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Dimanche 15 décembre 2013 7 15 /12 /Déc /2013 12:00

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Staline, le Mike Tyson idéologique

Après le portrait du trotskisme, passons à Staline et au stalinisme, dans un portrait de combat.  

Par Cyber-Résistant.  

Ami Cyber-Libertarien, mets ton gilet pare-balles le plus épais : après ta visite à l'improbable Trotsky, tu entres en zone stalinienne. Ici, tu es une cible vivante : tu dois être détruit. Et la dernière chose à faire serait de croire que l'adversaire est faible.

 

http://media.paperblog.fr/i/636/6366346/staline-mike-tyson-ideologique-L-U0zJ8i.png

 

Staline : Pensez-vous que nous allons gagner cette guerre ?  

Churchill : Dieu est avec l'Angleterre !  

Staline : Le Diable est avec la Russie. 

(Dialogue à Moscou pendant la seconde guerre mondiale)

 

Avertissement. Nous appelons dans ce qui suit "stalinien" tout individu considérant les bilans historiques de l'URSS et du Parti Communiste Français comme globalement positifs, quand bien même cet individu condamne sincèrement Staline, le Culte de la Personnalité, la Collectivisation, la Grande Terreur et le Goulag.

 

Bouge de là, Trotsky

Le week-end dernier, nous nous sommes penchés sur le dossier Trotsky. Mais ce n'était encore qu'un décrassage matinal. Nous abordons maintenant votre Everest personnel, l'épreuve du feu, le rite initiatique à l'aune duquel nous jugerons de votre vaillance et de votre habileté. Le face-à-face verbal avec le stalinien est au dialogue politique ce que le final boss est au jeu vidéo. Les craintifs s'arrêtent ici et retournent au camp de base, les autres s'encordent en vue de l'ascension.

 

Qui es-tu Joseph ?
Aux yeux du libéral, Staline passe le plus souvent pour un crétin idéologique, un bureaucrate délirant et un tueur en série. Mais méfiez-vous : c'est ainsi que le percevaient les leaders de l'intelligentsia révolutionnaire russe, et ils l'ont payé cher. Car la première de toutes les ruses de Staline - elles étaient innombrables - fut de se faire sciemment passer pour beaucoup plus bête qu'il n'était, tout au long de sa vie. Ou plutôt : de se faire passer pour le plus niais, alors qu'il était le plus roué des leaders bolchéviques. Cette dissimulation permanente de son intelligence, doublée de l'exhibition d'une fausse idiotie, permit à Staline de désarmer un à un tous ses concurrents : il leur paraissait trop bas du front pour présenter le moindre danger. Si bien que, lorsque vous vous le figurez comme un simplet, Staline vous tient à la gorge. Vous le méprisez parce qu'il le veut, dans le but de vous hypnotiser et de vous vaincre. Qui entend résister à son intoxication doit commencer par le prendre au sérieux.

Dans son excellent La Terreur et le Désarroi édité chez Perrin, l'historien et soviétologue Nicolas Werth affirme avec intelligence que, si l'on définit la politique comme la capacité d'un homme à imposer ses vues à son époque, Staline est le plus grand politicien du XXème siècle. Cette formule n'est pas seulement dérangeante : elle est également vraie, objective, dénuée d'ironie.

Joseph Vissarianovitch Djougatchvili naît en Georgie, dans une famille très pauvre. Ce fait est extrêmement important, car Staline est, tenez-vous bien, le seul leader bolchévique de 1917 issu de la misère. Lénine, Trotsky et tous les autres acteurs majeurs de la déflagration nihiliste d'Octobre, viennent de milieux bourgeois, petits-bourgeois ou aristocratiques sur le déclin. Ils commettront tous l'erreur fatale, en intellectuels de gauche condescendants qu'ils sont, de prendre Staline de haut. Ce que Staline n'oublie pas.

 

Petit délinquant deviendra grand idéologue.

Joseph grandit sans père dans un monde géorgien pré-industriel et sombre, tissé de violence et de trafics. On l'envoie au séminaire. Il aime lire et, par-dessus tout, la littérature française. Il se passionne pour Victor Hugo, impiété qui lui vaut d'être exclu par les religieux. Alors, il découvre le communisme et plonge la tête la première dans l'activisme groupusculaire, comme dans un métier. Il se fait remarquer pour son goût du secret et pour l'action violente. Il organise des hold-ups dont il livre le butin aux réseaux rouges. Le jeune Djougathchvili ne recule pas devant le sang. Il a la main lourde : il a identifié les méthodes des mafieux locaux et sait se glisser entre les mailles du filet tsariste. Il devient vite indispensable à la fourmilière de fanatiques glaciaux et ardents, la secte idéologique encore souterraine, que l'on nommera bientôt "le Parti"'. Afin d'accéder au pouvoir, les dandies communistes ont toujours besoin de criminels qu'ils chargent des basses œuvres. Un intellectuel ne se salit pas les mains, il laisse Staline se débrouiller.

Arrivant à l'âge adulte, Joseph est très petit, il a un bras plus court que l'autre, les pupilles des yeux jaunes, un accent géorgien risible et le visage vérolé. Déjà, on lui prête un cœur de pierre, des intentions troubles. Son regard rieur et illisible inquiète les observateurs les plus lucides. Il se choisit pour surnom "Staline" : l'homme d'acier. Excusez du peu. Une réputation est née. Mais l'on voit moins que Staline continue à lire, comme quand il était petit : énormément. Privé du statut d'intellectuel de facto réservé aux aisés ayant étudié à l'Université, il s'immerge dans le marxisme-léninisme avec une assiduité, un sérieux, un perfectionnisme qui auront des répercussions titanesques tout au long du XXème siècle, jusqu'à nos jours.

Staline croit sincèrement en Marx et en Lénine. Il se penche sur leurs œuvres comme sur la science des sciences. Pour rattraper son retard et faire oublier son absence d'études, il s'imprègne de l'idéologie, plus sans doute qu'aucun de ses concurrents. Il en apprend par cœur tous les labyrinthes, toutes les anfractuosités. Pour eux, ces gosses de notables, c'est un jeu sincère, un role playing game à haute tension qui donne accès au pouvoir ; pour lui, c'est une fierté, un travail sur soi, une discipline, un devoir. Staline n'est compréhensible qu'à condition de l'envisager comme le plus structuré idéologiquement de tous les leaders communistes - le plus cultivé, au sens où l'idéologie est une culture. Tout au long de sa carrière, il écrira des traités d'économie et de politique dans la langue de bois la plus pure et la plus dense. Ses archives montrent qu'il raturait lui-même, précisait, reformulait sans cesse ses textes, obsédé par la nécessité d'être exact. Exact au beau milieu de nulle part, puisque tout est faux dans le marxisme-léninisme ? Oui, au milieu de nulle part, mais exact : impeccablement conforme aux mécanismes du matérialisme dialectique et aux objectifs du communisme. Ce personnage à l'aspect médiocre, dénué de charisme, passant volontiers pour un banal homme de main, est un théoricien communiste de haut niveau. Acquérir patiemment les cartes-maîtresses et cacher son jeu jusqu'au bout est le métier de Staline.
"La conception marxiste est scientifique. Elle se confond avec la conception scientifique. Le révolutionnaire reste toujours un apôtre et un soldat, mais il est surtout un savant qui va dans la rue", écrit Henri Barbusse dans son apologie de Staline. On ne saurait mieux schématiser le Petit Père des Peuples : un tankiste aux commandes du matérialisme dialectique, un idéologue pour lequel toute pensée est un assaut militaire. En cela, Staline est la réalisation du militant telle que le rêvait Netchaïev : le dogme a remplacé son âme.

 

Lénine sous méthamphétamines 

Il est impossible de définir la pensée de Staline, car elle n'est rien d'autre que la pensée de Lénine érigée en religion d'État.

Janvier 1924. À peine Lénine est-il mort et embaumé que Staline invente le léninisme. Il réifie les écrits de Lénine, les codifie, les systématise et les sanctuarise. Quiconque se prétendra communiste devra se proclamer léniniste. C'est la première grande œuvre de Staline : d'une pensée accumulée dans mille livres, discours et directives, il fait un seul bloc, un cube monumental, opaque et sans failles, immarescible. Comme il fait enterrer Lénine dans une pyramide de marbre rouge sur la Place de la même couleur, évident symbole d'immortalité, il métamorphose les idée du défunt en une Torah révolutionnaire, à laquelle devront se référer les générations collectivistes à venir. Lénine, de fait, devient un dieu. Et Staline, qui instaure son culte, se change en grand-prêtre.

Le marxisme-léninisme, ce fanatisme aux allures de formule mathématique, n'est pas une invention de Lénine, mais de son successeur. C'est exactement le même marxisme-léninisme qui sort aujourd'hui de la bouche de Mélenchon, après être passé par les cervelles de Mao, Pol Pot, Kim Il sung, Arlette Laguiller et Olivier Besancenot. Pour que l'idéologie parte à la conquête de la Terre, il fallait que Marx la pense, que Lénine la mette en pratique, et que Staline en fasse un produit universel, adaptable à n'importe quel contexte et justifiant n'importe quel crime. Il n'y a donc pas à proprement parler de "stalinisme" : ce dernier n'est que l'accession de l'idéologie à son stade de maturité. Depuis Staline, elle n'a pas évolué d'un millimètre ; le lifting que lui a fait subir Mao est une anecdote à laquelle seuls les maoïstes accordent de l'intérêt.

Et comme le léninisme est parfait, tout ce qui en découle l'est aussi. Staline peut bien faire toutes les erreurs qu'il veut, puisque ces erreurs n'existent pas dans la théorie. Ce qui n'est pas conforme à l'idéologie est une illusion. Ce qui résiste à l'idéologie est passé, cadavre, décomposition : l'exterminer est une formalité. D'où l'aveuglement caractéristique de Staline et des staliniens : ils ont cette fabuleuse capacité à ne pas comprendre qu'on les contredise. En cela, ils rappellent la vision musulmane orthodoxe, selon laquelle nous naissons tous musulmans, seuls les plus pervers d'entre nous refusant de reconnaître l'évidence - prouvant par là leur soumission volontaire à Satan.

 

L'antifascisme : échec et mat

Oui, Staline est intelligent, extrêmement. D'une intelligence amorale, certes, mais l'intelligence est une qualité, pas une vertu : elle se marie au Mal aussi volontiers qu'au Bien. Examinons un de ses plus beaux coups de génie, sinon le plus important, l'antifascisme.

De 1917 à 1935, les partis communistes et les partis socialistes sont ennemis. Pour la ligne bolchévique, appliquée à la lettre par les partis-frères opérant dans les démocraties, les communistes considèrent les socialistes comme des "social-traîtres" : de faux esprits de gauche secrètement au service des pires incarnations de la droite. Tout ce qui n'est pas léniniste est capitaliste, et les vaches dialectiques seront bien gardées.

Mais en 1935, observant avec inquiétude le crescendo fasciste en Italie et en Allemagne, Staline a une idée qui va révolutionner le monde : il ordonne à tous les partis sous sa coupe de s'allier aux socialistes en prétextant l'union des forces démocratiques contre le fascisme. Apercevez-vous le stratagème ? Cet immense déplacement de la tranchée idéologique a pour objet de déconsidérer les droites. Le voici en image-par-image :

1. l'univers politique est divisé en deux camps irréconciliables : les fascistes d'un côté, les antifascistes de l'autre ;

2. donc, tout ce qui n'est pas dans le camp antifasciste est soit fasciste, soit l'allié du fascisme ;

3. or, le fascisme est le centre de gravité de ce qui n'est pas antifasciste ;

4. donc, tout ce qui n'est ni communiste, ni socialiste, ni social-démocrate, tout ce qui ne s'additionne pas à gauche lors des élections, est fasciste.

Le tour est joué. En un coup de dés, Staline vient de bouleverser pour très longtemps et sur les cinq continents, la pensée politique. On retrouvera ce "Si tu n'es pas de notre bord, tu es un facho !" jusque dans votre existence quotidienne. Car vous l'avez, n'est-ce pas, vécue cent fois, cette scène, et entendue mille fois, cette accusation. Vous l'avez subie en tant que libertarien, en tant que non-socialiste, en tant que non-gauchiste, en tant qu'électeur de Sarkozy (quand bien même vous répétiez sans cesse que vous n'aviez pour lui ni admiration, ni sympathie), en tant que défenseur de la finance, en tant que critique du mitterrandisme, en tant que critique du ségolénisme, en tant que critique du hollandisme, etc. Vous la subirez probablement encore longtemps. Vous êtes pris dans la nasse du camarade Staline, dans son schéma théorique, sa fiction aux dimensions de la planète. Staline a superposé une deuxième lutte des classes à la première : Hitler est dans le camp des capitalistes, il n'y a plus de différence de fond entre un commerçant et un indic de la Gestapo.

La seconde guerre mondiale, la prise de Berlin par l'Armée Rouge et la découverte de la Shoah par l'opinion mondiale vont conférer au partage fasciste / antifasciste une légitimité idéologique définitive : pour la vox populi, les crimes des SS sont l'indubitable preuve que Staline avait raison. L'idélogie a gagné et vous avez perdu : elle vous fait une mauvaise réputation a priori, de collabos à la petite semaine. La France de 2013 n'est stalinienne ni dans ses fins, ni dans ses moyens, mais elle l'est dans le regard qu'elle pose sur vous. N'avez-vous pas le sentiment, parfois, ô libéraux et gens de droite, que l'on veut littéralement vous terroriser, à force de vous taxer de salaud - actuel ou potentiel- sous le seul prétexte que vous détestez Jack Lang ? Certains d'entre vous, nés ou évoluant dans des milieux de gauche, y sont tellement habitués qu'ils oublient la violence dont ils sont l'objet. Big Joseph is watching you.

Vous saisissez peut-être mieux, maintenant, pourquoi nous vous proposons de respecter Staline : il vous tient à la gorge à chaque discussion que vous avez avec des inconnus de gauche. "Vais-je encore me faire traiter de lepéniste ?"

Vous partiez du principe que Staline ne valait rien, cher lecteur, et il vous a laissé faire, car tel est son genre, tel est son masque. Il a joué avec votre prétention intellectuelle et vous a planté un pic à glace dans le crâne en temps voulu. Vous vous mouvez dans un décor planté par lui. Le fameux mantra social-démocrate, "En disant cela, tu fais le jeu du Front National !", est une déclinaison de la stratégie ourdie dans le bureau sombre et enfumé du camarade Djougatchvili.

La création de SOS Racisme, et ses effets empoisonnants sur l'ensemble de la politique française depuis des décennies, sont une application très habile de la ligne Staline. Sans elle, pas de Le Pen. En hissant l'antifascisme déclaratif au rang d'un héroïsme à la portée du premier votant, Staline fait du fascisme l'ennemi idéal, le Joker du Batman communiste. Il le popularise, le fait monter sur un pilori qui est un piédestal, l'installe à jamais dans le rôle de l'autre pôle, le mauvais. Songez maintenant à la cartographie électorale de la France de 2013, à la crainte quasi unanime chez les braves gens de voir grimper les extrêmes, songez à la peur que les démocrates se trouvent pris en tenaille, et demandez-vous qui a forgé cette tenaille. Non, vous n'êtes pas en 2013. Vous êtes bloqué en 1935, dans les neurones d'un fumeur de pipe.

 

Pas si victorieux que ça

Le stalinien, de nos jours, existe en mille versions, du maoïste à Georges Marchais en passant par Aragon, Jean Ferrat, le théâtraux révolutionnaire, le LGTB du PCF, la philosophe bobo, le fonctionnaire à la retraite et le permanent cégétiste. Mais tous ont en commun, tel un héritage hors de prix, ce qui constitue à leurs yeux la gloire idéologique, politique et militaire par excellence : l'URSS a vaincu le IIIème Reich. La toupie stalinienne repose sur cette pointe historique. Attention : c'est un mensonge éhonté, pour deux raisons essentielles.

D'abord, si Barbarossa est la plus grande offensive jamais vue, la vitesse phénoménale de sa pénétration sur le territoire soviétique est à mettre au débit de Staline bien plus encore qu'au crédit d'Hitler. Dans les années 30, Staline a purgé l'armée de tout ce qu'elle comptait d'expérimenté : ses officiers prennent en masse le train pour la Sibérie. Pourquoi ? L'égalitarisme a ses raisons que la raison militaire ignore. Ainsi, l'Armée Rouge qu'attaque l'Allemagne en 1941 est-elle incompétente de la base au sommet, désorganisée, mal répartie, mal équipée - impréparée à un point qui paraît démentiel aux historiens, car Staline a été prévenu à maintes reprises, et par maintes sources, des intentions agressives du Reich. Il met des semaines à encaisser le choc initial et à préparer une première riposte digne ce nom. La Wehrmacht et la SS s'enfoncent dans le monde communiste avec aisance. Retranché dans sa datcha, hirsute et ivre, le maître de l'idéologie est désemparé. Il ne sait que faire des réalités de la guerre. Un char n'est pas un concept. Hitler semble inarrêtable, mais l'hiver russe le plus rude depuis des lustres va lui administrer une leçon. Ce n'est pas le communisme, qui sauve l'Union Soviétique : c'est la météo.

D'autre part, l'aide apportée à l'URSS par les USA pour résister à la poussée nazie prend des dimensions à la hauteur du conflit. Lisons attentivement la liste des livraisons, elle laisse rêveur.

 

    Avions 14 795
    Chars d'assaut 7 056
    Jeeps 51 503
    Camions 375 883
    Motos 35 170
    Tracteurs 8 071
    Pièces d'artillerie 8 218
    Mitrailleuses 131 633
    Explosifs 345 735 tonnes
    Equipement de construction pour une valeur de 10 910 000 dollars
    Voitures de fret de chemin de fer 11 155
    Locomotives 1 981
    Navires cargo 90
    Escorteurs chasseur de sous-marins 105
    Vedettes lance-torpilles 197
    Moteurs de bateaux 7 784
    Nourriture 4 478 000 tonnes
    Machines et équipement 1 078 965 000 dollars
    Métaux non-ferreux 802 000 tonnes
    Produits pétroliers 2 670 000 tonnes
    Produits chimiques 842 000 tonnes
    Coton 106 893 000 tonnes
    Cuir 49 860 tonnes
    Pneus 3 786 000
    Bottes 15 417 001 paires

 

Cela permet de relativiser la description dantesque de l'effort soviétique pendant le conflit, produite à longueur de palabres par les staliniens.

Le stalinien est prompt à vous narrer une Armée Rouge et un peuple russe surhumains, seuls capables de terrasser le monstre hitlérien. Il ne cite jamais les errances de Staline et de ses armées dans les premiers temps de Barbarossa, comme il oublie soigneusement l'existence de l'aide américaine. Certes, les soldats soviétiques ont pris Berlin et, de ce fait, poussé Hitler au suicide et mis fin au nazisme. Toutefois, la prise de Berlin est inenvisageable sans l'avancée américaine à l'Ouest du Reich.

Oui, camarades, Staline est un des vainqueurs de 45. Oui, le peuple russe a déployé des trésors de courage et d'inventivité pour résister à la folie nazie. Oui, le communisme a démontré sa supériorité effective sur le nazisme. Cela ne fait pas de Staline un talent militaire, ni de l'Armée Rouge une entité aux pouvoirs surnaturels. Non, camarades, Staline n'est pas le principal héros de cette guerre. Il en est - c'est déjà beaucoup - un des acteurs majeurs, et un des bouchers les plus sanguinaires. Churchill a bien d'autres arguments à faire valoir pour occuper le fauteuil de l'homme providentiel.

 

Le stalinien ne recule pas

Sa victoire-sur-le-nazisme, croisée avec la vision antifasciste élaborée par Staline, permet donc au communiste de vous traiter de nazi. Bastiat, Hayek, Rand, combien de divisions ? Où étaient-ils, vos libéraux, quand le moujik de seize ans enjambait les barbelés sous le feu des SS ?
Le stalinien se considère comme un Transformer antifasciste, un clone de Joseph équipé d'une armure idéologique infaillible. Il veut bien, à la rigueur, conchier la personne de Staline et le Goulag, puisque vous en faites une affaire d'honneur et que cela lui permet de se poser en humaniste, mais il ne se séparera en aucun cas de l'incomparable médaille acquise par le communisme sur le front de l'Est. Elle l'encouragera, le nourrira, le soutiendra, elle sera son rempart et son bombardier. Le stalinien croit en 1945 comme Staline croit en l'idéologie.

Le Stalinien s'autorise à être bête, car Staline feignait la bêtise. Mimétisme. Et il se croit intellectuel, car Staline était idéologue. Admiration. D'où ce mix de barbarie décomplexée et de prétention culturelle, omniprésent dans ses développements.

Le stalinien fait ce qu'on lui dit. Le 28 juillet 1942, Staline dicte la directive n° 227, adressée à toutes les forces armées : "Plus un pas en arrière !" Elle signifie deux choses. 1. Ni les soldats, ni les officiers n'ont le droit de battre en retraite, même pas d'un mètre : toute esquisse de reculade vaut la peine de mort avec effet immédiat. 2. Les dits soldats seront désormais suivis par des "unités de barrage" ayant ordre de leur tirer dessus s'ils cessent d'avancer. L'Armée Rouge passe en mode Orwell : elle atteint un niveau de terreur interne que même les unités allemandes les plus totalitaires ne peuvent égaler. Le stalinien contemporain, consciemment ou non, a en tête la directive 227 tatouée à l'intérieur du crâne. "Pas un pas en arrière !", c'est ainsi qu'il engagera la discussion, après les "Mais je suis le premier à dire que Staline est un monstre et que le Goulag est impardonnable !" d'usage dans les milieux bourgeois. Une fois accordées les deux ou trois concessions destinées à vous anesthésier, il va faire ce qu'il fait le mieux : frapper, et fort. Car le stalinien est un violent verbal. Il sent derrière lui le monolithe soviétique, la Grande Muraille de Gauche composée de prolétaires révoltés, de posters du Che, de fantasmes d'AK-47, de guérillas au Viet-Nam, de grèves générales, d'acquis sociaux, de bâtiments officiels pris d'assaut, de statues princières mises à bas et d'accordéons sous les lampions. Le stalinien embrasse la gauche entière, le siècle, l'Histoire. Chaque paysan de chaque jacquerie du Moyen-Âge est son protégé. Chaque esclave de l'Antiquité est son filleul. Robespierre est son jumeau. La Commune est sa résidence secondaire. Il surplombe le prolétariat et il le porte. Il l'endosse et est certifié par lui. Le stalinien est Communistus Imperator. Il se reconnaît tous les droits. Il ment tant qu'il veut et ne prend même pas la peine de le cacher - contrairement au trotskiste, plus prudent : entriste, donc plus furtif. Le stalinien s'autorise à haïr au grand jour, à injurier par rafales, à pratiquer le déni de réalité dans des proportions psychiatriques, à truquer les chiffres et à les inventer s'il n'y en a pas, à aire passer les saints pour des ordures et inversement, à taper du poing sur la table au restaurant, à gueuler, gueuler plus fort que vous, vous intimider, vous prédire une fin atroce, vous accuser d'avoir troué la couche d'ozone et parqué les Indiens d'Amérique. Un stalinien en pleine forme qui s'adresse à un libéral épuisé, cela donne ça :

Et l'on est vite épuisé, face à un stalinien. Que faire ? Battre en retraite ? L'insulter à votre tour ? Dans un cas comme dans l'autre, ce serait porter gravement atteinte à l'image du libéralisme. Il vous faut une solution simple, qui vous permette de faire front sans plier ni rompre, et sans devenir le reflet de votre contradicteur enragé. Nous étudierons les argumentations anticollectivistes plus précisément dans la suite de cette série d'articles, mais commençons par vous indiquer une tranchée où vous pouvez à tout instant vous réfugier, reprendre des forces et mitrailler la tranchée d'en face.

 

La barricade des 100 millions : plus un pas en arrière

Dix-sept Shoah. Voilà ce que représentent les cent millions de morts (civils et innocents) du communisme. Dix-sept fois l'abomination nazie, elle-même considérée comme la pire abomination possible (idée que nous ne remettons pas en cause, si ce n'est concernant les Khmers Rouges).

Il se trouve que, contrairement à ceux de la Shoah, les morts du communisme n'ont pas droit de cité dans le discours public : ni en politique, ni dans les média, même pas dans les chaumières. Votre mission, si vous l'acceptez, sera de les prendre en charge. De faire d'eux votre cause, aussi importante que votre liberté ou vos biens. Les morts du communisme, toutes et tous, enfants et vieillards, sont des victimes de l'anti-libéralisme. Ils sont votre cimetière intime. Votre famille spirituelle. Vos martyrs. Il vous appartiennent. Il vous appartient de vous tenir droit en leur nom.

De Staline, il y a tant de mal à dire, et tant dans de domaines ! L'agonie est une entreprise sans fin. Vous pourriez parler au stalinien de "Mieux vaut arrêter dix innocents que de laisser un coupable en liberté", ou de "2+2=5", ces slogans de l'ère stalinienne qui résument si bien l'absurdité et la toxicité de ce règne. Comme vous pourriez lui parler de la passion sans mélange éprouvée par Mao, Pol Pot et Kim Il Sung pour Staline. Vous pourriez lui dire que les morts du communisme oriental sont les produits dérivés du stalinisme. Mais le stalinien n'entendra rien de tout cela. Contentez-vous de votre tranchée et vos cent millions de supporters. Ne reculez pas d'un millimètre. Figez le front. Nous nous efforcerons de vous fournir très bientôt en nouvelles munitions, d'un genre inédit sur ce champ de bataille mille fois labouré par la haine. En attendant, faites honneur au Cyber-Libertarianisme : prenez la belle liberté d'être le porte-parole de cent millions de crânes blanchissant au soleil du XXème siècle. Et si vous avez besoin d'actualité pour vous motiver, dites-vous qu'à ces cent millions, le régime nord-coréen ajoute chaque jour de nouvelles corps inertes. Si vous ne le faites pas pour les morts, faites-le pour les agonisants.

En vous plaçant dans la perspective des fosses communes sans fin, en greffant cent millions de cadavres à votre idéal, vous acquérez une énergie et une profondeur particulières. Il n'est plus question ici de PIB, ni de propriété, ni de droit. Ni même de philosophie. Vous accédez à une sphère où la tragédie donne le la. Et dans cette sphère, l'idéologie ne peut entrer qu'à condition de s'autodétruire. Quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, même s'il vous menace avec un couteau à beurre, répétez calmement et amicalement au stalinien : "Cent millions. Pas un de moins. Et pas un seul n'est mort pour une bonne raison. Pas un seul. Je ne te concéderai aucun d'entre eux. Je suis le gardien de leur mémoire. Je suis prêt à mourir pour eux. La conscience et la profondeur que met un juif à se souvenir de la Shoah, je les mets à me souvenir des dix-sept Shoah du communisme. Je ne reculerai jamais. Et toi, si d'aventure tu ne reconnais pas l'innocence de ces cent millions de civils, tu me mettras en situation de ne te trouver crédible sur rien d'autre. Je continuerai à discuter avec toi, mais je ne pourrai plus te croire sur rien. C'est toi qui vois. Moi, j'en fais une affaire d'hommes et je n'aurai qu'une parole." Et qu'il se débrouille.

Ça, c'est une tranchée. Certes, de l'autre côté du no man's land, le stalinien est lui aussi dans sa tranchée : on n'avance pas, c'est Verdun. Mais il ne s'attend pas à ce que le Cyber-Libertarien creuse un bunker large comme le siècle dernier. D'ordinaire, notre cher libertarien bondit d'un barbelé à l'autre en chantant la liberté.

Ce bunker résiste à tous les bombardements. Il fait office de camp de base et de QG. C'est à partir de lui que vous pourrez lancer vos attaques et vers lui que vous vous replierez.

 

Le parti est mort, vivent les partis

Ces dernières années, le stalinisme, autrefois contenu dans les strictes limites du Parti Communiste Français, a suivi l'exemple du trotskisme et s'est adapté à la diversité de l'extrémisme léniniste. Le Front de Gauche réunit huit partis communistes différents, la plupart issus de scissions entre trotskistes, sans oublier l'invraisemblable Parti Communiste des Ouvriers de France, maoïste de manière fière et assumée, appelant à la révolution par les armes et à la dictature du prolétariat pour les siècles des siècles. Ainsi Jean-Luc Mélenchon est-il le porte-parole d'une conglomérat de toutes les formes de communisme totalitaire : y sont représentés Lénine, Staline, Trotsky et Mao, sans honte ni pudeur. Le visqueux FN paraît un peu pâlichon, comparé à ces bataillons d'idéologues prêts à tout pour vaporiser le secteur privé.

Si vous êtes en région parisienne, demain à 14 heures, allez donc faire un tour Place de la Bastille. Habillez-vous laidement, ne vous coiffez pas, saisissez-vous du premier autocollant rouge qu'on vous tend, collez-le au revers de votre veste, cherchez les plus extrémistes, sympathisez et faites-les parler. Vous en apprendrez autant sur le totalitarisme que dans Hannah Arendt - les deux savoirs sont indispensables l'un à l'autre. Le must étant d'aller discuter au stand maoïste du PCOF : là sont les spécimen les plus intéressants de possession idéologique. Nous avons toutes les chances de nous y croiser.

Ne les provoquez pas. Le stalinien n'aime pas se battre autrement que par voie orale, mais à cinquante mille contre un, l'idée peut lui effleurer l'esprit. Attendez une autre occasion pour arracher les cent millions de morts à l'oubli. Questionnez, étudiez, comprenez. L'idéologie qui est en eux veut votre peau. Regardez-la dans les yeux, elle a de beaux jours devant elle.


Culture stalienne express

La meilleure biographie de Staline, chef-d'œuvre et succès mondial bien mérité.

Un texte très célèbre de Staline afin que vous entriez en contact, quelques instants, avec sa langue de bois si particulière, huilée comme une usine de production de canons, glaciale comme un camp l'hiver.

Staline applaudi à la fin d'un discours - admirez le plaisir qu'il y prend, et l'arrogance contenue dans sa fausse modestie.

Une séquence aussi hilarante que vertigineuse : la mauvaise foi stalinienne à son sommet (Pierre Juquin était le spin doctor de Georges Marchais)

Ultimate Figthing à l'ORTF : Andrieu le stalinien contre Glucksmann l'ex-maoïste. Délicieusement aberrant.
Cerise sur le gâteau : au paper-board, Georges Marchais vous explique l'économie. Oubliez Hayez, tout est simple.

Et une page Facebook peu fréquentée. Cependant, vous y trouverez une jolie quantité de liens, de vidéos et de photos soigneusement sélectionnés.

 

http://media.paperblog.fr/i/636/6366346/staline-mike-tyson-ideologique-L-cj9YW_.png


Joseph Staline

De Wikiberal
(Redirigé depuis Staline)
Joseph Staline
personnage historique

Dates 1878-1953
Une de l'Humanité à la mort de Staline
Tendance fasciste bolchevique totalitariste
Origine Russie Russie
Articles internes Liste de tous les articles
inter lib.org sur Joseph Staline



Joseph (Iossif) Vissarionovitch Djougachvili (russe : Иосиф Виссарионович Джугашвили ; géorgien : იოსებ ბესარიონის ძე ჯუღაშვილი Iosseb Bessarionis dze Djoughachvili) (18 décembre 1878 – 5 mars 1953), généralement connu sous le nom de Joseph Staline (Иосиф Сталин), a dirigé l'Union soviétique seul pendant vingt cinq ans, entre 1928 et 1953. De 1922 à 1953, il fut secrétaire général du Parti communiste d'Union soviétique. D'abord surnommé Sosso (« fade ») pendant son enfance, il était aussi appelé Koba (d'après un héros populaire géorgien). Le nom Staline a été le sien durant les années de clandestinité, il provient du mot russe сталь (stal) qui signifie acier. Staline signifie en russe « homme d'acier ». À la postérité, il fut aussi surnommé le « Tsar Rouge ».

Fondateur d'un État totalitaire dont le culte obligatoire rendu à sa propre personne fut un des traits les plus marquants, il entreprit d'arracher spectaculairement son pays à l'arriération ancestrale. Il fit collectiviser intégralement les terres et industrialisa l'Union soviétique à marche forcée par les très ambitieux plans quinquennaux, sans souci des oppositions, brisées, ni du lourd coût humain et social. Son long règne fut marqué par un régime de terreur et de délation paroxystique, encore plus prégnant en temps de paix qu'en temps de guerre, et par la mise à mort ou l'envoi aux camps de travail du Goulag de millions de personnes généralement innocentes, notamment au cours de la collectivisation des campagnes et des Grandes purges de 1937. Il pratiqua aussi bien des déplacements de population massifs, dont la déportation intégrale d'une quinzaine de minorités nationales, que la sédentarisation forcée non moins désastreuse de nomades d'Asie centrale. Il nia aussi l'existence des famines meurtrières de 1932 (Holodomor) et de 1947 après les avoir en partie provoquées par sa politique brutale. Le secret et la propagande systématiquement entretenus autour de ses actes firent du travestissement de la réalité et de la réécriture du passé une caractéristique permanente de son pouvoir absolu.

Le stalinisme

Le stalinisme est un mot désignant les idées et surtout les pratiques de Staline, puis, par extension, des staliniens. Le stalinisme est essentiellement une pratique (appliquée dans les États du bloc communiste), il a néanmoins une composante idéologique, caractérisée par :

  1. L'organisation du Parti : Staline estime qu'aucun débat et aucune opposition ne saurait être tolérée à l'intérieur du Parti. Seul le secrétaire général (Staline en URSS) doit diriger le Parti. Par contraste, on rappellera que Trotski défend ainsi un minimum de démocratie et de pluralisme, mais uniquement dans le strict cadre du Parti ; et que les communistes de conseil défendent une décision purement locale, avec un parti dont le secrétaire général n'est qu'un organisateur de débat et non le chef.
  2. La théorie du « socialisme dans un seul pays ». Lénine et Trotski prônaient au contraire la révolution internationale, la guerre totale et permanente jusqu'à la victoire.
  3. Staline est partisan d'un État fort et autoritaire, même si sa disparition est à la fois souhaitée et "prévue" au terme du processus. En attendant, l'État suspend de nombreuses libertés individuelles et collectives conquises dans la Révolution Russe, comme le droit à l'avortement (le droit à l'avortement avait été obtenu en Russie en 1920 sous pression d'Alexandra Kollontaï ; il a ensuite été supprimé par Staline en 1936), la liberté de la presse, la liberté sexuelle (y compris l'homosexualité)…
  4. Au contraire de « la disparition du travail », but ultime proclamé par Karl Marx, le stalinisme exalte le travail et le dévouement du salarié avec la doctrine du Stakhanovisme. Staline abandonne la NEP (Nouvelle politique économique) entamée en 1921 et commence à re-nationaliser systématiquement les moyens de production.

Staline condamnait avec force "l'égalitarisme". Il considérait que la société socialiste devait adopter des normes de distribution de la richesse différenciées suivant la "contribution" de chaque couche sociale à la société. Les conditions de vie et de travail de l'élite bureaucratique étaient nettement plus favorables que celles de la masse ouvrière. La paysannerie était la grande perdante de ces inégalités avec des conditions d'existence très fragiles et, à certaines périodes, des situations de famine.

Les crimes du stalinisme

“Grand assaut” contre la paysannerie 1929-1933

Plus de 2 millions de paysans sont déportés.

En 1930 : 14 000 révoltes, émeutes et manifestation de masse contre le régime qui impliquent près de 2,5 millions de paysans. 1930-1933 : 300 000 déportés meurent en déportation. Dans les mines du Kouzbass la moitié des mineurs sont des “colons de travail” en 1932 et les 2/3 des habitants de Magnitogorsk sont des déportés.

Collecte de l’État/production agricole en 1931 : 41,5 % en Ukraine, 47 % au Caucase du Nord, 39,5 % dans le Kazakhstan. Or 12 à 15 % nécessaire pour les semences et 25 à 30 % pour le bétail et 35 à 52 % pour leur consommation, les 15 à 20 % restant étant commercialisés !

En novembre 1932 un responsable régional avait écrit à Molotov : nous devons prendre en considération les besoins minimums des kolkhoziens faute de quoi il n’y aura plus personne pour semer et assurer la production. Réponse de Molotov : Votre position est profondément incorrecte, non bolchévique. Nous autres bolcheviks nous ne pouvons pas mettre les besoins de l’État à la dixième ni même à la seconde place.

Le fait pour les paysans de cacher leurs réserves est considéré comme du sabotage.

La loi du 7 août 1932 dite loi des épis permet de condamner pour vol ou dilapidation de la propriété socialiste plus de 125 000 personnes d’août 32 à décembre 33 dont 5 400 à la peine capitale.

La circulaire du 22 janvier 1933 interdit les départs massifs des paysans d’Ukraine et de Caucase du Nord. Cet exode massif n’est-il pas un complot des ennemis du régime ? Les paysans sont donc ramenés sur place où ils meurent de faim. En 1933 le gouvernement a exporté 18 millions de quintaux de blé pour les besoins de l’industrialisation. Il y eut sans doute 6 millions de morts de faim en Ukraine et 1 million au Kazakhstan (les nomades privés de tout bétail).

Repression contre les ennemis du peuple

Les offensives antireligieuses : pendant l’hiver 1929-1930 plus de 6700 églises sont fermés ou détruites. Les prêtres sont considérés comme “parasites”.

En 1936 ne sont en activité que 28 % des églises orthodoxes et 32 % des mosquées d’avant la révolution. Des 20 000 églises et mosquées de 1936, moins de 1000 ouvertes en 1941.

Sont privés de leurs droits civiques : les anciens propriétaires, nobles, commerçants, fonctionnaires tsa-ristes, membres des partis politiques, etc. En 1932 avec leurs familles cela représente 7 millions de personnes.

Repression contre les ouvriers et les cadres de l’industrie

Dans l’industrie, en raison des cadences infernales les accidents se multiplient ainsi que les pannes de machines : de janvier 1930 à juin 1931, 48 % des ingénieurs du Donbass sont révoqués ou arrêtés. 4500 saboteurs sont démasqués dans les transports dans le 1er semestre 1931. Tout cela contribue à désorganiser la marche des entreprises.

La loi du 15 novembre 1932 permet le licenciement immédiat, le retrait des cartes de rationnement et l'expulsion du logement en cas d’absentéisme au travail. Le passeport intérieur est introduit le 27 décembre 1932. Pour résider en ville, il faut disposer d’un passeport. De nombreux sans passeports sont déportés (celui qui descend acheter des cigarettes et oublie son passeport peut être raflé et déporté).

En 1940 : semaine de 7 jours ; tout retard supérieur à 20 mn passible de 6 mois de travaux ; tout acte d’hooliganisme et vol est sanctionné de 1 à 3 ans de camp.

Le système des camps

Au milieu de l'année 1930, on trouve 140 000 détenus dans les camps gérés par la GPU ; plus de 300 000 début 1932.

Ils sont affectés à la construction de routes, de chemin de fer, travail dans mines et puits de pétroles.

Le système de camps est unifié en 1934 et devient le Goulag : plus de 965 000 détenus en 1935 et près de 2 millions en 1941. Or seulement 1/4 à 1/3 sont des prisonniers politiques, la majorité est composée de gens ordinaires.

La répression s'exerce aussi contre les jeunes vagabonds et criminels : de 1935 à 1939 plus de 155 000 mineurs enfermés dans des colonies de travail. Au 1er avril 1939 10 000 mineurs sont présents au Goulag.

Les grandes purges

En 1937-1938 1 575 000 personnes arrêtées par le NKVD : 85 % condamnés et la moitié de ceux-ci fut executée (soit 680 000). La mission du NKVD est d'enfumer et détruire les nids de punaises trotsko-fascistes (Pravda). La purge de l’armée rouge touche 3 maréchaux sur 5 ; 13 généraux d’armée sur 15 ; 8 amiraux sur 9 ; 50 généraux de corps d’armée sur 57 ; 154 généraux de division sur 186. 1 officier sur 6 fut arrêté. Parmi les exécutés : l’écrivain Issak Babel (Cavalerie rouge) en 1940 parmi une dizaine d’écrivains célèbres ; le metteur en scène Meyerhold (torturé et executé en 1940).

Les crimes de l'après-guerre dans les territoires conquis ou reconquis

La majorité (80 %) des 2 270 000 prisonniers rapatriés des camps nazis furent condamnés à des peines de camp ou exilée pour 5 ans au moins ou astreint aux travaux obligatoires de reconstruction de l'après-guerre.

L'Ukraine occidentale est "pacifiée" et collectivisée : près de 300 000 personnes sont déportés, exilés ou arrêtées (1945-1950). L'Église uniate est forcée de s'unir à l'église orthodoxe. Dans les États Baltes, la collectivisation s'accompagne de la déportation de 600 000 personnes.

Un décret de 1946 condamne à la déportation pour trahison collective des Tchétchènes, Ingouches et Tatars de Crimée. D'autres peuples avaient également été déportés : les Allemands de la Volga, les Kalmouks, les Karatchais et les Balkars, soit au total près d'un million quatre cent mille personnes. Pendant une dizaine d'année, les nations concernées cessèrent d'exister.

L'apogée du système concentrationnaire 1945-1953

Les chiffres varient selon les auteurs, de 4,5 millions à 12 millions, mais consensus sur le fait que la population carcérale atteignit un maximum dans les années 1948-1952 : une partie des condamnés de 1937-38 avaient vu leur peine prolongée et la mortalité des détenus ayant baissé après 1948 par le souci de « préserver » une main d'œuvre utile.

L'essentiel des camps se situaient dans les régions les plus lointaines et les plus rudes. La Kolyma était la région symbole du Goulag. Les détenus étaient affectés à l'exploitation forestière, l'extraction minière la construction de voies ferrées, de grands barrages et du canal Volga-Don.

En 1948 étaient créés des camps « à régime spécial » très durs pour des prisonniers politiques endurcis mais qui connurent plusieurs tentatives de soulèvements.

Position libérale

Pour les libéraux, Staline incarne la quintessence même du communisme, et non son dévoiement. En effet, l'égalitarisme forcené visé par le communisme, la lutte des classes, l'anéantissement de toute forme d'enrichissement personnel et de propriété privée ne peut, selon les libéraux, que mener au totalitarisme. Mises, dans son étude du socialisme, et Hayek, décortiquant le calcul économique en économie socialiste, fondent les prémisses des concepts qu'Hannah Arendt développa après-guerre.

Le stalinisme aujourd'hui

La manière dont la Russie traite son passé communiste, ainsi que les raisons qui sous-tendent l'attitude de Poutine, peuvent se résumer de la manière suivante : on identifie le système communiste avec l'empire russe ; attaquer le communisme revient à affaiblir l'État russe. Et c'est l'ambition impériale qui est le principal motif de la négation des crimes communistes par les Russes.

Des ouvrages historiques récents montrent jusqu'où ce processus est allé en Russie, et par quels procédés on escamote les crimes du communisme. Sous Poutine, c'est une vaste entreprise de réhabilitation de Staline qui est en cours, tendance dont deux livres donnent une parfaite illustration : la biographie monumentale de Staline par V. Karpov, et les travaux de Youri Joukov sur les purges des années 30.

Dans le livre de Karpov, Staline est dépeint comme un patriote russe, comme le bâtisseur de la superpuissance russe qui a vaincu aussi bien la tentative "sioniste" de prendre le contrôle de la Patrie sous Lénine, et l'attaque occidentale contre la Russie menée par Hitler (à l'évidence, l'auteur pense que le premier exploit devrait valoir à Staline une gratitude particulière de la postérité). L'idéologie communiste s'y interprète comme un instrument dont Staline se sert pour réaliser des ambitions géopolitiques entièrement légitimes. Quant aux purges, il les justifie par la présence de véritables ennemis de l'État russe.

Dans le livre de Joukov, nous trouvons une approche semblable, quoique moins obsédée par le thème du "sionisme". Joukov décrit Staline comme un démocrate, dont le programme réformiste était bloqué par un Politburo "conservateur" en 1937.

Ces deux auteurs ne sont pas des marginaux, leurs ouvrages se répandent partout. Leur position principale, qui met l'accent sur la "géopolitique" et ne tient aucun compte du facteur idéologique, est aujourd'hui commune à la plupart des historiens russes.

Les conséquences de cette représentation faussée, édulcorée du stalinisme, sont très graves. L'agressivité du régime communiste, aussi bien à l'intérieur que dans les relations internationales, est passée sous silence.

Littérature secondaire

  • 1999, Sheila Fitzpatrick, Everyday Stalinism: Ordinary Life in Extraordinary Times: Soviet Russia in the 1930s, Oxford University Press

Citations

  • « Le stalinisme, c'est la voie la plus longue pour aller du capitalisme... au capitalisme. » (Lech Walesa)
  • « Staline avait les mains pleines de sang. J’ai vu les condamnations à mort qu’ils signaient par paquets avec Molotov, Vorochilov, Kaganovitch et Jdanov. Ces cinq étaient les plus actifs, et Molotov ajoutait : "commuter les peines de 10 ans en exécutions par balle". Par groupes entiers ! » (Mikhaïl Gorbatchev)

Liens externes

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Le WEB Résistant - Par Cyber-résistant
Dimanche 8 décembre 2013 7 08 /12 /Déc /2013 16:30

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Bienvenue sur le champ de bataille

Première étape de notre parcours du combattant Cyber-Libertarien : apprends à connaître ton ennemi mieux qu'il ne te connaît. Nous commençons par du super-coriace : le trotskiste. Port du casque obligatoire.  

Par Cyber-Résistant.  

 

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Léon Trotsky & Edwy Plenel

 

- C'est dégueulasse…
- Qu'est-ce que ça veut dire, "dégueulasse" ? C'est la guerre. Il savent la faire, les fumiers. 

La 317e Section, film de Pierre Schoendoerffer

 

Passez sous les barbelés

Vous arrivez à un dîner plutôt de gauche, tout se passe bien, les jupes sont jolies et l'alcool généreux. Mais voilà que la discussion dévie vers la politique : la température monte d'un cran. Fidèle à vos idées, vous défendez le Cyber-Libertarianisme et, aussitôt, un convive vous agonit de railleries discrètes, de critiques voilées, voire même de menaces en filigrane. De votre capacité à vous adapter à la situation dépendent votre réputation et celle du libertarianisme.

"Je le vaincrai, car j'aime la guerre plus que lui", disait Winston Churchill au sujet d'Adolf Hitler. On est en droit de se demander si les libéraux aiment suffisamment la guerre verbale pour vaincre le socialisme. C'est ce que nous allons très prochainement vérifier, à la faveur d'une crise économique majeure : les débats, publics comme privés, vont se tendre, les extrémismes s'ébrouer, et tout porte à croire que le libéralisme sera mis en accusation. Les plus craintifs d'entre vous peuvent d'ores et déjà se préparer à se taire. Les autres sont bons pour le choc frontal avec l'idéologie, et ni l'humour, ni la lecture de Hayek ne seront des boucliers suffisants. Il vous faut aimer le combat : on n'a jamais vu une mauviette étendre un boxeur professionnel.

Reconnaissance, identification, analyse : votre première mission, si vous l'acceptez, sera de comprendre vos adversaires. Et non en bloc, car ils sont différents les uns des autres : un par un, en fonction de leurs croyances, de leur passé idéologique, de leurs espérances étatistes, égoïstes ou révolutionnaires. Nous allons donc les examiner séparément. Commençons par un ennemi juré du libertarianisme, et l'un des plus compétents : le trotskiste. Ne ricanez pas, cet homme sait ce qu'il fait.

 

La foi trotskiste

Chaque école collectiviste a sa vision propre, laquelle détermine ses stratégies et ses tactiques. Le trotskisme est, en France, une des plus influentes.

Inconditionnel de Lénine et principal challenger de Staline - qui l'exilera et le fera assassiner -, Léon Trotsky est un auteur de bonne tenue et un homme d'action performant. Ses talents d'orateur, sa plume alerte, son goût pour les échafaudages intellectuels, sa volonté d'obtenir des résultats concrets, son courage dans l'adversité, le font très tôt remarquer comme un leader. On célèbre sa capacité à discipliner la toute nouvelle Armée Rouge. On parle moins de sa propension à fusiller les révolutionnaires non conformes à la perspective bolchévique. Les communistes libertaires de Krondstat, mutins pacifiques et désespérés, sont sauvagement massacrés : Trotsky fait le ménage. Des milliers ce morts. De nos jours, il serait bon pour le Tribunal Pénal International.

La thèse communiste préférée de Trotsky est la "révolution permanente", qu'il fait sienne en 1904En quelques mots : la révolution n'est pas un événement mais un process, elle ne saurait rester confinée aux limites d'une nation. Elle doit être continue et mondiale, sans quoi elle se résumera à un simulacre bourgeois. La révolution bolchevique ne deviendra LA révolution que lorsqu'elle aura conquis l'Univers entier, et cela doit advenir séance tenante.

Disant cela, Trotsky se condamne, car il envoie le bolchévisme dans une direction plus chimérique encore que les prophéties léninistes. En effet, dès 1918, les bolchéviques sont isolés : les autres peuples d'Europe rechignent à suivre la voie tracée par Lénine, la révolution mondiale risque de se faire attendre. Pour contrer le délire de Trotsky, Staline aura la partie facile : il lui suffira de taxer son concurrent d'irréalisme, et de lancer le mot d'ordre contraire à celui de la révolution permanente : "l'édification du socialisme dans un seul pays". Dans sa volonté d'aller trop vite et trop loin, Trotsky a quelque chose d'hitlérien. Staline l'a repéré et le condamne à passer pour un dangereux rêveur.

Trotsky meurt en 1940 au Mexique, un pic à glace enfoncé dans le crâne, et laisse derrière lui un sentiment d'inachevé, un air de romantisme. Trotsky a perdu contre Staline, donc il est cool. Staline a tué tout le monde, donc Trotsky avait raison. Le barbichu à la vue basse entre dans la légende collectiviste sous le label des losers magnifiques, des poètes rock de la révolution, sur la même étagère que le Che.

 

Le trotskiste, cet amphibie

Les trotskistes ont un joker dans la manche : jamais, dans aucun pays, à aucun moment de l'histoire, leur mouvement n'a accédé au pouvoir suprême. Contrairement au léninisme et au stalinisme, le trotskisme est resté théorique : il n'y a pas eu et il n'y aura sans doute jamais de pays trotskiste comme il y a eu des pays léninistes ou staliniens. Certes, Trotsky fut l'organisateur de l'Armée Rouge et un des acteurs les plus emblématiques - un des assassins les plus glaciaux - de l'utopie bolchévique, mais ni lui, ni ses innombrables admirateurs n'ont réussi à prendre les commandes centrales d'un État. Léon a une trajectoire fulgurante, mais marginale. Le trotskisme produit des livres, des partis, des groupuscules, des tracts, des grèves, de l'entrisme, de la logorrhée, des motions, des scissions, des congrès, des Internationales, des manifestations, mais toute cette magnifique agitation est lovée sur elle-même, autosuffisante, autarcique : elle n'a de contacts avec la réalité que de manière sporadique. De nos jours, le trotskisme n'essaye plus de prendre le pouvoir collectivement. Il le prend individuellement : nombre de trotskistes s'entendent à grimper haut sur l'échelle institutionnelle, à devenir fort célèbres, voire fort riches, et ce sans jamais en éprouver la moindre mauvaise conscience.

 

L'idéologue businessman

Pour justifier sa médiatisation et l'épaisseur de son compte en banque, le trotskiste showbiz bénéficie de deux deux alibis : l'entrisme et l'irréversibilité.

L'entrisme consiste à infiltrer une structure de pouvoir dans le but de la déstabiliser de l'intérieur et de la rendre compatible avec la révolution future. Cette stratégie relevant de la conspiration, de l'hypocrisie et du parasitisme, permet au trotskiste d'envisager tous les milieux professionnels, tous les CV, toutes les carrières comme des champs de bataille, et de présenter l'égoïsme de son ascension personnelle comme un sacrifice à la Cause. "Oui, je suis trotskiste et chef d'entreprise, oui je suis collectionneur d'objets bolchéviques et richissime. Oui, c'est paradoxal. Mais c'est que le monde capitaliste doit être pénétré en profondeur par les révolutionnaires, seul moyen de lui faire perdre le contrôle de lui-même ! On ne peut changer la pyramide du pouvoir sans gangréner son sommet !" Ainsi le trotskiste plaide-t-il devant son miroir que ses nuits chez Castel sont des préfigurations du Grand Soir. Il est la taupe du Komintern chez les happy few.

L'irréversibilité, quant à elle, complète l'entrisme : elle permet au trotskiste de maintenir en toutes circonstances son lien à Trotsky, via la pratique.

Un ami de Mélenchon dit, et il n'est pas le seul : "Quand on a été trotskard, on le reste toute sa vie". L'énoncé est vrai, comme des énarques, car le trotskisme est une école au sens propre du terme. Dans les groupuscules de fanatiques dévoués au message de Léon l'Implacable, la formation est essentielle. On doit, pour devenir un vrai trotskiste, lire beaucoup d'idéologie et d'histoire, connaître son Marx et son Lénine sur le bout des doigts, savoir organiser une réunion publique, écrire un tract, recruter, espionner les partis ennemis, faire courir des rumeurs, menacer, désinformer, faire basculer une majorité lors d'un vote étudiant, déclencher une grève, négocier, prendre la parole à une tribune, créer SOS racisme à la demande de Mitterrand dans le but de favoriser le FN, voire même lancer des cocktails Molotov ou séquestrer un patron. Toutes choses que Tocqueville ne savait pas faire. Le trotskiste est un spécialiste de l'organisation révolutionnaire et du passage à l'acte. Il est dévoué, méthodique, consciencieux. Et s'il sait se montrer explosif devant les caméras de télévision, il sait également être discret, furtif, transparent, en attendant la prochaine occasion d'exploser.

Tant de trotskistes parviennent à des postes de responsabilité dans des entreprises publiques et privées ! Leur méthodologie, patiemment apprise dans l'ombre des stages de formation révolutionnaires, fonctionne à merveille dans le cadre d'une carrière individuelle très intéressée. Les cours du soir du parti rendent apte à organiser, structurer, commander, diriger : le monde du management accueille ces talents avec enthousiasme. Souple comme le roseau, le trotskiste ne cesse nullement d'être trotskiste lorsqu'il s'assied dans le fauteuil du grand patron : dans son role playing game idéologique, l'ardeur égoïste est un camouflage. Une ruse de la Tchéka. Incluez là-dedans toutes les nuances de la mauvaise foi.

Abandonnant parfois officiellement son idéal extrémiste pour des motifs tactiques (il faut bien cela, si l'on veut devenir Pierre Moscovici à Bercy), le trotskiste ne prendra cependant pas la peine de faire son mea culpa.

Pourquoi diable prendrait-il cette peine, alors que les techniques trotskistes, la praxis groupusculaire qui constitue son armature mentale, sont les clés de sa prospérité ? S'il veut se dédouaner, pour la forme, il se contentera de lâcher qu'il a été d'extrême-gauche, oui, mais que c'était une "erreur de jeunesse" et qu'il "ne regrette rien". Il omettra de préciser que sa jeunesse ne connaît pas de fin ; le gauchisme permet de rester ado ad libitum. Ainsi notre camarade se considèrera-t-il éternellement comme un héros, et non comme un vendu, quand bien même il balancerait par-dessus bord le dogme, l'envie de bouleverser la société et les Œuvres Complètes de l'homme aux petites lunettes rondes. Lui jeter à la figure qu'il est "hypocrite" ou "pas cohérent" n'aura guère d'effet : il se trouve cohérent d'un point de vue idéologique, et ne l'est pas moins que le professeur libéral en université d'État.


Le casse-tête

Dans ces conditions, pour un libertarien, convaincre un trotskiste qui a réussi - c'est-à-dire : le déprogrammer - relève de la quasi-impossibilité. Comment voulez-vous faire sincèrement et exhaustivement condamner le trotskisme par Edwy Plenel, alors que la filière de formation trotskiste l'a mené à l'argent, à la notoriété, au respect quasi-unanime et aux dîners en ville avec les grands de ce monde ? Une chose est certaine, au moins : Plenel juge Hollande "trop à droite" et veut bien le faire trébucher. Preuve que le confort et les sunlights n'ont pas tué en lui l'envie de mordre les modérés et de faire basculer les situations. Trotsky approuve, même si Plenel dit avoir abandonné les idées de Léon.

Évidemment, si vous tombez sur un pauvre gars hypnotisé, un trotskiste de la base, du genre qui rate la première marche et reste à jamais confiné à l'antenne Lutte Ouvrière d'Aulnay-sous-Bois, des coups gagnants peuvent être tentés pour le ramener à la réalité et sauver sa liberté. Mais la première saison de notre école d'arts martiaux Cyber-Libertariens concerne les types d'adversaires ; les types d'argumentations viendront en deuxième saison. Contentons-nous pour l'instant de la leçon que nous donne le trotskiste.

D'abord, l'ennemi a de bonnes écoles de combat idéologique. On ne peut pas en dire autant des libéraux. D'où notre série d'articles, en espérant que vos commentaires, vos expériences et vos analyses viendront nourrir l'arsenal proposé. Ensuite, et c'est le plus important, nous devons apprendre à respecter l'adversaire pour ce qu'il est : un bon, voire un très bon politicien, bénéficiant du "pilote automatique" du diamat, quand nous sommes contraints à la vérité et à ses doutes.

L'erreur originelle du libéralisme, sur le champ de bataille idéologique, est de croire que la vérité l'emporte nécessairement. C'est sous-estimer de manière dramatique les chausse-trappes à tiroirs et les oubliettes en réseau du mensonge assumé, de l'esprit de complot, de l'hypocrisie tactique, de la souplesse stratégique, de l'efficacité argumentaire et de la foi vraiment religieuse, ardente, tous éléments livrés, prêts à l'emploi, dans le pack léniniste.

Partir du principe que ces gens sont des crétins est une faute grave. Partir de celui qu'ils nous sont intellectuellement inférieurs est une témérité coupable.

 

Le professeur

Avant-hier soir, 23 heures 15, dans l'émission marathon que Pujadas lui consacre, Jean-Luc Mélenchon explique que Robespierre a donné l'égalité aux Juifs. Ten points. Depuis plus de deux heures, le maître du Parti de Gauche se montre plus intense que ses contradicteurs. Il les boxe tous un par un, il encaisse et il frappe, fort. La cérémonie pourrait durer toute la nuit, il ne baisserait jamais la garde. Il ment avec énergie, exhibe son aisance, zigzague tel le cobra, frappe par derrière, amadoue, humilie, salit, élève, inspire, et balance quelques vérités bien senties comme des grenades à fragmentation. Autour de lui, progressivement, ils se rendent, ils s'éteignent. Ils ont mal partout. Ils ne le critiquent plus que sur la forme. Ils lui tendent même des perches. Mélenchon en profite pour se payer la Corée du Nord, avec une émotion parfaite - celle dont Copé serait incapable. Ce soir, comme cinq nuits plus tôt chez Ruquier, il a écrasé le souvenir de Georges Marchais. ll est enfin le personnage télévisuel le plus doué de l'histoire du communisme français.

Il est temps pour toi, ami lecteur, d'entrer dans le dur. Si tu perds des batailles, c'est d'abord parce que tu méprises ton adversaire.

Et si tu le méprises, c'est parce que tu ne te concentres pas suffisamment sur lui. Des qualités, il en a, mais tu ne les regardes pas. Tu les snobes. Or, elles t'ont pour proie. Aussi te proposons-nous de mettre de côté trois heures, ce week-end ou dans les jours qui viennent, pour regarder ce show : tout bonnement le meilleur spectacle communiste jamais offert en France à la télévision. Tu ne pourras pas, à la fin, ne pas dire : "L'école trotskiste, c'est pas rien, quand même..." Au long de son excellente biographie parue chez Robert Laffont, on nous rappelle de nombreuses fois que Jean-Luc le Cogneur tient sa maestria de ses classes chez les lambertistes, les plus comploteurs des trotskistes français, où il a débuté et tout appris - Lionel Jospin vient de la même écurie, mais lui est bien inférieur stylistiquement et culturellement. Mélenchon est un rouge parfait.

Un esprit libéral digne de ce nom se doit de reconnaître au socialisme en général et au communisme en particulier une expertise dont le libéralisme est dénué. L'expertise du néant ? Oui. Mais c'est en la prenant en considération que nous pourrons la viser et la détruire. Bon appétit. Dimanche prochain, le stalinien. Si tu as peur des cégétistes, viens en armure.

   

L’ultragauche, en France, resurgit sous de multiples formes : depuis les trotskistes jusqu’aux antimondialistes, ses différentes composantes s’en prennent tous au même ennemi : le capitalisme. Ce courant politique date de la Révolution : son histoire permet de voir ce qui unit au fil du temps tous les gauchistes.

Par Thucydide

 

L’expression « extrême gauche » évoque simplement au départ un positionnement politique à partir de la IIIe République : elle désigne d’abord les radicaux puis les socialistes et enfin les communistes. « Extrême gauche » sera donc à prendre dans le sens de « gauchisme », terme qui est plus convenable. Le gauchisme fut défini par Lénine comme « la maladie infantile du communisme ». Il correspondait en fait aux partisans des solutions extrêmes de gauche. Le terme a été repris dans les années 1965-1968 pour désigner les idéologies à la gauche du Parti communiste. Au sens où nous l’employons, « extrême gauche » est synonyme de « gauchisme ». L’extrême gauche n’est pas homogène, il existe de nombreux courants et une multitude d’organisations en son sein. Néanmoins, les facteurs d’unité existent bel et bien. Ils peuvent être considérés au nombre de deux : l’antidémocratisme et la société utopique. Le premier consiste à rejeter les principes démocratiques de la société « bourgeoise » : le slogan en vogue en mai 1968 l’illustre bien : « Élections, piège à cons ». Quant à la société utopique, il s’agit pour les gauchistes d’instaurer une société sans classes, égalitaire, débarrassée du fléau capitaliste.  

 

Rejet de la démocratie et société égalitaire  

L’extrême gauche, comme toutes les familles politiques en France, naît durant la Révolution. Ses membres ne veulent pas se contenter de l’égalité des droits proclamée dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789. Ils souhaitent l’égalité dans les faits, c’est-à-dire une société où il n’existe ni pauvres, ni riches. Cette extrême gauche s’incarne d’abord chez les « Enragés » de Jacques Roux, qui exigent la taxation des denrées et aussi une taxe sur les riches. Leurs revendications sont ensuite reprises, après leur élimination, par les hébertistes, du nom de leur chef Hébert. 

Mais la meilleure expression d’égalitarisme se trouve chez Babeuf. Ce dernier est le premier à associer les idées communistes avec un projet révolutionnaire. Il organise une conspiration visant à instaurer une République égalitaire mais il échoue. Il est exécuté en 1797.

Après Babeuf, la nouvelle figure de l’extrême gauche est Louis Auguste Blanqui (1805-1881). Il a passé plus de trente-trois ans en prison, c’est-à-dire plus de la moitié de sa vie : c’est pour cette raison qu’il fut surnommé « l’Enfermé ». À partir des années 1830, il fréquente Buonarroti qui n’est autre que l’ancien lieutenant de Babeuf. Il mène des activités révolutionnaires dans des sociétés secrètes.

Blanqui dirige le 12 mai 1839 une insurrection au cours de laquelle il tente d’occuper l’Hôtel de Ville de Paris et de soulever les ouvriers. Arrêté, il est condamné à mort mais sa peine est commuée en prison à vie. Il est cependant libéré en 1848. Il prend alors part à de nouvelles émeutes en mars de la même année. Il participe encore à des manifestations révolutionnaires le 31 octobre 1870 et le 22 janvier 1871.

On le voit, dès ses débuts, l’extrême gauche est marquée par l’antidémocratisme, l’antiparlementarisme.

Au début des années 1880 se forme une nouvelle extrême gauche. En effet, c’est à cette époque que se constitue le mouvement anarchiste dont le maître mot pourrait être : « la propagande par le fait ». Autrement dit, les anarchistes utilisent le terrorisme pour parvenir à leurs fins, l’établissement d’une société sans classes. C’est à partir de 1892 que la France est frappée par une vague d’attentats anarchistes. En 1894, on assiste à une véritable « épidémie » d’attentats qui oblige à voter des lois répressives. Les socialistes n’hésitent pas à qualifier ces dernières de « scélérates ». L’idée majeure de ces gauchistes réside, par exemple, dans le cri de Vaillant, auteur d’un attentat le 9 décembre 1893 : « Mort à la société bourgeoise et vive l’anarchie ! ».

 

La révolution : oui… mais comment ?

Au début du XXe siècle, l’idée révolutionnaire s’implante dans l’extrême gauche grâce à Lénine et à la révolution d’octobre 1917 en Russie. Elle va se développer avec le trotskisme qui défend les concepts de parti révolutionnaire et de révolution mondiale. Trotski a effectué quatre séjours en France, ce qui peut expliquer le succès du trotskisme. Le trotskisme connaît un premier temps fort en 1934-1935 lorsque ses adeptes pratiquent l’entrisme (1) au sein de la SFIO. Ensuite, au lendemain de la guerre, en 1945-1947, ils exercent une influence certaine lors des grèves ou dans certaines entreprises. Puis dans les années 1960-1970, ils parviennent à donner une couleur marxiste aux revendications des étudiants.

Dans les années 1950, un courant d’extrême gauche développe l’idée que la révolution doit se faire non par un parti – comme pour le trotskisme – mais par les masses. Ainsi, Cornelius Castoriadis et Claude Lefort défendent, dans leur revue intitulée Socialisme ou barbarie, l’idée du conseillisme, un communisme des conseils, différent de la dictature d’un parti. Après mai 1968, les idées d’« autogestion » sont en vogue.

Les années 1960 voient la naissance d’un autre courant gauchiste encore, le maoïsme. Ce dernier consiste en la doctrine de Mao Zedong. En 1967 un parti maoïste est fondé, le PCMLF, le parti communiste marxiste-léniniste de France. L’idée est de faire la révolution par le truchement d’un parti. Mais son influence est très limitée. Les maoïstes les plus nombreux choisissent l’idée de la révolution par les masses. Leur objectif réside alors dans l’établissement d’un lien avec la base ouvrière. On dénonce les cadences inhumaines, les accidents du travail… L’antidémocratisme se retrouve dans ce courant puisque ces maoïstes se lancent dans des actions illégales : distribution de produits de luxe volés, opérations commandos, séquestrations…

Enfin, dans les années 1970, le groupuscule Action directe prend la voie du terrorisme : cette méthode violente d’instaurer la société égalitaire réapparaît donc, avec pour corollaire la volonté de mettre à nu le caractère fasciste de la démocratie libérale.

Ainsi, dans les années 1960 et 1970, l’extrême gauche s’est caractérisée par une grande diversité dans les moyens à mettre en œuvre la société parfaite.

 

Les antimondialistes : « Prophètes d’un âge d’or jamais au rendez-vous » (M. Winock)

Depuis les années 1990, l’extrême gauche connaît un regain de dynamisme. Le trotskisme retrouve une certaine audience car il réussit à capter les revendications d’un mécontentement social qui ne se satisfait pas des organisations traditionnelles. Le capitalisme est donc toujours l’éternel ennemi mais sous un nouveau nom : on dénonce « l’ultralibéralisme », « l’impérialisme », le « néolibéralisme », toutes ces expressions renvoyant à la mondialisation.

À ce titre, les antimondialistes, notamment à travers le groupuscule ATTAC, s’apparentent à l’extrême gauche en raison de leurs méthodes antidémocratiques. Ils rejoignent les associations telles que Droit au logement (DAL), Action contre le chômage (AC) ou certains syndicats comme SUD qui entretiennent la contre-culture révolutionnaire.

Mais le problème est justement là : les gauchistes d’aujourd’hui se contentent d’un discours « anti- », sans projet positif, sans alternative. Pour quelles raisons ?

D’abord, la société française d’aujourd’hui est post-industrielle, marquée par la désindustrialisation. Or, le marxisme avait élaboré son projet révolutionnaire en lien avec la montée en force du prolétariat (la fameuse idée selon laquelle les riches deviendraient de plus en plus riches et de moins en moins nombreux et les pauvres de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux). Par conséquent, le projet révolutionnaire peut difficilement exister.

Ensuite la faillite complète et désastreuse du socialisme a privé l’extrême gauche d’une alternative crédible.

Ainsi les gauchistes constituent des groupes très divers. Mais l’unité de l’extrême gauche, qui se retrouve à toutes les périodes, est opérée par l’antidémocratisme et la volonté d’instaurer la société sans classes. On pourrait ajouter à ces éléments le manichéisme : opposition riches/pauvres, capitalisme/travail voire pays du Nord/pays du Sud pour les antimondialistes.

Pour conclure ce panorama historique de l’extrême gauche en France, citons Michel Winock qui définit les gauchistes comme d’« inlassables prophètes d’un âge d’or futur jamais au rendez-vous » (2).

 

Notes

(1) L’entrisme consiste à infiltrer des associations (partis, syndicats…) pour y implanter les idées trotskistes.

 (2) WINOCK, Michel, « La passion de l’égalité », in L’Histoire, n° 263, mars 2002.

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Le WEB Résistant - Par Cyber-résistant
Dimanche 1 décembre 2013 7 01 /12 /Déc /2013 00:26

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La guerre est déclarée 

La crise en cours n'est pas seulement l'ennemie de la prospérité : elle est également le prédateur du Cyber-Libertarianisme. Préparez-vous à souffrir comme rarement. Et à contre-attaquer comme jamais. Introduction à une série d'articles combatifs.  

Par Cyber-Résistant.


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  Full Metal Jacket 

 

Une phrase d'avenir.

"Tout le monde hait la finance, et c'est un euphémisme." Ainsi commence un article en ligne du Nouvel Observateur sur les algorithmes boursiers, daté du mois dernier. Si vous le voulez bien, arrêtons-nous quelques instants sur cette phrase, afin de lui faire subir une fouille au corps. Enfilez vos gants.

Que signifie-t-elle ? Elle prétend que la formule "tout le monde hait la finance" n'est pas assez forte pour exprimer combien tout le monde hait la finance. Or, "tout le monde" et "hait" sont des absolus. Il n'existe pas de manière plus dense, massive et inaugmentable d'affirmer que tout le monde hait la finance : il n'y a pas là le moindre euphémisme. Nous sommes en présence d'une phrase piégée, qui ment sur elle-même, comme l'idéologie aime tant en produire : de l'authentique langue de bois orwellienne.

"C'est un euphémisme" a pour mission de barrer la route à la négociation. "Tout le monde" et "hait" ne sauraient être considérés comme des exagérations par le lecteur : ils lui sont présentés comme des atténuations. L'unanimité et la complétude de la haine sont acquises, impossibles à infirmer. Les gens qui aiment la finance ne passeront pas, car ils n'existent pas. Ils ne font pas partie de "tout le monde", ils n'appartiennent pas à la famille humaine. On a entendu parler d'eux, certes, mais on n'en a toujours pas vu. Quiconque aime la finance est un Yéti.

L'affaire ne s'arrête pas là. Abordons les zones profondes. En langue de bois, "la finance" signifie à la fois le profit, le marché, la mondialisation, les patrons, le capitalisme, l'argent, l'individualisme. L'idéologie est un kaléidoscope : "finance" est un de ses cristaux de verre colorés, un des noms du Système tout-puissant, cynique et comploteur, dont les boursiers sont les marionnettistes, les politiciens les valets, et les peuples les esclaves. Le Nouvel Ordre Mondial, temple anonyme et souterrain dont l'argent, le pouvoir et la théorie libérale sont les trois piliers.

Enfin, décodé selon la grille de lecture du matérialisme dialectique, "tout le monde hait la finance, et c'est un euphémisme" indique une explosion prochaine. Les tensions entre "tout le monde" et "la finance" sont arrivées à leur point d'ébullition, le crescendo est asymptotique, l'orgasme révolutionnaire approche. Il sera bientôt permis de mordre. C'est là le plus important. Cette phrase doit être lue telle un bulletin météorologique. Elle décrit une ambiance et prévoit son évolution. L'avant-dernière phrase du même article est : "L'humanité court à la catastrophe". Nous avons le choix entre la révolution anti-boursière et l'apocalypse boursière. Dans le premier cas, il faudra bien que le sang coule à flots, puisque c'est la seule manière de stopper l'hémorragie d'argent.

 

Wishful thinking is for sissies

Non, la crise en cours ne va pas nous donner accès à l'anarchie rêvée par certains Cyber-Libertariens, car les peuples se croient déjà en situation d'anarchie et craignent par-dessus tout son aggravation. Non, l'effondrement de l'État sur lui-même ne va pas mener à une débureaucratisation, car les aides innombrables apportées aux démunis, aux entreprises en faillite, aux banques au bord du gouffre, à la presse anorexique et aux artistes squelettiques vont achever de les fonctionnariser, de les paralyser et, partant, de les neutraliser. Les réactions viendront des extrémistes. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon s'apprêtent à ramasser la mise. Ni la Grèce, ni l'Espagne, ni Chypre, ne sont sur le chemin de l'avenir radieux libertarien ; la France ne fera pas mieux. Faute d'exercer son pouvoir sur une réalité toujours plus déliquescente, la politique va se rabattre sur ce qu'elle fait le mieux : produire du mensonge et y inclure le monde, accueillir la souffrance dans les bras aimants du Faux, rassurer la foule en lui tendant un miroir déformant, où elle se découvre délicieusement justicière et vengeresse. 

Faute de reprise de l'économie, et faute de disparition du Léviathan administratif, nous allons assister à une idéologisation massive : elle aura pour fonction de compenser la perte d'influence et de légitimité de l'État par un regain de son dogmatisme, de ses symboles, de ses slogans, de son élan, de son hivernale colère. Et le meilleur moyen de faire avancer le cyclope Langue de Bois consistera, comme toujours, à lui trouver un ennemi, une cible vivante, une proie : vous. 

Allez-vous encaisser, esquiver ou contre-attaquer ? 

 

N'oubliez pas de remercier Cahuzac !

- C'est quoi, au fond, cette crise ?
- Il n'y a plus d'argent.
- Mais il est passé où, l'argent ?
- ...

Ce bref dialogue résume l'inquiétude de nos contemporains. Cette inquiétude est hautement logique et légitime : où l'argent de la prospérité est-il parti se cacher, et qui l'y a caché ? Ici, nous abordons un des phénomènes économiques les moins bien compris par l'opinion publique : la destruction de l'argent par les fonctionnaires, son anéantissement invisible et sans marche arrière possible, sa disparition magique.

Dans l'esprit de la foule, l'argent est indestructible. C'est que l'imagination étatiste accorde bien plus de pouvoir à la monnaie que le libéral ne lui en reconnaît objectivement. Pour le libéralisme, l'argent est une invention, un outil, un moyen. Pour l'étatisme, l'argent est un principe métaphysique guidant le monde, une religion à mystères dont l'or est le sanctuaire et le Dollar l'eucharistie. Sa toute-puissance crée les riches - lesquels créent les pauvres, l'exploitation, la corruption, la pollution. Elle peut également, en de bonnes mains, créer des écoles, des hôpitaux et des festivals, à condition que ce soit sous le Haut Commandement bureaucratique et au détriment des riches.

Songeons un instant à l'affaire Cahuzac. Que s'est-il dit principalement ? Que les hommes politiques cachent leur argent. D'où l'Opération Transparence et les glapissements de la population française toute entière, si prompte à oublier qu'elle bénéficie chaque jour des privilèges qu'elle dénonce. Sur cent de nos compatriotes estimant que la Sécurité Sociale est une machine à gaspiller, combien évitent de se faire rembourser leurs médicaments de confort ? "J'y ai droit ! Avec tout ce que je leur donne en payant mes impôts, je peux bien récupérer une partie de ma mise !" : même chez les libéraux, on entend parfois cette thèse. Or, elle est économiquement absurde. L'argent de vos impôts a disparu pour l'éternité. Il a été jeté par la fenêtre dans un trou sans fond d'où rien ne remonte jamais. En profitant à la petite semaine de telle ou telle réduction, vous ne récupérez rien : vous volez quelqu'un d'autre, qui ne récupérera jamais ce que vous lui avez pris. Nul n'est à l'abri du réflexe mental qui veut croire l'argent permanent.

Les puissants planquent leurs richesses : telle est la conclusion qu'ont tiré, ensemble, de cette affaire et la droite et la gauche. Or, bonnes gens, sachez que l'argent détourné est de l'argent sauvé : il existe encore, celui-là ! Il n'a pas été vaporisé par les formulaires, les tours de tables des partenaires sociaux qui posent les vraies questions et les Grenelle du Cirque ! On sait où il est - même si l'on ignore dans quelle île, sur quel compte - et il y est en sécurité. On devrait remercier les politiciens de mettre à l'ombre des regards fiscaux les sommes subtilisées, car cela revient à sauver des valeurs qu'ils sont rémunérés pour détruire, et que l'État aurait abolies sans eux. Le peu de rationalité financière qui reste à ces tricheurs fait œuvre de résistance. Allant à l'encontre de leur éthique et de leur mission, les hauts fonctionnaires qui piratent les comptes de la nation empêchent la transfusion financière du néant par le contribuable.

Alors, dans ces conditions, il est loisible d'affirmer que l'affaire Cahuzac a servi l'État et le socialisme bien plus qu'elle ne les a blessés. Car tous, communistes, socialistes, centristes, démocrates, républicains, nationalistes, nous avons plongé la tête la première dans le piège tendu par l'idéologie : nous avons attaqué la fraude au lieu de condamner la destruction. Nous avons crié avec la meute "Arrêtez de dissimuler l'argent !" au lieu de hurler "Cessez de l'anéantir !" Parce que la social-démocratie lie indissolublement les banques et l'État, nous avons participé à inculper la finance en inculpant l'État, au lieu de défendre l'argent et de condamner ceux dont l'industrie est de le changer en absence d'argent - qu'ils travaillent dans le secteur public ou dans sa bienveillante complicité.

 

Le bureau du temps, c'est le bureau de l'argent

L'ennui, ce n'est pas Cahuzac, mais Mao Peninou ("Mao" est son vrai prénom, donné par ses vrais parents vraiment de gauche - tout le monde n'a pas la malchance de s'appeler Virginie Merle), fonctionnaire à la très-sainte Mairie de Paris. Dans la forteresse festive de Delanoë, Mao occupe un poste au titre orwellien : "En charge du Bureau des Temps". Authentique : il y a bel et bien un Bureau du Temps à l'Hôtel de Ville, auquel on doit l'invention de Pierrots de la Nuit, ces mimes censeurs patrouillant dans les zones vivantes de la nuit parisienne afin de faire taire les hordes de nightclubbers ivres morts - eux-mêmes jetés sur le trottoir par la législation anti-tabac. On aimerait qu'il y ait aussi un Bureau des Êtres et un Bureau de l'Antimatière, mais n'en demandons pas trop : le camarade Mao est d'avant-garde, il sera à coup sûr imité.

Donc, Mao finance les Pierrots de la Nuit. Budget de l'opération en 2012 : 125.000 Euros. Pas loin d'un million de Francs pour faire de lumpenprolétaires du spectacle des agents de sécurité sonore, des artistes-miliciens du silence. Ces 125.000 Euros, jamais la France ne les reverra. Ils n'existent plus. Ils sont morts pour rien. Il aurait mille fois mieux valu les placer sur le compte secret de Jérôme Cahuzac, quitte à lui laisser les intérêts en pourboire. Au lieu de quoi ils ont été dilapidés en déguisements lénifiants, en conférences de presse pour annoncer combien Mao est Akbar, et en indemnités permettant aux intermittents du "Chhhhuuuuut !" de prolonger leurs périodes d'inactivité. Quant à l'idée de relancer l'économie en distribuant des Euros à des mimes, qu'on nous laisse considérer que c'est une mauvaise blague. Qui se souvient du Plan de Relance, ce Léviathan du précédent quinquennat ? "Mille projets !", s'extasiait-on. On y promouvait entre autres - je ne plaisante pas - la réfection des clochers de France pour faire travailler les petits métiers, l'artisanat, le compagnonnage. De ce Plan de Relance, que reste-t-il ? Même pas un ricanement. Les clochers ne brillent pas plus qu'avant dans le soleil couchant. Le Plan Fillon a été avalé par l'amnésie citoyenne, où chaque grand projet annule et remplace le précédent, comme si approfondir un trou le rebouchait. Face à tant de coûteuse rigolade, que pouvons-nous ? Que faisons-nous ? Notre sentiment d'impuissance va s'aggraver dans la période qui s'ouvre.

Non, nous n'avons pas les bons réflexes. Oui, nous nous laissons aisément attraper par le miel événementiel dont Hollande nourrit l'électorat affamé. Oui, la droite républicaine est enlisée jusqu'au cou dans des débats inventés par le PS, guidés et gérés par le PS, réactivés semaine après semaine par le PS - et légèrement bousculés par les CRS, afin de générer le sentiment qu'il se joue quelque chose d'important et qu'on doit impérativement participer au débat, sans quoi l'on n'est plus citoyen. En fait, il n'y a pas de débat : il n'y a que la ruse idéologique, contre laquelle l'intelligence libérale bute comme une mouche sur une porte vitrée.

 

Choc de simplification idéologique

La nuit, en ville, dans la rue derrière vous, un freinage soudain, un choc sourd, un cri. Vous vous retournez. Un type vient de se faire renverser par une voiture. Il est à terre, dans une position bizarre. Vous vous ruez pour l'aider. Il a les yeux ouverts. Vous vous accroupissez à côté de lui, vous découvrez le tibia, l'os brisé, à nu, qui a déchiré le pantalon. Ça saigne. Il râle. Il est vivant. Vous plongez vos yeux dans son regard. Il a l'air ailleurs. Vous lui parlez doucement. Vous lui demandez à voix basse, comme si vous réveilliez un petit enfant : "Monsieur ? Monsieur ? Ça va ?" Erreur. Il ne répond pas : face à un grand blessé, il faut augmenter le volume.

Notre homme est en panique systémique. L'essentiel de ses capacités sensorielles et intellectuelles a rétréci. En d'autres termes, il entend moins bien, voit moins bien, sent moins bien, comprend moins bien, se souvient moins bien, imagine moins bien, etc. Il est toujours là, mais son esprit et ses sens sont recroquevillés sur eux-mêmes comme un hérisson en boule. Vous devez donc lui parler fort. Lui faire de grands gestes. Lui toucher la main. Le ramener à la surface. L'empêcher de glisser vers le bas, où l'attendent mille complications. Cela passe par un peu d'expansivité de votre part. Secouriste ou moine, il faut choisir.

Ce quidam au tibia en vrac, c'est l'économie française dans quelques semaines ou mois, si rien n'est fait pour endiguer le raz-de-marée d'absurdités dévalant sur nous depuis l'élection de François Hollande. Votre boulanger l'a compris, votre buraliste le sait, même votre prof de yoga s'en doute : lancée à pleine vitesse sous l'orage, la France est le sur le point de toucher le rail de sécurité - il faudra être un sacré cascadeur, pour survivre à la série de tonneaux qui s'ensuivra. Sa dette est si formidable qu'elle semble avoir avalé le pays entier. Son stupéfiant niveau d'imposition intime un vrai respect à l'égard de notre brave peuple, suffisamment entreprenant et dur à l'ouvrage pour se traîner jusqu'ici. Quand ce bon peuple s'affaissera sous le poids conjugué de l'État et des banques, il ne sera pas beau à voir. Il est déjà harassé, déshydraté, plein de crampes et de tremblements, il supplie entre deux suffocations, alors qu'il n'a pas encore vraiment trébuché. Qui osera lui reprocher de haïr la finance, comme tout le monde ?

Nous pouvons deviner comment ce grand blessé nous parlera, une fois sorti de sa commotion : il nous dénoncera. Si le libéralisme est l'âme du Capital, et si tous les maux du monde contemporain viennent de sa nature capitaliste, alors Hayek et Von Mises sont des diables bien plus affreux que Monsanto ou Total. Vous êtes leurs succubes. La question est : qu'allons-nous répondre à des gens ayant perdu la moitié de leurs neurones avec les deux tiers de leurs économies ? Comment nos idées vont-elles passer une épreuve comparable à celles de 1917, 1929 et 1933, quand la planète s'est fait des intraveineuses de mensonges et d'erreurs pour surmonter son désespoir ? Où allons-nous trouver le courage de brandir encore nos idéaux ? Selon quelle méthode ? Avec quels objectifs ? Et à quel prix ? Que sommes-nous prêts à perdre au nom de la liberté ? Sommes-nous disposés à vraiment souffrir ? Qui, parmi nous, préfère mourir que d'être réduit en esclavage ? Ce sont des interrogations qu'il est raisonnable d'examiner avant la grande glissade. La sempiternelle question philosophique sur la Résistance et la Collaboration, "Qu'aurais-je fait pendant la guerre ?" n'a plus guère d'intérêt. Il est urgent de lui préférer "Comment vais-je agir pendant la crise ?"

 

La bataille pour tous

Dans un article précédent, nous indiquions que la Manif pour Tous, du moins à travers sa communication - or, elle n'est rien d'autre qu'une campagne -, imitait trait pour trait les codes visuels, les symboles et les slogans de la gauche la plus affirmée. Le phénomène s'est aggravé ces dernières heures. Voilà que les anti-mariage gay portent des bonnets phrygiens roses, et exhibent un bel autocar ultra-moderne rouge sang, sur lequel ils ont écrit "François, touche pas au mariage, occupe-toi du chômage !", et où figurent des poings levés stylisés, plagiant sans honte ceux des affiches soixante-huitardes. Quoi de plus bête, lorsqu'on est de droite, que de demander à Hollande de s'occuper du chômage ? Ce slogan en dit long sur le caractère stratégiquement irréfléchi, publicitairement improvisé, intellectuellement borgne, de ce flashmob du mariage-bashing. Pauvre droite BCBG, obligée de singer la gauche bobo pour se sentir exister ! Pauvre antisocialisme incapable de s'aimer, alors qu'il est tellement beau et son ennemi est tellement laid. La droite décomplexée dont rêve Jean-François Copé est une droite transpolitique comme il y a des transsexuels. Elle ne laissera pas plus d'espace d'expression au libéralisme raisonnable que ne lui en concède François Hollande.

Cyber-Libertariens, à mesure que le pays s'enfoncera, nous allons avoir contre nous la terre entière, nos alliés y compris. Si nous ne nous plaçons pas très vite en formation de combat, nous allons nous faire laminer. Si nous ne sommes pas pessimistes aujourd'hui, nous serons désespérés demain. Et les plus individualistes d'entre nous vont se trouver si isolés qu'ils vont regretter de n'avoir pas cru à l'idée de communauté. Nos idées ne tiendront pas le coup sans nous. Et nous ne tiendrons pas le coup les uns sans les autres. Nous n'avons pas d'autre choix que de faire ce à quoi nous répugnons le plus : sortir la grosse artillerie. Parler à la France accidentée comme on parle aux blessés en état de choc. Cesser de couper les cheveux minarchistes en quatre avec des ciseaux libéraux, et inversement. L'ère des '"Je suis plus hayekien que Rand et plus randien qu'Hayek" s'achève. Aux chômeurs, il ne servira à rien de parler des contradictions entre Tocqueville et Bastiat. Aux ruinés, évoquer la propriété privée du corps ne sera d'aucune utilité. Aux néo-communistes et aux néo-fascistes, montrer la Main Invisible ne mènera nulle part. Nos armes préférées vont s'enrayer dans l'urgence et la violence d'une situation économique et politique inédite. Nos raisonnements vont se briser dans nos mains comme du cristal. Nos habitudes argumentaires vont passer au mieux pour des dandysmes, au pire pour des provocations. Soit le libéralisme français s'adapte au champ de bataille qu'il doit maintenant traverser, soit il finira crucifié sur les barbelés du no man's land. Et ici, aucun professeur d'Université, aucun think tank en costumes-cravates, aucun fanzine financé par des retraités désœuvrés ne nous seront de la plus petite aide. Nous sommes au milieu de nulle part et personne ne va nous tendre la main.

Nous nous proposons donc de livrer, à compter de dimanche et chaque semaine dans les pages de Cyber-Résistance, un mode d'emploi du combat libertarien. Il s'appuiera sur des notions stratégiques, sur des atouts du libertarianisme que nous oublions de faire valoir, sur une longue observation de nos adversaires, et sur une actualité qui s'annonce riche. La soviétologie, la connaissance des mécanismes de la communication, l'envie d'en découdre et le goût pour la victoire seront nos fils d'Ariane. Nous n'avons peut-être rien à gagner à livrer bataille, fors l'honneur. Nous avons tout à perdre si nous refusons de prendre au sérieux cet avertissement : "Tout le monde hait la finance". Et c'est un euphémisme. Nous prions pour que cette série d'articles provoque un débat, et que celui-ci apporte de nouvelles techniques, de nouvelles armes et de nouvelles munitions. Nous n'avons pas l'arrogance de croire que nous détenons l'arsenal entier. Mais nous avons l'humble ambition de vous inviter, tous ensemble, sur le champ de tir. Les exercices se déroulant à balles réelles, ce sera une bonne manière de mettre un terme momentané aux innombrables friendly fires entre libertariens. On reprendra les parties de paintball quand la crise sera terminée.

La fête est finie. Quand on aime la guerre, on profite de chaque instant. Et quand on ne l'aime pas, on la perd. Merci de bien vouloir oublier tes beignets fourrés, mon p'tit Baleine. On change de régime.

 


Marché cognitif

De Wikiberal

 

Le marché cognitif désigne l’espace dans lequel se diffusent hypothèses, croyances et explications implicites ou explicites du réel. Il ne recouvre pas seulement la connaissance et l'information dans leur sens courant, mais aussi les idéologies, les croyances sectaires, pseudo-scientifiques, magiques ou superstitieuses, les légendes urbaines, les théories du complot, etc.

Le terme a été créé par le sociologue Gérald Bronner (disciple de Raymond Boudon et de Max Weber) qui le définit ainsi :

Le marché cognitif appartient à une famille de phénomènes sociaux (à laquelle appartient aussi le marché économique) où les interactions individuelles convergent vers des formes émergentes et stables (sans être réifiées) de la vie sociale. Il s’agit d’un marché car s’y échangent ce que l’on pourrait appeler des produits cognitifs : hypothèses, croyances, connaissances, etc., qui peuvent être en état de concurrence, de monopole ou d’oligopole.[1]

Les concepts propres au marché s'appliquent en effet au marché cognitif :

  • loi de l'offre cognitive : plus l'offre d'un "produit" du marché cognitif (croyance, idée...) est importante, moins le coût de ce produit est élevé (plus les individus sont nombreux à adopter une proposition, moins cela coûte d'efforts pour endosser ce point de vue) ;
  • monopole cognitif : imposé par un pouvoir politique ou religieux, ou existant de facto quand un débat est clos sur un sujet donné et qu'un seul avis prévaut ;
  • oligopole cognitif : il existe un point de vue dominant, mais ce point de vue est concurrencé par d'autres, selon la loi de l'offre cognitive ;
  • concurrence cognitive : un "prix" s'établit en fonction de différents facteurs : le médiateur, le produit lui-même et le récepteur (acheteur potentiel de la croyance qui s'offre à lui).

Le marché cognitif résulte du développement fulgurant des technologies de l’information et principalement d'Internet, qui a réalisé d'une certaine façon la "libéralisation" de ce marché, de sorte que les "produits cognitifs" circulent à une vitesse jamais égalée. Bronner constate que le progrès des sciences et de la connaissance n'a pas fait disparaître l'empire des croyances, au contraire, si bien que selon lui « la concurrence (de l’information) sert le vrai, trop de concurrence le dessert. ».

Pour Bronner, trois qualités sociocognitives peuvent assurer le succès d’un "produit" (comme une rumeur) sur le marché cognitif[2] :

  • le critère d’évocation (la croyance doit être conforme à un espace logique propre au groupe social ; par exemple, certaines croyances ont été favorisées grâce à la diffusion d'ouvrages de science-fiction qui les proposaient dans un cadre fictif) ;
  • le critère de crédibilité (la conviction est liée à la nature des arguments, à l'absence d'argumentation contradictoire, à la sensibilité à l’administration de la preuve) ;
  • le critère de mémorisation (les récits contre-intuitifs sont mieux mémorisés).

Gérald Bronner s'intéresse aux "erreurs cognitives", qui, pour être fausses, sont cependant validées socialement, et permettent d'expliquer un certain nombre de phénomènes sociaux comme la manipulation ou les rumeurs. Il étudie ainsi le "biais de confirmation", c’est-à-dire la propension cognitive que nous avons à chercher les éléments qui confirment la règle plutôt que ceux qui l'infirment ; le biais de symétrie (ayant constaté que A entraîne B, on en déduit faussement que B entraîne A) ; le biais de disponibilité (on tire une conclusion en fonction d'exemples équivalents, aisément disponibles, qu'on a à l'esprit) ; le biais de représentativité (juger un cas particulier à partir d'un cas général) ; le "précautionnisme", c’est-à-dire la volonté d’appliquer inconditionnellement, et de façon idéologique, le principe de précaution[3] ; l’"effet Othello", manipulation des croyances à l’aide de scénarios ; la démagogie cognitive, qui "démocratise" les rumeurs ou les points de vue extrémistes ; la "croyance itérative", analogue au "concours de beauté" de Keynes (il n’y a pas besoin de croire en un point de vue, il suffit pour l'adopter de croire que les autres vont peut-être y croire, de même que dans le "concours de beauté" il ne s'agit pas de désigner la femme la plus belle, mais de deviner laquelle les participants au concours vont élire).

Notes et références

  1. La résistance au darwinisme : croyances et raisonnements
  2. Le marché, les banques et la rumeur - Quand la fiction contamine le réel, Gérald Bronner, Revue des Deux mondes, février 2012
  3. « Si le populisme est le débouché des pentes les moins honorables du cerveau humain, le précautionnisme fonctionne de la même façon. Il laisse entendre que le risque zéro, pourtant impossible, est un horizon à atteindre. » (Gérald Bronner)

Citations

  • Si les idées fausses, douteuses ou fragiles peuvent avoir des sources purement affectives, elles ont aussi, très souvent, des sources intellectuelles. Dans le cas général, l’on peut même dire que les deux types de sources se conjuguent et que l’une et l’autre sont indispensables pour provoquer la conviction. (Raymond Boudon)
  • Le marché cognitif appartient à une famille de phénomènes sociaux (à laquelle appartient aussi le marché économique) où les interactions individuelles convergent vers des formes émergentes et stables (sans être réifiées) de la vie sociale. Il s’agit d’un marché car s’y échangent ce que l’on pourrait appeler des produits cognitifs : hypothèses, croyances, connaissances, etc., qui peuvent être en état de concurrence, de monopole ou d’oligopole. (Gérald Bronner)

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Dimanche 24 novembre 2013 7 24 /11 /Nov /2013 11:10

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Camarade Cyber-Libertarien ?

Vous avez décidé de combattre le collectivisme, ou du moins ses idées. Mais sur quel terrain allez-vous engager la bataille ? Attention aux mines ! 

Par Cyber-Résistant.

 

http://media.paperblog.fr/i/630/6304152/camarade-liberal-L-W0x4sO.jpeg

 

Le libertarianisme est l'aîné

Comme nous sommes entre connaisseurs, grillons les petites gares. Le libéralisme apparaît à la surface de la planète Terre, selon les théories, dès la Grèce antique, ou dans l'élan des Lumières. Peu importe, car l'essentiel est ici : le libéralisme est né avant le communisme – dont on ne saisit les premières traces que chez Babeuf, et dont la gestation va crescendo tout au long du XIXème siècle, jusqu'à la pyrotechnie russe de 1917. 

La logique voudrait donc que le libertarianisme se sente naturellement lui-même hors du champ de réflexion collectiviste, qu'il ne s'y aventure que pour mener des assauts ou se documenter sur l'adversaire, sans l'imiter. Or, le libertarien peut singer, sans en avoir conscience, le collectiviste.

 

Mieux que le sabre-laser : le matérialisme dialectique.

Dans notre lutte contre l'idéologie, nous autres libéraux disposons d'un armement d'élite : fusils de précision Hayek, radars Bastiat, avions de chasse Revel, porte-avions Aron. Du fiable, du sérieux, ça ne s'enraye jamais et ça dégomme des fans de Bayrou par troupeaux entiers. Mais le communiste, lui, ne se laisse pas faire. Il a confiance en ses chances. En effet, il est équipé en série d'une arme prodigieuse : le matérialisme dialectique (diamat pour les intimes). Qu'est-ce ? La structure de la pensée marxiste-léniniste, inchangée depuis un siècle et demi. Elle consiste en un détournement de Hegel par Marx et de Marx par Lénine. Comment ça marche ? Simple comme bonjour : le matérialisme dialectique part du principe que tout ce qui existe, les atomes, les planètes, les concepts, les sentiments, est régi par une seule et unique loi. Comment la résumer ? Plongeons dans un crâne de stalinien. 

1. Tout est contradiction, et toute contradiction est conflit. Les objets, les individus, les pensées, n'ont pas de définitions propres : on ne peut les envisager que dans la relation d'opposition qu'ils entretiennent avec leurs contraires. Ainsi, on ne peut définir le bourgeois que par rapport au prolétaire et inversement, et le rapport qui les lie est obligatoirement agressif : chacun veut prendre l'ascendant sur l'autre. Les galaxies et les microbes, et jusqu'à vos fantasmes, fonctionnent sur ce schéma.  

2. L'opposition entre les contraires est une tension, laquelle ne peut évoluer que vers la radicalisation. "L'aggravation des contradictions" – expression chérie des marxistes – permet au monde de se trouver un sens et d'évoluer. Plus le bourgeois et le prolétaire se haïssent, plus leur face-à-face est utile, fertile, prometteur. 

3. Lorsque cette haine atteint son climax, elle explose et crée un nouveau monde. Le marxiste parle alors de "saut qualitatif". C'est la définition de la révolution telle que la rêvent les porteurs de t-shirts du Che : la tension entre les contraires, une fois en ébullition, provoque une explosion générale, laquelle accouche d'une situation inédite.

4. Dans cette situation nouvelle, ce qui relève du passé est obsolète, encombrant, parasite. Vous, par exemple.

 

Le muscle idéologique

Proposition / contre-proposition / tension / déflagration / nouveau monde (lequel nouveau monde est une nouvelle proposition, laquelle appelle nécessairement une contre-proposition, etc) : c'est à travers cette progression en cinq étapes que le communiste voit le monde, le vivant, l'humain et l'Histoire. L'Univers et les bactéries n'existent qu'à travers ce process sans fin, par et pour lui. Rien n'est fixe, tout est mouvement, rien n'est vrai, tout est évolution, rien n'est moral, tout est progrès, et il faut que ça se tende, que ça explose, que ça se renouvelle en permanence. Ce véhicule n'a pas de freins. Au milieu de ce bouillonnement se joue le conflit fondamental : le combat à mort entre les puissants et les misérables, a.k.a. la lutte des classes.

Attention. Le communiste ne se contente pas d'observer les êtres, les choses et les idées à travers ce prisme. Il pense ainsi, et il vit ce qu'il pense. Il a tendance à chercher la contradiction, à détecter la tension, à l'encourager. Le diamat n'est pas seulement une paire de lunettes déformantes qui fait voir des conflits partout, c'est également une drogue qui donne envie d'aggraver ces conflits afin de provoquer, de manière mécanique, des explosions. Le diamat ne pense pas à votre place, mais il sculpte votre pensée, il la guide, la met en perspective. L'effet produit est à la fois rassurant, enivrant, et permet de tenir tête à nombre d'adversaires.

 

Existe en plusieurs couleurs

Cette machinerie mentale fait du communiste un militant politique très particulier, unique en son genre dans le paysage français. Le matérialisme dialectique vous change un homme. L'encarté du FN peut être empli de ressentiments, d'errances conceptuelles, de peurs justifiées et de slogans infirmes, mais le fonctionnement général de son cerveau reste banal. Il n'y a pas de reformatage complet du fonctionnement neuronal chez le frontiste comme chez le communiste français. Entendons-nous bien : mon propos n'est pas que le FN rend moins bête que le PCF, mais que le diamat réorganise entièrement le cerveau qu'il contamine, alors que le lepénisme se contente de le manipuler. En d'autres termes : le communiste n'a pas besoin d'un leader fort, car il a une grande théorie. Chaque communiste est un Lénine, car le diamat permet de penser exactement comme Lénine sans même avoir à le lire.

La mentalité politique d'un lepéniste est beaucoup moins ordonnée, carrée, solide, pugnace, coriace que celle d'un trotskiste. Et ce caractère blindé, métallique, du communisme déteint sur le socialisme son allié. Allez donc sur ina.fr regarder les vidéos de Rocard à la fin des années 60 et dans les années 70 : il n'a que la "rupture avec le capitalisme" à la bouche. De même pour Mitterrand, qui harangue la foule en affirmant que "celui qui n'est pas prêt à rompre avec le capitalisme, celui-là n'a pas sa place au Parti Socialiste" (ovation monstre). Idéologiquement parlant, Rocard et Mitterrand, à l'époque, ne sont pas si différents d'un Mélenchon aujourd'hui. Une part non négligeable du socialisme français parle couramment le diamat. Tous les anciens trotskistes du Gouvernement le connaissent par cœur. Nombre de journalistes également, Edwy Plenel le premier.

 

Vous jouez à domicile, ou à l'extérieur ?

Que le diamat déteigne sur le PS, soit, on s'y attendait. Sur le centre ? Bien sûr, puisque le centre refuse d'être à droite. Sur la droite ? Oui, car le post-gaullisme est un recyclage patriote de concepts mitterrandiens. À l'extrême-droite ? Sans aucun doute : les diatribes contre la finance en font foi. Mais sur le libertarianisme ? Quand même pas ! Pas nous ! Voire.

Que veut le marxisme ? Il veut jouer à domicile : il entend que le libertarianisme soit le contraire du marxisme. Pourquoi ? Parce que cela permettra au diamat de créer un conflit contradictoire, symétrique. Donc d'engager la bataille sur le terrain même du diamat – et non en terrain libertarien ou neutre. Le marxiste fait son possible pour que son pré carré personnel, intime, constitue le champ de bataille. Un communiste, un socialiste hardcore vous proposent de jouer sur leur territoire traditionnel, le seul qu'ils connaissent, le seul où ils puissent vaincre : celui de la contradiction, de la tension, du choc des extrêmes. C'est, pour eux, la meilleure chance de vous terrasser ; et c'est un progrès objectif, presque un devoir sacré, puisqu'à travers ce minuscule choc frontal marxisme-libéralisme, se jouent le déroulement, la fluidité du diamat et de la lutte des classes. Chaque discussion de bistro entre un libéral et un communiste participe au grand Tout révolutionnaire.

Où le bât blesse, c'est que, nous l'avons vu, le libéralisme est antérieur au communisme, et ne peut donc en aucun cas être son contraire : le communisme n'entre pas en compte dans la définition première du libertarianisme. De même, le marxisme, le communisme, le socialisme hardcore ne sont pas des contraires du libéralisme, pour la bonne raison qu'ils ont leur cohérence propre. Le libertarianisme n'a pas de diamat. Mais le collectiviste a besoin qu'il y ait contradiction : il la crée donc artificiellement. Et, à cet instant, tout est dans vos mains.

 

Ne faites pas le déplacement

Si vous acceptez d'être le contraire du communiste, vous jouez sur son terrain, chez lui, sur son gazon pourri dont il connaît chaque trou, dans son stade trop grand cerclé de statues d'ouvriers trop musclés, avec son public aviné et enragé, et un arbitre impressionné par l'ambiance délétère. Tous les amoureux du sport savent que jouer à l'extérieur est objectivement plus difficile qu'à domicile. Vous avez le plus grand mal à marquer le moindre but et vous prenez deux cartons rouges. Tous vos arguments, vos belles intentions sont enfermés dans le décor manichéen, bicolore, simpliste, du diamat : quand bien même vous ne dites que la vérité, quand bien même vos raisonnements sont clairs et compréhensibles, quand bien même vous vous montrez à l'écoute et amical, vous adoptez une position contraire à la position communiste, ce qui génère une tension allant crescendo au fil de la discussion, ce qui lui fait hausser la voix, ce qui vous fait monter d'un ton, ce qui l'énerve, et l'on se dirige tout droit vers une explosion... donc, Marx et Lénine ont raison ! Vous venez de renforcer un néo-bolchévique dans l'envie de vous faire monter, et toute votre famille avec, et bientôt vos amis, dans un wagon de marchandises.

Mais il y a pire : vous venez également d'imposer au libertarianisme une forme idéologique. Vous en avez fait le reflet d'une machine. Donc, vous lui avez fait perdre sa forme originelle, vous l'avez mécanisé. Ce faisant, vous avez muselé son potentiel, entravé sa puissance de feu, réduit sa marge de manœuvre, ralenti ses réactions, appauvri ses intuitions et sali son panache. Dans un duel "machine vs. machine", ce libéralisme aux pieds de plombs, prévisible, ne fera pas nécessairement le poids dans son choc avec le tank idéologique du camarade Lénine. Vous rentrez à la maison avec un match nul dans la musette, au mieux. Et les témoins de la discussion diront le lendemain devant la machine à café : "Quand tu les vois discuter, tu te dis forcément qu'ils se valent, en fait". Vous êtes le contraire d'un communiste, rien de plus, une misère : un faire-valoir. Par votre faute, l'idée de liberté a perdu des points. Et des points, on en manque, ces derniers temps.

Nous sommes tous passés par là. Le collectiviste dit au libéral : je suis ton miroir inversé. Diabolique est la tentation de se regarder en ce miroir. Pour le libertarien, le premier moyen, le plus urgent, de ne pas ressembler au collectiviste est de ne pas consentir au rôle maudit de contraire. 

 

Un exemple pour conclure

 Chaque fois qu'un libertarien, à l'oral comme à l'écrit, utilise le mot "capitalisme" au lieu des mots "échange", "commerce" et "marché", il marque contre son camp. Non parce que le capitalisme serait moins bon que l'échange. Mais parce qu'appeler "capitalisme" l'échange, c'est très précisément une tactique léniniste. Se dire "Je vais les battre avec leurs propres armes" ne fonctionne pas. La vérité politique n'est pas douée pour le pantomime. Nous ne devons pas engager la bataille aux socialistes à leur niveau, où ils nous attendent, mais en restant au-dessus. Parachutez-vous sur les promontoires avec de quoi tenir un siège, et sortez les catapultes. À vous la vue panoramique, à eux les marécages. Qu'ils sortent du brouillard, s'ils osent. Vous n'y entrerez pas.


Matérialisme historique

De Wikiberal

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/56/Lenin,_Engels,_Marx.pngLe matérialisme historique ou conception matérialiste de l'histoire est la conception marxiste de l'histoire. Elle repose sur la thèse selon laquelle les événements historiques sont la résultante des conditions économiques et sociales, en particulier des rapport entre classes sociales :

«Dans la pratique sociale de leur vie, les hommes entrent en rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un certain degré de développement de leurs forces productives matérielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base réelle sur laquelle s'élève une superstructure juridique et politique et à laquelle répondent des formes sociales et déterminées de conscience. »
    — Karl Marx, Préface à la critique de l'économie politique

Concept

Cette conception s'intéresse aux conditions d’existence des êtres humains, aux rapports entre les classes sociales, et à leur influence sur les évolutions historiques, pour analyser les causes des développements et des changements qui s'opèrent dans les sociétés. Cependant cette conception n'est pas forcément conforme à l'histoire. Elle prétend expliquer l'histoire par des lois immuables. Conséquence de cet a priori, les adeptes du matérialisme historique ont un parti-pris qui cherche à faire rentrer les faits historiques dans la théorie. Cette démarche est à l'exact opposé de la rigueur de la recherche historique.

Dans le pire des cas, ceci conduit à la tentation totalitaire : il faut forcer le cours de l'histoire dans une certaine direction, en se fondant sur une fausse conviction que l'on « sait » la façon dont l'histoire est en mouvement. La doctrine (le marxisme) va à contresens d'une recherche historique véritablement scientifique, et conduit à des projets politiques qui se soucient peu de la morale, des intérêts et des convictions de la population. A l'inverse de cette démarche, le libéralisme propose des démarches basées sur un cheminement par erreurs et corrections, sans dogmatisme.

Une façon d'évaluer les mérites du matérialisme historique serait de regarder les résultats réels des recherches historiques effectuées par les marxistes, les semi-marxistes (comme l'école des Annales) et les non-marxistes qui prétendent avoir été inspirés par le matérialisme historique. De ces travaux on voit qu'il n'y a pas le moindre début de preuve que le matérialisme historique soit véritablement scientifique, explique mieux certains faits historiques que d'autres théories et ait une réelle capacité à expliquer le présent (ce qui est une fonction importante de l'étude de l'histoire).

Le matérialisme historique constituait au XXe siècle une base idéologique dogmatique de l'URSS ; il y était enseigné de façon officielle (cet Истмат, redouté des étudiants, était une matière obligatoire et éliminatoire aux examens). Les étudiants apprenaient que le développement de la société passait par les stades du communisme primitif, puis de l'esclavage, puis du féodalisme, puis du capitalisme, pour s'achever enfin dans le communisme et la société sans classe. Cependant il n'y eu aucun développement « scientifique » de cette théorie, que Karl Popper appelait une pseudo-science puisqu'irréfutable.

On doit également noter que le terme de « matérialisme historique » n'est pas de Karl Marx. Il a parlé uniquement de « nouveau matérialisme » et, plus tard de « conception matérialiste de l'histoire ». Le terme est considéré comme impropre, voire comme une trahison de la pensée de Marx, par plusieurs marxologues (en particulier Maximilien Rubel). Toutefois ce concept, au contenu flou et changeant, a été revendiqué par la plupart des courants se déclarant marxistes et fait partie intégrante de la doctrine marxiste.

Une métaphysique dogmatique

Pour les idéologues marxistes, le matérialisme historique est une espèce de clé qui ouvre toutes les portes. Ainsi, un mathématicien marxiste, Paul Labérenne, n'hésite pas à affirmer que le marxisme donne l'explication de l'évolution historique des mathématiques en fonction des conditions techniques, économiques et sociales dont elles dépendent... Michael Polanyi s'est particulièrement attaché à réfuter la vision du développement scientifique comme conséquence d'une quelconque « demande sociale ».

En réalité, son ontologie matérialiste et son historicisme font du matérialisme historique une métaphysique dogmatique analogue à une religion. Comme l'explique Luc Ferry :

Cette ontologie vire aussitôt à l'onto-théologie en servant non seulement de fondement à la connaissance, mais au réel historique. Où l'on retrouve au passage, mais bien sûr sous une forme déguisée, la structure la plus fondamentale de l'argument ontologique : grâce à la connaissance des lois de l'histoire fondée sur le concept d'infrastructure-cause (dialectique) des superstructures, on va pouvoir déduire l'existence du concept, par exemple la nécessité absolue de l'avènement du communisme, à partir des contradictions du capitalisme. Comme dans la théologie la plus traditionnelle, on déduit le futur du présent, donc l'existence à venir du concept d'aujourd'hui. A cet égard d'ailleurs, le marxisme finit par être moins déconstructeur de la métaphysique que piégé lui-même par les illusions les plus classiques de celle-ci. [1]

De la même façon, pour Julien Benda le matérialisme historique est une "position mystique" (Préface de 1946 de la Trahison des Clercs). Pour Joseph Schumpeter, c'est même une religion :

Sous un certain aspect important, le marxisme est une religion. A ses fidèles il offre, en premier lieu, un système des fins dernières qui donnent un sens à la vie et qui constituent des étalons de référence absolus pour apprécier les événements et les actions ; de plus, en second lieu, le marxisme fournit pour atteindre ces fins un guide qui implique un plan de salut et la révélation du mal dont doit être délivrée l'humanité ou une section élue de l'humanité. Nous pouvons préciser davantage : le socialisme marxiste appartient au groupe des religions qui promettent le paradis sur la terre. (Capitalisme, socialisme et démocratie, 1942)

Ludwig von Mises souligne également le messianisme historique du marxisme :

L'essence de la philosophie marxiste est ceci : nous sommes dans le vrai parce que nous sommes les porte-parole de la classe prolétarienne montante. Le raisonnement discursif ne peut invalider nos thèses, car elles sont inspirées par le suprême pouvoir qui détermine la destinée de l'humanité. Nos adversaires ont tort parce qu'il leur manque l'intuition qui guide nos esprits. Ce n'est, évidemment, pas leur faute si en raison de leur origine de classe ils ne sont pas pourvus de l'authentique logique prolétarienne et sont aveuglés par des idéologies. Les insondables décrets de l'histoire nous ont élus et les ont condamnés. L'avenir est à nous. (L'Action humaine, première partie, chapitre III)

Points de vue libéraux

La théorie marxiste a suscité de nombreuses critiques. Ainsi, dès 1897 dans La Conception matérialiste de l'histoire, le sociologue libéral français Émile Durkheim distinguait dans la théorie marxiste deux composantes : d'une part, reconnaître l'importance des phénomènes économiques et sociaux dans l'évolution des sociétés. Le point lui paraît important mais aucunement lié au marxisme :

« Nous croyons féconde cette idée que la vie sociale doit s'expliquer, non par la conception que s'en font ceux qui y participent, mais par des causes profondes qui échappent à la conscience. [..] Seulement, nous ne voyons aucune raison pour la rattacher au mouvement socialiste, dont elle est totalement indépendante. Quant à nous, nous y sommes arrivé avant d'avoir connu Marx. »

Cela ne prouve en rien l'existence de la lutte des classes postulée par Marx pour expliquer la marche de l'histoire et encore moins l'inexorabilité du socialisme :

« il ne nous est pas possible d'apercevoir quelle part le triste conflit de classes dont nous sommes actuellement les témoins a pu avoir dans l'élaboration ou dans le développement de cette idée. (..) Le socialisme a pu utiliser l'idée à son profit ; mais il ne l'a pas produite et, surtout, elle ne l'implique pas. »

Associer ces deux composantes comme le fait le marxisme est une erreur. Durkheim souligne :

« cette confusion est dénuée de tout fondement ; et il importe de la faire cesser. Il n'y a aucune solidarité entre ces deux théories, dont la valeur scientifique est singulièrement inégale »

Le philosophe Julien Benda[2] a critiqué fortement le matérialisme historique dans la préface de 1946 à son ouvrage La Trahison des Clercs paru en 1927. Comme la plupart des auteurs, il englobe dans sa réflexion matérialisme dialectique et matérialisme historique, ce dernier étant grosso modo plus sociologique alors que la dialectique marxiste est plus abstraite et générique. Benda critique le matérialisme dialectique en arguant qu’en se référant à des lois supposées de l’histoire, il s’oppose en tout point à la démarche rationnelle qui devrait être celui des clercs. Il écrit :

« Cette position [le matérialisme dialectique] n’est aucunement, comme elle le prétend, une nouvelle forme de la raison, le « rationalisme moderne  » ; elle est la négation de la raison, attendu que la raison consiste précisément, non pas à s’identifier aux choses, mais à prendre, en termes rationnels, des vues sur elles. Elle est une position mystique. »

Il est à noter que l'analyse de Benda avait été formulée par Ludwig von Mises en 1922 dans Socialisme. Il voyait dans le matérialisme historique une « métaphysique ». Dans Theory and History (1957), il critique le fondement même du matérialisme historique :

« Nous pouvons résumer la doctrine marxiste de la manière suivante : au commencement, il y a les « forces matérielles productives », c'est-à-dire l'équipement technologique utilisé pour les efforts productifs de l'homme, les outils et les machines. Aucune question relative à leur origine n'est autorisée, ils sont là, c'est tout, il nous faut supposer qu'ils sont tombés du ciel. »

Mises explique alors que c'est la conscience, plutôt que la matière, qui prédomine en matière de technologie :

« Une invention technologique n'est pas quelque chose de matériel. C'est le produit d'un processus mental, du raisonnement et de la conception de nouvelles idées. Les outils et les machines peuvent être qualifiés de matériels, mais l'opération de l'esprit qui les a créés est certainement spirituelle. Le matérialisme marxiste ne permet pas de remonter de la « superstructure » et de l'« idéologie » à leurs racines « matérielles ».  »

Mises explique ensuite que la technologie et l'appareil de production sont issus d'un processus essentiellement mental, à savoir, l'inventivité. Il leur faut de plus du capital, issu de l'épargne, et une coopération sociale issue de la division du travail.

Le matérialisme historique est un principe d’action et non de raison pour Benda, un principe de révolutionnaire :

« C’est pourquoi elle est d’une valeur suprême dans l’ordre pratique, dans l’ordre révolutionnaire, et donc tout à fait légitime chez des hommes dont tout le dessein est d’amener le triomphe temporel d’un système politique, exactement économique, alors qu’elle est une flagrante trahison chez ceux dont la fonction était d’honorer la pensée précisément en tant qu’elle se doit étrangère à toute considération pratique. »

Benda va plus loin dans sa critique, accusant expressément les tenants de cette doctrine de ne la défendre que pour faciliter les ralliements à leur cause (marxisme dans le cas de Vychinsky qu’il cite) :

« Si l’on demande quel est le mobile de ceux qui brandissent cette méthode, la réponse est évidente : il est celui d’hommes de combat, qui viennent dire aux peuples : « Notre action est dans la vérité puisqu’elle coïncide avec le devenir historique ; adoptez-la. » »[3]

Le philosophe des sciences Karl Popper s'est attaqué au matérialisme historique dans Conjectures et Réfutations et dans La Société ouverte et ses ennemis. Popper souligne d'une part l'intérêt de la démarche visant à s'intéresser aux conditions économiques et sociales pour comprendre l'histoire. Il écrit ainsi, parlant de l'aspect « économisme » du matérialisme :

« On peut dire de l'économisme de Marx qu'il représente une avancée de grande valeur dans la méthode des sciences sociales »[4].

Néanmoins, Popper critique fortement la partie historiciste du matérialisme historique, sa dimension de « prophétie historique ». L'économisme doit être utilisé avec modération, sans prétention d'explicitation de tous les événements. Sinon, en croyant pouvoir tout expliquer par les conditions économiques, la méthode ne passe pas le test du critère de falsifiabilité qui est la pierre de touche de la pensée de Popper.

Citations

  • « Sans même opposer au matérialisme économique aucun fait défini, comment ne pas remarquer l'insuffisance des preuves sur lesquelles il repose ? Voilà une loi qui a la prétention d'être la clef de l'histoire ! Or, pour la démontrer, on se contente de citer quelques faits épars, disjoints, qui ne constituent aucune série méthodique et dont l'interprétation est loin d'être fixée. [..] Non seulement l'hypothèse marxiste n'est pas prouvée, mais elle est contraire à des faits qui paraissent établis. » (Emile Durkheim, La conception matérialiste de l'histoire[5])
  • « Je hais, pour ma part, ces systèmes absolus, qui font dépendre tous les événements de l’histoire de grandes causes premières se liant les une aux autres par une chaîne fatale, et qui suppriment, pour ainsi dire, les hommes de l’histoire du genre humain. Je les trouve étroits dans leur prétendue grandeur, et faux sous leurs airs de vérité mathématique. Je crois, n’en déplaise aux écrivains qui ont inventé ces sublimes théories pour nourrir leur vanité et faciliter leur travail, que beaucoup de faits historiques importants ne sauraient être expliqués que par des circonstances accidentelles et que beaucoup d’autres restent inexplicables ; qu’enfin le hasard ou plutôt cet enchevêtrement de causes secondes, que nous appelons ainsi faute de pouvoir les démêler, entre pour beaucoup dans tout ce que nous voyons sur le théâtre du monde ; mais je crois fermement que le hasard n’y fait rien, qui ne soit préparé à l’avance. Les faits antérieurs, la nature des institutions, le tour des esprits, l’état des mœurs, sont les matériaux avec lesquels il compose ces impromptus qui nous étonnent et nous effraient. » (Alexis de Tocqueville, Souvenirs)
  • « La démarche (de Marx) consiste à poser a priori qu'il existe des lois pour quelque chose, à prétendre ensuite connaître ces lois par on ne sait quelle opération, puis d'en déduire des conséquences qu'on proclame infaillibles, quitte à les modifier par la suite si la nécessité l'exige. On pose pour finir une règle morale dont la vertu consiste à tout faire pour que les prédictions s'accomplissent. La construction a fait recette dans les multiples sectes religieuses, sociales ou philosophiques. » (Georges Charpak, Roland Omnès)[6]

Notes et références

  1. La révolution de l'amour, Plon, 2010
  2. Il convient de noter que Benda n'est pas libéral, même si la critique qu'il formule ici rejoint la critique libérale
  3. Julien Benda, La Trahison des Clercs, Préface de 1946, [lire en ligne]
  4. Karl Popper, La Société ouverte et ses ennemis, chapitre 15
  5. Emile Durkheim, La conception matérialiste de l'histoire, 1897, [lire en ligne]
  6. Soyez savants, devenez prophètes, Odile Jacob, 2005

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

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Dimanche 17 novembre 2013 7 17 /11 /Nov /2013 20:19

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L'arme fatale du Cyber-Libertarianisme

Le rêve des soviétologues était de vaincre l'URSS par la force de la pensée. Certains, parmi les plus grands, étaient libéraux et français. Nous ferions bien de nous en inspirer.

Par Cyber-Résistant.

  http://media.paperblog.fr/i/629/6298581/larme-fatale-liberalisme-L-tNRZlC.jpeg


J'ai affronté leur idéologie. Mais en marchant contre eux, c'était ma propre tête que je portais sous le bras.
— Alexandre Soljenitsyne.

 

Interdit aux mauviettes

Ils étaient les Forces Spéciales de la recherche anti-totalitaire. Ils se donnaient pour mission de comprendre le communisme, et ils voulaient le comprendre pour le détruire. Ils se glissaient dans les canalisations idéologiques les plus infectes, rampaient dans la boue léniniste au risque d'y périr étouffés, arrachaient un à un les barbelés théoriques en se faisant canarder par l'ennemi. Ils risquaient leurs nerfs, leurs réputations, parfois leurs vies. Car déclarer la guerre intellectuelle à une URSS au faîte de sa gloire, c'était attirer l'intérêt vengeur du PCF et du KGB, et il ne faisait pas bon avoir ces officines-là sur le dos. Ils avaient décidé de ne pas avoir peur, ou le plus tard possible. Ils écrivaient comme on appuie sur la gâchette, conféraient comme on requiert la peine maximale. Ils étaient libéraux, fréquentables et élégants pour la plupart, mais guerriers. On les appelait : les soviétologues. Leurs noms brillent au firmament du courage intellectuel, et particulièrement français. Il se pourrait que nous ayons de nouveau besoin d'eux à l'avenir – voire même tout de suite. Apprenons à les admirer – et à essayer leurs armes. Face au socialisme, si le libéralisme est un sabre, la soviétologie est une tronçonneuse.

 

L'ombre du pire

Qu'est-ce que la soviétologie ? L'étude raisonnée du système soviétique. Étudier le communisme, c'est étudier le Mal qui est au cœur du socialisme. Comme Lénine résume à lui seul toutes les figures possibles du pouvoir communiste, et que son disciple Staline porte ce pouvoir à son point de perfection, il est raisonnable de considérer que l'URSS de 1917 à 1945 est un champ d'exploration idéal : il contient, en acte ou en puissance, l'ensemble des folies qui marqueront la seconde moitié du XXème siècle. Mao, Castro, la Corée du Nord, les Khmers Rouges sont préparés à distance par les thèses et les expérimentations d'Oulianov et Djougatchvili. On peut s'intéresser à Brejnev ou à Mao, mais leurs biographies ne nous apprendront rien de fondamental qui ne soit le développement logique de la perspective Lénine-Staline. Le système suicidaire inventé par Pol Pot diffère du soviétisme, mais il ne s'en éloigne jamais.

Qu'est-ce qu'étudier cette période pour comprendre le communisme et, au-delà, le socialisme ? C'est étudier un massacre. Le communisme a fait cent millions de morts. Qu'on nous permette de proposer une échelle de comparaison : cent millions égale dix-sept Shoah. La soviétologie observe à la loupe le plus grand charnier de tous les temps. Ce n'est pas de gaité de cœur. Mais il se trouve que, dès les premières heures de pouvoir communiste, en octobre 1917, le chaos s'installe, et avec lui la violence et la peur. La sauvagerie est inséparable de la naissance du collectivisme et de son parcours sur la surface de la Terre. Une sauvagerie qui n'a rien de naturel, qui semble comme mécanisée, fille des tranchées de 14-18 et de l'hypnose idéologique. Enfantée par la civilisation, elle se prétend moderniste. Pourtant, elle égorge à la chaîne, en transe, telle un prêtre maya un jour de sacrifices humains. Les bolchéviques blêmes et bavards à peine installés sur le trône, l'arbitraire prend ses aises et les cadavres s'entassent, les camps apparaissent, les wagons à bestiaux y mènent. Le soviétologue est un croque-mort. Il peut aimer la bonne chère, avoir de l'humour, cependant, il y a une ombre sur son front. Il écoute les victimes, il scrute leurs innombrables récits, car elles seules disent la vérité, elles seules connaissent le visage de la Bête.

 

Le bourbier de bois

La confrontation avec une violence aux dimensions planétaires est la première difficulté de la soviétologie. Le mensonge qui dissimule les fosses communes est la deuxième.

Car toute l'idéologie est un mensonge. Une erreur, si vous préférez, ou une crise de démence, peu importe : in fine, à peu près tout en elle est faux. Pour avoir bourlingué dans la langue de bois communiste pendant des décennies, nous croyons pouvoir affirmer qu'une phrase marxiste-léniniste sur cent environ peut être considérée comme ayant un rapport – même vague, même incertain – avec la réalité. Les quatre-vingt-dix-neuf autres sont pure invention intello, bavardage pseudo-scientifique et anti-littéraire – il n'y a pire logorrhée que l'idéologie : le style en est définitivement absent –, fable glaciale singeant Hegel, heroic fantasy prétendument prolétarienne. La langue de bois n'aurait jamais dû envahir le monde. Elle est la moins lisible de toutes les écritures. Le cerveau lui résiste comme le bétail à la boucherie. Hélas, pour notre malheur, un empire entier la parla et la proclama 24/365, soixante-dix ans durant. Cet empire occupait, au milieu des années 70, un cinquième des terres immergées. Jusqu'à Washington, on le redoutait, on en faisait des insomnies ; la crise des missiles de Cuba plaça l'humanité en apnée pendant des jours entiers. On peine à imaginer aujourd'hui le poids qu'a fait peser sur le siècle dernier la présence d'un espace soviétique, puis communiste chinois. Puisque la démocratie et le marché avaient été inventés précédemment, l'irruption du totalitarisme collectiviste, et sa montée en puissance au fil des années – au point de se lancer dans un spectaculaire duel avec les États-Unis – furent la grande affaire du siècle dernier. Jamais la liberté n'avait eu à affronter un adversaire aussi robotique, déterminé, brutal et coriace.

Or, cet Alien politique était également séducteur, désinformateur, flatteur, grand-maître de la dissimulation : le monde rouge influença sciemment et sournoisement les intellectuels des cinq continents. On leur promettait de diriger le destin des foules, ils signèrent tout de suite. Ils se mirent alors, à leur tour, à parler cette non-langue, par mode, par lâcheté, pour complaire à leurs modèles révolutionnaires. Ainsi se propagea-t-elle jusqu'à nous. Les Russes acceptèrent la langue de bois parce qu'ils avaient un canon sur la tempe, et l'on peut les comprendre. Il faut en revanche déplorer que les démocraties l'aient adoptée de leur plein gré, via leurs universitaires, leurs sociologues, leurs économistes, leurs philosophes et leurs artistes révoltés en tous genres. Si tant de journalistes et de professeurs contemporains s'expriment dans un idéolecte comparable à celui d'un bolchévique, c'est la conséquence d'une très ancienne volonté soviétique. L'URSS a disparu, mais pas son empire intello.

 

Le labyrinthe de bois 

Seulement, il y a un problème. Troisième difficulté. La langue de bois est indispensable. Elle l'est au communisme, car elle constitue le corps de l'idéologie, l'hostie dogmatique. Et elle l'est au soviétologue, car, aussi extraordinaire que cela puisse paraître, la langue de bois est la pensée du communisme dans la langue du communisme, exactement comme le Coran est la pensée d'Allah dans la langue d'Allah. En d'autres termes : une étude attentive, raisonnée, documentée, comparée, de la langue de bois permet d'entrer dans le cerveau du collectivisme, de visiter ses lobes et ses synapses, de disséquer ses circuits et de poser ses neurones sous le microscope. Aux yeux du soviétologue, lire la Pravda est la chose la plus utile qui soit, et les efforts que l'on fait pour espionner Brejnev ne vaudront jamais ceux pour quadriller Lénine.

La soviétologie estime que la langue de bois est la clé, parce que cette langue est systémique, tout comme l'empire soviétique, et qu'elle nous permet de voir clair dans les intentions, les fantasmes, les rêves et les secrets de l'idéologie. La langue de bois n'est pas une opacité, mais une transparence. Elle n'a aucun rapport avec la réalité, mais elle parle comme personne de l'irréalité collectiviste. Elle rend cohérente cette irréalité et, par-là, en dévoile les innombrables échafaudages cachés. La langue de bois n'est pas la forme de la Babel communiste : elle est la tour elle-même. Elle est l'idéologie, elle est la propagande, et elle est la terreur. Le soviétologue passe sa vie en sa compagnie.

 

Liberté contre système

La soviétologie voit un système, un seul, toujours le même, quand elle regarde le soviétisme et ses dérivés. Armé des thèses et des intuitions de Soljenitsyne (l'Archipel du Goulag reste, en 2013, indépassable en termes de vérité sur le communisme), d'Orwell (qui a fait voir par le roman ce que la philosophie était incapable de saisir), d'Arendt (dont les constructions cauchemardesques constitueront pour longtemps encore un indispensable arsenal conceptuel), de Zamiatine (précurseur russe d'Orwell), de Chalamov (l'autre grand écrivain des camps après Soljenitsyne), d'Aron (berceau de la meilleure pensée française de droite dans l'après-guerre) et de myriades de témoignages et de documents sous le manteau, le soviétologue cherche à esquisser le schéma le plus explicatif et le plus prédictif possible du communisme réel. Puisque ce Mal, le collectivisme, est une immense machinerie, conçue comme telle et fonctionnant comme telle, en découvrir le plan permettra de la démonter. La soviétologie est une science qui entend détruire son objet, mais en conservant son sang-froid. En joueuse d'échecs. Elle veut être la forme d'intelligence qui anéantira la forme l'intelligence nihiliste.

Et ça marche. Les soviétologues seront les premiers chercheurs et universitaires à pouvoir dire : "Nous savons comment pense l'ennemi, nous savons ce qu'il veut, comment il compte l'obtenir, et comment le contrer". Ce pour deux raisons. Ils sont les premiers à livrer de l'histoire soviétique une interprétation qui rende justice à l'effroyable complexité de la réalité communiste. Et ils sont les premiers à rendre l'URSS prévisible. Si, comme le pensent les soviétologues, la systèmie est telle que le Politburo, plus haut organe de commandement de l'empire, fonctionne exactement comme une cellule de base du Parti, suivant les mêmes règles, avec le même langage et les mêmes rites, alors, il devient possible de voir quelle direction prend le système soviétique avant même qu'il en prenne conscience. Il a sa logique propre, et les soviétologues la connaissent mieux que lui, car ils savent ce qu'il est ET ce qu'est la vérité, tandis qu'il ne connaît que sa propre nature : il s'intoxique. Victime d'anosognosie, il ne sait pas de quoi il est atteint. Il ignore quel virus idéologique pullule en lui, tandis que ce même virus est soigneusement scanné et disséqué par les microscopes électroniques de la soviétologie.

 

Deux implacables font honneur au libertarianisme

Les heures de gloire de la soviétologie sont la seconde moitié des années 70, quand l'URSS mène la danse. Car, à ce moment précis, il y a vraiment le feu. Plus rien ne permet de prétendre que les USA sortiront vainqueurs du bras de fer contre Brejnev. Considérez ce dernier, bureaucrate débile et alcoolique, comme un des empereurs les plus puissants de tous les temps. En termes territoriaux, il n'a rien à envier à Alexandre, ni à César. Il est présent en Afrique, en Europe de l'Est, en Asie, en Amérique du Sud, à Cuba, allié idéologique à la menaçante Chine, et heureux propriétaire d'un tentaculaire réseau de partis communistes locaux, dont le PCF est un fleuron. Les soviétologues tirent la sonnette d'alarme : ils voient venir le point de rupture, où les territoires communistes deviendront majoritaires sur la planète ; si cela arrivait, la bataille serait peut-être irrémédiablement perdue. Orwell avait peut-être raison. Donc, tout le monde sur le pont, les soviétologues partent au casse-pipes. En France, deux hommes font honneur à la fonction, et méritent une place à part dans la mémoire libertarienne : Jean-François Revel et Alain Besançon. 

Revel est un blindé tactique, Besançon est un sniper. Leurs œuvres sont des festins pour l'intellect. Ils écrivent un français parfait, sont culturellement armés comme aucun intello de gauche, discrètement connectés aux réseaux de dissidents de l'Est, qu'ils aident. Ils déchiffrent la toxicité du communisme à tours de bras, prennent les risques nécessaires. Quiconque provoque le KGB, même hors de l'empire, sait que le prix à payer peut être infiniment élevé, car il n'est pas un lieu au monde où les agents de l'empire n'aient accès. Les deux auteurs sont insultés, surveillés, menacés par les communistes venus du froid, mais tiennent bon. Revel abat un travail herculéen en librairie et dans la presse, empilant les best-sellers antisoviétiques, mettant en garde à chaque page ses lecteurs contre la broyeuse idéologique. Il est admiré par tous ceux qui l'ont lu ou connu. Comment les Démocraties Finissent et La Connaissance Inutile sont des chocs : Revel est efficace, il cogne avec grand style et le plus fort possible, la France l'écoute. La droite intellectuelle et politique doit une fière chandelle à ce Cassius Clay du libéralisme. De son côté, Besançon, libéral lui aussi, perce à jour la nature profonde, essentielle, du communisme, qu'il développe puissamment dans Les Origines Intellectuelles du Léninisme, devenu depuis ouvrage de référence pour l'université mondiale. 

Les offensives de Revel et les missions d'infiltration de Besançon participèrent réellement à la lutte contre le soviétisme. Ils firent la guerre à l'URSS, mais indépendamment de l'État, sans supérieurs ni ordres. Ils ne se contentaient pas de disserter sur Hayek – nous ne visons personne. Ils partaient à l'assaut du Mordor, chevaleresques. Qu'on nous permette de résumer la splendeur de la soviétologie en une vidéo de Jean-François Revel. Il vient de prouver que Georges Marchais est un ex-travailleur volontaire pour l'industrie de guerre en Allemagne nazie. Proposer à Marchais d'être jugé par une commission d'enquête composée d'anciens Résistants constitue une gifle de première grandeur.

 

Et nous ? 

Il se trouve que la France de 2013 se socialise à vitesse grand H, et que nous voguons à fière allure vers un chaos étatique de première ampleur ; il n'est pas absurde de penser que ce chaos pourrait mener à un affaissement fatal de la démocratie. Il y a donc, comme au bon vieux temps de Darth Brejnev, le feu à la baraque. L'adversaire n'est pas le même, il est plus économique que militaire, il nous enterre vivants à coup de taxes françaises, de lois européennes et de crédits chinois plutôt qu'avec des missiles intercontinentaux, mais il est bien là, il marche sur nous, il s'appelle : la misère et l'extinction de nos libertés. Qatar, Chine, Russie : des dictatures nous regardent tomber, nous prêtent de l'argent, et songent à nous conquérir progressivement. L'État s'abandonne à eux. Le libéralisme français n'a plus le temps de comparer les deux mille sortes différentes de libertarianismes. Il doit impérativement entrer en ordre de bataille. 

Il peut s'inspirer de la soviétologie, imiter sa démarche. Considérer que le socialisme contemporain est systémique, car il l'est. Considérer que ce n'est pas la faute des socialistes, qui sont atteints de somnambulisme, mais de l'idéologie qui les a endormis. Considérer que la compréhension de ce système est la clé de sa destruction. Considérer qu'expliquer ce système est la chose la plus importante au monde, et la plus sûre des dénonciations. Aussi me permettrai-je, avec toute l'humilité possible, de donner trois conseils aux néophytes, si d'aventure ils sont encerclés par une meute d'âmes de gauche. 

1. Ne partez jamais du principe qu'ils sont idiots. L'idéologie peut les rendre très niais, mais elle n'est pas niaise. Elle pense pour eux, elle sait où elle va et comment y aller, à travers eux. Elle n'a pas besoin de leur intelligence, mais de leur aveuglement. Ne croyez pas qu'ils se servent d'elle pour avoir l'air intelligent : elle se sert d'eux pour avoir l'air bête.

2. Apprenez à penser comme eux. Tant que vous ne saurez pas exactement comment ils pensent, vous ne les arrêterez pas. Et vous ne pouvez le savoir que si vous faites l'effort de penser comme eux. Mon truc pour y parvenir : partez du principe qu'ils sont sincères. Non parce qu'ils pensent ce qu'ils disent, mais parce qu'à force de le dire, c'est devenu leur identité. Alain Besançon : "Il n'importe pas pour l'idéologie d'être crue, mais d'être parlée". L'hypnose n'a pas besoin de l'intime conviction pour contrôler le patient. Un soviétologue s'interdit de penser que le socialiste a inventé le socialisme : il sait que c'est tout l'inverse. Le socialiste est victime de l'idéologie, quand bien même il en tire des bénéfices. Et ce n'est pas Jérôme Cahuzac qui nous contredira. Dans l'étude du socialisme hard, l'empathie est reine. Il n'est pas hasardeux que la plupart des meilleurs soviétologues soient d'anciens communistes ou d'anciens socialistes : ils connaissent intimement les dégâts que fait l'idéologie dans le cerveau. Le socialisme est cette vitre qu'il faut briser de l'intérieur. Entrez dans la langue de bois et trouvez la systémie, elle vous mènera jusqu'au réacteur central. Restez prudents – il fait sombre, là-dedans, les marches sont glissantes.

3. Pour vaincre le crescendo socialiste, lisez sur le communisme. La soviétologie est l'arme fatale de l'antisocialisme : qui sait renverser le plus peut renverser le moins. Or, l'État français fonce tête baissée du moins vers le plus, et sous Hollande encore plus vite que sous Sarkozy (ce qui n'est pas rien). Le temps est venu de tourner contre l'État socialiste les canons soviétologiques. Et de les utiliser. Et il n'y a pas que la France, comme cible, vous savez. Nous sommes innombrables en Europe, à trouver que Bruxelles prend soudain des airs exagérément autoritaires. Face à cette systémie-là aussi, la soviétologie peut s'avérer d'un secours incomparable.

Les nouveaux venus en ces terres si inhospitalières trouveront ci-dessous une bibliographie la plus large possible et une vidéo Dailymotion d'anthologie – de quoi rire pour oublier. Bon voyage.


Les Origines Intellectuelles du Léninisme (Alain Besançon)
Une percée décisive aux tréfonds de l'âme totalitaire, et un portrait métaphysique de l'idéologie. Le mot "chef-d'œuvre" n'est pas de trop, pour cet essai dense, sombre, intense et méticuleusement implacable.


Comment les Démocraties Finissent (Jean-François Revel)
Et si la civilisation occidentale telle que nous la connaissons n'était qu'une brève parenthèse historique, coincée entre la barbarie passée et la sauvagerie future ? Une mise en garde qui fit l'effet d'un tremblement de terre à sa sortie. Le raisonnement reste hautement valide, et le style est ébouriffant.


Le Système Totalitaire (Hannah Arendt)
Arendt écrit par moments de manière un peu trop étrange, mais on ne saurait se passer de sa pensée. Elle est le brise-glace de la réflexion sur le totalitarisme. N'hésitez pas à attraper une migraine : c'est le métier qui rentre.


1984 (George Orwell)
Pour les Principes de la Novlangue, en appendice du roman, car c'est un diamant en soi. Et pour le roman lui-même, bien sûr.

 

La Langue de Bois (Françoise Thom)
Le seul ouvrage d'esprit scientifique sur le sujet, et le meilleur.

 

L'Archipel du Goulag (Alexandre Soljenitsyne)
Pour un libéral, se faire offrir les trois tomes d'un coup, pour Noël ou le jour de son anniversaire, devrait être un signe de savoir-vivre.


Le Livre Noir du Communisme (Stéphane Courtois, Nicolas Werth et contributeurs)
La génération des soviétologues français majeurs s'éloigne doucement, Courtois et Werth assurent la relève : leurs livres, écrits ensemble ou séparément, sont de haut niveau. Leur Livre Noir est le document-clé pour se plonger dans les abimes du communisme. Il manque parfois de profondeur, mais faire tenir tant de drames dans un si petit espace est un exploit.

 

Mao (Jun chang et Jon Hallyday)
Un tsunami de mensonges et de crimes, en mille pages au grand galop. À couper le souffle.

 

Staline - À la Cour du Tsar rouge (Simon Sebag Montefiore)
Un modèle de description de la folie communiste, abordée par le versant intime, quotidien, du leader totalitaire le plus intéressant. Le lecteur a le sentiment de vivre au Kremlin, en collocation avec Staline, et finit par avoir peur de lui. Envoûtant. Du même auteur, Le Jeune Staline dévoile le passé criminel du maître de l'empire.


La Révolution Russe (Richard Pipes)
880 grandes pages écrites petit. Colossal et très lisible, par un libéral. N'existe hélas qu'en un seul exemplaire sur Amazon. Toutefois disponible en anglais.


Revolutionary dreams : Utiopian Vision and Experimental Life in the Russian Revolution (Richard Stites)
Concerts de sirènes d'usines, nudisme révolutionnaires, chronométrage de la vie individuelle et autres déliriums : une anthologie des expériences les plus aberrantes tentées par les bolchéviques au pouvoir. Les lecteurs de Philippe Muray adoreront.

 

Un DVD : S-21 - La Machine de Mort Khmer Rouge
Le grand classique du documentaire sur le communisme. Un moment d'humanité, parfois même de poésie, malgré l'horreur du sujet. Disponible sur Amazon.

 

Pour se détendre après toutes ces émotions, un reportage de haut vol et hilarant. Je ne vous dis rien : quand vous l'aurez vu, vous ne l'oublierez plus. Cet Ovni est un miracle. Vous noterez que le député libéral est le personnage le plus digne du groupe.

 

 

Et puisqu'il faut lire du communisme pour penser comme lui et le comprendre, les plus explorateurs d'entre vous, les aventuriers, pourront attaquer l'Everest par cette piste-ci, célèbre dans l'histoire du bolchévisme, et abordant un sujet qui vous intéresse toutes et tous depuis déjà longtemps. Un must, vous dis-je. Bienvenue dans l'anti-monde.


 

URSS

De Wikiberal
Affiche soviétique : "Camarade, viens avec nous au kolkhoze !"

 

L'Union des républiques socialistes soviétiques, abrégé en URSS (en russe : Союз Советских Социалистических Республик, abrégé en : СССР), était un État fédéral de 15 républiques soviétiques et qui a existé de 1922 jusqu'à sa dissolution en 1991. Ce fut le principal État communiste pendant cette période.

Bilan humain

En prenant le pouvoir en 1917, Lénine planifie l'élimination des « contre-révolutionnaires ». En mars 1919, la révolte des ouvriers d'Astrakhan est écrasée dans le sang par l'armée rouge, et près de 5 000 personnes sont noyées en une semaine dans la Volga. Le « nettoyage » des derniers bastions anti-communistes de Crimée coûte la vie à 50 000 personnes. La politique de « décosaquisation » frappe entre 300 000 et 500 000 cosaques qui seront assassinés ou déportés.

L'arrivée au pouvoir de Staline va généraliser les massacres de masse. En 1932 et 1933, 6 millions d'Ukrainiens mourront de la famine d'État imposée par Moscou. La folie meurtrière frappe jusque dans les rangs du régime. 650 000 d'entre eux feront les frais des purges staliniennes. 720 000 exécutions d'opposants et 300 000 morts dans les camps. A la fin de la seconde guerre mondiale, les déportations ethniques feront des centaines de milliers de victimes, et si la mort de Staline en 1953 marque la fin des massacres à grande échelle, les déportations s'accélèrent pour atteindre un point culminant de 900 000 personnes envoyées au goulag au début des années 60.

Lorsque Gorbatchev a tenté de libéraliser l'économie et de donner la liberté d'expression, le régime basé sur la peur et la restriction économique extrême ne pouvait plus tenir, et il s'est très vite effondré en 3 ans comme un château de cartes. L'URSS a explosé en 15 pays, dont son principal successeur est la Russie.

Bibliographie

Voir aussi

Citations

  • La chute du mur de Berlin a mis fin à une expérience grandeur nature qui se déroulait depuis près d'un demi-siècle. D'un côté, on avait l'Union soviétique avec son système marxiste d'économie centralement planifiée. De l'autre, les pays occidentaux avec des économies plus ou moins mixtes, mais dont aucune ne se rapprochait, même de près, de ce qui se passait en URSS. L'Union soviétique s'est effondrée, et il faut aujourd'hui se donner beaucoup de mal pour trouver quelqu'un qui croie encore aux vertus de l'économie planifiée. (Milton Friedman)
  • De même que les États-Unis sont l’enfant légitime de la Grande-Bretagne, de même l’URSS était la fille légitime de la Révolution française, ce qui explique la coupable indulgence de toutes les élites françaises pour ce régime monstrueux et pour tous ses avatars (Cambodge, Vietnam, Cuba...) (Charles Gave)
  • Lorsque les archives du Gosplan furent enfin accessibles et que les anciens économistes soviétiques qui avaient participé à sa mise en œuvre furent autorisés à s’exprimer, il devint impossible de nier l’évidence : point par point, la condamnation à mort prononcée par Mises en 1920 s’était avérée exacte. On découvrit, par exemple, qu’en l’absence de marché libre, les responsables du Gosplan était littéralement incapables d’établir une échelle de prix et en étaient réduits à utiliser les espions du KGB pour récupérer les catalogues de La Redoute ou de Sears. La plus grande entreprise de planification économique jamais conçue n’avait ainsi due sa survie... qu’à l’existence d’économies de marché à ses portes et les écrits de Mises, formellement interdits par le pouvoir soviétique comme naguère par les nazis, circulaient de mains en mains au cœur même de l’appareil de planification (anecdote rapportée, notamment, par Yuri Maltsev, un des économistes chargés par Gorbatchev de mettre en œuvre la perestroika). (Georges Kaplan)
  • L’URSS se trouve grosso modo située, dans l’équilibre des forces, du côté de celles qui luttent contre les formes d’exploitation de nous connues. (Jean-Paul Sartre et Maurice Merleau-Ponty, Les Temps Modernes, janvier 1950)
  • Celui qui ne regrette pas l'URSS n'a pas de cœur ; celui qui souhaite son retour n'a pas de tête. (Vladimir Poutine)
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Vendredi 8 novembre 2013 5 08 /11 /Nov /2013 17:21

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Sergueï Netchaïev : catéchisme du révolutionnaire (1869)

2396a231bfd2ac5665a5d8c5492d83e7.jpgPrincipes par lesquels le révolutionnaire doit être guidé : 

 

ATTITUDE DU RÉVOLUTIONNAIRE ENVERS LUI-MÊME


1. Le révolutionnaire est un homme condamné. Il n'a pas d'intérêts propres, pas de liaisons, pas de sentiments, pas d'attaches, pas de biens et pas même de nom. Tout en lui est absorbé par un seul et unique intérêt, une seule pensée, une seule passion : la révolution.

2. Tout au fond de son être, non seulement en paroles mais aussi en actes, il a rompu tout lien avec l'ordre établi et le monde cultivé dans son ensemble, avec ses lois, ses propriétés, ses conventions sociales et ses principes éthiques. Il est un ennemi implacable de ce monde, et s'il continue d'y vivre, c'est pour mieux le détruire.

3. Le révolutionnaire exècre les doctrines et a rejeté les sciences ordinaires, les laissant aux générations futures. Il ne connaît qu'une seule science, la science de la destruction. A cette fin, et à cette fin seule, il étudiera la mécanique, la physique, la chimie et peut-être la médecine, cette fin, il étudiera jour et nuit la science vivante : le peuple, ses caractéristiques, son fonctionnement et tout ce qui constitue le présent ordo social à tous les niveaux. Son seul et unique objectif est la destruction immédiate de cet ordre ignoble.

4. Il méprise l'opinion publique. Il exècre et abhorre l'éthique sociale existante dans toutes ses manifestations et expressions. Pour lui, est moral tout ce qui peut permettre le triomphe de la révolution. Est immoral et criminel tout ce qui se trouve en travers de son chemin.

5. Le révolutionnaire est un homme dévoué, impitoyable envers l'État et l'ensemble de la société éduquée et privilégiée ; il ne doit pas attendre d'elle la moindre pitié. Entre elle et lui existe, qu'elle soit déclarée ou non déclarée, une guerre incessante et sans fin. Il doit se préparer à supporter la torture.

6. Dur envers lui-même, il doit être dur envers les autres. Toutes les émotions tendres ou efféminées de connivence, d'amitié, d'amour, de gratitude et même d'honneur doivent être refoulées en lui par une passion froide et entêtée pour la cause révolutionnaire. Il n'est pour lui qu'un seul délice, une seule consolation, une récompense et une gratification : le succès de la révolution. Jour et nuit, il ne doit avoir qu'une seule pensée, un seul but : la destruction sans merci. Dans sa poursuite froide et infatigable de ce but, il doit être prêt à mourir lui-même et à détruire de ses propres mains tout ce qui pourrait l'empêcher.

7. La nature du véritable révolutionnaire ne laisse pas de place pour le romantisme, le sentimentalisme, l'extase ou l'enthousiasme. Elle ne laisse pas davantage de place à la haine personnelle ou à la vengeance. La passion révolutionnaire, qui doit devenir pour lui le mode de pensée courant, doit à tout moment être combinée au plus froid calcul. En tout instant et endroit, il ne doit pas être ce que lui dictent ses inclinations personnelles, mais ce que l'intérêt général de la révolution commande.

ATTITUDE DU RÉVOLUTIONNAIRE ENVERS SES CAMARADES


8. Le révolutionnaire respecte ses amis mais ne chérit que celui qui s'est montré dans les faits comme aussi révolutionnaire que lui. L'étendue de cette amitié, de cette dévotion et d'autres obligations envers son camarade n'est déterminée que par leur degré d'utilité au travail pratique de complète destruction révolutionnaire.

9. La nécessité de la solidarité entre révolutionnaires est évidente. Elle est constitutive de la vigueur du travail révolutionnaire. Les camarades révolutionnaires ayant le même degré de compréhension révolutionnaire et de passion devraient, autant que possible, discuter ensemble des choses importantes et prendre des décisions unanimes. Mais même en mettant au point un plan échafaudé de la sorte, chaque homme doit autant que possible ne compter que sur lui-même. En accomplissant une série d'actes de destruction, chaque homme doit agir par lui-même et ne recourir aux conseils et à l'aide de ses camarades que si cela est nécessaire à l'accomplissement du plan.

10. Chaque camarade devrait avoir sous ses ordres plusieurs révolutionnaires des deuxième et troisième catégories, c'est-à-dire des camarades qui ne sont pas complètement initiés. Il doit les regarder comme des portions d'un fonds commun du capital révolutionnaire placées à sa disposition. Il doit dépenser ses portions du capital avec parcimonie, tentant à chaque fois d'en tirer le maximum de bénéfice. Il doit se regarder lui-même comme un capital consacré au triomphe de la cause révolutionnaire ; mais comme un capital dont il ne peut disposer librement sans le consentement de la compagnie entière des camarades initiés.

11. Lorsqu'un camarade a des ennuis, le révolutionnaire, quand il décide ou pas de l'aider, ne doit pas prendre en compte ses sentiments personnels mais le bien de la cause révolutionnaire. Il doit donc peser, d'un côté l'utilité du camarade, et de l'autre la quantité d'énergie révolutionnaire qui devrait être dépensée pour sa délivrance, et doit décider laquelle a le plus de poids.

ATTITUDE DU RÉVOLUTIONNAIRE ENVERS LA SOCIÉTÉ


12. L'admission d'un nouveau membre, qui s'est illustré non en paroles mais en actes, ne peut être le fait que d'un accord unanime.

13. Le révolutionnaire vit dans le monde de l'État, des classes et de la soi-disant culture, et n'y vit que parce qu'il croit à sa destruction complète et rapide. Il n'est pas révolutionnaire s'il ressent de la pitié pour quoi que ce soit en ce monde. S'il en est capable, il doit envisager l'annihilation de sa situation, d'une relation ou de toute personne faisant partie de ce monde ; tout et tous doivent lui être également odieux. Cela est difficile s'il possède une famille, des amis et des êtres chers en ce monde ; il ne peut être révolutionnaire s'ils peuvent arrêter sa main.

14. Tout en visant à une implacable destruction, le révolutionnaire peut et doit parfois vivre au sein d'une société en prétendant être ce qu'il n'est pas. Le révolutionnaire doit s'infiltrer partout, au sein des classes basses et moyennes, dans les maisons de commerce, les églises, les manoirs des riches, le monde de la bureaucratie, de l'armée, de la littérature, de la 3è section (la police secrète) et même au palais d'Hiver.

15. Cette société infecte doit être découpée en plusieurs catégories. La première comprend tous ceux qui doivent être immédiatement condamnés à mort. La société doit rédiger une liste de ces personnes condamnées, fonction leur relative menace exercée à l'encontre d'une progression harmonieuse de la cause révolutionnaire, et pour permettre leur élimination.

16. Pour établir ces listes en fonction des raisons énoncées plus haut, il convient de ne pas se laisser guider par les actes individuels de traîtrise commis par la personne, ni même par la haine qu'elle provoque au sein du peuple. Ces traîtrises et cette haine peuvent toutefois s'avérer utiles, puisqu'elles incitent à la rébellion populaire. On doit se fonder sur le service que la mort de l'individu pourrait rendre à la cause révolutionnaire. C'est pourquoi ceux qui doivent être annihilés en premier sont les individus particulièrement dangereux pour l'organisation révolutionnaire, et dont la mort soudaine et brutale effraiera le gouvernement et, le privant de certains de ses représentants les plus intelligents et énergiques, diminuera sa force.

17. La deuxième catégorie recouvre ceux à qui un répit temporaire est accordé, uniquement afin que leur comportement bestial ne pousse inévitablement le peuple à la révolte.

18. À la troisième catégorie appartient le troupeau des personnalités de haut rang ou des personnages qui ne sont pas distingués par leur intelligence particulière ou leur énergie mais qui, par leur position, sont pro pères et jouissent de leurs connexions, leur influence et leur pouvoir ; ils doivent être pris la main dans le sac et confondus et, quand nous aurons découvert suffisamment de leurs sales petits secrets, nous en ferons nos esclaves. Leur pouvoir, leur influence, leurs connexions, leur richesse et leur énergie constitueront notre inépuisable maison du trésor et une aide efficace à nos entreprises variées.

19. La quatrième catégorie comprend les personnes ambitieuses politiquement et les libéraux de différentes nuances. Nous pouvons conspirer avec eux, en suivant leur programme, et prétendre les suivre aveuglément, alors que nous prenons leur contrôle, que nous révélons tous leurs petits secrets et les compromettons à un tel point qu'ils soient irrémédiablement impliqués et puissent être employés pour semer le désordre au sein de l'État.

20. La cinquième catégorie est composée des doctrinaires, des conspirateurs, des révolutionnaires, tous ceux qui s'adonnent aux vaines péroraisons, en public ou sur le papier. Ils doivent être continuellement incités et poussés à rédiger de violentes déclarations poussant à l'action, de manière à ce que, dans leur majorité, ils disparaissent sans laisser de trace et que les intérêts des vrais révolutionnaires s'en trouvent quelque peu accrus.

21. La sixième et importante catégorie est celle des femmes. Elles doivent être réparties en trois catégories. Premièrement, ces femmes frivoles et sans cervelle que nous pouvons utiliser comme les troisième et quatrième catégories d'hommes. Deuxièmement, les femmes ardentes, talentueuses et dévouées, mais qui ne nous ont pas rejoints parce qu'elles n'ont pas encore atteint une compréhension réelle, pratique et dénuée de passion de la révolution : ces femmes doivent être utilisées comme les hommes de la cinquième catégorie. Finalement, les femmes qui sont en complète adéquation avec nous, ont été pleinement initiées et acceptent notre programme dans son intégralité : nous devons regarder ces femmes comme le plus précieux de nos trésors, dont l'assistance nous est indispensable.

ATTITUDE DE LA CONFRÉRIE ENVERS LE PEUPLE


22. La Confrérie n'a pas d'autre but que l'entière libération et le bonheur du peuple - c'est-à-dire des travailleurs. Mais convaincue que cette libération et ce bonheur ne sont possibles qu'au moyen d'une révolution populaire qui balayerait tout sur son passage, la Confrérie contribuera de toutes ses forces et de toutes ses ressources au développement et à l'extension des souffrances qui épuiseront la patience du peuple et le pousseront à un soulèvement général.

23. La Confrérie n'entend pas sous "révolution populaire" un mouvement réglé selon les idées de l'Occident, et qui s'arrêterait respectueusement devant la propriété et les traditions de l'ordre social, et devant ce qu'on appelle la civilisation et la moralité. Ce genre de mouvement s'est borné jusqu'ici à renverser une forme politique, afin de la remplacer par une autre et de créer l'État dit révolutionnaire. Seule peut être salutaire au peuple une révolution qui détruira jusqu'aux racines de l'État, et supprimera toutes les traditions, les classes et l'ordre même existant en Russie.

24. Aussi, la Confrérie n'a nulle intention d'imposer au peuple une organisation venant d'en haut. La future organisation sera sans aucun doute élaborée par le mouvement et la vie populaire elle-même - mais c'est là l'affaire des générations futures. Notre oeuvre à nous est une destruction terrible, entière, générale et implacable.

25. Aussi, en cherchant un rapprochement avec le peuple, nous devons tout d'abord nous joindre aux éléments populaires qui, depuis la fondation de l'État moscovite, n'ont pas cessé de protester non seulement en paroles, mais en actes, contre tout ce qui est lié directement et indirectement au pouvoir : la noblesse, les fonctionnaires, les corporations, le commerçant exploiteur. Joignons-nous aux brigands hardis, qui sont les seuls véritables révolutionnaires de la Russie.

26. Fondre ces bandes en une force invincible qui détruira tout sur son passage - telle sera l'oeuvre de notre organisation, de notre conspiration, tel sera notre but.

 

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Sergueï Netchaïev est un nihiliste et un révolutionnaire russe (1847-1882).

Il exposa ses principes dans son Catéchisme du révolutionnaire, rédigé avec Bakounine (1869) dans lequel il prône l'anéantissement de l'État et l'assassinat des opposants. Il y définit sa conception de la révolution, ainsi que l'attitude du révolutionnaire envers lui-même, ses camarades et la société. Il soutient la thèse selon laquelle le révolutionnaire doit accentuer les souffrances du peuple, afin que celui-ci trouve le courage de se révolter.

Il fonda à Moscou un groupement révolutionnaire, la Vindicte du peuple (1869), et organisa l'assasinat de l'étudiant Ivanov qu'il accusait de trahison (cf. Les Possédés de Dostoievski). Il rejoint ensuite l'Allemagne et se brouille avec Bakounine, effrayé par son cynisme et sa violence. Il se réfugie ensuite à Londres puis à Paris (1870). Il retourne en Suisse dont il est extradé vers la Russie en 1872 et est emprisonné à Saint-Pétersbourg, à la prison Pierre et Paul. Il y meurt dix ans plus tard.

Terrorisme

De Wikiberal

Définition

Le terrorisme consiste en la pratique, par une personne, un groupe ou un État, de crimes violents destinés à produire sur leur cible (la population) un sentiment de terreur, souvent bien supérieur aux conséquences réelles de l'acte. Le terrorisme vise la population civile en général ou une de ses composantes, une institution ou les structures d'un État. L'objectif peut être d'imposer un système politique, de causer des destructions à un ennemi ou de déstabiliser une société, d'obtenir la satisfaction de revendications politiques, religieuses, racistes, séparatistes, etc.

Raymond Aron définit le terrorisme ainsi :

Une action violente est dénommée terrorisme lorsque ses effets psychologiques sont hors de proportion avec ses résultats purement physiques.

Partout et de tout temps, on observe que le terrorisme est le meilleur allié de l'accroissement de la coercition du pouvoir d'Etat ; il est d'autant plus nécessaire, en période de tension, de ne pas fléchir sur les principes de base des sociétés libérales.

Origine

Le mot terrorisme (ainsi que terroriste et terroriser) est apparu pour la première fois au XVIIIe siècle, durant la Révolution française, pendant le régime de la Terreur, lorsque le Comité de salut public dirigé par Robespierre exécutait ou emprisonnait toutes les personnes qui étaient considérées comme contre-révolutionnaires.

Le mot a plus tard évolué pour désigner aujourd'hui les actions violentes visant spécifiquement les populations civiles, faites dans le but de détruire, tuer et de mutiler. Les terroristes privilégient en effet les cibles civiles plutôt que les opposants armés.

Ces attaques ont pour but de promouvoir des messages à caractère politique ou religieux par la peur, ce qui différencie le terrorisme des actes de résistance visant à se libérer d'une occupation en détruisant les institutions politiques des occupants ou en assassinant ses représentants.

Les différents types de terrorisme

Il existe trois grands types de terrorisme :

  • le terrorisme individuel (nihiliste)
  • le terrorisme organisé (extrême-gauche, extrême-droite, islamisme)
  • le terrorisme d'État.

La terreur d'État a fait dans l'histoire beaucoup plus de victimes que la terreur d'en bas, celle du faible contre le fort.

Le premier épisode terroriste connu, rapporté par Flavius Josèphe, est celui des Zélotes, qui luttent en Palestine au Ier siècle après J.-C. contre l'occupant romain. La secte ismaïlienne des Assassins se fait connaître par ses actions violentes en Iran et en Syrie du XIe au XIIIe siècle. Autour de 1860, les mouvements nihilistes développent des actions terroristes en Russie.

Terrorisme intellectuel

Pensée-Unique.jpg

Le terrorisme intellectuel est la pratique qui, au moyen d'arguments et de procédés intellectuels (conformes en général à la liberté d'expression), vise à intimider pour empêcher la formulation d'idées gênantes. C'est une censure idéologique qui vise à empêcher de parler de tout ce qui ne rentre pas dans les grilles de l’idéologie, et qui sera dénoncé par le politiquement correct comme étant un dérapage. C'est un moyen de favoriser ses propres idées et donc soi-même en tant qu'incarnation de ces idées (intellectuel défendant son statut, parti visant la conquête du pouvoir). La politique est un des domaines privilégiés du terrorisme intellectuel, mais la culture, l'enseignement, etc. n'en sont pas exempts.

« Le terrorisme intellectuel, ce sont les moyens que mettent en œuvre ceux qui savent très bien qu'ils ont tort pour empêcher que les objections les atteignent. Ils n'ont pas d'autres méthodes. »
    — Jean-François Revel
« Qu'appelle-t-on terrorisme intellectuel ? Le fait de vouloir déconsidérer une personne qui exprime des opinions au lieu de les réfuter par des arguments. »
    — Jean-François Revel
« C'est un système totalitaire. Mais d'un totalitarisme patelin, hypocrite, insidieux. Il vise à ôter la parole au contradicteur, devenu une bête à abattre. À abattre sans que coule le sang : uniquement en laissant fuser des mots. Les mots de la bonne conscience. Les mots des grandes consciences. Les mots qui tuent. »
    — Jean Sévillia, Le terrorisme intellectuel : De 1945 à nos jours, éd. Perrin, 2004

Parmi les procédés habituels qui sont au cœur du terrorisme intellectuel : l'emploi de sophismes, le relativisme, le polylogisme (l'opinion ne compte pas, c'est la situation sociale de celui qui parle qui compte), la diabolisation, l'emploi de motvirus ("ultra-libéralisme", "néolibéralisme" ), etc.

En France, il existe plusieurs procédés de terrorisme intellectuel utilisables facilement pour éviter tout débat :

  • le classique "point Godwin" qui consiste à mettre son adversaire sur le même plan que les Nazis (argument ad hominem utilisé quand l'adversaire est à bout de ressources) ;
  • spécifiquement français, le "point Poujade" permet de clore tout débat sur la fiscalité ou le rôle de l'État : "tu n'es qu'un égoïste ordinaire, tu veux seulement payer moins d'impôts" ;
  • le "point fasciste" est souvent une conséquence logique du "point Poujade" : "tu es contre la solidarité et pour le darwinisme social". George Orwell observait (déjà à l'époque du fascisme) que « le mot fascisme n’a plus aucun sens, si ce n’est dans la mesure où il recouvre quelque chose d’indésirable ».
  • le "point c-u-l" ("c'est ultralibéral") : quand les procédés précédents apparaissent trop datés et trop usés, l'accusation inusable d'"ultra-libéralisme" permet de qualifier l'adversaire d'extrémiste, comme si la liberté (confondue avec l'anomie) relevait d'une idéologie arbitraire, tolérable tant qu'elle ne serait pas "extrémiste".

Voir aussi La gauche en France.

Voir aussi

Liens externes

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Jeudi 7 novembre 2013 4 07 /11 /Nov /2013 10:24

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Ce jour où l'argent disparût

Abolir l'argent ? C'est possible ! Lénine l'a fait. Mais comment s'y est-il pris ? Visite guidée de la mesure économique la plus crétine de toute l'histoire humaine.

Par Cyber-Résistant.

http://media.paperblog.fr/i/623/6236342/jour-largent-disparut-L-3bSR5u.jpegLénine au début des années 1920


Des innombrables livres écrits sur l'étrange période léniniste de l'histoire soviétique, le plus riche est sans doute La Révolution russe de Richard Pipes. Profus, intelligent, très informé, cet imposant ouvrage paru en 1990 est le seul à narrer dans le détail une des mesures les plus funestes et les plus grotesques de toute l'histoire de l'économie mondiale : la création volontaire et méthodique d'une inflation absolue. Retour sur un portenaouak aux dimensions cyclopéennes.

 

Un contexte peu reluisant
1918. Lénine est au pouvoir depuis un an, et cela suffit largement pour que la Russie sombre dans un chaos d'un genre inédit. Guerre civile, terreur, famine, volontarisme aveugle, paranoïa et langue de bois se superposent pour former un type de société jamais vu sur Terre. Lénine rate tout ce qu'il entreprend, mais il l'entreprend avec une telle détermination, une telle rage, qu'il parvient encore à contrôler l'essentiel de la pyramide bureaucratique : la sanguinaire Tchéka, l'armée, le parti et l'idéologie. Il invente le communisme réel sur le tas, dans l'action, sans se soucier des conséquences et avec une impeccable sincérité. Rencontrant échec cuisant sur échec cuisant dans tous les domaines de son action, il maximise sans cesse ses propres mesures, punissant la réalité qui lui résiste. Il cherche frénétiquement à forcer le passage vers le monde à venir et appelle ses troupes à faire preuve de toujours plus de brutalité. Il réprime la confusion qu'il crée : là est sa seule activité réelle, le reste étant langue de bois. L'ordre bolchévique est un désordre qui va crescendo, aiguillonné par des lois irrationnelles. "Une anarchie tyrannique", dit Alain Besançon.


Pas d'argent, pas de pauvres
L'économie n'existe plus que sous la forme de réquisitions à la baïonnette et de marché noir misérable, de désagrégation de l'industrie et de désespoir paysan. Une poignée de théoriciens communistes russes - Boukharine, Larine, Osinsky, Preobrajensky et Chaïanov - se met en tête d'abolir l'argent. Ils sont de cette génération d'intellectuels-aventuriers arrogants et bavards, grouillant dans le sillage de Lénine, presque tous fils de bourgeois abhorrant leur milieu d'origine, inventeurs de thèses sans queue ni tête greffées sur l'échafaudage marxiste. Ils brûlent de transformer l'Univers à coup d'ordonnances, de censure et de rétorsion. Nihilistes se prenant pour des scientifiques, ils ont toutes les prétentions et sont disposés à toutes les violences administratives pour parvenir à leurs fins, réaliser leurs fantasmes conceptuels, inscrire leurs noms au fronton de l'infini anti-réactionnaire. On peut les trouver comiques. L'ennui est qu'ils sont aux commandes et décident : l'abolition de l'argent aura bel et bien lieu. Le Commissaire soviétique au Finances déclare : "Les finances ne doivent pas exister dans un pays socialiste".

 

Éloge de l'inflation maximum

Comment s'y prendre ? La bande d'intellectuels du Kremlin sait pertinemment que dire "Débarrassez-vous du peu d'argent qui vous reste !" au peuple ne suffira pas. Le peuple n'est pas fiable, il n'a pas assez à manger, il a peur, il est imprévisible, parfois même réactionnaire. La solution doit venir d'en haut et être inarrêtable. Nos amis ont une idée géniale : déclencher une inflation telle que la monnaie perdra toute valeur. Inutile de détruire le papier-monnaie lui-même, si l'on détruit ce qu'il signifie : il ne sera plus que déchet, et abandonné. Mais pourquoi abolir l'argent, demanderez-vous ? Le bolchévisme apporte une réponse évidente à cette question : s'il n'y a plus d'argent, il n'y a plus de riches, donc il n'y a plus de pauvres. L'inégalité disparaît de facto. Pour l'intellectuel proche de Lénine, l'argent est le côté obscur de la Force, l'hostie empoisonnée de la domination économique et financière. L'abolir est le climax du rêve collectiviste.

Iouri Larine est chargé de la mise en œuvre du projet. Il doit faire marcher la planche à billets jusque qu'à évaporation définitive de leur valeur. Le 15 mai 1918, alors que l'inflation naturelle de la Russie soviétique, fruit de la guerre mondiale et de la Révolution, atteint déjà des sommets, la Banque du peuple est autorisée à émettre autant d'argent qu'elle estime nécessaire. Entendez : en avant, toute. "Dès lors", raconte Richard Pipes, "l'impression de papier-monnaie devient l'industrie la plus importante du pays". À la fin de l'année, elle emploie plus de 13.000 ouvriers. On manque de papier et d'encre : on est obligé d'en faire venir de l'étranger, quitte à puiser dans les réserves d'or ! 60% (soixante pour cent) des dépenses budgétaire de l'État sont absorbés par l'impression de billets dans la deuxième moitié de 1919. La surréalisme communiste bat son plein.

 

Montagnes russes

Et, mécaniquement, ça marche. Larine arrive à ses fins. Les chiffres donnent envie de se frotter les yeux. Selon un historien de l'économie cité par Pipes, du 1er janvier 1917 au premier janvier 1923, "la quantité d'argent augmente 200.000 fois et les prix des denrées 200 millions de fois". Larine et ses collègues exultent. Il n'est guère besoin d'exposer à un public libéral les effets d'une telle apocalypse monétaire sur la vie matérielle et morale quotidienne des Russes : la faim, la peur le désespoir, les ventres gonflés, les yeux exorbités, les guenilles, les errants sur les quais de gare, les coupe-gorges partout, les bandes armées, le cannibalisme. Le tableau est encore plus sombre si l'on considère que cette République Inflationniste du Léninistan est mordue jusqu'au sang par la guerre civile, et terrorise sans compter tout ce qui se présente. On compte les dégâts en centaines de milliers de morts, en régions entières dévastées, englouties par l'aberration. La Russie passe tout près de la désintégration. On a aujourd'hui mille fois tort d'imaginer que les formes pures du totalitarisme se trouvent chez Staline et Hitler. Lénine ne préfigure pas le totalitarisme, il l'instaure et l'installe. Staline le perfectionnera avec un soin maniaque, Hitler l'équipera d'une rage new look, mais le père de l'idéologie toute-puissante et des réseaux de voies ferrées menant à des lieux d'extermination est bien Vladimir Illich Oulianov. La "réforme antimonétaire" de Larine fait tant de morts qu'elle est un crime contre l'humanité, et elle en dit aussi long sur le soviétisme que les fosses communes.


Un nihilisme économique

Le peuple russe mit plus de 70 ans à sortir du cataclysme de cette première période de l'aventure soviétique, dans laquelle l'expérimentation ultra-inflationniste de Larine s'imbrique idéalement - pour la bêtise de ses principes, la toxicité de ses intentions, le caractère monumental de son application et les tragédies innombrables qu'elle engendre. Si toute l'histoire de l'URSS, et toute l'histoire du communisme mondial à compter de 1917, peuvent être lues comme une variation sur le thème du léninisme, on peut envisager la quasi-abolition de l'argent par Larine comme un symbole de l'authentique politique de gauche. La volonté sauvage d'arracher sa valeur à la monnaie illustre impeccablement cette idée : le socialisme est un nihilisme économique, et il n'est compétent que dans la destruction.

 

(D'après les données et le récit de Richard Pipes, in La Révolution russe, Presses Universitaires de France, pp. 626-637)


Lénine

De Wikiberal
Lénine
personnage historique

Dates 1870-1924
V i lenine.jpg
Tendance communiste
Origine Russie Russie
Articles internes Liste de tous les articles
Citation Cacher aux masses la nécessité d’une guerre exterminatrice, sanglante, désespérée comme objectif immédiat de l’action future, c’est se tromper soi-même et tromper le peuple.
inter lib.org sur Lénine




Vladimir Illitch Oulianov dit Lénine est un idéologue et homme politique russe né à Simbirsk le 22 avril 1870 et mort le 21 janvier 1924. Créateur du premier État communiste, l'URSS, il a donné une réalité aux idées de Marx et de Engels, tout en transformant profondément la doctrine marxiste. Le marxisme-léninisme jette ainsi les bases du totalitarisme. En associant pour la première fois l’idée d’un parti unique, d’une police politique et d’un système concentrationnaire, il a été l’inspirateur de toutes les variantes du communisme développées au XXe s. (stalinisme, trotskisme, maoïsme, castrisme, etc.) tout en exerçant une influence sur le fascisme et le nazisme. En ce sens, il a été la personnalité majeure du siècle dernier et le principal ennemi du libéralisme.

Biographie

 

Le théoricien

Chez Lénine, la théorie est liée à la pratique. Il n'y a pas de dogme : l'orthodoxie est ce que dit le parti en ce moment et dans la forme où il le dit. L'effort intellectuel principal consiste à assurer la cohérence dialectique du côté de l'action politique et du côté de la théorie. Il faut conférer à chaque pas politique un sens idéologique. Il n'y a pas plus de vérité qu'il n'y a de liberté : la vérité bourgeoise s'oppose à la vérité prolétarienne. La pensée de Lénine est foncièrement dualiste.

Dès Que Faire ? (1902), il montre le parfait mépris qu’il éprouve à l’égard des ouvriers : ceux-ci ne songent qu’à améliorer leur situation matérielle et non à détruire l’ordre social existant. Le prolétariat ignore ce qui est bon pour lui. Le Parti, composé d’une élite intellectuelle qui détient la science, est l’incarnation (et non la représentation) du mouvement ouvrier. Ce parti doit être organisé de façon hiérarchisée et autoritaire comme une fabrique ou comme une armée. Le « centralisme démocratique » exclut toute liberté de critique au sein du Parti : La liberté est un grand mot, mais c’est sous le drapeau de la liberté de l’industrie qu’ont été menées les pires guerres de brigandage ; c’est sous le drapeau de la liberté du travail qu’on a spolié les travailleurs. L’expression « liberté de critique » telle qu’on l’emploie aujourd’hui renferme le même mensonge. Le Parti bolchevik, créé en 1912 et modèle de tous les PC ultérieurs, répond à cette conception.

Dans l’État et la Révolution (1917), opuscule rédigé entre les révolutions de février et d’octobre, il se présente comme le restaurateur du vrai marxisme. Contre les opportunistes partisans d’une prise de pouvoir légal, Lénine souligne la nécessité d’une prise de pouvoir violente pour supprimer l’État bourgeois et le remplacer par un État prolétarien. Instrument d’oppression, l’État doit être au service de la classe révolutionnaire : la violence sera au service de la majorité (le peuple) contre la minorité bourgeoise. Avec la disparition des exploiteurs, les intérêts de tous seront en harmonie avec ceux de tous et l’État dépérira. Cette première phase de dictature du prolétariat, le socialisme, va donc inévitablement déboucher sur le communisme, règne de l’abondance. En attendant, tous sont soumis à l’État, dans une bureaucratie autogestionnaire généralisée : Recensement et contrôle, voilà l’essentiel et pour l’organisation et pour le fonctionnement régulier de la société communiste dans sa première phase. Ici, tous les citoyens se transforment en employés salariés de l’État constitué par les ouvriers armés. Tous les citoyens deviennent les employés et les ouvriers d’un seul cartel du peuple entier, de l’État. Il ébauche le modèle d’une système totalitaire : Quand la majorité du peuple commencera par elle-même et partout ce renversement, ce contrôle des capitalistes (transformés alors en employés) et de la gent intellectuelle qui aura conservé les pratiques capitalistes, alors ce contrôle sera vraiment universel, général, national, et nul en pourra plus s’y soustraire, de quelque manière que ce soit ; « on n’aura plus où se mettre ».

Lénine rejette la morale « bourgeoise » : « Notre morale est entièrement subordonnée aux intérêts de la lutte du prolétariat », aussi « nous disons : est moral ce qui contribue à la destruction de l’ancienne société d’exploiteurs et au rassemblement de tous les travailleurs autour du prolétariat en train de créer la nouvelle société communiste ». La violence est légitime quand elle exercée par les opprimés, le mensonge et le cynisme sont nécessaires pour faire triompher la cause portée par le mouvement de l’histoire. Le droit est à ses yeux également une « illusion bourgeoise ». La création de la Tchéka, la police politique est suivie rapidement par l’ouverture du premier camp de concentration. « Un bon communiste c’est aussi un bon tchékiste ». Le but de la politique est de détruire l'adversaire : « Cacher aux masses la nécessité d’une guerre exterminatrice, sanglante, désespérée comme objectif immédiat de l’action future, c’est se tromper soi-même et tromper le peuple. »

L’importance décisive de 1918 et du communisme de guerre

A l’arrivée au pouvoir des bolcheviks ceux-ci ne contrôlent pas grand chose dans un pays qui a sombré dans l’anarchie. Les paysans se sont emparés des terres et les ouvriers ont pris le contrôle des usines. Il n’y a plus ni noblesse ni bourgeoisie industrielle. De plus, la paix de Brest-Litovsk (mars 1918) enlève à la Russie les régions agricoles les plus riches et les régions industrielles les plus productrices. Pour Martin Malia, c’est le vide social de tout ce qui existe au-dessus du peuple (tout ce qui n’est ni paysan ni ouvrier) qui laisse au Parti la possibilité de s’organiser en bureaucratie idéocratique universelle : le Parti va remplacer la société. La destruction du capitalisme révèle ce constat fâcheux : le socialisme ne se manifeste nulle part : il faut le construire.

A l’été 1918, le processus de désintégration menace le pouvoir bolchevique : le communisme de guerre va permettre de sauver le régime tout en posant les bases du futur État soviétique. Les soviets sont épurés en juillet et tous les partis sont mis hors la loi en août. Le terme ennemi de classe désigne désormais ceux qui sont hostiles à l’État à Parti unique. De plus, entre avril et décembre, par une série de mesures improvisées, l’ensemble de l’économie est nationalisé. Il faut donc créer un organisme central pour remplacer le marché : le Soviet panrusse de l’économie nationale, préfiguration du Gosplan. Sans marché, seul le plan peut décider des investissements. Pour battre les armées blanches, l’État doit également mettre sur pied une armée, l’Armée rouge : la militarisation de la société va de pair avec l’étatisation de l’économie. L’Armée rouge réussit, en dépit de sa médiocrité, a triompher de ses adversaires : les armées blanches étaient divisées, peu populaires aux yeux des paysans et elles s’appuyaient sur l’étranger, ce qui faisait jouer le réflexe nationaliste en faveur des bolcheviques. La Tcheka, créé en décembre 1917, devient à l’automne 1918 un organisme centralisé au service du Parti.

Une des conséquences importantes de la crise de 1918 est la bureaucratisation du Parti. Le Politburo devient le comité directeur aux dépens du Comité central et un Secrétariat (sans le nom) est créé sous la direction de Sverdlov qui inaugure le système de domination d’en haut que devait développer ensuite Staline. A l’automne, les membres des soviets sont désormais nommés par l’appareil de l’État. Les effectifs du parti augmentent : de 125 000 à 600 000 en 1920. D’origine modeste, les nouveaux membres y trouvent un moyen d’ascension sociale inouï : à demi incultes, ils vont s’identifier plus facilement à un Staline qu’à un intellectuel comme Trotski.

Le seul groupe social qui conserve son autonomie, c’est la paysannerie. Le communisme de guerre n’a pu en venir à bout. Pour le reste, il n’y a plus de société civile : il ne peut donc y avoir ni Thermidor, ni Restauration. Avec la révolte de Kronstadt, Lénine prend conscience de la nécessité du centralisme démocratique : avec le Xe Congrès, le caractère « monolithique » du Parti est établi définitivement par l’interdiction des factions. La NEP improvisée en 1921 est une concession face aux graves problèmes économiques. Elle repose sur une contradiction entre le système politique et l’économie de marché : le Parti qui ne peut pas admettre le pluralisme politique ne peut admettre non plus le pluralisme économique.

Bibliographie

  • Œuvres complètes dont :
  • 1899 : Le développement du capitalisme en Russie
  • 1902 : Que faire ?
  • 1904 : Un pas en avant, deux pas en arrière
  • 1905 : Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique
  • 1908 : Marxisme et révisionnisme ; Matérialisme et empiriocriticisme
  • 1913 : Les trois sources et les trois parties constitutives du marxisme
  • 1915 : La faillite de la II° Internationale
  • 1916 : L'impérialisme, stade suprème du capitalisme ; L'opportunisme et la faillite de la II° Internationale
  • 1917 : Thèses d'Avril ; L'État et la révolution
  • 1918 : Sur l'infantilisme "de gauche" et les idées petites-bourgeoises ; La révolution prolétarienne et le rénégat Kautsky
  • 1919 : De l'État ; Les tâches de la III° Internationale
  • 1920 : La maladie infantile du communisme (le "gauchisme")
  • 1923 : Testament politique

Sources

Citations

« Lénine était le plus grand des hommes après Hitler et la différence entre le communisme et la foi d’Hitler est très subtile. » (Joseph Goebbels)

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Vendredi 25 octobre 2013 5 25 /10 /Oct /2013 18:23

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Le catéchisme du Diable

La mentalité totalitaire, responsable d'innombrables millions de morts, n'est l'invention ni de Robespierre, ni de Lénine, ni d'Orwell, ni de Arendt. Elle est sortie tout droit de la tête malade d'un post-ado anarchiste et gangsta de la deuxième moitié du XIXème siècle : Serguei Netchaiev. Bienvenue chez les possédés.

Par Cyber-Résistant.

http://media.paperblog.fr/i/626/6268479/catechisme-diable-L-QBWzW1.png

Netchaiev, Bakounine, Dostoievski, de gauche à droite.


Archéologie du mal

Quand la mentalité totalitaire est-elle née exactement ? La question est intéressante à plus d'un titre. Parce que, tous les amateurs d'histoire le savent, connaître les origines d'un mouvement permet de mieux le quadriller. Ensuite, parce que l'apparition de systèmes totalitaires sur la planète Terre fut la grande affaire du XXème siècle, et qu'ignorer l'origine commune à ces systèmes revient à méconnaître le siècle lui-même. Enfin, parce que cette mentalité n'est pas morte : la démonter telle une horloge est une entreprise nécessaire, si l'on veut éviter de refaire les mêmes catastrophiques erreurs que les démocraties des années 1910 et 1930, lorsqu'elles furent confrontées à cette peste politique d'un genre alors inédit. 

Il est des historiens pour considérer que la pensée totalitaire fait ses débuts en France, pendant la Terreur jacobine, mais Alain Besançon infirme cette théorie : Robespierre ne dispose pas d'une idéologie au sens fort du terme ; ses croyances sont disparates, insuffisamment théorisées et systémisées ; il leur manque l'altière allure scientifique du communisme et du nazisme. À l'inverse, Lénine prend le pouvoir sans créer l'idéologie : elle a bercé sa jeunesse. Il la transforme, l'adapte, mais l'inscrit dans une tradition. Il crée la pratique du pouvoir communiste, mais reçoit de Marx et des mouvements populistes russes l'essentiel : le dogme, protéiforme et omniscient, les émotions qu'il procure, la brûlure de la foi révolutionnaire. Des anarchistes, il tient l'envie de détruire. Son arrogance intellectuelle, sa paranoïa et son goût immodéré pour le pouvoir font le reste. Quant à Marx, il n'est pas plus l'inventeur de l'esprit totalitaire : il a certainement la prétention d'un prophète, mais pas celle d'un tyran. On a beau être magistralement anticommuniste, on ne peut classer dans la même catégorie le Capital et Mein Kampf. 

Dans le temps situé entre Robespierre et Lénine, quel leader a généré l'âme totalitaire ? Notre réponse est : un loser, un parasite. Un égomane de seconde zone. Bien malheureusement, il a pris la plume et déformé les âmes par dizaines de millions. Serguei Netchaiev porte malheur.

 

L'ado et le maître

De Netchaiev, nous savons peu de choses, mais elles suffisent à établir son CV. Il naît autour de 1850, de parents pauvres, et meurt en prison en 1882. Vivre vite, mourir jeune. Si l'on tente une synthèse de ce qu'en disent les historiens, c'est un personnage trouble, à moitié errant, un mélange de conspirateur bâclé et de révolutionnaire sans révolution. Un instituteur sans intérêt devenu terroriste sans importance, le tout mâtiné d'assassin. Les rares photos montrent un type maigrichon au visage triste et retors. Il est anarchiste et révolutionnaire comme on peut l'être dans la Russie de l'époque : avec frénésie et impuissance, prédisant le grand embrasement libérateur à venir, et bricolant des attentats sporadiques qui mènent droit à l'échafaud. Poursuivi par la police politique du Tsar, Netchaiev se réfugie en Suisse, où il fait une rencontre déterminante : il entre dans l'orbite de Bakounine.

Mikhail Alexandrovictch Bakounine est le grand-prêtre de la pensée anarchique. Idéologue-star de l'époque, concurrent de Marx dans la catégorie idéologues poids lourds, courtisé par les courants troubles qui tissent l'Europe révolutionnaire, ami de George Sand, il attire et attise. Sa théorie du monde est simplissime : pour faire surgir la société à venir, il convient de détruire absolument la société présente. Cette destruction entraînera des massacres sans nombre : "Un immense bain de sang est nécessaire !", écrit Bakounine avec enthousiasme. Ce projet politique aussi limpide que primitif s'appuie sur une métaphysique agressive et paradoxale : selon Bakounine, "la destruction est l'acte créateur par excellence". On ne saurait mieux définir le nihilisme, si friand de chaos, de ruines et de pyromanes. En bon extrémiste, Bakounine assume pleinement les massacres à venir. En bon intellectuel, il prend des airs professoraux. La confrontation entre l'esprit dominateur de Bakounine et l'âme anorexique de Netchaiev est, lit-on, un coup de foudre réciproque. On dit qu'ils ont été amants. On peut imaginer que Bakounine ait vu en Netchaiev un désespéré prêt à tout comme l'anarchisme les aime tant, et que Netchaiev ait vu en Bakounine un maître de l'anéantissement. On ne sait lequel a le plus extrémisé l'autre. Bakounine voyait en son jeune admirateur "l'homme le plus révolutionnaire au monde" : on baigne dans le passionnel. Quoi qu'il en soit, le plus important est l'enfant qu'ils auront en commun – un texte bref, guère plus qu'un tract, qui va faire dévier la trajectoire de la civilisation : le glacial et extrêmement toxique Catéchisme du Révolutionnaire.


Cellule-souche  

Quelques années plus tard, trouvé par la police dans les papiers de Netchaiev lors de son arrestation en Russie (après qu'il ait assassiné un étudiant qu'il considérait comme un traître à la Cause) et publié par extraits dans la presse lors de son procès, le Catéchisme du Révolutionnaire est un texte majeur de l'histoire politique universelle. Inconnu du grand public, il est évoqué par tous les historiens sérieux de la Russie. Mais il y a plus important : bien au-delà de sa renommée universitaire, le Catéchisme est devenu un classique de la littérature révolutionnaire, militante et terroriste, tout au long du XXème siècle. Chéri par d'innombrables communistes, anarchistes, gauchistes, carbonaristes, Black Panthers et extrémistes de toutes obédiences sur les cinq continents, décennie après décennie, le fascicule de Netchaiev a connu un destin planétaire, à la manière – toutes proportions gardées – des Protocoles des Sages de Sion (faux programme de domination juive manigancé par les services secrets du Tsar, dans le but de justifier les pogroms). Les fans de Lovecraft comprendront l'allusion si on leur dit que le livret de Netchaiev est le Necronomicon de la malédiction totalitaire. Qui accorde foi à ce manuscrit perdra son âme.

L'objet de notre article est de faire lire le Catéchisme à un public libertarien. On ne connaît jamais assez bien son pire ennemi. Aussi, avant de l'analyser, devons-nous laisser notre lecteur s'y confronter, face-à-face. La lecture du Catéchisme est une expérience en soi. Le voici donc, intégralement. Il n'y en a guère pour plus de cinq minutes. Retrouvons-nous à la sortie, en espérant que vous serez intacts.

 

Le catéchisme du révolutionnaire

 

Meurtre de masse, mode d'emploi 

Que peut-on dire de cet écrit, que doit-on en conserver ? C'est le mode d'emploi du Mal totalitaire. La clé d'entrée pour devenir un monstre. La chaîne de production des tueurs de masse qui vont laminer le continent européen au XXème siècle. Le schéma de montage de l'Homme Nouveau casqué, botté, qui fleurira bientôt sur les murs des régimes idéologiques, puis chez Orwell. Existe-t-il un autre prototype du révolutionnaire aveugle, antérieur à celui de Netchaiev ? Oui, dans un roman très populaire paru en 1863 (deux ans avant le Catéchisme) et qui influencera beaucoup Lénine après Netchaiev : Que Faire ?, dont le héros est la première apparition connue du révolutionnaire-parfait. Mais Que Faire ? est un roman, et on n'imagine pas les Cubains ou les Viet-Namiens du XXème siècle apprendre la bonne attitude révolutionnaire dans un vieux roman russe. L'idéologie a besoin de complexité pour complaire aux intellectuels ; mais elle a également besoin de simplicité, sans quoi elle s'aliène les imbéciles. Le Catéchisme est compréhensible par n'importe qui, très facile à traduire, il peut même être appris par cœur. Il ne livre pas la vérité, mais il détient la manière de l'imposer au monde. Sa forme est totalitaire autant que son fond : elle est orwellienne. On a l'impression que cette chose est écrite par une machine. Le SS est dans le Catéchisme autant que le tueur du KGB. Si énigmatique qu'on le dirait échappé d'une nouvelle de Borgès, ce tract est le Coran de la pratique révolutionnaire, le sutra d'une méditation nihiliste, la prière adressée par Personne à Rien - il contient le Goulag et la Shoah, la Révolution Culturelle et les Khmers Rouges. 

Ce révolutionnaire catéchisé par Netchaiev, c'est le non-humain. L'Alien. Un jour, il n'y aura plus que lui, car il se sera débarrassé de tous ses adversaires – son activité favorite. Dans l'espace idéologique, on ne vous entendra pas crier. Netchaiev donne à l'humanité un instantané visionnaire du Terminator totalitaire. Elle va l'imiter bien plus qu'il ne peut l'imaginer. Les avions qui se sont écrasés sur le World Trade Center étaient pilotés par des Netchaiev.

 

Dostoïevski entre en scène

Un homme se passionne pour l'affaire Netchaiev et les détails du procès relatés par la presse : le plus grand écrivain russe, Fedor Dostoïevski. Il a une intuition foudroyante, que nous nous devons d'admirer pour sa justesse : Netchaiev, se dit-il, va se multiplier comme un germe, envahir la Russie et tout détruire. Mourant bien avant la révolution russe, Dostoïevski ne saura jamais à quel point il avait raison. En 1917, les Netchaiev envahissent le Palais d'Hiver, puis, lentement mais sûrement, une bonne partie de la pensée politique européenne. De là, ils essaimeront jusqu'en Corée du Nord. On trouve, aujourd'hui même à Paris, des Netchaiev remarquables : les militantes de Femen. Ces bolchéviques de la nudité ne déméritent pas de la grande tradition nihiliste.

De Serguei Netchaiev, Dostoïevski fait le personnage central de son roman, les Possédés : Pyotr Stepanovich Verkhovensky, vertigineusement amoral et extrêmement dangereux. Netchaiev, involontairement, entre en littérature, et par la plus grande porte, car les Possédés sont l'œuvre la plus aboutie du XIXème siècle russe. Voici un bref extrait de ce qu'écrit Dostoïevski : 

Dans son système, chaque membre de la société a l’œil sur les autres : la délation est un devoir. Chacun appartient à tous et tous à chacun. Tous sont esclaves, égaux dans l’esclavage. On usera de calomnie et d’assassinat dans les cas particuliers, mais d'abord l’égalité. D’abord, abaisser le niveau de la culture, des sciences et des talents. Un niveau scientifique élevé n’est accessible qu’aux intelligences supérieures. Or, il ne faut pas d’intelligences supérieures ! Les hommes doués de hautes facultés se sont toujours emparés du pouvoir et ont toujours fini despotes. Ils ne peuvent pas ne pas être despotes et ils ont toujours fait plus de mal que de bien ; qu'on les expulse ou les livre au supplice. Couper la langue à Cicéron, crever les yeux à Copernic, lapider Shakespeare.

Dostoïevski, bien avant tout le monde, a senti venir les autodafés du XXème siècle, perpétrés par des Netchaiev à croix gammées, à faucilles et marteaux, ou à barbes.

 

Avec les compliments du camarade Staline

Une communiste française déclarait en toute bonne foi, voici quelques années à la télévision : "La preuve que Staline était un vrai communiste, c'est qu'il a sacrifié son fils à la Cause !" En effet, le camarade Staline, lorsque son fils fut capturé par l'armée allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale, répondit par une impitoyable fin de non-recevoir aux propositions d'échange contre des prisonniers nazis de haut rang. Cette femme, donc, cette communiste en adoration, ne se rendait pas compte qu'elle admirait Netchaiev – tout en ignorant très probablement l'existence de ce dernier. Elle était, à son tour, possédée par la mentalité totalitaire, simpliste, carnassière, cauchemardesque, béante, distillée pour la première fois dans la collection de slogans du Catéchisme. Pour elle, sacrifier la chair de sa chair à la révolution prolétarienne était le signe indubitable qu'on était honnête homme. Elle ne saisissait pas la sauvagerie de son propos. Et en admirant Netchaiev à travers Staline, elle devenait à son tour Netchaiev. Le Catéchisme montre la voie, la seule, aux mouvements révolutionnaires sous toutes les latitudes, de Breivik dans sa prison aux Frères Musulmans de la Place Tahrir. Par quelles voies miraculeuses et funestes le Catéchisme s'est-il retrouvé livre de chevet d'Eldridge Cleaver, leader américain des Black Panthers ? Il n'est hélas pas envisageable de retracer sa trajectoire de cerveau en cerveau, l'histoire de sa contagion au long des attentats, des grèves, des congrès, des guerres et des déportations. L'épidémie nihiliste que connut le XXème siècle ne peut être étudiée qu'à la marge : trop groupusculaire pour être vraiment traçable, trop underground. Cependant, aujourd'hui comme autrefois, il est crucial d'identifier le virus, de l'isoler et de le dénoncer. Le processus de zombification de l'humain n'est pas achevé.


Nihilisme

De Wikiberal

 

http://media.paperblog.fr/i/99/993413/why-so-serious-nihilisme-cinema-L-3.jpegLe terme de nihilisme a de nombreux sens dans le domaine politique, philosophique, moral, littéraire, etc.

Dans l'optique libérale, il désigne la négation totale de toute hiérarchie de valeurs, par exemple, le fait de nier qu'il y ait un bien et un mal (sans que ces termes soient pris dans un sens religieux). Son expression moderne est le relativisme.

Dans un autre sens, celui d'un individualisme dévoyé, c'est la négation de toutes les obligations imposées à l'individu, qui conduit à l'anomie, voire au terrorisme : on pourrait parler de "nihilisme actif".

Nihilisme philosophique

En philosophie, le nihilisme désigne d'abord le rationalisme athée : c'est un adversaire de Kant, F. H. Jacobi, qui invente ce terme.

Le terme est ensuite popularisé par le romancier Ivan Tourgueniev pour décrire les vues politiques de l'intelligentsia radicale russe, puis développé dans un sens plus religieux par Fedor Dostoïevski ("si Dieu n'existe pas, tout est permis").

Friedrich Nietzsche emploie ce terme dans un sens très particulier, qui n'est pas le sens courant : il désigne par "nihilisme" la tendance à dévaloriser l'ici-bas en faveur d'un "au-delà", quel qu'il soit (religieux, politique, etc.), tandis que le "nihilisme des forts" résulte d'un dépassement des croyances, d'un rejet de tout idéalisme et de la morale des "faibles".

Outre ce sens propre à Nietzsche, Roger-Pol Droit[1] distingue deux autres sens :

  • le nihilisme ontologique ou métaphysique, qui ne distingue pas entre être et néant, affirmant que derrière les apparences soit il n'y ait que néant, soit il n'y ait que l'être pur[2] ;
  • le nihilisme pessimiste (tel celui d'Arthur Schopenhauer), caractérisé par un refus de l'existence, proclamant la supériorité du néant sur l'être.

Références

  1. Le Culte du Néant, Seuil, 1997
  2. Les philosophies non-duales, telles que le bouddhisme, le Vedanta ou le taoïsme , ne rentrent pas exactement dans cette catégorie, puisqu'elles n'acceptent pas la dualité être-néant, distinction qu'elles rejettent comme issue d'une ignorance propre à l'esprit.

Liens externes

  • Nihilism : étude logique du nihilisme philosophique (pdf) (en)

Citations

  • Si nos principes n'ont d'autres fondements que notre préférence aveugle, rien n'est défendu de ce que l'audace de l'homme le poussera à faire. L'abandon actuel du droit naturel conduit au nihilisme ; bien plus, il s'identifie au nihilisme. (Leo Strauss)
  • Le nihiliste est un homme qui connaît les principes de la civilisation, ne serait-ce que d'une manière superficielle. Un homme simplement non-civilisé, un sauvage, n'est pas un nihiliste. (Leo Strauss, Nihilisme et politique)
  • La vie même est pour moi instinct de croissance, de durée, d'accumulation de forces, de puissance : là où fait défaut la volonté de puissance, il y a déclin. Ce que j'affirme, c'est que cette volonté fait défaut dans toutes les valeurs suprêmes de l'humanité - que les valeurs de déclin, les valeurs nihilistes, règnent sous les noms les plus sacrés. (Friedrich Nietzsche, L'Antéchrist, §6, 1888)
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Samedi 31 août 2013 6 31 /08 /Août /2013 16:54

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La philosophie politique d’Aristote


  • « La rhétorique est la faculté de découvrir par l’intelligence ce qui, dans chaque cas, peut être propre à persuader »


    Aristote


 

 Utilité et rôle de la rhétorique.

Chapitre premier de la Rhétorique d'Aristote

I. La rhétorique se rattache à la dialectique . L'une comme l'autre s'occupe de certaines choses qui, communes par quelque point à tout le monde, peuvent être connues sans le secours d'aucune science déterminée. Aussi tout le monde, plus ou moins, les pratique l'une et l'autre; tout le monde, dans une certaine mesure, essaie de combattre et de soutenir une raison, de défendre, d'accuser.

II. Les uns font tout cela au hasard , et d'autres par une habitude contractée dans leur condition. Comme ces deux moyens sont admissibles, il est évident qu'il y aurait lieu d'en diriger l'application et de considérer la cause qui fait réussir soit une action habituelle, soit une action spontanée. Or tout le monde conviendra que cette étude est le propre de l'art.

III. Aujourd'hui, ceux qui écrivent sur la rhétorique n'en traitent qu'une mince partie. Les preuves ont seules un caractère vraiment technique, tout le reste n'est qu'un accessoire ; or ils ne disent rien de l'enthymème, ce qui est le corps de la preuve. Le plus souvent, leurs préceptes portent sur des points étrangers au fond de l'affaire.

IV. L'attaque personnelle, l'appel à la pitié, l'excitation à la colère et aux autres passions analogues de l'âme ont en vue non l'affaire elle-même, mais le juge. C'est au point que, si l'on faisait pour tous les jugements ce qui se fait encore aujourd'hui dans quelques cités, et des mieux policées, ces rhéteurs n'auraient rien à mettre dans leurs traités.

V. Parmi tous les hommes, les uns pensent que les lois doivent prononcer dans tel sens, et les autres, en admettant l'appel aux passions, inter-disent tout ce qui est en dehors de l'affaire, comme on le fait dans l'Aréopage; et c'est là une opinion juste. Il ne faut pas faire dévier le juge en le poussant à la colère, à la haine, à la pitié. C'est comme si l'on faussait d'avance la règle dont on va se servir.

VI. De plus, il est évident que, dans un débat, il faut montrer que le fait est ou n'est pas, ou bien a été ou n'a pas été, et ne pas sortir de là. Est-ce un fait de grande ou de faible importance, juste ou injuste, voilà autant de points que le législateur n'a pas déterminés; il appartient au juge lui-même de les connaître, et ce n'est pas des parties en cause qu'il doit les apprendre.

VII. Il convient donc, par-dessus tout, que les lois, établies sur une base juste, déterminent elles-mêmes tout ce qui est permis et qu'elles laissent le moins possible à faire aux juges. En voici les raisons. D'abord, il est plus facile de trouver un homme, ou un petit nombre d'hommes, qu'un grand nombre qui soient doués d'un grand sens et en état de légiférer et de juger. De plus, les législations se forment à la suite d'un examen prolongé, tandis que les décisions juridiques sont produites sur l'heure, et, dans de telles condi-tions, il est difficile, pour les juges, de satisfaire pleinement au droit et à l'intérêt des parties. Enfin, et ceci est la principale raison, le jugement du législateur ne porte pas sur un point spécial, mais sur des cas futurs et généraux, tandis que les membres d'une assemblée et le juge prononcent sur des faits actuels et déterminés, sans laisser d'être influencés, souvent, par des considérations d'amitié, de haine et d'intérêt privé, ce qui fait qu'ils ne peuvent plus envisager la vérité avec compétence, mais que des sentiments per-sonnels de joie ou de peine viennent à offusquer leurs jugements.

VIII. Si, sur tout le reste, nous le répétons, il faut laisser le moins possible d'arbitraire au juge, c'est à lui qu'il faut laisser décider si tel fait a existé, existera, existe, oui ou non, attendu que le législateur n'a pu prévoir cette question.

IX. S'il en est ainsi, c'est, on le voit, traiter un sujet étranger à la cause que de déterminer d'autres points, comme, par exemple, qu'est-ce que doit contenir l'exorde, ou la narration, ou chacune des autres parties d'un discours ; car ces moyens ne tendent à autre chose qu'à mettre le juge dans tel ou tel état d'esprit. Mais, sur le chapitre des preuves oratoires, ils n'expliquent rien, et pourtant c'est par les preuves que l'on devient capable de faire des enthymèmes.

X. Aussi, bien que la même méthode s'applique indifféremment au genre délibératif et au genre judiciaire, et que l'éloquence de la tribune soit plus belle et plus politique que celle qui s'occupe des contrats, ils ne disent rien du pre-mier genre et s'appliquent tous à traiter de l'art de plaider. Cela tient à ce que, dans les harangues, on a moins d'intérêt, avant d'en venir au fait, à toucher des points étrangers à la cause et qu'il s'y trouve moins de place pour la malignité que dans une plaidoirie, l'intérêt étant plus général. Lorsqu'on prononce une harangue, l'auditeur est juge dans sa propre cause, et l'orateur n'a pas à faire autre chose que de lui montrer comment les choses sont telles que les présente l'auteur de la proposition. Dans les affaires de procédure, cela n'est pas suffisant, et, avant d'arriver au fait, il faut s'emparer de l'esprit de l'auditeur, car les juges prononcent sur des intérêts qui leur sont étrangers; n'ayant en vue que leurs goûts personnels, et prêtant l'oreille aux plaidoyers pour le plaisir qu'ils y trouvent, ils se livrent aux deux parties en cause, mais ils ne font pas office de juges. Aussi, en beaucoup d'endroits, je l'ai dit plus haut, la loi défend-elle de rien dire en dehors de l'affaire. Mais là (dans le genre délibératif), les juges observent assez bien cette règle.

XI. La méthode, en matière de rhétorique, repose évidemment sur les preuves. La preuve est une démonstration (car si nous admettons une preuve, c'est surtout lorsque nous supposons qu'il y a eu démonstration). D'autre part, la démonstration oratoire c'est l'enthymème, qui est, en résumé, la preuve par excellence ; or l'enthymème est une sorte de syllogisme, et il appartient tout aussi bien à la dialectique, prise dans son ensemble ou dans quelqu'une de ses parties, d'examiner tout ce qui se rattache au syllogisme. II ressort de tout cela que celui qui pourra le mieux approfondir l'origine de la construction du syllogisme sera le plus capable de faire des enthymèmes, surtout s'il sait, de plus, sur quels objets portent les enthymèmes et en quoi ils diffèrent des syllogismes logiques. En effet, la considération du vrai et celle du vraisemblable dépend d'une seule et même faculté et, en même temps, les hommes sont naturellement aptes à recevoir une notion suffisante de la vérité ; la plupart du temps ils réussissent à la saisir. Aussi, à l'homme en état de discerner sûrement le plausible, il appartient également de recon-naître la vérité. Ainsi donc, on vient de voir que les autres rhéteurs traitent de la matière sans avoir égard à la cause et tendent plutôt à dévier vers le genre judiciaire.

XII. La rhétorique est utile, d'abord, parce que le vrai et le juste sont naturellement préférables à leurs contraires, de sorte que, si les décisions des juges ne sont pas prises conformément à la convenance, il arrive, nécessairement, que ces contraires auront l'avantage; conséquence qui mérite le blâme. De plus, en face de certains auditeurs, lors même que nous posséderions la science la plus précise, il ne serait pas facile de communiquer la persuasion par nos paroles à l'aide de cette science. Un discours scientifique tient de la doctrine, ce qui est (ici) d'une application impossible, attendu que, pour produire des preuves et des raisons, il faut s'en tenir aux lieux communs, comme nous l'avons déjà dit dans les Topiques , à propos de la manière de parler à la multitude. Il faut, de plus, être en état de plaider le contraire de sa proposition, comme il arrive en fait de syllogismes, non pas dans le but de pratiquer l'un et l'autre (le non vrai et le non juste), car il ne faut pas conseiller le mal, mais pour ne pas ignorer ce qu'il en est, et afin que, si quelque autre orateur voulait discourir au détriment de la justice, nous soyons nous-mêmes en mesure de détruire ses arguments. A la différence des autres arts, dont aucun n'arrive par le syllogisme à une conclusion opposée, la rhétorique et la dialectique sont seules à procéder ainsi, l'une et l'autre supposant des contraires. Toutefois, les matières qui s'y rapportent ne sont pas toutes dans les mêmes conditions, mais toujours ce qui est vrai et ce qui est naturellement meilleur se prête mieux au syllogisme et, en résumé, est plus facile à prouver. De plus, il serait absurde que l'homme fût honteux de ne pouvoir s'aider de ses membres et qu'il ne le fût pas de manquer du secours de sa parole, ressource encore plus propre à l'être humain que l'usage des membres.

XIII. Si, maintenant, on objecte que l'homme pourrait faire beaucoup de mal en recourant injustement à la puissance de la parole, on peut en dire autant de tout ce qui est bon, la vertu exceptée, et principalement de tout ce qui est utile ; comme, par exemple, la force, la santé, la richesse, le commandement militaire, car ce sont des moyens d'action dont l'application juste peut rendre de grands services et l'application injuste faire beaucoup de mal.

XIV. Il est donc évident que la rhétorique n'appartient pas à un seul genre déterminé, mais qu'elle opère comme la dialectique, et qu'elle est utile. Maintenant, son fait n'est pas autant de persuader que de voir l'état probable des choses par rapport à chaque question, ce qui a lieu pareillement dans les autres arts. Ainsi, le propre de la médecine n'est pas de donner la santé, mais plutôt d'agir en vue de ce résultat autant qu'il est en elle ; car il peut arriver que des gens incapables de jouir d'une bonne santé reçoivent cependant des soins efficaces. Outre cela, le propre de la rhétorique, c'est de reconnaître ce qui est probable et ce qui n'a que l'apparence de la probabilité, de même que le propre de la dialectique est de reconnaître le syllogisme et ce qui n'en est que l'apparence; car, si le syllogisme devient sophistiqué, ce n'est pas en puissance, mais par l'intention qu'on y met . Toutefois, dans le cas actuel (celui de la rhétorique), on sera orateur soit par science, soit d'intention, tandis que, dans l'autre (celui de la dialectique), on sera sophiste d'intention et dialecticien, non pas d'in-tention, mais en puissance.

XV. Essayons d'exposer la méthode (oratoire) elle-même et de dire par quels moyens nous pourrons atteindre le but que nous nous sommes proposé. Reprenons-en donc la définition à son principe; après quoi, nous nous occuperons de tout le reste.

 
Définition de la rhétorique. La vraisemblance, le signe, l'exemple.

I. La rhétorique est la faculté de considérer, pour chaque question, ce qui peut être propre à persuader. Ceci n'est le fait d'aucun autre art, car chacun des autres arts instruit et impose la croyance en ce qui concerne son objet: par exemple, la médecine, en ce qui concerne la santé et la maladie ; la géométrie, en ce qui concerne les conditions diverses des grandeurs; l'arithmétique, en ce qui touche aux nombres, et ainsi de tous les autres arts et de toutes les autres sciences. La rhétorique semble, sur la question donnée, pouvoir considérer, en quelque sorte, ce qui est propre à persuader. Voilà ce qui nous fait dire qu'elle n'a pas de règles applicables à un genre d'objets déterminé.

II. Parmi les preuves, les unes sont indépendantes de l'art, les autres en dépendent. Les premières sont toutes celles qui ne sont pas fournies par notre propre fonds, mais préexistent à notre action. Tels sont les témoins, la torture, les conventions écrites et les autres éléments de même nature. Les preuves dépendantes de l'art, c'est tout ce qu'il nous est possible de réunir au moyen de la méthode et par nous-mêmes. Nous avons donc, en fait de preuves, à tirer parti des premières et à trouver les secondes.

III. Les preuves inhérentes au discours sont de trois sortes: les unes résident dans le caractère moral de l'orateur; d'autres dans la disposition de l'auditoire; d'autres enfin dans le discours lui-même, lorsqu'il est démonstratif, ou qu'il paraît l'être.

IV. C'est le caractère moral (de l'orateur) qui amène la persuasion, quand le discours est tourné de telle façon que l'orateur inspire la confiance. Nous nous en rapportons plus volontiers et plus promptement aux hommes de bien, sur toutes les questions en général, mais, d'une manière absolue, dans les affaires embrouillées ou prêtant à l'équivoque. Il faut d'ailleurs que ce résultat soit obtenu par la force du discours, et non pas seulement par une prévention favorable à l'orateur. Il n'est pas exact de dire, comme le font quelques-uns de ceux qui ont traité de la rhétorique, - que la probité de l'orateur ne contribue en rien à produire la persuasion; mais c'est, au contraire, au caractère moral que le discours emprunte je dirai presque sa plus grande force de persuasion.

V. C'est la disposition des auditeurs, quand leurs passions sont excitées par le discours. Nous portons autant de jugements différents, selon que nous anime un sentiment de tristesse ou de joie, d'amitié ou de haine. C'est le seul point, nous l'avons dit, que s'efforcent de traiter ceux qui écrivent aujourd'hui sur la rhétorique. Nous entrerons dans le détail à cet égard, lorsque nous parlerons des passions.

VI. Enfin, c'est par le discours lui-même que l'on persuade lorsque nous démontrons la vérité, ou ce qui parait tel, d'après des faits probants déduits un à un.

VII. Comme les preuves sont obtenues par ces trois sortes de moyens, il est manifeste que l'emploi de ces moyens est à la disposition de celui qui est en état de former des syllogismes, de considérer ce qui se rapporte aux moeurs et à la vertu et, en troisième lieu, de connaître les passions de façon à saisir la nature et la qualité de chacune d'elles, ainsi que son caractère et les conditions de son origine. Il s'ensuit que la rhétorique est comme une branche de la dialectique et de l'étude morale qui mérite la dénomination de politique. Voilà pourquoi la rhétorique revêt la forme de la politique et qu'en font autant ceux qui s'en arrogent la pratique, soit par ignorance, soit par vanité, soit pour d'autres motifs humains . La rhétorique, nous l'avons dit en commençant, est une partie de la dialectique et lui ressemble. Ni l'une ni l'autre n'implique en soi la connaissance de quelque point déterminé, mais toutes deux comportent des ressources pour procurer des raisons. Ainsi donc, quant à leur puissance et à la corrélation qui existe entre elles, on en a parlé d'une façon à peu près suffisante.

VIII. Les moyens de démonstration réelle ou apparente sont, ici comme dans la dialectique, l'induction, le syllogisme réel et le syllogisme apparent. En effet, l'exemple est une induction, et l'enthymème est un syllogisme [l'enthymème apparent est un syllogisme apparent]. J'appelle enthymème un syllogisme oratoire et exemple une induction oratoire. Tout le monde fait la preuve d'une assertion en avançant soit des exemples, soit des enthymèmes, et il n'y a rien en dehors de là. Aussi, comme il est absolument nécessaire que l'on ait recours soit au syllogisme, soit à l'induction pour faire une démonstration concernant un fait ou une personne (alternative que nous avons reconnue dans les Analytiques il s'ensuit que chacun de ces deux moyens (dans la rhétorique) est identique à chacun des moyens correspondants (de la dialectique).

IX. La différence de l'exemple d'avec l'enthymème, on l'a montrée dans les Topiques . Nous y avons expliqué [précédemment, à propos du syllogisme et de l'induction] que, lorsqu'on appuyait la démonstration de tel fait sur des cas multiples et semblables, il y avait induction. Ici, il y a exemple. Lorsque, certains faits existant réellement, quelque autre fait se produit dans un rapport quelconque avec ces faits, en raison de l'universalité ou de la généralité de ces faits, il y avait alors ce que nous avons appelé syllogisme, et il y a ici ce que nous appelons " enthymème ".

X. Il est évident que la rhétorique dispose de cette double ressource, et, comme nous l'avons dit dans les Méthodiques , elle en use de la même façon; car les morceaux oratoires sont les uns remplis d'exemples, et les autres remplis d'enthy-mèmes, et, de même, parmi les orateurs, les uns emploient de préférence l'exemple, et les autres l'enthymème. Les discours où domine l'exemple ne sont pas moins persuasifs, mais ceux où domine l'enthymème ébranlent davantage l'auditeur.

XI. Quant à la raison d'être de ces arguments et à leur mode d'emploi, nous en parlerons plus tard. Pour le moment, il nous suffit d'en donner une définition exacte. Ce qui est propre à persuader est propre à persuader certain auditeur. Tantôt la persuasion et la conviction se produi-sent directement par elles-mêmes, tantôt elles s'obtiennent par une démonstration due à des arguments persuasifs ou convaincants. Aucun art n'envisage un cas individuel; ainsi, la médecine ne recherche pas quel traitement convient à Socrate ou à Callias, mais bien à tel individu ou à tels individus pris en général et se trouvant dans tel ou tel état de santé. C'est là le propre de l'art, tandis que le cas individuel est indéterminé et échappe à la méthode scientifique. La rhétorique ne considérera pas, non plus, ce qui est vraisemblable dans un cas individuel, par exemple pour Socrate ou Hippias, mais ce qui le sera pour des individus se trouvant dans telle ou telle condition. Il en est de même de la dialectique. Lorsque celle-ci fait des syllogismes, elle ne les appuie pas sur les premiers faits qui se présentent (car certains apparaissent même à des gens dénués de sens), mais sur des arguments [qui requièrent une discussion rationnelle]. De même la rhétorique s'appuie sur des faits que l'on a l'habitude de mettre en délibération.

XII. L'action de la rhétorique s'exerce sur des questions de nature à être discutées et qui ne comportent pas une solution technique, et cela, en présence d'un auditoire composé de telle sorte que les idées d'ensemble lui échappent et qu'il ne peut suivre des raisonnements tirés de loin. Or nous délibérons sur des questions qui compor-tent deux solutions diverses: car personne ne délibère sur des faits qui ne peuvent avoir été, être, ou devoir être autrement qu'ils ne sont présentés ; auquel cas, il n'y a rien à faire qu'à reconnaître qu'ils sont ainsi.

XIII. II y a lieu, au contraire, de former des syllogismes ou des conclusions, soit d'après des arguments réduits antérieurement en syllo-gismes, soit par des propositions non réduites en syllogismes, mais qui ont besoin de l'être en raison de leur caractère improbable. Il arrive nécessairement que, parmi ces dernières, l'une n'est pas facile à suivre, en raison de son long développement (on suppose le cas où le juge est d'un esprit simple), et que les autres ne sont pas persuasives, comme n'étant pas puisées dans des faits reconnus ou probables. Il est donc néces-saire que l'on ait recours à l'enthymème et à l'exemple, dans les questions susceptibles de solutions multiples et diverses; - à l'exemple comme induction, et à l'enthymème comme syllogisme, - composés de termes peu nombreux et souvent moins nombreux que ceux qui consti-tuent le syllogisme . En effet, si quelqu'un de ces termes est connu, il ne faut pas l'énoncer; l'auditeur lui-même le supplée. Si, par exemple, on veut faire entendre que Dorieus a vaincu dans un concours " avec couronne " , il suffit de dire qu'il a gagné le prix aux jeux olympiques, et il n'est pas nécessaire d'ajouter que les jeux olym-piques sont un concours avec couronne, car tout le monde le sait.

XIV. Il y a peu de propositions nécessaires parmi celles qui servent à former les syllogismes oratoires; un grand nombre des faits sur lesquels portent les jugements et les observations pouvant avoir leurs contraires. C'est sur des faits que l'on délibère et que l'on discute ; or les faits ont tous ce caractère, et aucun acte, pour ainsi dire, n'a lieu nécessairement. Le plus souvent, il y a lieu et il est possible de raisonner d'après des faits opposés, tandis que les conséquences nécessaires ne procèdent que d'antécédents nécessaires aussi, comme nous l'avons montré dans les Analytiques. Il résulte évidemment de là que, parmi les arguments appelés enthymèmes, les uns seront nécessaires, et les autres, le plus grand nombre, simplement ordinaires. En effet, ce que nous appelons " enthymème " se tire soit des vraisem-blances, soit des signes, de sorte que, nécessai-rement, chacune des premières est identique avec chacun des seconds.

XV. Le vraisemblable est ce qui se produit d'ordinaire, non pas absolument parlant, comme le définissent quelques-uns, mais ce qui est, vis-à-vis des choses contingentes, dans le même rapport que le général est au particulier.

XVI. Quant aux signes, l'un se comporte comme concluant du particulier au général, l'autre comme concluant du général au particulier. Le signe nécessaire, c'est la preuve; quant au signe non nécessaire, il n'a pas de dénomination distinctive.

XVII. J'appelle " nécessaires " les signes dont se tire un syllogisme. C'est pourquoi, parmi les signes, la preuve a cette propriété. Lorsque l'on pense que l'énoncé ne peut en être réfuté, on prétend apporter une preuve en tant que démontrée et finale..

XVIII. De plus, parmi les signes, l'un (avons-nous dit) va du particulier au général; voici dans quel sens: par exemple, si on disait qu'il y a un signe que les sages sont justes dans ce fait que Socrate était à la fois sage et juste. Cela est bien un signe, mais un signe réfutable, lors même que l'énoncé serait vrai, car l'on ne peut en tirer un syllogisme. Mais, si l'on disait: " Le signe qu'un tel est malade, c'est qu'il a la fièvre " ; " Le signe qu'une telle a accouché, c'est qu'elle a du lait ", il y aurait là une conséquence nécessaire, ce qui est la seule preuve des signes; car la condition, pour qu'un signe soit irréfutable, c'est d'être vrai. Voyons, maintenant, le signe qui va du général au particulier. Si l'on disait, par exemple: " Un tel a la fièvre, car sa respiration est précipitée ", ce serait réfutable, lors même que le fait énoncé serait vrai, car il peut arriver que l'on soit oppressé sans avoir la fièvre.
Ainsi donc, nous venons de dire en quoi consis-tent la vraisemblance, le signe et la preuve matérielle, ainsi que leurs différences; mais, dans les Analytiques, nous nous sommes expliqué en plus grands détails sur ces points et sur la raison de ce fait que telles propositions ne peu-vent entrer dans un syllogisme, et que telles autres le peuvent.

XIX. Quant à l'exemple, on a dit, plus haut, que c'est une induction et montré dans quel sens il faut l'entendre. Ce n'est pas dans le rapport de la partie au tout, ni du tout à la partie, ni du tout au tout, mais dans le rapport de la partie à la partie, et du semblable au semblable. Lorsque sont donnés deux termes de même nature, mais que l'un est plus connu que l'autre, il y a exemple. Ainsi, pour montrer que Denys conspi-rait en vue du pouvoir tyrannique lorsqu'il demandait une garde, on allègue que Pisistrate, lui aussi, visant à la tyrannie, demanda une garde et que, après l'avoir obtenue, il devint tyran. De même Théagène à Mégare , et d'autres encore, non moins connus, deviennent tous des exemples de ce qu'est Denys, que l'on ne connaît pas encore, dans la question de savoir s'il a cette même visée en faisant la même demande; mais tout cela tend à cette conclusion générale que celui qui conspire en vue de la tyrannie demande une garde. Nous avons expliqué de quels élé-ments se forment les preuves [considérées comme] démonstratives.

XX. Maintenant, il existe une très grande différence entre les enthymèmes ; différence qui a totalement échappé à presque tous les rhéteurs et qui se rencontre pareillement dans la méthode dialectique entre les syllogismes. Les uns concernent la rhétorique, comme aussi la méthode dialectique des syllogismes; les autres concer-nent d'autres arts et d'autres facultés; les uns existant actuellement, les autres encore inconnus et non décrits. Aussi, sans que les auditeurs puissent s'en apercevoir, il y a des orateurs qui s'attachent plus particulièrement et outre mesure à des enthymèmes étrangers à la rhétorique. On entendra mieux ce que nous voulons dire quand nous l'aurons développé.

XXI. J'appelle syllogismes oratoires et dialectiques ceux sur lesquels nous faisons des lieux. Ceux-ci sont, d'une manière générale, relatifs aux questions de droit, de physique, de politique et à diverses autres questions spéciales. Tel est le lieu sur le plus ou le moins, car on ne pourra pas moins en tirer un syllogisme qu'énoncer un enthymème sur les questions soit juridiques, soit physiques, ou sur n'importe quel sujet; et, cepen-dant, toutes ces questions diffèrent par l'espèce. Mais les enthymèmes particuliers sont tous ceux que l'on tire de propositions propres à chaque genre et à chaque espèce. Par exemple, il existe, sur la physique, des propositions qui ne fournissent ni enthymèmes, ni syllogisme pour la morale, et, sur la morale, d'autres propositions qui n'en fourniront pas sur la physique. Il en est de même pour toutes les questions. Parmi ces enthymèmes, les uns ne rendront habile en aucun genre, vu qu'ils ne concernent aucun sujet particulier; quant aux autres (les enthymèmes ni oratoires, ni dialectiques), meilleures seront les propositions que l'on aura choisies et plus, sans que les autres s'en aperçoivent, on traitera d'une science autre que la dialectique et la rhétorique ; car, si l'on rencontre des principes, ce ne sera plus de la dialectique, ni de la rhétorique, mais bien la science dont on possède les principes.

XXII. La plupart des enthymèmes se rapportent à des espèces particulières et individuelles; ceux qui proviennent des lieux communs sont en plus petit nombre. Aussi, à l'exemple de ce qui s'est fait dans les Topiques, il faut ici distinguer, parmi les enthymèmes, les espèces et les lieux qui les fournissent. Or j'appelle espèces les pro-positions prises pour chaque genre particulier, et lieux ce qui est commun à tous indistinctement. Parlons d'abord des espèces et abordons les genres de la rhétorique; voyons comment les diviser et les dénombrer, puis considérons sépa-rément, pour chacun d'eux, les éléments et les propositions qui s'y rattachent.
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Dimanche 25 août 2013 7 25 /08 /Août /2013 23:23

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Comprendre la théorie du genre, un nouvel impératif 

L’Institut de Formation Politique vient de publier une note sur la théorie du genre . Pour Alexandre Pesey, son directeur, méconnaître une telle idéologie contient le risque de minorer les velléités gouvernementales.

Le XXIème siècle, ère de la fin des idéologies ? Sans doute faudrait-il en douter, alors que le projet de « mariage pour tous » est sorti triomphant de l’Assemblée pour entrer au Sénat. La réalité nous rattrape et nous enjoint à un constat : plus que jamais, la théorie du genre s’institutionnalise. Radicale il y a peu de temps encore, entrée dans le débat public à l’été 2011 à l’occasion de la modification des programmes scolaires au lycée, elle est aujourd’hui le soubassement idéologique exclusif de la gauche en matière de relations entre hommes et femmes.

L’hétérosexualité, une norme juridique ou sociale ?

Importée des Etats-Unis, où les milieux militants et féministes digérèrent Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir dans les années 70, puis popularisée dans les années 90 par Judith Butler ou Monique Wittig, ladite « théorie » soutient que les concepts de masculinité et de féminité sont des mythes. Ceux-ci auraient été imposés par la société dans le but d’entretenir « la matrice hétérosexuelle de domination sur l’homme ou la femme ». La « norme hétérosexuelle » renvoie dès lors à une construction artificielle, une forme d’oppression à l’égard des individus dont la sexualité diffère.

Des militants ont ainsi éveillé un marxisme sexualisé. Là est le problème : l’hétérosexualité n’est pas une norme juridique ou sociale mais la simple condition humaine.

« L’orientation sexuelle » comme critère de discrimination

Rapidement, le champ universitaire a ainsi été investi par cette nouvelle « matrice » d’études sociales. Naturellement, les départements et autres centres de recherche n’ont pas été les seuls touchés. Le langage, aussi aisément considéré comme outil d’oppression, a été allégrement subverti : aux Etats-Unis, le « gender » traduit désormais l’idée de « sexe social ». On retrouvera ce concept dès 1995, à l’occasion de la conférence mondiale sur les femmes, organisée à Pékin sous l’égide des Nations unies. En 2000, ce sera au tour de l’Union Européenne de reconnaître, dans une directive, « l’orientation sexuelle » comme critère de discrimination.

Depuis, les incursions se font de plus en plus nombreuses, dépassant le seul cadre de la recherche sociologique : les manuels de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) en classe de 1re ES et L contiennent depuis 2011 un nouveau chapitre intitulé « Devenir homme, devenir femme ». Pour l’édition Bordas, « si, dans un groupe social, il existe une forte valorisation du couple hétérosexuel et une forte homophobie, la probabilité est grande que la majorité apprennent des scénarios hétérosexuels ». Plusieurs scientifiques, comme la neurobiologiste Lise Eliot a refusé une telle conclusion : les différences entre garçons et filles ne peuvent se réduire à des constructions culturelles. Elles sont aussi le fait d’un substrat biologique qui se manifeste dès le début de la grossesse.

Délégitimer l’aspect biologique

Mais rien n’y fait. En septembre dernier, Najat Vallaud-Belkacem, ministre pour le Droit des femmes, visitait la crèche Bourdarias, à Saint-Ouen, adoubant ainsi de l’autorité gouvernementale la « méthode suédoise » abolissant la différence entre fillettes et garçonnets. Plus récemment, la député socialiste Sandrine Mazetier a plaidé pour rebaptiser les écoles maternelles, s’imaginant lutter contre une « tyrannie de la maternité », irrémédiablement attachée au corps féminin et en conséquence discriminatoire.

Le lien entre cette théorie et la remise en cause de la famille incarnée par le projet gouvernemental de « mariage pour tous » apparaît ainsi avec clarté : la parenté regroupait jusque-là une filiation à la fois biologique, juridique et sociale. La théorie du genre permet de délégitimer l’aspect biologique, puis de faire du droit et de la société elle-même le seul produit de la volonté. Partant, il devient aisé d’évacuer la parenté et d’installer le néologisme « parentalité » pour mieux revendiquer un « droit à l’enfant ».


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Frigide Barjot et la Manif pour Tous ? La droite qui se prend pour la gauche qui se prend pour un oiseau à Avignon.

Par Cyber-Résistant.


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Peut-on incarner les valeurs de la famille traditionnelle et s'appeler Frigide Barjot ? La réponse est : non. Par définition, le nom est la marque ultime de l'appartenance à une famille. Le patronyme signale la lignée, lui rend hommage. Le prénom, quant à lui, est la marque apposée par les parents sur cette lignée. Laquelle trace deviendra un destin individuel enchâssé dans le destin familial. Virginie Merle n'est pas légitime pour symboliser cette continuité civilisationnelle, du simple fait qu'elle se fait appeler Frigide Barjot.

La deuxième incongruité est esthétique. "Virginie Merle", c'est beau. Très beau, même. "Virginie" irait comme une élégante petite robe noire à son combat, et Merle est magnifiquement français. On se doute bien qu'elle s'est fait appeler "Merde" dans la cour de l'école plus qu'à son tour, mais on ne peut décemment préférer la fausse provocation à la vraie poésie. A fortiori si le faux est bancal, paradoxal : de toute évidence, "Frigide" est ironique, tandis que "Barjot" est assumé. Le résultat est désagréablement flou. Pour voir là un personnage cohérent, l'intelligence est obligée de loucher.

La troisième aberration est stylistique. "Frigide Barjot" est un logo éminemment punk. La femme qu'il masque joue le coup à fond, refuse de se coiffer, dit des gros mots comme Patrick Sébastien, porte les couleurs les plus voyantes des eighties et prend des poses à la Chrissie Hynde. Où le bât blesse, c'est que notre amie est, qu'on le veuille ou non, la porte-parole de la catholicité. Que l'Église de France le lui ait demandé, ou qu'elle laisse faire en croisant les doigts, Frigide est la Barjot du bon Dieu. Songez qu'au siècle dernier, Madonna a demandé une audience à Jean-Paul II, lequel a posé à leur rencontre une condition sine qua non : qu'elle abandonne son nom de scène. La rencontre n'eut jamais lieu.

Dans un article précédent, nous évoquions la gaffe stratégique consistant, pour un libéral, à se croire le contraire exact du collectivisme. Mais il y a bien pire : se prendre pour le sosie officiel du socialisme. Regardez la Manif pour Tous. Du rose. Frigide Barjot toute en rose sur son scooter tout rose. Des ballons roses par dizaines de milliers, des slogans roses, des t-shirts roses. Du bleu aussi, oui, mais surtout du rose. Et des slogans gentillets, quoi. Pas trop politiques. Pas trop religieux. Pas trop de droite. Pas trop cathos. Pas trop anti-Hollande. Pas trop anti-PS. Nos foules sont garanties 0% anticommunistes. Et regardez l'oiseau Papa-Maman, le Golem des réacs : d'une laideur repoussante, bâtard de mime d'Avignon et d'aéroplane soviétique. Une aile verte, l'autre rouge : les deux couleurs de la gauche radicale, les deux couleurs du parti de Mélenchon. Où est l'Église, dans ce pathétique hybride ? Où est la droite ? Où sont la famille traditionnelle, le gaullisme, le patriotisme, le libéralisme, le républicanisme, dans cet albatros low-cost imaginé par une dame cathé sous acide ? Nulle part. L'Oiseau Papa-Maman est un trou dans l'être-de-droite. Une fracture de l'être-catholique. Un fier service rendu aux goûts et aux délires de l'adversaire. Il pourrait être signé Delanoë. Il devrait être signé Delanoë.

Au long de la saga des Manifs pour Tous, jamais la droite, ni l'Église, ne se sont réellement exprimées : elles se sont invitées à un bal costumé dont le thème est "Volons leurs codes d'expression au PS, aux LGBT et aux clowns ; comme ça, personne ne dira qu'on est des gros fachos". Play it like Lang. Moralité : non seulement la droite et l'Église se sont tues sur le sujet de la réforme du mariage, au profit d'un discours "en creux" hermétique à la profondeur et au talent, mais l'ennemi prioritaire de la France contemporaine – la dette publique, et non le mariage gay – a pu se reproduire et pulluler tranquille, loin du débat public, ni vu ni connu. In fine, la Manif pour Tous n'aura manifesté qu'une chose : l'extraordinaire imprudence stratégique de l'opposition. Sinon sa fabuleuse vacuité culturelle.

On nous dira que la droite s'est mobilisée, au moins, et que c'est déjà ça. Elle s'est comptée. C'était spectaculaire. Admettons. Mais le débat sur le mariage était un match amical et vous l'avez perdu, mes chers coreligionnaires. Le vrai match, celui de l'endettement de l'État, attend toujours. Il ne semble pas que l'UMP soit vraiment pressée de le jouer. Un parti lui-même endetté de 50 millions d'Euros ne part pas forcément gagnant pour redresser les finances publiques. Autant laisser Frigide Barjot et son hypnose rose bonbon occuper le devant de la scène. On ressortira les classiques des tiroirs un an avant la Présidentielle. Il sera temps, alors, d'accuser les immigrés de tous les maux. Tant que la gauche est au pouvoir, la dette est de gauche. Cela ne nous concerne pas. Copé et Fillon retournent se coucher.

Mercredi, Frigide Barjot a avoué avoir volé son mot d'ordre, "On ne lâche rien", à Mélenchon (lequel l'avait volé au Lilian Thuram des Yeux dans les Bleus). La droite mange de la gauche parce que ça lui donne bonne mine au 20 heures. Ce faisant, elle avale les signes de reconnaissance contemporains de l'idéologie. Une fois digérés, ils montent droit au cerveau.

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Samedi 24 août 2013 6 24 /08 /Août /2013 19:41

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  • « Il ne s’agit pas d’édifier à grand peine des institutions libérales, il s’agit d’avoir encore des hommes libres à mettre dedans »


     Georges Bernanos

 



 

L'Institut de Formation Politique

L'Institut de Formation Politique est une organisation dont la création est partie d'un triple constat:

la sclérose économique et le relativisme moral confisquent l'avenir des générations futures ; le pays est verrouillé par la lâcheté et la tyrannie du statu quo ; la population, résignée, ne croit plus en la politique.

Les éléments de ce constat sont largement partagés. Certains attendent que le changement vienne d'un homme providentiel, d'autres fondent leurs espoirs sur l'effondrement du système, qui obligerait enfin à reconstruire. Cependant, c’est avant tout sur les citoyens qu’il faut compter pour amorcer le renouveau politique. Comme disait Einstein, « on ne règle pas les problèmes avec ceux qui ont contribué à les créer ».

Partant de ce constat, de jeunes entrepreneurs, chercheurs et étudiants dotés de convictions solides et de nombreuses expériences de terrain ont créé l'Institut de Formation Politique.

  • L’IFP est le premier institut qui forme les jeunes aux idées et à l'action politiques.
  • L'IFP s'adresse aux jeunes attachés à la primauté de la personne, et aux valeurs de liberté et de responsabilité.
  • L'IFP organise régulièrement des formations sous forme de séminaires et de conférences dédiés aux étudiants.
  • L'IFP anime également un réseau auquel les anciens auditeurs sont invités à participer. Ce réseau leur permet de se fédérer et de bénéficier d’aides et de conseils pour la réalisation de leurs projets.

Indépendant des partis politiques, l'IFP ne perçoit aucun financement public. L'IFP est une association loi 1901 à but non lucratif.


Entretien avec Alexandre Pesey de l'Institut de Formation Politique

Nombreux sont les lecteurs de Contrepoints qui connaissent l'Institut de Formation Politique, qui a formé de nombreux libéraux aux méthodes d'action politique. Pour ceux-là comme pour ceux désireux d'en apprendre plus, Contrepoints a interrogé le directeur de l'IFP, Alexandre Pesey.

Alexandre Pesey

Contrepoints : Alexandre, vous êtes Directeur de l’Institut de Formation Politique. Pouvez-vous nous présenter votre organisation ?

Alexandre Pesey : L’IFP a été créé en 2004 et forme les jeunes étudiants et professionnels aux idées et aux méthodes de l’action politique. Dès le départ, nous avons refusé le statu quo : l’IFP part du constat qu’un renouveau politique pourra advenir par un renouvellement des dirigeants. Depuis sept ans, nous avons formé près de 450 jeunes attachés à la primauté de la personne, ainsi qu’aux valeurs de liberté et de responsabilité. À ceux-ci s’ajoutent les 150 intervenants, qu’ils soient journalistes, analystes, professeurs ou entrepreneurs.

Il est important de noter que l’IFP est une association non partisane, qui n’accepte aucun financement public, par principe et par souci d’indépendance. Permettez-moi ainsi de profiter de la tribune que vous m’offrez pour exprimer ma plus profonde gratitude à nos généreux donateurs.

C. Votre organisation veut entretenir l’espoir…

A.P. : Vous avez saisi l’essentiel. Nous refusons le fatalisme. Le monde change au gré de l’action humaine et il nous appartient de trouver en nous les ressorts nécessaires pour refuser un déclin qui, s’il offre des perspectives inquiétantes, n’est en rien inéluctable.

C. : Contrepoints est un journal libéral. L’IFP l’est-il aussi ?

A.P. : Nous sommes heureux d’accepter des candidats provenant de toutes les tendances de la droite. C’est une des richesses de l’IFP : être capable de faire se rencontrer et débattre, notamment lors des joutes oratoires, des jeunes gens aux sensibilités variées qui n’ont pas toujours l’habitude de se côtoyer. De manière générale, disons que l’IFP a peu d’estime à l’égard du relativisme moral et de l’interventionnisme économique.

Séminaire de niveau III: gestion des organisations

C. : Comment s’organisent vos séminaires ?

A.P. : Les séminaires se déroulent sur un week-end. Ils sont donc intensifs et de niveaux différents. Ils combinent théorie et pratique. Des philosophes, historiens, économistes ou écrivains permettent aux auditeurs de mieux saisir des fondements intellectuels essentiels à leur action politique. Pour la pratique, des journalistes ou des entrepreneurs apprennent aux participants à s’exprimer en public, à professionnaliser leur organisation associative, etc. Après le séminaire de niveau I, les auditeurs peuvent participer à toutes les activités de l’IFP, comme les dîners mensuels autour d’une personnalité – l’économiste et entrepreneur Charles Gave, le journaliste Éric Le Boucher, le haut fonctionnaire et théoricien de la démocratie directe Yvan Blot, etc.

C. : Vous avez fêté en 2011 le septième anniversaire de l’IFP. Que retenez-vous de ces premières années ?

A.P. : D’abord, qu’il est à la fois possible et indispensable de créer des structures professionnelles dans le monde associatif – il en va de l’avenir de la société civile. Ensuite, que les résultats commencent à se faire sentir : l’IFP a voulu « préparer la relève » et les premières générations d’auditeurs peuvent désormais occuper des postes à responsabilité grâce au réseau de l’IFP. On en trouve certains dans des laboratoires d’idées connus pour leur défense de la liberté d’entreprendre, comme la Fondation iFRAP, ou au sein de groupes de pression comme Contribuables Associés. Les apprentis journalistes écrivent de plus en plus dans les revues et journaux, tandis que d’autres sont aujourd’hui engagés en politique, au niveau local ou comme attachés parlementaires.

Un auditeur de l’IFP s'entraîne en conditions réelles

C. : Quels sont vos prochains objectifs ?

A.P. : L’IFP est en phase d’accélération. Nous avons créé l’année dernière le prix Razel de la Toile, grâce au soutien d’un généreux donateur. Il récompense la meilleure action politique sur Internet. Mais vous devez le savoir : Contrepoints a remporté ce prix à l’été 2011 ! Par ailleurs, nous avons lancé une Formation fondamentale : les auditeurs qui veulent se perfectionner en philosophie politique peuvent le faire de manière souple, à distance. L’Institut de Formation Politique a aussi produit des notes de synthèse sur des thématiques politiques d’importance.

À court terme, nous allons développer les séminaires de niveau III. Nos auditeurs progressent et nous les accompagnons dans leur progression, en leur offrant par exemple davantage d’entraînements en conditions réelles – face à une caméra ou en studio radio – ou pour se préparer dans la perspective des élections municipales de 2014.

C. L’IFP recommande aux jeunes étudiants et professionnels de participer à La Bourse Tocqueville. Les candidatures seront ouvertes dans quelques semaines. Quel est ce programme ?

A.P. : Grâce à Contribuables Associés, la Bourse Tocqueville permet à six jeunes de découvrir, chaque année pendant trois semaines, le fonctionnement des « think tanks » et des groupes de pression américains à Washington DC. Ils se rendent à l’Heritage Foundation, au CATO Institute, à l’Hudson Institute, etc. et rencontrent des personnalités politiques (comme le représentant du Texas Ron Paul) ou du journalisme. Ce voyage d’étude permet à des étudiants qui ont atteint un certain niveau d’engagement de comprendre davantage la logique de la société civile et les mécanismes de l’action politique.

Le prochain séminaire de niveau I de l’IFP aura lieu les 17, 18 et 19 février prochains. Pour tout renseignement : 09 51 64 30 25, info@ifpfrance.org, www.ifpfrance.org.


Institut de Formation Politique

De Wikiberal
Logo de l'IFP

 

L'Institut de Formation Politique est une association loi 1901 créée en 2004 qui forme les jeunes, étudiants et professionnels, aux idées et aux méthodes politiques.

Présentation

Dirigé par Alexandre Pesey, l'IFP tire son mode de fonctionnement des think tanks de la société civile américaine. L'Institut veut "former des jeunes attachés à la liberté, à la responsabilité et à la primauté de la personne"[1]. Association loi 1901, l'IFP refuse tout financement public, afin de garantir sa propre indépendance.

L'IFP a pour vocation de fournir aux jeunes les moyens pour approfondir leur culture politique et pour traduire leurs valeurs en action. L'institut organise ainsi des séminaires intensifs dédiés aux étudiants et jeunes professionnels. Il existe trois niveaux. Lors de ces séminaires interviennent de nombreuses personnalités, journalistes, haut fonctionnaires, conseillers politiques ou acteurs de la société civile comme, par exemple Jacques Garello, Benoîte Taffin ou Éric Le Boucher. Aussi, des ateliers visent à offrir aux auditeurs la possibilité d'approfondir leurs convictions, et à leur permettre de promouvoir leurs idées grâce aux techniques d'argumentation et d'organisation politique (simulation de débats télévisés, de campagne électorale).

Il est nécessaire de déposer une candidature avant d'intégrer l'IFP. Deux fois par mois a lieu un dîner autour d'une personnalité.

La Bourse Tocqueville

L'Institut de Formation Politique est également partenaire de la Bourse Tocqueville, financée par Contribuables Associés.

Notes et références

  1. Voir notamment "Ils préparent la relève à droite" in Valeurs Actuelles, 03/03/2011 [1]

Liens externes

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Vendredi 26 juillet 2013 5 26 /07 /Juil /2013 12:27

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Qui sont les libertariens ?

Longtemps marginalisés sur la scène politique américaine, les libertariens ont aujourd’hui le vent en poupe. Dans leur viseur : l’État fédéral et l’administration Obama. Mais qui sont-ils vraiment ? Quelles sont leurs idées ?

Par Damien Theillier  
Saviez-vous que Jimmy Wales, l'inventeur de Wikipédia, est un libertarien ? Il assure qu'il a conçu son encyclopédie sur le modèle de l'ordre spontané du prix Nobel d’économie Friedrich Hayek et se dit grand lecteur d’Ayn Rand [1]. Il en va de même pour les concepteurs de South Park ou des Simpson : la romancière et philosophe Ayn Rand apparaît régulièrement dans les épisodes de ces séries de cartoons.

Dans Libertarianism : A Primer [Abécédaire du libertarianisme, non traduit en français], David Boaz, vice-président du Cato Institute, un influent think tank libertarien, définit le libertarianisme comme "l’idée que chacun a le droit de vivre sa vie comme il l’entend tant qu’il respecte les droits d’autrui, qui sont les mêmes que les siens."

Longtemps marginalisés sur la scène politique américaine, les libertariens ont aujourd’hui le vent en poupe. Dans leur viseur : l’État fédéral et l’administration Obama. Lors d’un sondage Gallup réalisé en 2009, 23% des Américains pouvaient être assimilés à des libertariens, contre 18% en l’an 2000. Le mouvement Tea Party, dont le mot d’ordre est "moins de gouvernement, moins d’impôt" est ce qui ressemble le plus à un mouvement libertarien de masse dans l’histoire récente.

Ron Paul, représentant du Texas (sud), célèbre libertarien candidat à l'investiture républicaine pour l'élection présidentielle de 2012, assure que les Américains sont désormais prêts à partager ses idées.

Qui est Ron Paul ? 

En France, le journal Le Monde lui a consacré un article en janvier 2011, expliquant que l’économiste français Frédéric Bastiat était son "maître à penser". Ex-candidat à la présidentielle de 2008, élu à la Chambre des représentant depuis des décennies, Ron Paul (75 ans) a été nommé en 2011 à la présidence de la sous-commission parlementaire chargée de contrôler la Réserve fédérale. Il réclame "la fin de la Fed" (la banque centrale américaine) et le retour à l’étalon-or. Ces positions ont fait de lui une icône du mouvement Tea Party, composé pour moitié de libertariens et pour moitié de conservateurs traditionnels.

Son fils, Rand Paul (48 ans), a été élu en novembre dernier sénateur républicain du Kentucky. Tous deux sont médecins et tous deux s’opposent aux mesures interventionnistes de l’État fédéral, comme le programme de sauvetage des institutions financières, le plan de relance économique et la réforme Obama du système de santé. Depuis son élection, Rand Paul a déjà associé son nom à un projet de loi anti-avortement visant à déclarer que l’embryon était une personne dès le moment de sa conception. Surprenant pour un défenseur acharné des libertés individuelles ? Le libertarianisme ne se laisse pas facilement ranger dans des catégories toute faites.

Êtes-vous libertarien, conservateur ou socialiste ?

Il existe aujourd'hui un autre choix que la droite ou la gauche. Les socialistes défendent en général les libertés civiles, mais veulent que l’État contrôle les affaires économiques. Les conservateurs inversent cette tendance, en prônant une plus grande liberté économique, mais sont désireux de contrôler la vie privée. Les libertariens préconisent un maximum de liberté individuelle et économique compatible avec le respect d’autrui. Les libertariens ne sont ni "de gauche" ni de "droite" ni même une combinaison des deux. Ils pensent que, sur chaque question, chacun a le droit de décider pour lui-même ce qui est meilleur pour lui et d’agir selon ses préférences, tant qu’il respecte le droit des autres à faire de même.

Arthur Gautier, dans un article récent sur la morale des libertariens, expliquait que "le problème principal de l’axe gauche-droite est qu’il ne laisse aucune place à la pensée libérale, celle-ci ne pouvant être rangée ni avec l’égalitarisme de la gauche, ni avec le nationalisme de la droite. En son temps, l’économiste et député libéral Frédéric Bastiat votait tantôt avec la gauche, tantôt avec la droite, selon le projet de loi discuté."

Aux États-Unis, le bipartisme ne permet pas de troisième voie ou de parti politique indépendant. C’est pourquoi David Nolan, fondateur du Libertarian Party en 1971, a eu l’idée de créer un diagramme (voir ci-contre) qui ajoute à l’axe gauche-droite un deuxième axe liberté-contrainte. De cette façon, explique Arthur Gautier, "la pensée libérale trouve enfin sa place sur l’échiquier politique."

Les libertariens ont le vent en poupe

Récemment, le Courrier International publiait un dossier intitulé "Les libertariens en vedette" (Courrier international, n° 1058 du 10 au 16 février 2011). Il y était décrit que pour les libertariens, la liberté individuelle est la valeur politique dominante. Ce qui n'exclut pas qu'il y en ait d'autres ! Et c'est d’ailleurs pourquoi, il y a des différences de sensibilité entre libertariens, notamment sur l'avortement, les drogues dures, la défense nationale, l’immigration…

L’hebdomadaire soulignait : "comme toute philosophie politique, le libertarianisme renferme des milliers de courants, depuis les anarchistes qui veulent abolir l’État jusqu’aux conservateurs (...). La ligne libertarienne classique est que les seules activités auxquelles un gouvernement devrait se limiter sont l’entretien d’une armée de métier, le maintien de la sécurité du pays et l’organisation du système judiciaire. Rien d’autre. C’est ce qu’on appelle le minarchisme."

Le libertarianisme est un courant qui est né dans les années 60 en opposition à la croissance ininterrompue de l’État au cours du XXe siècle. Mais il puise ses sources philosophiques dans l’histoire des États-Unis depuis ses origines. Selon le journal, "la révolution américaine a été un mouvement libertarien contre le pouvoir de la couronne britannique. La Constitution américaine est un texte libertarien qui limite le rôle de l’État à la couverture des besoins les plus basiques de la société en lui fournissant un corps législatif pour adopter des lois, un système judiciaire pour les interpréter et une armée pour la protéger (quoique certains des Pères fondateurs, comme Alexander Hamilton, aient voulu centraliser le pouvoir)."

Le politologue Sébastien Caré y a consacré un ouvrage [2] dans lequel il écrit, "les libertariens ne prétendent pas inventer une philosophie politique, mais plutôt réhabiliter la pensée libérale. Ils opèrent une mutation du libéralisme classique (…) en généralisant ses principes, autrement dit en projetant la logique du marché dans toutes les sphères de la vie sociale et en les subvertissant, en faisant de la défense des libertés une lutte incessante contre l’État."

Aux États-Unis, un parti libertarien existe depuis 1970. Ce parti reste très minoritaire face aux deux grands partis traditionnels. Mais il arrive à présenter un candidat à chaque élection présidentielle. En fait, le véritable impact des idées libertariennes passe au travers d’Internet, de réseaux intellectuels informels et de think tanks comme le Cato Institute.

L’éthique libertarienne

Revenons à David Boaz. Dans un article de 1997 [3], il proposait quelques éléments d’éthique "libertarienne" :

  • Droits des individus : les "libertariens" sont attachés au droit de chacun à la vie, à la liberté et à la propriété – que tout un chacun possède naturellement et ce, bien avant la création des gouvernements. Ces droits ne sont pas concédés par un gouvernement ni par la société ; ils sont inhérents à la nature de l’être humain. Dans cette optique, toutes les relations humaines doivent être volontaires. Les seules actions que la loi puisse interdire relèvent de l’usage unilatéral de la force – dans les cas de meurtre, viol, vol, rapt et fraudes.
  • Autorité de la loi : la doctrine "libertarienne" n’est ni libertinage, ni hédonisme. Loin de prétendre que "tout un chacun peut faire ce qu’il veut sans que quiconque puisse y redire", elle propose une société de liberté dans le cadre de la loi, où les individus peuvent vivre à leur guise tant qu’ils respectent les mêmes droits chez autrui.
  • Un gouvernement au pouvoir restreint : Les "libertariens" veulent diviser et limiter le pouvoir que le peuple délègue au gouvernement. Imposer des limites au gouvernement est le fondement politique de la doctrine "libertarienne".
  • Liberté des marchés : Le droit de propriété entraîne celui de l’échanger par consentement mutuel. À des individus libres correspond le système économique des marchés libres, indispensables à la création de richesses.
  • Vertus de la production : les "libertariens" défendent le droit qu’ont ceux qui produisent de garder ce qu’ils gagnent, contre une nouvelle catégorie de politiciens et bureaucrates qui veulent s’emparer de leurs gains pour les redistribuer à ceux qui ne l’ont pas produite.
  • Harmonie des intérêts : les "libertariens" croient à l’existence d’une harmonie naturelle d’intérêts parmi les membres pacifiques et producteurs d’une société équitable. (…) C’est seulement lorsque le gouvernement se met à distribuer des récompenses à la suite de pressions politiques que se développent des conflits entre groupes, que s’exacerbe la course au pouvoir politique.
  • Paix : Les "libertariens" se sont toujours farouchement opposés au fléau qu’est la guerre. (…) Certes les hommes et femmes libres ont à maintes reprises eu à défendre leurs sociétés contre les menaces étrangères ; mais l’histoire du monde démontre que la guerre s’est faite le plus souvent l’ennemie commune des tenants de la paix et de la productivité dans les deux camps.

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Sur le web

Article originellement publié sur 24HGold.

Notes :

[1] Ayn Rand est l’auteur du roman Atlas Shrugged, considéré comme une référence littéraire et philosophique par tous les libertariens.

[2] Les libertariens aux États-Unis : Sociologie d'un mouvement asocial, Presses Universitaires de Rennes, 2010.

[3] The Coming Libertarian Age.

À consulter :


Comment les libertariens peuvent-ils convaincre et influencer les électeurs ?

Les libertariens aujourd'hui ne pèsent rien en politique. Comme aux Etats-Unis il y a quelques décennies. Pourtant aujourd'hui Ron Paul attire à lui 20% des suffrages dans les primaires républicaines et bien plus encore chez les jeunes. S'il n'y a pas de méthode miracle, nous proposons toutefois à nos lecteurs une piste.

Par Josiah Schmidt.

Article publié en collaboration avec l'Institut Coppet.

Nous sommes à un carrefour de l’histoire. Les gens sont de plus en plus mécontents de l’Etat et perdent confiance en sa capacité à résoudre les problèmes majeurs. Pourtant, en même temps, ces Américains qui disent qu’ils veulent un gouvernement réduit sont aussi ceux qui voient la sécurité sociale et médicale (NdT : « Medicare ») comme intouchable. Le soutien aux dépenses gouvernementales de défense, aux soins de santé, aux mesures anti-pauvreté et aux subventions masquées pour son district d’origine est tout aussi élevé qu’il l’était il y a dix ans et dans certains cas même plus élevé. (voir ici)

Les libertariens ont là une réelle opportunité, mais nous devons reconnaître que nos stratégies actuelles ne sont carrément pas à la hauteur. Le mouvement pour la liberté a fait de grands progrès ces dix dernières années, en grande partie grâce à Ron Paul et au Ludwig von Mises Institute. Néanmoins, quand on observe la croissance effrénée de l’administration sur le siècle passé, qu’avons-nous en tant que libertariens à exhiber de nous-mêmes ? Nous disposons aujourd’hui de plus d’économistes autrichiens que jamais auparavant, pourtant pouvons-nous citer un seul programme gouvernemental dont nous avons réussi à obtenir la réduction ou la suppression ? Une liberté importante pour laquelle nous avons combattu et gagné ?

Nous avons un problème de marketing.

La première étape pour améliorer notre stratégie consiste à admettre que nos tactiques actuelles ne sont vraiment pas efficaces.

Nous sommes devenus très bons pour nous livrer à de nobles débats universitaires et à la rédaction d’articles et de traités verbeux, mais nous avons totalement échoué à rendre les idées de la liberté populaires et accessibles à l’individu moyen.

J’offre quelques suggestions dans cet article et beaucoup de ce que j’exprime s’inspire d’un livre classique intitulé How to Win Friends and Influence People  (Comment se faire des amis) de Dale Carnegie. Je suis arrivé à la conclusion que ce seul livre pourrait être l’œuvre littéraire la plus importante pour le mouvement libéral.

Je crois que c’est un changements fondamental de paradigme que le mouvement libéral exige : nous avons besoin de considérer tout le monde – et je dis bien tout le monde, y compris les Glenn Beck et Keith Olbermann de ce monde (NdT : deux journalistes de télévision célèbres aux USA, G. Beck animateur sur Fox News, ancré à droite et se déclarant depuis peu libertarian, et K. Olbermann animateur sur la chaîne d’info MSNBC, ancré à gauche) – comme amis potentiels. Plutôt que d’être vu comme un mouvement en colère, cynique et râleur, il nous faut être un mouvement qui tend la main et donne envie d’être libertarien.


1. Etre compréhensif, ne pas critiquer

Nous autres libertariens avons la fâcheuse habitude de critiquer les gens et de les amener à se taire. Mais tout cela ne fait que les pousser à la défensive et à lutter plus encore pour se justifier. Au bout du compte, nous ne produisons que du ressentiment en faisant cela.

Au lieu d’appeler les personnes qui profitent de l’aide gouvernementale des « travestis du bien-être » (« welfare queens »), ou de qualifier celles travaillant pour l’administration de « sangsues bureaucratique » (« bureaucratic leeches »), il nous faut comprendre que ces individus sont des gens, exactement comme nous. Ils ont véritablement le sentiment de faire du mieux qu’ils peuvent. Les gens vivant du chômage ou de tickets de rationnement sont des pères et mères tentant de faire vivre leurs enfants via un revenu limité – un revenu qu’ils pourraient augmenter en grappillant sur de multiples emplois et de longues heures de travail.

Il est de notre droit de reconnaître le fait que l’État-providence est un mécanisme tout à fait contre-productif pour aider ceux qui luttent pour subvenir à leurs familles, mais reconnaître cela peut se faire sans traiter ces personnes comme des moins-que-rien.

En cas de désaccord avec des gens que nous rencontrons, au lieu de les qualifier de « collabos » ou « moutons », essayons de comprendre pourquoi ils pensent comme ils le font. La grande majorité des personnes qui soutiennent la guerre en Irak ou qui pensent que la sécurité sociale fut une bonne idée ne pensent pas ainsi parce qu’ils adorent détruire la vie des autres. Ils le font parce qu’ils croient honnêtement qu’ils sont dans le vrai et recherchent le meilleur intérêt de tous. Au lieu de leur opposer notre colère, faisons un effort sincère pour vraiment comprendre l’origine de leur point de vue avant d’avancer notre position sur ces questions.

Nous autres libertariens nous rengorgeons d’être un groupe intelligent, mais il faut bien plus d’intelligence pour comprendre et exprimer de l’empathie envers les gens qu’il n’en faut pour les prendre de haut et les sermonner. Nous devons nous faire connaître comme le clan politique qui entend les gens et les comprend et non comme celui qui reste dans sa tour d’ivoire et se contente de prêcher pour eux.


2. Nous avons besoin d’un message qui rende les gens fiers d’eux

Au lieu d’amener les gens à se sentir stupides ou paresseux ou mauvais, faisons plutôt appel à leur sens du respect de soi. Au lieu d’essayer d’inciter les gens à faire ce que nous voudrions qu’ils fassent en soulignant toutes leurs erreurs, soulignons plutôt quand ils vont dans la bonne direction, avec des éloges quand la louange est due.

Trop souvent, je rencontre quelqu’un qui se réclame « conservateur » et si je lui demande d’expliquer sa philosophie politique, cela donne quelque chose comme ceci : « Je suis fatigué de toutes les subventions et de la protection sociale, et il nous faut une force militaire solide, bien financée, et il faut s’assurer que les politiciens ne trancheront pas dans notre sécurité sociale ou assurance-maladie, et nous devons cesser de commercer avec les producteurs de produits bon marché comme la Chine ». Clairement, les trois derniers sujets qu’ils soutiennent (un complexe militaro-industriel coûteux, pleins de droits et le protectionnisme commercial) sont tous des formes de « protection sociale » à laquelle ils prétendent s’opposer.

Mais plutôt que faire la remarque d’un sarcasme agacé, nous devrions pousser nos points communs et les congratuler de comprendre qu’une grande partie de l’argent que le Congrès dépense sur divers projets ne vise qu’à gagner leur réélection et non pas vraiment à profiter aux contribuables ; que des programmes comme l’assurance-chômage ne servent qu’à favoriser la pauvreté et que les gens ont vraiment besoin, non pas d’une main tendue, mais de lever la main. Il s’agit là de principes importants que tout le monde ne comprend pas forcément et plutôt que demander en colère pourquoi quelqu’un est trop « attardé » pour appliquer ces mêmes principes à d’autres domaines, nous devrions abondamment louer leur respect de ces principes dans les domaines où ils le font et les encourager à continuer à les appliquer de manière cohérente dans tous les domaines.

 

3. Donnons ENVIE aux gens d’être libertariens

Dans « Comment se faire des amis » Dale Carnegie fait remarquer que même si les fraises à la crème sont sa nourriture préférée, ce n’est pas des fraises qu’il met sur l’hameçon quand il va à la pêche. Il attire les poissons en mettant des vers sur l’hameçon, car c’est ce qu’aime le poisson. Comme libertariens, nous devrions apprendre cette leçon par cœur. Au lieu des sujets qui nous semblent les plus importants, nous devrions nous appliquer à discuter selon ce que l’interlocuteur attend.

Souvent, nous libertariens agressons les gens au sujet de la Réserve Fédérale et de l’inflation, des bulles obligataires et que sais-je encore. Mais le citoyen moyen ne se préoccupe d’ordinaire guère de tels sujets. Et peut-on le lui reprocher ? La plupart des gens ne comprennent probablement même pas de quoi on parle. Mais ce que tout le monde comprend c’est la hausse des prix à la pompe, celle des produits alimentaires à l’épicerie, ou le fait que ce qu’on pouvait acheter pour vingt-cinq cents comme gamin peut désormais coûter cinq à dix dollars. Voilà des choses auxquelles les gens peuvent s’identifier, en termes que les vrais gens peuvent comprendre.

Un maître absolu pour ce qui est de parler aux gens avec leurs propres mots est le juge Andrew Napolitano. Un des exemples les plus célèbres fut le 12 Juin 2010 lorsque le juge reçu Sarah Palin à son émission sur FOX Business, Freedom Watch. Il a passé toute l’émission à construire un terrain d’entente avec la gouverneur Palin sur des sujets comme la responsabilité personnelle, la discipline budgétaire et un gouvernement amaigri.

Il a ensuite évoqué avec Sarah Palin l’expérience qu’elle subit durant la campagne 2008, quand un pirate infiltra son compte e-mail et dévoila toutes sortes de messages personnels, à son insu et sans permission. Il lui fut compatissant et tomba d’accord combien il doit être terrible de voir son intimité bafouée ; puis il lui a alors demandé si elle pensait que le Patriot Act devrait permettre au gouvernement fédéral de faire la même chose. « Non, bien sûr que non,» répondit-elle. Badaboum. Simplement en abordant la question de façon qu’elle s’applique à elle personnellement, le juge Napolitano avait obtenu de Sarah Palin qu’elle critique un élément clé du Patriot Act – une des vaches sacrées des politiciens républicains. (Il fit aussi la même chose avec la prohibition de la marijuana, lui faisant de-facto faire appel à la dépénalisation ! (voir ici)

Le juge Napolitano aurait pu critiquer la gouverneur Palin et se disputer avec elle toute la journée sur le Patriot Act et elle n’aurait probablement jamais bougé de la ligne type des néo-conservateurs. En fait, elle aurait probablement été encore plus loin sur le ton des néo-conservateurs pour tenter de se défendre et aurait probablement quitté l’émission pleine de ressentiment envers le juge Napolitano et ses questions exaspérantes. Non, au lieu de cela, il attira l’attention sur ses positions incohérentes de manière indirecte et réussit ainsi à lui faire prendre des positions libertariennes que beaucoup d’autres grandes figures républicaines n’auraient  pas été prêtes à franchir.

En consacrant toute la première moitié de l’entretien à louer son engagement envers la liberté individuelle et la responsabilité fiscale, il lui donna une bonne réputation à porter – et elle a préféré tenter de tenir cette bonne réputation qu’il lui avait ainsi construite, même si cela signifiait prendre un chemin un peu détourné et dire des choses inattendues de la part d’un politicien républicain normal.

Une autre manière de donner envie de devenir libertarien consiste à être enthousiaste. Pourquoi les gens devraient-ils vouloir devenir libertariens quand ils nous voient nous morfondre constamment, portant des sarcasmes et des lamentations sur l’avenir sombre du pays ? Quelle que soit la vérité derrière nos affirmations, personne ne veut croire des choses qui rendent déprimé, dépressif. Personne ne veut avoir à faire avec un groupe de désabusés cyniques.

Si vous étiez un non-libertarien, quelle approche parmi les suivantes vous rendrait plus enclin à vous interroger sur l’économie autrichienne et le libertarianisme :

A). « Leviathan (NdT terme faisant référence à un monstre marin biblique qui depuis le livre éponyme de Thomas Hobbes symbolise chez les anglo-saxons le pouvoir abusif) est hors de contrôle, le pays part à la dérive et si vous voulez avoir une chance de survivre à l’hyperinflation, suivez quelques conseils de Rothbard et acheter de l’or. Regardez cette vidéo de Peter Schiff aux prédictions terrifiantes si vous voulez savoir à quel point nous sommes foutus ».

ou

B). « Voulez-vous savoir comment prospérer et subvenir à votre famille, même pendant les moments difficiles ? Consultez le palmarès étonnant de cette analyste financier du nom de Peter Schiff ! Il pense que l’Asie est une nouvelle terre d’opportunités et il dit depuis des décennies que la protection de vos économies par l’achat d’or reste une excellente façon de se prémunir de la hausse des prix. Et fichtre, combien a-t-il eu raison sur la monnaie ! »

D’accord, mon phrasé pour B n’est pas parfait, néanmoins ne seriez-vous pas beaucoup plus intéressés d’apprendre l’économie autrichienne si quelqu’un vous interpelle avec B plutôt qu’avec A ?

 

4. S’intéresser aux autres en tant qu’êtres humains

Quand j’aidais à rallier le soutien au projet de loi HR 1207 de Ron Paul pour l’audit de la Réserve Fédérale, j’ai appelé le bureau de mon Représentant (NdT : l’équivalent de notre député, mais au niveau fédéral) à diverses reprises sur plusieurs mois. La première fois, j’ai mis un point d’honneur à faire sérieux et austère. J’étais un citoyen ulcéré et mon député (NdT : « Congressman » « Membre du Congrès ») devait m’écouter ! A l’autre bout du fil, la voix d’une femme plus âgée. Elle avait l’air fatiguée et lasse. « Super ! » me dis-je. Elle doit recevoir de nombreux appels de gens en colère comme moi ! Je lui dit que je soutenais le projet de loi de Ron Paul en faveur de l’audit de la Fed et que je voulais m’assurer que mon député le soutenait aussi. Elle me dit qu’elle n’était pas sûre et qu’elle ferait part de mon avis au député. Je levai les yeux au ciel, certain que mon message n’atteindrait jamais vraiment mon député, la remerciai et raccrochai.

Après quelques semaines et sans nouvelles de mon député, je rappelle à nouveau, cette fois-ci en colère. La même femme âgée et fatiguée répond. J’exigeai de savoir la position de mon député sur la question. Elle sentit la colère dans ma voix et s’énerva de même, me disant sèchement qu’il n’avait pas pris position sur ce sujet.

Quelques autres semaines plus tard, toujours sans nouvelles de la position de mon député sur le projet de loi d’audit de la Fed, je décidai d’appeler à nouveau. Mais cette fois, une voix différente répondit. Fatiguée et lasse, mais une femme apparemment un peu plus jeune. Je décidai de tenter autre chose. Elle entama avec l’annonce d’accueil standard. Je me suis présenté, lui ai dit appeler concernant le HR 1207, mais je lui ai ensuite demandé : « Comment allez-vous ? » Il y eut un changement immédiat dans sa voix. Après avoir probablement écouté des centaines d’appels en colère toute la journée, elle semblait soulagée d’entendre quelqu’un qui la traitait comme un être humain.

« Oh, vous savez,» dit-elle. « A peu près comme ce que vous imaginez.»

Je ris un peu et la taquine : « Ouais, je parie que vous avez eu des citoyens en colère comme moi toute la journée.»

« Vous n’en avez pas idée », dit-elle et elle se mit à me raconter quelques-uns des appels les plus ridicules qu’elle avait pris plus tôt ce jour-là. J’ai ri avec elle, j’ai sympathisé avec elle et l’ai écoutée. Je l’ai traitée comme une vraie personne. Notre petite conversation parallèle n’a guère duré qu’une minute, mais une fois celui-ci finie, sa voix semblait plus légère.

« Vous appeliez au sujet du projet de loi d’audit de la Fed ? » me demanda-elle.

Je répondis par l’affirmative et demandai si elle pouvait passer un message de mon soutien à la loi au député.

« Bien sûr ! » répondit-elle, comme si j’étais un de ses vieux amis demandant une légère faveur. Elle a pris mes nom, adresse et email et me demanda à nouveau pour s’assurer qu’elle notait correctement le numéro du projet de loi. « Je vais lui écrire une note et la lui remettre moi-même personnellement à son bureau.»

Je l’ai remerciée avec enthousiasme, lui ai souhaité une bonne soirée et ai raccroché. Je n’avais pas vraiment grand espoir suite à la conversation. Le lendemain, j’ai été étonné de recevoir un e-mail personnel venant de mon député. Et en plus, pas juste un de ces e-mails au format standard, remerciant le citoyen <nom-ici> d’exprimer ses préoccupations et blablabla blablabla ! C’était un vrai e-mail personnel de la main de mon député, précisant qu’il avait décidé non seulement de soutenir le projet de loi de Ron Paul d’auditer la Fed, mais d’en devenir un des sponsors. J’étais ravi !

Je ne sais pas quelle influence j’ai personnellement eu sur la décision de mon député de coparrainer ce projet de loi, mais il est clair pour moi que c’est beaucoup plus facile d’amener quelqu’un à faire quelque chose si on le traite comme un être humain véritable.

 

5. Comment discuter avec des gens

Nous autres libertariens sommes généralement d’avis que tout ce que nous avons à faire est d’argumenter avec tout le monde et les enfoncer avec notre logique impeccable maintes et maintes fois et qu’ils finiront sans nul doute par tomber d’accord avec nous, parce que, eh bien, c’est nous qui avons raison. Malheureusement, en grande majorité les discussions se terminent voyant les deux camps plus que jamais convaincus qu’ils ont raison. La personne avec qui on discute ne se laissera probablement jamais influencer par nos arguments et même si cela devait être, son orgueil et sa crainte de perdre la face l’empêchera de l’admettre.

La meilleure façon de commencer une discussion est de ne pas se disputer. Au contraire, demandez à l’autre personne ce qu’elle pense – en étant sincèrement intéressé. Essayez de voir les choses de son point de vue… vraiment. Soyez respectueux de ses opinions et retenez votre langue juste un moment, même si elle dit des choses que vous pensez totalement erronées ou idiotes. Laissez à l’autre la majorité de la conversation et choisissez vos mots à bon escient. Ne dites pas grand-chose, mais lorsque vous dites quelque chose, assurez-vous que c’est très bien pensé et chargé d’humilité.

Quand c’est à vous de parler, ne portez pas aussitôt l’attention sur le conflit idéologique. Commencez plutôt par trouver le terrain commun que vous partagez avec votre adversaire. L’outil le plus utile est celui que le célèbre interviewer libertarien Jan Helfeld utilise : la « méthode socratique ».

Cela peut commencer par amener l’autre personne à dire « oui » à quelque chose et à la diriger sur un parcours de « oui » et la laisser arriver à la conclusion correcte par elle-même. L’autre ne pourra pas toujours se permettre d’en venir à tomber d’accord avec vous. Il peut très probablement se rendre compte à mi-parcours où cela mène et clore la conversation prématurément. Mais vous aurez certainement plus de succès de cette façon que vous auriez simplement à crier vos positions l’un à l’autre, encore et encore et, plus important encore, vous aurez amené l’autre personne à réfléchir à vos arguments et à voir comment vous en êtes arrivé à votre conclusion. Votre position ne leur paraîtra plus aussi folle ou bizarre et, si vous faites vraiment preuve de tact, vous pourrez peut-être même les voir adopter votre position (souvent en croyant que c’était leur propre idée au départ – mais bon, on s’en moque, non ?).

Par exemple : On peut pontifier toute la journée sur combien l’économie ne bénéficie en rien d’une guerre qui frappe un pays, avec toutes les maisons bombardées qui doivent ensuite être reconstruites. La personne avec qui on discute pourra tout simplement répondre en rabâchant un thème comme « La Seconde Guerre Mondiale nous a fait sortir de la Grande Dépression ! Regardez donc les statistiques ! »

Eh bien, ne serait-ce pas plus efficace si, peut-être, on avait commencé par demander :

« Si vous êtes sur une île déserte, que vous passez beaucoup de temps à construire des filets et des lances et une cabane, vous seriez plus pauvre si un fort vent venait et renversait votre cabane, n’est-ce pas ? »

L’interlocuteur répondra plus que probablement par : « Certes.»

« Et s’il devait y avoir une autre personne à part vous sur cette île, un expert en construction de cabane ? Disons que vous pêchez du poisson pour vous nourrir tous deux et, en échange, qu’il construit des cabanes pour vous abriter chacun. Si un fort vent devait venir et renverser vos cabanes, vous seriez tous deux plus pauvres. Vous seriez plus pauvres car votre ami aurait plus de travail à reconstruire les cabanes et vous-même plus de travail à pêcher plus de poissons pour qu’il ait le surcroît d’énergie nécessaire pour accomplir cette difficile tâche. Exact ? »

« Oui. Bien sûr.»

« Bien, et si les cabanes avaient été détruites par une bombe au lieu d’un fort vent ? Cela ne changerait rien, n’est-ce pas ? »

« Oui, d’accord. »

« Et si au lieu de 2 personnes sur l’île, il y avait un nombre différent de personnes sur l’île ? Disons 3 personnes, ou 10 personnes, voire 1 million de personnes ? Cela serait sans incidence sur la nature fondamentale de la question, c’est bien exact ? »

« Oui, cela semble exact. Je vois votre idée maintenant.»

Cela dit, le dialogue pourrait ne pas se passer aussi bien, mais en guidant l’interlocuteur d’une manière amicale et respectueuse, n’est-on pas plus susceptible d’arriver à faire vraiment comprendre sa logique à son interlocuteur, plutôt que de rester là et lui servir un sermon ? Et un bon conseil : si vous réussissez à convertir quelqu’un à votre point de vue, ne le narguer pas d’un : « Na na na nanère, je vous l’avais bien dit » ni d’un : « Pfff, pourquoi ne pouviez-vous pas reconnaître quelque chose d’aussi simple que cela dès le début ? » Ne laissez pas l’autre personne perdre la face.


6. La meilleure façon de vendre quelque chose, c’est de le donner gratuitement

C’est désormais connu dans les milieux libertariens comme « la loi de Tucker », d’après Jeffrey Tucker, le rédacteur en chef du site Mises.org, M. Tucker a rejoué le scénario du livre de Leonard Read. Alors que la plupart des autres théoriciens libertariens avaient du mal à vendre leurs livres, Leonard Read décida simplement de donner les siens gratuitement. Il n’est donc pas surprenant que la littérature de Read se diffusa comme une traînée de poudre et qu’il devint un des écrivains libertariens les plus connus et respectés de son temps. De même, Jeff Tucker a mis la main sur des textes classiques des écoles libertarienne et autrichienne, les a mis dans le domaine public en les publiant sur Internet pour que quiconque puisse les télécharger gratuitement.

C’est à cela que je dois tout ce que je sais sur l’économie autrichienne. C’est grâce à la littérature gratuite de Mises.org que j’ai pu passer de zéro livre en économie à des centaines de livres dévorés sur l’économie et la théorie politique, y compris L’Action Humaine de Ludwig von Mises et Man, Economy  and State de Murray Rothbard.

Un de mes souvenirs les plus porteurs d’inspiration lors de la campagne de Ron Paul en 2008 (NdT Ron Raul, figure emblématique des libertariens américains, fut candidat à l’investiture républicaine en 2008) est dû à un groupe de supporters de Ron Paul, installé en marge d’un rassemblement républicain local par une nuit glaciale, offrant du chocolat chaud aux participants à leur sortie. Ils offraient également des dépliants « Ron Paul Président ». Réchauffés par la générosité de ces supporters de Ron Paul, les républicains, qui auraient sinon accéléré le pas pour éviter d’être endoctrinés par un de ces fadas de libertariens, se sont effectivement arrêtés pour bavarder amicalement de politique avec ces « Paulistes.» Ce groupe de supporters de Ron Paul a fini par établir une multitude de relations et à faire un bien immense pour la campagne de Paul ce soir-là. Admettons-le : les gens aiment les trucs gratuits. Surtout quand il s’agit de choses honnêtes données gratuitement avec bonté, sans aucune contrainte.

Si vous voulez que quelqu’un lise « Economics in One Lesson » (NdT « L’économie politique en une leçon » par Henry Hazlitt) ou « America’s Great Depression » (NdT « La Grande Dépression de l’Amérique » par Murray N. Rothbard), ne vous contentez pas de le pousser à l’acheter. Prêtez lui votre exemplaire, ou, mieux encore, donnez-lui votre exemplaire. Ne vous inquiétez pas qu’on ne vous le rende, soyez donc heureux qu’on décide de le lire, même si c’est sans se précipiter pour l’ouvrir tout de suite.


Conclusion

Nous autres libertariens devons nous réconcilier avec le fait que les cartes sont contre nous. Les tentacules de l’État s’étendent partout et par nature l’État recherche constamment plus de puissance et de gloire pour lui-même. Essayer de convaincre les gens que l’État n’est pas la solution mais le problème nous met en opposition frontale avec bien des organisations les plus puissantes du monde. Nous allons devoir utiliser de meilleures tactiques que les autres écoles de philosophie politique.

Nous sommes au travail depuis longtemps maintenant et, pour être brutalement honnête, nous n’avons pas su toujours nous montrer à la hauteur. Ce n’est pas que nous avons manqué d’efforts. Nous n’avons pas un problème de quantité, mais un problème de qualité. Nos efforts n’ont pas seulement besoin d’être accrus. Nos efforts doivent être d’une nature entièrement différente de ce qu’ils sont actuellement.

Il nous faut en fait un libertarianisme de compassion. Pas un libertarianisme qui remettrait en cause nos principes, mais un libertarianisme qui met plus d’emphase à comprendre d’autres points de vue, qui dit clairement que nous regardons les gens comme de vrais êtres humains aux bonnes intentions, qui établit des ponts plutôt que de créer des ennemis, qui rend les gens enthousiastes d’être libertariens, qui – au lieu de se complaire en disputes tout le temps avec tout le monde – aide les gens à comprendre la théorie libertarienne par eux-mêmes, un libertarianisme qui est abordable et terre-à-terre.

Il n’y a pas de chemin facile dans notre combat contre l’État, mais avec un réajustement majeur d’attitude et une approche plus émotionnellement intelligente, nous pouvons réussir beaucoup mieux à convertir et à influencer les électeurs. Il nous faut seulement être assez courageux pour tout d’abord admettre qu’un changement de stratégie est depuis longtemps nécessaire.

Article original tiré du site de Josiah Schmidt
Traduction : Stéphane Geyres pour l'Institut Coppet.

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Philosophie politique - Par Cyber-résistant
Jeudi 25 juillet 2013 4 25 /07 /Juil /2013 15:43

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Discours du Dr Johannes Jansen au Congrès Inaugural du Processus de Bruxelles.

 


Le Professeur Johannes Jansen à la Conférence de Bruxelles


Voici la traduction de la remarquable intervention du Professeur Jansen

Professor Dr. Johannes Jansen - www.arabistjansen.nl/.

 

Qu’est-ce que la Charia? Quelles sont ses origines ? Et pourquoi la question est d’importance ?

La Charia islamique est un système de lois. C’est un ensemble d’interdits, d’admonestations et d’ordres dont l’objet est le comportement de l’homme. La Charia n’est pas une donnée interne qui intéresse uniquement l’islam et les musulmans. La Charia inclut  un grand nombre de dispositions concernant les non-musulmans. Celles-ci   sont généralement des interdictions assorties de pénalités sévères si elles sont violées. Ces dispositions de la Charia rendent la vie précaire et incertaine pour le non-musulman vivant sous la loi de la Charia.

Sous la loi de la Charia le non-musulman ne possède aucun droit inaliénable. Si je me trompe sur ce point, je serais soulagé et heureux qu’on me le dise, et vos e-mails me signalant que j’ai tort, seront les bienvenus. Mais si j’ai raison, un prisonnier de  Guantanamo possède plus de droits qu’un juif ou un chrétien vivant sous la Charia.

A l’inverse des systèmes légaux de la plupart des nations et états modernes, la Charia n’est pas assujettie à l’approbation démocratique.
Au même titre que la loi internationale et la loi rabbinique, la Charia est une affaire académique : des experts discutent et débattent de réglementations jusqu’à ce qu’ils parviennent à un accord. La Charia ne connaît ni parlement,  ni gouvernement qui tienne  le rôle de législateur, mais les lois de la Charia existent parce qu’elles sont approuvées  par des experts, c’est-à-dire des chefs religieux islamiques, des professionnels de l’islam, les Oulemas, les Ayatollahs, ou n’importe quelle autre appellation pour ces dignitaires.

 

 

Comme moi, vous êtes en majorité très peu au courant des lois internationales.  Les exigences  des règlementations internationales ne sont jamais soumises au vote libre et démocratique. Il fut intéressant, c’est le moins que l’on puisse dire, de constater  qu’ à maintes reprises, les accusateurs de Geert Wilders en 2010 et 2011 eurent recours à ce qu’ils considéraient comme généralement accepté en matière de lois internationales pour faire taire Geert Wilders. Comme le démontre la loi internationale, les communautés de spécialistes académiques, dans leur tour d’ivoire, ont une tendance à développer un niveau de pédanterie  qu’un législateur élu ne pourrait avoir. D’une certaine manière, c’est exactement ce qui se passe avec la Charia.

Les religions ne sont pas démocratiques même si elles peuvent parfois prêcher ou tolérer la démocratie.  De ce fait, la manière dont les règlementations de la Charia en viennent à exister  est antidémocratique. Ceci implique que permettre à la Charia ou une partie de la Charia d’être la loi dans une nation occidentale, revient à affaiblir le caractère démocratique de la nation. Cela signifie perdre le pouvoir législatif et le remettre à des individus non élus et auto-proclamés, qui sont inconnus et anonymes, qui opèrent depuis de lointaines mosquées au Pakistan ou en   Afghanistan. Ce n’est pas l’organisation idéale pour une démocratie.  On peut avoir des raisons religieuses légitimes de préférer néanmoins cette organisation mais elle entraîne quelque chose de pire que la taxation sans la représentation ; elle entraîne la législation sans la représentation.

Les politiciens occidentaux ne prennent pas les lois de la Charia trop au sérieux, parce que c’est un domaine académique et religieux, un système de lois qui n’émerge pas de la puissance de l’état mais de l’esprit de savants religieux. Dans le monde musulman, au contraire, l’autorité de la Charia est accablante.  Le prestige colossal de la Charia dans le monde musulman est facile à expliquer : la  théologie islamique identifie les lois de la Charia à celles de Dieu ; et les spécialistes de la Charia sont les dirigeants religieux de la communauté musulmane. Aucun gouvernement dans le monde musulman ne peut se permettre de s’aliéner ces spécialistes  des doctrines religieuses s’il veut conserver le pouvoir.

Chaque  pays islamique nourrit son propre équilibre entre son gouvernement et ses experts religieux. Cet équilibre stable est la source de dissertations de doctorants en thèses d’état.  Si la plupart des pays islamiques possèdent un système législatif influencé par la Charia, il n’est néanmoins pas identique  en tous points  aux lois traditionnelles de la Charia. Pour les dirigeants des mouvements islamistes radicaux cette non-conformité de la législation avec la Charia est une source permanente de ressentiment.  Le plus petit écart entre la Charia et la législation du pays alimente sans cesse leur machine à propagande étant donné que cette différence fournit la preuve qu’un législateur humain a voulu prendre la place de Dieu et tente d’améliorer l’œuvre divine, ce qui constitue un blasphème car Dieu doit rester le seul donneur d’ordre.

La Charia n’est pas un système de jurisprudence développé dans les cours de justice. C’est le produit des délibérations qui ont lieu entre savants et  non pas le résultat des  questions pratiques débattues par les juges, les avocats, les avoués, les procureurs ou les défenseurs. En conséquence, la Charia est pauvre dans ses attendus. C’est un modèle théorique, un système  abstrait de lois sorti tout droit des académies. Tout ceci explique la plupart de ses faiblesses.

Il n’en reste pas moins que la théologie musulmane prétend que la Charia est d’essence divine. Si des nouvelles questions inédites surgissent et pour lesquelles la Charia doit fournir une réponse, les spécialistes de la Charia, du moins en théorie, doivent émettre une solution qui est fondée sur quatre principes, ou « racines » de la Charia. Ces quatre principes reviendront sur la table sans fin dans toutes les discussions concernant la Charia.  Ce sont le Coran, les Hadiths, les analogies et le consensus.

Le quatrième fondement, agrément ou consensus est pour ce qui concerne toutes les questions pratiques le critère le plus important. Une fois  le consensus acquis, il devient inutile de consulter d’autres sources. Théorie et théologie, cependant  attachent la plus grande valeur à l’autorité du premier des fondements, le Coran, mais en pratique l’énoncé du Coran peut nécessiter un ajout ou être interprété par les autres sources ou par un autre passage du Coran lui-même.

Ici nous sommes en face d’un principe important provenant à la fois de la loi de la Charia et de l’interprétation du Coran. C’est le principe d’ ‘abrogation’ –  ‘naskh’ en arabe -  qui est souvent mal compris. ‘Abrogation’ signifie qu’un verset du Coran qui fut révélé plus tôt, peut être rejeté ou ‘abrogé’ par un verset écrit plus tard. Parfois même un élément de l’une ou l’autre des trois autres sources  peut abroger le contenu d’un verset du Coran. Les savants musulmans analysent tous les cas possibles en profondeur.

 

L’exemple le plus célèbre d’abrogation est un sujet d’inquiétude pour le nom musulman : l’abrogation de la sourate 109, une sourate de  la période mecquoise qui prêche la tolérance religieuse.  Cette sourate est abrogée par les versets plus tardifs de la période de Médine qui ordonnent aux musulmans de combattre et de tuer les incroyants où qu’ils se trouvent.

Quels que soient les problèmes rencontrés par les penseurs de la Charia, dans quelques générations, ceux-ci mettront au point un agrément; suivant en cela  la directive de Mohammed  selon laquelle  ‘Dieu ne peut permettre que son peuple s’entende sur une erreur’ : ‘ lan tagtami? ummatii ?alaa dalaal’.

Cette  importante directive joue un rôle central dans le système de la Charia. Son application donne un nombre imprévu de conséquences.  Abolir une règle de la Charia pour  laquelle un consensus a été acquis, implique que la Oumma de Mohammed est dans son tort. Mais selon le prophète de l’islam, cela ne se peut pas. En conséquence, il est hors de question de revenir sur des règles dès lors qu’elles sont admises par consensus. Les cas sont nombreux où cette disposition crée des difficultés et des désordres. On peut en juger par les punitions de la Charia pour apostasie, adultère ou vol.

Un exemple célèbre d’abrogation est l’interdiction de consommer du vin. Dans ses premiers versets le Coran parle du vin en bons termes ; plus tard il interdit le vin. Mais comment savoir quels versets  sont venus  en premier ? Nous ne pouvons  l’apprendre que de la bouche des experts de la Charia. Comment le savent-ils ? Et bien, puisque le vin est interdit, le verset qui interdit le vin doit être postérieur à celui qui en fait l’éloge. Un œil critique démontrera la circularité du raisonnement, mais aux yeux des musulmans traditionnels,  l’interdiction bénéficie du soutien du Très Haut  ce qui confirme bien  qu’ils seraient désorientés sans la science et le savoir de ces experts  qui représentent l’autorité de l’islam.

Les amis de l’islam voient dans la prétendue flexibilité de l’islam un indicateur de son caractère libéral et humain. Mais ceci est une erreur. Les lois flexibles ne sont pas humaines mais dangereuses, étant donné que les citoyens ne savent pas  pour quelles raisons ils peuvent être arrêtés et exécutés. La loi islamique pour autant qu’elle est flexible, est rigide sur un grand nombre de points. Agrément, consensus, voilà sur quoi le système est construit. Aucun désaccord de taille n’existe sur les points de loi qui incombent au non- musulman, quels que soient les arguments des amis de l’islam. Ne pas respecter sa majesté Mohammed, le prophète de l’islam est généralement considéré comme un crime capital.  Si les cours de justice ou les gouvernements n’exécutent pas l’offenseur,  des volontaires spontanés et informels peuvent considérer parfaitement justifié de prendre cette tâche à leur compte quel que soit le prix qu’il puisse leur en coûter personnellement.

Les savants modernes occidentaux ont mis en doute les origines de la Charia. Ils pensent que la Charia est la continuation de la loi romaine provinciale comme elle était appliquée dans l’empire romain au Moyen-Orient à la veille des conquêtes arabes. Beaucoup de savants du 20ème siècle ont écrit à propos de la relation entre la loi romaine et la loi islamique. Il est facile de voir que le personnage du mufti est la continuation  du savant de la jurisprudence bien connu de la loi romaine  et d’autres exemples abondent.

La forte influence de la loi talmudique rabbinique sur la Charia est indéniable et ce n’est pas un miracle puisque le Talmud et la Charia sont apparus l’un et l’autre à peu près à la même époque en Irak entre le 7ème et le 9ème siècle de notre ère.  Les Fatwa sont bien sûr l’exact équivalent fonctionnel du ‘Teshuvot’ rabbinique et de la ‘Responsa’ de la loi romaine.

Les musulmans croient que leurs spécialistes religieux ont tiré les règles de la Charia de ces quatre sources : le Coran, les Hadiths, l’Analogie et le Consensus. Cependant les savants modernes occidentaux en sont venus à croire que les règles de la Charia ne sont pas tirées de ces quatre “racines” mais que ces règles et leurs attendus  furent rattachées  à ces quatre “racines” à postériori. Ceci est matière à des sujets de recherches pour les étudiants en doctorat.  Ces questions académiques, cependant,  ne devraient pas retenir notre attention ici, nous avons un devoir bien plus important : expliquer pourquoi nous devrions nous concentrer sur la Charia et pas sur le Coran, ni sur Mohammed quand il s’agit de nous défendre  contre les ravages de l’islam.

La communauté  savante moderne occidentale a fait de grands progrès depuis un siècle sur ses connaissances du  Coran et de la vie de Mohammed.  En conséquence les positions traditionnelles concernant Mohammed et le Coran se sont révélées intenables.

Que Mohammed ait réellement existé, est plus incertain que jamais. Deux siècles de patientes recherches ont crée de sérieux doutes sur la réalité historique du  prophète de l’islam. Ces doutes ne seront pas évacués  même si le nombre des académies qui travaillent sur ce sujet est faible voire insignifiant.

L’image générale que le  Coran et la tradition islamique offrent du contexte dans lequel Mohammed travaillait – d’abord comme prophète, ensuite à la fois comme prophète et  homme d’état – l’image  générale de La Mecque et de Médine au début du 7ème siècle de notre ère n’est pas confirmée par les résultats des recherches archéologiques et les inscriptions, du moins celles dont on dispose.
Ceci bien sûr peut changer si les recherches progressent mais ce n’est pas un bon signe, en particulier si on considère que ce qui a été trouvé, à première vue semble contredire les points de vue traditionnels.

La tradition littéraire concernant la biographie de Mohammed ressemble surtout à une accumulation disparate de sermons qui se contredisent mutuellement mais qui néanmoins cherchent tous à persuader  l’audience qu’un certain Mohammed a été le messager de Dieu. Les écrits qui ont été conservés ne sont pas conformes à du matériel  historique. Ceci n’est pas nécessairement néfaste, mais ce n’est pas un bon signe. La numismatique ne confirme pas la version officielle de l’islam de la première période de son histoire. Ceci en soi n’est pas décisif, mais ce n’est pas un bon signe. Il y a des décalages entre ce que nous savons du calendrier ancien arabe et les histoires rapportées sur Mahomet. Ceci n’est pas nécessairement  sans appel, mais s’en approche.

Les vrais musulmans, cependant, ne partagent pas ces doutes à propos de leur prophète bien aimé. La corporation des chefs religieux musulmans, franchira le cap de ces doutes; elle va se montrer furieuse quand les savants occidentaux modernes  vont démasquer la version musulmane des premières heures de l’islam, narratif créé pour des raisons théologiques sous forme de sermons travestis en faits historiques. Il va sans dire que beaucoup de musulmans sont prêts à enfiler leur lourde armure pour défendre leur religion contre de telles attaques.

Il  y a cependant, une faille dans l’armure islamique sur un point qui est considéré comme parfaitement pieux et  islamique. Cela pourrait même être plus efficace. Le Coran de manière univoque établit qu’il est écrit en langue arabe claire,’ lisaan ?arabii mubiin’. “Très bien.”, on peut alors se poser justement la question : « Pourquoi, si cela est vrai, avons-nous besoin des commentaires du Coran qui prennent des milliers de pages? »

Cette question pose une difficulté, mais nous devons nous poser une question encore plus embarrassante concernant l’autorité des anciens pères fondateurs de la Charia : Les quatre géants al-Shaafii, Abu Haniifa, Malik and Ahmad ibn Hanbal, tous aux alentours de 800 de notre ère; tous sauf, Malik, géographiquement  connecté à l’Irak. : ‘Pourquoi avons-nous besoin de ces quatre savants de la Charia  pour nous informer des actes que l’islam interdit ou prescrit ?. « Si le Coran est clair, pourquoi avons-nous besoin de ces lumières? Pourquoi savaient-ils plus de choses que le prophète Mohammed? Comment avaient-ils connaissance de ce qui n’est pas dans les versets clairs du Coran? »

Ces questions ne rendent pas forcément fou de rage le musulman profane moyen Néanmoins elles rendent fous de rage les savants musulmans de la Charia.

Etant donné que ces hommes jouent le rôle que le clergé jouait dans le christianisme, ils représentent une force avec laquelle on doit inévitablement compter. Sans aucun doute ils sont une force spirituelle, mais certains de leurs jeunes fidèles ne font pas bien la différence entre l’esprit et le corps et n’hésitent pas à prendre les mesures nécessaires pour  imposer un alignement conforme aux souhaits du clergé.

Les musulmans profanes, en règle générale, approuvent tout ce que les  professionnels de l’islam enseignent et prêchent. La puissance que cette corporation d’experts en charia islamique exerce sur son troupeau  est étonnante et n’a pas d’équivalent dans l’histoire.

Elle est fondée sur la pression sociale. Elle opère de la manière la plus simple qu’on puisse imaginer : le fait de divulguer les prescriptions de sa religion crée une sorte de prestige parmi les coreligionnaires. C’est le cas de tous les systèmes religieux.  En conséquence, dans le cas de l’islam, les musulmans vont admirer quiconque agit d’une manière conforme à l’islam. Qui définit le fonctionnement de cette conformité ? C’est le clergé islamique qui exerce l’autorité finale  et définit quelle attitude constitue une attitude islamique.

Tout ceci serait sans importance pour nous si l’islam ne se vantait pas  de vouloir et de pouvoir anéantir l’occident.

Pour défendre l’occident contre l’islam c’est cette chaîne de prestige et d’autorité consentis que nous devons  attaquer et cette attaque doit se concentrer sur son point le plus faible: sur le fondement de l’autorité que représente le clergé. Cette autorité cléricale est fondée sur la Charia. Cependant l’autorité de la Charia implique que Mohammed, le prophète de l’islam, était plus ou moins un  nigaud et que le Coran est un ensemble vague et simpliste de morceaux de prose pieuse  qui ne détient pas l’information dont un homme a besoin pour être sauvé du feu de l’enfer  — seul le clergé sait comment un homme peut être sauvé et il le sait par sa connaissance de la Charia, non par sa connaissance du Coran.

La position suprême de la Charia dans le monde de l’islam, nous semble-t-il,  peut seulement se comprendre comme une dépréciation du Coran de Mohammed.

Une fois que les intéressés, le musulman et  son opposé le dhimmi auront saisi cela, on les aura influencés. La question que nous devrions nous poser dès qu’on a recours aux lois de la Charia : “Tous ces scribes et savants musulmans, tous des êtres humains, que savaient-ils de plus que Mohammed et Ses compagnons” ?  

Considérons un exemple pour voir comment la Charia et le clergé opèrent. En 2006/ 2007, un comédien hollandais a connu des problèmes avec un activiste islamique au sujet de l’assassinat de Theo van Gogh. Le comédien sur sa propre initiative a consulté un imam local à Amsterdam  et le directoire de sa mosquée leur demandant directement s’ils voulaient le tuer. L’imam prit l’air concentré et ne dit rien, faisant comme s’il ne comprenait pas le hollandais — ce qui était peut-être le cas. Cependant, un membre très aimable du directoire rassura le comédien  qu’ils n’avaient nullement l’intention de le tuer parce que  “pour de telles choses, nous avons les radicaux”. Ceci illustre parfaitement la situation. La majorité est silencieuse, l’imam limite son action à la préservation de la dignité de sa charge, ses affidés directes lui apportent les mauvaises nouvelles, et l’élite des soldats, les vrais commandos, les vrais moujahidin font le sale boulot 

Les gouvernements hésitent à résister à ces commandos; ceux qui subissent des attaques habituellement doivent se défendre. Il vaut mieux répliquer à une attaque de manière indirecte et tâcher d’influencer les musulmans pour leur faire prendre conscience qu’au cours des siècles un fossé de plus en plus grand s’est creusé entre ce que sincèrement et parfois naïvement ils considèrent comme islam et l’accumulation de prescriptions et de restrictions que le clergé veut faire appliquer.  Nous devrions sans relâche demander au “musulman laïque” ce que les scribes humains des livres de la Charia savaient de plus que l’archange Gabriel quand il a révélé le Coran à Mohammed.

Le Coran ne promet pas la joie  à celui qui refuse de se soumettre à l’islam, mais il n’est pas aussi explicite que la Charia.

Nous pouvons en outre librement critiquer les livres récemment annotés et révisés de la Charia, rien dans nos lois et nos coutumes ne nous interdit de le faire.  Cependant, critiquer un texte sacré ancien peut être considéré comme barbare.  Les nombreux livres contemporains sur la Charia au contraire s’y prêtent. Leurs auteurs  sont des hommes comme vous et moi. Mais les auteurs de ces ouvrages sur la Charia certainement prétendent connaître plus que tous les prophètes et les archanges réunis.

C’est là que les amis de l’islam avec habilité tentent de miner notre loyauté. Quand nous faisons référence aux livres classiques de l’ancienne Charia et mettons l’accent sur  sa soif de sang et que nous en explicitons le contenu, ils diront: “Oui, bien, c’est un livre ancien qui n’est plus d’actualité de nos jours, aucun musulman moyen normal ne connait ce livre“. Quand nous citons des sources modernes et contemporaines de même nature, ils diront: “Oui, c’est une innovation récente qui ne dépeint pas l’Islam dans son aspect général”. Si nous citons les deux les sources anciennes et les nouvelles, ils diront que nous les agaçons en répétant des multiples incohérences. Il faut être bien accroché pour aborder ce genre de débats.

L’un de nos problèmes avec l’islam est la question de la liberté religieuse telle qu’elle est comprise par les occidentaux.

La plupart des occidentaux ne se rendent pas compte que les religions ne sont pas semblables.  Chaque acte possible et imaginable est soit interdit soit rendu obligatoire par au moins l’une des cent trente six religions dont bénéficie notre planète.

En conséquence, la liberté religieuse, si elle signifie que chaque religion peut avoir sa place n’est pas possible. Quand mon professeur au cours de  ma première année universitaire m’expliquait cela, je ne le croyais pas et lui demandais si quelque chose d’aussi innocent que boire de l’eau au robinet pouvait être sujet à un interdit religieux. Il répondait qu’il ne pouvait citer d’exemple mais du même coup il m’assurait que si je cherchais bien, j’en trouverai un. Et il avait raison : Dans l’Hindouisme il existe une caste qui est autorisée à  boire uniquement l’eau tirée d’un puits avec une jarre en argile ; boire de l’eau du robinet est considéré comme haram  – impur.

En Europe et en Amérique, cependant, l’expansion des religions, relativement similaire est essentiellement en relation avec la Bible. Par conséquent les Européens et les américains ont tendance à croire qu’il n’y a pas de mal à laisser une religion faire son chemin car « fondamentalement toutes les religions sont les mêmes ». C’est là que réside le malentendu. Il n’y a rien de commun entre toutes les religions.

La liberté religieuse, si elle signifie donner libre cours à n’importe quelle forme de religion est une recette pour la guerre civile. Le message de nos sages grands-parents qui défendaient la liberté religieuse devrait être  reformulé.  Ce qu’ils voulaient dire ne pouvaient être que la liberté d’opinion  et la liberté d’exercer son culte. Comme ils n’étaient pas coutumiers des religions fondamentalement différentes et comme ils en avaient assez de partir en guerre  à propos de croyances et de formes de célébration de culte et comme ils ne connaissaient pas bien le spectre complet et varié des religions du monde, ils formulaient leurs convictions quel qu’en soit le bien fondé, d’une manière qui aujourd’hui prête à confusion et crée de graves problèmes de liberté, de science, de justice, de santé  et de politique.

Rien ne va sans mal, mais nombre de musulmans ont suffisamment de qualités humaines pour refuser d’exécuter tous les commandements imposés par la Charia.

 Aidons- les en leur faisant remarquer qu’il se peut que le Coran soit  la parole de Dieu   – ceci après tout est invérifiable –  mais que  la Charia est l’œuvre des hommes, même selon les enseignements de l’islam. Pour rester libres et à l’écart des lois de la Charia, il se pourrait que nous ayons à livrer une bataille finale, mais la liberté est à ce prix.

Le professeur Dr. Hans Jansen est un érudit hollandais en Arabe et sur les études Moyen-Orientales. Il fut témoin pour la défense de Geert Wilders.

For Prof. Dr. Jansen’s CV, please see www.arabistjansen.nl/.

Traduction Nancy Verdier

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Le WEB Résistant - Par Cyber-résistant
Mercredi 17 juillet 2013 3 17 /07 /Juil /2013 12:58

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La Fayette, inlassable champion de la liberté

Cette conférence prononcée au Cercle Frédéric Bastiat le 24 mai 2008 souligne, dans le récit de la vie du marquis de La Fayette, l'importance de sa contribution au libéralisme et met en évidence le contraste entre la façon dont les Américains et les Français perçoivent son existence.

Par Jacques de Guenin
Article publié en collaboration avec l'Institut Coppet

 

http://www.institutcoppet.org/wp-content/uploads/2011/08/gilbertdumotiermarquisd.jpgPendant la plus grande partie du vingtième siècle, disons depuis la guerre de 39-45, une culture d’inspiration jacobine, voire marxiste a imprégné le pouvoir, l’administration, l’université et même l’enseignement primaire et secondaire de notre pays. Un certain nombre de grands penseurs libéraux français comme Étienne de La Boetie, Destutt de Tracy, Jean-Baptiste Say, Frédéric Bastiat, Alexis de Tocqueville sont ainsi tombés peu à peu dans l’oubli. Ils y seraient encore si les États-Unis, eux, n’en avaient cultivé la mémoire. La multiplication des contacts universitaires entre la France et les USA depuis la dernière guerre a permis de les redécouvrir et de les rééditer.

D’autres grands libéraux ont gardé un certain lustre dans l’Histoire de France, mais pas parce qu’ils étaient libéraux : Turgot comme ministre des finances, Condorcet comme mathématicien, Benjamin Constant comme romancier, Guizot comme premier ministre. Mais là encore, c’est aux universitaires américains que l’on doit de se rappeler qu’ils ont été aussi de grands économistes, philosophes ou humanistes libéraux.

Dans cette constellation, La Fayette occupe une place à part, car il n’est jamais tombé dans l’oubli, à cause de ses performances militaires en Amérique et de son rôle politique en France pendant la révolution. Mais l’analogie avec ceux que je viens de mentionner est que seuls les historiens américains ont vu ce qu’il était réellement : un paladin inlassable des libertés individuelles, combat qu’il a poursuivi jusqu’à son dernier souffle, pour lequel il a exposé sa vie et sacrifié sa fortune.

Les historiens français, eux, ont plutôt vu en lui un idéaliste un peu velléitaire et vaniteux qui a laissé passer à plusieurs reprises l’occasion de prendre le pouvoir et d’instaurer la république.

L’objet de cet exposé est de montrer que ce sont les américains qui ont le mieux compris le personnage et que ce dernier est digne de figurer dans notre anthologie des grands acteurs libéraux. Je dis acteur, et non auteur, car il a certes beaucoup écrit, mais essentiellement des lettres et des mémoires. C’est par l’action et la parole, plus que par l’écriture qu’il s’est efforcé de promouvoir une société plus libre.

Gilbert Motier, marquis de La Fayette est né en 1757. Il a hérité du titre de marquis à l’age de deux ans, lorsque son père, un officier, a été tué au combat pendant la guerre de sept ans. Il a été élevé par sa mère et ses tantes au Château de Chavaniac, en Auvergne, dans une atmosphère de grande liberté. Il parcourait la campagne en compagnie des petits paysans du voisinage, il fortifiait son corps et il se forgeait à la fois un grand sens de la liberté, une grande connaissance de la nature… et une absence totale de préjugés de classe. Cette jeunesse n’est pas sans rappeler celle de notre grand Henri IV au Château de Pau.

Il perd sa mère à 13 ans (1770), son grand père quelques mois plus tard. Ce dernier lui laisse une immense fortune. Il étudie quelques années dans un collège parisien et fréquente brièvement la Cour. À 15 ans, il choisit le métier des armes et la formation des camps militaires de la Maison du Roi. Il se marie à 16 ans avec Adrienne de Noailles, elle-même issue d’une grande famille fortunée. C’est un mariage arrangé par le père d’Adrienne, mais il donnera lieu à un grand amour. Pour elle, ce fut un coup de foudre, suivi d’une passion qui durera toute la vie. Pour lui, ce fut au départ une affection qui n’empêcha pas de longues séparations et même quelques infidélités, mais qui se transforma au cours des ans en un amour de plus en plus fort, y compris au-delà de la mort d’Adrienne.

À peu près à la même époque, il est initié dans une loge maçonnique fréquentée par des nobles libéraux. Il y apprend à mettre en question les privilèges et les inégalités juridiques.

En garnison à Metz, il entend parler de la révolte des 13 colonies américaines de la couronne britannique, qui refusent de payer des taxes qu’elles n’ont pas votées. Elles se sont réunies en un congrès ; elles ont créé une « armée continentale » formée d’un millier de volontaires plus ou moins hétéroclites dont elles ont confié la direction à George Washington [15 juillet 1775]. En 1776, chacune des colonies s’est constituée en État, et s’est dotée d’une constitution. En juin, la Virginie a adopté une déclaration des droits, inspirée par la pensée de Locke. Le congrès suit cet exemple et charge 5 personnes dont Thomas Jefferson et Benjamin Franklin, de rédiger un projet de déclaration d’indépendance.

Deux des premiers paragraphes de cette déclaration sont devenus un classique de la pensée libérale :

« Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté, et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis par les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés.

Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructrice de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. »

Le 4 juillet le congrès proclame l’indépendance des États-Unis.

Ces nouvelles enflamment le jeune La Fayette. Pendant ses permissions, il fera partager à sa jeune épouse son enthousiasme pour la liberté des peuples telle qu’elle est en train de se réaliser en Amérique. En 1776, il se met en congé illimité de son régiment, avec la complicité active de son général, le duc de Broglie, qui caressait l’idée d’être appelé lui-même un jour à la tête de l’armée des insurgés. Il rallie à la cause américaine une petite troupe de gentilshommes. En mars 1777 il achète un bâtiment, La Victoire, pour se rendre en Amérique avec sa troupe. Ce n’est donc pas seulement parce qu’il a envie de faire ses preuves sur un champ de bataille que La Fayette va se rendre en Amérique, mais pour aider cette démocratie naissante, qui le fascine, dans le seul domaine où il ait quelque formation, le domaine des armes, sachant que l’armée américaine est beaucoup moins expérimentée que l’armée britannique

Tout ça ne passe pas inaperçu du pouvoir. Or si Louis XVI voit d’un assez bon œil la révolte américaine, il ne tient pas à rompre le traité de paix avec l’Angleterre, signé quelques années plus tôt à l’issue de la guerre de 7 ans. Il mène une politique prudente vis-à-vis des insurgés américains et il se méfie de l’agitation incontrôlée de ce jeune noble. Il s’oppose donc à son départ. Mais La Fayette passe outre dans des conditions assez rocambolesques et embarque avec sa troupe dans le petit port espagnol de Pasajes.

Il lève l’ancre le 20 avril 1777. Il arrive avec sa petite troupe près de Charleston, le 15 juin. De là ils se rendent à dos de cheval à Philadelphie, le siège du congrès, qu’ils atteindront au bout d’un mois. Sur la route, il se familiarise avec les américains. Il en apprécie tout de suite les comportements chaleureux et dépourvus d’esprit de caste, mais il est négativement frappé par la découverte de l’esclavage, qui le choque profondément. Il combattra l’esclavage toute sa vie, notamment aux côtés de Condorcet et de l’abbé Grégoire dans la Société des amis des noirs, mais aussi dans d’autres circonstances que nous verrons plus loin.

Il arrive à Philadelphie le 27 juillet 1777, et rencontre un représentant du Congrès, qui reçoit assez mal la petite troupe, car le comportement d’autres volontaires français arrivés précédemment avait fini par agacer. Mais le Congrès avait été favorablement informé sur La Fayette par une lettre de Benjamin Franklin, qui était alors son représentant officiel en France, et il appréciait que la Fayette veuille assumer lui-même ses frais et ne demande pas de solde. Aussi nomme-t-il La Fayette major général, avec l’idée qu’il resterait à l’État-major de Washington comme aide de camp, mais n’aurait pas de commandement effectif. Il faut bien se souvenir qu’il avait alors seulement 20 ans.

Le 1er août, La Fayette rencontre Washington. La sympathie entre ce jeune homme de 20 ans et cet homme expérimenté de 45 ans est instantanée. Elle ne fera que se développer au cours du temps. Washington n’avait pas de fils et La Fayette n’avait pas de père. La Fayette devint, moralement sinon juridiquement, le fils adoptif de Washington, comme en témoigne leur correspondance et l’Histoire. Aux États-Unis, où il parait presque tous les ans un livre sur La Fayette, le dernier s’appelle « Adopted Son », avec pour sous titre « Washington, Lafayette, and the Friendship that saved the revolution ».

Début septembre, Philadelphie est menacée. Une armée anglaise descend du Canada, et la flotte britannique dépose des troupes dans la baie de Chesapeake. La décision est prise d’attaquer sans plus attendre les forces du général Cornwalis, qui se trouvent sur la ligne constituée par la rivière Brandywine, au Sud de Philadelphie. La Fayette demande à accompagner le général Sullivan, dont la division est la plus exposée, et se trouve bientôt menacée d’encerclement. Bien qu’il ne soit pas supposé participer aux combats, il rassemble avec une énergie hors du commun les hommes qui s’enfuient tous azimuts. Il s’expose avec une rare audace, mais une balle lui traverse la jambe. Il tombe de cheval, se fait remettre en selle, et continue à regrouper les soldats, jusqu’au moment où l’hémorragie devenant inquiétante, il doit être évacué. Il devra être hospitalisé plusieurs semaines.

À la tête d’une armée hétéroclite de 11 000 hommes, mal équipée, Washington ne peut empêcher l’évacuation de Philadelphie devant une armée anglaise professionnelle, plus nombreuse et mieux entraînée. Il rassemble ses troupes à Valley Forge, au Nord-Ouest de Philadelphie. L’hiver est rigoureux. On y manque à peu près de tout. Il faut se débrouiller pour survivre. Le major général La Fayette, dont les équipées de sa jeunesse en Auvergne avaient aguerri le caractère, va partager les dures épreuves de ses subordonnés. Il s’impose par sa sobriété, son mépris du confort, sa générosité, son enthousiasme pour la cause.

À la fin de l’hiver, cédant à une cabale de quelques généraux, le Congrès perd temporairement confiance en Washington et donne directement l’ordre à La Fayette de se rendre au Canada, à la tête d’une troupe de 2 500 hommes, et de reprendre le Canada. La Fayette informe George Washington et n’accepte sa mission qu’à condition de rester au moins nominalement sous ses ordres. Cet acte de loyauté renforce encore la confiance entre les deux hommes. Mais arrivé à Albany, il ne trouve guère qu’une troupe de 1 200 hommes mal équipés, mal armés, et il informe le Congrès qu’il lui est tout à fait impossible d’accomplir sa mission dans ces conditions. Ceci mérite d’être noté, car plusieurs fois dans sa vie La Fayette a essayé de persuader le gouvernement de Louis XVI de récupérer le Canada. Les historiens français ont tourné en dérision cette « obsession irréaliste ». Notons au moins que lui-même avait su trouver la mission irréaliste lorsqu’elle l’était vraiment. Washington le soutient. Le Congrès annule l’expédition. Par un acte de bravoure inimaginable, La Fayette profitera néanmoins d’un rassemblement de tribus indiennes près de la frontière canadienne, pour aller les voir avec seulement un trappeur et quelques officiers, et les rallier à la cause des insurgés.

Le 18 mai 1778, Washington envoie la Fayette entre les rivières Delaware et Schuylkill, au sud de Philadelphie, pour désorganiser les lignes ennemies. Il mène une guerre de harcèlement qui conduisit finalement les anglais à se retirer de Philadelphie.

Ses multiples actions d’éclat lui valent les félicitations du congrès.

Le 11 janvier 1779, il est envoyé en France avec une lettre de Washington à Benjamin Franklin, alors ambassadeur des États-Unis en France, pour contribuer à convaincre le Roi d’envoyer des navires et des hommes à ses nouveaux alliés. Il débarque à Brest le 6 février, jour anniversaire du traité que la France vient de signer avec les États-Unis. Le Roi lui donne une punition symbolique pour avoir désobéi à ses ordres, puis une affectation honorable dans l’armée. Mais La Fayette va surtout passer son temps à harceler les ministres pour les convaincre d’envoyer des ressources en Amérique afin de soutenir la révolution. Le Roi décide finalement d’envoyer 6000 hommes sous les ordres du général de Rochambeau et une flotte de guerre d’une trentaine de navires sous les ordres de l’Amiral de Grasse.

La Fayette repart pour l’Amérique le 9 mars 1780 afin de préparer l’accueil des forces françaises, sous les ordres de Washington.

Pendant que Rochambeau combat les anglais dans la région de New York, Washington envoie La Fayette défendre la Virginie, où Cornwallis avait renforcé ses positions. Il va de nouveau infliger des pertes aux Anglais avec des effectifs quatre fois plus faibles et plus volatils : au printemps, en effet beaucoup de volontaires devaient regagner leurs fermes pour effectuer les plantations. Il sacrifie encore une partie de sa fortune pour maintenir ses soldats sous ses ordres, et, joignant la prudence au courage, il fatigue Cornwallis en harcelant ses troupes par des marches forcées et des retours subits.

Pendant ce temps, l’Amiral de Grasse, qui avait jeté l’ancre dans la baie de Chesapeake avec de puissants renforts, coupait la retraite à lord Cornwallis du côté de la mer. Après avoir tenu en échec pendant plusieurs semaines toutes les forces britanniques, Lafayette opéra, le 13 septembre 1781, sa jonction avec Washington, qui amenait avec lui le corps de Rochambeau et une division américaine.

Il prit une part glorieuse à la bataille décisive de Yorktown, qui conduisit à la capitulation de Cornwallis.

Il est temps pour lui de retrouver sa famille. Officier américain, il demande au congrès l’autorisation de rentrer en France pour servir son roi. Il reçoit la médaille de Cincinnati et il est fait citoyen d’honneur des États-Unis [1]. Une frégate, l’Alliance, est mise à sa disposition. Après des adieux émouvants à Washington, il quitte Boston, sous les vivats, le 23 décembre 1781.

Une fois en France, il va garder un contact étroit avec les États-Unis : par la correspondance, en recevant chez lui des américains séjournant à Paris, par exemple Benjamin Franklin, et même en accomplissant diverses missions pour les deux gouvernements.

Avec sa femme, il achète deux plantations à Cayenne pour y faire travailler des esclaves noirs afin de les émanciper. Il tente d’intéresser Washington à la question de l’émancipation des noirs, et il l’invite à venir en France. Mais c’est ce dernier qui va l’inviter à venir. Arrivé le 4 août 1784 à New York, il sera à Mount Vernon quinze jours plus tard et il y passera 11 jours. Il ira ensuite voir quelques amis. Sur le trajet, ce ne sont que foules enthousiastes, banquets et fêtes. Il ne repartira en France qu’en décembre, après avoir revu Washington pour la dernière fois.

Nous en arrivons maintenant à ce qui fait la différence entre cet exposé et ce que l’on peut lire par ailleurs sur La Fayette sous la plume des historiens français. Eux décrivent de manière chronologique la succession d’événements variés qui ont jalonné sa vie, dans leur contexte spécifique. J’insiste au contraire sur le fil directeur qui reliait tous ces actes et sur leur motivation profonde.

Après 1781, La Fayette a continué à suivre avec un intérêt passionné l’évolution des institutions américaines et il a eu tout le loisir de se forger des idées sur ce que devraient être les institutions françaises. Il approfondissait ces sujets en les discutant avec quelques uns des esprits les plus brillants de son temps : Destutt de Tracy, Condorcet, La Rochefoucauld, Benjamin Constant, Germaine de Staël, Benjamin Franklin, Jefferson, Paine. Et tous ces gens-là le prenaient très au sérieux. On ne sait pas assez par exemple que Paine a dédié à La Fayette la seconde partie de son livre « Les droits de l’Homme » et Condorcet son essai sur l’influence de la Révolution Américaine sur l’Europe.

 

Les convictions de La Fayette

 

Les Principes

  • L’égalité devant la loi
  • La suppression de l’esclavage
  • La suppression de la peine de mort
  • Le droit de propriété
  • La liberté d’expression, politique et religieuse
  • Le libre échange
  • L’économie des deniers publics

Les institutions

  • La nécessité d’une constitution
  • Le suffrage universel
  • La séparation des pouvoirs
  • Le bicaméralisme
  • La décentralisation
  • La simplification des lois (déjà!)

Nous avons là un parfait programme libéral, dont La Fayette va inlassablement promouvoir les éléments par ses écrits, ses discours et ses actes dans chacune des nombreuses fonctions qu’il occupera.

Dans le même esprit, il prendra parti pour les Irlandais contre les Anglais, les Polonais contre les Russes, les Grecs contre les Turcs, les Belges contre l’Autriche. Il encouragera les libéraux italiens, les constitutionnalistes espagnols, ainsi que Simon Bolivar, le libérateur de plusieurs États d’Amérique du Sud.

On se souvient que la situation financière du royaume était catastrophiques dans les années qui ont précédé la révolution. Calonne proposa au roi un plan de redressement remarquable qui mettait fin à nombre de privilèges exorbitants, et le persuada de créer une Assemblée de Notables dans l’espoir de faire entériner le plan. Cette Assemblée fut créée en 1787. La Fayette obtint d’en faire partie. Il y travailla beaucoup et attaqua sévèrement les injustices fiscales et la prévarication. Il se fit aussi l’apôtre d’une amélioration des droits de la défense en matière criminelle et de la suppression des inégalités qui frappaient les protestants et les juifs   Mais les privilégiés, trop nombreux dans l’Assemblée, mirent Calonne en minorité et Louis XVI dut se défaire de lui.

Lorsque l’Assemblée fut dissoute, La Fayette réclama avec insistance la convocation des États Généraux, qui finiront par être créés au début de 1789, puis par devenir une Assemblée Constituante, le 27 juin 1789. Il en sera nommé vice président le 13 juillet.  Il va jouer un rôle essentiel dans l’élaboration de la Déclaration des droits de l’homme, dont il va fournir la première ébauche. Je m’arrête un instant sur ce point, car peu d’historiens s’étendent sur cet apport. Or il est intéressant à plus d’un titre. Lorsqu’on compare la version finale élaborée en commission, avec le texte initial, on constate trois choses :

1°) Les idées de La Fayette ont presque toutes été reprises dans la version finale, quelquefois dans les mêmes termes.

2°) Dans quelques cas, la rédaction a été rendue plus précise, donc améliorée.

3°) Quelques articles, hélas, ont été altérés par des additions qui redonnent à l’État un pouvoir que la déclaration initiale cherchait précisément à éviter.

En voici un exemple :

Un des articles de La Fayette disait :

« L’exercice des droits naturels n’a de bornes que celles qui en assurent la jouissance aux autres membres de la société. »

Dans la déclaration finale, ce même article devient :

« La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. »

Cette dernière phrase d’apparence innocente introduit le ver dans le fruit. Elle redonne à l’État le pouvoir exorbitant de définir les bornes de la liberté. Ceci n’a pas échappé à La Fayette, mais il n’y avait pas que des libéraux dans la commission établie par la Constituante pour préparer la Déclaration des droits.

La Fayette jouera aussi un rôle moteur dans l’abolition des privilèges, qui fut votée pendant la nuit du 4 août. Cependant, il n’assista pas aux débats, trop occupé qu’il était par le maintien d’un ordre fragile entre une populace déchaînée et le roi, auquel la constitution en préparation accordait le pouvoir exécutif. Autrement dit, dans cette phase de la révolution, une large majorité de l’Assemblée voulait faire de la France une monarchie constitutionnelle, ce qui correspondait tout à fait aux vues de La Fayette, mais la faction minoritaire qui allait plus tard s’imposer par la terreur excitait la foule contre la monarchie.

La Fayette avait été nommé Commandant de la garde nationale le lendemain de la prise de la Bastille. Sa popularité était alors très grande dans tous les milieux. Elle lui permit de gérer avec habileté un certain nombre de situations impossibles, dont la plus connue fut la fuite de la famille royale, rattrapée à Varennes en juin 1791. Le 5 juillet il fait voter le maintien de la royauté. Des émeutes suivront les jours suivants. La Fayette échappera à une tentative de meurtre.

Le 14 septembre, le roi prête serment de respecter la Constitution. La Fayette a obtenu la satisfaction de son troisième grand objectif après la Déclaration des droits de l’homme et l’abolition des privilèges: la séparation des pouvoirs.

L’Assemblée Constituante tient sa dernière séance le 30 septembre. La nouvelle assemblée, la Législative, se réunit le 1er Octobre. La majorité est de centre droit et de sentiment monarchiste. Mais elle va être constamment débordée par la gauche, dominée par les Jacobins.

Pendant ce temps, une concentration d’immigrés dans les évêchés rhénans fait craindre une attaque de la Prusse et de l’Autriche et alimente un courant belliciste à l’Assemblée. Le 14 décembre, le Roi est contraint de préparer le pays à la guerre et il décide de la formation de 3 armées. Celle de l’Est est affectée à La Fayette.

Le 25 décembre. La Fayette rejoint son poste à Metz et ne perd aucun temps pour mettre son armée en bon ordre de marche.

Le 20 avril 1792, la guerre est déclarée à l’Autriche et la Prusse.

Le 27 mai, l’Assemblée décrète la déportation des prêtres réfractaires. Louis XVI opposera son veto le 11 juin. Le 20 la foule envahit les Tuileries pour le contraindre à retirer son veto.

Le 28 juin, La Fayette fait un saut à Paris pour essayer de calmer le jeu. Il parle à l’Assemblée et au roi puis revient rejoindre son armée à Metz. Les jacobins lui reprochent d’avoir déserté.

Mais le 10 août la foule envahit les Tuileries. Le roi se réfugie à l’Assemblée. Il est suspendu de ses fonctions.

Le 14 août. Danton demande l’arrestation de La Fayette.

Le 17 août 1792 est créé le tribunal révolutionnaire de sinistre mémoire. La Fayette est relevé de ses fonctions et remplacé par Dumouriez. Il reçoit l’ordre de regagner Paris. Il ne lui reste plus qu’à choisir entre la guillotine et l’exil. Après avoir pris toutes les dispositions nécessaires pour que son armée ne souffrit pas de son départ, il décide de rejoindre les États-Unis, avec l’idée d’y faire venir sa famille et il franchit innocemment la frontière Belge, alors sous domination autrichienne, avec quelques fidèles. Mais contrairement à leur attente, ils furent traités comme prisonniers de guerre. Séparé des autres, La Fayette fut ballotté entre différentes prisons prussiennes et Autrichiennes, pour finalement être incarcéré à Olmütz, en Autriche en mai 1794, dans des conditions particulièrement ignobles. Car pour l’empereur d’Autriche, qui ne faisait pas le détail, La Fayette avait été l’un des acteurs de la révolution. Il était donc indirectement responsable du régicide intervenu entre temps (21 janvier 1793).

Le tribunal révolutionnaire le dépouilla de tous ses biens, emprisonna et condamna à mort sa femme Adrienne, ainsi que la mère et la sœur de cette dernière, qui furent effectivement guillotinées. Si Adrienne survécut, c’est que des pressions américaines firent retarder son exécution et qu’elle fut sauvée par la chute de Robespierre.

Épouse admirable, Adrienne fit des pieds et des mains pour rejoindre son mari en captivité. Le 15 Octobre 1795, La Fayette malade, épuisé, eut la surprise de voir arriver dans son cachot sa femme et ses deux filles. Elles ne furent pas beaucoup mieux traitées par l’empereur d’Autriche et la santé d’Adrienne s’en ressentit définitivement. Ils ne seront libérés que le 19 septembre 1797, par Napoléon. C’était une des conditions imposées par le Directoire à l’armistice de Loeben, prélude au traité de Campo Formio. La captivité aura donc duré deux ans pour Adrienne et ses filles et cinq ans pour La Fayette.

Mais ni le Directoire, ni Napoléon ne tenaient à le voir revenir en France, craignant que son extraordinaire popularité n’engendre de nouveaux troubles, et les conditions de sa libération prévoyaient deux ans d’exil en Belgique. Il en reviendra avant plus ou moins clandestinement, et il s’installera dans un ancien Château ayant appartenu à sa femme, le château de La Grange, à l’est de Paris, qu’elle avait réussi à récupérer après de nombreuses démarches. Il y mena pendant plusieurs années une vie de fermier plutôt discrète, puis il retrouva quelque influence sur la scène politique, où il combattit inlassablement les atteintes à la liberté de Napoléon. Il sera l’un des artisans de son abdication en 1815.

Cette période aura été très assombrie par la mort de sa femme, en 1807.

Le règne de Louis XVIII, puis celui de Charles X, devaient se traduire par un certain retour à l’absolutisme, ce qui amena La Fayette à reprendre le combat. Écœuré par le peu de résultat obtenu par la voie des assemblées où il sera élu, il acceptera de prendre des responsabilités dans une société secrète, les Carbonaris, dont le but était de renverser le pouvoir pour établir la république. Mais cela tourna mal. Quatre membres de l’association secrète furent pris et exécutés malgré ses efforts pour les faire évader.

Si La Fayette a joué un rôle décisif pendant la phase glorieuse de la Révolution, la phase libérale, il a connu surtout des malheurs personnels et des déceptions politiques pendant les deux phases qui ont suivi : la phase totalitaire avec les jacobins, puis la phase absolutiste avec Napoléon, Louis XVIII et Charles X. Mais il devait connaître quelques consolations en provenance des États-Unis.

En 1803, Jefferson, alors président des États-Unis, qui venait de faire acheter la Louisiane à Napoléon par le Congrès, lui proposera d’en devenir gouverneur, ce qu’il refusera, car ce n’était pas le pouvoir personnel qui l’intéressait mais le triomphe de ses idées.

Bien des années plus tard, en 1824 – alors qu’il avait 66 ans – , il aura un témoignage de reconnaissance tout à fait extraordinaire dont les Français n’ont jamais vraiment pris la mesure. Invité par le président Monroe, ce dernier voulut l’envoyer chercher par un vaisseau de guerre, ce que La Fayette déclina, et il s’embarqua sur un navire commercial ordinaire, sans se douter de la réception qu’on allait lui faire. Il débarqua le 15 août 1824, attendu par 30.000 personnes. Il fut conduit à l’Hôtel de ville de New York dans un carrosse tiré par 4 chevaux blancs. Sur son passage, les gens lui envoyaient des fleurs et les mères lui présentaient leurs enfants pour qu’il les bénisse.

On lui fit alors faire pendant 13 mois le tour des 24 États de l’Union. Partout il est accueilli par des foules immenses, 50.000 à Baltimore, 70.000 à Boston. Il va à Richmond, Charleston, Columbia, Mobile, New Orleans, Natchez, St Louis, Nashville, Cincinnati, Pittsburgh, Buffalo, pour ne nommer que les villes les plus importantes. Au total il sera reçu officiellement dans 132 municipalités, dont plusieurs portaient son nom. Partout il électrise les gens par des discours où il vante les institutions américaines. Il assiste à des réceptions publiques pendant lesquelles il souhaite la bienvenue aux Indiens et aux noirs. Il se rend sur les lieux de ses exploits guerriers. Il va s’incliner sur la tombe de Washington. Il est reçu par les anciens présidents John Adams, James Madison et Thomas Jefferson, son grand et vieil ami, dans leur lieu de retraite.

Il sera évidemment reçu par le Congrès, honneur qui n’est guère réservé qu’aux Chefs d’État. Le Congrès, connaissant la précarité financière de La Fayette causée par les péripéties de sa vie et son inaltérable générosité, lui attribua une dotation de 200.000 dollars et des terres « en considération des services rendus, des pertes éprouvées et des sacrifices consentis ». À son retour, le 7 septembre 1824, il emmènera avec lui une malle de terre américaine pour mettre autour de sa tombe.

Quelques années plus tard, lors de la révolution de 1830, La Fayette sera l’un des artisans de l’abdication de Charles X. La question se posa d’un retour à la république ou d’une vraie monarchie constitutionnelle, avec Louis Philippe comme chef de l’exécutif. La Fayette avait repris le commandement de la garde nationale, son prestige auprès du peuple était toujours très grand, et il aurait suffi qu’il le veuille pour instaurer la république et en prendre la tête. Jusqu’à aujourd’hui, on lui a beaucoup reproché de ne pas l’avoir fait. Mais il pensait que la France n’était pas mûre pour la République : les Français n’avaient pas encore oublié les désordres, les famines, la terreur, associées avec la première république. Très lucidement, il pensait qu’une monarchie constitutionnelle serait mieux à même de promouvoir ses conceptions libérales de la Société. Il se borna donc à obtenir des engagements de Louis-Philippe sur les institutions. Une nouvelle constitution, plus libérale, sera adoptée le 7 août 1830. Mais le pouvoir corrompt, Louis Philippe rogna peu à peu sur les libertés promises au départ, et La Fayette se retrouva bientôt à l’Assemblée pour les défendre.

Il mourut le 20 mai 1834. Aux États-Unis, le Congrès décida un deuil national de 30 jours. Le président, John Quincy Adams prononça, en présence de tous les corps constitués, l’éloge funèbre du dernier major général de l’armée de l’Indépendance, éloge qui fut diffusé à 60.000 exemplaires. En France, l’État refusa tout hommage officiel.

Aujourd’hui, il est enterré au cimetière de Picpus, près de sa femme, sous un drapeau français mais aussi un drapeau américain que l’ambassade des États-Unis vient renouveler tous les ans le 4 juillet, jour de la fête nationale de l’indépendance.

Aux États-Unis, une montagne, sept comtés, quarante localités, diverses écoles, collèges et lycées, ainsi que d’innombrables rues portent le nom de La Fayette. Sa statue est présente dans de nombreux endroits, notamment au « Lafayette square », situé immédiatement derrière la Maison Blanche, à Washington. L’Association américaine des Amis de Lafayette est toujours vivante et possède plus de mille tableaux historiques qui le représentent. Cette popularité est forcément amenée à décroître avec le temps, mais moins qu’on ne pourrait le craindre, puisque l’État américain a donné son nom à l’un de ses derniers sous-marins nucléaires. Il n’y a pas d’autre exemple dans l’Histoire de la reconnaissance de toute une nation pour un étranger.

Le contraste entre la façon dont les Américains et les Français ont traité La Fayette se poursuit dans les livres d’histoire. Il existe des milliers d’écrits sur La Fayette, aussi bien en Anglais qu’en Français. Ils sont unanimement laudatifs sur la partie américaine de sa vie. En revanche les historiens français, contrairement aux historiens américains, ont une opinion relativement médiocre de La Fayette pour la partie française de son existence.

Certes tous rendent hommage à son courage, à sa générosité, à sa bienveillance, à la clarté de ses propos, à sa probité.

Mais nombre d’historiens français le trouvent vaniteux, avide de gloire, sans caractère, indécis, voire un peu niais. Voici deux exemples extraits de nos encyclopédies les plus répandues.

Son esprit manque de profondeur et son caractère de décision. Il subit les événements plus qu’il ne les dirige (Encyclopedia Universalis).

Son courage certain et ses principes libéraux constants ne s’accompagneront pas, chez lui, de cette claire vision des événements qui permet d’avoir barre sur leur évolution.…

…son indécision l’amène finalement à faciliter la montée sur le trône du duc d’Orléans. (La grande encyclopédie Larousse).

Je pense que l’on doit réfuter ces jugements.

On ne peut pas considérer comme manquant de caractère l’homme qui a redressé le moral des troupes américaines dans le dénuement pendant l’hiver de Valley Forge.

Si La Fayette a incontestablement aimé la popularité, on aurait tort de confondre cela avec de la vanité. S’il avait été vaniteux, il n’aurait pas refusé à Louis XVI le bâton de maréchal, ou le grade de généralissime, il n’aurait pas refusé à Napoléon le grand cordon de la Légion d’honneur ou le Sénat à vie.

Si à deux reprises, pendant la révolution de 1789 et pendant la révolution de Juillet, il n’a pas saisi l’occasion qui se présentait à lui de prendre le pouvoir et d’instaurer la République, ce n’est pas par indécision, c’est parce qu’il s’intéressait au triomphe de ses idées et non au pouvoir. Les historiens français ont du mal à comprendre qu’un homme qui jouissait d’une telle gloire n’était pas intéressé par le pouvoir.

On ne peut pas non plus considérer comme niais, mais plutôt comme en avance sur son temps, un homme qui s’est battu pour des principes et des institutions qui sont devenues peu à peu la norme dans le monde occidental.

Nous terminerons par deux citations qui me paraissent refléter exactement ce que fut l’homme : la première est de George Washington, l’homme qui a passé le plus de temps de sa vie en compagnie de La Fayette et dont tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il fut à la fois un grand stratège, un politique avisé et un patriote désintéressé :

« Il possède des talents militaires hors du commun, avec un jugement rapide et sûr. Il est entreprenant et persévérant, sans imprudence, avec en outre un tempérament conciliant et parfaitement sobre, toutes qualités rarement réunies dans la même personne ».

La deuxième est de La Fayette lui-même. Elle fut écrite six mois avant sa mort et résume parfaitement sa vie :

« Aucun obstacle, aucun mécompte, aucun chagrin ne me détourne ou me ralentit dans le but unique de ma vie : le bien-être de tous, et la liberté partout. »

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[1] C’est la raison pour laquelle on trouve en bonne place à Washington, à la National Portrait Gallery, un portrait de La Fayette dans ce musée qui ne contient que des portraits d’américains (Une autre exception étant Churchill, pour les mêmes raisons)

À visiter :

http://www.chateau-lafayette.com

http://www.friendsoflafayette.org

 

Jacques de Guenin est ingénieur de l’École des Mines de Paris et Master of Sciences de l’Université de Berkeley (Californie). Il a travaillé 22 ans dans le pétrole (Exxon), puis 12 ans dans l’automobile (PSA Peugeot-Citröen). Son auteur favori est le grand économiste et humaniste landais Frédéric Bastiat, sur lequel il a écrit de nombreux articles et fait de nombreuses conférences. En 1990, il a fondé dans les Landes le « Cercle Frédéric Bastiat ». Il a publié un livre sur l’altermondialisme, « ATTAC ou l’intoxication des personnes de bonne volonté » et un sur le libéralisme, « Logique du libéralisme ».

Passionné aussi par La Fayette, il a fait sur lui une douzaine de conférences dont deux aux Etats-Unis et une à Varsovie. Dans cette conférence prononcée au Cercle Frédéric Bastiat le 24.05. 2008r, Jacques de Guenin met en évidence la contribution du marquis de La Fayette au libéralisme.


La Fayette, héros des deux mondes

On se plaint parfois du fait que la France manque de grands symboles historiques ou de figures emblématiques capables d’unir les Français par delà leurs divisions. Pourtant dans l’histoire moderne, il y a un homme qui transcende les partis et les querelles idéologiques et cet homme, c’est le marquis de La Fayette.

Le marquis de La Fayette fut la clé de voûte de deux événements immenses à la fin du XVIIIe siècle : l’indépendance des États-Unis et la Révolution française. Voltaire l’appelle « Le défenseur de la cause grande et juste de la liberté des peuples ». Madame de Staël lui écrit un jour de Rome : « J’espèrerai toujours de la race humaine, tant que vous existerez ! »

 

1° La Révolution américaine

Sans La Fayette, la révolution américaine aurait échoué. « A dix-neuf ans, je me suis consacré à la liberté des hommes et à la destruction du despotisme (…). Je suis parti pour le Nouveau Monde, contrarié par tous et aidé par aucun ».

Il est capitaine à seulement 19 ans, lorsque treize colonies britanniques en Amérique du Nord proclament leur indépendance. Après sa rencontre avec Benjamin Franklin à Versailles, comprenant le péril auquel les Américains étaient confrontés, il décide de rejoindre l’armée américaine. Louis XVI lui interdit de quitter la France pour l’Amérique et ordonne son arrestation. La Fayette s’évade en se déguisant et achète une frégate dans laquelle il s’embarque avec onze compagnons. Il offre alors au Congrès d’entrer dans l’armée comme officier sans se faire payer, sacrifiant une partie de sa fortune. Le Congrès acquiesce, attendant l’approbation de George Washington. Après la démonstration de son courage exceptionnel et de son professionnalisme au combat, il obtient le rang de général-major dans l’armée américaine.

En 1779, George Washington l’envoie en France pour demander de l’aide financière et surtout logistique de la part de Louis XVI. Ce dernier hésite mais La Fayette le persuade d’engager la France militairement. De retour en 1780, il est nommé par Washington commandant des troupes de Virginie. Il gagne la bataille de Yorktown et regagne la France en 1782 ou il est accueilli avec enthousiasme à la Cour.

 

2° La première Révolution française

Ensuite, il a été l’acteur décisif de la libéralisation de la monarchie, première phase de la Révolution française, avant la Terreur. Car il y a deux Révolutions bien distinctes et même contradictoires, puisque La Fayette fut pour l’une et contre l’autre : la révolution libérale de La Fayette (1789) et la révolution jacobine de Robespierre (1793), qui conduisit à la formation de l’État totalitaire.

En 1787, La Fayette prend un siège à l’Assemblée française des Notables et demande que le roi convoque les États-Généraux, devenant ainsi l’un des chefs de file de la Révolution française. Élu aux États-Généraux, il devient vice-président de l’Assemblée nationale, le 11 Juillet 1789 et présente à l’Assemblée un projet de Déclaration des Droits de l’Homme, inspiré de la Déclaration d’indépendance de 1776. Six jours plus tard, La Fayette est fait général en chef de la Garde nationale de Paris.

Il formule deux grands principes de gouvernement, inspirés de son ami Washington : « le pouvoir militaire doit être soumis au pouvoir civil » et « on doit séparer l’Eglise et le gouvernement ».

À 30 ans, le 14 juillet 1790, La Fayette est à son apogée. Il a obtenu la ratification de la Constitution par Louis XVI et il invite tous les Français à se rassembler au Champ-de-Mars pour une grande fête nationale appelée Fête de la Fédération. On ne le sait souvent pas mais la fête nationale française commémore le 14 juillet 1790. La Fayette, voulait que cette commémoration du 14 juillet soit une fête de l’unité de tous les Français. Une proposition acceptée par l’Assemblée. Ainsi, le 14 juillet n’est pas d’abord la date de la prise de la Bastille mais celle de la Fête de la Fédération et donc de la monarchie constitutionnelle.

En tête du défilé des délégations se trouve Thomas Paine, l’ami de La Fayette et l’auteur du livre qui a déclenché la révolution des colonies américaines : Le Sens Commun.

Madame de Staël écrit en juillet 1790 :

« Des femmes de premier rang se joignirent à la multitude des travailleurs volontaires qui venaient concourir aux préparatifs de cette fête. En face de la Seine qui borde le Champ-de-Mars, on avait placé des jardins avec une tente pour servir d’abri au roi, à la reine et à toute la cour. On voyait à l’autre extrémité un autel préparé pour la messe que M. de Talleyrand alors évêque d’Autun, célébra dans cette grand circonstance. M. de La Fayette s’approcha de ce même autel pour y jurer fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi ; et le serment et l’homme qui le prononçait firent naître un grand sentiment de confiance. Les spectateurs étaient dans l’ivresse ; le Roi et la liberté leur paraissaient alors complètement réunis. »

À ce moment-là, La Fayette considère que la révolution est terminée.

Mais le 20 avril 1792, l’Assemblée législative déclare la guerre à l’Autriche. La Fayette est appelé au commandement de l’armée française. Pendant ce temps, les sans-culottes prennent le pouvoir à Paris. Danton et Robespierre l’attaquent avec violence et réclament sa tête. Le 19 août, il est convoqué devant le tribunal révolutionnaire. Le 20 août, il prend le chemin de l’exil et se réfugie en Belgique. Quelque temps plus tard, il est arrêté par les Autrichiens, jugé comme un chef militaire ennemi et jeté dans un cachot à Olmütz, malgré les protestations du général Washington et les tentatives de Madame de Staël pour le libérer. Il n’en sortira qu’au bout de cinq ans, grâce à la paix de Campo Formio, délivré par les victoires de Bonaparte.

 

3° La Fayette et Bonaparte

Les deux hommes ne s’aiment pas particulièrement. En 1799, La Fayette est interdit de séjour à Paris par Napoléon Bonaparte qui redoute sa popularité. La Fayette se retire dans sa maison de campagne, un château nommé La Grange, en Seine et Marne. Il y reste quinze ans, s’enfermant dans un silence hostile, dans une opposition muette, comme « la conscience de la France » selon ses propres dires. Il enseigne l’anglais à ses enfants et La Grange devient le lieu de rendez-vous de tous les Américains en France.

Dans le choix de cette retraite agricole, il y a le constant souci du marquis d’imiter Washington dans sa retraite de Mount-Vernon. Son fils s’appelle George Washington de La Fayette, sa fille Virginie, en souvenir du général. Il entretient une correspondance suivie avec Jefferson, alors président des États-Unis avant de se retirer à Monticello. Ils dissertent de politique, d’amitié et de jardinage.

Pendant se temps, Bonaparte décime la France avec ses conquêtes pour asservir l’Europe, avant de tomber à Waterloo. Aux yeux de La Fayette, Bonaparte était le champion de la seconde révolution. Il a commencé sa carrière en s’opposant à ceux qui voulaient reprendre la grande tradition de 1789 et fonder en France un État représentatif. Il a supprimé tout droit d’opposition et détruit les libertés politiques qui en sont la condition essentielle.

En 1812, Napoléon disait de La Fayette :

« Tout le monde en France est corrigé ; un seul ne l’est pas, c’est La Fayette. Il n’a jamais reculé d’une ligne. Vous le voyez tranquille ; eh bien, je vous dis, moi, qu’il est tout prêt à recommencer. »

Pour mieux le museler, Napoléon lui offre d’être ambassadeur de France aux États-Unis. La Fayette refuse, il est déjà citoyen américain, il ne veut pas être diplomate auprès des autorités de son propre pays. Il répond « le silence de ma retraite est le maximum de ma déférence ». Lors du référendum sur l’institution du consulat à vie, La Fayette vote « non », avec une infime minorité de Français (9000 sur plus de 3,5 millions de « oui »)

 

4° Retour en Amérique

En 1818, à 61 ans, La Fayette recommence. Il est élu député de la Sarthe, siégeant dans l’opposition libérale avec son ami Benjamin Constant. En 1824, il n’est pas réélu. Il décide alors de tout lâcher et s’embarque pour l’Amérique. Il y est invité par le président James Monroe. Il est reçu comme un chef d’État. Mieux, comme le héros de l’Amérique. C’est l’apothéose. Toute l’Amérique se lève pour lui faire accueil. Il va y rester presque deux ans, parcourant 24 États, revisitant tous les lieux de sa jeunesse dans une tournée triomphale. Un corps d’armée spécial, les « Gardes La Fayette » est créé pour l’accompagner. Le Congrès lui vote une dotation de 200 000 dollars ainsi qu’un lopin de terre.

Lors de la révolution de 1830, il se rallie à la maison d’Orléans en soutenant Louis-Philippe. C’est lui qui le décore de la cocarde tricolore et lui remet le drapeau bleu-blanc-rouge. Mais il est vite déçu par le personnage. Pendant les dernières années de sa longue vie, il se bat pour l’indépendance de la Pologne, de la Belgique et de l’Irlande.

La Fayette s’est toujours décrit lui-même comme un « disciple de l’école américaine ». Toute sa vie, il s’est fortement impliqué dans le combat pour la liberté : la tolérance religieuse, l’émancipation des esclaves, la liberté de la presse, l’abolition des titres de noblesse, et la suppression des ordres.

Comme tous les libéraux de l’époque, il a du se battre sur deux fronts à la fois : celui de la gauche progressiste et révolutionnaire d’une part et celui de la droite réactionnaire et contre-révolutionnaire d’autre part. Soutenant l’idée d’une monarchie constitutionnelle, il était détesté tant des partisans d’une république que des tenants de l’absolutisme. Par suite, son opposition au régime personnel de Napoléon lui attira les foudres des bonapartistes. Enfin, les républicains modérés de la IIIe République n’avaient que du mépris vis-à-vis d’un homme qui ne souhaitait pas la disparition de la monarchie. Pour Clemenceau par exemple, la République était un bloc. Pour La Fayette, il fallait sauver la révolution des Droits de l’homme et oublier la révolution jacobine de 1793.

Dans une lettre à Lettre à M. D’Hennings, il écrit :

« La doctrine que je professe a été définie en peu de mots dans mes discours et mes écrits, confirmée dans tous les temps par ma conduite, et suffisamment distinguée par la haine et les excès révolutionnaires et contre-révolutionnaires de tous les oppresseurs du genre humain »

Le marquis meurt à Paris en 1834, il est enterré au cimetière de Picpus. Le général Pershing, commandant des troupes américaines, participera d’ailleurs le 4 juillet 1917 à une cérémonie sur sa tombe. Plusieurs discours furent prononcés sur la tombe de La Fayette, dont celui du colonel Charles Stanton qui lança la phrase historique : « La Fayette, we are here ».

Ecrire un commentaire - Communauté : La Cyber-résistance - Publié dans : Philosophie politique - Par Cyber-résistant
Dimanche 14 juillet 2013 7 14 /07 /Juil /2013 12:15

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International Civil Liberties Alliance 

Chronique de Liberty Vox

 

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Lobbyistes musulmans représentant les États-Unis à la Conférence européenne des droits de l'homme

 

Dans le monde non-musulman, les « droits humains » se réfèrent à l'Organisation des Nations Unies Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, qui affirme que toutes les personnes - hommes et femmes - sont garantis des droits individuels. En revanche, le monde musulman définit le terme « droits de l'homme », selon la Déclaration du Caire sur les droits de l'homme en Islam, qui veut que les hommes et les femmes ne sont pas égaux et qu'il est du devoir des hommes et des femmes de suivre la volonté de Dieu », conformément à la loi de la charia.

 

La liberté d'expression en Europe et en Amérique du Nord est de plus en plus menacés en raison d'une confusion croissante entre les dirigeants occidentaux sur la façon de définir les « droits de l'homme. » Le problème est aggravé par le politiquement correct des gouvernements occidentaux, qui cherchent à imposer le respect multiculturel avec la charia islamique comme un moyen d'apaiser les groupes de pression musulmans.

Ceux-ci et d'autres « dérives » politiques et sociétales ont été catapulté au-devant de la scène par un groupe bien organisé et très éloquent des militants de la liberté de parole qui ont assisté aux réunions de mise en œuvre de la dimension humaine [HDIM], une grande conférence internationale sur les droits de l'homme - cette année tenue à Varsovie, Pologne, du 24 Septembre au 5 Octobre - et parrainé chaque année par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe [OSCE].

Ces dernières années, les réunions d'implémentation de la dimension humaine de l'OSCE ont fait l'objet d'une intense campagne de lobbying par l'Organisation de la Coopération islamique, un bloc de 57 pays musulmans qui sont déterminés à exercer des pressions sur les pays occidentaux pour en faire un crime international de critiquer l'islam.

En Août 1990, les États membres musulmans de l'Organisation de la Coopération islamique a officiellement adopté la Déclaration du Caire sur les droits de l'homme en Islam, dilemme a un autre document des Nations Unies de 1948, la Déclaration universelle des droits de l'homme. La Déclaration du Caire stipule que les gens ont "la liberté et le droit à une vie digne, conforme à la charia islamique."

La Pax Europa Bürgerbewegung [BPE], dans une communication écrite à la session de travail des Human Dimensions Implementation Meetings sur les libertés fondamentales, a souligné qu'aujourd'hui le terme « droits de l'homme » a deux significations incompatibles. Dans le monde non-musulman, « droits humains » se réfère à la Déclaration universelle des droits de l'homme, qui affirme que toutes les personnes - hommes et femmes - sont garantis par les droits individuels.

En revanche, dans le monde musulman, les « droits humains » sont définis conformément à la Déclaration du Caire, qui veut que les hommes et les femmes ne sont pas égaux et qu'il est du devoir des hommes et des femmes de suivre la volonté de Dieu. La dignité est accordée seulement à ceux qui se soumettent à la volonté d'Allah. La Déclaration du Caire divise tous les êtres humains en deux personnes morales distinctes au sein de ses catégories définies, à savoir les hommes et les femmes, croyants et non-croyants. Aux droits ou libertés sont obligatoires selon les commandements d'Allah tel que livré par Mohammed, le prophète musulman.

Le BPE a demandé à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe afin de préciser quelle définition des droits de l'homme est appelée lors des discussions de la Conférence. La déclaration dit : « Quand BPE traite de la situation des jeunes filles et des femmes en ce qui concerne les mariages forcés, la violence et / ou les excisionss [les mutilations génitales féminines], BPE se réfère toujours à la Déclaration universelle des droits de l'homme, alors que les États membres de l'Organisation de la Coopération islamique se réfèrent exclusivement à la Déclaration du Caire, qui a des ramifications sur le statut de la fille ou de la femme. Les États participants de l'OSCE qui sont également membres de l'Organisation de la Coopération islamique se réfèrent donc à un ensemble différent de droits de l'homme à la HDIM. Il s'ensuit que, dans la dimension humaine de l'OSCE, il y a deux ensembles opposés diamétralement des droits de l'homme. »

L'International Civil Liberties Alliance, dans une déclaration écrite à la session de travail des Human Dimensions Implementation Meetings sur la liberté de pensée, de conscience, de religion ou de conviction, a déclaré : « Depuis que l'Organisation de la Coopération islamique a créé la Déclaration des droits de l'homme en Islam, communément appelé la Déclaration du Caire, nous avons assisté à une distorsion des concepts de droits de l'homme et de la liberté religieuse. Cette déclaration a créé une nouvelle norme et secondaire en matière de droits de l'homme fondée sur la loi de la charia, ce qui est tout à fait incompatible avec les normes de l'OSCE en matière de droits de l'homme, inspiré comme ils étaient par la déclaration de 1948. »

La déclaration de l'Alliance Internationale des Libertés Civiles poursuit : « La charia est un système de règles religieuses et politiques destructrices de tous les principes promus par l'OSCE, de la démocratie à savoir, les droits de l'homme, la liberté de religion et de conviction, etc. La charia a été définie par la Cour européenne des droits de l'homme le 13 Février 2003, comme « incompatible avec les principes démocratiques ... »

L'International Civil Liberties Alliance conclut : « Par conséquent, les engagements de l'OSCE et des œuvres réalisées par ses différents départements sont dépourvus de sens que si tous les partenaires, l’État-membres, des ONG ou d'autres contributeurs n'utilisez pas la même définition des droits de l'homme. Une définition est nécessaire qui rejette clairement toute interprétation originaires de la Déclaration du Caire. »

Dans un rapport intitulé "La bataille a commencé", Elisabeth Sabaditsch-Wolff, un avocat viennois pour la liberté d'expression, a résumé ses impressions, sur la conférence de la dimension humaine 2012 : « C'est l'un des constats importants que nous avons faits : La marée a changé. Les amoureux de la liberté ne sont plus sur la défensive, l'inverse est vrai. Le côté de l'OCI a été isolé ; le Counter-jihad reçu beaucoup de gestes de soutien. Nous avons fait de nouveaux alliés ... »

Elle a également écrit cependant : « Enfin, j'ai été plus que surpris de voir un membre de la MPAC [Conseil des affaires publiques musulmane, un groupe de pression basé à Los Angeles] prendre la parole au nom de la délégation américaine. Depuis quand la MPAC a représenté le gouvernement américain ? Et avec le statut diplomatique ! Ceci est faux et scandaleux. Nous demandons à nos amis de la Chambre des représentants américaine de peser. »

Elle faisait allusion à Salam al-Marayati , un musulman radical que l'administration Obama a nommé comme son représentant officiel à la première conférence de l'OSCE sur les droits de l'homme. Al-Marayati est le fondateur controversé du Conseil musulman des affaires publiques.

Selon le projet d'enquête sur le terrorisme, la MPAC est étroitement lié aux Frères musulmans et a été un ardent défenseur de groupes terroristes islamistes. Entre autres initiatives, la MPAC a demandé au gouvernement américain de retirer le Hamas et le Hezbollah de la liste des américains désignés par les groupes terroristes. Al-Marayati, un critique véhément d'Israël, a également accusé Israël des attaques terroristes, du 11 Septembre 2001. ( Voir ici pour l'analyse complète de 81 pages de la MPAC.)

Le Département d'Etat a défendu sa sélection d'al-Marayati, le louant comme « apprécié et très crédible. » Il a ajouté : "Il a été invité à participer à HDIM cette année comme un reflet de la grande diversité des origines du peuple américain."

Dans une autre présentation de conférences, la Pax Europa Bürgerbewegung a également attiré l'attention sur le sort des immigrés musulmans en Europe qui veulent quitter l'islam et se convertir à une autre religion. La charia islamique prévoit la peine de mort pour ceux qui ont volontairement « apostasier » de l'Islam.

Le texte précise : "Un cas typique est un homme du Bangladesh et sa femme qui est actuellement emprisonné au Royaume-Uni après la demande d'asile et détenu après avoir officiellement renoncé à l'Islam. Leur demande d'asile a été rejetée et ils sont maintenant en attente d'expulsion vers le Bangladesh, où ils seront tués conformément à la loi islamique pour apostasie."

Les Etats membres de l'OSCE ont également été invités à se joindre au processus de Bruxelles, une initiative lancée par l'Alliance internationale des libertés civiles en Juillet 2012, au Parlement européen. Le processus de Bruxelles vise à « aider les gouvernements et la société civile dans la protection des libertés civiles et, plus précisément pour défendre la liberté de croyance contre les tentatives de mise en œuvre de la réglementation charia. »

Dans un communiqué séparé, l'International Civil Liberties Alliance a également exprimé "sa préoccupation quant à l'utilisation répétitive des concepts imprécis, confus et ambigu et des mots dans les forums de l'OSCE et du matériel de travail," à savoir le terme « islamophobie », même si cette expression n'a pas de sens précis ni internationalement acceptée. L'OSCE a été invité à donner une définition précise du terme.

Le BPE a appelé l'OSCE à « protéger les apostats, en soutenant leur droit de changer de croyance sans la menace de la mort. »

Une collection plus complète des messages au sujet de la réunion de l'OSCE peuvent être trouvées ici  et ici.

L'OSCE, est la plus grande organisation inter-gouvernementale axée sur la sécurité dans le monde, basée à Vienne. Ses 56 États membres sont situés en Europe, l'ex-Union soviétique et en Amérique du Nord, et couvrent la plupart de l'hémisphère nord. L'OSCE, créé lors de la guerre froide comme un forum Est-Ouest, a, parmi ses mandats, les questions telles que le contrôle des armements et de la promotion des droits de l'homme, de la liberté de la presse et des élections équitables.

Les réunions d'intégration de la dimension humaine, la plus grande conférence annuels d'Europe sur les droits de l'homme et la démocratie, est une plate-forme pour les pays membres de l'OSCE, les groupes de la société civile et les organisations internationales. Les réunions d'intégration de la dimension humaine est importante en raison du statut élevé de l'OSCE s'étendant à des groupes de la société civile, qui sont sur un pied d'égalité avec les États-nations participantes. En pratique, cela signifie qu'ils ont le droit de parole en séance plénière, un statut non accordé par d'autres organisations internationales.

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Alain Wagner (France) est le gestionnaire de la campagne "Stop Shariah" et co-fondateur de l'Alliance Internationale des Libertés Civiles (ICLA), David Erzett (Belgique) représentée par l'ICLA, Dave Petteys (USA) représenté ACT! Pour l'Amérique, Felix Strüning (Allemagne) est le directeur de la Fondation Stresemann - un lobby pour la liberté, Hendrik Raeder Claussen (Danemark) représente l'International Civil Liberties Alliance (ICLA), Liz Schmidt (Allemagne), qui représente Pax Europa (BPE Autriche), Elisabeth Sabaditsch-Wolff (Autriche) est un membre du Conseil de Pax Europa.


Parmi les centaines de participants à la conférence Human Dimension Implementation Meetings [HDIM] de cette année était un groupe de sept militants de la liberté de parole, de l'Autriche, la Belgique, la Grande-Bretagne, le Danemark, la France, l'Allemagne et les États-Unis. Ils représentaient des groupes de la société civile Bürgerbewegung Pax Europa, l'International Civil Liberties Alliance, la Fondation Stresemann et ACT! for America. Leur principal objectif était d'attirer l'attention sur (et confronter) l'islamisation croissante de l'Occident.

De nombreux pays membres de l'OSCE, qui n'ont pas les protections du Premier Amendement de la liberté d'expression comme celles des États-Unis, ont déjà adopté des lois contre le discours de haine qui servent effectivement de procurations qui englobe tout de la législation sur le blasphème ; l'Organisation de la Coopération islamique cherche à imposer à l'Occident dans son ensemble.

Prenons l'Autriche, où une cour d'appel a récemment confirmé la condamnation politiquement correcte de Elisabeth Sabaditsch-Wolff, pour "dénigrement des croyances religieuses" après qu'elle a donné une série de séminaires sur les dangers de l'islam radical. La décision a montré que, bien que le judaïsme et le christianisme peuvent être dénigrés en toute impunité en Autriche multiculturelle postmoderne, dire la vérité sur l'islam est soumis à de rapides et lourdes sanctions pénales.

Sabaditsch-Wolff a représenté le groupe de défense des libertés civiles Bürgerbewegung Pax Europa de cette année, à la réunion de mise en œuvre des dimensions humaines. Le deuxième jour de la conférence, le BPE a fourni aux participants de la conférence avec une leçon d'histoire sur la plus grande réussite de l'OSCE (anciennement connu sous le nom CSCE), qui a eu lieu à l'apogée de la guerre froide pendant la processus d'Helsinki, lorsque l'Union soviétique a été cajolé à accepter le terme « droits humains » pour la première fois.

L'inclusion de la dimension humanitaire (respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, y compris la liberté de pensée, de conscience, de religion et de croyance) dans le dialogue Est-Ouest a été une grande victoire pour l'Occident et a ouvert la voie à la disparition du bloc communiste.

Le BPE a rappelé l'OSCE que pendant la guerre froide, il ne faisait aucun doute à ce que le terme « droits humains » fait référence, à savoir la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, signée et ratifiée par presque tous les pays membres de l'Organisation des Nations Unies.

L'Arabie Saoudite, cependant, a refusé de signer la Déclaration universelle, en faisant valoir qu'il violait la charia islamique. En 1981, le représentant iranien auprès de l'Organisation des Nations Unies a déclaré que la Déclaration universelle représentait « une compréhension laïque de la tradition judéo-chrétienne », qui n'ont pas pu être mises en œuvre par les musulmans sans violer la charia.


Neo Deus Ex Machina pour Liberty Vox 


Liberté de réunion, liberté d’association :

Les nouveaux défis de l’Europe occidentale

Vienna, Austria

Document présenté par l’Alliance internationale des libertés civiles, www.libertiesalliance.org

 

Liberté de réunion, liberté d’association:

Les nouveaux défis de l’Europe occidentale

Réunion supplémentaire sur la mise en œuvre de la dimension humaine,

Hofburg, Vienne, 9 Novembre 2012

Session 1,2,3


Pendant des décennies, et à juste titre, on est parti du principe que pour la liberté de réunion et la liberté d’association, il n’existait aucun problème majeur dans les états  participants à l’OSCE à l’ouest de Vienne. Cela était vrai en ce qui concerne l’intervention et le contrôle de l’état, et dans une certaine mesure ça l’est encore. Cependant, dans plusieurs états de nouveaux mouvements radicaux ont émergé, des mouvements qui portent violemment  atteinte aux droits fondamentaux des autres citoyens, dans une grande mesure avec  l’impunité des forces de l’ordre. Afin de neutraliser ce travail de sape des libertés fondamentales, de nouvelles mesures sont nécessaires.


L’Ordre du Jour Annoté expose les engagements fondamentaux des états participants à l’OSCE :

La liberté de chaque personne à se rassembler de manière pacifique et le droit de s’associer sont intrinsèques aux sociétés démocratiques et expressément reconnus dans les engagements de l’OSCE sur la dimension humaine, ainsi que tous les principaux instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme.


Pour la plupart des citoyens des sociétés démocratiques, cela semble évident. Cependant, des problèmes se posent lorsque des groupes radicaux prennent sur eux de décider quels citoyens jouissent de ce droit au détriment des autres.

En termes pratiques, des menaces, des actes d’intimidation et des agressions contre les rassemblements pacifiques ont eu lieu dans plusieurs pays européens au cours des dernières années. Une liste non exhaustive d’exemples:


- Copenhague, Danemark, 10 janvier 2009: Une manifestation pro-israélienne a été perturbée par des groupes palestiniens qui criaient des slogans antisémites se référant au meurtre de masse des Juifs.


- Bolton, Angleterre, 20 mars 2010 : Une marche de rue organisée par la Ligue de Défense Anglaise (EDL) contre l’Islam radical et la charia a été attaquée par des gauchistes radicaux de l’UAF (Unite Against Fascists). L’intervention de la police britannique pour protéger le cortège a donné lieu à 74 arrestations.


- Stuttgart, Allemagne, 2 juin 2011: Une manifestation de rue mettant en lumière le sort des chrétiens persécutés en Afrique a été attaquée et son déroulement empêché par une foule de plusieurs centaines de gauchistes portant une variété d’insignes de gauche. La police allemande n’a pas protégé l’évènement de manière efficace.


- Stuttgart, Allemagne, 4 juin 2011: L’Hôtel Abacco a été attaqué à coups de jets de peinture et de pierres parce que les locaux avaient été loués pour un événement organisé par le parti politique allemand DIE  FREIHEIT.


- Tower Hamlets, Angleterre 3 septembre 2011: Une marche organisée par EDL a été interdite par les autorités en raison de pressions politiques. Le rassemblement organisé à la place a été harcelé par des extrémistes, qui ont également attaqué un bus qui quittait l’événement. Au moins 16 personnes ont été arrêtées.


- Aarhus, Danemark, 31 mars 2012: Une manifestation contre la charia islamique a été agressée par le groupuscule Antifa et une foule d’immigrants, uniquement tenus en échec par l’intervention massive de la police.


- Solingen, Bonn, Allemagne, 1er et 6 mai  2012: Des meetings de campagne organisés  par le parti politique Pro NRW ont subi les assauts de groupes musulmans, mais ils ont pu se dérouler sous forte protection policière.


- Nuremberg, Allemagne, 16 juin 2012: Une manifestation publique du parti politique DIE FREIHEIT a été continuellement harcelée par les opposants, aidés et encouragés par la passivité de la police.


- Munich, Allemagne, le 14 juillet 2012: Une manifestation publique organisée par DIE FREIHEIT a été  agressée par des extrémistes de gauche, à nouveau aidés par la permissivité de la police allemande.


- Walthamstow, Angleterre, 1er septembre 2012: des extrémistes de gauche et des islamistes de UAF ont attaqué une manifestation organisée par la Ligue de Défense Anglaise (EDL). La police a perdu le contrôle de la situation.


- Munich, Allemagne, le 11 septembre 2012: Une discussion sur Euro-Islam devait avoir lieu dans un restaurant local, mais le propriétaire a dû l’annuler en raison d’une avalanche de menaces téléphoniques.


- Malmö, en Suède, 27 octobre 2012: Les participants à une conférence publique sur le député néerlandais Geert Wilders ont  été agressés et bombardés d’œufs par des groupes Antifa. La police suédoise a  justifié son attitude passive en arguant que les assaillants avaient également droit à la “Liberté d’expression”.


Les méthodes employées par les groupes radicaux semblent bien avoir des objectifs systématiques et suivent certaines tendances. Il est intéressant de répertorier ces méthodes :


-  En provoquant la dégénérescence de manifestations et de campagnes politiques habituellement pacifiques pour les transformer en batailles de rue, les citoyens ordinaires sont intimidés d’assister à de tels événements.


- L’intimidation et  la violence devenant la norme des événements publics, les organisateurs sont obligés de prendre ces développements en considération, ce qui rend beaucoup plus difficile l’organisation et la diffusion de tels événements, en particulier pour les petits groupes ayant des ressources limitées.


- En provoquant des affrontements violents contre les manifestations de rue, les groupes radicaux évincent les revendications de leurs adversaires des reportages de la presse qui ne rend compte que des «affrontements», et qui ne se fait pas l’écho des questions que les organisateurs des manifestations de rue ont cherché à mettre en évidence. Cela est préjudiciable au processus démocratique.


- L’intimidation et l’attaque de sociétés de distribution indépendantes et des propriétaires de locaux commerciaux  est une autre stratégie illégale employée par des groupes radicaux pour étouffer leurs adversaires et porter atteinte à la liberté de réunion garantie par ailleurs par nos lois.


- Les groupes radicaux recherchent la confrontation avec la police lors de ces évènements et ils s’y préparent activement, apparemment avec comme objectif secondaire de se faire passer pour des victimes de la brutalité policière, alors que ces groupes sont responsables de l’attaque et la source réelle de la violence.


Politiquement, les questions les plus fréquemment ciblées par les groupes radicaux semblent tourner autour de  l’immigration, l’islam et l’autodétermination nationale.


L’Ordre du Jour Annoté souligne en outre l’importance de la liberté de réunion :


Les manifestations pacifiques jouent souvent un rôle important dans l’expression des préoccupations du public, ce qui réduit le risque de voir les conflits dégénérer en violence et  fournit l’occasion d’un dialogue avec les autorités.


Sur le papier, la situation de la liberté d’association et de réunion n’a pas connu de changement majeur au cours des dernières années, mais la réalité dans nos villes est malheureusement différente. Les petites organisations qui ont à faire face à des forces violentes numériquement supérieures dans les rues sont maintenant réticentes à tenir ce qui serait autrement des petites réunions informelles et publiques sur des questions qui leur tiennent à cœur. La perspective de se trouver confrontées  éventuellement à la violence de rue joue un rôle dissuasif certain pour ces  organisations entièrement pacifiques et démocratiques, et entrave le processus démocratique tel qu’il s’est pratiqué au cours des dernières décennies.


Il est à noter que les lois actuelles sont généralement suffisantes pour faire face à ces problèmes. Par exemple, l’article 78:2 de la Constitution du Danemark, rend obligatoire pour les autorités de dissoudre les organisations qui utilisent des méthodes violentes et / ou d’autres moyens illégaux. Les problèmes énumérés dans le présent document peuvent en grande partie être résolus par l’application correcte et juste des lois existantes.


Comme indiqué dans l’Ordre du Jour Annoté, il s’agit d’une obligation positive pour les Etats participants :


Pourtant, les principes sous-tendant ce droit sont explicites: il devrait y avoir une présomption en faveur de la tenue d’assemblées, et l’Etat a l’obligation positive de protéger les réunions pacifiques.


En outre, l’obligation de protéger les messages de ces événements est mentionnée :


Bien que la liberté de réunion puisse être soumise à des restrictions raisonnables, celles-ci ne doivent pas interférer avec le message communiqué par l’assemblée [...]


Un exemple de la façon dont ce principe est ignoré, il a été ouvertement violé par les autorités allemandes à Düren, Rhénanie du Nord-Westphalie, le 8 mai 2012, quand la protection de la police a rendu l’événement lui-même en grande partie invisible aux citoyens dans les rues, ce qui annule sa destination. 


L’Alliance Internationale des Libertés Civiles recommande aux  États participants de l’OSCE d’accorder plus d’attention à l’intimidation et à la violence à motivation politique, afin de protéger la liberté d’association, de réunion et le processus démocratique. Citant l’Ordre du Jour Annoté:

 

Pour aider les États participants à la mise en œuvre de leurs engagements pour la liberté de réunion pacifique, ODIHR  a suivi des assemblées publiques dans 11 Etats participants de l’OSCE en 2011-2012.

 

ICLA recommande aux institutions de l’OSCE d’accroître cette activité :


Comme les problèmes de la liberté de réunion sont en augmentation, en particulier dans les Etats participants à l’ouest de Vienne, ICLA exhorte l’OSCE à augmenter de manière significative ses activités de surveillance dans ces pays. Une surveillance et des comptes rendus neutres s’avèrent urgents afin que les citoyens paisibles puissent en toute sécurité exercer leur droit à la liberté de réunion, tel que stipulé dans les principes de l’OSCE.


ICLA recommande aux Etats participants ce qui suit :


- Que les manifestations publiques dûment enregistrées auprès des autorités puissent toujours bénéficier d’une protection policière suffisante et neutre pour s’assurer que les événements se déroulent comme prévu, sans que les organisateurs ou les participants aient à craindre la violence avant, pendant ou après l’événement.


- Que les organismes d’application de la loi intensifient leurs efforts pour identifier rapidement et précisément la source de la violence lors de manifestations publiques, afin de traiter activement et immédiatement tout type de menace, et que les événements sous protection  puissent se dérouler comme prévu.


- Que les organisations qui participent à de tels événements, et visibles par leurs drapeaux, logos et cetera, soient tenues légalement responsables du désordre qui se déroule sous leurs bannières.


- Que les menaces et la violence contre les organisateurs et / ou leurs partenaires, fournisseurs, etc soient considérées comme politiquement motivées et réprimées de manière plus efficace par la loi.

Traduction Nancy VERDIER

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