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We believe that freedom of speech is the essential prerequisite for free and just societies, secular law, and the rights of the individual.

We are committed to building and participating in coalitions in all parts of the world to effect significant progress in protecting rights of the individual which are sadly being eroded in many countries including those in the West.


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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 23:06

DOIT-ON OBEIR AUX LOIS ?

Christian Michel

Doit-on obéir aux lois ? Il y a quelques années, ma réponse à cette question était très indulgente : Si obéir aux lois vous fait plaisir, si vous avez l’impression que cette soumission favorise votre épanouissement personnel, il ne faut pas vous priver. Soyez respectueux des lois de votre pays.

 

Je dois ajouter qu’en ce qui me concerne, l’obéissance aux lois ne m’apporte aucune satisfaction. Au contraire. Pour la plupart, les lois de mon pays et de ceux où j’ai résidé me paraissent arbitraires, stupides, contradictoires, humiliantes pour ceux auxquels elles s’appliquent et singulièrement partiales en faveur de ceux qui les font.

 

Mais enfin, pensais-je à l’époque, s’il y en a à qui ça convient d’être asservis, qu’ils le soient ; tout ce que je leur demande est de me laisser tranquille. Aujourd’hui, mon point de vue a changé. La tolérance envers ceux qui se soumettent aux lois ne me paraît plus une position moralement défendable. C’est l’évolution de ma réflexion à ce sujet que je voudrais partager avec vous ce soir.

 

Dans notre quotidien, nous en faisons tous l’expérience, nous sommes tenus de nous plier à une série de règles. Je vous suggère de les classer en 4 catégories.

  1. Les morales, comme celles que nous proposent d’anciennes sagesses, des religions, des philosophies, mais pas seulement elles
  2. Les contrats, qui créent des obligations entre les parties, et ces formes particulières de contrats que sont les règlements des différentes associations, [1] au sein desquelles nous passons la plus grande partie de notre vie, que ce soit une entreprise, un club sportif ou de bridge, ou une co-propriété d’immeuble
  3. Le Droit, qui est comme la trame de fond de tous ces contrats et règlements
  4. Et enfin, la législation des différents pays

 

Chacun de ces ensembles de règles remplit une fonction différente.

 

1.  Les morales

Une morale est comme notre législation personnelle. Nous effectuons des choix en fonction de nos valeurs et nous établissons une hiérarchie entre ces valeurs. Le désir d’argent ou de pouvoir polarise l’activité de certains, d’autres trouvent leur vocation dans la famille, la culture, la spiritualité… Nous ne faisons pas l’économie d’une morale, même si elle est souvent lourde d’exigences, car nous avons conscience que notre existence, à l’instar de tout système, doit être organisée selon des lois. Sans elles, nous vivrions dans la dissipation, de même que trop de rigidité dans leur application nous ferait manquer tout ce que la vie dans son imagination nous offre de chances.

 

Une longue tradition de sagesses nous est transmise pour nous aider dans nos choix de vie. Les familles d’abord en sont les vecteurs, mais aussi de façon plus élaborée, les églises et la philosophie. Aucune de ces traditions, ne s’est développée en vase clos.[2]  Toutes se sont enrichies de la rencontre avec d’autres sagesses (le christianisme juif avec la philosophie grecque, le bouddhisme avec les cultures d’Extrême-Orient…), et cette fertilisation croisée ne cesse de s’accélérer. Une poignée seulement d’européens avaient eu l’occasion de suivre l’enseignement d’un gourou indien ou de maîtres soufis avant le 19ème siècle, peu aujourd’hui échappent à l’influence de sagesses venues d’ailleurs.

 

Le dialogue avec de multiples traditions nous aide à prendre conscience de ce que pourrait être la « bonne vie ». Les grecs l’appelaient  eudaimonia et elle était pour Socrate une existence consciente, réfléchie,intégrée à la Cité. Les chrétiens, eux, nous parlent d’une toute autre « bonne vie » que celle idéalisée par les grecs, un pèlerinage terrestre illuminé par l’amour pour le Christ. Et celle-là même n’est pas non plus la vie libérée des passions et des entraves terrestres à laquelle aspirent les bouddhistes, ni celle des humanistes, des objectivistes (et finalement aucune n’est la course quotidienne des travailleurs/consom­mateurs endettés et stressés que mène la majorité de nos contemporains).

 

La Vérité ne donne aucun droit

Toute grande morale se présente comme la Vraie Voie. Si elle se donnait d’emblée comme fausse, quelle serait son attrait ? Néanmoins, nos modernes maîtres à penser soutiennent qu’il ne faut tenir aucune de nos convictions morales pour vraies, ce serait de l’intolérance.  Ce relativisme est logique dans le contexte du paradigme politique dominant à notre époque. Lorsque tout est politique, c’est-à-dire lorsque des hommes et des femmes, au nom de quelque institution appelée l’État, s’arrogent le monopole légal de nouer et dénouer les relations au sein de la société, lorsque nous avons besoin de leur autorisation pour passer un contrat d’achat, d’embauche, de location, même de mariage, le contrôle de l’État est un enjeu vital. La possession de la Vérité devient l’argument de choix pour légitimer la conquête du pouvoir. Tout se passe alors comme si nos contemporains craignaient tant la résurgence des atrocités perpétrées au cours de l’Histoire par les porteurs de Vérité qu’ils en venaient à commettre une erreur de logique. Car le danger n’est pas, comme ils l’estiment, que certains se proclament détenteurs de la Vérité, mais que l’organisation politique leur en confère le monopole et interdise aux autres de vivre dans l’erreur. Posséder la Vérité m’oblige en conscience à la révéler, rien de plus, et si d’aucuns préfèrent persister dans l’erreur et en supporter seuls les conséquences, qui d’autre est lésé, et qui donc serait fondé à s’y opposer et au nom de quoi ?

 

Il faut bien qu’il en soit ainsi. Ce ne pourrait pas être notre vie si les lois qui lui donnent du sens nous étaient imposées de l’extérieur. La recherche de l’ eudaimonia requiert notre engagement personnel. Celui qui n’agit pas de son propre chef, mais sous la contrainte d’autrui, c’est-à-dire sans être responsable de ses actes, ne saurait être récompensé ni condamné. Car ce n’est pas l’acte qui fait de nous un sujet moral, mais la liberté de le poser. C’est pourquoi nous ne jugeons pas un otage qui emmène des terroristes dans sa voiture sous la menace d’une arme ; bien qu’il ait aidé ces criminels, ce n’était pas son intention. Et de même, le musulman de La Mecque n’est pas vertueux pour être tempérant. Grand au contraire doit être le mérite aux yeux d’Allah de celui qui respecte les interdits du Coran en terres infidèles, où la tentation est permanente. Et on ne reconnaîtra non plus aucune générosité à l’acte du contribuable qui règle ses impôts. Ainsi les politiques  « d’ordre moral » aboutissent paradoxalement à étouffer la vertu, puisqu’il ne saurait y avoir de vertu sans la liberté de choisir le vice.  

 

La spécificité des lois morales est de se présenter comme universelles, mais de ne s’appliquer qu’à ceux qui les désirent. Car les lois morales sont un don. Elles nous sont proposées, élaborées par une longue tradition de sagesses pour éclairer notre vie, et comme n’importe quel don, il nous appartient de nous l’approprier ou de le refuser.

 

2.  Les règlements

Souvent ceux qui partagent les mêmes convictions souhaitent se relier au sein d’une association. Elle leur facilite la pratique d’une vie disciplinée au milieu de gens qui en partagent l’idéal et peuvent s’entraider. Les exemples caractéristiques de ce type d’associations sont les syndicats, les églises, les organisations humanitaires et militantes, les entreprises… Mais en fait il est peu de projets que nous pouvons mener en solitaire, c’est pourquoi il existe une telle diversité d’associations, depuis la famille jusqu’aux groupes ethniques, aux cercles culturels et aux clubs de loisirs. Certaines associations, plus ou moins structurées, peuvent compter des millions de membres de par le monde, comme celles que forment les grandes religions, l’internationale socialiste, les diasporas juive et chinoise, et nous en recenserions bien d’autres si l’organisation forcée des sociétés humaines en États, et même en États-nations, n’en avait empêché l’émergence.

 

Chacune de ces associations édicte des règles. Contrairement aux lois morales, ces règles peuvent être imposées.

 

Des règles contraignantes sont justifiables en effet au sein d’une association, puisqu’elles ont été acceptées par tous les membres et dans tous leurs effets. Adhérer en fin de compte n’est rien d’autre qu’approuver le règlement. Chaque candidat appose sa signature aux statuts, ou à un bulletin qui leur fait référence, ou à une lettre d’embauche. [3]  Selon l’expression consacrée, une association est un « nœud de contrats », liant des adultes consentants entre eux, et liant l’association et le monde extérieur. Il est bien clair que de tels contrats dûment souscrits sont aussi réels et valides que le mythique « Contrat social » est bidon.

 

L’adhésion libre et volontaire à l’association est le critère de légitimité de son règlement. On peut encore discuter à l’infini de savoir ce qu’est un consentement « libre et volontaire ». L’amoureux qui dit « oui » consent-il aux obligations du mariage ou est-il ensorcelé par la femme qu’il aime ? Disons que le fait de s’engager par écrit pour qui n’est ni un enfant ni mentalement déficient constitue une preuve suffisante d’accord, ou alors rien ne saurait l’être.

 

Le règlement peut prévoir des sanctions en cas de manquement à ses obligations. Suivant la nature de l’association, un club de bridge n’ayant pas les mêmes exigences qu’une milice, le candidat à l’adhésion s’assurera prudemment que les sanctions sont raisonnables. Il les voudra proportionnelles à la faute commise. Il s’assurera qu’une procédure indépendante et contradictoire est prévue avant tout jugement. Les journalistes, les juristes, les syndicats, entre autres observateurs de la société, comptent parmi leurs attributions de repérer et mettre en garde l’opinion devant les pratiques déraisonnables et dangereuses de certaines associations.

 

Le nouvel adhérent accepte les contraintes d’un règlement tout simplement parce qu’il leur reconnaît une certaine efficacité dans la réalisation de son projet. La vocation du comédien étant de monter des spectacles, celle du pompier d’éteindre des incendies, ils se soumettent à la discipline d’apprendre leur texte et d’entretenir le matériel.

 

Puisque toute association est constituée volontairement par ses membres dans le seul but de réaliser leur projet, la contrainte du règlement peut être levée dans nombre de cas, notamment lorsque le but de l’association est atteint, ou devient hors de portée, ou lorsqu’un membre déclare qu’il ne veut plus être soumis au règlement. Ce retrait de l’association est parfois coûteux moralement et financièrement, à la mesure de la solennité de l’engagement pris. Un mariage, une entrée en religion, un contrat d’emploi, ne seraient pas la conséquence de décisions graves et responsabilisantes si les remettre en cause ne provoquait pas un déchirement. La faculté pour chaque être humain de se plier à des règlements lorsqu’une association peut faire aboutir son projet, et de se défaire de ces mêmes règlements pour ne plus connaître que les disciplines de la morale et du Droit, cette faculté s’appelle tout simplement la liberté.

 

3.  Le Droit

 

Surplombant la mise en œuvre des lois morales et des règlements, le Droit établit le cadre général des relations humaines. En effet, au sein d’une association, les relations sont limitées à la coopération nécessaire pour faire aboutir le projet commun. Or notre vie ne se limite pas aux activités professionnelle et associatives.[4]

 

 Il existe un très grand nombre d’individus (en fait, quelques 6 milliards) avec lesquels nous n’entrerons jamais en relation. Nous ne le souhaitons d’ailleurs même pas. Le hasard seul nous les fera un jour coudoyer. Ce sont les passants, les étrangers, héritiers parfois des traditions les plus éloignées des nôtres. Aucun règlement ne naîtra d’un projet avec eux. C’est pourquoi en leur présence nous nous référons à une règle donnée d’avance, une loi valable pour tous les humains, qui assure au moins la sécurité de ces rencontres aléatoires.

 

En la qualifiant d’universelle, nous comprenons que cette règle prévaut aussi sur les règlements des associations. En effet, que pourrions-nous opposer au règlement d’une milice qui réclamerait de ses membres qu’ils aillent tabasser régulièrement quelques allogènes, ou aux diktats d’un État racketteur et expansionniste ?

 

Nous appelons cette méta-règle : le Droit, et les caractéristiques du Droit nous apparaissent alors clairement :

 

  • Il doit être universel, applicable à tous les humains
  • Pour être recevable universellement, les jugements rendus selon le Droit doivent se référer à des critères objectifs, connus d’avance, vérifiables, indépendants de la culture et du degré de développement économique des populations

Droidloms

Le Droit dont nous venons de définir les caractéristiques ne se confond donc nullement avec les chimériques « Droits de l’Homme », tels ceux proclamés par l’Assemblée Constituante de 1789 et ceux (encore plus fantaisistes) de l’ONU. Les rédacteurs de ces textes (en tous cas, celui de 1789) avaient pourtant bien vu deux éléments essentiels. Ils avaient compris que le Droit prévaut sur tous les règlements, y compris sur ceux de ces organisations particulières qu’on appelle les États. Chacun doit pouvoir faire appel au Droit contre les lois de son propre pays qui ne s’y conformeraient pas. Ils avaient correctement perçu en outre que le Droit est déjà là, il n’est pas l’œuvre d’un juriste inventif ou de quelque assemblée démocratique, il est « déclaré » à un moment de l’Histoire, mais il existait de tout temps (comme existent d’autres lois, celles de la physique ou de l’hérédité, avant qu’elles ne soient reconnues par les scientifiques et énoncées de plus en plus finement à mesure de l’avancement de leur connaissance du sujet).

 

Mais ce tâtonnement dans la découverte du Droit que représente la Déclaration de 1789 trahit encore la confusion des juristes de la Constituante entre morale, règlement et Droit. Ils ne pouvaient accepter de perdre le contrôle sur la société. La liberté qu’ils nous proposent n’est pas celle des hommes et des femmes, mais celle du « peuple », sous la houlette de ses guides. Il suffit de lire quelques articles de ce texte pour comprendre que les droidloms [5] ne remplissent aucunement les critères d’universalité et d’objectivité que nous attendons :

 

  • Article 10 : « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. »
  • Article 11 : « … tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »
  • Article 17 : « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige absolument... »

 

Il existe donc des lois supérieures à ces « droits » si solennellement proclamés, puisque ces lois peuvent les rogner, voire les annuler, selon le bon plaisir du législateur. En termes clairs, cette majestueuse et universelle Déclaration ressasse à chaque article la définition pernicieuse de Montesquieu, que n’aurait pas désavouée Staline : « La liberté consiste à faire tout ce que les lois permettent », [6] ­­et si elle ne le permettent pas, c’est le même prix.

 

Quant aux « droits » énumérés par la Déclaration des Nations Unies de 1948, ils ont encore plus l’allure d’une lettre au Père Noël et écrite par quelqu’un qui aurait l’âge mental d’en envoyer. Comment garder son sérieux quand une assemblée de diplomates, dont la moitié vient de pays où l’on meurt de faim et où l’on persécute avec enthousiasme les minorités ethniques, affirme « le droit à une nationalité », « le droit à la sécurité sociale » et autres « droits sociaux », comme l’hilarant « droit à des congés payés » ?

 

Le principe de non-agression

Il faut donc revenir à la raison d’être du Droit, qui est de garantir à chaque homme et chaque femme, seul ou en association, la poursuite de ses projets. Or, pour que chacun puisse poursuivre ses projets, il est au moins nécessaire qu’autrui ne l’en empêche pas. En d’autres mots, la liberté de chacun de mener ses projets et sa vie selon sa loi morale est garantie si nul ne l’agresse physiquement dans sa personne et dans ses biens.

 

La non-agression par autrui est une condition nécessaire de la « bonne vie » et de la réalisation de nos projets. Nous savons qu’elle n’est pas suffisante. Par exemple, en hiérarchisant nos valeurs, nous pouvons nous tromper. Beaucoup ont ainsi consacré leur existence à la quête du pouvoir et des plaisirs, en découvrant trop tard leur caractère trompeur. Mais pour nous qui sommes adultes, serait-ce encore notre vie si quelqu’un dictait nos actes, même dans l’intention de nous protéger contre nous-mêmes ? Vivre, n’est-ce pas prendre le risque de vivre ? Il est évident aussi que la poursuite de nos projets serait facilitée (sans être garantie) par la mise à disposition de moyens matériels et l’assistance d’autres personnes. Mais si nous avions le droit d’exiger de tels moyens de ces autres personnes, c’est nous qui interviendrions dans leur vie, en les empêchant de poursuivre leurs projets, ou à tout le moins en les gênant. Le critère d’universalité serait violé puisque certains jouiraient d’une créance sur les ressources d’autrui qu’autrui n’aurait pas acceptée.[7]

 

En revanche, le caractère d’universalité est pleinement respecté par une règle énoncée sur le mode négatif, du type : « Nul ne prendra l’initiative d’une agression physique contre autrui ou ses biens ». En effet, il est à la portée de n’importe quel être humain, jouissant de ses facultés mentales, de ne pas agresser physiquement ses semblables. Ne pas agresser autrui, contrairement aux droidloms, est une règle simple, compréhensible par les représentants de toutes les cultures, et qui ne dépend pas de leur standard de vie.[8]

 

Formulée ainsi, la règle : « Nul ne prendra l’initiative d’une agression physique... » reconnaît à l’agressé le droit de légitime défense. La loi morale de beaucoup de gens ne leur permet pas l’usage de la violence, même pour se défendre. Mais si nous avons un droit, alors nous avons aussi la faculté d’y renoncer. Cependant, si nous-mêmes pouvons renoncer à notre Droit de légitime défense, pouvons-nous accepter sans intervenir que soit violé celui de personnes qui n’y renoncent pas ou, plus grave encore, qui ne sont pas en mesure d’en juger, comme les enfants ? C’est pourquoi le Droit, si fort que nous le souhai­tions, ne peut pas prohiber toute violence physique, mais seulement le premier recours à celle-ci.

 

La menace d’une violence physique est déjà une violation du Droit. En effet, si celui qui la profère n’a pas l’intention ou les moyens de la mettre à exécution, elle ne mérite qu’un haussement d’épaules ; mais  comme nous avons généralement lieu de croire que ceux qui nous menacent ne sont pas dénués de raison, la certitude du passage à l’acte va nous contraindre à modifier nos projets (si notre intention était de faire ce qu’exige l’agresseur, la menace eut été inutile). Nous sommes donc fondés de déclarer illégitimes autant la menace d’une agression physique que sa réalité.

 

Le Droit de l’être humain

Le commandement : « Nul ne prendra l’initiative d’une agression physique... » est une garantie que chaque être humain reçoit de tous les autres, mais cette formulation sous forme d’interdiction ne constitue pas à proprement parler un droit. Le juste énoncé, qui est le mode positif de la non-agression, dirait plutôt : « Chacun peut faire ce qu’il veut avec ce qui lui appartient, et seulement avec ce qui lui appartient ».

 

A la suite de beaucoup de libéraux conséquents, nous venons de déclarer le seul Droit de l’Homme. Il n’existe fondé en raison qu’un seul Droit de l’être humain, prévalant universellement, et c’est celui-là : Chacun peut faire ce qu’il veut avec ce qui lui appartient et seulement avec ce qui lui appartient. Tous les autres prétendus droits, proclamés ici ou là, dans le meilleur des cas, ne déclinent que des applications particulières de ce Droit fondamental, et plus souvent, ne font que le restreindre ou l’invalider.

 

Nous pouvons tout de suite écarter l’objection que ceux qui ne possèdent rien ne pourraient rien faire. Car chaque être humain possède au moins une chose, et c’est la plus précieuse : la capacité de modifier ce qui existe pour le mettre au service d’autrui (une activité que nous appelons l’économie). Ainsi ce qui existe prend plus de valeur. Et partout dans le monde les propriétaires recherchent les hommes et les femmes qui par l’intelligence et le travail peuvent donner plus de valeur à leurs biens. C’est pourquoi nous n’agissons pas seulement avec ce que nous possédons mais avec ce qu’on nous a confié, si bien que ceux qui méritent cette confiance jouissent de plus de moyens d’action et d’autonomie que bien des propriétaires.

 

Justice et Paix 

Les associations possèdent des biens à leur nom, mais qui sont en réalité le bien commun de leurs membres. La saine gestion de ce bien commun est en fait le but de l’association. L’humanité aussi possède un bien commun, et c’est le Droit. La bonne gestion de ce bien commun produit un certain type d’ordre que nous appelons indifféremment la Justice ou la Paix.

 

La Paix exclut la violence physique, certes, mais elle n’est pas l’harmonie béate du jardin d’Eden. C’est un fait de notre condition humaine, tous les projets ne sont pas compatibles. Werther aime Charlotte, mais n’a-t-elle pas le droit d’en épouser un autre, même si Werther en mourra ? Lorsque Octave Mouret ouvre son grand magasin Au Bonheur des Dames, il gêne les petits commerces déjà installés, mais pourquoi n’aurait-il pas le droit lui aussi d’offrir ses idées et ses produits aux clients ?  L’innovation et la concurrence, qui font fluctuer les prix, reflètent que le Droit nous rend propriétaires de choses, mais jamais de leur valeur (la valeur étant la rencontre des désirs d’un acheteur et d’un vendeur, comment pourrions-nous être propriétaires de ces désirs ?). L’ordre qu’instaure le Droit est donc celui de l’humanité vivante et non des choses figées, il est mouvements, tensions, ouverture à l’imprévu. Le Droit n’est qu’une règle, il n’est pas un état. Il ne dit pas comment les choses doivent être, mais comment nous pouvons légitimement les changer. Sa fonction se limite à créer des espaces où chacun, préservé de la violence,  peut faire l’expérience de ses convictions et de ses relations.

 

Tout le monde n’est pas pacifique et n’observe pas le Droit. Il existe des agresseurs et des tricheurs qui doivent réparer. Et même sans qu’il y ait agression délibérée, des malentendus peuvent se produire, qui doivent être arbitrés. C’est pourquoi à toute société humaine il faut une instance de Justice. 

 

 La Justice consiste à rendre « à chacun le sien ». Les romains la définissait déjà ainsi.[9]  La Justice n’est donc pas une vague aspiration à un idéal inaccessible. En effet, une société est réputée juste lorsque toutes les relations y sont conformes au Droit. Comme le Droit est fondé sur une règle simple, à la portée de tous, dont le respect peut être vérifié objectivement (quelqu’un a-t-il violé le droit de propriété d’autrui sur sa personne et ses biens ?), il n’est pas déraisonnable de vouloir instaurer une société juste ici et maintenant. Ainsi qu’à toute institution humaine, il lui manquera l’infaillibilité. Il pourra se trouver qu’un juge soit trompé par quelque stratagème. Il pourra arriver que des parties agissent de bonne foi dans un litige complexe en réclamant ce qu’elles croient leur appartenir. Le Droit n’en reste pas moins une science fondée sur l’analyse d’éléments objectifs, donc il est possible d’établir un monde où chacun « aura le sien », où les structures d’injustice auront été identifiées et abolies.

 

Le Psalmiste chantait : « Justice et Paix s’embrassent ».[10]  Elles sont sœurs, en effet, la Paix n’étant pas l’absence de conflits, mais l’absence de sources de conflits, c’est-à-dire que la Justice régnant, personne n’a de grief à faire valoir en Droit contre autrui.[11]

 

Une société conforme à la Justice n’est pourtant pas en soi la société douce et chaleureuse à laquelle nous aspirons. Car le Droit peut nous être imposé, et rien de ce qui nous est imposé ne saurait causer notre bonheur. Exercer la Justice consiste à appliquer le Droit dans toute sa rigueur, quels que soient les sentiments que nous éprouvons. Les pauvres peuvent avoir tort, les salauds avoir raison, le coupable être mon frère… C’est pourquoi les morales nous enjoignent la pratique d’autres vertus, telles la compassion et la générosité, qui tempèrent ce que la Justice a d’inflexible. Il va sans dire que la pratique volontaire et responsabilisante de ces vertus morales ne se confond en rien avec une politique de « justice sociale », qui ne saurait être juste puisqu’elle repose sur l’arbitraire, et ne saurait être morale puisqu’elle est un racket.

 

Droit et morales

Robinson dans son île a besoin d’une morale, il se pose chaque jour la questions des valeurs et de leur hiérarchie, à commencer par la question essentielle : vaut-il la peine de lutter pour sa survie ? Mais aussi, quel est le sens à donner à la vie dans cette solitude ? Est-ce une épreuve divine ? Est-il permis de se masturber ? En revanche, Robinson n’a pas besoin du Droit, le Droit n’a pas de sens pour lui.

 

Vivre implique d’agir sur la nature, la transformer, la consommer. Ainsi Robinson établit un lien entre lui et divers éléments de la nature : les pièces de bois qu’il taille et qu’il assemble, qui vont former une hutte ; le lopin de terre qu’il va planter…  Ce bois, cette terre, ne sont plus indifférenciés, ils ne sont plus naturels, ils ont été sortis de leur état d’origine pour recevoir le projet de Robinson. Et ce projet n’aura pas le même effet sur la nature selon la vie morale de son auteur, s’il est végétarien, gaspilleur, paresseux, économe… Robinson, comme chacun de nous, imprime la marque de sa conscience morale dans la nature.

 

Débarque Vendredi. Dès que deux personnes se rencontrent, le Droit est là, entre elles. A l’instant où Vendredi pose le pied sur la plage, le Droit délimite deux espaces dans l’île, celui de Robinson, imprégné de ses projets, et celui, encore vierge, que Vendredi pourra faire sien. En attendant l’installation de Vendredi, Robinson peut l’inviter chez lui, partager, lui offrir ce qu’il a, mais Vendredi n’a aucun droit à aucune des ressources de Robinson. La faim ne donne aucun droit. Si c’était le cas, Vendredi pourrait exiger un repas, le jeter à la mer, et ayant toujours aussi faim, exercer son droit à une nouvelle ration, et ainsi de suite, jusqu’à l’avant-dernière réserve de Robinson, qu’il pourrait alors dévorer, avant de repartir rassasié, et en laissant juste assez à son hôte pour qu’il ne puisse pas clamer famine à son tour. Ce n’est pas parce que les socialistes nous habituent à cette pratique qu’elle est fondée en Droit.

 

En revanche, si Robinson a promis sa hache contre trois poissons, dès que Vendredi apparaît chargé de sa pèche, il a droit à la hache. Robinson et Vendredi ont créé du droit, comme nous le faisons tous, comme il en naît de chaque contrat et de chaque promesse. Les politiciens français ont une hantise, celle du « vide juridique ». Les biotechnologies, Internet, la propriété intellectuelle des logiciels… seraient perdus dans ces limbes du Droit, d’où il urgerait de les faire sortir. Or, il n’existe jamais de « vide juridique ». Le Droit est toujours présent. L’îlot de Robinson, sans démocratie et sans drapeau, est déjà un espace de Droit. Ce que les politiciens veulent dire est qu’il existe parfois des vides législatifs, c’est-à-dire des espaces de liberté. Et c’est cela qui est leur hantise.

 

Le Droit est conforme à la morale, mais c’est une règle morale imparfaite, incomplète. Le Droit interdit d’agresser, c’est-à-dire de commettre le Mal ; il ne nous dit pas de faire le Bien. Encore moins comment il faudrait le faire. C’est pourquoi une société conforme au Droit – une société d’hommes libres – donne tant le vertige à ceux qui n’ont pas développé une conscience morale.

 

Morale, règlements, Droit

Parvenus à ce stade de notre réflexion, nous pouvons récapituler les caractéristiques de ces trois ensembles de règles : les morales, les règlements et le Droit.[12]

 

  • Les morales appellent les projets au travers desquels l’humanité s’accomplit dans chaque être humain.
    Les contrats et les règlements visent à la coopération et à l’efficacité dans la réalisation de ces projets.
    Le Droit définit la norme permettant la coexistence des projets individuels et associatifs.[13]

  • Le Droit est universel.
    Les morales et les règlements, même lorsqu’ils ont vocation d’universalité, ne sont applicables qu’à ceux qui en souhaitent la discipline pour eux-mêmes.

  • Les morales et les règlements sont prescriptifs ; ils obligent à faire.
    Le Droit oblige seulement à ne pas faire (ne pas agresser physiquement autrui), ce qui est à la portée de tous les humains.

  • L’obligation, née des traditions morales et des contrats, tire sa légitimité de son acceptation.
    Le Droit n’a pas besoin d’être accepté ; l’obligation de non-agression est une conséquence de la nature sociale de l’être humain.

 

4.  Les lois

A la fin de cet inventaire des figures du Droit et des règlements, constatons une absence : et les lois ? Nous avons posé la question des lois de chaque pays et de l’obéissance que nous leur devrions en tête de cette intervention, et voilà que nous ne voyons plus à quoi les appliquer. Car les règles que nous avons énoncées structurent déjà adéquatement la vie en société. Le Droit nous apporte la Justice et la Paix ; les morales nous montrent les gestes à faire avec autrui, les plus démunis, et sur la nature ; les contrats et les règlements assurent la coopération et l’efficacité dans la réalisation des projets, qu’ils soient communautaires, culturels, professionnels… Quelle place reste-t-il donc aux lois ?  A quoi servent-elles ?

 

Alors que les champs d’application du Droit, des règlements et des morales sont bien délimités, les lois les confondent. Parce qu’elles ne naissent pas spontanément de la relation de l’homme et de la nature, qui est la source du Droit et des morales, ou de la volonté même des hommes, qui fonde les règlements, les lois doivent s’imposer en usurpant la légitimité d’un type de règles pour faire accepter les contraintes d’un autre type :

 

  • Ainsi, nous avons vu que le Droit est universel. Les lois aussi se veulent applicables à tout le monde, au moins dans une juridiction nationale, personne ne peut se dire au-dessus des lois. Mais le Droit n’oblige à rien, il ne fait que permettre. Les lois ordonnent. C’est pourquoi l’universalité du Droit est légitime et celle des lois inacceptable.

 

  • Dans la société aussi, il existe des règles qui ordonnent. Ce sont les règlements et les contrats. Mais ils sont formellement approuvés par les parties. Ce n’est pas le cas des lois. L’escroquerie intellectuelle est flagrante qui veut nous faire croire que les lois sont l’expression de la « volonté collective ». Ou bien je ne fais pas partie de la collectivité, et ces lois ne me concernent pas, ou bien je veux voir ma signature sur le document où je les aurai approuvées, comme elle figure au bas des contrats qui me lient.

 

  • Les lois prétendent agir pour le Bien et lui donnent différents contenus. La « justice sociale » est le plus à la mode aujourd’hui. Mais il appartient à la morale, pas aux lois, de nous conduire vers le Bien, et en rendant la morale obligatoire, les lois ne créent que l’apparence du Bien, le pharisaïsme, l’hypocrisie, que tous les sages tiennent pour la plus méprisable des perversions morales.

 

Nous repérons les idéologies nauséabondes tapies derrière cette confusion des lois avec les autres règles de la vie en société. Confondre tout à la fois les lois avec les règlements et la morale est le totalitarisme.

 

Confondre les lois avec les règlements, traiter la société humaine comme une organisation toute entière mobilisée en vue d’un grand dessein, c’est le fascisme. [14]

 

Confondre les lois et la morale, vouloir réaliser le Bien sur terre par l’action politique (et non par la conversion des esprits), c’est le fondamentalisme.[15]

 

Les lois ne sont pas seulement redondantes lorsqu’elles ne font que décliner le Droit dans ses applications particulières : à quoi sert une loi pour prescrire « Tu ne tueras pas », « Tu ne voleras pas » ? (Certes, en usurpant la prérogative de légiférer, les politiciens peuvent se réserver des exceptions : ne pas tuer, sauf raison d’État ; ne pas voler, sauf par le fisc…). Les ne sont pas seulement étouffantes lorsqu’elles nient la volonté des adultes : quel mépris pour leur capacité de jugement que de leur interdire de se marier, de tester, d’éduquer leurs enfants, de prendre un emploi, de se soigner, de commercer, de publier et de lire… autrement que selon la loi ?  Les lois exercent en plus une fonction bien précise qui est de consolider les rapports d’exploitation. Les marxistes ont correctement décelé comment les lois protègent la classe dominante, aujourd’hui celle des hommes de l’État.[16]  Mais le matérialisme de Marx lui a caché l’enjeu au-delà de la lutte des classes : les lois sont la manifestation du Mal dans le monde. Suprême ruse du diable, les lois institutionnalisent le Mal en lui donnant l’apparence du Bien. 

 

Car il ne saurait exister de bonnes lois. Il a semblé à certains que faute de pouvoir surpasser Dieu en recréant les lois de la Nature, ils pouvaient au moins L’égaler en promulguant celles de la société. A l’évidence, il y a des ratés. Car la seule mission légitime de la puissance publique doit rester frustrante dans son manque d’ambition. Elle est de faire respecter le Droit. Gouverner implique de renoncer à faire le Bien et se contenter d’éviter le Mal. Ne pas agresser, ne pas tuer, ne pas voler. Gouverner consiste à ne pas faire de lois afin de laisser sa place à ce qui n’est pas la politique, aux morales, aux contrats et au Droit, c’est-à-dire à la sagesse et à la liberté.

 

Le paradigme politique

L’affirmation que les lois, dans leur essence même, sont l’expression du Mal demande une explication. Selon la définition classique, l’État est l’institution qui détient le monopole de la violence sur un territoire donné. Pourquoi penser un monopole de la violence (et pas sa prohibition),[17] et pourquoi en termes de territoire ? L’idée qu’un homme doit obéir à un gouvernement parce que le hasard l’a fait naître au milieu d’un certain peuple sur une certaine terre est bonne pour des manants. N’est-il pas temps de sortir du Moyen-Age ? Notre technologie et notre économie sont planétaires, mais notre philosophie charrie encore les valeurs du paysan attaché à son champ et débiteur de son  seigneur. Le seul gouvernement nécessaire est celui d’une association. Peu importe alors la forme qu’il prend – monarchie héréditaire ou élective, démocratie, tirage au sort des dirigeants… - puisque ne seront sujets de ses lois que ceux qui le souhaitent. Si le caprice du pouvoir devient insupportable, la démission y mettra fin. Ainsi il existe deux moyens de mettre fin à aux excès du pouvoir : soit les dirigeants se retirent, soit leurs sujets se retirent.

 

Cette faculté toujours ouverte de dire : « Sans moi ! » [18]  transforme les lois en règlement, l’État en association d’hommes libres, et rend caduque la notion même de politique. Le gouvernement d’une association la gère en vue d’un objectif extérieur à lui, qui est le but de l’association (monter des spectacles, éteindre des incendies, honorer Dieu…), et la mesure de son efficacité est dans la réalisation de cet objectif. Le gouvernement d’un État exerce le pouvoir pour lui-même, sans autre objectif (car quel pourrait être l’objectif d’un pays ? De la France, de la Norvège.. ?). Si efficacité il y a, elle mesure la seule capacité de ce pouvoir à se projeter partout, à ne laisser personne lui échapper.

 

Or, l’unique façon de limiter le pouvoir est de s’y soustraire. Le droit de sécession, comme tous les autres, n’est pas celui des peuples, mais des individus. Pour entraver l’absolutisme, la philosophie politique depuis le 17ème siècle, à l’exception de quelques anarchistes cohérents, n’a su proposer que des contre-pouvoirs. Mais combat-on le mal par le mal ? Arrêter le pouvoir par le pouvoir ne mène qu’au conflit. Incapable de s’extraire de cette conception moniste des relations humaines, la philosophie politique, précisément parce qu’elle est politique, n’a jamais pu penser ce qui n’était pas elle : le non-pouvoir.[19]

 

Le paradigme politique inverse le sens de la relation entre l’être humain et la société. Au lieu que l’être humain se joigne à une société, dans un mouvement de confiance, et puisse s’en retirer si cette confiance est brisée, la société politique s’empare de chaque nouveau-né, en fait un sujet, et si elle ne l’a pas causée dans quelque aventure guerrière, ne le laisse à sa mort qu’après l’avoir dépersonnalisé, enrégimenté et taxé.

 

Ainsi la société politique est un lieu de tragédie, on ne peut pas plus s’y soustraire qu’aux verdicts des dieux. Parce que la sécession n’est pas permise, toute question politique se pose nécessairement en termes de vie et de mort, de vainqueurs et de vaincus, de dominants et de dominés.

 

L’État, parce que telle est sa nature, ne peut pas éviter l’affrontement entre socialisme et capitalisme, monarchie et démocratie, fondamentalisme religieux et laïcité… Chaque option exclut l’autre. Car c’est le but même des lois que de transformer une association en monopole et d’interdire tout autre projet de société que le sien. Une société régie par le Droit accueille la coexistence des modes de vie, toutes les fins y sont acceptables pourvu qu’elles respectent le moyen, qui exclut la violence. La société politique n’admet qu’une seule fin et ne connaît pour y parvenir qu’un seul moyen, la violence policière ou la menace de cette violence. Ainsi la guerre n’est pas « la continuation de la politique par d’autres moyens », comme le notait Clausewitz dans une formule célèbre.[20]  Les moyens de la politique sont déjà ceux de la guerre ; lorsqu’elle n’éclate pas, c’est seulement que l’un des adversaires a déposé les armes avant de combattre. Mettre la violence hors-la-loi passe par l’abandon de la res publica, la dissolution de la « chose publique » dans la sphère privée.

 

Faire des lois est donc l’activité la plus malfaisante au sein de la société, puisqu’elle est toute entière recherche du pouvoir à exercer sur autrui, sans autre contrepartie que de dire : « Si ce n’est pas moi qui prend le pouvoir sur lui, ce sera lui sur moi ». A ce stade de l’évolution de l’humanité, n’est-il pas temps de dépasser cette conception primaire des rapports humains ? Pourquoi imposerais-je mes lois à ceux qui souhaitent vivre autrement ? [21]  Je leur demande seulement de ne pas m’infliger les leurs. Ce qu’aujourd’hui, ils ne feront pas, évidemment, ce serait insupportable. La souffrance d’avoir fait le choix de la servitude serait trop douloureux si d’autres avaient le droit de vivre libres.

 

Citoyenneté

 

La production de lois participe d’une pédagogie de la citoyenneté. Le citoyen n’est pas l’homme du dialogue, mais du militantisme. Son intégration à la société n’est pas celle, horizontale, du marché, où clients et fournisseurs traitent entre eux, sans autre médiation que le Droit. La société du citoyen est verticale, hiérarchique. Elle n’est pas structurée par des accords, mais des ordres. Chaque citoyen y apprend à faire appel au législateur (« il faut des lois contre ça… »), et à ne pas négocier lui-même avec ses pairs la résolution des problèmes. La paix sociale ne passe que par la soumission. Ainsi se consolide le pouvoir des hommes de l’État.

 

Il est certes plus facile quand on est une bande d’hommes armés face à des citoyens désarmés de commander plutôt que de négocier. Il est plus spectaculaire d’imposer une unique solution, surtout lorsqu’on y trouve un intérêt personnel, que d’en laisser plusieurs en concurrence. D’où cette fonction des lois : elles ne doivent pas laisser apparaître qu’une autre solution que celle imposée par les hommes de l’État était meilleure. Plus le champ politique est élargi, par exemple à travers la coordination de législations entre États, moins la possibilité existe pour le public de comparer les décisions de ses politiciens avec celles prises dans d’autres lieux. Par son ampleur même, la « Politique agricole commune », première expérience de législation paneuropéenne, est une calamité économique et écologique, qui préfigure celle à venir de la « Charte sociale ».

 

Une raison de l’attrait des sociétés politiques sur les esprits sans scrupules est de faire partager par tous le coût de leurs préférences.[22]  Le mécanisme est patent dans le cas des paiements directs. Fonctionnaires, agriculteurs, nombre d’industriels et d’intellectuels subventionnés, vivent sans honte d’argent volé. Il est plus subtil lorsqu’il s’agit de déresponsabiliser, c’est-à-dire d’effacer la différence entre le bien et le mal. Donner aux pauvres me coûte l’argent que je donne. Il peut y avoir deux raisons de le faire. Soit je suis vertueux, et je m’enrichis de la joie de donner, et il m’est assez égal que les radins ne connaissent pas cette joie. Soit je donne aux pauvres par devoir, ce qui veut dire que je n’ai aucun plaisir à aider les pauvres, et il est insupportable que je sois seul à me sacrifier et que les autres utilisent leur argent pour partir en vacances. Je réclame donc un impôt. Ainsi, tout le monde étant obligé de donner, il n’existe plus de généreux ni d’avares.

 

Immigration

Le processus véritablement satanique par lequel les lois brouillent la perception du bien et du mal se repère dans celles contrôlant l’immigration. Elle est le thème de votre conférence, que je n’ai pas encore traité, mais je l’aborderai ici, car il est exemplaire de mon propos sur les lois.

 

L’idée reçue est qu’en l’absence d’un pouvoir d’État, les pays les plus prospères seraient envahis par tout ce que le globe compte de traîne-misère. C’est d’ailleurs une incohérence que ses détracteurs croient repérer dans le libéralisme : nous mondialisons en accordant moins d’égards aux humains qu’aux marchandises.[23]  Mais les anti-mondialistes n’ont compris ni la loi de l’inertie des corps, ni le Droit. Car les marchandises ne viennent pas se poser toutes seules dans les magasins d’Oslo et de Paris. Pour qu’elles fassent le voyage, il a fallu qu’elles soient désirées. Un importateur ou un client a pris la peine de les acheter, de les transporter, de les installer. Et de même, pour que moi, l’étranger, je pose mon sac chez quelqu’un, c’est que l’amitié, le travail, le talent peut-être, m’ont valu cette invitation.

 

Mais le raciste ne tolère pas que l’étranger soit invité par d’autres. Il ne veut pas l’employer dans son magasin, ni même le servir, encore moins que sa fille l’épouse… Mais perdre des clients, faire le malheur de sa fille, a un coût. La haine a un coût. Tout ce qui est en conflit avec la nature et avec autrui cause des pertes d’énergie. Les animaux connaissent d’instinct le rapport juste à la nature, les humains le découvrent à travers un apprentissage, que les économistes appellent le marché, et qui est tout simplement la vie selon le Droit. Subir un coût élevé est la tape sur les doigts que nous flanque la nature pour nous signifier que nous ne sommes pas dans un rapport juste avec elle. Mais le raciste ne veut pas subir seul le coût de sa haine. Les politique­ment puissants ne veulent pas subir seuls le coût de leur injustice. Ensemble, ils réclament des lois qui répartiront les conséquences de la haine et de l’injustice sur toute la société. 

 

Alors… ? 

Alors, doit-on obéir aux lois ? Elles ne sont pas seulement inutiles, puisque le Droit, les morales, les règlements, ordonnancent déjà la société ; elles ne sont pas seulement, dans le cas de « mauvaises lois » et de « mauvais régimes », le surgissement de violences pathologiques (et il n’est pas fortuit que tant de psychopathes se lancent en politique) ; elles sont la nouvelle ruse du Mal dans le monde. En feignant de satisfaire des aspirations légitimes, la défense des droits humains, des pauvres, de la culture, les lois institutionnalisent la violence pure et l’hypocrisie. Quand on a vu la vraie figure de cette violence, on ne peut plus répondre : « Obéir aux lois, pourquoi pas, si ça vous plaît ? ».

 

De même qu’il n’existe pas une seule voie vers l’accomplissement du Bien, notre engagement dans la lutte contre le Mal peut prendre plusieurs formes. Elle sera pour chacun celle que lui souffle sa conscience. Appelés à la résistance, jusqu’à quel point sommes-nous prêts à mettre en jeu notre situation personnelle et celle de notre famille pour vivre honnêtement et hors-la-loi ? Sommés de collaborer avec le Mal, jusqu’où acceptons-nous de chercher le pouvoir sur autrui dans le jeu démocratique ? De bénéficier du produit de la violence en étant receveur net d’argent volé ? De faire porter par d’autres le coût de notre injustice et notre imprévoyance ?

 

Certains actes de dissidence ne réclament pas d’héroïsme, et ils maintiennent l’exigence de vigilance : refuser les fonctions citoyennes, ne pas voter, ne pas être complice du pouvoir, tromper le fisc à la première occasion... Le devoir moral pour nous qui avons compris le méca­nisme de la violence légale est de le dénoncer. C’est à cette seule exigence qu’est tenu le Rebelle.

 

Car que pourrait la violence contre la violence ? On ne la combat pas sur les barricades, mais là où elle règne, dans les consciences. C’est par la prise de conscience de tout ce qui est violence dans notre relation aux autres et à la nature que l’humanité devient plus humaine.

Emporter la victoire contre le Mal, c’est d’abord le démasquer.

 

Texte adapté d’une conférence donnée à Oslo, dans le cadre d’un séminaire organisé par les FRIdemokratene et Libertarian International, le 1er octobre 2000

 

Texte disponible sur www.liberalia.com

cmichel@ cmichel.com

 


[1]

   J’utilise le mot association ici dans le sens qu’Hayek donne à celui d’organisation. Friedrich Hayek, Droit, Législation et Liberté, Trad. de Raoul Audouin, PUF, 1983.

[2]   Sauf peut-être celles, inassimilables par d’autres, de quelques tribus primitives.

 

[3]   Certaines communautés aux contours flous sont identifiées clairement par des signes d’appartenance, bien qu’elles ne fassent pas l’objet d’un contrat d’adhésion. Citons une communauté linguistique, telle la francophonie, ou bien la « bonne société », dans laquelle on est admis par ses alliances, son éducation, la fréquentation de certains cercles… Mais si ces communautés existent réellement même sans adhésion formelle, elles ne lient pas non plus leurs membres par des obligations exécutables en droit. Les usages en vigueur dans le monde des Guermantes ne sauraient prévenir le mariage de Swann avec Odette de Crécy, et si la sanction de cette mésalliance est de lui fermer les salons du Faubourg Saint Germain, la règle applicable à ce cas est moins le règlement, tout virtuel, de cette aristocratie que le droit bien réel qu’a chacun de recevoir ou ne pas recevoir quelqu’un sous son toit.

[4]  La convivialité occupe une part importante dans notre vie, mais on pourrait soutenir que les relations entre amis constituent une sorte de règlement souple d’association, fixant la fréquence et la nature des rencontres, les échanges de cadeaux, les interdits (on ne pique pas la copine d’un copain !), etc.

 

[5]   J’ai noté l’expression chez François Guillaumat.

 

[6]   Montesquieu, De l’esprit des lois, in Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. Pléiade, 1964.

 

[7]  Bien différente donc est la situation où Pierre accepte d’aider Paul à charge de réciprocité, ou parce que Pierre est tout simplement bon, car il s’agit là d’un accord entre eux, en d’autres termes, d’une association, même informelle et transitoire, à deux. Pour que ceux qui ne peuvent pas les produire ni les acheter aient accès à certains biens et services, il faut que d’autres aient la générosité de les leur fournir ou soient contraints de le faire par la puissance publique. Dans les deux cas, cette mise à disposition n’est pas garantie. On peut même constater que lorsque la contrainte est trop sévère, elle décourage la production au détriment des plus démunis.

 

[8]   Contrairement à d’autres formes d’agression, comme l’injure verbale, l’atteinte à l’intégrité physique est objective et vérifiable. Certes, d’aucuns soutiennent que « le mot peut tuer ». On entend proférer cette ineptie par les censeurs des associations anti-racistes et autres gardiens de la rectitude politique. J’insiste sur cette grave confusion qu’ils entretiennent en prétendant que l’injure, le blasphème, le récit historique, même le plus délirant, la littérature, le cinéma… peuvent tuer. Car si : « les mots = les balles », celui qui a été injurié serait en état de légitime défense en répondant aux mots par des balles. On verrait alors, mais un peu tard, lequel du stylo ou du fusil est mortel. Encore une fois, il n’y a d’agression que le Droit peut connaître que l’agression physique.

 

[9]   « Suum cuique tribuere ». D’aucuns usent la formule « à chacun son dû », qui est ambiguë. En effet, soit ce qui est « dû » à quelqu’un est déjà « le sien » : lorsque Sganarelle réclame ses gages à Dom Juan, cet argent est toujours en possession de Dom Juan, mais il n’est plus sa propriété, il appartient déjà à Sganarelle ; soit on entend par « dû » l’évaluation de quelque mérite ou titre moral. Ainsi Don Diègue s’emportant contre le Comte : « .. la faveur du Roi / Vous élève en un rang qui n’était dû qu’à moi ». Mais voilà l’intéressé qui juge ses propres mérites ! N’ayant rien promis, le Roi ne doit rien. Qui calculera que l’étudiant issu d’un milieu social déshérité, mais naturellement doué, a plus ou moins de mérite à réussir un examen que le fils de famille moins intelligent, mais travailleur ? Le professeur, lui, se contentera de noter les copies.

 

[10]     Psaumes, 85/11-12. L’Église catholique romaine a institué des commissions sous le nom de « Justice et Paix » pour la conseiller sur les problèmes économiques. Dans la plupart des pays, ces commissions se signalent par l’incompétence de leurs membres en matière économique.


[11]   D’autres violences peuvent surgir entre les humains, ainsi les crimes passionnels et pathologiques...  Ils n’entrent pas dans notre propos (nous pouvons nous borner à constater qu’ils n’ont jamais représenté qu’une infime proportion des violences dans l’histoire humaine ; aucun serial killer ne tuera autant qu’un général, aucune mafia ne volera autant que le fisc).

 

[12]    Ceux qui sont familiers avec les travaux de Georges Dumézil sur les trois fonctions qu’il repère dans toutes les sociétés indo-européennes les retrouveront dans la classification des règles sociales que je viens de donner. La fonction spirituelle des prêtres et des sages est d’approfondir et enseigner les lois morales ; la fonction martiale des guerriers consiste à faire respecter le Droit ; la fonction des producteurs s’exerce au travers des obligations et des droits nés des contrats et des règlements. (Pour une présentation de l’œuvre de Georges Dumézil, voir son Mythes et Dieux indo-européens, Champs-Flammarion, 1992). Ajoutons ceci : tous les enfants savent que les seuls guerriers qui s’acquittent honorablement de leur fonction – et c’est pourquoi ils sont si populaires dans notre imaginaire – sont les chevaliers errants et les héros de bandes dessinées, Tintin, Superman, Lucky Luke… Ils se contentent de faire respecter le Droit. Dès que les guerriers ne sont plus solitaires, mais se constituent en armée et en État, la tentation est irrésistible de racketter ceux qu’ils ont pour fonction de défendre.

[13]     Les règles morales se disent à la première personne du singulier, sur le mode du « je ». Les  contrats et règlements utilisent le « nous ». Le Droit, qui fait « acception des personnes », prend donc la forme du « il » impersonnelle.

[14]   Mais quel pourrait être ce Grand Dessein ?  Les désabusés répètent à l’envi : « Mon idéal de société est une société sans idéal ». Toute société dense, frémissante, est toujours tendue vers un idéal, autour duquel ses membres se rassemblent et que ses règlements facilitent. C’est exactement pourquoi les êtres humains forment des associations. Mais comment un pays, n’importe lequel, pourrait-il viser un objectif que ne rejetteraient pas nombre de ses habitants, et quelle justification pourrait avoir la puissance publique de les y contraindre ?

 

[15]   Les ayatollahs n’ont pas l’exclusivité du fondamentalisme. Soljenitsyne nous explique que la légitimité du droit est dans « la tentative de l’homme pour fixer dans les lois cette réalité morale qui nous transcende ». Alexandre Soljenitsine, Discours américains, Le Seuil, 1981.

 

[16]   Voir mon texte : La lutte des classes n’est pas finie, disponible sur  www.liberalia.com

 

[17]  A tout le moins, la prohibition du premier recours à la violence.

[18]  La seule relation entre le démissionnaire et l’association n’est plus que celle des obligations consenties qui courent encore, le démissionnaire doit-il de l’argent à l’association ? S’est-il engagé à peindre les volets de la co-propriété ?

 

[19]  Il existe au sein de la société d’autres formes de pouvoir, notamment le pouvoir de rendre service. Mon banquier et la femme que j’aime exercent tous deux sur moi un pouvoir considérable, mais seulement dans la mesure où j’attends leurs faveurs. Le moment où je ne désire plus ce qu’ils peuvent m’offrir, leur pouvoir s’évanouit. En revanche, je n’ai absolument pas besoin des hommes de l’État, et pourtant leur pouvoir ne cesse pas. Car le pouvoir des hommes de l’État est celui des armes, et sa limite est la mort de ses victimes ; le pouvoir économique est celui de rendre service, et sa limite est notre désir pour ce service.

 

[20]   « La guerre est seulement la continuation de la politique par d’autres moyens ». Cette citation bien connue forme le titre du §24 du chapitre introductif  « Qu’est-ce que la guerre ? »  in Carl von Clausewitz, De la guerre, Editions de Minuit, coll. Arguments.

[21]   Ma philosophie est la plus haute incarnation du Bien et du Vrai, n’est-ce pas, sinon pourquoi l’adopterais-je ? Mais si les autres préfèrent vivre dans l’erreur, par exemple dans le socialisme ou l’islam, pourquoi devraient-ils en être privés ?

 

[22]   cf. Frédéric Bastiat : « L'État, c'est la grande fiction à travers la quelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde ». (L’État, composition parue au Journal des Débats, numéro du 25 septembre 1848, disponible sur l’excellent site consacré au plus grand économiste français : www.bastiat.org )

 

[23]   Remarquons toutefois qu’à l’époque du premier libéralisme, au 19ème siècle, la situation était inverse. Le protectionnisme fermait les frontières aux marchandises, mais les gens étaient libres de les traverser sans contrôle et de s’installer où ils voulaient. (Le seul pays à exiger un passeport était la Russie, et Balzac, en apprenant qu’il devait en faire établir un s’il voulait y retrouver  Madame Hanska, ne se prive pas d’écrire à l’ambassadeur à Paris en termes virils ce qu’il pense des méthodes policières du régime tsariste).


Règles

De Wikiberal.

Le libéralisme insiste sur la nécessité de règles, au sein desquelles les initiatives humaines peuvent se déployer, mais de sorte à avoir une ensemble social non-conflictuel. Une formule célèbre de John Locke est que «là où il n’est pas de loi, il n’est pas de liberté».

La question est de savoir d’où viennent ces règles. Ici le libéralisme peut être partagé en deux grandes tendances : soit l’ordre spontané, soit la loi comme norme artificielle.

Les règles issues de l'ordre spontané

La première tendance se trouve principalement dans l’école anglaise et surtout écossaise : ordre spontané dans l’économie de marché selon David Hume et selon Adam Smith, ordre spontané dans la morale sociale selon Smith encore, car nous nous forgeons à nous-mêmes la norme du « spectateur impartial » (Théorie des sentiments moraux) ; enfin, l’ordre spontané c’est aussi le rôle des hiérarchies sociales, des influences, du patronage : réalité très forte en Angleterre, mais directement mise en cause par la Révolution en France.

Les règles issues de la loi, norme artificielle

L’autre tendance du libéralisme, très différente, fait l’éloge de la loi : la loi est un principe d’action, pour l’homme, qui est soumis à des conditions institutionnelles de fabrication (Montesquieu, Blackstone : séparation des pouvoirs, checks and balances), et la loi est également une forme d’obligation reconnue par la raison. De ce point de vue, Locke, puis Kant diront que l’homme est «un être capable de lois», c’est-à-dire de faire la loi et de se soumettre à la loi. En fait, l’éloge de la loi relève plutôt de la culture française (malgré le cas, là encore assez original, de Locke), la loi devant être ce qui remplace le pouvoir personnalisé, l’incarnation monarchique de l’État.

Dans la culture anglo-saxonne, ce n’est pas la loi, produit du législatif, qui est essentielle, mais le droit de common law, c’est-à-dire fondé sur la jurisprudence, un droit résultant de l’interprétation par le juge des droits tels qu’ils sont mis en pratique.

Voir aussi : droit, loi, justice, droit naturel.

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