquablement une réduction équivalente du pouvoir des hommes de l'Etat et un pas vers la liberté ; mais le fait d'y substituer un nouvel impôt ou de compenser par l'augmentation d'un autre impôt va exactement dans la direction opposée, il s'agit d'une imposition additionnelle sur un autre front. Or, une nouvelle imposition est un moyen qui vient directement en contradiction avec l'objectif libertarien.

A notre époque de déficits permanents de l'Etat central, un problème similaire qui se pose à nous tous est de savoir s'il faut consentir à une réduction d'impôt même si cela se traduisait en un déficit accru. Etant donné leur prédilection particulière pour l'équilibre budgétaire comme fin prioritaire, les conservateurs se prononcent immanquablement contre toute réduction d'impôt qui ne s'accompagne pas d'une réduction au moins rigoureusement équivalente dans les dépenses des hommes de l'Etat.

Or, comme l'impôt est un acte d'agression immoral, ne pas accueillir avec empressement toute réduction de l'imposition fiscale minerait l'objectif libertarien et le contredirait. Le bon moment pour s'opposer aux dépenses étatiques est à l'occasion de l'examen et du vote du budget, c'est à ce moment que le libertarien doit réclamer des coupes drastiques sur ce budget. Il faut réduire l'activité des hommes de l'Etat partout et à chaque fois que c'est possible, et on ne doit s'opposer à aucune réduction d'impôt - ni de dépense - puisque cela contredirait les principes et l'objectif libertariens.
S'ensuit-il que le libertarien ne peut jamais établir de priorités, qu'il lui est interdit de concentrer son énergie sur les questions politiques qu'il juge prioritaires ? Evidemment pas : le temps et l'énergie de chacun étant forcément limités, personne ne pont consacrer le même temps à chacun des nombreux aspects du vaste credo libertarien.

Un conférencier ou un écrivain politique ne peuvent faire autrement qu'établir des priorités, lesquelles dépendent au moins partiellement des conditions et des problèmes concrets de l'heure. Par exemple, s'il est vrai que le libertarien contemporain ne manquera pas de se prononcer pour la dénationalisation des phares, il est très douteux qu'il place cette question plus haut sur son programme d'action que l'abolition de la conscription ou la suppression de l'impôt sur le revenu. Le libertarien établira ses priorités politiques à la lumière de son intelligence stratégique et de sa connaissance des questions à l'ordre du jour. Cela n'empêche pas que, pour qui vivrait sur une petite île perdue dans le brouillard et totalement dépendante du transport maritime, la question des phares occuperait une place de choix dans le programme politique libertarien. De plus, si une occasion se présentait de dénationaliser les phares même dans l'Amérique contemporaine, le libertarien ne la repousserait certainement pas.

Concluons cette partie de notre examen de la question stratégique en affirmant que la victoire de la liberté totale représente la fin politique suprême ; que la passion morale pour la justice constitue le fondement authentique de cette fin ; que les moyens les plus rapides et les plus efficaces doivent être mis en oeuvre pour l'atteindre ; qu'on doit toujours l'avoir présente à l'esprit et chercher à la réaliser le plus rapidement possible ; et que les moyens employés ne doivent jamais contredire l'objectif - c'est-à-dire que sont à proscrire le gradualisme, les agressions contre la liberté et leurs rationalisations, le soutien aux vastes programmes étatiques, et qu'il ne faut jamais laisser passer les occasions de réduire le pouvoir des hommes de l'Etat ni bien sûr contribuer à son augmentation dans quelque domaine que ce soit.

Ce sont les idées, du moins à long terme, qui mènent le monde, et il est clair que la victoire du libertarisme ne se produira que si ses idées sont diffusées et adoptées par un assez grand nombre de personnes. L'éducation devient ainsi la condition nécessaire à la victoire de la liberté, l'éducation sous toutes ses formes, des théories et systèmes les plus abstraits jusqu'aux procédés de marketing susceptibles de susciter l'intérêt de futurs convertis. En fait, l'éducation est traditionnellement la stratégie choisie par les libéraux classiques.

Mais insistons sur le fait que les idées n'arrivent pas d'elles-mêmes en flottant dans le vide : elles n'ont de l'influence que dans la mesure où elles sont adoptées et promues par des personnes concrètes. Pour que l'idée de la liberté triomphe, on doit donc avoir un groupe de libertariens - des gens convaincus, qui connaissent les faits de la liberté et veulent diffuser le message. Bref il faut un mouvement libertarien actif et bien conscient de lui-même. Cela ressemblerait fort à un truisme n'était que plusieurs libertariens, assez étrangement, répugnent à l'idée de faire partie d'un mouvement ou à s'impliquer dans ses activités. Pourtant, y a-t-il aucune discipline ou corps d'idées, que ce soit le bouddhisme ou la physique, qui ait jamais réussi à se faire connaître et à s'imposer sans un cadre dévoué de partisans ?

La mention de la physique nous rappelle une autre exigence de succès pour un mouvement : la présence de professionnels, de personnes qui consacrent leur carrière au mouvement ou à la discipline. Au moment où, aux XVIIe et XVIIIe siècles, émergeait la science moderne de la physique, il existait des associations scientifiques regroupant surtout des amateurs du genre des Amis de la science et qui contribuèrent à créer une atmosphère d'encouragement et de soutien pour la nouvelle discipline. Mais il ne fait pas de doute que la physique ne serait pas allée loin sans les physiciens professionnels, hommes de carrière qui consacraient tout leur temps à sou avancement. La physique serait sans aucun doute demeurée un passe-temps de dilettantes si ne s'était pas développée la profession de physicien. Or, malgré la croissance spectaculaire de leurs idées et de leur mouvement au cours des dernières années, les libertariens ne sont généralement pas conscients de la nécessité impérieuse de multiplier les professionnels de la liberté comme instrument central de la promotion, aussi bien de la théorie que de la liberté sur le terrain.

Chaque nouvelle idée, chaque nouvelle discipline commencent nécessairement avec une personne ou une poignée de gens avant de se diffuser dans un noyau plus grand de convertis et d'adhérents. Même quand le mouvement aura atteint sa vitesse de croisière, la grande variété des intérêts et des talents parmi les hommes signifie que seule une minorité fera partie du noyau professionnel, du groupe des cadres libertariens. Il n'y a rien de malsain ni d'antidémocratique à imaginer l'existence d'un groupe de libertariens d'avant-garde : c'est la même chose que de parler de l'avant-garde des bouddhistes ou des physiciens. On peut espérer que cette avant-garde amènera ensuite une majorité de la population ou une minorité importante et influente à adhérer - sinon à se consacrer - à l'idéologie libertarienne. La présence d'une majorité libertarienne parmi les révolutionnaires américains ainsi que dans l'Angleterre du XIXe siècle démontre que l'exploit n'est pas irréalisable.

Entre aujourd'hui et la réalisation de l'objectif, on peut imaginer le parcours comme une pyramide ou plutôt une échelle où les individus et les groupes occupent les différents échelons allant du collectivisme ou étatisme total jusqu'à la complète liberté. Si le libertarien ne peut pas élever la conscience des masses jusqu'au bout, jusqu'à la complète liberté, il peut au moins atteindre cet objectif important, quoique plus modeste, de les aider à gravir quelques échelons.

Dans ce dessein, le libertarien trouvera souvent utile de former des coalitions ad hoc avec des non-libertariens afin de faire avancer des causes particulières. Ainsi, en fonction de ses priorités et de la réalité politique du moment, le libertarien pourra former des fronts communs avec les conservateurs pour supprimer l'impôt sur le revenu, ou avec les partisans des libertés civiles pour abolir la conscription, ou légaliser la pornographie et les propos subversifs.

En s'engageant ainsi dans des alliances particulières, le libertarien fait d'une pierre deux coups :

1) par effet de levier, il démultiplie son influence et son efficacité dans la poursuite d'un objectif libertarien particulier - puisque plusieurs non-libertariens sont mis à contribution ;
et 2) il ouvre les yeux de ses partenaires de la coalition, à qui il a l'occasion d'apprendre que le libertarisme représente un système unique et cohérent et que la poursuite globale de leurs objectifs exige l'adoption du programme libertarien dans son ensemble.

Ainsi, le libertarien peut-il montrer au conservateur qu'on ne peut maximiser la portée des Droits de propriété et du marché libre ni les protéger pleinement que si les libertés civiles sont défendues et rétablies ; et vice versa dans son argumentation auprès du défenseur des libertés civiles. On peut espérer que ce genre de démonstration aidera quelques uns de ces alliés d'un jour à gravir plusieurs échelons sur l'échelle libertarienne.

Tout mouvement qui prône un changement social radical, c'est-à-dire la transformation de la réalité sociale selon un modèle idéal, se trouvera confronté, comme les marxistes l'ont découvert, à deux formes opposée de déviation par rapport à la ligne stratégique correcte. Il s'agit, pour reprendre la terminologie marxiste, de l'opportuniste de droite et du sectarisme de gauche. Ces déviations superficiellement attirantes sont tellement importantes que nous pouvons considérer comme une règle que l'une ou l'autre viendra empoisonner n'importe quel mouvement à divers moments de son existence. Notre théorie ne peut prévoir laquelle de ces tendances triomphera dans un mouvement donné, puisque le résultat final dépendra des idées stratégiques subjectives de ses membres. Autrement dit, le résultat relève du libre arbitre et de la persuasion.

L'opportunisme de droite, dans sa recherche de gains immédiats, néglige l'objectif social ultime pour se vautrer dans des victoires mineures et sans lendemain et qui sont parfois même en contradiction flagrante avec le but final. Dans sa version libertarienne, l'opportuniste est prêt à se joindre à l'establishment étatique au lieu de le combattre, et à nier l'objectif ultime au nom de victoires immédiates - par des déclarations du genre : Même si tout le monde sait que l'impôt est indispensable, l'état de l'économie nécessite une réduction des impôts de 2 %.
De son côté, le gauchiste sectaire flaire l'immoralité et la trahison des principes dans tout recours à l'intelligence stratégique pour proposer des mesures transitoires sur le chemin de la liberté, même s'il s'agit de mesures en continuité directe avec l'objectif final. Le sectaire voit des principes moraux, des principes libertariens partout, y compris dans les questions relevant exclusivement de la stratégie, de la tactique ou de l'organisation. En fait, le sectaire taxera probablement de trahison des principes toute volonté de dépasser la réitération répétitive de l'objectif et de l'idéal social, ou d'établir des priorités parmi les questions politiques particulières à examiner.

Dans le mouvement marxiste, l'exemple classique de l'ultra-sectarisme en marche est donné par le Socialist Labor Party, qui répond à toutes les questions en se contentant de répéter : le socialisme, et le socialisme seul, peut régler le problème. Le libertarien sectaire, par exemple, dénigrera le speaker de la télévision ou le candidat aux élections qui, obligé de choisir des thèmes prioritaires, met en avant la suppression de l'impôt sur le revenu ou l'abolition de la conscription et néglige l'objectif de la libération ou la désétatisation des phares.

On comprendra que l'opportunisme de droite et le sectarisme de gauche sont tous deux également préjudiciables à l'objectif social ultime. L'opportuniste de droite l'abandonne au profit de victoires à court terme qui n'auront par conséquent pas de prolongement. Le sectaire de gauche. drapé dans sa pureté, compromet l'objectif final en s'opposant à toute démarche stratégique qui s'en réclame.

Curieusement, le même individu passera parfois par des phases alternatives et tâtera des deux déviations, dédaignant la route droite qui mène au but. Ainsi, tel libertarien, découragé par des années passées à défendre ses idées dans toute leur pureté sans aucun effet sur la réalité, plongera dans les bosquets capiteux de l'opportunisme de droite, à la recherche de quelque gain immédiat à se mettre sous la dent même en sacrifiant l'objectif ultime. Ou tel autre, opportuniste de droite, dégoûté de la manière dont lui-même et ses collègues ont compromis leur intégrité intellectuelle et la Cause ultime, peut sauter dans le sectarisme de gauche et dénigrera tout projet pour établir des priorités stratégiques. De cette manière, les deux déviations opposées se nourrissent et se renforcent mutuellement, aussi destructrices l'une que l'autre dans la grande mission qui consiste à atteindre efficacement l'objectif libertarien.

Les marxistes ont bien vu que deux ensembles de conditions sont nécessaires au succès d'un programme de changement social radical, ce qu'ils appellent les conditions objectives et les conditions subjectives. Les conditions subjectives sont liées à l'existence d'un mouvement conscient de lui-même et voué à la réalisation de son idéal social - conditions que nous avons examinées ci-dessus.

Les conditions objectives se rapportent à l'existence d'une crise du système, assez grave pour affecter la plupart des gens et pour être, en même temps, perçue comme la faillite du système lui-même. Car les gens sont ainsi faits qu'ils ne cherchent pas à considérer les défauts du système aussi longtemps qu'il semble fonctionner à peu près bien. Et même les quelques personnes qui éventuellement s'y intéressent auront tendance à y voir un problème abstrait sans signification pour leur vie quotidienne et ne nécessitant aucune action - jusqu'à ce que la crise franchisse le seuil de la conscience. C'est quand le système semble se détraquer que l'on cherche frénétiquement de nouvelles options sociales, et c'est à ce moment-là que les cadres du mouvement d'opposition (voilà les conditions subjectives) doivent être en mesure d'offrir un autre choix, d'établir la relation entre la crise et les défauts du système, de montrer comment leur système de remplacement résoudrait la crise et préviendrait les dérapages dans l'avenir. Idéalement, les cadres de l'opposition pourront alors montrer qu'ils avaient bien prédit la crise et tiré la sonnette d'alarme depuis longtemps.

En effet, l'étude des révolutions modernes montre :
1) que chacune d'entre elles a été exploitée par un cadre d'idéologues et de prophètes de l'opposition,
et 2) qu'elles ont été précipitées par une crise du système existant.

Au moment de la Révolution américaine, il existait un cadre nombreux et une masse de libertariens convaincus prêts à résister aux tentatives britanniques pour mettre fin au régime d'indifférence salutaire envers les colonies et les charger à nouveau des chaînes de l'Empire. Dans le cas de la Révolution Française, des philosophes libertariens avaient déjà préparé l'idéologie nécessaire pour s'opposer à l'appesantissement brutal du fardeau de l'absolutisme que la crise financière de l'Etat aurait imposé au pays. Dans la Russie de 1917, une guerre sans espoir fit s'écrouler de l'intérieur le régime des Tsars, événement attendu par des idéologues extrémistes bien préparés. Après la Première Guerre mondiale, la défaite et la crise économique créèrent en Italie et en Allemagne les conditions propices à la victoire des options fasciste et national-socialiste. Dans la Chine de 1949, la victoire des rebelles communistes fut facilitée par la coïncidence d'une guerre longue et destructrice et de la crise économique causée par une inflation galopante et le contrôle des prix.

Malgré des approches divergentes, les libertariens comme les marxistes sont persuadés que les contradictions internes du système actuel (le capitalisme aux yeux des seconds, l'Etatisme et l'interventionnisme pour les premiers) entraînera inévitablement son effondrement à long terme. Contrairement au conservatisme, qui demeure désespérément prostré devant le déclin des valeurs occidentales de quelque siècle antérieur, le marxisme et le libertarisme sont deux doctrines très optimistes, a long terme en tout cas. Il est vrai que se pose, pour les vivants, le problème de savoir combien de temps on devra attendre le long terme.

Les marxistes, les Occidentaux en tout cas, ont dû se résigner au report indéfini du long terme qu'ils appellent de leur voeux. Les libertariens contemporains ont ici supporter un XX siècle qui a marqué la transition d'un XIXe siècle quasi-libertarien a un régime beaucoup plus étatiste et collectiviste et caractérisé, d'une certaine manière, par un retour au despotisme d'avant les révolutions libérales des XVIIe et XVIIIe siècles.
Les libertariens ont toutefois de bonnes et suffisantes raisons de considérer avec optimisme l'avenir lointain voire immédiat, et même d'envisager la possibilité d'une victoire prochaine de la liberté.

D'abord, qu'est-ce qui justifie l'optimisme des libertariens même à long terme ? Car après tout, les annales de l'histoire écrite ne font que décrire, dans une civilisation après l'autre, des siècles de despotisme sous diverses formes, de stagnation et de totalitarisme. Ne se pourrait-il pas que le grand mouvement vers la liberté qui avait commencé au XVIIe siècle n'ait été qu'un feu de paille après lequel l'humanité retomberait pour toujours dans la grisaille du despotisme ? A première vue plausible, pareil désespoir néglige un facteur essentiel, à savoir ce qu'a apporté d'irréversible la révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle et du XIXe siècle, elle-même conséquence des révolutions politiques libérales.

En effet, si des pays agricoles dans le monde préindustriel peuvent vivoter indéfiniment au niveau de subsistance, les rois despotiques, les nobles et les Etats peuvent confisquer le surplus des paysans qui se haussent au-dessus du niveau de subsistance et, grâce à cela, vivre dans le luxe tandis que les paysans continueront durant des siècles à peiner pour le minimum vital. Pareil système est profondément immoral et exploiteur mais il fonctionne au sens où il peut se maintenir indéfiniment (à condition que les hommes de l'Etat ne deviennent pas trop cupides et ne tuent pas la poule aux oeufs d'or).

En revanche, et c'est heureux pour la cause de la liberté, la science économique montre qu'une économie industrielle moderne, elle, ne peut pas survivre dans ces conditions. Une économie industrielle moderne a besoin de la division du travail et d'un vaste réseau d'échanges et de marchés libres, réseau qui ne peut prospérer que dans un régime de liberté. Etant donné que la grande majorité des hommes tiennent à l'économie industrielle et au niveau de vie qu'elle permet, le triomphe de l'économie de libre marché et la fin de l'étatisme paraissent inévitables à la longue.

La fin du XIXe siècle et surtout le XXe siècle ont connu plusieurs formes de retour à l'étatisme préindustriel (notamment le socialisme ainsi que plusieurs sortes de capitalisme d'Etat) qui, contrairement au conservatisme franchement réactionnaire et anti-industriel du début du XIXe siècle, ont voulu préserver et développer l'économie industrielle en même temps qu'elles s'en prenaient aux conditions politiques mêmes qui sont nécessaires à sa survie en longue période. La planification, la gestion et les contrôles étatiques, les impôts élevés et paralysants, l'inflation monétaire, tout cela mènera inévitablement à l'effondrement du système économique étatiste.

Donc, s'il est vrai que le monde affiche un parti pris irréversible pour l'industrialisme et le niveau de vie qui l'accompagne. Et si l'industrialisme a besoin de la liberté, le libertarien peut être optimiste en longue période, le triomphe de la liberté ne peut manquer d'arriver un jour. Mais qu'est-ce qui justifie l'optimisme à court terme ? C'est qu'il arrive heureusement que les diverses formes d'étatisme qui se sont imposées dans le monde occidental durant la première moitié du XXe siècle sont sur le point de s'effondrer. Le long terme est maintenant à portée. Durant un demi-siècle, l'intervention étatiste a pu exercer ses déprédations sans provoquer de crises ni de dislocations flagrantes, parce que le quasi laissez-faire du XIXe siècle avait créé une fabuleuse réserve capable d'amortir ses conséquences. Les hommes de l'Etat pouvaient imposer pillages et inflation au système sans que les conséquences défavorables ne crèvent les yeux. Mais l'étatisme est maintenant tellement avancé et il a été au pouvoir si longtemps qu'il ne reste plus de coussin, de gras ; comme disait l'économiste Ludwig von Mises, le fonds de réserve créé par le laissez-faire est maintenant épuisé. Maintenant, quoi que fassent les hommes de l'Etat, un effet négatif s'ensuit instantanément et saute clairement aux yeux des anciens indifférents, quand ce n'est pas à nombre d'apologistes acharnés de l'étatisme.

Dans les pays d'Europe de l'Est, les communistes eux-mêmes sont de plus en plus conscients que la planification centrale du socialisme ne fonctionne tout simplement pas, surtout dans une économie industrielle, d'où la retraite rapide vers l'économie de marché que l'on a observée au cours des dernières années dans ces pays et particulièrement en Yougoslavie. En Occident, le capitalisme d'Etat est lui aussi partout en crise et il apparaît de plus en plus évident que l'Etat est fauché au sens fort du terme : toute augmentation des impôts paralysera l'industrie et les raisons de produire de manière irréparable, alors que faire tourner la planche à billets (soit directement soit par l'intermédiaire du système bancaire contrôlé par les hommes de l'Etat) produirait une désastreuse hyper-inflation. De sorte que nous entendons de plus en plus parler de la nécessité de moins compter sur l'Etat, même parmi ceux qui furent un jour ses champions les plus fougueux. En Allemagne de l'ouest, le parti social-démocrate a depuis longtemps cessé de prôner le socialisme. En Grande-Bretagne, dans une économie étouffée par les impôts et par l'inflation, la faction libérale a pris le contrôle du Parti conservateur, qui avait été de longues années durant aux mains d'étatistes convaincus, tandis que même le Parti travailliste a commencé à prendre ses distances par rapport à ce chaos planifié qu'est l'étatisme effréné.

La situation est particulièrement encourageante aux Etats-Unis, grâce à la conjugaison de deux séries de facteurs au cours des toutes dernières années : 1) l'effondrement de l'étatisme en tant que système dans tous les domaines, dans la politique économique, étrangère, sociale et morale; 2) un vaste mouvement libertarien en pleine croissance et la diffusion les idées libertariennes parmi les leaders de l'opinion comme dans la population générale.

Examinons tout à tour ces deux catégories de conditions nécessaires à la victoire libertarienne.
Phénomène étonnant, on peut dater assez précisément la crise qui a frappé l'étatisme aux Etats-Unis : c'était en 1973-1974. L'effondrement a été particulièrement flagrant dans le domaine de l'économie. De l'automne 1973 jusqu'à la fin de l975, les Etats-Unis ont connu une récession inflationniste durant laquelle la pire baisse d'activité qu'on ait connue depuis la guerre a coïncidé avec une aggravation de l'inflation. Après quarante ans de politiques keynésiennes censées contrôler précisément la conjoncture (le fine tuning) de manière à prémunir l'économie contre les cycles d'inflation-déflation, les Etats-Unis réussissaient à s'offrir les deux en même temps - ce que la théorie économique dominante se montrait incapable d'expliquer. La théorie dominante a donc été plongée dans le désarroi et les économistes comme les profanes sont de plus en plus disposés à se tourner vers l'option de l'économie "autrichienne", la théorie économique du laissez-faire, à la fois comme paradigme théorique et comme guide des politiques publiques. L'attribution en 1974 du prix Nobel de Science économique à F.A. Hayek pour sa théorie autrichienne du cycle économique, qui avait été reléguée aux oubliettes de l'histoire, n'est qu'une indication parmi d'autres des nouveaux courants qui émergent après des décennies d'oubli. Et même si l'économie s'est remise de la récession, la crise n'est pas terminée puisque l'inflation a encore augmenté tandis que le chômage demeure à un niveau élevé. Seule une politique économique laissez-fairiste qui mettrait fin à l'inflation monétaire et réduirait les dépenses publiques pourra résoudre la crise.

La faillite partielle de la ville de New York en 1975 et la victoire de la Proposition 13 de Californie en 1978 ont montré au pays tout entier que le fonds de réserve des communes et des états est épuisé, que les pouvoirs publics doivent enfin commencer à réduire radicalement leurs activités et leurs dépenses. Des augmentations d'impôt auraient pour effet de faire fuir les entreprises et les citoyens de la classe moyenne hors de la région qui les imposerait, ce qui signifie que le seul moyen d'éviter la faillite se trouvera dans des réductions radicales des dépenses. (Si des cessations de paiements se produisent, le même résultat s'ensuivra mais de manière encore plus déterminante puisque l'accès au marché des obligations deviendra impossible pour les états et les collectivités locales.)

Il apparaît aussi de plus en plus évident que la combinaison, au cours des décennies, d'impôts élevés et paralysants sur le revenu, l'épargne et l'investissement, d'une part, et, d'autre part, de la désorganisation des plans des entreprises par l'inflation, a produit une rareté grandissante du capital, d'où le danger imminent de voir consommer l'indispensable réserve des biens de capital en Amérique. C'est ainsi que l'on est de plus on plus conscient de la nécessité économique de réduire les impôts. De même, la réduction des dépenses publiques est requise pour éviter, sur les marchés de capitaux, l'éviction des prêts et investissements privés par les déficits dilapidateurs des hommes de l'Etat fédéral.
Il y a une très bonne raison d'espérer que la population et les leaders de l'opinion saisiront la solution libertarienne à cette crise grave et permanente : le fait que tout le monde sache aujourd'hui que ce sont les hommes des Etats qui contraient et manipulent l'économie depuis quarante ans. A l'époque où l'intervention étatique et la politique monétaire avaient provoqué la grande Crise des années 1930, la mythologie populaire voulut que la décennie précédente eût été une période de laissez-faire. Il semblait donc plausible de croire que le capitalisme avait échoué et qu'un pas de géant vers l'étatisme et le pouvoir des hommes de l'Etat était nécessaire pour ramener la prospérité et le progrès économique. Mais la crise actuelle fait suite à plusieurs décennies d'étatisme, et sa nature même permet maintenant à la population de prendre conscience que c'est au Tout-Etat que la responsabilité en incombe.

On a maintenant tâté de toutes les variantes de l'étatisme et elles ont toutes échoué. Partout dans le monde occidental au début du XXe siècle les chefs d'entreprise, les politiciens et intellectuels s'étaient mis à appeler de leurs voeux un nouveau système d'économie mixte, de domination étatique, à la place du laissez-faire relatif du siècle précédent. De nouvelles panacées, attrayantes à première vue, comme le socialisme l'Etat corporatiste, l'Etat-Providence-Gendarme du monde, etc. ont été essayées et toutes ont manifestement échoué. Les argumentaires en faveur du socialisme et de la planification étatique apparaissent maintenant comme des plaidoyers pour un système vieilli, épuisé et raté. Que reste-t-il à essayer sinon la liberté ?

Le domaine social a connu une crise semblable au cours des dernières années. L'école publique, élément jadis sacro-saint de la tradition américaine, est de plus en plus critiquée, et de plus en plus violemment, par des gens de tous les horizons idéologiques. Il devient évident : 1) que l'école publique n'éduque pas ceux dont elle a la charge ; 2) qu'elle coûte cher, gaspille des ressources et exige des impôts élevés ; et 3) que son uniformité engendre des conflits après et insolubles sur des problèmes fondamentaux de l'éducation - sur des questions comme le choix entre intégration ou ségrégation raciales, méthodes modernes ou traditionnelles, religion ou laïcité, sur des questions comme l'éducation sexuelle ou l'idéologie transmise par l'éducation. Quelle que soit l'option de l'école publique dans ces questions, elle causera un tort irréparable à la majorité ou à une forte minorité des parents et des enfants. On s'aperçoit de plus en plus, aussi, que l'obligation scolaire instituée par la loi impose une espèce de prison que ni leurs parents n'ont choisie, à des enfants qui y sont malheureux et qui s'y ennuient.

Dans le domaine des politiques d'ordre moral, on prend conscience que le prohibitionnisme agressif des hommes de l'Etat - non seulement l'ancienne prohibition de l'alcool mais aussi les prohibitions concernant la pornographie, la prostitution, les pratiques sexuelles entre adultes consentants, la drogue, l'avortement - est une violation immorale et injustifiée du Droit de chaque individu de faire ses propre choix moraux, et qu'en plus elle est inapplicable dans la pratique. Tenter de faire respecter ces lois ne contribue qu'à causer du tort aux gens et à créer un Etat policier de fait. Le temps approche où l'on reconnaîtra que la prohibition dans ces domaines est aussi injuste et inefficace qu'elle le fut pour les boissons alcoolisées.

Le scandale du Watergate s'est accompagné d'une conscience accrue du danger que les activités inhabituelles des hommes de l'Etat représentent pour la liberté individuelle, le Droit d'être laissé en paix et de ne pas obéir aux hommes de l'Etat. Là aussi, nous pouvons nous attendre des pressions publiques pour contrecarrer le rêve étatique séculaire d'immixtion dans la vie privée le gens et de répression de la dissidence.

Peut-être le signe le plus évident et l'indication la plus encourageante de l'effondrement de la mystique étatique se trouvent-ils dans les révélations du Watergate en 1973 et 1974. Car cette affaire a provoqué un changement radical dans les attitudes de tout le monde - quelle que soit leur idéologie particulière - vis-à-vis des hommes de l'Etat eux-mêmes. Le Watergate a ouvert les yeux des gens sur leurs atteintes à la liberté personnelle. Mieux encore, en provoquant la révocation du Président, l'affaire a désacralisé pour toujours une fonction que la population américaine considérait comme quasi souveraine. Mais le meilleur de l'affaire est la désacralisation de l'Etat en tant que tel qui en est résultée. On ne fait plus confiance à aucun politicien ou représentant de l'Etat ; on considère tout pouvoir public avec hostilité, revenant ainsi à la saine méfiance envers les hommes de l'Etat qui caractérisait la population et les révolutionnaires américains du XVIIIe siècle. A la suite du Watergate, personne aujourd'hui n'oserait proclamer que l'Etat c'est nous , ce qui revenait à dire que tout ce que faisaient les dirigeants élus était légitime et acceptable. La condition la plus cruciale pour le succès de la liberté réside dans la désacralisation, la délégitimisation de l'Etat aux yeux de la population et cela, le Watergate y est parvenu.

Les conditions objectives nécessaires à la victoire de la liberté ont donc commencé à faire leur apparition au cours des dernières années, du moins aux Etats-Unis. Les hommes de l'Etat sont considérés comme responsables de la crise du système, qui ne pourra trouver de solution que par un virage décisif vers la liberté. Ce dont nous avons maintenant besoin, c'est du progrès des conditions subjectives des idées libertariennes et surtout d'un mouvement libertarien convaincu pour faire avancer les idées dans les débats publics. Et il ne s'agit certes pas d'une coïncidence si c'est précisément durant ces années - depuis 1971 et particulièrement depuis 1973 - que les conditions subjectives ont accompli les plus grand progrès de ce siècle. En effet, l'effondrement de l'étatisme a sans aucun doute incité les gens à embrasser en plus grand nombre, totalement ou partiellement, la doctrine libertarienne, d'où l'on voit que les conditions objectives contribuent à l'apparition des conditions subjectives. De plus, aux Etats-Unis du moins, on n'a jamais totalement perdu ce splendide héritage de liberté et d'idées libertariennes qui remonte à l'époque révolutionnaire. Par conséquent, les libertariens d'aujourd'hui ont de solides fondations sur lesquelles bâtir.

La croissance rapide des idées et des mouvements libertariens au cours des dernières années s'est étendue à plusieurs disciplines savantes, particulièrement parmi les jeunes chercheurs, de même qu'aux domaines du journalisme, des médias, de l'entreprise et de la politique. Comme les conditions objectives sont toujours présentes, il semble évident que cette poussée de la pensée libertarienne dans de nouveaux domaines, nombreux et inattendus, n'est pas une mode temporaire concoctée par les médias mais constitue bien une réponse, qui ne peut que s'affirmer, à ce que l'on perçoit comme les conditions de la réalité objective. Le libre arbitre étant ce qu'il est, personne ne peut prédire avec certitude si le sentiment libertarien qui croît aux Etats-Unis se cristallisera rapidement et poursuivra sans défaillir la réalisation de l'ensemble de son programme. En tout cas, la théorie et l'examen des conditions historiques actuelles justifient un grand optimisme, même à court terme, quant aux chances de la liberté.

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 12:28
Corporatisme fasciste : « De l'État corporatiste et de son organisation »

Qu’est-ce que le Fascisme ?

Le fascisme est le système de gouvernement qui cartellise le secteur privé, planifie l’économie en vue de subventionner les producteurs, exalte l’Etat policier comme source d’ordre, nie les droits et les libertés fondamentales des individus, et fait de l’exécutif le maître sans bornes de la société.

 

Cela décrit le courant dominant de la politique en Amérique aujourd’hui. Et pas seulement en Amérique. C’est vrai également en Europe. Cela fait tellement partie de la pensée dominante qu’on ne s’en rend pratiquement plus compte. 

 

Si le fascisme nous est invisible, c’est vraiment le tueur silencieux. Il greffe sur le marché libre un Etat énorme, violent et pesant qui draine son capital et sa productivité comme un parasite mortel sur son hôte. C’est pourquoi l’Etat fasciste a été appelé l’économie vampire. Il suce la vie d’une nation et conduit une économie jadis prospère à une mort lente.

 

Laissez-moi vous donner un exemple récent.

 

Nous disposons des premières données du recensement américain de 2010. L’histoire qui a fait les grands titres concernait la plus forte augmentation de la pauvreté depuis 20 ans, représentant maintenant 15 pour cent. Enterré dans le rapport il y a un autre fait qui a une signification bien plus profonde pour la plupart des gens. Il concerne le revenu médian des ménages en termes réels.

 

Ce que les données ont révélé est dévastateur. Depuis 1999, le revenu médian des ménages a baissé de 7,1 pour cent. Depuis 1989 le revenu médian est plat. Et depuis 1973 et la fin de l’étalon or, il a à peine progressé. La grande machine à fabriquer de la richesse qu’était jadis l’Amérique se grippe – et plus encore depuis qu’on nous a annoncé la fin de la récession statistique que pendant qu’elle sévissait.

 

Une génération ne peut plus espérer vivre une meilleure vie que la précédente. Le modèle économique fasciste a tué ce qu’on appelait autrefois le rêve américain. Et la vérité est évidemment même pire que ne le révèlent les statistiques. Vous devez tenir compte du nombre de revenus existant dans un seul ménage pour connaître le revenu total. Après la deuxième Guerre Mondiale, la famille disposant d’un seul revenu devint la norme. Puis la monnaie fut détruite, l’épargne américaine réduite à néant et le capital formant la base de l’économie ravagée.

 

C’est à ce moment que les ménages commencèrent à se débattre pour rester à flots. L’année 1985 fut l’année charnière. C’est l’année où il devint courant pour un ménage d’avoir deux revenus plutôt qu’un seul. Les mères rejoignirent le marché du travail pour maintenir les revenus à niveau.

 

Les intellectuels acclamèrent cette évolution, comme si c’était une libération, poussant des hosannas annonçant que toutes les femmes, partout, seraient dorénavant inscrites sur les rôles des impôts comme de valeureuses contributrices aux coffres de l’Etat. La véritable cause est le développement de la monnaie fiduciaire qui a déprécié la monnaie, volé les économies et poussé les gens dans le marché du travail pour en faire des contribuables.

 

Cet énorme déplacement démographique a permis aux ménages de gagner 20 années supplémentaires de prospérité apparente, encore qu’il soit difficile de l’appeler ainsi, vu qu’il n’y avait plus de choix. Si vous vouliez continuer à vivre le rêve, le ménage ne pouvait plus s’en sortir avec un seul revenu.

 

Aujourd’hui, le revenu médian familial n’est que faiblement supérieur à ce qu’il était lorsque Nixon détruisit le dollar, instaura le contrôle des prix et des salaires, créa l’EPA [Environmental Protection Agency - NdT] et que tout l’appareil de l’Etat providence parasite s’implanta et se généralisa.

 

Les propos tenus à Washinton au sujet de réformes, par les Démocrates ou par les Républicains, sont comme une mauvaise plaisanterie. Ils parlent de petits changements, de petites coupes budgétaires, de commissions qu’ils vont mettre en place, de freins qu’ils appliqueront dans dix ans.

Ce n’est que du bruit vain. Rien de cela ne réparera le problème. De loin pas.

 

Le problème est plus fondamental. C’est la qualité de la monnaie. C’est l’existence même de 10 000 agences publiques. C’est toute l’idée qu’il faut payer l’Etat pour avoir le privilège de travailler. C’est la présomption que le gouvernement doit gérer chaque aspect de l’ordre économique capitaliste. Bref, c’est l’Etat total qui est le problème, et les souffrances et le déclin continueront aussi longtemps qu’existera l’Etat total.

 

 

 

Les Origines du Fascisme

 

A coup sûr la dernière fois que les gens se sont préoccupés du fascisme était pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Il n’y a pas de doute sur ses origines. Elles sont liées à l’histoire politique italienne postérieure à la Première Guerre Mondiale. En 1922, Benito Mussolini a gagné une élection démocratique et a fondé le fascisme comme sa philosophie. Mussolini avait été un membre du Parti Socialiste Italien.

 

Tous les acteurs les plus grands et plus importants du mouvement fasciste venaient des socialistes. C’était une menace pour les socialistes car il proposait le véhicule politique le plus intéressant pour l’application du socialisme dans le monde réel. Les socialistes ont changé de camp en masse [en français dans le texte – NdT] pour rejoindre les fascistes.

 

C’est aussi pourquoi Mussolini lui-même a bénéficié d’une si bonne presse plus de dix ans après le début de son règne. Il était célébré en de nombreux articles du New York Times. Il était proclamé dans des revues savantes comme un exemple du type de dirigeant dont nous avions besoin à l’ère des sociétés planifiées. Des papiers boursouflés de ce genre étaient très fréquents dans le journalisme US de la fin des années 1920 jusqu’au milieu des années 1930.

 

En Italie, la gauche a réalisé que son programme anticapitaliste avait le plus de chances d’être mené à bien dans le cadre de l’Etat autoritaire et planificateur. Bien entendu notre ami Maynard Keynes a joué un rôle clé en proposant une logique pseudo scientifique pour justifier l’opposition au laissez faire de l’ancien monde et l’adhésion à la société planifiée. Rappelez-vous que Keynes n’était pas un socialiste de l’ancienne école. Comme il l’a lui-même dit dans son introduction à l’édition nazie de sa Théorie Générale, le National Socialisme était bien plus accueillant à ses idées qu’une économie de marché.

 

Flynn dit la vérité

 

L’étude la plus autorisée sur le fascisme écrite à cette époque fut As We Go Marching de John T. Flynn. Flynn était un journaliste et un érudit d’esprit libéral qui avait écrit plusieurs livres à succès dans les années 1920. C’est le New Deal qui l’a changé. Tous ses collègues ont suivi FDR dans le fascisme, alors que Flynn est resté fidèle à l’ancienne croyance. Cela signifiait qu’il combattit FDR pas à pas et pas seulement dans ses projets de politique intérieure. Flynn était un dirigeant du mouvement America First qui voyait la poussée à la guerre de FDR comme rien d’autre qu’une extension du New Deal, ce qui était certainement le cas.

 

As We Go Marching est sorti en 1944 dans la phase ultime de la guerre, et au beau milieu des contrôles économiques de la période de guerre dans le monde entier. C’est un miracle qu’il ait échappé aux censeurs. C’est une étude à grande échelle de la théorie et de la pratique du fascisme, et Flynn voyait clairement où cela menait : dans le militarisme et la guerre comme accomplissement du programme de relance par la dépense. Lorsque vous ne savez plus à quel objet affecter les dépenses, vous pouvez toujours compter sur la ferveur nationaliste pour approuver davantage de dépenses militaires.

 

Les huit caractéristiques de la politique fasciste

 

Flynn, comme d’autres membres de la Vieille Droite, était dégoûté de constater que ce qu’il voyait, presque tout le monde choisissait de l’ignorer. Après avoir passé en revue cette longue histoire, Flynn s’emploie à résumer les caractéristiques principales du fascisme en huit points.

 

En les présentant, je vais aussi faire des commentaires sur l’Etat central américain moderne.

 

Point 1. Le gouvernement est totalitaire parce qu’il n’admet aucune restriction à ses pouvoirs.

 

S’il vous arrive d’être pris dans la toile de l’Etat, vous découvrirez rapidement qu’il n’y a en effet pas de limite à ce qu’il peut faire. Cela peut se produire en prenant un avion, en roulant dans votre ville, ou si quelque agence gouvernementale prend en grippe votre entreprise. Au bout du compte vous devez obéir ou être mis en cage comme un animal ou être tué. De cette manière, peu importe votre conviction d’être libre, nous ne sommes tous aujourd’hui qu’à un pas de Guantanamo.

 

Aucun aspect de la vie n’est indemne d’une intervention gouvernementale, et souvent elle prend des formes que nous ne voyons pas aisément. Tout le secteur de la santé est réglementé, mais aussi chaque morceau de nourriture, le transport, l’habillement, les produits de la maison et même les relations privées. Mussolini lui-même énonçait son principe de la manière suivante : « Tout dans l’Etat, rien hors de l’Etat, rien contre l’Etat ». Je vous soumets la proposition que ceci est l’idéologie dominante aux Etats-Unis aujourd’hui. Cette nation, conçue dans la liberté, a été kidnapée par l’Etat fasciste.

 

Point 2. Le gouvernement est une dictature de fait basée sur le principe de commandement.

 

Je ne dirais pas que nous avons réellement une dictature d’un homme dans ce pays, mais nous avons bien une forme de dictature d’un secteur de l’Etat sur l’ensemble du pays. Le pouvoir exécutif s’est étendu d’une manière si spectaculaire au cours du dernier siècle que c’est devenu une plaisanterie de parler de contrôles et d’équilibres [checks and balances – NdT]

 

L’Etat exécutif est celui que nous connaissons, tout émanant de la Maison Blanche. Le rôle des tribunaux est d’appliquer la volonté de l’exécutif. Le rôle du Parlement est de ratifier la politique de l’exécutif. Cet exécutif ne concerne pas réellement la personne qui semble être aux commandes. Le président n’est que le masque , et les élections ne sont que les rituels tribaux que nous subissons pour donner un semblant de légitimité à l’institution. En réalité, l’état-nation vit et prospère en dehors de tout « mandat démocratique ». Nous trouvons là le pouvoir de réglementer tous les aspects de la vie et le pouvoir maléfique de créer la monnaie nécessaire pour financer ce règne de l’exécutif.

 

Point 3. Le gouvernement administre un système capitaliste au moyen d’une énorme bureaucratie.

 

La réalité de l’administration bureaucratique a été parmi nous au moins depuis le New Deal, qui était calqué sur la planification bureaucratique de la Première Guerre Mondiale. L’économie planifiée – du temps de Mussolini ou du nôtre – nécessite de la bureaucratie. La bureaucratie représente le cœur, les poumons et les veines de l’Etat planificateur. Et pourtant réglementer une économie aussi totalement que c’est le cas de celle d’aujourd’hui revient à tuer la prospérité avec un milliard de petites coupures.

 

Alors où est notre croissance ? Où est le dividende de la paix qui était censé accompagner la fin de la Guerre Froide ? Où sont les fruits des incroyables gains de productivité que la technologie a permis ? Ils ont été mangés par la bureaucratie qui gère notre moindre mouvement sur cette terre. Ce monstre vorace et insatiable est le Code Fédéral qui s’appuie sur des milliers d’agences exerçant le pouvoir de police pour nous empêcher de vivre des vies libres.

 

C’est comme le disait Bastiat : le coût réel de l’Etat est la prospérité que nous ne voyons pas, les emplois qui n’existent pas, les technologies auxquelles nous n’avons pas accès, les affaires qui ne voient pas le jour, et le futur radieux qui nous est volé. L’Etat nous a pillés aussi sûrement qu’un voleur qui pénètre dans notre demeure la nuit et s’empare de tout ce que nous aimons.

 

Point 4. Les producteurs sont organisée en cartels à la manière du syndicalisme.

 

En général nous ne qualifions pas notre structure économique actuelle de syndicale. Mais rappelez-vous que le syndicalisme signifie le contrôle économique par les producteurs. Le capitalisme est différent. Il place le contrôle dans les mains des consommateurs en vertu des structures du marché.

La seule question pour les syndicalistes est alors : quels producteurs vont profiter de privilèges politiques. Ce peuvent être les travailleurs, mais ce peuvent être aussi les grandes entreprises.

 

Dans les cas des Etats Unis, au cours des trois dernières années, nous avons vu des grandes banques, des entreprises pharmaceutiques, des compagnies d’assurances, des constructeurs automobiles, des banques d’affaires et des maisons de courtage, ainsi que des sociétés hypothécaires quasi privées bénéficier d’énormes privilèges à nos dépens. Ils se sont tous alliés à l’Etat pour vivre une existence parasitaire sur notre dos.

 

Point 5. La planification économique est basée sur le principe d’autarcie.

 

L’autarcie est le nom donné à l’idée d’auto-suffisance économique. La plupart du temps cela se réfère à l’auto-détermination économique de l’Etat-nation. Ce dernier doit être géographiquement énorme pour soutenir le développement économique rapide d’une population vaste et croissante.

 

Considérez les guerres en Irak, Afghanistan et Libye. Nous serions très naïfs de croire que ces guerres n’ont pas été motivées en partie par l’intérêt des producteurs de l’industrie pétrolière. C’est vrai pour l’empire américain en général qui soutient l’hégémonie du dollar. C’est la raison de l’Union Nord Américaine.

 

Point 6. Le gouvernement entretient la vie économique en dépensant et en empruntant.

 

Ce point ne nécessite pas de développement car il n’est plus occulté. Dernièrement, et au cours d’un discours à une heure de grande écoute, Obama se demandait comment il se faisait que des gens étaient au chômage alors que des écoles, des ponts et des infrastructures avaient besoin d’être réparées. Il ordonna que l’offre et la demande se rejoignent pour mettre en phase du travail avec des emplois.

 

Vous suivez ? Les écoles, les ponts et les infrastructures dont parle Obama sont construits et entretenus par l’Etat. C’est pourquoi ils s’effondrent. Et la raison pour laquelle les gens n’ont pas d’emplois est que l’Etat a rendu l’embauche trop chère. Ce n’est pas compliqué. Passer son temps à rêver à d’autres scénarios revient à vouloir que l’eau coule en remontant ou que les rochers flottent dans l’air. Cela revient à un déni de réalité.

 

Concernant le reste de son discours, Obama a promis une nouvelle longue liste de projets de dépense.

Aucun gouvernement dans l’histoire du monde n’a dépensé autant, emprunté autant et créé autant de fausse monnaie que les Etats Unis, le tout grâce au pouvoir de la FED de fabriquer de la monnaie à volonté. Si les Etats Unis ne répondent pas à ce critère d’un Etat fasciste, aucun autre ne l’a jamais fait.

 

Point 7. Le militarisme est un pilier de la dépense publique.

 

Avez-vous remarqué que le budget militaire n’était jamais discuté sérieusement dans les débats de politique générale ? Les Etats Unis dépensent plus que la quasi totalité du reste du monde. Et pourtant, à écouter parler nos dirigeants, les Etats Unis ne sont qu’une petite république commerciale qui aspire à la paix mais qui est en permanence menacée par le monde. Où est le débat sur cette politique ? Où est la discussion ? Elle n’a pas lieu. Les deux partis présument simplement qu’il est essentiel pour le style de vie américain que les Etats Unis soient le pays le plus meurtrier de la planète, menaçant tout le monde d’annihilation nucléaire à moins qu’ils n’obéissent.

 

Point 8. Les dépenses militaires ont un but impérialiste.

 

Nous avons eu une guerre après l’autre, menée par les Etats Unis contre des pays refusant de se soumettre, et la création de toujours davantage d’Etats clients et de colonies. La puissance américaine n’a pas produit la paix, bien au contraire. Elle a conduit la plupart des gens dans le monde à considérer les Etats Unis comme une menace, et a provoqué des guerres déraisonnables contre de nombreux pays. Les guerres d’agression ont été définies à Nuremberg comme crimes contre l’humanité.

 

Obama était censé y mettre fin. Il ne l’a jamais promis mais ses partisans croyaient tous qu’il le ferait. Au lieu de cela, il a fait le contraire. Il a augmenté le volume des troupes, s’est enlisé dans des guerres et en a déclenché de nouvelles. En réalité il a dirigé un Etat militaire aussi violent que n’importe lequel dans l’histoire. La différence, c’est que cette fois la gauche ne critique plus le rôle de l’Amérique dans le monde. En ce sens Obama est ce qui est arrivé de mieux aux bellicistes et au complexe militaro-industriel.

 

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L’avenir

 

Je ne vois pas aujourd’hui de priorité plus grande qu’une alliance anti-fasciste sérieuse et efficace. De bien des manières, il y en a déjà une qui se forme. Ce n’est pas une alliance formelle. Elle est composée de ceux qui contestent la FED, ceux qui refusent d’accepter les politiques du fascisme dominant, ceux qui veulent la décentralisation, ceux qui réclament des impôts plus bas et la liberté du commerce, ceux qui revendiquent le droit de s’associer avec qui ils veulent et d’acheter et de vendre aux conditions qu’ils auront eux-même fixées, ceux qui prétendent pouvoir instruire leurs enfants eux-mêmes, les investisseurs et les épargnants qui rendent la croissance économique possible, ceux qui ne veulent pas être palpés dans les aéroports, et ceux qui se sont expatriés.

 

Elle comprend aussi les millions d’entrepreneurs indépendants qui découvrent que la première menace à leur capacité de servir les autres via le marché est l’institution qui prétend être notre plus grand bienfaiteur : le gouvernement.

 

Combien de gens entrent dans cette catégorie ? Plus que nous ne savons. Le mouvement est intellectuel. Il est politique. Il est culturel. Il est technologique. Ils viennent de toutes classes, races, pays et professions. Ce n’est plus un mouvement national. C’est véritablement global.

 

Et que veut ce mouvement ? Ni plus ni moins que la douce liberté. Il ne demande pas que la liberté soit octroyée ou donnée. Il réclame simplement la liberté qui est promise par la vie elle-même et qui existerait nonobstant l’Etat Léviathan qui nous vole, nous persécute, nous emprisonne et nous tue.

 

Ce mouvement ne s’en va pas. Nous sommes entourés quotidiennement par des preuves qu’il est juste et vrai. Chaque jour il est de plus en plus évident que l’Etat ne contribue absolument en rien à notre bien-être ; il ne fait que le diminuer massivement.

 

Dans les années 1930, et même encore pendant les années 1980, les partisans de l’Etat débordaient d’idées. Ce n’est plus le cas. Le fascisme n’a pas d’idées neuves, pas de grands projets – et même ses amis ne croient pas vraiment qu’il peut réaliser ce qu’il met en route. Le monde créé par le secteur privé est tellement plus utile et beau que tout ce que l’Etat a fait, que les fascistes eux-mêmes se démoralisent et réalisent que leur programme ne repose pas sur un fondement intellectuel réel.

 

Il est de plus en plus largement connu que l’étatisme ne fonctionne pas et ne peut fonctionner. C’est un grand mensonge. Il nous donne exactement l’inverse de ce qu’il promet. Il a promis la sécurité, la prospérité et la paix ; il nous a donné la peur, la pauvreté, la guerre, et la mort. Si nous voulons un avenir, nous devrons le construire nous-mêmes. L’Etat fasciste ne nous le donnera pas. Au contraire, il nous gêne dans sa réalisation.

 

In fine, voici l’alternative qui s’offre à nous : l’Etat total ou la liberté totale. Que choisirons-nous ? Si nous optons pour l’Etat, nous continuerons à nous enfoncer de plus en plus et finalement perdrons tout ce à quoi nous tenons en tant que civilisation. Si nous optons pour la liberté, nous pourrons exploiter cette force remarquable qu’est la coopération humaine qui nous permettra de continuer a façonner un monde meilleur.

 

Dans la lutte contre le fascisme, il n’y a pas de raison de désespérer. Nous devons continuer le combat, pleinement confiants que l’avenir est à nous, pas à eux.

 

Leur monde s’écroule. Le nôtre ne fait que se construire. Leur monde repose sur des idéologies en ruine. Le nôtre plonge ses racines dans la vérité de la liberté et de la réalité. Leur monde ne peut que contempler les jours glorieux du passé. Le nôtre se projette dans le futur que nous construisons pour nous-mêmes.

 

Leur monde est rivé au cadavre de l’Etat-nation. Le nôtre s’appuie sur les énergies et la créativité de tous les peuples du monde, unis dans le grand et noble projet de création d’une civilisation prospère au moyen de la coopération humaine pacifique. Nous détenons la seule arme réellement immortelle: l’idée juste. C’est ce qui mènera à la victoire.

 

 

 

 

Par Lew Rockwell, président de l’Institut Ludwig von Mises

 

Paru en automne 2012 dans « The Free Market » publication trimestrielle du Ludwig von Mises Institute

Traduction de Jacques Peter, Institut Coppet

 

 

 

 

 


De Wikiberal.
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Le fascisme (en italien fascismo, de fasci, faisceaux, en référence au symbole de la Rome antique) est un mouvement politique nationaliste, antilibéral et corporatiste d'origine italienne.

Selon Henri Lepage, le fascisme, même s'il n'abolit pas officiellement le principe de la propriété privée des biens de production, s'identifie avec une politique économique et industrielle qui aboutit au contrôle des principales activités économiques par l'État et transfère à des bureaucraties publiques ou corporatives l'essentiel des attributs réels de la propriété. Un cas de figure qui, somme toute, est assez proche de celui des sociétés socialistes.

Mussolini définit le fascisme :

La base de la doctrine fasciste est la conception de l'État. Pour le fascisme, l'État est un absolu en face duquel l'individu et les groupes sont le relatif. Sans l'État, il n'y a pas de nation. Pour le fasciste tout est dans l'État et rien d'humain et de spirituel n'existe hors de l'État, pas d'individus, pas de groupes[...] l'État fasciste s'attribue aussi le domaine économique. Le corporatisme dépasse le libéralisme, il crée une nouvelle synthèse où tous les intérêts sont conciliés dans l'unité de l'État. Seule la guerre porte au maximum de tension toutes les énergies humaines et imprime un sceau de noblesse aux peuples qui l'affrontent [1].

Un socialisme nouveau en France

Dès le début du XXe siècle, la révision « antimatérialiste » du marxisme opérée par Georges Sorel constitue un élément fondamental de la synthèse fasciste. Ce socialisme sorélien est une philosophie de l'action fondée sur l'intuition, sur le culte de l'énergie et de l'élan. Le mythe de la violence constitue chez Sorel un « facteur essentiel du marxisme ». Elle n'est pas un expédient mais une valeur éthique et esthétique permanente qui « peut engendrer les éléments d'une civilisation nouvelle propre à un peuple de producteurs ». (Réflexions sur la violence).

Ce socialisme nouveau n'a besoin du prolétariat qu'aussi longtemps qu'il considère celui-ci comme capable de remplir sa fonction d'agent révolutionnaire. Lorsque ce prolétariat montrera en Occident son incapacité à prendre le pouvoir, le socialisme de ces penseurs restera révolutionnaire, alors que celui du prolétariat a cessé de l'être. Entre le prolétariat et la révolution, ils choisiront la révolution. Dans les années qui précèdent la guerre, il ne reste plus aux soréliens qu'à remplacer le prolétariat défaillant par la grande force montante, la nation dans toutes ses classes rassemblées.

Ainsi se fait la synthèse naturelle entre ce socialisme nouveau qui découvre la nation comme agent révolutionnaire et le mouvement nationaliste, qui se dresse lui aussi contre les injustices sociales, et qui considère que la nation ne sera entière que lorsqu'elle aura intégré en son corps le prolétariat. Ainsi se rencontrent les soréliens et les maurassiens, pour nous en tenir au cas français. La revue L'Indépendance en est le point focal en 1911-1913, puis le projet avorté de La Cité française, annoncé dans les Cahiers du cercle Proudhon, dirigés par le socialiste sorélien Edouard Berth et le maurassien Georges Valois.

Leur éthique est nouvelle, elle se veut créatrice d'un monde nouveau, viril, héroïque, pessimiste et puritain, fondé sur le sens du devoir et du sacrifice.

Par ailleurs, ce processus de transition du socialisme le plus intransigeant au fascisme n'est pas limité aux soréliens de stricte obédience. Hubert Lagardelle, directeur du Mouvement socialiste, n'est pas un sorélien. Or cette revue ne craint pas de se lancer dans l'antisémitisme. Lagardelle passera par le Faisceau de Georges Valois, premier grand parti fasciste en dehors d'Italie fondé en 1925, et le frontisme de Gaston Bergery, une des nombreuses formules de fascisme de gauche dans les années 1930, avant de devenir ministre du Travail du maréchal Pétain.

Citons aussi Gustave Hervé, directeur de la Guerre sociale, hebdomadaire d'extrême gauche, antimilitariste, antipatriote, en révolte permanente contre la démocratie. La guerre de 1914 lui apporte la preuve que le moteur de l'Histoire n'est pas la classe mais la nation. Son hebdomadaire deviendra La Victoire, titre que gardera l'ancien journaliste gauchiste quand il sera, un quart de siècle plus tard, le premier journal à reparaître dans Paris occupé. Ce même Hervé est le fondateur du Parti socialiste national (PSN), où il est secondé par Alexandre Zévaès, ancien député de l'Isère, guesdiste militant.

Le fascisme italien

Cependant, c'est en Italie que le sorélisme s'épanouit, trouve ses assises sociologiques et nourrit une véritable force révolutionnaire. A la fin de 1902, Arturo Labriola fonde une revue hebdomadaire, Avanguardia Socialista, qui devient le porte-parole de l'extrême gauche du mouvement socialiste qui s'oppose à la politique réformiste de Turati : il adopte la théorie de la violence prolétarienne de Sorel, dont le grand protagoniste sera Sergio Panunzio. En 1905, Enrico Leone et Paolo Mantica fondent Divenire Sociale, et un an plus tard, l'un des futurs idéologues les plus importants du fascisme, Angelo Oliviero Olivetti, fonde une autre revue syndicaliste révolutionnaire, Pagine Libere. La convergence entre les nationalistes et les syndicalistes naît autour de la revue La Lupa fondée en octobre 1910.

La synthèse se fait sur les mêmes bases qu'en France : d'une part, le refus de la démocratie et du libéralisme, des valeurs dites "bourgeoises", d'autre part, le culte de l'héroïsme, du vitalisme. Robert Michels, figure de proue de l'aile gauche de la social-démocratie d'outre-Rhin, Allemand italianisé, sera un des tout premiers théoriciens du fascisme jusqu'à sa mort en 1935. Il faut une élite capable de conduire les masses au combat. Michels apporte, avec dans une moindre mesure Pareto et Mosca, au fascisme la caution des jeunes sciences sociales.

Pendant les années de la première guerre mondiale, le syndicalisme révolutionnaire se développe en syndicalisme national. Ce syndicalisme nouveau n'est plus, comme le dit Panunzio, un syndicalisme révolutionnaire, négatif, partiel, ouvrier, mais un syndicalisme réunissant toutes les classes sociales. Tous les syndicalistes révolutionnaires ne seront pas fascites. Ernesto Cesare Longobardi adhérera au Parti communiste, Alceste De Ambris, rompra finalement avec Mussolini, et Labriola et Leone, après quelques années de collaboration, auront des positions très critiques envers le régime mussolinien. Mais tous les autres syndicalistes révolutionnaires importants, Michels, Panunzio, Olivetti, Lanzillo, Orano, Paolo Mantica, Michele Bianchi, Edmondo Rossoni, Cesare Rossi, Umberto Pasella, Tullio Masotti, Ottavio Dinale, seront fascistes militants et leur fidélité ne faillira pas.

Sans être syndicaliste révolutionnaire dans le sens strict du terme, Mussolini appartient à ce courant idéologique. Certes de 1910 à 1914, alors qu'il monte rapidement en grade -- de leader socialiste provincial, il devient le chef de la gauche révolutionnaire du Parti socialiste et directeur d'Avanti --, Mussolini entre en conflit avec les socialistes révolutionnaires qui, eux, viennent de quitter le Parti. Mais Mussolini ne les attaque que sur des questions de tactique politique, non d'idéologie. Dès le début de son activité politique, Mussolini accepte les principes de base du syndicalisme révolutionnaire, et il suit son évolution en syndicalisme national, puis en fascisme.

Fascisme belge

Dans cette voie franco-italienne, s'engage la nouvelle génération révisionniste, sortie des tranchées. Le plus fameux de ces hommes est le Belge Henri de Man. Son ouvrage majeur, Au-delà du marxisme, aura un énorme succès. Avec de Man revient cette forme de révisionnisme qui consiste à vider le marxisme de son contenu matérialiste, déterministe et hédoniste et à le remplacer par diverses formes de volontarisme et de vitalisme. Les forces profondes sont celles de l'inconscient et l'humanité marche à coups de mythes et d'images. De Man fait appel à Freud et Jung, pour rechercher derrière les faits économiques les réalités psychiques qu'ils expriment. Pour lui, « l'infériorité sociale des classes laborieuses » ne repose ni sur un manque d'égalité politique, ni sur les structures économiques existantes, « mais sur un état psychologique ». Comme Michels, il affirme qu'aucune société n'est possible sans aristocratie. L'égalité politique et sociale, tout comme ses dérivées institutionnelles, la démocratie, le parlementarisme et le système des partis ne peuvent avoir d'existence réelle pour la simple raison qu'ils sont contraires à ce qu'il y a d'immuable dans la nature humaine.

Voilà pourquoi ce courant de pensée peut concevoir la révolution nécessaire non plus comme une révolution sociale et économique mais comme une révolution psychologique, une révolution morale et spirituelle. Dans Corporatisme et socialisme (1934), de Man propose la mise sur pied d'un véritable État corporatif. Ce n'est alors pas un hasard si en juin 1940, de Man, successeur d'Émile Vandervelde, mort en 1938, à la tête du socialisme belge, accueille avec bienveillance la victoire nazie comme une « délivrance » et comme la naissance d'un monde nouveau.

Fascisme français et britannique

Telle est aussi la voie empruntée par Marcel Déat, l'un des grands espoirs du socialisme français des années 1930. Dans son ouvrage majeur, Perspectives socialistes, tout comme dans les centaines d'articles que le député de Paris livre à La Vie socialiste, la revue de la droite de la SFIO, Déat théorise le corporatisme d'un État autoritaire d'où sont bannies les faiblesses de la démocratie libérale, notamment le parlementarisme. Déat et ses camarades lancent rapidement une campagne antimarxiste, dès 1930 : en 1933, ils font scission sur des slogans et un programme -- « Ordre, autorité, nation » -- qui associent l'autoritarisme politique au nationalisme et l'anti-individualisme à l'anti-marxisme.

Il y a encore une autre filière commune aux socialistes révisionnistes et à ces éléments de la gauche non marxiste ou antimarxiste, tels le travaillisme britannique ou le Parti radical français, qui cherchent eux aussi une réponse à la crise du capitalisme. Le brillant ministre britannique Oswald Mosley et le jeune radical français Bertrand de Jouvenel constatent ainsi l'échec du libéralisme politique des années 1930. Tous, participent de la volonté fasciste de briser le libéralisme bourgeois, le socialisme prolétarien et marxiste, les antagonismes de classes.

Mosley s'emploie ainsi à entraîner le Parti travailliste vers le national-socialisme. Membre du gouvernement McDonald de 1929, il constituera la British Union of Fascists. En mars 1931, il jette les bases d'une nouvelle formation politique, le New Party, qui évolue progressivement vers le fascisme.

La démarche de Jouvenel est plus mesurée : après le 6 février 1934, il rompt avec le Parti radical et lance un hebdomadaire, La Lutte des jeunes, et clame, avec Drieu La Rochelle, ou Jacques Doriot, leader du Parti populaire français (PPF), sa volonté d'ériger un système politique autoritaire, d'où sont éliminés les partis politiques et les groupes de pression. Jouvenel quitte le PPF à l'époque des accords de Munich : il s'en va en compagnie de tous les autres intellectuels fascistes, Drieu ou Paul Marion, communiste et ministre à Vichy. En 1941, dans un ouvrage intitulé Après la défaite, Jouvenel accueille le triomphe nazi comme une victoire de l'esprit.

Intéressant également est le cas de Pierre Biétry, ancien secrétaire général des Jeunesses communistes (JC) et qui porte l'uniforme nazi sur le front de l'Est. Député communiste depuis 1924, maire de Saint Denis, Doriot est candidat au poste de secrétaire général du PCF. Staline lui préfère Maurice Thorez. Des 8 membres du premier bureau politique du PPF formé en novembre 1936, 7 viennent de l'extrême gauche, 6 sont des anciens communistes.

La filière maurassienne du fascisme est beaucoup mieux connue. Par le biais de revues, dont la plus connue est Je suis partout, elle sera, à l'écart des organisations, le laboratoire intellectuel le plus remarqué du « collaborationnisme » de l'Occupation. On l'a dit, c'est Georges Valois qui fonde, en 1925, le premier mouvement fasciste structuré en dehors d'Italie, le Faisceau. Le prolétariat, bien intégré à la communauté nationale, accepte le leadership industriel de la bourgeoisie, mais l'État fort, autoritaire, maître de l'économie, sera le véritable tribun du peuple, et assurera la défense de celui-ci contre les grands et les puissants.

Pour tous, ceux qui se revendiquent fascistes, comme Drieu La Rochelle ou Robert Brasillach, ou ceux qui ne se définissent pas comme fascistes, comme l'équipe de Combat avec Jean Fabrègues et Maurice Blanchot, et conduite par Thierry Maulnier, comme pour les hommes de la génération du tournant du siècle, le fascisme a été bien autre chose qu'une simple défense bourgeoise.

Le fascisme a cristallisé, plus peut être que toute autre idéologie, les haines du libéralisme. Son origine, par essence située à gauche de l'échiquier politique, n'est sans doute pas le fruit du hasard. Elle marque un avatar supplémentaire, quoique inédit, de la lutte que livrent depuis bien longtemps les corporatismes autoritaires au libéralisme.

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Voir aussi

Citations

  • « Accusez vos adversaires de fascisme, le temps qu’ils se justifient, vous avez tout le loisir de leur porter de nouvelles attaques. » (Dmitri Manouilsky, un des dirigeants du Komintern)
  • « En Italie les fascistes se divisent en deux catégories : les fascistes et les antifascistes. » (Ennio Flaiano)

Notes et références

  1. Mussolini Œuvre et discours , Flammarion 1938
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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 13:50

Buchanan, Les limites de la liberté : entre l’anarchie et le Léviathan (1975)

 

 

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Publié en 1975, Les limites de la liberté : entre l’anarchie et le Léviathan a donné à James Buchanan sa place parmi des philosophes politiques tels que John Rawls ou Robert Nozick, en tant que « contractualiste ». Comme il l’écrit dans sa préface :

Les règles de la vie en société ne tombent pas du ciel. Pour imprimer un ordre au chaos, des hommes doivent faire usage de leur intelligence non pas comme on résout un problème scientifique, mais dans la tâche plus difficile qui consiste à trouver et à maintenir un consensus parmi eux. L’anarchie est idéale pour des hommes idéaux ; des hommes passionnés doivent être raisonnables. A l’instar de tant d’autres avant moi, j’examinerai ici ce que peuvent être les fondements d’une société d’hommes et de femmes qui veulent vivre libres, tout en restant conscients des limites découlant de l’interdépendance sociale. 


Introduction de Henri Lepage

Avant d’entrer dans ce livre, il n’est pas inutile de commencer par un exercice de « topologie libérale », afin de mieux situer ensuite l’homme et l’œuvre.

Il y a vingt ans, le mot « libéralisme » avait pratiquement disparu du vocabulaire. À l’époque, j’étais jeune journaliste, et je me souviens des contorsions déployées par certains hommes politiques fort connus pour éviter à tout prix d’être étiqueté « libéral ». Alors qu’il n’était pas encore président de la République, Valéry Giscard d’Estaing avait même fait campagne pour expliquer que la droite devait abandonner sa référence au libéralisme afin d’adopter un autre concept, à ses yeux moins discutable : celui de « pluralisme ». Moi-même, je dois l’avouer, ai commis l’erreur d’entrer momentanément dans ce jeu, alors que j’écrivais pour le magazine Réalité (qui, soit dit en passant, dès 1976, fut le premier des médias français à accepter de rendre compte de l’importance politique et idéologique des travaux du professeur James Buchanan et de son équipe de Blacksburg).

Aujourd’hui, la situation s’est inversée. Ce dont nous souffrons, est plutôt d’un « trop-plein » de libéraux. Avec le retour en vogue des idées libérales, dans les années 80, et malgré la nouvelle éclipse intervenue depuis la réélection de François Mitterrand en 1988, l’étiquette « libérale » est à nouveau utilisée par un grand nombre de gens qui, en réalité, au-delà d’un certain socle dur de principes communs (opposition catégorique aux idéologies totalitaires, adhésion au moins de principe aux idées d’économie de marché et de libre entreprise, célébration des vertus de la démocratie, de la tolérance, des droits de l’homme…) relèvent de traditions intellectuelles, philosophiques, scientifiques, idéologiques ou politiques souvent très éloignées les unes des autres.

Par ailleurs, au sein même du noyau dur des intellectuels libéraux, cohabite un ensemble de courants aux traditions et fondements épistémologiques assez différents. Un petit effort de mise en ordre et de classement au sein de cette nébuleuse s’impose donc.

Topologie libérale

Au macro-niveau, je distinguerai principalement trois groupes : les libéraux sociaux-démocrates, les libéraux-conservateurs et ceux que les médias désignent habituellement sous l’étiquette (à connotation négative) d’ultra-libéraux, mais pour lesquels je préfère conserver le néologisme utilisé en 1978 dans Demain le capitalisme : les libéraux « libertariens » (adaptation directe du terme américain libertarians).

Fondamentalement, les conservateurs et les libertariens s’opposent dans la façon dont ils conçoivent la nature des rapports entre l’individu et le groupe.

Les premiers reprochent aux seconds une conception atomisée, « individualiste » de l’homme. Les libertariens, expliquent-ils, ne tiennent pas suffisamment compte de la dimension sociale, politique et communautaire de l’homme. Celui-ci, continuent-ils, est lié à une « Communauté » à laquelle l’individu doit sa culture et qui lui donne son identité collective. La « Communauté », par ses coutumes, ses traditions, son histoire, est une « entité vivante » que l’on ne peut pas réduire à la simple juxtaposition d’êtres vivants.

Résultat, répliquent les libertariens : une conception du libéralisme de nature prioritairement politique où la liberté, en tant que notion individuelle, est subordonnée à son rattachement à une valeur supérieure de « liberté collective » exprimée dans des concepts tels que ceux de nation, d’indépendance, de souveraineté…

Pour les libertariens, l’attachement à une Communauté, à la Nation, à la Patrie… est une attitude tout à fait digne de respect et qui exprime des sentiments réels. Mais ces sentiments, ajoutent-ils, restent purement subjectifs.

Même s’ils sont simultanément partagés par un grand nombre de gens, ils ne font qu’exprimer ce qui reste foncièrement une perception mentale individuelle ; cela ne signifie pas que derrière ces mots et ces concepts se cachent des entités réelles que, par un mouvement anthropomorphique à caractère « holiste », on pourrait créditer de caractéristiques humaines telles que d’être le siège d’une conscience « collective », d’une volonté, d’un esprit « commun », ou encore d’être le dépositaire d’un système particulier de valeurs. Que ces valeurs existent, continue le libertarien, est un fait. Dès lors qu’un grand nombre de gens partagent les mêmes sentiments, il est incontestable que ces valeurs sont une réalité dont il faut tenir compte. Mais il n’existe nulle part une « entité » quelconque qui puisse s’en prétendre le « dépositaire ». Toute démarche holiste en la matière signifie seulement que certains individus, pour une raison ou une autre (leur place dans la hiérarchie sociale, leur appartenance à certains groupes professionnels, politiques, administratifs, religieux…), se considèrent eux-mêmes comme « plus dépositaires » que les autres des traditions du groupe : ce qui conduit concrètement à des attitudes autoritaires incompatibles avec une vision libérale de l’homme et de la société pensée d’abord et avant tout en termes de respect intransigeant des droits individuels. Dès lors que ces droits, dans l’approche conservatrice, sont seulement le produit d’une tradition culturelle et intellectuelle d’origine communautaire (le fruit de ce qui est décrit comme une « identité collective »), on ne peut éviter, conclut le libertarien, que des interprétations divergentes apparaissent sur le contenu de cette tradition, et relativisent ainsi les fondements mêmes des droits que les libéraux entendent pourtant défendre.

 

« Conservateurs » contre « Libertariens »

A partir de là, il est inévitable que l’approche des libéraux-conservateurs et celle des libéraux-libertariens divergent sur bien des points Par exemple, sur le rôle et l’importance de l’idée nationale (qui, pour les libertariens, est très largement responsable de la croissance du phénomène étatique moderne, ainsi que de tous les malheurs collectifs qu’on doit y associer : guerres, génocides, totalitarisme), le problème des régionalismes, la question des frontières entre l’Etat et le marché, le rôle de l’intervention publique dans l’économie, la défense, la protection sociale, etc. Le conservateur est plus disposé que le libertarien à accepter que l’Etat joue un certain rôle directeur dans l’économie, même si, à la différence des libéraux sociaux-démocrates, il doit plus se limiter à un rôle d’arbitre qu’exercer une véritable fonction de contrôle et d’entraînement.

Cela dit, la plus grande opposition se situe au niveau des valeurs.

Dans l’histoire des civilisations, l’originalité de l’Occident tient à l’émergence de la liberté individuelle, produit de l’autonomisation progressive de la conscience individuelle par rapport aux contraintes collectives de la morale sociale et politique. C’est incontestablement un leg du Catholicisme. Reste cependant le problème de savoir où passe, de manière précise, la frontière entre les domaines respectifs des deux catégories d’obligations morales (celles qui nous sont imposées par les disciplines du groupe et donc du droit et de la loi, et celles qui ne tiennent qu’au seul jeu de notre conscience morale).

De tous les libéraux, les libertariens sont ceux qui ont la conception la plus simple, la plus stricte, la plus précise : la morale sociale ne concerne que le « devoir » que tous les citoyens ont de respecter les droits (de propriété, au sens large) des autres. La morale privée embrasse tout le reste. Aucune institution publique ou collective n’a le droit de s’en mêler. En le faisant, elle se rend coupable d’une « injustice ».

En revanche, la marque des conservateurs, du fait même qu’ils adhèrent à une certaine vision « holiste » de l’origine des rapports sociaux et politiques, est plutôt de mélanger les deux genres, et de considérer qu’il est de la responsabilité de la puissance publique d’être le garant, même par la contrainte et la violence, du respect par tous des valeurs constitutives de la Communauté et de son identité.

C’est ainsi que libertariens et conservateurs divergent généralement dès lors que l’on aborde des problèmes moraux et politiques tels que le régime juridique de l’avortement, la drogue et tous les « crimes sans victimes », le droit de la famille, l’immigration, le Code de la nationalité, etc. Les libertariens y apportent une réponse conçue comme le produit d’une arithmétique des « droits » (quelle est la solution compatible avec la violation d’aucun droit individuel ?). Les conservateurs cherchent leur réponse dans le respect du message de la tradition et de sa transcendance (même si cela implique l’exercice d’une contrainte parfois violente à l’égard de certains individus qui ne se sont pourtant livrés à aucune violation des droits des autres). Quant aux sociaux-démocrates qui se disent libéraux, comme les socialistes, ils n’ont qu’un seul critère de référence : la préférence du plus grand nombre (la loi, ou plutôt la « tyrannie » de la majorité), même si cela entraîne le viol des « droits » des gens de la minorité.

 

Economistes contre Philosophes : les écoles « libertariennes »

Le mouvement « libertarien » regroupe les courants les plus radicaux de la pensée libérale. Leur point commun est de rechercher les solutions d’organisation sociale qui permettent aux gens de bénéficier de la plus grande liberté individuelle possible. A ce titre, ils sont partisans du « laissez-faire » (avec un « z », non un « r ») : leur conviction commune est que cet objectif de liberté maximale ne peut être atteint que dans le cadre d’une économie de marché, avec un état minimal ayant au plus pour fonction d’assurer l’ordre et la justice (c’est-à-dire l’élimination de la violence et la protection juridique des droits de propriété).

Cependant, ces libertariens sont eux-mêmes une grande famille où cohabitent et s’entrecroisent plusieurs courants de pensée philosophiques.

Les plus connus sont les économistes partagés en deux familles : d’une part, les disciples de l’école de Chicago, élèves de Milton Friedman et de James Buchanan ; de l’autre, les « autrichiens », dont les maîtres à penser sont Hayek et von Mises.

Bien que très radicaux dans leur critique des modes de pensée qui ont conduit à l’hypertrophie des formes contemporaines d’économie mixte, ils n’en restent pas moins principalement « utilitaristes » dans leurs prémisses et dans leur mode de réflexion. Leur défense de l’économie de marché se fonde essentiellement sur des arguments de nature « conséquentialiste » s’il est souhaitable que l’Etat intervienne le moins possible dans les affaires des gens, c’est parce que l’expérience et la théorie montrent qui est le moins favorable à la production de la plus grande richesse individuelle possible.

Dans cette optique, — celle de Buchanan, comme le lecteur le découvrira lui-même en lisant Les limites de la liberté — la liberté apparaît moins comme une fin en soi, que l’on recherche pour elle-même à l’exclusion de toute autre raison, que la condition qui permet de maximiser le bien-être du plus grand nombre. Même chez Hayek, on retrouve cette conception « instrumentale » de la liberté (le critère de « survie » du plus grand nombre, forme moderne de l’impératif divin « Croîs et multiplie-toi » qui est le socle sur lequel s’est construit la pensée Lockienne).

Le deuxième grand courant est celui des philosophes libertariens pour qui la défense intransigeante de la liberté individuelle — et donc aussi de ses conditions de réalisation : une économie fondée sur la propriété et le libre marché, un Etat aux pouvoirs les plus réduits possible — répond prioritairement à un impératif éthique déduit d’une analyse rationnelle de ce que sont (ou devraient être) les sources de la morale sociale.

Ils posent comme point de départ de toute réflexion politique ou économique que les gens ont, par définition, du fait même de leur présence sur terre, des droits qu’il est immoral et injuste pour les autres de violer.

A la différence des économistes et utilitaristes, ces « droits » n’expriment pas une préférence individuelle qui, lorsqu’elle n’est pas réalisée, est source d’un déplaisir qui n’a a priori pas plus de poids normatif que le plaisir que retire celui qui ne respecte pas les droits des autres. Ce qu’exprime le libertarien en parlant de la « priorité ontologique » des « droits » sur les préférences individuelles est quelque chose de beaucoup plus fort : à savoir que même si le plaisir de ceux qui violent les droits des autres est infiniment plus grand que le déplaisir de ceux dont les droits sont violés (en supposant que l’on puisse effectuer une telle mesure, ce qui n’est en réalité conceptuellement pas possible), il n’en reste pas moins que ceux qui violent les droits des autres commettent un acte immoral contraire à la justice, et donc un acte qui n’a pas le droit d’être. Autrement dit, il ne suffit pas qu’un comportement ou un acte soient « efficaces » pour qu’ils soient légitimes. Des institutions qui seraient « efficaces », mais qui le seraient en acceptant que les « droits » de certaines gens soient violés, seraient « immorales » et donc privées de toute légitimité parce que moralement inacceptables.

 

« Conséquentialisme » contre « Droit naturel »

Leurs noms restent encore peu connus du public français (exception faite de Robert Nozick qui a bénéficié de la controverse qui l’a opposé à John Rawls, auteur d’une Théorie de la justice particulièrement appréciée des défenseurs de l’ordre social-démocrate ambiant). Mais là encore, trois écoles sont à distinguer. Bien que convergeant toutes vers la même conclusion : la reconnaissance du droit fondamental et inaliénable de l’individu à s’opposer à toute agression visant sa personne ou ses biens, elles divergent par la manière dont elles établissent l’« existence » de ce droit et son caractère moralement impératif.

La première se situe dans le droit fil de la pensée Kantienne. La protection de chaque être humain contre toute interférence extérieure non volontairement acceptée se déduit d’une analyse logique des implications philosophiques qu’entraîne nécessairement la structure interne du concept d’action. Associée notamment aux travaux de Roger Pilon (aujourd’hui directeur d’études au Cato Institute de Washington), cette approche «déontologique» est une réplique aux justifications sociales-démocrates de la théorie des droits qui ont fleuri aux Etats-Unis depuis le succès médiatique de John Rawls.

La seconde est plus strictement «individualiste». Fille du matérialisme hobbésien, elle considère que seuls des principes déduits de la prise en compte des désirs et des motivations individuels des gens peuvent servir de fondement à l’élaboration d’une théorie sociale des droits entraînant un sentiment réel d’obligation morale (c’est le cas de Charles King, l’un des directeurs du Liberty Fund — fondation américaine, localisée à Indianapolis —, qui joue un rôle primordial dans la diffusion des idées libérales à travers le monde).

La troisième école, enfin, traduit l’intérêt qu’un nombre croissant d’intellectuels portent à une recherche fondée sur un retour à la conception aristotélicienne et thomiste de la nature. Elle est principalement illustrée par les écrits d’Ayn Rand, émigrée russe, scénariste à Hollywood, qui fonda, dans les années 50, le mouvement «Objectiviste» ; mais aussi par les récents travaux universitaires de certains de ses disciples : Douglass B. Rasmussen, David van Den Uyl… Dans cette approche, le plaidoyer pour le «laissez-faire» découle non pas de sa plus grande efficacité économique, mais du caractère éthiquement «juste» (et donc moralement contraignant) des règles de comportement qui sont nécessaires à l’homme pour exister.

Dernier courant : les «anarcho-capitalistes», dont le chef de file est le professeur Murray Rothbard, ancien «objectiviste» de la première génération, reconverti dans le «gauchisme» libertarien, et l’individualité la plus connue, David Friedman, fils de Milton.

Sachant que ce qui caractérise l’Etat est le monopole de la violence sur un territoire donné, est-il possible d’imaginer une forme d’Etat compatible avec le principe de non-violation des «droits» des gens ? Peut-il exister un Etat «légitime» qui ne soit pas autre chose qu’une institutionnalisation par la contrainte de la tutelle d’une sorte de Mafia collective ?

Alors qu’un auteur comme Robert Nozick répond en affirmant que l’Etat minimal des libéraux classiques peut exister sans qu’il lui ait été nécessaire, à un moment ou à un autre, de violer les «droits» de quelqu’un, les anarcho-capitalistes comme Murray Rothbard ou David Friedman répondent que ce n’est conceptuellement et pratiquement pas possible, et donc que tout Etat, quel qu’il soit, est par définition immoral et illégitime.

En remettant en cause l’idée même que la présence d’un Etat soit absolument nécessaire, leur principal mérite est de stimuler l’esprit critique : nous ne devons jamais nous laisser prendre au piège des arguments d’autorité. Leurs analyses de la manière dont la police, la justice, l’armée, les routes pourraient être «privatisées», reprennent des arguments déjà développés au début du XIXe siècle par des auteurs français comme Charles Comte, Charles Dunoyer et Gustave de Molinari, contemporains de Saint-Simon (qui fut, d’ailleurs, dans sa phase «libérale» du début de sa carrière, l’un de leurs amis).

 

L’inventeur du « marché politique »

Jim Buchanan n’est pas de ceux qui poussent la provocation intellectuelle aussi loin. Très influencé par la lecture des libéraux italiens du début du siècle, comme il le raconte dans son discours de réception du prix Nobel d’économie en 1986, il se rattache davantage à la grande tradition du libéralisme classique et de l’Etat-minimal (mais dans le cadre d’une épistémologie individualiste hobbésienne, différente de la tradition lockienne dans laquelle se situe l’œuvre d’Hayek).

La pauvreté des commentaires parus dans la presse à l’occasion de son prix Nobel révèle à quel point Jim Buchanan reste un homme peu connu, même dans son propre pays. Sa contribution à l’évolution des idées, et à l’histoire contemporaine des mouvements libéraux, est pourtant essentielle, voire même, à bien des égards, fondatrice. Avec son compère, le professeur Gordon Tullock (qui, à juste raison, fut quelque peu mortifié par le fait de ne pas partager la récompense suprême), il est d’abord et avant tout l’inventeur — dans un premier livre, The Calculus of Consent, qui date de 1962 — d’une théorie des «biens publics» qui démontre à quel point la vision traditionnelle de l’Etat sur laquelle reposent nos sociétés traditionnelles, est complètement irrationnelle. De l’avis commun de tous ceux qui connaissent bien l’histoire de la pensée libérale, ce livre a joué un rôle-clé dans l’essor contemporain des critiques et déconstructions de l’Etat-providence, ainsi que dans la genèse des politiques de déréglementation. A côté d’hommes comme Milton Friedman, davantage homme public et journaliste, ou Friedrich Hayek (à qui il a fallu attendre près d’un demi-siècle pour voir l’autorité de ses idées enfin reconnue par ses pairs de la communauté scientifique), Jim Buchanan est l’un des quelques très grands chercheurs et intellectuels de l’après-guerre sans l’œuvre desquels la «Révolution conservatrice» des années 80 n’aurait probablement jamais vu le jour.

Sa silhouette évoque immanquablement le portrait d’un ancien officier britannique de l’armée des Indes — mais avec un accent du Tennessee fort peu orthodoxe. Même raideur, à la fois aimable et distante, qui respire la concentration, la densité, mais aussi la sévérité qui sied aux grands professeurs. Alors que Milton Friedman est un improvisateur hors pair, un conférencier qui sait charmer son auditoire, Buchanan ne quitte pas son texte des yeux. Rien n’est improvisé, sans que pour autant l’attention des auditeurs se fatigue. Un trait qui suggère que la rigueur est vraisemblablement l’un des caractères essentiels de son tempérament. Et c’est sans doute cette rigueur dans la pensée, dans l’analyse et dans l’expression, sans pour autant tomber dans les excès de la formalisation mathématique (que Jim Buchanan maîtrise pourtant parfaitement), qui a été honorée par le jury suédois de 1986.

Aujourd’hui installé à George Mason University, à Fairfax, près de l’aéroport international de Washington, après avoir passé plus de vingt ans dans une petite université des Appalaches, il est principalement connu comme le fondateur et chef de file, avec Gordon Tullock, de l’école dite des «choix public» ; un mouvement d’économistes, mais aussi de spécialistes des sciences politiques, dont le point commun est de se concentrer sur l’étude des institutions publiques en y appliquant les disciplines méthodologiques de l’Ecole de Chicago. Né dans les années 60, à la suite de la publication du Calculus of Consent (dont la traduction française reste à faire), ce mouvement scientifique a aujourd’hui une branche européenne fort active où l’on rencontre beaucoup d’Allemands, de Hollandais ou de Suédois, mais encore relativement peu de Français.

 

L’« Ecole du Public Choice

Point d’attaque de leurs travaux : l’angélisme dont font traditionnellement preuve les économistes lorsqu’il s’agit d’expliquer (ou de justifier) pourquoi l’Etat intervient. Le marché, nous dit-on, est imparfait. Il est donc naturel que l’Etat intervienne pour corriger les effets du marché lorsqu’il est établi que celui-ci ne peut fonctionner de façon satisfaisante. Ce que nous ne percevons pas est qu’en raisonnant ainsi nous partons implicitement du postulat qu’une fois que l’Etat sera intervenu, le résultat de ses interventions sera « nécessairement » meilleur que les résultats imparfaits du marché. Or, qu’est-ce qui nous l’assure ? Nous devons, expliquent Buchanan et Tullock, cesser de raisonner sur des modèles où l’Etat n’apparaît que comme un être monolithique et homogène, soit-disant parfaitement omniscient, transparent et impartial. L’Etat, soulignent-ils, c’est d’abord des hommes comme les autres, avec leurs qualités, mais aussi leurs faiblesses, leurs ambitions, leurs passions ; des hommes dont les analyses et les décisions ne peuvent pas ne pas subir l’influence des intérêts personnels qui les motivent, ainsi que les effets de l’environnement institutionnel dans lequel ils s’insèrent.

 

Conséquence : la principale innovation du « Public Choice » a été de généraliser l’utilisation du concept de marché politique ; une façon de se représenter le fonctionnement de l’Etat et de la démocratie comme un vaste marchandage où les élections consistent en quelque sorte à échanger régulièrement des promesses d’intervention gouvernementale contre des votes. Une façon aussi de dire aux économistes que s’ils veulent mener une action efficace, il est indispensable que leur réflexion intègre également la prise en compte de l’étude des incidences que peuvent avoir les « imperfections » du marché politique sur les mécanismes de la prise de décision publique. L’analyse de ces imperfections, la recherche des moyens institutionnels pour y remédier, tel est le sujet du « Public Choice », un domaine d’étude au carrefour de la science économique, des sciences politiques, de la sociologie, mais également du droit et de la philosophie.

Le « Public Choice » ne conduit pas nécessairement à des choix libéraux. Certains y voient un moyen d’améliorer l’Etat, plutôt qu’une justification des thèses de ceux qui veulent moins d’Etat et plus de marché (cf. en France, les écrits du professeur Xavier Greffe). Tout dépend des préjugés éthiques et idéologiques qui guident le chercheur. Il n’en reste pas moins que le « Public Choice » a joué un rôle essentiel dans le déclenchement du renouveau d’influence des idées libérales. Buchanan est largement l’homme qui a démystifié l’Etat, celui qui a apporté à la critique libérale de l’Etat contemporain les arguments théoriques et la légitimité scientifique qui, d’un certain point de vue, lui faisait jusque-là défaut. En cela, son prix Nobel est amplement justifié.

 

Les limites du système buchanien

Les approches du « Public Choice » provoquent. Elles ne laissent jamais indifférent. On leur reproche, par exemple, de développer un raisonnement qui nierait l’apport social spécifique du « politique ». C’est la critique que lui font les intellectuels de gauche, bien sûr ; mais aussi, les libéraux français de l’école Aronienne qui, en raison de certains aspects « holistes » de leur pensée (pas toujours conscients), se rattachent à une tradition « conservatrice » du libéralisme, et entretiennent donc une conception de l’essence du « politique » radicalement différente, mais voisine de la vision traditionnelle des gens de gauche.

Cela dit, Buchanan fait aujourd’hui l’objet d’une autre critique, moins connue, qui vient du sein même du courant libertarien. Cette critique recoupe l’opposition entre économistes et philosophes, et vise essentiellement l’aspect « positiviste » de sa démarche.

Les analyses du « Public Choice » conduisent à la conclusion que nous vivons avec plus d’Etat que nous n’en aurions si nous respections fidèlement les préférences des citoyens. Tout comme Hayek, Buchanan constate que nos régimes politiques reposent sur l’utilisation de mécanismes majoritaires qui bloquent l’exercice de la démocratie au profit des clientèles privilégiées des groupes de pression les mieux organisés. Cependant, pour faire des propositions concrètes, pour définir des remèdes qui fassent échec à l’extension progressive du Léviathan étatique, encore faut-il disposer d’un modèle de référence qui détermine avec précision les critères et les sources de la légitimité politique. C’est le rôle de la philosophie politique, et c’est le thème du second grand livre de James Buchanan, Les Limites de la liberté, dont la publication originale date de 1974.

Dans cet ouvrage, Jim Buchanan entreprend de montrer comment l’existence d’un certain Etat n’est pas incompatible avec le strict respect des préférences individuelles. Parce que cette dernière exigence impliquerait le recours à une règle d’unanimité, on croit généralement qu’elle rendrait impossible la constitution d’une vie sociale organisée et pacifique. Mais Buchanan montre comment, même dans un état de nature à la Hobbes, il est de l’intérêt bien compris de chacun, des gens honnêtes comme de ceux qui le sont moins, de conclure entre eux et de se contraindre à respecter un « contrat » qui définisse les droits individuels des personnes, en garantisse la libre jouissance, accepte pour cela la présence d’un minimum de contrainte et de transferts étatiques (fiscalité), et impose pour tout changement des règles du jeu le respect de procédures constitutionnelles se rapprochant autant que possible d’une règle d’unanimité.

Cette réflexion fait de Buchanan un « libertarien » partisan théorique d’un « Etat minimal » fortement réduit par rapport aux Etats que nous connaissons. Cependant, quand on y regarde de plus près, on découvre que son insistance à faire de l’unanimité le fondement normatif de toute décision publique, et le seul critère de toute moralité sociale (un produit de sa formation universitaire « wicksellienne »), ainsi que sa théorie purement contractualiste de l’origine des droits, induisent une curieuse conception de l’éthique où, ainsi que le souligne Pierre Lemieux, ce qui est « juste » découle d’un contrat social dont la caractéristique, fort peu morale, est d’entériner et de légaliser les rapports de force de l’état de nature, au détriment de toute notion de « droit naturel » des individus. De même, on constate qu’une telle construction conduit à favoriser une politique extrêmement conservatrice du statu quo (en raison de la nécessité impérative d’indemniser tous ceux dont la loi change la situation, même s’il s’agit de privilèges moralement illégitimes, car acquis à l’origine par la force).

On touche ici aux limites du système buchanien. Depuis quelques années, les travaux de philosophie politique de Buchanan font l’objet d’une contestation dont l’origine se situe dans l’intérêt grandissant que les jeunes auteurs libertariens anglo-saxons, de plus en plus critiques des approches strictement « économiques », portent au renouvellement de la théorie morale des droits. Jim Buchanan reste l’un des grands « gourous » du mouvement libertarien dans le monde. Mais de plus en plus nombreux sont ceux qui attirent notre attention sur les contradictions auxquelles ne peut échapper son système de pensée. Chef de file de l’école « contractualiste », son influence se trouve en partie remise en question par ceux qui, au-delà des acquis de la science économique moderne, entendent affirmer qu’on ne peut pas fonder une société authentiquement libérale (ou « libertarienne ») autrement que sur une conception transcendantale de l’origine des droits.

James Buchanan reste néanmoins l’un des quelques grands qui, en une génération, ont renouvelé le contenu, l’expression et la force de la pensée libérale. Moins vulgarisateur que Milton Friedman — et précisément, peut être parce qu’il n’est pas un grand vulgarisateur — James Buchanan a apporté aux idées libérales, et aux conceptions « libertariennes » de l’Etat minimal, une respectabilité scientifique qui leur faisait depuis longtemps défaut et que ne pouvaient pas leur apporter d’autres auteurs, souvent fort prolixes, trop éloignés des grands courants dominants de l’épistémologie contemporaine.

Henri LEPAGE

Sommaire
Préface de l’auteur
Introduction, par Henri LEPAGE
1. Commencement
2. Les bases de la liberté en société
3. Contrat postconstitutionnel. La théorie des biens publics
4. Contrat constitutionnel. La théorie du droit
5. Le contrat permanent et l’ordre établi
6. Le paradoxe du gouverné
7. La loi comme capital public
8. Le dilemme du châtiment
9. La menace de Léviathan
10. Au-delà du pragmatisme : les perspectives d’une révolution constitutionnelle


 

De Wikiberal.
Frontispiece of "Leviathan"

Le Leviathan de Hobbes est probablement le livre de philosophie politique le plus célèbre. Publié en 1651, il est intitulé en référence au Leviathan biblique, un monstre marin mentionné dans l'Ancien Testament. Ce livre traite de la structure de la société comme on peut le constater par le titre complet : Leviathan ou La matière, la forme et le pouvoir d'une république ecclésiastique et civile.

"La fin que vise la soumission, c'est la protection"

L'anthropologie hobbésienne nie que l'homme soit un animal social (le "ζώον πολιτικόν" d'Aristote). Les hommes s'assemblent non par une attirance mutuelle, mais par intérêt personnel. La crainte et la méfiance règnent toujours, même dans une société évoluée, et autrui reste une menace ("quand on va se coucher, on ferme les portes").

Dans l’état de nature, chacun a un droit illimité sur toutes choses et sur les autres (jus in omnia). C’est la guerre de tous contre tous : la vie de chacun est « solitaire, misérable, cruelle, animale et brève ». La raison humaine, constatant l’absurdité de cette guerre, va chercher les moyens de la paix. Nul n'est assez fort pour se garantir de la violence des autres. C’est en renonçant à ses droits que chacun peut tarir la source de la guerre. Ces droits sont transférés au souverain absolu (le Léviathan), qui est le représentant du corps politique. L’État est ainsi l’instrument de la société civile qui assure l’ordre et la paix. Le pouvoir absolu du souverain n’est pas contradictoire avec la liberté des sujets. La loi se borne à garantir la coexistence pacifique des individus.

La souveraineté

Hobbes fait du souverain (l'État, la République) un être raisonnable guidé dans son action par des considérations utilitaires, dont le devoir est de réussir. Pour certains, à partir de son interprétation libérale de la loi, Hobbes serait un des fondateurs du libéralisme :

La pensée de Hobbes est ainsi la matrice commune de la démocratie moderne et du libéralisme. Elle fonde l’idée démocratique parce qu’elle élabore la notion de souveraineté établie sur le consentement de chacun ; elle fonde l’idée libérale parce qu’elle élabore la notion de la loi comme artifice extérieur aux individus. (Pierre Manent, Histoire intellectuelle du libéralisme)

La soumission au souverain n'est pas absolue, elle n'efface pas le droit naturel de l'individu :

L'obligation qu'ont les sujets envers le souverain est réputée durer aussi longtemps, et pas plus, que le pouvoir par lequel celui-ci est apte à les protéger. En effet, le droit qu'ont les hommes, par nature, de se protéger, lorsque personne d'autre ne peut le faire, est un droit qu'on ne peut abandonner par aucune convention. (Léviathan, chapitre XXI)

Le rapport des citoyens avec le souverain n'est pas un rapport de subordination, mais un rapport d'autorisation : le souverain agit au nom des sujets, la volonté souveraine est l'expression de celle des sujets, les sujets agissent par le souverain. Le terme d'absolutisme, à strictement parler, n'est donc pas approprié pour décrire la théorie de Hobbes, même si c'est le terme consacré par l'usage. En revanche, pour Hobbes (et en contradiction avec la tradition anglaise du droit de Common Law), le souverain exprime sa volonté par la loi, il est la seule source de la légalité politique ("autoritas, non veritas, facit legem", Léviathan, XXVI).

La pensée de Hobbes se retrouve chez certains théoriciens antilibéraux, par exemple le juriste-philosophe allemand Carl Schmitt, qui occulte le volet libéral du Léviathan, justifie le contractualisme moderne par la « guerre de tous contre tous », et développe une vision absolutiste de la puissance étatique.

Objections

Les objections aux théories de Hobbes sont les suivantes. La peur de la mort, source de la légitimité du Léviathan, n'est pas abolie par l'absolutisme de ce dernier, même si elle est dorénavant circonscrite ; de là le besoin de limiter ce pouvoir, constante de la pensée libérale.

Une autre objection est que Hobbes fonde la justice sur l'intérêt collectif à vivre en paix plutôt que sur des motifs d'ordre moral (une exigence de justice) ou sur des droits individuels imprescriptibles (droits naturels). Sa conception de la justice est purement politique. L'état de nature hobbésien, vu comme "guerre de tous contre tous", ne peut fonder aucun droit individuel réellement attaché à la personne en tant que telle. Pour Locke, l'état de nature est davantage celui de la pauvreté et de la faim, de la nécessité de travailler et de s'approprier la nature.

Également, on voit difficilement comment peut se produire le passage de l'état de nature à l'état civil, c'est-à-dire d'une logique d'affrontement à une logique de paix fondée juridiquement. Hobbes l'explique par la rationalité de l'être humain, capable de discerner ce qui convient le mieux à sa préservation. Certains libertariens refusent cette explication de l'apparition de l'État et préfèrent une théorie de l'état prédateur (qu'on pourrait qualifier de hobbesienne, car c'est une forme de la loi du plus fort), qui impose la paix civile parce qu'il y trouve intérêt.

Un exemple au cinéma

Dans le septième art, se trouve un film réalisé par Fritz Lang : Métropolis. Ce film illustre très bien le concept du Léviathan (d'ailleurs, on a souvent dit de ce film que c'était le passage du Léviathan Homme au Léviathan État). En effet, ce film montre une société dirigée entièrement par l'État, où celui-ci au nom d'une rationalité et d'une "protection", enferme irrévocablement les personnes dans des actions ininterrompues et répétitives, sans qu'aucune issue d'espoir ou d'espérance ne soit envisagée. Dans le film, les personnes qui travaillent dans l'entreprise d'État doivent faire une maintenance perpétuelle d'une machine gigantesque, afin d'éviter une très importante inondation. Ces personnes, alors devenues des esclaves, sont dans la nécessité d'avoir un courage et une notion extraordinaire de la liberté pour s'échapper de leur condition, quitte à en subir les conséquences.

La notion de Léviathan renvoie ici à la notion de pouvoir autoritaire se parant des fonctions rationnelles et utilitaires, en vue de dominer les individus (totalitarisme).

Bibliographie

  • 1989, Jeffrey Zax, “Is There A Leviathan In Your Neighborhood?”, American Economic Review, 79(3), pp560-567
  • 1990, Stefan Sinn, The Taming of Leviathan: Competition among Governments. Kiel Working Papers, n°433, Institut fur Weltwirtschaft, Kiel
  • 1999, A. Rutten, "Can anarchy have us from Leviathan?", The Independent Review, 3 (4), pp581-593
  • 2000, J. C. Lester, Escape from Leviathan: Liberty, Welfare, and Anarchy Reconciled, London: Palgrave Macmillan

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