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We believe that freedom of speech is the essential prerequisite for free and just societies, secular law, and the rights of the individual.

We are committed to building and participating in coalitions in all parts of the world to effect significant progress in protecting rights of the individual which are sadly being eroded in many countries including those in the West.


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The Center for Vigilant Freedom

20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 23:54

L'image “http://www.agoravox.fr/IMG/maurice_dantec.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.Maurice Dantec, votre dernier roman se divise en trois récits en apparence non liés, pourquoi un tel choix sur la forme ?

Une nécessité absolue née d’une contingence : je devais contractuellement un recueil de novellas à Albin Michel, à l’origine des textes déjà écrits voire publiés. J’ai changé d’orientation car l’idée de trois récits singuliers formant un roman unique s’est imposée, comme image de la Trinité, et donc comme vecteur de ce mystère. Si l’homme a été créé à l’image de Dieu il est à la fois un et trine, le problème de l’identité se pose alors entre le je, l’altérité et une troisième entité, secrète, qui permet la réunification de l’ensemble. C’est le sens ésotérique que j’ai donné au mot "artefact".

Pour moi, forme, structure, sens, rien ne peut jamais être délié, ce n’est même pas conscient, je suis un maniaque. Je crois que dans ce livre cela apparaît encore plus.

Le premier récit, Vers le nord du ciel, nous propulse au coeur des événements tragiques du 11 Septembre et s’impose en quelques chapitres comme la plus grande fiction jamais écrite sur le ground zero, récit d’un réalisme inouï s’il en est. Comment vous êtes vous documenté et enfin pourquoi démarrer votre livre sur l’effondrement des Twin Towers ?

La documentation sert à l’exactitude scientifique. Aujourd’hui elle est la composante la plus intime de nos vies grillagées par les dispositifs de contrôle. Elle est disponible partout. Je suis un maniaque de la précision, donc des nombres, j’ai passé des semaines à compulser les différents horaires, les vitesses de vol, les hectolitres de kérosène, la hauteur des étages, la puissance d’impact d’un Boeing dans une tour, etc.

Mais cela reste de la documentation. Pour raconter précisément - et au-delà du "réalisme", car un tel événement fait exploser le réel - la destruction des tours du WTC, il fallait se trouver à l’intérieur. C’est le terrible miracle de l’imagination fictionnelle : elle est cognition pure, immédiate, "extrasensorielle" en quelque sorte, sans même la médiation de vos sens et de votre "existence". J’étais donc dans la tour, avec les autres, parce que la tour était en moi, avec l’Autre. Celui qui est en moi.

Pourquoi démarrrer ainsi ? Parce qu’il s’agit de l’événement qui focalise la destruction comme point préliminaire, tel que l’indique Ernst Jünger, pour l’histoire du siècle qui vient de commencer.

D’autre part, de cette catastrophe terminale/initiale, pouvait-on percevoir une authentique vérité, pouvait-elle s’invertir et éclairer le mystère de l’amour et de l’altérité ? De l’effondrement vers l’enfer pouvait-on envisager un contrepôle nous aimantant vers le ciel ? La Paternité est-elle d’ordre purement génétique ou fait-elle intervenir un processus ontologique qui dépasse de loin le meccano protéinique ? Mon personnage extraterrestre parvient à adopter une petite terrienne, mais plus encore il en fait sa propre fille : il accélère en elle les processus évolutionnistes afin de lui faire rejoindre sa propre humanité, stellaire.

Après les Racines du Mal, Vers le nord du ciel est votre second récit édifiant de virtuosité sur la schizophrénie. Pourquoi visiter le 11 Septembre par cette maladie psychiatrique ?

Le 11 Septembre a été l’actualisation d’une schize - sans doute terminale - dans l’histoire humaine. Voici la première guerre mondiale CIVILE. Des appareils civils frappent des tours civiles, des civils détournent des avions remplis de civils pour accomplir leur "mission" purement "symbolique". C’est l’évacuation du militaire hors de la sphère de la guerre, c’est non pas le choc des civilisations, mais leur disjonction absolue, car "synthétique", "globale".

D’autre part, pour ce texte comme pour les autres, chaque personnage central est double, quoique d’une manière spécifique, c’est le problème du rapport entre identité et altérité qui est à chaque fois posé, mais depuis un point de vue à la fois conjoint et différencié, comme les personnes divines de la Trinité.

Raphaël Sorin, éditeur de Houellebecq, a salué ce premier récit comme le plus grand texte de la rentrée littéraire 2007. Pourquoi ne pas en avoir fait un roman à part entière ?

Il est un roman à part entière, toute personne de la Trinité est entière. Le premier récit est écrit - à tous les points de vue - depuis la personne du Père. Le second - Artefact - est placé sous le signe du Saint-Esprit, et le troisième, Le Monde de ce Prince, via son inversion diabolique, puis sa réversion salvatrice, sous celui du Fils - de l’Incarnation.

Comme toujours la forme s’est imposée d’elle-même, et comme je vous le disais : d’une rencontre entre la contingence et la nécessité absolue.

Le long voyage du personnage principal avec la jeune fille nous fait visiter parmi les plus beaux paysages du Canada, ses lacs, sa nature immensement poétique, telle une sorte d’éclipse onirique sur le soleil rouge du terrorisme. La beauté de la nature semble vous consoler de l’horreur humaine ?

Je n’ai besoin d’aucune consolation particulière, le Monde créé par Dieu est irrémissiblement un déversoir continu de grâce et de beauté, ensuite le monde des hommes vient y apporter ses abominations tout comme ses propres merveilles. Il n’y a rien de plus "naturel" qu’une mégalopole, car elle fonctionne comme un système organique primitif, et rien de plus "artificiel" qu’une vaste forêt sauvage car sa production n’est pas humaine, et qu’elle participe d’un Acte où la Parole a créé le Monde, donc d’un Acte artistique au plus haut degré d’intensité.

Après l’écriture-machine de Cosmos Incorporated (Albin Michel, 2005), votre style épouse cette fois ci la galaxie de l’amour filial alors que la jeune héroïne de Vers le nord du ciel n’est pas la fille du personnage principal. Quel est donc l’identité de cet amour ?

J’ai voulu commencé par la figure paternelle de la Trinité, quoi de plus logique ? Dans cette configuration-là j’avais besoin de montrer en quoi la création ontologique différait de la simple reproduction biologique. Cela fait longtemps que j’utilise les théories du junk-DNA pour mes romans. Dans ce récit je n’ai pas voulu parler explicitement de la chose, mais le fait patent que 97% de notre code génétique ne sert pas à la fabrication du meccano protéinique,née avec les autres tout comme l’Unité primordiale, aucune de ces entités n’est "créée". Je voulais essayer de suivre la ligne de fuite d’une "renaissance" extraterrestre d’un être humain par la reconstruction ontologique qui, selon moi, ne peut avoir d’autre vecteur que l’amour.

L’amour "généalogique" (filial ou fraternel, voire strictement spirituel) est d’ailleurs l’ombre portée par toutes les histoires qui s’assemblent dans ce "tri-roman".

Le second récit porte le nom du roman, Artefact, texte peu accessible en revanche, subtilement lynchien dans son traitement. Ombres sur la réalité, sur l’identité, ne serait-ce pas finalement une sorte d’autobiographie ?

Le livre s’est étrangement configuré avec la forme très précise d’un cerveau. Deux hémisphères - le premier et le dernier récit et un corps-interface - dit "corps calleux" en neurologie - qui permet l’entrelacement continu des diverses fonctions hémisphériques, le récit central.

Je savais aussi que ce qui reliait chaque récit tenait dans le fait que chaque "je" était - d’une façon ou d’une autre - un "écrivain", une "machine à écrire", et dans le récit central il fallait que cet angle de vue soit abordé de plein fouet, sans reculer devant l’indicible, car c’est ce récit qui donne sens au deux autres, même sous une forme ésotérique, je le reconnais. Il est le motif caché dans les deux récits qui le complètent.

Quant à votre question sur l’autobiographie je dirais ceci : c’est plutôt une tentative d’autodissection de l’organe même de la littérature, et de son "organiste", l’écrivain, cette "machine à écrire" qui, dans ce texte, tient une place prépondérante comme forme de vie.

Le dernier récit, Le Monde de ce Prince, dialectique du Prince de ce Monde, annonce le retour du Mal absolu dans la littérature. Il est véritablement la foudre d’Artefact et sans doute la fiction la plus hallucinante du genre noir des 10 dernières années. Tout d’abord, comment le désir d’écrire un tel monument de cruauté a pu toucher votre esprit ?

J’ai beaucoup prié pour avoir la force d’aller aussi loin au ceur des ténèbres. Je savais que j’allais laisser le Diable parler par ma bouche, c’était une expérience fascinante et effrayante tout autant que nécessaire. Je savais aussi que je pousserais au plus loin la mise en lumière de la concommittance entre le monde de la technique et la dialectique démonique, je savais que j’allais faire la démonstration que l’horreur réside dans un mécanisme plus-que-parfait, et non dans des flots de sang humain, je voulais reprendre ce thème-là où je l’avais laissé, il y a 12 ans, avec Les Racines du Mal.

D’autre part, je ne pouvais parler de la Trinité en évacuant son inversion diabolique, je ne pouvais montrer la littérature comme l’arme permettant la réunification du corps et de l’esprit sans aborder le sujet du Grand Diviseur, il fallait donc que le dernier récit, celui de l’Incarnation du Verbe, soit aussi celui de son "antéforme", et dans le monde d’aujourd’hui le Diable est paradoxalement plus "présent" maintenant que sa disparition est totale - ou quasi - et que le diabolique a pris possession de l’ensemble des pixels du simulatron général. Je devais donc sinuer sur cette paradoxale ligne de fuite : le Diable prenait des "vacances", et ses "vacances", lui qui est pur néant, consistait justement à trouver un élément humain où - provisoirement - il pouvait s’incarner. Il n’y avait dès lors aucun "pacte faustien" qui tienne. C’était l’élément humain qui, pour une fois, donnait un "pouvoir" à celui qu’il surnomme son "Grand Frère", son "Big Brother". Pour ce faire, l’humain en question devait rester totalement libre, c’est-à-dire absolument seul. Comme tout écrivain. Et c’est par l’enfant qu’il a été un jour qu’il peut choisir la seule liberté qui vaille, celle qu’on obtient par le sacrifice.

Depuis Andreas Schaltzmann, le tueur inoubliable des Racines du Mal, jamais un tueur n’a été si effrayant. Avez vous ressenti des instants de stupeur à la relecture de vos lignes ?

Je me suis dit que certaines pages était de la plus totale inhumanité. Elles étaient à la hauteur du "Grand Frère", de sa dialectique, de sa technicité définitive.

L’Amérique vous ouvre les portes par son plus important éditeur, Random House, qui publiera Babylon Babies à haut tirage dès janvier prochain, deux mois avant la sortie de son adaptation au cinéma par Mathieu Kassovitz Babylon AD. Avez-vous suivi le déroulement de la production ? Que pensez-vous du travail de ce réalisateur ?

Je n’ai pas suivi le déroulement de la production, je n’étais pas payé pour. Nous nous sommes rencontrés, lui et moi, à Montréal, durant l’été 2003 je crois bien, et nous avons échangé nos points de vue, parfois contradictoires, sur le livre et les sujets qu’il aborde. J’ai lu ensuite un scénario final que j’ai annoté, c’est le seul droit que je me suis permis, en spécifiant bien à M. Kassowitz que mes choix, spécifications, changements, etc., étaient bien sûr purement indicatifs. Je ne peux exercer aucun droit sur une oeuvre achetée rubis sur l’ongle et j’entends n’être jamais mêlé au travail du réalisateur et son équipe de scénaristes, dialoguistes, etc. Je suis un romancier, point-barre.

Je suis très curieux de voir comment un réalisateur français va s’en sortir dans un univers de science-fiction qui mélange géopolitique du chaos, sciences biologiques et cybernétiques, Gilles Deleuze, junk-DNA et Jeremy Narby.

Mis à part deux prix (Imaginaire et 813 pour vos deux premiers romans), vous n’avez jamais été courronné par un grand prix littéraire "parisien". Cosmos Incorporated sera aussi publié aux Etats-Unis cette année, en août et toujours chez Random House et vous êtes déjà sur la liste des Philip K. Dick Awards, le prix dont vous rêvez ?

Je ne rêve à aucun prix littéraire, ce n’est ni un but, ni même un simple "étalon" de mon éventuel "talent" ou "succès". J’ai dit un jour que le seul prix auquel je serais sans doute sensible se nomme le prix Hugo et qu’il est une récompense honorifique du public américain pour des oeuvres de science-fiction. J’aurais pu citer aussi bien le prix Nébula, ou les PK Dick Awards, en effet.

Je suis un écrivain nord-américain de langue française, ce serait en fait une grande fierté pour moi de pouvoir démontrer au peuple du Nouveau Monde que la littérature de mon pays d’origine n’est pas confinée sur le divan des psychanalistes du Ve arrondissement.

Michel Houellebecq a déclaré à peu de choses près que depuis une quinzaine d’années, il estimait que seul lui et vous traverserez la postérité. Pourtant vous êtes sans doute l’auteur qui peut se targuer d’être à la fois l’écricain le plus admiré et le plus haï du pays. Qu’avez-vous à lui répondre sur ce point ?

Qu’il a raison.

Internet a généré des forums de discussions où des anonymes passent des heures à critiquer, insulter parfois, sous l’alibi de la polémique. Vous êtes un des auteurs les plus attaqués dans votre pays d’origine. Qu’est-ce que vous avez à répondre aux forumistes qui s’acharnent sur vous sur internet ?

L’anonymat est une vertu typiquement franchouillarde, souvenons-nous avec émotion des héros de la délation nationale vers 1942. Un forumard est généralement un merdaillon nihiliste qui confond Oui-Oui avec Nietzsche et se propose de changer le monde en deux pets foireux sortis de son anus labial. C’est un clone de seconde catégorie d’un Jean-François Kahn ou d’une de ses catins de la "République" : un rebellocrate, comme disait Muray, qui confond le doigt qu’il maintient enfoncé dans le cul avec l’étoile du berger qu’il vient à grand peine d’apercevoir. On les trouve assis sur les plus fameuses des tinettes du Oueb, genre subversives, mais il leur arrive de posséder leur propre blog, dont ils oublient régulièrement de tirer la châsse.

Micro-Michaël Moore de la "pensée" contemporaine, autant dire de leur propre diarrhée verbale, ils se croient de "gôche" alors qu’ils ne sont que des nazillons de garderie, ou de "droite" alors qu’ils ne sont que des chihuahuas jacobins. Dans le meilleur des cas, ils peuvent postuler à la fonction de garde du corps de Dieudonné, autant dire suceur de bite agréé, ou bien aider Alain Soral à écrire les paroles du prochain tube de Jean-Marie le Pen. Hit mondial en perspective ! 

L'image “http://www.agoravox.fr/IMG/2006/logo-agoravox.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

LITTERATURE ]

Artefact - extrait du nouveau roman de Maurice G. Dantec

Extrait exclusif de 'Vers le Nord du Ciel', première machine à écrire d'ARTEFACT, prochain roman de Maurice G. Dantec.

 -Voici les première lignes d'Artefact -

C'est ce matin-là que je suis né. Ce matin-là, à 8 h 46 et 40 secondes très exactement. C'est aussi le moment où je suis mort.
Il faut reconnaître que c'était une matinée magnifique, la matinée faite sur mesure pour cette parturition qui suivrait l'arrêt de mes fonctions vitales. Car j'allais naître, et pour cela je devais mourir. Voilà pourquoi je m'étais rendu ici, dans cet endroit unique au monde : pour devenir une dernière fois ce que j'étais.
J'allais devenir humain, le temps de m'effacer de l'existence humaine. J'allais naître, j'allais naître pour mourir enfin et quitter le monde des hommes. J'allais venir au monde pour mieux pouvoir en partir.

Ce n'était franchement pas une raison pire qu'une autre.

 

Le processus était pour moi devenu une simple habitude. Pour re-naître, je devais mourir. Pour pouvoir mourir, je devais re-naître. C'est de ce paradoxe que je suis fait, il est ma nature, il est ma conscience, il est ma vie. Il est ce qui se tient au-delà même de ma vie. Il est vrai que je suis un peu plus qu'un être humain, je viens de bien plus loin, mes destinations comme mes origines ne vous sont même pas connues.
J'avais tout préparé avec une très grande précision depuis le jour où j'avais appris que les Temps s'en venaient, j'avais tout prévu, tout planifié, de mon tout premier acte postnatal au dernier geste anté-mortem. J'avais tout prévu, tout planifié, car je savais tout. Tout ce qui allait se produire, ici, sur le lieu même de ma naissance. Sur le lieu où ma mort prendrait son sens, au-delà d'elle-même.

 

J'avais tout prévu, tout planifié. Car il était temps de partir, le message avait été clair. Et on obéit forcément aux messages, ils sont là pour ça. Pour qu'on leur obéisse. C'est leur rôle, dans notre corporation. Il fallait donc que je parte. Que je quitte le monde humain. Mission accomplie, observation de l'expérience terminée. Quelques années de répit avant le grand départ, au grand maximum, de quoi mettre ses affaires en ordre, achever l'opération en cours, effacer toute trace de son passage en ce monde, puis préparer le processus. Car pour nous, nous qui vivons ici sans y être nés, nos morts et nos vies se succèdent sans trêve, grâce à des technologies dont vous ne pourriez même pas comprendre le début d'un concept de base. Notre « stock » de morts et de renaissance est généralement fixé à l'avance, pour les besoins de la Mission, mais il peut être sujet à des variations. Au dernier tour, notre naissance en tant qu'être humain est le prodrome à notre ultime déshumanisation, et notre mort sera le retour vers notre existence initiale. C'est ainsi que nous sommes faits. C'est pour cela que nous vivons parmi vous depuis des millénaires sans que vous puissiez vous douter de quoi que ce soit.
Je dois mourir pour naître à nouveau et je vais donc naître de nouveau comme être humain afin de passer la porte, la porte de la mort, la porte que j'ai franchie à tant de reprises mais que je dois me préparer à ouvrir et refermer pour la toute dernière fois, afin de revenir à mon corps d'origine, c'est-à-dire à la machine biophysique qui est mon identité première.

C'était si simple, en vérité :
J'allais naître en ce beau matin de septembre, il était 8 h 46.
J'allais naître pour pouvoir mourir, j'allais mourir pour pouvoir naître, j'allais apparaître dans l'humanité pour mieux en disparaître.
Évidemment, on ne joue pas avec la vie et la mort, l'éternité et le chaos sans qu'un véritable défi vous soit jeté en pleine face, on ne s'aventure pas au-delà des limites de la biologie et de la politique sans vivre une authentique plongée dans les abysses qui terminent toute histoire humaine. Un sacrifice. Un éclair. Un souvenir venu du futur. Et ce sacrifice coïncide comme par un fait exprès avec l'instant de ma naissance/mort, ce sacrifice est la tension induite entre les deux pôles impossibles de mon existence, ce sacrifice, il apparaît déjà à la périphérie de ma vision.

 

Il y a moi, à 8 h 46 et une poignée de secondes, en ce sublime matin de septembre, moi qui me tiens dans le vaste hall de cette firme juridique dont j'ai même oublié le nom, qui n'a en soi aucune importance, sinon comme pierre tombale parmi les pierres tombales. Il y a moi, le ciel bleu et le soleil estival qui se réfracte sur toutes les surfaces de verre des tours du centre financier. Il y a moi qui vais naître dans la lumière de ce rayon d'or qui se pose sur l'élégant parquet à la française, au milieu de la somptueuse salle d'accueil d'un de ces multiples cabinets d'avocats internationaux qui ont pris possession du quartier, de la ville, du monde en son entier, et où suis-je donc, me dis-je, sinon au centre du monde, au centre du quartier central de la ville centrale du centre-monde, le centre des échanges et des flux d'informations de tous les genres, commerciales, industrielles, financières, policières, techniques et scientifiques, politico-économiques, météorologiques, mafieuses, secrètes, pire encore, le centre de tous les mondes ; alors il y a moi, il est 8 h 46 passées d'une douzaine de secondes, la matinée est d'une luminosité surnaturelle, il y a moi qui vais naître ici même, là où tout va s'agglomérer, tous les mondes, comme lors d'une puissante fusion nucléaire, il y a moi qui me tiens quasiment au milieu de la tour, étage 90, un beau chiffre rond, il y a moi qui annonce aux secrétaires assises derrière leur desk que le monde que nous connaissons va disparaître, avec elles, avec leurs collègues, avec moi, et toutes les personnes présentes ici, il y a moi qui vais naître, parce que je dois quitter l'humanité, mais que j'y suis irrémissiblement lié, il y a moi qui regarde ce point noir dans le ciel, ce point noir qui grossit régulièrement, laissant peu à peu apercevoir sa forme et sa structure, ce point noir qui s'approche très vite des grandes surfaces de verre derrière lesquelles je souris aux hommes et aux femmes qui circulent autour de moi, leurs toutes dernières pensées grillagées dans les cases d'un tableur ou d'un logiciel de traduction.

 

Il y a moi, dans la tour Nord du World Trade Center, à 8 h 46 et un peu moins de trente secondes, il y a moi et il y a l'avion. L'avion qui vient couper le cordon ombilical qui me retenait aussi bien à la fausse humanité que j'avais tant de fois incarné qu'à mon existence première, celle de l'homme venu des étoiles.
Il y a moi qui vais naître. Alors que tous les autres vont mourir. Il y a moi qui vais pouvoir mourir, alors que tous les autres poursuivront le cours de leur existence. Il y a moi qui vais bientôt rester le dernier humain vivant encore dans cet espace particulier de la tour.
Sauf que je ne suis pas humain.
Je suis en train de m'inscrire comme parcelle d'humanité sur cette terre, mais en négatif, comme la solarisation d'une silhouette par un flash atomique. L'avion est désormais bien visible, volant à basse altitude droit dans notre direction.
Je vais naître, 8 h 46, trente-cinq secondes.
Je vais naître. Nous sommes au mois de septembre, il fait beau et chaud.
Je vais naître, en ce onze septembre, il est 8 h 46 et près de quarante secondes. Il y a comme une éternité de suspens alors que l'ombre, énorme, se précipite sur sa destination finale, sur son destin, sur nous tous, dans la tour.
L'avion, brutalement, est là, de toute sa présence, de toute sa puissance balistique, de tout son vacarme. Il est bien plus qu'un objet, il est une onde en mouvement. Une onde hurlante qui se fracasse contre la tour. Plus encore, il est cet événement terrible et inconcevable qui vient de traverser la tour de part en part avant même que la conscience ait eu le temps de comprendre ce qui se produisait, et même qu'il se produisait quelque chose.
L'éclat et le choc sont indescriptibles, ils déchirent les notions même de temps et d'espace. Chaleur, lumière, noirceur, tout n'est que variation dans le flux de l'onde, tout n'est que gradation dans l'intensité de l'événement. Tout n'est que vibration.
Le feu dans le verre, les flammes contre le métal, le métal contre le métal, le feu dans le béton. Le tonnerre des murs qui s'effondrent, des réservoirs qui explosent, le rugissements des flammes, l'épouvante mécanique des aciers fracassés, les hurlements, presque indistincts, qui parviennent d'à peu près partout, presque simultanément, dans le crescendo d'une symphonie de la peur. Et ces monceaux entiers de la tour qui s'effondrent sur moi, dans un nuage de poussière brûlante.
Ça y est, je meurs, je suis né.
Je suis né à la seconde où le monde vient d'imploser.

 

J'avais tout prévu parce que je savais tout. Je savais tout à l'avance. Et avec la précision d'un super-ordinateur. Je connaissais la date et l'heure exacte des impacts depuis des semaines. Vision précognitive et neurocontrôle multimodal de l'intuition. Des techniques qui sont la base de notre formation.
J'avais tout prévu, je savais tout, j'avais donc prévenu mes supérieurs.
J'avais envoyé le message d'urgence via une hyper-ligne de biophotons amplifiés que j'avais branché vers un relais que je savais en orbite autour de Titan. Les données seraient de là acheminées, décodées, vers le Vaisseau-Mère.
J'avais prévenu mes supérieurs, je les avais même avertis, pour ne pas dire alarmés, leur demandant en vain que la sacro-sainte politique de non-intervention qui dictait leur conduite pour les affaires humaines soit révisée.
Mais les Lois de l'Exploration AnthropoPlanétaire sont inflexibles : il faut que la menace mette toute l'espèce en péril pour que des dispositions spécifiques, et dérogeant aux règles élémentaires, puissent être envisagées avec sérénité.
Quatre attentats terroristes simultanés, même de cette envergure, ce n'était pas assez. Cela restait dans le domaine des catastrophes humaines habituelles. L'Homo Sapiens en avait vu d'autres, j'en savais quelque chose, m'avait-on fait remarquer.
J'avais alors fait valoir que l'événement allait déclencher une guerre qui concentrerait en elle toutes les guerres précédentes, une guerre aussi terminatrice qu'un Déluge, un authentique Armageddon, le danger était réel, j'avais tenté d'éclairer ce schisme particulier entre scientificité et religiosité qui allait précipiter le monde humain dans l'abîme, j'avais expliqué comment les nihilismes positivistes et leur bouclage indéfini l'empêcheraient très vite de poursuivre son aventure technique et scientifique, m'appuyant sur une argumentation véhémente j'avais dessiné les plans de ce qui adviendrait lorsque l'homo sapiens de cette planète allait finir par se rabattre sur toutes les transcendances de substitution et les utopies charlatanesques que son imagination était en mesure d'inventer. Il était même probable qu'une sorte de Post-Religion en kit, sacrificielle et planétaire, vienne jouer les démiurges pour une humanité bientôt perdue dans l'obscurité des incendies. Les derniers siècles que j'avais vécus montraient précisément la ligne typique de progression vers ce point de rupture.

La catastrophe était déjà là, il fallait se rendre à l'évidence. Mais on ne m'avait pas écouté. Pures spéculations, m'avait-on répété. Le Vaisseau-Mère resta sourd à mes multiples demandes, il me rappela sans ménagement que je passais mes toutes dernières années sur la Terre, que je ne devais pas céder au syndrome compassionnel interspécique trop bien connu, la Mission devait continuer, comme elle avait fonctionné durant un millénaire entier, je devais me préparer au retour selon les procédures en usage.
C'est pourquoi j'avais décidé d'agir. D'agir contre. Contre les règles. Contre les procédures, les usages. J'avais décidé de naître une dernière fois en tant qu'humain, comme prévu par les ordonnances du Départ, mais pas du tout selon les « procédures en usage », pas du tout dans la perspective d'un « départ dans les règles ». J'allais effectuer la pire des trahisons envisageables. Une trahison contre moi-même, contre tout ce que j'étais. De simple observateur, j'allais devenir acteur de l'histoire des hommes. Pire encore, j'allais profiter des quelques mois ou années de sursis qu'il me restait sur cette terre à parfaire cette trahison, cette naissance à l'humanité, par le sacrifice, cette ouverture vers la mort, au-delà de ma structure biophysique en attente quelque part, très loin, dans ce que les humains appellent l'Anneau des Astéroïdes.

J'avais décidé de naître/mourir au moment même où un message du Vaisseau-mère m'avertissait qu'il ne me restait que quelques maigres années d'activité sur la planète des Hommes et que le retour était pour ainsi dire imminent.
Les événements semblaient faits pour établir une conjuration de grande envergure qui dépassait de loin ma pauvre personne, et les six milliards d'humains qu'elle espionnait depuis mille ans.
Les événements semblaient faits pour tout renverser, tout carboniser, tout détruire.
Comme cette tour.
Cette tour qui tremble encore sous l'impact.
Cette tour dont tous les étages supérieurs sont déjà en feu.

 

L'avion a pénétré dans la tour Nord tout juste quatre niveaux au-dessus de nous, par la face septentrionale de l'édifice, étage 94. Je connaissais tous les paramètres de la catastrophe. Ces quatre étages de distance ne représentaient qu'une barrière très fragile face au monstre qui venait de s'impacter dans la structure, ils furent traversés dans l'instant par l'onde de choc et par des structures métalliques de taille énorme, en feu, projetées à des vitesses tout juste subsoniques. L'explosion des réservoirs éjecta un peu plus de quatre-vingt mille litres de liquide hautement inflammable, et fort bien enflammé, dans les quatre directions de l'espace, portés par un effet d'aérosol à la périphérie de la boule de feu, un peu comme ces bombes « fuel-air explosive » dont s'était servie l'armée américaine dans les sables d'Irak, une décennie auparavant. Les quatre étages supérieurs furent proprement désintégrés net, jusqu'au 98 compris où un énorme incendie se mit aussitôt en action, se propageant à toute vitesse vers le haut. Un quart d'heure après le crash, sous la zone d'impact, les étages 92 et 93 étaient complètement en feu à leur tour.

 

Les kamikazes savaient fort bien ce qu'il faisaient : la masse de l'avion, sa vitesse, le volume du carburant à la fois détonant et hautement inflammable, se consumant jusqu'à des températures de 1 200 degrés. Une cible bien haute, bien visible, bien nette, immanquable. Une haute structure de métal, de verre et de béton, fragile. Une haute colonne qui allait se voir sectionnée nette par le pouvoir des aciers et des carburants modernes.

 

Si la dynamique propre aux incendies attira immédiatement le gros des flammes vers la cime de la tour, la nature particulière du feu liquéfié l'entrava aussi aux lois de la gravité : des jets, des ruissellements, des gouttières, des cascades de kérosène en combustion descendaient vers les étages inférieurs, utilisant les trous creusés par l'accident tout comme les cages d'escaliers, ou les puits d'ascenseurs, y allumant sur leur passage autant d'incendies mortels, dans le même temps, la fumée et le feu envahissaient systématiquement les étages supérieurs, y emprisonnant tout dans une cage de métal incandescent et d'air irrespirable.

Bientôt le toit lui-même serait une vaste plaque ardente.
Bientôt la tour entière serait une condensation verticale de l'enfer.

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