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Lundi 26 novembre 2007

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Comment on enseigne l’histoire, HELAS

Les manuels ne font plus le récit de la construction nationale. Les élèves y perdent leurs repères. Un bon article , encore, provenant de Valeurs actuelles, nous éclaire sur l'entreprise de déconstruction permanente des jeunes générations par l'enseignement d'une histoire négative et révisionnée de leur pays. il est temps, là aussi, que le ménage soit fait.

Tu dois aimer la France parce que la nature l’a faite belle, et parce que son histoire l’a faite grande, écrivait le très républicain Ernest Lavisse, en 1912, dans la préface de son Histoire de France. L’époque est révolue : on ne peut plus enseigner l’histoire comme les instituteurs de la IIIe République, et l’on sourit volontiers de la naïveté des gravures qui illustraient le livre de l’élève. Mais ces leçons ont permis, pendant longtemps, d’intégrer à la nation les hommes les plus divers.

Vercingétorix, saint Louis, Jeanne d’Arc incarnaient des vertus qui forgeaient le caractère français, et l’on tirait des défauts des Gaulois, courageux mais indisciplinés, la plus importante des leçons : « Toute maison divisée contre elle-même périra ». De sorte que les Français vivaient (à peu près) en paix avec eux-mêmes.

Or, ce n’est plus l’histoire de la construction nationale qu’enseignent nos manuels...

À l’école, dans les petites classes, l’histoire s’inscrit dans “la découverte du monde”. Du CE2 jusqu’en sixième, puis au collège, l’histoire est traitée chronologiquement, de la naissance des grandes civilisations jusqu’au monde contemporain. Mais ce n’est plus le cas au lycée, où l’on étudie, en seconde, “les fondements du monde contemporain” à travers quelques grands thèmes (la citoyenneté antique, la naissance du christianisme, les trois civilisations méditerranéennes, l’humanisme et la Renaissance, la Révolution…). Puis l’histoire contemporaine jusqu’à nos jours en classes de première et terminale. « En supprimant l’histoire (ou plutôt en l’éclatant en aperçus sporadiques) , bref, en imposant, au détriment de la cohérence, du discontinu et du décousu là où les anciens programmes proposaient une filiation séduisante, on a plongé les adolescents, au cerveau naturellement hirsute, dans un brouillage général générateur d’angoisse, accuse Jean-Paul Brighelli, agrégé de lettres, dans la Fabrique du crétin (Jean-Claude Gawsewitch éditeur). Ce que l’on appelait jusqu’alors culture était le commun héritage de ce que le passé avait produit de plus significatif et de plus exemplaire. C’était un procédé hautement sélectif. Affirmer, comme on l’a fait à partir de 1981, que toute culture est plurielle, et que les Mobylette fonctionnent au mélange, c’était détruire sciemment l’apport des cinquante ou soixante derniers siècles. » « Nous assistons à l’exténuation du vieux rêve qui faisait de la France un héritage et un projet », résume l’historien Jean-Pierre Rioux, pour qui « ce pays vit à l’heure du n’importe quoi mémoriel » (La France perd la mémoire, Perrin). « Faut-il encore construire des Français ? Devons-nous construire des Européens ? Devons-nous donner une identité régionale ? », s’interrogeait Dominique Borne, inspecteur général de l’Éducation nationale, en 2003. La lecture des manuels d’histoire, élaborés à partir des programmes officiels, prouve que ces questions n’ont pas encore trouvé de réponses.

Islam et chrétienté.

« Marchands habiles, artisans talentueux, poètes, traducteurs, penseurs, médecins et savants renommés, (les musulmans) sont largement plus civilisés et raffinés que les Occidentaux et jouent un rôle considérable dans l’éveil intellectuel de l’Europe. » À lire les manuels d’histoire de seconde, notamment l’un de ceux qu’édite Nathan, la civilisation musulmane surpasse, au XIIe siècle, ce qu’en suggèrent les contes des Mille et Une Nuits. « Le monde musulman est en avance sur l’Occident dans de nombreux domaines. Il a conservé et développé l’héritage gréco-latin et la connaissance du monde constitue un élément essentiel de l’adab, la culture savante que doit posséder tout homme cultivé du dâr al-islam », précise Bordas. Aux esprits chagrins qui ne verraient pas ce que les églises romanes et les cathédrales gothiques doivent à l’islam, Magnard apporte la réponse : « Entre le XIe et le XIIIe siècles, l’Occident retrouve, grâce aux traductions d’arabe en latin, des textes et des savoirs perdus depuis l’Antiquité. Cette révélation est à l’origine de la renaissance intellectuelle du XIIe siècle et de la création des universités au XIIIe. ».

Charlemagne, à qui l’on doit la fondation d’écoles auprès de chaque évêque, au VIIIe siècle, n’en a jamais rien su. Et Robert de Sorbon, théologien thomiste et chapelain de saint Louis, l’ignorait sans doute aussi. Qu’importe ! Les manuels reprennent en chœur la thèse des “racines musulmanes de l’Europe” : « L’apport de la culture musulmane à la culture européenne est ainsi considérable : transmission des textes d’Aristote, géographie, mathématiques… », poursuit Bordas. C’est à se demander ce que serait devenu l’Occident s’il n’avait pas été fécondé par les Arabes.

Sans rien retirer à la civilisation musulmane, aussi brillante à l’époque que conquérante, il faut pourtant contredire ces manuels. Et lire l’Histoire assassinée (Éditions de Paris) de Jacques Heers, l’un de nos plus grands médiévistes : il a dirigé le département d’études médiévales de la Sorbonne. « En tout état de cause, écrit-il, les clercs d’Occident n’ont pas attendu les musulmans. Aristote était connu et étudié à Ravenne, au temps du roi des Goths Théodoric et du philosophe Boèce, dans les années 510-520, soit plus d’un siècle avant l’hégire. Cet enseignement, celui de la logique notamment, n’a jamais cessé dans les écoles cathédrales, puis dans les toutes premières universités. »

De tous les manuels de seconde que nous avons lus, seul celui d’Hachette précise que les musulmans connaissent les découvertes scientifiques gréco-romaines, perses, indiennes et chinoises, grâce à la situation de leur empire, auxquelles ils ajoutent leurs propres recherches. « Les mathématiciens, poursuit Hachette, adoptent les chiffres que nous appelons “arabes” mais qui ont été inventés par les Indiens. » Un souci de précision assez rare pour être salué.

Croisades.

Comme l’islam, les croisades sont étudiées, en classe de seconde, dans un chapitre intitulé : “La Méditerranée au XIIe siècle, carrefour de trois civilisations” (occidentale, byzantine et musulmane). Le récit qu’en font les manuels rappelle le film de Ridley Scott, Kingdom of Heaven : les croisés y ont le mauvais rôle.

Il faudrait d’abord souligner que le mot est un anachronisme : « Il date du tout début du XIIIe siècle », rappelle Jean Sévillia (Historiquement correct, Perrin). Les contemporains ne parlaient pas de croisade mais de pèlerinage. C’est parce que « les pèlerins chrétiens ralliant Jérusalem sont persécutés par les pouvoirs musulmans en place » (Magnard, seconde) que ces expéditions prennent un tour militaire. Leur protection justifie le recours aux armes. Saint Bernard le dit dans son éloge des Templiers, mais la citation qu’en font certains manuels est tronquée. « Parler de croisades pour des expéditions dont le but était d’abord et avant tout d’assurer le libre accès aux Lieux saints de Jérusalem, est travestir du tout au tout la réalité, écrit Jacques Heers. C’est, volontairement ou non, proposer une sorte de parallèle entre ces pèlerinages de foules populaires encadrées par des forces armées, et la guerre sainte des musulmans » qui vise à propager leur foi.

Or, les manuels vont encore plus loin : ils font du djihad la conséquence des croisades. « En réveillant l’esprit du djihad chez les musulmans, elles ont excité pour longtemps l’hostilité d’un certain islam intégriste à l’égard de l’Occident », écrit Nathan. « Ces expéditions militaires ravivent par réaction le djihad musulman », insiste Hachette. « Si, encore aujourd’hui, l’incompréhension entre pays musulmans et pays chrétiens est forte, les croisades, qui ont (…) poussé les chrétiens d’Occident à prendre les armes pour reconquérir les terres occupées par les musulmans, y sont pour quelque chose », poursuit Nathan. Est-il nécessaire de rappeler que l’expansion musulmane se fit par les armes dès le VIIe siècle, c’est-à-dire dès la prédication de Mahomet – donc bien avant les croisades ?

Lumières et Révolution.

« L’État, c’est moi », titre Magnard pour résumer l’absolutisme royal. Outre qu’elle ne fut sans doute jamais prononcée par Louis XIV, cette phrase résume assez mal les pouvoirs du monarque. Nathan souligne heureusement que « la monarchie absolue n’est pas une tyrannie ». Le roi « doit respecter certains usages, comme les “lois fondamentales” du royaume ou les privilèges des uns et des autres », ajoute Bordas. Hachette n’oublie pas non plus que « depuis le XVIe siècle, la monarchie absolue recrute ses administrateurs et ses juristes parmi les bourgeois, qu’elle récompense de leur fidélité en leur permettant d’accéder par étapes à l’ordre de la noblesse » : ce n’est donc pas un système de castes fermées.

Cette référence à l’absolutisme permet cependant de présenter les travaux des philosophes (Voltaire, Rousseau, d’Alembert…) comme une œuvre de tolérance, au service du peuple : « Tous croient surtout en la possibilité de fonder un monde plus heureux où de meilleures conditions de vie seraient assurées à tous », écrit Nathan, ce que corrige Hachette : « Les philosophes (…) méprisent la populace, Voltaire affirme qu’“il faut des gueux ignorants”. » Au demeurant, la tolérance a ses limites : « Quiconque ose dire : “Hors de l’Église, point de salut”, doit être chassé de l’État », écrit Rousseau dans le Contrat social. Ce que confirme Hachette : « Les hommes des Lumières engagent de leur côté le combat (contre le haut clergé) avec des écrits d’une grande violence », dont on verra les conséquences pendant la Révolution.

C’est pourtant sur l’Église que Nathan rejette la responsabilité de la rupture avec la France révolutionnaire : « En condamnant la Constitution civile du clergé, le pape Pie VI a provoqué un conflit spirituel qui allait devenir une source permanente de divisions entre les Français. » Curieuse interprétation de l’histoire. « Les manuels de quatrième évoquent peu le fait que la Révolution fut aussi l’occasion d’une violente guerre de religion, marquée par la confiscation des biens de l’Église ou le passage des prêtres sous l’autorité de l’État. Pas question d’écorner la belle image de la Révolution… », écrit Emmanuel Davidenkoff dans Réveille-toi Jules Ferry, ils sont devenus fous (Oh Éditions).

La plupart des manuels ne consacrent que quelques lignes aux guerres de Vendée, bien qu’on sache, depuis les travaux de Reynald Secher, qu’elles furent un génocide : Gracchus Babeuf parlait à l’époque de “populicide”. Magnard se contente de déplorer les « graves excès » de Tallien, Fouché et Carrier, dont Bordas dénonce quand même les massacres commis à Nantes, sur une double page.

Alors que Nathan présente l’instauration de la Terreur comme une conséquence de la guerre, et non comme un système de gouvernement fondé sur le jacobinisme, Hachette rétablit les faits : « Robespierre utilise la Terreur comme un instrument de pouvoir. En quarante-six jours, plus de 1 300 personnes sont guillotinées. »

Quand les autres manuels présentent encore la prise de la Bastille comme une insurrection du “peuple”, Hachette en fait un récit plus nuancé, soulignant que les “émeutiers” voulaient surtout « se procurer des armes ». En revanche, tous les manuels attribuent à Louis XVI la responsabilité de la “rupture” de 1792, entre la Révolution des droits de l’homme et la Terreur, sans jamais s’interroger sur la mécanique révolutionnaire.

Union soviétique et communisme.

Est-ce la conséquence de la chute du mur de Berlin ? Les manuels ne peuvent plus ignorer les crimes du communisme, qui a longtemps bénéficié d’une indulgence coupable. Ils présentent la Révolution d’octobre comme un coup d’État « préparé méthodiquement par Trotski qui préside le soviet de Petrograd », (Bordas, première). « À la mort de Lénine, en 1924, le régime soviétique est déjà devenu une dictature », précise Nathan (première).

Les manuels préfèrent cependant s’attarder sur les crimes de Staline qu’insister sur la nature intrinsèquement criminelle de l’entreprise soviétique. Dans le chapitre sur les totalitarismes, certains comparent le “stalinisme” au nazisme et au fascisme, pas le communisme. Ils n’évoquent le goulag qu’avec l’arrivée de Staline au pouvoir. Hachette y consacre une double page : « Dans l’URSS stalinienne, un homme adulte sur six a fait l’expérience du goulag. Ce sera, au début des années 1950, le plus vaste système de travail forcé au monde. » Nathan ajoute que « la Terreur permet de faire taire toute critique et d’expliquer les mauvais résultats de l’économie par l’action des “traîtres” et des “saboteurs”. Le goulag devient un mode de gestion de la dissidence politique et sociale ». Ils abordent aussi le drame de la dékoulakisation et des famines organisées au début des années 1930.

Les manuels ont donc révisé les jugements laudateurs qu’ils portaient, il y a vingt ans, sur l’URSS. Mais certains régimes résistent à l’analyse : Bordas (terminale) réserve le terme de “dictateur” à Batista, le prédécesseur de Castro. Marx, enfin, n’est pas comptable de sa postérité sanglante : il figure seulement parmi « les philosophes et les penseurs révoltés par la misère de certains ouvriers » (Hatier, cycle 3, CM2).

Esclavage et colonisation.

Beaucoup de manuels ignorent encore les travaux des historiens sur la complexité de l’esclavage. Nathan (seconde) évoque « le trafic des esclaves sur les côtes de l’Afrique pratiqué par les Européens du XVIe au XIXe siècles » mais reste muet, comme Bordas (seconde), sur la participation des Africains à ce “commerce”. Les autres traites, interafricaine et orientale, sont ignorées. Magnard est plus complet : « Des bateaux chargés de pacotille (…) échangent leur cargaison contre des esclaves fournis par leurs propres congénères ou par des marchands musulmans. »

En revanche, l’abolition de l’esclavage, en 1848, se résumerait à « l’action tenace » de Victor Schoelcher. Rien n’est dit sur le travail accompli précédemment : interdiction de la traite par Napoléon en avril 1815, pendant les Cent-Jours (confirmée par Louis XVIII), suppression de la taxe sur l’affranchissement en 1832, rapport concluant à la nécessité d’émanciper les “travailleurs coloniaux” en 1843… L’abolition s’inscrit dans un mouvement lancé avant la IIe République.

L’histoire de la colonisation verse souvent dans le simplisme. On en retient surtout qu’il s’agissait d’un plan prémédité, conçu par les puissances européennes pour s’assurer des débouchés et « civiliser les races inférieures » (Jules Ferry). « Les Européens se lancent à partir de 1850 à la conquête du monde. Peu d’espaces échappent à leur convoitise » (manuel Bertrand-Lacoste) . Or, tous les Européens n’étaient pas favorables à la colonisation, notamment les économistes libéraux qui préfèrent à cette organisation impériale des rapports fondés sur le libre-échange.

Le bilan dressé par ces manuels est souvent très sombre : « Les Européens (…) organisent à leur profit une véritable exploitation des économies et des populations indigènes. » (Nathan, terminale). D’autres manuels nuancent ce propos : « Les Européens suscitent la mise en valeur de vastes régions. Ils les dotent d’infrastructures : réseaux ferrés et installations portuaires… » (Bordas, première). « L’enseignement secondaire et supérieur (…) se développe surtout après 1945, tout comme l’effort médical qui, en abaissant la mortalité, suscite la croissance démographique des colonies », précise le même éditeur dans son manuel de terminale.

On y lit aussi que « les Européens investissent des capitaux en quantités croissantes dans leurs colonies » : en 1939, la France investit dans ses possessions 45 % de ses placements extérieurs. Mais ces quelques paragraphes contrebalancent mal les critiques, longuement développées, de l’action conduite par la France dans ses colonies.

La décolonisation est abordée très rapidement à la fin du programme de terminale. Rien n’y est dit de l’implication, aux côtés des troupes françaises, de centaines de milliers de Vietnamiens contre le Viêt-minh communiste, en Indochine, ou d’Algériens musulmans contre le FLN. En Indochine, le combat de la France a surtout consisté, dans les dernières années, à conduire ces pays vers l’indépendance, mais sans le communisme. Or, ces conflits apparaissent, dans les manuels, comme des guerres menées par la France pour conserver ses possessions, alors que ce furent aussi des guerres civiles.

 

Fabrice Madouas, avec Astrid de Montbeillard et Anne-Lorraine Schmitt 20 septembre 2006

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par Cyber-résistant publié dans : Histoire communauté : La Cyber-résistance
Dimanche 11 novembre 2007

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11 novembre 1918 : l'armistice est signé, la Première Guerre Mondiale est enfin terminée !


Aujourd’hui, c’est le 11 novembre, une petite pensée pour les victimes de cette ignoble boucherie qui a décimé une génération, gueules cassées, poumons gazés, destins brisés. Chacun d’entre nous a très certainement un aïeul tombé dans les tranchées de Verdun, dans les mornes plaines de la Somme, ou dans les lointaines Dardanelles...



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Sur le site suivant sont mis en ligne les papiers militaires des hommes morts durant le conflit 1914/18 : http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/


Orages d'acier.

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« Un cercle d’allemands et d’anglais nous entourait, nous invitant à jeter nos armes. Il régnait la même confusion que sur un navire qui sombre. J’exhortais d’une voix faible mes voisins à poursuivre leur résistance. Ils tiraient sur nos adversaires et sur les notres. Un guirlande de figures hurlantes ou muettes se refermait autour de notre petite troupe ; A gauche deux colosses anglais fourrageaient à coups de baïonnettes dans un bout de tranchée d’ou s ‘élevaient des mains implorantes. Parmi nous, on entendait aussi des voix stridentes : « cela n’a plus de sens ! Jetez vos fusils ! Ne tirez pas camarades ! » Je lançais un coup d’œil aux deux officiers, debout à coté de moi dans la tranchée. Ils me répondirent d’un sourire, d’un haussement d’épaules, et laissèrent glisser à terre leur ceinturons. Il ne me restai plus que le choix entre la captivité ou une balle ; (…) Deux anglais qui ramenaient un groupe de prisonniers du 99éme vers leurs lignes, me barrèrent la route. Je plaquai mon pistolet sur le corps de l’un deux et appuyai sur la détente; l’autre déchargea son fusil sur moi sans m’atteindre ; Ces efforts violents chassaient le sang de mes poumons en spasmes clairs. Je pus respirer plus librement et continuai à courir le long du bout de tranchée. Derrière une traverse, le lieutenant Schläger était accroupi au milieu d’un groupe de tireurs. Ils se joignirent à moi. Quelques anglais, qui traversaient le terrain, s’arrêtèrent, mirent un fusil-mitrailleur en batterie et tirèrent sur nous. Sauf moi-même, Schläger et deux de nos compagnons, tous tombèrent; (…) rien ne m’inquiétait, que la perspective de m’écrouler trop tôt… »

 

Ces quelques lignes sont tirées d’« Orages d’aciers », livre extraordinaire dans lequel Ernst Jünger relate son expérience de soldat puis d’officier dans les troupes de choc lors de la première guerre mondiale.Qui a lu Barbusse ou Genevoix sait la réalité -l’horreur absolue- de ce conflit. Mais le témoignage d’Ernst Jünger dépasse, à mon avis, le simple récit de guerre et atteint une dimension quasi Homérique, tant l ‘engagement, le courage physique et la fascination sont totales. Jünger fut blessé quatorze fois et fut décoré avant la fin de la guerre de la Blauer Max, la plus haute décoration militaire Allemande. Bien qu’anti-nazi et sympathisant des militaires qui organisèrent l’attentat raté contre Hitler, il sera défendu par celui-ci (qui avait connu aussi l’enfer des tranchées comme simple soldat), en souvenir de sa conduite héroïque durant la première guerre mondiale.

 

De Jünger, Julien Gracq disait : « L’émail dur et lisse qui semble protéger cette prose contre un toucher trop familier nous semblerait peut-être un peu glacé, si nous ne savions et si nous ne perdions jamais le sentiment au cours de notre lecture, qu’il a été obtenu à l’épreuve du feu. »

 

Jünger reste une énigme. Né le 28 mars 1895, il s’enfuit à 17 ans de la maison familiale pour s’engager dans la Légion étrangère : « J’avais acquis un jour la certitude que l’Eden perdu se trouvait quelque part dans les ramifications du Nil supérieur et du Congo. » écrit-il dans Jeux Africains. Récupéré par son père à Sidi-bel-abbès, il est engagé volontaire dés le début de la Grande Guerre.Viennent aprés des études de philosophie et de zoologie à Leipzig et à Naples et la publication de ses premiers livres, dont Orages d’aciers, (« Le plus beau livre de guerre que j’ai lu » dit Gide) et Les falaises de marbre, dans lequel il dénonce la barbarie Nazie. Jünger refuse les propositions du parti Nazi en 1933, préférant se consacrer à ses recherches d’entomologistes et à l’écriture. Il participe à la seconde guerre mondiale comme attaché à l’état-major parisien et consacre son temps libre à rédiger son Journal Parisien, de 1939 à 1945. Jünger aime profondément Paris et la France ; on le rencontre à l’hôtel Raphaël ou il loge, au Ritz, à la Tour d’Argent…Il déjeune ou dîne avec Jouhandeau, Morand, Guitry, Arletty, Cocteau, Picasso, Braque…Il lit Melville, Giono et surtout Léon Bloy. Il va au théâtre, se promène à travers Paris. Mais il est témoin aussi d’atrocités et d’horreurs.

 

 « Paris le 7 décembre 1941 ; L’après-midi, à l’Institut Allemand, rue Saint Dominique. Là, entre autres personnes, Merline (Céline), grand, osseux, robuste, un peu lourdaud, mais alerte dans la discussion, ou plutôt dans le monologue. Il y a chez lui, ce regard des maniaques, tourné en dedans qui brille comme au fond d’un trou. (…) Il dit combien il est stupéfait, que nous, soldats, nous ne fusillions pas, ne pendions pas, n’exterminions pas les juifs- il est stupéfait que quelqu’un disposant d’une baïonnette n’en fasse pas un usage illimité. « Si les bolcheviks étaient à Paris, ils vous feraient voir comment on s’y prend ; ils vous montreraient comment on épure la population, quartier par quartier, maison par maison. Si je portais la baïonnette, je saurais ce que j’ai à faire ! » »

 

« Paris le 7 janvier 1942 ; Reçu une lettre de mon frère Wolfgang qui, de nous quatre a été appelé le dernier sous les drapeaux ; il dirige maintenant, avec le grade de caporal, un camp prisonnier à Zullichau ; les prisonniers ne seront pas mal avec lui. Il me raconte ceci, pour la bizarrerie de la chose : «  Hier, je me suis rendu pour raison de service à Sorau en Lusace, ou j’avais à conduire un prisonnier à l’hôpital. Là, il m’a fallut également faire une visite à l’asile d’aliénés. J’y ai vu une femme dont la seule manie était de marmonner sans arrêt : « Heil Hitler ! » Quand même, voilà une folie qui est bien de notre époque. »

 

 

 

Au delà de la description factuelle et érudite de sa vie Parisienne, Jünger révèle au lecteur sa haine de Hitler et de ses partisans (qu’il désigne sous le nom de lémures), son horreur de ce qui s’est emparé de l’Allemagne , mais aussi son impuissance et sa prescience du désastre à venir.

 

Lors de l’épuration, bien que farouche nationaliste et homme de droite en un certain sens, Jünger sera défendu par Brecht au moment ou son œuvre se voit mise à l’index.

 

Viennent ensuite des années de voyages, d’études entomologistes et d’écriture qui font de cet homme inclassable un être manifestant dans ses écrits un besoin d’absolu et une exigence de sincérité bien rares.

 

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par Cyber-résistant publié dans : Histoire communauté : SI VIS PACEM, PARA BELLUM
Jeudi 25 octobre 2007

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La bataille.

 

Au début du VIII eme siècle, la situation dans le sud de la Gaule est la suivante : les musulmans ont envahi la partie du royaume Wisigoth rescapé des conquêtes des fils de Clovis. La Septimanie (ou province Narbonnaise) est dirigée par le gouverneur Munuza, qui a fait alliance avec Eudes, duc d’Aquitaine, contre le représentant du gouverneur omeyyade de l’Espagne (alors musulmane), Abd ar Rahman. Celui ci dirige alors une expédition punitive contre son vassal félon, le tue et décide de poursuivre ses razzias vers le Nord et l’Aquitaine, histoire de ne pas rentrer en Espagne les mains vides. Abd ar Rahman défait l’armée d’Eudes à Bordeaux, puis se dirige vers Poitiers, après avoir pillé l’abbaye de Saint Hilaire.

Charles Martel, à qui Eudes a fait appel après sa défaite, a réuni une armée de fantassins Francs et marche vers Tours. Les deux armées se rencontrent à Vouneuil sur Vienne entre Tours et Poitiers et après une semaine d’observation, la bataille s’engage.

A Poitiers, la cohue islamique des Berbères et des Arabes à cheval, dénommés Sarrasins en raison du pays d’origine des tribus Syriennes du Moyen Orient, se heurta à la ligne des fantassins Francs. Charles Martel (petit fils de Clovis) et son armée composite (lanciers, infanterie légère et nobles aristocrates venus se battre à cheval) se mirent tous en ligne, pied à terre, afin de tenir des heures durant jusqu’à la tombée de la nuit. Les Arabes tirèrent des flèches depuis leurs montures et étrillèrent les Francs de coups d’épées et de lances, mais ils ne parvinrent à tuer ni déloger les Européens.

Les rares récits de la bataille de Poitiers (1) sont tous d’accord sur un point crucial : les musulmans se ruèrent à maintes reprises sur les Francs, statiques et disposés en un carré protecteur de fantassins. Ces défenseurs qui bloquaient la route de Tours repoussèrent méthodiquement les assauts jusqu’à ce que les assaillants finissent par se replier sur leur camp. La chronique du continuateur d’Isidore rapporte que les Francs (ou plutôt les « hommes d’Europe ») formaient une « mer immobile ». Ils se « tenaient l’un prés de l’autre », raides comme un « mur » ; « Telle une masse de glace, ils étaient solidement attachés les uns aux autres ». Puis, « avec de grands coups d’épées », ils défirent les Arabes . Nous savons en outre (1), que Charles Martel  « dresse bravement une armée » devant les Arabes, puis, « en chef de guerre, se précipite sur eux ». Il les met en déroute, investit leur camp, tue leur général Abd ar Rahman, et les disperse.medium_180px-Bataille_de_Poitiers.jpg

A quoi tout cela pouvait il ressembler dans la confusion de la bataille de Poitiers? Les Francs étaient grands et physiquement redoutables, bien protégés de cottes de mailles ou de pourpoints de cuir avec des écailles de métal. Leurs boucliers ronds en bois dur massif, comme ceux de l’ancien hoplite grec, avaient près d’un mètre de diamètre. Chaque fantassin Franc entrait dans la bataille encombré d’une bonne trentaine de kilos d’armes et d’armure, le rendant aussi démuni dans une escarmouche à découvert qu’invulnérable en formation dense.

Quand les sources parlent d’un « mur », d’une « masse de glace », et de « lignes immobiles », il nous faut imaginer un vrai rempart humain, presque invulnérable, avec des boucliers serrés les uns contre les autres, protégeant des corps revêtus d’une armure, des armes tendues pour atteindre le bas ventre de tout cavalier Sarrasin assez fou pour frapper les Francs au galop. Incapables de pénétrer les lignes Franques, la plupart des Arabes tournaient en rond dans la confusion, lançant des flèches ou frappant avec leurs épées.

Les chroniqueurs laissent l’impression qu’ Abd ar Rahmann n’avait jamais prévu que sa meute de pillards se heurterait à une grande masse de fantassins lourdement armés dans une vallée confinée . Dans ces conditions, les mêmes ingrédients qui permirent à son armée de semer la terreur dans les rues de Poitiers (des cavaliers isolés au galop s’en prenant à des groupes de deux ou trois sans protection) les promettaient au massacre face à une ligne de lanciers en armure qui les attendaient de pied ferme.

Les hommes de Charles Martel furent la première génération de fantassins de ce type, en Europe occidentale, à affronter des armées islamiques. Poitiers allait ainsi inaugurer une lutte quasi millénaire entre la discipline, la force et l’armement lourd des Européens de l’Ouest, d’un coté, la mobilité, les effectifs et le talent individuel de leurs ennemis islamiques, de l’autre. Poitiers fut, comme toutes les batailles de cavalerie, un abominable gâchis, laissant un terrain jonché de milliers de chevaux blessés ou mourants, de butin abandonné et d’Arabes morts ou blessés.

Après le combat du jour, les armées, qui s’étaient déjà observées une semaine durant avant la bataille, regagnèrent leur camp. A l’aube, les Francs qui se préparaient à une nouvelle bataille, découvrirent que l’armée Arabe avait disparu.

Poitiers ne fut que le début de l’expulsion progressive des musulmans du sud de la France. Au cours de la décennie suivante, les seigneurs Francs allaient repousser d’autres raids depuis l’Espagne islamique ; Poitiers marqua cependant la limite de l’avancée islamique en Europe : les armées musulmanes ne devaient plus jamais pousser aussi loin au Nord. Avec le refoulement presque simultané des Arabes des portes de Constantinople (717) la vague islamique du siècle précédent se trouva enfin arrêtée à la périphérie de l’Europe.

Réflexions.

-Charles l’emporta à Poitiers pour différentes raisons. Ses troupes combattaient pour leurs foyers, non pas pour piller loin de leur base d’opération ; Les armées étaient à peu prés appareillées en nombre, mais les Carolingiens, qui veillaient à en interdire l’exportation, disposaient d’armures, d’armes, de cottes de mailles et d’épées techniquement supérieures. Par ailleurs, Charles avait une position naturellement forte à Poitiers, ou il était impossible à l’ennemi d’encercler ou de déborder sa phalange de fantassins. C’est à sa surprenante résistance aux charges de cavalerie Sarrasine et à l’écrasement des musulmans que Charles dut son surnom de « martel ».medium_CharlesMartel.gif

-Si pendant une bonne partie du VI eme siècle, les musulmans avaient triomphé de nombres d’ennemis faibles (Perses Sassanides, Byzantins, Wizigoths en Afrique du Nord et en Espagne), ils se heurtèrent avec les Francs à un mur d’indigènes (hommes habitants l'endroit ou ils sont nés) Européens, soldats sédentarisés dont la façon de combattre originale empruntait largement aux traditions guerrières antiques.

-Charles Martel voua sa vie à l’unification du royaumes des Francs et ses victoires jetèrent les bases de la dynastie Carolingienne, qui sous l’égide de son petit fils Charlemagne, vit la réunification de l’Europe centrale. Et outre la création d’un état occidental assez fort pour résister à l’avancée de l’Islam en Europe méridionale, l’héritage le plus important de Charles Martel est d’avoir perpétué la tradition antique de mobilisation d’hommes libres en une grande force d’infanterie, formée de citoyens, plutôt que d’esclaves ou de serfs enrôlés d’office. Cela était aux antipodes des pratiques de ses adversaires à Poitiers (théocraties soumises aux lois coraniques dont les armées, essentiellement à cheval, étaient organisées autour d’un corps de soldats serviles) .

-Qu’aurait eu comme conséquence une défaite à Poitiers ? Nombre d’historiens (L von Ranke) en font une bataille décisive, marquant l’apogée de la progression musulmane en Europe, et la sauvant ainsi d’une occupation (colonisation) prolongée à l’Hispanique. D’autres plus sceptique (C. Oman, JFC Fuller), pensent que cette bataille marqua l’émergence d’un nouveau consensus qui devait plus tard sauver l’Europe : les vaillants fantassins Francs d’une nouvelle culture Carolingienne, flanqués de leur seigneurs à cheval, pouvaient enfin former un rempart contre les pillards musulmans et les Vikings.

D’autres, plus récemment, suggérèrent que Poitiers ne fut qu’un simple raid musulman et donc un mythe construit par l’Occident, ou encore qu’une victoire musulmane eut été sans doute préférable à la domination continue des Francs. Ce qui est clair, en tout état de cause, c’est que Poitiers confirma la capacité des Occidentaux de se défendre. Charles Martel entreprit ensuite de débarrasser le midi de la France de ses assaillants islamiques pour plusieurs décennies, unifiant ainsi des royaumes hostiles, pour jeter les bases de l’Empire Carolingien. Par la suite, en effet , le règne de Charlemagne (768-814) vit l’expulsion définitive des musulmans de France et d’Italie ainsi que la création d’un état central Européen qui étendit son influence à travers la France, la Germanie, la Scandinavie, mais aussi dans le Nord de l’Espagne.

 

-La France contre l'Islam: le pays le plus riche et le plus peuplé d'occident jouera un rôle essentiel dans la guerre contre l'Islam. Les chevaliers Français assureront le grand départ de la reconquête Espagnole (1085, prise de Tolède), la récupération de l'Italie du sud et de la Sicile (1040-1091), et enfin l'élan des croisades. C'est à Clermont, en 1095, que le pape Urbain II invite les occidentaux à prendre les armes; c'est à Vezelay qu'en 1147, saint Bernard préche la deuxième croisade. La France finance les expéditions, fournit la majorité des contingents qui conquièrent Jérusalem (1099), fondent les Etats latins (1099-1291), constituent les prinicipaux ordres militaires, Hospitaliers et Templiers, chargés de leur défense. Saint Louis lui-même conduit les deux dernières croisades: la septième (1248-1254), au cours de laquelle il est vaincu et fait prisonnier, et la huitième (1270), ou il perd la vie.

(1)   JM Wallace-Hadrill :  « Fregedaire, chronique des temps mérovingiens », 2001.

Et toujours l’excellent et indispensable « Carnage et Culture » de Victor Davis Hanson. A lire et relire.


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