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The International Civil Liberties Alliance is a project of the Center for Vigilant Freedom Inc.  We are an international network of groups and individuals from diverse backgrounds, nationalities and cultures who strive to defend civil liberties, freedom of expression and constitutional democracy.

We aim to promote the secular rule of law, which we believe to be the basis of harmony and mutual respect between individuals and groups in the increasingly globalised world, and to draw attention to efforts to subvert it.  We believe in equality before the law, equality between men and women, and the rights of the individual and are open to participation by all people who respect these principles.

We believe that freedom of speech is the essential prerequisite for free and just societies, secular law, and the rights of the individual.

We are committed to building and participating in coalitions in all parts of the world to effect significant progress in protecting rights of the individual which are sadly being eroded in many countries including those in the West.


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The Center for Vigilant Freedom

8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 14:00
Contre les litanies pacifistes, défaitistes et dirigistes

Milliere Guy - mercredi 13 février 2008


Certains m’ont remercié pour mon « courage ». D’autres se sont étonnés que j’accepte une position très minoritaire.
Les uns et les autres parlaient de ma récente participation à l’émission de Frédéric Taddei sur France 3. Je répondrai aux premiers que je n’ai eu à faire preuve de strictement aucun courage.

On m’invite, je viens, et je parle. C’est très simple. J’ajouterai que Frédéric Taddei et les gens de son équipe sont charmants et ouverts et que, dans le cadre de la télévision française telle qu’elle est aujourd’hui et de l’opinion française telle qu’elle est aussi, « Ce soir ou jamais » est, à mes yeux, la meilleure émission de débats à exister sur une grande chaîne, et de très loin.

C’est même la seule émission où la notion de débat signifie encore quelque chose et où on n’a pas l’impression d’écouter s’écouler un robinet d’eau tiède.
Je l’ai dit à Taddeï, je l’ai dit à son équipe. Je les respecte. Ils ont créé un réel espace de pluralisme.

Je répondrai maintenant aux seconds : oui, j’accepte une position minoritaire, j’accepte tout espace qui s’offre.
Ma position de minoritaire reflète l’état de l’opinion en France où, à gauche, on en est resté à ce qu’était la gauche dans d’autres pays d’Europe il y a une trentaine d’années au moins, et où, à droite, le courant libéral a été laminé par les discours gaullistes et nationalistes jusqu’à en devenir presque inexistant.
Même avec un ministre du gouvernement actuel (à une ou deux exceptions près), je serais dans l’opposition.
Face à des gens de gauche ou d’extrême gauche, je serais dans l’opposition.
Face à des représentants de l’extrême droite, je serais dans l’opposition. J’accepte, oui.

Je pourrais dire comme le faisait un présentateur de talk shows conservateur aux États-Unis voici quelques années :
je suis l’opposition. Je suis libéral en économie et en termes de défense du droit naturel et de la liberté de parole, et nous ne sommes plus très nombreux.
J’articule mes positions libérales à des positions néo-conservatrices en politique étrangère, et là, je sais que nous sommes encore moins nombreux.

La vérité à mes yeux ne dépend pas du nombre. Non seulement, je peux expliquer, mais je peux fonder mes explications dans la pensée et dans l’histoire. Je n’ai, dès lors, guère à craindre si on me donne la parole et qu’on ne place pas sur ma bouche le bâillon avec lequel on étouffe les dissidents.

J’ai, sur les télévisions suisses et belges, débattu sur le « réchauffement » face à quatre ou cinq « experts » du GIEC, et j’ai mis en pièce leurs « raisonnements » : tout simplement parce que ceux-ci n’étaient pas fondés.

En Suisse encore, j’ai dû faire face à Jean Ziegler et Emmanuel Todd, et cela s’est passé de la même façon : la solidité et la cohérence intellectuelle ne peuvent se feindre, surtout en public, et en direct.

Si certains, comme le fait un archiviste myope sur l’espace dialogue du site de ce magazine ressortent mes textes anciens et croient me prendre en défaut, je leur ferai une rapide explication de texte : il m’arrive d’en faire à mes étudiants à l’université.
Je préfère avoir le temps de la conférence ou l’espace du livre pour être précis, mais je puis accepter d’être bref.

Si j’en viens à l’émission elle-même: je savais qui j’aurais face à moi, et je n’avais pas grand mérite.

Tout comme la gauche française ne brille pas par sa créativité, la gauche américaine gît dans sa propre stérilité.
Je savais quelles litanies pacifistes, défaitistes et dirigistes j’allais entendre. Il me suffisait de me situer un cran au-dessus, ce que j’ai tenté de faire.

Les seuls risques étaient que je prenne trop la parole, ce qui était une possibilité puisque j’étais seul contre cinq, ou que je paraisse trop vindicatif face à des gens qui peuvent, parfois, débiter des horreurs absolues d’une voix faussement douce.
Je crains d’être apparu un peu vindicatif. Je crains aussi d’avoir trop parlé. L’avenir me dira si mes craintes étaient fondées.

Sur le blog de l’émission, des ramollis du bulbe ont semblé ne pas comprendre la différence entre un libéral et un nazi et, ne comprenant pas qu’il n’y a rien, strictement rien de plus éloigné d’un nazi qu’un libéral, m’ont traité de « nazillon ».

Je les plains : avoir la tête si vide et écrire sans savoir le sens des mots, c’est d’une indigence pathétique. Ce serait risible si ce n’était, aussi et surtout, inquiétant.

L’anti-totalitarisme n’est pas politiquement correct

Milliere Guy - mercredi 06 février 2008


La couverture par les médias français de la campagne présidentielle américaine promet d’être un vrai régal de gourmet. J’ai dit, à l’attachée de presse qui s’occupe en ce moment de moi, d’insister sur ma parfaite connaissance du pays, de son histoire, de sa culture et de son camp conservateur, mais je crains que cela, pour l’essentiel, me desserve et que l’ignorance en tous ces domaines soit la qualité recherchée.

Quand, voici quatre ans, j’ai publié « Pourquoi Bush sera réélu », j’étais seul sur mes positions, mais je ne fus invité à la radio et à la télévision qu’une seule journée : celle de la grande déprime où tous ceux qui avaient pris leurs désirs pour des réalités subissaient le choc traumatique de la défaite de John Kerry.

Cette année, après plusieurs mois où il n’y en avait que pour la merveilleuse, intelligente, progressiste et si remarquable Hillary Clinton (j’ai écourté délibérément la liste des adjectifs louangeurs), la vogue se porte sur Barack Obama, qui se trouve lui-même paré de toutes les qualités imaginées et de l’ensemble de celles qui restent à inventer.

On pourrait croire que les États-Unis sont un pays de parti unique où tout le monde vote démocrate, ou, au moins, tous les gens raffinés, éduqués, tous ceux dont le quotient intellectuel est supérieur à celui d’un débile profond.

Lorsqu’une émission sur le sujet est pluraliste, elle ressemble à l’une de celles, rares, très rares, auxquelles j’ai été convié. J’étais en compagnie d’un assortiment de gens qui pensaient à gauche, très à gauche, ou extrêmement à gauche, soit un assez large éventail. J’ai entendu, de la part d’un saxophoniste de jazz que je respecte en tant qu’artiste, mais pas en tant que politologue, une litanie sur le racisme anti-Noirs qui continuerait, me disait mon interlocuteur, à pourrir de l’intérieur la société américaine.

Un professeur de sciences politiques qu’on m’avait présenté comme « centriste » a exprimé toute son aversion pour les gens de l’Amérique profonde, confits d’ignorance, de bigoterie et de préjugés. J’aurais pu imaginer compter sur l’appui d’Édouard Balladur, présent au début de l’émission, et qui venait prôner le rapprochement et la synergie Europe-Amérique, mais il se montra incorrigiblement gaulliste, donc teinté d’antiaméricanisme, de préjugés et d’une fatuité très française qui consiste à sembler penser que la France a des leçons à donner à la planète entière.

Mon ami Ted Stanger, qui participait lui-même à l’émission, et qui est un démocrate modéré (ce qui le classe aux États-Unis au centre-gauche, mais le placerait en France à la droite de l’UMP), a résumé le contexte en une formule lapidaire, glissant à la cantonade : « Vous êtes tous tellement à gauche que vos positions seraient incompréhensibles de l’autre côté de l’Atlantique ». L’émission est ce qui se fait de mieux en France aujourd’hui en matière de pluralisme. Ce qui en dit long sur la situation du pays. Dans d’autres émissions, c’est pire : voici quelques jours, lors de la primaire démocrate, un « débat contradictoire » était organisé sur France 2 avec des gens qui étaient en profond désaccord, certains étaient des démocrates comme on en trouve à New York, d’autres des démocrates comme on en trouve à Boston : un écart fondamental.

Pendant ce temps, les vrais débats, les seuls qui comptent, ont lieu de Washington à Los Angeles. La plus puissante et la plus ancienne démocratie du monde occidental choisit celui ou celle qui aura pour quatre ans entre ses mains le sort économique et géopolitique de la planète.

Si cela se jouera entre Hillary et Obama côté démocrate (le seul côté qui semble compréhensible et déchiffrable en France), du côté républicain, la balance penche de plus en plus en direction de John McCain. Qui osera expliquer aux Français que McCain est en position de favori républicain parce qu’il a toujours parlé clairement de la guerre contre le terrorisme islamiste, parce qu’il a été favorable d’emblée à la libération de l’Irak et parce qu’il a défendu dès le départ la stratégie mise en œuvre avec efficacité et pertinence par le général Petraeus ?

Si on me donne davantage la parole, je le ferai, mais parler clairement de la différence entre démocratie et totalitarisme et de la nécessité de lutter par tous les moyens contre le totalitarisme et le terrorisme est devenu en ce pays très politiquement incorrect, voire scandaleux.

Tour d’horizon planétaire

Milliere Guy - mercredi 30 janvier 2008

 

etats-unis, europe, france, russie
Comme chaque année, je ferai ici un tour d’horizon de la situation planétaire.

Les États-Unis sont fort loin de se porter aussi mal que leurs ennemis et faux amis se plaisent à le dire : la croissance fléchira peut-être un peu, mais il n’y aura vraisemblablement pas de « krach », juste une correction boursière.

L’année 2008 y sera une année électorale importante puisque le premier mardi de novembre se trouvera élu le successeur de George Walker Bush. Contrairement à ce que d’aucuns disaient et disent encore, rien n’est joué. Hillary Clinton, côté démocrate, ne semble plus incarner un élan irrésistible, et Barack Obama est parvenu à déstabiliser la machine de son adversaire. Du côté républicain, c’est plus serré encore : l’avance dont Giuliani jouissait s’est effondrée. Le courant conservateur religieux se porte vers Mike Huckabee. Mitt Romney semble en difficulté, John McCain reprend des allures de favori, mais nous ne serons fixés que le 5 février.

Il est passionnant de voir une vraie démocratie fonctionner et donner à chacun sa chance de se faire entendre. Comme en 2006, je pense que si les Républicains perdent, c’est qu’ils auront laissé échapper la victoire, car leurs adversaires ne sont pas délivrés de la dérive bobo qui leur a fait tant de tort au cours des récentes décennies.

En Amérique latine, la vague gauchiste semble s’essouffler, ce qui est une excellente nouvelle, même si la région reste en proie à une confiance délétère en des solutions étatistes qui la condamnent à un moindre développement. Le « chavisme », semble, en tout cas, appartenir au passé bien davantage qu’au futur.

Comme l’illustre la situation au Kenya, peu d’espoirs se dessinent du côté de l’Afrique subsaharienne qui continuera à être un lieu dont on extrait des matières premières et d’où les habitants s’enfuient.

Il n’y a pas de sauveur

En Asie orientale, la Chine va continuer à croître et se présenter bien aux Jeux Olympiques, mais derrière le masque, les problèmes d’environnement s’accentueront, les effets d’une fuite en avant qui fait l’impasse sur la vie de centaines de millions de gens se feront davantage sentir. Toutes les aventures sont possibles pour les années à venir, et je fais partie de ceux qui, comme Thierry Wolton dans son livre « Le grand bluff chinois », pensent que cela ne se passera pas bien, et que l’euphorie laissera place à la douleur. La stratégie la plus sage restera celle de l’endiguement pratiquée par les États-Unis, et qui consiste à s’appuyer sur l’Inde et le Japon. La ligne à ne pas franchir restera le détroit de Taïwan.

La Russie poursuivra une dérive autocratique qui pourra s’appuyer sur les revenus du gaz et du pétrole, mais qui ne pourra remédier à l’effondrement démographique et sanitaire du pays.

Reste le Moyen-Orient. Le seul point positif, là, est la stabilisation de l’Irak où l’après-guerre est en voie d’être gagné. Un rapport très politisé des agences de renseignement américaines est venu donner des arguments aux adversaires d’une action contre le régime des mollahs qui restera, donc, très vraisemblablement en place. Malgré la situation positive en Irak, les dictatures de la région sont parvenues à éviter ce qui, pour elle, aurait été le pire : une démocratisation qui ferait tache d’huile. Le retour au statu quo n’annoncera là rien de fécond. Israël devra se battre dos au mur, et se retrouvera dans une situation pas très différente de celle qui prévalait avant Bush.

L’Europe, continuera à vivre sur son passé. L’économie de la connaissance, huit ans après Lisbonne, reste enlisée sous trop de rigidités étatiques. L’Allemagne survit en faisant de la sous-traitance en Europe centrale. Londres est, avec New York, la place financière primordiale. Il reste de la richesse, mais les peuples vieillissent, comme en Russie.
Des changements de population s’opèrent. Le capital intellectuel s’en va doucement. Le déclin se poursuit à un rythme qui reste, semble-t-il, tolérable pour les populations.

La France ? Elle ressemble à l’Europe : comme l’a noté Hubert Védrine dans son rapport aseptisé sur la mondialisation (remis au président de la République le 4 octobre), le futur y fait peur. On a rêvé d’un sauveur. On risque de découvrir qu’il n’existe pas.

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7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 00:11
  
  
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A en croire les médias, le récent rapport du renseignement américain sur le nucléaire militaire iranien, le U.S. National Intelligence Estimate (NIE) aurait révélé – uniquement révélé – que l’Iran des mollahs intégristes a interrompu son programme nucléaire militaire en 2003. Or, le U.S. National Intelligence Estimate (NIE) n’a pas révélé que cela.
  
Que s’est-il passé en 2003 ? En fait, l’Union européenne, a publiquement ouvert, les négociations diplomatiques, en vue de stopper le programme nucléaire militaire iranien, en 2003. A ce propos, le U.S. National Intelligence Estimate (NIE), admet, que l’arrêt du programme nucléaire militaire iranien, résulte, des pressions internationales, exercées, à cause des activités nucléaires militaires iraniennes clandestines.
  
L’Iran a développé, simultanément, un arsenal nucléaire militaire et des missiles Shihab pouvant transporter des têtes nucléaires de 700 kilogrammes sur une distance de 5000 à 10'000 kilomètres. Ces missiles sont sous le commandement des Gardiens de la Révolution islamique, qui rapportent au Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei ; et non pas au Président Ahmadinejad. Le nucléaire et la balistique sont aux ordres des mollahs intégristes qui veulent rayer Israël de la carte.
  
Le U.S. National Intelligence Estimate (NIE) révèle, au paragraphe C, que l’Iran a accompli des progrès significatifs en 2007 en matière d’installation de centrifugeuses dans le site nucléaire de Natanz. Sur cette base, le NIE, notamment aux paragraphes D, F et H, sous-entend, des informations, qui permettent de calculer, qu’en 2009, l’Iran sera techniquement capable, de produire, suffisamment d’uranium enrichi, pour une arme nucléaire.
  
Le NIE sous-entend, qu’à cet égard, la distinction entre programme nucléaire iranien civil et militaire reste purement artificielle. Le NIE sous-entend, que l’enrichissement d’uranium, utilisable à des fins civiles et/ou militaires, continue en Iran. Voilà ce que l’on peut déduire du NIE. Lorsque l’Iran disposera d’une quantité suffisante d’uranium, il lui faudra trois mois pour construire une bombe nucléaire. Cela nous renvoie à 2009. Nous sommes en 2008…
  
Le NIE a affaibli les sanctions internationales contre l’Iran. Le NIE a affaibli la Turquie et les pays sunnites modérés, qui étaient prêts, à bâtir une coalition, contre l’Iran. Aujourd’hui, l’Iran dispose de 3000 centrifugeuses. A l’origine, la technologie en matière de missiles a été fournie à l’Iran par la Corée du Nord.
  
Les dirigeants européens ont parfaitement capté toutes ces données, qui leur ont été présentées, par le Général israélien Aharon Ze'evi Farkash, Directeur du Renseignement militaire israélien, de 2001 à 2006 (1). Mais les dirigeants européens ont néanmoins répondu qu’ils avaient déjà vécu avec de telles menaces pendant la Guerre froide. Et les dirigeants européens ont ajouté que si l’Iran achève sa capacité nucléaire militaire, les USA et Israël résoudraient alors le problème. Intéressante, cette réflexion stratégique et poncepilatique, de la part de nos dirigeants européens, toujours aussi héroïques…
  
Peu après la publication du NIE, les médias n’ont rien dit des paragraphes C, D, F et H. Peu après la publication du NIE, la Russie et l’Iran sont parvenu à un accord sur le site nucléaire iranien à base de plutonium de Busher. Peu après la publication du NIE, la Chine et l’Iran ont signé un accord énergétique d’une valeur de 2,3 milliards de dollars. Peu après la publication du NIE, Ahmadinejad s’est rendu dans son principal pays rival, l’Arabie saoudite. Peu après la publication du NIE, les relations entre l’Iran et l’Egypte se sont développées, pour la première fois depuis trente ans.
  
Résumons et concluons. Les dirigeants européens ont parfaitement capté toutes ces données. Mais ils ont ajouté que si l’Iran achève sa capacité nucléaire militaire, les USA et Israël résoudraient alors le problème. En attendant, la Russie, la Chine et l’Iran, renforcent leur coopération dans tous les domaines. Et l’Iran marque des points, y compris en Arabie saoudite et en Egypte. Peu après la publication du NIE, les médias ont fait comme si l’Iran des mollahs intégristes avait interrompu son programme nucléaire militaire en 2003 et rien d’autre. De ce fait, il est difficile pour Bush de donner l’ordre de bombarder les sites de Natanz et de Busher. Et par conséquent, Israël n’a qu'à se débrouiller tout seul pour régler cette affaire. A cause du NIE, rapport éminemment politique, visant à dédouaner, le renseignement américain. Et à cause des dirigeants européens, poncepilatiques à souhait.
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(1) Général Aharon Ze'evi Farkash, Directeur du Renseignement militaire israélien de 2001 à 2006, “An Israeli Perspective on the U.S. National Intelligence Estimate”, Jerusalem Issue Brief, January 9, 2008, Vol. 7, No. 28, Institute for Contemporary Affairs.



SONDEURS ET JOURNALISTES NULS


ISRAEL - IRAN : QUID DE L'AN 2008 ?

Miguel Garroté
  
La première partie du présent article cite trois médias traitant d’Israël et de l’Iran. La deuxième partie du présent article résume les faits énoncés par ces trois médias. La troisième et dernière partie du présent article tente de tirer quelques conclusions de bon sens.
  
PREMIÈRE PARTIE
  
Trois articles récents, le premier de Michel Gurfinkiel, le deuxième de l’AFP (repris dans le Figaro) et le troisième du Sunday Times, témoignent, de la confusion, qui règne, d’une part, à propos de la précarité d’Israël ; et d’autre part, à propos d’une éventuelle frappe préventive israélienne, contre les installations nucléaires iraniennes.
  
undefinedDans un article daté du 6 janvier, Michel Gurfinkiel (1) écrit : 
« …A 60 %, elle (la jeunesse israélienne) soutient la droite nationaliste. Si les jeunes Israéliens de 2008 se retrouvaient dans la situation de leurs grands-parents ou de leurs arrière-grands-parents en 1948, à la veille de l’indépendance, quel mouvement de résistance soutiendraient-ils ?
La Haganah, l’organisation militaire semi-officielle émanant de l’Agence juive, dominée par les partis de gauche, professant une doctrine de modération stratégique ? L’Irgoun, issue du sionisme de droite, appelant à une révolte immédiate contre les Britanniques et à la conquête de l’ensemble d’Eretz-Israël ? Ou le groupe Stern, ultra-nationaliste, prêt à recourir aux méthodes les plus dures pour assurer la création d’un Etat juif ? Ce sondage a été organisé à la fin de 2007. Les résultats sont éloquents. 40 % des jeunes interrogés ont choisi la Haganah, 30 % l’Irgoun et 30 % le groupe Stern. En d’autres termes, la ligne dure mène par 60 % contre 40 % (…) Pourquoi cette radicalisation ? On est tenté de répondre : parce que les jeunes Israéliens ont un cerveau (…) Début 2008, les nuages noirs s’amoncellent : le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza ont démontré qu’ils pouvaient frapper la population civile israélienne à leur guise, et survivre. Résultat : les régions qui se trouvent à proximité immédiate de leurs bases se dépeuplent. Cela encourage ces deux organisations djihadistes à frapper plus fort, plus loin. Après Sdéroth, c’est Ashkelon qui est touché. Après la Galilée, c’est le cœur démographique d’Israël, la région de Tel-Aviv, Gush-Dan en hébreu, qui pourrait se trouver à court terme sous le tir de missiles Kassam ou Katyushka tirés de Cisjordanie. L’Egypte, pays arabe soi disant modéré, ayant signé un traité de paix avec Israël dès 1978, trahit ses engagements, les uns après les autres, avec un cynisme obscène. L’affaire de ces deux mille pseudo pèlerins de Gaza en Arabie Saoudite, dont l’Egypte devait garantir la sécurisation et qu’elle a finalement laissés rentrer chez eux sans le moindre contrôle, est exemplaire (…) Les Arabes israéliens – 1,3 millions d’âmes, 17 % de la population israélienne – sont en train de passer corps et biens du côté des extrémistes islamistes et arabes. Le meeting qui s’est déroulé hier à Nazareth, ville israélienne, est révélateur. Une foule qui ne brandit que les drapeaux palestiniens, qui traite les ministres de son pays de criminels de guerre, qui proclame sa solidarité avec le Hamas de Gaza. Aucun pays souverain ne tolèrerait cela (…) Si Israël se retire d’un territoire, il n’apparaît pas aux yeux de ses voisins arabes comme mature et généreux, mais comme faible (…) Si l’Etat juif ne convainc pas ses citoyens arabes de sa volonté politique, ces derniers basculeront définitivement du côté du djihadisme. Les jeunes Israéliens, eux, savent cela. Ils se battront. Eux seuls méritent notre respect et notre soutien ».
  
Dans une dépêche de l’AFP reprise dans le Figaro 6 janvier, on peut lire : « Le président américain George W. Bush a affirmé que les Etats-Unis soutiendraient Israël sans réserves s’il était attaqué par l’Iran (…) Bush déclaré qu’en cas d’attaque iranienne contre Israël ‘nous défendrons notre allié, sans réserves’. Il a ajouté: ‘Si j'étais israélien, je prendrais les propos du président iranien (Mahmoud Ahmadinejad) au sérieux’, en références aux menaces réitérées de ce dernier d’effacer Israël de la carte ».
  
Dans le Sunday Times du 7 janvier, on apprend que : « Les fonctionnaires israéliens de sécurité doivent donner des informations au président George W Bush sur leurs derniers renseignements au sujet du programme nucléaire de l’Iran (…) Ehud Barak, le ministre de la défense, veut le convaincre qu’une frappe des militaires israéliens contre les équipements d’enrichissement d’uranium en Iran est faisable si les efforts diplomatiques n’arrêtaient pas les opérations nucléaires (…) on s’attend à ce qu’ils présentent au Président les détails récents de l’enrichissement de l’uranium par l’Iran (…) et du développement des missiles qui pourraient transporter les ogives nucléaires (…) Les fonctionnaires israéliens de sécurité croient que la seule manière d’empêcher l’enrichissement en uranium vers la catégorie militaire est de détruire les installations iraniennes. Beaucoup d’Israéliens sont désireux de savoir si l’Amérique donnerait à leur pays le feu vert pour attaquer, comme elle l’a fait en septembre dernier quand Israël a frappé un emplacement nucléaire mystérieux en Syrie ».
  
DEUXIÈME PARTIE
  
undefinedJe résume :
1- A 60 %, la jeunesse israélienne soutient la droite nationale. Pourquoi ? Parce que les jeunes Israéliens ont un cerveau.
2- Début 2008, les nuages noirs s’amoncellent : Le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza. Après la Galilée, c’est le cœur démographique d’Israël, la région de Tel-Aviv, qui pourrait se trouver à court terme sous le tir de missiles Kassam ou Katyushka tirés de Cisjordanie.
3- L’Egypte, pays arabe soi disant modéré, trahit ses engagements.
4- Les Arabes israéliens – 1,3 millions d’âmes, 17 % de la population israélienne – sont en train de passer corps et biens du côté des extrémistes islamistes et arabes.
5- Bush vient de déclarer : « Si j'étais israélien, je prendrais les propos du président iranien (Mahmoud Ahmadinejad) au sérieux », en références aux menaces réitérées de ce dernier de rayer Israël de la carte.
6- Les fonctionnaires israéliens de sécurité croient que la seule manière d’empêcher l’enrichissement en uranium vers la catégorie militaire est de détruire les installations iraniennes.
7- Beaucoup d’Israéliens sont désireux de savoir si l’Amérique donnerait à leur pays le feu vert pour attaquer les installations nucléaires iraniennes.
  
TROISIÈME ET DERNIÈRE PARTIE
  
Je conclus :
1-  Compte tenu des sept points susmentionnés, il me paraît évident qu’Israël doit d’urgence : primo, fixer ses objectifs ; secundo, établir l’ordre de priorité de ses objectifs ; tertio, établir les moyens disponibles, pour atteindre ses objectifs, dans l’ordre de priorité fixé. C’est là la seule stratégie viable face aux dangers énumérés ci-dessus. Il n’est pas nécessaire d’être général quatre étoiles pour s’en convaincre.
2-  Israël est menacé par le Hezbollah, le Hamas, les milices de Cisjordanie, l’Egypte, les Arabes israéliens et l’Iran. Ce sont les six objectifs à atteindre. La priorité numéro un, parmi ces six objectifs est l’Iran. Pourquoi ? D’une part, parce que l’Iran finance et arme le Hezbollah, certains éléments du Hamas et certaines milices de Cisjordanie. Et d’autre part, parce que l’Iran détiendra l’arme atomique, ou tout au moins une « bombe sale », en 2009 au plus tard.
3-  Le moyen disponible pour atteindre l’Iran, objectif prioritaire, c’est une attaque préventive des installations nucléaires iraniennes. La meilleure étude technique sur des frappes israéliennes contre l’Iran a été réalisée par le très sérieux MIT (Massachusset Institute of Technology). Cette étude établit que l’aviation israélienne dispose des capacités pour détruire en Iran des cibles souterraines. Le trajet passerait par la Turquie, le long de la frontière syrienne. Le ravitaillement se ferait au-dessus de la Méditerranée. La Turquie ne serait pas tentée d’abattre les avions israéliens. L’opération serait menée par vingt-cinq F-15 et vingt-cinq F-16 dotés de bombes pénétrantes d’une précision de trois mètres. Le site d’enrichissement d’uranium de Natanz serait endommagé avec 40 bombes pénétrantes, des BLU-113. Le meilleur moment pour frapper Natanz serait quand les 5000 centrifugeuses seront mises en place mais avant que de l’hexafluorure d’uranium y soit injecté (à cet égard le temps presse...).
   

  

(1)    « La Seconde Guerre d’indépendance »
 
http://michelgurfinkiel.com/articles/151-Isral-La-seconde-guerre-dindependance.html

  
undefinedOn nous dit que le terrorisme islamique ne provient pas directement de l’Islam. On nous dit que le terrorisme islamique ne provient pas directement du Coran. Pourtant, la terreur islamique, les actes terroristes islamiques, n’assassinent pas uniquement des Juifs et des Chrétiens. La terreur islamique, les actes terroristes islamiques, assassinent, aussi, les musulmans qui ne respectent pas, toutes les règles coraniques. La terreur islamique, les actes terroristes islamiques, assassinent, aussi, les musulmans démocrates, les musulmans modérés, les civils et les soldats irakiens.
  
Cet islam terroriste a récemment frappé au Pakistan, de façon explosive, si j’ose dire, avec le meurtre – sous la forme d’un feu d’artifice confus, mâtiné de coups de feu indéterminés – de Madame Benazir Bhutto. Cet assassinat fut l’occasion, pour l’expert en questions stratégiques Andrew C. McCarthy, dans la National Review, édition du vendredi 27 décembre, de rappeler, certaines réalités pakistanaises, notamment celle-ci, qui vaut son pesant de pistaches : un récent sondage CNN montre que 46% des Pakistanais approuvent Ben Laden. Or, on nous dit que le terrorisme islamique ne provient pas directement de l’Islam. Mais pourquoi dans ce cas, 46% des Pakistanais – soit près de 80 millions sur un total de 160 millions – approuvent-ils Ben Laden ?
  
Nous avons écrit en 2007 et nous écrivons encore en 2008, que depuis le 11 septembre 2001, l’Islam mène une guerre mondiale. En Europe, nos dirigeants et nos journalistes, en parfaites autruches, la tête dans le sable et de ce fait les fesses ouvertes aux vents du Levant, font comme si de rien. L’Islam n’a-t-il vraiment rien à voir avec le terrorisme ? Mais alors pourquoi l’islam est de plus en plus radical ? Et pourquoi cet islam de plus en plus radical remporte-t-il de plus en plus de victoires, tantôt militaires, tantôt électorales, jusqu’à Gaza, jusqu’au Liban, jusqu’en Turquie (70 millions de musulmans, aux portes de l’Europe, gouvernés par un parti islamique), jusqu’au Pakistan (160 millions de musulmans, à 46% alqaïdiques,  benladenisés et dotés de l’arme nucléaire) ?
  
Le terrorisme islamique tisse une toile mondiale. Des mouvements et des régimes nazislamiques et islamodiaboliques sèment la terreur, la pauvreté, la corruption et le chaos dans le monde musulman. Récemment, un auteur turc musulman, Zafer Senocak, écrivait : « Ce cercle vicieux doit être brisé, par l’engagement du monde libre et par l’engagement militaire, car ce n’est pas possible autrement » (1).
  
L’historienne égyptienne Bat Ye’or a récemment analysé la situation (2). De fait, nous vivons une guerre globale de civilisation. Les musulmans qui souhaitent la modernisation passent pour des apostats. La Charia les punit comme elle punit les Juifs et les Chrétiens. A cet égard, rappelons que les Juifs et les Chrétiens en terre d’islam sont soumis à un statut d’être inférieur, le statut de la dhimmitude. Selon le jihad, l’islam doit régner y compris sur les nations qui furent musulmanes, le Liban, les Balkans, Israël, la Sicile et l’Espagne. Cela figure par exemple dans la charte du Hamas. C’est pourquoi, les interventions américaines et Irak et en Afghanistan n’ont fait que révéler la réalité jihadiste et « il est impossible d’agir contre le totalitarisme sans conflits », conclut Bat Ye’or (2).
  
« Ce cercle vicieux doit être brisé, par l’engagement du monde libre et par l’engagement militaire, car ce n’est pas possible autrement », écrit l’auteur turc musulman, Zafer Senocak. « il est impossible d’agir contre le totalitarisme sans conflits », écrit l’auteur égyptienne Bat Ye’or. La société libre de culture judéo-chrétienne et l’islam moderne ne peuvent survivre sans engagement militaire, sans conflits. Nous l’écrivons depuis un certain temps déjà. Zafer Senocak et Bat Ye’or écrivent la même chose. C’est réconfortant.
  
Encore faudrait-il, qu’à cet égard, les autruches politico-médiatiques européennes, sortent la tête du sable. Car avec trop d’engagements européens non militaires les fesses ouvertes aux vents, le sabre du jihad pourrait leur réserver quelques conflits subits et inattendus. La guerre est bien là. La question est de savoir dans quelle posture on choisit de la mener. A ma connaissance, l’organe vital en pareille circonstance, c’est la tête, le cerveau. Le reste est, si je puis m’exprimer ainsi, postérieur.

  
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5 avril 2008 6 05 /04 /avril /2008 22:33

En décidant la création d’un fonds européen d’intégration des ressortissants des pays tiers estimé à dix milliards d’euros par an, en annonçant des mesures en faveur de l’accueil des réfugiés, le Parlement européen de Strasbourg (RIV. du 9 février “Les 27 préparent le droit de vote des immigrés”) ne fait en réalité que tenir des engagements pris il y a près de trente-cinq ans.

Pendant la guerre du Kippour à l’automne 1973, lors d’une Conférence tenue à Koweit-City, les représentants de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) où les pays arabes étaient très largement majoritaires décidèrent de quadrupler le prix du pétrole, de réduire l’extraction et de mettre sous embargo certaines nations “sionistes’ dont le Danemark et les Pays-Bas, de généraliser cette dernière mesure à tout pays qui rejetterait ou ne soutiendrait pas leurs demandes. A noter que l’Irak, qui en sera bien mal récompensé, se désolidarisa de ces décisions.

Quelques jours après cette Conférence, les neuf membres de la CEE (Communauté économique européenne) réunis à Bruxelles cédèrent au chantage et entamèrent une série de rencontres avec les pays arabes producteurs de pétrole, à Copenhague, Bonn, Paris — où se crée en l974 l’Association parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe —, Damas, Rabat, etc. Mais ce n’était pas suffisant. En l975, l’Association parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe met en place un Comité Permanent de trois cent soixante fonctionnaires devant siéger à Paris. Au même moment la revue Eurabia voit le jour. La lecture des premiers numéros est édifiante, un éditorial revendique “la contribution millénaire apportée par les Arabes à la civilisation universelle” — Jacques Chirac a fait sienne cette affirmation et Angela Merkel a récemment partagé ce point de vue. On peut lire également les propositions présentées et approuvées à la Rencontre du Caire par le Belge Tilj Declercq, membre de l’Association parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe, puis insérées dans la Résolution de Strasbourg.

Que dit cette Résolution? “Une politique à moyen et long terme doit être dès lors définie, passant par l’échange de technologie européenne contre du pétrole brut et contre des réserves de main-d’œuvre arabe. Echange qui, portant à la conversion des pétrodollars, favorisera, du côté européen et du côté arabe, une complète intégration économique. Ou la plus complète possible.” En outre, “l’Association parlementaire pour la coopération Euro-Arabe demande aux gouvernements européens de prendre des mesures spéciales pour assurer la libre circulation des travailleurs arabes qui immigreront en Europe, ainsi que le respect de leurs droits fondamentaux. Ces droits doivent être équivalents à ceux des citoyens nationaux. Ils devront en outre instaurer l’égalité de traitement dans les domaines de l’emploi, du logement, de l’assistance médicale, de l’enseignement gratuit, etc.” Sont dûment précisées “l’exigence de permettre aux immigrés et à leurs familles de pratiquer la vie religieuse et culturelle propre aux Arabes” et “la nécessité de créer, à travers la presse et les autres organes d’information, un climat favorable aux immigrés et à leurs familles”. Enfin, il s’agit “d’exalter, par le biais de la presse et du monde académique, la contribution apportée par la culture arabe au développement européen”. La création de l’Institut du Monde Arabe, qui nous coûte si cher, les pays supposés contributeurs oubliant régulièrement de verser leur quote-part, prend alors toute sa cohérence. Son déficit est sans importance!

Toujours au Caire, le Comité Mixte des Experts ajouta: “Outre l’inaliénable droit de pratiquer leur religion et de garder des liens étroits avec leurs pays d’origine, les immigrés ont aussi le droit d’exporter en Europe leur culture. Ou d’en faire la propagande et la diffusion.” Mais ce n’était pas encore assez! Le Conseil de l’Europe réuni lors du sommet de Varsovie les 16 et 17 mai 2005 a obtempéré à une exigence du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan qui, dans son discours du 16 mai, sommait le Conseil d’adopter des mesures efficaces contre l’anti-islamisme. Il a aussitôt été entendu. L’article 9 de la déclaration finale des chefs de gouvernement affirme: “Nous condamnons avec fermeté toutes formes d’intolérance et de discrimination, notamment celles fondées sur le sexe, la race et la religion, y compris l’antisémitisme et l’islamophobie. Nous affirmons notre détermination à continuer de développer, au sein du Conseil de l’Europe, des règles et des mécanismes efficaces pour les prévenir et les éradiquer.” Mme Merkel, qui vient de rappeler cette promesse, compte faire mettre en place les procédures ad hoc. Par conséquent, la création du fonds européen d’intégration, les mesures visant à “offrir des droits et obligations comparables à ceux des citoyens de l’Union européenne”, la directive enjoignant aux Etats membres d’attribuer un statut de résident de longue durée au bout de cinq ans de résidence légale, statut donnant accès aux mêmes droits pour les étrangers comme pour nationaux, y compris le droit de vote à toutes les élections, sont en effet les derniers coups portés aux identités et souverainetés nationales. Ils sont l’aboutissement des décisions prises en l973.

Mais ce n’est toujours pas assez. Aussi, en plus des associations les plus diverses, la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE) traquera et sanctionnera entreprises et particuliers soupçonnés de discriminer, c’est-à-dire qu’ils seront privés de la liberté de choisir; en définitive et a contrario se mettra en place une “discrimination positive” qui discriminera, par élimination, mais tout à fait légalement, selon des critères sexuels, ethniques et religieux. Et, si ce n’est pas suffisant, sur simple plainte, les hommes encore libres et les contestataires, appelons-les Nouveaux Résistants, pourront être traduits devant la Cour européenne de justice. C’est aussi cela l’Europe.


Article de Pierre Peraldi publié dans le n° 2802 du 17 mars 2007 de Rivarol

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Bat Yé’or est une essayiste égyptienne spécialiste dans l’étude de l’islamisme jihadiste*. Expulsée d’Egypte avec sa famille en 1957, elle assista à l’ascension du jihad islamiste dont les juifs, les chrétiens et les musulmans modérés furent les premières victimes. Auteurs d’ouvrages traduits en sept langues, elle est très écoutée aux Etats-Unis, y compris dans les cercles de décideurs.


Francesoir. Benazir Bhutto a été tuée au Pakistan. Al-Qaida tue des musulmans et des non-musulmans chaque jour, en Irak ; le Hamas veut faire disparaître Israël et Ben Laden appelle au jihad* contre les juifs et les croisés jusqu’au triomphe de l’islam. Est-ce un conflit de civilisation ?


Bat Yé’or. Oui, un conflit de civilisation, une guerre globale. Les musulmans occidentalisés souhaitant moderniser leurs pays sont attaqués comme « apostats ». La charia* prévoit pour eux un traitement plus sévère que pour les juifs et les chrétiens. Nous devons soutenir leur effort héroïque et nous en inspirer. Pour eux, il n’y a aucune rémission. Les textes stipulent que leurs femmes doivent être réduites en esclavage et les hommes tués… Quant aux juifs et aux chrétiens, ils échappent à la mort et à l’esclavage par la conversion. Le GIA en Algérie obéit à cette vision.

Mais l’islam prévoit un statut de « protection » (dhimma*) pour les non-musulmans
Juifs et chrétiens sont épargnés par le jihad s’ils acceptent l’islamisation de leurs pays et un statut de soumission, d’infériorité et d’humiliation : la dhimmitude*, ceci dans un contexte de conquête permanente. Ceux qui ignorent les stratégies du jihad ne peuvent rien comprendre à ce qui se passe aujourd’hui… Car même en tant de paix, l’idéologie du jihad a une stratégie.

Est-ce la raison qui pousse al-Qaida à réclamer l’Espagne et un jour l’Europe ?

Oui selon cette idéologie jihadique, l’islam doit régner sur toute la terre, à commencer par les nations voisines de l’islam, qui furent musulmanes. Le jihad de reconquête s’applique donc au Liban, aux Balkans, à Israël, à la Sicile, à l’Espagne, territoires ayant été gouvernés par la loi islamique pour certains jusqu’à la première Guerre mondiale.

L’Europe tolérante envers les musulmans n’est-elle pas moins menacée qu’Israël ? Comment vaincre l’islamisme ?
Non car le statut des juifs et des chrétiens est le même pour l’islamisme : l’Europe est, comme Israël, un territoire sous juridiction « infidèle » (kafir) à islamiser. Et elle est encore plus en danger qu’Israël en niant l’histoire, l’idéologie totalitaires du jihad, qui règle toute relation avec les non-musulmans. Pour vaincre l’islamisme, il convient d’abord de l’analyser lucidement sans se voiler la face, puis en aidant les musulmans modérés. Ensuite en assumant les valeurs judéo-chrétiennnes et humanistes de l’Europe qui ont permis le développement des droits fondamentaux de la personne humaine.

Que pensez-vous du projet de Sarkozy d’Union méditerranéenne et de son refus de la repentance ?

Le projet euro-méditerranéen initié dans les années 1970 par Bruxelles avait des aspects positifs, mais s’est développé comme une stratégie anti-israélienne et anti-américaine, d’abdication de l’Europe et d’immigration massive. Malgré ses bonnes intentions, M. Sarkozy aura du mal à changer cette politique établie avec des réseaux quasi-totalitaires euro-arabes dans les universités, les médias, la finance, etc., très puissants. Quant au refus de la repentance, c’est un aspect positif qui pourrait modifier la politique méditerranéenne, car tout en reconnaissant les pages sombre de l’Europe (Shoah, etc.), il signifie que l’Europe n’a pas à avoir de complexes vis-à-vis des pays musulmans qui, eux, n’éprouvent aucune repentance pour leurs propres conquêtes impérialistes ! Sans oublier les chrétiens persécutés ou génocidés : aujourd’hui les Noirs du Soudan et les chrétiens d’Irak, hier Arméniens ou chrétiens du Moyen-Orient ou du Maghreb.

Dialogue euro-méditerranéen versus Eurabia ?
Dans une étude sur les programmes communautaires « euro-méditerranéenne » établis depuis trente ans par Bruxelles et les chancelleries européennes (« Conférence de Barcelone », DEA : « Dialogue euro-arabe », etc.), Bat Ye’or explique qu’il existe une « similitude entre l’avancée islamiste actuelle et le processus d’islamisation des pays chrétiens dans le passé, lors des conquêtes musulmanes : Turquie, Balkans, Maghreb », etc. « L’Union européenne, compte tenu de sa politique euro-méditerranéenne (Eurabia), chercherait à nier cette guerre. » Aussi, la critique européenne des Etats-Unis viserait à « éviter de s’attaquer aux sources du danger » et « justifierait les compromissions avec l’islamisme ». Concernant l’opération américaine en Irak, Bat Ye’or rejette l’argument anti-Bush en rappelant que « Saddam était détestée et qu’il serait tombé un jour », et donc que « le même chaos se serait installé en Irak ». Pour elle, « les interventions américaines et Irak et en Afghanistan – quelles que soient les erreurs de la politique de Bush – n’ont fait que révéler la réalité jihadiste, car « il est impossible d’agir contre le totalitarisme sans conflits et George Bush a mis en évidence une réalité occultée en Europe. Les historiens de l’avenir lui en seront reconnaissants ». A ceux qui affirment que le jihad serait une « réaction à l’impérialisme américain » ou à la politique israélienne « d’humiliation des Arabes », elle répond que le danger islamiste « menace en premier les musulmans modérés ».

Bat Ye’or est l’auteur de Face au danger intégriste (Berg International, 2005) et Eurabia (Ed J.-C. Godefroy, 2006). Elle prononcera le 30 janvier prochain (mairie du XVIe, Paris), une conférence-débat : « Le dialogue euro-méditerranéen et le défi jihadiste ».
* jihadisme : courant islamiste né en Egypte au sein des Frères musulmans (Sayd Qutb) qui inspire al-Qaida et conçoit le terrorisme pour étendre l’islam et vaincre ses ennemis.
* Charia : loi islamique tirée du Coran et de la tradition (Hadith de la Sunna).
* Dhimmitude : de l’arabe Ahl al-dhimma (« gens du pacte »). En se soumettant à la charia et à l’impôt (jiziya), les dhimmis (juifs et chrétiens) sont épargnés par le jihad* ou guerre sainte. Ils ne peuvent commander un musulman, porter d’armes, ni manifester leur foi.


   

Edition France Soir du lundi 7 janvier 2008 n°19688 page 16

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22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 23:44

Le Beauf n’est pas le Français type. C’est le Français au superlatif, qui rassemble en lui toutes les vertus françaises, ce qui fait l’essence de la France et définit la francité ou l’être français. De fait, le Beauf est devenu par synecdoque de la partie pour le tout le peuple de France : plus franchouillard que français et raciste, parce qu’il est français. Le Beauf aime l’ordre, les CRS, les SS évidemment, et aussi la police, quand elle fait son travail, c’est-à-dire quand elle cogne sur les manifestants chevelus ou frisés. Il approuve la répression et il déteste les syndicats. Il défend les petits commerçants et il réprouve les défilés dans les rues. Il soutient les nazis et il condamne les gauchistes autant que les Anglais et les arabes. Travail, famille, patrie est sa devise : le travail, bien qu’il ne fasse rien, la famille, bien qu’il reluque la femme des autres, la patrie, qu’il aurait trahie s’il avait vécu entre 1940 et 1944. Il hait les immigrés, mais il regrette le temps béni des colonies, où il aurait fait suer le burnous, manié la chicote, pressuré le chapeau conique, trafiqué le bois d’ébène. Quand il chasse, il tire les oisillons tombés du nid et même les badauds qu’il croise dans la forêt. Ses autres loisirs sont le camping en août dans un terrain surpeuplé des bords de la Méditerranée. Tantôt, il est patron de bistrot, tantôt garagiste (il arnaque les clients), tantôt contremaître dans une usine automobile (où il fait claquer sa schlague sur l’échine des travailleurs immigrés) ou chef d’équipe dans un atelier textile (où il passe la main au cul des ouvrières).

Le Beauf boit du pastis, Pernod ou Ricard, ou du gros rouge qui tache. Bien entendu, comme il est le peuple de France, il rote, il éructe, il pète, il crache, il est sale, il profère des insultes, il raconte des blagues grasses, il fait des jeux de mots stupides, qui ne font rire personne. Et surtout, il est raciste. Non pas dans ses actes, sauf quand il expulse de son bar les immigrés, ces nouveaux saints qui se chargent des sales boulots qu’il était appelé à effectuer, vu son niveau primaire, si l’on n’était pas allé chercher au Maghreb et en Afrique une main d’œuvre corvéable à merci. Il est raciste en paroles. Son inventeur lui prête les propos racistes les plus échevelés, les plus bêtes, les plus orduriers, les plus dégoûtants, que les socialistes nationaux allemands n’auraient même pas osé tenir en public. Il hait les arabes, les noirs, les juifs, les jeunes aux cheveux longs, les filles qu’il ne baisera pas et qu’il agonit de "toutes des salopes". Il est nourri de cette haine virulente et visqueuse de vampire vautré dans la veule violence verbale.

Le trotskisme est un récit, le Beauf est une image. L’un existe par le verbe, l’autre doit son existence à des traits de crayon. Le premier s’énonce sur le mode de l’emphase glorieuse, le second se dessine en traits informes. Le trotskisme est une hagiographie, le Beauf est une image du Diable, de Satan, d’Iblis, de l’Ange déchu et de tout ce qu’on voudra d’autre. Il est l’icône du Mal, le Mal incarné, le Mal par excellence, le Mal sui generis, le Mal en personne. Au fil des siècles, l’iconographie maligne a évolué. On a eu les monstres, mi hommes mi bêtes, sculptés dans les chapiteaux des églises romanes. On a eu le diable velu, cornu et fourchu. On a eu le parpaillot. On a eu le croquant révolté, le plouc, le péquenot, le cul terreux, le paysan sale et ignare. On a eu la Gueuse et Marianne. On a eu le juif aux doigts crochus. Désormais on a le Beauf. Vous êtes une belle âme, vous croyez donc dans la société sans beaufs, vous rêvez de faire de la France une entité multiculturelle et pluriethnique qui serait le village mondial en miniature. Vouez aux gémonies ceux qui ressemblent au Beauf ou ont un petit quelque chose de commun avec lui, montrez-les du doigt, stigmatisez-les, marquez-les au fer rouge de la haine, exterminez-les.

Il n’existe pas de beauf dans la vie réelle. Par vie réelle, il faut entendre la vie extérieure à la fiction des bandes dessinées, des discours ordinaires, de la littérature des sociologues. Un individu singulier nommé Napoléon Bonaparte a existé. Il n’existe nulle part d’individu singulier qui rassemble en lui les traits, physiques et moraux, du Beauf. Or, s’il n’existe nulle part un beauf (je témoigne que je n’en ai jamais rencontré un seul), "le" Beauf existe bel et bien dans la fiction, où il est facile de donner une existence imaginaire à des ombres. Le Beauf est, comme Tartufe, Don Juan, Harpagon, Monsieur Jourdain, un type plus qu’un individu singulier, qui incarne le Français par excellence, id est celui qui est naturellement raciste.

 

Longtemps, il a été entendu qu’un individu était raciste, quand il était convaincu d’être d’une race, d’une religion, d’une ethnie, d’une nation supérieures, s’autorisant de cette supériorité fantasmée pour maltraiter ou tuer ceux qui étaient censés ne pas être de la même race supérieure que lui. Le Beauf inverse le racisme. Avec le Beauf, le raciste n’est plus celui qui est convaincu de sa supériorité, mais celui qui est assigné à une race inférieure. Ce n’est pas le surhomme hautain, arrogant et haineux : c’est le stigmatisé. L’invention du racisme est une inversion. L’invention consiste d’abord à retourner une notion, comme un politicien retourne sa veste, ou à la renverser, comme si on forçait les hommes à marcher sur la tête. Elle n’est en rien étrangère à notre époque de subversion généralisée, qui s’évertue depuis un demi siècle à affecter le signe - à ce qui était +. Le négatif de jadis est le positif d’aujourd’hui. Après l’anti-art et l’anti-littérature, l’anti-racisme : le racisme est renversé, mis sens dessus dessous, culbuté, chamboulé, cul par-dessus tête.

Tout fait du Beauf un individu d’une sale race. Il n’est pas raciste, c’est-à-dire d’une race supérieure, comme l’était le soldat allemand de la propagande nazie, grand, blond, élancé, souple, fort. Il est petit et presque aussi épais que haut. S’il ne l’était pas, il n’aurait pas survécu à l’évolution pour instruire les hommes : il faut que chacun le voie comme le spécimen d’une espèce tératologique appelée à s’éteindre. Il est gras, il a les tissus adipeux et le ventre proéminent. Ses yeux globuleux saillent sous des sourcils épais. Il a un gros nez épaté, le front bas et étroit, pas de cou, un double menton, la nuque large. Il est moustachu et ses cheveux bruns et rêches sont coupés court. Le Beauf est très laid. Il n’est pas laid par hasard. Sa laideur fait signe. Elle souligne de gros traits majuscules la bassesse d’une âme. Si les inventeurs du Beauf avaient été des poètes, ils auraient fait de la laideur l’antithèse de la grandeur d’âme. Chez Quasimodo, la générosité efface la laideur. Dans le conte de Mme de Beaumont et dans le film que Cocteau Jean en a tiré, la Bête cache sous une apparence effrayante une âme pure. Cocteau nous invite à regarder la réalité avec notre cœur, c’est un poète. Les inventeurs du Beauf n’ont pas ces talents. Ils ne laissent rien à deviner et assènent tout ce qu’il ont à dire sur le mode de la redondance. Radicaux, ils ne se contentent pas d’un trait de crayon pour dire ce qu’il croient devoir enseigner, il leur en faut six, sept, dix, vingt. Au cas où les lecteurs n’auraient pas compris, ils en remettent une couche. Si le Beauf est laid, c’est parce qu’il a l’âme vile et basse. Plus cette vérité est répétée, plus elle convainc. Quand un trotskiste exprime une idée, il la martèle vingt ou trente fois. Hitler faisait ainsi. Le front étroit, le double menton, la nuque large et grasse signalent que le Beauf, même s’il joue, ou parce qu’il joue, à la pétanque, ne pense pas. Penser fait horreur à ce primaire, dans tous les sens de cet adjectif. Il est impulsif et instinctif comme le sont ou sont censés l’être les animaux. Sous-homme, il fait honte aux véritables hommes dans lesquels s’inclut l’inventeur du Beauf. Bien entendu, comme il ne pense pas, la raison le fuit. On ne peut pas le raisonner, et encore moins débattre avec lui. On lui cogne dessus. Il communique par cris et borborygmes. Mal dégrossi, il parle le langage des singes : il n’est pas allé à l’école au-delà de treize ans. Il n’a même pas obtenu le certificat de fin d’études primaires.

 

L’invention raciste n’est pas seulement un discours de haine qui rabaisse les petits, les pauvres, les ploucs, les illettrés : bref les inférieurs de " sale race ", qui ne méritent plus d’être invités au grand banquet convivial et sans frontière de l’universel humain. Elle est une inversion. En accablant les gens de peu, les antiracistes acclimatent, en les naturalisant, les stigmatisations haineuses qu’ils prétendent contenir et combattre. Ils renversent donc les fondements de la morale commune et publique en accusant sans preuve des innocents. Pis encore, ils discréditent l’ordre anthropologique le moins inhumain qui soit. Beau-frère est un terme de parenté. Un beau-frère est le frère de ma femme ou le mari de ma sœur. Lévi-Strauss, dans Les Structures élémentaires de la parenté, Emmanuel Todd, dans La Diversité du monde, montrent que la famille forme un embryon de société. En France et en Europe, la règle est l’exogamie, ce qui veut dire ceci : un homme va chercher une épouse hors de sa famille. Les mariages consanguins sont évités, la prohibition de l’inceste est étendue aux mariages entre cousins. Le beau-frère est un étranger, au sens où il n’est pas de la famille ou du clan, que l’on accueille dans sa famille comme un frère. Avec l’exogamie, la civilisation prime sur la nature, sur le sang ou sur ce que d’autres nomment la race.

Le racisme dont le Beauf est accusé exprime un vrai racisme, un racisme primaire, qui nourrit l’inventeur du Beauf, les journaux qui publient ses "méfaits", les lecteurs qui s’en délectent. Le Beauf a pour antithèse le grand Duduche, qui est grand, fin, élancé, filiforme, blond. Il a des cheveux longs, comme il se doit. Il porte de fines lunettes d’intello. Le Beauf est un primaire. Son antithèse se prépare à entrer à l’université, où il sera Bac + 4, cadre dans la culture, la com, la pub, l’enseignement ou le socioculturel. Le Beauf a une apparence méditerranéenne (brun, il a les poils rêches), mais il est trop gros pour être arabe (l’arabe, comme chacun sait, est svelte) et il n’a pas les cheveux frisés, mais courts et raides, le front bas et étroit, la panse pleine.

Duduche vs Beauf, c’est l’opposition convenue entre le nordique, le germain, le scandinave d’une part (Duduche) et d’autre part le méditerranéen (le Beauf), entre l’aristocratie de la race et la décadence populaire. Les collabos jubilaient en juillet 1940 en comparant les soldats de la Wehrmacht - grands, sveltes, blonds, élancés, disciplinés, en pleine santé - aux trouffions français - petits, mal faits, gras du bide, râleurs - des armées françaises en déroute. Duduche défilait avec les vainqueurs, le Beauf courbait l’échine avec les humiliés. Le Beauf n’est pas différent du juif aux mains crochus, au nez busqué, au regard cupide, que montrait une partie de la presse du début du XXe siècle. Il conforte les racistes (les vrais) dans leurs certitudes. Il est une image pieuse qui incite à la piété raciste, la pire, l’impensée, la viscérale, la tripale - celui qui fait de la France et des Français la cible de la haine commune.

Que ce soit le peuple actuel (Dupont La Joie, M. Rodriguez, Glandu, Gérard ou Papy Mougeot) ou ses ancêtres, proches ou lointains, les Français sont réduits à un tas informe de franchouillards avinés et bestiaux. La France a toujours été raciste, comme si le racisme était un gène et qu’il se transmettait de père en fils ou de mère en fille. Les vices les plus haïssables, fascisme, xénophobie, délation, veulerie, en sont les effets. Fascistes et racistes en même temps, ça fait beaucoup, mais notre époque consomme sans frein. Le caddie de la haine est plein à ras bord. Les Français ne sont plus hommes comme le sont les Turcs ou les Chinois, ce sont des bêtes assignées à résidence raciste, tous, sans en excepter un seul, depuis la nuit des temps. Si, par hasard, quelques ancêtres n’ont pas failli, Jeanne d’Arc, Louis IX, Gambetta, on les oublie, on les efface de la mémoire, on les jette dans les mêmes poubelles que ceux qui ont failli ou sont accusés d’avoir failli. Clémenceau est un tueur, Ferry un affameur, De Gaulle un monarchiste raciste. L’histoire est révisée, la chronologie abolie, ce qui rend possible la transformation de nos ancêtres en beaufs puants. Le péché originel, auquel même les théologiens ne croient plus, est sauvé ou ressuscité pour être plaqué sur la seule France. Le racisme est son péché originel. Il fait son essence - ce qu’elle est.

Pourquoi le présent et le passé, les hommes et les choses, tout est-il noir ? Grâce à la légende noire, les Lang, Nouvel Obs, Monde, Libération, Jospin, les sociologues, Wieviorka, Sollers, BHL, les Beria de gauche, Catherine M, Mme Angot, Bourdieu, les petits Pol Pot de la Sorbonne, etc. peuvent afficher leur supériorité sur les générations laborieuses, modestes, humbles qui ont fait la France. Leur supériorité est absolue, elle ne saurait être relative. Le progressisme a changé de nature. Du social, il a basculé dans la métaphysique. Aux Beaufs, ces antiracistes par Vertu assignent la place inférieure des primitifs, non pas pour les punir, mais pour se pavaner et avoir la latitude de se dire, sans remords et en toute bonne conscience, supérieurs. Le racisme fictif ouvre la voie à la supériorité imaginaire des accusateurs. Entre eux et le peuple se creuse un abîme. Plus le peuple est veule, bas, stupide, ignoble, immonde, laid et tout ce qu’on voudra d’autre, plus, en comparaison, ils paraissent hauts, beaux, courageux, intelligents, lucides, vertueux, vigilants. Ils ne rabaissent que pour mieux se guinder. Ils n’avilissent que pour rehausser le piédestal où ils ont grimpé. Ils sont d’un sang autre. Peu importe que leurs parents aient préféré en 1940 la servitude à la guerre et, par pacifisme, abandonné la France à Hitler. Ils n’accusent que pour se grimer de résistance a posteriori. A la France, beaucoup d’entre eux ne doivent rien. Leurs ancêtres, qui ne sont pas, ô privilège, des Beaufs, sont enterrés ailleurs.

Puisque nous vivons dans une ère que la romancière Nathalie Sarraute nomme ère du soupçon (vivement qu’elle finisse), que, dans cette ère, tout est suspect, surtout la morale, les grands sentiments, les beaux principes, les discours brillants, le savoir, les institutions, de quelque nature qu’elles soient, que tout ce que nous faisons ou accomplissons est au mieux une pose, au pis une posture, c’est-à-dire une imposture, que la vertu ne serait que le masque du vice, soupçonnons Wieviorka, auteur de l’ouvrage La France raciste, paru au début des années 1990. Au nom qu’il porte, il est raisonnable d’inférer que ses ancêtres viennent d’Europe de l’Est et qu’ils ont émigré pour échapper à la misère ou à la mort. Depuis des siècles, les persécutés trouve un refuge en France. Bien entendu, personne, et surtout pas l’auteur de ces lignes, ne conteste à Wieviorka le droit d’être français, personne ne lui reproche ni son nom, ni ses ancêtres, ni ses origines. Si le racisme lui avait fait horreur, ce qui est légitime, il aurait accusé d’abord de racisme ses ancêtres et écrit un livre sur la Pologne raciste ou sur le racisme viscéral des Ruthènes ou de tout autre peuple oriental. Il est plus facile, quand on est sans scrupule, d’invectiver contre un pays dans la terre duquel ne reposent pas ses propres ancêtres, de cracher sur les ancêtres d’autrui, d’attribuer le vice infamant de raciste à des étrangers à soi ou aux siens, à ces millions d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards enterrés dans la terre de France que d’accuser le pays de ses ancêtres ou ses propres ancêtres : ça ne provoque pas de cas de conscience, on reste pur, blanc, innocent, ça donne bella figura.

Ce qui est insupportable dans l’invention du racisme, ce pour quoi l’accusation est plus criminelle que le crime dénoncé, ce n’est pas que la France et les Français soient accusés de racisme (après tout, pourquoi pas ?), c’est que la France soit le seul pays à être ainsi accusé et les Français les seuls hommes à qui est fait porter le crime originel de racisme, c’est que soient stigmatisés la nation et le peuple qui accueillent sans contrepartie et depuis des siècles des persécutés et, plus que tout, qu’ils le soient par des gens venus d’ailleurs et qui y ont trouvé refuge, liberté, confort, et que ces mêmes accusateurs s’interdisent très pieusement, par tartuferie, veulerie et sans doute par racisme primaire et viscéral, d’accuser – fût-ce dans un timide murmure - leurs propres ancêtres. Les Européens qui se sont égaillés à partir de 1492 dans la plupart des pays du monde, où certains ont commis des crimes épouvantables, n’ont pas stigmatisé les pays qu’ils ont colonisés ou les peuples qu’ils ont soumis, comme le font les petits marquis de l’antiracisme patenté et de subvention. Eux au moins, ils n’étaient pas tartufes. Il faut leur reconnaître cette vertu, fût-elle la seule dont ils aient fait montre.

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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 01:46
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Francis Fukuyama, qui avait lâchement sauté du train en marche, déclarant que la période "néoconservatrice" était terminée, s'en mordra les doigts jusqu'à la fin de ses jours. 

Le New York Times, le grand journal de gauche, vient d'annoncer la présence d'une nouvelle plume pour un éditorial hebdomadaire. Il s'agit de... William Kristol (ici en photo avec Guy Millière), le rédacteur en chef du Weekly Standard et l'un des emblèmes du mouvement néoconservateur aux Etats-Unis. Son père, Irving Kristol, fut le créateur du néoconservatisme. 

Parallèlement, le New York Times a confié deux de ses plus importantes rubriques à Sam Tanenhaus, un conservateur. Le Times tenterait-il de se reconnecter à un monde qu'il ne comprend plus ?
 
Quoiqu'il en soit, voilà LA grande nouvelle de 2008 : le pouvoir des idées n'a pas de limites.


INTERVIEW EXCLUSIVE "LE BLOG DRZZ"

Nom :

Ryan MAURO

Etats de service

Analyste de renseignement au Tactical Defense Concepts, une société privée avec accréditation auprès du Département de la Sûreté du Territoire (Homeland Security), du Département de la Défense américains et de l'ONU. 

Analyste auprès du Northern Intelligence Network, une société privée d'analyse des risques liés au terrorisme. 

Auteur de
"Death to America, the Unreported War in Iraq"

Créateur du site WorldThreats.com 

Les articles et interviews de Ryan Mauro apparaissent régulièrement sur Frontpage Magazine.



DRZZ : Pourriez-vous résumer votre parcours pour les lecteurs du log ?

 
MAURO : J’ai été recruté à l’âge de 16 ans comme analyste de géopolitique par le Tactical Defense Concepts. Depuis, j’ai travaillé comme analyste volontaire pour la Northern Intelligence Network et auprès des groupes d’oppositions syriens (Reform Party of Syria). J’ai publié mon premier livre en 2005, « Mort à l’Amérique, la guerre secrète menée en Irak ». Je suis souvent invité sur des radios aussi bien de gauche que de droite. J’ai créé le website WorldThreats.com, lequel sera complètement relooké dans les mois qui viennent. Plus récemment, j’ai présenté les sujets dont nous allons parler dans cette interview à un colloque du prestigieux Intelligence Summit [dirigé par John Loftus].
 
DRZZ : Pourriez-vous expliquer ce que vous avez découvert au sujet des Armes de Destruction Massive irakiennes ?
 
MAURO : En m’appuyant sur des sources déclassifiées, je pense depuis très longtemps que les ADM irakiennes ont été transférées en Syrie et peut-être au Liban, avec l’assistance des Russes. Cependant, bien sûr, cela n’a pas été prouvé à 100%, alors il est utile de rappeler qu’il a été admis officiellement qu’en 2003, l’Irak disposait du matériel et avait la volonté de produire et utiliser des ADM.
 
Le gouvernement américain entretient près de six kilomètres de documents dont les 90% n’ont pas encore été traduits. En 2006, ces documents ont été déclassifiés et placés sur internet, de manière à ce que des citoyens arabophones puissent les traduire. Quelques milliers de pages ont été ainsi publiées sur le web, mais le site web [de la base de Leavenworth] a été fermé lorsqu’on a découvert que des fichiers irakiens expliquaient la marche à suivre pour fabriquer une bombe nucléaire. Je n’ai pas personnellement traduit ces documents, mais mes collègues Ray Robinson [un officier de l’armée américaine, spécialisé en armes non conventionnelles et membre de l’Iraq Survey Group, la commission formée par le Congrès pour retrouver les ADM irakiennes] et Joseph Shadha [un Américano-libanais recruté par le gouvernement américain pour traduire lesdits documents, visibles ici] ont été les plus perspicaces dans leurs recherches. Mon rôle consistait simplement à organiser leurs travaux, les recouper avec d’autres sources et les présenter à l’Intelligence Summit et d’autres conférences de professionnels du renseignement.
 
Ces documents prouvent qu’en décembre 2002, les Irakiens cachaient aux inspecteurs de l’ONU la présence sur leur sol de scientifiques russes et turcs, travaillant sur le site nucléaire de Badr. Ils font également de nombreuses références à des programmes interdits, notamment de l’acquisition d’agents chimiques destinés à être utilisés à des fins militaires. Une cassette audio, déclassifiée par l’Intelligence Summit en 2005, détaillait une discussion de Saddam Hussein au sujet d’un programme secret d’enrichissement d’uranium durant l’année 2000.
 
D’après les documents mis en ligne par le gouvernement, nous disposons de renseignements au sujet d’un transfert d’ADM vers la Syrie. Une note du Département de la Défense explique qu’un indic irakien, avec des connexions à l’ambassade irakienne de Damas, a confirmé à l’armée américaine que deux envois d’ADM étaient arrivés en mars 2003 à Deir al-Zour, en Syrie. Le second transfert avait eu lieu par un convoi de 50 camions [confirmé par le général irakien Sada et des photos satellites de la NGA]. Un autre rapport montre que  le renseignement chinois a repéré ces mouvements et a demandé des explications à son homologue allemand, qui a démenti puis a averti les Irakiens.    
 
Bien d’autres sources convergent sur un transfert d’ADM vers la Syrie. Les Israéliens l’ont toujours affirmé, depuis l’automne 2002 [par le biais du premier ministre Ariel Sharon]. L’ancien chef des services secrets roumains, Ion Pacepa, a écrit que lorsqu’il servait les communistes, il existait un programme appelé « Opération Sarindar », qui consistait à livrer des armes interdites à des pays mais effacer toute trace d’un tel marché si une puissance occidentale intervenait militairement contre un client. Ce plan, a expliqué Pacepa, avait été originellement mis en place pour la Libye mais s’est étendu par la suite pour inclure l’Irak. En 2002, Primakov [ancien chef du KGB et premier ministre sous Eltsine], que Pacepa identifie comme l’un des cerveaux de l’ « Opération Sarindar », se trouvait en Irak avec deux anciens généraux de haut rang de l’armée soviétique. Ils se trouvaient sur place comme « conseillers » du régime irakien.
 
De plus, un agent fédéral, David Gaubatz, a rapporté que des transferts d’ADM irakiennes avaient eu lieu entre l’Irak et la Syrie, et a noté sur le terrain la présence massive des services secrets russes [présence confirmée par Yossef Bodansky, membre de la commission sur le terrorisme auprès du Congrès, dans son livre The Secret History of the Iraq War].
 
L’adjoint du sous-secrétaire à la Défense [soit le n-3 du Pentagone], John Shaw, travaillait dans un service ayant accès à toutes les informations concernant la guerre en Irak. Il a affirmé que le renseignement ukrainien l’avait informé de la présence en Irak des unités spéciales Spetsnaz russes, appliquant l’ « Opération Sarindar » en déplaçant les ADM vers la Syrie. Il a même donné les noms des unités et des officiers. Nous possédons un grand nombre de preuves à ce sujet.
 
DRZZ : Dans un message, le Dr Laurie Mylroie, une ancienne conseillère du Président Clinton sur l’Irak, m'a écrit : « vous pouvez être certain que l’Irak était derrière le 11 septembre – et les lettres d’anthrax qui ont suivi. Le FBI refuse toujours de dire, six ans après, qui est à l’origine des lettres d’anthrax !» ? Quelle est votre opinion à ce sujet ?  
 
MAURO : Je n’ai pas de certitudes sur l’implication de l’Irak dans les attentats du 11 septembre. Il existe des preuves qui lient le régime et les attaques, mais le vrai débat est : « ces preuves sont-elles crédibles ? », « pourquoi la communauté du renseignement les rejettent-elles ? » et « est-il possible que l’Irak soit impliquée dans le 11 septembre ? ». Nous possédons des documents qui montrent que l’Irak et l’Iran supportaient le terrorisme, et le 11 septembre peut être le résultat de ce soutien, bien que la communauté du renseignement refuse cette conclusion. Il est possible qu’Al-Qaeda ait été financée par plusieurs Etats qui ignoraient l’implication de l’autre ( et les missions orchestrées par la nébuleuse islamiste).  

Cela dit, puisque nous en parlons, il n’est pas inutile de rappeler  les indices dont nous disposons.

Nous savons qu’à l’été 2001 [le 21 juillet], un journal tenu par le fils aîné Houdaï Hussein a prédit que Ben Laden attaquerait prochainement le Pentagone, la Maison Blanche et la ville de New York. L’éditorial du journal ajoutait : « les ailes d’une colombe valent une balle dans le cœur d’un croyant ». Les documents discutés précédemment montrent que le gouvernement irakien avait publié un appel à attaquer les Etats-Unis en 2001 et entraînait des pilotes pour des missions-suicides.
 
Ajoutons qu’il a été noté [par le Washington Times] que les services de renseignement israéliens ont averti leurs homologues américains à la mi-août 2001 d’une attaque imminente sur le sol des Etats-Unis. Les Israéliens ont affirmé avoir des renseignements « très crédibles » pointant sur une implication irakienne [dans son rapport de novembre 2001, le AMAN, le renseignement militaire israélien, attribuait les attentats à l’Irak].
 
Début août 2001, l’Irak accueillait la « Neuvième Conférence islamique », qui réunissait à Bagdad les chefs terroristes du monde entier [dont des représentants du Hamas, du Djihad islamique et d’Ansar al-Islam]. Puis, deux semaines avant le 11 septembre, l’armée irakienne a passé en alerte rouge, la plus haute depuis la Guerre du Golfe et Saddam a passé trois semaines dans un bunker. Notez aussi que les méthodes des pirates du 11 septembre ressemblaient à l’entraînement des pilotes-suicides irakiens pendant la Guerre du Golfe telles qu’elles ont été décrites par un informateur en 1996, à savoir l’attaque d’un Boeing par un petit commando armé de couteaux.
 
Plusieurs rapports ont dépeint des contacts entre le Mukhabarat [le renseignement irakien] et les kamikazes du 11 septembre. Ils n’ont pas été repris par la commission du 11 septembre qui ne les a pas jugés crédibles. On débat beaucoup au sujet du Mohammed Atta à Prague – et ce dossier, je peux vous le garantir, est loin d’être clos. L’origine des attentats du 11 septembre remonte à Ramzi Youssef et son oncle Khalid Cheikh Mohammed, les hommes responsables de l’attentat de 1993 contre le World Trade Center. Le Dr Laurie Mylroie a présenté un argumentaire convaincant [dixit le directeur du FBI de New York] que Youssef avait été recruté par les services secrets irakiens et travaillait pour eux.
 
Neuf des pirates de l’air du 11 septembre ont passé par l’aéroport Logan de Boston, où travaillait un agent des Fedayeens de Saddam, Ahmed Hikmat Shakir [un ami notoire de Timothy Mc Veigh, le poseur de bombes d’Oklahoma City]. En janvier 2000, Shakir travaillait alors à l’aéroport de Kuala Lumpur et il a escorté deux des pirates de l’air à la fameuse réunion finale où ont été décidés les attaques du 11 septembre. Certaines critiques disent que l’homme du Logan Airport et celui de Malaysie ne sont pas les mêmes, mais je pense qu’ils ont tort : après le 11 septembre, Shakir a été arrêté en Jordanie et les Irakiens ont exercé de fortes pressions diplomatiques pour qu’on le relâche.
 
 Les médias irakiens ont salué les attentats du 11 septembre et le gouvernement de Saddam Hussein reste le seul du monde à n’avoir jamais condamné cette tragédie. Nous disposons d’autres preuves plus ténues, mais je conclurais par cette anecdote. Le 3 décembre 2001, un chef tribal a récité un poème devant le dictateur irakien. L’une des strophes disait : « six mille infidèles sont morts. Ben Laden n’y est pour rien. C’est la chance de notre Président qui commis cet exploit. » Le président, bien sûr, c’était Saddam Hussein.
 

 DRZZ : Un rapport publié par la communauté du renseignement américain a conclu que le regime iranien avait stoppé son programme d’ADM en 2003. Qu’en pensez-vous ?
 
MAURO : Il y a plusieurs manières de critiquer ce document. Premièrement, il semble que le seul gouvernement qui le considère sérieusement soit le gouvernement américain. Mais c’est même en train de changer, puisque les médias le rejettent, de même que des anciens hauts fonctionnaires de la CIA comme John Mc Laughlin [ex n-2 de l’Agence]. Les services secrets britanniques chuchotent aux médias que le rapport est une blague, les Israéliens l’ont complètement rejeté et les Français l’ont décrit comme une « hallucination ». La semaine passée, un groupe d’opposants iraniens l’ont discrédité en affirmant qu’ils avaient contacté leurs informateurs et appris que le programme nucléaire iranien marchait toujours à plein régime, mais sur d’autres sites. La NIE a peut-être raison lorsqu’elle affirme que les activités interdites ont stoppé en 2003, mais cela ne veut pas dire qu’elles n’ont pas été reprises depuis. Le « programme d’énergie » de l’Iran, qui a toujours été considéré comme le premier pas vers la bombe atomique, est toujours en place. Ce qu’a fait la NIE c’est redéfinir le problème et demander des preuves de tribunal sur la volonté réelle du régime des mollahs.

J’ajoute que les personnes qui ont signé ce document sont sujettes à caution. Ils viennent du Département d’Etat, un organisme qui a toujours pensé qu’il existait un moyen de s’entendre avec l’Iran, que les mollahs étaient des gens rationnels et qu’ils étaient seulement provoqués par l’attitude agressive des Etats-Unis.  Enfin, la NIE franchit la ligne rouge lorsqu’elle livre des recommandations politiques, ce qui n’est pas son rôle. Par exemple, lorsqu’elle note que les Iraniens ont stoppé leur programme en 2003 mais refuse d’attribuer ce relâchement à l’invasion militaire de l’Irak par les Etats-Unis.
 
Des fuites montrent que la NIE ne fait pas l’unanimité que certains veulent nous faire croire. Les services secrets étrangers la rejettent et ouvrent publiquement la question de savoir si les Américains ont cédé à une opération d’intoxication montée par l’Iran. D’autres fuites montrent de profondes divergences à l’intérieur même du renseignement américain, des personnes haut placées dans la DIA, la CIA et le Département de l’Energie estimant que les conclusions de la NIE sont sans valeur.
 
DRZZ : Est-ce que le renseignement américain a une bonne image de l’Iran ou est-elle aussi floue que celle qui prévalait sur l’Irak ?
 
MAURO : Nos sources principales sont les déserteurs et les groupes d’opposition, qui ont prouvé leurs compétences par le passé. Cependant, nous manquons cruellement de sources humaines.  
 
DRZZ : Pourriez-vous nous donner un exemple de la guerre secrète que se livrent actuellement les Etats-Unis et l’Iran ?
 
MAURO : L’Iran est un Etat qui soutient le terrorisme. Il n’y a qu’à regarder ses activités en Irak pour se convaincre que l’Iran travaille activement à affaiblir les Etats-Unis, tuant des soldats américains et des civils irakiens par centaines. L’Iran est derrière les guérillas d’Irak et d’Afghanistan et sa poupée gigogne, la Syrie, contribue aux objectifs des terroristes dans la région. Nous avons des preuves conséquentes liant l’Iran à Al-Qaeda. Plusieurs membres de la nébuleuse islamiste se trouvent aujourd’hui en Iran. 



INFILTRATION IRANIENNE EN IRAK
 
    
    Le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad (1956-) entame, aujourd'hui, un voyage historique en Irak. Ce voyage, qui devrait s'achever le mardi 4 mars, marque une ouverture entre les deux pays au terme de plusieurs décennies de conflit et de rejet mutuel. Il met également en exergue le rôle de plus en plus important que joue Téhéran dans la crise irakienne, au moment où Al Qaida recule militairement.

    En effet, de nombreuses cellules terroristes impliquant les services secrets, voire les forces spéciales, du régime iranien ont été révélées, notamment dans Bagdad où l’Imam Moqtada Al-Sadr a reconduit pour six mois un cessez-le-feu unilatéral. C’est par l’Iran que passe l’armement des insurgés ainsi que l’équipement des milices islamistes chiites (lance-roquettes, mines, EFP), mais où sont aussi entraînés les cadres de l’insurrection. Les Etats-Unis accusent les Gardiens de la Révolution (Sepahé Pasdaran) d’être au cœur de ce soutien.

Sepah-1.jpgEmblème des Gardiens de la Révolution
   
    Considérés comme une organisation terroriste par Washington, les Gardiens de la Révolution, contrôlent des parties entières de l’économie iranienne, et jouent un rôle majeur dans l’actuelle crise nucléaire qui oppose l’Iran à la communauté internationale. Mahmoud Ahmadinejad est, lui-même, un ancien Pasdaran. Son triomphe à l’élection présidentielle du 24 juin 2005, marque incontestablement la victoire des Gardiens de la Révolution au plus haut niveau de l’État iranien. Les Pasdarans constituent le noyau le plus radical de la Révolution islamiste iranienne. Ils en ont élaboré la stratégie révolutionnaire et expansionniste, ainsi qu’une doctrine de guerre asymétrique qu’ils appliquent dans la bande de Gaza en soutenant le Hamas, au Liban en soutenant le Hezbollah, en Irak en soutenant les éléments les plus extrémistes de l’Armée du Mahdi. L’organisation est née en mai 1979 avec le renversement de Mohammad Reza Pahlavi ((1919-1980) dit le Chah d’Iran, et le triomphe de l’Ayatollah Ruhollah Musavi Khomeini (1902-1989). Destinée à protéger le régime islamiste de ses ennemis de l’intérieur comme de l’extérieur, les Pasdarans forment une armée de 350 000 hommes, et disposent de forces spéciales : la Force Qods.

Pasdarans.jpgDéfilé de Pasdarans dans Téhéran
   
    Mohammed Abdullah Shahwani, le Directeur des services de renseignement irakien, accuse l’Iran d’entretenir l’instabilité en Irak. Des éléments de la Force Qods seraient ainsi à l’origine de nombreux sabotages et d’attaques visant directement le mouvement du « Réveil des tribus » ainsi que les « Fils de l’Irak ». Cette dernière organisation est issue de regroupements locaux de citoyens désirant endiguer la violence et le terrorisme. L’alliance des tribus sunnites et les « Fils de l’Irak » ont permis au Général Petraeus de reprendre le contrôle de la plus grande partie du pays. L’Iran est, donc, en train de constituer des réseaux de cellules terroristes en Irak, et la guerre avec les Etats-Unis aurait commencé d'une certaine manière par Irakiens interposés. Les raids de la coalition dans Bagdad, et ailleurs, ont permis ce mois-ci de saisir de nombreux documents, des armes, mais également de capturer des agents iraniens chargés de financer le terrorisme. En Irak, l’objectif de Téhéran est d'entretenir l’instabilité afin de fixer et d’épuiser l’armée américaine, tout en disposant d’un moyen de pression dans la crise nucléaire face aux sanctions de la communauté internationale.


Dimanche-2-mars-2008.jpgBagdad, le dimanche 2 mars 2008. Le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad est accueilli par le Président irakien Jalal Talabani
   
    Au moment où le Président Ahmadinejad débute son périple irakien, l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique (AIEA), en la personne de son Directeur-adjoint le Finlandais Olli Heinonen, a rendu public le 25 février dernier des documents prouvant que l'Iran a continué son programme militaire nucléaire au-delà de 2003, contrairement à ce qu'affirmait un récent rapport émanant de la communauté du renseignement américain en décembre 2007, et qui avait produit une polémique. Que ce soit à l'échelle de la crise irakienne, à l'échelle d'un axe régional qui va du Liban à l’Ouest à l’Afghanistan à l’Est, en passant par la Syrie et l’Irak, ou que ce soit à l'échelle internationale avec la crise nucléaire, l'Iran se révèle plus que jamais comme une puissance perturbatrice et dangereuse pour la paix.

Sources : HUGEUX (Vincent), « Ahmadinejad en Irak: l'enjeu nucléaire », in L’Express du vendredi 29 février 2008. « NOUGAYREDE (Nathalie), « Les Pasdarans iraniens au cœur de la crise avec l’Occident », in Le Monde du samedi 7 avril 2007. NOUGAYREDE (Nathalie), "L'AIEA détient des preuves que l'Iran a mené un programme nucléaire militaire après 2003", in Le Monde
du samedi 1er mars 2008. OIF.

T-h-ran---Lundi-8-mai-2006.jpgUne rue de Téhéran le lundi 8 mai 2006

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14 mars 2008 5 14 /03 /mars /2008 05:15
CRSS = SS“C’était la guérilla ! On a scié les poteaux téléphoniques. C’était un peu ce que faisaient les fellaghas en Algérie aussi. En Algérie, toutes les nuits, les poteaux étaient coupés… Il fallait faire quelque chose. Ce n’était pas très populaire bien sûr, mais c’était un moyen de semer le désordre (..) Cela marquait, parce que cela créait une ambiance de désordre, de tension” Jean-Marie Saillour (militant paysan et ex-parachutiste en Algérie, 1961)
A Morlaix, c’est moi qu’ai été désigné donc, pour dire “Faites tout ce que vous voulez. Coupez les poteaux téléphoniques”. J’avais voulu faire référence à l’Algérie (..) en disant “là-bas, ça réussit”, parce qu’on sentait que ça réussissait déjà (..) Pierre Abéguilé (syndicaliste paysan, 1961)
Les voitures et les bâtiments brûlés dont sont pleines les rues françaises sont le résidu intérieur du culte du jihad dont ces musulmans français ont été “drogués” par Al-Jazeera et qui a été légitimé par une classe intellectuelle française qui a toujours “romantisé” la résistance sous toutes ses formes. Nidra Poller (nov. 2005)
Avec l’appui de la télévision, les événements ont été instrumentalisés par les ennemis politiques du ministre de l’Intérieur, qui ont ressassé les termes de “racaille” et de “karcher”, sans jamais les replacer dans leur contexte (le décès d’un enfant victime d’un règlement de comptes entre bandes à La Courneuve), ni préciser qu’ils ne désignaient qu’une infime minorité de délinquants et non toute une population respectable. Ainsi caricaturés, ces mots sont devenus un cri de ralliement pour des casseurs potentiels déjà fascinés par des images de violences. Le discours de l’excuse s’est alors trouvé survalorisé, les prises de position normatives ont été rejetées comme politiquement incorrectes et les policiers ont fait office de boucs émissaires. Lucienne Bui Trong (mars 2006)
Dans le système traditionnel africain, tous les adultes interviennent. En France, ces enfants vivent une rupture entre le discours parental et les règles externes. Or la parole adulte fonctionne lorsque tous la renforcent.Hughes Lagrange (oct. 2007)

Immigration massive et récente d’Afrique noire, forte concentration et surchômage de jeunes de moins de 20 ans …

Mauvaise répartition des effectifs policiers, manque de moyens et imposition d’injonctions contradictoires à la police de base …

Suite aux toutes récentes émeutes raciales de Viliers-le-Bel …

Et à l’heure où nos étudiants et nos lycéens tentent tant bien que mal de reprendre, à une poignée d’irréductibles aux méthodes de casseurs et de racaille, leur droit à une éducation publique en voie avancée de paupérisation

Confirmation, dans un entretien du sociologue Hughes Lagrange sur le site Contre-information et au-delà des clichés habituels sur le prétendu héritage post-colonial ou le supposé sur-racisme des policiers, du cocktail explosif qui est le plus souvent à l’origine de ces flambées régulières de violence …

Sans oublier bien sûr, des “jacqueries” paysannes au vandalisme étudiant ou antimondialiste, une longue tradition de violence “politique” et de stigmatisation de la police.

Mais surtout la culture de l’excuse et de l’impunité comme de l’aveuglement volontaire qu’ils contribuent indirectement à créer avec la collaboration plus ou moins consciente de nos sociologues de service pour qui, ultime signe d’intégration, il ne s’agit jamais que d’un … “mode d’entrée en politique”!

Extraits:

les villes qui ont connu des émeutes ont une forte population de jeunes – mais ce sont surtout les zones urbaines sensibles dans lesquelles la part des moins de 20 ans est supérieure à 30%. Ce sont des villes où l’on a une forte proportion de familles supérieure à six membres. On a retrouvé cette proportion dans les personnes déférées en comparution immédiate au tribunal de Bobigny. La taille des fratries est très élevée. Ce qui est un indicateur, approximatif, de l’immigration subsaharienne. Le trait saillant des émeutes de 2005, c’était qu’elles touchaient des villes qui accueillait une immigration récente.

la spécificité de la France, ce ne sont pas ses indicateurs sociaux, bien que le chômage des jeunes distingue particulièrement la France. C’est surtout le fait que la police soit systématiquement prise à partie dans les conflits qui concernent la jeunesse dans les villes les plus pauvres. Des villes pauvres, vous en avez partout – en Allemagne, en Angleterre… Vous avez eu des émeutes, des violences collectives en Angleterre et en Allemagne, mais jamais elles ne prennent à ce point la forme ritualisée de l’affrontement avec la police.

Cela me paraît très compliqué d’y voir un héritage post-colonial. Qui parmi la police a connu ne serait-ce que des policiers qui auraient connu la période post-guerre d’Algérie ? Les policiers partent à la retraite très tôt.

la police reste dans certains quartiers le service social sur lequel les autres institutions publiques se reposent. Et donc les policiers sont face à des populations qu’ils ne connaissent pas, et qu’on leur demande de maîtriser par tous les moyens possibles et surtout sans bavure. Ils sont pris dans un ensemble d’injonctions contradictoires, qui font que cela devient impossible pour eux

A Paris, on a la densité policière la plus élevée d’Europe. Le gros paradoxe, c’est que là où elle serait la plus nécessaire, c’est là où les moyens sont les moins abondants.

A long traditon of street violence

“Les émeutes sont un mode d’entrée en politique”

Contre-information
Décembre 2007

En 2005, la déclaration de Nicolas Sarkozy sur les “racailles” a été un facteur d’unité entre des villes et des cités » souligne Fabien Jobard, sociologue, chercheur au CNRS, qui revient sur les événements de Villiers-le-Bel et les relations entre les jeunes et la police. «Le fait que la police soit systématiquement prise à partie dans les conflits qui concernent la jeunesse dans les villes les plus pauvres est une spécificité française», souligne-t-il. «En France, il est toujours extrêmement difficile de faire la preuve d’une violence policière.» Fabien Jobard est rattaché au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (www.cesdip.com). Il a écrit sur le site de Vacarme plusieurs articles sur les relations entre jeunes et policiers à Dammarie-lès-Lys.

Comment avez-vous analysé les émeutes de 2005?
Sur 2005, des analyses statistiques ont été conduites, notamment par Hugues Lagrange, qui permettent de dégager des corrélations entre les caractéristiques des villes qui ont été touchées par les émeutes et celles qui n’ont pas été touchées. Trois cents communes ayant été concernées par des violences collectives, l’étude statistique était possible. Parmi le cocktail des facteurs déterminants, bien évidemment les émeutes se déroulent dans les villes qui ont des zones urbaines sensibles, mais surtout dans les villes où l’écart de richesse entre les zones urbaines sensibles et le centre-ville est le plus fort, c’est-à-dire des villes qui ont un fort indice de ségrégation sociale. Ensuite, les villes qui ont connu des émeutes ont une forte population de jeunes – mais ce sont surtout les zones urbaines sensibles dans lesquelles la part des moins de 20 ans est supérieure à 30%. Ce sont des villes où l’on a une forte proportion de familles supérieure à six membres. On a retrouvé cette proportion dans les personnes déférées en comparution immédiate au tribunal de Bobigny. La taille des fratries est très élevée. Ce qui est un indicateur, approximatif, de l’immigration subsaharienne. Le trait saillant des émeutes de 2005, c’était qu’elles touchaient des villes qui accueillait une immigration récente. Les villes qui n’ont pas connu d’émeutes en 2005, ont généralement connu des émeutes dans les années 80 ou 90. Ce qui est une bonne nouvelle: les enfants de ceux qui ont pris part à des émeutes dans les années 80 ou 90 n’ont eux-mêmes pas pris part aux émeutes. Ce qui voudrait peut-être dire que les émeutes sont un mode d’entrée en politique, ou un mode d’expression politique qui correspond à des classes d’âge particulières, dans des quartiers particuliers, et qui vivent une histoire migratoire particulière. C’est un petit moment dans une vie. Et après, on ne recourt plus à ce mode d’expression.

Et en même temps, en 2005, le conflit s’est généralisé.
C’est la différence essentielle avec ce que l’on a connu, la semaine dernière. Il n’y a pas eu dissémination du conflit sur tout le territoire comme en 2005. Ce qui s’est produit à Villiers-le-Bel, c’est ce qui se produit de manière quasi systématique, lorsque des policiers sont impliqués dans un incident mortel, qu’ils en soient à l’origine ou pas.

Si l’on regarde la chronologie des événements en 2005, on se rend compte que passé deux ou trois jours, les événements allaient décroissants. C’est une combinaison entre le tir de la grenade lacrymogène dans la mosquée, et les déclarations du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur – qui disaient, sans changer de position, que les jeunes avaient pris la fuite parce qu’ils s’étaient rendus coupables d’un cambriolage –, et les premières condamnations qui avaient été très dures. Ces facteurs ont incité à un déplacement des foyers d’émeutes, ce qui ne s’est pas produit en 2005. Cette fois, il y a eu une certaine prudence des déclarations politiques après la mort des deux enfants à Villiers-le-Bel, assortie d’un déploiement de force assez dissuasif sur les lieux.

Est-ce qu’en 2005, la jeunesse ne réagissait pas aussi parce qu’elle avait été un peu plus stigmatisée? Vous avez aussi étudié les propos du ministre de l’Intérieur…

J’avais juste fait remarquer que «racaille», c’était la traduction qu’on donnait au 19ème siècle au terme de « Lumpen » – terme qu’employait Marx pour décrire la fraction subalterne, anarchique, du prolétariat en juin 1848. Je trouvais l’analogie intéressante. Mais c’est vrai que la déclaration de Nicolas Sarkozy sur les racailles date du 25 octobre. Le 27 octobre, les deux jeunes décèdent dans le transformateur électrique. Du coup, il y a eu une perception de la part de tout un ensemble de jeunes, rassemblés sous le vocable de racailles, d’une unité symbolique. Cette seule parole du ministre de l’intérieur a agi comme un puissant facteur d’unité entre des villes et des cités qui ne se connaissent pas et ne vivent pas les mêmes problèmes.

Quand on regarde le fossé entre les jeunes des quartiers et la police, c’est souvent un sentiment d’injustice qui domine, et le fait que le policiers sont souvent disculpés…

Effectivement, la police est l’administration la plus sanctionnée, et notamment les Compagnies Républicaines de Sécurité. Mais en même temps, il est toujours extrêmement difficile de faire la preuve d’une violence policière. Les policiers sont souvent sanctionnés pour des fautes administratives – négligence dans le port d’armes…– mais dès que l’on aborde des problèmes de conflit avec la population clientèle de la police, il est très difficile de faire la preuve de quoi que ce soit, parce que bien souvent l’autorité administrative (IGPN ou IGS) ou l’autorité judiciaire dévalorisent les témoignages qui peuvent être apportés. A partir du moment où un témoin, ou une victime, est je cite «connu des services de police», la charge de la preuve devient absolument démesurée pour elle. Et cela ne passe pas seulement par le fait de s’immuniser contre une accusation de violence illégitime de la part du policier, en balançant un outrage ou une rebellion qui est la technique par laquelle on peut faire barrage à ce type d’accusation. La simple personnalité pénale de la victime ou du témoin y contribue. Dans un rapport commandé par Pierre Joxe, à la fin des années 80, le directeur de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) lui-même explique que les chances de succès d’une plainte sont bien moindres lorsque la personne a fait l’objet d’une procédure d’outrage. Il ajoute qu’il est toujours facile pour un fonctionnaire de police de «s’abriter derrière un rapport d’outrage». Sachant que «l’outrage et rebellion» est un contentieux qui a doublé depuis 1995 – bien évidemment on n’a pas une violence illégitime derrière chaque outrage – on a l’indicateur d’une croissance de la tension et d’une pérénité de cette impuissance de faire face par des voies judiciaires à la police. Néanmoins, les choses ont évolué. Il y a de plus en plus de plaintes pour violences illégitimes mais aussi de plus en plus de faits dits avérés, c’est-à-dire de faits que les services d’inspection (IGS, IGPN) considèrent comme tels. Le volume croît, même si l’on reste sur quelques centaines. L’équité face à la preuve en matière de violence ou d’abus policiers est loin d’être évidente.

A votre avis, ce sont des réactions de corps, ou quelque chose de plus profond qui renvoie, comme le soutiennent certaines associations, à l’histoire coloniale et à des habitudes du corps policier très anciennes ?
Quand on regarde le fait émeutier en France, il y a dix quinze émeutes locales qui se déroulent chaque année. Elles peuvent être spectaculaires comme à Villiers, ou bien ne jamais faire les titres de la presse nationale. Si l’on prend les émeutes d’un côté, et les grands indicateurs sociaux (indices de ségrégation, de pauvreté, indices d’exclusion, chômage des jeunes) on n’arrive pas bien à rendre compte du lien entre les deux. Ce que je veux dire c’est qu’au fond, la spécificité de la France, ce ne sont pas ses indicateurs sociaux, bien que le chômage des jeunes distingue particulièrement la France. C’est surtout le fait que la police soit systématiquement prise à partie dans les conflits qui concernent la jeunesse dans les villes les plus pauvres. Des villes pauvres, vous en avez partout – en Allemagne, en Angleterre… Vous avez eu des émeutes, des violences collectives en Angleterre et en Allemagne, mais jamais elles ne prennent à ce point la forme ritualisée de l’affrontement avec la police. Cela me paraît très compliqué d’y voir un héritage post-colonial. Qui parmi la police a connu ne serait-ce que des policiers qui auraient connu la période post-guerre d’Algérie ? Les policiers partent à la retraite très tôt.

Est-ce que ce n’est pas un corps social plus raciste que les autres?
On butte sur le problème des instruments de mesure. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a des problèmes de socialisation au sein la police en France. C’est attesté par des études de cohorte. On interroge les policiers quand ils se présentent à l’école, après un an de formation et après quinze mois de service au sein de leurs unités. Tous les indicateurs se dégradent à mesure que les jeunes entrants fréquentent leurs collègues. Et notamment ceux liés au couple «délinquance/immigration». Ceux qui ont vraiment des attitudes autoritaires, racistes, forment une petite minorité au sein de la police. Mais il est certain qu’il y a une culture fermée, craintive vis-à-vis de l’extérieur. Il est surprenant de constater qu’un jeune qui vient de réussir le concours d’entrée a une perception plus restrictive de l’usage qu’il peut faire de son arme de service qu’après quinze mois de service. Quand on interroge des policiers comme j’ai pu le faire, l’idée qu’on n’est pas raciste dans la police mais qu’on le devient est très répandue, mais trouve son fond de vérité, sur le fait que finalement, la police reste dans certains quartiers le service social sur lequel les autres institutions publiques se reposent. Et donc les policiers sont face à des populations qu’ils ne connaissent pas, et qu’on leur demande de maîtriser par tous les moyens possibles et surtout sans bavure. Ils sont pris dans un ensemble d’injonctions contradictoires, qui font que cela devient impossible pour eux et qu’ils rejettent les populations auxquelles ils sont confrontés. D’où la diffusion d’opinions racistes.

Et les objectifs qui leur sont donnés ont aussi varié. On a été dans des stratégies de proximité, mais depuis 2005, les CRS sont plus vite déployés dans les quartiers…
Un des problèmes de l’institution, c’est que le policier ordinaire, celui qui est en bleu dans son car de Police secours, le policier non spécialisé, devient la cinquième roue du carrosse de l’institution. Dans les quartiers difficiles, des services policiers – les compagnies de CRS ou les Brigades anti-criminalité – s’en sortent très bien. Ils ont un sucroît d’effectif et tout se passe bien pour eux. Et puis à la fin, quand il n’y a ni CRS, ni Brigades anti-criminalité, les effectifs résiduels s’y déploient: les policiers de sécurité publique qui sont abandonnés par tout le reste de l’institution, qui sont et se sentent fragilisés et sont effectivement incapables de faire face aux situations, parce qu’on ne leur donne pas ces moyens. On a essayé de le faire avec la police de proximité, mais tout un ensemble de blocages au sein de l’institution et notamment du côté de la hiérarchie ont fait qu’on n’a pas eu les moyens nécessaires, sauf à Paris où il y a une vraie police de proximité. A Paris, on a la densité policière la plus élevée d’Europe. Le gros paradoxe, c’est que là où elle serait la plus nécessaire, c’est là où les moyens sont les moins abondants. Donc on va employer les CRS pour faire de la sécurisation. Les Brigades anti-criminalité pour faire du saute-dessus. Et puis au final, les effectifs de police secours sont complètement désemparés. On ne s’étonne pas de voir les opinions racistes se diffuser au sein des services.

On radicalise la posture policière…
Soit on décide qu’il n’y a plus de police mais que ces services spécialisés – les stups, les moeurs, le maintien de l’ordre, le rétablissement de l’ordre… –, et il n’y a plus de police ordinaire pour les situations quotidiennes. Mais il faut le dire clairement. Soit on décide de laisser à la police ses prérogatives de sécurité et d’ordre public au quotidien, et à ce moment-là on inverse les priorités. Au lieu de diriger les crédits et les effectifs vers les services spécialisés, on essaye de les redéployer vers la police de quotidien.

Propos recueillis par Karl Lask

Voir aussi:

Ce sont d’abord des enfants d’ouvriers, d’employés précaires et de chômeurs. Pour la première fois, la part prise par les jeunes issus de l’immigration africaine subsaharienne semble importante. Aujourd’hui, les dernières vagues migratoires sont celles qui posent le plus de problèmes de socialisation.

En Seine-Saint-Denis, les communes les plus touchées par les incendies sont celles où les taux de chômage des 15-24 ans diplômés sont très élevés (Clichy, Montfermeil, Aulnay, Villepinte, Le Tremblay).

C’est précisément avec l’élévation des niveaux scolaires - les progrès ont été notables dans les zones urbaines sensibles (ZUS) entre 1990 et 1999 - que les enjeux se sont déplacés vers les discriminations à l’embauche.

Les appels à une mobilisation civique des élus locaux ont révélé le défaut des médiations associatives et politiques.

Isolée, l’action des jeunes des cités est pourtant apparue légitime à une large fraction de la population de ces quartiers. Ceux ou celles qui auraient pu le faire légitimement n’ont pas lancé d’appel au calme. Les mamans n’ont rien dit, elles ont laissé faire. Dans les cités, ce sont souvent des « mères courage » qui tentent d’assumer des situations qui les dépassent : combien d’entre elles ont ressenti une fierté secrète, peu avouable devant ces incendiaires si proches ? Les pères de famille se sont aussi montrés plutôt solidaires des jeunes émeutiers, tout en restant à distance.

il faut éviter deux écueils : une politique exclusivement axée sur les personnes, qui conduirait au départ des quartiers de ceux qui s’en sortent le mieux et annulerait l’effet d’entraînement qu’ils pourraient susciter ; une politique visant exclusivement le traitement social des territoires, qui durcit leur séparation au lieu de rendre leurs frontières poreuses. Il faut diversifier l’offre scolaire dans les quartiers pauvres, prolonger la symbolique de l’accès aux meilleures écoles des meilleurs élèves des zones d’éducation prioritaires (ZEP), l’effet positif des contrats aidés qui favorisent l’accès à des emplois dans le secteur marchand.

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Sorbonne confidentialWe are in France. You speak French. Sébastien Chabal
 
La relation entre les Français et les langues étrangères est ambiguë. Alors qu’ils se trouvent dans la moyenne en ce qui concerne la mobilité géographique vers un autre pays de l’Union européenne, les Français sont remarquablement peu motivés par la mobilité vers un pays étranger dont la langue n’est pas la leur. Autrement dit, ils disent oui à la mobilité européenne, mais non à l’apprentissage des langues étrangères. Ce constat est d’autant plus inquiétant que leur langue recule face à l’anglais et à l’allemand avec l’élargissement de l’Union européenne: parmi les populations des dix nouveaux États-membres, seuls 3% le maîtrisent, contre 12% dans l’ancienne Union européenne à quinze. Si l’apprentissage des langues ne fait pas l’objet d’un débat sérieux, les Français verront leur marché du travail rétrécir dans les années à venir.  Anna Stellinger
— On ne peut pas changer de profession en France; si vous y aviez réellement vécu vingt ans, vous le sauriez.
Je fronçai les sourcils.
— Et pourquoi pas? Si je fais ce qu’il faut pour obtenir les diplômes nécessaires?
— Parce que, dit-il en croisant les mains derrière sa nuque, personne ne vous embauchera.
Je voyais bien qu’il disait la vérité. Je reçus courageusement la bonne nouvelle.
— À cause de mon âge?
— Oui, bien sûr.
Bernard tapota mon CV.
—Et aussi parce qu’en France les gens ne croient pas à la reconversion, poursuivit-il. Un chef de projet ne peut pas plus devenir avocat qu’un mille-pattes se transformer en aigle. L’un exclut l’autre. (Extrait de Sorbonne confidential, Lauren Zuckerman, 2007)
C’est la dissertation avec ses exigences incroyablement archaïques qui fait le plus pour écarter de l’enseignement de l’anglais dans les lycées français ceux qui ne disposent pas du capital culturel nécessaire – et en particulier les locuteurs natifs intelligents et expérimentés de l’anglais (…) En théorie, cette épreuve simple et objective permet d’éliminer les critères subjectifs et l’élément humain si souvent accusés d’exclure les étrangers. En réalité, les critères eux-mêmes sont totalement imprégnés de discrimination et sont bien plus efficaces pour éliminer les candidats non-Français de souche que le plus zélé des partisans de la “France aux Français”. Terence Beck (University of Puget Sound, Tacoma)

Suite à la parution l’été dernier de la féroce satire d’une Française d’origine américaine diplômée de Harvard et HEC qui avait tenté en vain l’agrégation d’anglais (“Sorbonne confidential”, Lauren Zuckerman) …

Retour, via une des dernières enquêtes internationales de l’OCDE (2002), sur le “système ubuesque qui produit les plus mauvais élèves en anglais de toute l’Europe”.

Mais aussi les professeurs souvent les moins adaptés à leurs futures tâches quand, par un effet souvent inaperçu du protectionnisme culturel français et une perverse utilisation de l’apparemment parfaite objectivité d’un examen comme l’agrégation, il ne finit pas par en exclure les candidats souvent les plus capables, à savoir les locuteurs natifs.

Ainsi, la comparaison de l’enseignement de l’anglais dans sept pays européens (+ l’Allemagne) y confirme le retard (croissant!) des élèves français non seulement sur les pays nordiques (Suède, Norvège, Danemark, Finlande et Pays-Bas) mais aussi (légèrement) sur l’Espagne.

Et ce, même si le lycée ne peut ni se substituer à Berlitz ni se limiter à des finalités purement pragmatiques (quid de la formation intellectuelle?), du fait d’un enseignement largement livresque, d’où la grande faiblesse en compréhension orale et en production écrite, mais aussi, à un degré moindre, en compréhension écrite et en compétence linguistique.

Parmi les raisons aussi évoquées sont particulièrement pointés, du côté des élèves pourtant généralement bien disposés par rapport à la langue et mis à part les chansons, la très faible exposition à l’anglais en dehors de l’école (radio, films ou livres en VO) – à quand, comme il est courant dans les pays nordiques, les films anglo-saxons en VO à la télé ?

Comme également, du côté de l’enseignement, la faible diversification du matériel pédagogique centré principalement sur le manuel et les cassettes audio du cours, laissant peu de place aux supports ou types d’activités non directement pédagogiques (vidéos, journaux, magazines, livres, logiciels, labo, jeux, correspondance, voyages, échanges, etc.).

D’où aussi la faible prise en compte des intérêts mais aussi de l’auto-évaluation ainsi que des niveaux de compétence (instructions officielles obligent) des élèves.

Et surtout la survalorisation de la correction grammaticale par les enseignants, limitant très fortement la communication en anglais dans la classe.

Mais le plus intéressant est certainement la conclusion générale de l’enquête évoquant discrètement (diplomatie oblige) la question plus profonde du statut des langues étrangères, et tout particulièrement de l’anglais, dans la société française.

Notamment du fait d’une certaine et longue tradition d’arrogance culturelle et d’anti-américanisme de toute la société française dont on ne voit effectivement pas pourquoi l’enseignement (y compris de l’anglais !) serait exclu …

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Baccalaureat/French openLes chiffres parlent d’eux-mêmes: un bon Roland-Garros est suivi d’un bon pourcentage de réussite au baccalauréat. Scientists of America
Xavier Darcos préconise aujourd’hui une remise à plat sans tabou du métier. Permettra-t-elle enfin de sortir de ce “toujours plus” de moyens qui a servi à acheter - mal et au prix fort - la paix syndicale, menant le système scolaire à un immobilisme qui n’a en fait abouti qu’à creuser la fracture scolaire et qu’à accentuer la ségrégation sociale? Jacques Marseille

A l’heure où les étudiants et les lycéens sont en train de saborder une énième tentative de réforme du moins performant des systèmes éducatifs européens (la plus forte dépense par élève pour les pires résultats) …

Et suite à notre dernier billet sur les aberrations de l’agrégation de langues et notamment d’anglais …

Retour, avec un dossier du Point de juin dernier dirigé par l’économiste Jacques Marseille, sur la “tragédie nationale” de notre système éducatif.

Extraits :

sur 93 % des élèves entrant en terminale obtiennent le bac en un, deux ou trois ans

un élève sur sept quitte le CM2 sans maîtriser les bases de la lecture et du calcul

Lors d’un test de lecture organisé en 2001 par le Boston College, les petits Français de CM2 se sont classés au dix-huitième rang, derrière la Bulgarie, la Lituanie et la République tchèque.

les trois quarts des élèves du secondaire ne maîtrisent pas les programmes enseignés et 17 % sont « en grande difficulté »

en 2005 étaient proposés aux candidats en série technologique des extraits du « Mariage de Figaro », des « Misérables » ainsi que la chanson « Lily », de Pierre Perret, assortie de cette précision : « Pour cette chanson, Pierre Perret a reçu le prix de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme. » Le sujet proposé à leur « invention » ? « Lily, un an après son installation à Paris, écrit à sa famille restée en Somalie. Elle dénonce l’intolérance et le racisme dont elle est victime. Vous rédigerez cette lettre en tenant compte des situations évoquées dans le texte de Pierre Perret et en développant l’argumentation de Lily. »

Marie-Christine Bellosta, maître de conférences à l’Ecole normale supérieure, s’insurge : « La meilleure note ira au candidat qui aura le mieux dénigré son pays » et s’interroge : « La discipline ” français ” existe-t-elle encore ? Ou n’est-elle que l’occasion de vérifier des connaissances d’autres disciplines (ici, l’instruction civique) ou des convictions politiques et sociales qu’on veut ériger en consensus ? »

Que François Fillon, lâché par Jacques Chirac, ait dû renoncer en 2005 à introduire une part de contrôle continu au bac, à l’exemple de ce qui se fait dans tous les autres pays, en dit long sur l’état du système. Les enseignants n’ont-ils pas alors expliqué que, dans les établissements difficiles, instaurer un contrôle continu serait une atteinte à leur sécurité ? A chaque contrôle, ils auraient risqué, selon eux, d’être agressés par des élèves ou leurs parents, mécontents de la note obtenue ! Autant, dans ces conditions, maintenir en l’état ce « monument » délabré qui coûte au total (rémunérations des jurys, frais de déplacement et d’organisation, mobilisation des salles de cours, fermeture des établissements en moyenne deux semaines pour cause d’examen) environ 200 millions d’euros, soit environ 5 000 euros par élève recalé, soit un peu moins que la dépense annuelle consacrée par la France à un étudiant à l’université (6 700 euros) !
Si la France se classe au-dessous de la moyenne des pays de l’OCDE pour ses performances éducatives, elle se classe en revanche aux tout premiers rangs pour les dépenses qu’elle lui consacre. C’est dire qu’il n’y a guère de corrélation entre les « moyens » consacrés à l’éducation et les performances qui en découlent.

La rémunération au mérite n’existe pas et la progression des salaires est beaucoup plus lente en France que dans la plupart des pays développés.

Xavier Darcos préconise aujourd’hui une remise à plat sans tabou du métier. Permettra-t-elle enfin de sortir de ce « toujours plus » de moyens qui a servi à acheter - mal et au prix fort - la paix syndicale, menant le système scolaire à un immobilisme qui n’a en fait abouti qu’à creuser la fracture scolaire et qu’à accentuer la ségrégation sociale ?

Comment, en effet, se féliciter que 62 % des effectifs d’une génération obtiennent le baccalauréat et que la France compte désormais 2,2 millions d’étudiants quand, dans le même temps, sur 750 000 jeunes quittant chaque année le système éducatif, près de 160 000 partent sans aucun diplôme ? Quand 40 % d’entre eux, trois ans après leur sortie - on devrait dire leur exclusion -, sont encore au chômage et quand, selon le CERC, « la moitié des jeunes sortis de l’école à 17 ans sans diplôme vit dans le cinquième des ménages les plus pauvres »…
En principe, le classement d’un établissement en ZEP s’accompagne de moyens supplémentaires utilisés notamment pour augmenter le nombre d’heures d’enseignement et pour financer une indemnité au profit des agents qui travaillent dans ces établissements. En fait, cette prime est trop faible pour faire venir les meilleurs enseignants. Comme toujours dans notre modèle social, l’éparpillement des subventions vers un trop grand nombre d’établissements, sans évaluer réellement les besoins de chacun d’eux, a été préjudiciable. L’investissement global du ministère représente 110 millions d’euros (à comparer avec le coût du bac), soit 1 % du budget de l’Education nationale, et les classes en ZEP comptent en moyenne vingt-cinq élèves au lieu de vingt-sept hors ZEP… En revanche, cette politique a largement contribué à la ghettoïsation des établissements. Une étude récente sur l’ « apartheid scolaire » dans l’académie de Bordeaux démontre ainsi que 17 établissements scolarisent 40 % des élèves étrangers ou issus de l’immigration, qui sont en outre de milieux défavorisés et en retard, alors que 81 établissements en scolarisent moins de 1 % !

On compte quatre universités françaises parmi les 100 premières mondiales : maigre bilan. La France est en quinzième position parmi les pays de l’OCDE pour le nombre de publications scientifiques par million d’habitants : triste palmarès pour un pays qui a fait de la filière scientifique le bouclier de sa ségrégation sociale. De plus en plus, le système est à double vitesse : bonnes « zones d’éducation privilégiée » dans les bons lycées des grandes villes, classes préparatoires et grandes écoles aux locaux vastes et aux bibliothèques bien garnies pour la fine fleur de ceux qui ont compris que sans sélection pas de passeport social. Vraies ZEP et inscriptions sans sélection dans n’importe quelle filière universitaire pour la majorité des autres avec, en fin de compte, 41 % des étudiants qui auront quitté la fac sans diplôme, contre 6 % au Japon et 17 % au Royaume-Uni. Des universités où les droits d’inscription sont ridiculement faibles mais les conditions de travail indignes. De 30 000 à 50 000 euros totalement pris en charge par le contribuable pour un élève de l’Ecole normale supérieure. Quinze fois moins pour un étudiant à la Sorbonne, qui dispose en moyenne de 2,6 mètres carrés, alors que la réglementation impose qu’un poulet de Bresse jouisse de 10 mètres carrés pour bénéficier de l’appellation d’origine contrôlée, comme l’écrit avec dérision Jean-Robert Pitte (1), président de l’université Paris-IV Sorbonne.

les mesures à prendre sont empreintes de simple bon sens. Suppression de la carte scolaire, qui est devenue le symbole de l’hypocrisie, réduction du nombre d’enseignants pour mieux les rémunérer au mérite (pourquoi ne pas doubler le salaire de ceux qui se déclarent volontaires pour aller enseigner dans les zones sensibles ?), réduction forte des options au lycée, investissement massif dans les zones sensibles avec concentration des aides sur les enfants des milieux socialement défavorisés, augmentation massive des droits d’inscription à l’université et véritables bourses pour ceux qui en ont vraiment besoin, autonomie des établissements et émulation pour inciter chacun d’eux à améliorer ses performances, orientation véritable mieux connectée avec le monde du travail : autant de réformes susceptibles de marier liberté pour les parents et les établissements, efficacité et performance. De 30 000 à 40 000 enseignants devraient partir à la retraite tous les ans jusqu’en 2013. N’en remplacer qu’un sur deux serait sans doute le meilleur moyen d’accroître l’efficacité du système éducatif tout en améliorant sensiblement la condition de ceux qui doivent en redevenir les hussards.

en ce qui concerne les établissements qui perdraient leurs élèves, je me suis engagé à ce que leurs moyens restent constants, ce qui les aidera à remonter la pente. Xavier Darcos

plus que tout autre pays comparable, la France offre une très grande diversité de filières, d’options, de langues. Une diversité qui explique largement pourquoi le coût d’un lycéen est plus élevé que celui d’un étudiant. Il faudra sans doute modifier ce système, mieux répartir l’offre d’options sur le territoire. Reste qu’il faut examiner ce problème avec prudence. Je sais bien que, comme le montrent les évaluations internationales, il n’y a pas de corrélation entre le nombre d’heures de cours que reçoivent les élèves et leur réussite. Pas plus qu’avec le redoublement, d’ailleurs ! Mais chaque professeur défend sa discipline bec et ongles.

Nous avons fait des investissements lourds pour enseigner l’anglais dans le primaire. Or les évaluations montrent que les élèves qui ont bénéficié de cet enseignement ne sont pas plus avancés que ceux qui ne l’ont pas reçu. Pour l’instant, nous arrosons le désert !

ces professeurs qui n’enseignent pas et que la Cour des comptes estime à 32 000 ?
Soit à peu près l’équivalent d’une académie tout entière !

« Avoir l’agrégation d’anglais suppose d’être brillant, mais pas en anglais ! » résume-t-elle. Passe encore que plus de la moitié des points concerne des épreuves en français. Mais surtout l’anglais de l’agrégation n’est en vigueur que sous les somptueux et vétustes lambris de la Sorbonne : « On apprend une langue qui n’existe pas. » Pour Laurel, « il est évident que cette formation absurde explique le piètre résultat des élèves français en anglais. Mais lorsque j’ai interrogé des enseignants, des membres du jury ou des inspecteurs, pas un seul n’a évoqué ce problème. Les étudiants français que j’ai croisés à la Sorbonne savent que rien de ce qu’ils apprennent ne leur sera utile dans leur pratique, mais pas un ne se révolte : ils n’ont pas le temps, puisqu’ils préparent l’agrégation ! Je suis sûre qu’inconsciemment ceux qui ont été sélectionnés si durement reproduisent en classe ce qu’ils ont subi » Laurel Zuckerman

En France, 38 % des élèves de 15 ans ont redoublé au moins une fois, alors que la Finlande, dont les élèves affichent de très loin les meilleures performances, enregistre un taux de redoublement de 2,8 %. En Finlande plus qu’ailleurs, quand les élèves échouent, on estime plutôt que les enseignants n’ont pas été assez performants, non que les élèves étaient mauvais ! Là, surtout, on a compris que l’estime de soi était la pierre angulaire de la réussite, alors que l’étude Pisa montre une forte corrélation entre les mauvais résultats des élèves français en maths et leur trop forte anxiété. En effet, dès qu’un exercice suppose une réflexion et une expression écrite personnelles, les jeunes Français sont pénalisés et, lorsqu’ils évaluent eux-mêmes leurs performances, ils sont plus pessimistes que les élèves d’autres nationalités. Ils sont aussi les plus nombreux à préférer s’abstenir de répondre pour ne pas risquer de donner un résultat faux.

Mais le faible taux de redoublement s’explique aussi par la grande autonomie dont jouissent les établissements. Le nombre d’heures d’enseignement dispensées aux élèves de 7 à 14 ans est en Finlande de 5 523 heures, contre 7 544 en France, mais les professeurs sont libres d’enseigner ce qu’ils veulent et comme ils veulent, pour peu qu’ils respectent des objectifs fixés au niveau national. Cette plus grande souplesse permet d’adapter les cursus en fonction des difficultés des élèves. En France, c’est tout l’inverse : la liberté pédagogique des enseignants, inscrite pourtant dans la loi Fillon, se réduit en réalité comme peau de chagrin du fait de programmes scolaires de plus en plus précis et tatillons. Résultat : un moule unique où l’on s’acharne à faire entrer tous les élèves. Epouvantable gâchis budgétaire et humain.

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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 16:49

SHOAH ET NEGATIONISME

  
Entretien de David Benhamou (1) avec Miguel Garroté (2)
  
undefinedDavid Benhamou – Pensez-vous que la négation de la shoah est une liberté d'expression ou un délit raciste ?
  
Miguel Garroté – Ce n’est pas une question de liberté d’expression. C’est une question de conscience. Il y a eu et il y a encore des génocides. Il y a eu le génocide arménien. Il y a le génocide du Darfour. Sur une échelle plus grande et sur une période plus longue, il y a eu les 100 millions de victimes du communisme dans le monde entre 1917 et 1992. Cependant, il demeure ce que j’appelle l’exception de la shoah. Et en conscience, je ne peux pas tolérer la négation de cette exception qu’est la shoah. Parce que, justement, c’est une question de conscience et non pas une question de liberté d’expression. Pourquoi, en conscience, dis-je qu’il y a l’exception de la shoah ? C’est très simple. Certes, il y a eu et il y a encore des génocides. Certes, le communisme a fait plus de victimes que le national-socialisme. Mais il y a une particularité unique qui est propre à la shoah. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que dans des pays de culture judéo-chrétienne le peuple choisi par Dieu a fait l’objet de déportations et d’exterminations minutieuses, planifiées jusque dans les moindres détails logistiques et administratifs. Des Allemands et des collaborateurs ont organisé cette monstruosité en terre judéo-chrétienne avec la même discipline et la même sérénité que s’il s’agissait des bêtes contaminées, de bovins atteints de la maladie de la vache folle ou de poules atteintes de la grippe aviaire. Après cette monstruosité, ces mêmes Allemands et ces mêmes collaborateurs ont déclaré à leurs juges, qu’ils avaient simplement obéi aux ordres et qu’ils n’avaient pas eu le choix. En ma qualité de catholique et en ma qualité de journaliste, j’ose affirmer ici que nous avons tous une conscience. Et que par conséquent, nous ne pouvons pas dire que nous obéissons simplement aux ordres et que nous n’avons pas le choix. En conscience, nous avons le droit de choisir, le droit de désobéir et le droit de résister. C’est pour cela que la négation de la shoah est non seulement un délit raciste mais une offense envers la mémoire des victimes et une offense envers leurs descendants. De plus, le négationnisme est une offense envers Dieu, car Dieu a choisi le peuple juif. Or, Dieu ne peut ni se tromper ni nous tromper. L’existence du peuple juif et l’existence de l’Etat d’Israël sont les signes concrets de la fidélité de Dieu. Le national-socialisme a voulu supprimer le peuple choisi par Dieu. Autrement dit, le national-socialisme a voulu supprimer Dieu. En voulant supprimer les créatures créées et choisies par le Créateur, le national-socialisme a prétendu supprimer le Créateur lui-même. Un catholique ne peut donc pas assimiler le négationnisme à une liberté d’expression. Ce n’est pas un acte libre que de nier la shoah. C’est au contraire une forme diabolique d’esclavage. Un négationniste de la shoah est un esclave du Mal absolu et un esclave de la fausse liberté. La vraie liberté, la liberté intérieure, la liberté en conscience et la liberté de conscience, face à l’exception de la shoah, c’est la liberté de dire, en conscience, que la shoah est une exception et que cette exception ne peut pas tolérer l’intolérable, c’est à dire que cette exception ne peut pas tolérer le négationnisme. La shoah fut le fruit mauvais d’une société gravement malade. La négation de l’exception de la shoah est, elle aussi, le fruit mauvais d’une société gravement malade.
  
  
David Benhamou – Pourquoi la négation de la shoah est-elle devenue la pensée dominante dans la plupart des pays arabes ?
  
Miguel Garroté – Les nationaux-socialistes ont eu des alliés dans le monde arabe dès les années 1920. Puis, ce fut le grand Mufti de Jérusalem, Hadj Amin Al Husseini, qui devint l’allié palestinien du Reich hitlérien. Aujourd’hui, ce même monde arabe vit sous la férule de dictatures laïques ou de théocraties intégristes selon les cas. Ces dictatures et ces théocraties maintiennent leurs populations dans la misère et la répression. Pour justifier cela, il leur faut inventer un bouc émissaire. Le bouc émissaire c’est Israël en particulier et les Juifs en général. En niant la shoah, les dictateurs et les mollahs croient pouvoir nier Israël. Comme si Israël se justifiait par la shoah et rien que par la shoah ! Israël se justifie par la shoah et aussi par le droit des Juifs à avoir un Etat juif, un Etat pour les Juifs, dans ce vaste espace du Proche et du Moyen Orient où il reste encore beaucoup de place disponible pour d’autres, au Sinaï et en Jordanie par exemple… La littérature négationniste et les émissions radio télévisées négationnistes sont choses courantes dans le monde arabe. Le nazisme, le néonazisme et les nazis réfugiés dans le monde arabe (Aloïs Brunner etc.) ont donné une impulsion à ce phénomène. Mais aujourd’hui, ce phénomène est de la responsabilité des dictateurs et des mollahs en place. Les dictateurs et les mollahs sont responsables de cette situation. Les dictateurs et les mollahs prouvent, par cette situation, qu’ils ne veulent absolument aucune forme de paix avec les Juifs, quoi que les Juifs fassent ou ne fassent pas, à travers Israël, cet Etat minuscule, pas plus grand que la Picardie, dans l’immense Proche et Moyen Orient, avec ses vastes espaces encore inhabités…
  
  
David Benhamou – Quel danger représente la résurgence de cette négation en Europe ?
  
Miguel Garroté – Cette résurgence est d’autant plus grave qu’elle est subtile. Je m’explique. Aujourd’hui, le négationnisme en Europe n’est pas aussi franc et massif qu’à Damas ou à Téhéran. Le négationnisme en Europe est plus subtil, en ce sens qu’il est insinué, sous-entendu. On commence par dire que « la shoah ne justifie pas ce que font les Israéliens ». On continue en disant que « selon certains, il n’y aurait pas eu, dans les camps nazis, six millions de morts, mais beaucoup moins ». Bref, de mauvaise foi en mauvaise foi, on finit par insinuer à la fois la négation de la shoah et la négation d’Israël. Cela arrange bien l’Europe de véhiculer tous ces sous-entendus et toutes ces insinuations, car cela « justifie », en quelque sorte, le fait que les Européens soient à la fois très pro-palestiniens et très anti-israéliens. Ne pas combattre le double négationnisme à l’européenne (non à la shoah et non à Israël), c’est rester passif face à cette volonté, de plus en plus évidente, d’en finir avec Israël, l’Etat qui gêne, soi-disant. Qui gêne, soi-disant, uniquement parce qu’en réalité, les Européens, sont prêts, à s’allier aux Arabes, aux Russes, aux Chinois, pour mettre en échec les Américains. C’est l’eurobêtise et l’eurorgueil. Les Européens ne comprennent pas que l’antisémitisme est toujours un précurseur de l’anti-christianisme. Les haïsseurs d’Israël sont souvent les haïsseurs de l’Eglise catholique. Ce n’est pas nouveau. Dans « Mein Kampf », Hitler maudissait les Juifs et l’Eglise catholique. Aujourd’hui, c’est toute la société libre, de culture judéo-chrétienne, qui est en danger. On peut, hélas, dire que les propagandistes palestiniens et islamiques et leurs « idiots utiles », dans les médias européens, font du bon travail. Heureusement, il y a Internet où l’on peut lire, entre autre, Guy Millière (3), Laurent Murawiec (3) et Menahem Macina (4) sur toutes ces questions.
  
  
David Benhamou – Pourriez-vous nous dire un mot sur le rôle de l’Internet dans la lutte contre la négation de la shoah?
  
Miguel Garroté – Il se trouve que, justement, les négationnistes ont recours à Internet. Internet est l’espace privilégié des négationnistes de la shoah. Pourquoi ? Parce qu’il est beaucoup plus difficile, techniquement, de faire justice de délits commis sur le Net, que de faire justice des délits commis dans un média traditionnel. Mais cela signifie, aussi, que nous-mêmes, nous devons recourir à Internet le plus possible, notamment via des blogues. Par exemple, l’entretien que nous avons, en ce moment même, eh bien, je doute que vous parveniez à le publier dans Le Monde ou dans Le Figaro. En revanche, notre entretien sera lu sur Hatikva, sur juif.org, sur monde-info, sur leblogdrzz, etc., c’est-à-dire par des milliers et des milliers de personnes.
  
  
David Benhamou – Comment ressent-on les effets de la négation de la shoah quand on appartient à la génération de descendants des victimes de cette tragédie ?
  
Miguel Garroté – C’est le combat entre le bien et le mal, David. L’enfer des camps fut le triomphe apparent du mal absolu. Et comme si cela ne suffisait pas, le mal absolu passe une deuxième fois par le négationnisme. Mais en réalité, le mal, même absolu, ne triomphe pas éternellement. L’existence même du peuple juif, l’existence même d’Israël, traduisent la victoire du bien sur le mal. Cela dit, ce mal a tué six millions de Juifs. En cela, la négation de la shoah est non seulement un délit raciste mais une offense envers la mémoire des victimes et une offense envers leurs descendants. Quand on appartient à la génération de descendants des victimes de cette tragédie, les effets de la négation de la shoah sont, humainement, insoutenables. C’est pour cela, David, que je vous invite à croire fermement que le bien finit par triompher du mal. Mais nous devons participer à ce processus, comme nous le faisons en ce moment même, à travers cet entretien. Le bien ne peut pas triompher sans notre participation active à son avènement.
  
  
David Benhamou – Contre les prédateurs de la mémoire, que faire ?
  
Miguel Garroté – Ne pas nous endormir. Rester éveillés et vigilants. Ne pas avoir peur de témoigner à contre-courant. Restons, autant que faire ce peut, unis. Vous, Juifs, vous savez que, depuis Frère Ephraïm (« Jésus, Juif pratiquant », Fayard, 1987), le Père Etienne Richer (« Aimer Israël: pourquoi ? », Pneumathèque, Éditions des Béatitudes, 1995), Jean-Paul II (l’Eglise catholique reconnaît que les prémices de la foi catholique se trouvent dans les patriarches, Moïse et les prophètes dans « Nostra Aetate ») Jacques Maritain et même depuis saint Bernard (« les branches ne doivent pas être ingrates envers la racine, les branches ne disputeront pas à la racine la sève qu’elles tiennent d’elle ») ou, encore, bien avant, depuis saint Jean l’évangéliste (Jn 4, 22 : « Le salut vient des Juifs »), vous, Juifs, vous savez, avec ces personnes que je viens d citer, que vous avez des amis parmi les catholiques. Je ne suppute pas que vous deveniez un jour catholiques. Car je considère que, pratiquants ou non pratiquants, vous êtes nos frères aînés dans la foi. Ce n’est donc pas à moi de décider du plan de Dieu sur vous. De plus, je suis conscient que, sans le judaïsme, il n’y aurait jamais eu de christianisme. Dans le prolongement de saint Jean, de saint Bernard, de Jacques Maritain et des autres, je pense que nous sommes sur le même bateau, pour dire les choses simplement. L’année 2007 s’est terminée et l’année 2008 a commencé avec des drames. En terre dite « d’islam » (terre juive depuis 5768 ans et chrétienne depuis 2008 ans…), les ennemis du judéo-christianisme n’ont pas respecté la houdna, la trêve, entre Noël et le Nouvel An. Ils ont tué les vôtres, notamment deux jeunes Israéliens, Ahikam Amihai, 20 ans, et David Ruben, 21 ans. Ils ont tué les vôtres. Ils ont donc tué les nôtres. Restons unis et gardons courage !
  
  
  
     et http://juif.org
  
  

Miguel Garroté
  
Le 23 décembre 2007 j’écrivais : « Comme le rappelle pertinemment notre ami drzz, la période de Noël est particulièrement importante pour notre foi chrétienne. C’est donc, aussi, l’occasion pour nous, de faire une trêve, une Houdna, dans notre résistance rédactionnelle au terrorisme islamique. Eux posent des bombes et nous pondons des articles. Pendant une dizaine de jours nous allons nous calmer. Eux je ne sais pas ». Voilà ce que j’écrivais il y a une dizaine de jours.
  
Nous sommes aujourd’hui le jeudi 3 janvier 2008. Je mets donc fin à notre Houdna, à notre trêve. Et je constate – cela ne m’étonne absolument pas – que le camp arabo-musulman, lui, n’a pas respecté la Houdna, n’a pas respecté la trêve.
  
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En Effet, outre les habituels tirs de roquettes palestiniennes sur Israël,
on apprenait, mardi 2 janvier, que deux des quatre terroristes responsables de l’attentat, survenu il y a quelques jours, près de Hébron, dans lequel deux Israéliens, Ahikam Amihai, 20 ans, et David Ruben, 21 ans, ont trouvé la mort, sont membres du Fatah, le mouvement de Mahmoud Abbas. Les deux terroristes palestiniens responsables de l’attentat, Ali Dandis, 24 ans, et Amar Taha, 26 ans, tous deux résidents de Hébron, se sont livrés aux forces de police de l’autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, par peur d’être capturés par les services israéliens.
  
En clair, nous avons pratiqué la Houdna, la trêve, de l’écriture. L’ennemi, lui, à poursuivi, sans Houdna, sans trêve, la terreur islamique, notamment contre Israël, sans parler du Pakistan et autres pays.
  
Dans ce contexte, Martin Birnbaum, sur LibertyVox (1), se demande, à juste titre, ce que la France attend d’Israël ? Et Martin Birnbaum donne la seule réponse qui colle à la réalité : la France veut l’apaisement. La France veut qu’Israël rende les territoires qui permettraient, de créer, un Etat palestinien, avec la bande de Gaza réunie à la Cisjordanie, chose jamais faite dans l’histoire de la région. La France veut, aussi, qu’Israël aide Mahmoud Abbas, chef de l’autorité palestinienne.
  
Martin Birnbaum constate – et c’est la triste réalité – que la realpolitik de la France « la pousse à tenter de rallier à sa position tout ceux qui, en Europe, penchent depuis longtemps du côté des palestiniens, des pays arabes et, tout dernièrement, du côté de l’Iran ». Et Birnbaum de poser la question suivante et d’y répondre : « Mais comment peut-on faire la paix avec des gens qui veulent vous tuer ? Réponse : on ne peut pas. Et tant pis si l’Europe et le reste du monde font semblant de ne pas comprendre les objectifs de l’Iran, du Hezbollah et du Hamas qui se résument à vouloir la destruction d’Israël ».
  
Et Birnbaum touche le point sensible en demandant : « La peur (ndlr de la France) de perdre certaines de ses positions économiques dans le monde arabe ou le souhait (depuis De Gaulle) de s’associer au monde arabo-musulman pour faire pièce à l’empire américain, valent-ils le prix de la disparition d’Israël ? ».
  
Après une analyse très documentée de la capitulation des démocraties occidentales, européennes et nord-américaines, face au monde musulman, face à la Russie et face à la Chine, Birnbaum conclut : « Que faire ? La logique froide de la tragédie annoncée laisse, en réalité, une sombre alternative à Israël : Massada ou Samson. Il est fort peu probable que dans ce pays libre et démocratique (ndlr Israël), ses six millions d’êtres vivants, qui ont remplacé les six millions détruits par la barbarie nazie, accepteraient un nouveau Massada. Et pour le deuxième terme de l’alternative il s’agit de ne pas s’endormir … au moins jusqu’en 2009, année la plus probable de l’accession de l’Iran à la bombe ».
  
En ce qui me concerne, j’ai publié, entre mai et décembre 2007, 185 articles, repris, occasionnellement ou quotidiennement, sur 12 sites et blogues. Presque tout mes articles ont traité du Proche et du Moyen Orient. Dans chacun de ces articles, j’ai mis en garde, preuves à l’appui, contre le péril islamo-terroriste, Al-Qaïda, le Hezbollah, le Hamas, la Syrie, l’Iran, etc. ; et j’ai inlassablement répété, que lâcher Israël, était la pire erreur, que puissent commettre, les sociétés libres, de culture judéo-chrétienne. Cela m’a valu des injures et même des menaces de mort.
  
L’article de Birnbaum, cité ci-dessus, avec cette conclusion : « il s’agit de ne pas s’endormir … au moins jusqu’en 2009, année la plus probable de l’accession de l’Iran à la bombe », l’article de Birnbaum cité ci-dessus, écrivais-je, résume, les analyses et les points de vues, valorisés, sur la toile, sur le net ; mais interdits de séjour dans les médias européens. Nous allons suivre le conseil de Birnbaum en 2008 et ne pas nous endormir. Nous allons continuer de diffuser nos propres analyses ; et aussi celles de Martin Birnbaum (1), David Bescond et son équipe (2), drzz et son équipe (3), Daniel Pipes, Caroline Glick, Walid Pharès (4), les éditorialistes de Front Page Magazine, du Weekly Standard, de The New Republic et tant d’autres. En clair, c’est fini, la Houdna.
  
  
undefinedLe professeur Walid Phares, Directeur à la Foundation for the Defense of Democracies, a rappelé certaines réalités, jeudi 26 décembre, quelques heures après l’assassinat de Mme Bhutto : Mme Bhutto a constamment critiqué les islamistes durant sa campagne politique. De hauts dirigeants taliban et djihadistes ont menacé de la tuer. En octobre dernier, Baitullah Mehsud, un commandant taliban au Waziristan a menacé de tuer Mme Bhutto. Mme Bhutto était consciente des menaces des taliban et d’Al-Qaïda à son encontre. Lors d’une conférence de presse, à Dubaï, en novembre dernier, Mme Bhutto a déclaré qu’elle ne craignait pas les extrémistes. Le but stratégique de cet assassinat terroriste est de briser le processus politique en cours au Pakistan. Les djihadistes visent à la fois le gouvernement de Musharraf et l’opposition séculière. Cette politique de la terreur islamique se déroule dans un pays doté de l’arme nucléaire et dans lequel les forces islamiques occupent une position significative.
  
L’expert en questions stratégiques Andrew C. McCarthy, dans la National Review, édition du vendredi 27 décembre, rappelle, lui aussi, certaines réalités pakistanaises : un récent sondage CNN montre que 46% des Pakistanais approuvent Ben Laden. Mme Bhutto est une socialiste élevée à l’américaine, dont la famille fit cause commune avec les Soviétiques. Mme Bhutto fut impliquée dans des affaires de corruption. Le vrai Pakistan, est un terrain fertile de la guerre sainte pour près de la moitié des Pakistanais (ndlr 46%). Le vrai Pakistan, est un endroit où services secrets infiltrés et fondamentalistes islamiques travaillent parfois ensemble, avec des chefs de guerre claniques tels que Gilbuddin Hekmatyar et Sheikh Omar Abdel Rahman, tous deux actuels champions du djihad mondial contre les USA. Dans un pays ou la population veut la charia et le djihad, seul le régime en place reste notre allié et lui seul reste capable de confronter l’islam militant. La transformation d’une société islamique en une vraie démocratie est un projet à long terme. Si vraiment nous voulons la démocratie dans un pays comme le Pakistan, nous devons d’abord éliminer les djihadistes. Ou ils nous tueront comme ils ont tué Mme Bhutto.
  
Voilà pour W. Phares et Andrew C. McCarthy. Maintenant, en ce me concerne, j’écrivais, le 16 novembre dernier, sur divers sites et blogues, notamment ceci : « Il se trouve que dans le cas du Pakistan, nous sommes confrontés, à une situation très particulière. En effet, le Pakistan, avec ses 160 millions de musulmans, détient l’arme nucléaire ; et ce même Pakistan, risque de basculer, dans l’islam extrémiste, style Taliban, Ahmadinejad ou Al-Qaïda. La question essentielle, pour nous, n’est donc pas d’aimer ou de ne pas aimer, le Président Musharraf et sa politique ». http://monde-info.blogspot.com/2007/11/pakistan-pas-si-simple.html . A cet égard, les médias occidentaux, notamment les chaînes de télévision européennes, ont traité la question pakistanaise avec leur habituelle dose de crétinerie. Sur le petit écran, on nous a montré quelques dizaines de jeunes avocats qui manifestaient dans la rue pour plus de droits de l’homme. Mais on s’est bien gardé de préciser que cela se déroulait dans un pays de plus de 160 millions d’habitants. Et on s’est bien gardé de nous montrer les millions de manifestants intégristes, qui représentent 46% de la population, soit environ 80 millions de personnes. Pour comble, les télévisions européennes sous-entendent maintenant que c’est – évidemment – Musharraf qui aurait fait assassiner Mme Bhutto. Et le plus grotesque de tout : les supporters de feu Mme Bhutto ont déclaré que celle-ci « est morte en martyr ». Traduction faite par certains médias occidentaux : « Mme Bhutto a été martyrisée avant de mourir ». Par le régime, je suppose…

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7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 23:02
Le temps du désespoir ?

Par Guy Millière



OPA sur les Juifs© Metula News Agency

Jonathan Myara, qui se fait appeler Johan Weisz, prétend, en titre d’un ouvrage qu’il a coécrit, qu’il existerait une Offre Publique d’Achat (OPA) sur les personnes des Juifs de France, et que l’Etat d’Israël a ourdi un complot secret afin de déstabiliser la République française.

Ce n’est pas lui qui est assigné en diffamation. Myara, c’est le plaignant.

C’est lui qui est représenté par Me Patrick Klugman, membre du comité exécutif national du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF).

D’aucuns pensent que c’est normal, c’est loin d’être le cas de la rédaction de la Ména






La liberté de parole et de pensée se porte mal en France. J’en sais quelque chose. J’écris des livres et des articles. Mes convictions fondamentales n’ont pas changé depuis ma jeunesse. Elles pourraient se résumer en quelques mots simples : défense des droits naturels de la personne humaine, défense de la liberté économique, politique et culturelle. Je n’aurais jamais pensé qu’être attaché à ce que ces mots représentent pour moi m’auraient valu d’être traité comme un dissident, c’est pourtant le cas. Pour quelles raisons ?

 
Parce que je me suis battu sans merci contre toute forme de racisme et contre l’antisémitisme, et parce qu’il y a des professionnels de l’antiracisme qui savent mieux que les autres de quelle façon précise il faut se battre contre le racisme et contre l’antisémitisme. Quand ces gens parlent de liberté, j’ai l’impression de me retrouver plongé dans le 1984 de George Orwell, là où les mots signifient en fait l’inverse de ce qu’ils sont censés signifier.

 

Pour quelles raisons, disais-je ? Parce qu’à l’époque où l’Union Soviétique était gouvernée par Brejnev, je pensais que c’était un pays totalitaire, parce que je pense, depuis longtemps, que les Etats-Unis n’ont cessé d’être, selon la belle expression d’Yves Roucaute, la « puissance de la liberté » et que je n’ai jamais versé un seul instant, y compris sous la présidence de George Walker Bush, dans l’antiaméricanisme.


Parce que je sais qu’Israël est une démocratie menacée et que je sais aussi, pour avoir lu les textes et regardé les images, mais aussi pour m’être rendu parmi ceux qui sont les ennemis d’Israël. Parce que, parmi les êtres que je considère comme mes frères, il y a des survivants de la Shoah, et parce que je pense que soixante années après, il existe une propension à oublier et à relativiser, et que cela m’indigne, ce qui est, en France, très malséant.

 
Parce que je pense que les peuples arabes ont le droit de vivre libres et de n’être pas traités dédaigneusement comme une chair dont on fait les « bourbiers », comme on dit à Paris. Parce que je pense que l’islamisme est un totalitarisme.

 
Il paraîtrait que tout cela fait de moi un fasciste, un sale type d’extrême-droite. Il paraîtrait que je n’ai pas le droit d’utiliser certains mots : le mot salaud, précisément. Je l’ai pourtant vu imprimer dans des livres de philosophie au temps où j’étais au lycée et où j’étudiais l’existentialisme. Si Jean-Paul Sartre publiait L’être et le néant ou L’existentialisme est un humanisme aujourd’hui, il se trouverait sans doute traîné au tribunal. Je m’en tiens à la définition de Sartre néanmoins. Un salaud est un être de mauvaise foi. Je persiste, je signe, et je continuerai à lire de temps à autres L’être et le néant ou L’existentialisme est un humanisme, même si cela devait me valoir les foudres d’un stalinien, désireux d’instrumentaliser les tribunaux. Il paraîtrait, ô crime atroce, que je n’ai pas le droit de dire qu’il « existe des juifs antisémites » : il est vrai que je n’écris pas dans Le monde diplomatique où, en septembre 2005, est paru un article de Lionel Richard, se demandant si Karl Marx était un juif antisémite. Ce qui est autorisé dans Le monde diplomatique n’est peut-être pas autorisé ailleurs ? Je poserai la question, si j’en ai encore le droit, et si le Parlement n’a pas fait voter une nouvelle loi qui l’interdit.

 
Gilles Karmasyn a créé, voici une décennie,
un site de lutte contre le négationnisme, et on y trouve une analyse des textes d’Israël Shamir, défini comme « juif antisémite ». Israël Shamir va-t-il l’attaquer en justice ? Ce serait intéressant, au point où nous en sommes. Gilles Karmasyn a-t-il le droit de dénoncer Israël Shamir ? A-t-il même le droit de fustiger Robert Faurisson ?

 
Quand je regarde la plupart des débats télévisés en France, et que je les compare avec des débats du même genre, que je puis voir dans des pays où on parle anglais, j’ai le sentiment très net que la France n’a plus, pour l’essentiel, que des débats mutilés. Lorsqu’on n’a pas connaissance d’autre chose, on me dit qu’on ne s’en aperçoit pas. Mon malheur est sans doute de connaître des pays où la liberté de parole existe encore, où des lois n’ont pas été votées pour que des suppôts d’un totalitarisme ou d’un autre puissent tenter d’instrumentaliser les tribunaux afin d’obtenir, par voie de justice,
un dernier mot qu’ils seraient absolument incapables d’obtenir par le biais du débat, de la vérifiabilité, de la falsifiabilité.

 
Quand la pensée se fait indigente, on recourt, dit-on, à la police de la pensée. Quand Goebbels entendait le mot culture, il sortait son revolver. Quand certains, aujourd’hui, entendent une défense intransigeante de la liberté, ils sortent leur assignation en justice. Dois-je dire et souligner que je ne désigne ainsi personne, strictement personne ? Oui, je pense que je le dois. Je deviens paranoïaque. J’imagine que l’ennemi me lit. Quelle idée !


La liberté de parole et de pensée se porte mal en France. J’en sais quelque chose. Oui, j’enseigne le droit, et très précisément le droit de l’information, et je sais à quel degré existent en ce pays des lois liberticides. Voici une vingtaine d’années, nombre d’entre elles n’existaient pas. Celles qui existaient
étaient peu appliquées. Aujourd’hui, les lois se sont ajoutées aux lois, des gens saisissent les tribunaux pour tenter d’anéantir ceux qui ont le malheur de ne pas penser comme eux, de manière unique et uniforme. Ils ne veulent voir qu’une seule tête, comme à l’armée, comme dans les fasci italiani di combatimento que créa, voici plus de huit décennies, Benito Mussolini, lui-même fervent partisan de la police de la pensée… Toute ressemblance entre ce que je viens d’écrire et toute personne physique, comme le disent les mentions légales, serait fortuite et involontaire.
Ai-je encore le droit de le dire ? Je me sens l’âme antifasciste. Et je le dis tant que je peux encore.

Je sais. Je devrais clamer que si un journaliste se présente à moi comme un juif victime de l’antisémitisme, et se targue ensuite de m’avoir rencontré pour me faire passer pour un antisémite, ce n’est pas du tout un salaud au sens sartrien du terme, non, absolument pas : c’est un journaliste honnête. Vous me le copierez cent fois.


Je sais. Si quelqu’un vous diffame, vous insulte, vous traîne mensongèrement dans la fange, et si ce quelqu’un est « politiquement correct », comme on dit, vous devez baisser la tête et avoir honte de ne pas vous être encore suicidé. Ce quelqu’un est un être d’une intégrité exceptionnelle. Dois-je penser que c’est cela l’intégrité aujourd’hui en France ?

 

Il semble que oui.


Je sais aussi. Si quelqu’un dit que des juifs sont vendus et que d’autres juifs essaient de les acheter, - je plaide non coupable devant la police de la pensée, ce n’est pas moi qui ferais des choses pareilles -, ce quelqu’un ne pratique rien qui puisse, même de très loin, inciter des gens à penser sur un mode antisémite. C’est, au contraire, un antiraciste, surtout s’il a sa carte du parti. Quel parti ? Si nous étions en Union soviétique, sous Brejnev, vous ne poseriez pas la question.


S’il y a effectivement une pensée unique, il n’y a pas de parti unique en France. Au train où vont les choses, il m’arrive de me demander si cela ne viendra pas un jour. Quand je me le demande, c’est pour un instant seulement : plusieurs partis, c’est mieux ; l’illusion de la liberté vaut mieux que la suppression totale de la liberté. L’époque n’est plus au totalitarisme brutal : des progrès en termes de raffinement ont vu le jour depuis.


Quand  j’écrivais sur les Etats-Unis, sur la pensée libérale, sur l’Union Soviétique, sur l’Afrique, la Chine ou sur n’importe quel autre sujet, je n’étais pas attaqué, et encore moins attaqué bassement.

 

Je dois le constater, pour finir cet article, depuis que j’ai mis l’accent sur la lutte contre l’antisémitisme et sur la défense d’Israël, les attaques ne cessent pas. Je ne peux qu’en tirer des conclusions qui me rendent infiniment triste. La lutte contre l’antisémitisme et la défense d’Israël sont, apparemment, l’activité intellectuelle la plus dangereuse en France aujourd’hui. Voir que, parmi ceux qui m’attaquent avec une méchanceté féroce, depuis que je lutte contre l’antisémitisme et que je défends Israël, il y a des juifs qui se disent de gauche et antiracistes me consterne absolument et me conduit parfois à douter de l’humanité et à avoir envie de changer d’activité.

 

Faut-il donc que certains, six décennies après Auschwitz, n’aient rien appris et rien compris…. Faut-il désespérer ? De gauche et antiracistes, disent-ils ? Mieux vaut entendre çà que d’être sourd, dit une vieille expression. Mieux vaut lire cela que d’être aveugle. Il y a des moments où je me demande s’il ne vaut mieux pas être sourd et aveugle. Je ne vise encore une fois personne : je dirai seulement que nous vivons un temps où il est des êtres sans honneur et sans scrupules. N’avoir ni honneur ni scrupules permet quelquefois d’aller loin. J’ai le sens de l’honneur et des scrupules, et je me demande, ces jours-ci, à quoi cela peut bien servir…


Quand la réalité ne convient pas, falsifiez-la


Milliere Guy
- mercredi 23 janvier 2008

irak, etats-unis
Dans un article publié voici quinze jours dans le « Figaro », André Glucksman disait tout ce qu’il fallait penser de la lâche imbécillité qui a conduit le magazine « Time » à choisir le criminel Vladimir Poutine comme « homme de l’année ».

D’autres magazines américains ont, à l’époque, fait un autre choix, infiniment plus pertinent et judicieux, et ont donné ce titre au général David Petraeus. On en a peu parlé en France. Il aurait fallu expliquer le choix de David Petraeus, et ce n’est pas près d’être fait. Le credo en ce pays est que la situation en Irak est catastrophique, et comme un vieux soixante-dix-huit tours rayé, ou comme chez des perroquets amnésiques, les mots « enlisement » et « bourbier » ne cessent de revenir.

Quand la réalité ne vous convient pas, disait-on au pays de Poutine au temps disait-on dans l’ex-URSS, falsifiez la réalité. Une couverture de la « Pravda » dans les années soixante du siècle dernier montrait une photographie d’une boulangerie très réputée de Paris devant laquelle des gens faisaient la queue pour disposer du pain chaud sorti du four. La légende disait : « À Paris aussi, on souffre de pénuries alimentaires ».

Nous n’en sommes pas tout à fait là : en cherchant bien, sur des chaînes câblées, vers deux ou trois heures du matin, quand tout le monde dort, on voit des reportages pertinents tournés à Bagdad ou Kirkouk. Mais dans la grande presse, à la télévision sur les grandes chaînes, c’est le vide presque complet. Pensez : les attentats sont devenus si rares qu’on n’a presque plus de cadavre à se mettre sous la caméra.

Dès septembre, et je l’avais évoqué en ces colonnes, Petraeus avait présenté un rapport au Congrès, à Washington, où il parlait des victoires décisives remportées. Aucun média français n’en avait traité autrement que de manière scandaleusement tronquée. Plus de quatre mois après, cela n’a pas changé. Quand les troupes américaines commenceront à se retirer d’Irak, ce qui sera le cas dans quelques mois, on dira que c’est en raison d’une « défaite » qui n’existera que dans les fantasmes.

Quand (ce qui est déjà largement le cas) l’armée et la police du nouvel Irak s’occuperont elles-mêmes du maintien de l’ordre, on fera comme si nul en France n’avait rien vu et rien entendu. S’il se trouve des journalistes pour comprendre l’arabe quand le colonel Kadhafi est à Paris (et encore ne traduisent-ils pas certains propos : ceux où Kadhafi fait l’éloge de l’Union de la Méditerranée qui permettra qu’on parle une seule langue et qu’on pratique une même religion au Sud comme au Nord, par exemple), curieusement, aucun d’entre eux ne peut parler au Premier ministre ou au Président irakien : l’accent irakien en arabe doit être inintelligible pour un journaliste français, tout comme l’accent des dirigeants irakiens lorsqu’ils parlent anglais.

Ne pas dire la vérité sur la situation en Irak, que ce soit pour affirmer « l’immense sagesse » du Grand Timonnier Jacques Chirac ou par complaisance envers les dictateurs du monde arabe, empêchera les commentateurs d’expliquer pourquoi l’Irak ne sera pas au cœur de la campagne présidentielle américaine qui commence, ou pourquoi le défaitisme actif dont ont fait preuve les démocrates voici quelques mois doit impérativement être escamoté par eux aujourd’hui. Cela leur interdira aussi de suivre les lignes de force qui relient la situation troublée qui règne au Pakistan aujourd’hui à la défaite absolue d’al-Qaida en Irak et à l’idée, très largement évoquée outre Atlantique, que nous sommes confrontés à une guerre globale de l’islam radical contre la civilisation.

Avez-vous remarqué qu’on ne parle plus du tout d’islam radical en France aujourd’hui ? Quand la réalité ne vous convient pas, disais-je plus haut, falsifiez la réalité. Il n’y a plus d’islamistes en France et il y a une débâcle américaine en Irak, c’est la vérité médiatique officielle. Ce qui se passe au Pakistan ne concerne que le Pakistan, en Afghanistan que l’Afghanistan, au Liban que le Liban, Kadhafi a renoncé au terrorisme, Mahmoud Abbas est un modéré et un démocrate dont il faut garnir les comptes en banque. C’est la vérité médiatique officielle, toujours. N’oubliez pas votre comprimé de somnifère, et dormez bien. Surtout dormez bien. Si la réalité, la seule, la vraie, vous revient en plein visage, le réveil pourrait être difficile.
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5 mars 2008 3 05 /03 /mars /2008 15:27

26/03/2006  

Manifestation contre le CPE le 23 mars à Strasbourg. Photographie Frédérik Florin, AFP


J'accueille, dans la Zone, un explorateur opiniâtre de notre modernité malade, Jean-Gérard Lapacherie, que je connais à vrai dire indirectement, non seulement par le biais des nombreux articles qu'il a publiés dans les revues Liberté politique ou Libres en plus de ses analyses sur Liberty Vox mais encore, désormais, sur son propre blog, par un superbe travail de dissection des mots frelatés de la NLF. Je le remercie de cette salutaire analyse des slogans mensongers que nous entendons des dizaines de fois par jour être prononcés par des journalistes, hurlés par les imbéciles qui, de la langue française et du sens des mots, ont à présent oublié le peu qu'ils avaient appris.

Il est un mot qui revient souvent dans la «loi sur l’égalité des chances», dite aussi «loi CPE», c’est lutte. La loi «lutte», comme d’autres se battent. Mortes aux frontières, les antiques vertus guerrières de la France renaissent en lois. Certes lutter n’est jamais intransitif, il est suivi de compléments qui désignent tantôt le Mal, tantôt le Bien. Tantôt c’est contre, tantôt c’est pour. À un contre, correspond un pour, contre les incivilités et pour la cohésion sociale, contre les discriminations et pour l’Égalité. La cohésion réunit ce que l’incivilité sépare et l’égalité restaure ce que la discrimination anéantit. D’un point de vue rhétorique, la machine tourne rond. À coups de clairon, la lutte rend la loi martiale. Elle prend le sentier de la guerre. Le calumet de la paix ne sera plus jamais fumé. Ce n’est pas tout à fait la «lutte des classes» ou «la lutte finale», mais ça ne saurait tarder : une prochaine loi enjoindra aux «damnés de la terre» d’être «debouts» et à «l’inteeernationaaaa-aleu» de devenir «le genre humain». C’est le nom même de la «Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité» ou Halde, dont la loi renforce le pouvoir, qui cristallise la spécificité de cette loi – comme son essence et ce qu’elle dit vraiment. Le comique de l’affaire est qu’il soit institué, pour mener la lutte, une nototorité qui désigne l’ennemi ou qui décide du terrain où aura lieu la lutte. Sur quelle montagne est-elle érigée pour mériter le qualificatif haute ? Sur le site de cètototorité, qui n’est pas une montagne, mais une morne plaine, ou qui, si elle était une montagne, serait le Golgotha, il est écrit ceci : «La HALDE identifie et diffuse les bonnes pratiques et les expériences en matière de lutte contre les discriminations dans tous les secteurs d’activité» et «[Elle] émet des recommandations, auprès du gouvernement, du parlement et des autorités publiques pour lutter contre les discriminations, afin d’améliorer les textes de loi, de faire progresser le principe d’égalité et l’état du droit français dans ce domaine». En Iran, en 1979, une des premières décisions prises par Khomeiny fut de créer une Commission pour la Prohibition du Vice et pour la Propagation de la Vertu. Déjà la lutte contre le Vice et pour la Vertu. Le Monstre a traversé de nombreuses frontières pour atteindre la France, où il a pacsé la proscription du Mal à la prescription de la Vertu. La HALDE est l’Empire du Bien, dirait le regretté Muray – là où tout ce que le Bien touche empire. Le seul bruit de ce nom renverse le fascisme et stoppe le racisme. En lui, raisonne une injonction germanique. C’est HALTE au Mal et à tout ce que l’on voudra d’autre.

Les locaux de l'EHESS saccagés le 24 mars, photographie de Thomas Coex, AFP


La «loi sur l’égalité des chances» est, pour ce qui est des mots, de la même mauvaise farine, trop pleine de son ou de la consistance du plâtre. En Afrique du Sud ou aux États-Unis, les discriminations, réelles, tangibles, visibles, étaient inscrites dans la loi, avant de devenir les réalités qui nous font horreur. Il en va ainsi au Maroc, en Algérie, en Arabie ou ailleurs, sans que, dans ces pays ou ailleurs, quiconque moufte quoi que ce soit, et a fortiori lutte, contre ces discriminations qui, elles, sont a) légales et b) réelles, en dépit ce que l’on constate en France – ou plus exactement, bien que l’on ne constate rien en France qui puisse s’apparenter à des discriminations. Une loi discriminatoire, s’il y en avait une seule, serait hors-la-loi ipso facto. Les discriminations sont bannies par la Déclaration de 1789 et interdites dans la Constitution de la Ve République. Elles sont fictives, et pourtant tout le beau monde proteste contre des fictions, non pas contre ces représentations fictives et mensongères, mais contre des ombres prises pour des réalités. C’est que les sciences sociales en ont fait leur fonds de commerce. Il est vrai que, dans la lutte des races que l’on cherche à susciter, comme si on ressuscitait Boulainvilliers, tous les coups bas sont permis. Les discriminations resteraient confinées dans le roman social ou dans le conte de fées ou, mieux, dans les «Mille et une Nuits», si nos fabulistes entendaient seulement divertir leurs lecteurs. Mais ils poursuivent d’autres buts, pervers et politiques. Il faut que la France soit souillée et pour cela, il faut qu’elle soit raciste ou fondée sur la discrimination. Ainsi, les Français et les hommes, où qu’ils vivent, la tiendront pour une guenille bonne à jeter dans les poubelles de l’Histoire (avec une grande H). Car, ce qu’insinuent ces «Mille et Une Nuits» de Paris, c’est que l’apartheid est la règle en France et que l’Afrique du Sud blanche de la Honte est ressuscitée dans l’hexagone. Ainsi, les Français sont sommés de restituer aux nouveaux fils de Dieu stigmatisés ce dont ils les ont indûment spoliés. Pour ce qui est de la blague, les incivilités contre lesquelles loi la lutte, valent les moulins à vent de ces discriminations fictives. Avant que le nom civilisation n’ait été fabriqué au XVIIIe siècle par Mirabeau, l’Ami des Hommes, c’est le mot civilité qui était en usage. Précédé de la préposition sans, il s’appliquait aux naturels des Indes occidentales, à qui il était dénié qu’ils aient une «âme». Dans le titre même de la loi, les mots égalité des chances révèlent incidemment le sens de ce texte. La chance est ce qui «tombe» ou ce qui échoit. Elle relève du sort, du hasard, de la fortune. Mettre de l’égalité là-dedans, c’est-à-dire de la loi ou du droit, c’est aussi vain que de faire briller le soleil à minuit ou d’atteindre la lune en grimpant à une corde à nœuds. Le Loto a pour slogan «Cent pour cent des gagnants ont tenté leur chance». Celui de la loi sur l’égalité des chances se résume par «Cent pour cent de ceux qui vont en bénéficier bénéficieront de la lutte qu’elle a déclarée». Le mauvais sort, les aléas, les infortunes sont épargnés également à tous. Il était entendu naguère qu’une loi enjoignait ou qu’elle réprimait. En 2006, elle multiplie les contrats : première embauche, apprentissage junior, responsabilité parentale, pré-professionnalisation. Depuis qu’il est social, le contrat est partout : tout est contrat, même la famille. Comme les (inter)minables contrats d’assurance, il est signé les yeux fermés, en toute ignorance de ce à quoi le signataire s’engage ou de ce que à quoi il souscrit.

Les locaux de l'EHESS saccagés le 24 mars, photographie (éloquente) de Thomas Coex, AFP


L’esprit de la loi, jadis, jaillissait, croyait-on, de la raison. Dans l’égalité des chances, il descend tout droit d’un manuel de DEUG pour étudiants en sciences sociales. Le nouveau Saint Esprit ne parle plus les langues du monde, mais la langue de la sociologie. Lutte, contrat, discriminations, cohésion sociale, incivilités, auxquels on peut ajouter citoyen, font résonner la nouvelle glossolalie dans nos codes de loi. Comme toujours quand le Saint Esprit descend de trop bas, les objectifs fixés sont lettre morte. La loi était censée prévenir par le social toutes voiles dehors la répétition des émeutes de l’automne; c’est de nouvelles émeutes qu’elle provoque au centre des villes. Elle suscite ce qu’elle est censée empêcher. Au lieu d’éteindre les braises, elle les attise. Il est un fait qui condense en lui toute la signification de la loi : c’est l’occupation de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Cette institution est au cœur du sociocentrisme discriminatoire, incivil, contractuel, égalitariste, lutteur, etc. Le directeur en avait ouvert les portes pour que les militants anti-CPE disposent de lieux où débattre. Tout de suite, les débats ont tourné court. Les portes des bureaux ont été forcées, le matériel a été volé ou détruit, les salles ont été squattées. Depuis plus de trente ans, les sciences sociales jettent l’huile sociologique sur le feu social. Ce n’est pas la société qu’elles ont embrasée, mais leur propre Institution. Il fallait s’y attendre pourtant. Si les parents interdisent à leurs enfants de jouer avec les allumettes, ce n’est pas par caprice, mais par expérience. La télé a montré des sociologues de l’EHESS en train de déménager des ordinateurs pour les préserver de leurs chers objets de recherche. On a appris aussi qu’ils avaient demandé aux CRS d’expulser les objets d’étude qu’ils avaient invités à occuper leurs locaux. L’EHESS est le foyer ardent de la sociologisation des arts, de la langue, de la littérature, de la société, de l’histoire, de la science, des lois, de tout, etc. Elle a lancé le boomerang qui lui est revenu en pleine face.


105, bd. Raspail, état des lieux le 24/03/2006 au matin, photographie de Gunthert


Déjà, les gazettes évoquent le 22 mars 1968. Alors le spectre la révolution a été sorti des oubliettes pour effrayer les chaisières et les rosières. La révolution en 2006 n’est pas pour demain, ni pour après-demain. Certes, la souveraineté du peuple est violée, mais c’est la règle depuis si longtemps que plus personne n’y prête attention. Les agitateurs semblent souhaiter «levez-vous, orages désirés», mais, au premier grain, ils rentrent dare-dare chez papa et maman. En fait, la révolution, s’il y en a une, ne chamboule pas la société, mais la sociologie – nos pas le réel, mais la représentation biaisée qu’en donnent les sociologues. C’est le vieux monde de Comte, de Bourdieu, de Durkheim, de Touraine et alii que vent emporte : les idoles sont brisées, les statues sont renversées, les mensonges sont mis à nu. Courage, camarades, le vieux monde de la sociologie est derrière vous. Les émeutes de l’automne étaient sociales, 100% garantis sociales, même par les RG. Pour les atténuer, on a fait souffler la panacée sociale. Sous ce mistral en folie, les émeutes reprennent de plus belle. De même, de 1956 à 1958, les gouvernements de la IVe République à l’agonie ont multiplié les mesures sociales en faveur des Algériens pour les convaincre qu’il était de leur intérêt que l’Algérie restât française : ils en ont tiré la conclusion inverse, sachant, sans avoir jamais fait d’études, que le social ou le sociologique ne pèse pas lourd face à l’identité ou à «l’être français» ou à son contraire «l’être algérien» et que les rustines de la sociologie, mais avec de la colle forte, n’adhèrent pas à la nation, à l’être, à l’identité, à tout ce que l’histoire a déposé chez les hommes. Il a fallu, en 2006, à peine deux mois pour que les billevesées nées des émeutes de l’automne fondent comme neige aux premiers feux du soleil.
 

15/11/2007

Contestation du CPE : exploration des racines du totalitarisme de gauche, par Germain Souchet


Remise en une de cet excellent article de Germain Souchet, d'une actualité pour le moins brûlante.

Poursuivons la série d'analyses polémiques disséquant le mal français, comme disent les journalistes. Après les textes de Jean-Gérard Lapacherie, Alexandre Del Valle, voici une charge (en ce moment, elles sont légion...) pour le moins féroce signée par Germain Souchet.

En arrivant à Matignon, Dominique de Villepin s’était donné cent jours pour remporter quelques succès décisifs dans la campagne de lutte contre le chômage. Trois cents jours plus tard, le contrat première embauche (CPE) pourrait bien devenir sa Bérézina politique. Et déjà se profile à l’horizon de 2007, non pas le retour glorieux des Cendres, mais celui, pitoyable, du cadavre décomposé du marxisme, porté à bout de bras par une gauche archaïque, et dont on sent d’ici les miasmes qu’il exhale. En tête de ce cortège venu d’un autre siècle, le parti socialiste, sans doute le plus rétrograde d’Europe, qui se contente de récupérer une agitation politique qu’il ne maîtrise absolument pas; derrière lui, le parti communiste français, cette «bande de vieux fossiles, dont certains sont complètement marteaux», comme le disait si bien le comique, accompagné des partis et mouvements trotskystes dont la violence, tant verbale que physique, constitue une menace bien plus directe et tangible pour la République qu’une fantasmagorique victoire de l’extrême droite à l’élection présidentielle.

Depuis plus d’un mois maintenant, la France vit donc de nouveau au rythme des manifestations, des violences de rues, des blocages d’universités et de lycées, de toutes ces activités qui font le charme de notre pays, malheureusement incompris de nos voisins européens plus préoccupés par leur travail, leur productivité et leur croissance que par la défense de leurs acquis sociaux et de leur sacro-saint modèle social hérité d’une époque révolue… Et maintenant, le mouvement prend une ampleur nouvelle avec cette journée dite de «mobilisation nationale», traduire de prise en otage des personnes souhaitant travailler, car oui, il en reste encore au pays des 35 heures et de la Star Academy !
Ce qui est le plus frappant, lors de chacun de ces mouvements sociaux, c’est la stupidité affligeante des slogans répétés inlassablement dans les cortèges de manifestants. Les étudiants et les lycéens en grève – mais comment peut-on être en grève alors qu’on ne travaille pas ? j’aimerais bien qu’on prenne un jour le temps de me l’expliquer – semblent particulièrement apprécier celui-ci : «Chirac, Villepin et Sar-ko-zy, votre période d’essai, elle est fi-nie !». Outre que la syntaxe laisse à désirer, ce qui prouve qu’une plus grande assiduité dans les cours de français ne leur ferait pas de mal, ce slogan, qui se croit ironique, ne veut en réalité rien dire : car si leur période d’essai est finie, alors ils ne peuvent plus être licenciés sans motif… Et quand on connaît les difficultés auxquelles sont confrontés les chefs d’entreprises pour mettre un terme à un contrat de travail, on peut légitimement penser qu’ils resteront jusqu’à la fin de leur CDD prévue pour 2007. En tout état de cause, cet exemple, parmi tant d’autres, prouve que cette jeunesse souvent dorée – quand on étudie à Louis le Grand ou à la Sorbonne, je pense que le mot de «précarité» n’est pas tout à fait approprié – ne comprend rien à la réalité économique et à la façon dont fonctionne le marché du travail. Et plutôt que de défiler en adressant des ultimatums à un gouvernement issu d’une majorité démocratiquement élue, ils auraient tout intérêt à terminer leurs études et à chercher un emploi, car la vraie précarité, aujourd’hui, reste le chômage.


Malheureusement, la dialectique mise en œuvre dans les cortèges ne se limite pas à révéler des encéphalogrammes aussi actifs que ceux des grenouilles; elle est aussi souvent marquée par une extrême violence, décidément bien inquiétante. Pas plus tard que ce midi, j’ai vu au journal télévisé de France 2 – qui, comme la plupart des médias, fait preuve d’une complaisance extrême à l’égard de ce qui, selon les dires de certains, serait un «nouveau mai 68» – des lycéens brandir une banderole sur laquelle on pouvait lire : «Ville-pain au grille-pain» (sic). Au cours du même journal, une déléguée CGT de Bordeaux déclarait : «si on laisse passer cette saloperie, c’est la fin de tout» (c’est moi qui souligne). Cette violence verbale rejoint les propos tenus par Dominique Voynet lors d’un meeting commun de la gauche, quelques mois après la présidentielle de 2002 et que j’avais eu la présence d’esprit de noter : «nous communions, tous ensemble, dans la détestation de la droite» (idem). En clair, la gauche française n’a pas d’adversaires politiques, mais des ennemis. Elle rejoint ainsi les réflexions d’un certain Lénine qui, dans la continuation de Robespierre, un de ses modèles, et à l’inverse de Clausewitz, considérait que «la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens». Il semblerait bien que la gauche n’ait pas tout à fait abandonné les réflexes totalitaires de la Révolution française et du marxisme dont elle est très largement issue. Nous en aurons la confirmation un peu plus tard.
À la violence verbale se joint, depuis le début du mouvement anti-CPE, une véritable violence physique. Obsédés par une partie de l’échiquier politique, les médias ont cru y déceler tout d’abord la présence de l’extrême droite. En réalité, les casseurs accompagnant les fins de cortège sont très largement issus des diverses mouvances de l’extrême et de l’ultra-gauche; et si l’extrême droite se manifeste, c’est bien davantage dans des affrontements avec leurs frères ennemis de gauche qu’en caillassant pendant des heures les CRS et les gendarmes mobiles… qu’on devrait renommer immobiles pour l’occasion. Il est en effet particulièrement choquant de voir les forces de l’ordre assister, sans réagir, au saccage de commerces, à la destruction de voitures, au pillage de magasins aux vitrines éventrées.
Naturellement, elles ne sont en rien responsables : elles agissent sur ordre. Craignant sans doute des «dommages collatéraux» en cas de charge des CRS, le gouvernement a décidé de les employer pour contenir les casseurs pendant que des groupes mobiles – composés de CRS et d’agents en civil – arrêtent les fauteurs de troubles les plus violents. En d’autres termes, les CRS et les gendarmes mobiles ne font plus du maintien de l’ordre, mission traditionnelle de police administrative, mais participent à des actions de police judiciaire. En conséquence, plus de 400 policiers et gendarmes ont été blessés depuis le début des affrontements, selon les chiffres donnés par le ministère de l’Intérieur. Par faiblesse, par crainte des médias, le gouvernement préfère donc laisser les policiers et les gendarmes prendre des pavés en pleine figure, et renonce à défendre la propriété privée et le droit des citoyens à circuler librement. Certes, les casseurs interpellés sont déférés à la justice; mais les peines évoquées dans les journaux paraissent bien faibles en comparaison de la gravité de leurs agissements. L’État doit comprendre que dans certains cas, le recours à la justice est insuffisant. Il a le monopole de la contrainte physique légitime, ou de la violence légitime – suivant qu’on adopte la rhétorique wébérienne ou marxiste – et il doit parfois recourir à cette contrainte physique pour montrer que force reste à la loi. Face à des voyous qui ont pour but de «casser du CRS» – propos également entendus lors d’un journal télévisé – l’État doit faire du maintien de l’ordre. Toute autre attitude est un signe de faiblesse, ce qui n’augure rien de bon en cas de développement de violences à caractère révolutionnaire. Et qu’on ne me dise pas que je suis alarmiste : les émeutes de l’automne dernier n’étaient qu’un début…


Dernier élément de forme avant d’en venir au fond du dossier. Depuis maintenant plusieurs semaines, les syndicats étudiants, lycéens et de salariés réclament le retrait du CPE comme préalable à toute négociation. Mais, si le gouvernement retire le CPE, sur quoi pourrait-il négocier ? On pourrait se contenter de voir dans cette demande une manifestation – sans mauvais jeu de mots – supplémentaire du crétinisme des leaders syndicaux français. Reconnaissons que la tentation est forte… Cependant, je crains que cette dialectique ne cache quelque chose de plus grave : les syndicats et la gauche veulent imposer au gouvernement un agenda politique, veulent le forcer à discuter des sujets qui les préoccupent, au mépris des priorités de la représentation nationale. Notons au passage que le Premier ministre ne peut juridiquement pas retirer le CPE : puisqu’il s’agit d’une loi votée par le Parlement, seul le Parlement pourrait l’abroger. Mais serait-il démocratique de contraindre l’Assemblée Nationale et le Sénat à se dédire un mois et demi après avoir adopté un texte ?
Une nouvelle fois, la gauche française montre son mépris de la démocratie représentative. Interrogé la semaine dernière sur France Inter, le (pseudo) philosophe Michel Onfray justifiait la nécessité pour la représentation nationale de céder aux demandes de la rue quand elle cessait de représenter la volonté du peuple. Avec son apparence de démocratie directe, le raisonnement peut paraître séduisant, mais il est en réalité très dangereux : quand peut-on dire avec certitude que le Parlement ne reflète plus la volonté nationale ? Doit-on gouverner avec des sondages et en écoutant les demandes des seuls syndicats, qui sont, comme chacun sait, très peu représentatifs ? Sans s’en rendre compte, Michel Onfray a remis au goût du jour la dialectique maurassienne de la différence entre le pays réel et le pays légal, source de la contestation de la démocratie représentative par le fondateur de l’Action Française. Quel drame ! S’étant endormie marxiste en 1989, la gauche française se réveille aujourd’hui… maurassienne ! De quoi créer une véritable crise d’identité chez ses électeurs…


Mais au fait, sur quoi porte la contestation ? À force de mélanger les sujets de revendication, on en oublierait presque ce qu’est le CPE. Bâti sur le modèle du contrat nouvelle embauche (CNE), créé par une ordonnance du début du mois d’août dernier, et qui n’avait d’ailleurs pas donné lieu à une telle opposition, le CPE est une nouvelle forme de contrat de travail réservé aux jeunes de moins de 26 ans au moment de l’embauche. Sa particularité est de prévoir, comme son grand frère le CNE, une période d’essai de deux ans au cours de laquelle un employeur peut licencier le titulaire du contrat sans donner de motif. Pour autant, la jurisprudence naissante sur le CNE montre que les licenciements abusifs demeurent interdits. En clair, un employeur ne peut se séparer de son employé sans une cause réelle et sérieuse; la période d’essai revient à inverser la charge de la preuve, ce qui veut dire qu’il appartient à la personne licenciée de prouver que son licenciement était abusif. Par ailleurs, cette personne bénéficie d’indemnités de licenciement et a droit à des allocations chômage. La loi sur l’égalité des chances, dans laquelle le CPE est institué, fait également peser sur les entreprises l’obligation de dispenser aux titulaires du contrat première embauche une formation professionnelle. Enfin, la loi permet de réduire la durée de la période d’essai par des accords entre partenaires sociaux, notamment au niveau des branches.
On le voit, il n’y a tout de même pas de quoi fouetter un chat… ni même faire crier une gargouille. Il est amusant de constater qu’en Allemagne, la grande coalition CDU-SPD (chrétiens-démocrates de droite et sociaux-démocrates de gauche) s’apprête à étendre la durée de la période d’essai à deux ans pour tous les contrats, sans que des manifestations se dispersant dans la violence ou des grèves à répétition n’émaillent le quotidien de nos amis d’outre-Rhin. Dès lors, une question, lancinante, revient sur toutes les lèvres : la France peut-elle être réformée ? Non, se lamente la droite, qui n’a pas essayé de le faire en 2002, alors que l’UMP venait de remporter 399 sièges à l’Assemblée Nationale, lui donnant les coudées franches, et que le parti socialiste était K.O debout après le cuisant échec de Lionel Jospin lors de l’élection présidentielle. Si, répond la gauche triomphante, à condition de faire des réformes plus «justes» et qui consolident le modèle social français au lieu de le détruire. En d’autres termes, les seules réformes acceptables seraient celles qui consisteraient à diminuer le temps de travail, augmenter les salaires, accroître la pression fiscale sur les «nantis», etc. plongeant la France dans un marasme économique dont elle ne se sort plus depuis les chocs pétroliers du début des années 1970.
En réalité, il me semble que la France n’est ni plus ni moins réformable que ne l’étaient la Grande-Bretagne ou les États-Unis avant les arrivées au pouvoir respectives de Margaret Thatcher en 1979 et de Ronald Reagan en 1981. Ces deux pays avaient adopté, comme tous les pays occidentaux, un modèle social basé sur le keynésianisme et l’État providence. Mais, conscients que ces modèles étaient à bout de souffle, les conservateurs britanniques et les républicains américains ont proposé une rupture radicale et proposé aux citoyens de leurs pays d’embrasser le modèle libéral. Tout ne s’est pas fait en douceur : Margaret Thatcher a dû affronter des grèves très dures, notamment dans les mines, et le président américain a eu son lot de contestations (avec les contrôleurs aériens, par exemple). Mais ils ont tenu bon et, les résultats commençant à se faire sentir, ont été triomphalement réélus, trois fois pour la dame de fer, une seule pour Ronald Reagan, conformément à la constitution américaine, mais quelle victoire ! Par la suite, ni les travaillistes de Tony Blair ni les démocrates de Bill Clinton n’ont remis en cause l’héritage libéral de leurs prédécesseurs.


Dans le même temps, en 1981, la France faisait le choix du programme commun de la gauche, de François Mitterrand et de l’entrée de ministres communistes dans le gouvernement de la République française… Évidemment, pour faire face aux défis de la modernité, ce n’est pas l’idéal. En 1986, en 1993 et en 2002, alors que la gauche était logiquement balayée, ses résultats étant catastrophiques dans tous les domaines, la droite n’a jamais osé mettre en œuvre une réelle politique de rupture. Elle s’est toujours contentée de faire des aménagements, comme ce fut le cas en 2002 pour la loi sur les 35 heures. Ce faisant, elle a chaque fois donné raison à la gauche : si elle n’abolit pas les 35 heures, c’est qu’au fond, cette réforme n’était pas aussi néfaste qu’elle l’avait prétendu lorsqu’elle était dans l’opposition. Le drame de ces vingt dernières années, c’est que la droite française a perdu la bataille idéologique en laissant prospérer les thèses de la gauche et en reprenant même à son compte, comme aux lendemains du référendum sur la constitution européenne, l’idée imbécile de vouloir sauvegarder le modèle social français, producteur de chômage et, précisément, de précarité… Dès lors, il n’est pas surprenant qu’après trois ans et demi de politique sociale-démocrate, l’UMP suscite un rejet acerbe de sa première tentative d’ébauche de libéralisation du marché du travail. La majorité, en un sens, paye le manque de courage de Jean-Pierre Raffarin (si, souvenez-vous, il fut Premier ministre de 2002 à 2005…).
La droite manque donc de courage et surtout, n’a pas été capable de développer un projet de société authentiquement libéral, c’est-à-dire fondé sur la valorisation de la liberté et de la responsabilité; ce n’est pas un scoop. Mais cela n’explique pas tout. Une question demeure : pourquoi la gauche française refuse-t-elle ce que tous les partis de gauche européens ont accepté ? Pourquoi le SPD allemand ou les travaillistes britanniques, par exemple, nous paraissent-ils plus libéraux que l’UMP ? Pourquoi le parti socialiste, apparemment de centre gauche, continue à employer des dialectiques marxistes (j’ai personnellement entendu François Hollande déclarer, à trois reprises, lors de la campagne référendaire de l’an dernier, qu’il fallait lutter contre le «capitalisme»; il n’a pas dit contre le «libéralisme»…) ? L’explication m’est venue en écoutant Michel Onfray, interrogé la semaine dernière par Stéphane Paoli. Répondant à une question d’un auditeur sur l’épicurisme, l’auteur du Traité d’athéologie a résumé cette philosophie de la manière suivante : «le plus grand bonheur pour le plus grand nombre». Et il ajouté que cette doctrine avait aujourd’hui une grande validité politique.


On touche ici à la principale racine du totalitarisme de gauche : la volonté de faire le bonheur des peuples par la politique. Au moment de la Révolution française, Saint-Just lançait cette phrase terrible : «le bonheur est une idée neuve en Europe». La même idée est sous-jacente au marxisme, avec ses fameux «lendemains qui chantent». Or, vouloir faire le bonheur des peuples aboutit toujours au totalitarisme, car ce projet implique nécessairement de définir arbitrairement et de manière uniforme ce que le bonheur doit être, puis de l’imposer à tous. Et, si besoin est, d’éliminer ceux qui s’y opposent. C’est ainsi que des représentants de la Convention en mission en Vendée écrivaient au général Haxo : «Il faut que la Vendée soit anéantie parce qu’elle a osé douter des bienfaits de la liberté» (1). C’est également au nom du bonheur, sans doute, que des millions de paysans ont été affamés par Staline en Ukraine dans les années 1930, que 65 millions de Chinois ont péri sous le régime de Mao Zedong… On pourrait multiplier les exemples pour montrer que, quand l’État veut faire le bonheur de ses citoyens, il n’arrive en général qu’à faire le malheur de tous.
Malgré cela, la France conserve dans ses médias et ses écoles une complaisance coupable à l’égard du marxisme, présenté comme un bel idéal, dévoyé par quelques régimes. La réalité est toute autre : le marxisme, de même que toute idéologie prétendant faire le bonheur des peuples, et voulant, par la voie d’une révolution, transformer l’ordre du monde, conduisent nécessairement à ces «dévoiements», car ils s’opposent à la liberté de l’Homme de définir individuellement le sens du mot bonheur.
Il est ainsi urgent de rompre avec les idéologies du bonheur, au nom desquelles tout projet libéral est violemment rejeté en France par des minorités agissantes, qui imposent leur volonté au plus grand nombre. Il est impératif que le gouvernement ne cède pas sur le CPE, non pour défendre le CPE, mais parce que la gauche en a fait une question de principe. Et il est fondamental que la droite propose enfin une vraie alternative libérale à la France, un projet politique reposant sur une idée simple : la politique se doit d’être juste et de donner à tous les moyens dont ils ont besoin pour valoriser leurs talents propres, réussir leur vie professionnelle et définir par eux-mêmes leur bonheur. L’élection présidentielle de 2007 pourrait être la dernière occasion de le faire. En cas d’échec, il n’est pas exclu que le pays s’enfonce, à terme, dans un déclin déjà amorcé, qui ne pourra que le conduire à une guerre civile larvée.

Note :
(1) Cité dans Jean Sévillia, Historiquement correct (Perrin, 2003), p. 192.


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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 20:31

Les 3 et 9 mars prochains, les Espagnols éliront leurs parlementaires. Le Parti socialiste (PSOE) du premier ministre J.L. Zapatero, apparaît favori. Son principal concurrent sera le Parti populaire (PP, droite libérale), dirigé par Mariano Rajoy. Nombre d’Espagnols estiment pourtant que la droite aurait plus de chances de l’emporter si son ancien leader emblématique, J. M. Aznar*, qui dirigea le gouvernement entre 1996 et 2004, reprenait du service. Mais l’intéressé, dont le nom reste attaché au « miracle économique espagnol », semble avoir définitivement tourné la page… Il enseigne aujourd’hui à la Georgetown University de Washington et sillonne la planète. Son influence morale et intellectuelle sur le PP demeure prégnante, grâce au think tank libéral qu’il dirige, la FAES, dont le rayonnement s’étend jusqu’aux États-Unis et à l’Amérique latine. Une fondation à laquelle il assigne la tâche principale de redonner à la droite sa légitimité face à l’« hégémonie culturelle et intellectuelle » de la gauche. Quatre ans après la fin (provisoire ?) de sa brillante carrière politique, M. Aznar n’a rien perdu de sa détermination... C'est un homme humble, profond et chaleureux, aux antipodes des caricatures forgées par ses adversaires rouges-bruns-verts et par les médias, qui nous a reçu dans les locaux de l'Université de la FAEZ, à Madrid. A.D.V

 Alexandre del Valle — Alors que l’Espagne s’apprête à connaître des élections parlementaires déterminantes, vous tirez le signal d’alarme. Selon vous, le pays se trouve sur une pente dangereuse : l’idée même de liberté est remise en question. Cette préoccupation guide votre dernier ouvrage, qui se présente sous la forme d’un recueil de lettres écrites à un jeune Espagnol auquel vous expliquez votre vision politique. En quoi la liberté est-elle en danger en Espagne ?

 

 

José Maria Aznar — Dans cet ouvrage, je tente d’expliquer ce qu’est la liberté car, trop souvent, la jeunesse en a une acception erronée. Les jeunes Espagnols qui se réclament de l’antilibéralisme se trompent sur la définition du concept de liberté. Ils veulent multiplier les lois pour protéger ce qu’ils croient être la liberté. Or, sous prétexte de garantir notre bonheur, le droit finit par pénétrer toutes les sphères de la vie privée, nous enfermant en réalité dans une société moralisante et intolérante. L’antilibéralisme en Espagne est souvent le résultat du politiquement correct et de l’interventionnisme — pour ne pas dire du totalitarisme intellectuel — de la gauche au pouvoir. Il est regrettable de constater que cette politique qui déforme le droit et les valeurs de la société occidentale semble trouver plus d’écho chez les jeunes que la tradition libérale.

A. D. V. — Comment expliquez-vous qu’il existe en Espagne un tel sentiment anti-libéral chez les jeunes ?
J. M. A. — C’est un grand paradoxe. Depuis le XIXe siècle, l’Espagne abrite une forte tradition libérale. D’ailleurs, le terme « libéral » lui-même est d’origine espagnole (il fut employé pour la première fois par l’assemblée constituante de Cadix au début du XIXe siècle). Hélas, aujourd’hui, les hommes politiques qui se réclament du libéralisme au sens européen du terme sont rares. Ce paradoxe n’est pas nouveau : déjà du temps de l’URSS, la majorité des intellectuels européens soutenaient le communisme. Seule une poignée d’irréductibles s’était élevée contre cette vision, en particulier les Français Jean-François Revel et Raymond Aron.
Je crois aussi que le rôle de l’éducation ne doit pas être sous-estimé dans la tendance des jeunes à se réclamer de l’anti-libéralisme. Les idées soixante-huitardes du gouvernement de Zapatero ont détruit les notions d’autorité et de responsabilité à l’école.

A. D. V. — Vous faites sans doute référence à une matière que le gouvernement de Zapatero a imposée à l’école primaire et secondaire : l’« aprentissage de la citoyenneté » (1)...
J. M. A. — En effet. Cette matière est un véritable « catéchisme du bon socialiste » ! Endoctrinée par un gouvernement de soixante-huitards, la jeunesse tend à se complaire dans une espèce de relativisme moral selon lequel « tout se vaut ». D’où mon livre, qui constitue un rappel à l’ordre : je ne voudrais pas que notre système de valeurs, fruit d’une histoire millénaire, soit mis à mal. La jeunesse doit réagir pour que perdure la liberté, pierre angulaire de toute société occidentale.

A. D. V. — Vous parlez sans cesse de « système de valeurs » et d’« Occident » ; mais, dans votre livre, vous ne faites presque jamais référence à l’Europe. Seriez-vous eurosceptique ?
J. M. A. — Le but de cet ouvrage est de dénoncer les ravages du relativisme en Europe. Les lettres que j’adresse à ce jeune Espagnol pourraient très bien être destinées à un jeune Français, à un jeune Anglais ou à un jeune Italien. Lorsque je parle de l’inquiétant effacement de la liberté et de la responsabilité dans nos sociétés modernes, j’évoque bien un problème typiquement européen !
Je ne suis en aucun cas eurosceptique. Je crois, au contraire, que l’Union européenne a effectué de grandes avancées ces derniers temps. J’ai moi-même largement participé à sa construction.
L’UE doit maintenant s’affirmer comme une « grande Europe atlantique ». Pour y parvenir, il faut améliorer significativement notre relation stratégique avec les États-Unis. À l’époque où je dirigeais le gouvernement, j’avais proposé une politique de réforme de l’Otan. L’idée était de centrer l’Alliance sur les sociétés occidentales, non pas en tant qu’ensemble géographique mais plutôt en tant que communauté de valeurs. Je souhaitais alors créer avec les États-Unis un espace de libre-échange qui aurait été ouvert au reste du monde. J’avais aussi un projet de réforme visant à incorporer l’Amérique latine au monde atlantique. Cette alliance atlantique aurait évidemment eu pour objectif de fortifier et de protéger nos sociétés modernes et libres. Mais, pour pouvoir mener à bien toutes ces politiques ambitieuses, il faudrait que l’Europe ait davantage confiance en elle.

A. D. V. — Justement, selon vous, que doivent faire les dirigeants européens pour redonner confiance à l’Europe ?
J. M. A. — Beaucoup de choses : redresser son économie, son système de valeurs, son système éducatif, ses institutions…

A. D. V. — Vous-même avez, lors de vos huit années au pouvoir, redressé l’économie espagnole et modernisé le pays. Quel est l’aspect de votre mandat dont vous êtes le plus fier ?
J. M. A. — On ne fait jamais tout ce que l’on veut ! Mais, globalement, la majorité des Espagnols estime que, aujourd’hui, grâce à notre action, l’Espagne va mieux. Du point de vue tant économique que social, le pays ne s’est jamais porté aussi bien qu’en 2004, quand nous avons quitté le pouvoir. Tout le monde reconnaît que notre action a légué au gouvernement actuel un héritage exceptionnel. Nous avons atteint l’essentiel de nos objectifs, y compris ceux que nos adversaires qualifiaient d’irréalistes. Les sceptiques affirmaient que l’Espagne ne pouvait pas entrer dans l’euro ; eh bien, elle y est parvenue grâce à notre politique de stabilisation.
L’Espagne a rempli les conditions des critères de convergence en un an et demi. Et la politique de libéralisation que nous avons conduite a abouti à une amélioration sensible du niveau de vie des habitants. Cette politique a permis de créer des emplois et stimulé le développement de nouvelles technologies. Grâce à nos réformes, de très nombreuses entreprises espagnoles ont investi à l’étranger. Lors de mes deux mandats, c’est-à-dire de 1996 à 2004, nous avons créé six millions d’emplois : pendant ce délai, plus de 50 % des emplois créés en Europe l’ont été dans la seule Espagne ! J’aimerais rappeler qu’en 1976, au début de la transition vers la démocratie, seuls douze millions d’Espagnols travaillaient. Et vingt ans plus tard, en 1996, ce chiffre était toujours le même ! En vingt ans, on n’avait pas créé un seul emploi ! Le pays était certes devenu plus prospère ; mais jusqu’à ce que notre gouvernement redresse la situation, l’Espagne avait stagné en matière d’emploi.

A. D. V. — On parle souvent du « miracle espagnol ». Votre pays serait, avec l’Irlande, un élève exemplaire de l’Union européenne pour ce qui concerne l’utilisation des fonds structurels européens et l’application des critères de Maastricht. Comment l’expliquer ?
J. M. A. — Entre 1996 et 2004, nous avons réalisé une véritable « révolution » politico-économique. C’est ce qui explique la réussite de notre intégration à l’UE. De tous les pays de l’Union, l’Espagne est celui dont le déficit public a le plus baissé et, en même temps, celui dont la croissance a le plus augmenté ! Notre recette a été simple : réduction des impôts et encouragement à la création d’emplois. Le succès a été au rendez-vous.

A. D. V. — Comment avez-vous réussi à maintenir le haut niveau de protection sociale propre à l’Espagne tout en conduisant une politique libérale ?
J. M. A. — C’est élémentaire : seul le libéralisme produit des richesses, et seule la création d’emplois permet de réduire la pauvreté. La meilleure politique sociale consiste à ne se préoccuper que de la création d’emplois. J’en veux pour preuve que, sous mon gouvernement, la protection sociale a progressé dans le pays. Quand nous sommes arrivés aux affaires, de nombreux contrats de travail étaient dépourvus de protection sociale. Huit ans plus tard, à notre départ, il n’existait plus un seul contrat de travail sans protection sociale.
Je vais vous expliquer comment le libéralisme produit des richesses. Comme vous le savez, nous avons privatisé de nombreuses entreprises. À l’occasion de ces privatisations, beaucoup d’employés de ces entreprises sont devenus actionnaires. Ce phénomène de « capitalisme populaire » change les mentalités et responsabilise considérablement les personnes concernées. Ne serait-ce que parce que celui qui se lève le matin et sait qu’une partie de son épargne réside dans son entreprise s’implique davantage dans son travail !
C’est pourquoi je dis toujours à mes interlocuteurs : les grands discours sur la solidarité ne m’intéressent pas du tout ! Les vrais discours sur la solidarité, ce sont les chiffres des créations d’emplois, ce sont les possibilités de prospérer qui sont offertes aux gens !

A. D. V. — Vos réformes économiques sont-elles remises en question par la politique socialiste de José Luis Zapatero ?
J. M. A. — J’insiste sur le fait que le gouvernement actuel a eu la chance d’hériter d’une situation exceptionnelle. L’Espagne que nous lui avons transmise était la plus prospère qui ait jamais existé ! Admettez qu’il y a une différence entre un État ayant un déficit de 7 % (ce qui était le cas avant mon mandat) et de 1 % (à l’issue de ce mandat) ; entre un pays où 12 millions de personnes ont un emploi (avant mon arrivée) et un pays où elles sont 18 millions (après mon départ) ; entre une économie dont le revenu par tête était de 12 000 dollars et une économie où il était passé à 24 000 dollars ! Pour le moment, le gouvernement de M. Zapatero, qui grève le budget national de dépenses toujours plus lourdes, profite de cet acquis, qu’il n’a pas encore totalement dilapidé. Mais l’avenir proche dira si l’État pourra supporter longtemps les incohérences de la gestion des socialistes.

A. D. V. — Pensez-vous que ceux de vos compatriotes qui ont voté pour José Luis Zapatero lors des élections de 2004 vous ont manqué de reconnaissance ?
J. M. A. — Je n’ai pas souffert personnellement de cette « ingratitude » puisque je n’étais même pas candidat. Je ne peux pas me plaindre des Espagnols. Au contraire, j’éprouve à leur égard une grande reconnaissance. Ce peuple a fait de moi le plus jeune chef de gouvernement de l’histoire du pays ! Il n’empêche que je comprends la phrase de Churchill qui disait que « toute nation est ingrate » envers ses dirigeants, surtout s’ils ont été bons…

A. D. V. — Concrètement, que reprochez-vous à votre successeur José Luis Zapatero ?
J. M. A. — Je crois que cet homme est un radical qui ne réunit pas les qualités nécessaires pour occuper ce poste. Ses décisions sont en train de provoquer le démembrement de l’État et la dénationalisation du pays. L’Espagne se dirige vers une crise nationale d’une immense gravité. Le radicalisme de M. Zapatero est un radicalisme pur et dur qui vient tout droit de 1968. C’est comme si nous étions en train de revivre 1968 quarante ans après, avec tout ce que cela implique de sectarisme et de risques de divisions pour l’Espagne ! La politique, ce sont des faits, pas des slogans !
Aujourd’hui, l’Espagne est plus faible qu’au printemps 2004. Jamais les Espagnols n’ont été aussi angoissés à propos de l’avenir de leur pays. L’État est en train de se démembrer à cause des séparatismes encouragés par M. Zapatero et la gauche. On peut comprendre, à l’extrême rigueur, qu’un dirigeant politique fasse beaucoup de promesses, y compris des promesses stupides, lors d’une campagne électorale ; mais qu’il mette en application ces engagements démagogiques une fois au pouvoir, voilà qui relève de l’irresponsabilité… Cette capacité à l’autocritique, c’est ce qui distingue un dirigeant apte à gouverner d’un politicien qui représente un danger pour son pays. Franchement, imaginez qu’en France le président déclare devant le Parlement qu’il ne sait pas si la nation française existe et que le concept de nation est « discutable » ! Imaginez, aussi, que les collaborateurs qu’il a nommés au sein de son gouvernement soient membres des forces séparatistes qui menacent l’unité du pays… Eh bien, c’est la situation actuelle en Espagne !
En négociant avec les terroristes et en légalisant leurs représentations politiques (2), Zapatero a perdu toute crédibilité. L’ANV — le parti Action nationaliste basque, dont le PP demande l’interdiction — n’est pas le seul exemple de parti politique qui, selon moi, devrait être interdit en tant que menace à l’intégrité nationale. Le Parti communiste basque Partido comunista de las tierras vascas devrait l’être également. Zapatero a commis la grave erreur de négocier avec des terroristes qu’il a qualifiés d’« interlocuteurs légitimes ». Or si l’on souhaite vraiment éradiquer un mouvement terroriste, on n’appelle pas ses membres « hommes de paix » et on ne négocie pas avec eux ! Et n’est-il pas profondément contradictoire de vouloir détruire une organisation à laquelle on a permis de siéger au cœur des institutions de l’État ? Le gouvernement de Zapatero est même allé jusqu’à financer les partis politiques des terroristes avec l’argent public !

A. D. V. — Les mouvements séparatistes peuvent-ils vraiment provoquer le démantèlement de l’Espagne ?
J. M. A. — J’ai confiance dans la nation espagnole. L’Espagne est une grande nation, l’une des plus anciennes d’Europe. Une nation plurielle, certes, mais unie depuis des siècles. Il n’en demeure pas moins que la désinvolture du gouvernement Zapatero a suscité la réapparition de vieilles querelles qui semblaient appartenir au passé. Ceux qui avaient l’obligation de défendre la nation espagnole ont ouvert un débat qui risque de déclencher une grave crise nationale (3).

A. D. V. — L’attentat commis par le l’ETA le 1er décembre dernier à Capbreton, dans le Pays basque français, qui a coûté la vie à deux gardes civils espagnols, a dû apporter de l’eau à votre moulin…
J. M. A. — Évidemment ! D’ailleurs, il faut que les Français prennent conscience que ce danger est bien réel. Au-delà de la composante terroriste, je rappelle que l’Espagne est un pays dans lequel on convoque des référendums d’autodétermination illégaux (4) : c’est ce qui s’est passé au Pays basque et en Catalogne…
Même si, comme je viens de vous le dire, je crois en l’unité de mon pays, je sais bien que rien ne garantit aux nations et à leur culture une existence éternelle. Aussi admirables soient-elles, les grandes nations européennes ne sont que des créations historiques que l’Histoire peut défaire. Raison de plus pour se montrer intraitables face aux séparatismes, a fortiori quand ils s’accompagnent de violences intolérables !

A. D. V. — Vous demeurez très populaire au sein de la droite espagnole, si bien que votre successeur, Mariano Rajoy, paraît parfois avoir du mal à imprimer sa marque à la tête du PPE…
J. M. A. — À vrai dire, je ne pense pas que mon hara-kiri serait très utile à Rajoy ! Plus sérieusement, on sait que les successions sont toujours difficiles. J’ai été pendant quinze ans le leader du PPE, le parti le plus puissant et le plus populaire d’Espagne. Ce parti est même devenu une véritable référence, aux États-Unis comme en Europe. J’accepte que l’on dise que j’ai mis en place un leadership fort. Mais je ne crois pas que cela soit un inconvénient pour M. Rajoy, dont le type de leadership diffère du mien. Je lui souhaite le meilleur et je ne doute pas de son succès lors des prochaines échéances.

A. D. V. — 57 ans en politique, c’est comme 20 ans au football professionnel. Avez-vous l’intention de revenir un jour au pouvoir grâce à la plate-forme que constitue votre fondation, la Faes, un think tank dont la vocation est de défendre l’Occident, le libéralisme et le monde libre (5) ?
J. M. A. — Aujourd’hui, je n’ai pas d’ambitions politiques. Mes ambitions existent surtout dans le domaine des idées, de la métapolitique, du débat intellectuel.

A. D. V. — Souhaitez-vous, via cette institution, influencer les décisions politiques des leaders européens ?
J. M. A. — La Faes se donne en effet pour objectif d’influencer le débat politique aux États-Unis, en Amérique latine et en Europe. Elle porte une attention particulière aux liens transatlantiques. Mais notre ambition est surtout de reconquérir la légitimité intellectuelle de la droite libérale. Si vous me pardonnez cette apparente arrogance typiquement espagnole, de même que j’ai fait un parti meilleur que celui de la gauche et un gouvernement meilleur que celui de la gauche, je veux faire une fondation qui défendra une idéologie meilleure que celle de la gauche. Les idées libérales, les idées de droite, sont trop souvent défendues par des gens complexés qui, pour paraître « légitimes », ont toujours besoin de cautions de gauche. Cette absurdité aboutit parfois au fait que ces représentants de la droite complexée défendent des positions contraires aux leurs ! Je n’accepte plus que la gauche demeure le diapason du débat intellectuel et politique. Je ne lui reconnais aucune suprématie intellectuelle et morale sur nous.
Pour renverser ce phénomène, il convient de faire comme aux États-Unis, où la bataille des idées a été remportée par la droite grâce à la constitution de think tanks, de fondations, de journaux, etc. Pourquoi ne réussirions-nous pas, nous aussi, à gagner cette bataille en Europe ? J’estime que la droite européenne ne doit plus accepter que des gens qui ont déploré la chute du mur de Berlin définissent ce qui est politiquement acceptable ! Quelque chose na va pas dans cette vieille Europe où nombre de nostalgiques du communisme demeurent des références légitimes.

A. D. V. — Vos prises de position en faveur d’une droite « décomplexée » auraient inspiré Nicolas Sarkozy, qui est à certains égards votre disciple…
J. M. A. — Je ne me permettrai certainement pas de dire qu’il est mon disciple ! C’est surtout un ami cher dont je suis très proche idéologiquement. Il a exprimé ses idées avec clarté et conviction. Et je pense qu’il doit justement sa victoire à la présidentielle à sa détermination et à sa capacité de croire en ses idées, y compris quand celles-ci semblent aller à contre-courant de l’opinion publique. C’est cette indépendance et ce courage qui caractérisent, selon moi, un leadership et un caractère forts.

A. D. V. — Peut-il y avoir concurrence entre « Hispanidad » (6) et « Francophonie » ?
J. M. A. — En ce qui concerne les questions culturelles et internationales, je ne crois ni aux mondes fermés ni aux jeux à somme nulle. Ces dernières années, l’Espagne et la culture espagnole ont fait preuve d’une force et d’une vitalité intenses. Il y a là une grande opportunité culturelle et économique. Mais je ne crois pas pour autant que l’Hispanidad entre en concurrence avec la francophonie, qui est une réalité culturelle incontestable, très dynamique et dotée à la fois d’une grande histoire et d’un grand futur.

A. D. V. — L’Espagne peut-elle trouver une place de choix dans le projet d’Union euro-méditerranéenne cher au président Sarkozy ?
J. M. A. —Notre priorité, au sein de l’Union européenne, devrait être de définir les règles de l’élargissement à l’Est et d’y consolider la démocratie. Ce n’est qu’ensuite que l’on pourra commencer à décliner la politique européenne en une politique méditerranéenne. En tout cas, il sera indispensable de délimiter clairement cette future Union méditerranéenne et de la doter de moyens concrets. L’Europe doit décider quelles sont les tâches les plus urgentes sur son flanc sud. A mon avis, la priorité est de faire en sorte que les frontières sud soient les plus sûres possibles. Il est également indispensable d’entretenir de bonnes relations avec ces pays car, dans l’avenir, c’est de là que proviendront nos plus graves problèmes : je pense aussi bien aux risques terroristes qu’aux flux migratoires, à l’instabilité politique ou encore aux déséquilibres économiques... Il serait dommage que le projet de Nicolas Sarkozy ne dépasse pas le stade d’un simple lieu de dialogue, comme cela s’est produit avec le processus de Barcelone (7). Pour le moment, on n’a jamais réellement défini la politique méditerranéenne de l’UE. Or si l’on élabore sérieusement ce projet — auquel il faut intégrer la Turquie —, on jettera les bases d’un lien trans-méditerranéen très prometteur.

A. D. V. — Si je vous suis bien, vous partagez sur la Turquie la position de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel, qui ne cachent pas leur préférence pour un « partenariat privilégié » avec Ankara au détriment d’une adhésion de ce pays à l’UE ?
J. M. A. — Je répète que l’Europe n’est pas illimitée. Il faut bien qu’elle s’arrête à un moment ! Disons que je ne suis pas d’accord pour jouer avec la Turquie. Il convient de reconnaître clairement que son adhésion est actuellement impossible. D’une part, la Turquie n’est pas prête ; d’autre part, l’UE n’est pas capable d’assimiler une population de 80 millions d’habitants, majoritairement musulmane et largement hermétique aux normes, mentalités et institutions européennes. N’oubliez pas qu’avec le Traité européen simplifié, qui prévoit un système basé sur la majorité qualifiée (ce qui revient à privilégier la démographie), la Turquie, si elle intégrait l’UE, deviendrait le pays détenant le plus fort pourcentage de votes au Conseil et au Parlement européens ! Pour toutes ces raisons, je crois qu’il vaudrait mieux privilégier avec ce grand pays des relations spéciales — mais sans le faire entrer dans l’UE, du moins pas en l’état actuel des choses. Essayons, dans un premier temps, de digérer les pays européens de l’Est, ce qui représente déjà un défi de taille.

A. D. V. — L’Espagne entretient des relations assez spéciales avec le Maroc : le 2 novembre dernier, Rabat a rappelé son ambassadeur à pour protester contre la visite du Roi d’Espagne Juan Carlos à Ceuta et Melilla, enclaves espagnoles en territoire marocain. Qu’avez-vous pensé de cette visite ?
J. M. A. — Il est tout à fait normal que le Roi visite les territoires espagnols de Ceuta et Melilla. Après tout, ce sont des villes espagnoles.

A. D. V. — Sur cette question, Nicolas Sarkozy s’est distingué de son prédécesseur à l’Élysée en s’abstenant de critiquer cette visite et de prendre le parti du Maroc (comme l’avait fait Jacques Chirac pendant la crise de l’île de Persil en 2002)…
J. M. A. — Il est heureux que Nicolas Sarkozy n’ait rien fait de tel. Cela ne m’étonne pas de sa part. Le président français est un allié et un bon ami de l’Espagne.

A. D. V. — Le Roi vous a récemment défendu face à Hugo Chávez qui vous traitait de fasciste. Qu’aimeriez-vous répondre aux attaques du président du Venezuela?
J. M. A. — Je n’ai strictement rien à lui répondre. Je crois que la personnalité de chacun se reflète dans ses actes. Pour ce qui est de M. Chavez, sa doctrine et sa politique de « Caudillo du XXIe siècle » sont extrêmement préoccupantes. Je redoute particulièrement l’effet contagieux que cette politique risque d’avoir sur le reste du continent sud-américain. Sans compter que ses alliances internationales ne présagent rien de bon... Dans ce contexte, je ne peux qu’être préoccupé par le sort des entreprises espagnoles implantées dans ce pays et soumises aux mouvements d’humeur du Caudillo. En se comportant en populiste révolutionnaire, Hugo Chavez ne contribue pas au développement de l’Amérique latine. Cette dernière devrait plutôt prendre exemple sur l’Amérique du Nord et suivre le chemin de la démocratie, de l’économie de marché et du monde occidental.

A. D. V. — Revenons à l’UE. Concernant le Traité simplifié, êtes-vous satisfait du fait qu’il ait finalement repris certaines des dispositions du Traité initial?
J. M. A. — Je pense sincèrement que quelques petites modifications initiales du Traité de Nice auraient pu suffire à éviter de nombreux problèmes. De mon point de vue, le problème de l’Europe n’était pas tant institutionnel que politique. À présent, l’UE doit, comme je viens de le dire, délimiter ses frontières ; se réarmer moralement en assumant pleinement les valeurs fondamentales de l’Occident, qui sont des valeurs judéo-chrétiennes et humanistes ; réformer nettement son économie, car elle a besoin d’une économie ouverte, libérale et compétitive ; définir une politique très claire contre le terrorisme et en matière de flux migratoires ; et élaborer une politique de sécurité et de défense davantage axée sur le lien avec les États-Unis.
Pour y parvenir, la volonté politique importe plus que la mise en place de nouvelles institutions européennes. Quant au Traité constitutionnel, il s’agissait essentiellement d’un problème de répartition des pouvoirs (8). Tout le reste était annexe. Certains pays, qui n’étaient pas satisfaits du Traité de Nice, ont décidé qu’il fallait changer, d’où le Traité constitutionnel. Mais ce texte a été rejeté dans sa totalité. Ceux qui l’ont rejeté n’ont jamais dit qu’ils voulaient conserver telle partie et rejeter telle autre. Par conséquent, je trouve choquant que l’on réinsère dans le Traité simplifié justement la partie la plus problématique du projet rejeté par référendum, à savoir celle qui répartit les pouvoirs. Je trouve également choquant que l’on fasse approuver ce Traité simplifié non par les citoyens, mais directement par les Parlements. Dans ce contexte, il n’y a plus lieu de s’étonner du fait que le déficit de confiance envers les institutions européennes ne cesse de progresser. Ce qui a été rejeté par référendum mais sera approuvé par les Parlements aura du mal à paraître légitime…

A. D. V. — Concernant l’« euro fort » et le fait que la Banque centrale européenne ne soit pas contrôlée par les peuples, votre position est-elle également proche de celle du président Sarkozy (9) ?
J. M. A. — Je pense que l’indépendance de la Banque centrale européenne est une bonne chose. Quant à l’euro, il constitue une énorme garantie pour l’Europe. J’ajoute que l’Histoire a montré que la possibilité de procéder à des dévaluations rend les États indisciplinés. Cette possibilité a tendance à les inciter à ne pas mener à bien les réformes nécessaires pour assurer leur stabilité économique. Bien au contraire, même : quand les gouvernements savent que, le cas échéant, ils pourront toujours dévaluer la monnaie et, ainsi, améliorer artificiellement leur compétitivité, ils ont tendance à se reposer sur cette méthode au lieu de faire en sorte de ne pas avoir à y recourir...
La dévaluation est donc un piège, une fausse sortie de crise. Les exigences draconiennes dues à l’euro et aux critères de convergence nous ont obligés à nous discipliner. L’euro nous a donné une armature. Évidemment, cette armature est inconfortable lorsque l’on est hors critères. Mais à ceux qui s’y conforment, elle assure protection et stabilité.

A. D. V. — Pensez-vous qu’une parité dollar-euro serait nécessaire pour le commerce international ?
J. M. A. — Avec l’actuel taux de change dollar-euro, l’Allemagne est la puissance exportatrice la plus forte du monde !

A. D. V. — Cette parité, vous le reconnaissez, est plus favorable à certains pays qu’à d’autres. Elle paraît, en tout cas, peu favorable à l’économie française ou à l’économie italienne…
J. M. A. — Je maintiens que, fondamentalement, ce système est bon. D’un point de vue personnel, par exemple, je suis bien obligé de constater que lorsque je suis payé en dollars je gagne moins que lorsque j’étais payé en euros !

A. D. V. — Passons, si vous le voulez bien, aux questions d’immigration. Comment des pays méditerranéens voisins du monde musulman, comme l’Italie ou l’Espagne, doivent-ils gérer l’entrée des immigrés clandestins et réguliers ?
J. M. A. — L’Espagne a beaucoup changé ces dix dernières années grâce aux immigrés. L’immigration est en train d’apporter à nos sociétés des modifications qui sont, d’une façon générale, très positives. Nous, les Espagnols, comme d’autres pays européens, ne devons jamais oublier que nous avons été des pays d’émigrants même s’il est vrai que désormais, nous sommes devenus des pays d’immigration.
Cette immigration ne peut réussir que dans la légalité. Les immigrants sont des personnes et, comme toutes les personnes, ils doivent respecter la loi. De son côté, l’État doit tout faire pour combattre les mafias qui s’enrichissent avec le trafic des personnes.
Je crois, également, qu’une politique d’immigration raisonnable doit rechercher l’intégration des nouveaux venus au sein des sociétés des pays où ils s’installent. Intégration et capacité d’absorption sont les deux principes de base que toute politique de l’immigration doit prendre en compte. En Europe, le débat sur l’immigration ne peut pas être séparé du débat sur la réforme de nos services sociaux. L’expérience des pays du Nord nous a appris qu’une dépendance trop forte vis-à-vis des services de l’État en ce qui concerne le bien-être engendre un défaut d’intégration et de sérieux problèmes. Les immigrants sont des personnes libres et responsables, et c’est comme tels qu’il convient de les traiter.

A. D. V. — Venons-en maintenant aux dossiers qui fâchent. Que répondez-vous à ceux qui vous ont reproché d’avoir sciemment imputé à l’ETA les attentats du 11 mars 2004 commis par Al-Qaïda à Madrid ?
J. M. A. — Sincèrement, la gauche a instrumentalisé cette tragédie. Tous les sondages sont formels : sans ces attentats sur lesquels la gauche a surfé, nous aurions gagné les élections. Ce qui est terrible, c’est qu’au lieu d’en vouloir aux terroristes on en a voulu au gouvernement ! C’est aussi injuste que si je disais aujourd’hui que la mort en juin 2007, au Liban, de six soldats espagnols de la Finul — dont l’envoi a été décidé par le gouvernement Zapatero — était la conséquence de la lâcheté du gouvernement espagnol actuel ! N’oubliez pas que, le 11 mars 2004, le premier à accuser l’ETA pour dédouaner les islamistes et affaiblir mon gouvernement fut M. Zapatero ! La stratégie de la gauche changea quand elle constata qu’il était, pour elle, plus porteur électoralement de nous accuser d’avoir menti en attribuant les attentats à l’ETA — une hypothèse dont je rappelle que ce n’était, pour nous, qu’une supposition parmi d’autres. Comme je l’ai expliqué à maintes reprises, nous nous sommes contentés de transmettre au public toute les informations dont nous disposions. Nous avons collé au rapport des services de sécurité, qui faisait porter à ETA la responsabilité de l’attentat.

A. D. V. — Le 14 mars 2004, en votant pour le parti socialiste, les Espagnols ont-ils cédé à Al-Qaïda ?
J. M. A. — Les Espagnols ont voté ce jour-là dans un contexte de grande tension émotionnelle. Aujourd’hui, presque quatre ans après ces terribles événements, nous pouvons évaluer les réactions et les degrés de responsabilité de chacun. Nous continuons d’ignorer certains points essentiels à propos de ce qui s’est réellement passé pendant ces journées dramatiques. Personne n’a jamais posé la question de la légitimité de ces élections. Mais, chaque jour, il apparaît toujours plus clairement que les terroristes ont atteint l’objectif qu’ils poursuivaient : conditionner le processus électoral. C’est un sujet de réflexion essentiel pour toutes les démocraties — dans la mesure où ce phénomène risque de se reproduire. La décision de retirer les troupes espagnoles d’Irak, qui fut prise en violation des engagements internationaux de l’Espagne et des promesses que M. Zapatero lui-même avait faites durant la campagne électorale (10), fut considérée par les terroristes comme une victoire importante. Et lorsque les terroristes enregistrent une victoire, ils se renforcent…

A. D. V. — Est-il vrai que les attentats du 11 mars 2004 n’auraient pas eu lieu si vous n’aviez pas envoyé de troupes en Irak ?
J. M. A. — Il est absurde de tenter d’expliquer la haine des djihadistes à l’égard des démocraties occidentales par telle ou telle décision de tel ou tel gouvernement. Comprenez bien qu’ils détestent la nature même de nos démocraties ! C’est pour cette raison qu’ils veulent les détruire. Et, naturellement, ils ne supportent pas l’idée que des régimes totalement démocratiques puissent, un jour, s’installer en Afghanistan et en Irak. Il n’en est que plus fondamental d’aider ces gouvernements à devenir de plus en plus démocratiques. Un retrait au mauvais moment aurait des conséquences gravissimes...

A. D. V. — Le terme de « syndrome de Munich » vous paraît-il trop fort à propos de José Luis Zapatero ?
J. M. A. — Non ! Si vous me demandez si Chamberlain ressemble à Zapatero, je répondrai… que Chamberlain avait plus de relief et même plus de courage que Zapatero ! En effet, après avoir pactisé avec les nazis, Chamberlain, lui, avait au moins eu le courage de s’en aller par la grande porte. Zapatero n’ose même pas en faire autant ! Il doit certainement avoir honte de sa politique d’apaisement avec l’ETA mais il n’ose pas affronter les reproches de ses adversaires politiques et de son peuple. Chamberlain et Zapatero ont effectué les mêmes erreurs et ont les mêmes défauts ; seul le courage les différencie. Et je suis certain que si Zapatero venait à être réélu en 2008, il pactiserait à nouveau avec les terroristes d’ETA.

A. D. V. — Votre livre offre une comparaison intéressante entre le terrorisme d’ETA et celui d’Al-Qaïda. Pourriez-vous développer cette idée ?
J. M. A. — Je suis convaincu que tous les terrorismes poursuivent les mêmes fins : saborder les démocraties et détruire les sociétés libres par la terreur pour leur imposer la tyrannie. De ce point de vue, tous les terrorismes sont identiques. Dans le cas d’al-Qaida, au-delà de sa dimension universaliste, c’est sa doctrine islamo-fasciste qui est déterminante. Je crois que nous avons là la plus grande menace actuelle pour le monde ! Face à l’islamo-fascisme, il n’y a pas de politique d’apaisement qui tienne. Les alliances de dirigeants occidentaux avec des représentants de l’islamo-fascisme sont à bannir absolument.

A. D. V. — Une polémique oppose en Espagne nostalgiques et démystificateurs de l’« Âge d’or musulman andalou ». Comment expliquez-vous, au sein de la gauche espagnole et au-delà, cette mode nostalgique de la colonisation de l’Espagne par l’islam et les Arabes ? Sur ce sujet, vous vous êtes violemment opposé à Zapatero : vous auriez exigé que les colonisateurs arabes demandent, eux aussi, pardon pour le passé…
J. M. A. — Non, ce n’est pas exactement ce qui s’est passé. M. Zapatero s’est excusé au nom de l’Espagne pour le sort des Arabes chassés du pays par Isabelle la Catholique au XVe siècle ; il a, aussi, regretté le discours de Ratisbonne du pape Benoît XVI (11). Je lui ai répondu que, dans ce cas, chacun devrait demander pardon aux autres, y compris les musulmans, qui devraient s’excuser d’avoir colonisé l’Europe ! Cette réplique — j’insiste sur ce point — était adressée non pas aux dirigeants arabes mais à José Luis Zapatero. En somme, j’ai voulu, par cette boutade, mettre fin à la repentance perpétuelle.

A. D. V. — Ne craignez-vous pas que le « mythe de l’islam andalou » soit instrumentalisé par ceux des islamistes qui veulent «récupérer » l’Andalousie (12) ?
J. M. A. — Monsieur Zapatero veut même que l’étude de l’islam devienne obligatoire dans les écoles espagnoles ! Je vous rappelle, au passage, qu’« Al Andalus » ne désignait pas la seule Andalousie actuelle, mais toute la péninsule ibérique dominée par l’islam. On peut donc parler, à propos de cette mode, de nostalgie de la colonisation à rebours. Le mythe d’Al Andalus représente un puissant levier de mobilisation pour les islamistes. Leur objectif est de réintégrer au sein de la oumma, ou communauté des croyants, l’ensemble de la péninsule ibérique, qu’ils appellent « Al Andalus ». Aux yeux des islamistes, l’Espagne est un dossier prioritaire pour des raisons historiques. En effet, l’Espagne n’a pas seulement abandonné la foi musulmane, elle l’a aussi combattue pendant toute la période de la Reconquista. Il est certain que notre nation s’est construite contre l’islam. Il s’agit là de l’Histoire. Ces réflexions n’ont rien à voir avec les relations inter-religieuses actuelles. Toujours est-il que les islamo-fascistes considèrent que cette Histoire est intolérable. L’Espagne entière est, pour eux, un objectif prioritaire. Je prends donc cette menace très au sérieux.

A. D. V. — Votre discours sur le refus de la repentance perpétuelle ressemble beaucoup à celui de Nicolas Sarkozy…
J. M. A. — La « pensée faible » est un énorme problème et la source d’une grande vulnérabilité. Ce combat contre la repentance, que je partage avec M. Sarkozy, doit être mené dans bien d’autres enceintes et à d’autres niveaux que la présidence de la République française ou la Fondation d’un ex-premier ministre espagnol. C’est un travail intellectuel, moral et psychologique de longue haleine. À cet égard, le ressaisissement qui est en cours en France est important pour toute l’Europe et la pensée libre en général.
La contrition permanente des Occidentaux est insupportable. Pour ma part, en tout cas, je ne demande pardon pour rien ! Je ne suis pas responsable de ce qui appartient au passé et nous ne sommes pas pires que les autres. Récemment, je rappelais ici même, à Madrid, dans l’enceinte de la Faes, en citant l’historien grec Hérodote, que les Perses estimaient qu’ils avaient toujours raison et que les autres avaient toujours tort. Aujourd’hui, les Occidentaux tiennent le raisonnement inverse : ils auraient toujours tort et les autres toujours raison. Ce n’est guère mieux !

A. D. V. — Avez-vous un conseil à donner aux dirigeants libéraux comme Nicolas Sarkozy ou Angela Merkel ? Y a-t-il une méthode, une « doctrine Aznar » ?
J. M. A. — Je n’aime pas donner des conseils, surtout à Nicolas Sarkozy et à Angela Merkel, qui sont de bons amis et de grands dirigeants politiques dont j’admire la capacité de travail, la ténacité et les principes. Je partage avec eux de nombreuses idées et valeurs. Ils savent mieux que quiconque comment faire avancer ces idées, comment déployer leurs programmes réformistes. Je crois que leur action politique favorisera une Europe ouverte et responsable, une Europe dynamique. Et je suis sûr qu’une Espagne dont Mariano Rajoy sera le premier ministre s’unira bientôt à cette force positive pour notre continent.
Pour être franc, je ne sais pas s’il existe une « doctrine Aznar ». Je sais seulement que, tout au long de ma vie politique, mon action a été basée sur des principes, des convictions, des idées… et sur la certitude que seuls le travail, la constance et la détermination peuvent permettre à ces idées de porter leurs fruits.

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Cet entretien exclusif, réalisé par Alexandre Del Valle, a bénéficié de la collaboration de Mlle Sophie Fernandez Debellemanière. Puis de Philippe De Veulle. Qu'ils en soient vivement remerciés.

Alexandre del Valle est géopolitologue, auteur de nombreux articles et ouvrages dont "Le Totalitarisme Islamiste" et "Le Dilemme Turc" parus aux éditions des Syrtes.
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