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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 19:02

L'Empire socialiste des Inka


Université de Paris — Travaux et mémoires de l'Institut d'Ethnologie — V (1928)

par Louis Baudin
Professeur à la faculté de Droit de Dijon

Chapitre IX — Le socialisme d'État (suite). La réglementation de l'offre

Si l'un des objectifs du socialisme est d'organiser le travail humain comme une « usine unique », et de supprimer toute concurrence nationale et internationale » 1, le système inka est bien socialiste à cet égard. Tout y est réglé par voie d'autorité, soit que celle-ci innove, soit qu'elle se borne à consacrer une coutume antérieurement établie.


L'obligation au travail

Le travail était obligatoire, mais ce mot était pris dans son sens le plus large, les castes supérieures ayant à accomplir un travail intellectuel, de direction, d'organisation ou de surveillance. Tous les Inka travaillaient, car tous occupaient des postes dans l'administration, le clergé ou l'armée ; nul ne pouvait vivre dans l'oisiveté. Seuls étaient exempts, les vieillards, les infirmes, les malades ou autres incapables.

 

Le principe était appliqué d'une manière si étendue que les enfants dès l'âge de cinq ans, devaient accomplir quelque tâche en rapport avec leurs forces et que les femmes, se rendant visite les unes aux autres, emportaient leur quenouille pour filer tandis qu'elles marchaient et qu'elles causaient. Les princesses faisaient porter leur quenouille les unes chez les autres quand elles s'allaient voir 2. Les aveugles même étaient employés à égrener le maïs 3.

L'obligation au travail permettait évidemment d'intensifier la production, mais ce n'était pas là sa seule raison d'être. Elle visait avant tout à combattre la paresse. C'est un point de vue diamétralement opposé à notre point de vue actuel et qui fait du système inka une économique non-euclidienne, comme nous dirions aujourd'hui 4. Le travail était considéré comme une fin plus que comme un moyen ; son rôle était d'assurer avant tout la santé physique et morale du travailleur 5. L'Inka avait pour maxime, dit Acosta, « qu'il fallait toujours tenir les Indiens occupés » 6. Alors qu'aujourd'hui le législateur cherche à accroître les loisirs de la masse de la population, même au détriment de la production ; le souverain péruvien allait jusqu'à faire exécuter des travaux inutiles plutôt que de laisser les hommes oisifs 7. Il savait qu'il est mauvais de laisser des loisirs à ceux qui sont incapables de les utiliser intelligemment. Lui-même donnait l'exemple. Les orejones se rendant au palais, raconte Betan­zos, trouvèrent le monarque en train de peindre et de dessiner 8. Les premiers mendiants qui apparurent l'époque coloniale furent bafoués et méprisés.

Éviter la paresse, telle a été une des préoccupations dominantes des souverains de Cuzco, cette paresse qui semble naturelle chez l'Indien puisqu'elle a reparu après la chute de l'Empire, au grand désespoir des Espagnols 9.

Il ne faudrait pas croire cependant que le travail exigé des Indiens était perpétuel et pénible. D'abord des repos le coupaient, les fêtes étaient en grand nombre : « Elles se donnaient la main les unes aux autres », dit joliment Suárez 10. Tschudi en a compté 158 par an, non compris celles données en l'honneur des konopa et des événements de famille 11. Les loisirs étaient donc nombreux, mais leur emploi soustrait à l'initiative individuelle ; les Indiens, les jours de fête, devaient prendre part aux réunions populaires : banquets, chansons et danses.

D'autre part, les souverains de Cuzco veillaient à empêcher les travailleurs de dépasser les limites de leurs forces ; ils tenaient compte de l'âge, du sexe, de la constitution physique de l'Indien et de la nature du travail. Jamais chef d'État n'a été plus soucieux de la santé de ses sujets ; la recherche du mercure, qui donne « des tremblements et des contractions de nerfs », était interdite 12, la pêche des perle l'était également 13 ; un petit nombre d'Indiens seulement étaient envoyés dans les plantations de coca, situées en terre chaude et malsaine, et encore devaient-ils toujours être eux-mêmes originaires de terre chaude. Les Espagnols qui n'ont pas suivi cette dernière règle ont fait périr des tribus entières 14.

Pour les travaux pénibles, mais nécessaires, il était établi un roulement, en vertu de la règle que Garcilaso nomme « du travail alternatif » 15 et qui a été ptard le principe de la mita espagnole.

Deux catégories de travail étaient obligatoires pour tous les hommes valides de 25 à 50 ans : le travail agricole et le service militaire 16.

Pour les travaux effectués pour le compte de l'État, des tâches fixées par les chefs et devaient être scrupuleusement exécutées avec les matières premières fournies par l'administration. Nul n'avait le droit d'accomplir moins ni plus, que sa tâche : car dans le premier cas il serait demeuré oisif et dans le deuxième il aurait permis à un autre de l'être 17. Par contre, la règle de l'aide mutuelle que nous avons déjà vue appliquée au régime des terres était érigée à la à hauteur d'une loi que Garcilaso nomme « loi de fraternité » 18. Quand un travailleur était incapable de mener à bien son ouvrage, ses voisins devaient l'aider, à charge de revanche.

Les provinces de l'Empire étaient groupées deux à deux, chacune d'elles venant d'office au secours de sa voisine en cas de besoin ; ainsi les conquérants européens virent-ils en certains territoires accourir des Indiens désireux d'aider leurs compatriotes à reconstruire les villages détruits par la guerre.

Plus tard, les souverains espagnols, constatant la tendance des Indiens à vivre d.ans l'oisiveté dès qu'une certaine liberté leur était laissée, recommandèrent aux vice-rois d'obliger leurs sujets à travailler. On sent qu'ils ne donnèrent une telle instruction qu'avec beaucoup d'hésitation, car ils savaient bien que la contrainte servirait de prétexte à exercer une tyrannie et à réduire les Indiens en esclavage si elle n'était pas appliquée par des encomenderos conscients de leurs devoirs ; aussi précisèrent-ils que l'obligation au travail devrait s'exercer par « les moyens les plus doux » 19.


La division du travail


« Plutarque se trompe quand il dit qu'il n'y a personne qui n'ait besoin de la science du voisin. »


(Cobo, Historia, t. 3, liv. 14, ch. 15.)

 

L'économie de famille régnait encore chez les Kičua, et les Inka la maintinrent. L'Empire offrait le curieux spectacle d'une civilisation qui demeurait hostile à la division du travail. Celle-ci existait, il est vrai, entre les sexes, la femme se spécialisant dans la filature et les travaux domestiques, mais la règle était que chacun devait produire tout ce qui lui était nécessaire : nourriture, logement, vêtements, armes. Les fils des premiers personnages et ceux de l'Inka lui-même, quoiqu'appelés à se spécialiser plus tard dans le travail de direction, devaient savoir eux aussi cultiver et fabriquer. Les maîtres s'assuraient que les jeunes gens possédaient ces connaissances avant de les admettre dans la caste supérieure ; à cet effet, lors des grandes épreuves de l'initiation (huaraku), les candidats étaient invités, comme nous l'avons vu, à fabriquer des armes, celles du moins qui n'exigeaient pas l'assistance du fondeur, et des sandales au moyen d'un morceau de peau de lama ou de fibres tressées 20.

Il n'y avait ni tailleur, ni cordonnier, ni armurier dans l'Empire 21.

Il existait cependant des artisans, en petit nombre, à qui étaient confiés les travaux qui exigeaient des connaissances particulières. Comme le dit Acosta, seuls les arts et métiers qui n'étaient pas indispensables à la vie avaient leurs ouvriers professionnels ; orfèvres, peintres, potiers, tisserands en étoffes fines 22. C'était l'industrie de luxe de l'époque et c'est pourquoi ces ouvriers travaillaient tous uniquement pour l'Inka 23.

Comment se recrutaient les artisans ? Probablement, ainsi que l'affirme Garcilaso, par voie d'hérédité. L'enfant faisait son apprentissage en aidant son père, comme le voulait la loi de l'Inka, et devenait ainsi apte à le remplacer plus tard 24.

Pačakutek semble être intervenu pour spécialiser quelques tribus dans les métiers ou les arts qu'elles étaient particulièrement capables d'exercer, en sorte que certaines localités acquirent une grande réputation dans tout l'Empire 25.


Les mesures de prévoyance

Peu de monarques ont eu le sens de la continuité des générations aussi aiguisé que les Inka 26. Habitant un pays pauvre, ils ont cherché à assurer l'avenir de leurs peuples, perpétuellement menacés dans leur existence. Tout au contraire des Espagnols, qui tuaient les bestiaux par plaisir et vidaient les dépôts de vivres sans nécessité, tout au contraire des États modernes qui épuisent leurs richesses naturelles et sapent eux-mêmes les fondements de leur puissance ; les Inka songeaient toujours au lendemain, et, refrénant les appétits immédiats, construisaient pour l'éternité.

Nous avons vu combien les souverains du Pérou étaient soucieux de la santé de la population, nous allons voir qu'ils se préoccupaient aussi de lui ménager des ressources 27.

Dans les pays oùles arbres étaient rares, l'usage du bois était réglementé et surveillé par le tukrikuk,sage disposition destinée à éviter' ce déboisement dont ont souffert tant de peuples anciens et modernes 28.

Les animaux domestiques étaient protégés. On rie tuait jamais les femelles, afin de favoriser la multiplication du bétail. Les animaux sauvages eux-mêmes étaient l'objet de mesures de protection ; nul ne pouvait chasser sans une permission de l'Inka ni en dehors du territoire de sa communauté 29.

 

Voici comment était réglée là chasse de l'Inka 30 : plusieurs milliers d'Indiens 31, placés en ligne à courte distance les uns des autres, entouraient un vaste territoire et se dirigeaient vers un point central en rabattant le gibier devant eux à grands cris. Les animaux enfermés dans ce cercle infernal, qui allait en se rétrécissant de plus en plus, finissaient par être pris à la main ou dans des fi1ets. Les bêtes dangereuses étaient tuées. Une quantité de vigognes et de huanacos, sautant et crachant à la figure des chasseurs, étaient capturés, comptés, tondus et libérés, sauf un petit nombre de mâles que l'on abattait. Ces derniers, ainsi que toutes les bêtes blessées étaient destinés à la consommation. Les femelles, comme celles des animaux domestiques, étaient épargnées ; elles n'étaient même jamais offertes en sacrifice 32.

Les battues se faisaient récemment encore sur le haut plateau suivant les coutumes anciennes, seulement les cercles étaient plus étroits et, pour suppléer à l'in­suffisance du nombre des chasseurs, on tendait une corde d'une centaine de mètres garnie de banderoles rouges en travers d'un défilé. Les vigognes, affolées par les cris des rabatteurs, venaient donner contre la corde qui les épouvantait, mais il ne fallait pas qu'un huanaco se trouvât au milieu d'elles, car cet animal plus hardi franchissait la corde et toutes les vigognes le suivaient 33.

 

Grâce à ce système prévoyant, le gibier pullulait au temps des Inka, les cerfs étaient en si grand nombre qu'ils entraient dans les villages, si l'on en croit Garcilaso, et qu'un soldat de l'armée conquérante pouvait en tuer six ou sept par jour avec son arquebuse 34.

Quand on songe aux animaux qui ont été exterminés par nos contemporains, tels que les buffles, les éléphants, les oiseaux de paradis, les castors, les baleines, les phoques ; quand on songe à la destruction du gibier dans notre France moderne par un braconnage éhonté, il faut reconnaître que les Inka avaient une haute conception de leur mission. C'est à grand peine aujourd'hui qu'on essaye de réagir en réglementant la chasse ou en constituant des parcs nationaux et des réserves.

Il n'existait pas pour la pêche de dispositions analogues à celles qui visaient la chasse. Les poissons étaient comptés par des fonctionnaires spéciaux qui en prélevaient un certain nombre pour l'Inka, et s'en attribuaient quelques-uns comme rétribution de leur travail 35.


La technique industrielle


« Je crains qu'on embarrasserait le plus habile artisan d'Europe si on le chargeait de faire de pareils ouvrages avec un marceau de cuivre ou des pierres sans lui permettre d'employer aucun autre outil. »


(A. de Ulloa, Voyage historique de l'Amérique méridionale, trad. franç., p. 385.)

 

L'outillage général. – L'imagination demeure confondue quand on voit les résultats que les Péruviens obtinrent avec les moyens primitifs dont ils disposaient Ulloa lui-même, toujours prêt à décrier les Américains, ne cache pas son étonnement. Les Indiens ne connaissaient ni la scie, ni les tenailles, ni le vilebrequin, ni la vis, ni le clou, ni la vrille, ni la lime, ni le rabot, ni les ciseaux, ni les soufflets, ni la colle, ni le verre, ni même la roue. Leurs seuls outils étaient le marteau de pierre, le ciseau de bronze, la hache de cuivre et le pinceau de plumes. Des tuyaux de cuivre faisaient l'office de soufflets, des cordes remplaçaient les clous, des épines ou des éclats de bois dur servaient d"aiguilles 36. Encore le marteau ne méritait-il guère son nom : c'était une pierre ou une masse de bronze aux coins arrondis, plus ou moins grosse, allongée, polie et sans manche, que l'on prenait à pleine main et avec laquelle on frappait 37. Aujourd'hui encore l'indigène de l'île de Titicaca préfère se servir d'un caillou plutôt que d'un marteau proprement dit, il attache plus souvent qu'il ne coud, certains Indiens de Bolivie coupent leurs cheveux avec un silex 38 et les Colorados des forêts vierges occidentales de l'Équateur unissent les bois tendres qui forment la charpente de leurs cases par des morceaux de bois dur (chonta) en guise de clous 39.

Les outils servaient parfois à plusieurs usages, leur spécialisation n'étant pas aussi avancée qu'aujourd'hui ; ils se transformaient peu à peu pour mieux s'adapter au but poursuivi, leur évolution étant plus rapide dans le sud de l'Empire que dans le nord 40.

Tels sont les instruments avec lesquels les Indiens ont construit des palais, tracé des routes e jeté des ponts sur les torrents. La force humaine seule a réalisé ce prodige, l'animal même étant incapable d'apporter un concours utile. L'abbé Raynal constate avec raison que « le travail, le temps et la patience tenaient lieu aux .Péruviens des outils qui leur manquaient » 41.

L'Indien au temps des Inka paraît avoir été à la fois peu inventif et fort habile. Il n'a pas découvert des outils très simples qui auraient grandement facilité son travail, mais il a fort bien tiré parti de ceux qu'il avait à sa disposition. En outre, il a pleinement uti1isé quelques-unes des ressources que la nature lui offrait. Certaines plantes fournissaient à la fois la nourriture, la boisson et des matières premières pour la construction des maisons et la fabrication des vêtements. Tel le maïs qui donnait le pain, le légume et la boisson, ou encore le maguey dont le suc servait à guérir les plaies, les feuilles à confectionner un breuvage, les fibres à fabriquer le fil et la corde, les racines à laver la peau et à faire pousser es cheveux, la tige à édifier les charpentes des habitations, – ne méritait-il pas d'être appelé « l'arbre des merveilles » comme le fait Acosta 42 ? – et Las Casas exagère à peine quand il dit qu'on tirait de cette plante le pain, le vin, le vinaigre, le miel, le sucre, les vêtements, les sandales, les aiguilles à coudre, le bois à brûler, le bois à bâtir et le couvert des maisons 43.

L'habileté des péruviens était chose reconnue à l'époque coloniale. En 1533, le licencié Espinosa demandait que l'on envoyât à Panama 2 000 Indiens du Pérou pour y construire des routes et ses monuments 44.

 

Les mines et la métallurgie. – Les Péruviens connaissaient le cuivre, le bronze, l'argent et l'or ; ils ignoraient le fer ou ne voulaient pas l'exploiter 45.

Géographiquement, une grange division s'impose entre les pays à prédominance de cuivre (Équateur et côte du Pérou) et les pays à prédominance de bronze (Haut Pérou et Bolivie) 46. Le centre de production du bronze était naturellement situé dans une région productrice d'étain, par conséquent en Bolivie. Ce métal a dû apparaître postérieurement à l'époque de Tiahuanaco, probablement pendant la période intermédiaire, puisque les crampons des murailles de la grande cité aymará sont en cuivre pur 47, et ce furent les Inka qui répandirent son usage dans les contrées riveraines du Pacifique et en Équateur 48.

L'industrie de l'or, née sur le plateau péruvien, a de même été enseignée par les conquérants kičua aux gens de la côte, mais déjà ceux-ci travaillaient le métal par des procédés venus des Guyanes ; aussi devinrent-ils, grâce à cette superposition de techniques et grâce également à la découverte qu'ils firent de l'argent, les plus grands métallurgistes de l'Amérique du Sud 49.

 

Les mines d'or se trouvaient à Carabaya, Zamora, Parinacocha 50, et dans la vallée de Curimayo près de Cajamarca, les mines d'argent à Porco et Andacaba, mais l'or était retiré surtout par lavage des sables aurifères 51.

La fameuse mine de Potosi ne fut découverte que par les Espagnols. Suivant une légende péruvienne l'Inka connaissait Potosi, mais ne voulut pas exploiter cette mine, car les premiers Indiens chargés de commencer le travail auraient entendu une voix leur dire : « N'extrayez pas l'argent de cette colline, il est destiné à d'autres maîtres » 52. Les Équatoriens employaient l'or dans trois régions principales : chez les Kañari au sud, chez les Pasto au nord et chez les Esmeralda sur la côte nord-ouest 53. Wolf, parlant des lavages d'or de l'Azuay en Équateur remarque que leur richesse était autrefois ce qu'elle est aujourd'hui, mais que les Inka avaient une main-d'œuvre plus nombreuse et plus patiente que la main-d'œuvre actuelle 54. Point n'est besoin d'avoir recours, pour expliquer l'abondance des richesses dans les temples et les palais du Pérou antique, aux légendes des mines cachées. C'est l'homme qui a' changé et non la nature. Les seuls secrets des Inka étaient la discipline et le travail et ils sont en effet perdus aujourd'hui. .

 

L'extraction du minerai se faisait en creusant des galeries au marteau et au ciseau 55. Pour fondre le minerai de cuivre, on le plaçait dans des creusets en terre cuite au dessus d'un feu que 8 à 12 Indiens attisaient en soufflant dans des tubes 56. Ce procédé ne pouvait pas être employé pour l'argent qui ne fond pas quand on le chauffe. Les Indiens découvrirent que ce dernier métal coulait lorsqu'on avait soin de l'additionner d'une certaine quantité de plomb, d'où le nom de celui-ci : garuček = celui qui fait couler 57.

La fusion se faisait de la manière suivante : les minerais étaient broyés à l'aide d'une pierre et placés dans des fourneaux huaira en forme de pots de fleurs percés de trous. On mettait du charbon de bois dans le pot avec le minerai par-dessus ; le métal en coulant tombait dans un récipient de terre disposé au-dessous. Ces fourneaux étaient placés au sommet des collines où soufflait un vent violent et ce fût, à en croire les chroniqueurs, un spectacle féerique que celui des douze ou quinze mille feux qui illuminèrent la nuit la montagne, lorsque les Espagnols commencèrent à exploiter les mines de Potosi 58.

Pour séparer le plomb, il fallait procéder ensuite à une série de fusions ultérieures, mais celles-ci avaient lieu dans les maisons. On plaçait l'argent dans de petits fourneaux formés d'une voûte en terre cuite ; un moufle percé de trous était introduit et l'espace laissé libre entre ce moufle et la paroi du dôme était garni de charbon de bois 59. Pour tirer le métal du feu, faute de tenailles, on le prenait avec des baguettes de bois ou de cuivre et on le jetait sur de la terre humide où on le remuait jusqu'à ce qu'il pût être saisi avec les mains.

En règle générale, les mines appartenaient à l'Inka, qui fixait chaque année la quantité de métal à extraire ; quelques-unes cependant avaient été données à des kuraka. Le travail se faisait par roulement, par périodes correspondant à nos trimestres, à raison d'un Indien sur cent dans les provinces minières, les ouvriers devant toujours être mariés afin que leurs femmes pussent s'occuper de leur nourriture 60.

Le mercure était également connu des Péruviens, mais nous avons vu qu'il n'était pas exploité en raison de la nocivité des vapeurs qu'il dégage. Cependant, l'Inka tolérait la recherche du vermillon (cinabre) obtenu en écrasant le minerai et en le lavant ensuite 61. Les princesses se servaient de ce fard pour se maquiller le visage 62 et J. de la Espada prétend que les Indiennes des provinces voisines du lieu d'exploitation l'utilisaient également 63. La mine principale de mercure du Pérou était celle de Huancavelica que les Espagnols découvrirent seulement en 1564, les Indiens' n'ayant pas révélé son existence 64.

 

Le travail du bois, de l'os et de la pierre. – Le bois blanc étant rare, les Indiens se servaient de chonta, très dur, pour fabriquer des armes et des ustensiles de ménage. Ils le travaillaient, comme ils le travaillent encore aujourd'hui, avec une grande habileté 65. Malheureusement, l'humidité a détruit le plus grand nombre des objets déposés dans les tombes du plateau.

L'os servait à la fabrication des instruments de musique et de certaines épingles.

Le travail de la pierre exigeait une patience particulière ; l'Indien choisissait de préférence des roches à grain fin, résistantes et polissables 66 ; il les sciait avec un fil d'argent et les martelait avec un silex ; il les polissait en les frottant avec une pierre et de l'eau mêlée d'émeri ; il les perçait en faisant tourner rapidement un morceau de jonc où d'os enduit de sable fin et dur mouillé. Pour obtenir un mortier, il forait une série de trous rapprochés, puis cassait les parois qui séparaient les trous et égalisait le fond de la cuvette en la frottant avec un caillou dur 67. Il faisait aussi éclater les pierres en les chauffant, puis en versant sur elles de l'eau froide, procédé qui est encore employé de nos jours 68.

 

La construction. – Les procédés de construction différaient suivant les régions. Sur la côte les indigènes élevaient des murs en adobes, c'est-à-dire en briques faites de terre argileuse grasse entremêlée de chaume coupé et séchée an soleil ; parfois au lieu de préparer des briques, ils dressaient sur place une charpente avec des roseaux attachés les uns aux autres par des cordes et coulaient la matière argileuse dans le moule ainsi formé.

Les habitations importantes avaient des fondations en pirka (argile mêlée de galets et de feuilles de maïs) jusqu'à une profondeur variant entre 60 cm et 90 cm au-dessous du sol et une hauteur de 60 cm environ au-dessus du niveau de la voie 69. Leur superstructure était faite ensuite en adobes.

Sur le plateau, les adobes et la Pirka étaient utilisées pour la construction des habitations ordinaires, mais pour les édifices importants, c'était la pierre qui servait de matière première. Parfois les murs étaient faits de dalles en roche dure : granit, porphyre, diorite, emboîtées les unes dans les autres par des mortaises avec un soin si merveilleux qu'on ne pouvait glisser entre elles la lame d'un couteau. « Toutes les pierres n'en paraissaient qu'une, dit Las Casas, tant elles étaient bien jointes 70. » L'ajustement était réalisé par frottement, après avoir disposé entre les parois une couche de sable mouillé. Peu de spectacles ont provoqué davantage l'admiration des Européens. « C'est, dit Monnier, un véritable travail de bijouterie 71 ».

 

N'oublions pas que les architectes péruviens ne connaissaient ni l'équerre, ni le compas. Une pierre énorme du mur du palais de l'Inka Roka à Cuzco, s'emboîtant dans .ses voisines par 12 creux ou saillies, est appelée parles Indigènes « pierre des 12 coins ». A Maču-Piču, des maisons sont construites sur le rocher par simple superposition de blocs non cimentés, même quand la pente de ce rocher atteint 40 degrés 72. Souvent les pierres, légèrement bombées au milieu de la face extérieure et taillées droit vers les joints, rappellent celles de certains palais florentins 73. Les angles des murailles des forteresses sont « si bien contre-bastionnés que les lignes se commandent et se soutiennent mutuellement » et Fergusson s'enthousiasme pour une « perfection que n'atteignirent jamais ni les Grecs, ni les Romains, ni les ingénieurs du Moyen Age » 74.

 

D'autres fois, les blocs étaient ajustés au moyen de pirka qui jouait le rôle de ciment ; telles sont les murailles qui subsistent à Curampa, près d'Aban­cay, et à Viracochabamba.

Enfin les murs de soutènement des terrasses étaient faits souvent de pierres plates superposées et quelques-uns d'entre eux atteignaient une grande hau­teur 75.

On peut se demander comment les Indiens réussissaient à transporter les rochers pesants qui formaient leurs murailles. Chacun de ces blocs était sans doute traîné à l'aide de câbles et poussé à la main ; parfois l'un d'eux résistait à tous les efforts et, après avoir oscillé, retombait sur les ouvriers qu'il écrasait ; souvent un autre devait être abandonné sur une pente qu'on ne parvenait pas à lui faire gravir, il formait alors une de ces « pierres fatiguées » (Piedra canzada) que l'on montre aujourd'hui aux voyageurs. Malgré tout, le déplacement de ces masses énormes demeure mystérieux et l'on s'est demandé si les Indiens n'utilisaient pas pout l'effectuer quelque procédé perdu depuis lors, par exemple un système hydraulique.

 

Peut-être, pourrait-on admettre, comme le fait M. Déchelette pour les dolmens, que l'on soulevait les pierres au moyen de leviers et de terrassements en sous-­œuvre, qu'on les faisait glisser ensuite et qu'on arrivait à les faire cheminer en répétant plusieurs fois la même opération 76. G. de Santa Clara explique que pour placer les pierres on les élevait par des terre-pleins successifs jusqu'à la hauteur voulue et qu'on les poussait ensuite sur les autres blocs déjà en place 77.

Un des blocs destinés à la forteresse de Saxahuaman, à Cuzco, fut, à en croire Garciaso, transporté par 20 000 Indiens, mais ayant basculé, il en écrasa 2 ou 3 000. C'est à la suite de cette, catastrophe que les Indiens révoltés auraient, suivant Morua, tué l'infant Urko, fils de Virakoča, qui avait ordonné le transport du rocher 78.

Comment même détachait-on ces blocs des montagnes ? On peut supposer avec Joyce que les Indiens faisaient des trous dans la pierre pour y introduire des coins de bois, puis qu'ils les remplissaient d'eau et que la dilatation du bois faisait éclater le rocher 79.

 

Quant à la terre et aux pierres de petites dimensions, elles étaient transportées dans des pièces d'étoffe de cabuya distribuées à cet effet par les soins de l'Inka et dont un bord était noué autour du cou. Ce procédé est encore en usage dans les villes boliviennes 80.

Les parois extérieures de certains des murs ainsi construits étaient enduites d'argile mélangée de laine et de suc de cactus et les parois intérieures étaient fréquemment recouvertes d'une sorte de stuc rouge 81.

Les édifices étaient tous bas, sans étage, ou exceptionnellement avec un petit nombre d'étages, comme à Viracochabamba, Huamachuco ou Maču-piču 82 ; ils présentaient le maximum de résistance aux tremblements de terre et ont mieux tenu que les maisons construites par les Européens 83,mais un certain nombre d'entre eux ont été détruits par la main même de l'homme : ainsi la grande cité de Tomebamba, où naquit l'Inka Huayna-Kapak, fut rasée par Atahualpa avant l'arrivée des blancs.

On admet généralement que les Indiens ne connaissaient pas la voûte et Acosta parle de leur étonnement à la vue du premier pont voûté construit par les Espagnols. Tous s'attendaient à ce que le pont croulât 84. Les fenêtres doivent être considérées comme exceptionnelles, les Indiens de l'Équateur les ignoraient 85, les habitants de la côte également  86, mais on en rencontre quelques-unes dans l'intérieur à Huamachuco, Tarmatambo, Vilcabamba, Viraco­chabamba, Maču-Piču 87. Les portes étaient généralement étroites, fort hautes dans les palais, de façon à permettre le passage de la litière royale, et toujours en forme de trapèze à la manière égyptienne, c'est-à-dire que le linteau était sensiblement plus court que le seuil et pouvait être constitué soit par une seule dalle soit par deux dalles en porte à faux ; cette disposition se retrouvait dans les fenêtres et les niches. Le battant était fait parfois de poutres en bois fixées au mur par des cordes gui passaient dans des pierres creuses 88, mais dans plusieurs édifices publics et dans toutes les maisons ordinaires, le mode de fermeture consistait simplement en une natte ou rideau qui masquait l'entrée et qu'on assujettissait au besoin avec quelques pierres 89.

Les toits des anciens monuments ont disparu 90 ; nous savons grâce aux dessins des céramiques qu'ils étaient à deux pentes et soutenus par des poutres de bois et, d'après Jerez, qu'ils étaient faits de paille et de bois 91. Sans doute existait-il des différences suivant les régions et devait-on employer tantôt le chaume (herbes, paille, roseaux), tantôt les feuilles de maguey imperméables comme la pierre ; sur la côte les maisons devaient être souvent à ciel ouvert, en raison de l'absence de pluie 92.

En général simples et conçus sur un modèle uniforme, les édifices différaient cependant suivant leur objet et leur importance. Les temples tenaient naturellement la première place ; les plus fameux étaient ceux de l'île Titicaca, de Cuzco et de Pachacamac, mais il en existait beaucoup d'autres, à Vilcañota, Cacha, Vilcas, Coropuna, Tomebamba et ailleurs. Ce que les chroniqueurs racontent du grand temple de Cuzco, construit par Pačakutek, est si prodigieux que nous serions tentés de ne pas les croire et pourtant tous émettent les mêmes affirmations. Le bâtiment principal était, comme le dit Prescott, une véritable « mine d'or » 93 ; ses murs étaient lambrissés de plaques d'or et d'argent, à l'intérieur et sur le pourtour extérieur courait une frisé en or ; une image en or du soleil étincelait sur l'autel et autour d'elle étaient rangées comme une garde d'honneur les momies des rois défunts. En dehors et sur une face du mur se trouvaient deux bancs de pierre incrustés d'or et d'émeraudes 94. A côté de cet édifice cinq pavillons se dressaient ; la lune, représentée par un disque d'argent, figurait dans le premier d'entre eux, les momies des reines lui faisaient escorte et des plaques d'argent couvraient les murs. Le même métal ornait les parois du deuxième pavillon qu'habitaient la planète Vénus et les étoiles, servantes de la lune, tandis que l'or de nouveau reparaissait dans les troisième et quatrième pavillons consacrés respectivement à la foudre, valet au soleil, et à l'arc en ciel ; le cinquième pavillon contenait la salle d'audience des prêtres. Dans les parois externes des édifices étaient creusées des niches en forme de tabernacles, lamées d'or et incrustées de pierres précieuses. Au delà des bâtiments s'étendait le jardin qui offrait un spectacle plus étonnant encore. Tout y était en or : les arbres et leurs fruits, les oiseaux perchés sur les branches, les épis de maïs, les graminées, les reptiles, les insectes, un troupeau de lamas avec son berger ; de l'or, partout de l'or, comme si la nature elle-même par quelque opérations magique avait été subitement transformée en métal. Comment les conquérants n'auraient-ils pas été affolés par une pareille vision ? 95

Les palais ne le cédaient en rien en magnificence aux temples, mais ils étaient plus imposants que beaux et plus spacieux que confortables. L'absence de colonnes, de corniches, de ces motifs architecturaux qui mettent une si heureuse variété dans la physionomie de nos bâtiments européens devait rendre les édifices péruviens tristes et monotones et les harmoniser avec le paysage de la puna 96. Les seuls détails remarquables des murailles étaient des niches et des pierres faisant saillie. Les niches intérieures jouaient en général le rôle d'armoires, certaines d'entre elles étaient garnies de figurines d'animaux en métal précieux 97. Les niches extérieures, souvent grandes, servaient peut-être de guérites aux sentinelles 98. Les pierres faisant saillie étaient vraisemblablement des porte-manteaux.

F. de Jerez a décrit un palais, situé à Cajamarca. Quatre pièces entouraient une cour intérieure, ou patio, ornée d'un bassin alimenté par deux conduits, l'un amenant de l'eau froide et l'autre l'eau naturellement chaude d'une source de la sierra. L'Inka se tenait pendant le jour dans l'une de ces pièces qui donnait sur un jardin, il dormait dans la chambre voisine, qui recevait la lumière par une fenêtre ouvrant sur le patio. Les parois étaient couvertes d'un enduit rouge, brillant, et la charpente du, toit était peinte de même couleur. Auprès de cette demeure était creusé un autre bassin, entouré d'escaliers de pierre, où l'Inka avait coutume de se baigner 99.

A Tomebamba, les parois intérieures du palais étaient ornées d'ouvrages en marqueterie de « mullu », sorte de coquillage dont la couleur ressemble à celle du corail 100.

Le nombre de ces palais était très grand puisque l'Inka en possédait un dans chaque ville importante et que jamais il n'héritait des demeures de son prédécesseur 101. Certains voyageurs cependant semblent avoir exagéré ; ils ont vu des palais dans toutes les constructions très vastes dont ils découvraient les ruines : or ces bâtiments peuvent fort bien avoir été de simples maisons collectives, comme nous l'avons remarqué.

La disposition générale de ces maisons était la suivante : un couloir menait de la porte d'entrée percée dans l'enceinte à une cour quadrangulaire sur laquelle ouvraient des pièces carrées, sans fenêtre. Ces pièces ne communiquaient pas les unes avec les autres et avaient chacune leur toit particulier. De la première cour un autre couloir menait parfois à une deuxième cour entourée de chambres et ainsi de suite, toutes ces demeures n'ayant qu'une issue : la: porte d'entrée de l'enceinte 102.

De telles habitations ne se rencontraient guère que dans les villes. Ailleurs le logis des familles indiennes consistait généralement en maisonnettes isolées les unes des autres, construites en terre battue ou en brique, comme nous l'avons déjà indiqué, celle-ci résistant fort bien aux intempéries même dans les contrées pluvieuses 103.

Les villages étaient irréguliers et ne possédaient point de place publique 104 ; au contraire, les villes importantes étaient édifiées suivant un plan d'ensemble. Comme toute chose dans l'Empire, les palais, les temples, les saisons, les dépôts de marchandises, les escaliers monumentaux et les terrasses étaient ordonnés avec symétrie. Cajamarca avait une grande place 105, un temple du Soleil, des réservoirs, deux forteresses, Vilcas avait une place qui pouvait contenir plusieurs milliers d'hommes 106, Huánuco, position stratégique de premier ordre entre le nord et le sud, base d'opérations contre les Quiténiens et les Čimu, avait des places, des thermes, des parcs à lamas 107, Incatambo ou Coyor, à peu de distance de Cajamarca, construite sur un rocher de granit dans la crainte des inondations, avait une forme circulaire et était divisée en quatre quartiers à peu près égaux par quatre murs partant du centre.

 

Sur la périphérie de la plate-forme rocheuse de Coyor les maisonnettes avaient été disposées en cercle, et, dans le cirque laissé vide ail milieu d'elles, des mausolées avaient été construits ; puis, le cimetière étant entièrement occupé et la population continuant de croître, le cirque avait disparu, les mausolées s'élevant à la hauteur des habitations ; alors, sur ce singulier terre-plein, de nouvelles maisons avaient été dressées et au milieu d'elles de nouveau mausolées avaient été construits et ainsi les demeurés des vivants s'étaient superposées à celles des morts jusqu'au jour où, les cercles se rétrécissant peu à peu, il n'était resté qu'une étroite plate-forme, la pyramide étant presque parfaite 108. Voilà le plus bel exemple que l'on puisse trouver d'une économie de terre poussée à ses plus extrêmes limites et d'un plan rationnel de construction suivi par des générations d'hommes, sans qu'aucune fantaisie n'en soit venue troubler l'ordonnance.

 

Plusieurs de ces villes servaient en même temps de places fortes et nous les retrouverons en parlant de l'organisation défensive de l'Empire. Elles étaient alors situées dans des lieux peu accessibles et resserrées dans des enceintes très étroites.

Nous n'avons mentionné que des villes du plateau, mais les grandes cités de la côte conquises par les Inka n'étaient pas moins florissantes. C'était Túmbez la commerçante, dont les radeaux sillonnaient l'estuaire du Guayas, c'était Chimu, célèbre par ses artistes, c'était Pachacamac qui voyait affluer les pèlerins autour de son idole fameuse.

Mais aucune de ces villes ne pouvait être comparée à Cuzco que 50 000 ouvriers pendant vingt ans avaient travaillé à reconstruire 109. Cette métropole groupait ses maisonnettes de brique et de pisé, tristes et obscures, autour des palais de pierre et des temples aux frises d'argent et d'or. Elle était traversée par un torrent bien canalisé, le Huatanay, dont les rives étaient reliées par des ponts formés de larges dalles 110. Ses rues étaient étroites, mais régulières, se coupant à angle droit et généralement pavées ; cinq places avaient été aménagées, dont deux ornées de fontaines 111 ; la principale d'entre elles s'étendait devant les palais de l'Inka Roka et de Pačakutek et devant les écoles où professaient les amauta, et le était fort grande et servait aux solennités ; son nom en fournit la preuve : aukaypata = lieu de réjouissance ; le torrent la coupait en son milieu, mais il était entièrement recouvert. Une grande enceinte, formée d'un terre-plein maintenu entre deux murailles, entourait la ville, et la sombre et imposante forteresse de Saxahuaman la dominait de ses gigantesques blocs de pierre. Au delà de la cité, dans la vallée, s'espaçaient les maisons de repos des principaux personnages et les greniers ou magasins de l'État 112.

Cuzco était le point de départ des grandes routes de l'Empire. Celle de l'Orient et celle de l'Occident coupaient la ville en deux parties, les deux parties fondamentales dont nous avons parlé : hurin et hanan, le haut et le bas. Tout Indien venant à Cuzco devait loger obligatoirement dans le quartier correspondant à la situation de sa province dans l'Empire, par exemple, s'il était d'une province éloignée du nord-ouest, il devait élire domicile à l'extrémité nord-ouest de la ville. Cuzco était un microcosme.

Les chroniqueurs prétendent que 200 000 Indiens habitaient la capitale en temps ordinaire, mais ce chiffre doit être accepté sous toutes réserves 113 ; disons seulement que Cuzco leur fit l'effet d'une très grande ville. Certes, lorsque chaque année, le jour de la fête du Soleil, les hauts fonctionnaires arrivaient dans la capitale avec leur suite, l'affluence devait être immense.

Mais quel singulier spectacle, pour nous Européens, que celui de cette cité aux maisons basses où voisinaient le granit, le porphyre et la terre battue et où de grandes richesses étaient abritées sous des toits de chaume !

 

La filature et le tissage. – Les femmes filaient et tissaient la laine sur le plateau, et sur la côte le coton, qui est de belle qualité 114. Le fuseau consistait en une aiguille de bois « »de 20 à 30 cm de long, arrondie et portant à son tiers inférieur une fusaïole cylindrique en bois 115 ». M. d'Harcourt explique que la fileuse étirait et tordait la fibre de manière à la convertir en fil véritable et enroulait ce fil sur le fuseau qu'elle tenait en main par une extrémité et qui servait de simple bobine 116. Il existait au Pérou un métier composé de bâtons parallèles fixés au sol qui servaient à tendre les fils, mais le tisseur ne pouvait fabriquer ainsi que des fragments d'étoffe très courts ; il devait coudre les bandes exécutées au métier pour obtenir un tissu.

Malgré le caractère primitif de cet outillage, les Indiens sont arrivés à faire des merveilles 117 ; il suffit pour s'en convaincre de regarder les pièces qui figurent au musée d'ethnographie du Trocadéro. Cieza de León écrit que les tapisseries des naturels de la province de Cajamarca valent celles des Flandres et sont si bien faites qu'elles paraissent de la soie à plusieurs reprises il signale des villes où les tissus sont particulièrement remarquables, par exemple, à Chachapoyas et à Pomatambo, près de Cuzco 118.

Si les outils étaient simples, la technique était très savante. On trouve dans certains tissus des losangés ajourés ressemblant au travail de fil tiré 119. Ordinairement le tissu était obtenu en levant, alternativement les fils de chaîne, qui étaient toujours en coton, au moyen d'un « long couteau plat » que l'Indien introduisait entre les fils « en en prenant un sur deux ; ce couteau relevait donc la moitié des chaînes et permettait de lancer la navette des fils de trame » 120. Parfois comment expliquent MM. Capitan et Lorin, « la chaîne double était d'une couleur et d'une qualité différentes de celles du fil de trame ; celui-ci en outre, au lieu d'être unique, était fréquemment multiple et de colorations variées. D'autre part, avec une habileté incroyable, le tisseur passait ses fils de trame de façons très variées autour du fil de chaîne, changeant fréquemment d'ailleurs ses fils. On conçoit facilement que de ce fait il obtenait des effets les plus variés d'aspect de tissu et de coloration. C'est en somme la méthode de fabrication des tapis de haute lisse comme aux Gobelins et à Beauvais. En effet, certains tissus péruviens, soumis par nous à des artistes des Gobelins ont été reconnus par eux comme un travail identique au leur et parfois même plus fin ». Et les mêmes auteurs ajoutent : « Souvent les tissus ont été rebrodés par places, avec une très grande habileté qui, d'après les spécialistes, ne pourrait pas être surpassée aujourd'hui 121. » Sur certaines étoffes on a pu compter au microscope jusqu'à 112 fils de trame au centimètre carré .free.fr/Baudin/ESI/ESI_9.htm#sdfootnote122%20sym">122.

Il faut mentionner à part les tissus de plumes qui sont parmi les plus remarquables. Chaque plume aplatie et repliée en boucle se trouve prise dans une anse de fil de coton et disposée sur un canevas également de coton, de manière que les rangées successives se couvrent les unes les autres, comme un plumage d'oiseau 123.

 

La teinture. – Les Péruviens étaient arrivés également à une grande perfection dans le domaine de la teinture ; la couleur était fixée à froid ou à chaud par immersion, ou sur un mordant d'alumine. « Sauf dans ces dernières années où les recherches de la chimie nous ont dotés de colorants nouveaux très solides, on peut dire que les Précolombiens ont poussé les progrès de la teinture aussi loin qu'il était pratiquement possible de le faire 124. » Les étoffes qui figurent dans nos musées ont encore des couleurs très vives. Le rouge était fourni par la cochenille, le jaune par l'ocre et le bleu par l'indigo.

 

Le travail de la peau. – Ici au contraire les Péruviens avaient conservé des procédés fort primitifs. Ils tendaient les peaux sur le sol, les faisaient sécher et les découpaient pour en faire des sandales. Parfois, ils les laissaient macérer dans des vases ou des trous remplis de terre et d'urine, puis ils les battaient 125.

 

L'industrie de la corde. – La corde servait à la confection des ponts suspendus, des hamacs, des filets, elle permettait de lier les charpentes et de tirer les pierres : aussi son importance était-elle fort grande. Les Indiens la fabriquaient en cabuya, fibre de maguey ou henequen (agave americanum), qu'ils trempaient dans l'eau des rivières, tapaient et laissaient sécher. En tressant plusieurs cordes ils faisaient les câbles les plus gros. On rencontre encore aujourd'hui dans plusieurs régions du plateau des Indiens et surtout des Indiennes occupés à préparer des fibres 126.

 

La poterie. – Les Indiens ne connaissant pas le tour les vases en terre cuité étaient obtenus par moulage, généralement en plusieurs années pièces assemblées après coup. Quand les moules étaient en deux parties, ils se joignaient comme les valves d'une coquille et on remarque sur bien des poteries les bourrelets formés par les tassements de la terre au point de jonction 127. Pour éviter que l'argile se fendît en cuisant ou en séchant, l'ouvrier la mélangeait de cendre de graphite ou de paille de rnaïs hachée en poudre 128.

Les pots avaient souvent une base arrondie de manière à pouvoir être enfoncés dans le sol (vases dits aryballes).

 

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