Le néo-conservatisme est un courant de pensée politique d'origine américaine apparu à la fin du
XXe siècle.
L'axe central de la pensée des néo-conservateurs est une revitalisation des valeurs patriotiques à l'intérieur des États-Unis et une politique
interventionniste à l'extérieur : les
États-Unis d'Amérique doivent être « respectés à travers le monde » et
« reconnus comme la nation phare des droits de l'homme et de la démocratie », un principe politique que les néo-conservateurs s'attachent à promouvoir activement. Cette position
s'oppose à la doctrine isolationniste.
La presse américaine désigne souvent les néo-conservateurs par le diminutif de « neocons ». Très rapidement, les médias ont
essayé de rechercher les origines des neoconservatives. Étant donné la perméabilité des institutions américaines (on peut passer de l'université à un poste de conseiller dans
l'administration et réciproquement), on a cru reconnaître dans un certain nombre d'universitaires de Chicago l'origine de la pensée politique néo-conservatrice, ainsi que leurs influences
principales.
Parmi elles, ont été cités :
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Leo Strauss, en particulier parce
qu'il insiste dans son œuvre sur la notion de vérités éternelles contre le relativisme moral : « noble mensonge » (noble liar) chez Platon. La sensibilité démocratique et la « passion de l'égalité » (expression que l'on trouve chez Tocqueville) propre aux êtres qui vivent dans les démocraties, est en effet assez réticente à cette
thèse platonicienne, qui s'appuie sur la distinction entre le vulgaire et l'élite...
-
Platon ; Aristote ; Saint Augustin ; Maïmonide ; Locke ; Kant ; Tocqueville ;
-
le jeffersonisme (en référence à Thomas Jefferson) ; jacksonisme (en référence aux principes édictés par le Président Andrew Jackson).
Le néo-conservatisme apparaît véritablement dans les années 1980, quoique l'on puisse trouver des éléments précoces de ce qui peut apparaître comme une école de pensée politique dans les années 1960, autour de personnalités comme Irving Kristol, Wilmoore Kendall, John M. Olin, James Burnham, Francis Fukuyama, ou Charles Krauthammer. L'influence du néo-conservatisme a été patente avec Ronald Reagan et sa décision d'engager l'épreuve de force avec « l'empire du Mal », c'est-à-dire l'URSS (voir les travaux de Norman Podhoretz et ceux de la revue
Commentary). Elle l'est aujourd'hui autour de l'administration de George W. Bush et, dans une moindre mesure, de Tony Blair.
Ses adeptes sont souvent d'anciens démocrates, voire d'anciens trotskistes, déçus par
l'évolution culturelle et intellectuelle depuis les années 1960. C'est le cas
d'Irving Kristol, ou de Martin Diamond,
spécialiste de la Constitution
américaine. En Europe, ce sont plutôt des intellectuels venus de Gramsci et de l'eurocommunisme. C'est le cas d'Yves Roucaute et
d'une grande partie de la direction internationale de l'Institut de l'Europe Libre où se trouvent aussi bien des dirigeants de l'Hudson Institute de Washington que des dirigeants de la revue Azure de Jérusalem.
Si de nombreux néoconservateurs sont de confession juive et catholique( Gerson, Mark: 1987: 285), il serait faux de réduire cette vision politique à une approche communautaire. Il est plus juste
de dire que les néoconservateurs sont le plus souvent des pro-israéliens proches du Likoud, la droite israélienne, comme expliqué dans l'ouvrage de Didier Chaudet, Florent Parmentier, et Benoît
Pélopidas, intitulé L'Empire au Miroir. Stratégies de puissance aux Etats-Unis et en Russie.
Le néo-conservatisme se distingue du conservatisme traditionnel et du néo-libéralisme. Anticommuniste et antifasciste,
le néo-conservatisme est né sur le principe de « plus jamais Auschwitz ». Les
néo-conservateurs, d’abord engagés en faveur de l’État-providence,
sont devenus de plus en plus conservateurs dans leur approche générale de la politique, attachant une plus grande importance à l’ordre public et au respect de l’autorité. Les résultats du
socialisme à l’étranger ont fait naître chez eux une méfiance à l’égard d’une action
sociale volontariste. Toutefois, des divergences importantes séparent les différents membres de ce courant d’opinion.
Les néo-conservateurs sont hostiles au principe de discrimination positive, à l'« égalitarisme culturel » et au « relativisme
moral », fondés sur des thèses issues de la sociologie et de la post-modernité. S'ils admettent le libéralisme économique et
s'ils privilégient les politiques compassionnelles inter-individuelles, ils admettent l'intervention de l'État au nom de la morale (thèses de Kristol et de Roucaute). Ils ne sont pas opposés à
une immigration contrôlée.
Ils défendent la puissance militaire des États républicains dans les relations internationales afin d'asseoir un nouvel ordre international. Contre
Henry Kissinger et son principe de l'équilibre des pouvoirs par la terreur,
ils opposent la paix par le consensus moral. Dans un manifeste publié en 1996 par leur Think
tank intitulé Project
for the New American Century, ils exposent leurs principes en quelques points :
-
refus du déclin de la puissance américaine parce qu'elle est la première puissance républicaine du monde ;
-
empêcher l'émergence d'une puissance rivale ;
-
revalorisation de l'outil militaire pour répondre aux agressions ;
-
fin de la « complaisance » envers les dictatures ;
-
clarté morale et hégémonie bienveillante.
Les néo-conservateurs prétendent vouloir un nouvel ordre international qui soit celui de la liberté, selon les conceptions venues de Kant. Ils
critiquent l'ONU qu'ils accusent
d'immoralité, d'incompétence, de gabegie et de corruption. Aux grandes conférences internationales, ils préfèrent des coalitions plus réduites selon le principe « la mission définit la
coalition ». Ils soutiennent Israël.
Le néo-conservatisme américain est avant tout une critique assez générale d'une double attitude :
-
Dans l'horizon de la morale, ils refusent le relativisme et le laxisme. Le développement de l'individualisme subjectif dans les démocraties
occidentales, surtout après la Seconde Guerre mondiale,
conduit les individus à revendiquer pour eux-mêmes une liberté totale et à revendiquer la protection de leurs inclinations par des droits. Les néo-conservateurs pensent que les devoirs sont le
corolaire des droits, et ils s'opposent à la confusion des Droits des citoyens (négociables) et des Droits de l'homme (non négociables).
-
Dans l'horizon politique, contre l'individualisme subjectif qui perd de vue le lien politique et le fait que l'existence humaine ne serait que
pur hasard (Jean-Jacques Rousseau) s'il n'y avait pas de
constitution politique, ils affichent la nécessité de partir de la Cité et du bien public. C'est la raison pour laquelle les
néo-conservateurs américains sont attentifs à la manière dont a été élaborée la Constitution américaine et aux influences sur celle-ci du libéralisme anglais (John Locke).
Selon l'historien Zeev
Sternhell, l'ennemi des néo-conservateurs n'est ni l'étatisme ni le
socialisme, mais le libéralisme.
Les néo-conservateurs n'appartiennent pas spécifiquement à un parti politique. Certains sont proches des républicains, d'autres du Parti démocrate, comme Richard Perle. La plupart sont plutôt républicains et, dans les pays où la scène politique se sépare en
droite et gauche, ils sont plutôt à droite. Mais nombre de néo-conservateurs ont soutenu Tony Blair.
Le « mouvement » néo-conservateur est très divers dans ses activités, allant de l'enseignement universitaire sur Aristote à l'examen attentif des enjeux politiques liés aux activités des groupes islamistes au Moyen-Orient
(L. Murawiec, G. Millère), en passant par le conseil politique ou le journalisme (Wall Street Journal…). Bien entendu, certains néo-conservateurs ont une activité politique
professionnelle, telle l'ancien professeur d'Université de Stanford Condoleeza
Rice.
-
Paul Wolfowitz,
secrétaire d’État adjoint à la défense entre 2001 et 2005, directeur de la Banque mondiale du 1er juin 2005 jusqu'en mai 2007
-
Albert
Wohlstetter, professeur à l'université de Chicago ;
-
Irving Kristol,
philosophe, « parrain » du néo-conservatisme ;
-
William Kristol,
rédacteur en chef du Weekly
Standard ;
-
David Horowitz, rédacteur
de Front Page
Magazine ;
-
Michael Ledeen, membre de
l'American Enterprise Institute et du
JINSA ;
-
Danielle Pletka, de
l'American Enterprise Institute ;
-
David Frum, auteur de L'axe
du Mal ;
-
Sidney Hook, intellectuel américain ;
-
Henry Jackson, ancien sénateur démocrate ;
-
Michael Novak, philosophe
catholique américain ;
-
Elliott Abrams,
conseiller de George W. Bush pour le Moyen-Orient ;
-
Robert Kagan, co-auteur du
manifeste de 1996[réf. nécessaire] ;
-
James Woolsey, démocrate, ancien directeur de la CIA ;
-
William Bennett, secrétaire à l’Éducation sous Ronald Reagan ;
-
Zalmay Khalilzad,
ambassadeur des États-Unis en Afghanistan de 2002 à 2005 puis
en Irak ;
-
Gary Schmitt, président démocrate du Project for the New American Century
(PNAC) ;
-
Norman Podhoretz,
théoricien du néo-conservatisme à la revue Commentary ;
-
Richard Perle, homme
politique membre du Parti
démocrate ;
-
Yves Roucaute, théoricien
du néo-conservatisme, philosophe et professeur à l'Université Paris X - Nanterre, président de l'Institut Europe libre ;
-
Laurent Murawiec, écrivain, chercheur à l'Hudson
Institute et à l'IEL ;
-
Guy Millière; écrivain
français, universitaire;
-
Lucien-Samir Oulahbib; écrivain,
enseignant ;
-
Ken Weinstein, vice-président de l'Hudson Institute, direction
IEL ;
-
David Hazony, écrivain, directeur d'Azure, direction
IEL.
Les néo-conservateurs sont l'un des groupes ayant une influence sur le
gouvernement de George W. Bush.
Partisans dès 1998 du renversement de Saddam Hussein, ils sont les principaux inspirateurs de la guerre en Irak lancée par les États-Unis en mars 2003. Pour eux, cette guerre se justifie
par le principe de la théorie des dominos : la mise en
place d'un régime démocratique à Bagdad aurait un effet sur les pays voisins contraints à se
démocratiser et à se libéraliser. Le but serait la paix au Moyen-Orient, par le
biais d'un projet de « remodelage du Grand Moyen-Orient »
et de la doctrine Bush. La mise en place d'une nouvelle direction palestinienne en janvier 2005 et les premières
élections municipales démocratiques en Arabie saoudite seraient selon les néo-conservateurs le résultat de cette politique.
Néanmoins, cette vision des néo-conservateurs est souvent qualifiée d'idéologique, ignorante des diversités régionales, des groupes ethniques et
des différences religieuses.
L'influence des néo-conservateurs s'est nettement affaiblie après les victoires des démocrates au Congrès, lors des élections de mi-mandat.
Plusieurs néo-conservateurs dont Donald Rumsfeld ont dû quitter le cabinet.
Visions françaises [modifier]
Selon Justin Vaïsse, un chargé de mission au ministère des Affaires étrangères en France (co-auteur avec Pierre Hassner de l'ouvrage Washington et le monde), depuis les attentats du 11 septembre 2001
commis contre le World Trade Center, les autres pays n'ont de choix
que de se rallier à la défense du régime démocratique vu du côté occidental ou de s'y opposer, tombant ainsi, aux yeux des néo-conservateurs, du mauvais côté de l'histoire. Cette position de
Justin Vaïsse est marquée par des excès idéologiques (Vaïsse étant un observateur français plutôt proche de l'ancien ministre socialiste des affaires étrangères Hubert Védrine[1]).
Comme tous les mouvements de pensée politique repérés pendant les périodes de crise, le néo-conservatisme est difficile à cerner, puisque bien des
questions sont posées à son sujet sur la forme qui le constitue et les divers intérêts ou intentions qui le nourrissent.
Les néo-conservateurs se sont dans l'ensemble réjouis du rejet du traité établissant une Constitution pour l'Europe par les Français lors du référendum du 29 mai 2005 et
contre lequel ils avaient manifesté leur hostilité ou circonspection. Cette position nuance le regard que les Européens (les Français notamment) portent sur les États-Unis, qui s'étaient montrés
jusqu'à présent seulement intéressés par la convergence entre une Union politique européenne et les missions dévolues à l'OTAN. Pour cette dernière raison, certains cercles politiques américains
ne comprenaient pas la réticence qui se faisait jour en Europe à l'égard du projet d'adhésion de la Turquie à une Europe, dont on pouvait penser qu'elle n'avait d'existence que théorique, juridique ou purement réduite à un espace commercial.
L'Europe semblait donc pouvoir être perçue comme un corps politique plus ou moins clairement identifié à des institutions comme l'OTAN. Le travail
de réflexion que les néo-conservateurs peuvent mener sur la question de l'origine de la nation américaine (avec les travaux de Harry V. Jaffa et de George Anastaplo
notamment) a permis à une frange relativement importante des intellectuels conservateurs de comprendre l'actuel débat en Europe sur la question de la nation (cf. les ouvrages de
Pierre Manent : Cours familier de philosophie politique et La
raison des nations).
Écrits néo-conservateurs en langue française [modifier]
-
Yves Roucaute, Le
Néo-conservatisme est un humanisme, Presses Universitaires de France, 2005.
-
Yves Roucaute, La Puissance de la Liberté, Presses Universitaires de France, 2004.
-
Guy Millière, Pourquoi
Bush sera réélu (Paris, Michalon, 2004) ; Qui a peur de l'islam ! (Paris, Michalon, 2004) ; Ce que veut Bush (Paris, La martinière, Textes, 2003). Il a
traduit les écrits de Ronald Reagan et Friedrich Hayek.
-
Laurent Murawiec, La Guerre d'après, Paris, Albin Michel, 2003 ; L'Esprit des nations, cultures et géopolitique, Paris,
Odile Jacob, 2002.
-
Lucien-Samir Oulahbib, Éthique et épistémologie du nihilisme, Paris, Harmattan, 2002 ; Nihilisme français contemporain,
Paris, Harmattan, 2003 ; Berbères et le christianisme, Paris, éditions berbères 2004 ; L’Œil brisé, Paris, éditions Le Manuscrit, 2004.
Écrits sur le néo-conservatisme [modifier]
-
Bruno Tertrais, Quatre
ans pour changer le monde, l'Amérique de Bush 2005-2008, Éditions autrement, 2005, 100 p.
-
Jean-Frédéric Légaré-Tremblay, L'Idéologie
néo-conservatrice et la politique étrangère sous George W. Bush, Montréal, Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et
diplomatiques, Études Raoul-Dandurand, 2005.
-
Didier Chaudet, Florent
Parmentier, Benoît Pélopidas, L'empire au miroir.
Stratégies de puissance aux Etats-Unis et en Russie, Genève, Droz, 2007.
-
Justin Vaïsse, « La
croisade des néo-conservateurs », L'Histoire, n° 284, février 2004, p. 56-59.
-
Justin Vaïsse et Pierre
Hassner, Washington et le monde : dilemmes d'une superpuissance. Éditions Autrement, 2003, 200 pages. Ouvrage très détaillé en ce qui concerne les doctrines, les hommes
et les « fondations » qui soutiennent les politiques des gouvernements Bush. On y trouvera aussi une revue rapide, mais pénétrante, des conceptions américaines en matière de politique
étrangère (doctrine « wilsonienne » ou « jacksonienne »).
-
Mokhtar Ben Barka, La Nouvelle Droite américaine (des origines à nos jours), Presses Universitaires de Valenciennes, 1996, 192 p.
-
Seymour Martin Lipset, « Le
néo-conservatisme : mythe et réalité », Le Débat, n° 53,
janvier-février 1989, p. 110-124.
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