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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 02:00

L'Empire socialiste des Inka


Université de Paris — Travaux et mémoires de l'Institut d'Ethnologie — V (1928)

par Louis Baudin
Professeur à la faculté de Droit de Dijon

Chapitre 1er — Les sources

 

Les Indiens ignorant l'écriture, nous ne possédons aucun document rédigé dans la langue kičua qui était parlée sur le plateau à l'époque de la conquête. Les premiers chroniqueurs espagnols ont reproduit comme ils ont pu, dans leur propre langue, les sons qu'ils entendaient ; il en résulte que nous trouvons le même mot écrit de trois ou quatre manières différentes, ce qui n'est pas fait pour simplifier les recherches 1. Les auteurs modernes eux-mêmes ont adopté tantôt une orthographe, tantôt une autre, avec la plus grande fantaisie. Aussi, pour couper court à toutes controverses, avons-nous décidé d'adopter ici l'écriture phonétique internationale, conformément au tableau de notation de Meillet et Cohen 2, ce qui permettra à tous les lecteurs, à quelque pays qu'ils appartiennent, de prononcer les mots kičua de la même manière 3.

Faute de documents écrits, les Espagnols n'ont pu être renseignés que verbalement. Les Indiens avaient, il est vrai, à leur disposition un aide-mémoire, le kipu, formé de cordelettes nouées, dont nous parlerons ultérieurement, mais ce n'était là qu'un instrument bien imparfait. Grâce à lui cependant, au temps des Inka, les historiens officiels de l'Empire retenaient les événements passés et en transmettaient le récit à leurs successeurs. Nous savons qu'en outre chaque province avait les historiens particuliers, sans pouvoir préciser si ces derniers étaient des fonctionnaires spéciaux ou simplement les chefs des tribus. Sarmiento de Gamboa raconte que l'Inka Pačakutek les rassembla tous dans la capitale, les interrogea longuement, et fit peindre les événements principaux qui avaient marqué le règne de ses ancêtres sur de grandes planches garnies d'or qu'il plaça dans une salle du temple du Soleil, où lui seul et les savants désignés par lui pouvaient pénétrer ; puis il chargea quelques Indiens de prendre soin de cette bibliothèque d'un nouveau genre 4. La preuve de l'imperfection de ce système éclate dans ce fait même que les Indiens, à l'époque de la conquête, avaient complètement oublié l'existence des civilisations anciennes que nous ont révélées les fouilles archéologiques à Tiahuanaco en Bolivie, à Huamachuco au Pérou, à Chordeleg en Équateur. Rien d'étonnant à cela ; la mémoire collective des peuples ne s'étend guère à plus de deux ou trois cents ans 5, et les cordelettes sont vraisemblablement de date récente, car on ne les trouve pas dans les tombes antérieures aux derniers siècles 6. Même en reconnaissant, avec Markham, que les Indiens avaient une excellente mémoire, on conçoit qu'ils aient ignoré les faits antérieurs à l'avènement des Inka 7.

A côté de l'histoire, ainsi établie, dont la connaissance était réservée à l'élite seule et qui était enseignée dans les écoles de Cuzco, comme nous le verrons plus loin, existait une autre histoire, un peu différente, qui était vulgarisée par les poètes officiels chargés de composer des chants et de les répéter aux jours de fête. Les chroniques nous apprennent en effet qu'à la mort du souverain un conseil de hauts fonctionnaires et de savants se réunissait et examinait la vie du défunt. S'il estimait qu'elle avait été profitable à l'Empire, il faisait appeler les poètes et leur enjoignait de conserver le souvenir des actes du monarque disparu pour les transmettre à la postérité ; dans le cas contraire, le nom seul du souverain était mentionné sans aucun commentaire. Jamais histoire officielle ne fut établie avec plus de rigueur. Une fois que l'élite avait prononcé son verdict, le souvenir de l'Inka était maintenu ou aboli ; le peuple ignorait désormais ceux de ses maîtres qui n'avaient pas su demeurer à la hauteur de leur tâche : l'oubli était la sanction des actions jugées mauvaises accomplies par un chef, que, même une fois mort, nul Indien n'avait le droit de maudire.

Par exemple l'Inka Urko, convaincu de lâcheté pour s'être enfui devant les Čanka, fut détrôné, et son règne passé désormais sous silence par les Indiens 8 et c'est là un procédé ingénieux pour présenter à la postérité une liste de souverains dignes d'admiration. Si nous adoptions de nos jours un système identique, l'histoire contemporaine serait étonnamment raccourcie 9.

Ainsi se juxtaposaient au Pérou deux histoires, l'une documentée tenue secrète, l'autre expurgée l'usage du peuple.

Ce n'est pas tout: les Indiens ont bien été interrogés par les conquérants européens, mais ils n'ont pas toujours fourni de réponses satisfaisantes, car ils sont demeurés souvent confus dans leurs explications et ils ont su fort bien taire ce qu'ils voulaient cacher 10. On sait que les Espagnols, désireux de voir du mercure pour traiter l'argent, découvrirent par hasard, et en 1563 seulement, les mines de Huancavelica qui étaient pourtant connues des indigènes 11.

Aussi devrons-nous corriger et compléter les indications des écrivains européens, en faisant fréquemment appel tant à l'archéologie qu'à l'ethnologie.

Il n'en reste pas moins vrai que les chroniques des XVIe et XVIIe siècles demeurent les sources les plus importantes de l'histoire de l'Amérique précolombienne, jamais il importe d'indiquer d'abord dans quel esprit il convient d'en aborder l'étude.

Les Espagnols ont eu, à n'en pas douter, beaucoup de peine à comprendre un peuple si différent du leur ; nous aurons à tenir compte de leur mentalité. Nous éviterons ainsi à la fois de critiquer à tort des institutions péruviennes, que les chroniqueurs ont mal expliquées, et de porter sur ces chroniqueurs eux-mêmes des jugements sommaires défavorables. Nous rappellerons par exemple que les communautés agraires existaient en Espagne au temps de la conquête, et, qu'en conséquence, les conquérants devaient parfaitement en saisir le sens au Pérou ; au contraire, le système inka de statistique et de répartition leur était complètement inconnu. A ce point de vue, des différences essentielles doivent être marquées entre les historiens suivant l'étendue de leurs propres connaissances. Le soldat grossier ou le moine crédule ne pouvait apprécier les institutions sociales comme le jurisconsulte corregidor de Cuzco ou de Potosi ; Nous devrons donc attribuer à chaque auteur un coefficient d'instruction. Mais cette instruction elle-même n'est pas sans présenter des inconvénients : la manie des comparaisons avec les Grecs et les Romains est telle chez certains chroniqueurs qu'elle fausse parfois leur jugement. Il est vain de vouloir mesurer la civilisation américaine à l'échelle de nos civilisations méditerranéennes 12.

Aux obstacles nés de l'incompréhension ajoutent à ceux qui proviennent des sentiments personnels de l'auteur. Les passions religieuses, politiques ou sociales, ont toujours été causes d'erreurs, autrefois comme aujourd'hui. Nous devrons classer les écrivains anciens et modernes suivant leurs tendances et garder fidèlement dans notre mémoire de le souvenir la place occupée par chacun d'eux. Certains sont favorables aux civilisateurs espagnols et hostiles aux Inka « tyrans indiens », comme Sarmiento, l'abbé de Paw, Ricardo Cappa ; d'autres sont hostiles aux destructeurs espagnols et favorables aux martyrs indiens comme Benzoni ou Las Casas ; quelques-uns donnent à leur hostilité à l'égard des Espagnols un cachet d'anticléricalisme, comme Hanstein. En outre, un grand nombre d'auteurs, qualifiant l'Empire inka de socialiste, louangent ou critiquent systématiquement toutes les institutions péruviennes, suivant qu'eux-mêmes sont partisans ou adversaires du socialisme. Enfin, il ne faut pas oublier que parmi les premiers chroniqueurs, les uns sont partisans de l'Inka légitime Huaskar, comme Garcilaso de la Vega, et les autres soutiennent son adversaire Atahualpa, comme Santa-Cruz Pachacutic et Cavello Balboa 13. Nous devrons affecter à chaque historien un deuxième coefficient, le coefficient de véracité.

Malgré la divergence de leurs idées, la plupart des auteurs sont copiés les uns les autres, et l'on pourrait établir une classification pittoresque en rattachant chaque ouvrage à l'ouvrage antérieur qui lui a servi de source presque exclusive : ainsi obtiendrait-on des chaînes dort chaque travail original constituerait le premier anneau. Par exemple, la plupart des auteurs du XVIIIe siècle, dont le plus fameux est Marmontel, s'inspirent presque exclusivement de Garcilaso, qui lui-même a copié Blas Valera, dont le manuscrit a été perdu ; de même, plusieurs écrivains équatoriens reproduisent Velasco qui déclare avoir beaucoup emprunté à Marcos de Niza, dont l'œuvre est également perdue. Cette falsification pourrait s'étendre aux auteurs modernes, mais avec cette différence que ces derniers mentionnent les auteurs anciens qu'ils prennent pour guides, tandis que les chroniqueurs espagnols ne se donnaient pas la peine de le faire et érigeaient le plagiat à la hauteur d'un principe. On retrouve, dans certains d'entre eux, des passages entiers de leurs devanciers, sans aucune référence. Herrera reproduit des fragments d'Ondegardo et de Cieza de León sans citer ces auteurs, en sorte que le chercheur, après avoir cru un instant avoir trouvé une nouvelle source, constate avec dépit qu'il s'abreuve toujours au même courant. C'est ainsi qu'on a parfois la surprise de rencontrer dans des travaux du XXe siècle des erreurs qui remontent aux XVIe et qui ont été fidèlement reproduites par toute une suite de narrateurs.

Enfin cette classification verticale pourrait être complétée par une classification horizontale, chaque écrivain se rattachant non plus à ses devanciers, mais à ses contemporains et emporté avec eu dans la même vague d'essor ou de dépression. Tous en effet subissent l'influence de leur époque, et le mouvement cyclique qui se déroule dans toutes les branches de l'activité humaine n'épargne pas l'histoire. Après une ère d'enthousiasme où les Inka furent portés aux nues, au XVIIe et au XVIIIe siècles dans l'Europe non espagnole, vint l'ère de critique où ils furent sévèrement jugés, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. En même temps, certains auteurs anciens, jusque-là considérés comme excellents, passèrent au second plan, tandis que d'autres tenus pour suspects jouirent d'un crédit nouveau. Aujourd'hui, Garcilaso est en baisse et Montesinos en hausse.

Il y a dans tous ces mouvements une grande exagération. Nous poserons en principe qu'aucun ouvrage, si suspect soit-il, ne doit être rejeté à priori ; tous peuvent renfermer une part de vérité. Nous devrons donc tenir compte des indications qu'ils contiennent, mais en ayant soin de les peser conformément aux idées générales que nous venons d'indiquer 14.

 

Parmi les bibliographies relatives à l'Amérique, nous indiquerons en première ligne la Bibliography of the anthropology of Peru, de G. Dorsey (Chicago, 1898), et la Biblioteca hispano-americana, de J. Toribio Medina (Santiago de Chili, 1898) qui reproduit et complète les indications contenues dans la Bibliotheca americana, de León Pinelo (1807), la Bibliotheca americana vetustissima de H.Harrisse (1866­-1872), la Biblioteca peruana, de Réné Morimo (1895). Comme bibliographies de second ordre, nous citerons le Catalogue des ouvrages relatifs à l'Amérique de Ternaux Compans (Paris, 1837), la Bibliotheca americana, de J. Sabin (New-York, 1868), le bulletin Americana (Paris, 1876-1901, continué depuis 1888 par le Bibliophile américain), la Bibliographie péruvienne de C. A. Pret, restée inachevée (Paris, 1903) 15.

Les manuscrits les plus importants qui sont parvenus jusqu'à nous ont été imprimés les uns comme ouvrages séparés, les autres gans des collections. Signalons parmi ces dernières la Colección de documentos inéditos relativos al descubri­miento, conquista y organización de las antiguas posesiones españolas de América y Oceania, sacados de los Archivos del Reino y muy especialmente del de Indias (Madrid, 1864-1884) qui compte 42 volumes 16 ; la Colección de documento sinéditos para la historia de España (Madrid, 1842) en 103 volumes, la Colección de libros españoles raros ó curiosos en 24 volumes et la Colección de libros y documentos referentes á la historia del Perú en 2 séries, dont la seconde est encore en voie de publication. Plusieurs ouvrages des premiers chroniqueurs espagnols ont été réunis dans les 4 tomes des Historiadores primitivos de Indias qui font partie de la Biblioteca de autores españoles, publiée à partir de 1846 à Madrid 17.

Nous classerons ici les auteurs de la manière suivante en respectant dans ses grandes lignes l'ordre chronologique :


Ceux qui ont vu l'Empire inka. L'époque de la conquête.

Les renseignements d'ordre économique que nous rencontrons dans les premiers chroniqueurs espagnols sont rares, mais en revanche nous devons les considérer comme très importants. En effet, ces conquérants sont surtout préoccupés des faits militaires et leurs ouvrages sont pour la plupart de véritables journaux de route, pleins de descriptions sommaires de villes, de récits de combats, d'énumérations de butins. Mais quand ils notent une observation intéressante pour nous, nous devons la tenir pour exacte précisément parce qu'ils n'en comprennent pas la portée et n'ont aucun intérêt à nous induire en erreur. Par exemple, nous devons admettre , puisqu'ils l'affirment à plusieurs reprises, qu'ils ont trouvé des ponts à péage, bien que le système du péage implique une organisation économique qui s'allie mal à la centralisation socialiste et à l'absence de commerce.

Cependant des critiques impitoyables, pour se donner couleur d'esprit fort, ont prétendu que les conquérants s'étaient laissés porter à un enthousiasme excessif, qu'ils avaient exagéré de façon grossière et pris masures pour palais, pistes pour grandes routes et villages en torchis pour cités impériales L'archéologie s'est chargée de prouver qu'il n'en est rien, et que même la description des trésors aperçus dans les temples n'était pas un rêve. Comment d'ailleurs supposer que des narrateurs nombreux aient pu tous s'entendre pour répéter les mêmes erreurs, et que les jurisconsultes du temps des vice-rois, chargés d'enquêter sur l'Empire des Inka, aient pu recueillir dans les différentes provinces des données identiques qui seraient fausses ? L'abbé Raynal l'a remarqué, « un pironisme quelquefois outré », pour employer ses propres expressions, a traité de fables les récits relatifs aux Inka, mais les « brigands espagnols » pouvaient-ils inventer fables si bien combinées ? 18

Les premiers Européens qui purent contempler l'étrange Empire du Soleil furent Pizarre et ses compagnons.

Francisco de Jerez, de Séville, secrétaire de Pizarre, parti de San Lucar en jan­vier 1530, à l'âge de 15 ans, entra au Pérou aux côtés du conquistador, se battit courageusement et assista à la capture d'Atahualpa à Cajamarca ; il revint en 1534 à Séville où il écrivit son voyage sous le titre : Verdadera relación de la conquista del Perú y provincia del Cuzco, llamada la Nueva Castilla, conquistada por Francisco Pizarro, publié la même année (Biblioteca de autores españoles, tome XXVI, Historiadores primitivos de Indias, tome 2. Madrid, 1853). Cet ouvrage est du plus haut intérêt au point de vue de l'histoire des faits, mais nous avons peu de choses à y glaner 19. Il englobe le récit fait par un autre soldat de la conquête, Miguel Estete, qui, le premier, avec une poignée d'hommes sur l'ordre de son chef, longea la côte du Pérou et pénétra dans le célèbre temple de Pachacamac. Estete est surtout connu dans l'histoire comme étant celui qui saisit l'Inka à Cajamarca et lui arracha l'insigne impérial. On trouvera le texte complet de son récit dans le Boletín de la sociedad ecuatoriana de estudios históricos americanos de 1918.

Le bref manuscrit de Juan de Sámanos, découvert à la Bibliothèque Impériale de Vienne, mérite de figurer également au début de cette liste d'ouvrages, car il a trait aux premières expéditions espagnoles sur la côte du Pérou 20.

Très courte aussi, mais importante, est une lettre de Fernand Pizarre datée de novembre 1533 : Carta à los magnificos señores, los señores oidores de la Audiencia real de S. M., que reside en la ciudad de Sto-Domingo, qui a été traduite en anglais et figure dans Reports of the discovery of Peru (Londres, Collection Hakluyt, 1872) 21.

Cristóbal de Molina qui suivit Pizarre au Pérou, puis Almagro au Chili, vécut à Cuzco et à Lima, devint sous-chantre de la cathédrale de Santiago du Chili en 1551 et mourut en 1578 ; il écrivit vers 1552 une Relación de la conquista y pobla­ción del Perú, publiée de nos jours dans la Colección de libros referentes á la historia del Perú, qui contient peu de renseignements susceptibles de nous intéresser.

Au contraire, Juan de Betanzos, venu en Amérique avec François Pizarre, nous sera d'un grand secours. Marié à une sœur d'Atahualpa, parlant le kičua, interprète officiel du Gouvernement, il a laissé une Suma y Narración de los Incas que los Indios llamaron Capaccuna, que fueron Señores de la Ciudad del Cuzco y de todo lo á ella subjeto, histoire très vivante de l'ancien Pérou, malheureusement incomplète, datée de 1551, éditée à Madrid en 1880 dans la Biblioteca hispano-ultramarina (tome 5).

Pedro Sancho de la Hoz a été, après Jerez, secrétaire de Pizarre et chroniqueur officiel de la conquête. Son récit forme la suite de celui de son devancier et a été terminé à Jauja le 15 juillet 1534 22 ; publié dans le tome 5 de la Colección de libros referentes á la historia del Perú (Lima, 1917), il contient une description de Cuzco qui a été fréquemment reproduite, mais il est pour nous de peu d'intérêt.

Nous en dirons autant de la relation de Pedro Pizarro, qui s'occupe surtout des événements postérieurs à la conquête 23.

Mentionnons enfin une très brève histoire de la conquête du Pérou attribuée à Marcos de Niza, moine venu au Mexique en 1531 et au Pérou vers 1535, dont Ternaux-Compans a donné une traduction dans les Nouvelles Annales de Voyages (1842, tome 4).


Ceux qui, arrivés immédiatement après la conquête, n'ont pas contemplé l'Empire des Inka dans toute sa splendeur, mais ont vu les vestiges. – L'époque de transition.

Cinq noms seulement figureront ici, ceux de quatre Espagnols et d'un Italien.

Agustin de Zárate, envoyé au Pérou vers 1543 comme « trésorier de la couronne, revenu en Espagne vers 1549, écrivit sa relation en secret et la fit publier seulement en 1555 à Anvers. Il détaille les mœurs : des habitants avec complaisance, mais il ignore le kičua et demeure fort superficiel 24.

Pedro de Cieza de León est à coup sûr un des plus illustres chroniqueurs de l'Amérique latine. Quoiqu'il ait visité l'Empire au .lendemain même de la conquête nous ne pouvons pas le faire figurer parmi ceux qui en ont eu la vision directe. En effet, il décrit déjà les ruines accumulées par les Espagnols et remarque qu'en l'espace de quelques années le pays avait changé d'aspect. Il est bien le peintre de cette époque que nous appelons de transition, entre celle des grandes luttes du début contre les Indiens et contre les Espagnols eux-mêmes, et celle de l'organisation méthodique de la colonie par les vice-rois.

Natif de Séville, parti d'Espagne à l'âge de l3 ans à peine, Cieza parcourut le Nouveau Monde comme simple soldat pendant 17 ans et il nous a laissé une œuvre d'une étonnante richesse : la Crónica del Perú, en 3 parties. La première partie, terminée vers 1550, lors du retour de l'auteur en Espagne, publiée en 1553 à Séville, en 1554 à Anvers, consiste dans une description extrêmement précise de la route suivie par l'écrivain du nord au sud de l'Empire. Tous les villages, tous les centres d'approvisionnement, tous les chemins y sont mentionnés ; même les distances de ville à ville sont soigneusement indiquées. C'est un « Baedeker » ou un « Joanne » du Pérou de ce temps. La deuxième partie, longtemps ignorée, et que Prescott attribua à tort à Sarmiento, est une étude historique et sociale des Inka ; publiée seulement en 1880 dans la Biblioteca hispano ultramarina (tome 5, Madrid) ; elle sera l'une de nos principales sources. La troisième partie, qui a vu le jour en 1877, se réfère à des événements survenus pendant la période coloniale. Cieza de León, qui raconte simplement ce qu'il voit et répète ce qu'il entend, sans but intéressé, est un des auteurs en qui l'on peut avoir le plus de confiance 25.

Diego Fernández de Palencia, qui servit au Pérou contre Pizarre, publia à Séville en 1511 sa Primera y segunda parte de la historia del Perú. Ignorant la langue des Indiens, il traite surtout de l'histoire postérieure à la conquête en se servant des rapports de Pedro de la Gasca, et avec une telle partialité que l'ouvrage fut prohibé par le Conseil des Indes 26. Seulement, à la fin du volume, il résume en quelques pages l'histoire des Inka, et l'on est surpris de découvrir, dans ces brèves notes, des renseignements originaux que l'on ne rencontre nulle part ailleurs 27.

P. Gutiérrez de Santa Clara, soldat également, métis né aux Indes entre 1518 et 1524, servit alternativement François Pizarre, le vice-roi Nuñez Vela, Gonzalo Pizarre, le président la Gasca, changeant de parti avec une désinvolture étonnante, se rangeant toujours du côté du vainqueur. Son ouvrage, publié sous le titre : Historia de las guerras civiles del Perú y otros sucesos de las Indias, à Madrid, en 1904, en 4 volumes, a dû être écrit au jour le jour. Gutiérrez de Santa Clara a quitté le Pérou pour se rendre au Mexique avant 1590. C'est grand dommage qu'il ait été si peu curieux d'histoire précolombienne, car son récit est animé, ses personnages très vivants et son style littéraire. Malheureusement il ne consacre aux Inka qu'un petit nombre de chapitres, qui nous seront de peu de secours (t. 3, ch. XLIX et suiv.) 28.

Girolamo Benzoni, né à Milan, débarqua à Guayaquil en 1547, mais fut contraint de quitter le Pérou en 1550, le gouverneur P. de la Gasca ayant décidé d'expulser tous les étrangers. Après être resté 4 ans malade au Nicaragua ; il regagna sa terre natale et publia à Venise en 1565 : La Historia del Mondo Nuovo, réimprimée en 1572. Hostile aux Espagnols, peu instruit, mais d'esprit curieux, Benzoni, parle du Pérou dans son troisième livre seulement ; encore se borne-t-il à raconter l'histoire de la conquête à laquelle il n'a point participé et à faire quelques brèves remarques sur les provinces qu'il a parcourues, sur celle de Quito en particulier. Son ouvrage est illustré d'images naïves 29.


Ceux qui, n'étant pas allés au Pérou, ont recueilli les récits des premiers conquérants.

Le plus connu des auteurs qui méritent de figurer sous cette rubrique est Bartolomé de Las Casas, évêque de Chiapa, dont le nom fut plus célèbre que tout autre en Europe pendant plusieurs siècles. Champion des Indiens, il demeura dans l'esprit de bien des générations comme le symbole même de la pitié et de la charité 30. Aujourd'hui, où nous pouvons le juger en toute impartialité, nous devons constater chez lui, à côté de sentiments très nobles et généreux, une tendance fâcheuse à l'exagération ; il se laisse entraîner par sa passion, et il est responsable, en grande partie des innombrables erreurs qui ont eu et qui ont encore cours en Europe sur la colonisation espagnole en Amérique 31. A force de représenter le Indiens comme des martyrs, l'éminent ecclésiastique en vient à nous faire considérer les Espagnols uniquement comme des bourreaux. Il est sectaire, violent, d'esprit étroit, et sa partialité manifeste nuit beaucoup à la cause qu'il plaide. En outre, il ne s'est jamais rendu au Pérou, contrairement à ce que beaucoup ont cru pendant longtemps 32. Tous ses renseignements sont de seconde main, et il plagie sans vergogne Cieza de León, Cristóbal de Molina, Francisco de Jerez. Enfin sa lecture est très pénible ; outre des répétitions nombreuses et le choix de plans défectueux, il s'obstine à entrelarder ses récits de longues digressions sur l'antiquité grecque ou romaine et de citations latines hors de propos. Si vraiment tous les philosophes et historiens français ou anglais qui ont jadis célébré les mérites de l'évêque de Chiappa ont lu attentivement ses travaux et y ont pris intérêt, nous devons reconnaître que nos ancêtres avaient bien de la vertu.

Le plus connu des ouvrages de Las Casas est sa Brevísima relatión de la destruyción de las Indias, présentée à l'Empereur en 1542 et publiée en 1552, pamphlet plein d'erreurs, inutilisable pour un travail scientifique quelconque ; par contre, nous aurons à nous servir de son Apologética historia sumaria 33, qui figure dans la Nueva biblioteca de autores españoles (Historiadares de Indias, tome 1, Madrid, 1909) et dont Jiménez de la Espada a détaché 27 chapitres pour en faire le tome 21 de la Colección de libros raros ó curiosos, sous le titre : De las antiguas gentes del Perú 34.

Francisco López de Gómara, né à Séville vers 1510, ecclésiastique, ancien étudiant de l'Université d'Alcalá, chapelain de Fernand Cortés, esprit cultivé et fort critique, écrivit un gros ouvrage intitulé : Primera y segunda parte de la historia general de las Indias, paru à Saragosse en 1552. L'auteur y fit preuve d'une une telle partialité à l'égard de Cortés, sur qui il s'efforça de faire rejaillir toute la gloire de la conquête du Mexique, que son livre fut condamné par le Conseil des Indes. Son style est agréable, ce qui est rare chez les chroniqueurs, mais de graves erreurs ont été relevées dans ses récits, et Garcilaso de la Vega en signale déjà quelques-unes. L'ensemble de son ouvrage figure dans la Biblioteca de autores españoles, tome 22 (Historiadores primitivos de Indias, tome l, Madrid, 1852) sous le titre ­Hispania Victrix, en 2 parties : Historia general de las Indias et Conquista de Méjico  35.

Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés, né à Madrid en 1478, parti d'Espagne en 1514 comme Inspecteur de la Couronne, séjourna à Saint-Domingue et mourut à Valladolid en 1557. Il a écrit une Historia general y natural de las Indias, islas y tierra firme del Mar Oceano, publiée entre 1526 et 1547, qui comprend d'énormes volumes dans lesquels le lecteur a beaucoup de peine à se reconnaître 36. C'est un écrivain capable, ayant fait de fortes études dans sa jeunesse et consciencieux, mais qui, n'étant pas allé au Pérou, ne fait pas toujours avec soin le départ entre le vrai et le faux dans les récits qui lui sont rapportés, accumule les observations sans les classer, abuse des, souvenirs latins et mentionne Pline et Virgile là où ils n'ont que faire.

Antonio de Herrera, chroniqueur du Roi d'Espagne, est le type du compilateur. Plagiant ses devanciers avec effronterie, il écrivit en 1554 l'immense Historia general de los hechos de los Castellanos en las islas i tierra firme de el Mar Oceano, paru de 1601 à 1615 en 4 volumes à Madrid et divisée en 8 décades 37.

Enfin, un peu plus tard, en 1575, un Espagnol, qui se donne pour chroniqueur de l'ordre de Saint-Augustin, J. Roman y Zamora, publia à Medina del Campo un ouvrage en 2 volumes, Repúblicas de Indias, qui forme une intéressante étude d'ensemble 38.


Ceux qui ont recueilli sur place les récits des descendants des Inka. L'ère de la colonisation.

Nous entrons dans la période de la documentation et de la synthèse. Les troubles sont terminés, mais déjà le monde des Inka appartient à des temps révolus. C'est dans le cours de la seconde moitié du XVIe siècle que des Espagnols de la plus grande valeur ont effectué les premières recherches destinées à jeter la lumière sur l'Empire disparu. Les vice-rois eux-mêmes, en ordonnant des enquêtes officielles, ont été les initiateurs de ce grand mouvement scientifique.

Garcilaso de la Vega occupe la première place parmi les historiens de cette époque. Né à, Cuzco même, en 1540, métis, fils d'un Espagnol venu au Pérou avec Pedro de Alvarado, et d'une Indienne de sa royal, nièce de Huayna-Kapak, il se donne le nom d'Inka sans aucun droit d'ailleurs, puisqu'il descendait du souverain péruvien par les femmes et que seule la descendance mâle pouvait porter ce titre. Il passa sa jeunesse au milieu des derniers survivants des Inka, parlant le kičua et recueillant dans sa mémoire les histoires et les légendes que ses aïeux lui contaient. Il quitta le Pérou à l'âge de 20 ans et après avoir mené pendant plusieurs années l'existence mouvementée de capitaine dans les armées espagnoles, il se retira à Cordoue vers 1590 où il écrivit l'histoire de son pays d origine sous le titre : Comentarios reales que tratan del origen de los Incas, reies que fueron del Perú, de su idolatría, leies y govierno en paz y en guerra, de sus vidas y conquistas y de todo lo que fué aquel imperio y su república antes que los Epa­ñoles pasaron á el 39. Bien fidèle devait être la mémoire de ce Péruvien, car il ne cite pas-moins de 320 noms de villes et ne se trompe pas sur leur emplacement 40. Il fut seulement aidé dans une certaine mesure par des lettres de ses correspondants d'Amérique, car il resta toujours en relations avec ses anciens amis de Cuzco et il eut en outre connaissance du manuscrit, aujourd'hui perdu, du jésuite métis Blas Valera, qui paraît avoir été de grande importance 41. Il mourut en Espagne en 1616.

Considéré longtemps comme le plus grand historien du Pérou, comparé encore de nos jours à Hérodote et à Xénophon  42, Garcilaso a cependant perdu une partie du crédit dont il jouissait en raison de sa partialité trop évidente. Ne lui reprochons pas cependant, comme certains l'ont fait à la légère, de se courber devant les conquérants et de « lécher les mains de ceux qui tuèrent les siens » 43 ; c'est ne rien comprendre à la mentalité des Indiens que de parler ainsi ; Garcilaso était partisan de Huaskar, descendant légitime de l'Inka, et considérait les Espagnols comme des libérateurs qui avaient détrôné l'usurpateur Atahualpa.

Avant tout, l'écrivain péruvien demeure l'admirateur des Inka ; personne n'a parlé d'eux avant tant d'enthousiasme et de piété filiale ; aussi s'efforce-t-il de voiler les actes de cruauté de ses ancêtres, et certains de ses récits doivent-ils être tenus pour suspects. Mais ses exagérations et ses lacunes volontaires sont elles-­mêmes instructives, car elles montrent l'état d'esprit des Indiens, vivant dans le perpétuel regret du passé. Garcilaso a le grand mérite de synthétiser admirablement sa race, et ses commentaires sont bien le « reflet de l'âme des peuples vaincus 44 ».

Son ouvrage est très long, touffu, mais plein de renseignements du plus haut intérêt ; il se lit avec aisance, le style en est simple et clair. Par contre, le plan est fort défectueux ; les indications d'ordre économique ou social sont semées çà et là, suivant le caprice de l'auteur ; la description des voies de communication ou celle du système fiscal sont placées entre l'histoire politique et militaire de deux règnes.

Pedro Sarmiento de Gamboa contraste avec Garcilaso. Pur espagnol, homme de science, bon observateur et fonctionnaire de grand mérite, fort apprécié du vice-roi qui lui permit à deux reprises d'échapper à l'Inquisition, Sarmiento a été aussi un grand capitaine, découvrant les îles Salomon en 1567 sous les ordres d'Alvaro Mendaña, inventant des instruments nautiques et poursuivant les navires anglais de Drake jusqu'au delà du détroit de Magellan qu'il explora 45. Homme rude et droit, il n'a aucune pitié pour les Indiens et ne manifeste aucun regret de l'exécution du dernier Inka en 1571. Son travail, écrit vers 1572, a été découvert à Göttingen en 1893 par le professeur W. Meyer et publié à Berlin en 1906, par R. Pietschmann, sous le titre : Geschichte des Inkareichs 46 ; il est du plus grand intérêt, mais demeure suspect à bien des égards, l'auteur étant fort partial. Cette partialité n'est pas surprenante, car ce travail a été écrit sur l'ordre même du vice-roi qui voulait effacer l'effet produit en Europe par la publication de l'œuvre de Las Casas, toute pleine des récits des horreurs commises par les Espagnols 47. Aussi Sarrmiento insiste-t-il sur la cruauté des Inka qu'il traite de tyrans barbares à tout propos et même hors de propos, et encore le vice-roi crut-il devoir renchérir et interpola-t-il dans le manuscrit des phrases destinées à noircir plus encore les souverains péruviens. Cependant abstraction faite de ces quelques passages et compte tenu de la tendance de l'auteur, l'ouvrage est scientifiquement construit, il est le résultat de longs voyages et de patientes recherches et a été lu au Pérou même à 42 notables indiens, convoqués spécialement à cet effet, qui l'ont déclaré conforme à la vérité.

Les historiens ecclésiastiques, quoique portés à étudier surtout des questions d'ordre religieux qui nous intéressent ici, nous fournissent incidemment des indications précieuses sur les sociétés précolombiennes. Miguel Cavello Balboa, arrivé en Amérique en 1566, vécut à Bogota, puis à Quito, où il écrivit entre 1578et 1586 sa Miscelánea Austral. Il épousa la cause des Quiténiens et se montra un partisan résolu d'Atahualpa ; envoyé en mission chez les Čunčo au nord-ouest de Cuzco en 1594, il habita ensuite Lima. D'après des renseignements qu'a bien voulu nous fournir M. Means, le manuscrit attribué à Balboa, qui se trouve actuellement à la bibliothèque publique de New York, est une simple copie, probablement falsifiée, faite au début du XVIIIe siècle, et l'original existerait dans un couvent espagnol. La troisième partie de la Miscelánea a été traduite en français par Ternaux-Compans sous le titre Histoire du Pérou (Paris, 1840), mais cette traduction est très imparfaite, des chapitres entiers ayant été omis et d'autres mutilés. Une traduction espagnole faite sur la traduction française figure dans le tome 2 de la deuxième série de la Colección de libros referentes á la historia del Perú ; il sera plaisant de confronter ce texte avec l'original le jour où ce dernier sera retrouvé.

Cristóbal de Molina, homonyme de celui dont nous avons parlé plus haut et qui fut longtemps confondu avec lui, chapelain de l'hôpital espagnol de Lima, puis curé, parlant le kičua, probablement métis comme Garcilaso, a écrit entre 1572 et 1591 une Relación de los fábulas y ritos de los Incas, publiée en 1916 dans la Colección de libros referentes á la historia del Perú qui nous fournit peu de renseignements ; beaucoup plus intéressant est le Père J. de Acosta, jésuite, professeur de théologie, qui, après avoir séjourné au Pérou de 1570 à 1586, surtout à Juli, nous a laissé une Historia natural y moral de las Indias, publiée à Séville en 1590, antérieure par conséquent aux Commentaires de Garcilaso, et qui compte deux volumes. Les passages instructifs que nous trouvons dans cet ouvrage sont malheureusement noyés au milieu de récits naïfs et de controverses futiles 48.

Nous arrivons enfin aux jurisconsultes et hauts fonctionnaires espagnols qui constitueront notre principale source de documentation. Le Roi d'Espagne, désireux d'être exactement renseigné, fit effectuer des Visites en Nouvelle-Grenade, et il fut si satisfait du résultat qu'il donna un ordre identique au vice-roi du Pérou, par lettre du 7 novembre 1537. Jiménez de la Espada a publié à Madrid de 1881 à 1897, sous le titre Relaciones geográficas de Indias, les réponses faites par les fonctionnaires des différentes provinces à un questionnaire très précis dressé par les soins de l'administration supérieure. Certaines questions concernant l'état du territoire avant la conquête nous intéressent directement. Plusieurs de ces réponses, d'ailleurs, se ressemblent étrangement ; on dirait que les fonctionnaires interrogés se sont passé leurs documents les uns aux autres pour faciliter leur tâche. Un peu plus tard, Francisco de Toledo, vice-roi de 1599 à 1581, confia à Sarmiento le soin d'écrire l'histoire justificative dont nous avons parlé. Il recueillit à cette époque des renseignements qui ont été groupés sommairement dans le tome 16 de la Colección de libros españoles raros ó curiosos sous le titre Informaciones acerca del Señorio y Gobierno de los Incas, hechas por mandado de Don Francisco de Toledo, virey del Perú, 1570-1572 (Madrid, 1882). Enfin, sur l'invitation adressée par le Roi dans la cédule de Badajoz, du 23 septembre 1580, une enquête fut ouverte qui aboutit à la rédaction d'une série de rapports.

Parmi les documents qui furent établis à ces différentes dates, tous mentionnerons spécialement les suivants qui contiennent quelques informations d'ordre économique :

Relación general de la disposición, y calidad de la provincia de Guamanga, par Damian de la Bandera (1557), qui devint corregidor de Potosi (Relaciones geográficas, t. I).

Relación y declaración del modo que este valle de Chincha y sus comarcanos se gobiernaban antes que hobiese Ingas y después que los hobo hasta que los cristianos entraron en esta tierra, par Fray Cristóbal de Castro et Diego de Ortega Morejón. Ce rapport, extrêmement important au point de vue de l'administration des Inka, est perdu au milieu d'une foule d'autres documents dans le tome 50 de la Colección de documentos inéditos para la historia de España. Il est daté de 1558.

Relación del origen, descendencia, política y gobierno de los Incas par Fernando de Santillán, magistrat à Lima, puis président de l'Audiencia de Quito, mort à Lima, en 1576 ; œuvre capitale au point de vue administratif et pleine d'un généreux sentiment de pitié pour les Indiens, écrite vers 1555, publiée par J. de la Espada dans Tres relaciones de antigüedades peruanas, à Madrid, en 1879.

Descripción de ta Ciudad de Quito y vecindad de ella, par le licencié Pedro Rodríguez de Aguayo (1576, Relaciones geográficas, t. 3).

Les documents principaux sont celles que nous devons à la plume de Juan Polo de Ondegardo, corregidor de la Plata, dans la province de Charcas, puis de Cuzco, bon administrateur et jurisconsulte avisé, qui vint au Pérou à une date antérieure à 1545 et y demeura jusqu'à sa mort en 1575. Il fut grand admirateur du système du Pérou précolombien et tenta d'empêcher le vice-roi de faire mettre à mort l'Inka Tupak-Amaru 49. Son premier rapport, qui se trouve manuscrit à la Bibliothèque Nationale de Madrid et qui est daté de 1560 : Relación del linaje de los Incas y como extendieron ellos susconquistas (tome 4 de la Colección de libros referentes á la histona del Perú), a été traduit par les soins de Markham dans son livre Narratives and laws of the Yncas (Londres, 1873) 50. Le tome 17 de la Colección de documentos inéditos del Archivo de Indias contient un second rapport, capital, Relación de los fundamentos acerca del notable daño que resulte de no guardar á los Indios sus fueros, daté du 26 juin 1571, suivi d'un écrit anonyme De la orden que los Yndios tenyan en dividir los tributos é destribuyrlos entre sí, qui a été également attribué à Ondegardo. Il faut joindre à ces travaux essentiels une Relación de los Adoratorios dle los Indios en los cuatro caminos que salían del Cuzco, reproduit dans le tome 4 de la Colección de libros referentes á la historia del Perú, et que Cobo, s'appropria dans son Historia del Nuevo Mundo, sans citer le nom de l'auteur, et un traité intitulé Los errore y supersticiones de los Indios reproduit dans le tome 3 de la même collection. En outre, selon Carlos Romero, il faudrait attribuer au même écrivain deux autres textes, l'un intitulé Copia de carta que según una nota se hallaba en el Archivo general de Indias, y que hemos rectificado…, qui figure dans le tome 13 de la Colección de documentos inéditos para la historia de España (Madrid, 1848, p. 425), et dans le tome 4 de la Colección de libros referentes á la historia del Perú ; l'autre, portant pour titre : Copia de unos capítulos de una carta de1 licenciado Polo para el Dr. Francisco Hernández de Liébana, publié dans le tome 6 de la Nueva colección de documentos inéditos para la historia de España (Madrid, 1896, p. 274), reproduit dans le tome 4 de la Colección de libros referentes á la historia del Perú. La première de ces lettres est un plaidoyer en faveur de la légitimité de la souveraineté espagnole aux Indes, la seconde a trait aux mesures administratives qui font déjà objet des autres rapports 51.

La lecture des ouvrages de Polo de Ondegardo est des plus instructives, mais elle est aussi des plus pénibles en raison de l'absence de paragraphes, d'alinéas et même de coupures quelconques. Nous avons relevé dans le premier de ces documents une phrase qui ne couvre pas moins de 4 pages ½ et elle n'est pas seule de son espèce.

Nous rattacherons à cet écrivain deux spécialistes de questions juridiques et sociales : le licencié Francisco Falcón qui, dans sa Representación hecha en concilio provincial sobre los daños y molestias que se hacen á los Indios, en 1582, reproduit dans le tome 11 de la Colección de libros referentes á la historia del Perú, plaide avec vigueur la cause des Indiens, et Juan de Matienzo, qui fit partie de l'Audiencia de las Charcas à Potosi vers 1560, qui jouit d'une grande réputation de jurisconsulte, et prit dans son manuscrit le contre-pied de Las Casas, montrant les inka, comme l'avait fait Sarmiento, sous les traits de tyrans usurpateurs et qualifiant les Indiens de menteurs, paresseux, cruels et pusillanimes. On trouvera l'œuvre de Matienzo, Gobierno del Perú, dans les Publicaciones de la sección de historia de la faculdad de filosofia y letras de Buenos-Aires, de 1910 52.

 

5° Les historiens espagnols du XVIIe siècle.

Nous nous éloignons de l'époque héroïque de la conquête, les informations deviennent de plus en plus difficiles à recueillir, et pourtant nous trouvons encore après 1600 des auteurs de premier ordre. Tous sont des ecclésiastiques, sauf Juan de Santa Cruz Pachacuti Yanqui Salcamayhua, Indien comme son nom l'indique, dont l'œuvre datée de 1620, Relación de antigüedades deste reyno del Pirú, offre peu d'intérêt pour nous, quoique l'auteur sache fort bien le kičua 53.

Fray Reginaldo de Lizárraga, un dominicain, dans sa Descripción breve de toda la tierra de Perú, Tucuman, Rio de la Plata y Chile qui figure dans les Historiadores primitivos de Indias (Nueva biblioteca de autores espanoles, tome 14), écrite aux environs de 1605, ne nous fournit guère d'indications. Nous serons plus heureux avec le Père Martin de Morua, dont la vie est peu connue, mais l'œuvre fort importante. Appartenant à l'ordre de la Merci, Morua résida longtemps à Cuzco et à Capachica, sur les rives du lac Titicaca. Il termina en 1590 son Historia del origen y geneología real de los Reyes Incas del Perú, de sus hechos, costumbres, trajes y manera de gobierno, vaste chronique et la seule dans laquelle le lecteur trouve l'histoire des reines et celle des grands capitaines. Ce texte a été reproduit dans la Colección de libros referentes á la historia del Perú (deuxième série, tome 4). Morua nous parle du régime économique et social des Inka, mais il se répète parfois, se contredit, et plusieurs des renseignements qu'il fournit sont certainement erronés.

De moindre importance pour nous est Fray Antonio de la Calancha, augustin, né à Chuquisaca, en Bolivie, connaissant la langue, bon observateur, mais partial et crédule à l'excès ; il nous a laissé une Córonica moralizada del orden de San Agustin en el Perú con sucesos egenplares vistos en esta monarquía, parue à Barcelone en 1638, qui, suivant les expressions de la Riva-Agüero, est un « ramassis monstrueux de dissertations dévotes, de gloses, de traits d'esprit à la gongora, de géographie, d'histoire et de faits conventuels » 54. Il existe certainement peu de livres aussi fastidieux que celui-ci ; même dans la littérature hispano-péruvienne. Les remarques naïves et les interminables sermons lassent le lecteur le plus ­courageux 55.

Le Père Pablo José de Arriaga, venu au Pérou en 1585, rivalise de longueur avec Calancha dans son ouvrage Extirpación de la idolatría del Perú, paru en 1621 à Lima, et ne s'occupe guère que de sujets religieux 56.

Plus bref et plus documenté est le Père Anello Oliva, jésuite napolitain qui vécut longtemps au Pérou et prétend tenir ses récits d'un Indien nommé Catari, gar­dien de kipu auprès des derniers Inka 57. Son manuscrit, daté de 1631, s'intitule Vida de varones ilustres de la Compania de Jesús de la provincia del Perú ; la première partie seulement qui traite de l'histoire du Pérou nous intéresse ; elle a été traduite par Ternaux-Compans à Paris en 1857, et publiée en espagnol à Lima en 1895.

C'est encore un Jésuite qui a écrit entre 1615 et 1621 la Relación de las costumbres antiguas de los naturales del Pirú, œuvre anonyme dont J. de la Espada a donné le texte dans ses Tres relaciones de antigüedades peruanas 58.

Enfin, le Père Alonso Ramos Gavilan, dans la première partie de son Historia de Nuestra Señora de Copacabana, publiée à Lima en 1621, traite des coutumes anciennes et presque exclusivement des idolâtries 59.

Tous ces religieux doivent être passés au crible d'une critique particulièrement serrée, car ils sont d'une extrême naïveté, prêts à tout croire, à crier au miracle en toute occasion 60.

Vers le milieu du siècle nous trouvons deux écrivains de grand mérite, Monte­sinos et Cobo.

Le Père jésuite Fernando Montesinos est sans contredit l'auteur le plus discuté du Pérou. Ses chronologies extravagantes et ses affirmations hardies ont été longtemps un objet de risée ; mais voici qu'aujourd'hui il remonte lentement la pente de l'opinion et, par une réaction naturelle, il est en passe de devenir, comme l'affirme Fidel López, « un des historiens les plus probes et les plus instruits du Pérou » 61. Montesinos est en effet un des premiers auteurs qui ait affirmé que les Péruviens connaissaient autrefois l'écriture et que de grandes civilisations avaient existé avant celle des Inka. Si la première affirmation n'a pu être contrôlée 62, la deuxième par contre s'est trouvée pleinement confirmée par les découvertes archéologiques. Certaines fouilles récentes viennent même de prouver la véracité de quelques informations de détail. C'est ainsi que des objets d'origine chilienne trouvés en Équateur ont permis de constater que Montesinos dit vrai quand il raconte que l'Inka employa pour conquérir les provinces du nord des troupes recrutées dans les régions situées au sud de l'Empire. De la Riva-Agüero prétend que Montesinos a été « trop réhabilité » 63 ; nous sommes tentés de le penser, car on trouve dans son œuvre bien des « légendes absurdes » 64. Nous ne devons ni croire en lui les yeux fermés, ni refuser de le consulter. Malheureusement, il s'est occupé de l'histoire des faits plus que de celle des institutions.

Montesinos, quoique tard venu, a dû certainement posséder des renseignements précieux, car il acheta des manuscrits composés sous la direction de Fr. Luis López, évêque de Quita, et il connut probablement une partie de l'œuvre aujourd'hui perdue de Blas Valera, dont nous avaons parlé ; il parcourut pendant plus de 15 ans le Pérou, où il fut curé de Potosi et à deux reprises chargé d'inspections. Il se vante d'avoir traversé 60 fois les Andes ; à la fois ecclésiastique, aventurier, spéculateur, dur pour les Indiens qu'il catéchise de force, il est une des figures les plus caractéristiques de l'époque coloniale.

Ses Memorias antiguas historiales y políticas del Perú, écrites en 1652, ont été publiées à Madrid en 1882, dans le tome 16 de la Colección de libros españoles raros ó curiosos et traduites en français par Ternaux-Compans dès 1840 65.

Bien différent de lui est le Père Bernabé Cobo, jésuite, qui manque d'originalité et pille consciencieusement ses devanciers, mais qui nous apporte une quantité d'informatians sur l'état économique et social de l'ancien Pérou. Ayant vécu 57 ans aux Indes de Castille, de 1596 à 1653, surtout à Mexico et Lima, il nous renseigne avec abondance sur ces pays qu'il connaît admirablement. Son plus grand tort est d'être arrivé bien tard, près d'un siècle après la conquête. Son His­toria del Nuevo Mundo a été publiée à Séville de 1890 à 1895 et forme quatre gros volumes.


La période de transition. Le XVIlIe siècle.

Rares sont ceux qui, ayant vécu au Pérou au XVIIIe siècle ou, l'ayant parcouru, ont étudié les Indiens et leur histoire ; c'est une période de recueillement; le temps des enquêtes est passé, celui de la critique moderne n'est pas né encore. Les chroniqueurs religieux eux-mêmes sont peu nombreux ; nous ne pouvons guère citer parmi eux que Juan José del Hoyo, curé de Tarma, en 1772, qui décrit les mœurs des Indiens de son temps dans son Estado del catolicismo, política y economías de los naturales del Perú que se dicen Indios y medios simplísimos de corregir (Colec­ción de libros referentes á la historia del Perú, tome 4) 66.

Les œuvres les plus importantes sont celles des voyageurs européens, mais elles sont surtout descriptives et nous n'aurons à recourir à elles que pour y découvrir des survivances. A. Frézier, auteur d'une Relation du Voyage de la mer du Sud aux côtes du Chily et du Pérou (Paris, 1716), et Durret, amusant narrateur d'un Voyage de Marseille à Lima (Paris, 1720), n'ont guère pénétré à l'intérieur du pays 67. Jorge Juan et Antonio de Ulloa, qui se rendirent au Pérou avec la première mission géodésique française, nous ont laissé en 1748 une Relación histórica del viaje á la América meridional hecho de orden de S. M. para medir algunos grados de meri­diano terrestre (Madrid, 5 volumes), suivie d'une histoire du Pérou, extraite de Garcilaso, le tout sans grande valeur 68. On aurait pu espérer mieux de savants qui laissent trop fréquemment libre cours à leur imagination et font preuve à l'égard des Indiens d'une hostilité voisine de la férocité. Il faut toutefois reconnaître l'intérêt certain de leurs Noticias secretas de América (Londres, 1826) qu'ils rédigèrent pour le Roi d'Espagne et qui jettent un .jour singulier sur la colonisation espagnole. P. Bouguer, qui fit partie de la même mission, ne parle pas des Inka dans sa relation intitulée : La figure de la terre (Paris, 1749). W. Bayer donne quelques indications sur Cuzco et le lac Titicaca dans ses : Reize naar Peru (Amsterdam, 1783. Chap. 11 à 15).

Quant aux travaux relatifs au Pérou écrits en France ou en Angleterre avant le XIXe siècle par des auteurs qui n'ont point passé l'Océan, ils nous renseignent moins sur l'histoire des Indiens d'autrefois que sur l'état d'esprit des Européens de ce temps. Nous les étudierons dans une annexe à cet ouvrage et ne retiendrons ici que les noms de cinq écrivains marquants :

L'abbé de Pauw, prêtre philosophe, admiré par Voltaire, s'amuse dans ses Recherches philosophiques (Berlin, 3 vol., 1768-1769) à prendre le contre-pied de Rousseau en dénigrant systématiquement les Américains. Il est vivement critiqué par le comte J. R. de Carli qui, par une réaction naturelle, écrit une véritable apologie des Inka : Delle lettere americane (Florence, 2 vol., 1780, traduits en allemand en 1785, en français en 1788) 69.

L'abbé Raynal dans son Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes (Paris, 1770), abstraction faite de sa sensiblerie énervante, de ses digressions et de ses contradictions, nous offre beaucoup de remarques intéressantes qui ne justifient pas le discrédit dans lequel il est tombé. Nous ferons la même observation pour L'influence de la découverte de l'Amérique sur le bonheur du genre humain (Paris, 1787) de l'abbé Genty. Par contre, l'ouvrage de W. Robertson, The history of America (1777), partial et superficiel, est loin de mériter le succès qu'il a obtenu 70.


Les temps modernes. – Le XIXe siècle.

Le XIXe siècle nous fournit une grande variété d'ouvrages de tous genres et de toutes qualités. L'archéologie et l'ethnolo

gie nous apportent un concours précieux, mais ces sciences sont si intimement mêlées à l'histoire politique et économique qu'on ne saurait souvent qualifier les auteurs d'archéologues, d'ethnologues, d'historiens ou de sociologues.

L'ouvrage de J. Skinner, The present state of Peru (Londres, 1805), composé d'après des articles du Mercurio peruano, est d'un médiocre intérêt pour nous, mais sa traduction française est accompagnée d'une importante description des provinces du plateau andin écrite par des missionnaires à la fin du XVIIIe siècle (Voyages au Pérou faits dans les années 1791 à 1794 par les PP. Manuel Sobreviela et Narcisso y Barcelo. Paris, 1809, 2 vol.) 71.

A. de Humboldt et A. Bonpland racontent leur Voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent (Paris, 3 vol. in-fol., 1814-25, et, Paris, 13 vol., 1816-­31), auquel ils annexent 2 atlas, l'un géographique, l'autre pittoresque réimprimé sous le titre : Vues des Cordillères et monumens des peuples indigènes de l'Amérique (Paris, 1816-24, 2 vol.).

A Paris, Alphonse de Beauchamp publie en 1808 son Histoire de la conquête et des révolutions du Pérou, en 2 volumes, dont le premier contient une histoire très superficielle des Inka, et le Chevalier de Propiac donne en 1824 ses Beautés de l'histoire du Pérou, traité naïf illustré de dessins qui font honneur à l'imagination de leur auteur. John Ranking écrit à Londres en 1827 ses Historical researches on the conquest of Peru, Mexico, Bogota, Natchez and Talomeco in the thirteenth cen­tury, by the Mongols, avec un supplément en 18831, œuvre d'une amusante fantaisie ; Alcide d'Orbigny, étudiant : L'homme américain (Paris, 1839) ne consacre aux Inka qu'un petit nombre de pages et suit exactement Garcilaso et Asosta ; J. M. de Cordoba y Urrutia, dans Las tres épocas del Perú (Lima, 1844) demeure très sommaire.

La source la plus importante de cette époque est l'ouvrage de W. Prescott, History of the conquest of Peru (Londres, 1847), consciencieux, clair, inspiré surtout par les Commentaires de Garcilaso et par la deuxième partie de la chronique de Cieza de León ; mais déjà démodé aujourd'hui et contenant des lacunes. Une bonne traduction française a paru en 1861, à Paris, en 3 volumes.

C'est dans Prescott et dans Garcilaso que H. Spencer vient puiser ses informations, mais le philosophe anglais n'a nullement voulu étudier le Pérou antique ; il a simplement cherché dans l'histoire de cet État des confirmations de ses thèses. Dans ses fameux Principles of Sociology (1879), il prend l'Empire inka pour type d'une société militaire, et il formule un certain nombre d'erreurs que nous aurons l'occasion de relever ultérieurement.

En Amérique même, Sebastian Lorente, Espagnol de naissance, professeur au Pérou de 1842 à 1884, dans son Historia antigua del Perú (Lima, 1860), nous donne un aperçu sommaire de l'ancienne civilisation de ce pays, sans aucune référence, presqu'uniquement inspiré par Garcilaso, mais écrit dans une langue si élégante que le lecteur en demeure charmé. C'est le type de l'ouvrage de vulgarisation.

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, un grand nombre d'écrivains entreprennent au Pérou des voyages qui sont souvent de véritables explorations, et commencent à fouiller la côte et le plateau. L'influence de Garcilaso, que nous venons de noter, diminue progressivement.

M. E. de Rivero et J. D. von Tschudi dans leurs Antigüedades peruanas (Vienne 1851) 72, traduites à Londres en 1853 et à Paris en 1859, nous fournissent un grand nombre de renseignements dont quelques-uns sont erronés. Von Tschudi a cru devoir déclarer qu'il ne prenait pas la responsabilité des hypothèses « dépourvues de toute base scientifique », qui figurent dans cet ouvrage dont le texte est l'œuvre du seul Rivero 73. Plus instructif est le travail du même Tschudi intitulé : Kultur historische und sprachliche Beiträge zur Kenntnis des alten Peru, publié dans le tome 39 des Mémoires de l'Académie Impériale des Sciences de Vienne, en 1891, traduit en espagnol dans la Colección de libros referentes á la historia del Perú, sous le titre Contribuciones á la historia, civilización y linguistica del Perú antiguo et dans lequel un certain nombre de termes kičua sont longuement expliqués.

Fidel López, qui soutint une controverse avec les deux auteurs précédents, peut être à coup sûr, qualifié de fantaisiste. Dans son livre Les races aryennes du Pérou (Paris, 1871), il cherche à prouver l'origine européenne des peuples sud-américains en notant des analogies. Il considère Garcilaso comme partial et accorde grand mérite à Montesinos.

Parmi les Français qui ont exploré scientifiquement le Pérou, nous ne trouvons aucun savant de premier ordre. De Castelnau a raconté son Expédition dans les parties centrales de l'Amérique du Sud, dont la troisième partie contient une série de planches lithographiées relatives aux antiquités des Inka (Paris, 14 volumes, 1850-1859) et P. Angrand mérite une place spéciale moins à cause de ses publications, encore que sa lettre sur les Antiquités de, Tiaguanaco soit fort intéressg.nte (Revue générale de l'Architecture et des Travaux Publics, 1867), qu'en raison de sa collection remarquable d'ouvrages sur l'Amérique qui se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale de Paris et qui est notre plus précieuse source d'informations. Un peu plus tard, C. Wiener a entrepris les grandes explorations qu'il a racontées dans son volumineux travail intitulé Pérou et Bolivie en 1880. Malheureusement il demeure suspect à plus d'un titre ; non seulement il s'appuie sur Montesinos avec complaisance sans le contrôler et commet de multiples erreurs, mais, ce qui est pire encore, il invente. Suivant Bandelier, il aurait été jusqu'à raconter des expéditions qu'il n'a nullement faites 74. Nous pouvons nous-mêmes constater qu'il a fait preuve de peu de sens critique et de beaucoup de fantaisie dans un autre de ses ouvrages qui nous intéresse particulièrement : Essai sur les institutions politiques, religieuses, économiques et sociales de l'Empire des Incas (Paris, 1814). Cependant, Wiener ne mérite pas d'être passé sous silence ; il sait observer avec intelligence et nous donne des aperçus vivants.

Au contraire, la brochure de J. de Neltray : Fouilles et voyages au pays des Incas (Sens, 1886), est dépourvue d'intérêt.

Ceux des écrivains français de la deuxième moitié du XIXe siècle qui n'ont pas quitté le continent se bornent, pour la plupart, à résumer Garcilaso. Mentionnons pour mémoire E. Desjardins, Le Pérou avant la conquête espagnole (Paris, 1858) ; A.Castaing, Le communisme au Pérou (Archives de la Société américaine de France, Paris, 1884, nouvelle série, t. 3, partie 1) ; C. A. Pret, Les institutions sociales et la législation du Pérou avant la conquête (Bulletin de la Société d'ethnographie, avril 1901) ; H. Castonnet des Fosses, La civilisation de l'ancien Pérou (Revue des religions, Angers, 1896). Par contre, nous trouvons des analyses pénétrantes, mais partiales et fort incomplètes, dans le tome 18 de la Géographie universelle (Paris, 1893) et le tome 4 de L'Homme et la Terre (Paris, 1905), de E. Reclus. Enfin, parmi les archéologues français, citons le Marquis de Nadaillac qui a étudié l'Amérique préhistorique (Paris, 1883).

A la même date que l'Essai de Wiener, paraissent en espagnol à Lima le Dic­cionario histórico-biográfico de M. de Mendibiru, qui traite de l'Empire des Inka dans un appendice, simple résumé des commentaires de Garcilaso 75, et les trois volumes intitulés El Perú de A. Raimondi, un des ouvrages les plus complets qui existent sur le Pérou moderne, mais peu documenté sur le Pérou ancien (3 vol., 1874-1879). Plus tard, M. Lafuente, dans son Historia general de España (Barcelone, 1888, t. 8), se contente de nous offrir un sommaire grossier et Ricardo Cappa fait preuve d'une partialité excessive dans son Historia del Perú (Lima, 1885) et ses Estudios críticos acerca de la dominación española en América (Madrid, 1889-91).

En langue anglaise, à Londres, W. Bollaert nous donne en 1854 ses Observations on the history of the Incas of Peru, on the Indians of South Peru and on some Indian remains in the province of Tarapaca, en 1860 ses Antiquarian ethnological and other researches in New-Granada, Equador, Peru and Chili, en 1865 son Introduction to the palaeography of America ; A. Helps en 1855-61, The spanish conquest in America and its relation to the history of slavery and to the government of colonies 76 ; J. Hutchinson en 1873, Two years in Peru ; D. Adams en 1885, The land of the Incas and the City of the Sun, or the story of Francisco Pizarro and the conquest of Peru, tous travaux peu instructifs pour nous. A New-York, E: G. Squier publie, en 1871, son important Peru, résultat de recherches consciencieuses et qui a été utilisé par un grand nombre d'écrivains postérieurs. E. J. Payne donne à Oxford en 1892 les deux volumes de son History of the New World, trop peu connus à notre avis, car ils sont pleins de réflexions judicieuses, par exemple en ce qui concerne l'influence exercée par le milieu sur l'indigène sud-américain.

En Allemagne, les Américanistes se divisent nettement en plusieurs branches, d'abord les compilateurs : A. Bastian, Die Kulturländer des alten Amerika, (Berlin, 3 vol., 1878-1889) 77 ; R. Bnihm, Das Inka-Reich (Iéna, r885); G. Brühl, Die Kultur­völker alt-Amerika's (New-York, 1877) ; R. Cronau, Amerika (Leipzig, 2 vol., 1892) ; F. Ratzel, Völkerkunde (Leipzig, 3 vol., 1885-1888) ; ensuite les voyageurs préoccupés d'archéologie : E. W. Middendorf, Peru (Berlin, 1893) ; W. Reiss et A. Stübel, Das Todtenfeld von Ancon, in Peru, Berlin, 1880-18S7) ; Reiss, Stübel, Koppel et Uhle, Kultur und Industrie Südamerikanischen Volker (Berlin, 1889 ; D. Seler, Peruanische Alterthümer (Berlin, 1893) ; enfin les sociologues : le Dr. O. Martens, Ein sozialistischer Grosstaat vor 400 Jahren (Berlin, 1895, résumé superficiel qui a été traduit en français sous le titre : Un grand État socialiste au XVe siècle, Paris, 1919) et un véritable chef d'école H. Cunow, Die soziale Verfassung des Inkareichs (Stuttgart, 1896). La thèse de Cunow est brièvement la suivante : les Empereurs péruviens n'ont jamais créé qu'un lien factice entre les tribus n'ont rien ajouté aux institutions préexistantes et se sont bornés à se les approprier ; l'Empire constituait non pas un État véritable, mais un agglomérat de peuples rassemblés par la force sous un même sceptre. La seule institution fondamentale, formant unité sociale, était le clan (ayl'u). Nous tenterons de démontrer dans le cours de cet ouvrage que cette théorie, qui est exposée avec beaucoup de vigueur et qui contient une part de vérité, demeure insuffisante.


Les temps modernes (suite). – Le vingtième siècle.

Au XXe siècle, les auteurs s'occupant de l'Amérique du Sud abondent sans pourtant qu'aucun d'eux ait jeté une lumière complète sur l'état social des Inka. La plupart ne traitent qu'incidemment cette question, et les meilleurs, s'aventurant avec crainte sur ce terrain difficile, gardent sur un grand nombre de points un silence prudent 78.

Les sociologues de langue française faisant allusion aux institutions péruviennes ne méritent guère plus d'une mention. C. Letourneau dans plusieurs de ses ouvrages, notamment dans L'évolution du commerce (Paris, 1897), et La condition de la femme dans les diverses races et civilisations (Paris, 1903), continue à s'inspirer à peu près uniquement de Garcilaso, de d'Orbigny et de Prescott. De Greef dans sa Socio­logie (Bruxelles, 1908, t. 2) essaye de concilier les théories de Spencer et de Cunow. Il admet que le Pérou est une association de tribus à idées égalitaires et pacifiques, mais en même temps, par une étrange contradiction, il explique que cette fédération devait nécessairement entreprendre des guerres. Dans son Évolution des croyances et des doctrines politiques (Bruxelles, 1895), il étudie le Pérou sans on­naître aucun des' auteurs espagnols du XVIe siècle,sauf Garcilaso. Vilfredo Pareto lui-même, qui est sans aucun doute un des premiers économistes de notre temps, parle des Inka en des termes qui prouvent son ignorance et sa partialité (Les systèmes socialistes, Paris, 1902). De nos jours, en 1914, Capitan et Lorin font paraitre à Paris une brochure sur un sujet particulier : Le travail en Amérique avant et après Colomb et, en 1924, G. Rouma publie à Bruxelles un travail de vulgarisation : La civilisation des Incas et leur communisme autocratique, excellent, mais malheureusement trop sommaire.

Deux archéologues de langue française valent d'être mentionnés : Eric Boman, Antiquités de la région andine de la République Argentine et du désert d'Atacama (Paris, 1908,2 vol.) et surtout, H. Beuchat, qui condense dans son Manuel d'archéologie américaine (Paris) tous les renseignements obtenus jusqu'à ce jour; ouvrage remarquable fixant l'étendue de nos connaissances en 1912, date de sa publication, mais qui forcément demeure très incomplet au point de vue social en raison même du domaine immense qu'il embrasse.

En langue espagnole, nous n'avons que des monographies à citer : El Perú antiguo y los modernos sociologos, d'A. Belaunde (Lima, 1908), El .AyllU de Bautista Saavedra (Paris, 1913), Las civilizaciones primitivas del Perú, de C. Wiesse (Lima, 1913) ; El comercio precolombiano, de Ricardo Latcham (Santiago de Chile, 1909), qui met en relief les relations commerciales existant entre les peuples antérieurement aux Inka ; La existencia de la propiedad en el antiguo imperio de los Incas (Santiago de Chile, 1923), étude consciencieuse du même auteur, mais qui manque de références ; la thèse de Pedro Irigoyen, lnducciones acerca de la civi­lización incáica (Revista universitaria de Lima, novembre 1909-janvier 1910), inspirée par Spencer ; Las Comunidades de indíenas en el Perú, de Bustamente Cisneros (même revue, 2e et 3e trimestres 1919) ; Observaciones sobre la organización social del Perú antiguo, de E. Zurkalowski (Mercurio peruano, mai 1919) ; Régimen de la propiedad durante los Incas, de C. Valdez de la Torre (même revue, novembre 1920).

En langue portugaise, nous ne connaissons qu'un seul livre qui traite de l'ancienne civilisation du Pérou, encore est-il sans valeur : O imperio dos Incas no Peru e no Mexico, de Domingos Jaguaribe (Sao-Paulo, 1913).

Au contraire, les écrivains de langue anglaise dignes d'être cités sont nombreux. C. Markham écrit à Londres son très vivant volume The Incas of Peru (1910) et une série d'introductions aux traductions des chroniqueurs espagnols qu'il fait paraître dans la collection Hakluyt 79. Markham est incontestablement un des meilleurs Américanistes de notre époque. J. Joyce (South American Archaeology, Londres, 1912) nous offre une excellente vue d'ensemble de l'Amérique précolombienne 80 ; l'Américain H. Bingham est moins intéressant dans son Inca-land (New­York, 1922), mais il a eu le mérite de mettre à jour au Pérou l'antique cité de Maču-Piču, refuge des chefs péruviens pendant la conquête espagnole et peut-­être aussi pendant ces temps troublés et mal connus qui ont précédé l'établissement de l'Empire des Inka. Son compatriote C. Mead publie en 1924 à New-York un petit opuscule de vulgarisation Old civilizations of Inca-land, plus amusant par ses gravures qu'instructif par son texte.

En Allemagne, O. von Hanstein suit Brehm ; son ouvrage Die Welt des Inka (Dresde, 1923), est manifestement destiné au grand public ; il est peu documenté, sans références, partial, systématiquement hostile aux Espagnols et surtout à l'Église catholique. Il contient en outre certaines erreurs que nous aurons l'occasion de relever. Il a été traduit en anglais 81. Au contraire, Hermann Trimborn, dans deux articles remarquables de la revue Anthropos (juillet-décembre 1923­-1924, Der Kollektivismus der Inkas in Peru) s'inspire de Cunow, mais en le complétant avec beaucoup de bonheur. Pour lui, toute l'organisation inka dérive du clan local et le titre même de son étude doit être pris dans un sens ironique 82.

L'ethnologie a apporté une contribution importante à l'étude du Pérou antique. L'observateur découvre des survivances non seulement dans les régions peu accessibles, mais encore dans les cercles fermés de famille ou de tribu de tout le territoire andin. Ce n'est pas que l'Indien résiste au blanc ; il accepte lois et décrets, mais en les déformant peu à peu, en les adaptant à ses conditions de vie ancestrales. La civilisation du Pérou antique est toujours vivante ; dans la lutte engagée avec la civilisation européenne, elle demeure jusqu'à présent victorieuse, au moins sur ­le haut plateau 83.

Si les mœurs d'autrefois persistent ainsi, c'est sans doute que les Inka avaient su imposer leurs règles avec une énergie peu commune. La machine a été si bien mise en mouvement que, le mécanicien, une fois mort, elle continue à marcher seule. Déjà Ondegardo remarquait que les Indiens s'obstinaient à travailler les terres de l'Inka et à déposer les récoltes de ces terres dans les greniers impériaux après la conquête espagnole 84. Il existe encore aujourd'hui des indigènes qui se marient entre eux, vivent en communauté, et invoquent leurs anciennes idoles 85. Les modes de culture décrits par les premiers chroniqueurs se retrouvent dans certaines régions de l'intérieur 86 ; les bergers comptent leurs troupeaux à l'aide des anciens kipu 87 ; les ouvriers, pour creuser les pierres, comme Cieza de León le raconte, les font encore éclater en les chauffant et en les arrosant ensuite d'eau froide 88 et nombreux sont les buveurs qui n'oseraient pas porter à leurs lèvres un verre de leur boisson nationale, la chicha, sans en verser d'abord quelques gouttes à terre en offrande au grand dieu Pačakamak. Il subsiste même, en maints endroits, des sociétés secrètes 89. Dans le domaine artistique en particulier, les survivances forment un véritable folklore 90 et dans le domaine juridique elles constituent un droit coutumier dont nous aurons à tenir compte 91. Parmi les études les plus intéressantes à ce point de vue, nous noterons : The Islands of Titicaca and Coati de A. Bandelier (New-York, 1910), The agrarian communities of Highland Bolivia de Mc. Bride (New-York, 1921), un article, Wallalo, de J. C. Tello et P. Miranda, dans la revue Inca, d'avril 1913, et les nombreuses brochures de M. Nordenskiöld.


Les historiens du royaume de Quito.

Nous ayons passé sous silence, pour les grouper ensemble, les auteurs qui se sont occupés du Royaume de Quito, annexé seulement à une époque tardive à l'Empire des Inka et qui a peut être connu une civilisation indigène antérieurement à cette annexion. Telle était du moins, l'opinion soutenue par Velasco au XVIIle, siècle.

Le Père Juan de Velasco, né à Riobamba, en Équateur en 1727, jésuite, expulsé par ordre du gouvernement de Madrid en 1767, résida en Italie et, pendant cet exil, rédigea à la gloire de sa patrie perdue son Historia del Reino de Quito. Cet ouvrage, qui est devenu rare 92, est le premier dans lequel ait été narrée l'histoire des Kara, peuple qui vivait en Équateur avant la conquête inka et qui avait atteint un certain degré de Civilisation. Velasco, si l'on en croit ses affirmations, aurait connu un manuscrit aujourd'hui perdu de ce Marcos de Niza dont nous avons parlé plus haut ; sans aucun doute aussi, a-t-il recueilli des renseignements sur place avant son départ de l'Equateur, mais l'absence à peu près complète de vestiges d'un Empire kara rend cet auteur suspect à la plupart de nos contemporains ; quelques-uns même, comme Jijón y Caamaño, le condamnent définitivement 93. Il est certain que les Relaciones faites en 1576 par ordre du Roi d'Espagne sur l'audiencia de Quito ne mentionnent pas l'existence d'une civilisation kara 94. Nous ne saurions, cependant tout rejeter dans l'histoire que nous conte Velasco ; cet auteur, comme beaucoup d'écrivains consciencieux mais naïfs, a rapporté ce qu'on lui a dit sans chercher à distinguer le vrai du faux, et son patriotisme exalté l'a peut-être empêché de réduire les faits à leurs justes proportions. Nous devons par conséquent être prudents quand nous nous référons à lui.

P. Fermin Cevallos, dans son Resumen de la historia del Ecuador desde su origen hasta 1845 en 6 volumes (Quito, 1886-1889) s'est borné à vulgariser Velasco. Au contraire, .González Suárez, évêque de Quito, écrivain élégant et critique averti, conteste les affirmations du Père jésuite équatorien. Son Historia general del Ecuador en deux parties a paru en 1890-1892 à Quito.

Nous trouvons peu d'indications concernant notre sujet dans les livres de F. Hassaurek, Four, years among Spanish-Americans, (New-York, 1867, traduit en allemand à Dresde en 1887) et de T. Wolf, Geografía y Geología del Ecuador (Leipzig, 1892). La deuxième partie du petit ouvrage de Jijón y Caamaño et Carlos Larrea, Un cementerio incásico en Quito en fournit davantage ; mais les plus précieuses sont contenues dans le tome 6 de la publication de la mission du Service Géographique de l'Armée pour la mesure d'un arc de méridien équatorial en Amérique du Sud, dont le premier fascicule est intitulé : Ethnographie ancienne de l'Équateur, par les docteurs R. Verneau et P. Rivet, et dont le deuxième renferme une excellente bibliographie (Paris, 1912;1922). C'est incontestablement le travail le plus scientifique et le plus important auquel nous puissions nous référer en ce qui concerne le Royaume de Quito.

Les côtes de l'Équateur, dont l'histoire semble être assez différente de celle du plateau, ont été étudiées par un archéologue américain, Marshall Saville, The antiquities of Manabi, Ecuador (New York, 1910).


Pour compléter cette liste d'ouvrages, il ne manque plus que l'énumération des articles les plus marquants, mais le lecteur les trouvera indiqués au cours de notre étude. Nous mentionnons seulement ici les revues dont le dépouillement nous a été particulièrement profitable : en France, le Journal de la Société des Américanistes de Paris, auquel nous joindrons les rapports déposés aux congrès internationaux d'Américanistes ; en Amérique, le Boletín de la Sociedad ecuatoria de estudios históricos americanos de Quito, continué par le Boletín de la Academia nacional de historia, la Revista histórica de Lima, la revue Inca, la Revista universitaria de Lima, le Mercurio peruano et la Revista universitaria de Cuzco. Dans les revues, nous trouvons des études signées par d'éminents Américanistes, tels que MM. Verneau, Rivet, de Créqui-Montfort, Berthon, Nordenskiöld, Hrdlička, Max Uhle, Otto von Buchwald, Ainsworth Means, Jijôn y Caamaño, de la Riva-­Agüero, González de la Rosa, H. Urteaga, Debenedetti, C. Ugarte, etc.

Et maintenant que nous avons énuméré les auteurs qui ont parlé des Inka il nous faudrait citer ceux qui auraient dû en parler et qui ne l'ont point fait. Durkheim, Giddings, Ward, Bouctot, Sudre, Sagot, Altarnira, Adler, Conrad, Pohlman mentionnent à peine les Péruviens. Parmi les économistes, Vilfredo ­Pareto et Joaquín Costa ont daigné leur consacrer quelques pages, Nicholson quelques lignes.

Ce silence s'explique si l'on songe aux difficultés que présente l'étude des institutions sociales du Pérou précolombien. La masse énorme de documents d'inégale valeur, dont nous avons donné un aperçu, rebute le chercheur ; beaucoup, parmi les anciens auteurs, sont désespérants de longueur et navrants de naïveté ; beaucoup, parmi les modernes, évitent d'approfondir les questions économiques ou soutiennent des thèses préconçues. Chez tous cependant, nous trouverons quelque chose à glaner ; leurs contradictions et leurs incertitudes mêmes nous mettront sur la voie de la vérité.

N'est-il point paradoxal que de notre temps l'on persiste encore à emprunter des exemples de socialisme d'État ou de collectivisme agraire à la Sparte de Lycurgue ou aux très anciens Germains, alors que l'Empire Inka date du XVe siècle, et que l'on continue à citer Tacite sans vouloir jamais mentionner les chroniqueurs espa­gnols 95 ?

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