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The International Civil Liberties Alliance is a project of the Center for Vigilant Freedom Inc.  We are an international network of groups and individuals from diverse backgrounds, nationalities and cultures who strive to defend civil liberties, freedom of expression and constitutional democracy.

We aim to promote the secular rule of law, which we believe to be the basis of harmony and mutual respect between individuals and groups in the increasingly globalised world, and to draw attention to efforts to subvert it.  We believe in equality before the law, equality between men and women, and the rights of the individual and are open to participation by all people who respect these principles.

We believe that freedom of speech is the essential prerequisite for free and just societies, secular law, and the rights of the individual.

We are committed to building and participating in coalitions in all parts of the world to effect significant progress in protecting rights of the individual which are sadly being eroded in many countries including those in the West.


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The Center for Vigilant Freedom

3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 20:31

Les 3 et 9 mars prochains, les Espagnols éliront leurs parlementaires. Le Parti socialiste (PSOE) du premier ministre J.L. Zapatero, apparaît favori. Son principal concurrent sera le Parti populaire (PP, droite libérale), dirigé par Mariano Rajoy. Nombre d’Espagnols estiment pourtant que la droite aurait plus de chances de l’emporter si son ancien leader emblématique, J. M. Aznar*, qui dirigea le gouvernement entre 1996 et 2004, reprenait du service. Mais l’intéressé, dont le nom reste attaché au « miracle économique espagnol », semble avoir définitivement tourné la page… Il enseigne aujourd’hui à la Georgetown University de Washington et sillonne la planète. Son influence morale et intellectuelle sur le PP demeure prégnante, grâce au think tank libéral qu’il dirige, la FAES, dont le rayonnement s’étend jusqu’aux États-Unis et à l’Amérique latine. Une fondation à laquelle il assigne la tâche principale de redonner à la droite sa légitimité face à l’« hégémonie culturelle et intellectuelle » de la gauche. Quatre ans après la fin (provisoire ?) de sa brillante carrière politique, M. Aznar n’a rien perdu de sa détermination... C'est un homme humble, profond et chaleureux, aux antipodes des caricatures forgées par ses adversaires rouges-bruns-verts et par les médias, qui nous a reçu dans les locaux de l'Université de la FAEZ, à Madrid. A.D.V

 Alexandre del Valle — Alors que l’Espagne s’apprête à connaître des élections parlementaires déterminantes, vous tirez le signal d’alarme. Selon vous, le pays se trouve sur une pente dangereuse : l’idée même de liberté est remise en question. Cette préoccupation guide votre dernier ouvrage, qui se présente sous la forme d’un recueil de lettres écrites à un jeune Espagnol auquel vous expliquez votre vision politique. En quoi la liberté est-elle en danger en Espagne ?

 

 

José Maria Aznar — Dans cet ouvrage, je tente d’expliquer ce qu’est la liberté car, trop souvent, la jeunesse en a une acception erronée. Les jeunes Espagnols qui se réclament de l’antilibéralisme se trompent sur la définition du concept de liberté. Ils veulent multiplier les lois pour protéger ce qu’ils croient être la liberté. Or, sous prétexte de garantir notre bonheur, le droit finit par pénétrer toutes les sphères de la vie privée, nous enfermant en réalité dans une société moralisante et intolérante. L’antilibéralisme en Espagne est souvent le résultat du politiquement correct et de l’interventionnisme — pour ne pas dire du totalitarisme intellectuel — de la gauche au pouvoir. Il est regrettable de constater que cette politique qui déforme le droit et les valeurs de la société occidentale semble trouver plus d’écho chez les jeunes que la tradition libérale.

A. D. V. — Comment expliquez-vous qu’il existe en Espagne un tel sentiment anti-libéral chez les jeunes ?
J. M. A. — C’est un grand paradoxe. Depuis le XIXe siècle, l’Espagne abrite une forte tradition libérale. D’ailleurs, le terme « libéral » lui-même est d’origine espagnole (il fut employé pour la première fois par l’assemblée constituante de Cadix au début du XIXe siècle). Hélas, aujourd’hui, les hommes politiques qui se réclament du libéralisme au sens européen du terme sont rares. Ce paradoxe n’est pas nouveau : déjà du temps de l’URSS, la majorité des intellectuels européens soutenaient le communisme. Seule une poignée d’irréductibles s’était élevée contre cette vision, en particulier les Français Jean-François Revel et Raymond Aron.
Je crois aussi que le rôle de l’éducation ne doit pas être sous-estimé dans la tendance des jeunes à se réclamer de l’anti-libéralisme. Les idées soixante-huitardes du gouvernement de Zapatero ont détruit les notions d’autorité et de responsabilité à l’école.

A. D. V. — Vous faites sans doute référence à une matière que le gouvernement de Zapatero a imposée à l’école primaire et secondaire : l’« aprentissage de la citoyenneté » (1)...
J. M. A. — En effet. Cette matière est un véritable « catéchisme du bon socialiste » ! Endoctrinée par un gouvernement de soixante-huitards, la jeunesse tend à se complaire dans une espèce de relativisme moral selon lequel « tout se vaut ». D’où mon livre, qui constitue un rappel à l’ordre : je ne voudrais pas que notre système de valeurs, fruit d’une histoire millénaire, soit mis à mal. La jeunesse doit réagir pour que perdure la liberté, pierre angulaire de toute société occidentale.

A. D. V. — Vous parlez sans cesse de « système de valeurs » et d’« Occident » ; mais, dans votre livre, vous ne faites presque jamais référence à l’Europe. Seriez-vous eurosceptique ?
J. M. A. — Le but de cet ouvrage est de dénoncer les ravages du relativisme en Europe. Les lettres que j’adresse à ce jeune Espagnol pourraient très bien être destinées à un jeune Français, à un jeune Anglais ou à un jeune Italien. Lorsque je parle de l’inquiétant effacement de la liberté et de la responsabilité dans nos sociétés modernes, j’évoque bien un problème typiquement européen !
Je ne suis en aucun cas eurosceptique. Je crois, au contraire, que l’Union européenne a effectué de grandes avancées ces derniers temps. J’ai moi-même largement participé à sa construction.
L’UE doit maintenant s’affirmer comme une « grande Europe atlantique ». Pour y parvenir, il faut améliorer significativement notre relation stratégique avec les États-Unis. À l’époque où je dirigeais le gouvernement, j’avais proposé une politique de réforme de l’Otan. L’idée était de centrer l’Alliance sur les sociétés occidentales, non pas en tant qu’ensemble géographique mais plutôt en tant que communauté de valeurs. Je souhaitais alors créer avec les États-Unis un espace de libre-échange qui aurait été ouvert au reste du monde. J’avais aussi un projet de réforme visant à incorporer l’Amérique latine au monde atlantique. Cette alliance atlantique aurait évidemment eu pour objectif de fortifier et de protéger nos sociétés modernes et libres. Mais, pour pouvoir mener à bien toutes ces politiques ambitieuses, il faudrait que l’Europe ait davantage confiance en elle.

A. D. V. — Justement, selon vous, que doivent faire les dirigeants européens pour redonner confiance à l’Europe ?
J. M. A. — Beaucoup de choses : redresser son économie, son système de valeurs, son système éducatif, ses institutions…

A. D. V. — Vous-même avez, lors de vos huit années au pouvoir, redressé l’économie espagnole et modernisé le pays. Quel est l’aspect de votre mandat dont vous êtes le plus fier ?
J. M. A. — On ne fait jamais tout ce que l’on veut ! Mais, globalement, la majorité des Espagnols estime que, aujourd’hui, grâce à notre action, l’Espagne va mieux. Du point de vue tant économique que social, le pays ne s’est jamais porté aussi bien qu’en 2004, quand nous avons quitté le pouvoir. Tout le monde reconnaît que notre action a légué au gouvernement actuel un héritage exceptionnel. Nous avons atteint l’essentiel de nos objectifs, y compris ceux que nos adversaires qualifiaient d’irréalistes. Les sceptiques affirmaient que l’Espagne ne pouvait pas entrer dans l’euro ; eh bien, elle y est parvenue grâce à notre politique de stabilisation.
L’Espagne a rempli les conditions des critères de convergence en un an et demi. Et la politique de libéralisation que nous avons conduite a abouti à une amélioration sensible du niveau de vie des habitants. Cette politique a permis de créer des emplois et stimulé le développement de nouvelles technologies. Grâce à nos réformes, de très nombreuses entreprises espagnoles ont investi à l’étranger. Lors de mes deux mandats, c’est-à-dire de 1996 à 2004, nous avons créé six millions d’emplois : pendant ce délai, plus de 50 % des emplois créés en Europe l’ont été dans la seule Espagne ! J’aimerais rappeler qu’en 1976, au début de la transition vers la démocratie, seuls douze millions d’Espagnols travaillaient. Et vingt ans plus tard, en 1996, ce chiffre était toujours le même ! En vingt ans, on n’avait pas créé un seul emploi ! Le pays était certes devenu plus prospère ; mais jusqu’à ce que notre gouvernement redresse la situation, l’Espagne avait stagné en matière d’emploi.

A. D. V. — On parle souvent du « miracle espagnol ». Votre pays serait, avec l’Irlande, un élève exemplaire de l’Union européenne pour ce qui concerne l’utilisation des fonds structurels européens et l’application des critères de Maastricht. Comment l’expliquer ?
J. M. A. — Entre 1996 et 2004, nous avons réalisé une véritable « révolution » politico-économique. C’est ce qui explique la réussite de notre intégration à l’UE. De tous les pays de l’Union, l’Espagne est celui dont le déficit public a le plus baissé et, en même temps, celui dont la croissance a le plus augmenté ! Notre recette a été simple : réduction des impôts et encouragement à la création d’emplois. Le succès a été au rendez-vous.

A. D. V. — Comment avez-vous réussi à maintenir le haut niveau de protection sociale propre à l’Espagne tout en conduisant une politique libérale ?
J. M. A. — C’est élémentaire : seul le libéralisme produit des richesses, et seule la création d’emplois permet de réduire la pauvreté. La meilleure politique sociale consiste à ne se préoccuper que de la création d’emplois. J’en veux pour preuve que, sous mon gouvernement, la protection sociale a progressé dans le pays. Quand nous sommes arrivés aux affaires, de nombreux contrats de travail étaient dépourvus de protection sociale. Huit ans plus tard, à notre départ, il n’existait plus un seul contrat de travail sans protection sociale.
Je vais vous expliquer comment le libéralisme produit des richesses. Comme vous le savez, nous avons privatisé de nombreuses entreprises. À l’occasion de ces privatisations, beaucoup d’employés de ces entreprises sont devenus actionnaires. Ce phénomène de « capitalisme populaire » change les mentalités et responsabilise considérablement les personnes concernées. Ne serait-ce que parce que celui qui se lève le matin et sait qu’une partie de son épargne réside dans son entreprise s’implique davantage dans son travail !
C’est pourquoi je dis toujours à mes interlocuteurs : les grands discours sur la solidarité ne m’intéressent pas du tout ! Les vrais discours sur la solidarité, ce sont les chiffres des créations d’emplois, ce sont les possibilités de prospérer qui sont offertes aux gens !

A. D. V. — Vos réformes économiques sont-elles remises en question par la politique socialiste de José Luis Zapatero ?
J. M. A. — J’insiste sur le fait que le gouvernement actuel a eu la chance d’hériter d’une situation exceptionnelle. L’Espagne que nous lui avons transmise était la plus prospère qui ait jamais existé ! Admettez qu’il y a une différence entre un État ayant un déficit de 7 % (ce qui était le cas avant mon mandat) et de 1 % (à l’issue de ce mandat) ; entre un pays où 12 millions de personnes ont un emploi (avant mon arrivée) et un pays où elles sont 18 millions (après mon départ) ; entre une économie dont le revenu par tête était de 12 000 dollars et une économie où il était passé à 24 000 dollars ! Pour le moment, le gouvernement de M. Zapatero, qui grève le budget national de dépenses toujours plus lourdes, profite de cet acquis, qu’il n’a pas encore totalement dilapidé. Mais l’avenir proche dira si l’État pourra supporter longtemps les incohérences de la gestion des socialistes.

A. D. V. — Pensez-vous que ceux de vos compatriotes qui ont voté pour José Luis Zapatero lors des élections de 2004 vous ont manqué de reconnaissance ?
J. M. A. — Je n’ai pas souffert personnellement de cette « ingratitude » puisque je n’étais même pas candidat. Je ne peux pas me plaindre des Espagnols. Au contraire, j’éprouve à leur égard une grande reconnaissance. Ce peuple a fait de moi le plus jeune chef de gouvernement de l’histoire du pays ! Il n’empêche que je comprends la phrase de Churchill qui disait que « toute nation est ingrate » envers ses dirigeants, surtout s’ils ont été bons…

A. D. V. — Concrètement, que reprochez-vous à votre successeur José Luis Zapatero ?
J. M. A. — Je crois que cet homme est un radical qui ne réunit pas les qualités nécessaires pour occuper ce poste. Ses décisions sont en train de provoquer le démembrement de l’État et la dénationalisation du pays. L’Espagne se dirige vers une crise nationale d’une immense gravité. Le radicalisme de M. Zapatero est un radicalisme pur et dur qui vient tout droit de 1968. C’est comme si nous étions en train de revivre 1968 quarante ans après, avec tout ce que cela implique de sectarisme et de risques de divisions pour l’Espagne ! La politique, ce sont des faits, pas des slogans !
Aujourd’hui, l’Espagne est plus faible qu’au printemps 2004. Jamais les Espagnols n’ont été aussi angoissés à propos de l’avenir de leur pays. L’État est en train de se démembrer à cause des séparatismes encouragés par M. Zapatero et la gauche. On peut comprendre, à l’extrême rigueur, qu’un dirigeant politique fasse beaucoup de promesses, y compris des promesses stupides, lors d’une campagne électorale ; mais qu’il mette en application ces engagements démagogiques une fois au pouvoir, voilà qui relève de l’irresponsabilité… Cette capacité à l’autocritique, c’est ce qui distingue un dirigeant apte à gouverner d’un politicien qui représente un danger pour son pays. Franchement, imaginez qu’en France le président déclare devant le Parlement qu’il ne sait pas si la nation française existe et que le concept de nation est « discutable » ! Imaginez, aussi, que les collaborateurs qu’il a nommés au sein de son gouvernement soient membres des forces séparatistes qui menacent l’unité du pays… Eh bien, c’est la situation actuelle en Espagne !
En négociant avec les terroristes et en légalisant leurs représentations politiques (2), Zapatero a perdu toute crédibilité. L’ANV — le parti Action nationaliste basque, dont le PP demande l’interdiction — n’est pas le seul exemple de parti politique qui, selon moi, devrait être interdit en tant que menace à l’intégrité nationale. Le Parti communiste basque Partido comunista de las tierras vascas devrait l’être également. Zapatero a commis la grave erreur de négocier avec des terroristes qu’il a qualifiés d’« interlocuteurs légitimes ». Or si l’on souhaite vraiment éradiquer un mouvement terroriste, on n’appelle pas ses membres « hommes de paix » et on ne négocie pas avec eux ! Et n’est-il pas profondément contradictoire de vouloir détruire une organisation à laquelle on a permis de siéger au cœur des institutions de l’État ? Le gouvernement de Zapatero est même allé jusqu’à financer les partis politiques des terroristes avec l’argent public !

A. D. V. — Les mouvements séparatistes peuvent-ils vraiment provoquer le démantèlement de l’Espagne ?
J. M. A. — J’ai confiance dans la nation espagnole. L’Espagne est une grande nation, l’une des plus anciennes d’Europe. Une nation plurielle, certes, mais unie depuis des siècles. Il n’en demeure pas moins que la désinvolture du gouvernement Zapatero a suscité la réapparition de vieilles querelles qui semblaient appartenir au passé. Ceux qui avaient l’obligation de défendre la nation espagnole ont ouvert un débat qui risque de déclencher une grave crise nationale (3).

A. D. V. — L’attentat commis par le l’ETA le 1er décembre dernier à Capbreton, dans le Pays basque français, qui a coûté la vie à deux gardes civils espagnols, a dû apporter de l’eau à votre moulin…
J. M. A. — Évidemment ! D’ailleurs, il faut que les Français prennent conscience que ce danger est bien réel. Au-delà de la composante terroriste, je rappelle que l’Espagne est un pays dans lequel on convoque des référendums d’autodétermination illégaux (4) : c’est ce qui s’est passé au Pays basque et en Catalogne…
Même si, comme je viens de vous le dire, je crois en l’unité de mon pays, je sais bien que rien ne garantit aux nations et à leur culture une existence éternelle. Aussi admirables soient-elles, les grandes nations européennes ne sont que des créations historiques que l’Histoire peut défaire. Raison de plus pour se montrer intraitables face aux séparatismes, a fortiori quand ils s’accompagnent de violences intolérables !

A. D. V. — Vous demeurez très populaire au sein de la droite espagnole, si bien que votre successeur, Mariano Rajoy, paraît parfois avoir du mal à imprimer sa marque à la tête du PPE…
J. M. A. — À vrai dire, je ne pense pas que mon hara-kiri serait très utile à Rajoy ! Plus sérieusement, on sait que les successions sont toujours difficiles. J’ai été pendant quinze ans le leader du PPE, le parti le plus puissant et le plus populaire d’Espagne. Ce parti est même devenu une véritable référence, aux États-Unis comme en Europe. J’accepte que l’on dise que j’ai mis en place un leadership fort. Mais je ne crois pas que cela soit un inconvénient pour M. Rajoy, dont le type de leadership diffère du mien. Je lui souhaite le meilleur et je ne doute pas de son succès lors des prochaines échéances.

A. D. V. — 57 ans en politique, c’est comme 20 ans au football professionnel. Avez-vous l’intention de revenir un jour au pouvoir grâce à la plate-forme que constitue votre fondation, la Faes, un think tank dont la vocation est de défendre l’Occident, le libéralisme et le monde libre (5) ?
J. M. A. — Aujourd’hui, je n’ai pas d’ambitions politiques. Mes ambitions existent surtout dans le domaine des idées, de la métapolitique, du débat intellectuel.

A. D. V. — Souhaitez-vous, via cette institution, influencer les décisions politiques des leaders européens ?
J. M. A. — La Faes se donne en effet pour objectif d’influencer le débat politique aux États-Unis, en Amérique latine et en Europe. Elle porte une attention particulière aux liens transatlantiques. Mais notre ambition est surtout de reconquérir la légitimité intellectuelle de la droite libérale. Si vous me pardonnez cette apparente arrogance typiquement espagnole, de même que j’ai fait un parti meilleur que celui de la gauche et un gouvernement meilleur que celui de la gauche, je veux faire une fondation qui défendra une idéologie meilleure que celle de la gauche. Les idées libérales, les idées de droite, sont trop souvent défendues par des gens complexés qui, pour paraître « légitimes », ont toujours besoin de cautions de gauche. Cette absurdité aboutit parfois au fait que ces représentants de la droite complexée défendent des positions contraires aux leurs ! Je n’accepte plus que la gauche demeure le diapason du débat intellectuel et politique. Je ne lui reconnais aucune suprématie intellectuelle et morale sur nous.
Pour renverser ce phénomène, il convient de faire comme aux États-Unis, où la bataille des idées a été remportée par la droite grâce à la constitution de think tanks, de fondations, de journaux, etc. Pourquoi ne réussirions-nous pas, nous aussi, à gagner cette bataille en Europe ? J’estime que la droite européenne ne doit plus accepter que des gens qui ont déploré la chute du mur de Berlin définissent ce qui est politiquement acceptable ! Quelque chose na va pas dans cette vieille Europe où nombre de nostalgiques du communisme demeurent des références légitimes.

A. D. V. — Vos prises de position en faveur d’une droite « décomplexée » auraient inspiré Nicolas Sarkozy, qui est à certains égards votre disciple…
J. M. A. — Je ne me permettrai certainement pas de dire qu’il est mon disciple ! C’est surtout un ami cher dont je suis très proche idéologiquement. Il a exprimé ses idées avec clarté et conviction. Et je pense qu’il doit justement sa victoire à la présidentielle à sa détermination et à sa capacité de croire en ses idées, y compris quand celles-ci semblent aller à contre-courant de l’opinion publique. C’est cette indépendance et ce courage qui caractérisent, selon moi, un leadership et un caractère forts.

A. D. V. — Peut-il y avoir concurrence entre « Hispanidad » (6) et « Francophonie » ?
J. M. A. — En ce qui concerne les questions culturelles et internationales, je ne crois ni aux mondes fermés ni aux jeux à somme nulle. Ces dernières années, l’Espagne et la culture espagnole ont fait preuve d’une force et d’une vitalité intenses. Il y a là une grande opportunité culturelle et économique. Mais je ne crois pas pour autant que l’Hispanidad entre en concurrence avec la francophonie, qui est une réalité culturelle incontestable, très dynamique et dotée à la fois d’une grande histoire et d’un grand futur.

A. D. V. — L’Espagne peut-elle trouver une place de choix dans le projet d’Union euro-méditerranéenne cher au président Sarkozy ?
J. M. A. —Notre priorité, au sein de l’Union européenne, devrait être de définir les règles de l’élargissement à l’Est et d’y consolider la démocratie. Ce n’est qu’ensuite que l’on pourra commencer à décliner la politique européenne en une politique méditerranéenne. En tout cas, il sera indispensable de délimiter clairement cette future Union méditerranéenne et de la doter de moyens concrets. L’Europe doit décider quelles sont les tâches les plus urgentes sur son flanc sud. A mon avis, la priorité est de faire en sorte que les frontières sud soient les plus sûres possibles. Il est également indispensable d’entretenir de bonnes relations avec ces pays car, dans l’avenir, c’est de là que proviendront nos plus graves problèmes : je pense aussi bien aux risques terroristes qu’aux flux migratoires, à l’instabilité politique ou encore aux déséquilibres économiques... Il serait dommage que le projet de Nicolas Sarkozy ne dépasse pas le stade d’un simple lieu de dialogue, comme cela s’est produit avec le processus de Barcelone (7). Pour le moment, on n’a jamais réellement défini la politique méditerranéenne de l’UE. Or si l’on élabore sérieusement ce projet — auquel il faut intégrer la Turquie —, on jettera les bases d’un lien trans-méditerranéen très prometteur.

A. D. V. — Si je vous suis bien, vous partagez sur la Turquie la position de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel, qui ne cachent pas leur préférence pour un « partenariat privilégié » avec Ankara au détriment d’une adhésion de ce pays à l’UE ?
J. M. A. — Je répète que l’Europe n’est pas illimitée. Il faut bien qu’elle s’arrête à un moment ! Disons que je ne suis pas d’accord pour jouer avec la Turquie. Il convient de reconnaître clairement que son adhésion est actuellement impossible. D’une part, la Turquie n’est pas prête ; d’autre part, l’UE n’est pas capable d’assimiler une population de 80 millions d’habitants, majoritairement musulmane et largement hermétique aux normes, mentalités et institutions européennes. N’oubliez pas qu’avec le Traité européen simplifié, qui prévoit un système basé sur la majorité qualifiée (ce qui revient à privilégier la démographie), la Turquie, si elle intégrait l’UE, deviendrait le pays détenant le plus fort pourcentage de votes au Conseil et au Parlement européens ! Pour toutes ces raisons, je crois qu’il vaudrait mieux privilégier avec ce grand pays des relations spéciales — mais sans le faire entrer dans l’UE, du moins pas en l’état actuel des choses. Essayons, dans un premier temps, de digérer les pays européens de l’Est, ce qui représente déjà un défi de taille.

A. D. V. — L’Espagne entretient des relations assez spéciales avec le Maroc : le 2 novembre dernier, Rabat a rappelé son ambassadeur à pour protester contre la visite du Roi d’Espagne Juan Carlos à Ceuta et Melilla, enclaves espagnoles en territoire marocain. Qu’avez-vous pensé de cette visite ?
J. M. A. — Il est tout à fait normal que le Roi visite les territoires espagnols de Ceuta et Melilla. Après tout, ce sont des villes espagnoles.

A. D. V. — Sur cette question, Nicolas Sarkozy s’est distingué de son prédécesseur à l’Élysée en s’abstenant de critiquer cette visite et de prendre le parti du Maroc (comme l’avait fait Jacques Chirac pendant la crise de l’île de Persil en 2002)…
J. M. A. — Il est heureux que Nicolas Sarkozy n’ait rien fait de tel. Cela ne m’étonne pas de sa part. Le président français est un allié et un bon ami de l’Espagne.

A. D. V. — Le Roi vous a récemment défendu face à Hugo Chávez qui vous traitait de fasciste. Qu’aimeriez-vous répondre aux attaques du président du Venezuela?
J. M. A. — Je n’ai strictement rien à lui répondre. Je crois que la personnalité de chacun se reflète dans ses actes. Pour ce qui est de M. Chavez, sa doctrine et sa politique de « Caudillo du XXIe siècle » sont extrêmement préoccupantes. Je redoute particulièrement l’effet contagieux que cette politique risque d’avoir sur le reste du continent sud-américain. Sans compter que ses alliances internationales ne présagent rien de bon... Dans ce contexte, je ne peux qu’être préoccupé par le sort des entreprises espagnoles implantées dans ce pays et soumises aux mouvements d’humeur du Caudillo. En se comportant en populiste révolutionnaire, Hugo Chavez ne contribue pas au développement de l’Amérique latine. Cette dernière devrait plutôt prendre exemple sur l’Amérique du Nord et suivre le chemin de la démocratie, de l’économie de marché et du monde occidental.

A. D. V. — Revenons à l’UE. Concernant le Traité simplifié, êtes-vous satisfait du fait qu’il ait finalement repris certaines des dispositions du Traité initial?
J. M. A. — Je pense sincèrement que quelques petites modifications initiales du Traité de Nice auraient pu suffire à éviter de nombreux problèmes. De mon point de vue, le problème de l’Europe n’était pas tant institutionnel que politique. À présent, l’UE doit, comme je viens de le dire, délimiter ses frontières ; se réarmer moralement en assumant pleinement les valeurs fondamentales de l’Occident, qui sont des valeurs judéo-chrétiennes et humanistes ; réformer nettement son économie, car elle a besoin d’une économie ouverte, libérale et compétitive ; définir une politique très claire contre le terrorisme et en matière de flux migratoires ; et élaborer une politique de sécurité et de défense davantage axée sur le lien avec les États-Unis.
Pour y parvenir, la volonté politique importe plus que la mise en place de nouvelles institutions européennes. Quant au Traité constitutionnel, il s’agissait essentiellement d’un problème de répartition des pouvoirs (8). Tout le reste était annexe. Certains pays, qui n’étaient pas satisfaits du Traité de Nice, ont décidé qu’il fallait changer, d’où le Traité constitutionnel. Mais ce texte a été rejeté dans sa totalité. Ceux qui l’ont rejeté n’ont jamais dit qu’ils voulaient conserver telle partie et rejeter telle autre. Par conséquent, je trouve choquant que l’on réinsère dans le Traité simplifié justement la partie la plus problématique du projet rejeté par référendum, à savoir celle qui répartit les pouvoirs. Je trouve également choquant que l’on fasse approuver ce Traité simplifié non par les citoyens, mais directement par les Parlements. Dans ce contexte, il n’y a plus lieu de s’étonner du fait que le déficit de confiance envers les institutions européennes ne cesse de progresser. Ce qui a été rejeté par référendum mais sera approuvé par les Parlements aura du mal à paraître légitime…

A. D. V. — Concernant l’« euro fort » et le fait que la Banque centrale européenne ne soit pas contrôlée par les peuples, votre position est-elle également proche de celle du président Sarkozy (9) ?
J. M. A. — Je pense que l’indépendance de la Banque centrale européenne est une bonne chose. Quant à l’euro, il constitue une énorme garantie pour l’Europe. J’ajoute que l’Histoire a montré que la possibilité de procéder à des dévaluations rend les États indisciplinés. Cette possibilité a tendance à les inciter à ne pas mener à bien les réformes nécessaires pour assurer leur stabilité économique. Bien au contraire, même : quand les gouvernements savent que, le cas échéant, ils pourront toujours dévaluer la monnaie et, ainsi, améliorer artificiellement leur compétitivité, ils ont tendance à se reposer sur cette méthode au lieu de faire en sorte de ne pas avoir à y recourir...
La dévaluation est donc un piège, une fausse sortie de crise. Les exigences draconiennes dues à l’euro et aux critères de convergence nous ont obligés à nous discipliner. L’euro nous a donné une armature. Évidemment, cette armature est inconfortable lorsque l’on est hors critères. Mais à ceux qui s’y conforment, elle assure protection et stabilité.

A. D. V. — Pensez-vous qu’une parité dollar-euro serait nécessaire pour le commerce international ?
J. M. A. — Avec l’actuel taux de change dollar-euro, l’Allemagne est la puissance exportatrice la plus forte du monde !

A. D. V. — Cette parité, vous le reconnaissez, est plus favorable à certains pays qu’à d’autres. Elle paraît, en tout cas, peu favorable à l’économie française ou à l’économie italienne…
J. M. A. — Je maintiens que, fondamentalement, ce système est bon. D’un point de vue personnel, par exemple, je suis bien obligé de constater que lorsque je suis payé en dollars je gagne moins que lorsque j’étais payé en euros !

A. D. V. — Passons, si vous le voulez bien, aux questions d’immigration. Comment des pays méditerranéens voisins du monde musulman, comme l’Italie ou l’Espagne, doivent-ils gérer l’entrée des immigrés clandestins et réguliers ?
J. M. A. — L’Espagne a beaucoup changé ces dix dernières années grâce aux immigrés. L’immigration est en train d’apporter à nos sociétés des modifications qui sont, d’une façon générale, très positives. Nous, les Espagnols, comme d’autres pays européens, ne devons jamais oublier que nous avons été des pays d’émigrants même s’il est vrai que désormais, nous sommes devenus des pays d’immigration.
Cette immigration ne peut réussir que dans la légalité. Les immigrants sont des personnes et, comme toutes les personnes, ils doivent respecter la loi. De son côté, l’État doit tout faire pour combattre les mafias qui s’enrichissent avec le trafic des personnes.
Je crois, également, qu’une politique d’immigration raisonnable doit rechercher l’intégration des nouveaux venus au sein des sociétés des pays où ils s’installent. Intégration et capacité d’absorption sont les deux principes de base que toute politique de l’immigration doit prendre en compte. En Europe, le débat sur l’immigration ne peut pas être séparé du débat sur la réforme de nos services sociaux. L’expérience des pays du Nord nous a appris qu’une dépendance trop forte vis-à-vis des services de l’État en ce qui concerne le bien-être engendre un défaut d’intégration et de sérieux problèmes. Les immigrants sont des personnes libres et responsables, et c’est comme tels qu’il convient de les traiter.

A. D. V. — Venons-en maintenant aux dossiers qui fâchent. Que répondez-vous à ceux qui vous ont reproché d’avoir sciemment imputé à l’ETA les attentats du 11 mars 2004 commis par Al-Qaïda à Madrid ?
J. M. A. — Sincèrement, la gauche a instrumentalisé cette tragédie. Tous les sondages sont formels : sans ces attentats sur lesquels la gauche a surfé, nous aurions gagné les élections. Ce qui est terrible, c’est qu’au lieu d’en vouloir aux terroristes on en a voulu au gouvernement ! C’est aussi injuste que si je disais aujourd’hui que la mort en juin 2007, au Liban, de six soldats espagnols de la Finul — dont l’envoi a été décidé par le gouvernement Zapatero — était la conséquence de la lâcheté du gouvernement espagnol actuel ! N’oubliez pas que, le 11 mars 2004, le premier à accuser l’ETA pour dédouaner les islamistes et affaiblir mon gouvernement fut M. Zapatero ! La stratégie de la gauche changea quand elle constata qu’il était, pour elle, plus porteur électoralement de nous accuser d’avoir menti en attribuant les attentats à l’ETA — une hypothèse dont je rappelle que ce n’était, pour nous, qu’une supposition parmi d’autres. Comme je l’ai expliqué à maintes reprises, nous nous sommes contentés de transmettre au public toute les informations dont nous disposions. Nous avons collé au rapport des services de sécurité, qui faisait porter à ETA la responsabilité de l’attentat.

A. D. V. — Le 14 mars 2004, en votant pour le parti socialiste, les Espagnols ont-ils cédé à Al-Qaïda ?
J. M. A. — Les Espagnols ont voté ce jour-là dans un contexte de grande tension émotionnelle. Aujourd’hui, presque quatre ans après ces terribles événements, nous pouvons évaluer les réactions et les degrés de responsabilité de chacun. Nous continuons d’ignorer certains points essentiels à propos de ce qui s’est réellement passé pendant ces journées dramatiques. Personne n’a jamais posé la question de la légitimité de ces élections. Mais, chaque jour, il apparaît toujours plus clairement que les terroristes ont atteint l’objectif qu’ils poursuivaient : conditionner le processus électoral. C’est un sujet de réflexion essentiel pour toutes les démocraties — dans la mesure où ce phénomène risque de se reproduire. La décision de retirer les troupes espagnoles d’Irak, qui fut prise en violation des engagements internationaux de l’Espagne et des promesses que M. Zapatero lui-même avait faites durant la campagne électorale (10), fut considérée par les terroristes comme une victoire importante. Et lorsque les terroristes enregistrent une victoire, ils se renforcent…

A. D. V. — Est-il vrai que les attentats du 11 mars 2004 n’auraient pas eu lieu si vous n’aviez pas envoyé de troupes en Irak ?
J. M. A. — Il est absurde de tenter d’expliquer la haine des djihadistes à l’égard des démocraties occidentales par telle ou telle décision de tel ou tel gouvernement. Comprenez bien qu’ils détestent la nature même de nos démocraties ! C’est pour cette raison qu’ils veulent les détruire. Et, naturellement, ils ne supportent pas l’idée que des régimes totalement démocratiques puissent, un jour, s’installer en Afghanistan et en Irak. Il n’en est que plus fondamental d’aider ces gouvernements à devenir de plus en plus démocratiques. Un retrait au mauvais moment aurait des conséquences gravissimes...

A. D. V. — Le terme de « syndrome de Munich » vous paraît-il trop fort à propos de José Luis Zapatero ?
J. M. A. — Non ! Si vous me demandez si Chamberlain ressemble à Zapatero, je répondrai… que Chamberlain avait plus de relief et même plus de courage que Zapatero ! En effet, après avoir pactisé avec les nazis, Chamberlain, lui, avait au moins eu le courage de s’en aller par la grande porte. Zapatero n’ose même pas en faire autant ! Il doit certainement avoir honte de sa politique d’apaisement avec l’ETA mais il n’ose pas affronter les reproches de ses adversaires politiques et de son peuple. Chamberlain et Zapatero ont effectué les mêmes erreurs et ont les mêmes défauts ; seul le courage les différencie. Et je suis certain que si Zapatero venait à être réélu en 2008, il pactiserait à nouveau avec les terroristes d’ETA.

A. D. V. — Votre livre offre une comparaison intéressante entre le terrorisme d’ETA et celui d’Al-Qaïda. Pourriez-vous développer cette idée ?
J. M. A. — Je suis convaincu que tous les terrorismes poursuivent les mêmes fins : saborder les démocraties et détruire les sociétés libres par la terreur pour leur imposer la tyrannie. De ce point de vue, tous les terrorismes sont identiques. Dans le cas d’al-Qaida, au-delà de sa dimension universaliste, c’est sa doctrine islamo-fasciste qui est déterminante. Je crois que nous avons là la plus grande menace actuelle pour le monde ! Face à l’islamo-fascisme, il n’y a pas de politique d’apaisement qui tienne. Les alliances de dirigeants occidentaux avec des représentants de l’islamo-fascisme sont à bannir absolument.

A. D. V. — Une polémique oppose en Espagne nostalgiques et démystificateurs de l’« Âge d’or musulman andalou ». Comment expliquez-vous, au sein de la gauche espagnole et au-delà, cette mode nostalgique de la colonisation de l’Espagne par l’islam et les Arabes ? Sur ce sujet, vous vous êtes violemment opposé à Zapatero : vous auriez exigé que les colonisateurs arabes demandent, eux aussi, pardon pour le passé…
J. M. A. — Non, ce n’est pas exactement ce qui s’est passé. M. Zapatero s’est excusé au nom de l’Espagne pour le sort des Arabes chassés du pays par Isabelle la Catholique au XVe siècle ; il a, aussi, regretté le discours de Ratisbonne du pape Benoît XVI (11). Je lui ai répondu que, dans ce cas, chacun devrait demander pardon aux autres, y compris les musulmans, qui devraient s’excuser d’avoir colonisé l’Europe ! Cette réplique — j’insiste sur ce point — était adressée non pas aux dirigeants arabes mais à José Luis Zapatero. En somme, j’ai voulu, par cette boutade, mettre fin à la repentance perpétuelle.

A. D. V. — Ne craignez-vous pas que le « mythe de l’islam andalou » soit instrumentalisé par ceux des islamistes qui veulent «récupérer » l’Andalousie (12) ?
J. M. A. — Monsieur Zapatero veut même que l’étude de l’islam devienne obligatoire dans les écoles espagnoles ! Je vous rappelle, au passage, qu’« Al Andalus » ne désignait pas la seule Andalousie actuelle, mais toute la péninsule ibérique dominée par l’islam. On peut donc parler, à propos de cette mode, de nostalgie de la colonisation à rebours. Le mythe d’Al Andalus représente un puissant levier de mobilisation pour les islamistes. Leur objectif est de réintégrer au sein de la oumma, ou communauté des croyants, l’ensemble de la péninsule ibérique, qu’ils appellent « Al Andalus ». Aux yeux des islamistes, l’Espagne est un dossier prioritaire pour des raisons historiques. En effet, l’Espagne n’a pas seulement abandonné la foi musulmane, elle l’a aussi combattue pendant toute la période de la Reconquista. Il est certain que notre nation s’est construite contre l’islam. Il s’agit là de l’Histoire. Ces réflexions n’ont rien à voir avec les relations inter-religieuses actuelles. Toujours est-il que les islamo-fascistes considèrent que cette Histoire est intolérable. L’Espagne entière est, pour eux, un objectif prioritaire. Je prends donc cette menace très au sérieux.

A. D. V. — Votre discours sur le refus de la repentance perpétuelle ressemble beaucoup à celui de Nicolas Sarkozy…
J. M. A. — La « pensée faible » est un énorme problème et la source d’une grande vulnérabilité. Ce combat contre la repentance, que je partage avec M. Sarkozy, doit être mené dans bien d’autres enceintes et à d’autres niveaux que la présidence de la République française ou la Fondation d’un ex-premier ministre espagnol. C’est un travail intellectuel, moral et psychologique de longue haleine. À cet égard, le ressaisissement qui est en cours en France est important pour toute l’Europe et la pensée libre en général.
La contrition permanente des Occidentaux est insupportable. Pour ma part, en tout cas, je ne demande pardon pour rien ! Je ne suis pas responsable de ce qui appartient au passé et nous ne sommes pas pires que les autres. Récemment, je rappelais ici même, à Madrid, dans l’enceinte de la Faes, en citant l’historien grec Hérodote, que les Perses estimaient qu’ils avaient toujours raison et que les autres avaient toujours tort. Aujourd’hui, les Occidentaux tiennent le raisonnement inverse : ils auraient toujours tort et les autres toujours raison. Ce n’est guère mieux !

A. D. V. — Avez-vous un conseil à donner aux dirigeants libéraux comme Nicolas Sarkozy ou Angela Merkel ? Y a-t-il une méthode, une « doctrine Aznar » ?
J. M. A. — Je n’aime pas donner des conseils, surtout à Nicolas Sarkozy et à Angela Merkel, qui sont de bons amis et de grands dirigeants politiques dont j’admire la capacité de travail, la ténacité et les principes. Je partage avec eux de nombreuses idées et valeurs. Ils savent mieux que quiconque comment faire avancer ces idées, comment déployer leurs programmes réformistes. Je crois que leur action politique favorisera une Europe ouverte et responsable, une Europe dynamique. Et je suis sûr qu’une Espagne dont Mariano Rajoy sera le premier ministre s’unira bientôt à cette force positive pour notre continent.
Pour être franc, je ne sais pas s’il existe une « doctrine Aznar ». Je sais seulement que, tout au long de ma vie politique, mon action a été basée sur des principes, des convictions, des idées… et sur la certitude que seuls le travail, la constance et la détermination peuvent permettre à ces idées de porter leurs fruits.

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Cet entretien exclusif, réalisé par Alexandre Del Valle, a bénéficié de la collaboration de Mlle Sophie Fernandez Debellemanière. Puis de Philippe De Veulle. Qu'ils en soient vivement remerciés.

Alexandre del Valle est géopolitologue, auteur de nombreux articles et ouvrages dont "Le Totalitarisme Islamiste" et "Le Dilemme Turc" parus aux éditions des Syrtes.

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