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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 18:26

AGORISME

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Chapitre 2 – Notre objectif: l’agorisme

Le principe de base menant un libertarien de l’étatisme jusqu’à la société libre est le même que celui que les fondateurs du Libertarianisme ont utilisé pour établir la théorie elle-même. Ce principe, c’est la cohérence. Par conséquent, l’application cohérente de la théorie du Libertarianisme à chaque action de l’individu libertarien crée la société libertarienne.

Beaucoup de penseurs ont exprimé le besoin de cohérence entre les moyens et les fins, et tous n’étaient pas libertariens. Ironiquement, beaucoup d’étatistes ont dénoncé l’incohérence entre des objectifs respectables et des moyens hors-de-propos ; et pourtant quand leurs objectifs de plus de pouvoir et plus d’oppression ont été identifiés, leurs moyens se sont révélés très cohérents. Cela fait partie de la mythologie étatique, de mentir sur la nécessité de la cohérence entre les moyens et les fins ; il est donc essentiel pour les libertariens de dénoncer ces incohérences. Beaucoup de théoriciens y ont admirablement réussi ; mais en chemin nous avons oublié de décrire la cohérence entre les fins et les moyens des libertariens. [1]

Ce principe peut aussi servir à déterminer si ce manifeste est correct. Si ce test de cohérence échoue, alors tout ce qui s’y rapporte est absurde ; en fait, sans cohérence le langage n’est que baragouinage et l’existence est un mensonge. C’est un point extrêmement crucial. Si une incohérence est découverte dans ces pages, alors c’est la correction de cette incohérence qui constitue le vrai Néo-Libertarianisme, et non ce qui a produit cette incohérence. Le Néo-Libertarianisme (agorisme) ne peut être discrédité à moins que la Liberté ou la Réalité elles-mêmes ne soient discrédités: seule une formulation erronée du Néo-Libertarianisme peut être incohérente.

Commençons par définir notre but. A quoi ressemble une société libre, ou du moins une société aussi libre que l’on puisse concevoir d’après notre entendement présent ? [2]

Sans aucun doute, la société la plus libre envisagée à ce jour est celle décrite par Robert LeFevre. Toutes les relations entre les individus y sont des échanges volontaires – un marché libre. Personne ne blesse personne ni ne spolie personne, d’aucune façon.

Bien sûr, cela nécessite d’éliminer bien plus que l’étatisme des esprits individuels, pour établir une telle société. Le plus gros risque d’une telle société est son absence de mécanisme correctif. [3] Tout ce qu’il faut, alors, c’est une poignée de pratiquants de la coercition profitant de leur butin en compagnie suffisamment nombreuse pour s’établir et continuer – et alors la liberté est morte. Même si tout le monde vit libre, une seule « bouchée de cette pomme », un seul échec, une seule régression, par la lecture de l’Histoire humaine passée ou simplement en redécouvrant le mal par accident, et cette société parfaite sera asservie.

L’option juste en dessous de la société parfaitement libre, c’est la société libertarienne. Le prix de la liberté, c’est la vigilance éternelle (Thomas Jefferson) et il serait possible d’avoir des gens, sur le marché, prêts à empêcher tout agression sporadique. Ou alors un grand nombre de gens pourrait conserver le savoir et l’attitude nécessaire pour se défendre, afin d’empêcher les attaques aléatoires (sachant le l’agresseur ne pourrait pas savoir à l’avance si sa proie est capable de se défendre), et ainsi d’éliminer toute rentabilité de l’agression.

Même ainsi, il reste deux problèmes très compliqués dans cette « Anarchie avec autodéfense spontanée ». Premièrement, il y a le problème de défendre ceux qui sont manifestement incapables de se défendre. Une technologie assez avancée réduit ce problème de sorte qu’il ne reste plus que les paraplégiques, les très jeunes enfants, les comateux et les attardés dans cette catégorie, mais ceux-ci nécessitent déjà une surveillance constante de toute façon. Puis il y a ceux qui se sont sans défense pendant un bref instant, et les cas encore plus rares de ceux qui sont débordés par des agresseurs testant leurs capacités contre une proie qu’ils espèrent plus faible (c’est très rare car une situation de ce genre a un retour sur investissement ridicule en regard des risques).

Ceux qui ne devraient pas être, et n’ont pas besoin, d’être défendus sont ceux qui choisissent de ne pas se défendre: les pacifistes. LeFevre et ses disciples n’auraient jamais rien à craindre d’un libertarien, même si celui-ci utilise pour se défendre des méthodes qu’eux trouvent répugnantes. (Ils pourraient par exemple porter un badge en forme de colombe, pour indiquer clairement leurs convictions ?)

Ce qui est encore plus important, c’est quoi faire d’un agresseur après s’être défendu. Le cas où quelqu’un s’empare de la propriété d’un autre sans que celui-ci soit là pour défendre ses droits vient spontanément à l’esprit. Et enfin, bien que ce ne soit qu’un cas particulier de la situation précédente, il y a la possibilité d’arnaque, de fraude et autres formes de violations de contrat. [4]

Ces situations pourraient être réglées par la méthode primitive et barbare d’un « duel à l’arme à feu », ou de manière civilisée – c’est-à-dire, par l’intervention d’un tiers impartial. C’est le problème fondamental de la société. [5]

Toute tentative pour imposer une solution contre l’avis des personnes concernées viole le principe libertarien. Par conséquent un « duel » qui ne risque pas de blesser une tierce personne est une solution acceptable – mais elle n’est ni idéale ni civilisée, sauf peut-être de l’avis de quelques passionés.

La solution alternative requiert donc un juge, un « témoin impartial » ou un arbitre. Une fois qu’un tel arbitre ou juge a donné son avis sur la dispute ou l’agression, un mécanisme d’application est nécessaire. (Les pacifistes peuvent aussi choisir l’arbitrage sans application.)

Le système suivant a été proposé par Murray Rothbard, Linda et Morris Tannehill, et d’autres ; il n’est pas forcément définitif ni ultime, et peut être amélioré par les avancées sur la théorie libertarienne et la technologie (comme cet auteur l’a déjà fait). Actuellement, il semble optimal et est présenté ici comme modèle fonctionnel de départ.

D’abord, à l’exception de tous ceux qui ne souhaitent pas participer, chacun s’assure contre l’agression et le vol. On peut même assurer sa vie pour le montant que l’on estime qu’elle vaut, pour les cas de meurtres (ou d’homicide involontaire) ce qui peut aller de, par exemple, saisir la vie du meutrier pour (si c’est technologiquement faisable) utiliser ses organes transplantables afin de rendre la vie à la victime, jusqu’à une indemnité payable à ceux qui poursuivront l’oeuvre de sa vie. Ce qui est crucial ici est que la victime décide de la valeur de sa vie, de son corps et de ses biens avant l’agression. (Tout ce qui est remplaçable pourra être racheté au prix du marché, voir plus bas.)

Imaginons que A découvre qu’un de ses biens a disparu, et le signale à son assureur IA. IA va, par exemple au moyen de sa division d’enquête, ou en mandatant un détective privé D, enquêter sur cette disparition (exactement comme le ferait la Police étatique). En parallèle, IA remplace à ses frais le bien manquant pour minimiser l’effet de la perte sur A (les assureurs auto proposent déjà des véhicules de remplacement de nos jours). [6] Si D échoue à retrouver le bien manquant, la perte de A et son rachat sont couverts par les primes d’assurance. Notez que IA a intérêt à retrouver le maximum de biens volés ou perdus pour maximiser sa rentabilité. (L’équivalent étatique serait de garantir l’efficacité de la police par un « droit opposable » à la sécurité… ce que, curieusement, jamais aucun politicien sain d’esprit et conscient n’oserait proposer, étant donné l’énorme coût social et l’inefficacité du monopole de l’état en matière de prévention du crime.)

En revanche, si D retrouve le bien, par exemple dans les mains de B, et que B rend ce bien spontanément, l’affaire est close. C’est uniquement dans le cas où B prétend à un droit de propriété sur le bien appartenant à A, qu’il y a conflit.

Mettons que B a l’assurance IB, qui peut diligenter sa propre enquête et convaincre IA que D s’est trompé. En dehors de ce cas, IA et IB sont alors en conflit. A cette étape, l’objection traditionnelle à l’anarchie de marché est avancée, pour déclarer que la « guerre » entre A et B s’est étendue à deux grandes compagnies d’assurance disposant de plusieurs escadrons armés, ou de contrats avec des milices privées (PA et PB). Mais dans ce cas, où est l’intérêt de IA et IB d’utiliser la violence pour détruire non seulement le capital de son concurrent, mais aussi une partie du sien ? Cet intérêt est d’autant plus réduit que l’anarchie de marché est établie depuis longtemps ; le capital de ces entreprises serait déjà presque entièrement engagé et la compagnie ne disposerait que de spécialistes de la défense. Une assurance de ce type qui se spécialiserait dans l’attaque serait immédiatement suspecte et n’attirerait pas de client libertarien.

Très simplement et pour bien moins cher (ce qui rend l’opération bien plus rentable), IA et IB peuvent tout simplement mandater un arbitre pour régler la dispute, en présentant chacune ses preuves et ses réclamations. Si B a raison, IA lâche l’affaire, perd un peu d’argent (c’est préférable au financement une guerre !) et a désormais une raison impérieuse d’améliorer ses méthodes d’investigation (ou de trouver un meilleur fournisseur d’infos). Si c’est A qui a raison, c’est IB qui a intérêt à améliorer ses propres méthodes (en plus de se débarrasser d’un client pourri).

A ce moment, une fois que l’affaire a été entendue, jugée, et si B refuse toujours de rendre le bien volé, alors seulement l’usage de la violence devient légitime. (B aurait jusque là seulement reçu notification de l’affaire en cours contre lui, il n’y aurait eu aucune saisie effectuée jusqu’à ce que la décision du juge soit rendue.) Mais PB et IB ne le défendent plus, et B se retrouve face à une équipe compétente, équipée, et expérimentée dans la récupération de propriété volée.

Même si B résiste, irrationnellement, il sera selon toute probabilité neutralisé avec un minimum d’efforts et de dégâts par une agence soucieuse de son image auprès du public et cherchant à augmenter ses marges et le nombre de ses clients – y compris, pourquoi pas, B lui-même. En effet, PA doit intervenir sans causer de dommages à la propriété des tiers.

B, ou IB, est alors condamné à réparation. Cela peut se diviser en trois étapes: restitution, préférence temporelle, et appréhension.

La restitution est le fait de rendre le bien original ou son équivalent. Cela peut même s’appliquer à des organes ou à la valeur marchande que l’on assigne à sa propre vie.

La préférence temporelle est la restitution pour la perte d’usage temporaire et est aisément déterminée par les taux d’intérêt en cours sur les frais qu’IA a dû engager pour couvrir A.

L’appréhension est le coût de l’enquête, de la détection, de l’arbitrage et de l’application (en gros, les frais de justice). Notez comment le Marché fonctionne de manière à donner à B un intérêt maximal à résister le moins possible voire à rendre spontanément ce qu’il a volé, et le plus vite possible (les intérêts courent), pour réduire au maximum le coût d’appréhension.

Et aussi, notez comme tous les intérêts des uns et des autres convergent pour inciter tout le monde à causer le minimum possible d’embarras, de dégâts et de délais. Comparez ça avec les autres systèmes en opération aujourd’hui ; notez aussi que des morceaux de ce système ont déjà été mis en pratique avec succès dans le passé. Les assembler en un tout cohérent est une nouveauté exclusive de la théorie libertarienne.

Ce modèle de réparation a été défini si spécifiquement, bien qu’il puisse être encore développé et amélioré, parce qu’il résout le seul vrai problème social qui implique la violence. Le reste de la société libertarienne pourrait au mieux être présenté par des auteurs de science fiction imaginatifs et disposant de connaissances de base en praxéologie (c’est le nom que von Mises donne à l’étude de l’action humaine, qui inclut, mais n’est pas limitée à, l’économie).

Les avantages essentiels de cette société – théorie libertarienne et marché libre mis en pratique, appelée agoriste du grec Agora pour « place de marché » – sont l’innovation rapide en science, technologie, communication, transport, production et développement de la culture et des sciences humaines pour tenir le rythme face au progrès matériel ; aussi, ce progrès non-matériel est plausible car la liberté totale implique le développement de formes d’art non-violentes et aussi de sa transmission accélérée aux autres. La littérature libertarienne décrivant dans le détail ces progrès constitue déjà une masse respectable, et continue de croître.

On peut conclure cette description du mécanisme de réparation en répondant à quelques objections obscures qui lui sont opposées parfois. La plupart d’entre elles se réduisent à des désaccords personnels sur la valeur des biens et des vies. Laisser le marché libre, impersonnel, et la victime décider est la meilleure solution à la fois pour la victime et pour l’agresseur, donc au final, pour la société toute entière.

Ce dernier point choque certaines personnes qui considèrent qu’une punition est nécessaire contre ceux qui ont « mal pensé » ; la réparation du méfait ne leur semble pas suffisante. [7]

Bien que personne ne soit jamais parvenu à fournir une base morale pour les punitions, Murray Rothbard et David Friedman en particulier avancent la nécessité économique de la dissuasion. Ils disent que pour tout pourcentage d’appréhension inférieur à 100%, il y a un certain pourcentage de « réussite » du crime ; et donc, un « criminel rationnel » pourrait choisir de tenter sa chance pour un gain. Par conséquent une dissuasion additionnelle doit être ajoutée à la réparation, sous la forme d’une punition. Le fait que ça diminue l’intérêt que l’agresseur a de se rendre au plus vite, et donc dégrade un peu plus le taux d’appréhension, ne leur vient pas du tout à l’esprit, ou alors la punition doit être en augmentation toujours plus rapide pour compenser le taux croissant de fuite. Au moment où ceci est écrit, le taux de fuite le plus faible pour les crimes définis par l’Etat est 80% ; la plupart des criminels ont au moins 90% de chances de ne pas être attrapés. Ceci dans un système de punition-réhabilitation où il n’y a pas réparation (au contraire, la victime est volée encore un peu plus par le fisc pour payer le système pénal afin de nourrir et réhabiliter son agresseur), le marché n’a pas son mot à dire. Comment s’étonner alors de l’existence d’un « marché rouge » où s’achète et se vend de l’agression non-étatique !

Par ailleurs, cette critique de la réparation agoriste ne traite pas du facteur « entropique ». L’agresseur potentiel doit mettre en balance le gain espéré contre la perte de ce gain plus l’intérêt courant plus les coûts d’appréhension. C’est vrai que s’il se rend immédiatement, ces deux coûts sont minimaux – mais alors, les coûts à la victime et son assureur aussi sont minimaux. [NdT: on peut aussi ajouter le fait que le voleur attribue souvent une valeur plus faible au bien volé que ce qu'il va devoir payer en réparation: c'est encore un coût supplémentaire imposé au crime.]

Non seulement la réparation agoriste est une dissuasion en elle-même, proportionnelle au renoncement aux gains criminels, mais le coût marchand dû au taux d’appréhension permet de mesurer précisément le coût social du crime. Il n’existe aucun autre système qui propose une telle chose. Comme le disent les libertariens: la liberté, ça marche.

Nulle part ailleurs dans la théorie de la réparation agoriste on ne juge des pensées et intentions de l’agresseur. L’agresseur est supposé être le seul acteur humain et le seul responsable de ses actions. De plus, en quoi serions-nous concernés par les pensées et intentions intimes de l’autre ? La seule chose qui importe, c’est ce qu’il a fait. La pensée, la simple intention, ce n’est pas une action ; en pensée, l’anarchie reste absolue. [8]

Si vous me voyiez passer à travers la fenêtre de chez vous sans causer plus de dégâts, cela ne vous importe pas de savoir si j’ai juste trébuché ou si j’ai agi sous l’effet d’une colère irrationnelle ou si c’était une action planifiée de ma part pour attirer l’attention et faire diversion pendant que mes complices braquent la banque voisine. Ce qui vous importe, c’est que la fenêtre soit réparée sur le champ (et les débris nettoyés). Mes intentions sont entièrement distinctes de la réparation souhaitée. En fait, on peut aisément démontrer que la moindre dépense d’énergie à ce sujet est en pure perte. La motivation – ou l’intention suspectée, pour être exact [8] – peut être intéressante pour la phase d’enquête et peut même servir de pièce à conviction devant un arbitre pour départager deux suspects probables, mais ce qui compte pour la justice – du point de vue libertarien – est que la victime soit revenue à un état aussi proche que possible de celui précédant l’agression, et que les dégâts qu’elle a subis soient réparés. Laissez Dieu, la conscience individuelle ou Gémini Cricket s’occuper de punir les « pensées coupables ». [9]

Une autre objection courante concerne le sort des agresseurs qui ont payé leurs dettes (à la victime, pas à la « société »), et sont « libres » de recommencer – avec une plus grande expérience. Qu’en est-il de la recidive, omniprésente dans la société étatique ?

Bien sûr, une fois coupable d’agression, on est certainement mis sous surveillance par les assureurs et immédiatement suspecté dès qu’une agression similaire est commise dans le voisinage. Et bien que les camps de travail puissent être envisagés pour payer réparation dans certains cas extrêmes, la plupart des agresseurs y travailleraient dans une relative liberté. Il n’y aurait donc pas « d’académies du crime » comme les prisons et maisons d’arrêt pour enseigner et encourager les pratiques criminelles.

La caractéristique spécifique d’un système de justice et de défense des droits hautement efficace et précis sera d’occuper une fraction négligeable du temps et des moyens d’un individu. On peut dire que nous n’avons pas encore dépeint du tout 99% de la société agoriste. Qu’en est-il de l’élimination de l’autodestruction (avec lequel le libertarianisme n’interfère pas du tout), l’exploration et la colonisation de l’espace, l’extension de la longévité, l’amélioration de l’instruction et des capacités cognitives, les relations sociales et les variations esthétiques ? Tout ce qu’il vaut la peine de mentionner, c’est qu’alors que l’homme d’aujourd’hui doit passer la moitié (ou plus !) de son temps et de son énergie à servir l’Etat ou à lui résister, cette énergie et ce temps pourrait à la place être utilisé pour améliorer tous les aspects d’accomplissement et de mise en service des ressources naturelles. Il faudrait être absolument désabusé et cynique pour imaginer tout sauf une société plus prospère et plus heureuse dans ces conditions.

Voilà pour l’aperçu de notre objectif, et la dépiction détaillée ou générale de la justice et la protection. Nous avons notre « Ici » et notre « Là ». Maintenant il nous reste à voir le chemin – la Contre-économie.


Notes:

[1] Pour citer les plus spectaculaires:

- Murray Rothbard est prêt à utiliser toute politique passée pour faire avancer le libertarianisme, remontant aux méthodes passées plus radicales encore chaque fois qu’elles échouent.

- Robert LeFevre promeut un monde de pureté des pensées et des actes de chaque individu que l’auteur trouve très inspiré. Mais il se retient de décrire une stratégie complète résultant de ces tactiques personnelles, en partie à cause de la peur d’être accusé de prescrire autant que décrire. L’auteur présent n’a pas cette peur. Le pacifisme de LeFevre dilue aussi l’attraction de ses tactiques libertariennes, peut-être plus qu’elles ne le méritent, d’ailleurs.

- Andrew J. Galambos défend une position plutôt contre-économique (voir le chapitre suivant) mais en dévie ceux qu’il recrute par ses tendances anti-mouvement et sa tactique d’organisation en « société secrète ». Son déviationnisme de « propriété primordiale », comme le pacifisme de LeFevre, repousse probablement plus de monde de sa théorie qu’elle n’en mérite.

- Harry Browne, dans « Comment j’ai trouvé la liberté dans un monde asservi » est un guide immensément populaire de libération personnelle. Influencé par Rothbard, LeFevre et Galambos, Browne décrit précisément bien que superficiellement, les tactiques valides pour survivre et prospérer dans une société étatique. Il n’offre pas de stratégie générale, et ses techniques ne marcheraient pas dans un système contre-économique assez avancé sur la voie de la société libre.

- Une déviation sans défenseur particulier mais associée largement avec la Connection Libertarienne, est celle d’obtenir la liberté en distançant l’Etat par le progrès technologique. Il y a une certaine plausibilité à cela car dans un cas récent l’Etat US a décidé de ne pas réguler l’industrie, en expansion rapide, des technologies de l’information. Mais cela ne tient pas en compte de l’ingénuité des gens qui maintiendront l’étatisme en place tant que les gens le réclameront.

[2] Quand notre entendement progresse, la société libre paraît toujours plus accessible.

[3] Dans La grande explosion, l’écrivain de SF Eric F. Russell décrit une société proche de celle imaginée par LeFevre. Les Gands pacifistes avaient bien un mécanisme de correction pour traiter des individus irrationnels – les cas de « Jack Solitaire ».

Malheureusement, le boycott ne marcherait pas dès que les agresseurs atteindraient une « masse critique » suffisante pour s’auto-entretenir. Le fait que ce soit possible devrait être évident, puisque c’est ce qu’ils ont fait sur notre planète !

[4] La position de Mises-Rothbard est que la fraude ou la violation de contrat est du vol: celle de biens futurs. La base du contrat est l’échange de biens présents contre des biens futurs. Tout vol est une initiation de violence, soit par l’usage de la force pour séparer le propriétaire de son bien contre sa volonté, ou en prévenant la réception ou récupération de biens qui avaient été transférés d’après accord préalable.

[5] La société, comme le montre Mises, existe du fait des avantages de la division du travail. En se spécialisant dans divers domaines ou étapes de production, les individus obtiennent la production de plus de richesse.

[6] A ce niveau nous devons introduire le concept, énoncé par Mises, de préférence temporelle. Les biens futurs sont toujours meilleur marché que les biens présents à cause de leur moindre temps d’usage disponible. Bien que les valeurs individuelles de préférence temporelle varient pour chacun, ceux qui ont une haute préférence temporelle empruntent à ceux qui ont une plus faible préférence temporelle, car les haute-préférence paient plus aux basse-préférence que la valeur qu’ils abandonnent en échange. Le moment où ces transactions s’opèrent sur le marché libre définit le taux d’intérêt de base pour les prêts et l’investissement.

[7] Murray Rothbard prend la position la plus modérée: il défend la double réparation ; cela veut dire que l’agresseur doit ramener la victime à son état antérieur (autant que possible), et devenir lui-même victime dans une mesure égale ! Non seulement ce doublement semble arbitraire mais en plus rothbard ne donne jamais aucune base morale pour cette punition, si ce n’est un « calcul moral » (à la manière de Bentham). Les autres auteurs font pires encore en exigeant un pillage encore plus important de l’agresseur, rendant certain que seul le plus idiot des criminels irait se dénoncer, et où un criminel sensé essaierait au contraire de vendre le plus chèrement possible sa peau. Beaucoup de Randiens n’hésiteraient pas à descendre un enfant pour avoir volé un bonbon (c’est la position littérale de Gary Greenberg) ; d’autres enchaîneraient des adolescents à leur lit pour une violation triviale de propriété. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. La position selon laquelle il ne faut pas restituer mais au contraire punir raisonnablement et réhabiliter l’agresseur parodie encore plus le concept même de justice. Bien que certains réhabiliteurs un peu plus éclairés que les autres accepteraient le principe de repayer une dette envers la victime, ils saisiraient le droit de la victime à déléguer librement sa défense (la fondation de toute justice légale) pour incarcérer et laver le cerveau de l’agresseur neutralisé. Non seulement ils puniraient la mauvaise personne, mais ils laisseraient pourrir le corps en cellule, et certains défendent même l’usage de torture physique. Les réhabiliteurs cherchent à détruire les valeurs et la motivation, autrement dit, ils veulent annihiler la personnalité. En termes plus crus mais plus vrais, ils veulent dévorer l’âme de l’agresseur attrapé !

[8] Si la télépathie était découverte et possible en pratique, il serait alors peut-être envisageable d’enquêter sur les motiviations et intentions ; en attendant la seule utilisation possible serait dans une demande de grâce – le pardon aux dépens de la victime. Cette note est doublement importante pour le paragraphe, c’est pourquoi elle est indiquée deux fois.

[9] Une bonne question est « où commence la punition ? » Le concept est applicable uniquement aux esclaves qui n’ont rien à perdre sinon l’absence de souffrance, aux miséreux absolus qui n’ont rien de valeur à par leur propre existence, et aux très jeunes enfants incapables de repayer la victime et qui sont généralement considérés comme irresponsables de leurs dettes. Bien sûr, une économie primitive avait bien trop de problèmes à fournir rationnalité et technologie suffisante pour obtenir une détection et une mesure de la valeur fiables. Toutefois, certaines sociétés primitives comme l’Irlande celtique, L’Islande médiévale et les Ibo ont introduit des systèmes de réparations des torts pour mitiger les effets de la vengeance – et ont promptement évolué en quasi-anarchies.


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