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Réinformation

Vendredi 7 novembre 2008 5 07 /11 /2008 20:40

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Polémia a recu d’un correspondant une étude sur l’évolution des libertés en France depuis près de quarante ans, sous forme d’une liste chronologique des grandes décisions prises soit par les gouvernements successifs, soit par le parlement, soit enfin par les instances judiciaires.
Cette compilation, inévitablement non exhaustive, est intéressante à plusieurs égards, malgré sa longueur : la diversité des sujets touchés rend sa lecture attrayante et permet de mesurer combien les libertés individuelles ont pris un rude coup depuis 1970 ; on voit alors avec quelle facilité les « élites » ont succombé à la tentation totalitaire d’enfermer les citoyens dans la redoutable pensée unique qui n’épargne aucun domaine. La prochaine ratification du traité « modificatif » par le parlement ne fera que mieux illustrer encore cette atteinte aux libertés.
Véritable documentation de référence, cet opus comporte deux grandes catégories de mesures restrictives et contraignantes ; elles sont au nombre de 100 : 77 pour les restrictions « d’ordre moral » et 23 pour les restrictions sécuritaires :

a/ les restrictions « d’ordre moral », qui concernent, par référence aux idéologies contemporaines, la sacro-sainte liberté de pensée, d’expression, de recherche et de la presse et qui, relevant de l’intellectualité ou même de la subjectivité, peuvent donner matière à contestation ;

b/ les restrictions sécuritaires, parfois physiquement difficiles à supporter, qui, répondant à des exigences provoquées par l’évolution galopante des technologies ou plus simplement de la vie en société, se conçoivent et s’acceptent mieux. Encore que le risque est grand de voir comment la volonté très jacobine et antilibérale de prendre en charge la sécurité physique des citoyens, avec par exemple l’application forcenée du principe de précaution, les dépossède de tout sens de la responsabilité personnelle et individuelle, garante vitale d’une société en bonne santé.
Polémia
27/11/07

1/ 1er janvier 1970 : la France est le premier pays européen à rendre obligatoires les ceintures de sécurité aux places avant des véhicules neufs. L’obligation de port est intervenue en 1973, et seulement hors agglomération. L’obligation généralisée aux places avant fut décrétée six ans plus tard. Pour les places arrière, l’obligation d’installer des ceintures à enrouleur date de 1977 et cette obligation du port a été généralisée en 1990.

2/ 27 août 1971 : ratification par la France de la « Convention de New York du 7 mars 1966 sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale ».

3/ Loi du 1er juillet 1972, dite loi Pleven : érige en infraction la diffamation, l’injure et un certain nombre d’actes comme le refus, de fournir un bien ou le refus d’embauche, ou le licenciement motivé pour des raisons liées « à l’origine, à l’appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée » .
Cette loi introduit donc l’appartenance ou la non-appartenance à une nation parmi les critères de « discrimination » (d’où le caractère désormais délictueux de la préférence nationale). Elle reconnaît aussi à toute association déclarée depuis au moins 5 ans et se proposant par ses statuts de « combattre le racisme » le droit de se porter partie civile en ce qui concerne ces infractions ; la loi ajoute donc aux droits traditionnellement reconnus aux parties civiles des droits propres à ces associations qui vont devenir ainsi des professionnelles de l’incrimination. La loi de 1972 ouvre la voie à l’abandon de « l’interprétation stricte » en matière pénale : le juge doit s’assurer, en effet, de la bonne intention des faits incriminés. La peine sera renforcée si l’intention est jugée « perverse » (par ex. raciste). A noter que c’est le décret loi Marchandeau du 21 avril 1939 qui avait introduit le délit d’opinion ou de sentiment, constitué ou non selon que son auteur « a pour but d’exciter à la haine entre les citoyens ».

4/ Loi du 17 octobre 1981 : portant notamment sur la priorité nationale à l’emploi, abrogeant la loi Bonnet du 10 janvier 1980.

5/ Article 93.3 de la loi du 29 juillet 1982 : le producteur d’un service télématique peut-être poursuivi à défaut de poursuite contre l’auteur d’un message illicite, même si ce message n’a pas été fixé préalablement à sa communication au public.

6/ Loi du 25 juillet 1985 : les discriminations fondées sur les mœurs sont assimilées au racisme (articles 187 et 416 du Code pénal).

7/ 10 septembre 1986 : jugement du tribunal correctionnel de Montpellier condamnant une personne qui cherchait un locataire français et catholique, suite à une plainte déposée par le MRAP.

8/ Novembre 1987 : présentation des 53 propositions du rapport Hannoun (député RPR) sur « le racisme et les discriminations en France ». Sont notamment prévues la publicité accrue des décisions de justice, la création d’une incrimination pour injure non publique à caractère raciste, la création d’un nouveau délit d’apologie de crimes contre l’humanité, l’extension des droits des associations autorisées à se porter partie civile.
Ce rapport se traduit aussi par l’extension des lois protégeant la jeunesse aux écrits « racistes et révisionnistes » suite à un amendement à la loi sur la drogue.

9/ Loi du 10 juillet 1989, relative à diverses dispositions en matière de sécurité routière et en matière de contraventions, prévoit l’instauration du permis de conduire à points (qui sera mis effectivement en place le 1er juillet 1992 avec la limitation à 50 km/h de la vitesse maximale en ville).

10/ Loi du 13 juillet 1990 contre le racisme, dite loi Gayssot, interdit toute discrimination fondée sur l’appartenance ou la non-appartenance à une « ethnie, une race ou une religion » ; crée le délit de contestation de l’existence de crimes contre l’humanité (article 9) tels que définis par le Tribunal international de Nuremberg.

11/ 16 novembre 1993 : arrêt de la Cour de cassation confirmant la condamnation du journal « Le Monde » pour avoir publié un article relatif au régime de Vichy intitulé « Français, vous avez la mémoire courte » jugé apologétique.

12/ 8 février 1994 : le ministre de la Défense (François Léotard) met fin aux fonctions du colonel Gaujac, chef du Service historique de l’armée de terre, du fait de la publication, dans « Sirpa Actualité », d’un article controversé sur l’affaire Dreyfus (comprenant notamment la mention « l’innocence de Dreyfus est la thèse généralement admise par les historiens »).

13/ 1er mars 1994 : entrée en application du nouveau Code pénal qui institue notamment :
– la responsabilité pénale des personnes morales en matière de crimes contre l’humanité (art. 213.3), de discrimination (art.225.4), d’atteinte aux droits de la personne résultant de fichiers ou de traitements informatiques (art 226.24), de maintien ou reconstitution de groupes dissous (431.21), d’exhibition d’insignes (art. 645.1) ;
– une nouvelle définition des actes discriminatoires commis par les particuliers et les personnes dépositaires de l’autorité publique et le renforcement de la répression de ces infractions ;
– ’aggravation du délit de profanation de sépulture en considération des motifs racistes présidant à sa réalisation : à raison de l’appartenance du défunt à « une religion, une nation, une ethnie ou une race déterminée » (nouvel exemple de l’abandon du principe « d’interprétation stricte » en matière pénale : une profanation de sépulture est plus pénalisante si elle renvoie à une intention discriminante) ;
– une définition des crimes contre l’humanité (art 212.1 et suiv.) qui sert de nouveau cadre de renvoi pour les délits d’apologie et de contestation de crime contre l’humanité et la contravention de port ou d’exhibition d’insignes illicites ;
– création de nouveaux délits : violation délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence, harcèlement sexuel, exploitation abusive de l’être humain , entrave à l’exercice des libertés, adultes incitant des enfants à commettre des actes illicites ou dangereux ;
– suppression de la notion de démence ;
– la légitime défense est étendue à la défense des biens mais doit être proportionnée à la gravité  de l’atteinte et ne peut en aucun cas justifier la mort ;
– peine pour viol portée à 15 ans, répression accrue du trafic de stupéfiants, introduction d’une peine de réclusion de 30 ans en cas d’assassinat d’enfant avec viol ou torture.

14/ 20 avril 1994, arrêt de la Cour d’assise des Yvelines condamnant Paul Touvier pour un crime prescrit au titre du droit commun par la loi française mais qualifié de crime contre l’humanité et donc considéré comme imprescriptible au titre des engagements internationaux de la France (pour ce faire, la Cour a considéré que l’Accord de Londres du 8 août 1945 introduisait dans notre droit pénal la notion de crime contre l’humanité).

15/ Mai 1994, première mise en œuvre de l’article 223.1 du nouveau Code pénal : le TGI de Valenciennes considère qu’un excès de vitesse est « une volonté consciente et délibérée de causer un dommage à autrui » et condamne le conducteur à une amende et à la confiscation de son véhicule.

16/ 11 juillet 1994 : création d’une contravention de 4e classe pour les conducteurs ayant un taux d’alcoolémie entre 0,7 et 0,8 gramme par litre de sang (seuil abaissé à 0,5 gr le 15 septembre 1995).

17/ 3 avril 1995, arrêt de la Cour de cassation du 3 avril 1995, rejetant le pourvoi du « Canard enchaîné » (suite à la publication de l’avis d’imposition de J. Calvet, patron de Peugeot) : un journaliste produisant des documents couverts par le secret professionnel pourra être poursuivi pour recel.

18/ 11 avril 1995 : le TGI de Paris ordonne en référé à la Société biblique catholique internationale de faire cesser la diffusion de la « Bible des Communautés chrétiennes » en raison de certains passages « de nature à  raviver l’antijudaïsme ».

19/ Juin 1995 : condamnation au franc symbolique de l’orientaliste Bernard Lewis par la première chambre civile du Tribunal de Paris après dépôt de plainte de l’Association arménienne de France et de la LICRA pour « faute », pour avoir mis en cause la réalité des massacres perpétrés par les Turcs contre les Arméniens.

20/ 21 juin 1995 : l’Association des maires de France souligne l’illégalité de la préférence nationale et l’interdiction de subventionner des entreprises qui la pratiqueraient dans le recrutement de leur personnel.

21/ Août 1995 : le Conseil supérieur de l’audiovisuel sanctionne la radio associative « Ici et Maintenant » (l’une des plus anciennes de France) pour « défaut de maîtrise à l’antenne » en réduisant d’un an son autorisation d’émettre. Le CSA avait été saisi par la LICRA, car un certain nombre d’auditeurs avaient, dans le cadre d’une émission en libre expression, tenu des propos « racistes antisémites ou négationnistes ». La radio est aussi tenue de mettre en place un dispositif obligeant les auditeurs à donner un numéro de téléphone où l’on puisse les rappeler…

22/ 9 mai 1996 : création par décret (n° 96-387) de l’Observatoire international des sectes.

23/ 17 juin 1996 : poursuites engagées devant la XVIIe chambre correctionnelle de Paris contre « France Soir », « Paris Match » et quatre agences photographiques ayant publié des photos de l’attentat à la station Saint-Michel du RER le 25/7/1995 : « Le choc de certaines photos peut nécessiter d’apporter des limites à la liberté d’expression ».

24/ Octobre 1996 : projet de loi Toubon contre la diffusion « des idées xénophobes » et des messages portant atteinte à la dignité, à l’honneur ou à la considération d’un ou de plusieurs groupes de personnes du fait de leur appartenance à une ethnie, nation, race ou religion.

25/ 18 avril 1997 : révocation – c’est la première du genre – d’un enseignant du secondaire pour révisionnisme (V. Reynouard, professeur de mathématiques au LEP de Honfleur).

26/ 13 octobre 1977 : signature du Traité d’Amsterdam qui stipule notamment en son article 13 que les pays membres s’engagent à respecter les « orientations sexuelles ».

27/ 18 février 1998 : le Conseil des ministres adopte le projet de création du délit de récidive de grand excès de vitesse (loi du 18 juin 1998).

28/ Mars 1998 : interdiction de l’achat, cession, importation de chiens pit-bulls.

29/ 13 mai 1998 : directive de l’UE du 13 mai 1998 portant interdiction de la publicité sur le tabac.

30/ Loi de juin 1998 qui institue un délit de bizutage.

31/ 7 octobre 1998 : décret instituant la Mission interministérielle de lutte contre les sectes.

32/ Décret du 16 décembre 1998 : autorisation préfectorale requise pour possession d’un fusil à pompe ou d’une arme de poing à un coup.

33/ 8 décembre 1998 : décision de la Cour de cassation relative à la responsabilité pénale des producteurs de services télématiques quant au contenu des sites hébergés.

34/ Janvier 1999 : création d’une Commission départementale d’accès à la citoyenneté (CODAC).

35/ 1er janvier 1999 : taxation des logements vacants dans 8 agglomérations.

36/ Mars 1999 : circulaire relative à la création de six pôles économiques et financiers auprès des parquets.

37/ Mai 1999 : le système de téléphonie sans abonnement Mobicarte doit respecter la loi du 10 juillet 1991 sur le secret des correspondances, ce qui permet l’interception des communications téléphoniques par les services autorisés…

38/ Loi du 18 juin 1999 (loi Gayssot) qui porte sur diverses mesures relatives à la sécurité routière : la responsabilité pécuniaire des propriétaires de véhicules pour les infractions relatives à la vitesse et au non-respect des feux rouges et des stops et l’obligation de stages pour les conducteurs ayant perdu au moins 4 points.

39/ 24 juin 1999 : avis favorable de la CNIL pour autoriser l’administration fiscale à utiliser le numéro de Sécurité sociale pour identifier les contribuables.

40/ Juillet 1999 : habilitation des douaniers en qualité d’officiers de police judiciaire (OPJ).

41/ 15 décembre 1999, arrêt de la Cour d’appel de Paris : la prescription des délits de presse ne s’applique pas sur Internet.

42/ 2 mai 2000 : circulaire du premier ministre aux préfets relative à l’accès à la citoyenneté et à la lutte contre les discriminations ; dans le cadre de la CODAC (Commission départementale d’accès à la citoyenneté), mise en place dans chaque département et chargée notamment de l’amélioration du signalement des comportements discriminatoires, il est demandé aux préfets la mise en service d’un numéro vert « contre les discriminations ».

43/ 22 mai 2000 : le TGI de Paris ordonne à Yahoo Inc. d’interdire l’accès des internautes français à un site d’enchères « d’objets nazis » ; c’est la première condamnation d’un serveur américain par un tribunal français.

44/ Loi du 1er août 2000 : sur la liberté de communication, qui oblige les fournisseurs d’accès et hébergeurs de site Internet à en contrôler le contenu. Si ce contenu est illicite et si un juge lui en donne l’ordre, le fournisseur d’accès doit « agir promptement pour empêcher l’accès à ce contenu » ; les fournisseurs d’accès et les hébergeurs sont désormais « tenus de détenir et de conserver les données de nature à permettre l’identification de toute personne ayant contribué à la création d’un contenu des services dont elles sont prestataires ». Elle implique la suppression du droit des éditeurs de données à l’anonymat.

45/ 9 juin 2000 : ratification par la France du Traité sur la Cour pénale internationale ; un Français peut donc être poursuivi par la CPI dès lors que le pays où ont été commis les crimes dont on l’accuse est partie au traité.

46/ Loi du 10 juillet 2000 qui tend à préciser la définition des délits non intentionnels.

47/ 7 décembre 2000 : adoption de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Son article 21 prévoit qu’est « interdite toute discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, les origines ethniques ou sociales, les caractéristiques génétiques, la langue, la religion ou les convictions, les opinions politiques ou toute autre opinion, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle » (sic).
A noter cependant que l’article 17 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme dispose que : « Aucune des dispositions de la présente convention ne peut être interprétée comme impliquant pour un Etat, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d’accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés reconnus dans la présente convention ou à des limitations plus amples de ces droits et libertés que celles prévues à la présente convention ». Cet article a notamment été invoqué à l’encontre d’écrivains « révisionnistes ».

48/ Loi du 29 janvier 2001 : qui reconnaît comme avéré « le génocide arménien de 1905 » par les Turcs.

49/ Loi du 21 mai 2001 : qui autorise les associations défendant « la mémoire des esclaves et l’honneur de leurs descendants » à ester en justice et bénéficier des droits reconnus aux parties civiles.

50/ Loi du 12 juin 2001 : qui permet la dissolution judiciaire des mouvements qualifiés de « sectaires ».

51/ 18 juin 2001 : la Cour d’appel d’Aix-en-Provence confirme la condamnation pour « discrimination raciale » du maire de Vitrolles pour le vote, le 21 janvier 1998, d’une prime de naissance pour tout enfant né de parents résidant dans la commune et dont l’un au moins était français ou ressortissant de l’Union européenne.

52/ Loi du 15 novembre 2001 : relative à la sécurité quotidienne, qui élargit les compétences des gendarmes et des adjoints de sécurité en matière de lutte contre les infractions routières.

53/ Loi du 16 novembre 2001 : qui prévoit la mise en place d’un service téléphonique gratuit destiné à recueillir les appels des personnes estimant avoir été victimes ou témoins de discrimination raciale.

54/ Loi du 17 janvier 2002 : qui aménage la charge de la preuve dans un procès au civil – en matière de discrimination au logement c’est maintenant au propriétaire de prouver sa bonne foi – et introduit le délit de harcèlement au travail avec, là aussi, inversion de la charge de la preuve.

55/ 25 juillet 2002 : La Cour européenne des droits de l’homme condamne la France pour « procès inéquitable » dans l’affaire Papon (la procédure de mise en état qui obligeait un condamné à se constituer prisonnier avant un pourvoi en cassation est contraire à la Convention européenne des droits de l’homme).

56/ Loi du 9 septembre 2002 : relative à la sécurité routière, qui met en place l’ordonnance pénale pour les délits routiers sur lesquels pourront statuer les juges de proximité.

57/ 6 novembre 2002 : lancement du porte-monnaie électronique Moneo en Ile-de-France ; ce dispositif (étendu en 2003 aux cartes de crédit qui seront dotées d’un M) autorise la traçabilité des règlements de petit montant.

58/ 22 janvier 2003 : première condamnation à la prison ferme d’un éditeur pour « négationnisme » par le TGI de Lyon.

59/ Loi du 3 février 2003, dite loi Lellouche : qui vise à aggraver les peines punissant les infractions de droit commun lorsqu’elles revêtent un caractère « raciste, antisémite et xénophobe ». Dispositif étendu, en 2004, par la loi du 9 mars 2004, aux menaces, vols et extorsions de fonds.

60/ Loi du 18 mars 2003 : relative à la sécurité intérieure, qui prévoit notamment :
– un nouvel article 132-77 du Code pénal donnant la possibilité de retenir comme circonstance aggravante le fait qu’un crime ou un délit soit commis en raison de l’orientation sexuelle de la victime ;
– la possibilité pour la police de disposer d’un accès direct aux archives de fournisseurs d’accès à Internet ;
– l’élargissement des possibilités de procéder aux contrôles d’identité et aux fouilles de véhicule ;
– la suppression du « droit au silence » pour les personnes en garde-à-vue ;
– l’élargissement des possibilités de constitution de fichiers nominatifs par les services de police et de gendarmerie et l’extension du fichier national automatisé des empreintes génétiques à de nouveaux délits (violence contre les personnes et les biens, trafic de stupéfiants, destructions et dégradations) ;
– la création de nouveaux délits : racolage passif pour les prostituées, regroupement de jeunes dans les halls d’immeuble, exploitation de la mendicité et outrage au drapeau, conduite sans permis.

61/ 2 avril 2003 : le tribunal correctionnel de Dijon condamne pour « complicité du délit de conduite sous l’empire d’un état alcoolique »  un cafetier pour avoir fourni « les moyens de conduire en état d’ivresse » à un chauffard.

62/ Loi du 12 juin 2003 : relative au renforçement de la lutte contre la violence routière, qui crée un permis probatoire, aggrave les sanctions pour les récidivistes et automatise la chaîne contrôle-sanction.

63/ Loi du 9 juillet 2003 : qui interdit la vente de tabac aux moins de 16 ans.

64/ 9 décembre 2003 : première réunion du Comité interministériel pour la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ; le premier ministre décide notamment que des poursuites et sanctions seront systématiquement requises en application de la loi Lellouche.

65/ 17 décembre 2003 : le groupe Canal+ institue un système de codage spécifique (appel téléphonique à un serveur vocal et code secret spécifique) pour le visionnage de films à caractère pornographique de catégorie 5 ; mesure étendue par le CSA en octobre 2003, à compter du 1er janvier 2005, à toutes les chaînes de diffusion.

66/ 28 janvier 2004 : le Conseil des ministres adopte le projet de loi autorisant l’approbation du protocole additionnel à la Convention sur la cybercriminalité du 23 novembre 2001 ; ce protocole est destiné à améliorer « la lutte contre les actes de nature raciste et xénophobe commis par le biais des systèmes informatiques, en harmonisant le droit pénal pour la répression des comportements tels que la diffusion de matériel raciste et xénophobe ou les insultes et menaces ; il facilite l’extradition et l’entraide judiciaire pour la répression de ces agissements » (source : communiqué du Conseil des ministres).

67/ 29 janvier 2004 : la XIe chambre de la Cour d’appel de Paris décide que  celui qui change l’adresse de son site Internet doit être considéré comme ayant « renouvelé la mise à disposition » du contenu de ce site ; par conséquent, dans ce cas, le délai de prescription de 3 mois pour les infractions de presse est considéré comme reconduit.

68/ Loi du 9 mars 2004, dite loi Perben II : portant adaptation de la justice, qui prévoit qu’il y a circonstance aggravante quand une infraction est « précédée, accompagnée ou suivie de propos, écrits, images, objets ou actes » racistes ou antisémites ; par ailleurs, elle passe de 3 mois à 1 an le délai de prescription pour les journaux et livres poursuivis pour provocation à la haine raciale, à la discrimination et à la violence raciale, pour diffamation et injures raciales et pour révisionnisme ; elle aggrave les peines de délits de discrimination lorsque l’infraction est commise à l’occasion de l’exploitation d’un lieu accueillant le public (ex : les discothèques).

69/ 30 avril 2004 : déclaration de Berlin des 55 pays membres de l’OSCE sur le renforcement du contrôle d’Internet afin de lutter « contre le racisme et l’antisémitisme ».

70/ 10 juin 2004, décision du Conseil constitutionnel : le juge constitutionnel s’interdit désormais de censurer une loi transposant une directive communautaire ; le droit européen prime désormais sur la Constitution française.

71/ Loi du 21 juin 2004 : « pour la confiance dans l’économie numérique », qui prévoit que les hébergeurs et fournisseurs d’accès à Internet ont l’obligation de contribuer à la lutte contre la diffusion des données à caractère pédophile, négationniste et raciste.

72/ Loi du 15 juillet 2004 : qui réforme la loi Informatique et Libertés de 1978 et permet aux personnes morales de relever et traiter les données relatives à des infractions dont elles s’estiment victimes.

73/ Octobre 2004 : un couple de Lorrains cité au Tribunal correctionnel de Nancy pour avoir laissé un ami ivre prendre le volant et provoquer un accident mortel de circulation.

74/ Décret du 7 décembre 2004 : qui aggrave les peines pour grands excès de vitesse.

75/ 9 décembre 2004 : lors de la réunion du Comité interministériel de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, le premier ministre annonce la mise en place d’un « système de veille » des émissions audiovisuelles, des sites Internet et de la presse écrite.

76/ Loi du 31 décembre 2004 : qui institue la création de la HALDE appelée à connaître de toutes les discriminations « directes ou indirectes prohibées par la loi ou un engagement international auquel la France est partie » ; elle porte aussi sur la pénalisation des propos publics « homophobes, sexistes et handiphobes » ; le décret de mars 2005 dispose que l’agression verbale dans la rue ou sur le lieu de travail « en raison de l’orientation sexuelle, du sexe ou du handicap » est punie d’une contravention plus sévère qu’une simple injure. Première condamnation à ce titre du député Ch. Vanneste par la Cour d’appel de Douai le 25 janvier 2007. Au terme de trois arrêts du Conseil d’Etat du 13 juillet 2007, une recommandation de la HALDE tant qu’elle n’est pas rendue publique n’est pas susceptible de recours ; il en va de même quand la HALDE décide de ne pas donner suite à une requête.

77/ Loi constitutionnelle du 1er mars 2005 : qui introduit la Charte de l’environnement dans la constitution en y insérant les droits et devoirs qui y sont définis et qui oblige toute personne à « prévenir les atteintes qu’elle est susceptible de porter à l’environnement » et à « contribuer à la réparation des dommages qu’elle cause à l’environnement ».

78/ Décret du 25 mars 2005 : relatif aux contraventions de diffamation, d’injure et de provocation non publiques à caractère discriminatoire, qui rend compétent le tribunal de police et la juridiction de proximité pour les délits de propos homophobes, sexistes ou handiphobes non publics.

79/ Décret du 25 mars 2005 : qui donne obligation au conducteur de s’assurer que tous les mineurs transportés dans son véhicule ont bien bouclé leur ceinture.

80/ 13 juin 2005 : décision du juge des référés du Tribunal de grande instance de Paris obligeant 10 sociétés de connexion à Internet à mettre en place sous 10 jours pour la première fois en France un « filtrage » pour interrompre l’accès à un site jugé négationniste (Aaargh) en application de la loi sur la confiance dans l’économie numérique du 21 juin 2004.

81/ 4 juillet 2005 : la Cour de cassation admet le « testing » comme preuve ; les associations (ici SOS-Racisme) et les victimes pourront désormais piéger les propriétaires qui refusent de louer ou vendre à des personnes d’origine étrangère.

82/ 10 novembre 2005 : la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) déclare de pas avoir « d’opposition de principe » aux dispositifs d’alerte professionnelle permettant aux salariés de prévenir la direction de leur entreprise des comportements fautifs de leurs collègues.

83/ 22 décembre 2005 : installation du 1000e radar automatique (700 fixes et 300 mobiles).

84/ Loi du 23 janvier 2006 : relative à la lutte contre le terrorisme, étend notamment aux cybercafés l’obligation faite aux opérateurs de conserver pendant un an les données de connexion Internet.

85/ Septembre 2006 : ouverture de la « plate-forme de signalement des contenus illicites sur Internet », <internet-mineurs.gouv.fr>, qui permet à tout internaute de signaler à la police les « contenus illicites » qu’il constaterait sur Internet.

86/ 22 novembre 2006 : les éditions Dalloz saisies par le MRAP modifient un passage de leur ouvrage de droit pénal général faisant référence à l’hérédité raciale comme « facteur de criminalité ».

87/ Janvier 2007 : les entreprises dotées d’un comité d’entreprise ont l’obligation de présenter au moins une fois par an un rapport sur leur situation en matière de « diversité ».

88/ 5 janvier 2007 : le juge des référés du Conseil d’Etat donne raison au préfet de police de Paris d’avoir interdit la distribution jugée discriminatoire de « soupe au cochon » par l’association SDF.

89/ 1er février 2007 : date d’application du décret du 16 novembre 2006 portant sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics (reportée au 1er janvier 2008 pour les cafés, bars, hôtels).

90/ Loi du 7 mars 2007 : qui autorise les poursuites contre les sites Internet qui mettraient en ligne des vidéos violentes non filmées par des journalistes professionnels.

91/ 2 mai 2007 : mise en place d’une plate-forme d’écoute et d’interception des courriels, SMS et appels sur mobile, administrée par l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT). Cette plate-forme peut se faire communiquer l’adresse et les coordonnées bancaires des émetteurs/récepteurs des messages interceptés. Il s’agit de la mise en œuvre de l’article 6 de la loi du 23 janvier 2006 sur « la lutte contre le terrorisme ».

92/ 15 mai 2007 : arrêt de la Cour de cassation estimant qu’il est possible de publier dans la presse le salaire d’une personne privée lorsque les difficultés de l’entreprise dans laquelle elle travaille font l’objet d’une information dans les médias.

93/ 24 juin 2007 : le Conseil européen adopte le mandat pour la conférence intergouvernementale qui prévoit notamment que la Charte des droits fondamentaux du 7 décembre 2000 « a la même valeur juridique que les traités ».

94/ 29 juin 2007 : accord entre l’Union européenne et les Etats-Unis autorisant ce pays à conserver pendant 15 ans (contre 3 ans et demi actuellement) certaines données privées des passagers des compagnies aériennes venus de l’UE.

95/ 7 août 2007 : création du fichier Parafes premier fichier biométrique de Passage automatisé rapide aux frontières extérieures Schengen ; les données de ce fichier seront croisées avec le fichier des personnes recherchées utilisé par la police et la gendarmerie.

96/ Septembre 2007 : mise en place dans plusieurs villes des parcmètres « Statio’minute » qui détectent seuls l'arrivée d'une voiture et alertent la police par SMS en cas de dépassement du temps de stationnement.

97/ 10 octobre 2007 : adoption d’un projet de loi créant une incrimination nouvelle de violation d’embargo, quelle qu’en soit la nature et ou quel que soit le domaine d’activité concerné (nouvel article 437-1 du Code pénal).

98/ 4 octobre 2007 : résolution du Conseil de l’Europe enjoignant de « s’opposer fermement à l’enseignement du créationnisme en tant que discipline scientifique ».

99/ 6 novembre 2007 : proposition de la Commission européenne de mettre en place un système de stockage des données personnelles des passagers aériens, dit Passenger Name Record ; ce système obligera les compagnies aériennes à transmettre 19 catégories de données, qui seront gardées pendant 13 ans, allant de l’adresse courriel au numéro de téléphone ou de carte de crédit du passager. Ce système sera appliqué aux passagers des vols entrant et sortant de l’UE.

100/ 21 novembre 2007 : le PLFR (Projet de loi de finances rectificative) 2007 présenté au dernier Conseil des ministres prévoit un nouveau délit, la « flagrance fiscale » ; ce n'est pas un nouveau parfum mais la possibilité offerte à l'administration fiscale de prolonger de 3 mois un contrôle fiscal et d'appliquer rapidement amendes et saisies pour corriger une situation manifestement frauduleuse.

Michel Geoffroy
Correspondance Polémia
24/11/07

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Par Cyber-résistant - Publié dans : Réinformation - Communauté : La Cyber-résistance
Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /2008 16:43

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La presse américaine s'est emparée d'un cliché diffusé par le site conservateur Drudge Report représentant Barack Obama coiffé d'un turban kényan, lors d'un voyage dans la province de Wajir (nord-est du pays) en 2006. L'état-major du sénateur de l'Illinois a dénoncé les méthodes du camp Clinton.


Selon Daniel Pipes, Barack Obama aurait étudié dans un madrasa islamique d'Indonésie avant de gagner les Etats-Unis.



Obama lié à un islamiste

Barack Obama a pleinement soutenu son cousin Odinga, candidat aux présidentielles du Kenya.

Accusé de fraude, Odinga a 
défrayé la chronique pour avoir assuré les communautés musulmanes que le Kenya deviendrait islamique s'il remportait la victoire. Un document signé par les deux partis en présence promettait l'instauration de la charia au Kenya, pays traditionnellement chrétien. Révélé par les médias, ces tractations avaient fait scandale.

Mais même après la diffusion de ce document par la presse, le sénateur Obama a continué à soutenir Odinga. Les e-mails échangés entre l'équipe d'Obama et celle d'Odinga ont été révélés par Jerome Corsi, l'auteur du best-seller "Obama Nation" qui 
 détaillant, entre autres, les liens entre Obama et le fondamentalisme musulman.

 



Obama lié aux Black Panthers

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Tout comme John Kerry, sabordé par un passé militaire qu'il croyait pouvoir utiliser pour convaincre l'électorat, Obama va couler par ses références constante aux races, si hypocrites depuis que l'Amérique a découvert un autre visage du candidat démocrate.  

Après avoir soutenu le pasteur intégriste Wright, le voilà affichant les couleurs des Black Panthers sur son site internet... Ce groupe fondamentaliste, prônant la suprématie des Noirs, était responsable de nombreux actes terroristes dans les années 60. Il avait été dissous par la police américaine.

Ses successeurs sont plus intégristes encore. Le "New Black Panther Party" s'est formé dans les rangs de Nation of Islam, le groupe de l'idéologue Louis Farrakhan connu pour traiter les Blancs de "monstres", les Etats-Unis de "patrie de Satan" et les Juifs de "suceurs de sang". Ses membres portent des uniformes paramilitaires et ont récemment créé une unité combattante armée de kalachnikovs !

 

 

Devant le tollé général, l'équipe du sénateur de l'Illinois a retiré le logo des New Black Panthers du site, mais ceci un jour après le discours sur le racisme de Philadelphie censé calmer la controverse... Quelle cynisme ! 

Le Swift Boating d'Obama ne fait que commencer, avec l'aide bien involontaire d'un raciste soudainement porté aux nues par une gauche en plein désarroi.


  Le masque d'Obama tombe, et ce qu'il cachait est bien laid...



Obama est un raciste de la pire espèce

Obama a retiré le nom du pasteur Jeremiah Wright de son site internet de campagne. Wright est le pasteur qui dirige la Trinity United Church de Chicago, une église de fondamentalistes à laquelle appartient Obama.

Dans un extrait vidéo de l'un de ses sermons, Wright, ce "conseiller spirituel" et grand ami d'Obama depuis 20 ans (il a officié à son mariage et le titre du dernier livre d'Obama, "l'audace d'espérer", est inspiré d'un sermon de Wright) insulte les Etats-Unis le premier dimanche après le 11 septembre et affirme que les Etats-Unis sont responsables de ce qui leur arrive. Dans un autre, il accuse le gouvernement des Etats-Unis de chercher à éliminer physiquement les Noirs en les droguant et en répandant le Sida parmi eux ...
 

L'église de Barack Obama n'en est pas à son coup d'essai : en décembre dernier elle a decerné un prix à Louis Farrakhan, leader de Nation of Islam, décrit par la LICRA américaine comme le "Hitler noir" pour ses avoir traité les Blancs de "diables aux yeux bleus" et les Juifs de "suceurs de sang"... Le pasteur Jeremiah Wright (photo avec Obama) s'est même rendu en Lybie avec Farrakhan pour rendre visite à Kadhafi !

Les Américains  réalisent désormais que derrière le sourire de Barack Obama existe une personne profondément raciste,
  participant régulier à ces messes démentes et idéologue nourri durant 20 ans par la haine maladive de son "conseiller spirituel", dont on peut juger la folie par les vidéos postées ci-dessous...


Le blog drzz

Par Cyber-résistant - Publié dans : Réinformation - Communauté : Islam
Dimanche 27 avril 2008 7 27 /04 /2008 04:48

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Islam et Christianisme: des traditions équivalentes?

[Intro Chapitre 14, p.171]

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« Ce n’est pas un stupide film hollywoodien », déclara l’actrice française Eva Green au sujet du dernier film sur les croisades du réalisateur anglais Sir Ridley Scott, Kingdom of Heaven.

C’est vrai. En fait, c’est plutôt un stupide film anglais.

« Les Musulmans », notait avec effusion le New York Times après une avant-première du nouveau blockbuster, « sont dépeints comme enclins à la coexistence jusqu’à ce que les extrémistes chrétiens ruinent tout. Et même lorsque les Chrétiens sont vaincus, les Musulmans leur offrent un sauf-conduit pour rentrer en Europe. » Sir Ridley, selon le Times, « a dit qu’il espérait démontrer que Chrétiens, Musulmans et Juifs pouvaient vivre ensemble harmonieusement – du moment que le fanatisme est tenu à l’écart. » Ou, comme Eva Green l’exprima, l’intention du film est de pousser les gens à « être plus tolérant, plus ouverts envers les Arabes. » [1]

À ce point, cela devrait être clair : l’idée que les Musulmans étaient « enclins à la coexistence » avec les non-Musulmans jusqu’à l’arrivée des croisés est historiquement fausse – à moins que par « coexistence », Ridley Scott n’entende la coexistence de l’oppresseur et de l’opprimé qu’était la dhimma. Eva Green et lui rendent les motivations politiquement correctes de ce film limpides : montrer que ce qui interfère dans la coexistence pacifique entre Musulmans et non-Musulmans est le « fanatisme », et non un quelconque élément d’une tradition religieuse. Le film est également destiné à faire en sorte que les Occidentaux racistes que nous sommes soient plus gentils envers les Arabes.

Mais le film n’est qu’un élément d’une campagne beaucoup plus vaste visant à convaincre les Occidentaux que la civilisation islamique est égale ou supérieure à la civilisation occidentale.

[1] Alan Riding, “The Crusades as a Lesson in Harmony? “, New York Times, 24 avril 2005

Kingdom of Heaven lave plus blanc que blanc…

Kingdom of Heaven est une histoire classique de cow-boys et d’indiens, dans laquelle les Musulmans sont nobles et héroïques et les Chrétiens sont vénaux et violents. Le scénario insiste lourdement sur les clichés politiquement corrects et les chimères de la tolérance islamique ; évacuant les lois et attitudes de la dhimmitude (dont Ridley Scott n’a vraisemblablement jamais entendu parler), il imagine un groupe épris de paix et de tolérance, une « communauté des Musulmans, des Juifs et des Chrétiens ». Mais, bien sûr, les Chrétiens gâchent tout. Un agent publicitaire vantant le film explique : « ils oeuvraient ensemble. C’était un lien solide jusqu’à ce que les Templiers causent des frictions entre eux ». Ah oui, ces ignobles « extrémistes chrétiens ».

Kingdom of Heaven a été conçu pour ceux qui pensent que tous les problèmes existant entre le monde islamique et l’Occident ont été provoqués par l’impérialisme, le racisme, et le colonialisme occidentaux, et que le glorieux parangon de la tolérance islamique, dont la lumière éclairait le monde à une époque, pourrait être rétabli si seulement les malveillants blancs d’Amérique et d’Europe se montraient plus tolérants. Ridley Scott et ses collaborateurs arrangèrent des projections anticipées du film à l’intention de groupes tels que le Conseil des relations américano-islamiques (Council on American-Islamic Relations, CAIR), de façon à s’assurer que les sensibilités musulmanes ne soient pas heurtées. C’est à tout point de vue un film de rêve pour l’establishment adepte du politiquement correct, exception faite d’un détail : il n’est pas fidèle à l’Histoire.

Le professeur Jonathan Riley-Smith, qui est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les croisades et l’un des principaux historiens s’intéressant à cette période, qualifia le film de « foutaises », et expliqua qu’il « n’est pas historiquement correct du tout » en « dépeignant les Musulmans comme sophistiqués et civilisés, et les croisés comme étant tous des brutes et des barbares. Cela n’a rien à voir avec la réalité ». Ah, et « il n’a jamais existé de communauté des Musulmans, des Juifs et des Chrétiens. C’est une absurdité totale. »

Le professeur Jonathan Philips, auteur d’un livre sur la quatrième croisade et le sac de Constantinople, a lui aussi exclu que film constitue une description fidèle de l’histoire, et conteste la représentation négative qu’il donne des chevaliers de l’ordre du Temple : « Présenter les Templiers comme les ‹ méchants › de l’histoire n’est une thèse soutenable que du point de vue musulman, et cette approche est incorrecte de toute manière. Ils furent la plus grande menace pour les Musulmans, et beaucoup finirent tués à cause du serment de défendre la Terre Sainte qu’ils avaient prêté. » Saladin est, selon l’agent publicitaire, « le héros du film ». Aucune mention n’est faite, naturellement, de ses massacres à Hattin, ou des plans analogues qu’il avait pour Jérusalem.

Pourtant, en dépit de la réécriture de l’Histoire et des efforts laborieux mis en œuvre pour dépeindre les Musulmans de l’époque des croisades sous un jour favorable dans Kingdom of Heaven, l’apologiste islamique Khaled Abou El Fadl, professeur de droit islamique à l’Université de Californie, écumait de rage à son propos : « Selon moi », s’emporta-t-il, « il est inévitable – et je suis prêt à risquer ma réputation là-dessus – qu’après la sortie de ce film, des crimes haineux soient commis directement à cause de lui. Les gens iront le voir le week-end et décideront de donner une leçon à quelque enturbanné. » Bien sûr, ceci constitue moins un acte d’accusation contre le film que contre la population américaine.

Quoi qu’il en soit, Kingdom of Heaven a coûté plus de 150 millions de dollars, met en vedette une distribution prestigieuse, et est vendu comme « une fascinante leçon d’histoire ».

Fascinante, peut-être – mais seulement en tant que preuve du mal que les Occidentaux d’aujourd’hui sont prêts à se donner pour se leurrer eux-mêmes.

 

 

[1] Charlotte Edwardes, “Historians say film ‘distorts’ Crusades“, London Sunday Telegraph, 18 janvier 2004 .

(NdT: D’autres liens vers des articles se posant la question de la propagande dans KoH sur http://www.zombietime.com/kingdom_of_heaven)

 

Mythe P.C. : le problème auquel le monde doit faire face aujourd’hui est celui du fondamentalisme religieux

 

Toute tradition religieuse est-elle également capable de provoquer la violence ? Cette notion, aussi répandue soit-elle, serait beaucoup plus crédible si Pat Robertson et Jerry Falwell [1] écrivaient des articles défendant la lapidation des personnes adultères (comme Hani Ramadan, écrivain musulman basé en Suisse, qui fit paraître un article ayant ce sujet dans le quotidien français Le Monde en septembre 2002), ou réclamaient l’exécution des blasphémateurs (le blasphème est une offense passible de la peine de mort au Pakistan et ailleurs dans le monde islamique) [2] , ou envoyaient des avions s’écraser sur les bâtiments symboliques de ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis.

 

Que les Chrétiens évangéliques ne commettent pas ces actes est une indication claire que tous les « fondamentalismes » ne sont pas comparables. Contrairement aux opinions déconstructionistes qui prévalent sur les campus universitaires de nos jours, les religions ne sont pas simplement des matériaux bruts qui peuvent être transformés en tout et n’importe quoi par les croyants. Il y a des points communs considérables dans le comportement des gens pieux de toutes les traditions. Par exemple, ils prient, se réunissent, et accomplissent certains rituels. Parfois même ils commettent des actes violents au nom de leur religion. Mais la fréquence et la diffusion de tels actes – et leur degré de parenté avec le courant prédominant de la religion en question – sont déterminés dans une grande mesure par les enseignements concrets de chaque culte. Les apologistes islamiques aiment à désigner Timothy McVeigh et Eric Rudolph [3] comme des exemples de terroristes chrétiens, mais il y a trois raisons qui font que McVeigh et Rudolph ne sont pas équivalents à Ben Laden et Zarkaoui :

 

♦ Ils ne tentèrent pas de justifier leurs actes en se référant à la tradition ou aux Écritures chrétiennes.

♦ Ils n’agirent pas sur la base des enseignements chrétiens traditionnels.

♦ Il n’y a pas de grands groupes chrétiens dans le monde qui soit voués à mettre en application les mêmes enseignements.

 

La différence entre Oussama Ben Laden et Eric Rudolph est la même qu’entre des actes aberrants et des enseignements aberrants. Tout être humain ayant un système de croyances peut faire des choses abominables. Mais les actes abominables sont davantage susceptibles d’advenir en plus grands nombres et fréquence lorsqu’ils sont encouragés et perpétués par des textes religieux et par ceux qui prêchent.

 

 

[1] NdT : Pat Robertson et Jerry Falwell sont tous les deux des « télévangélistes » conservateurs assez influents aux USA

[2] Hani Ramadan, “La charia incomprise”, Le Monde, 10 septembre 2002. Pour un cas typique d’exécution pour blasphème au Pakistan, voir par exemple “Man Accused of Blasphemy Shot Dead”, Reuters, 20 avril 2005

[3] NdT : Timothy McVeigh est l’auteur de l’attentat à la bombe d’Oklahoma City en 1995, et a été exécuté en 2001. Eric Rudolph a été condamné à l’emprisonnement à perpétuité en 2005 pour avoir posé quatre bombes (celle des Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996, ainsi que dans deux cliniques pratiquant l’avortement et dans un club homosexuel).

 

 

Vous ne voulez quand même pas dire que l’Islam est le problème ?

Quelle est l’alternative à la position de Ridley Scott selon laquelle c’est le « fanatisme » qui suscite tous nos ennuis aujourd’hui ? C’est une opinion que les gens politiquement corrects ne peuvent tout simplement pas comprendre : le problème est inhérent à l’Islam et ne disparaîtra pas, ou ne sera pas neutralisé, tant que ce fait ne sera pas reconnu.

 

Dire que le problème est inhérent à l’Islam n’est pas dire que tout Musulman est un problème. Comme nous l’avons vu, beaucoup de ceux qui se disent Musulmans n’ont qu’une connaissance indirecte et superficielle des enseignements de l’Islam. Non, admettre que la violence jihadiste internationale indique un problème avec l’Islam n’est que simple honnêteté : il y a des groupes dans le monde qui croient qu’il en va de leur responsabilité devant Dieu que de mener la guerre contre les non-Musulmans et d’imposer la loi islamique, d’abord dans les états musulmans, puis dans les états non musulmans. C’est une motivation centrale de la violence terroriste aujourd’hui, et elle prend racine dans les enseignements du Coran et de la Sunna (c’est à dire la tradition islamique).

 

Certains analystes redoutent que si les autorités occidentales commençaient à reconnaître que l’ennemi de l’Amérique dans la « guerre contre le terrorisme » n’est pas un groupe de gens ayant détourné l’Islam, mais bien des hommes qui oeuvrent sur la base d’enseignements issus du cœur même de l’Islam, nous ne soyons bientôt impliqués dans une guerre contre le monde islamique tout entier. Il serait alors certainement plus compliqué de maintenir les alliances d’opérette qui existent à l’heure actuelle avec les Saoudiens, les Pakistanais et les Égyptiens. Mais cela permettrait aussi aux États-Unis de demander des comptes à ces alliés putatifs quant à leur allégeance au jihad mondial, et de matérialiser l’avertissement donné au monde par George W. Bush après le 11 septembre 2001 : « Vous êtes soit avec les terroristes, soit avec nous. »

 

D’autres évitent de constater la crise profonde de l’Islam d’aujourd’hui sous le prétexte que cela découragerait et irriterait les musulmans modérés. S’ils sont véritablement modérés, il n’y a pas de raison. Aucun problème ne peut être résolu si sa source n’est pas identifiée. Un docteur qui traite à l’aspirine des maux de tête persistants provoqués par une tumeur au cerveau n’échappera pas longtemps à un procès pour faute professionnelle. Si un quelconque projet d’Islam modéré doit réussir, ce ne sera qu’en identifiant les éléments de l’Islam qui sont à l’origine de la violence et du terrorisme, et en oeuvrant d’une manière ou d’une autre pour modifier la compréhension que les Musulmans ont de ces éléments – soit en faisant en sorte que les recruteurs de jihadistes ne puissent plus convaincre de jeunes hommes de les rejoindre en faisant appel à leur désir d’accomplir « l’Islam pur. »

 

Que les Musulmans modérés puissent réellement réussir à changer la compréhension de l’Islam de millions de Musulmans est une question ouverte. Mais il n’y a aucune chance que cela se produise s’ils ne discernent pas pourquoi l’Islam crée des individus comme Ben Laden et Zarkaoui.

 

 

Cela paraît logique. Pourquoi est-ce si difficile à accepter pour certains ?

 

Une partie de la raison pour laquelle l’establishment politiquement correct trouve ceci si difficile à accepter est que, dans leur vision simpliste et réductrice du monde, les Occidentaux sont « blancs » et les Musulmans sont « de couleur ». Selon le dogme politiquement correct, les peuples de couleur ne peuvent être coupables d’aucun tort ; ils sont à jamais victimes d’injustices. Tous leurs actes de violence ne sont que des réactions aux provocations ahurissantes de l’homme blanc.

L’exemple le plus scandaleux est peut être celui de l’avocate radicale Lynne Stewart, reconnue coupable en février 2005 d’avoir fait passer des messages pour Omar Abdel Rahman, le cheik emprisonné qui fut le cerveau de l’attentat à la bombe du World Trade Center en 1993. Pourquoi Stewart devint-elle l’estafette de jihadistes sanguinaires? Elle expliqua : « Pour nous débarrasser du type de capitalisme inflexible et vorace qui règne dans ce pays, qui perpétue le sexisme et le racisme. Je ne pense pas que cela puisse se faire sans violence. » [1] Comment Stewart put-elle penser qu’Omar Abdel Rahman, un Musulman traditionaliste qui sans nul doute croit que les femmes existent pour servir les hommes et que celles qui sont désobéissantes devraient être battues (Coran IV:34), puisse être un champion du combat contre le sexisme et le racisme ? … Et bien, il combat « l’homme blanc », n’est-ce pas ?

 

 

[1] “Lawyer Convicted of Helping Terrorists,” dépêche Associated Press, 10 février 2005

 

 

Recouvrer la fierté dans la civilisation occidentale

 

« Ecoutez, Dr Yeagley, je ne vois rien dans ma culture dont on puisse être fier. Elle n’est rien du tout. Mon ethnie n’est vraiment rien. Regardez votre culture. Regardez la tradition amérindienne. Ça, je trouve, oui, vraiment super. Vous avez de quoi être fier. Ma culture, c’est que dalle. » [1]

 

Ces mots sont ceux qu’une étudiante blanche, « Rachel », adressa au professeur amérindien David Yeagley en 2001.

 

Rachel est clairement imbibée de l’état d’esprit exprimé notamment par Jesse Jackson en 1985 : « Ho ! Ho ! Hé ! Hé ! La civilisation occidentale, du balai ! » Et il est pratiquement certain qu’elle considère les croisés comme le summum des « hommes blancs archaïques [2] », et les croisades comme une démonstration inexcusable d’impérialisme, de racisme, et probablement de génocide de la part de l’Occident. Si elle avait fréquenté une école ayant des « croisés » sur son blason, elle aurait été parmi les premiers à en exiger la disparition. Et vu la manière dont les croisades sont présentées dans la majorité des écoles de nos jours, c’est parfaitement compréhensible. Mais la plupart de ce que l’étudiant lambda connaît aujourd’hui sur les croisades et sur d’autres sujets similaires est erroné. Ceux qui inculquent de telles fumisteries ont un intérêt personnel à produire des Américains qui tiennent le discours de Rachel. Et celle-ci accepte tous ces mensonges grâce à des décennies de conditionnement anti-Américain, anti-Occidental et anti-Chrétien dans nos écoles et universités.

 

 

[1] David A. Yeagley, “What’s Up With White Women?” FrontPageMagazine.com, May 18, 2001

[2] NdT : “dead white males”, terme péjoratif utilisé habituellement pour faire référence à l’école de pensée ou de pédagogie traditionnelle qui soulignait l’importance des grands penseurs, écrivains, scientifiques et explorateurs européens, supposément au détriment d’autres groupes (les femmes, les non-européens,…)

 

 

Pourquoi il faut dire la vérité

C’est pourquoi la vérité doit être dite sur les croisades et sur d’autres composantes de l’interaction historique entre le Christianisme et l’Islam. Les Américains et les Européens – ainsi que les Chrétiens du Moyen-Orient et d’ailleurs – doivent cesser de battre leur coulpe pour les péchés de jadis, se rappeler l’héroïsme d’antan, et discerner les bienfaits que la civilisation judéo-chrétienne a apportés au monde. Nous devons examiner honnêtement l’Islam et le Christianisme et reconnaître en quoi ils diffèrent. On ne devrait plus admettre des censeurs P.C. qu’ils interdisent de remarquer que, bien que la nature humaine soit partout la même et que des gens aient justifié la violence au nom de toutes les religions, celles-ci ne sont pas identiques.

Le Christianisme est au coeur de la civilisation occidentale. Il a façonné les Américains que nous sommes, et a influencé les Européens et d’autres peuples de par le monde depuis plus longtemps encore. Qu’on l’apprécie ou non, il a modelé même ceux qui rejettent la foi chrétienne. Le Christianisme partage ses principaux principes moraux avec le Judaïsme – des principes omniprésents en Occident, mais incomplètement transmis à l’Islam. Ces principes sont la source dont les penseurs modernes ont tiré le concept des droits universels de l’homme – la base de la culture laïque occidentale.

 

Yeagley remarque : « Les Cheyennes ont un dicton : ‹ Une nation n’est jamais conquise tant que le cœur de ses femmes n’est pas à terre ›. Lorsque Rachel dénigra les siens, elle le fit avec l’assurance imperturbable d’une grande prêtresse déclamant sa liturgie. Elle parla sans crainte de la critique ou de la censure. Et elle n’en fit pas l’objet. Les autres étudiants écoutèrent en silence, leurs regards allant et venant timidement d’elle à moi, comme s’ils étaient incertains de savoir lequel d’entre nous deux était le meilleur expert… Qui avait conquis le peuple de Rachel ? Qu’est-ce qui l’avait conduite à lui manquer de respect ? Pourquoi se comportait-elle comme une femme d’une tribu vaincue ? »

 

Pourquoi, en effet ? En fin d’analyse, comme le fait remarquer Yeagley, le résultat est la défaite : des gens qui ont honte de leur propre culture ne la défendront pas.

 

C’est pourquoi dire la vérité sur les croisades, le Christianisme, et l’Occident n’est pas affaire de cocoricos culturels ou d’apologétique religieuse. C’est un élément essentiel de la défense de l’Occident contre le jihad international actuel.

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La chrétienté et l'islam

Résumé de 15 siècles d'affrontement entre la chrétienté et l'islam

La coexistence entre Chrétienté et Islam paraît partout dans le monde ne pas aller de soi. La France n’est pas à ce titre une exception, même si la question n’a pas (encore ?) pris chez nous une tournure aussi dramatique que dans de trop nombreux pays. Les débats auxquels nous assistons sur le sujet sont désormais quotidiens.


Parmi les arguments le plus souvent invoqués contre les Chrétiens figure en bonne place le reproche d’avoir gravement, à au moins deux reprises, agressé les Musulmans : lors des croisades, puis, huit siècles plus tard, lors de la colonisation. Ces « péchés », régulièrement invoqués par ceux qui ne semblent pas les avoir « digérés », feraient passer pour un juste retour des choses leur afflux massif en terre chrétienne et leur revendication du droit d’y affirmer leur foi. Un tel argument est très largement repris chez nous : « avec tout ce qu’on leur a fait, on ne l’a pas volé ».


Ces reproches doivent toutefois être replacés dans une perspective historique plus large que celle du dernier siècle, ou même du dernier millénaire. Sans entrer dans les détails, il importe de rappeler quelques faits.




Le premier est la conversion au christianisme de l’empereur romain Constantin en 323. Presque du jour au lendemain, et pacifiquement, un Empire s’étendant d’est en ouest de l’actuel Iran à l’actuel Maroc, et du nord au sud de l’Ecosse à l’Egypte, devient donc chrétien. Constantin, pour marquer cette rupture, transfère en 330 sa capitale de Rome à Byzance, qui prend le nom de Constantinopolis, la "ville de Constantin".


Lorsqu’en 613 l’Islam fait irruption dans l’Histoire, le bassin méditerranée est donc chrétien depuis trois siècles. La nouvelle religion se répand dès la mort du Prophète comme une traînée de poudre et toujours par le moyen de la guerre. Le Moyen-Orient (Syrie, Palestine, Egypte…) est subjugué entre 635 et 642, le Maghreb entre 660 et 710, l’Espagne dans les années 720, la France l’aurait été si Charles Martel n’avait remporté la victoire de Poitiers (732). C’est donc en un siècle un énorme pan de la Chrétienté, comprenant les Lieux Saints, qui est par force islamisé. Dans certaines régions (le Maghreb de saint Augustin), notre religion est totalement éradiquée. Pendant près de cinq siècles, les Chrétiens purent toutefois continuer à se rendre en Terre Sainte.


Le pèlerinage à Jérusalem est alors très répandu, mais devient de plus en plus périlleux jusqu'en 1078, où les Musulmans en interdisent complètement l’accès aux Chrétiens. La première croisade eut donc pour objectif de réouvrir aux pèlerins la route de Jérusalem que leur interdisaient les Musulmans. Elle aboutit à la prise de la ville et à la reconstitution en Terre Sainte d’un éphémère Etat chrétien (1099-1291).


A la même époque, l’Espagne entreprenait de se libérer du joug arabe par la Reconquista (« de sinistre mémoire » a-t-on récemment pu entendre à la radio). Le célèbre Cid de Corneille fut l’un des artisans de cette longue guerre, très dure puisque si la victoire chrétienne de Las Navas de Tolosa en 1212 est considérée comme un événement décisif, il fallut attendre 1492 pour que les armées d’Isabelle la Catholique mettent un terme définitif ( ?) à l’existence du Royaume islamique de Grenade (« et à la tolérance religieuse qui y régnait », nous apprend le journal Le Monde).


Aujourd’hui encore les Musulmans ont la nostalgie de l’Espagne islamique. Le roi d’Arabie, de passage en Andalousie, a récemment demandé que la cathédrale de Séville soit rendue à l'Islam. L’archevêque de la ville lui a répondu qu’il faudrait d’abord rendre Sainte-Sophie de Constantinople au culte chrétien…


Car à l'époque même où l'Espagne se libérait du joug musulman, l'Empire byzantin succombait. Comme par un phénomène de vases communicants, le reflux de l'Islam en Espagne fut contemporain de sa formidable progression en Grèce et dans les Balkans. En 1453, Constantinople, capitale millénaire du premier empire chrétien, tombe entre les mains de l’Empire musulman des Ottomans, qui en font leur capitale (le nom d’Istanbul est une dégradation de celui de Constantinopolis).


La progression islamique se poursuit jusqu’au cœur de l’Europe : la Serbie chrétienne succombe à la bataille de Kossovo (1389). On peut lire à ce sujet dans le dictionnaire d’Histoire universelle : « pendant près de trois siècles, le peuple serbe allait être soumis à une tyrannie très dure ; beaucoup de grandes familles serbes furent exterminées, le peuple réduit en servitude et des milliers d’enfants enlevés pour être élevés dans l’Islam et enrégimentés dans le corps des janissaires ». On comprend mieux la « sensibilité » des Serbes par rapport à la question musulmane, notamment au Kossovo!


Puis c’est la Bulgarie, l’actuelle Roumanie, la Hongrie qui succombent à leur tour. En 1683 (il y a tout juste trois siècles !), les Musulmans assiègent Vienne dont la population, pour ne pas paraître affamée, leur lance par dessus les remparts des petits pains en forme de croissants, symbole de l’Islam. Ces « viennoiseries » auront la vie longue, mais qui se souvient encore de leur histoire ?


C’est une intervention polonaise qui délivre la capitale autrichienne. Comme en Espagne commencera alors dans les Balkans une lente et sanglante Reconquista. Les Musulmans se montrent particulièrement cruels dans la répression des insurrections chrétiennes (le massacre de toute la population de l'île de Chio, en 1822, a été « immortalisé » par Victor Hugo). La Grèce n’est libérée qu’en 1830, après quatre siècles d’occupation, la Bulgarie en 1876, la Bosnie en 1913 !


En 1914 commence la première guerre mondiale, et c'est une époque charnière. L’Empire Ottoman s’allie en effet aux empires allemand et austro-hongrois. Il profite des hostilités pour en finir avec l’importante communauté arménienne (1,5 millions de morts). Vaincu en 1918, l’Empire est démantelé en 1919 par le traité de Sèvres. Il n'existe plus depuis cette date d'Etat musulman unifié, mais des Etats islamiques indépendants et souvent rivaux les uns des autres.


Le traité de Lausanne (1923) confirma (étrange amnésie ou volonté symbolique des puissances occidentales, devenues "laïques".?) le maintien de Constantinople-Istanbul dans la République turque…


Les derniers temps de l’Empire Ottoman ont vu les puissances occidentales profiter de son état « d’homme malade ». C’est la « colonisation ». L’Algérie, la Tunisie et le Maroc ont été occupés par la France pendant respectivement 130, 80 et 40 ans ; l’Egypte par les Britanniques pendant 50 ans… Ceux qui depuis cinq siècles campent à Constantinople nous invitent quotidiennement à battre notre coulpe pour quelques décennies de colonisation, ce que nous faisons bien volontiers. Mais si de nombreuses injustices ont certes été commises pendant cette brève période, il est en tout cas une chose que personne ne pourra venir reprocher aux « Chrétiens » : celle d’avoir tenté de convertir à leur foi les populations musulmanes des pays colonisés.


Voici donc le tableau des grands mouvements de flux et de reflux qui ont caractérisé les relations Chrétienté-Islam depuis près de 1500 ans. Il est caractérisé par un fait essentiel : la volonté constante d’expansion de l’Islam - pour qui le monde est divisé en deux parties : une « Maison de l’Islam » (Dar-el-islam) et une « Maison de la guerre » (Dar-el-harb) au détriment de la Chrétienté.


L’Occident déchristianisé et amnésique s’imagine que l’Histoire a commencé avec la Révolution française, et que la colonisation résume donc nos relations avec le monde musulman. Ce dernier, qui a la mémoire plus longue, joue à fond de cet argument culpabilisant et inhibant. De la rancune des croisades à la nostalgie de l’Espagne islamique, il n’a, lui, rien oublié. Apparemment moins disposés que les Chrétiens à l’examen de conscience et à l’autocritique, les Musulmans leur font reproche d'avoir, même temporairement, reconquis d'anciennes terres chrétiennes. Comme en leur temps les Marxistes, ils semblent considérer que l’Histoire est à sens unique, et que toute tentative d’en remonter le cours est proprement scandaleuse.


Aujourd'hui l'éclatement de la Maison de l'Islam rend impossible le retour des invasions militaires que la Chrétienté a connues de sa part pendant des siècles. Mais l'on sent bien le défi que constitue pour les Chrétiens l'afflux pacifique dans leurs pays de millions de Musulmans porteurs d'une vision qui a le mérite d'être claire.


De ce fait les propos de l’imam d’Oyonnax, il y a quelques années, pour qui la France serait un jour une république islamique, ne sont pas une maladresse ou une « bavure ». La ligne de front s’est aujourd’hui déplacée jusqu’au cœur de notre pays, de nos villes. La France est (re-)devenue Maison de la guerre, même s'il ne s'agit pas forcément d'une guerre au sens militaire. Et si l'Islam réussissait pacifiquement en Occident ce qu'il n'a pas pu y obtenir par d'autres moyens ?


Si nous devons relever ce défi en chrétiens, avec amour et espérance, nous ne devons pas en revanche nous voiler la face : quinze siècles nous éclairent sur le sens de ce que nous vivons aujourd’hui.

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Par Cyber-résistant - Publié dans : Réinformation - Communauté : Vu de droite
Samedi 12 avril 2008 6 12 /04 /2008 02:22

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Les théories conspirationnistes autour du 11 septembre
Le « 9/11 Truth Movement » en perspective

 

par Phil Mole - Traduction de Yann Kindo - Version intégrale.
Version abrégée dans SPS n° 279, novembre 2007
Article initialement paru dans la revue Skeptic (États-Unis, Vol.12, Numéro 4, 2006)


Les thèses conspirationnistes autour du 11 septembre postulent que les attentats ne seraient pas ce que l’on croit communément – une opération terroriste liée à Al-Quaeda – mais une gigantesque manipulation opérée par un secteur du complexe militaro-industriel états-unien cherchant à faire avancer ses intérêts propres. Ces thèses sont pratiquement nées en France, avec la publication en 2002 du livre très médiatisé de Thierry Meyssan, qui expliquait qu’aucun avion ne s’était écrasé sur le Pentagone. Ces thèses ont été rapidement réfutées et décrédibilisées par une contre enquête de deux journalistes de Libération, qui montraient que le « travail » de Meyssan, libre interprétation de documents trouvés sur le Net, ne répondait même pas aux critères minimaux de la démarche journalistique, tels que l’enquête de terrain visant à confronter les différents témoignages [Le Monde Diplomatique a publié un article d’un journaliste d’extrême-gauche états-unien dénonçant le ridicule de cette nouvelle variante de la théorie du complot [reposent notamment sur une sélection partiale des sources, un rapport très particulier à la preuve et une volonté de croire qui font écho aux démarches des pseudo-sciences, nos confrères états-uniens de Skeptic [Skeptic de nous avoir autorisés à traduire et reproduire ce document, ainsi que l’’intéressante iconographie qui l’accompagne.

Y. K.

À l’hôtel « Hyatt Regency O’Hare », près de Chicago, une foule de près de 400 personnes est réunie en cette agréable soirée d’été. Certains sont âgés, certains sont jeunes. Certains sont habillés de tee-shirts hippies colorés, alors que d’autres portent des chemises de soirée et des pantalons, mais la plupart d’entre eux ont l’air enjoués et amicaux. Nous attendons tous l’ouverture de la principale salle de conférence et le début de la session de la soirée, la première de tout un cycle de conférences qui s’étale sur tout le week-end. Nous patientons en jetant un œil sur les stands de matériel en vente : des exemplaires en DVD du film de Michael Moore Fahrenheit 9-11, du documentaire contre Karl Rove Bush’s brain [Wal Mart : The High Cost of Low Price.

Il n’y a là rien de particulièrement inhabituel, puisque tous ces documents sont en vente dans n’importe quelle librairie ou autre magasin près de chez vous. Mais, à ce moment, alors que les portes de la grande salle sont sur le point de s’ouvrir, un participant anxieux tente de lancer un slogan : « 9-11 was an Inside Job » [= « Les attentats du 11 septembre ont une origine intérieure aux États-Unis »]. Quelques personnes se joignent à lui, avant qu’un autre participant ne lui rétorque assez énergiquement : « Mais ça, on le sait déjà ! ».

Le week-end de conférences est la réunion à Chicago de 911truth.org, une des organisations les plus visibles à l’intérieur d’une coalition plus large connue sous le nom de « 9-11 Truth Movement », et la plupart des gens à l’intérieur de cette foule croient que le gouvernement des États-Unis a planifié et orchestré les attaques terroristes du 11 septembre 2001. L’affirmation : « On le sait déjà » résume bien l’attitude des participants à l’égard des données exposées au cours des conférences. Beaucoup d’entre eux ne semblent pas être à la recherche de nouvelles informations qui déboucheraient sur une compréhension plus exacte des événements du 11 septembre. Une personne assise près de moi l’admet : « On connaît déjà tous ces trucs ; nous sommes ici pour confirmer ce que nous savons déjà ». La conférence est un moyen pour les participants de souder leur identité de groupe, et d’essayer de diffuser leur message auprès de ceux qui, aux États-Unis et ailleurs, croient la « version officielle » des événements du 11 septembre.

En tant que personne qui ne partage pas les vues du 9/11 Truth Movement, j’ai un autre objectif. Je veux entendre leurs arguments et examiner leurs preuves, et comprendre les raisons pour lesquelles tant de personnes sympathiques et par ailleurs intelligentes sont convaincues que le gouvernement des États-Unis a planifié le meurtre de près de 3 000 de ses propres citoyens.


L’effondrement des bâtiments 1 et 2 du World Trade Center


Quand la plupart d’entre nous se remémorent les événements du 11 septembre, nous pensons à l’image de ces deux – pourtant apparemment indestructibles – tours du World Trade Center en train de s’effondrer au sol. Sans surprise, leur effondrement est aussi une question centrale pour le 9/11 Truth Movement. Une grande majorité des discussions et du matériel de propagande de l’organisation est relative à la chute des Bâtiments 1 et 2. Mais, comme ce matériel le montre, 911truth.org ne croit pas la version officielle selon laquelle les dommages décisifs infligés au WTC se sont produits lorsque deux avions détournés par des terroristes se sont écrasés sur les tours. Au lieu de cela, ils prétendent que les tours sont tombées suite à une démolition contrôlée, planifiée au préalable par le gouvernement des États-Unis.

Pourquoi pensent-ils une chose pareille ? Une raison essentielle semble être le fait que l’effondrement des tours ressemble au produit d’une démolition contrôlée. Puisqu’il n’y a pas de résistance structurelle à la gravité lors d’une démolition contrôlée, le bâtiment s’effondre directement sur ses propres bases, chaque étage venant brutalement atterrir sur celui de dessous à une vitesse approchant celle de la chute libre. De nombreux intervenants à la conférence de l’hôtel Hyatt comparaient des vidéos de l’effondrement des tours avec des vidéos de démolitions contrôlées connues, pointant les ressemblances tant au niveau de l’apparence que de la vitesse de la chute. 911truth.org affirme que si elle avait été effectivement heurtée par un avion, la structure métallique des bâtiments du WTC aurait dû fournir au moins une résistance minimale au poids des étages supérieurs, obligeant la structure en chute à culbuter d’un côté plutôt que de s’écraser tout droit vers le bas. Ils expliquent ensuite que les incendies causés par le carburant en feu provenant des avions qui s’étaient écrasés n’ont pas pu provoquer l’effondrement puisque le carburant des avions brûle à une température de 1500 degrés Fahrenheit [816 ° Celsius] [5], alors que pas moins de 2800° Fahrenheit [1538° Celsius] sont nécessaires pour faire fondre l’acier. David Heller développe cet argument dans un article diffusé à une large échelle :

« La version officielle prétend que les incendies ont affaibli les bâtiments. Le carburant des avions a soi-disant brûlé à une telle température qu’il a fait fondre les colonnes d’acier qui soutiennent le bâtiment. Mais les gratte-ciels à structure métallique ne se sont jamais effondrés du fait d’un incendie, car ils sont faits d’un acier qui ne fond pas en dessous de 2750° Fahrenheit. Aucun carburant, pas même celui d’un avion, qui est en fait du kérosène raffiné, ne produira une température supérieure à 1500° Fahrenheit. » [6]

Puisque le carburant d’un avion en combustion n’est pas assez chaud pour faire fondre l’acier, les récits selon lesquels de l’acier fondu a été trouvé à Ground Zero amènent les conspirationnistes à conclure qu’une autre substance incendiaire a dû être introduite.


Enfin, un certain nombre de leaders du mouvement affirment que des « squibs » de démolition peuvent être observés sur des vidéos de la chute du WTC juste avant et au moment où les tours commencent à tomber. Dans le jargon des professionnels de la démolition, un « squib » est un dispositif explosif utilisé pour affaiblir la structure d’un bâtiment pendant une démolition contrôlée. Plusieurs intervenants à la conférence pointaient de petites giclées de débris pulvérisés horizontalement lors de la chute, et les identifiaient comme des « squibs » mis à feu en secret pour faire tomber les bâtiments.

JPEG - 65.5 koLa zone encerclée montre les prétendus « squibs », en réalité de l’air comprimé par la chute du bâtiment.


Que penser de ces allégations ?


Tout d’abord, examinons les aspects semblables de l’effondrement des tours du World Trade Center et de l’effondrement de bâtiments détruits lors de démolitions planifiées. Dans les démolitions contrôlées, les charges explosives affaiblissent ou brisent tous les points porteurs de la structure en même temps. Par conséquent, une fois que la chute commence, toutes les parties du bâtiment sont simultanément en mouvement, en chute libre vers le sol. Pourtant, ce n’est pas du tout ce qui s’est passé lors de la chute des bâtiments du WTC. Regardez attentivement les films des chutes, et vous constaterez que les parties des bâtiments situées au dessus des points d’impact des avions commencent à tomber d’abord, alors que les parties les plus basses des bâtiments ne sont d’abord pas ébranlées. Les parties des tours situées en dessous du point d’impact ne commencent à tomber que lorsque les étages supérieurs se sont effondrés sur eux. Ce n’est pas ce à quoi l’on s’attendrait si les tours s’étaient effondrées du fait d’une démolition contrôlée, mais c’est exactement ce à quoi il faut s’attendre si l’effondrement est la conséquence des dégâts causés par l’impact des avions et par les incendies consécutifs. Un théoricien du complot pourrait répliquer que les bâtiments ont été équipés en explosifs pour commencer à tomber par le haut d’abord, mais quelles sont les chances pour que ceux qui ont planifié une démolition si compliquée soient capables de prévoir les endroits exacts où les avions viendraient heurter les tours, et donc de préparer les tours pour qu’elles commencent à s’effondrer précisément à cet endroit ?

De plus, les images de l’effondrement de la Tour Sud, ou Bâtiment 2, montrent que la tour n’est pas tombée tout droit, à la manière des chutes caractéristiques de la tour Nord et des bâtiment rasés lors d’une démolition contrôlée. Au contraire, la tour a penché dans la direction du point d’impact avant de commencer à s’écrouler vers le bas, avec la partie supérieure du bâtiment inclinée de manière à former un angle. La différence entre les deux effondrements peut s’expliquer par la manière dont chaque avion a heurté les bâtiments. Le premier avion a touché la tour Nord (Bâtiment 1) entre les 94e et 98e étages, et l’a heurté de plein fouet, s’encastrant quasiment directement jusqu’au cœur du bâtiment. Le deuxième avion a heurté la tour Sud entre les 74e et 78e étages, mais s’est encastré de biais, endommageant gravement tout le coin nord-est du bâtiment [7]. Comparée à la tour Nord, la tour Sud a subi des dommages qui étaient à la fois moins également répartis et nettement plus bas dans la structure, obligeant le point affaibli à supporter plus de poids de la partie supérieure que le point de crash correspondant sur la tour Nord. Ceci explique à la fois l’inclinaison du bâtiment lorsqu’il est tombé du côté du point affaibli, et le fait que la tour Sud soit tombée la première alors qu’elle avait été touchée après la tour Nord. Encore une fois, ce scénario prend tout son sens si les bâtiments sont tombés à cause des dommages causés par les crashs des avions, mais n’en a pas beaucoup si les bâtiments sont tombés du fait d’une démolition planifiée.

Le 9/11 Truth Movement affirme ou sous-entend souvent que l’acier à dû fondre pour que la structure s’effondre à la vitesse d’une chute libre. Alors que leurs estimations de la température de l’incendie du WTC varient, la plupart d’entre eux sont d’accord pour dire que la température a probablement atteint 1000° Fahrenheit [538° Celsius] et peut être dépassé les 1800° [982° Celsius]. Des flammes de cette températures seraient en peu en dessous des près de 2800°F [1537°C] nécessaires pour faire fondre l’acier, mais elles auraient été suffisantes pour profondément réduire l’intégrité structurelle du métal. Les meilleures estimations scientifiques nous apprennent que l’acier perd 50 % de sa résistance à 650°C et peut perdre jusqu’à 90 % de sa résistance à des températures de 980°C [La structure originale des tours du WTC a amplifié les problèmes posés par l’affaiblissement de l’acier. Les tours avaient une façade légère composée de tubes verticaux liés entre eux par une ossature légère constituée de 244 colonnes extérieures en acier ; il s’agissait donc d’un maillage comprenant 95 % de vide [Qu’en est-il de l’« acier fondu », qui selon les conspirationnistes était présent sur Ground Zero ? L’article très populaire de Steven Jones cite plusieurs sources orales évoquant de l’acier fondu coulant ou agrégé ayant été retrouvé à Ground Zero [12]. Pour beaucoup de gens, n’importe quel métal grisâtre ressemble suffisamment à de l’acier pour être appelé « acier » dans le langage courant. Pour établir effectivement que le matériau en question est de l’acier, nous avons besoin des résultats d’une analyse en laboratoire utilisant l’Absorption Atomique (AA) ou un autre test fiable. Il semble beaucoup plus probable que le métal vu par les nettoyeurs ait été de l’aluminium, un composant de la structure du WTC qui fond à une température bien plus basse que l’acier et qui lui ressemble beaucoup à première vue. Quant aux « squibs » que les conspirationnistes disent apercevoir sur les vidéos de l’effondrement du WTC, il s’agit de panaches de fumée et de débris éjectés des bâtiments par l’intense pression liée aux millions de tonnes de tours en chute (voir Figure 1). Les vidéos de l’effondrement du WTC montrent que ces panaches n’apparaissent qu’après que les tours ont commencé à tomber et leur intensité augmente au fur et à mesure de la chute – ce n’est pas le genre de scénario auquel on peut s’attendre si les panaches étaient des explosions provoquées pour faire s’effondrer les bâtiments.


L’effondrement du bâtiment 7 du WTC


« Pas si vite ! », pourrait répliquer le 9/11 Truth Movement. Comment expliquez-vous l’effondrement du Bâtiment 7 du WTC, qui n’a pas été heurté par un avion ? De nombreux conspirationnistes à propos du 11 septembre prétendent que la chute du bâtiment à à peu près 17h20, le 11 septembre, n’aurait pas pu avoir lieu si celui-ci n’avait pas été préparé pour une démolition. Les conspirationnistes partent de l’idée selon laquelle les dégâts subis par le bâtiment 7 au cours de l’attaque n’ont pas pu être suffisants pour provoquer un effondrement. Le site wtc7.net affirme que « des incendies ont été observés dans le bâtiment 7 avant son effondrement, mais ils étaient isolés dans de petites parties du bâtiment et étaient minuscules comparés à ceux des autres bâtiments. ». Ils affirment ensuite que tous les dommages causés par des débris en chute provenant des bâtiments 1 et 2 auraient dû être symétriques pour déclencher l’effondrement brutal du WTC7 [13]

Ces arguments ne font que révéler les présupposés de leurs auteurs. Tout d’abord, les incendies qui ont éclaté dans le WTC7 étaient très étendus, comme le montre la Figure 3. La raison pour laquelle cela n’est pas évident dans les exposés et les documentaires présentés par le 9/11 Truth Movement est qu’ils tendent à uniquement montrer la face Nord du bâtiment, faisant apparaître par ce biais le bâtiment comme bien moins ravagé par les flammes et structurellement endommagé qu’il ne l’était en réalité (voir Figure 4). Le pompier Richard Banaciski pointe la différence d’aspect entre les côtés Nord et Sud du bâtiment dans son propre compte-rendu :

« On nous a dit d’aller entre Greenwich et Vesey pour voir ce qui s’y passait. On y est donc allés, et sur les faces Nord et Est du bâtiment 7, on aurait dit qu’il n’y avait presque aucun dégât, mais si on regardait ensuite la face Sud, on voyait quelque chose comme un trou haut de 20 étages dans le bâtiment, avec du feu sur plusieurs d’entre eux » [Les sauveteurs à Ground Zero ont réalisé dès 15h00 le 11 septembre que les dégâts importants causés à la partie basse du WTC7 provoqueraient son effondrement, un fait qui est évoqué dans les informations télévisées du moment [Loose Change affirment que le WTC7 « s’est effondré verticalement, en un amas pratique », la vérité est que le tas de débris représentait une hauteur de 12 étages, sur 150 mètres, loin de l’«  amas pratique » décrit par les conspirationnistes [16].

Pour ceux qui croient que la chute du bâtiment 7 était due à une démolition contrôlée, certaines des « preuves » les plus significatives proviennent apparemment de la prétendue « confession » du bailleur du WTC, Larry Silverstein, selon laquelle il a autorisé la destruction de la tour. La citation en question provient d’un programme télévisé de PBS datant de septembre 2002, intitulé America Rebuilds, et dans lequel Silverstein dit :

« Je me souviens d’avoir reçu un coup de téléphone du, heu, chef des pompiers, me disant qu’ils n’étaient pas sûrs d’être capables de contenir le feu, et j’ai répondu : « Hé bien, nous avons déjà eu une si terrible perte de vies humaines, peut être que ce qu’il y a de mieux serait de le retirer [pull it] ». Et ils ont pris cette décision de retirer [pull], et nous avons regardé le bâtiment s’écrouler » [Pour les conspirationnistes comme Alex Jones sur prisonplanet.com, cette citation semble être de la dynamite, puisqu’ils interprètent l’expression « to pull it » comme étant « dans le jargon de l’industrie le terme utilisé pour l’idée de faire s’écrouler un bâtiment à l’aide d’explosifs » [18]. Silverstein semble donc dire que lui et les pompiers ont décide de détruire le bâtiment 7, et l’ont regardé s’écrouler après qu’il ait autorisé la démolition. Les conspirationnistes prolongent ainsi leur argumentation : aucun bâtiment ne pouvant être détruit si rapidement, le WTC7 a dû être préparé pour cela longtemps à l’avance.

Si l’on y regarde de plus près, cette preuve paraît-il dévastatrice ne semble pas signifier ce que croit le 9/11 Truth Movement. On est loin d’un accord unanime dans l’industrie sur le fait que l’expression « pull it » ferait toujours référence à une démolition contrôlée – des expressions plus précises comme « pull away » seraient plutôt utilisées pour désigner ce type d’opération à conduire [« Dans l’après-midi un 11 septembre, Mr Silverstein a parlé au chef des pompiers sur le site du bâtiment 7 du World Trade Center. Le chef a dit à Mr Silvertsein qu’il y avait plusieurs pompiers en train d’essayer de contenir le feu à l’intérieur du bâtiment. Mr Silverstein a exprimé l’opinion selon laquelle la chose la plus importante était de garantir la sécurité des pompiers, y compris au besoin en les évacuant hors du bâtiment.

Plus tard dans la journée, le chef a ordonné le retrait des pompiers hors du bâtiment et celui-ci s’est effondré à 17h20. Aucune vie n’a été perdue dans le bâtiment 7 du World Trade Center le 11 septembre 2001.
Comme signalé auparavant, quand Mr Silverstein a rapporté ces événements pour un documentaire télévisé, il a dit : “J’ai dit : vous savez, nous avons déjà eu une si terrible perte de vies humaines, peut être que ce qu’il y a de mieux serait de le retirer [pull it]”. Mr McQuillan a expliqué que, par « le » [it], Mr Silverstein faisait référence au groupe de pompiers qui était encore à l’intérieur du bâtiment (souligné par nous) » [La réponse de MCQuillan précise aussi que les pompiers étaient présents dans le WTC7 pour évacuer les résidents, et ont travaillé sur le site jusque tard dans l’après-midi et peu avant que l’effondrement ne se produise. Il y a en fait de nombreuses preuves montrant que les pompiers étaient présents dans et autour du WTC7, pour des missions de secours et d’évacuation, jusqu’à un moment avancé de la journée du 11 septembre. Selon le chef pompier Daniel Nigro :
« La plus importante décision d’action à entreprendre cette après-midi là était liée au fait que la chute [des tours du WTC] avait endommagé WTC7…. Il y avait de très importants incendies, sur de nombreux niveaux, et j’ai ordonné l’évacuation sur une zone suffisante pour protéger nos hommes d’équipe, de telle sorte que nous avons dû abandonner des tâches de secours qui étaient en cours à ce moment (souligné par nous) et faire reculer les gens suffisamment loin pour que si le WTC7 tombe, nous ne perdions plus de vie. Nous avons continué à agir comme nous le pouvions à cette distance, et, à peu près une heure et demie après que cet ordre eut été donné, à 17h30, le World Trade Center s’est complètement effondré » [21].

Un autre secouriste ajoute que « de terribles, vraiment terribles incendies se propageaient. Finalement, ils nous ont retirés [pulled us out] (soulignés par nous) » [22]. Les témoignages de première main à propos des opérations de secours sur le WTC7 construisent une version cohérente, et la dernière citation utilise également le mot « pull » pour décrire le retrait des pompiers des environs du bâtiment, exactement à la manière du récit de McQuillan. De fait, il y a une large concordance entre la réponse de McQuillan et les témoignages de pompiers, autour notamment des faits suivants : a) des pompiers étaient bien dans la zone du WTC7 le 11 septembre ; b) leurs actions incluaient des missions de secours et d’évacuation ; c) les pompiers sont restés aux alentours du WTC7 jusque tard dans l’après-midi du 11 septembre ; d) les pompiers ont réalisé vers 15h00 le 11 septembre que le WTC7 allait probablement s’effondrer ; et e) les pompiers se sont retirés de bâtiment peu après avoir compris cela, et ont regardé le bâtiment s’effondrer à à peu près 17h20. Malgré les objections des conspirationnistes, la « version officielle » est à la fois logique, cohérente et soutenue par des preuves.

Au contraire, la version avancée par le 9/11 Truth Movement est criblée de lacunes. Elle prétend que Larry Silverstein a fait détruire le bâtiment 7 du World Trade Center, probablement pour réclamer d’importantes sommes à sa compagnie d’assurance. Mais si tel avait été le cas, pourquoi révèlerait-il au monde son complot dans une émission de PBS ? De plus, quel lien aurait Larry Silverstein avec le gouvernement des Etats-Unis, qui, selon les conspirationnistes, a détruit les bâtiments du WTC dans le but de provoquer par la panique l’acceptation par les citoyens d’un état policier [24] ? La stratégie du gouvernement apparaît très inconstante dans la version du Truth Movement – tuer près de 3000 personnes dans la destruction des deux tours principales, tout en offrant tout un après midi aux occupants du bâtiment 7 pour pouvoir s’échapper. Nous devrions aussi remarquer que le complot du 11 septembre apparaît inutilement compliqué, puisque le bâtiment a été miné en vue d’une démolition contrôlée et pris pour cible par des avions – pourquoi ne pas avoir simplement mis en œuvre la démolition contrôlée, laissé les avions de côté et faire accuser des terroristes de leur choix ?

 

À gauche, l’image de l’immeuble WT7 souvent montrée par les partisans du 9/11Truth Movement pour prouver les faibles dommages du bâtiment. À droite, le même immeuble vu de l’autre côté et montrant les dommages structurels réels.

Il y a également le problème, que même le 9/11 Truth Movement est obligé de reconnaître, qui est que préparer un bâtiment pour une démolition contrôlée nécessite beaucoup de temps et d’efforts. Généralement, un bâtiment désigné pour une démolition est abandonné depuis un bon moment et a été partiellement vidé pour permettre aux explosifs d’être en contact serré avec la structure même du bâtiment. Mais, puisque tous les bâtiments du WTC ont été pleinement occupés jusqu’au 11 septembre, comment le gouvernement a-t-il pu trouver un accès nécessaire à la préparation des trois tours pour une démolition complète sans que personne ne remarque rien ? Imaginez ce que représente d’essayer d’installer furtivement des câbles et des bombes dans un bâtiment pendant que des milliers de gens travaillent dans les bureaux, utilisent les ascenseurs et s’activent dans les couloirs – un tel scénario est extrêmement improbable.


Le Pentagone


Beaucoup de gens dans le 9/11 Truth Movement croient que le Pentagone n’a pas été heurté par le vol 77, comme la « version officielle » le prétend. Au lieu de cela, ils croient que le gouvernement des États-Unis a d’une manière ou d’une autre organisé les destructions, peut être par l’utilisation d’une bombe ou le tir d’un missile. Cette hypothèse a d’abord attiré l’attention à travers le livre de l’auteur français Thierry Meyssan, Pentagate [L’Effroyable Imposture], qui prétend que les dommages causés au Pentagone étaient trop circonscrits pour avoir été le produit du crash d’un Boeing 757 [Loose Change prétend que le trou fait dans le Pentagone par le prétendu avion était « un trou unique, de pas plus de 16 pieds [5 mètres] de diamètre », et qu’aucun reste quelconque de l’avion n’a été retrouvé sur le site du crash [26]. Pour théâtralement soutenir cette dernière affirmation, les conspirationnistes citent le témoignage du correspondant de CNN Jamie McIntyre sur le site du crash le 11 septembre, qui affirme : « D’après mon examen du terrain, il n’y a pas d’indication d’un avion s’étant écrasé en un lieu quelconque proche du Pentagone » [27].

À la manière des arguments discutés plus hauts selon lesquels les dommages infligés au bâtiment 7 du WTC n’étaient pas suffisants pour le faire s’effondrer, les critiques relatives à la taille du trou fait par le vol 77 dans le Pentagone reposent sur un choix très sélectif de la perspective. Les conspirationnistes aiment renvoyer à des photos du Pentagone endommagé dans lesquelles le trou fait par l’avion apparaît étroit, mais aiment beaucoup moins celles dans lesquelles l’étendue complète des dégâts apparaît clairement. Certains conspirationnistes ne semblent pas non plus satisfaits de la forme du trou, qui ne correspondrait pas à celle attendue pour un crash d’avion. Mais l’idée selon laquelle l’avion aurait dû laisser dans le bâtiment une forme aisément reconnaissable est une illusion – un Boeing 757 en pleine vitesse ne laissera pas dans le bâtiment en béton une empreinte de lui-même comme un ange tombé dans la neige (contrairement à ce qui s’est passé pour les bâtiments du WTC, dont l’extérieur était largement constitué de verre, et qui ont effectivement intégré la forme de l’avion.). Et la polémique autour du fait qu’aucun reste du vol 77 n’a été retrouvé sur le site du crash est tout simplement grotesque. De nombreuses photos prises dans la zone autour du site du crash sur le Pentagone montrent clairement des débris de l’avion éparpillés. Dans un excellent article de Popular Mechanics à propos des théories du complot autour du 11 septembre, l’expert en explosions Allyn E. Kilsheimer décrit ses propres observations en tant que premier ingénieur en bâtiments à être arrivé au Pentagone après que le vol 77 se soit écrasé :
« J’ai vu les marques des ailes de l’avion sur la façade du bâtiment. J’ai ramassé des morceaux d’avion avec des identifications de la compagnie d’aviation sur eux. J’ai tenu de ma main la queue de l’avion et j’ai retrouvé la boîte noire ».

Le témoignage oculaire de Kilsheimer est soutenu par des photos de l’épave de l’avion à l’intérieur et à l‘extérieur du bâtiment. Kilsheimer ajoute : « J’ai tenu dans mes mains des morceaux des uniformes de l’équipage, avec des morceaux de corps. C’est bon, maintenant ? » [28].

Mais, s’il y a tant de preuves qu’un avion s’est écrasé sur le Pentagone, pourquoi le correspondant de CNN Jamie McIntyre rapporte-t-il qu’il n’en a trouvé aucune ? La réponse est que McIntyre n’a pas du tout dit cela, et le 9/11 Truth Movement une fois de plus manipule sélectivement les preuves pour les faire coller avec ses conclusions. Quand McIntyre a spécifié qu’aucun débris d’avion n’était visible près du Pentagone, il répondait à une question précise posée par la présentatrice de CNN Judy Anchor. Le Vol 77 s’est approché en volant très bas, et il y avait des interrogations quant au fait que l’avion ait pu toucher le sol juste avant de heurter le Pentagone. La réponse de McIntyre, quand elle est citée dans sa totalité, montre clairement qu’il était en train d’expliquer qu’il n’y avait pas de signe que l’avion avait heurté le sol avant de heurter le Pentagone, mais il ne nie absolument pas le fait que l’avion a frappé le Pentagone lui-même :

« WOODRUFF : Jamie, Aaron parlait tout à l’heure – ou l’un de nos correspondants parlait tout à l’heure – je pense – en fait c’était Bob Franken – avec un témoin qui disait qu’il semblait que le Boeing 757, l’avion de l’American, l’avion de l’American Airlines, s’est écrasé un peu avant le Pentagone. Pouvez-vous nous donner une meilleure estimation de à quel point l’avion a effectivement touché le bâtiment ?
MCINTYRE : Vous savez, cela a pu apparaître de cette manière, mais d’après mon examen du terrain, il n’y a pas d’indication d’un avion s’étant écrasé en un lieu quelconque proche du Pentagone. Le seul endroit est en fait l’endroit du bâtiment qui a été heurté (souligné par nous), et, comme je l’ai dit, les seuls morceaux visibles qui restent sont si petits que vous pouvez les ramasser avec votre main. Il n’y a pas de grands morceaux de la queue, des ailes ou du fuselage, rien de tel nulle part aux alentours, ce qui semble indiquer que l’ensemble de l’avion s’est écrasé sur le côté du Pentagone et a fait s’effondrer cette façade du bâtiment. (souligné par nous) » [29].

Remarquez que McIntyre ne remet jamais en cause le fait qu’un crash d’avion a endommagé le Pentagone, et il précise ainsi, dans une partie précédente de la retranscription faite par CNN, avoir vu plusieurs morceaux de l’engin autour du lieu du crash [Le vol 93 et autres anomalies supposées.

Le 5 avril 2006, les créateurs du documentaire conspirationniste Loose Change et leurs supporters ont décidé d’assister à la première du film United 93 [En France : Vol 93], consacré à l’avion détourné qui s’est écrasé le 11 septembre. Ils voulaient saisir cette occasion pour dénoncer de prétendus mensonges à propos de ce vol, et, selon les mots d’un participant au forum Loose Change, « mordre ces bâtards là où ça fait mal, et faire se retourner contre eux ce film sur le vol 93 [31] ». Pour beaucoup d’Américains, les passagers du Vol 93 qui ont affronté les terroristes et ont fait s’écraser l’avion avant qu’il ne puisse atteindre sa cible sont des héros, mais le 9/11 Truth Movement voit les choses différemment. Selon le théoricien du complot auquel vous vous adressez, vous apprendrez soit que le Vol 93 a atterri sans dommage, soit qu’un jet de l’armée américaine a abattu l’avion en plein vol [34]. De plus, la boîte noire du vol a enregistré la bagarre à bord avant que l’avion ne s’écrase. Les conspirationnistes se retrouvent avec une théorie non seulement sans preuve valable, mais également embrouillée. Pourquoi le même gouvernement qui a selon eux détruit le WTC aurait-il abattu le vol 93 avant qu’il ne puisse causer des dommages similaires à d’autres bâtiments ? Bien sûr, cette question présuppose une ambition de cohérence logique qui semble faire défaut au 9/11 Truth Movement.

Une autre prétendue anomalie à propos d’un vol concerne le supposé ordre de retrait donné le 11 septembre 2001 par le NORAD (North American Aerospace Defense Command) pour permettre aux avions détournés d’atteindre leur destination sans encombre. Le 9/11 Truth Movement croit que le NORAD avait la capacité de localiser et d’intercepter les avions le 11 septembre, et son échec à le faire témoigne de la conspiration gouvernementale pour permettre aux attentats de se produire. Pour étayer cette affirmation, ils prétendent que le NORAD aurait pu rapidement neutraliser les avions détournés, puisque les interceptions d’avions sont pour eux une tâche banale, avec 67 actions de ce type réalisées avant le 11 septembre [35]. De manière symptomatique, cette argumentation ne précise pas la période de temps au cours de laquelle ces interceptions ont été réalisées, ni ne nous dit si elles ont eu lieu près de grandes villes ou ailleurs, disons à des kilomètres au milieu de l’océan. Une information plus précise et plus exacte est donnée par l’article de Popular Mechanics, qui explique :
« Dans les décennies précédant le 11 septembre, le NORAD a intercepté seulement un avion civil au-dessus de l’Amérique du Nord : le jet privé du golfeur Payne Stewart, en octobre 1999. Avec les passagers et l’équipage inconscients du fait de la décompression de la cabine, le contact radio a été perdu avec l’avion, mais le contact par transpondeur a été maintenu jusqu’au crash. Mais, même ainsi, il a fallu 1 heure et 22 minutes à un F16 pour atteindre l’avion ciblé » [36].

Ce n’est pas une chose aisée et rapide que de localiser et d’intercepter un avion à la trajectoire erratique. Le personnel du NORAD doit d’abord essayer à plusieurs reprises d’établir le contact avec l’appareil pour éliminer l’hypothèse d’un problème banal, et doit ensuite contacter le personnel militaire approprié pour faire décoller rapidement des avions de combat et les diriger au bon endroit. La situation le 11 septembre était de plus compliquée par le fait que les terroristes à bord des avions détournés avaient éteint ou endommagé les radars transpondeurs. En l’absence d’un signal transpondeur permettant d’identifier les avions, chaque avion détourné n’aurait été sur les écrans du NORAD qu’un spot mouvant parmi tant d’autres, le rendant d’autant plus difficile à suivre à la trace. Ainsi, même une décision immédiate du NORAD d’intercepter l’un des avions détournés le 11 septembre aurait malgré tout nécessité un laps de temps important jusqu’à ce qu’elle soit exécutée – et ce temps n’était simplement pas disponible ce 11 septembre.

Diverses autres théories du complot se concentrent sur la supposée connaissance à l’avance par le gouvernement des attaques terroristes. Une théorie répandue suggère que le volume étonnamment élevé d’opérations de « put [Une autre théorie prétend que la FEMA [Agence Fédérale de Gestion de Urgences] est venue au World Trade Center le 10 septembre 2001, témoignant ainsi du fait que le gouvernement était au courant du désastre à venir. Cette allégation se fonde sur un témoignage de Tom Kennedy, du corps expéditionnaire du Massachusetts, qui a déclaré au présentateur de CBS Dan Rather, le 13 septembre 2001 : « Nous sommes actuellement, heu, une des premières équipes qui a été envoyée pour soutenir la ville de New York au cours de ce désastre. Nous sommes arrivés, heu, tard dans la nuit de lundi, et nous sommes entrés en action mardi matin. Et nous n’avons pas eu la possibilité avant aujourd’hui de travailler, heu, sur l’ensemble du site. [Une grande part de cet article a été consacrée aux explications données par le 9/11 Truth Movement, mais il faut remarquer que les explications qu’il ne donne pas posent tout autant problème. Je ne suis parvenu à retrouver dans aucun de leurs écrits aucune analyse sérieuse d’Al Qaeda, du terrorisme islamiste ou de l’histoire contemporaine du Moyen Orient. L’explication la plus probable de ce phénomène est que, comme la plupart de leurs compatriotes américains, une grande partie d’entre eux ne s’est jamais vraiment préoccupé du Moyen Orient avant le 11 septembre. Pourtant, il est impossible de comprendre la menace terroriste si l’on ne comprend pas comment la chute de l’empire Ottoman, la fragmentation après la deuxième Guerre Mondiale d’une grande partie du Moyen Orient en de nouvelles nations aux frontières largement arbitraires, la réaction du monde musulman à la création d’Israël, la naissance du fondamentalisme islamiste, le conflit avec et l’influence de la Russie soviétique, ainsi que la frustration face au soutien américain à Israël ont façonné l’idéologie et les ambitions de groupes comme Al Qaeda. Les groupes terroristes islamistes ont émergé dans ce contexte, et ont activement et de manière répétée pris pour cibles les intérêts américains, depuis plus de deux décennies. L’idée selon laquelle des terroristes islamistes s’en prendraient à des bâtiments états-uniens est cohérente avec des événements récents des deux dernières décennies, dont :
 une attaque par la faction radicale Hezbollah de casernes de Marines au Liban en 1983.
 le détournement de l’Achille Lauro en 1985 une attaque au camion piégé du World Trade Center en 1993, qui avait tué 6 personnes et blessé plus de mille.
 une tentative déjouée de faire exploser 12 avions se rendant des Philippines aux États-Unis en janvier 1995.
 une attaque sur les tours Khobar en Arabie Saoudite en 1996, qui a tué 19 membres du contingent états-unien et blessé une centaine d’autres.
 l’explosion en 1995 des bâtiments des ambassades états-uniennes au Kenya et en Tanzanie, qui a tué 12 Américains et 200 kenyans et tanzaniens.
 une tentative avortée de Ahmed Ressam d’attaquer l’aéroport international de Los Angeles fin 1999
 un attentat-suicide à la bombe contre le navire U.S.S. Cole le 12 octobre 2000, qui a tué 17 marins et blessé 39 autres [Par ailleurs, il est nettement établi qu’Oussama Ben Laden a de manière répétée organisé et commandité des attentats contre les Etats-Unis. Son rôle en tant que bailleur de fonds pour d’importantes organisations terroristes et en tant que leader d’Al Qaeda est lui aussi bien établi. Ben Laden a en 1996 lancé une fatwa proclamant officiellement le jihad contre les Etats-Unis, et une seconde fatwa en 1998 spécifiait que « tuer les Américains et leurs alliés, militaires ou civils, est un devoir personnel pour chaque musulman qui est en mesure de le faire, dans n’importe quel pays dans lequel il est possible de le faire » [43].

La meilleure explication des événements du 11 septembre est que c’était alors la plus récente et la plus destructrice au sein d’une série d’attaques conduites par des terroristes islamistes radicaux, qui veulent mettre un terme à ce qu’ils estiment être une politique extérieure états-unienne malfaisante. En tant que nation, nous n’étions psychologiquement et stratégiquement pas préparés à une telle attaque, du fait de notre incapacité à reconnaître le sérieux de la menace. Malheureusement, le 9/11 Truth Movement continue à détourner son regard des vrais problèmes, préférant la consolation par l’illusion à la réalité.


Conclusion : l’attrait des théories du complot


Cet article a analysé les arguments du 9/11 Truth Movement et les a trouvés déficients. Pourtant, les 400 personnes qui assistaient à la conférence et les milliers d’autres qui soutiennent leur activité trouvent ces théories convaincantes, et la raison ne réside pas forcément dans le fait qu’ils partagent une idéologie politique commune. Sur la base de mon analyse informelle de la foule présente à la conférence à l’hôtel Hyatt, j’ai constaté que les participants semblaient provenir des deux extrêmes du spectre politique. Il y avait des représentants de la droite extrême qui récusent toute forme d’autorité au gouvernement central, et des membres de la gauche radicale qui mènent infatigablement une campagne contre ce qu’ils perçoivent comme les méfaits du capitalisme et de l’impérialisme. Il faut donc revenir à une question posée au début de cet article : pourquoi tant de gens intelligents et pleins d’avenir trouvent-ils ces théories si séduisantes ?

Il y a plusieurs réponses possibles à cette question, aucune n’excluant les autres. Une des premières et des plus évidentes est la méfiance à l’égard du gouvernement américain en général, et de l’administration Bush en particulier. Cette méfiance n’est pas totalement sans fondement. Le gouvernement américain a trompé ses citoyens à propos du véritable coût humain de la guerre du Vietnam, et s’est reposé sur des tactiques militaires qui étaient moralement discutables même du point de vue des usages guerriers. Les révélations du Watergate, du scandale Iran/Contra, et d’autres petites et grandes machinations infâmantes ont considérablement érodé la confiance du public dans le gouvernement. Vous ajoutez à cela une administration qui est entrée en fonction après l’élection la plus controversée en plus d’un siècle, qui s’est mise en marge d’accords internationaux tels que le protocole de Kyoto, qui a trompé les citoyens à propos des données scientifiques relatives au réchauffement climatique et à la recherche sur les cellules souches, qui a engagé une guerre contre l’Irak sur la base d’indigents renseignements concernant des armes de destruction massive, et qui a échoué à répondre efficacement aux effets d’un cyclone en Floride, et vous avez de solides raisons d’être suspicieux [Pourtant, il faut préciser certaines choses à propos de la suspicion. D’abord, il y a l’argument philosophique élémentaire selon lequel la suspicion en elle-même ne prouve rien. – toute théorie a besoin de preuves en sa faveur pour être prise au sérieux. Deuxièmement, les erreurs faites par notre gouvernement dans le passé sont qualitativement différentes d’une décision consciente de tuer des milliers de ses propres citoyens dans le but de justifier l’oppression d’autres. Et, plus important, il y a le fait que l’essentiel de ce que nous savons des mauvaises décisions de notre gouvernement est uniquement connu du fait de la relative transparence dans laquelle notre gouvernement opère, et de la liberté de répandre et de discuter ces informations.

La complète ironie de ce dernier point m’a frappé alors que j’étais à la conférence. Voilà un groupe de près de 400 personnes réunies pour discuter ouvertement des sales coups du gouvernement des Etats-Unis, qu’ils accusent de terribles atrocités commises dans le but de faire advenir un Etat policier. Mais si l’Amérique était un Etat policier avec de si terribles secrets à protéger, les brutes au gouvernement auraient à coup sûr donné l’assaut aux salles de conférence et arrêté les leaders du mouvement. Pourtant, même les leaders du 9/11 Truth Movement que l’on entend le plus se portent toujours à merveille, et personne à la conférence ne semblait particulièrement inquiet de représailles gouvernementales. Cela semble indiquer que, à partir d’un certain point, les conspirationnistes eux-mêmes ne semblent pas réellement croire à ce qu’ils racontent.

Une autre force des théories du complot est qu’elles sont faciles à comprendre. Comme noté précédemment, la plupart des Américains ne savaient presque rien ou ne voulaient presque rien savoir du Moyen Orient jusqu’à ce que les événements du 11 septembre ne les forcent à se pencher sur la question. (L’excellent journal satirique The Onions s’est moqué de cela avec son article intitulé « Un type du coin agit comme si il s’intéressait à l’Afghanistan depuis longtemps ») [45]. Le gros avantage des théories du 9/11 Truth Movement est qu’elles ne nécessitent aucune connaissance à propos du Moyen-Orient, ou plus généralement aucune connaissance en histoire mondiale ou en politique. Cela nous amène à un autre avantage des théories du complot : elles sont curieusement réconfortantes. Des événements chaotiques et menaçants sont difficiles à appréhender, et l’attitude à adopter pour nous protéger ne s’impose pas d’elle-même. Dans les théories du complot qui se focalisent sur une cause humaine particulière, le caractère terriblement hasardeux de l’existence se moule dans un ordre compréhensible.

Le grand écrivain Thomas Pynchon a admirablement mis en lumière cet aspect des choses dans son roman L’Arc en ciel de la gravité : « S’il y a quelque chose de réconfortant –de religieux, si vous voulez – dans la paranoïa, il y a pourtant également l’anti-paranoïa, dans laquelle rien n’est reliée à rien, un état d’esprit que peu d’entre nous peuvent tenir sur la durée » [« Ils sont très certainement impliqués ». Et pourquoi pas ? En fonction du genre de preuves avancées par les conspirationnistes, il n’y a pas de raison que les Francs-Maçons, les Illuminati Bavarois et les Sages de Sion ne soient pas impliqués dans le complot autour du 11 septembre – cela dépend uniquement de ce que vous considérez comme le plus confortable à croire. Et il semble bien que certains conspirationnistes rajoutent effectivement certains de ces ingrédients à leur mélange, comme le prouve une rumeur aussi fausse que populaire selon laquelle 4 000 juifs ont mystérieusement omis de venir travailler le 11 septembre [Le réconfort est quelque chose dont nous avions tous besoin après les événements horribles du 11 septembre, et chacun de nous est susceptible de le chercher jusqu’à un certain point. Pourtant, il n’y a pas de justification morale au fait de chercher le réconfort au détriment de la vérité, tout particulièrement si la vérité est précisément ce dont nous avons le plus besoin pour éviter les erreurs du passé. La vérité est importante pour elle-même, mais elle vaut aussi en ce qu’elle est notre seule protection face aux malfaisances de ceux qui exploitent cyniquement des quêtes de vérité pour faire progresser leurs propres ambitions. C’est notre souci de vérité qui nous pousse à critiquer notre propre gouvernement quand c’est nécessaire, et à insister pour que d’autres qui prétendent faire de même respectent les mêmes critères rigoureux en termes de preuves et d’argumentation. Le 11 septembre a été un puissant rappel de à quel point la vie et la liberté humaines sont précieuses et fragiles – c’est là le plus important reproche que l’on puisse faire à ceux qui vivraient au service de l’illusion.

 

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Par Cyber-résistant - Publié dans : Réinformation - Communauté : Libre parole
Vendredi 11 avril 2008 5 11 /04 /2008 16:13

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Par Nathalie BASTIN, chercheur invité à l’ESISC

La théorie du complot ne s'est jamais aussi bien portée que depuis les attentats du 11 Septembre 2001.
Partout, mystifications, rumeurs, théories fumeuses alimentent un imaginaire en proie à tous les simplismes.

Les attaques du 9/11 ont en effet provoqué de multiples doutes et controverses tantôt purement fantaisistes, tantôt plus ou moins étayés. Pour la grande majorité des conspirationnistes, le 11 septembre 2001 serait un complot orchestré par le président George W. Bush, la CIA et les grandes compagnies pétrolières. Ils auraient planifié les attaques ou les auraient laissé se produire pour assurer l’approvisionnement américain en pétrole, s’emparer du Moyen-Orient et établir un gouvernement mondial.

Si de vrais complots peuvent, bien évidemment, exister, la théorie du complot, elle, outrepasse la logique de la preuve, se passe de la rationalité et affirme sans rien prouver. Les adeptes des théories conspirationnistes voient dans le moindre évènement des pratiques dirigées par des forces occultes et contrôlées par des entités invisibles, animées par de sombres destins clandestins : contrôler la planète, asservir ses habitants, anéantir les esprits libres. Aujourd’hui, un nombre important de théories conspirationnistes consistent à mettre en avant le fait que tout est caché, que tout le monde ment et que seule une faible propension d’individus parvient à décrypter la réalité, à débusquer le mensonge.


  • 1) Le conspirationnisme
1.1. La théorie conspirationniste

Les théories conspirationnistes ou théories du complot mettent en doute, à tort ou à raison, des pans de l’Histoire comme étant des manipulations venant de « puissances obscures » pour parvenir à leur but ultime. Ceux qui manient ces théories s’attaquent tant aux personnalités qu’aux institutions établies et administrations de premiers rangs comme les services de renseignement. Ils s’en prennent également aux églises, aux partis politiques, aux syndicats, aux associations, aux lobbies et groupes de pression de toutes sortes. Les groupes sociaux ou « ethniques », les communautés raciales ou religieuses, les puissances économiques (le « complexe militaro-industriel » aux États-Unis depuis les années cinquante) et les confréries secrètes (la franc-maçonnerie, les organisations criminelles ou mafias) peuvent aussi être incriminés. Les puissances spirituelles ou les extraterrestres et les ovnis sont également cités dans ces théories.

Le récit conspirationniste propose d’identifier publiquement, avec ses modestes moyens, les « ennemis de l’intérieur » cachés au coeur du dispositif de décision. Leur but : conscientiser en semant le doute sur la normalité apparente des évènements et « réveiller » les individus qui intègrent la version officielle sans esprit critique. « Diaboliser » autant que possible l’adversaire devient une obsession. L’opinion publique toute entière doit adhérer à leur point de vue souvent grotesque.

Toute contestation de la conspiration permet à leur auteur de se retrouver en position de force. Elle ne sert qu’à la confirmer et à lui donner l’assurance presque certaine et immédiate d’une large publicité et, par la suite, d’une multiplication d’interprétations nouvelles. Mieux encore, les opposants à ces théories divagatrices, se voient contraints de prouver le contraire. Ils se retrouvent souvent piégés car ils sont dans l’impossibilité de démontrer de manière irréfutable la normalité des évènements. Il est impossible, par exemple, de prouver que les attentats du 11 septembre 2001 devaient se produire comme ils se sont effectivement produits. A l’opposé, l’absence de contestation de ces théories légitime la présumée culpabilité de leurs adversaires et donne l’impression de manquer d’arguments. C’est l’impasse.

Cependant, il faut se garder d'amalgamer la question du conspirationnisme avec celle de la vigilance, toujours nécessaire. Cette vigilance nous permet de mettre en doute les thèses conspirationnistes et de considérer une vérité émise comme temporaire et non comme acquis.

Les théories du complot sont principalement caractérisées par quatre axiomes de base.
  • Le phénomène d’induction
Ces théories partent de faits isolés pour tenter de créer une théorie générale, une histoire plausible par inférence. Certaines assertions de la part des autorités se sont déjà avérées mensongères par le passé, dès lors, de nouveaux mensonges peuvent exister.
  • La sélection des faits
Ce qui caractérise les conspirationnistes, c’est leur fâcheuse tendance à ne retenir que les faits qui les intéressent afin de soutenir leur thèse. A défaut de pouvoir prouver de manière irréfutable la culpabilité de leur détracteur, les moindres faits sont utilisés comme finalité du raisonnement et non comme point de départ. Le moindre indice, événement ou absence d’événement, déclaration, témoignage ou fait inexpliqué est pris pour argent comptant. Tout est exploité afin de mettre en doute la version officielle.
  • La marginalisation des opposants
Les conspirationnistes laissent entendre que la version officielle des évènements n’est généralement soutenue que par les autorités elles-mêmes. Or, dans de nombreux cas, la version officielle est relayée par les analyses d’experts provenant tant du milieu privé que public. Peu importe le nombre de personnes qui soutiennent la version officielle, peu importe le nombre de vérifications, de reconstructions des évènements, d’analyses pointues, de récits, de témoins oculaires, de photographies ou de vidéos qui la confirment, les autorités sont
coupables.
  • La présentation de justifications
Les spéculations de ces prétendus « défenseurs de la vérité » ne s’appuient généralement sur aucune preuve tangible et font souvent usage d’analogies. Dans l’univers des professionnels de la dénonciation du complot, rares sont les analyses réalisées par des experts et encore plus rares celles basées sur des preuves concrètes récoltées sur le terrain.

1.2. Les exemples conspirationnistes anciens


Les thèses conspirationnistes correspondent à des cycles conjoncturels. Le XIXe, le XXe et le XXIe siècle ont vu se développer une véritable culture de l'opposition et du complot.

A partir des années 30, le Parti national-socialiste allemand utilisa abondamment les Protocoles des Sages de Sion comme propagande du Reich. Ces Protocoles, qui annoncent la domination du monde par les juifs, n'est qu'un faux fabriqué par l'Okhrana (service secret du Tsar), un pamphlet antisémite dénonçant un pseudo « complot juif mondial ». Aujourd'hui encore, ce document constitue plus que jamais le principal arsenal de l'antisémitisme contemporain, à tel point que les grands adeptes des théories conspirationnistes prétendent que le génocide juif n'a jamais eu lieu et qu'il s'agirait ni plus ni moins du plus grand complot que l'humanité ait connu. L'Holocauste? «Un mythe ». Les six millions de victimes? « Un dogme ». La Shoah? Une invention « des lobbies juifs » dont le but est d'alimenter une «shoah-business », expression très prisée chez les antisémites déclarés.

Autre exemple notoire : la paranoïa développée autour de l'assassinat de John F. Kennedy en novembre 1963. A la mort du 35ème président des États-Unis, les thèses de complots les plus diverses ont afflué en masse, avec pour commanditaires présumés le viceprésident Lyndon Johnson, Cuba, l'Union soviétique, la mafia, les anticastristes ou encore la CIA. La thèse officielle1 qui présente Lee Harvey Oswald comme tueur isolé ainsi que la façon dont l'enquête a été menée par les différentes agences gouvernementales américaines ont donné lieu à de vives critiques et à l'avènement de toute une série de théories conspirationnistes, certaines fondées sur des faits plausibles, d'autres sur des éléments complètement hallucinatoires. En 2003, 70% des Américains pensaient qu'il y avait eu complot pour assassiner le président et 68% estiment qu'il y avait eu couverture officielle en vue d'étouffer l'affaire2. Aujourd'hui, quarante-quatre ans après les faits, aucune preuve tangible de l'existence d'une conspiration n'a pu être démontrée de manière satisfaisante.

Le commun dénominateur de toutes ces théories : le Nouvel Ordre mondial. Ce projet de longue date, à partir duquel tous les événements mondiaux pourraient être expliqués, serait la mise en place d'une dictature internationale,où les peuples seraient contraints d'obéir à la loi internationale. Pour les conspirationnistes, le Nouvel Ordre mondial aurait été orchestré soit par les francs-maçons, soit par les Sages de Sion, soit par les « Illuminati » ou encore par les « Skulls and Bones ». Certains groupes très influents sont également montrés du doigt : le groupe Bilderberg, la Fondation Ditchley, le Council on Foreign Relations (CFR), la
Commission trilatérale, le PNAC, etc.

Le Nouvel Ordre mondial fut dénoncé dans les années 50 par les milieux conservateurs américains comme étant un complot animé par l'Union soviétique dans le but d'instrumentaliser les Nations unies. La chute du mur de Berlin en 1989 a signé la fin de la « guerre froide » et sonné le glas du communisme. Le 11 septembre 1990, lors d'un discours devant le Congrès américain, le président George W. Bush a repris l'expression «Le Nouvel Ordre mondial » pour décrire le nouveau degré de coopération de l'après-guerre froide : « [Il existe dans le monde] une grande idée, un nouvel ordre mondial dans lequel les diverses
nations poursuivent une cause commune afin d'atteindre les aspirations humaines universelles de l'humanité: la paix, la sécurité, la liberté et le règne du droit3
». Ce discours
a été perçu comme une révélation et a provoqué l’inquiétude dans les milieux contestataires de gauche comme de droite.

Les États-Unis, première véritable expérience démocratique moderne au monde, sont aujourd’hui considérés par de nombreux «négationnistes4 » comme un Etat dictateur où les conjurés tirent les ficelles dans l’ombre et manipulent l’ensemble des citoyens en vue de faire triompher leur idéologie diabolique. Ce « négationnisme », qui correspond aujourd’hui à un courant « anti-américain », est assez répandu dans les milieux intellectuels.

  • 2) Le 11 septembre 2001
Le 11 septembre 2001, une apocalypse de 120 minutes s’abat sur la côte est américaine. Devant des centaines de millions de téléspectateurs, dix-neuf terroristes islamistes détournent quatre avions de ligne et changent le monde à tout jamais. A 8h46, un Boeing du vol American Airlines 11 s’encastre dans la tour nord du World Trade Center à New York. Moins de vingt minutes plus tard, un autre Boeing du vol United Airlines 175 percute la tour sud du World Trade Center. Le président George W. Bush, en visite dans une école en Floride, est informé des événements meurtriers.

La tragédie se poursuit. A 9h38, un troisième avion, le vol American Airlines 77, s’écrase sur
le Pentagone, siège du ministère de la Défense américain, à Washington DC. En réaction, le
président américain ordonne d’abattre tout avion suspect et rejoint la capitale américaine à
bord d’Air Force One.

A 10h00, la tour sud du World Trade Center s’effondre en produisant un effet de panique générale sur les New-yorkais. Trois minutes plus tard, un dernier avion s’écrase à Shanksville en Pennsylvanie, suite à l'intervention des passagers contre le commando terroriste. Leur cible présumée : Washington DC, peut-être même la Maison-Blanche. Peu après, à 10h29, la tour nord du World Trade Center s’effondre en créant, elle aussi, un gigantesque nuage de poussière. A 17h20, l’immeuble 7 du World Trade Center s’écroule à son tour. Dans la soirée, le président américain s’adresse à la nation et annonce l’engagement des États-Unis dans la guerre contre le terrorisme.

Le bilan des pertes humaines est lourd. Près de 3 000 personnes, de plus de 80 nationalités différentes, ont disparu au cours de cette tragique journée : 2 595 victimes au World Trade Center, 125 au Pentagone et 266 passagers dans les quatre avions détournés. On dénombre également 24 disparus, plusieurs milliers de personnes blessées et des milliers d’autres, notamment parmi les sauveteurs, atteintes de maladies induites par l’inhalation de poussières toxiques.

  • 3) Les versions divergentes 9/11
3.1. La version officielle

La version officielle des faits, publiée le 22 juillet 2004 dans le Rapport final de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les Etats-Unis, rend des fondamentalistes islamiques du Moyen-Orient, membres du réseau Al-Qaïda et en particulier leur chef Oussama Ben Laden, responsables des attentats meurtriers du 11 septembre 2001.


Cette Commission a été mise en place quatorze mois après le drame, en grande partie suite aux pressions exercées par les familles des victimes. Deux millions et demi de documents, pour la plupart classés « secret-défense », ont été consultés et plus de 1 200 personnes, dans dix pays, ont été interrogées devant cette assemblée, y compris l’ex-Secrétaire à la Défense, Condoleezza Rice. Le président George Bush et son vice-président Dick Cheney sont, quant à eux, auditionnés dans le bureau ovale de la Maison-Blanche.

3.2. La versions des sceptiques

D’autres versions plus « sceptiques » des évènements soulèvent des doutes alors que d’autres ciblent directement l’administration Bush en la qualifiant de « conspiration des néoconservateurs contre la population des États-Unis et le reste du monde ». Pour beaucoup d’Américains, l’intention de la Commission, présidée par l’ancien gouverneur du New Jersey Thomas Kean, n’a jamais été de soumettre la vérité au grand publique mais bien de protéger la version officielle des faits.

Webster G. Tarpley, historien et journaliste américain, présente deux catégories du complot intérieur. La première est la thèse « LIHOP » (« Let It Happen On Purpose5 ») : le gouvernement a laissé se produire les attentats et avait donc une connaissance préalable de ce qui se préparait. La deuxième est la thèse « MIHOP » (« Make It Happen On purpose6 ») : le gouvernement a lui-même organisé et provoqué les actions terroristes sur son territoire.

La thèse du complot extérieur donne également lieu à de multiples interprétations. Pour Robert Goldberg, auteur du livre Enemies Within : The Culture of Conspiracy in Modern America7, une des théories veut que le complot ait été orchestré par des juifs, que le Mossad ait infiltré Al-Qaïda et que 4 000 juifs ne se soient pas rendus au travail ce jour-là. Une autre théorie affirme qu'on a vu le visage de Satan dans la fumée des tours et que les attentats viseraient à l’instauration d’un Nouvel Ordre mondial. La troisième grande théorie –moins folklorique –accuse le complexe militaro-industriel et les pétroliers.

Six ans plus tard, on ne peut le nier, le dossier 9/11 contient encore des détails troublants qui ne cadrent pas toujours avec le déroulement supposé des évènements. A cela s’ajoute le manque de transparence du gouvernement américain, ce qui permet aux esprits critiques d’être en éveil et de se poser des questions. Mais, doit-on pour autant tomber dans le conspirationnisme et attribuer la responsabilité de ces attentats ipso facto au gouvernement américain ? C’est pourtant ce que voudraient nous faire croire les nombreuses thèses alternatives qui circulent aujourd’hui, souvent trop simplistes et réductrices des faits. Pourquoi aurions-nous confiance en ces thèses ? Si la version officielle présente des failles, pourquoi les versions alternatives n’en présenteraient-elles pas moins ?

  • 4) Les leitmotivs des conspirationnistes 9/11
Bien qu’il soit difficile de déterminer avec exactitude les motifs des conspirationnistes, il est
possible d’émettre quelques hypothèses.

Une des motivations personnelles peut être tout simplement l’attrait financier. Éditer
un livre avec un titre choc et de « belles » photographies, réaliser un film ou un documentaire
à contre-courant fait vendre. Le « documentaire » de Michael Moore, Fahrenheit 911, qui se
penche sur les évènements du 11/9 et sur la manière dont GeorgeW. Bush se serait servi de


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cette tragédie dans son propre intérêt, est un bon exemple. Ce documentaire a récolté 156 millions de dollars de recettes à travers le monde, et on estime que la vente de DVD et VHS a rapporté 5,4 millions de dollars lors de la première semaine de diffusion. Ces profits, combinés à la reconnaissance internationale et à la gloire, peuvent expliquer, en grande partie, les prises de positions controversées et la création de théories conspirationnistes. L’intérêt général du public pour la suspicion, l’extraordinaire, l’étrange devient alors une motivation pour les conspirateurs désireux de reconnaissance et de renommée.

D’autres conspirationnistes aimeraient qu’on les considère comme des critiques altruistes. Leur objectif : faire passer leur théorie en tant que critique nécessaire et constructive du pouvoir en place, avec pour unique ambition de réveiller les milliers d'Américains hypnotisés par certains médias vendus corps et âmes à la Maison-Blanche. La difficulté, pour tout un chacun, est de discerner ces thèses conspirationnistes des véritables critiques constructives et scientifiquement fondées.

Les théories du complot émergent quelques fois de la paranoïa de certains individus ou groupes d’individus. Dans ce cas, leurs versions révèlent leurs craintes, leurs peurs et leurs angoisses. L’objectif n’est plus de servir la communauté mais de se rassurer en exprimant ses inquiétudes. Rassembler une communauté pour affronter une peur commune crée indubitablement un sentiment de réconfort.

La fantaisie du complot est une manière de rejeter la réalité et ce qui l’entoure : l’Histoire, la complexité du monde, le hasard, les analyses pointues. Les conspirationnistes veulent nous faire croire que tout notre système démocratique n’est que supercherie, que tous les hommes politiques sont manipulés par les véritables « maîtres du monde » et que le terrorisme n’est pas celui qu’on croit. Ben Laden et les 19 islamistes qui ont fait près de 3000 victimes le 11 septembre n’existent pas, ils seraient une pure invention du gouvernement américain. D’une certaine manière, les conspirationnistes remettent en question l’intelligence de la population : les véritables coupables se trouvent sous nos yeux mais nous échappent
mais nous ne sommes pas assez subtiles pour le comprendre !

De telles théories ne laissent pas sans conséquences. Derrière elles, se dessinent des idéologies bien connues du grand public : l’anti-américanisme primaire et l’antisémitisme. L’idée circule que derrière la politique américaine se trouve le véritable « tireur de ficelles » : Israël et le « complot juif mondial » pour le contrôle du monde. Dans le monde arabe, et même dans certains milieux américains, une véritable diabolisation des Protocoles des Sages de Sion s’est s’opérée sous de multiples noms : lobby juif, lobby sioniste, les sionistes et leurs alliés, le lobby pro-israélien, le sionisme mondial, le pouvoir juif, etc.
Pour Pierre-André Taguieff, historien, politologue et historien des idées : « Porté par la vague islamiste autant que par la propagande « antisioniste », l’une et l’autre mondialisée, le mythe du complot juif mondial est devenu crédible pour des centaines de millions de Musulmans. Et son vecteur privilégié, les Protocoles, est entré dans une nouvelle étape de sa carrière internationale. Les attentats anti-américains du 11 septembre 2001, bien qu’ils aient été revendiqués par les dirigeants d’Al-Qaïda, sont dénoncés par divers milieux, aux États-Unis même, comme le produit d’un complot «juif » ou « sioniste8. »

  • 5) Le succès du conspirationnisme 9/11
Six ans après les attentats du 11 septembre 2001, le mouvement conspirationniste a considérablement pris de l’ampleur sous le nom de conspiracy theories. Son vecteur essentiel est indéniablement Internet. Moyen de communication mais aussi moyen d’échange d’informations, le net est aussi un «espace » où l’on peut s’exprimer librement et écrire ce que l’on veut. Les conspirationnistes l’ont bien compris et en tirent profit. Ces dernières années, de nombreux blogs et sites Internet se sont ouverts sur la toile et certains
d’entre eux connaissent une grande audience.

5.1. Les principaux sites anglophones


L’un des sites les plus intéressants sur le sujet est Complete 911 Timeline (« La Chronologie complète du 11 septembre »), créé par Paul Thompson. Peu satisfait de la version officielle diffusée par les grands médias américains, il est devenu une sorte de journaliste citoyen. Son site rassemble des milliers d’articles et de reportages enterrés, oubliés ou passé inaperçus ainsi que des conférences de presse gouvernementales peu diffusées. Présenté dans un ordre chronologique, ce travail est à l’heure actuelle considéré
comme une source de valeur pour tous ceux qui sont en quête de la vérité.

La principale organisation nationale américaine, 911truth.org, qui a pour mission d’exister jusqu’à ce que la dernière questionrelative au 9/11 obtienne sa réponse, remet en doute la version officielle. Elle estime que le gouvernement américain a probablement orchestré ces attentats afin de justifier l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak ainsi que la restriction des libertés civiles par l’introduction du Patriot Act9.

Une autre importante organisation présente sur Internet, les Scholars for 9/11 Truth, rassemble près de 200 experts et scientifiques (physiciens, ingénieurs, économistes, historiens, psychologues, etc.) afin de se donner une dimension universitaire. Ces chercheurs se basent sur les principes de la physique, de l’ingénierie et du raisonnement scientifique en général.

5.2. Les principaux sites francophones


Le site reopen911.info présente de nombreux articles et répertorie des vidéos provenant principalement des États-Unis comme « 911mysteries » où l’on aborde l’affaissement des tours jumelles comme une simple question de physique : « Comment 110 étages ont-ils pu s’effondrer en 10 secondes sans l'intervention d'explosifs ou d'un matériel spécial pour faire fondre rapidement le métal ? »

Le Réseau Voltaire, fondé en 1994, a pris de l’ampleur lorsqu’ila exposé sa théorie du complot au sujet des attentats du 11 septembre 2001. Cette association internationale, présidée par Thierry Meyssan, fédère des agences de presse et des médias non-alignés en Europe, en Amérique latine et dans le monde arabe. A force de vouloir prouver la culpabilité du gouvernement américain dans les attentats du 11/9, ce réseau est parvenu à fournir des arguments aux extrémistes, voire aux terroristes.

  • 6) Les conspirationnistes 9/11
Ceux qui sont réellement convaincus de la solidité des thèses conspirationnistes sont aujourd’hui très nombreux et surtout très actifs. Le nombre d’affiliés croît en permanence et les « forces militantes » se développent avec les années. Tous essaient de présenter le 11 septembre 2001 non pas comme la plus incroyable attaque du monde moderne, mais comme le plus grand complot que l’Histoire ait connu.

6.1. Les conspirationnistes américains

Aux États-Unis, les conspirationnistes sont particulièrement nombreux et issus, en grande partie, de milieux universitaires. L’un des plus fervents adeptes de la théorie du complot est David Ray Griffin, ancien professeur de philosophie et de religion à Claremont en Californie. Son dernier ouvrage, Le Nouveau Pearl Harbor, très astucieusement sous-titré 11 septembre : questions gênantes à l’administration Bush10, remet en question les faits relatifs à cette tragique journée. L’auteur reprend des déclarations contradictoires de membres de l'administration Bush, des articles de presse et des travaux de chercheurs et conclut que la
version officielle est une diversion qui empêche la recherche de la vérité.

Une autre figure emblématique du mouvement conspirationniste est Webster G. Tarpley, journaliste et historien spécialisé dans le terrorisme après la Seconde Guerre mondiale. Selon l’auteur de La Terreur fabriquée : made in USA11, les tours du World Trade Center ont été détruites par des explosifs et non par des avions. Par ailleurs, ce n’est pas un avion qui s’est écrasé sur le Pentagone mais un missile de croisière (des centaines témoins ont vu l'avion s'abattre sur le bâtiment). Il n’apporte aucune preuve pour étayer sa thèse.

Webster G. Tarpley a été, dans les années 1990, un collaborateur de Lyndon LaRouche, autre grand nom du mouvement conspirationniste 9/11. Homme politique et économiste américain, c’est aussi un extrémiste connu pour ses idées néo-fascistes, pour ses théories du complot anti-juives et pour son amitié avec certains dirigeants du Ku-Klux-Klan et du mouvement terroriste palestinien. Lyndon LaRouche, pour qui le 11 septembre 2001 est une « opération clandestine domestique », ne s’est pas contenté de dénoncer le coup d’État mais prétend également en avoir découvert les inspirateurs dont feraient notamment partie Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller du président Jimmy Carter pour les affaires de sécurité nationale, et Samuel Huntington, auteur de l’ouvrage Le Choc des civilisations12. Sa théorie va plus loin : l’ultime responsable est le régime israélien, suffisamment fourbe pour avoir « choisi de désigner » Oussama Ben Laden comme bouc émissaire.

Aux États-Unis, le nombre de conspirationnistes est en expansion. Pratiquement tous se rejoignent dans l’idée que les attentats du 11 septembre 2001 sont le fruit d’un complot intérieur. On retrouve des noms tels que Nafeez Mossadeq Ahmed et son livre La guerre contre la vérité. 11 septembre, désinformation et anatomie du terrorisme13 ou encore Victor Thorn avec Le procès du 11 septembre14.

6.2. Les autres conspirationnistes

De l’autre côté de l’Atlantique, on retrouve également un grand nombre de conspirationnistes dont Thierry Meyssan. Cet écrivain français, auteur du best-seller international L’Effroyable Imposture15, traduit en vingt-sept langues, entend démontrer qu’aucun avion ne s’est jamais abattu sur le Pentagone le 11 septembre 2001. Le monde entier se laisse berner par un gouvernement américain omnipotent et diabolique avec des services secrets très bien organisés et capables de commanditer un attentat contre leurs propres citoyens.


La thèse de Thierry Meyssan s’inscrit dans un processus de désinformation, de fabrication de rumeurs et d'utilisation des médias. Il réécrit l’Histoire en travestissant la réalité et en tirant profit des lacunes des adversaires qu’il s’est désignés. Conséquences : en juillet 2005, le Département d’État américain a qualifié Thierry Meyssan et le Réseau Voltaire comme les principales sources de désinformation anti-américaine dans le monde16.

En novembre 2005, le Réseau Voltaire a organisé à Bruxelles une conférence internationale intitulée Axis for Peace17, regroupant environ 150 personnes, issues de 37 pays (intellectuels, politiciens, diplomates, militaires). Parmi les nombreuses personnalités venues dénoncer la responsabilité directe du pouvoir américain dans l’organisation des attentats figuraient Helga Zepp-LaRouche, la femme du très controversé Lyndon LaRouche, militante politique allemande et fondatrice de l’Institut Schiller18 ; Jacques Cheminade, homme politique français, président du « parti » Solidarité et Progrès et présenté comme l’ami de Lyndon LaRouche ; l’humoriste français Dieudonné, vivement condamné sur un plan intellectuel et boycotté en France suite à ses propos antisémites ; le général russe Leonid Ivashov, actuellement le vice-président de l'Académie russe des problèmes géopolitiques ; Michel Collon, journaliste et écrivain belge d’extrême gauche ; le prince syrien Issa El Ayoubi, journaliste spécialisé dans les relations euro-arabes, directeur de publication d’Intelligencia et vice-président du Réseau Voltaire.

  • 7) Les éléments contestés du 9/11
7.1. L’attaque sur le Pentagone

Pour Thierry Meyssan, ce n’est pas le vol 77 d’American Airlines qui a percuté la façade ouest du Pentagone mais un missile tiré par le gouvernement américain lui-même. Preuves avancées : aucune carcasse de l’avion n’a été retrouvée sur les lieux et aucune photographie du crash n’a été montrée. Pour Thierry Meyssan, c’est clair, c’est un coup monté.

Quelques heures après la tragédie, les chaînes de télévision CNN et Skynews divulguaient pourtant le témoignage d’une douzaine de témoins, n’appartenant pasau personnel du Pentagone, attestant avoir vu un avion descendre très bas aux abords du siège du ministère de la Défense. De plus, la boîte noire, des morceaux de fuselage et un siège du cockpit ont été retrouvés sur les lieux. La version officielle a identifié 184 des 189 personnes tuées, dont 63 des 64 passagers de l’avion, y compris les 5 pirates de l’air. Selon un expert scientifique cité dans le quotidien français Le Monde du 21 mars 2002 : « L'impact s'est produit avec une extrême énergie, provoquant la pulvérisation de l'appareil et un embrasement immédiat. À la différence des voitures, les avions sont surtout composés d'aluminium, qui rentre en fusion vers 600°C, et les structures de l'appareil ont pu fondre19. »

Peu importent les témoignages des personnes présentes sur les lieux, les déclarations d’experts en aéronautique, les études réalisées, Thierry Meyssan ne veut rien entendre. Les autorités américaines ont ni plus ni moins réduit en poussière une partie de leur propre quartier général !


7.2. L’affaissement des tours jumelles

Les deux tours jumelles du World Trade à New York auraient volontairement subi une destruction contrôlée par le gouvernement américain à l'aide de charges explosives placées avant le 11 septembre 2001.

La rapidité de l’effondrement des édifices, les témoignages de personnes interrogées ayant entendu des explosions, la pulvérisation du béton dans les airs et les nuages de poussière confirment, selon les conspirationnistes, que les tours ont été détruites par des explosifs.

Selon la version officielle, l’effondrement estdû à un incendie alimenté pendant plusieurs heures par des réserves de fioul. Des centaines d’experts ont produit des analyses et ont conclu que l'énergie dégagée lors des impacts des deux avions sur la structure des tours n'était en effet pas suffisante pour provoquer leur effondrement. Par contre, la chute de la partie supérieure, écrasant successivement les niveaux inférieurs tout en prenant rapidement de la vitesse et accumulant de plus en plus d'énergie, a favorisé la destruction des tours.

7.3. L’affaissement de la tour 7

La tour 7, édifice voisin des Twin Tower, s’est aussi écroulée le 11 septembre, sept heures après les attaques terroristes. La question qui démange les conspirationnistes est: « Pourquoi cette tour de 47 étages s’est-elle effondrée de façon si nette alors qu’aucun avion ne l’a heurtée et qu’elle n’a subi que des dommages superficiels? ». Elle aurait été la cible du gouvernement américain et ce dernier y aurait placé, quelques jours avant le drame, tout comme dans les tours jumelles, des explosifs. De plus, le bâtiment 7 hébergeait, entre autres, la CIA, l’US Secret Service, le maire de New York, Rudolph Giuliani, et quelques milliers de dossiers sur des investigations menées à Wall Street. Pour les conspirationnistes, les preuves
devaient disparaître.

La version officielle veut que l’effondrement soit dû à un incendie alimenté pendant plusieurs heures par des réserves d’essence. Cette version des faits a été confirmée par de nombreux experts.

7.4. Le vol 93 abattu


Pour les conspirationnistes, un avion qui s’écrase produit toujours de nombreux débris.Or, personne n'a jamais vu la moindre carcasse du vol 93. Pour beaucoup, l’avion a été détruit par un missile tiré par un chasseur F16. Autre indice important : les appels émis par les passagers à leurs proches. Il s’agirait tout simplement d’un canular car il est impossible de passer des coups de téléphone à une telle altitude.

La version officielle, reprise par les grands médias, affirme que le vol 93 s’est écrasé en Pennsylvanie et non sur Washington DC grâce à la résistance de ses passagers au commando terroriste. De nombreux témoins ont vu l’avion piquer du nez et chuter en créant un cratère de 10 mètres de profondeur. D’innombrables débris d’avion ont été retrouvés sur une très grande distance (de 3 à 12 km) de la zone d'impact et des dizaines d’appels peuvent témoigner de l’angoisse des passagers avant de mourir.

  • 7) Conclusion
Depuis le 11 septembre 2001, les théories conspirationnistes ont pris de l’ampleuret les moyens déployés sont importants : sites Internet, blogs, conférences, meetings, livres, documentaires, manifestations, etc. Ce qui frappe le plus, ce sont les conspirationnistes euxmêmes. Une très grande partie d’entre eux sont issus des milieuxuniversitaires où, a priori, des réflexions réfléchies et posées sont élaborées. Motivations financières ? Envie de gloire ou de reconnaissance ? Paranoïa ? Refus de la réalité ? Ou, simplement une haine débordante envers l’administration américaine et Israël, l’un de ses plus grands alliés en politique étrangère ?

Les théories conspirationnistes sont réellement dangereuses car elles ne se basent sur aucun raisonnement tangible. La plupart des « preuves » avancées ont pour point de départ les moindres petites failles ou incohérences dans le déroulement supposé des évènements. Peu importent les vérifications ou les témoignages, tout est un coup monté. Les conspirationnistes ne doutent pas, ils affirment !

Le gouvernement américain n’est pas toujours avide de transparence, certes. Mais quant à lui faire endosser la responsabilité du meurtre de près de trois milliers de ses citoyens, la divagation va trop loin. L’amplification considérable des théories conspirationnistes et des personnes qui y adhèrent représente un réel danger pour la communauté. L’existence du révisionnisme post 9/11 est une réalité. L’esprit critique en est une autre.


----------------------------------------
1 La thèse officielle du meurtre de John F. Kennedy a été présentée par la Commission Warren, mise
en place suite au décret présidentiel de Lyndon Johnson le 29 novembre 1963. Cette Commission a eu
pour mission d'établir les circonstances de l'assassinat de JFK le 22 novembre 1963 à Dallas au Texas.
2 ABC News Poll: Who Kill JKK -11/09/2003, John F. Kennedy's Assassination Leave a Legacy of
Suspicion.
3 Discours du 29 janvier 1991 sur l'état de l'Union, cité par Alasdair Spark, « New world order », art.
cité, p.536.
4 Le « négationnisme » est le discours qui consiste à contester ou nier la réalité du génocide des juifs
perpétré par les Nazis et leurs complices pendant la Seconde Guerre mondiale. Les négationnistes se
sont auto-désignés sous le vocable de « révisionnistes » pour être associés à une démarche historique
ou politique classique, le « révisionnisme ».

5 Webster G. Tarpley, La terreur fabriquée, Made in USA, Paris, Éditions Demi-Lune, 2006, p.58.
Titre original : 9/11 Synthetic Terror, Made in USA, USA, Progressive Press, 2007 (4th Edition).
6 Webster G. Tarpley, op.cit., p.59.
7 Robert A. Goldberg, Enemies Within: The Culture of Conspiracy in Modern America. New Haven,
Yale University Press, 2001.
8 Pierre-André Taguieff, L’imaginaire du complot mondial, Aspects d’un mythe moderne, Paris,
Éditions Mille et Une nuits, 2006, p.179.
9 Le Patriot Act est une loi américaine, votée par le Congrès des États-Unis le 26 octobre 2001. Cette
loi, signée par George W. Bush, renforce le pouvoir des différentes agences gouvernementales du pays:
FBI, CIA, NSA et l’armée.
10 Paris, Editions Demi-Lune, 2006. Titre original : The New Pearl Harbor Disturbing Questions
about the Bush Administration and 9/11, Northampton, Olive Branch Press, 2004.
11 Webster G. Tarpley, La terreur fabriquée, Made in USA, Paris, Éditions Demi-Lune, 2006. Titre
original : 9/11 Synthetic Terror, Made in USA, Progressive Press, 2005 & 2006.
12 Paris, Odile Jacob, 2000. Titre original : The Clash of Civilizations and the Remaking of World
Order, 1993.
13 Editions Demi-Lune, 2006. Titre original : The War on Truth 9/11, Disinformation and the
Anatomy of Terrorism, Northampton, Olive Branch Press, 2005.
14 Editions Demi-Lune, 2006. Titre original : 9/11 on Trial, the World Trade Center Collapse, Sisyphus
Press, 2005.
15 Editions Carnot, 2002.
16 Identifying Misinformation - Did a Plane Hit the Pentagon?, United States Information Agency,
2005.
17 Axis for Peace, 2005.
18 Schiller Institute , Helga Zepp-Larouche.
19 Le Monde : « Un avion a bel et bien frappé le Pentagone », 21 mars 2002.


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