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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 00:41

Deux ou trois choses sur...

Mitterrand pendant la deuxième guerre mondiale

lundi 14 avril 2008 - Copeau

On a souvent rappelé le passé vichyste de Mitterrand. Mais il y a en revanche un passé que l’on refuse communément de ranimer : celui de tous ceux qui, depuis des décennies, oui des décennies, ont tenté - sans succès - de faire jour à toutes ces réalités. Il est quelque peu étrange que nos dirigeants politiques, toute tendance confondue d’ailleurs, n’aient découvert la réalité d’un personnage tout de même chef de l’Etat qu’une petite année au plus avant la fin de son mandat. Alors que nombreux sont ceux qui, preuves à l’appui, avaient martelé des années durant ledit passé.

Juste un exemple, un seul : en 1984, Madelin, Toubon et D’Aubert ont tenté, à la tribune de l’Assemblée nationale, de rappeler cette période trouble. "Dans sa notice biographique de 1945, François Mitterrand se présente comme éditeur alors qu’il n’était que le directeur de la revue "Votre beauté". Je laisse aux historiens le soin de retrouver qui était le propriétaire de cette revue" dit Madelin. Mais ce 2 février 1984, alors que pleuvent les injures dans ce débat sur le nouveau statut de la presse, on n’en saura pas plus. On rappelle la demande de reparution de l’Humanité en 1940, les activités d’Hersant pendant l’Occupation. On nage dans le surréalisme, on croirait entendre des querelles de gosses où s’échangent, mêlées, injures et menaces.

C’est là que le drame éclate : on a mis en cause le passé de Mitterrand lui-même. Epouvantable, crime de lèse-majesté. Fillioud s’étrangle à moitié et quitte la séance qui est aussitôt levée. Les trois députés de l’opposition sont sanctionnés, cas unique dans les annales de la Ve République, par le président de l’Assemblée, Louis Mermaz, qui est d’ailleurs, faut-il le rappeler, professeur agrégé... d’Histoire.

Mitterrand manifeste avec l'Action Française en 1935

Qui était donc le propriétaire de cette revue ? Il s’agit d’Eugène Schueller, un industriel créateur de l’Oréal. Schueller a été l’un des financiers de la Cagoule, l’un des fondateurs du MSR (Mouvement social révolutionnaire, ultra-collaborationniste sous l’Occupation) et l’un des artisans de la liste d’Action et d’unité républicaine qui verra, en 1946, Mitterrand entrer en politique.

La Cagoule est une poignée d’hommes appartenant soit aux affaires, soit à l’armée, et contrôlant diverses organisations civiles et militaires créées pour prévenir et éventuellement combattre un complot communiste. En 1937, la trahison d’un des membres de l’organistion permet son démantèlement. Des dizaines d’hommes sont arrêtés, des centaines d’armes saisies, des projets de coups d’Etat mis au jour et plusieurs affaires criminelles sont tirées au clair. Le Front populaire s’empare bien entendu de ce dossier avec délice. On crie au fascisme, on révèle l’imminence d’un coup d’Etat, on s’inquiète des complicités au plus haut niveau. On dénonce les objectifs antisémitiques, antimaçonniques et anticommunistes de l’organisation. On accuse l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste de financer la Cagoule.

Quant au MSR, son programme, résumé par Eugène Deloncle, prône "L’Europe nouvelle, l’Europe nationale-socialiste que rien n’arrêtera. Elle sera nationale, cette nouvelle Europe, parce que, dans la nouvelle extension des groupements humains, la nation reste l’unité de base, la cellule élémentaire du monde nouveau. Elle sera socialiste, parce que les progrès de la technique moderne ont créé des sommes de richesse dont la production disciplinée permet au plus humble travailleur de participer largement au bien-être général. Elle sera raciste enfin, cette nouvelle Europe, parce que l’anarchie économique et la division politique n’ont jamais servi que les intérêts d’une seule caste : celle des Juifs, celle des banquiers internationaux dont la guerre est la principale source de profits".

Pour autant, ce n’est pas parce que l’on a été un temps l’employé d’un homme compromis que l’on est à jamais disqualifié. Mais en réalité, Madelin entendait ranimer par ce geste les spéculations déjà anciennes sur l’appartenance de Mitterrand à la Cagoule.

Une chose est sûre : toute la vie de Mitterrand est "encagoulée", si l’on ose dire. Parmi son entourage, ses amis, ses protecteurs, ses obligés, les cagoulards pullullent littéralement. Et il est remarquable que chacun des grands moments de son existence voit intervenir, tel le messager de la Providence, un cagoulard de haut grade.

Il faut dire tout d’abord que tous les cagoulard ne se sont pas engagés dans la collaboration. D’autres ont choisi la Résistance, en France ou à Londres. Pour la même raison, la Cagoule a joué un rôle capital dans l’organisation des relations entre Londres et Vichy. Et il est significatif de découvrir, par exemple, dans l’Histoire de la Résistance, que le cagoulard résistant Maurice Duclos, blessé lors d’un parachutage, fut recueilli et caché par le cagoulard vichyste Jeantet.

Mais Madelin n’a pas innové : plusieurs fois le bruit a couru. Le 27 juillet 1954, Jean-André Faucher, par ailleurs cousin éloigné de Mitterrand, écrit dans sa publication Lettre à un cousin : "Hier dans la cour du ministère de l’Intérieur, François Mitterrand célébrait la mémoire de Max Dormoy, le ministre qui fut assassiné par la Cagoule à Montluçon. Ceux qui, comme moi, ont reçu les confidences de certains policiers qui exploitèrent la liste Corre [...] ont le droit de sourire. Tout va si vite en France. Et ceux qui savent en quelles eaux politiques Mitterrand connut son ami, l’industriel Schueller, le beau-père de l’actuel ministre Bettencourt ; ceux qui savent que le cagoulard Méténier rencontre encore assez souvent François Mitterrand et qu’il travaille chez Schueller ; ceux qui savent que le cagoulard Jacques Corrèze doit sa situation qu’il a à Madrid à Schueller, ont le droit de se taper sur les cuisses...". Au moment de l’affaire des fuites, le député Legendre accuse, à la tribune, Mitterrand d’avoir été cagoulard. Il le connaît fort bien et depuis longtemps : avant-guerre, le second, jeune étudiant, venait suivre les cours d’orateur que le premier donnait à Paris pour le compte du mouvement des Croix de feu du colonel de la Roque. Gabriel Segonzac, qui fut détenu au Stalag IX A de Ziegenheim avec Mitterrand, écrit : "Je me souviens très bien d’y avoir vu un certain sergent d’infanterie coloniale nommé Mitterrand. Il se tenait à l’écart et passait pour être un cagoulard, on disait que le gouvernement de Vichy le réclamait pour lui donner la direction d’un service de prisonniers de guerre".


Pétain remet à Mitterrand la Francisque

 

Mais tentons de répondre à la question-clef : Mitterrand était-il lié à l’extrême-droite ?

L’intéressé s’en défend. Il prétend avoir eu quelque attirance pour le Sillon, mouvement chrétien d’inspiration vaguement socialiste fondé par Marc Sangnier et qui polémiquait viollement avec l’Action française. Seulement voilà, le vice-président de la Fédération nationale des étudiants, collégiens et lycéens d’Action française se souvient bien de lui avoir attribué une carte pour l’année scolaire 1934-35. Par ailleurs, une photo explicite ne prête pas à confusion. Mais plus intéressant encore, est la légende de cette photo publiée dans le Figaro et dans l’Echo de Paris le 2 février 1935. On y lit : "Les étudiants de toutes les facultés se formèrent alors en colonnes et, chantant la Marseillaise, criant "Aux Français la France !" et "conspuant les métèques", tinrent pendant près de quatre heures les boulevards Saint-Michel et Saint-Germain, sous l’oeil paterne des gardiens de la paix".

En 1934, François Mitterrand arrive à Paris et s’inscrit, nous l’avons vu, à l’Action française. Il ne reprendra pas sa carte à la rentrée suivante. On ignore pourquoi. Ce que l’on sait, c’est que justement, à ce moment-là, l’Action française a éclaté. A l’automne 1935, un groupe de camelots du roi, le 17e équipe, qui rassemble les militants du XVIe arrondissement, s’est mise en dissidence. C’est justement ce groupe qui va, avec Filliol, Méténier et Corrèze entre autres, constituer le noyau de la Cagoule. Il ira se mettre à la disposition de Deloncle qui en fera le fer de lance de son organisation. Quels rapports ont ces gens-là avec Mitterrand ? Son condisciple à Saint-Paul d’Angoulême, Bénouville, est très engagé dans le combat nationaliste. Après la défaite de 1940, il dirige L’Alerte, journal niçois véritable repaire de cagoulards puisqu’on y retrouve Claude Jeantet et, accessoirement, Claude Roy.. François Méténier est également un ami de Mitterrand. Les deux hommes sont inséparables bien que vingt ans les séparent. Mitterrand retrouvera Méténier à Vichy où ce dernier dirige les groupes de protection du maréchal. Enfin, Deloncle est également un ami de Mitterrand, ou plutôt un parent : le frère de François, Robert Mitterrand, a épousé la nièce de Deloncle, Edith Cahier.

Ces amitiés vont se montrer rapidement précieuses. On sait que l’évasion du sergent de la coloniale fut facilitée par Yves Dautun, ami et bras droit de Doriot dont il animait le journal L’Emancipation nationale. A la libération, Dautun fut sévèrement condamné et Mitterrand s’occupa de sa femme et de ses enfants pendant qu’il croupissait en prison. A l’époque où Dautun collaborait à L’Emancipation nationale, il avait parmi ses subordonnés un jeune cagoulard ami de Mitterrand : Claude Jeantet.

C’est que la Cagoule est un formidable embrouillamini : elle plaçait vraisemblablement ses pions dans tous les camps pour être assuré de conserver son influence quel que soit le vainqueur. On y trouve ainsi des collaborationnistes (Deloncle, Soulès, Corrèze, Méténier, Schueller, Jeantet), des résistants de Londres (Dewavrin, Beresnikov, Fourcaud, Duclos), des résistants de l’intérieur (Loustaunau-Lacau, Martin, di Borgo, Heurteaux). On voit ainsi le cagoulard Groussard fonder les groupes de protection du maréchal et le réseau de Résistance "Gilbert" ; le cagoulard Lemaigre-Dubreuil, aucien financier du journal de la Cagoule, L’Insurgé, soutenir le général Giraud, pendant que le cagoulard Passy-Dewavrin appuie de Gaulle ; le cagoulard Corrèze combattre sur le front de l’Est avant de rentrer en France pour faire de la résistance ; le cagoulard Deloncle fonder le MSR ultra-collaborationniste avant d’être abattu chez lui par la Gestapo.

Dans ce grouillement, dans ce véritable mouvement brownien d’intérêts, d’alliances, de trahisons, de revirements, la trajectoire en dents de scie, qui fait entrer Mitterrand à Vichy comme jeune fonctionnaire de l’Etat français avant de le conduire à Londre puis à Alger comme responsable autodésigné d’un mouvement de prisonniers, devient beaucoup plus facile à comprendre.

A Vichy, où il reçoit la Francisque, son parrain est Gabriel Jeantet, alias Gaby, un des chefs de la Cagoule. A Vichy toujours, il collabore à France - Revue de l’Etat français. Sa signature y voisine avec celle d’un cagoulard célèbre : Alexis Carrel ! Ce qui n’a rien d’étonnant si l’on songe que le rédacteur en chef de cette revue était Gabriel Jeantet.

Prisonnier réputé cagoulard, libéré grâce à la Cagoule, embauché à Vichy avec l’appui des Cagoulards, envolé à Londres par les filières de la Cagoule, Mitterrand gagne finalement Alger où il va rencontrer de Gaulle. Grâce à qui ? A Dewavrin !

Enfin une anecdote : en 1946, Schueller veut concrétiser ses rêves de pouvoir. Il finance des jeunes espoirs qu’il lance à l’assaut des circonscriptions. Pour le département de la Nièvre, Mitterrand sera son candidat. Voici sa profession de foi : "suppression des emplois inutiles", "blocage du salaire des fonctionnaires", réforme de la sécurité sociale écrasée par la bureaucratie", "non au déficit et à l’inflation", "non à la gabegie administrative", "non aux nationalistations", "non au parti communiste au pouvoir". Trente-cinq ans après, il devenait président de la République et appliquait un programme contredisant mot pour mot sa profession de foi de 1946.


Bon anniversaire, Tonton !

Publié le 9/05/2011

Une famille socialiste fébrile s’apprête à fêter mardi les 30 ans de la victoire de François Mitterrand, le 10 mai 1981, dont elle veut s’inspirer à un an d’une élection présidentielle jugée imperdable. Pas de gerbe pour cet anniversaire politique mais près de 200 événements dans toute la France, dont un concert place de la Bastille à Paris, où fut célébré le retour de la gauche au pouvoir dans une atmosphère d’euphorie, à l’orée de 14 années de présidence socialiste. Les premières décisions de l’ère Mitterrand, de l’abolition de la peine de mort à la décentralisation en passant par les radios libres, n’empêcheront pas une forte déception les années suivantes, sanctionnées dans les sondages et dans les urnes.

 

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